Jean Paul Sartre (1905

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Jean Paul Sartre (1905
Jean Paul Sartre (1905-­‐1980) Biographie Né en 1905 à Paris, dans une famille bourgeoise Elevé par un parent de la famille (et non par ses parents), il a du mal à s’identifier à quelqu’un • Il se trouve marginalisé, à cause de son strabisme, son goût pour les études, sa maturité précoce et sa «laideur» • Il échoue à l’agrégation (fin des études de Lettres) • Il devient professeur (surtout pour gagner sa vie, il n’aime pas enseigner) • Il commence à imaginer une philosophie pratique : l’Être et le Néant • Il est fait prisonnier par les nazis durant la guerre, puis participe à la Résistance • Rencontre Camus. Ils sont d’abord grands amis, et tout deux enthousiastes au marxisme. Camus s’éloignera de cette pensée (et de Sartre aussi), alors que Sartre restera un fervent défenseur du communisme, tout en sachant toutes les horreurs qui se passent en URSS • Sartre rencontre Simone de Beauvoir (qui deviendra sa compagne) • Mai 68 : mise en valeur de l’existentialisme, la philosophie de Sartre. • Il meurt d’une crise cardiaque, au moment où il devenait célèbre. A noter que la biographie de Sartre est surtout utile pour comprendre le contexte dans lequel il écrit, mais est assez difficilement compatible avec l’analyse de Huis Clos. •
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Résumé de l’histoire: Huis Clos(1947) Trois personnages se retrouvent à leur mort dans une même pièce. Il s'agit de Garcin, journaliste, Inès, employée des
Postes et Estelle, une riche mondaine. Ils ne se connaissent pas, viennent de milieux très différents, ne partagent ni les
mêmes convictions ni les mêmes goûts. Dans cette pièce débute alors un procès à huis clos où chacun des trois
personnages juge et est jugé sur les actes qui composent son existence. Jean-Paul Sartre nous décrit ici « son enfer »
avec brio dans lequel il n'y a ni bourreau, ni d'instruments de torture physique : « l'enfer, c'est les autres ». Cette pièce de
théâtre est en un acte composé de cinq scènes, dont la dernière est hypertrophiée.
Scène 1
Garcin, mort, est en enfer. Il entre accompagné du garçon d'étage dans un salon, style second Empire. Garcin demande
au garçon d'étage où sont les machines de torture, il n'y en a pas, mais le garçon d'étage prétend que tous ses "clients"
sont pareils : ils veulent tous les pals et leurs objets de toilette. Garcin prétend ne pas avoir peur. Le garçon s'en va.
Scène 2
Garcin se retrouve seul et appelle vainement le garçon. Garcin est seul et il essaie de parler au garçon, puis de sortir de
cet endroit.
Scène 3
Inès entre. Confuse, elle demande à Garcin où est Florence. Garcin lui explique qu'il ne connaît pas Florence et qu'ils
sont "logés à la même enseigne". Inès prend Garcin pour son bourreau. Celui-ci sursaute, rit, puis lui explique que non et
tente un dialogue. Il essaie d’établir des règles de vie, comme la politesse. Inès ne se contente que de réponses froides
et brutales.
Scène 4
Estelle entre et se fait expliquer la situation par Garcin, même si elle ne fait pas face à la réalité et préfère s'inquiéter de la
couleur des canapés.
Scène 5
Dans la cinquième scène, on en apprend beaucoup plus sur le caractère de chacun des personnages ; on comprend
également les raisons de leur arrivée en enfer.
Estelle est morte d'une pneumonie ; Inès par une intoxication au monoxyde de carbone ; et Garcin de douze balles dans
la peau. Ce dernier est le premier à avoir une vision de la Terre : il voit sa femme, à Paris, qui ignore encore qu’il est mort.
Peu après, Estelle se demande pourquoi ils ont été mis ensembles et s’ils se connaissent. Garcin pense que c’est dû au
hasard, Inès est convaincue d'une préméditation quelconque ; Estelle quant à elle continue de prétendre qu’elle n’a rien
fait, et que son arrivée est sûrement une erreur. Elle assure avoir toujours été irréprochable, à l'instar de Garcin.
Après avoir beaucoup discuté, Garcin propose de dire la vérité. On apprend les raisons pour lesquelles les trois
personnages sont en enfer. Garcin est un déserteur et a beaucoup fait souffrir sa femme : il voyait sans cesse des
maitresses, alors qu’elle était amoureuse de lui. Inès confesse alors qu’elle entretenait une liaison avec Florence, la
femme de son cousin, et qu'elle a poussé ce dernier sur des rails. Après ces évènements, Florence décide d’ouvrir le gaz
dans leur appartement et les deux femmes sont intoxiquées, gazées. De son côté, Estelle nie toujours avoir fait quoi que
ce soit de répréhensible. Cependant, lorsque Garcin s'interroge sur son expression effrayée au moment de son entrée
dans la salle, elle commence son histoire : elle était enceinte de Roger. Et quand le bébé est né, elle l’a lancé dans un
lac. De désespoir, à la suite de cet évènement, Roger s’est tué.
Inès a une vision : un couple est dans son ancienne chambre. Estelle, quant à elle, voit Olga, sa meilleure amie, et son
amant, dansant ensemble. Après, Estelle demande à Garcin de l’embrasser, mais à cet instant Garcin est lui aussi pris
d'une vision dans laquelle il entend ses anciens amis qui le traitent de lâche. Au final, pas d’échappatoire pour ce trio si
peu ordinaire : ils sont condamnés à rester en Enfer, à se nuire les uns aux autres.
Les personnages •
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Garcin : Journaliste pacifiste, trompait sa femme sans rien regretter Inès : Employée des postes, était en couple avec la femme de son cousin, son cousin ayant fini par se donner la mort. Inès répète sans cesse à sa compagne (Florence) qu’elles sont toutes les deux coupables pour le meurtre de cet homme. Inès avoue elle-­‐même qu’elle a besoin de la souffrance des autres pour vivre, et ‘torture’ ainsi Florence pour son propre plaisir. Les remords de Florence sont trop grands, alors elle va ouvrir les gaz dans leur appartement. Florence et Inès meurent toutes les deux asphyxiées. Estelle : Riche mondaine, morte d’une pneumonie. Elle était mariée à un vieillard et avait un amant. Elle a eu un enfant avec son amant, et a tué le bébé sous ses yeux, en le noyant dans un lac. Son amant s’est suicidé. A savoir: Par apport à sa philosophie : Si la biographie de Sartre n’influence pas vraiment l’analyse que nous pouvons faire de Huis Clos, sa philosophie est
absolument à prendre en compte ! En effet, Sartre était écrivain, mais surtout philosophe. Il est donc tout naturel que ses
pensées philosophiques se retrouvent dans ses écrits, et donc dans Huis Clos.
Sartre a une philosophie qui s’appelle l’existentialisme. L’existentialisme se base sur différents points :
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Il n’y a pas d’universel, et donc pas d’absolu Ce qui définit un homme, ce n’est pas être mais exister. Il est donc important d’agir, et de ne pas se cacher derrière une fonction, un statut, un titre (Sartre appelle cela des étiquettes) Dès qu’on commence à établir des choix, on commence à exister Voici une phrase de Wikipédia qui vous aidera peut-être mieux à comprendre :
«L'existentialisme considère donc chaque personne comme un être unique qui est maître, non seulement de ses actes et de son destin, mais également, pour le meilleur comme pour le pire, des valeurs qu'il décide d'adopter» Ou alors cette drôle de citation de Sartre lui même : « Le jardinier peut décider de ce qui convient aux carottes, mais nul ne peut choisir le bien des autres à leur place. » Quelques exemples liés à Huis Clos :
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Estelle veut à tout prix se voir dans un miroir. Elle demande donc à Inès de ‘jouer’ ce rôle, et va même tenter de se regarder dans ses yeux. Ici, Estelle ne cherche qu’à être, qu’à paraître, et non pas à agir. C’est contraire à l’existentialisme (et c’est peut être une des raisons pour laquelle elle est en enfer) Si on observe bien les personnages, on se rend compte que chacun se cache derrière une étiquette. Au début ils ne s’avouent pas coupables, comme s’ils cherchaient à préserver l’image qu’ils avaient construite dans leur passé. Par exemple Garcin cite toujours son métier comme prétexte, du fait qu’il était un journaliste pacifiste, on a tendance à penser que •
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c’était un homme bien. Mais en vérité, derrière l’étiquette, se cache un homme qui a beaucoup fait souffrir sa femme. Il est extrêmement lâche. Par apport au livre (analyse): «Pas besoin de Gril, l’enfer, c’est les autres» : Sartre réussit à faire passer un message très fort dans ce livre. Il créée un enfer, tout autre que celui qui nous est présenté d’habitude. Cette fois-­‐ci, il n’y a pas de douleurs physiques, d’instruments de torture, il n’y a pas non plus de «méchants» (bourreaux, diable, etc) pour nuire aux personnages. Non, cette fois, le seul instrument de torture présent en enfer, c’est les autres. Quand on y réfléchit, cela semble presque plus inquiétant que les instruments de torture, car cela sous-­‐entend que notre enfer peut se trouver en tout ceux qui nous entourent. Par la suite, Garcin et les autres vont en faire les frais : en essayant d’abord d’éviter tout problème, ils vont inévitablement finir pas se faire souffrir les uns et les autres. Cela n’a pas de fin, puisqu’ils vivent ensembles 24/24h. Leurs efforts pour cohabiter on été vain, il ne semble pas y avoir d’issue pour échapper à la torture. Il y a une sorte de triangle amoureux (ce n’est pas vraiment de l’amour, mais bon ils ne sont plus que trois enfermés dans une pièce pour très très longtemps, ils ne peuvent pas vraiment jouer fine bouche). Estelle tente de séduire Garcin (mais elle se joue de lui). Garcin lui semble plus intéressé par Inès. Inès elle n’est intéressée que par Estelle puisqu’elle aime les filles. Donc : Estelle -­‐> Garcin -­‐> Inès -­‐> Estelle -­‐> … •
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Ce qui est intéressant dans ce livre, c’est de voir à quel point les trois personnages n’arrivent pas à s’habituer à cette nouvelle situation (par exemple le premier reflexe de Garcin quand il apprend qu’il est en enfer, c’est de demander s’il a sa brosse à dent avec lui). De plus, ils sont dans l’incapacité de coopérer, ils savent qu’ils provoquent eux-­‐mêmes leur souffrance mais ils ne veulent pas, ou n’arrivent pas à faire des efforts, ils refont les mêmes erreurs que lorsqu’ils étaient sur terre (égoïsme, jalousie, etc). Par apport au livre (construction): Dans ce livre, le narrateur est omniscient. La particularité de ce livre, c’est qu’il ne se déroule qu’en un seul lieu, qui est fermé (La définition d’un Huis Clos est en faite celle-­‐ci : Procès auquel le public n'est pas autorisé à assister (dans le domaine du droit)). Cette définition correspond assez bien à l’ambiance de la pièce.
Il n’y a pas réellement de progression dans ce livre, son développement est plutôt statique. En effet, depuis le début de la pièce jusqu’à la fin, il n’y a pas eu de changement de situation, si ce n’est une prise de conscience de où ils étaient, et de pourquoi ils étaient condamnés à l’enfer. En réalité, il n’y a que très peu, voir pas du tout d’espoir dans ce récit, ce qui limite considérablement les chances de changement, d’amélioration de la situation initiale. C’est pour cela que le récit semble si statique. Par apport à l’écriture: Sartre a une façon d’écrire assez simple. Comme on peut le voir, les répliques sont souvent brèves, ou du moins elles communiquent l’essentiel. Il n’y a pas de soin particulier apporté au style ou au vocabulaire. L’écriture de Sartre est assez cynique, voir cruelle. Il nous décrit la cohabitation de Garcin, d’Estelle et d’Inès sans compassion, sans état d’âme. Ses personnages sont condamnés : ils ont fait le mal et semble être condamné à rester en Enfer. Il n’y a pas, ou peu, d’espoir qui se dégage du récit. Suite à ce récit, le lecteur peut se sentir un peu désabusé, ou haineux. On peut se demander alors quelle(s) solution(s) ont les personnages pour échapper à cette douleur, cette misère que leur provoque ce séjour en enfer.. le seul moyen d’échapper à tout cela serait-­‐il la folie? 

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