Ruy Blas – Acte V , scène 4 – Victor Hugo - Geert

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Ruy Blas – Acte V , scène 4 – Victor Hugo - Geert
Ruy Blas – Acte V , scène 4 – Victor
Hugo
Question
En quoi cette dernière scène constitue-t-elle un dénouement particulier ?
Divers
Scène en deux mouvements :
•
v. 2213 à 2234 = Ruy Blas s'explique et demande son pardon à la reine. Elle lui refuse.
•
v. 2235 à 2252 = mort de Ruy Blas et aveu de la reine de son amour.
Introduction
Don Salluste a tenté de se venger de la reine qui l'avait fait exiler en utilisant Ruy Blas. Mais il a
échoué, Ruy Blas l'a tué et a avoué sa véritable identité à la reine. Dans cette scène 4 de l'acte V, la
dernière, Ruy Blas se retrouve seul avec la reine.
Lecture
Annonce
Le dénouement a commencé dès la scène précédente puisque la reine a appris l'identité de Ruy
Blas. On s'attendait à ce qu'il donne des explications mais il n'en est rien. On assiste à la mort de
Ruy Blas heureux car la reine est sauvée et lui a avoué son amour.
Pour répondre à la question « En quoi cette dernière scène constitue-t-elle un dénouement
particulier ? », nous étudierons trois axes :
I. L'aveu de Ruy Blas
II. L'évolution des comportements
III. Le tragique et le pathétique
I – L'aveu de Ruy Blas
L'aveu de Ruy Blas ne correspond pas à ce que prévoyait le spectateur.
A – Un récit annoncé
Chaque mot et important dans les deux premiers vers du texte. Dans le premier, « maintenant »
montre l'urgence, et « il faut » la nécessité. Dans le deuxième, le futur présent dans l'expression
« je n'approcherai pas » tend à rassurer la reine et montre le respect que Ruy Blas éprouve à son
égard. Ce dernier montre également une volonté de parler, de dire la vérité, comme le montrent
les mots « je parle avec franchise ».
B – Les marques de l'émotion
Le trouble de Ruy Blas ne lui permette pas de formuler une pensée cohérente. La rupture dans la
logique de son discours et son hésitation se retrouvent avec :
•
La présence de nombreux tirets (6 au total, v. 2214 ; 2214 ; 2219 ; 2219 ; 2222 ; 2225)
•
La structure des phrases. Celles-ci sont souvent brèves et on observe une alternance entre
phrases affirmatives et négatives.
•
De nombreux rejets et enjambements (v. 2218/2219 ; 2224/2225 ; 2226/2227 ;
2228/2229/2230/2231)
•
Des ruptures de construction : digressions, changements de sujet, absences de
conjonctions…
•
Champs lexicaux de l'honnêteté et de la culpabilité.
C – Un amour coupable
Toute l'émotion de Ruy Blas est liée au fait qu'il a le sentiment d’éprouver un amour coupable.
Cette émotion se retrouve tout d'abord dans les didascalies. Ainsi, à la ligne deux de la didascalie
initiale, Ruy Blas « tome à deux genoux » et a « l’œil fixé à terre », ce qui montre son humilité.
On remarque de plus une certaine distance entre la Reine et Ruy Blas, soulignée par la répétition
de « je n'approcherai pas/point » (v. 2214 et 2223).
Nous pouvons remarquer une autre répétition, celle de « je n'ai pas l'âme vile » (v. 2218 et 2225).
Le fait même que le personnage de Ruy Blas utilise des répétitions montre son émotion, son
investissement dans ses propos.
L'utilisation du temps passé (imparfait, passé composé, conditionnel passé) traduit la justification
de Ruy Blas et montre sa lucidité par rapport à sa condition, à cet amour interdit.
Transition
L'aveu de Ruy Blas de son amour pour la reine va faire évoluer leur comportement.
II – Évolution des comportements
Plusieurs indices montrent des rapports entre Ruy Blas et la reine, leur rapprochement. Cela se
traduit pas les comportements physiques, les apostrophes et le jeu des pronoms, l'expression de
l'émotion.
A – Les comportements
Les didascalies révèlent la double émotion de Ruy Blas et de la reine.
L'émotion de Ruy Blas
Il a une posture de prière, il vénère la reine. Les didascalies entre les vers 2232 à 2236 montrent
ses actions et rappellent la religion.
Comportement de la reine
L'attitude de la reine change, elle se rapproche de Ruy Blas mais uniquement après qu'il ait bu le
poison. Elle l'entoure alors de ses bras. Son agitation devient de plus en plus forte.
A la fin du texte, les deux personnages se tiennent embrassés, position totalement opposée à la
distance qui les séparait d'abord.
B – Les apostrophes et les pronoms
Ces comportements sont intimement liés à une modification dans la façon dont les personnages
s'appellent. Il y a en effet une différence entre les deux parties de la scène.
Dans la première partie — des vers 2213 à 2234 — on revient à la notion de distance entre les
personnages avec « Madame » (v. 2213). Ruy Blas vouvoiera d'ailleurs la reine tout le long du
texte.
Dans la seconde partie, la reine appelle Ruy Blas « mon pauvre ange », malgré le dédain qu'elle
semble éprouver pour lui au départ. L'évolution de la reine est ainsi plus marquée. Au départ, elle
nomme Ruy Blas « Monsieur » (v. 2223). Ensuite, dans la seconde partie, « Don César » (v. 2237),
« César » (v. 2240) puis « Ruy Blas » (v. 2241). Elle devient donc progressivement plus familière et
admet la véritable identité de Ruy Blas.
Il faut noter également que la reine, à partir du vers 2239, est déstabilisée et passe sans cesse du
vouvoiement au tutoiement.
C – L’évolution des formes verbales
L'analyse des formes et des temps verbaux montre également cette évolution des comportements.
Dans les tirades de Ruy Blas il y a du subjonctif et de l'impératif, qui montrent sa volonté. Il y a
également de l'indicatif avec le présent qui évoque ses sentiments au moment où se déroule
l'action, le futur qui indique ce qu'il envisage et enfin le passé composé qui constitue un constat
sur ce qu'il a fait. Ces différents temps montrent sa décision et surtout son apaisement, sa
résignation face à la reine.
L'utilisation du conditionnel passé par la reine interroge sur la possibilité d'un autre dénouement,
à savoir le fait que Ruy Blas reste en vie. Mais ce dernier nie directement cette possibilité.
Transition
Tout ceci montre une évolution qui se termine par la rencontre entre la reine et Ruy Blas et ne
pouvait se terminer que par la mort du héros. Cela maintient une émotion tragique mais
également pathétique.
III – Le tragique et le pathétique
Les éléments qui caractérisent le dénouement ainsi que la façon dont il est exprimé, définissent
une double tonalité, tragique et pathétique.
A – Des éléments tragiques
La mort brutale du héros liée à l'impossibilité d'aimer fait apparaître la tonalité tragique.
Le temps des verbes — futur aux vers 2214 et 2223 et passé composé au vers 2238 — montre le
rapprochement des deux personnages et en même temps l'impossibilité de ce rapprochement. Le
présent, lui aussi, montre la réalité d'un amour que la mort condamne.
Un autre élément tragique est le rapprochement avec la religion : « Dieu » (v. 2245 et 2249) et
« cœur crucifié » (v. 2247).
Tout un lexique renvoie a l'empoisonnement du héros et insiste sur sa mort — « philtre étrange »
(v. 2248/2249), « poison » (v. 2243 et 2244), « affreuse liqueur » (v. 2248), « tué » (v. 2249) et « je
meurs » (v. 2252).
Le choix du suicide grandit et met en valeur le héros, sa mort est spectaculaire mais rapide. Le
côté tragique est donc respecté.
B – Des éléments pathétiques
L'association des éléments tragiques aux éléments pathétiques caractérise le drame romantique.
Ici, il est possible de trouver de nombreux éléments pathétiques.
Les termes qui expriment la tristesse et la douleur, comme « triste » (v. 2234) ou « mourant » (v.
2248), montrent la tonalité pathétique.
Les alexandrins sont souvent disloqués sur plusieurs répliques comme les vers 2236 et 2252. Cela
montre l'agitation des personnages.
Les nombreuses interjections et exclamations expriment les sentiments de façon intense et
incitent à la pitié.
Questionnement de la reine incite lui aussi à la pitié en montrant la douleur liée à la situation.
Enfin, on peut citer le dernier mot de la scène, prononcé par Ruy Blas : « Merci ! ». Il a une
dimension pathétique dans la mesure où il peut apparaître triste et pitoyable d'être reconnaissant
pour le simple fait que la reine l'aie appelé par son prénom.
Conclusion
Seul le suicide de Ruy Blas pouvait amener la reine à lui avouer son amour. La découverte de cet
amour réciproque lorsqu'il est devenu impossible appartient à la tragédie mais la violence et
l'humanité des sentiments des personnages se rapportent au drame. C'est la plus courte scène
d'amour de tout le théâtre romantique.
Ouverture
•
Tragédie classique
•
Registre pathétique / Registre tragique
•
Drame romantique
•
Théâtre
•
Victor Hugo et la poésie

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