la synthèse de l`étude de l`extrait des Mouches

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la synthèse de l`étude de l`extrait des Mouches
Eléments pour l’introduction
Jean-Paul Sartre (1905-1980) est un écrivain et philosophe français qui a écrit des romans, des essais
et des pièces de théâtre. Résistant (essentiellement par l’écriture) pendant la seconde guerre
mondiale, il fonda ensuite le mouvement philosophique de l’existentialisme. C’est donc pendant la
guerre qu’il écrit et fait jouer les Mouches. La pièce reprend un mythe grec connu: Clytemnestre et son
amant Egisthe ont assassiné Agamemnon à son retour de la guerre de Troie. La pièce commence
quand Oreste, son fils, rentre à Argos envahie de mouches. La ville semble être en pénitence et vivre
dans le repentir des crimes commis. Electre, sœur d'Oreste réduite en esclavage au palais, tente de
soulever une révolte du peuple contre cette éternelle pénitence: elle apparaît vêtue de blanc lors de
la fête des morts imposée par Egisthe.
Dans cette extrait, Electre, dans un tirade interrompue par quelques interventions, exprime avec
véhémence son bonheur qui s’oppose au deuil absurde imposé par Egisthe.
Que veut montrer l’auteur? Quelle conception du bonheur est défendue?
(NB: dans un texte de théâtre, comme dans un dialogue philosophique, ou toute forme
d’argumentation tenue par des personnages ficitifs, il convient de se demander quelle est la thèse de
l’auteur - quelle thèse dans la bouche des personnage semble valorisée ou dévalorisée)
1. Un plaidoyer pour le bonheur
Électre est le personnage le plus présent par ses paroles. Ses répliques successives constituent un long
discours, entrecoupé par des interventions ponctuelles, des réactions des auditeurs, qui s’adressent les
uns aux autres «Et si elle disait vrai ? », l. 9, ou à elle, pour lui demander de se taire «Électre, va-t-en,
de grâce», l. 10. Soumise à l’autorité d’Égisthe, Électre obtient ici une liberté de parole que celui-ci
cherche à lui ôter, assisté du grand prêtre.
Un bonheur simple…
Électre défend ici le bonheur, comme le montre l’emploi récurrent de ce terme (l. 4, 14, 45) ou les
synonymes (« contents », « contentement », l. 26-27). Les valeurs prônées sont des valeurs de vie et
d’amour. Les exemples qu’elle choisit visent à le montrer: c’est d’abord celui des «villes blanches et
calmes» (l. 14), où les mères «sont fières» de leurs enfants (l. 18); puis celui des hommes qui se
contentent du beau temps. Elle développe ces scènes en insistant sur les côtés positifs: la présence du
soleil (l. 15), de la chaleur (l. 15), le jeu des enfants sur les places (l. 16), par exemple. Les scènes sont
décrites avec précision et doivent être frappantes: on peut noter l’usage du présent qui donnent à voir
la scène sous les yeux, comme le discours direct: « C’est moi qui l’ai porté dans mon sein? » ou
encore « il fait beau ». Il s’agit d’hypotypose (description réaliste, animée et frappante de scène dont
on veut donner une représentation imagée et comme vécue à l'instant de son expression).
Les bonheurs évoqués sont simples et liés au présent. Ils s’opposent à la peur des habitants d’Argos
dont les morts hantent les esprits - «des hommes lèvent la tête », l. 25 ; tandis que les habitants
d’Argos gardent «la tête basse», l. 28.
…Que tout le personnage exprime.
Électre refuse de suivre le rituel de commémoration imposé par Égisthe, dans une attitude hypocrite.
Non seulement Électre évoque par ses paroles cet espace de liberté, mais elle effectue également des
actions qui soulignent sa propre liberté. La didascalie « elle danse » (l. 50) et les didascalies internes
aux lignes 32-34, «j’étends les bras, je m’élargis et je m’étire», rendent compte des gestes effectués. Le
corps joue un rôle important ; « j’étends », « je m’élargis », « je m’étire » sont trois verbes aux
sonorités proches qui manifestent ici un processus d’affirmation d’elle-même. Madame Potter-Daniau – année scolaire 2014-2015
Première
Synthèse texte 19 - Sartre, Les mouches - Manuel p.386
Pour Électre, le bonheur s’apparente donc à un acte de liberté: «je suis heureuse», déclare-t-elle, alors
que tout s’oppose à ce sentiment, comme la mort de son père ou sa soumission à Égisthe. En
paraissant vêtue de blanc à l’occasion de la fête des morts, en effectuant des actes contraires à la
cérémonie solennelle, elle manifeste sa liberté, elle redevient elle-même.
Source: Français, 1ère, Empreintes Littéraires, Magnard 2011
Madame Potter-Daniau – année scolaire 2014-2015
Première
2. L’affirmation de la liberté
Un acte de rebellion
Électre entend rappeler aux habitants d’Argos le sens de cette commémoration des morts, instituée
par Égisthe. Par une telle fête, il entend maintenir son peuple dans la crainte et parvient à faire oublier
son crime passé. Électre le rappelle en évoquant son père, Agamemnon, dans un portrait empli de
pathétique. En effet, la description effectuée accentue les souffrances du personnage, «son visage
supplicié», «ses lèvres sanglantes », l. 8. Mais Électre essaie aussi de montrer que les morts ne
réclament pas la soumission des habitants au rite funèbre imposé par Égisthe, d’où l’image paradoxale
de la ligne 8: «ses lèvres sanglantes essaient de sourire ». Par cet acte d’insubordination, cette
«impiété» (l. 11), elle cherche à faire réagir le peuple.
Elle s’adresse directement aux morts dans la dernière partie de l’extrait, avec affection et familiarité
« Ô mes chers morts », « mes chéris », et les appelle à ne pas se manifester pour « sa danse sacrée »
mise en valeur par l’anaphore « je danse pour… », ultime acte de rébellion un jour de deuil.
Elle invite le peuple à se débarrasser de ses remords (voir l’apostrophe ligne 26, «ô bourreaux de
vous-mêmes »), de ses craintes et superstitions entretenues par Égisthe et le grand prêtre. Son
discours possède quelque efficacité: une jeune femme, au début, hésite : « Et si elle disait vrai ? » (l. 9),
avant d’être rejointe par d’autres (l. 23). Sa parole et ses gestes parviennent à ébranler les esprits.
Résonances modernes
Placée dans un contexte antique, cette pièce a des résonances modernes: la date de publication, 1943,
rappelle que la France est occupée. Égisthe et le grand prêtre, qui interviennent tous deux pour faire
taire Électre, en la menaçant violemment, «Tu vas te taire, à la fin, où je ferai rentrer les mots dans ta
gorge » l. 2, entendent maintenir le peuple dans la superstition en abusant de leur autorité. Électre
menace l’ordre qu’ils ont établi et déjà des consciences se sont éveillées. Égisthe symbolise tous les
tyrans qui veulent contrôler les âmes des peuples et les asservir en suscitant chez eux des craintes
irrationnelles.

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