May 2014 - AATF

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May 2014 - AATF
Le Canard déchaîné, tome 37, Numéro 4 : juin 2014
Le Canard déchaîné
The American Association of Teachers of French
Washington, Alaska, British Columbia, Alberta Chapter
C
Lettre de la présidente
le 15 mai 2014
hers membres, chers collègues,
C’est avec un plaisir teinté de mélancolie que j’écris cette dernière lettre de la Présidente.
Cependant, le fait que je passe le bâton à une personne de si grande qualité me rend tranquille. Margaret Newcomb, professeur à Bishop Blanchet High à Seattle, prendra la relève à la rentrée en août. Je
lui souhaite bonne chance et je sais qu’elle nous inspirera avec ses idées et sa vision pour notre chapitre. Je remercie Mary Anne O’Neil, notre ancienne présidente pour son soutien pendant ces deux
années. Sans elle, je me serais égarée plusieurs fois dans les détails des devoirs présidentiels ! Je suis reconnaissante au rédacteur-en-chef du Canard déchaîné, John Robin Allen, pour sa précision et sa patience. Merci également à Michelle Pounder et Sheryl Meservey, qui nous soutiennent en gérant le budget et les
notes de notre chapitre. C’est une équipe de professionnels qui
travaille bien ensemble pour assurer la continuité de notre cha-
Dans ce numéro
Lettre de la Présidente
Catherine Ousselin
La Chasse aux Mots:
les Périphrases
En relisant ma première lettre du 23 août 2012, je trouve
que mes principaux messages n’ont pas beaucoup changé depuis
deux ans : la participation aux activités des associations professionnelles telles que l’AATF, la WAFLT et l’ACTFL et la colla-
4
Colette Dio
Un Jeu sur les périphrases
Les Ursulines de la
Nouvelle Orléans
pitre.
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Mary Anne O’Neil
Thinking about Synching?
Catherine Ousselin
Le Coin du pédagogue
Comment Lire un texte
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boration avec les collègues en personne ou par
John Robin Allen
réseaux sociaux. Si j’insiste là-dessus, c’est
Important dates and
Contact information
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Provenance des images
de ce numéro
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parce que je crains pour l’avenir des programmes de français si les professeurs ne se
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réunissent pas pour s’adapter aux changements pédagogiques et budgétaires. En ce moment, l’étude du
français semble se maintenir aux niveaux élémentaire, secondaire et universitaire. Cependant, sans un
système de soutien qui démontre d’une façon efficace et professionnelle l’importance de l’étude du
français, nos programmes risquent d’être réduits—ou pire, supprimés. Je sais bien que nous sommes
tous occupés avec de nombreuses responsabilités professionnelles et personnelles. La participation de
tous les membres aux activités du chapitre n’en reste pas moins essentielle. Que veut dire ici
« participation » ? Chaque action individuelle ou collaborative assurera que le français continuera à se
développer dans notre chapitre. Chacun peut contribuer à sa façon :
 Écrire un
compte-rendu (long ou court) sur une idée, une activité ou un thème pédagogique ;
 Participer
à un réseau social tel que Twitter ou la Facebook de l’AATF ou WAFLT ;
 Parler
de l’organisation avec un (nouveau) collègue ou stagiaire qui n’est pas membre ;
 Se présenter
 Participer
comme candidat au comité exécutif ;
à une activité organisée par notre association ;
 Encourager
vos apprenants à participer à la National French Week Video/Poster Contest ;
 Présenter une
session (en anglais ou en français) à la WAFLT en octobre.
À ce propos, le prochain congrès de la COFLT-WAFLT (bi-state) aura lieu à Vancouver, Washington au Vancouver Hilton du 9 au 11 octobre 2014. Le thème sera : Reaching Global Competences.
Noah Geisel (2012 ACTFL Teacher of the Year), professeur d’espagnol à East High School (Denver,
CO) donnera le discours d’ouverture et une session. Je vous invite à proposer une session dès que possible au site Web de la WAFLT : waflt.net et de « liker » leur page Facebook : Washington Association for World Language Teaching. Présentez individuellement ou avec un(e) collègue, partagez vos
connaissances et profitez de ce grand congrès en collaboration avec la COFLT d’Oregon. Laura Terrill,
la présentatrice et écrivaine que j’ai mentionnée dans ma lettre de mars 2014 y sera pour un atelier sur
son livre (écrit avec Donna Clementi) « The Keys to Planning for Learning: Effective Curriculum, Unit,
and Lesson Design ». J’espère vous y voir !
Envie de participer à un colloque afin d’améliorer votre dossier « professional development »
cet été ? L’AATF aura son congrès annuel à la Nouvelle Orléans du 19 au 22 juillet. Le thème du congrès cette année est, « Le français, langue à multiples visages ». Après le 25 juin, le prix des inscriptions augmentera, donc ne tardez pas à vous inscrire (www.frenchteachers.org).
Le deuxième colloque est le Séminaire d’été (Common Core and World Language Standards:
Engaging 21st Century Learners) de la California Language Teachers Association offerte à l’Université
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de Californie Santa Barbara du 18 au 23 juillet. Si jamais vous assistez à un atelier d’été aux ÉtatsUnis pour les professeurs de langues étrangères, celle-ci est la meilleure pour la qualité d’instruction
et le prix. Il y a même un vol direct de Seattle à Santa Barbara avec Alaska Air. Je vous encourage
fortement à y participer si vous n’allez pas à l’AATF (http://clta.net/).
Comment payer les frais de ces expériences ? Notre chapitre voudrait vous aider en vous offrant quatre bourses cet été et automne. Vous recevrez le formulaire de demandes de bourses par
email en mai et il y aura un lien et la date limite sur notre site Web et sur notre blog. (www.aatfnorthwest.org)
(1) bourse de $250 pour le congrès de l’AATF à la Nouvelle Orléans. Cette bourse est pour une
personne qui assistera à un congrès de l’AATF pour la première fois.
(1) bourse de $250 pour le Séminaire d’été à Santa Barbara 2014.
(2) bourses de $100 pour ceux qui présenteront une session (en anglais ou français) pour la première fois à la COFTL-WAFLT 2014 à Vancouver, WA.
On m’a toujours dit de terminer une lettre sur un ton positif. J’espère donc que l’annonce de
ces bourses vous donnera l’inspiration de participer à l’AATF et à notre chapitre. J’ai été très honorée
de servir notre chapitre en tant que présidente pendant deux ans. Je resterai disponible si vous avez
des questions au sujet de la technologie ou des activités pédagogiques collaboratives. Je vous souhaite
à toutes et à tous un été de détente et d’aventures.
Mes salutations les plus respectueuses,
Catherine Ousselin
Catherine Ousselin, Présidente l’AATF WA/AK/BC/AB
[email protected] / @catherineku72 (Twitter)
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P
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L a
C h a s s e a u x M o t s
« P é r i p h r a s e s »
ériphrases ! Comment souvent vous faites joli ! Comme vous enrubannez des mots et expressions vulgaires (prenons vulgaire dans le sens de banal et non de grossier). En voici toute une flopée (fam: une
grande quantité). Commençons par les villes. La Ville Lumière, c’est Paris bien sûr ; périphrase bien éculée
(hackneyed) dont les guides touristiques font leurs choux gras (have a field
day with). La Ville
Éternelle : Rome ;
allusion à Dieu
l’Éternel où réside
le Souverain Pontife ou le Saint
Père le Pape.
La
Cité
Phocéenne, c’est
Marseille, dans les
Bouches du Rhône,
ville « fondée » il y
a belle lurette
(ages ago) par les
Grecs de la ville de Phocée (aujourd’hui Foça, en Turquie, dans la golfe de
Smyrne). Avignon, c’est la Cité des Papes ; souvenez-vous que pendant plus
d’un siècle (1309-1418) les Papes
s’étaient réfugiés en Avignon.
Lyon : la Capitale des Gaules, au temps jadis, capitale d’une des
tribus gauloises. Des références historiques passons aux références
géographiques.
Le Rocher : la Principauté de Monaco, dont le superbe rocher tombe dans la
Grande Bleue, ma mer
préférée : la mer Méditerranée.
La province de
Québec ? Tout simplement : la Belle Province.
Le Japon se cache sous
la périphrase l’Empire
du Soleil Levant. Quel
rapport entre le Japon et
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le soleil ? Un rapport
linguistique.
Japon,
Nippon, ces mots évoquent l’origine du soleil. J’arrête là, je ne
suis pas japonisante.
Restons en Orient avec
la Chine, l’Empire du
Milieu, image traduite
du mandarin ; à écrire
avec une majuscule, car
sans elle, le milieu serait the underworld, et
il ne faudrait pas insulter nos lointains voisins. Traversons le Pacifique pour
atterrir chez l’Oncle Sam, les États-Unis.
Retour en Europe avec Amsterdam, la « Venise du Nord », ainsi que
Bruges, elle aussi Venise du Nord. Et, avec beaucoup de modestie, une petite
ville du nord de la France, Saint-Omer est la petite Venise du Nord, entourée
d’étangs et de marais, maintenant réserve naturelle. Puis, la Perfide Albion où
par cette périphrase ironique les Français dénigrent leurs voisins d’en face, les
Anglais. Albion, car les falaises de Douvres, face à la ville de Calais, sont d’un
beau blanc (en latin : alba = blanc) ; perfide, car les Anglais sont longtemps
apparus aux Français
comme
fourbes
(deceitful), machiavéliques. Je dirai que ces
sentiments ne sont pas
entièrement éteints,
car aux yeux de certains Français ils font
montre d’ambigüité
vis-à-vis de l’Europe
Unie à laquelle ils sont partiellement attachés. Ne pas oublier qu’ils nous ont brûlé vive cette brave Jeanne d’Arc,
la Pucelle d’Orléans (the Maid of Orleans). Pourquoi
Orléans ? Car c’est cette ville que Jeanne d’Arc a libérée
du joug anglais à la tête des troupes du Dauphin, futur roi
de France ; quant à pucelle : no comment. Et la France dans tout cela ? Bien terre-à-terre, c’est le pays aux trois
cents fromages.
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Hommes et femmes inspirent des périphrases.
L’homme du 18 juin, c’est le Général de Gaulle, qui, depuis Londres en 1940, lance un
appel sur les ondes de la BBC
pour que la France organise
une résistance aux bottes hitlériennes.
Un autre général : Le
petit caporal, petit par la taille,
grand par la renommée, j’ai
dit : Bonaparte. La politique et
la périphrase font bon ménage
(get on well). Le Petit père des
peuples, évoque Staline. Drôle
de Petit Père qui me rappelle plus le Père Fouettard, personnage des défilés de la Saint-Nicolas le 6 décembre dans
l’est de la France et autre pays plus à l’est, qui, muni d’un
martinet (small whip) menace
dans la rue les enfants pas
sages. Autre Père Fouettard
dans l’histoire de la Chine :
Mao-Tsé-Tung : le Grand Timonier (helmsman). Les généraux ont du succès. Les petits Français nés avant la deuxième guerre mondiale se souviennent d’avoir été obligés
de chanter, après 1940, la gloire du Maréchal Pétain, le Sauveur de la France ! Hélas
oui. Ce même général avait eu droit à la fin de la première guerre mondiale à la périphrase : le Vainqueur de Verdun, Verdun qui, comme chacun sait, vit des millions de
morts dans ses tranchées . . . Ainsi va l’histoire. Remontons le temps avec le Roi Soleil,
notre modeste Louis XIV. Plus loin encore dans le temps, voici l’Empereur à la barbe
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fleurie, notre Charlemagne, grand par le nom (Carolus
Magnus) et par ses politiques. L’image de la barbe fleurie a donné cours à maintes interprétations. D’aucuns
disent même qu’il était imberbe (beardless).
Des artistes, oui ; le « Prince des Poètes ». En
fait il y en deux qui endossent cette périphrase ; l’un
Pierre de Ronsard, l’autre Paul Verlaine. Cette périphrase était en fait un titre attribué à de bons poètes ;
deux ont subsisté dans l’histoire. Un écrivain, le Divin
marquis, je veux dire le Marquis de Sade. Divin est une
référence à un poète érotique.
Le libertinage peut-il être divin ? En dépit de la
réputation sulfureuse de l’homme, l’œuvre mérite d’être
lue. Jean-Sébastien Bach est le « cantor de Leipzig »,
cantor ou maître de chapelle. La langue de Molière, le
français, est encore « normalisé » par l’Académie Française ou la vieille dame du Quai Conti. Oui, vieille car
sa création date de 1635 ; cette institution se réunit dans
un superbe édifice surmonté d’une vaste coupole, Quai
Conti, face à la Seine. Y siègent quarante Immortels,
(peu de femmes, hélas parmi eux) et leur titre symbolise
la devise de Richelieu, « À l’immortalité ». La culture
est immortelle.
Faisons un petit tour par les sports. La grande
Boucle, c’est le Tour de France, grande
épreuve sportive mythique à vélo, aux étapes
époustouflantes (amazing), surtout celles de
montagne, dont l’homme au maillot jaune
final est le héros. Ces jours-là, plus que
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d’autres la petite reine (ou : le vélo) est à
l’honneur. Une de nos grandes équipes de
rugby est le XV tricolore ; les joueurs de
rugby sont les adeptes du ballon ovale tandis que ceux du foot sont les adeptes du
ballon rond.
Dans la vie courante : les pompiers
sont « les soldats du feu ». Un « poussecafé » (after-dinner liqueur) est un digestif ; si ce digestif est de mauvaise qualité on
le qualifie de « tord-boyaux », eau de vie
très forte ou de mauvaise qualité (gut rot).
Dans notre histoire la Belle
Époque, pas belle pour tout le monde, s’arrête à l’aube de la première guerre mondiale ; époque de progrès en tous domaines, progrès rapides que l’on retrouve plus tard avec les Trente Glorieuses, de 1945 à 1975.
Quelles belles périphrases que voici : le sexe fort et le sexe faible. Which is which ? Je vous laisse le
choix. Ce choix risque d’être une pomme de discorde (bone of contention). Une périphrase très contemporaine :
le Paquebot des airs (paquebot : ocean liner), le nouvel avion commercial, l’Airbus A 380.
J’arrête ici ; je vais aller délicieusement m’abandonner dans les bras de Morphée, c’est-à-dire me coucher. Le dieu des songes, Morphée, va me bercer. Cependant il est un sommeil plus long, plus terrible : celui que
nous apporte la Grande Faucheuse, c’est-à-dire, la mort.
Colette Dio
Professeur émérite
Université de Nancy II
Le Canard déchaîné, tome 37, Numéro 4 : juin 2014
U n
V
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J e u : Q u a r a n t e - c i n q
p é r i p h r a s e s
oici un petit jeu. Essayez d’identifier la source des périphrases suivantes, tirées de la rubrique du
professeur Colette Dio qui paraît aux pages précédentes. Les réponses se trouvent à la page suivante. Pour jouer au « Jeopardy », commencez par les réponses à la page suivante pour deviner la périphrase
équivalente ici.
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Quelle est la Ville Lumière ?
Qu’est-ce qui a mis fin à la Belle Époque ?
Qu’est-ce que la Belle Province ?
Qui était le Cantor de Leipzig ?
Quelle ville s’appelle la Capitale des Gaules?
Quelle ville s’appelle la Cité des Papes ?
Quelle ville s’appelle la Cité Phocéenne ?
Que veut dire l’expression être dans les bras de
Morphée ?
Qui était le Divin marquis ?
Qui était l’Empereur à la barbe fleurie ?
Quel est l’Empire du Milieu ?
Quel est l’Empire du milieu ?
Quel est l’Empire du Soleil Levant ?
Qui était le Grand Timonier ?
Qu’appelle-t-on la Grande Bleue ?
Qu’est-ce que c’est que la Grande Boucle ?
Qu’est-ce que c’est que la Grande Faucheuse ?
Qui est l’homme au maillot jaune ?
Qui était l’homme du 18 juin ?
Quelle est la langue de Molière ?
Qui sont les adeptes du ballon ovale ?
Qui sont les adeptes du ballon rond ?
Qu’est-ce que c’est qu’un soldat du feu ?
Qu’est-ce que c’est que les Trente Glorieuses ?
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En quel pays trouve-t-on l’Oncle Sam ?
À quoi le Paquebot des airs se réfère-t-il ?
Quel est le pays aux trois cents fromages ?
Quel pays est la Perfide Albion ?
Qui était le petit caporal ?
Qui était le petit père des peuples ?
Qu’est-ce que c’est que la petite reine ?
Où se trouve la petite Venise du Nord ?
Traduisez un pousse-café en anglais.
Quels deux poètes sont désignés comme le
Prince des Poètes ?
Qui était la Pucelle d’Orléans ?
Qui sont les Quarante Immortels ?
Où se trouve Le Rocher ?
Qui était le Roi Soleil ?
Qui avait le titre de Sauveur de la France ?
Qu’est-ce que c’est qu’un tord-boyaux = (‘twist
[your] guts’)?
Traduisez une pomme de discorde.*
Qui était le Vainqueur de Verdun
Quelles deux villes sont désignées comme la
Venise du Nord ?
De qui parle-t-on en disant la vieille dame du
Quai Conti ?
Quelle est la Ville Éternelle ?
____________
* La légende de la pomme de discorde : pendant des noces sur l’Olympe, Éris, déesse de la Discorde, jette une pomme d’or
avec la mention : « Pour la plus belle ». Trois déesses revendiquent le prix, Héra (sœur et femme de Zeus), Athéna (déesse de la guerre),
et Aphrodite (déesse de l’amour). Zeus ordonne à Pâris de désigner la gagnante. Pour influencer la décision du jeune homme, Aphrodite
lui promet l’amour d’Hélène, Athéna lui promet la victoire à la guerre et Héra lui offre la souveraineté sur tous les hommes. Pâris accorde
le prix à Aphrodite, ce qui mènera à la guerre de Troie. L’expression équivalente en anglais n’a rien à faire avec cette légende.
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S
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L e s
R é p o n s e s a u J e u d e
p a g e p r é c é d e n t e
l a
i vous avez pu répondre correctement aux questions de la page précédente avec les réponses cidessous, essayez le jeu « Jeopardy » en considérant les réponses suivantes comme des questions.
Quelles sont les périphrases qui s’appliqueraient aux termes suivants ?
1. Paris.
2. La Première Guerre mondiale (1914-1918) a mis
fin à cette époque.
3. Le Québec.
4. Jean-Sébastien Bach (Johann Sebastian Bach,
1685-1750).
5. Lyon, France.
6. Avignon, France.
7. Marseille, France.
8. On dort.
9. Le marquis de Sade (Donatien Alphonse
François de Sade, 1740–1814).
10. Charlemagne.
11. La Chine.
12. L’enfer.
13. Le Japon.
14. Mao Tsé-toung (Mao Zedong, 1893-1976).
15. La mer Méditerranée.
16. La Tour de France, la grande compétition cycliste par étapes à travers la France.
17. La Mort.
18. L’homme qui gagne la Tour de France.
19. Le général De Gaulle (1890-1970).
20. Le français.
21. Les joueurs de Rugby.
22. Les joueurs de foot (‘soccer’).
23. Un pompier (‘fireman’).
24. Il s’agit des trente années après la deuxième
Guerre mondiale : 1945-1975.
25. Ses initiales en anglais sont : « U.S. » : les ÉtatsUnis.
26. L’avion Airbus A380.
27. La France.
28. L’Angleterre. L’épithète est dérivé du mot latin « Alba », blanche, comme les falaises de
Douvres.
29. Bonaparte.
30. Staline.
31. Le vélo.
32. St. Omer, France.
33. An after-dinner liqueur.
34. Pierre de Ronsard (1524-1585) et
Paul Verlaine (1844-1896).
35. Jeanne d’Arc.
36. L’Académie française, quarante écrivains des
plus célèbres qui se réunissent périodiquement
pour créer un dictionnaire de la langue française.
37. La principauté de Monaco, qui se situe sur un
grand rocher dans la mer Méditerranée.
38. Louis XIV, roi de France au XVIIe siècle
(1638-1715).
39. Le Maréchal Pétain (1856-1951).
40. Une eau de vie très forte ou de mauvaise qualité.
41. A bone of contention.
42. Le Maréchal Pétain (1856-1951).
43. Amsterdam et Bruges.
44. L’Académie française qui se réunit à l’Institut
de France, situé quai de Conti, Paris.
45. Rome.
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P i o n n i e r s d e l ’ é d u c a t i o n f é m i n i n e : L e s
U r s u l i n e s d e l a N o u v e l l e O r l é a n s
L
e choix de ma ville natale pour le congrès annuel de l’AATF me fournit l’occasion de présenter une tradition de la Nouvelle Orléans moins bien connue que le jazz ou les défilés du Mardi Gras mais aussi importante dans l’histoire de la Louisiane. Je parle de l’Académie Ursuline où j’ai connu les huit premières années de
ma formation intellectuelle et sociale. L’école actuelle
est le troisième site de cette institution fondée en 1745
avec l’approbation du roi Louis XV. Le premier couvent-école est devenu un monument national qui démontre les meilleures qualités de l’architecture coloniale
française. Elle n’a pas fermé ses portes depuis bientôt
trois siècles. C’est la première et la plus vieille école
dédiée à l’instruction des filles aux États-Unis.
Quoiqu’établi en Italie au seizième siècle,
l’Ordre de Ste. Ursule s’est épanoui en France au siècle
suivant. À la différence des autres religieuses de leur
époque, les Ursulines partageaient leur temps entre le
cloître et le monde, leur vocation principale étant de former les filles de toutes les classes sociales pour devenir
de bonnes épouses et mères catholiques, mais aussi des femmes capables de gérer leur foyer. Ce zèle pour l’éducation féminine les a poussées à s’installer au Nouveau Monde. En 1642, les Ursulines de Tours ont ouvert leur premier couvent-école à Québec pour les filles Algonquin et Huron. Un demi-siècle plus tard, douze Ursulines de
Rouen sont parties en bateau pour la Nouvelle Orléans.
Elle n’a pas fermé ses portes
Dès le début, les Ursulines ont manifesté l’intention de servir toutes les filles de la
depuis bientôt trois siècles
ville, quelle que soit leur
race ou condition économique. Elles enseignaient à lire aux esclaves et
aux Indiennes à côté des filles des colons français. Parmi les pensionnaires qui vivaient au couvent, il y avait des orphelines et, parfois, des
veuves et leurs enfants, dépourvus de ressources. En 1763 quand Louis
XV a cédé la Louisiane à l’Espagne, les Ursulines espagnoles qui ont pris
l’école en charge se sont opposées à ce mélange de classes sociales. Pour
satisfaire à leurs nouvelles supérieures tout en restant fidèles à leur devoir, les Ursulines françaises ont établi un externat où les esclaves et
d’autres filles obligées à travailler pouvaient étudier pendant leurs heures
libres. En 1800 par un traité secret, Napoléon a acquis la Louisiane en
vue de rétablir un nouvel empire français en Amérique. Après sa défaite
à Saint-Domingue, Haïti, il a dû abandonner son rêve . En 1803, il a vendu la Louisiane aux États-Unis. Craignant de perdre la direction de leur
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école dans un pays protestant, les bonnes sœurs ont adressé une demande de protection directement au président Thomas Jefferson.
Dans la réponse, écrite de sa propre main, Jefferson réaffirme le
droit des Ursulines de maintenir leurs traditions pédagogiques qui
avaient produit toute une société de femmes instruites. En effet, en
1804 le taux d’alphabétisation parmi les anciennes élèves ursulines
dépassait de beaucoup celui de leurs maris.
J’ai pu voir la réponse de Jefferson lors de ma visite aux archives de l’Académie Ursuline en janvier. Parmi
les autres richesses de ce petit musée se trouve une reproduction du document signé par Louis XV qui confirme la
mission des Ursulines en Nouvelle France; la lettre du futur président Andrew Jackson, vainqueur à la Bataille de la
Nouvelle Orléans en 1814, où il remercie les Ursulines de leur soutien spirituel pendant la guerre : le mortier, le
pilon et quelques herbes séchées utilisés au dix-huitième siècle par Sœur St. François Xavier, première pharmacienne du Nouveau Monde; un témoignage en photographies de la vie
quotidienne du deuxième couvent-école au dix-neuvième siècle fait
par l’artiste Sœur Marie de la Ste. Croix; les peintures, broderies et
partitions de musique produites par les Ursulines espagnoles. Ce musée offre au visiteur une véritable histoire parallèle de la Louisiane qui
démontre le rôle capital que les Ursulines y ont joué.
Les archives contiennent aussi les cahiers pédagogiques où
les religieuses exposaient leurs méthodes d’enseignement et les programmes d’études. Les plus anciens, qui datent du début du dixneuvième siècle, font preuve de l’importance attribuée à la langue
française à travers les siècles. Les Ursulines ont su imposer le français
comme langue principale même pendant le règne des Espagnols, malgré l’opposition des autorités ecclésiastiques. Au fur et à mesure que
la Nouvelle Orléans s’américanisait et que les Anglophones envoyaient leurs filles à l’école, le français et l’anglais
ont appris à « cohabiter ». L’anglais est devenu la langue d’instruction, mais il fallait parler français dans les cours
de récréation et les couloirs et, bien entendu, il fallait apprendre à lire et à écrire la première langue de l’ordre de
Ste. Ursule. Encore de mon temps—les années cinquante du dernier siècle—le français était un sujet obligatoire
pour toutes les classes de l’école primaire. Les plus petites écolières apprenaient à compter et à identifier les couleurs en français. Les plus grandes étudiaient la grammaire, et tout le monde faisait sa prière et chantait dans la
langue natale des Ursulines.
J’ai terminé ma visite par des conversations avec les professeurs qui enseignent actuellement le français. Quel bonheur de me rassurer que le français maintient sa place de première langue étrangère! Dans les classes de la maternelle, les
enfants apprennent des chansons et des jeux en français. Les classes plus avancées
ont obligatoirement deux heures de français chaque semaine. Au lycée, le français,
quoique facultatif, attire bon nombre d’élèves. Tout promet une nouvelle génération pour maintenir les traditions ursulines à la Nouvelle Orléans au vingt-etunième siècle.
Mary Anne O’Neil
Whitman College
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T h i n k i n g
F
a b o u t
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S y n c h i n g ?
U s i n g S o c i a l M e d i a
C o m m u n i c a t i o n
t o D e v e l o p
S k i l l s
ear not the “selfie”! Embrace it and channel your students’ passion of the post toward the
development of speaking and vocabulary skills. As difficult as it is for many teachers to accept, students are going to use their mobile devices in class. Why not look at the devices as a tool that
can engage them through social media they know well and that will allow them to develop and share
their linguistic knowledge in a teen-friendly way? While there are some initial steps to prepare the students for using a social media site, the results may change your opinion of the ubiquitous self-portraits
and random shots.
I had initially hesitated on using social media outlets such as Twitter (140 character messages),
Vine (six second videos), and Instagram (pictures and 15 second videos) with my classes even though
teachers in my Twitter PLN (Professional Learning Network) were discussing the positive results that
they experienced with them. My reasons included privacy, appropriate behaviors, and thoughtful, pedagogical use of the media. I did not see the attraction of continuous posting of uninteresting pictures–
especially “selfies.” Although I am highly active on Twitter, I prefer posting my ideas in words and not
through pictures. I have a personal Instagram account, but there are fewer than 20 pictures on my page.
My interest in using Instagram became more serious when our school had a bomb threat and we spent
several hours on the football field. The students took hundreds of pictures within the first 15 minutes
using a hashtag (#) chosen by the “hive.” A hashtag is the symbol used on social media sites to denote
(or tag) a theme. After school, I searched the hashtag and found the pictures that the students took. The
majority were self-portraits with friends; others were fifteen-second
videos of students dancing, playing games, complaining about the
wait, etc. These posts were the main mode of communication that
afternoon. While most teens still text, many more share their
thoughts with pictures and short, tagged phrases. In this way,
they can share their ideas with a large group at once instead of
having to text multiple times. The pictures and videos from
the field were creative, a bit silly, and sometimes offensive.
These are, of course, adolescents and they feel comfortable
within the medium to express themselves with little concern to etiquette or spelling. Thankfully, many social media users make their accounts private so that only their
followers can see the pictures. For those who do not, anyone
can explore their pictures by clicking on the user’s name. I learned an im-
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portant lesson while going through the posts: Do not look at or follow your students’ accounts! This is
the realm of their private lives. You do not want to see what they post, and it can change your opinion of
a student. Despite the slightly disturbing discoveries in this teen-laden territory, I understood the communicative power of tagged pictures and short videos in their lives. The next question was, “How can
teachers make social media work in the World Language class?”
World Language teachers often check student comprehension of a word or expression through
drawings. A quick sketch of “Il a froid” is easy to assess and allows students to demonstrate their comprehension through non-verbal methods. However, there are students who do not like to draw, and I am
one of them. To reach out to those students, we have used our class iPods (and personal student devices)
along with Google images or other image repositories to find pictures of the expressions. This approach
worked well, but it was a passive exercise. Students simply entered the expression or word in French and
were provided with an image. My goal was to make the exercise more direct so that they produced the
idea of the definition. I initially used the iPod cameras or personal device cameras and asked students to
E-Mail their pictures to our class gMail account. A typical vocabulary exercise would be emotions and
adjectives. Students received a list of five or ten words that we had covered, and I asked them to take
pictures of the words. They could draw or take pictures, or they could create a “scene” with their partners. Occasionally I would post some of those pictures to our Google+ page and share with the other students. To respect student privacy, I asked families to sign online agreements that allowed me to post
their likeness and work without their names. This system worked well, but it did not have the same effect as the instant post functions found on Instagram, Vine, and Snapchat. What I have learned from adolescents is that they want to connect instantly and share what they like.
The transition from static pictures on the iPods to the social media sites involved creating a
French class account, installing the apps to the iPods, and connecting each device to the class account. I
chose the username “mvhsfrancais” for Twitter,
Vine, and Instagram so that students could easily
adolescents want to connect instantly
find them online. Please follow us! Each class
and share what they like
discussed the ground rules in English. I insisted
on the consequences of any unsuitable behavior
or photos: a discipline reference and loss of technology use in class.
Guidelines: No bathroom shots. No pictures of “personal” body parts. Always ask permission
before photographing another person. No deleting other students’ posts. No following other accounts
with the class account. Use only the hashtags (#) supplied for the lesson. I was worried that there would
be some inappropriate slang used. (YOLO, Swag, etc.), but I am able to monitor the students’ posts as
they take their pictures either on my iPad or on the computer. Any post that does not meet the requirements is deleted immediately, but that happened only once since we started this in late January.
The first posts were made by the French 1 (mostly Freshmen) using Vine. Vines are six second
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videos, so precision and attention to detail were key. The students presented another student by describing
hair, eye color, and his or her favorite activities. I set a time limit of fifteen minutes during which they
could leave the classroom to film. This was a test of their responsibility levels. We used the stop clock on
the iPods to ensure that everyone knew when time was up. Six seconds proved to be almost impossible for
French 1. Vines require quick speech that these students did not have. Their attempts were brave, but we
decided to try Instagram and the fifteen-second videos. As we watched the videos together, students commented on their own errors and success and on the errors and successes of the students. A slight competitive attitude arose between sixth and seventh periods. The groups wanted to garner the most “likes” on
their videos, so they shared them with their friends. A suggestion to incentivize the experience: Students
receive participation points for following the class account. They will see not only the posts made by their
class, but the other classes as well. When they like a picture or video, I offer another participation point.
In order to gain more followers, I do NOT follow the students from the class account. Students were initially worried that if they liked a class picture from their personal accounts, that I would click on their
names. I assured them that I would not view or follow their personal accounts. I do however, follow Francophone accounts from around
the world including: igrsrouen,
These accounts offer real-world glimpses into
deauvilleinstagram,
igrsparis,
Francophone countries, traditions,
parispromenades, lacuisineparis,
food, and culture
vieuxportmtl, and many other location-based sites. From those
accounts, you will find many more to follow. The pictures posted on these accounts offer real-world
glimpses into Francophone countries, traditions, food, and culture. Students can scroll through the accounts and discover many new ideas. This idea actually works better than Google images or Flickr since
the pictures show up automatically on our feed. Using the search function with hashtags such as
#petitdejeuner or #nourriture allows users to find a stunning amount of culture.
A typical vocabulary-based assignment is modeled on the challenges that are found weekly on Instagram through the “igrs” thematic sharing groups. A challenge (or défi) might be “bleu.” Participants
post pictures that relate to the theme with the #bleu hashtag and the post that receives the most likes wins
the challenge. The igrsparis group provides outstanding and rare views of the city as seen through the
eyes of its citizens. I have used an acrostics-style challenge where each letter of word becomes a picture.
For our first acrostic, we used the word JEUDI. Students took one picture for each letter of the word. We
also did VALENTIN on a sunny Friday afternoon. “Amour” and “amoureux” were popular posts for the
letter A. For the lower-level students, we come up with the list of words together. For third and AP, they
develop their own lists. The theme could be emotions, idiomatic expressions, life oddities, and school life
(verbs, objects, classes, etc). Students work in groups as we do not have enough iPods for each student.
Each picture has the vocabulary hashtag (#triste) and our class hashtag (#mvhsfrancais). They also add
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their French names and class periods. The students may use pictures or videos to demonstrate their comprehension. One AP group produced a fifteen-second video detailing the procedures of conjugating an
“ER” verb. Another group explained masculine and feminine adjectives. The options are numerous! The
challenge can be done during school time or it can be assigned over the weekend with students using
their own devices and the class hashtag so that they can find the posts. To search a post, you need a mobile device with the Instagram (or Vine) app. These social media outlets were designed to be mobilebased and are therefore somewhat limited. You can neither add a post nor search for a post from the Web
sites.
One can also do these challenges through Twitter as users can post pictures and (short) videos.
Twitter is designed for short messages comprised of 140 or fewer characters. Some teachers have students make class-only accounts or allow them to use their own accounts, but the teacher does not follow
them. In the case of the latter, students post with a hashtag so that all the participants see the post in a
search. An assignment could be students replying to a teacher-created question, student posting a quote
or favorite moment from a book or movie used in class, or Twitter chat held at a specific time on an AP
theme. World Language teachers are developing creative uses of Twitter with their classes. Adolescents
are often “shocked” that the teacher uses or knows about social media. Two of my students followed me
on Twitter, but they soon stopped because I post only on educational topics. I must be too boring for
them.
It is important to not jump into the social media arena without preparation. Students have no experience using social media for a school-related purpose. For them, this is an open arena where people
can post anything they want, not a way to practice a foreign language. If you plan to use social media
with your students, inform yourself on digital citizenship, talk to your district technology coach, librarian
or principal, develop your expectations, and share them with your students. By using solid information
and practices, language teachers will provide extra support in developing knowledgeable and responsible
social media users. There are curriculum guides for teachers available online to help you learn how to
discuss digital citizenship and privacy issues. Social media is powerful. People have lost jobs due to their
posts, but revolutions have been organized as well. Social media with students
can be daunting, but it can also be a new path for connecting our learners with
the Francophone world.
If you are interested in organizing a social media account or experience
with your classes, please contact me. My coordinates are below.
Bon surf!
Catherine Ousselin
Mount Vernon High School
[email protected] / @catherineku72 (Twitter)
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T
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L e C o i n d u p é d a g o g u e
C o m m e n t l i r e , c o m p r e n d r e , e t
a p p r é c i e r d e s t e x t e s l i t t é r a i r e s
out le monde est d’accord que la meilleure méthode d’apprendre une langue étrangère est de se mettre
dans un milieu où il faudra employer la langue : pour pouvoir l’écouter et la parler ; et pour pouvoir la
lire et l’écrire. Il n’est pas toujours possible de se mettre dans un tel milieu, mais on peut presque toujours lire et
écrire une langue étrangère n’importe où avec des textes écrits dans la langue visée. Avec l’Internet, on peut, par
exemple, lire des articles dans des journaux chaque jour, mais pour dépasser la vie quotidienne pour mieux apprendre la culture historique de la langue, la lecture des textes littéraires est la sine qua non.
Cet essai montrera comment faire mieux qu’une simple lecture d’un texte littéraire. Pour améliorer votre
expérience avec un tel texte, il faut en faire plus qu’une lecture hâtive. Il faut le comprendre et l’apprécier aussi.
Un devoir difficile deviendra ainsi un plaisir sensuel qui mènera à une meilleure compréhension de
la langue et de sa culture. Cet essai montrera donc trois tâches simples à faire pour rendre votre
lecture plus facile et plus agréable.
La première tâche est de travailler avec le vocabulaire du texte. Il vous faudra, en plus
du texte à lire, un crayon (‘a pencil’) et une ou plusieurs feuilles blanches. En lisant le texte,
chaque fois que vous trouverez un mot que vous n’êtes pas tout à fait certain de comprendre, mettez un petit point avec votre crayon dans la marge de la ligne où le mot se trouve. Faites que le
point soit aussi léger que possible pour pouvoir l’effacer plus tard. S’il y a deux mots dans la
même ligne, mettez deux points dans la marge.
En même temps, écrivez le mot sur une feuille blanche. Imaginez qu’il y a un alphabet invisible de A à Z dans la marge gauche de la feuille, et mettez le mot là où il se trouverait dans cet
alphabet. Après le mot, notez aussi où le mot se trouve, et laissez assez de place après le mot et le
numéro pour pouvoir écrire plus tard une traduction du mot. Le but est de créer une liste de mots
en ordre alphabétique.
Continuez ainsi avec d’autres mots que vous trouverez en mettant les mots en ordre alphabétique. À un moment vous verrez deux mots ensemble en ordre alphabétique mais à cause du hasard, il n’y aura pas assez de place pour mettre un nouveau mot entre les deux mots. Par exemple,
si vous avez « galanterie » et « grisé » ensemble et que vous vouliez insérer « galinotte » et
« grelottant » entre les deux, la solution la plus simple est d’employer des lignes pour indiquer des insertions (voir l’image à droite ;
les exemples viennent du conte La Parure par Guy de Maupassant).
Tout comme un arbre peut créer des branches attachées à d’autres
branches, vous pourrez continuer à faire de même : attachez de nouvelles lignes et mots à la liste.
Si vous trouvez le même mot inconnu sur d’autres pages, indiquez au mot écrit au moins quelques-unes
des pages supplémentaires. Quand vous aurez entre 30-50 mots, ou quand vous n’aurez plus de place pour d’autres
mots, cherchez les mots inconnus dans un dictionnaire et écrivez la traduction (ou la définition) de chaque mot
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après chacun. L’ordre alphabétique facilitera le procédé. S’il y a plusieurs traductions possibles pour un mot, le
numéro de la page où le mot se trouve vous aidera à trouver la meilleure traduction en consultant le contexte du
mot.
Après avoir trouvé les traductions ou les définitions d’une série de mots, mémorisez-les. Vous pourrez
ensuite vous tester en regardant les points que vous avez marqués dans le texte original. En faisant cela, vous allez
probablement trouver de nouveaux mots inconnus dans le texte, car une traduction vous montrera souvent qu’un
mot tout près que vous aviez pensé comprendre doit plutôt signifier quelque chose d’autre. Soyez sûr de bien comprendre les mots avant de continuer à lire le texte avec une nouvelle feuille blanche.
Note : en général on lit un texte dans une chaise confortable où il n’y a pas de distractions hormis peut-être
un fond de musique douce ou quelque chose à manger en lisant le texte. Si, par contre, vous êtes près d’un ordinateur, vous pourrez taper les mots dans un document dans n’importe quel ordre. Séparez le mot et le numéro de
page soit par une virgule soit par une tabulation. Vous pourrez ensuite demander à l’ordinateur d’alphabétiser les
mots ou bien de mettre les mots en ordre par les pages.
La compréhension du vocabulaire est la tâche la plus importante pour apprendre la langue du texte. Les
deux tâches suivantes vous aideront à bien comprendre et apprécier le texte.
La deuxième tâche, à faire en même temps que vous faites la première tâche, s’applique à des textes
d’une certaine longueur. Il s’agit de noter les traits de caractère de chaque personnage important, pour bien suivre
l’action. On ne peut pas faire cela avec un court poème comme un sonnet, car le but est de suivre l’action de plusieurs personnages à travers plusieurs pages de texte. Il n’y a pas assez de texte dans les quatorze vers d’un sonnet
ou dans un court poème lyrique, mais dans un conte de plus de vingt pages ou un roman de quatre cent pages, cette
tâche devient bien utile.
Pour faire cette tâche, vous devez avoir soit des fiches, soit des feuilles de papier, une pour chaque personnage principal ou secondaire dans le texte. En lisant le texte, si vous voyez un trait spécifique de caractère d’un
personnage, notez-le sur une fiche ou une feuille consacrée à ce personnage tout seul. Indiquez aussi la page où
vous avez vu ce trait ; vous pourrez bien avoir besoin de la référence plus tard pour justifier des conclusions que
vous allez tirer. Si vous trouvez d’autres indications du même trait sur d’autres pages, ajoutez-en les pages supplémentaires dans la liste.
En faisant cela, n’indiquez pas les actions des personnages. Les actions ne feraient qu’un résumé de ce qui
se passe dans le texte, ce qu’on peut trouver facilement sur l’Internet. Vous pouvez bien lire une telle analyse pour
mieux comprendre l’action, mais vous n’avez pas besoin de réinventer la roue. Cherchez plutôt à dresser un portrait du caractère de chaque personnage important. Cela vous fera mieux comprendre les subtilités du texte.
Au cours de votre lecture vous pourrez suivre le rapport entre différents personnages. Partagent-ils
quelques traits similaires ? Y a-t-il des liens sous-entendus qui joignent les personnages ? Qu’est-ce qu’ils pensent
des autres personnages ? Si vous travaillez avec un ordinateur, vous pourrez mettre tous les personnages dans un
seul document sous forme de plan (‘outline format’). Au premier niveau vous aurez le nom des personnages, et audessous de chacun un deuxième niveau qui montre les traits spécifiques du personnage. On pourra avoir d’autres
niveaux pour montrer des aspects de ces traits.
La troisième tâche est de loin la plus simple des trois tâches, mais elle est souvent la plus utile. Il s’agit
de noter des observations que vous aurez sur n’importe quel sujet de la lecture. Vous les notez dans l’ordre que
vous les apercevez. Vous pouvez, par exemple,
 Écrire que vous aimez une partie particulière du texte ;
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
Noter les problèmes que vous avez en essayant de comprendre l’ensemble ;
 Noter des objets mentionnés qui semblent avoir une signification particulière ;
 Noter des soupçons que vous avez sur ce qui va arriver.
Chaque fois que vous aurez une idée qui pourrait fructifier votre compréhension et votre appréciation
des aspects du texte, notez-la sur cette feuille. À la fin de votre lecture, vous pourrez relire vos idées et peut-être
que vous allez y trouver une inspiration pour une étude plus approfondie du texte.
Vous pourrez aussi organiser ces idées pour mieux les comprendre. Si les idées sont dans un document
d’ordinateur, vous pouvez les couper et coller pour les mettre dans des groupes, mais vous n’avez pas besoin
d’un ordinateur pour faire cela. Si vous les avez écrites sur une ou plusieurs feuilles, employez des ciseaux pour
découper les idées et les mettre dans des groupes tenus ensemble par des trombones (‘paper clips’).
Voilà les trois tâches qui vous feront mieux comprendre et apprécier un texte étudié, mais au fur et à
mesure que vous travaillez avec des textes littéraires, vous allez penser à d’autres tâches facultatives
(‘optional’) qui pourraient vous être utiles. Par exemple, vous pourrez :
 Noter chaque lieu mentionné dans le texte et essayez de faire une carte imaginaire ou sur papier de toute
l’action. Il est facile d’envisager une carte géographique de l’action pour suivre ce qui se passe, peut-être à
plusieurs niveaux, par exemple pays, ville, rue, maison, salle, et ainsi de suite. Si le lieu mentionné ne voit
pas d’action, le lieu ne figurera pas dans la carte que vous créez.
 Créer un horaire ou un calendrier de l’action. Cela serait particulièrement utile si la présentation dans le
texte n’est pas en ordre chronologique, par exemple si l’action commence in medias res avant de montrer
comment on est arrivé à ce point. La chronologie vous aidera à comprendre les événements.
 Dresser un plan de l’action du texte pour diviser l’ensemble en des sections particulières. Il ne s’agit pas
d’un plan chronologique mais d’un plan logique : qu’est-ce qui donne la meilleure vue de l’ensemble
 Suivre des thèmes donnés dans le texte : la colère, l’amour, le conflit, la chaleur, le froid, l’influence du
temps (‘weather’) sur l’action, et ainsi de suite. Choisissez quelque chose qui vous intéresse particulièrement
et qui semble jouer un rôle important, puis cherchez les traces de ce thème dans le texte.
Quelques remarques finales :
 Si vous avez le temps, relisez votre texte avec soin au moins deux ou trois fois de suite. Si l’auteur le mérite,
vous trouverez toujours d’autres aspects dans le texte. Cette règle s’applique aussi à ce que vous écrivez
d’important. Les grands auteurs savent cela. Joan Didion, par exemple, faisait plus de quarante ébauches de
chacun de ses livres, chacune tapée sur une machine à écrire, avant de les envoyer à son éditeur.
 La méthode nec plus ultra de comprendre un texte littéraire est de le discuter avec des collègues qui l’ont lu
aussi. Chacun dans la discussion verra le texte d’un nouveau point de vue, et la discussion qui s’ensuivra montrera bien de nouvelles idées.
Ces tâches vous feront non seulement augmenter votre connaissance d’une
deuxième langue mais vous feront mieux comprendre et apprécier la littérature et la
culture de cette langue.
John Robin Allen (Prof)
University of Manitoba
[email protected]
I m p o r ta n t D a t e s a n d C o n ta c t s
S u m m e r 2 014




May 28-30: Election of officers and representatives to the executive board of AATF WA/AK/BC/
AB.
June 18: Deadline for Early Bird Registration for AATF annual conference in New Orleans. See
www.frenchteachers.org/convention.
June 22- August 28: Sessions I through IV of Canoe Island French Camp. See www.canoeisland.org.
July 19-22: Annual AATF convention, “Le Français, langue à multiples visages” in New Orleans, LA. See
www.frenchteachers.org/ convention.

August 25: Deadline for submissions to September issue of Le Canard déchaïné.
Provenance des images dans ce numéro:
P. 4: http://www.fotocommunity.fr/pc/pc/display/19715832; http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Palais_XV%C2%B0_0001.jpg; http://
www.bedetheque.com/serie-18203-BD-Fables-de-Belle-Lurette.html; http://www.thisotherworld.co.uk/monaco.html. P. 5 : http://www.photopaysage.com/displayimage.php?pos=-1693; http://epistolarts.blogspot.ca/2012/11/la-belle-province.html; http://www.gentside.com/sexy/heidiklum-dans-le-style-i-want-you-de-l-oncle-sam-ouchmagazine-com_pic97081.html; http://thecolemanexperience.wordpress.com/2013/03/25/
jonnie-on-the-run/; P. 6 : http://www.fanpop.com/clubs/napoleon-bonaparte-i/images/27458344/title/young-man-bonaparte-photo; http://
en.wikipedia.org/wiki/Charles_de_Gaulle; http://en.wikipedia.org/wiki/Charles_de_Gaulle; http://blogs.transparent.com/french/bad-boys-whatyou-gonna-do-when-le-pere-fouettard-comes-for-you/; http://motsaiques2.blogspot.ca/2011/08/p-62-15-aout-1944-fin-du-proces-petain.html;
http://motsaiques2.blogspot.ca/2011/08/p-62-15-aout-1944-fin-du-proces-petain.html. P. 7 : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_de_Ronsard;
http://www.noisylegrand.fr/a-mon-service/seniors/loisirs/utl/rendez-vous/article/la-peinture-libertine-du-xviii/; http://www.academiefrancaise.fr/; http://everyday-i-show.livejournal.com/125369.html. P 8 : http://thefoolishaesthete.blogspot.ca/2011/10/la-belle-epoque.html;
http://secrets-du-monde-moderne.blogspot.ca/2013/02/la-haute-trahison-de-1973.html; http://commons.wikimedia.org/wiki/
File:Guerin_Morpheus%26Iris1811.jpg; https://philippeldl.wordpress.com/tag/la-cinquieme-saison/; P. 11: http://www.stlouiscathedral.org/
convent.html; http://en.wikipedia.org/wiki/Old_Ursuline_Convent,_New_Orleans. P. 12: https://www.google.com/search?
q=old+Ursuline+Convent+New+Orleans&oq
AATF WA/AK/BC`/AB Chapter
c/o Mary Anne O’Neil
Department of Foreign Languages and Literatures
Whitman College
Walla Walla, WA 99362

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