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N°628 juin 2013
Menaces sur le cinéma français
En apparence, le cinéma français se porte bien. Troisième producteur au monde (240 films
par an), il rassemble chaque année près de deux cents millions de spectateurs depuis 2009
et sa part de marché est de 40 % environ, faisant (presque) jeu égal avec le cinéma américain, cas unique en Europe. Il s’exporte plutôt bien, contrairement à celui de ses voisins,
et remporte des prix dans les grands festivals où il est représenté régulièrement par deux
ou trois films en compétition. Celui de Cannes, le dernier en date, en a même proposé 7
sur un total de 20 : Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des plaines) d’Arnaud Desplechin,
Jeune et jolie de François Ozon, La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, Michael Kohlhaas
d’Arnaud des Pallières, La Vénus à la fourrure de Roman Polanski, Un château en Italie de
Valeria Bruni-Tedeschi et Le Passé d’Ashgar Farhadi.
Pourtant, de sombres nuages se profilent à l’horizon. En 2014 des négociations devraient
s’ouvrir entre l’Union européenne et les États-Unis pour des accords économiques qui
pourraient remettre en question l’exception culturelle grâce à laquelle le cinéma français
a su maintenir une variété et une qualité artistique que nous envient les créateurs d’autres
pays. Connaissant le peu d’appétence des Américains pour ce système d’aides très élaboré
(qui n’a rien à voir avec une politique de subventions telle qu’elle est parfois présentée)
et l’indifférence de certaines nations européennes, le monde du cinéma français reste
vigilant, malgré les promesses des commissaires de l’Union.
Si cette échéance internationale inquiète, il en est une autre, nationale cette fois, qui se
profile pour le 1er juillet 2013 où devrait être ratifiée une extension de la convention collective après la remise d’un rapport confié à un médiateur, Raphaël Hadas-Lebel. Depuis
un an, la polémique ne fait que gonfler entre les partisans de cette convention, l’API
(Association des producteurs indépendants, Gaumont, Pathé, UGC, MK2) ainsi que
les syndicats de techniciens (sauf la CFDT) réunis derrière les ministres de la Culture,
Aurélie Filippetti et du Travail, Michel Sapin, et l’ensemble des autres associations de producteurs qui représentent 95 % de la profession. Le texte prévoit des planchers des salaires
et des majorations pour les heures supplémentaires, le travail de nuit et durant le weekend que les producteurs indépendants, largement majoritaires, ne peuvent pas forcément
appliquer. 1 600 personnalités du 7e art ont signé une pétition « visant à sauver le cinéma
français » en réclamant la suspension de la convention qui menace 20 000 employés et
intermittents et 70 longs métrages. La convention prévoit néanmoins des dérogations
limitées à cinq ans seulement pour les films de moins de 2,5 millions d’euros.
Il est compréhensible que la détérioration des conditions de travail des techniciens, le
fossé qui se creuse entre leur salaire et celui parfois extravagant des stars (dénoncés par
Vincent Maraval), l’absence souvent de retours qu’ils attendaient de leur participation
aux bénéfices (acceptée contre un salaire à la baisse) les rendent sensibles à la conclusion
d’un tel accord. Mais ce serait une victoire à la Pyrrhus, car nombre de films à petit
ou moyen budget ne pourraient plus se faire et d’autres préféreraient se délocaliser à
l’étranger. Ces problèmes ne se posent pas aux poids lourds de l’industrie qui peuvent
payer des salaires décents et qui, en signant cette convention, ne seraient peut-être pas
hostiles à voir disparaître des films qui pourraient à leur sortie devenir de redoutables
concurrents. Selon plusieurs observateurs, des œuvres récentes comme Camille redouble,
Polisse, Séraphine, La guerre est déclarée, Mammuth, Tournée et Holy Motors n’auraient pu
voir le jour si cette nouvelle convention avait été appliquée. Robert Guédiguian, qui n’est
pourtant pas hostile à la CGT (partisan du texte) a pu déclarer que ses sept premiers films
dont Marius et Jeannette n’auraient pu être réalisés dans ces conditions.
La qualité du cinéma français vient de sa diversité. Nombre de réalisateurs qui connaissent
aujourd’hui le succès, y compris à l’étranger, ont fait leurs débuts avec des films produits
dans des conditions économiques aléatoires. Ce fut en un sens la leçon principale de la
Nouvelle Vague il y a plus de cinquante ans. C’est un modèle qui s’oppose à la structure
industrielle d’un autre grand cinéma, l’hollywoodien. Un nouvel appel d’une dizaine de
réalisateurs (dont Pascale Ferran, Stéphane Brizé, Agnès Jaoui, Pierre Salvadori) en avril
2013 demande que la nouvelle convention prenne en compte « les différences de réalité
économique et artistique des films » et qu’elle réfléchisse « sur le financement des films à
petit et moyen budget afin d’élaborer des mesures pour endiguer les délocalisations ». En
d’autres termes, ne pas traiter l’industrie cinématographique comme celle de la chaussure
ou de l’automobile et inverser la célèbre phrase d’André Malraux « le cinéma est une
industrie mais il est aussi un art ».
Michel Ciment

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