Le Tricycle

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Le Tricycle
Bulletin d’information des équipes de cycles de l’école Bienville
Vol. 3, No 4, 9 février 2001
Pour en finir avec le « projet », ou chronique d’une dérive agaçante.
Paraît-il que la réforme, c’est pas compliqué : c’est la pédagogie de projet. On fait déjà ça, du projet, dans
les écoles. Oui, oui, c’est ce qu’on dit dans certaines écoles. Même que certains media contribuent à
maintenir cette idée.
Réduire la réforme à la pédagogie de projets est quelque peu… réducteur, et témoigne d’une profonde
incompréhension de ce qui est en train de se passer en éducation. Voilà pourquoi : d’abord, le terme
« projets » peut se rapporter à une foule de pratiques pédagogiques, parfois même à des pratiques qui sont
en contradiction l’une avec l’autre, dans leurs fondements même. De plus, la plupart des gens qui parlent de
projets ne semblent pas savoir de quoi ils parlent, pas plus qu’ils ne semblent comprendre les enjeux de la
réforme de l’éducation. Enfin, aucune pratique pédagogique, quelle qu’elle soit, ne peut prétendre faire
apprendre tous les enfants. Alors, à quoi peut bien servir le projet, dans la réforme actuelle de l’éducation?
Revoyons rapidement certaines des raisons qui rendent cette réforme nécessaire, ainsi que certaines de ses
visées. D’abord, comme dans plusieurs systèmes d’éducation, après avoir assuré l’égalité d’accès à l’école
(les visées des années 60) et après avoir atteint cet objectif, on s’est bien aperçu, au Québec, que plusieurs
élèves ne réussissaient pas. Le redoublement, non seulement inefficace mais néfaste pour un bon nombre
d’élèves, des taux de décrochage alarmants (de 35% à 40%) et des jeunes qui n’arrivent pas à utiliser les
connaissances qu’ils ont pourtant acquises, en sont les exemples les plus frappants. Les critiques de l’école
invoquaient comme raison de ces échecs, le fait que l’école ait morcelé les savoirs et ait donné trop
d’importance aux connaissances factuelles (déclaratives), au détriment de leur utilisation. Il fallait donc
réformer l’école pour qu’elle offre à tous des chances de réussir, en mettant l’accent sur la capacité à utiliser
les connaissances acquises à l’école. De là le concept de compétence.
D’autre part, l’avancée des connaissances en psychologie cognitive et en sciences de l’éducation a permis
de mieux comprendre le processus de l’apprentissage. L’apprentissage est un processus personnel de
construction de sens. Les situations qui permettent à un élève de construire du sens sont authentiques,
complexes et complètes, signifiantes, et elles posent à l’élève un défi qui soit réaliste et raisonnable. Elles
doivent donc tenir compte des différences des élèves et mettre en évidence autant les processus et les
stratégies que les contenus. Avec de telles exigences, il n’est plus question de faire faire la même chose à
tous les élèves en même temps.
Un des objectifs majeurs de cette réforme consiste à mettre en place une pédagogie qui soit différenciée et
qui permette à chaque élève d’y trouver son compte, en matière d’apprentissage. La pédagogie différenciée,
c’est en quelque sorte le contraire de faire faire la même chose à tous les élèves en même temps. Et c’est ici
que le projet prend tout son sens.
Le projet, tel qu’on l’entend ici, est un mode d’organisation pédagogique qui permette d’offrir à l’élève un
contexte d’apprentissage qui soit large complexe, complet, authentique et signifiant. Pas plus que ça. Cette
organisation peut prendre plusieurs formes, selon les milieux et les besoins, et peut comprendre des
pratiques pédagogiques diverses et variées, en autant qu’elles favorisent la différenciation et qu’elles
permettent aux élèves de développer leurs compétences. Le projet n’est donc pas une méthode et encore
moins une recette. C’est un prétexte. Ce n’est pas le cœur de cette réforme, c’est une façon d’accéder au
cœur de la réforme. En ce sens, dire qu’on ne peut pas toujours être ne projet et qu’il faut bien, par ailleurs,
faire apprendre les élèves, c’est ne pas comprendre la fonction du projet. À mon sens, on devrait même être
toujours en projet!
Jean Archambault, conseiller pédagogique

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