Un article récent de "60 millions de consommateurs" a attiré l

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Un article récent de "60 millions de consommateurs" a attiré l
Un article récent de "60 millions de consommateurs" a attiré
l’attention sur la présence d’aluminium dans les laits infantiles. (1)
Alain Bocquet
Dans cette enquête, 47 laits ont été analysés par spectrométrie par torche à plasma, à 2 reprises, sur
les 200 références de laits infantiles du marché français. La limite de détection était de 0,5 mg/kg (500
er
g/kg) de poudre de lait. L’aluminium n’a pas pu être détecté dans 8 préparations pour nourrisson (1
e
âge) sur les 19 étudiées, dans 6 préparations de suite (2 âge) sur les 19 étudiées, et dans aucun des
9 laits de croissance choisis. Il s’agissait de laits de croissance sous forme liquide, et par rapport aux
er
e
formes en poudre (ce qui était le cas des laits 1 et 2 âges analysés), la dilution est de l’ordre de 13%, ce qui a pu limiter la détection de l’aluminium. Les taux d’aluminium retrouvés étaient très
variables d’un lait à l’autre, et le maximum était de 485 g/litre de lait reconstitué.
Le questionnement à propos de la présence d’aluminium dans les laits infantiles, et des
éventuels effets délétères induits chez les nourrissons, est licite, surtout pendant la période de
grande vulnérabilité des 1000 premiers jours (grossesse incluse).
L’aluminium est le métal le plus abondant de l’écorce terrestre, et on le retrouve partout : dans
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l’eau (la valeur de qualité de l’eau de boisson est de 0,2 mg/l) , les aliments (Il est très présent dans
les légumes et les céréales), les cosmétiques (déodorants et anti-transpirants), certains médicaments
(médicaments digestifs anti-acides, vaccins, poches de nutrition parentérale...). Compte tenu du
caractère ubiquitaire de l’aluminium dans l’environnement, pratiquement toutes les denrées en
contiennent naturellement, le cacao et le thé présentant des teneurs élevées (50 mg/kg relevé pour le
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chocolat) .
L’industrie agroalimentaire utilise l’aluminium comme additif : conservateur dans les charcuteries,
levant en pâtisserie, agent de blanchiment en boulangerie, antiagglomérant dans le sel, colorant dans
les confiseries, etc. (E173, E520 à E523, E541, E554-555-556-559). Aucun de ces additifs n’est autorisé d’emploi dans les poudres de lait conventionnelles (directive 2001/114/CE sur les laits
déshydratés) ; ces additifs ne sont pas non plus autorisés dans les poudres infantiles. L’aluminium peut être utilisé pour le traitement des eaux. Il est très présent dans les ustensiles de cuisine et les
emballages alimentaires. Il a longtemps été considéré comme ayant une innocuité pour l’homme en raison de sa faible absorption intestinale.
Les vaccins contiennent pour la plupart un adjuvant aluminique (0,3 à 0,8 mg/dose), nécessaire à la
réponse vaccinale immune. La responsabilité de l’aluminium a été évoquée dans diverses maladies auto-immunes ;; les différentes études réalisées n’ont pas confirmé ces assertions, l’aluminium restant simplement présent au niveau de la zone d’injection (« tatouage vaccinal ») sans que soit confirmée
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une relation avec les divers syndromes cliniques évoqués .
La toxicité de l’aluminium porte essentiellement sur le système nerveux central et sur le tissu osseux.
Les effets observés ont toujours été observés dans des situations de forte exposition chronique,
par accumulation, ou en cas d’accident industriel (présence d’aluminium dans l’eau à des taux de 650 mg/l pour des valeurs normales inférieures à 0,2 mg/l. L’intoxication a pu être constatée chez les
personnels travaillant dans des ambiances à fortes concentrations d’aluminium (industries
aéronautique et chimique, transports, construction), et chez les malades dialysés, très exposés en
raison de la présence d’aluminium dans le dialysat et de l’apport oral d’hydroxyde d’aluminium pour
contrôler l’hyperphosphorémie. Cette toxicité est évoquée principalement au niveau du système
nerveux (neurotoxicité, troubles de mémoire et maladie d’Alzeimer, épilepsie ...), de l’os (ostéomalacie), de l’érythropoïèse (anémie), et du système respiratoire (asthme, bronchite chronique,
fibrose pulmonaire). L’intoxication à l’aluminium pourrait aussi être un facteur étiologique de psoriasis,
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de cancers du sein, de la vessie et du poumon .
1
Quelle dose hebdomadaire tolérable (DHT) ?
L’absorption de l’aluminium dépend de plusieurs paramètres, de 0,1 à 1% de la dose ingérée par voie
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digestive
et se répartit essentiellement dans l’os, les poumons et le foie.
En 2003 l’expertise Afssa InVS a dans un premier temps situé la dose tolérable d’aluminium à 1 mg /
kg de poids / jour. En 2008, suivant l’avis FAO/OMS, le EFAS (European Food Safety Authority) a
abaissé la dose tolérable à 1 mg / kg de poids / semaine, permettant un facteur de sécurité très large.
(4, 5)
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. Par la suite le JECFA a considéré en 2011 comme valeur admissible 2 mg / kg / sem . Nous
manquons d’études spécifiques chez l’enfant. La deuxième étude française de l’alimentation totale montre que l’exposition moyenne de la population française à l’aluminium est estimée à 0,28 mg/kg
pc/semaine chez les adultes et 0,42 mg/kg pc/semaine chez les enfants (de 3 à 17 ans).
Actuellement nous pouvons retenir la valeur de l’EFSA fixant la DHT à 1 mg / kg pc/ semaine. La
moyenne des taux d’aluminium relevés dans les laits étudiés par l’enquête de "60 millions de
consommateurs" se situe à 12% de cette DHT, et le taux maximum relevé se situe à 30%. Ainsi
les industriels respectent bien les normes actuelles Cependant on peut regretter que l’étude n’ait porté que sur 25% des laits infantiles mis sur le marché français.
Par voie parentérale (intra-veineuse), les valeurs sans toxicité documentée, avec une accumulation
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tissulaire sont de 15 à 30 μg/kg/jour .
La variation du taux d’aluminium dans les 47 laits étudiés est étonnante, et il est curieux de constater
que parmi les produits d’une même marque, l’aluminium n’a pas pu être détecté dans certains laits
alors que d’autres laits ont les taux les plus élevés ? L’explication de ces variations se situe-t-elle dans
la différence des ingrédients utilisés, des compléments ajoutés, des procédés de fabrication ?
Concernant les conditions de stockage et d’emballage, la poudre de lait est toujours isolée de
l’intérieur d’une boîte en métal par un film protecteur, il n’y a pas de contact direct ni migration entre la poudre et le métal.
Il semble souhaitable que les industriels s’attachent à rechercher les sources de contamination, afin
de limiter le taux d’aluminium dans les laits et les aliments de diversification, et qu’un étiquetage permette de valoriser ces efforts.
En Grande Bretagne, 15 laits infantiles ont été analysés en 2010. Des concentrations en aluminium
comprises entre 400 et 630 µg/l l ont été relevées, soit 2 à 3 fois plus que la limite dans l’eau du robinet ! Dans une autre étude de 2013, 30 préparations pour nourrissons parmi les plus populaires
sur le marché britannique ont été analysées à 5 reprises : toutes contenaient de l’aluminium, entre
100 et 430 µg/l soit jusqu’à 2 fois plus que la valeur réglementaire dans l’eau ! D’après l’auteur (Ch. Exley), ces concentrations sont bien trop élevées pour une population aussi vulnérable que celle des
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nourrissons.
Quelques points de l’article de 60 millions de consommateurs méritent un commentaire :
- L’apport d’aluminium dans l’alimentation des nourrissons ne concerne pas que les laits infantiles ; il
faudrait s’intéresser aussi aux aliments de la diversification et rappeler qu’une alimentation spécifique
pour bébés (industrielle, ou "faite maison") est souhaitable jusqu’à 3 ans.
er
- Parmi les laits "bio" 1 âge testés, l’aluminium n’a été indétectable que pour 1 lait sur 2.
Le critère "bio" pour le choix d’un lait infantile n’est pas un argument majeur en raison de la sévérité
de la règlementation pour la composition des laits et aliments destinés aux moins de 3 ans. Pour
mémoire : 0 conservateur, 0 colorant, 0 édulcorant, 53 additifs autorisés sur une liste de 400 autorisés
pour les aliments courants, limite des nitrates 10 fois plus stricte que pour les aliments courants, et
jusqu’à 500 fois plus stricte pour les résidus de pesticides, recherche de listéria 10 fois plus sévère,
etc... La règlementation qui encadre l’alimentation infantile est encore plus stricte que l’agriculture biologique qui garantit un mode de production respectueux de l’environnement et du bien-être animal.
- Afin de pouvoir commercialiser une « préparation pour nourrisson » ou «préparation de suite » le
fabricant doit se conformer à la règlementation de composition établie par l’Afssa et les normes
parues au Journal Officiel. Dans ce cas l’étiquetage doit fournir composition et ingrédients utiles à la
compréhension et l’indication du produit, en conformité avec la directive CE.... Il n’est pas obligatoire de faire figurer l’ensemble exhaustif de tous les composants, du moment que le produit est conforme
aux normes Afssa.
- Le lait de croissance n’est pas 3 fois plus cher que le lait de vache, mais le surcoût entre lait de
croissance et lait de vache entier n’est que de 30 à 50 centimes d’euros par jour (Comité de nutrition
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de la SFP).
- L’EFSA a évoqué le caractère facultatif de l’usage du lait de croissance si l’enfant à une alimentation
très bien équilibrée, mais différentes études montrent que la majorité des enfants vivant en France
consomment de moins en moins d’aliments spécifiques pour bébés au delà de l’âge de 1 an, ce qui
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nuit à un bon équilibre alimentaire : le lait de croissance est alors intéressant pour corriger les
carences ou les excès de cette alimentation non adaptée. Il faut aussi rappeler l’habitude des parents des pays du nord de l’Europe qui donnent systématiquement différents compléments alimentaires à (9)
leurs bébés en plus du lait, alors que cette pratique n’est pas habituelle en France.
Références :
1. 60 millions de consommateurs : N° 491 – mars 2014 – p 25 -8. Patricia Chairopoulos
(journaliste) et Anne Laure Bequet (ingénieur)
2. Circulaire DGS/SD7 A n° 2001-190 du 12 avril 2001 relative aux teneurs
en aluminium dans
les eaux destinées à la consommation humaine
http://www.sante.gouv.fr/fichiers/bo/2001/01-18/a0181219.htm
3. Volet épidémiologique détaillé́ de l’expertise collective InVS-Afssa-Afssaps « Evaluation des risques sanitaires liés à l’exposition de la population française à l’aluminium » http://www.canalacademie.com/IMG/pdf/rapport_aluinvs.pdf
4. FAO - WHO 29007
http://www.inchem.org/documents/jecfa/jecmono/v58je01.pdf
5. Afssa Avis 15 juillet 2008. Actualisation de l’exposition par voie alimentaire de la population française à l’aluminium : http://www.anses.fr/fr/documents/RCCP2008sa0196.pdf
6. Association Santé - Environnement – France (ASEF)
http://www.asef-asso.fr/problematiques-emergentes/medicaments/1494-l-aluminium-ce-metalqui-nous-empoisonne-la-synthese-de-l-asef
7. Ghisolfi J et al. Comité de nutrition de Société française de pédiatrie. Lait de vache ou lait de
croissance. Quel lait recommander pour les enfants en bas âge (1-3 ans) ? Arch Pediatr.
2011 Apr;18(4):355-8.
8. EFSA (2013) laits de croissance : http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/131025.htm
9. Arrêté du 11 avril 2008 relatif aux préparations pour nourrissons et préparations de suite
10. HCSP Rapport aluminium et vaccins juillet 2013
11. ANSES (2014) Exposition à l’aluminium par l’alimentation
12. Joint FAO/WHO Expert Committee on Food Additives (JECFA), Summary and conclusions of
the seventy-fourth meeting, Rome, 14-23 June 2011, JECFA/74/SC.
13.
Rédaction pour l’AFPA : Alain Bocquet (contribution de Georges Thiébault)
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