l`invitation - Eric Vincent

Commentaires

Transcription

l`invitation - Eric Vincent
ERIC VINCENT
L’INVITATION
Web: http://ericvincent.no-ip.org/
D’après une idée d’Eric VINCENT et les desiderata de Claire, lectrice
© Eric Vincent 2007. Tous droits réservés.
Toute ressemblance avec des situations ou des personnages ayant existé, existant ou à
venir, serait fortuite.
Paris, au mois d’août, se vidait de ses habitants. Les habitués des terrasses de café se
massaient sur la Côte d’Azur, remplacés par des touristes en goguette. La chaleur était
accablante ; sortie du musée Carnavalet, Claire reçut la vague brûlante sur tout le corps.
Après quelques centaines de mètres parcourus, elle n’y tint plus et fit une halte dans un
bistrot art déco. A l’intérieur, zinc véritable, boiserie d’origine et une nuée de serveurs
stylés en tenue noire et blanche.
Elle choisit une place à l’extérieur, proche de l’entrée mais à l’ombre et à l’air libre. Un
jeune homme se présenta pour la commande. Elle prit une Vittel menthe, appréciant
l’effet rafraîchissant du sirop vert. A la première gorgée, elle ne put s’empêcher de songer :
« La menthe est un excitant naturel… »
Une légère brise se leva et agita les plis de sa robe estivale. Le souffle chaleureux attisa la
sensibilité de ses cuisses. Elle remit de l’ordre dans sa tenue et observa son entourage. Un
groupe était attablé à quelques mètres d’elle. Costumes cravates pour ces messieurs,
tailleurs chics pour ces dames, le quintet partageait un moment de détente mêlé de
discussions professionnelles. Un homme dirigeait les débats.
Sans cesser de parler, il adressa un regard insistant dans la direction de Claire et lui fit don
d’un sourire enluminé. Elle esquissa une réponse polie mais sincère. Beau brun au teint
mat, élancé, élégant, il avait de l’allure. Elle aurait juré qu’il était originaire d’une île
exotique comme Maurice ou Rodrigue. Un détail l’intriguait cependant.
Une paire de minutes plus tard, ses voisins levèrent le camp. Son admirateur n’avait pas
cessé d’être captivé par sa présence. Il y avait de quoi ; Claire, fine, piquante, brune aux
cheveux courts lisses et ébène, aux pommettes saillantes et aux lèvres gourmandes, plaisait
aux hommes. Sa peau à la blancheur de porcelaine marquée, summum de l’érotisme chez
les Thaïlandais, incarnait la sublime frontière conduisant à sa sensibilité et sa féminité. Son
regard noisette n’avait pas son pareil pour allumer le feu chez la gent masculine et ce
n’était pas son homme régulier qui le nierait. A l’écoute de son corps, elle jouissait de la
vie et de son pouvoir de séduction.
L’inconnu s’empressa d’aller régler la note. La table de Claire se trouvait sur le chemin. Il
marqua une pause devant elle et lui livra avec un aplomb et un charme indéniables :
- Vous avez le plus exquis des sourires.
Le sien était digne d’une gravure de mode et elle lui rendit généreusement, sans un mot. Il
fila au comptoir pour payer. Claire était troublée. L’homme n’avait pas l’air d’un dragueur
invétéré ou pot de colle mais faisait montre d’une assurance et d’un charme émoustillant.
A la fois séducteur, séduisant et direct. Le cocktail exotique qu’elle savourait.
Enfin, leur rapide proximité avait levé le voile sur le détail qui l’intriguait : il avait les yeux
couleur Caraïbes, une teinte de carte postale. Son regard n’en avait été que plus pénétrant.
Elle se hasarda à le chercher des yeux. Il venait de saisir un morceau de carton dans l’une
de ses poches et griffonnait dessus. Lorsqu’il eut fini, il refit le chemin en sens inverse et
déposa le carton sur la table de Claire, sans autre commentaire et formalité qu’un nouveau
sourire renversant. Elle en eut quelques palpitations. Elle prit le carton et lut pour elle :
« Si vous désirez prolonger votre ravissement, faites-moi le plaisir de me contacter à ce
numéro. »
Son portable était mentionné au dos du bristol. Pas de nom, de raison sociale. Mystère
complet sur l’individu. Il avait déjà disparu au coin de la rue avec son équipe. Plus moyen
d’en savoir davantage. Elle relut l’invitation informelle à plusieurs reprises, cherchant à en
percer les secrets. Pourquoi la simple lecture de ces mots générait-elle une onde de
chaleur dans son ventre, une accélération de sa respiration ?
Elle glissa le présent dans son sac à main et régla sa consommation. Intriguée,
décontenancée mais attirée par le geste de l’inconnu, elle finit par attribuer son état
second au couple canicule Vittel menthe, décidément excitants.
♥♥♥
Il était près de vingt heures. Seule dans son appartement parisien, Claire feuilletait une
revue consacrée à la décoration et à l’aménagement de l’espace. Elle lisait les articles sans
grande conviction. Sa concentration était perturbée par les mots de l’inconnu, résonnant à
l’infini dans son esprit :
« Vous avez le plus exquis des sourires. »
La déclaration déclenchait la houle dans sa poitrine. Elle ne tenait plus en place, se levait
sans cesse, se rasseyait. Elle s’empara de son sac à main et retira le carton. Les mots lui
firent l’effet d’un incendie volontaire dans le bas-ventre. Elle huma le bristol : fraîcheur
citronnée. Son eau de toilettes. Discrète, tonique. Elle se décida. Ses doigts volèrent sur
les touches de son mobile et la recherche s’enclencha. Tonalités, sonnerie, une voix à
l’autre bout. Lui, sûre à cent pour cent.
- Allo ?
- Oui ?
- Je suis la personne à qui vous avez remis votre carte.
- Pardon mais je distribue environ une vingtaine de cartes par jour.
Sa réponse était proférée sur un ton neutre.
- A la terrasse du café, hier après-midi.
- Oh… Vous…
Sa voix avait chaviré, il manquait d’air.
- La femme au sourire…
- Oui.
- Mon message vous a intriguée ?
- Je l’avoue.
- Vous aimez l’art ? Les belles œuvres ?
- J’adore.
- Vous plairait-il de venir au vernissage d’une galerie que j’organise samedi en 8 dans le
sixième arrondissement ? Le thème retenu est l’Extrême Orient. Estampes japonaises,
vases chinois, peintures sur soie, le tout dans une ambiance mystique au parfum d’encens.
Ce serait l’occasion de croiser des artistes, des personnalités, des personnages et
naturellement, d’apprécier l’une des plus belles galeries d’art. Tenue de soirée exigée.
Qu’en dites-vous ?
Il la prenait de court, elle ne s’attendait pas à une telle faveur. La soirée la tentait, elle
changerait des plans cinéma du titulaire dans son cœur. Pourtant, elle était gênée d’être
brusquement tancée de la sorte. Sa conscience carillonnait : n’y avait-il pas anguille sous
roche ? Son esprit de liberté lui soufflait : mais vas-y ! Ne rate pas une si belle occasion de
te divertir !
L’envie se fit plus forte que la raison et l’emporta :
- J’accepte avec joie.
- Merveilleux. Je me ferai votre plus servant et chevaleresque des guides dans cette soirée.
Pouvez-vous m’indiquer vos coordonnées afin que je vous expédie l’indispensable
invitation ?
- Bien sûr.
Elle lui livra ses prénom, nom et adresse sans état d’âme. Que risquait-elle ? Qu’il vienne
en personne lui livrer le précieux sésame ? La belle affaire. Elle saurait le recevoir avec
courtoisie. Et s’il se montrait entreprenant ? Ah… Eh bien, elle aviserait et plongerait
dans ses yeux couleur Caraïbes pour deviner ses intentions…
♥♥♥
Nous étions samedi. Claire avait prévenu que sa soirée était réservée, qu’elle avait été
invitée à un vernissage. Son homme n’avait pas proposé de meilleure sortie…
Elle piaffait d’impatience, tuait le temps en étalant l’intégralité de ses armoires et
commodes sur le lit. Quelle tenue retenir pour une telle soirée ? Un tailleur ? Non, trop
basique, voire Basic Instinct. Une robe de cocktail ? Elle n’avait qu’un modèle, d’un rouge
éclatant et voyant. Elle ne tenait pas à attirer l’attention sur elle mais juste à passer une
excellente soirée en compagnie de son hôte, le plaisir des yeux en plus. Sa robe noire
chinoise avec une pluie de petites fleurs multicolores seyait parfaitement à une rencontre
avec l’art venu d’Extrême-Orient. Le col Mao masquait son décolleté mais elle tenait à
porter des dessous dans lesquels elle se sentirait désirable. Elle jeta son dévolu sur de la
dentelle noire : soutien-gorge à balconnets, string, bas. Elle s’observa dans le miroir en
tenue légère : elle se trouvait appétissante, à croquer. Ses cuisses, son ventre, ses courbes,
ses rondeurs fermes, tout était en harmonie. Elle passa la robe et masqua ses trésors aux
yeux du monde. Elle gagna quelques centimètres en se glissant dans des escarpins
sombres. Deux touches de parfum au jasmin, le long de sa nuque dégagée. Un trait de
liner noire pour souligner ses yeux de biche, un soupçon de blush et une attention
particulière pour ses lèvres : un gloss pêche claire, presque incolore, renforçait leur
humidité naturelle. Une invitation au tendre baiser, à croquer le fruit juteux, objet de
gourmandise absolu…
« Doucement ! » Songea-t-elle. « Tu vas à une soirée tout ce qu’il y a de plus sérieuse.
Calme-toi… »
Apprêtée, parée, elle prit un petit sac en cuir noir et glissa l’invitation. Elle était signée
Justin. Elle posait enfin un prénom sur ce visage d’homme. Justin, Justin… Le prénom
résonnait à merveille dans son esprit.
Elle commanda un taxi et attendit au pied de son immeuble. Une grosse cylindrée stoppa
devant elle et la conduisit à destination du quartier des éditeurs et des galeries d’art.
♥♥♥
L’entrée de la galerie d’art était immanquable. Une foule compacte s’était massée sur le
trottoir et sur les marches d’escalier conduisant à la salle principale. Somptueuses robes de
cocktail pour les femmes, smokings masculins, aucun doute n’était permis. Quelques
originaux étalaient leurs différences par des tenues moins conventionnelles ; des artistes
affirmés ou en devenir. Les yeux de Claire balayaient l’assistance sans s’appesantir, à la
recherche du bel inconnu. Elle se sentait seule, perdue au milieu d’une immensité
indifférente à sa présence. S’il avait organisé ce vernissage, il courait partout, veillait au
grain, résolvait les moindres problèmes. Il n’aurait pas un instant à lui consacrer. Et
pourtant…
Elle vit, là, en haut de l’escalier, vêtu d’un costume immaculé, d’une chemise blanche et
d’une cravate rouge framboise. Il avait l’air d’un ange encanaillé, il était beau comme un
capitaine de marine, à la recherche de son phare. Il l’aperçut enfin et vint à sa rencontre. Il
la dévora des yeux, des pieds à la tête, pris par l’émotion.
- Vous êtes délicieuse…
Les mots en furent un à eux seuls. Elle les dégusta avec gourmandise. Il s’empara de sa
main droite et la pressa entre ses paumes. Il porta la main à ses lèvres, effleurant la peau.
Peu importe s’il ne respectait pas l’étiquette exigeant qu’il se courbât en deux jusqu’à la
main de son invitée. Les sensations étaient au rendez-vous. Il lui offrit son bras, avec
galanterie. Elle l’accepta. A ses côtés, elle se sentit pousser des ailes, les regards se
tournèrent sur le couple qu’elle et lui formaient. Sa présence lui conférait une réalité toute
autre, son aura lui donnait une consistance dans ce monde étranger.
Il la mena près du buffet où il lui proposa une coupe de champagne. Claire déclina l’offre
et réclama un cocktail sans alcool. Verres en main, ils déambulèrent dans les recoins de la
galerie, pour le plaisir de ses yeux. Elle connut l’ivresse de la beauté, avec l’avis d’une
connaisseuse. A un moment, il lui murmura :
- Aimeriez-vous que je vous présente à mes amis ?
- J’en serais ravie.
Il fit le tour des lieux, l’intronisant dans son cercle de connaissances. Néanmoins, il s’y prit
d’une manière plutôt originale. Juste avant de faire les présentations, il s’amusait à
dépeindre les personnes à l’aide de leurs travers, leurs pêchés mignons, voire leurs us et
coutumes sexuels. Les révélations l’étonnaient, l’amusaient et la faisaient parfois rosir.
Justin la connaissait à peine et lui confiait les libertinages de son entourage. Elle se
demandait quels secrets il pouvait bien dissimuler, lui. Sa surprise initiale se mua en
curiosité complice, peu à peu. Il en vint à deux hommes en grande discussion auprès du
buffet, lieu hautement stratégique pour engager la conversation. Ils encerclaient une
ravissante métisse, la charmant à tour de rôle.
- Là-bas, ce sont mes meilleurs amis et associés. Le brun svelte, à l’allure asiatique, c’est
Tom. Et la montagne de muscles typiquement scandinave, à côté, c’est Harry.
Tom, vêtu d’une chemise de lin blanche, d’un pantalon de toile écru et de mocassins
ivoire, était imberbe. L’aspect de sa peau était celle d’un bébé. Il était animé de gestes
délicats, précis, lents et de manières raffinées. Chaque fois qu’Harry se déplaçait dans le
champ de vision de Claire, Tom disparaissait. Harry, cheveux blonds, courts, était presque
engoncé dans un costume taillé sur mesure. Il avait des allures de garde du corps et rien
d’un esthète ou mécène investi dans l’art. Il toisait dans les 195 cm et sa stature, mon Dieu,
elle était celle d’un dieu nordique. Piquée au jeu, Claire demanda :
- Et qu’ont-ils de particulier, vos meilleurs amis ?
- Ce sont tous les deux de vrais Epicuriens. Ils dévorent la vie et ses cadeaux à pleines
dents.
- Ils sont ensemble ?
- Uniquement pour chasser.
Claire se tourna vers Justin, choquée. Enfin, pas tant que cela. Justin souriait mais son
attitude était différente. Il attendait une réaction, un signe. Claire se contenta d’acquiescer.
Des chasseurs ? A quel type de proie s’en prenaient-ils ?
Justin lui présenta donc ses deux comparses. Ils délaissèrent la jeune métisse et
bombardèrent Claire de questions sur l’art, ses goûts, ses affinités. Justin se tenait en
retrait, en observateur. Il ne perdait pas une miette de la discussion, les yeux rivés sur la
belle, analysant ses moindres réactions, gestes ou mimiques. Claire ressentait une franche
cordialité entre ces trois hommes et prenaient plaisir à déguster chaque seconde passée en
leur compagnie.
Justin revint dans la conversation en proposant à son invitée :
- Claire, vous plairait-il de découvrir ma collection privée dans ma villa ? C’est à 45
minutes de voiture d’ici.
La surprise passée, elle estima que la soirée était trop belle pour s’achever maintenant. Son
homme attendait sa visite après le vernissage, elle devait le prévenir du retard.
- A une condition : puis-je prévenir mon ami ?
- Bien entendu.
Il tendit son mobile à la jeune femme. Elle s’isola quelques instants. Elle perçut une
certaine déception dans la voix de son compagnon ; il se consolerait en visionnant Ghost
à la télé. Décidément, elle ne regrettait pas son choix et revint vers Justin.
- Tout est arrangé, je suis prête à vous suivre.
- J’ai acquis de nouvelles pièces de toute beauté. Mes amis Tom et Harry n’ont pas encore
eu l’occasion de les admirer. Vous ne voyez pas d’inconvénients à ce qu’ils nous tiennent
compagnie ?
- Pas du tout.
Sa réponse avait fusé avec franchise. Tom, autant qu’Harry, était cultivé, aimable, agréable.
Ils sortirent ensemble. Le voiturier amena le véhicule de Justin au pied de l’escalier.
Mercedes classe S noire, aux vitres fumées, option limousine (rallongée). Justin savait
vivre et apprécier tous les objets d’art.
♥♥♥
Il devança Claire et lui ouvrit la porte arrière gauche. Elle s’installa et la portière se
referma automatiquement dans un chuintement pneumatique et électrique. A bord, le
silence était impressionnant. Le souffle du V12 était à peine perceptible. Tom prit place à
ses côtés, Harry embarqua à l’avant et Justin s’installa aux commandes. Avant de démarrer,
il régla longuement le large rétroviseur intérieur et le bascula en position nuit. Ainsi, il
croiserait en permanence les yeux noisette de Claire. Elle crut lire en lui une lueur de
satisfaction certaine. Il vit en elle s’allumer une flamme qu’il comptait bien élever jusqu’au
paroxysme. Elle tourna la tête, sentant le regard de Tom. Un regard fascinant, pesant, une
lutte véritable pour la percer à jour. Il ne souriait pas, il l’auscultait sur toutes les coutures.
C’est à peine si Claire s’était aperçue de l’ébranlement de l’auto. Justin roulait prudemment,
lentement. A intervalles de plus en plus court, il observait Claire. La passagère était
captivée par Tom, il la déshabillait du regard, il évaluait chaque pouce de son corps à
travers le satin de sa robe, en devinait la forme, les courbures. La respiration de Claire se
fit plus courte, elle chercha son oxygène. Impossible de quitter ses yeux. Elle s’humecta
les lèvres, les tendit en avant, de façon presque imperceptible. Le SIGNE attendu. Tom
défit sa ceinture et s’approcha d’elle, sans la quitter des yeux, l’hypnotisant littéralement. Il
posa sa main droite sur les jambes et apprécia ses cuisses à travers les bas. Il la fixait,
calme, maître de ses émotions, à l’écoute des réactions de Claire. Elle abaissa les paupières
longuement, les rouvrit. Frissons, chaleur de sa main, tendresse du geste, douceur, infinie
douceur. Il entama la folle ascension sur la robe, en haut des cuisses, s’attarda sur le
ventre, poursuivit jusqu’à la poitrine. Pas besoin d’ouvrir la robe, il prenait connaissance
de ses formes juste avec la main. Claire respirait vite, son cœur s’emballait. Il s’empara de
sa gorge et la caressa longuement, s’approchant à quelques centimètres d’elle.
Insensiblement, elle provoqua le contact, basculant sa nuque, l’offrant à l’homme. Il
effleura la nuque de ses lèvres, elle vacilla, submergée, incapable de résister à l’envie, au
baiser d’une exquise douceur.
Justin dévorait la scène, ralentissant le véhicule. Il n’en perdait pas une miette, écartelé
entre l’envie, le désir et la jalousie. Harry avait abaissé le pare-soleil et escamoté le cache
miroir. Tantôt il reluquait dans la glace, tantôt il se tournait pour mater sans vergogne.
La main de Tom quitta la gorge et fila vers les cuisses de Claire. Elle se prit à vouloir les
écarter mais l’étroitesse de la robe l’en empêcha. Elle commençait à perdre pied, ne savait
pas si c’était dû à la situation ou ses pensées érotiques qui devaient l’affoler. Tom avait des
mains de musicien ou de peintre, d’écrivain, de poète. Aucune callosité n’écorchait ses bas.
La progression fut plus rapide, il atteignit la chaude moiteur de l’intimité de sa conquête.
Il écarta le string et évalua le degré d’excitation de sa partenaire. Il ne cessait de
l’embrasser avec délicatesse, tout en s’enhardissant. Il passa sa main gauche au-dessus
d’elle et défit quelques boutons du col. Là, sa main fondit sur les seins tandis que l’autre
main s’attaquait au clitoris en érection. Claire s’enflamma à l’instant où Tom masturba son
petit bouton intime et son téton gauche. Elle se lova contre lui, fit remonter sa robe
jusqu’aux hanches pour lui faciliter la tâche. Tom était un amour de gentillesse, d’attention.
Elle percevait en lui l’amant capable de rendre les préliminaires totalement exceptionnels.
Il retira le doigt dévolu à son abricot juteux et suça longuement le nectar recueilli. Claire
trouva son geste assurément épicurien.
♥♥♥
Les autres passagers se régalaient. Claire se révélait telle qu’ils en avaient rêvée : ouverte,
complice, aventurière, exploratrice, sensuelle, tellement femme.
Avant de replonger ses doigts sous le string, Tom acheva de plier la robe jusqu’à la taille.
Le contact du cuir frais sur la peau de Claire l’excita : mélange de senteur, de plaisir, de
confort et de sa propre chaleur animale. Elle écarta ses cuisses, très fort, pour recevoir la
caresse de la main et des premiers mots :
- Ouvre-toi, petite orchidée…
Elle obéit sans hésitation. La pénétration des doigts, les regards pénétrants d’Harry et de
Justin, leurs désirs palpables, elle en devenait folle. Fallait-il qu’elle soit complètement en
chaleur pour se laisser emporter à ce point par ses envies ! Et que c’était bon de
s’abandonner à ce traquenard. Oui, c’en était un, elle en était consciente. Elle avait plongé
et ses appréhensions s’étaient envolées. Elle en avait envie, ce soir, là, dans cette voiture.
Tom lui demanda :
- Viens…
Il se repoussa de l’autre côté de la limousine, baissant son pantalon de toile. Il libéra un
sexe à son image : fin, assez long, élégant, dur, captivant. Elle bascula et prit son gland
dans la bouche. Il était luisant de sécrétions, ses poses lascives avaient eu raison de
l’apparente froideur de Tom. Le goût salé lui plut immédiatement ; Tom posa ses mains
derrière la tête de Claire mais n’appuya pas. Il la laissa sucer au rythme qui comblerait son
désir. Lui, il était aux anges. La caresse buccale de Claire, c’était comme le millésime du
siècle : aucun mot ne pouvait être assez puissant, assez riche, pour en faire la description.
Le long appendice de Tom prenait des allures d’Obélisque plutôt que de la tour de Pise.
Plonger dans la bouche en cœur de Claire, à ses yeux, c’était faire le voyage dans le plus
doux et le plus doué des orifices de Claire. Si elle lui arrachait des larmes de sperme, juste
au bout de quelques secondes, jusqu’à quelle frontière irréelle le conduirait-elle lorsqu’elle
abaisserait ses défenses les plus personnelles ?
La voiture ralentit. Justin réclama une pause détente musculaire. Il parqua la Mercedes sur
le bas-côté et sortit faire quelques pas. Il ne s’éloigna guère du véhicule, dévorant la scène
érotique des yeux.
Harry, quant à lui, quitta le siège passager avant pour rejoindre l’arrière du véhicule. Il se
posta directement derrière les fesses de la jeune femme. Il se débarrassa de son costume,
de sa chemise et finit complètement nu. Claire lui accorda une seconde d’attention, juste
le temps de mesurer – à peine – ce qui l’attendait avec ce gaillard. Ses muscles saillaient de
partout, il était magnifique et aurait pu servir de modèle à un sculpteur. Ses mains, de vrais
battoirs, étaient celles d’un bûcheron finlandais. Il s’empara de ses fesses, les écarta sans
ménagement, les pétrit. Autant Tom était doux, prévenant, autant Harry était directif,
imposant, sans gêne. Il arrivait en conquérant, en seigneur. Il apposa une langue large,
râpeuse sur la chatte en chaleur de Claire. Les fesses étaient enserrées, Claire était
prisonnière du blond affamé. Il se jeta sur elle, la bouffant avec un appétit d’ogre.
Impossible de se soustraire au viol de son appendice humide et agile. Tant mieux !
Elle se cambra pour mieux le recevoir en elle et redoubla d’ardeur sur le pieu tendu par
Tom. Justin reprit le volant. Il attendit avant de rouler, fasciné par Claire et son ardeur.
Elle se livrait à eux sans complexe, sans remords, en parfaite chienne avec le feu aux
fesses.
Elle se retourna. Son sourire avait changé de nature. La béatitude l’envahissait. Elle se
mordit les lèvres en fixant Justin, le suppliant. Qu’attendait-il ? Elle en avait deux pour elle,
elle le voulait aussi, lui le troisième larron, complice, voyeur, enjôleur, séducteur. Elle
désirait ses mains sur ses seins, sur ses mamelons triturés, tétés, sucés. Elle jouissait. Elle
mata Harry. Il ressemblait à Thor, le dieu nordique le plus puissant, dont l’arme, un
marteau, était redoutée de ses ennemis. Harry avait un puissant marteau. Et de sa langue,
elle subissait une véritable introspection, une analyse des abords de son vagin, une brûlure
enivrante de sa fente, de sa vulve, de son petit bouton. Harry l’aspirait, buvant son miel
intime. Il avait mis le clitoris de Claire dans un tel état qu’il s’était érigé en adversaire
tenant tête. Harry était alors capable de le sucer comme elle en faisait autant avec le sexe
de Tom.
La voiture repartit à un train sénatorial. Justin était un excellent conducteur mais là, les
limites du contrôle étaient atteintes…
Tom demanda à Claire :
- Allonge-toi sur la banquette.
Elle obtempéra. Elle accepterait n’importe quoi pourvu qu’il vienne dans son ventre, qu’il
l’emmène sur une autre planète, qu’il se répande en elle avec une infinie douceur. Il se
masturba devant elle, sans débander une seule seconde. Comment débander devant une
femme comme Claire ? Après une dizaine d’éjaculations, peut-être. Et encore…
Harry s’installa près du visage de la passagère. Là, elle comprit qu’avec lui, ce ne serait pas
la même chanson. Comblée, elle allait mesurer la portée de ce qualificatif.
Il présenta un sexe glabre proportionnel à ses 195 cm et à sa stature : un pieu, une
branche, non un tronc long, large, noueux, gonflé, capable d’enfler dans sa gorge. Tom
vint en elle, intenses secondes de douceur et de tendresse. Il enroula sa langue sur un
téton et poussa son sexe dans sa chatte offerte. Elle écarta pour le recevoir avec volupté et
referma ses cuisses sur son corps d’éphèbe. Le garder pour l’éternité en elle, le laisser la
remplir doucement de sa semence, lui permettre de s’accomplir comme un initiateur, un
guide. Elle se lova contre lui, très fort, frissonnant à plusieurs reprises, joue contre joue.
Harry poussa sur ses lèvres, se rappelant à son souvenir. Comme dans un rêve, elle ouvrit
la bouche. La pénétration lui parut ne jamais finir…
♥♥♥
Harry exultait ; les caresses prodiguées avec doigté par Claire, conjuguées à la chaleur et la
douceur de sa langue, le transportaient sur une autre planète. Il n’était pourtant pas homme à
se laisser aller dans la bouche d’une belle inconnue au bout de quelques minutes mais, si la
belle en chaleur poursuivait dans cette voie, il allait exploser rapidement. Il retira sa verge et
la promena sur la poitrine de sa partenaire. Les tétons de Claire réagirent aussitôt ; en érection,
ils lui transmirent une flopée ininterrompue de sensations folles. Et Tom qui s’agitait avec
tendresse dans son ventre, à une allure croissante, de moins en moins maître de ses émotions,
lâchant des râles de plaisir, s’agrippant à sa taille, l’attirant vers lui pour de petits coups de
boutoir, les yeux rivés sur sa vulve parfaitement glabre. Et Justin, guidant leurs transports vers
une destination toujours plus lointaine, qui la dévorait des yeux, la désirait de ses lèvres, de
ses pensées, transpirant d’érotisme. Elle était dans un état second, ses yeux luisaient de plaisir,
Justin partageait ses sensations par un invisible lien de sensualité. La vague la submergea, elle
ne maîtrisa plus rien : le cuir contre sa peau, la peau douce de Tom, le sexe d’Harry, l’amour
distant de Justin. Elle poussa un long gémissement de louve blessée, enlaçant l’homme qui
était dans son ventre, le suppliant en secret de s’abandonner.
Harry ordonna :
- Jouis, Tom !
Son complice s’exécuta à la perfection, comme s’il attendait le commandement du géant
blond. Il se retira pressement, s’accroupit au-dessus de la passagère, empoigna son dard
luisant de son miel à elle et fit gicler son sperme sur la gorge de la belle. Il se vida jusqu’à la
dernière goutte, étalant la semence sur le sternum, jusqu’à la naissance des seins.
Tom et Harry échangèrent de place, sous l’œil fasciné de Justin. Claire tremblait, elle ne
maîtrisait plus ses cuisses. Tom, sous ses allures d’éphèbe, presque fragile, sans posséder un
attribut démesuré, l’avait conduite à l’orgasme. Il vint se placer tout près de son visage,
soutint sa nuque afin qu’elle puisse profiter du spectacle. Il dessina des arabesques avec sa
propre semence sur la poitrine de Claire, étalant le liquide séminal, la massant avec, alternant
regards durs et coups d’œil sur son œuvre éphémère. Sa main prolongeait l’orgasme de la plus
douce façon ; il entretenait le feu intérieur, sans l’attiser. Celui dont la mission consisterait à
transformer le foyer chaleureux, en volcan infernal, c’était Harry. Les chasseurs connaissaient
à merveille leurs rôles respectifs. Sa bouche avait été presque violée par la monstruosité hors
normes du scandinave ; elle s’attendait à une avalanche dans son intimité. Harry se positionna
en face de sa fente agrandie par les turpitudes de Tom. Elle ne perdait pas une miette de la vue,
son corps d’athlète frémissant, tressaillant, s’apprêtant pour la bataille qu’il allait livrer pour
arracher la victoire par la force, la puissance, dans les cris, sans la douleur. Les 25 cm de chair
gonflée d’envie élargirent l’ouverture taillée par Tom. Claire sut enfin ce qu’étaient le
supplice du pal et l’écartèlement. Il s’enfonça sans marquer la moindre hésitation, sans
observer une trêve. Harry le conquérant la voulait toute entière, chancelante, pantelante.
Claire implora Justin dont elle devinait l’immense tendresse, la mansuétude. Il eut un sourire
victorieux, celui d’un homme ayant mené à bien sa mission. Claire libéra un long
gémissement. Les va et viens de Tom avaient enflammé son vagin, ses lèvres ; Harry jetait de
l’huile sur le feu avec sa verge noueuse, musculeuse. Il poussa encore et encore, jusqu’à ce
qu’il trouve l’entrée de l’utérus. Il la força en douceur mais avec fermeté. Les cuisses de
Claire furent prises de tremblements irrépressibles. Harry les contrôla en enserrant les jambes
et en pesant de tout son poids sur elle. Elle eut droit à ce qu’elle avait appelé de tout son cœur
en découvrant Harry : le sentir l’éventrer délicieusement, se sentir prise, incapable de se
libérer de son emprise, de sa puissance. Dominée, investie, jouet de son désir à lui, pour le
plus grand à elle. Il se retira presque intégralement et poussa brusquement. Nouvelle
éventration, plus ahurissante, enivrante.
- Baise-moi ! S’il te plaît… Supplia-t-elle en oubliant toute retenue.
Son volcan entrait en éruption, devenue chienne en chaleur, transfigurée. Elle était une autre,
cet animal tapi au fond de son inconscient, animée par l’instinct d’accouplement primaire
avec cette bête de sexe, guidée par son besoin impérieux d’être satisfaite, offerte à tous les
doux supplices qu’il voudrait bien lui faire subir. Harry ne se priva pas. Le dieu Thor se servit
de son arme magique pour emporter la bataille de la manière la plus éclatante et inoubliable
qui soit.
♥♥♥
La limousine ralentit une nouvelle fois. Ce coup-ci, Justin ne prétexta pas une pause pour
appliquer son plan mûri de longue date. Il stoppa devant un portail en chêne d’une taille plus
que respectable. Une épaisse muraille culminant à plus de trois mètres de hauteur ceignait la
propriété sur quelques centaines de mètres de façade. Quand bien même un curieux aurait pu
franchir l’enceinte, un rideau d’arbres à feuilles persistantes masquait la bâtisse aux yeux du
monde extérieur. Le portail glissa doucement sur un rail, après que Justin ait actionné une
télécommande. De sa position allongée, Claire ne perçut que les ombres de mélèzes, thuyas et
autres ifs centenaires. Harry s’en donnait à cœur joie, la comblant au-delà de ses espérances.
Tom s’était plus ou moins rhabillé et admirait son ami à l’ouvrage. Il caressait les cheveux,
les joues, le front, les lèvres de leur partenaire consentante et partageait leur contentement
mutuel. Claire, elle, ne répondait plus de rien, presque ivre de plaisir. Elle haletait, couinait,
gémissait, chevrotait, lâchait toute la gamme des trémolos. Elle n’aurait jamais voulu que cela
cesse.
La frondaison déboucha sur un portique en bois où figuraient des inscriptions verticales. Du
Japonais. Justin parqua la Mercedes un peu plus loin, sur une sorte de promontoire attenant à
l’habitation. Il serra le frein de parking au pied et se retourna :
- Nous sommes arrivés. Harry, s’il te plaît, ne lui laboure pas trop le ventre, je voudrais que
Claire puisse jouir longuement de cette soirée.
Harry obtempéra, non s’en s’être enfoncé une dernière fois jusqu’à la garde pour sentir le
contact de la peau du mont de Vénus contre son bas-ventre. Il se retira et remonta son
pantalon. Il sortit du véhicule le sexe à l’air, ayant besoin d’au moins une bonne minute à
penser à ses impôts pour le réintégrer dans son caleçon. Tom était déjà dehors. Claire ne
savait plus où elle était et revenait à elle peu à peu. Elle sentit des mains bouillantes se poser
sur son corps et l’extraire de la banquette arrière. L’air tiède de l’été lui fit comme un coup de
fouet cinglant sur le corps, presque trop frais. Il n’en fallait pas moins pour calmer le volcan
déchaîné par les deux hommes. Les abords de la maison étaient plongés dans l’obscurité,
amplifiée par l’absence de lune et par l’opacité des arbres. Impossible de distinguer quoique
ce soit. Ce fut un détail sonore qui lui fit reprendre conscience et qui la titilla. Harry, revenu
en hâte après s’être « aéré » le gland, ouvrit une porte dérobée. Plus précisément, fit glisser
une porte dans un rail. Un chuintement familier, bruit de bois glissant sur un lit de savon noir.
Justin la porta à l’intérieur. Tom illumina les lieux d’un claquement de doigt. La surprise fut
totale. Elle se trouvait dans un dojo, les hommes contournaient le tatami.
♥♥♥
Dans les bras de Justin, Claire traversa la première pièce. Boiseries, cloisons légères tendues
de papier opaque, sculptures de teck, représentations de samouraïs aux temps héroïques des
Shoguns, katana aux poignées serties par des orfèvres aux murs. La salle d’entraînement,
richement décorée, promettait d’autres surprises. Le couloir qui suivit, desservait une noria de
pièces à la décoration ascétique mais de valeur. Meubles rares, coffres anciens du 16ème siècle,
estampes sélectionnées avec soin, objets mis en valeur. La technique disparaissait dans les
cloisons, le modernisme se faisait caméléon. Une maison japonaise avec tout le raffinement
asiatique, en plein cœur de la banlieue parisienne. Tom escamota une porte, posa les
vêtements chiffonnés de Claire sur une commode et libéra le passage. Justin s’introduisit dans
la chambre et pria ses amis :
- Mettez-vous à l’aise, je vous rejoins bientôt.
Les yeux de Claire brillèrent instantanément. Son hôte la déposa au sol mais elle vacilla,
toujours sous l’effet des lubriques déviances des deux comparses. Elle se rattrapa à la poitrine
de l’homme. Depuis le temps qu’elle attendait cette seconde !
Elle le huma, l’effleura, il prit sa main et la repoussa avec précaution. Il l’assit sur le futon au
ras du sol et dit :
- Votre tenue est en désordre.
- Je crois qu’il n’aurait pas été possible de faire autrement, plaisanta-t-elle.
- Vous me procureriez un plaisir infini si vous consentiez à vous vêtir d’un kimono.
Plaisir infini ? Justin préférait-il voir les femmes habillées que nues ? Avait-il un penchant
pour la simple observation ? N’était-il qu’un voyeur jouissant des accouplements étrangers,
un simple spectateur ? Non ! Inconcevable ! Le plus séduisant des trois ne pouvait pas l’avoir
invitée dans l’unique but de la livrer à ses amis, sans la toucher, sans la goûter, sans la
posséder.
- J’accepte, confessa-t-elle.
Il la guida dans la pièce attenante, une salle de bains composée d’un lavabo en pierre de lave
et d’une douche sans la moindre paroi. Il régla la température de l’eau, se mit intégralement
nu et la poussa sous la pluie tiède. Il prit une éponge naturelle, l’aspergea de savons et d’un
mélange d’huiles essentielles. Claire se sentait comme une feuille fragile tombée de l’arbre,
impressionnée par Justin. Sa peau mate, ses muscles finement ciselés, sa belle gueule d’amour,
ses yeux si intensément bleus, ses dents de top model, elle en crevait d’envie. Elle ne pouvait
plus le quitter, elle voulait là, maintenant, en elle, avec l’eau coulant sur leurs corps unis,
soudés, en fusion.
- Tournez-vous, s’il vous plaît.
Décontenancée, elle obéit. La main de Justin vint se lover sur sa nuque, ses épaules, son dos,
ses reins. Quand il atteignit les fesses, elle se cambra en arrière, un geste désespéré. Le
contact suivant fut celui de l’éponge. Il la lava de la tête au pied, en embuscade derrière elle, à
courte distance de sa peau. Nuque, épaules, bras, dos, cuisses, mollets, il n’oublia pas le
moindre centimètre carré de son anatomie. Il lui fit faire volte face, elle était haletante, lèvres
entrouvertes, n’attendant qu’un geste de sa part pour se soumettre à sa volonté. Lui aussi
ouvrait la bouche, laissant l’eau dégouliner à l’intérieur, avalant quelques gorgées, lui souriant
sans cesse. Il la savonna en commençant par les oreilles, la gorge, la poitrine. Elle la gonfla
pour mieux jouir des caresses imaginaires. Il insista longuement sur son ventre, elle écarta
sensiblement les cuisses pour offrir sa chatte en chaleur. Il l’ignora ! L’horrible tortionnaire !
Il s’agenouilla, fit rouler l’éponge sur les jambes, jusqu’aux pieds.
Puis, elle crut voir venir la libération, la fin de son supplice lorsqu’il exigea :
- Ecartez les cuisses.
Elle ne se fit pas prier, s’adossa au mur et ouvrit son petit abricot. Il béait, pas encore remis
des sévices de l’ami Harry, qui lui voulait du bien.
Justin décrocha la pomme de douche à main, dévissa le flexible et fit couler l’eau jusqu’à ce
que le mélange ait atteint la température qu’il désirait. Il introduisit le tuyau dans le vagin. Le
rythme cardiaque de Claire s’emballa, la sensation de nettoyage intérieur était nouvelle,
inconnue, renversante. Il se redressa et lui murmura au creux de l’oreille.
- Il faut tout nettoyer, ne rien oublier.
- Oui, avoua-t-elle. Oui, oui…
Ses réponses se perdirent dans les gouttes d’eau. Elle ruisselait de partout, douchée à
l’extérieur, à l’intérieur et abreuvée de ses attentions. Il resta tout près d’elle, dirigeant le jet
dans sa chatte, enfonçant le flexible pour varier les sensations.
- Cela vous plaît ?
- Oui, oui. Prends-moi, je t’en prie.
- Non, pas comme ça. Pas maintenant. Plus tard, beaucoup tard.
Elle le supplia du regard, qu’il mette fin à ce jeu cruel, qu’il la prenne, là, dans la douche.
Qu’il lui écarte les cuisses, qu’il pétrisse ses fesses, qu’il la remplisse, qu’il libère sa crème
nourricière. Il cessa la douche vaginale et remit en place la pomme. Il coupa la pluie et sortit
de la place. Il enfila un peignoir de bain et pria la jeune femme de quitter le réceptacle. Il
l’aida à passer un second peignoir pour s’éponger et là, il la lova, dos de Claire contre sa
poitrine à lui. Il l’enlaça comme un amoureux transis pour sa belle. Un baiser dévala sur la
nuque de la jeune femme, elle partit à la renverse sous le choc de l’orgasme. Effet à
retardement de la douche intime, combiné au désir qu’il lui fasse don de n’importe quoi,
d’attention, de caresses, de senteurs, de mots. Elle existait enfin à ses yeux.
Il posa ses mains sur son ventre, descendit et la masturba comme un fou, à un rythme dément,
la lova avec une tendresse inimaginable. Il parut se moquer qu’elle hurle de plaisir une
première fois ; il martyrisa son clitoris, le faisant rouler entre son pouce, son index et son
majeur. Un second orgasme la frappa en plein envol, il ne fléchit pas les mouvements de ses
doigts. Il caressait sa gorge, plaçait sa main sur la carotide pour mesurer l’accélération du
rythme. Une fraction de seconde où sa conscience de la réalité n’était pas malmenée, il
imagina qu’il s’assurait du plaisir qu’il donnait, comme s’il manquait de confiance. Craignaitil de faillir en face d’une femme conquise d’avance ? Doutait-il de son pouvoir magnétique,
de son sex-appeal ? Etait-ce là la preuve de son manque d’empressement au moment de porter
l’estocade qui la ferait basculer dans la fusée en partance pour le septième ciel ? La confusion
finit par l’emporter, une troisième vague de plaisir se mua en tsunami dévastateur ; l’onde se
répandit jusqu’au fond de ses entrailles, jusqu’entre ses fesses. Elle poussa en arrière,
cherchant le contact du membre érigé. Elle ne ressentit pas la moindre aspérité. Il ne bandait
pas ! Ahurissant ! Comme cet Apollon pouvait-il rester de marbre ?
Il la retourna et lui fit face. Claire semblait désemparée. Il déposa un bref baiser sur son front
et la tint dans ses bras.
- Plus tard, beaucoup plus tard.
Ils sortirent et revêtirent leurs kimonos. Elle portait une tenue ivoire sur laquelle figuraient des
oiseaux noir et vieux rose. Il déposa des mules colorées à ses pieds.
- Puis-je vous les mettre ?
La demande lui parut incongrue mais elle leva un pied, puis l’autre. Il la chaussa comme s’il
s’agissait d’un cérémonial. Ensuite, il lui tendit la main et la guida dans la maison. Il tint à lui
montrer toutes les – nombreuses – pièces et les richesses qu’elles recélaient. Enfin, ils
parvinrent dans la salle principale. Une large baie vitrée donnait sur la terrasse de teck dans
laquelle un spacieux jacuzzi avait été intégré. L’extérieur était à peine éclairé. Tom et Harry
devisaient dans le bain bouillonnant.
Justin illumina le jardin. Claire grava en elle la magie de l’instant. Un jardin japonais comme
au pays du soleil levant. Cascades, cactées, roches, bassins, fleurs, galets disposés avec ordre
et harmonie, petits ponts de bois, éclairage intégré dans la végétation. Elle succomba sous
l’émotion, des larmes de joie coulèrent sur ses joues empourprées. Justin la prit par la taille :
- Je vous avais promis une soirée inoubliable.
Elle tendit sa nuque pour recevoir de la tendresse, ses yeux embués virevoltant d’un détail à
l’autre. Quoi qu’il arrive maintenant, cet instant sublimait sa vie.
- Rejoignez mes amis, ils vous attendent.
- Et vous ?
- Je vous prépare le thé.
♥♥♥
Claire fit glisser le kimono jusqu’au sol. Tom lui tendit une main secourable pour l’aider à
descendre les marches du jacuzzi. La température de l’eau en mouvement avoisinait les 28
degrés et massait ses mollets et cuisses. Délicieux bienfaits de l’eau.
Une cinquantaine de buses projetait de l’air au fond et sur les côtés du bain. Au centre, un jet
plus puissant permettait un massage en profondeur des pieds. Enfin, chacun des huit sièges
était pourvu d’un jet pulsé orientable et programmable de façon individuelle. Comble du
raffinement, des filtres colorés changeaient l’éclairage, l’ambiance, soit de manière
permanente, soit alternée. Les deux comparses avaient programmé un rouge tonique et un flux
massant. Tom proposa à Claire de se mettre à genoux face à son siège et de reposer son
menton sur un petit coussin étanche disposé au bord du bassin. En adoptant cette position, elle
avait droit à un massage du ventre très stimulant et devait forcer sur ses cuisses pour ne pas
reculer.
Tom en profita pour la prendre en levrette, par surprise. Elle poussa un cri infime de surprise
et soupira d’aise. Il vint en elle et s’activa lentement, lui caressant le bas du dos. Harry, à
seulement un mètre d’elle, avait les mains plongées dans le bouillon. Elle le soupçonna de se
livrer à une masturbation tranquille, attendant l’heure où il pourrait la pourfendre.
Justin les rejoint et s’agenouilla devant Claire. Son intérêt pour son hôte grandit lorsqu’elle le
vit disposer sur une serviette rouge : un bol vide, une coupelle remplie de thé en poudre, une
petite cuillère en bois, un fouet à lattes de bambou et une théière d’eau frémissante. La
cérémonie du Cha No Yu… Elle en resta sans voix, oubliant presque les caresses internes de
Tom. Ce cérémonial, parfois codifié à l’aide de trois cents gestes dans certaines écoles
japonaises dévolues à la coutume, était destiné à signifier l’accueil d’un hôte.
Justin se releva et rapporta les derniers éléments essentiels : un bouquet de fleurs composé par
un maître de l‘ikebana, une calligraphie japonaise et une petite assiette de pâtisseries à base de
pâte de soja ou de pâte de haricot rouge.
- Le message calligraphié signifie : « Ouvre-toi aux autres »
Il était on ne peut plus approprié. Tom se retira de son sexe et poussa son gland turgescent
dans le moins lisse des orifices, avec une infinie délicatesse et une exquise maîtrise, à l’écoute
des réactions de sa partenaire. L’eau servit de lubrifiant naturel et la pénétration s’opéra sans
heurt. Claire se mordit les lèvres quand elle sentit les mains écarter ses fesses pour accentuer
l’appui. Chavirée, partagée entre plaisir et douce brûlure, elle se détendit.
Justin débuta le cérémonial par la présentation de chacun des ustensiles à son invitée. Il versa
une toute petite quantité de thé en poudre dans le bol et rajouta l’eau à cinquante degrés. Il
fouetta le mélange avec énergie pendant près d’une minute, afin que le thé fut mousseux et
que Claire ne risque pas de se brûler. Elle devrait boire rapidement son thé car les particules
en suspension ne se dissolvaient pas. Attendre et le thé se déposerait au fond du récipient.
A l’issue du dernier mouvement de poignet, il reposa le fouet, tourna le bol d’un quart de tour
et le présenta aux lèvres de Claire. Tom suspendit ses mouvements de hanche afin de la laisser
déguster son breuvage. La saveur du thé n’était pas particulièrement exceptionnelle, bien au
contraire. Mais le but de la cérémonie n’était pas gastronomique ; il s’agissait de célébrer la
venue de la jeune femme dans les règles de l’art.
Elle avala jusqu’à la dernière gorgée. A peine eut-elle posé la tasse et remercié Justin des
yeux, Tom se mit en tête de lui faire boire la coupe jusqu’à la lie en la pourfendant de
nouveau. Justin déposa une petite bouchée sucrée dans sa bouche, la laissant glisser sa langue
sur ses doigts. Ainsi s’acheva la cérémonie, elle avait consommé ce que son hôte lui avait
offert et la politesse, ainsi que l’usage, exigeaient qu’elle le remercie de manière appropriée.
Elle ne manquerait à son devoir pour rien au monde…
Justin desservit la table improvisée et revint quelques secondes plus tard. Il prit place dans un
transat qu’il aligna le long du jacuzzi. Allongé sur le côté, il surplombait le couple formé par
Claire et Tom. Il jouissait de la vue sur le visage de Claire grisée par ses sensations. Et quelles
sensations ! Tom la sodomisait tout en douceur, sans agressivité, sans rage. Il était maître de
ses émotions, maître de son désir et en un sens, il était le maître de velours de la jeune femme.
Elle appréciait la pénétration dans le plus serré de ses orifices lorsqu’elle était parfaitement
réalisée. Elle refusait qu’on la saccage comme une poupée de chiffon, qu’on la brutalise. Non,
là, c’était tout le contraire. Tom méritait des félicitations, mieux : des encouragements. Elle
poussa en sens inverse, buttant contre son bas-ventre, pour le ressentir plus profondément au
cœur de ses entrailles. L’orgasme anal, le plus délicat à obtenir, pointait à l’horizon, elle
sentait. Tom commettait le péché, l’interdit entre ses fesses et cette idée l’excitait au plus haut
point. Il lui prenait sa petite rondelle d’amour, il l’élargissait à sa convenance, elle était à sa
merci. Il accéléra, elle ressentit une secousse tellurique, puis une seconde, plus dévastatrice.
Un séisme d’une force incalculable la projeta à terre, vaincue par son initiateur. Elle déversa
tout son plaisir dans les yeux de Justin. Il la gratifia d’un sourire qui valait mille
remerciements.
Harry entra en scène. Tom avait ouvert la voie vaginale, son complice comptait bien naviguer
dans les eaux tourmentées produites par la belle. Il la souleva comme une plume, la retourna
et l’assit sur son pieu tendu. Le dard la perça avec puissance. Elle avait beau l’avoir eu tout
entier en elle, tout à l’heure, dans la Mercedes, l’enfoncement de l’engin lui procurait toujours
une émotion mêlant plaisir et surprise. Une femme comblée, la définition prenait tout son sens
avec lui !
Ses énormes mains s’étaient adoucies grâce à l’action amollissante de l’eau. Elles étaient plus
tendres avec sa poitrine. Cela ne l’empêcha pas de presser les seins avec vigueur et fermeté. Il
la fit coulisser sur son arme prête à décharger, la manipulant comme si la gravité n’existait
plus. Il l’éventra délicieusement. Tom s’avança vers eux et dit :
- Il reste une petite place ?
Claire se demanda comment diable il comptait s’y prendre. Harry occupait un siège, elle était
dos contre la poitrine d’Harry, son anus se trouvait par conséquent derrière la queue du
scandinave. A quel exercice d’équilibriste ou de contorsionniste allaient-ils la soumettre ?
- Bien sûr ! Il y a toujours une place pour les copains ! Rétorqua le géant blond.
Il ajouta :
- Détends-toi, ma douce. On va te faire quelque chose que tu vas adorer.
Tom attendit qu’Harry repousse Claire à la limite de la porte de sortie ; puis il colla son sexe
contre celui de son partenaire, prit les mains de Claire et la pria de maintenir l’ensemble
parfaitement soudé. Tandis qu’elle tenait entre ses mains les deux attributs, les hommes
poussèrent en accord parfait et progressèrent dans sa vulve écartelée. Harry tout seul, c’était le
Paradis. Avec Tom en plus, on lui confiait les clefs du royaume avec l’autorisation d’en
abuser à sa convenance. Les comparses investissaient la place en douceur, ils lui rejouaient le
coup du cheval de Troie, un présent des dieux. Chose inouïe, dans son intimité d’ordinaire
étroite, ils firent leur place et imprimèrent un mouvement. Surtout Tom, en meilleure posture
pour provoquer le va et viens. Jamais elle n’avait connu une double pénétration. Et encore
moins une de cette nature.
Justin avait changé de poste d’observation et se comportait en voyeur avéré. Pas une seconde
il n’avait eu l’idée de lui réclamer une fellation pendant que ses camarades rentraient leurs
sabres dans son fourreau moelleux. Quand se déciderait-il, ce voyou ?
Tom et Harry l’enlacèrent, la couvrirent de baisers, de caresses, alternant mouvements lents et
accélérations toniques, synchrones. Ils lui murmurèrent des encouragements, lui prodiguèrent
des félicitations et lui avouèrent à quel point elle les faisait jouir. Elle se libéra en
s’enchaînant à leurs corps, en s’amarrant à leurs bites. Au bout de longues minutes, Justin
quitta son nid d’aigle et vint à leur rencontre. Il chuchota dans l’oreille de Claire, au bord de
la syncope :
- Maintenant, jouis. Jouis. Je le veux ! Hurle dans la nuit comme tu n’as jamais hurlé !
Son vœu s’exauça. Comme s’il avait connu avec exactitude la seconde à laquelle elle
viendrait, elle perdit pied face au déferlement d’émotions, au rouleau compresseur de la
jouissance. La plus délicieuse des défaites, en vérité. Elle hurla à gorge déployée, blessée,
percée, sans défense. A eux, à lui. Et puis, tout s’enchaîna sans qu’elle en ait vraiment
conscience. Harry la manipula avec une déconcertante aisance, la retourna, la prit à fond,
profita de son terrifiant orgasme pour forcer l’entrée de son utérus et Tom s’immisça dans son
anus. Ils lui servirent une double pénétration plus classique mais terrible dans l’état de
dépendance où elle se trouvait. Elle se prit à les haranguer, à tanguer, à s’agiter, s’empaler,
partir en vrille totale, dans le délire qu’ils avaient créé. Elle fut insatiable, tour à tour chienne,
garce, joueuse ou jouet, victime, objet de désir, sous le coupable regard de Justin. Son volcan
allait entrer en éruption, elle le sentait.
La tête lui tourna, elle crut défaillir, le corps s’agitait par réflexe, Tom et Harry la labouraient,
ils râlaient, soufflaient comme des marathoniens en bout de course. Ils évacuèrent ses orifices
et la contraignirent à s’allonger sur le dos. Justin exhiba enfin son sexe qu’il n’avait pas
encore touché. Il était tendu et luisant. Le jeune homme ne lui fit pas le don d’une caresse
buccale. Une simple pression sur sa verge et il macula les seins que Claire tendait à ses
amants. Il trahit un soupir profond et une série de tressaillements terribles, comme si une ligne
à haute tension traversait sa chair.
Tom et Harry se répandirent aussitôt, Claire eut droit à une chaude douche de sperme. Les jets
de Justin étaient épais, crémeux. Ceux d’Harry, plus liquides, n’en finissaient pas. Leurs
grognements combinés l’affolèrent, elle se massa avec leur semence et consentit à les
récompenser de leurs ardeurs à l’aide de sa langue, s’appliquant sur les bas-ventres, les tiges
toujours raides et les bourses gonflées. Justin se pencha et l’embrassa sur la bouche pour la
première fois. Elle craqua et fondit en larmes. De joie mais était-ce utile de le préciser ?
♥♥♥
Elle était allongée à plat ventre sur le Futon. Elle dégustait sans modération le massage aux
huiles essentielles prodigué par son hôte au teint métisse. Après tout, hormis la séance de folle
masturbation à laquelle il l’avait soumise au sortir de la douche, Justin ne l’avait pas ou peu
touchée. Alors ce massage, c’était la providence. Elle se laissait gagner par le sommeil, bercée
par les ondulations à répétition procurées à ses muscles et articulations. Aux mouvements
circulaires succédaient des palper rouler, des appuis en profondeur, gestes la plongeant dans
une douce hypnose.
Les doigts se firent plus fermes, les mains moins expertes mais tout aussi volontaires. Le
change eut été donné si une voix inconnue n’avait pas trahi l’opération :
- Alors ? Tu as aimé cette invitation ?
Claire se retourna. Le timbre n’apparaissait pas dans ses références mais le visage lui parlait :
- Eric !
Eric était un auteur dont les mots et l’imaginaire avaient su la séduire. Elle avait noué une
correspondance régulière, naturelle avec l’écrivain fantasque. Le trouver en ces lieux,
maintenant, ce soir précis, était presque surnaturel. Leurs échanges avaient établi une
familiarité inexplicable et bien qu’elle fût dans le plus simple appareil, elle ne songea même
pas à se voiler avec un drap. Le quadragénaire, bonhomme rasé rondouillard à la carrure d’exjudoka, s’assit à ses côtés, au bord du lit. Face à ses formes appétissantes, il se tint tranquille,
ce qui frisait l’irrationnel.
- Mais que fais-tu là ?
- Je m’enquiers de ta satisfaction.
- Quoi ? Tu… tu étais au courant ?!
- Naturellement puisque j’ai conçu ton fantasme.
- Mon… fantasme ? Tu as organisé… tu as tout mis en scène ?!
- Pas dans le sens où tu le penses. Je ne suis pas un milliardaire capable de monter une telle
soirée. Je suis mieux que ça. Un auteur au pouvoir imaginaire qui ne s’est fixé aucune limite
et surtout pas celle du plaisir, ton plaisir.
Elle se redressa sur le futon.
- Tu veux dire que tout ceci n’est pas réel ?
- Non mais c’est sacrément trompeur, hein ? Regarde…
La chambre japonaise disparut. Claire était revenue dans son appartement. La décoration avait
changé, sous l’impulsion de l’écrivain. L’explication se fit jour dans son esprit. Elle était à
l’intérieur de son propre fantasme. Insensé ! Elle désirait être dirigée, conduite, elle était
servie au-delà de toute espérance…
- Alors, tu as tout imaginé ?
- Oui. Je me suis abreuvé de tous tes mots, de tes désirs, de tes goûts pour ériger l’histoire qui
te comblerait. Je ne voulais pas te décevoir.
- Tu as réussi. C’était une belle aventure. C’est fini ?
Il se contenta d’un sourire malicieux. Claire s’interrogea sur ses raisons de se réjouir. Elle crut
entendre du bruit derrière la porte d’entrée. Intriguée, elle se leva et avança à pas feutrés. Le
brouhaha se précisa. Apparente cacophonie d’instruments de musique, grondement des
spectateurs qui s’impatientent. Elle se tourna vers l’auteur, tremblante.
- Maître, votre public vous attend.
Il effaça la porte de l’appartement. Elle découvrit les coulisses d’une scène prestigieuse :
l’opéra de Sidney. L’orchestre philharmonique se leva comme un seul homme, les bravos
retentirent. Vêtue d’une robe fourreau noire, de gants longs et sombres, elle rejoignit le
Steinway rutilant sous les feux des projecteurs. Un silence d’or enveloppa l’opéra, les
aficionados étaient aux anges. Le chef d’orchestre était à ses ordres. Le bellâtre aux yeux
sombres et au regard inquisiteur entendait la mener à la baguette. Elle attaqua les premières
mesures de la flûte enchantée de Mozart.
♥♥♥