mars 2015

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mars 2015
Guts Of Darkness
Le webzine des musiques sombres et expérimentales : rock, jazz,
progressif, metal, electro, hardcore...
mars 2015
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Les chroniques
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Salome's Dance/Sierpien : Split
Chronique réalisée par Twilight
Bonne nouvelle pour les cassettophiles de tout poil, le label Occult Whispers vient de sortir un split entre deux
valeurs de plus en plus confirmées de la scène russe. Salome’s Dance tout d’abord dont on attend plus
qu’impatiemment (c’est un doux euphémisme) un album. En dehors de ‘Basis’ déjà inclus sur leur première K7,
que du neuf sous forme d’une excellent reprise très personnelle du ‘Pain’ de Part1 et d’une nouvelle
composition. Les Russes développent le même type d’existentialisme torturé que certaines formations
anarcho-punk des 80’s mais rendu avec un son plus deathrock. Le résultat est des plus probants, les mélodies
sont solides (mmmm, les guitares de ‘Fear’) et Vadim Barsov est un vocaliste exceptionnel qui vit réellement ce
qu’il chante, frisant parfois la perte de contrôle comme sur ‘Pain’. Pour ne rien vous cacher, ce combo est l’un
des trucs les excitants qu’il m’ait été donné d’écouter dans le style récemment. Ma découverte de Sierpien est
plus récente et s’est faite via leur album dont on ne trouve d’ailleurs aucun titre sur ce split; que de l'inédit là
aussi. Bien que se profilant dans une veine philosophique similaire à Salome’s Dance, le duo opte pour une
approche plutôt post-punk avec un chant moins torturé mais profond et convaincant. Les spécialistes de la
scène punk/wave de l’Est des 80’s se réjouiront de retrouver ces sonorités si typiques, renforcées par les
vocaux en russe. En résumé, ces six morceaux sont d’une telle qualité qu’ils pousseraient n’importe qui à se
procurer une platine cassette pour les écouter encore et encore.
Note : 5/6
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Dawson : Romping Egos
Chronique réalisée par sergent_BUCK
6minutes30, c’est parti top chrono. Alors Dawson ce sont encore des Ecossais, qui s’amusaient à jouer de la
musique punk totalement hystérique à la fin des 80’s. Il faut croire qu’à ce petit jeu, la région avait matière à
abreuver… Au milieu des Stretchheads, Badgewearer, Archbishop Kebab, Whirling Pig Dervish et compagnie,
Dawson était comme un poisson dans l’eau. Et ce premier enregistrement nous le fait bien comprendre : dans
la seconde où le disque est lancé, c’est le festival à la foire du n’importe quoi ! Tout le monde s’excite de
manière très dissonante, ça on l’imagine assez bien, et puis ça en profite pour balancer des onomatopées dès
que l’occasion se présente (c’est sorti sur Gruff records, ça ne s’invente pas…). Le dernier morceau n’a
d’ailleurs pas de paroles mentionnées dans le feuillet des paroles, juste un évident «……..!?». Et pour le fun,
des fois ils s’amusent à faire semblant de jouer de la musique pépère, comme sur les 30 premières secondes
du Dopplganger Theme (où alors ce thème de basse qu’on entend à peu près quatre secondes au milieu de ce
même morceau…). Evidemment, c’est pour mieux pouvoir s’exciter l'instant qui suit, comme des gosses qui
sorte de classe en courant et qui vont se lâcher dans la cour de récré, après s’être tenu sages pendant une
poignée d’heures. Sauf qu’ici, il n’y a que de la récré, et aucun adulte à l’horizon pour calmer les niards… un
concentré de récré… toutes les récrés de la semaine tassées en six minutes et trente secondes. Pfiou…
défoulatoire, mais épuisant... heureusement que ça ne dure pas longtemps. Et si en revenant du boulot il vous
en fallait quand même plus, il y a toujours la possibilité de l'écouter deux ou trois fois de suite !
Note : 4/6
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Death By Milkfloat : Sense and Nonsense
Chronique réalisée par sergent_BUCK
Oui, le nom du groupe ne ment pas… écouter ce premier Death by Milkfloat, c’est un peu comme se retrouver
dans un crash de camion laitier : ça fait beaucoup de bruit et ça en fout partout. Pour ne pas user et abuser de
superlatifs, je dirai qu’on tient en concentré sur ce disque le meilleur substitut à la caféine de ma connaissance.
Dès l’ouverture, ça pète comme un bâton de dynamite… ou imaginez plutôt les Minutemen ayant confondu la
boite d’Ovomaltine avec celle de poudre à canon justement, histoire de donner un point de comparaison. Car si
les Milkfloat peuvent à la base sonner assez proche du hardcore hyperactif joué par le trio Américain (formation
identique, mêmes racines musicales), ils en profitent pour pousser tous les éléments dans le rouge. Le tempo
déjà : la basse se répand continuellement, la batterie cavale à fond (‘Man with a dog’, la cowbell !), et la guitare
crache ses flammes très très vite - à ce train là il doit bouffer un médiator à la minute, le bougre ! C’est aussi
joué fort… Les Vumètres restent dans le rouge, la bande de fréquences est tout le temps saturée. Le son est
brulant, la production mordante, si bien qu’on a l’impression d’assister sans protections auditives à une répet
du groupe quand il est en pleine forme. Et quand cette guitare se lâche, ça fait vraiment des dégâts. Les
compos dans la foulée ? Elles sont d’une efficacité monstre, et surtout ça donne envie de sauter partout ! Dès
le premier coup de caisse claire, on est hameçonné par ce déferlement rageur, et rien ne pourra nous défaire de
cette cavalcade, parce que tout simplement, ça groove à mort… eh oui en plus de nous mettre la méga patate,
les gars se paient le luxe d’avoir des mélodies imparables et se donnent les moyens de nous les enfoncer à
coup de marteau piqueur par les oreilles. Et ce sont tous ces éléments combinés, qui font que le disque s’enfile
matin et soir comme du petit lait ! On en revient à la première phrase de la chronique, la boucle est bouclée.
Note : 5/6
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The Permanent Confusion : Kicks from the past (1991-1993)
Chronique réalisée par Twilight
Je me souviens de cette compilation livrée avec le magasine allemand ‘Gothic’, le truc du genre: ‘introducing a
new artist ‘Victor Constrictor’…J’avais retenu le nom, vous pensez bien, mais l’histoire s’était arrêtée là pour
moi, du moins jusqu’à réception 18 ans plus tard de cette compilation du groupe Permanent Confusion dont
j’ignorais tout dont notre homme était l’un des fondateurs. Toussa. Maintenant, il faut vous en parler de ce
disque et là, c’est un brin moins évident car les musiciens ont plus d’une corde à leur arc en oscillant entre une
forme de gothic rock et de la cold wave en passant par des stades dark wave (on sent d’ailleurs l’évolution vers
un son plus dur et goth au fil du temps). Pour résumer, à l’instar de plusieurs formations teutonnes de l’époque
comme Girls Under Glass ou Cancer Barrack, Permanent Confusion estime n’avoir à suivre que son goût. Plus
de claviers ? C’est parti. Plus d’électricité pour ce morceau-là ? Aucun souci. On tente quelques effets sur la
voix ? Mais oui, pourquoi pas ? Et si on mettait davantage en avant la gravité du timbre ? C’est fait. Une chose
est certaine, c’est maîtrisé et efficace mélodiquement. Le groupe n’ayant produit que des cassettes, il y a fort à
parier qu’il a loupé le coche pour se positionner en tête lors de l’explosion de la scène germanique des 90’s.
Dommage car un morceau tel que ‘Full moon’ a clairement l’étoffe d’un tube. Il n’est cependant jamais trop tard
puisque grâce à Brouillard Définitif, la dark wave gothique de Permanent Confusion se dégotte une seconde
chance sous forme d’un beau vinyle transparent compilant le meilleur des premières cassettes…4,5/6
Note : 4/6
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Javi Canovas (Javi) : Eunomia
Chronique réalisée par Phaedream
Une sinueuse onde, aux contours un brin métallique et nasillard, sillonne entre nos quatre murs alors que de
délicates nappes de synthé, embrumées d'un parfum de Mellotron et de voix éthérées, font contrepoids avec
une tonalité plus chaleureuse et plus musicale. Errant comme une intro qui cherche ses repaires auprès des
œuvres telles que Phaedra, "Sophrosýne" donne le ton à ce dernier album de Javi Canovas qui renoue ainsi
avec ses parfums d'origine où des albums comme Light Echoes, en 2006, et In This Moment, In This Place, en
2009, se nourrissaient des ambiances des années Franke, Froese et Baumann. Tranchant nettement avec la
douzaine de titres très structurés de Axiom, “Eunomia” plonge dans les longues structures imbibées
d'introductions et des finales ambiosphériques où les séquences dansent sur des airs d'improvisation et
tournoient de leurs ballets minimalistes, détachant des ombres agitées qui alimentent des rythmes parfois
nerveux, parfois ambiants, qui restent toujours captivants. Nous sommes dans les terres du bon rétro Berlin
School!
Les 5 premières minutes de "Sophrosýne" plonge l'auditeur dans un bain d'éther. Le mouvement de séquences
qui s'en dégage fait faire des ruades à des ions qui palpitent dans une frénétique enveloppe désordonnée. Les
oscillations du rythme sont amples et les ombres des ions qui se détachent prennent des directions tant
rythmique qu'harmonique où d'autres ions aux tonalités un peu plus limpides invitent "Sophrosýne" dans un
intéressant ballet teinté de nuances. Nous avons ici la structure principale du séquencement qui alimentera les
quatre phases de “Eunomia”. Le tout avec des nuances légèrement différentes ici et là. Les séquences
dominent les synthés qui tissent des ambiances avec des chants flûtés, enveloppant ce premier titre de
“Eunomia” d'une aura méditative qui fait contraste avec la violence stationnaire du rythme. "Phrónesis" est
plus expéditif et propose une structure de rythme accrocheuse avec des lignes de séquences hyper nerveuses
qui montent et descendent et alternent la cadence avec des papillonnements nerveux, balayant les vents
cosmiques des synthés qui se dégênent en y allant de petites phases harmoniques et de beaux solos éthérés.
Les ambiances rappellent savoureusement ces brouillards cosmiques d'un célèbre trio allemand. C'est un très
bon titre mais c'est à "Andreía" que revient la palme du plus beau titre de “Eunomia”. La structure du rythme
est douce, genre Steve Roach des années Empetus, alors que les ambiances resplendissent des meilleurs
moments des brume de Mellotron du Dream. Le clou est sans aucun doute cette transition entre Roach et le
Dream qui s'opère après un bref passage ambiosphérique en mi-parcours. C'est sélectionné pour notre
émission de radio! "Dikaiosýne" épouse les mêmes nébulosités ambiantes avec des longilignes lignes de
synthé qui valsent dans le néant. On dirait des chants de baleines interstellaires. Des séquences tambourinent
avec des figures de rythmes aléatoires qui descendent comme des serpentins allégoriques tout le long de
parois resplendissantes de tonalités électroniques. Peu à peu ces ions s'essoufflent. Les pétillements des
cymbales électroniques réactivent la vie de "Dikaiosýne". Les séquences reprennent la route des danses
concassées. Comme des ossements qui palpitent en tout sens sur un convoyeur, ces ions finissent par
épouser une forme de rythme minimaliste qui palpite sous de soyeuses nappes de synthé. Des ions se
détachent. Crachant des filaments organiques et des tonalités réverbérantes, ils empruntent les habits de
"Sophrosýne" et ses amples oscillations qui roulent sous des lignes de synthé aux chants sibyllins. Envoûtant,
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attrayant! Comme du bon vieux Berlin School.
Avec 18 albums en 10 ans, c'est évident que le style de Javi Canovas se répète. Le synthésiste Espagnol a beau
alterner ses approches en y allant parfois de musique plus ambiante, plus animé ou plus près du rock
progressif que sa musique respire toujours du même parfum des belles années analogues. Mais très souvent il
réussit à passer à un autre niveau en prenant des directions, "Andreía", qui étonnent autant que charment. J'ai
bien aimé ce “Eunomia”. C'est du bon mélange de New et Vintage Berlin School où Javi Canovas tissent de
charmants labyrinthes rythmiques hypnotiques.
Note : 4/6
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Alio Die | Parallel Worlds : Elusive Metaphor
Chronique réalisée par Phaedream
C'est avec la musique de Bakis Sirros que j'ai commencé à apprécier le genre ambiant très sombre. Pourquoi?
Parce que le musicien Grec est très intelligent. Il transcende le genre en ajouter des éléments soniques tel que
des souffles organiques et des bruits industriels qui font nuances et contrastes dans un décor musical où
l'angoisse, la paranoïa se cache dans les moindres battements. “Elusive Metaphor” est la 2ième collaboration
entre Alio Die et Parallel Worlds. Et contrairement aux sombres structures de Circo Divino, l'énigmatique
tandem de l'ambiant métallurgique offre un album aux étranges arômes poétiques où l'ambiant sombre erre
toujours dans des corridors aux bruits insolites, mais aussi dans de beaux paysages soniques un brin plus
éthéré avec de discrets tempos qui sont modulés dans les ombres des ambiances.
Les vents chantent avec toutes leurs colories apocalyptiques en ouverture de "Unspoken Shapes". Des drones
vocaux, des murmures et des bruissements invitent ces vents à prendre d'autres teintes alors que les premiers
battements s'éparpillent dans une structure de rythme ambiant en mutation. L'évolution est lente et est ornée
d'une foule de bruits organiques, recouvrant nos tympans d'un immense linceul ambiosonique. Les détails font
la différence. La voix de India Czajkowska s'élève d'entre les obscurités, émoussant les ambiances qui
subitement libèrent un délicat rythme spectral. Nous sommes dans les terres de Circo Divino avec ce rythme
ambiant qui palpite de ses pulsations sourdes et qui irradie de ses arpèges limpides dont les tintements font
contraste avec les sombres drones torsadés et les chants très éthérés de India Czajkowska. La métamorphose
se prolonge alors que le rythme de "Unspoken Shapes" étonne avec une vigueur insoupçonnée. Les tintements
brillent comme des coups sur une enclume de verre et le fluide débit laisse entendre les ossements d'une
créature rampante qui dévale les cimes à en perdre ses os. Le tout fait contrepoids aux laconiques pulsations
et aux sombres ambiances qui maintiennent "Unspoken Shapes" dans son élément psybient noir et
introspectif. Le terme de psybient se prête tout à fait à cette dernière œuvre du duo Alio Die et Parallel Worlds
où les rythmes mous sont engloutis dans une intense flore ambiosonique. "The Dispersed Expectance"
présente aussi une longue intro ambiante avec des sombres ombres de synthé modulaire qui flotte sur les
murmures et gazouillis d'une faune organique, parfois animale et souvent électronique. Ces éléments
fusionnent leurs charmes troublant alors que certains d'entre eux s'échappent afin de forger un rythme abstrait.
Un rythme que l'on devine et qui peu à peu s'installe avec des pulsations dont le débit symétrique sert de lit à
une étonnante faune éclectique dont la symbiose des éléments en place fini par forger un étrange hymne
hallucinogène. Sauf que "The Dispersed Expectance" a autre chose à offrir! Une finale hallucinante où les
ombres des pulsations prennent une autre teinte et s'écoulent comme dans un compte-gouttes percé alors que
la faune bruiteuse aux coloris multi sonique engouffre ce rythme dans un savoureux tintamarre ambiant.
"Wordless Arcanum" se détache un peu des deux premières structures en offrant un tempo accéléré. On dirait
des ventouses qui cherchent à manger tellement les battements sont vifs, affamés. Rapides et toujours
inassouvis, ces battements sont aussi tempétueux que la faune sonique qui les harcèlent. Étrange et fascinant,
ce titre trouve son attrait dans son enveloppe évanescente. On ne rêve pas lorsque nos oreilles croisent les
pépiements des oiseaux qui charment l'ouverture de "Dissolved Heaven" dont les réminiscences de la
pièce-titre de Circo Divino nous titillent l'écoute. Les lignes de synthé, même les drones de Alio Die, sont
diaphanes et on peut même entendre des accords solitaires qui irradient une réconfortante chaleur ambiante.
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Des coups de sabots tracent la randonnée solitaire d'un cowboy dans une plaine où une flopée de tonalités
aussi organiques qu'hétéroclites sont en symbiose avec les couleurs d'un ciel sonique dont les radiations
écarlates agitent le mouvement de grosses cloches. J'ai comme la vague impression d'entendre du Wollo dans
un environnement sombre. "Fragile Imagery" est un beau titre ambiant, orné de cliquetis organiques, qui est
très près des territoires méditatifs de Steve Roach avec de belles lignes de synthé qui échappent des filets de
voix spectrales, alors que "Where We Are Not" est un suave down-tempo construit avec de sourdes pulsations
qui palpitent dans un glauque univers industriel. "Roundabout Mirages" conclut cette 2ième collaboration Alio
Die et Parallel Worlds avec une structure ambiante et sombre où les chevrotements des riffs et des cerceaux
soniques tracent un délicat rythme finement hachuré. Un rythme ambiant qui étend ses saccades dans un
séduisant univers organique où les jacassements incessant des insectes irradient des moments d'angoisse
que des lignes de synthé, très musicales, enferment encore dans un univers rempli des parfums de Steve
Roach.
Malgré une faune sonique rempli de mille richesses, le monde de Parallel Worlds reste toujours aussi fermé.
Libérée en seulement une édition de 300 CD, l'approche méditative gothique de “Elusive Metaphor” respire la
séduction, même si résolument elle s'adresse à un auditoire restreint. Alio Die et Parallel Worlds ont réussi ce
pari de ne pas se répéter dans un genre qui offre peu de possibilités de fuir la redondance, à moins d'oser. De
transcender les frontières qui délimitent l'effroi de la poésie. Et c'est tout le charme de “Elusive Metaphor”. Le
duo réussit à merveille à combiner les deux extrêmes pour sculpter les chemins d'un territoire qui a encore tant
à offrir. C'est beau, bien fait et absolument envoûtant. tant entre les deux oreilles qu'entre les quatre murs.
Note : 4/6
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Perceptual Defence : Time Lines
Chronique réalisée par Phaedream
Graphiste sonore et concepteur de musique pour une chorégraphie des rêves, Gabriele Quirici a amassé au fil
des 5 dernières années une foule de pensées soniques inspirées par des moments émotifs. Derrière des
séquenceurs et des arpégiateurs, il s'est amusé a composé des courtes pièces de musique. Des boucles
rythmiques qui épousaient la forme de ses émotions. “Time Lines” est le fruit de ces coups d'émotivité
instantanés. Initialement, ces réflexions très personnelles devaient trouver refuge sur un double album qui
aurait inclut en totalité la musique de Perceptual Defence. Mais après mûres introspections, Gabriele Quirici
décida plutôt de scinder l'album en deux parties. Le CD 1, intitulé Personal Time, serait très introspectif, alors
que le CD 2 offrirait la possibilité à certains de ses amis musiciens de composer à travers ces boucles de
rythme une musique qui leur serait plus personnelle. Le résultat est aussi étrange et éclectique que fascinant.
Car au-delà des apparences de rythmes muent par des élans d'arpèges plutôt complexes, l'ombre de Perceptual
Defence veille au grain sur cette incursion du synthésiste Italien dans les sculptures soniques du New Berlin
School et s'assure que “Time Lines” reste sous le giron des œuvres à saveurs sombres et expérimentales de
Perceptual Defence.
Des lignes de synthé chantant comme des baleines interstellaires accueillent le fragile rythme de "Dreaming
Time" dont la course des arpèges dessine un lent mouvement de va et vient. Ce mouvement ascendant devient
plus fluide, moins statique, échappant même des ombres, certaines plus limpides, qui palpitent d'une façon
plus libertine sous un ciel bariolé de lignes musicales devenues maintenant plus sibyllines. "Time Travelers"
dissipe ces nuances entre les chants des synthés avec un rythme violent qui volète comme les ailes d'un
goéland pris dans la tourmente des vents du Pacifique. Des vents qui parfois mugissent avec de sombres élans
métallisés, déstabilisant la course des arpèges qui se démènent frénétiquement dans un agile ballet statique.
Toujours dans une membrane de ritournelle rythmique stationnaire, la pièce-titre offre une approche plus fluide
où deux lignes de rythmes harmoniques, l'une au débit très accéléré et l'autre à la démarche plus dandinante,
entrecroisent leurs airs minimalistes sous les brises d'un synthé aux agressifs solos torsadés. Malgré la
vélocité des arpèges et le charme de leurs cadences parfois déstabilisantes, les rythmes qui creusent pourtant
un écart entre l'approche très ambiosphérique de Gabriele Quirici et le modèle de rythmes séquencés de la
Berlin School restent somme toute assez ambiant. Peu importe les formes, sauf pour le superbe "Meditative
Times" dont le décor sonique rappelle celui de Software dans Electronic Universe. Ici le rythme fini par
imploser avec des ions qui palpitent en tout sens, tambourinant une cadence plutôt abstraite qui éveille les
tapements des pieds. On croirait définitivement entendre un titre égaré dans les voutes de Software. C'est très
bon, comme "Hypnotic Lines" qui adopte aussi cette approche ambio-cosmique avec des ions qui se suivent à
la queuleuleu, ajustant leurs battements papillonnés dans de splendides corridors remplis de poussières
d'étoiles. "Walking Time" offre un rythme plus délicat, toujours aussi harmonique, avec des arpèges qui
sautillent dans un enchevêtrement de lignes de synthé bourrées de pépiements, de boucles rythmiques, de
brume cosmique et de voix éthérées. La finale pousse "Walking Time" dans des corridors plus
psychotroniques avec des arpèges rageurs. "Child Time" est une délicate berceuse électronique avec des ions
qui sculptent d'amples oscillations, échappant au passage d'autres ions qui tentent de suivre le pas. Le
mouvement est aussi onirique que délicat avec de délicates structures de rythmes ambiants entrecroisés qui se
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lovent les uns les autres dans un beau voile mélancolique. C'est très beau! Plus on avance dans la section
Personal Time et plus Perceptual Defence offre des douceurs. Même avec ses séquences qui balbutient dans
une approche un peu plus saccadée, le rythme de "The Circular Sound (Healing Time)" projette une
enveloppante aura de sérénité. Les ions font contraste avec les lentes larmes de synthé qui emmitouflent un
débit, très musical d'ailleurs, qui cherche constamment à déborder. Composé par un après-midi de grande
tristesse le jour suivant le décès de Oophoi (Gianluigi Gasparetti), "Saluto ad una persona importante (Sad
Time) " offre une structure sans rythme et méditative qui sied bien les ambiances du moment.
Qui se ressemble s'assemble! Cela ne peut pas être plus vrai que sur le 2ième CD de “Time Lines”, Friends
Time Lines, où la musique de Gabriele Quirici trouve preneur auprès des audaces de ses amis. Disons que c'est
assez éclectique et qu'il faut être curieux. Nous sommes résolument dans les terres de la MÉ ambiante et
abstraite de Perceptual Defence. Composé avec Syndromeda, la tempête d'oscillations qui pousse "Inner Space
Time" aux confins d'un cosmos peu accueillant est dans la même veine que les tempêtes cosmiques de Fear of
the Emptiness Space. Je ne connais pas la musique de Waveman (John Valk) mais j'ai bien aimé l'ambigüité de
la structure de rythme ambiant de "Friends Time" qui déroule sa série d'arpèges dans un canevas de rythmes
parasitaires et dans des nappes cathédralesques. C'est plein de carillons et le mouvement de séquences en
arrière-plan qui hante l'oreille est très beau. Une belle surprise, alors que le rythme lourd et stationnaire, trappé
dans des nappes de synthé et des hurlements de guitare, de "Metaphysical Time" va écorcher des oreilles
frileuses. Les miennes ont souffert! Et ça ne se replace pas avec "Ricochet Time Lines" et ses multiples
oscillations qui ondulent dans un lourd canevas ambiant orné de tonalités très expérimentales. J'aime bien par
contre les furieuses boucles oscillatrices de "Subway Time to Castro Pretorio Station" qui sculptent vraiment le
parcours d'un train dans un paysage électronique très bariolée. "Silence Time" est le plus beau moment de cet
album où Alluste nous amène littéralement dans les terres du vieux Berlin School. C'est beau et très poétique ,
comme "Child Time", et l'empreinte d'Alluste est omniprésente. Le rythme est délicat, magnétique et suit une
belle tangente hypnotique avec des ombres complices sous un beau ciel cosmique électronique. "Cosmic
Time", avec Pharamond, est plus audacieux. Après une intro très ambiosphérique qui est nouée dans des
ondes grésillantes et des chants de flûte, les séquences s'échappent en de vives pulsations qui bouffent leurs
ombres, créant une structure de rythme affamée et indisciplinée qui finalement converge en un beau Berlin
School qui est trop court. "Rainy Time" offre une autre structure de rythme lourd et noir qui emprisonne sa
fureur dans des longs corridors ambiants. Les oscillations roulent contre les couches de synthé qui valsent à
contrecourant. Le titre mérite à être connu afin d'y apprécier toutes ses nuances. C'est du Brückner! Donc ça
mérite que l'on jette une oreille attentive car la musique est toujours en mode évolutive et ça fini avec de belles
ondulations aux parfums tant océanique qu'ésotérique. "Reflection Time" cache son rythme lent et pensif,
comme la marche d'un penseur, dans un torrent de souffles noirs aux ombres torsadées très patibulaires.
J'aime l'écho des claquettes qui donne une profondeur envoûtante au rythme. La voix d'Antara Annamarie Borg
porte les ambiances sombres et quasiment apocalyptiques de "Moments Frail" hors des limites de “Time
Lines”, concluant ainsi un album très polyvalent où les moments pensifs de Gabriele Quirici ont vu le jour
sonique derrière de belles figures de séquences et d'arpèges.
Lorsque l'on regarde cela de plus près, “Time Lines” est une œuvre colossale à la mesure des inspirations de
Gabriele Quirici. Contrairement à l'enveloppe sonique de son projet Perceptual Defence, le synthésiste Italien
développe ici une série de rythmes, pour la plupart ambiant, qui s'adaptent à toutes formes d'écoutes. Les
approches du New Berlin School et du Vintage fusionnent dans des enveloppes tant éthérées que cosmiques,
alliant du Software à du Schulze sans renier Tangerine Dream, je pense ici aux collaborations de REWO et
Pharamond. Donc, il y a de tout pour tous les goûts et les quelques longueurs passent assez bien si on veut
vraiment plonger dans les sphères expérimentales de Perceptual Defence. Il y a de très beaux moments dans
cet album qui est une véritable démystification de l'arpégiateur.
Note : 4/6
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PHROZENLIGHT : Black Week
Chronique réalisée par Phaedream
Bert Hulshoff est l'un de ces exemples de musicien penseur qui met sur musique tous les fruits de ses
émotions. Ainsi, le plus que très prolifique artiste Hollandais a réaliser près d'une centaine d'albums, pour la
plupart en format téléchargeable, depuis que The Beginning a atterit dans les bacs en 2000. Composé, joué et
enregistré seulement quelque jours après la mort du maintenant légendaire Edgar Froese, “Black Week” est
déjà son 5ième album en Janvier 2015 seulement. Il présente 5 longs fleuves soniques d'une durée moyenne de
23 minutes qui sont tous mijotés sur le principe de l'improvisation, présentant une MÉ très imbibée des
ambiances d'un Klaus Schulze, de Tangerine Dream et Edgar Froese alors au sommet de leurs années
expérimentales.
Les lentes nappes aux contours soniques rayonnant de tonalités électrostatiques éclaircissent à peine les
sombres corridors ambiants qui étouffent l'introduction de "Dropout Time". Alors qu'un filament translucide
s'échappe des ces nappes angoissantes, un rythme pulsant comme une ventouse interstellaire fait palpiter ses
ions dans un furieux pattern ondulatoire minimaliste. C'est du gros rock cosmique des années vintages. Et
c'est pas mal beaucoup ce qui attendent les oreilles qui partent à la découverte de cet album hommage en
hommage à Edgar Froese de Phrozenlight. Monte et descend, comme un train fou qui n'a aucune peur du
déraillement, le rythme incendiaire de "Dropout Time" maintient sa cadence infernale, en s'alliant au passage
de sporadiques cliquetis, en ondulant frénétiquement dans de délicieuses nappes de synthé aux arômes de
vieux orgue, dont les ombres secouent des gazouillis électroniques, et dans ces délicieux gaz d'éther avec ces
fragrances psychédéliques qui meublaient nos enceintes acoustiques dans les années Picture Music de Klaus
Schulze. "Just an Sequence" s'accroche à nos oreilles tout de go avec un rythme, toujours pulsatoire,
nettement plus vif. Les oscillations dansent furieusement en parallèle avec des échos de percussions gazées à
l'iode dont les tintements virevoltent dans une structure qui par moments rappellent un Stratosfear vitaminé par
des stéroïdes électroniques et dont les folles pulsations échappent des ombres qui tentent de s'accrocher à
une rythmique qui fini par gargouiller comme un gros ventre affamé de pulsations. Essoufflée, la structure finie
par papillonner sur place, offrant des variantes qui allient une phase de rythme stationnaire à des ambiances
patibulaires d'où naissent de vives oscillations d'arpèges résonnants. Avec sa structure de rythme arquée sur
un maillage de séquences en formes de pépiements, de pulsations et de gargouillis organiques ainsi que des
cymbales électroniques, "Trying to let my Mind Explode into Oblivion" n'est pas vraiment pour toutes les
oreilles. C'est un long pattern minimaliste qui égare les incessant jacassements de ses pulsations et où les
synthés expérimentent un langage électronique très expérimentale sur un mouvement qui présente des
variantes ambiosphériques aussi séduisant, sa finale, que tintamarresque, son passage dans le néant. Faut être
dans la tête de Phrozenlight pour comprendre. Et par moments, nous sommes très proche. "Changing
Addresses" fait référence à la fameuse citation d'Edgar Froese; «On ne meurt pas, on ne fait que changer
d'adresse cosmique». L'intro est très planante avec des lignes de synthé qui valsent avec une approche
sédative et aussi très ésotérique avec des prismes qui scintillent dans une ambiance somme toute assez
sombre. Le rythme sort de sa matrice ambiante vers la 5ième minute, exploitant les mêmes fureurs
minimalistes que l'on retrouve dans “Black Week”, notamment sur "Dropout Time", mais avec plus de nuance
dans sa vélocité qui reste tout de même relativement sereine. Une sérénité qui se sent encore plus sur "Dark
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Week Passed", même si la finale ressuscite ces violentes tempêtes de pulsations organiques et leurs
mouvements stationnaires qui secoueront les temples de vos haut-parleurs et feront bondir le marteau de vos
tympans.
“Black Week” vise les fans de la première heure de la MÉ où tout était fait par instinct, en fonction des
découvertes et des possibilités des synthétiseurs et de leurs boucles oscillatrices qui pouvaient forger des
rythmes qu'aucune batterie ne pouvait suivre. De cette époque où les frénétiques rythmes pulsatoires se
nourrissaient de ces ambiances que seuls les équipements analogues pouvaient dissiper. sauf qu'écouter les 2
heures de “Black Week” en un trait s'avère être un exercice qui prouve que la tolérance peut avoir ses limites.
Si les 5 structures offrent de bons moments, elles offrent aussi de bonnes longueurs. La découverte est plus
séduisante si on déguste l'album pièce par pièce, au fil d'une semaine. C'est ce que j'ai fait. Et j'ai été étonné de
vouloir entendre la suivante. Sauf que là, le pattern de la redondance efface le charme. Donc, une à la fois!
Ainsi on appréciera cet hommage à Edgar Froese. À ses premiers regards sur un art qui fleurira grâce à sa
curiosité, sa persévérance et surtout son immense talent à mettre en musique sa vision Daliesque de l'art.
Note : 4/6
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NATTEFROST : Homeland
Chronique réalisée par Phaedream
Nattefrost est un digne représentant de la Scandinave. Chaque album, mis à part Futurized, est inspiré des
contes et légendes de cet immense territoire qui fut le berceau des mythiques Vikings. “Homeland” ne fait pas
exception! Délaissant cette approche très sci-fi de Futurized, Bjorn Jeppesen revient à ses premières amours
en signant un album qui est une délicieuse fusion entre l'approche symphonique et cinématographique, "At
War", de From Distant Times et ses hymnes électroniques, "Divine Light", qui accrochent tout de suite
l'attention et qui ont fait les délices de ses premiers albums. Le résultat est étonnant. En fait Nattefrost présente
son plus bel album. De la première minute aux dernières secondes de "Homeland", Nattefrost instaure un
crescendo qui donne des frissons. Tants aux émotions que dans le dos! C'est un des joyaux de 2014 qui a failli
me passer sous le nez. Comme un peu partout sur la planète musique, Nattefrost, qui est très populaire dans
son Copenhague, présentait “Homeland” dans une édition limitée de 500 albums en vinyle de 180 grammes
produit par le label Sireena Records. Épuisé dans ce format, “Homeland” réapparait sous forme de CD
manufacturé sur le label de Nattefrost.
Les vents froids des plaines Scandinaves balaient les horizons de "The Golden Age", soufflant des nuées de
poussières de roche qui fragmentent les harmonies évanescentes des lignes de synthé ondulatoires. Court
mais efficace, "The Golden Age" étend les éléments dramatiques de “Homeland” avec des accords sombres et
résonnants qui laissent une empreinte de mystère. Guère plus long, "Dance of the Elves" se love au fond de
nos tympans avec de superbes arpèges mélodieux qui tracent les lignes d'une mélodie aussi virginale que
diabolique où chaque note qui tombent dansent avec des ombres douteuses et des pulsations linéaires dont
les rapides battements étendent tout de même une structure de rythme ambiant. Le contrepoids entre la
lumière et les ténèbres, le chaud et le froid, est criant de réalité. Tout doucement et innocemment les charmes
de “Homeland” étendent leurs emprises. D'étranges souffles noirs injectent des ambiances brumeuses. Ils
accompagnent le vif mouvement des pulsations ondulatoires de "Norse". La structure, avec une mélodie qui
fait tinter ses arpèges résonnant de limpidité, et l'approche furtive d'un rythme tambourinée par des séquences
basses, comme une marche de guerre en accélérée, reprend ici un peu le modèle de "Dance of the Elves", mais
dans un contexte nettement plus élaboré et avec une structure de rythme qui offre de belles oscillations
bourrées de variantes. La course s'achève dans une atmosphère très cinématographique avec un long passage
ambiosphérique qui tronque les 3 dernières minutes d'un rythme hypnotisant comme une fête qui précède une
guerre. Les nuances dans "Norse" sont époustouflantes et témoignent de cette maturité qui a saisi dans la
signature de Bjorn Jeppesen depuis From Distant Times avec Matzumi. Chaque album de Nattefrost amène son
titre accrocheur. On aurait pensé à "Norse" ou le babylonnesque "At War". Mais non, la palme revient à "Divine
Light" et à son rythme très entraînant qui doit d'abord et avant tout s'extraire d'un magma de lignes de synthé
dont les enchevêtrements aussi embourbés que les tonalités gargouillantes se font matraquer par les
roulements des percussions timbales. La combustion de ce mouvement statique crache des arches de feu dont
les radiations forgent le lit d'un rythme que des séquences basses soutirent de son environnement statique afin
de coucher un rythme fluide qui galope dans des frappes de percussions très entraînantes. De l'IDM mélodique,
le rythme de "Divine Light" s'offre des parures harmoniques avec des lignes d'arpèges qui défilent ou encore
qui chantonnent dans des bancs de brumes éthérées et des éléments ambiosphériques qui donnent au titre
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une séduisante profondeur onirique. ça va devenir un des bons titres du répertoire de Bjorn Jeppesen. "At
War" est titanesque. Entraînant et lourd, c'est intensément orchestral. Et l'illusion de voir une armée d'ignobles
gnomes traverser le champs de nos visions est absolument superbe. Les roulements des grosses caisses, les
lamentations des vaincus, les enveloppes philarmoniques et les râlements des bêtes de guerre sont rendu avec
une extrême précision.
Avec la pièce-titre, Nattefrost sort de sa zone de confort en offrant un long titre d'une vingtaine de minutes, un
pari dont la dernière tentative remonte à The Road to Asgard en 2004, qui offre une belle évolution ainsi que de
subtiles variances dans les tons et les couleurs harmoniques teintées d'effets dramatiques. Les ambiances
cinématographiques sont toujours présentent avec des vagues et des vents qui semblent souffler sur un
champ d'une bataille qui a connu sa tragique fin sur les bords d'un rivage Scandinave. Des effets émouvants
ponctuent cette introduction avec des vents sombres, des coups de percussions et des gazouillis
électroniques. Un rythme s'élève. Arqué sur des séquences basses, il vacille comme une âme perdue avant de
s'accrocher à une structure solidifiée par ces percussions dont les tonalités si différentes font parties des
richesses de “Homeland”. Le synthé déploie des bribes d'harmonies aussi évanescentes qu'inachevées, alors
que le rythme de "Homeland" suit un parcours plus soutenu. C'est teintées de parfums organiques et les
séquences iridescentes dansent avec leurs doubles, donnant ainsi une structure de rythme qui bouillonne dans
une enveloppe multidimensionnelle et laissant aux pulsations et aux percussions la direction d'un rythme qui
s'orne de fines nuances afin d'éviter les pièges de la redondance. Et c'est réussi! Très électronique, entre le
Berlin School tant vintage que contemporain et une forme de IDM aux élans empreint de retenues, la structure
de "Homeland" offre des variances et des phases de saccades ici et là qui rehaussent l'effet de charme. Le jeu
des séquences est très bon. Et lorsqu'il devient sobre, les ambiances, toujours assez sombres, rehaussent
l'approche de ce long titre dont la perpétuelle évolution vers des terres plus ambiosphériques passe dans
l'oreille comme une lettre à la poste. C'est très bien fait et ce long titre, orné de beaux arrangements et de bons
rebondissements, démontre la maitrise de Bjorn Jeppesen, tant sur son histoire que la façon dont il s'est pris
pour la mettre en musique. Et ça conclut un très bel album. Un album étonnant même, si on considère son
approche très Berlin School et ce petit côté très accessible unique à la musique de Nattefrost. En fait, le style
Berlin School n'aura jamais été aussi accessible qu'avec ce “Homeland”. Très recommandable!
Note : 5/6
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NECROPHAGIA : Whiteworm cathedral
Chronique réalisée par Nicko
Plus de 3 ans après le très bon "Deathtrip 69", Necrophagia est de retour avec un "Whiteworm cathedral"
vraiment très intéressant lui aussi. Pour faire très simple, rapide et concis, quand je lis la chronique que j'ai
faite à l'époque du précédent album, je me dis qu'on peut tout à fait remplacer "Deathtrip 69" par "Whiteworm
cathedral" et on a la chronique de ce dernier album ! On a un album très homogène et très bien inspiré. Les
fans de Killjoy devraient apprécier sans problème. Niveau line-up, la base rythmique reste inchangée, on peut
juste noter l'arrivée de deux nouveaux guitaristes, Scrimm et Abigail Lee Nero, tous deux inconnus au bataillon,
mais surtout ce qui est un véritable plus dans Necrophagia est le retour de Mirai Kuwashima, au tout dernier
moment (il n'est d'ailleurs pas présent dans les photos du groupe), derrière les claviers. Si on doit décrire
l'évolution depuis "Deathtrip 69", je dirais que l'album est dans l'ensemble moins speed et joue plus dans
l'ambiance bien horrifique, qui a toujours fait la particularité de Necrophagia. Le retour de Mirai n'y est pas pour
rien (c'est quand même lui le principal responsable du succès de "The divine art of torture") et faut bien
l'admettre, Necrophagia continue d'être une sacrée référence dans cette frange death/thrash horrifique. Les
compositions sont vraiment bonnes, je ne m'ennuie pas une seule seconde. Je ne peux que conseiller aux fans
de films d'horreur de jeter une oreille à cet album (et à ce groupe) tant rarement on a aussi bien représenté en
musique l'univers des films d'horreur. On a une bonne osmose entre les riffs death metal poisseux et
l'atmosphère malsaine et noire qu'on peut retrouver dans les films d'horreur des années 70 et 80. Encore une
fois Killjoy réussit à sortir un très bon disque. La très bonne surprise de cette fin d'année 2014.
Note : 4/6
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Babe Ruth : First base
Chronique réalisée par Nicko
Là, je vais vous parler d'un groupe vraiment obscur et oublié des années 70. Babe Ruth, référence au plus
grand joueur de base-ball de l'histoire, nous vient de Grande-Bretagne et joue du rock progressif groovy, jazzy,
avec quelques accents soul. Pour être honnête, si j'ai entendu parler de ce groupe, c'est via l'album de reprises
d'Helloween, "Metal jukebox", qui contient une version survitaminée d'un morceau de ce disque. J'y
reviendrai... "First base" représente leur premier album. Seulement 6 morceaux au programme, mais tous les
titres dépassent allègrement les 5 minutes. Le chant est aussi assez particulier, Janita manque de coffre, mais à
l'image de Janis Joplin, elle force pas mal sur son organe donnant plus de puissance et d'énergie à l'ensemble.
Ce qui m'a très agréablement plu, c'est la diversité des styles présentés. On a déjà un titre très dansant, pas
loin du disco, "Wells Fargo". Et puis, dès "The runaways", on a droit à un titre tout calme, proche des débuts de
King Crimson dans le genre d'"I talk to the wind" avec une belle petite montée en puissance très bien réalisée.
La suite du disque propose une très belle reprise de Frank Zappa, "King Kong". Le titre est bien enlevé avec
des leads, des solos de guitares et des duos guitare/piano très intéressants. Contrairement à ce qu'on pourrait
penser de prime abord, "Black dog" n'a rien à voir avec le titre de Led Zeppelin. Il s'agit ici d'une reprise de
Jesse Winchester, dans un style rock assez psychédélique, assez rapide, très sympa aussi. Mais il faut bien
dire que la pièce maîtresse de l'album se situe au niveau de "The Mexican", le fameux titre repris plus tard par
Helloween et qui m'a permis de connaître le groupe. Là, pour le coup, le morceau est très énergique et bien
rythmé avec l'intégration au milieu du morceau d'un duo guitare/piano électrique reprenant le thème du film "Et
pour quelques dollars de plus" composé par Ennio Morricone. Même si le procédé peut paraître un peu trop
cliché, un poil too much, il faut vraiment avouer que l'intégration du thème est admirablement bien réalisée et le
morceau est une réussite totale, vraiment impressionnante. Pour finir, "Joker" est plus lourd que les autres
avec un guitare très typée hard rock avec quelques pointes bluesy. Il lui manque juste une rythmique plus
rapide, cela aurait donné un titre proche d'Uriah Heep. Une bonne manière de finir l'album en tout cas. Aussi, ce
qui fait la réussite complète de cet album au-delà même de sa construction et de la qualité de ses
compositions, c'est le souci du détail dans l'orchestration et dans les arrangements. La plus-value des
violoncelles, du saxophone et des percussions, joués par des musiciens de session, est indéniable. Ces ajouts
sont relativement discrets et surtout judicieux et ils permettent à l'ensemble de l'album de sonner plus juste.
Tous ces éléments donnent toute sa personnalité à l'album. Alors même si le groupe n'a jamais eu le succès ni
la reconnaissance qu'il méritait, ce premier album est une grande réussite qu'il serait vraiment dommage de
louper. Fans de progressif, de rock 70's et de Zappa, n'hésitez pas à jeter une oreille sur ce disque !
Note : 5/6
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Accept : Staying a life
Chronique réalisée par Nicko
Et voilà, alors que le groupe s'est séparé à la fin des années 80 - l'un des plus gros gâchis de l'époque - les
membres décident de sortir un double-live posthume, enregistré pendant la tournée suivant "Metal heart",
autant dire à l'apogée de leur carrière. Et quand on écoute ce live, on se demande bien pourquoi ils ne l'ont pas
sorti à l'époque ! Ce "Staying a life", c'est la quintessence du metal teuton de base. Des riffs destructeur, une
rage complète, de la puissance, de la sueur, des solos de guitares acérées, un Udo en mode chien méchant
(visez-moi cette pochette !!). Bref, tout est réuni ici pour un live mortel. C'est bien simple, on a là un best of du
groupe (en omettant leur début de carrière trop soft) débutant avec leur troisième album, "Breaker". La set-list
est excellente, alliant autant les brûlots metal bien speed avec les titres plus pesants et mid-tempos mais qui
possèdent une noirceur impénétrable ! C'est facile, l’enchaînement des titres est imparable, QUE des hits, le
genre de disque qui te donne la patate, un Udo prêt à la guerre, ses vocaux sont tout simplement déments,
rageux, rocailleux avec des cris inhumains et une grosse puissance. Le SEUL regret ici, est d'avoir une version
courte de "Restless and wild" qui s'arrête avant le magnifique pont (là, sérieux, c'est presque un crime d'avoir
fait cette version !!). Pour le reste, c'est pas dur, c'est du live brut de décoffrage heavy metal années 80. Le
groupe privilégie la puissance brut au côté mélodique qui est ici un peu en retrait - le seul défaut se situerait
d'ailleurs dans la mise en retrait de la guitare solo par rapport à la rythmique, mais le résultat est quand même
super convaincant. C'est quand même triste au final de voir une telle qualité musicale pour un groupe qui vient
de se séparer. C'est certainement ce que beaucoup de monde a dû penser parce que cette sortie sera
finalement le début d'une renaissance pour le groupe qui finira par se reformer en 1992, pour le plus grand
bonheur de tous ! Le prochain rendez-vous est pris pour 1993 avec le successeur d'"Eat the heat", à savoir
"Objection overruled"...
Note : 5/6
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Prayers : Gothic Summer
Chronique réalisée par Twilight
Débarqué enfant de son Mexique natal à San Diego, c’est au cours de son adolescence que Rafael Reyes rejoint
le gang des Sherman Grant Hill Park 27 afin de protéger son père (avec lequel il gérera le premier restaurant
végétarien/vegan mexicain durant près de dix-huit ans avant de revendre l’affaire au frangin suite au décès du
paternel). Après une peine de prison en 2010 pour récidive de violence, il écrit un livre qu’il promeut avec une
tournée à sa sortie. Il se met également à la peinture, la sculpture, expose. Boulimique créatif, il s’intéresse à la
musique dès 2011 et c’est là que nos routes musicales se croisent car notre homme se réclame d’un style qu’il
a plus ou moins inventé, le ‘cholo-goth’. Si Rafael, en bon ‘gansta’ (enfin, plus depuis ses dix-huit ans) est
tatoué des pieds à la tête, musclé et fier de ses origines, il a également vu des groupes goths à la télévision et
leur imagerie, leur approche mystique, macabre, des choses l’ont titillé. Alors lui, le Latino des bas quartiers,
décide de se vernir les ongles en noir, de porter du maquillage, se promène une croix à l’oreille; il veut casser
les barrières des genres. Plutôt que de s’exprimer par le rap (comme le voudrait tout bon cliché du ghetto), il
opte pour une musique synthétique, version sombre des Pet Shop Boys mêlée de touches new wave froide sur
laquelle il pose de sa voix plaintive et désespérée ses paroles évoquant la lutte quotidienne contre ses démons,
son passé, la violence urbaine, ses questionnements spirituels. En effet, si la musique de son compère David
Parley (sorte de Raspoutine made in Tijuana) est plaisante, elle n’en demeure pas moins assez générique. La
touche réellement séduisante, à mon sens, demeure cette voix si particulière, à des kilomètres de la mâle
assurance que l’on attendrait d’un ancien membre de gang. Cette tristesse plaintive permet à Prayers de mêler
les paroles très sombres de Rafael avec un option plus dansante mais jamais totalement sécurisante. Après
avoir sorti un premier LP, le duo ouvrira pour The Cult avant de sortir ce mini digital dont le morceau phare
évoque la violence accrue entre bandes rivales durant les chaleurs de l’été californien, avec des éléments
autobiographiques (la balafre due à une lame dans le visage)… Franchement réfractaire au départ (même si
intrigué) puisque la culture goth n’est pas simplement liée à des images de tombes, de maquillage blafard et n’a
rien en commun avec la violence des ghettos, j’ai fini par me laisser séduire. D’autant que Rafael a également
crée une structure pour aider les ex-gangsters à s’en sortir via la musique, ce qui le rend nettement plus
sympathique… Ce mini est frais, s’écoute tout seul, avec la touche pas joyeuse réglementaire; ça fait du bien
d’échapper aux traditionnels clichés rap du ghetto pour une fois…
Note : 4/6
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The Devil's Blood : III: Tabula Rasa or Death and the Seven Pillars
Chronique réalisée par Rastignac
2015, ça fait 2 plus zéro plus un plus cinq, ce qui nous 8. 8, le chiffre de... euh, je ne sais plus. C'est ça l'occulte
! Je ne me souviens jamais vraiment ce que veut dire ce qui est caché, c'est bien expliqué dans un manuel, je
lis ça un jour mais je n'imprime pas. Bref, il fut un temps dans les années 2010 où le doom heavy occulte à
sorcière (il est pas beau mon genre, hein ?) eut vraiment le vent en poupe : Jex Thoth, Blood Ceremony,
Windhand, etc. ... un peu comme dans les années 90 où la pop déglinguée à sorci... à chanteuse cartonnait. On
en fait des raccourcis pour en arriver à ce foutu bel album à chanteu... à sorcière ! Tout ici respire la drogue et
la mort, Taram, et le chaudron magique. Il faut tout de suite parler de la vocaliste très jarboesque, ce qui ravira
les fans de Swans ne se retrouvant plus dans sa formule actuelle 100% poils d'ours, mais aussi très heavy
metal, ce qui ravira les adorateurs d'équivalents féminins du Bruce ou du Ronnie James... je souligne vraiment
la présence de Farida Lemouchi (soeur du compositeur principal du groupe) parce que sa voix prend parfois
beaucoup de place dans les oreilles, que les misogynes prennent note. L'album commence par un morceau de
20 minutes, ce qui ne déplaira pas non plus aux fans des Swans dernière période, la boucle est bouclée Obiwan
Kenobi, l'entente générale se produira, le ciel sera plus beau, les éclairs plus bleus, hurrah. La pochette toute
cartonnée fait la part belle et la part Dieu à la toute puissance de l'oignon cosmique alias le pavot blanc, source
déglinguée de toutes les solutions et de tous les problèmes, car comme le dirait notre vieux William S., "il n'y a
aucune raison de devenir un junkie". Alors, pourquoi vous poser des questions et vous retenir d'écouter cet
album de Devil's Blood ? Bon, ok, pour ceux qui sont à jeun, je vais donner deux / trois arguments : onirisme
assumé tout teinté d'angoisse, chansons accrocheuses et nauséeuses à la fois, originalité dans la scène
psychédélico-doom - ce qui n'est pas une mince affaire -, sensation que les gens ici ne trichent pas, ne miment
pas le sentiment de possession et de dérèglement interne intense, ce truc qui manque à tellement de groupes
du genre... mais aussi précision de la composition, caractère hanté des vocaux, féminins mais aussi parfois
masculins. Bon, ceci est un beau disque, triste, plein de guitare légère et flippante, bizarre, possédé, clairement
malsain à force, sentant le vomi post-rituel, gavé de substances du malin, de trucs à rush, de machins à lutins
violets qui vous houspillent et vous rendent irrémédiablement différent aux yeux des autres et à Celui qui vous
regarde toute la journée, toute la nuit, celui qui vous gratte le dos quand vous n'arrivez pas à dormir, celui qui
vous espionne quand vous sortez de chez vous. On a aussi comme un fumet funèbre qui monte au nez quand
on sait que le groupe fut brutalement arrêté par son créateur en 2013 peu de temps avant la sortie de l'album
chroniqué, laquelle tête pensante s'en ira de ce monde en 2014 dans des circonstances qui, encore heureux, ne
nous regardent pas. Ce point final est, en somme, juste un bon disque de bonne musique, original malgré cette
incrustation dans une scène un tantinet radoteuse, prenant comme une odeur persistante, entêtant comme une
douleur enracinée.
Note : 4/6
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DESTRUCTION : Release from Agony
Chronique réalisée par Rastignac
Destruction, groupe allemand, si allemand qu'on l'a regroupé autour d'un big Four, voire big Three plus Un
diront les mauvaises langues. Big 3/4 de quoi ? Ben du thrash teuton bien sûr ! Le big four, avec Tankard (le
"plus un"), Kreator et Sodom. Et Destruction. Alors, comment pourrait-on différencier ce groupe des autres ?
Parce qu'on sait très bien que c'est un truc de journalistes pour faire des couv' sensass' ces truc de big, y a
quand même une grosse différence entre Anthrax et Slayer dans l'équivalent américain par exemple... Ben je
dirais que la grosse différence commence à s'entendre sur cet album. Déjà, il décroche la timbale de la
couverture la plus, euh... comment dire... années 80 ? Thrash ? Thrash des années 80 ? Très naïvo-gore, avec
un peu de Pushead dans le côté sang+bandages, un peu de bizarrerie dans l'illustration de la souffrance de la
vie sous les traits très BD d'un des monstres du film le "Labyrinthe de Pan" - les yeux dans les mains... Derrière
le disque, le groupe pose - le mot est faible - comme une bande de chevaliers du metal tout en cuir, montrant
bien haut leurs instruments respectifs, un peu comme dans un catalogue d'instruments de musique. Et la
musique alors ? Ben, c'est du thrash, mais pas vraiment celui que j'avais pu entendre de ce groupe dans leurs
disques précédents, beaucoup plus "technique", traduction : ressemblant plus à du Coroner qu'à du Venom...
Ces compositions complexes me perdent donc parfois, et je me retrouve coincé entre trois morceaux et demi
de branlettes de manche... mais elles dégagent quand même une aura de bizarrerie glauque, comme lorsqu'on
regarde longtemps la pochette de cet album - essayez, vous verrez, c'est super. Les réceptions et écoutes de ce
disque sont en fait variées chez moi : l'agacement éprouvé en écoutant la voix particulièrement grinçante du
chanteur se transforme parfois en kif pur tellement elle parait goguenarde ; la fatigue subie par ces
enchainements de riffs incessants laissant parfois le batteur en queue du peloton mute en headbanguing
mollasson et décadent ; enfin, cette envie de comparer ce disque avec autre chose de l'époque (Sodom ?)
laisse place à une écoute attentive de ce son laissant à l'auditeur le loisir de bien découper en rondelles tous
les instruments du groupe. Je me suis donc senti un peu dupé au début, m'attendant encore une fois à une
grosse tambourinade très "straight forouardeuh", mais la réception finale de ce jet putride de shreds
maléfiques titille forcément en moi les restes d'admiration pour les dingos de la guitare héroïco-thrash, comme
des avatars ténébreux de Malmsteen. Un album donc pas très facile à dompter, mais qui saura ravir les
admirateurs de musiques un peu de travers, un peu boiteuses, brutales par moments, malsaines par d'autres,
mais aussi ultra fendardes, selon l'état d'esprit éprouvé.
Note : 4/6
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Sodom : Sacred Warpath
Chronique réalisée par Rastignac
Mais non, mais non, Sodom n'est pas mort ! Il y a des groupes comme ça, quand ils auront disparu, il y aura
vraiment un vide, qu'on le veuille ou non (mon oreillette me chuchotte "Johnny". Chut l'oreillette !). Ceci est un
EP pour les fans qui ont un besoin urgent d'acheter quoi que ce soit - il sera bien sûr anecdotique pour tous les
autres. Voyez : un inédit, "Sacred Warpath", épique, qui sent un peu la Norvège immortelle, et Immortal, dans
les envolées de riffs neigeux et le Metallica dans les breaks à la guitare acoustique. Suivront trois
interprétations en concert de morceaux divers et variés, un de 1991, "The Saw is the Law" période "Tapping the
Vein" introduit par une reprise du fameux "Surfin' Bird", ce qui a eu le don de me faire bien sourire. Les deux
derniers sont issus d'opus plus récents : un "City of God" extrait de l'album éponyme de 2006, lent, mélodique,
un peu facile et un "Stigmatized" tout frais, datant du tout dernier album du groupe sorti en 2013, à l'ancienne,
bien thrash, bien sombre, brutal... Alors ? Et bien c'est trop bon, ça donne envie de se faire napalmer la tronche
en concert ce groupe quoi ! La meilleure promotion à faire si vous êtes des bêtes de scène et que vous voulez
garder bavant le chaland : sortir des bouts de live pour montrer que, même si les cheveux deviennent tout gris
vous avez encore des litres d'agent orange pour défolier le crâne des malheureux métalleux venus s'attrouper
autour de vous - chez moi ça marche, donc pourquoi pas chez des milliers d'autres metalheads ? Dispensable
pour les non-fans bien sûr, intéressant pour ceux qui auraient raté les mises à jour pour entendre ce que vaut
ce groupe aujourd'hui !
Note : 4/6
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Hangöver : Under the Shitfluence
Chronique réalisée par Rastignac
Dans guts of darkness, il y a darkness, et il y a guts, ce tas de choses empilé dans le bide des animaux... C'est
vraiment là dans les ténèbres situées entre le rectum et la bouche que vous trouverez les restes de GG Allin,
espèce de psychotique atteint de tourette et d'un besoin urgent d'envoyer ses restes sur le public qui venait le
voir se battre, et se lacérer, et faire tout bonnement n'importe quoi, comme une sorte d'exhibitionniste
surexcité. Son entrée par ici se fait par le metal, via ce groupe polonais de, euh... "beer black thrash metal ultra
gras" ayant eu la charmante idée de créer un EP de reprises du vieux. Alors, pour ceux qui connaissent, vous
pourrez écouter avec l'accent de l'Est des histoires complètement débiles sur un mec qui veut buter tout le
monde en baisant parce qu'il a le sida, beuglant qu'il faut bouffer son cul parce qu'il pue et que Jésus est un fils
de pute (le prénom initial de notre GG était Jesus Christ, oui oui, il nous le dit aussi sur un air de country), que
les noirs et les gays et sa femme qui est en fait un homme et puis aussi les cancéreux doivent tous crever. Sur
ce programme on va dire extensif de la projection de la haine de GG Allin, Hangöver va poser une patte crado
metal, en polissant finalement les morceaux initiaux à un accord et demi. Cela reste bien primitif, et
complètement bétassou, mais ce disque a su m'accompagner avec d'autres du genre punk baston à la
Exploited quand j'avais besoin de me réveiller en écoutant l'équivalent d'une chanson paillarde version punk
metal. Il me laissera bien sûr complètement à plat le reste du temps, et sera une preuve marquante de
l'influence de l’œuvre de GG Allin sur pas grand chose, le côté pitre dingo autodestructeur n'ayant évidemment
pas rempli la coquille vide des textes et de la musique, ses performances sur scène pouvant également être
jugées à l'aune de n'importe quel autre gigue déglinguée pouvant être rencontrée dans les couloirs d'un hôpital
psychiatrique.
Note : 3/6
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Tod Huetet Uebel : Malícia
Chronique réalisée par Rastignac
Tod Huetet Uebel est un groupe portugais, comme son nom ne l'indique pas. D'ailleurs ces mots me rappellent
quelque chose... en grattant un peu, je retrouve un titre d'Anaal Nathrakh avec le même nom, sur l'album
"Passion". Si vous écoutez ce morceau, vous aurez un avant-goût de la musique de Tod Huetet Uebel : des
blasts furieux entrecoupés de silences abrupts, quelques moments de calme très rares, des grosses nappes de
guitares parfois très mélodieuses, et surtout, surtout, des gueulantes psychotiques de la même trempe de
l'invité sur le morceau d'Anaal Nathrakh, à savoir un des vocalistes de Bethlehem, le dantesque Rainer
Landfermann. Vous n'avez pas oublié ces cris suraigus, déments, passant du grognement à la vocalise tarée
sur "Dictius Te Necare" ? Et bien vous allez en avoir des surlouches sur cet album. J'insiste, car c'est sur cet
aspect que je cale... évidemment, c'est super bien joué, super rapide et construit, on n'est jamais perdu, ça
bourrine dans la tristesse dépressive et la haine, mais les sanglots hurlés m'ont tapé rapidement sur les nerfs,
après une entame d'album très inspirante qui m'avait bien appâté. Un album de black metal bien léché, bien fou,
mais un peu trop pour mes pauvres nerfs de mec dont les oreilles demandent une certaine variation dans la
beuglante, les plans guitare comme voix se répétant un peu trop vite pour que je ne commence pas à rétracter
des orteils tout en serrant les dents, avé les sueurs froides sur le front.
Note : 3/6
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Doom : Total doom
Chronique réalisée par Twilight
Définition de ‘doom’ selon le Harrap’s: ‘Destin (funeste); sort (malheureux)’; si on le prend comme verbe:
‘condamner’…Tout ça pour rappeler que le terme n’est pas uniquement lié à un style de metal lent et plaintif.
Doom, ce serait bien tout le contraire, du D-beat avec un pied perpétuellement sur l’accélérateur. Rien de bien
étonnant, fondé officiellement en 1987 (bien qu’ayant pré-existé sous différents noms et divers line-ups), ce
groupe aura vu deux membres de Napalm Death officier brièvement en son sein. Plutôt metal à la base, le
combo à géométrie variable (trois reformations, au moins six bassistes, trois vocalises, trois guitaristes, trois
batteurs, différents…) se réoriente rapidement vers le crust punk tendance anarchiste façon Discharge…Le
plus étonnant dans l’histoire est leur découverte par Peaceville, encore balbutiant à l’époque, qui leur
proposera de participer à une compilation puis carrément d’enregistrer un album complet. ‘Total doom’
regroupe la totalité des enregistrements réalisés sous la houlette du label (qui, pour la petite histoire revendra
les droits des morceaux à une grosse compagnie au grand damn des musiciens formellement opposés à ce
genre de pratique, d’où la sortie de la compilation ‘Fuck Peaceville’ en 1995 qui propose une track-list similaire
à celle-ci mais reproduite avec le personnel d’alors en signe de protestation). Pour en revenir à ‘Total doom’,
elle groupe l’album ‘War crimes’, le EP ‘Police Bastard’, plus le split avec No Security, ‘Bury the Debt - not the
Dead’. Niveau efficacité, rien à jeter, Doom a le secret des lignes de gratte hypnotiques dans leur violence, des
basses bûcheronnes et de la batterie qui pilonne inlassablement. Les musiciens ne recherchent pas la
complexité, la diversité; en dehors de quelques pièces (l’excellent ‘A means to an end’ avec une intro plus
travaillée, ‘No thought’ avec son entrée de batterie roulante, le génial ‘Agree to differ’ plus proche de
Exploited…), le quatuor enclenche le turbo d’emblée sur des compositions souvent courtes assenées comme
des coups de hache diffusant les thèmes traditionnels de l’anarcho-punk: l'anti-fascisme, l'opposition à la
guerre, la corruption politique, les brutalités policières, le support à la cause animale et j’en passe. Pour qui
goûte le style, Doom remplit parfaitement son contrat, des mélodies tueuses, des slogans mitrailleurs simples
mais percutants (je ne puis résister à vous livrer les paroles de ‘Relief’, mon titre favori: ‘I can't take the
pressures, the pressures of life, I'm not strong enough & I'm sorry!! -Alcohol !’…Tout est là, qu’ajouter de plus
?). Seul bémol, l’enregistrement des parties vocales, à mon avis trop écrasées au mixage; souvent à la limite du
grunt, elles mériteraient de ressortir un peu mieux. Rien qui ne gâche le plaisir de l’écoute mais c’est un brin
regrettable. Pour le coup, on se dit que Peaceville avait eu du nez à l’époque. 4,5/6
Note : 4/6
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Porta Nigra : Kaiserschnitt
Chronique réalisée par Rastignac
Porta Nigra est un groupe allemand qui emprunte son nom à des restes romains que vous pouvez visiter à
Trèves. L'allemagnitude est ici exprimée plein pot, avec déjà, il me semble, un jeu de mot liant le titre et
l'artwork, Kaiserschnitt me dit mon internet signifiant césarienne ; et on dirait bien une caricature du Kaiser
Wilhelm II qui ouvre le monde (et non le bide de ma femme) avec ses grosses dents, comme en 14, avec les
couleurs du Reich derrière. Alors, déjà, ben, on se dit, tiens, il y aura de l'ambiance IIIe République, à lire les
titres et les paroles des morceaux, cf. "Mata Hari", et pi aussi Femme Fatale et sa succession de noms
emblématiques de l'époque (Rosa, Nana, Carmen, pour la plupart liées à des histoires d'hommes qui se la
foutent sur la gueule)... l'ambiance est assez fouetti-fouetta aussi quand on voit les membres du groupe poser
pour le peuple dans le livret qu'on dirait un manuel militaire vu de loin et le concept, l'imagerie, les thématiques
rappellant la neo-folk qu'on peut écouter chez Rome ou Death in June, au pif. Sorti chez Debemur Morti, label
du Blut aus Nord notamment, ce Kaiserschnitt est le deuxième album longue durée d'un duo qui qualifie sa
musique de "decadent dark metal". Cet album suit un "Fin de siècle" déjà bien imbibé d'absinthe et de
fascination pour cette époque assez particulière, ère d'ébullition intellectuelle et artistique mais aussi prélude à
la chute tête bêche au fond de l’abime du XXe siècle, dont l'accoucheur Guillaume tirera avec les dents le
rejeton au monde et à l'Allemagne aussi, le Kalki de service, le caporal casse-bo75on comme dirait l'autre. Et la
musique ? Black metal, avec grosses incursions heavy dans les chœurs, riffs et solos, pas mal de discours en
allemand ainsi que de la variétoche locale samplée, un metal j'oserais pas dire avant-gardiste car je n'ai pas
l'impression d'entendre grand-chose de nouveau ici mais très bigarré, parfois très mélancolique, parfois joyeux
comme un cochon bouffant les restes dans une tranchée abandonnée à Verdun. Résolument fait pour les plus
ouverts des metalheads du coin, cet album sera à poser à côté de certains Zorn et Naked City dans l'intention
de ressusciter la folie d'un temps décomposé, mais aussi les amateurs de black metal déglingué comme Peste
Noire le côté Romantische en plus, mélangeant musique électronique, folklore urbain recréé façon steam punk
drogué, et gros metal beuglé en germain, bourré d'harmoniques artificielles. Pour ma part, l'album n'atteint pas
les sommets enneigés, certains chemins pris par Porta Nigra ayant déjà été empruntés mais il n'enchaine pas
les fautes de goût, reste de manière ironique assez accessible, et s'écoute tranquillement, un verre de tout ce
que vous voulez en main droite, et un manuel d'histoire du 20e siècle dans l'autre - voire un bouquin de Bataille
genre "Histoire de l'œil", la tête pleine de cochonneries se passant dans le confessionnal, coiffé d'un casque à
pointe, en caleçon long devant une carte de l'Europe mégalomane punaisée au-dessus du sofa, à côté d'une
affiche publicitaire pour Pernot.
Note : 4/6
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Master Musicians of Bukkake : Totem One
Chronique réalisée par (N°6)
"Master Musicians of quoi ?" "of… Bukkake" "Ca veut dire quoi ?" "….. euh…. fais pas de recherche
google-image déjà…". Parce qu'il y a encore des choses délicates à expliquer à votre tendre moitié, merci aux
Master Musicians of Bukkake pour inciter à l'échange au cœur du couple avec cette idée saugrenue d'hommage
pince-sans-rire/irrévérencieux à la légendaire formation des Master Musicians of Jajouka. Mais au diable
l'étymologie, d'autant que si on devait chercher une origine, c'est aux États-Unis qu'on resterait, du côté de
l'Arizona, chez trois hurluberlus, les frères Bishop et leur compagnon alors récemment décédé Charles Gocher,
aka les Sun City Girls. C'est bien à eux qu'est dédiée la trilogie des Totem. Assez de références jetées en ordre
confus, il serait plus de mise de recommander la prudence avant de pénétrer dans ce temple où résonnent les
échos d'un mysticisme inquiétant, grotesque, tordu comme les chants quasi-religieux qui s'élèvent en cercle
incertain. Et une voix d'infra-monde résonnant contre les parois, entre les clochettes, les gamelans et les
drones de mellotron, est-ce une divinité sourde ou une mauvaise blague d'un de ces dévots cachés sous un
masque grimaçant ? Une chose est certaine, voici bien de la musique cérémonielle, peut-être pour de rire (avec
un nom pareil comment se prendre totalement au sérieux ?), mais de rire jaune. Impossible de se situer
vraiment, sinon que ces vagues prières aux relents maléfiques évoquent les râgas indiens. Tous à l'Est alors.
Ça percussionne métallique et ça bourdonne électro-analogique, une authentique secte de freaks qui
tambouillent à qui-mieux-mieux au pied du grand totem démoniaque de leur propre concoction, pour atteindre à
une transe maladive et torve, évocatrice d'un ailleurs peu rassurant. Des hippies qui auraient très mal tournés,
qui auraient dégotés des instruments venus d'Orient sans se préoccuper le moins du monde d'un tirer quoi que
se soit de traditionnel. D'ailleurs leur musique se gorge parfois d'un sirocco asséchant aussi bien les sables
arabiques que la poussière de la Vallée de la Mort. Ces sept-là, bien assez pour la pratique dégoûtante évoquée
par leur nom, ne s'embarrassent pas d'un bagage pseudo-philosophique, ce sont avant tout de faux moines
chelous recherchant l'illumination par tous les moyens sonores imaginables. Quitte à convoquer sur l'entêtant
"People of the Drifting Houses" les imprécations hallucinées (parce qu'une imprécation se doit d'être toujours
hallucinée) d'Alan Bishop lui-même, manifestement une figure tutélaire qui apparaît comme par magie, comme
un génie que ces sept samouraïs auraient enfin réussi à matérialiser après de prenantes séances de
marmonage. D'un sombre psychédélisme qui se consume comme un foyer de sorciers, le morceau enfle et
gonfle autour du chant fou de Bishop jusqu'à atteindre des cieux bruiteux et multicolores, une façon d'apogée
sonique, ou d'orgasme collectif qui se relâche enfin dans le silence après un dernier bourdonnement. Alors on
croirait à un basculement définitif vers ces drones pierreux, mais très vite la cérémonie reprend de plus belle,
les mantras aussi, scandés jusqu'à l'hypnose, les riffs raclant la terre, alors qu'autour un violon fait des
arabesques, jusqu'au moment où ça "freak out", pour parler psyché couramment, avant de retomber sur de
sublime notes de guitares acoustiques et autre souffleurs en lévitation. Au coin du feu d'un coup, en folk de
redescente douce et parfumée, toujours kaléidoscopique. Une dernière communion au lever du soleil,
célébration entre animisme hippie de lendemain de cuite et new-age cramoisi, darder des rayons cosmique sur
le cercle sacré et s'abrutir en groupe jusqu'à ce que la dernière bougie d'encens soit partie en lambeau, avec la
raison des plus faibles d'esprit. Alors oui, le nom est crade, mais ces sept étranges bonshommes disposés en
demi-cercle savent envoyer la purée, et pour peu qu'on se laisse aller, vous enverront direct au septième ciel.
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Oui. Je sais. Désolé. Mais ils l'ont un peu cherché aussi.
Note : 5/6
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Master Musicians of Bukkake : Totem Two
Chronique réalisée par (N°6)
Le cercle est sorti du temple. Le temps des grands espaces et des bourdons qui sonnent comme un vent
d'ailleurs. Des sonneurs, des pâtres pour sifflements sourds et grondements de zephyr, fi du psychédélisme
débridés, place au règne des drones descendants irrémédiablement sur la plaine, en orages semi-immobiles.
On entend toujours les clochettes s'agiter au milieu de ces vibrations menaçantes, ces couches de nuages
soniques aux éléments difficilement identifiables, tellement s'amalgament les mellotrons, les orgues et les
synthés tout analogique, en une pâte de laquelle s'extirpent cuivres sinistres en rappel de troupes
fantomatiques et guitares chthoniennes. Nulle surprise quand on sait que cette étrange compagnie comporte
des membres passés de Earth ou Asva, leur musique possède cette lenteur, cette force gravitationnelle
inquiétante doublée d'une atmosphère mystico-louche qui, loin de rechercher l'authentique, installe un climat
profondément *étranger*. Au sens cosmique du terme. Oh oui, de l'Orient, il y en a toujours, jusqu'à reprendre
une forme classique de musique Turque dans le magnifique "Perde Kaldirma", où une ney (flute de roseau)
magique couplée de saz font des merveilles d'évocation sur fond de rythmique nocturne assurée par un
bataillon de musiciens turcs, enregistrés directement à Ista75ul aux studios ADA (de là où sont sortis entre
autre les premiers albums du fabuleux groupe stambouliote Replikas). Longue dérive aux changements de
timbres comme des coups de vents soudains, qui garde un cap inéluctable, en formation d'où s'élève une sorte
de chant grave, chorale d'esprits en marche qui bientôt se tait pour laisser place à une nouvelle forme de
sidération. Certe moins psychédélique, alors que les compositions prennent des formes plus nettes et
découpées, mais d'autant plus dense. Une liturgie pour des êtres venus d'ailleurs, "Coincidentia Oppositorum"
évoque moins des paysages familièrement fantasmés que l'apparition soudaine, en ligne droite des étoiles,
d'une soucoupe volante, descendant lentement mais surement au milieu des rocailles, appelée par les voix de
la secte. Darkwave en marge des déserts, Nazca en approche, PNC aux portes, c'est l'atterrissage sur fond de
grand-messe synthétique. Ou bien n'était-ce qu'un mirage, le même thème repris par les cordes (Timba Harris,
convié pour l'occasion, n'est alors pas si loin du minimalisme à l'indienne d'Eyvind Kang, toujours aux
remerciements) et les cuivres se colore alors d'une mélancolie palpable, une beauté chavirante à hauteur
d'humains et de leurs rêves toujours tragiques. Ces quelques instants de pureté n'empêcheront pas les
inquiétants drones de refaire surface, plus grinçants que jamais. Clochettes. Petites clochettes et bols
chantants, signalant un nouveau départ, une nouvelle migration, alors que les guitares saturent à qui mieux
mieux, coincées en elles-même jusqu'à devoir expurger leurs dernières biles, mellotrons entrant en résonance,
ça va péter ou bien ? Non, ça va pas péter, ça va au contraire se trouver une voie, et des voix qui reprennent un
chant apaisé, méditation post-orgasme, une caresse dans le vent ces ondulations de guitares acoustiques, le
magnifique "Patmos" s'écoule au coucher du soleil, juste assez hypnotique pour respirer de concert, mais sans
frénésie, longue et douce montée au dessus des flots et des montagnes. Le temps d'interrompre la prière un
instant, dans une dernière grave communion en suspens, et la rythmique envoutante reprend de plus belle, les
ondes aliens se mêlant naturellement aux folk moyen-oriental de cette bien étrange secte, à la musique aussi
sublime que son nom est évocateur de dégueulasserie. Avec ce petit sourire en coin, qui n'empêche pas de
tendre à l'élévation, de l'âme ou d'autre chose, selon les affinités.
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Note : 5/6
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Master Musicians of Bukkake : Totem Three
Chronique réalisée par (N°6)
Le mantra de Mañjuśrī, censé appeler à soi le Bodhisattva de la sagesse. Il revient en leitmotiv tout
au long de ces nouvelles prières du cercle farceur des Master Musicians of Bukkake. Prières ou adresses à des
esprits extérieurs, annoncées par des tintinnabulement de clochettes et des souffles de bois sinistres, doublés
d'une pulsation synthétique ajoutant une tension supplémentaires à ces effets cérémoniels maintenant
familiers. Et ces vagues incessantes refluant sans cesse, avec de plus en plus d'insistance. Peut-être
l'ouverture la plus sombre des trois totems. Et pourtant il y a définitivement un effet de déjà-vu au pied de
celui-ci. Non que les membres tournent en rond (quoique qu'un tel mouvement vaille aussi bien pour la liturgie
que pour la pratique susnommée, et ce sans même changer de masque), mais les sonorités de percussions et
de bourdons, tout en procurant un sentiment d'inquiétante étrangeté, se mêlent ici d'une presque étrange
familiarité. Peut-être aussi est-ce dû à la façon dont l'assemblée enquille sur une de ces mélopées orientales
chères aux Sun City Girl, dont l'inimitable Alan Bishop assure à nouveau la partie vocale, bien plus discrète et
mélodieuse que sur celle, complètement flippée, du premier opus. A force d'insistance, les Master Musicians of
Bukkake ont fini par créer une tradition bien à eux, d'où l'agréable mais néanmoins presque trop confortable
sensation d'être en terrain connu. Même constatation pour la délicate composition "6000 Years of Darkness",
d'une beauté trop ténue pour laisser la même impression que ses équivalents sur Totem Two, beaucoup plus
frappants. Devenus trop sages à force de ressasser le mantra magique nos sept samouraïs masqués du money
shot au visage ? Pas tant que ça. Déjà, ils remettent le couvert en terme de vibrations cosmiques en tapis
volant pour ondulations de flûte turque sur un "Illuminating the 10th Directions / Mahur" envoutant comme un
cobra ascendant de son panier, enchainant directement sur près de huit minutes de transe patiemment rythmée
en clappements de mains, Alan Bishop faisant à nouveau office de grand gourou chantant, dans un sabir habité
invitant à rejoindre le cercle. Sans se presser, une montée en intensité sur la longueur, aux cordes en réponse
arabesque aux choeurs des voix humaines. Voilà pour le meilleurs tiré de la cosmogonie la plus connue de
l'assemblée, l'Orientale, avant de lever la tête vers les cieux et son versant le plus étrange, voire le plus
étranger. Il n'est pas d'ailleurs interdit à ces drôles de farceurs, alors ils demandent à Faith Coloccia (la femme
d'Aaron Turner, pour tout dire) de se déguiser en alien tombée de sa soucoupe, récitant un texte de liturgie
interplanétaire alors que les contrôles de l'engin partent en vrille, blippant anarchiquement, tandis que de notre
bonne vieille terre s'élèvent nerveusement les même vagues d'ondes maléfiques qui déjà venait troubler la
prière au Bodhisattva dès le début du voyage. Ambiance contact aux pays des Morts, en direct d'un satellite de
Saturne. Cet atmosphère cosmico-synthétique se poursuit en dernière piste, abandonnant quasiment toute
trace d'Orient pour tracer une voie quasi krautrock à clavier, avec des interventions vocales démoniaques et
surtout, dans la seconde partie, l'irruption du violon de Timba Harris, promu membre à part entière de la secte
(lui qui avait déjà trouvé sa place au sein des Secret Chiefs 3 après avoir fait ses armes chez Estradasphere), et
qui prend toute son ampleur dans un solo magnifique et râpeux, irrité et grinçant. Un final enflammé qui clôt
ainsi en beauté abrasive une trilogie singulière et scintillante d'idées qui permettra à tout un chacun de
proclamer sans honte aucune en société : oui, je suis un fan des Bukkake.
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Note : 4/6
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Spirit Caravan : The Last Embrace
Chronique réalisée par Rastignac
Il y a des fois où vraiment tout ce que je ressens me lasse, et je me gorge d'insatisfaction. Les Grands Maitres
meurent les uns après les autres et j'ai comme la sale impression de ne pas voir de disciples qui auraient envie
de lever le nez de jeux freemiums pour créer "parmi les ruines" comme dirait les droitiers, laissant ce vide aux
pires des pinailleurs, aux Léon Daudet de ce siècle déjà tout retourné, humant fort la saveur javellisée du
flicage, de la pub et de la baston permanente. Je les vois tomber là, les héros de ma jeunesse, et pas que dans
la sphère musicale, oooooooook, que la mort se fait pénible parfois, jamais où l'on veut vraiment, jamais au bon
moment... Il faut, en ces temps d’indigence relative, de pauvreté intérieure pour ma part, d'ascèse chiante pour
mon ventre me tourner vers le Grand Soleil, vers le sang versé de Ra sur ma tronche d'alligator qui ronfle sous
l'eau et d'enlever le haut, de piocher dans le pochon, de me laisser pousser les cheveux, et de ne pas oublier
que les tycoons et les religions et tout les restes de ce monde ne sont que baudruches, billevesées, flans,
fonds de sauce. Il me faut ressentir la putain de vibe, écouter Wino. Écouter la voix et la guitare de Wino c'est
comme me réfugier dans un culte qui n'est toujours pas mort malgré les coups de butoir de toute la charogne
de mon triste monde, c'est accepter la beauté de la vibration de l'air comme la clé du coffre fort bien scellé,
celui qui cache ce machin qui brille là, à l'intérieur, qu'il parait. Ici, dans cette chronique je veux dire, voici deux
disques qui retracent la discographie de Spirit Caravan, un des projets parenthèses du Scott, calé entre la mort
de The Obsessed, la participation au halleluia big doom band Place of Skulls, et avant Hidden Hand, une
reformation du Vitus, des disques acoustiques, des collaborations diverses et variées, j'en passe. Entouré
d'une rythmique mammouthesque et grassouillette au possible, Wino nous contera ses cogites spirituelles au
sens large : méfiance de l'évidence, rébellion contre ce qui est normal, intuition que ce qui prime se cache sous
un ampli de guitare, le piston d'une Norton, le fond d'un caillou, le bout d'une hallu. La compilation de ces
morceaux m'a sauvé, car, dans certaines scènes, il devient impossible d'écouter légalement et sans craquer
son livret A des disques importants, cf. donc Spirit Caravan, et c'est le même topo pour un paquet de groupes
de doom et de death non réédités, par exemple, je pensais m'acheter un Pungent Stench dernièrement, ben au
bout de trois minutes j'ai ouvert un nouvel onglet et tapé "youtube". Quelle misère... comme dirait Fenriz,
"j'enregistre de la musique que je pourrai pas acheter, ahah...". Mais de temps en temps, des mecs prennent les
devants, ici c'est MeteorCity aux USA qui fera l'effort de tout mettre ça dans un même objet, avec les paroles et
tout, dans un livret sobre et beau. Alors, elle est pas si moche que ça la vie, quand le vide s'installe, et qu'on
peine à le remplir avec un peu de beauté et de vérité, un peu de transcendance, je sais pas moi, et qu'il y a
Spirit Caravan qui passe dans l'air ? Quand il existe deux cds de pure beauté stoner doom et un guitariste
descendant d'une grande lignée de riffeurs magiques, remontant bien loin, jusqu'à, chépas, le bruit de bave du
premier homo sapiens tapant dans ses mains en souriant sous le soleil, tout défoncé par de l'iboga bouffée par
erreur ? Cette compilation, si elle ne vaut pas un bras saura, c'est sûr, j'vous l'dis, vous envelopper des
muscles tendus de cette gorge et de ces cordes irradiant enfin le pourtour de mes yeux fatigués de voir tant de
gâchis, dans ma rue, partout - alors même que le Maitre d’œuvre de ces chansons n'ose même pas dire qu'elles
sont bonnes, en introduction du livret... arf. Et bien, messieurs, dames, voici mon premier 6 boules, paf ; en
hommage à Wino, et aussi en souvenir des poètes du monde, de tous ceux qui barbouillèrent de noir, de
couleurs et de camembert le morne ennui de cette époque de merde. Et pour ceux encore qui mijotent ici,
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maintenant.
Note : 6/6
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Palentir : Refuge in Fantasy
Chronique réalisée par Phaedream
Hé que ça ne m'a pas vraiment tenté! Ça fait longtemps que Lambert Ringlage m'a fait parvenir les deux albums
de Palentir et à chaque fois que je m'y mettais..., le goût de poursuivre l'expérience s'estompait au milieu de
"The Gardens". Je faisais des survols ici et là, c'était toujours le même sentiment. Par respect pour Lambert, et
parce qu'à date tous les albums de Spheric Music m'ont plu énormément, j'ai décidé de véritablement plonger
dans cet étrange univers d'échantillonnages qui mâchouillent la musique de Palentir suite à l'écoute de
Wuivend Riet de Johannes Schmoelling. Le lien ? On s'en reparle plus bas. Inspiré par le monde de fantaisie de
J.R.R. Tolkien, Christian Schimmöller forme son projet Palentir (vous savez cette petite boule de cristal appelée
Pierre de Vision dans le Seigneur des Anneaux ?) au début des années 90. Seulement 4 albums naîtront des
idées très progressives de Christian Schimmöller dont le style très harmonique, quasiment poétique, respire
d'une fantaisie sonique finement élaborées par une impressionnante maquette d'échantillonnages.
Des stridulations aiguës attirent le chants des oiseaux et les tam-tams ceux des voix tribales très aériennes.
"The Gardens" étend ses charmes artificielles avec une variété d'échantillonnages. On peut y entendre des
harmonies de guitare et un chant de flûte sur des fines percussions claniques, donnant à ce premier titre de
“Refuge in Fantasy” un rythme aussi envoûtant qu'entraînant où la flûte émerveille les oreilles. C'est délicat et
très musicale. Nous sommes dans les terres de Johannes Schmoelling avec des copeaux soniques qui
rappellent étrangement ceux de Wuivend Riet. Ici et dans "The Old Forest" où les échantillonnages et les
ambiances collent très bien à l'esprit du titre. D'ailleurs c'est la première chose qui me saute aux oreilles après
une écoute attentive de ce premier album de Palentir sur Spheric Music. Les titres sont très relaxes et assez
mélodieux, quasiment du New Age où les influences de Schmoelling, les connaisseurs parleront de Gandalf,
resplendissent dans des décors soniques assez hallucinogènes. "Orange Dream" fait très Tangerine Dream
avec de belles nappes de synthé qui ornent une introduction chantée par une flûte. Le rythme qui vient est
entraînant. Agrémenté par la flûte, une variété de tintements et quelques lignes de piano bohèmes, il roule sur
des basses séquences ondulantes et de sobres frappes de percussions. Le duel flûte/piano, bien que sobre,
donne un cachet mélodique très New Age alors que les multiples phases de rythmes et d'ambiances, toujours
très accessibles aux oreilles, donnent une profondeur plus progressive à une musique qui respire les
ambiances d'un Dream de la période 85-86. À cet égard, les ambiances et les arrangements de "Ocean"
rappellent un peu celles très patibulaires de Legend, idem pour le très beau "Falling Down", même avec des
passages qui vont rappeler à certains les flûtes cosmiques de Software. On peut aisément aussi inclure "World
in my Head" dans le lot. Tous des longues structures aux décors soniques très amovibles.
Soudainement, ce qui agaçait dans “Refuge in Fantasy” fini par charmer. Les échantillonnages! Omniprésents,
ils sont judicieusement insérés et collent avec la pensée des titres. La musique vient très souvent en second
plan ou est présenté dans des courtes phases avec des collages aléatoires qui servent de parures à des bruits
de jungle, des chants d'insectes et d'oiseaux, des arrangements orchestraux impulsifs et saccadés, des
percussions tant claniques que symphoniques, des harmonies de piano et des flûtes. Beaucoup de chants de
flûtes aux tonalités nébuleuses, comme dans Tangerine Dream, ou cosmiques, comme dans l'univers de
Software. L'intro de "The Waters of Life" est assez claustrophobique avec des nuées de gouttelettes qui
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tombent de partout. On y entend un genre de Kyoto pincer ses notes et une flûte qui lance des chants flottants
dans une atmosphère un peu glauque. De fins arpèges carillonnés serpentent des ambiances qui peu à peu se
fondent à un rythme ambiant secoué par des frappes de percussions qui échappent des ombres roulantes. La
mélodie est lente. Moulée dans les chants de la flûte, elle respire une esthétique qui lui donne des apparences
très New Age. Et ce même si "The Waters of Life", tout comme "Gil-Galad (Starlight)" et sa structure de
séquences un peu Berlin School ainsi que le très beau "Elapsed Time" dont la mélodie, les arrangements et les
carillons me font regretter d'avoir ignoré cet album aussi longtemps, égrène ses 11 minutes dans des phases
assez évolutives pour porter d'une façon si singulière le sceau New Age. Sauf pour "Fountains" qui est une
belle ballade, moins sombre que "Falling Down", qui charme avec sa simplicité. Seul "The Flight" embrasse
totalement les rythmes vifs et ondulatoires de la Berlin School alors que "Time Loop" est une douce rêverie
avec un piano tout délicat qui flotte sur de sinistres bruits que l'on peut confondre avec un gros cadran dont le
mécanisme étend sa profondeur au-delà des limites de "Elapsed Time".
Étonnement, j'ai bien aimé l'expérience Palentir. Très différent car tellement bourré d'artifices et d'effets
soniques, “Refuge in Fantasy” est comme une pierre précieuse que l'on recueille dans un sol boueux. Une fois
que l'on gratte, que l'on frotte... on finit par voir ses charmes. Et c'est encore tellement plus vrai avec des
écouteurs.
Note : 4/6
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Palentir : Empire of Illusions
Chronique réalisée par Phaedream
Composé et enregistré entre 1995 et 2000, “Empire of Illusions” poursuit exactement là où Refuge in Fantasy
s'était conclu ; soit dans un univers sonore mythique où les sons font force de loi. Et afin de mieux nous
envelopper dans cette texture d'échantillonnages aux tonalités aussi diverses que leurs significations,
Christian Schimmöller a utilisé la technique d'enregistrement binaural, donnant une intense profondeur inouïe
où l'auditeur se sent littéralement plongé dans un univers sonore en 3 dimensions. L'effet est tout à fait
saisissant avec un casque d'écoute, mais encore plus percutant lorsque l'on ose élever le volume à des niveaux
interdits. À ce niveau, les pulsations de la pièce-titre sont dévorantes ! Hormis la justesse, la richesse et la
limpidité des échantillonnages, les structures de rythmes, les mélodies, les ambiances et les influences sont
très près de Refuge in Fantasy. Ah oui... je m'en voudrais de passer sous silence la superbe pochette ainsi que
le très beau livret explicatif qui dévoilent les sources de chaque titre d'un album que j'ai dévoré les oreilles bien
grandes.
Les bruits d'un mécanisme de porte ouvre l'introduction de "Fantasy & Reason" qui, en même temps, semble
s'ouvrir à la vie musicale. Déjà le rythme se pointe dans les oreilles. Décoré par de belles petites clochettes et
aromatisé par des belles lignes de flûte, "Fantasy & Reason" embrasse un genre de dance music aux parfums
de transe un peu hallucinogènes. Le rythme est vivant, la mélodie joyeuse, et devient un peu plus entraînant,
j'entends David Bowie et Let's Dance, alors que le synthé se fait plus électronique avec des boucles sifflées qui
caressent les délicates clochettes dont les tintements parfument un rythme vivant qui fait plus danse que Berlin
School. Les structures de “Empire of Illusions” sont aussi variées que celles de Refuge in Fantasy, mais dans
une approche plus contemporaine. Des chants de hibou se faufilent derrière la porte qui se referme, éveillant la
faune de "Under the Silverwheel" qui est une véritable caverne d'Ali Baba pour les oreilles. Les souffles se
mêlent aux nappes de synthé flottantes alors qu'un étrange air d'orgue nasillard tisse une mélodie minimaliste
qui rôde sournoisement et qui sert de linceul à une belle flûte. Des percussions claniques viennent
délicatement exciter les ambiances qui restent somme toute assez relaxantes. L'influence de Schmoelling se
fait sentir ici. La pièce-titre est la plus complexe et la plus délicieuse de “Empire of Illusions”. Des pulsations
percent le nuage de tintements qui en ouvrent son introduction. Le rythme est lent et magnétisant. Montant
d'un cran ou baissant sa force, il est inondé d'une faune et d'une flore bariolées de tons tant organiques que
synthétiques. Des échantillonnages de guitare acoustique se moulent à ce rythme pulsatoire qui peu à peu se
fond dans un décor sonique imprégné d'une multitudes de voix, tant citadines, que claniques ou angéliques.
les pulsations se mutent en de gros souffles industriels. De lourds battements qui semblent faire peur à des
voix de spectres, alors que d'autres voix s'ajoutent comme des coups de sabots sur la chaussée. "The Empire
of Illusions" s'inonde de voix et de bruits de tous genres, alors que le rythme, et la mélodie toujours grattée par
une six-cordes, étendent un magnanime voile de transe hypnotique. Et subitement, la tranquillité de "The
Empire of Illusions" se noie dans un pattern d'accélération aussi inattendu qu'injustifié où le stress et
l'étonnement cohabite l'espace de quelques secondes.
Des tintements et des voix astrales ouvrent l'épilogue de "Qi-Energy of Life". Arqué sur des nappes de voix et
des percussions tribales, le rythme reste délicat. Les ambiances sont monastérielles avec des voix de moines
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qui flottent au-dessus d'un tintamarre de cloches et de clochettes. Le rythme semble indomptable avec des
élans de violence qui côtoient un genre de transe spirituelle alors que la flûte de Pan règne en maître absolu
sur une mélodie dont les bruits de jungle ramènent dans une enveloppe païenne. La faune en délire se jette
dans "Tranceamazônica" qui propose un rythme tribal plus accessible. Plus spontanée avec un bel
échantillonnage de percussions claniques et une flûte aux harmonies enjouées. Palentir réussit à s'extraire de
la jungle afin de nous offrir un beau moment de sérénité avec le très mélodieux "Fatal Charm". Le piano est
aussi délicieux que la mélodie peut être très mélancolique. Eh oui... il y a pluie. Palentir nous amène à un autre
niveau avec des percussions qui tonnent un lourd rythme ambiant, des crissements métalliques et des souffles
effacés qui murmurent "Exhibit A". C'est un titre noir, très intense et dont le crescendo instaure un étrange
sentiment de paranoïa. Les écouteurs ici jouent un rôle majeur. Idem pour "Searching For Words" qui épouse
un peu le modèle de langages syllabiques et éclectiques de Jean Michel Jarre dans Zoolook. Une délicate
mélodie, fredonnée par Christiane von Kutzsche75ach, nous met des fantasmes plein la tête, alors que
Christian Schimmöller, fidèle à lui-même, inonde sa structure d'éléments harmoniques et d'effets soniques
paradoxaux, amplifiant nuances et contrastes qui sont la clé de ce fascinant album où de belles mélodies et de
délicats rythmes entraînants rôdent dans tous les recoins. C'est un bon titre qui étale la noblesse de son
ambiguïté à haut volume. Monté sur des nappes de synthé et orné de chants de flûte dans un tintamarre
industriel, "The Threshold of Perception" est aussi ambiant que placide. Mettons que les osselets des oreilles
résonnent en masse ici. Et c'est aussi vrai sur "Spi75ack". À tout le moins son introduction. car après quelques
minutes de tintamarre, où niche une fine structure de mélodie perdue dans un brouillard bruyant, que je
présume être Backspin, "Spi75ack" conclût “Empire of Illusions” avec un tendre concerto pour piano et
clochettes. Ah oui, un concerto pour gazouillements d'oiseaux aussi, et bien d'autres bruits plus doucereux.
Ai-je entendu un insecte se faire bouffer?
La musique, ou l'univers sonique, de Palentir, et c'est d'autant plus vrai sur “Empire of Illusions”, s'adresse
avant tout aux amateurs de sons. Aux amateurs d'effets sonores. Les échantillonnages sont époustouflants et
leurs insertions sont toujours aussi judicieuses. En ce qui me concerne, “Empire of Illusions” est plus
accompli que Refuge in Fantasy. Il y a quelque chose de magique ici. Christian Schimmöller moule ses rythmes
dans les ombres de ses micmacs soniques, atteignant le summum d'une imagination qui trouve son comble
dans notre perception, d'où le titre “Empire of Illusions”. Enfin, je suppose. Bien que les influences de
Schmoelling se font sentir en quelques occasions, Palentir étend son royaume sonique avec sa propre identité,
donnant des structures de rythmes très personnelles où l'imagination est plus présente que la cadence. J'ai
bien aimé, même si parfois tout sonne si irréel, si invraisemblable. À tout bien considéré, c'est sans doute cela
la plus grande force de “Empire of Illusions” ; un album à découvrir si nos sens exigent quelque chose de
différent sans pour autant négliger la mélodie, ni les rythmes et encore moins les ambiances.
Note : 4/6
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Audiometria : SomeWhere
Chronique réalisée par Phaedream
Le moins que l'on puisse dire est que 2014 a été une année assez productive pour Javi Canovas. Deux albums
solo, la préparation d'un troisième et une première collaboration avec Miguel Justo. Le duo se nomme
Audiometria et l'album ; “SomeWhere”. Nouveau comparse, même recette! Et pourquoi changer lorsqu'il existe
toujours un public friand des mouvements séquencés d'une Berlin School rétro et un peu progressive. C'est ce
qui attend les aficionados du genre avec “SomeWhere”. Enregistré en direct dans leur studio, le duo
Justo/Canovas propose 3 longs mouvements qui offre ces rythmes ondulatoires en constantes permutations
où les lignes parallèles des séquences forgent autant de rythmes que d'harmonies dans un pattern de Berlin
School rétro où les solos de synthé et leurs cabrioles acrobatiques sont quasiment absents. “SomeWhere” est
l'affaire de séquences. Juste de séquences, principalement à la Franke ! Ah oui... Les deux derniers titres
mélangent une musique ambiante et séquencée avec un piano aux parfums de jazz ou de night-club. Différent
et intrigant! Et il y a plein de statique dans cet album (mauvais mixage ou c'est voulu) qui peut agacer lorsque
l'on écoute “SomeWhere” avec des écouteurs. Un petit plaisir qui fait tant le bonheur des fans de MÉ.
Une douce brise de flûte basse ouvre l'exorde de "Audiomultiplo" qui prend forme avec une nuée de souffles
synthétisés dont les lignes s'entremêlent dans un lent mouvement de valse lunaire. Une ligne de séquences
circulaire fait hoqueter ses ions. Ces derniers se bousculent dans de larges boucles oscillatrices et ceinturent
les notes d'un piano pensif qui émiette une harmonie qui n'a juste pas le goût de prendre forme. Un synthé
s'invite. Il lance des solos et des lignes de brume autour des ions qui commencent à manquer de souffle.
Doucement, l'exorde fond pour faire place à un mouvement de séquences qui fait bondir ses ions et les
squelettes de leurs ombres. Le mouvement expose des couleurs protéiformes, alors que d'autres ions sautillent
en marge d'un lourd rythme ondulatoire qui crépite de ses sombres séquences basses. Le rythme qui suit
épouse une vélocité graduelle avec des cymbales qui pétillent comme des élytres dans un bocal de verre et des
séquences qui éparpillent ses doubles dans une fascinante chorégraphie désordonnée. Les ions bondissent
tous, éparpillant couleurs et tonalités dans une structure qui se fait ralentir par les multiples brises des synthés
et de leurs effets de nébulosité astrale, poussant les derniers instants de "Audiomultiplo" dans une phase
ambiante. "Midsound" offre un riche pattern de mouvements séquencés dont les structures parallèles se
chamaillent sous les caresses de brumes métallisées, d'une flûte enchanteresse très TD et des souffles de voix
éthérées. Le rythme introductif est fractionné en plusieurs éléments bourrés de contrastes. Si une ligne de
séquences dresse une structure harmonique, résonnant et vacillant comme dans Poland, avec des ions
spasmodiques qui épousent un mouvement circulaire, le duo dresse deux autres lignes contiguës, dont une de
séquences basses, qui font pulser et tambouriner les ions dans une structure minimaliste qui étend le principe
d'un rythme ambiant en constante ascension stationnaire. Cette première phase s'éteint dans des bancs de
brumes ondoyants. Une lourde et résonnante ligne de séquences basses fouette les brèves ambiances
méditatives. On vient de franchir les huit minutes et le rythme est violent. De brèves et vives oscillations
courent à perdre haleine, égarant des ions qui peinent à rattraper la course sous les caresses des flûtes.
Affichant une vélocité qui progresse sans cesse, le rythme de "Midsound" étale ses amples boucles qui roulent
comme de furieuses oscillations d'où tombent des ions égarés et dont les rebonds contraires captivent une
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ouïe qui fait danser nerveusement nos doigts.
La pièce-titre ouvre dans des phases morphiques où les ondes et les ombres des bruits blancs du studio
ondulent comme des gaz radioactifs poussés par des vents doux. Ça me rappelle ces moments anesthésiques
de Neuronium avec ces solos torsadé et leurs effets anesthésiques. Une séquence émerge un peu après la
quarante et unième minute. Elle sautille en solitaire. Une autre ligne de séquence déroule des ions qui courent
en de larges cercles autour du premier mouvement linéaire. Une autre étend une approche plus harmonique. Et
une autre lance des ions qui sautillent délicatement, amplifiant une structure dont les directions polymorphes
finissent par tisser une étonnante symbiose entre un rythme stationnaire et sa mélodie ambiante noués dans le
multiple de ses séquences. "Sonar" est un titre ambiant et noir avec un piano très pensif qui libère ses notes
évasives dans les chants des torsades d'un synthé bourré d'éther. Ça fait genre pianiste qui pleure sur un
champs de bataille où les âmes se tiraillent pour ne pas partir. "Stereolocus" vole à "Midsound" cette structure
de séquences qui me fait tant penser à Poland. Le rythme est sournois. Derrière ce constant nuage de
grésillements, il pulse dans un dense voile de réverbération. Les particules et les nuage de bruits blancs
cachent une lente mélodie binaire qui fait duel entre les notes d'un piano au parfum de jazz, des tintements qui
rappellent une vague mélodie de Tangerine Dream et des nappes d'un synthé qui flottent comme les ombres
d'une menace.
Javi Canovas ou Audiometria! “SomeWhere” ne sort pas du moule Canovas. Les amateurs du synthésiste
Espagnol seront bien servi ici avec un album qui reste dans sa zone de confort, même avec les deux derniers
titres qui auraient pu nicher sur son album Eunomia. J'ai bien aimé. C'est du bon vieux Berlin School aux
parfums psychédéliques d'antan. Mais je me dois d'être honnête. Il y a juste ces bruits blancs. Ces
grésillements que l'on entend au début de chaque titre qui agacent. J'ai testé un autre CD pour voir si ce n'était
pas mon système de son qui faisait de la distorsion. Eh non, le son était immaculé ! Voulu ou pas !?
Note : 3/6
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BLOCKHEADS : This World Is Dead
Chronique réalisée par Rastignac
Blockheads, c'est un souvenir frappant de concert pour moi - à feu la Loco, des mecs tranquillou je te fous le
feu et un chanteur baveux, hargneux, plein de tchatche et d'énergie, ouvrant la scène comme rarement j'avais
pu le voir dans cette salle. J'ai pu les retrouver par ci par là en festivals et concerts, toujours aussi
compresseurs... et là, vlatipak'ils se font signer chez les américains Relapse ! Bien sûr, je chope la carte bleue,
et je commande, déjà la pochette est magnifique de dépression, je vais me dire, ach ! Je reçois la chose, et les
premières écoutes furent assez scotchantes, donnant vraiment l'envie de tout péter, grâce à un grindcore plutôt
"deuxième vague", plus virtuose du manche, plus complexe dans les patterns de batterie, celle des Brutal Truth
ou de Nasum par exemple, du grindcore bien produit mais toujours bien fou, même si déjà les riffs me
semblaient assez traditionnels à mes oreilles. Je me remets le disque quelques temps plus tard, et j'ai la
surprise d'être un peu moins accroché, je suis peut-être devenu vite blasé, mais quand je disais que les riffs ne
m'accrochaient pas trop, le temps a patiné encore plus cette impression, notamment sur le début de la face A...
et de la face B. Évidemment très bien joué, et d'une sincérité que j'imagine sans faille, ce disque de révolte
reste au niveau finalement des canons du genre sans rajouter trop d'originalité, alors que des ouferies comme
Gridlink et même les vieux de Napalm Death renouvelaient au même moment le genre, de manière plus ou
moins radicale... le regain d'intérêt arrivera encore en milieu de la deuxième face, avec ce Digging Graves
tubesque, mais finalement j'attends avec impatience la fin de l'album où le groupe pour la première fois à ma
connaissance ralentit le tempo pour nous montrer son côté sludge. J'avais lu lors de sa sortie de nombreuses
interrogations sur ce titre plus lent du genre "eh, mais ça n'a rien à faire dans un groupe / disque de grind !".
Tout faux, y a qu'à refaire l'arbre généalogique, je vous laisse voir où ont joué certains des mecs de ND encore
une fois, de Grief ou de Noothgrush... l'interconnection lenteur / rapidité se faisant toute seule dans cette scène
poreuse, sous l'égide des mêmes thématiques anti-système. Bien sûr, je conseillerai cet album à tout
aficionado qui saura prendre son plaisir simplement, comme à tout jeune padawan du grindcore qui voudrait
tâter de la scène locale, le disque étant accessible, et riche, même si comme je vous disais, le temps a brossé
mon ressenti dans l'autre sens du poil, enlevant du jaune à la note là, en bas, oscillant entre le 3 et le 4 boules...
Note : 4/6
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Mystical Light : Full Moon Rising
Chronique réalisée par Phaedream
André Willms et Michael Wilkes avaient tout simplement mystifié les adeptes de MÉ en 2013 avec un percutant
album qui alliait les ambiances d'Astral Cookies, projet d' André Willms, à la musique lourdement séquencée et
très animée de Yog-Sothoth, projet de Michael Wilkes. La question était sans doute de savoir si Mystical Light
irait au-delà des horizons de Beyond the Horizon. Difficile de faire mieux! Pourtant le duo des W n'est pas très
loin derrière. Même avec une approche qui pourrait en dérouter plus d'un! “Full Moon Rising” est moins
nuancé. Toujours embaumé des enivrants parfums d'une Berlin School martelée par de bonnes séquences et
de lourdes percussions, ce 2ième album de Mystical Light est plus direct. Disons qu'il ne fait pas dans la
dentelle avec une approche concentrée sur des rythmes qui balancent entre un genre d'IDM sans ses éléments
psybient et du techno très robotique, très cosmique. Encore une fois, ce sont nos oreilles, nos murs et les
voisins qui en souffrent le plus...
Une oblongue ligne de vent venant du Nord, des particules soniques remplies de prisme, des cognements
sourds et une sinueuse ligne d'oscillations étend l'approche rythmique Méphistophélique de "Adrift". “Full
Moon Rising” démarre en coup de canon. Des séquences scintillantes ornent une constellation sonique
inspirée des années Stratosfear. Le rythme est noir. Nappé de belles nappes de synthé aux parfums irisés, il
porte une belle mélodie vampirique qui chante telle une chorale de spectres sur un rythme qui rampe de ses
belles boucles oscillatoires. Le décor et les arrangements sont hallucinants. On pourrait se croire dans un film
d'épouvante avec ce superbe titre qui va tourner toute l'année dans mon iPod. Disons que ça démarre très bien
cette 2ième rencontre avec Mystical Light. "Signs of Life" nous amène à un autre niveau; celui de la musique de
plancher de danse pour lourdaud qui fleurit dans tous les recoins de “Full Moon Rising”. Un collier d'arpèges
trace une structure de rythme spasmodique avec des accords qui secouent les ambiances des nappes de
synthé morphiques. Ces nappes font le contrepoids à un genre de funk cosmique avec des ions qui hoquètent
dans l'ombre des bonnes pulsations résonnantes, des percussions assez sobres mais lourdes et des cliquetis
métalliques que l'on peut confondre avec des claquements de main. Une délicate mélodie s'extirpe de ce
schéma de danse relativement ambiante, témoignant ainsi de toutes les richesses qui entourent chacun des
titres de “Full Moon Rising”. De fines pulsations sournoises et des chants d'ectoplasmes sur LSD ouvrent le
lent rythme de "Quantum Leap". Le mouvement est circulaire et rempli de gazouillis organiques, alliant le genre
de Redshift à un techno ambiant arqué sur de bonnes pulsations. Des pulsations qui perdent leurs ombres. Et
des ombres qui s'agglutinent dans une lourde chorégraphie pandémoniaque où le synthé troque ses habits
pour ceux d'une six-cordes et lancent des solos qui hantent tout autant que ces séquences cristallines qui
scintillent et virevoltent avec une grâce spectrale. Du Mark Shreeve lourd et réinventé! J'adore. "Stranded" n'est
pas en reste. Les ambiances flottent comme une menace dans une intro où un signal d'alarme éveille en nous
un sentiment de détresse dans une navette spatiale. Les arrangements accentuent le climat d'angoisse avec
des vents qui se perdent dans des nappes aux caresses ambiantes. On entend venir les percussions de loin. Ils
finissent par marteler un rythme à la fois lourd et fluide alors que les séquences se métamorphosent en
gazouillements organiques dont les lignes stroboscopiques croisent sans heurter une autre ligne de séquences
ornée d'une délicate mélodie invitante. C'est de la belle musique.
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Les approches sournoises sont légion dans cet album de Mystical Light. Elles prennent le temps de développer
à la fois les rythmes et les ambiances. Sur "Fly me to the Moon", elles servent de lit à des beaux arpèges aux
tonalités de verre qui défilent dans un mouvement ambiant et saccadé. Les solos de synthé fusent de toutes
parts, c'est une des richesses de cet album en passant, sur une structure qui hésite entre son rythme et ses
ambiances. Une structure qui gagne en vélocité et finie par foncer dans un genre d'IDM très robotique. "Lost on
the Dark Side" présente une structure saccadée comme dans les bons moments de danse, de techno cosmique
de Nattefrost. On reste toujours dans le domaine de danse cosmique, de l'IDM cybernétique gonflé par de
lourdes ambiances et des rythmes pulsatoires saccadés, un brin stroboscopique, avec "Pulse" et sa panoplie
de percussions qui claquent comme des castagnettes électroniques. "Gravitational Vortex" fait encore plus
musique de plancher de danse avec des pulsations arythmiques, des croassements d'arpèges spasmodiques
et des tintements allégoriques qui se fondent à des orchestrations de danse. Si on reste sur notre chaise, c'est
parce qu'on est crevé! Profitez de "Mare Tranquillitatis" pour reprendre votre souffle car c'est le seul titre
tranquille de cet album bourré de dynamite rythmique. L'approche est délicate et très onirique avec de belles
séquences limpides qui tintent et serpentent des vents creux. "Silent Sky" nous replonge dans des rythmes de
danses cosmiques infernales avec une longue structure qui profite de ses 10 minutes afin de bien mélanger ses
rythmes à des phases d'ambiances où des sons gutturaux à la Secrets of Taklamakan viennent rôder. C'est un
titre qui fait très Jarre avec de bonnes percussions articulées et bien dosées ainsi que des échantillonnages de
percussions manuelles et de bonnes séquences nerveuses qui se déchaînent dans des orchestrations du style
très danse. "Full Moon Rising" est aussi très invitant avec de bons solos de synthé mais des voix peu
invitantes, alors que "The Selenites" termine “Full Moon Rising” avec un rythme ambiant qui devient lent,
comme un genre de down-tempo puiser dans les ombres de "Pulse". Les ambiances y sont riches et nourries
de voix absentes et de bons solos d'un synthé très lyrique. J'y entends des murmures de Let the Night Last
Forever de Walter Christian Rothe.
Lourd et constamment vitaminé par des rythmes pesants et d'autres plus ambiants, “Full Moon Rising” est
l'équivalent de marteler une enclume dans un magasin de porcelaines. Tout ce qui tombe, tout ce qui éclate
produit des copeaux de mélodies aux teintes surnaturelles. Il y a un superbe mélange des rythmes de Jarre et
de Nattefrost avec des ambiances de Tangerine Dream, période 76-77, et Mark Shreeve, sinon Redshift. Même si
nous sommes loin des nuances de Beyond the Horizon, la musique reste belle, enlevante et pourvue d'une
mitraille de séquences, pulsations basses et de percussions qui fouettent, bousculent et réajustent chaque titre
vers des passages toujours plus houleux, sans pour autant jamais négligé l'approche mélodieuse avec des airs
spectraux qui hantent. À entendre!
Note : 4/6
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Yog Sothoth (All) : Dreams of Mystery(Remix and Re Issued)
Chronique réalisée par Phaedream
Suivant les succès des albums de Mystical Light et de son premier album solo, Prehistoric Dawn paru en 2012,
Michael Wilkes réédite Dreams of Mystery dans une nouvelle enveloppe sonique. Cette fois-ci, les 12 titres qui
constituaient une véritable petite bombe de musique énergisante ont été remixé mais ont surtout été masterisé
par Ron Boots. Dreams of Mystery revoit ainsi le jour en vrai CD manufacturé. Il n'y a aucune nouveauté sur
cette réédition si ce n'est que le son est amélioré et les nuances sont mieux définies. C'est moins métallique et
plus chaleureux. Les basses sont mieux définies, de même que les percussions. Ce qui donne plus de chaleur,
plus de profondeur à la musique. En fait l'exercice, et je ne veux pas ouvrir un débat ici, démontre la nette
différence entre une œuvre bien masterisée, je crois que Ron Boots fait toute la différence ici, et une œuvre
maison qui sonne bien mais qui manque de moyens. Est-ce que ça vaut la peine? Absolument! Ça reste un bel
album d'IDM lourd et très près des racines de la Berlin School (enveloppe et effets soniques). Chose certaine, si
vous n'avez pas encore Dreams of Mystery; vous n'avez plus d'excuses. Surtout si vous avez aimé Full Moon
Rising dont les essences et la force brute semblent avoir été puisée ici.
Note : 4/6
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Howls of Ebb : Vigils of the 3rd Eye
Chronique réalisée par Rastignac
Howls of Ebb est un groupe américain. Fondé à San Francisco, ville de Jefferson Airplane et de Google, ce
groupe m'a attiré l'oreille lors d'une promenade sur le site de leur beau label italien de black metal
'avant-gardiste' comme on dit : "I, Voidhanger". Regardez la pochette. Elle vous fait penser à quoi ? Moi je, Moi
j'y, Moi, J'y vois un peu des thématiques habituelles de l'occulte médiatisé : troisième œil, sigils-vigiles
hermaphrodites, gardiens des cercles du soi-soi, paysage genre enfer médiéval derrière - dessiné un peu
naïvement, et là paf, notre instinct crayola-patche se dit : "cédumetal!". Ouvrez le livret. Si si, ouvrez-le. Des
corps qui brulent, des machins informes sous la lune, des fourchus divers qui éjectent des trucs rouges de
leurs orifices. Des paroles qui parlent au chanteur ("cédelésotérisme!"). Maintenant, foutez-moi ce cd dans la
machine à cd. Est-ce que ça va être aussi surréaliste que le contenant ? Hmm, un petit peu. C'est du black
metal qui sent à la fois l'encens de pâques (qu'est-ce que c'est flippant cet encens de messe, arg) et le moisi de
cave humide (j'adore cette odeur), MAIS progressif dans le sens "cédublackmetal, mais pas que", c'est aussi de
la dark-ambient, des guitares sans trop de distorsion, une voix qui scande sans trop en faire de sa voix
glaireuse, c'est très mélodique, pas brutalito, ça se veut ritualiste donc on aura des moments de méditation, et
d'autres plus mystérieux, et d'autres encore très incantatoires, avec une rythmique militaire. Un peu comme
dans les moments les plus x files sur le Disco Volante de Mr. Bungle, vous voyez, avec cette espèce de tension
qui traine à chaque coin de mesure ? Voilà, mais l'humour en moins bien sûr car la musique ici chroniquée me
semble très, très sérieuse. Pas forcément très psychédélique et flippante, mais belle comme une dentelle
effectuée par un schizophrène ou comme les chats de Louis Wain, le son d'Howls of Ebb est finalement plus
proche des expérimentations et obsessions des Secret Chiefs 3 que du Satan, Ctulhu, Odin et cie habituels
servis par les standards du metal - et c'est de ma part un compliment. Un disque qui se découvre donc au fur et
à mesure de l'année, assez sensible, à ne pas trop brusquer. Comme un gardien trop malade pour tenir
fermement vos secrets les plus glauques.
Note : 4/6
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Jessie Evans : Is It Fire ?
Chronique réalisée par (N°6)
Et dire que pendant ce temps-là, certaines dégustent des margaritas à Mexico City. Et moi je suis comme un
con à préparer du guacamole maison avec des restes d'avocat (non, parce que moi, je ne prends pas d'avocat
au petit-dej !). Besoin d'un peu de chaleur, alors j'y vais sur le tabasco et le piment (ça aussi, elle s'en enfile
cinq ou six à sec dès le matin, tu m'étonnes qu'elle n'ait jamais froid). Et je vais rechercher cet album de Jessie
Evans pas écouté depuis un bail. Une punkette américaine qui s'était établi à Berlin, malgré son amour pour le
soleil et les rythmes caliente. Par là je veux dire des machins latinos authentiques aussi bien que de l'afrobeat,
mêlés comme il se doit à un feeling très post-punk, puisque c'est bien de là que cette nana débarque (elle aura
entre temps collaboré avec Bettina Koester, de Malaria!). Il faut pas la lui raconter à Jessie, farouchement
indépendante (son propre label s'appelle Fantomette, une fille masquée comme les catcheurs au Mexique), un
saxo dans les mains et des costumes de scène qui feraient pâlir d'envie Sun Ra, dont elle est fan et à qui elle
n'hésite pas à rendre un hommage sur le très expansif et cosmic-jazz "To The Sun", avec une armée de choeurs
germano-mexicains. Son saxo, elle le brandit comme une arme à faire danser, entre Fela, Marshall Allen et tout
le bataillon ska de la fin des seventies, parce que quitte à revenir à ces amours et ces années là, autant aussi y
piocher dans ce que le sax avait de plus remuant pour les derrières, avant que les détestables années
quatre-vingt ne le transforme en clicheton variétoche pour porno soft. Jessie demande "Is It Fire ?". Tu
métonnes qu'il y a le feu, le feu au cul oui ! Impossible de rester immobile alors que ces boites à rythme bien
claquantes se mêlent aux saccades de batterie et percus de Toby Dammit, qu'on a pu voir et entendre aux côtés
d'Iggy Pop, des Residents ou de Bertrand Burgalat. Le morceau titre, aussi bien en anglais que repris en
espagnol, illustre parfaitement la mixture concoctée par Jessie Evans, entre électro-ska et new-wave gorgée de
tequila. Avec cet aspect un peu mystique, un peu Aztèque, un peu foutraque pour tout dire, qui fait que ça tend
bien plus du côté de la rue qu'un truc qui serait simplement un mélange arty bien vu. Jessie, c'est un carnaval à
elle toute seule, surtout sur scène où son répertoire prend une toute autre ampleur. Alors qu'à Tijuana on
continue à enlever des femmes, que l'ignoble trafic de chair fraîche se poursuit, Jessie Evans dresse une
estrade dans la rue pour faire danser la populace, les gosses, les putos, les vieilles, les bombas, voire même
les gringos en goguette, n'hésitant pas une seconde à balancer un petit mambo en bonne disciple d'Yma
Sumac, une troupe de mariachis déguisés en luchadors déployées en garde fantasque autour d'elle. Et des
détours plus franchement électros, irresistible machine à danser minimaliste qu'est "Class Magic", des
morceaux entonnés en espagnols, notamment "Ninos Del Espacio" avec accordéon et orgue Hammond pour un
spatio-teasing du plus bel effet, le tout avec un esprit de concision qui fait que tout se tient malgré le caractère
foufou de la demoiselle. C'est sexy sans être ostentatoire (malgré l'éventail de couleurs), c'est chaud (avec
quelques synthés-glaçons, faudrait pas non plus oublier ses origines, et ça relève le cocktail) sans être
racoleur, c'est festif sans être vulgos (c'est vraiment de l'électro-ska-latino pour La Catrina), c'est bien foutu et
plein de bonnes références bien digérées (mais le post-punk a toujours lorgné vers la danse, c'est pas
nouveau). Au final, c'est singulier et foutrement aimable, comme Jessie Evans elle-même, improbable vamp de
cabaret se réappropriant l'air de rien cet instrument plutôt masculin (pour le meilleur et le pire) qu'est le saxo.
Quant à moi, ben j'ai plus qu'à aller m'acheter quelques tacos, une ou deux Corona et puis trinquer à distance.
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Salud ! Y te quiero.
Note : 4/6
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Assück : Misery Index
Chronique réalisée par Rastignac
Misery Index est le deuxième et dernier album d'Assück, un des papas du death grind. Monument à la batterie,
manuel de résistance riffique et punk avec breaks hardcore ou death, voix growlée juste comme il faut,
monochorde, juste blasée, pas si agressive que ça finalement et moments blastés d'une précision, d'une
limpidité, d'une dextérité incroyable - tous les ingrédients sont là. Cet album très court représentera le calice
pour les fous de la synthèse : tout est dit de la manière la plus concise et cohérente possible. On va encore
entamer la rengaine de "regardez l'influence de ce groupe sur xxx groupes", désolé, mais là, hein, on a un des
creusets du croisement entre le death et le reste (le core, le grind, le truc). Triste mais déterminé, comme une
accélération incroyable de la maniaco-dépression dont les racines se trouveraient dans le langage
("Intravenous"), le travail et les relations de domination ("A monument to failure") ou la société du Spectacle
("Riven") (comme d'hab'), Misery Index est sombre, comme du doom centrifugé vitesse maximum avec
compression du message, comme une espèce de moulin à prières qui n'enverrait pas de mantras dans le
cosmos si écouté en boucle mais du vomi sur la vie quotidienne, tout cela en foutant des coups de coude dans
tous les sens. Alors, quoi ? Ben un chef d’œuvre de refus et de désespoir, un catalogue de la misère
indispensable pour tout besoin d’électrochoc régurgitatif, en quinze minutes - vous pouvez donc écouter ce
disque à peu près 90 fois par jour.
Note : 6/6
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ENSLAVED : In Times
Chronique réalisée par Rastignac
Enslaved, groupe de black metal norvégien. Mais pas seulement. Enslaved, super méga groupe de black metal
norvégien ! Ils vous rempliront vos salles de concert ! Ils vendront les disques, ils garderont le cap créatif ! Un
peu de storitellingue : mon premier contact avec ce groupe fut placé sous le sceau de l'ennui. Pardon. Un
concert aux Pays-Bas dans lequel je n'étais absolument pas rentré ; j'ai pas laissé le charme agir. J'ai donc
laissé s'envoler au loin le cas "Esclavagé". Et puis, et puis, il y eut des chroniques de lues, ici et ailleurs, et
enfin des disques écoutés, et un goût retrouvé pour les vikingueries - appétit endormi depuis une diffusion du
film "Willow" au cinéma "L'Arlequin", Belley, 1988. Je retrouve ainsi avec curiosité mon Enslaved que j'ai fait
mien, au bout d'un moment de digestion assez long mais rétributeur... car Enslaved, c'est un groupe qui a de
l'inspiration, qui adooooore les guitares, qui aime les tricoter pour en faire des beaux pulls cosmiques pour
l'hiver boréal, et ça j'aime, et j'aime toujours car ça s'entend encore sur In Times, dans cet album encore bien
noir et froid et vikingo-psychodélico-progressivo-toussa : c'est là que c'est bô, c'est quand ils restent ancrés
dans leur port de guitar heros du nord - torse poil, le fut' en cuir dans la glace, à embellir l'air ambiant, à le
rendre plus profond, plus large, en trompétant dans les réalités obscures qui veinent les éléments air, et eau,
etc. C'est moins dans l'emboitement parfois un peu perturbant des vocalises : leur agencement peut me gâcher
le plaisir d'écouter cet album foisonnant, que ça soit la voix claire sucrée comme un MTV à la fraise chimique,
ou la voix saturée dont la dégueulasserie ne concorde pas forcément avec le lyrisme tout mignon qui peut se
passer derrière... mais, mazette, quand c'est juste pile poil dans l'agressivité ou l'onirisme voulu, comme sur le
tube d'entrée (tube de 8 minutes quand même !), et quand les chœurs s'emballent derrière, par Thurisaz ça colle
dans le fond du pantalon, mention spéciale aussi au chapitre de fin "Daylight" à ce sujet, j'en ai encore le thorax
qui s'ouvre, comme une envie de faire du deltaplane à Bergen ! Et même : à force d'écoute, la cheeserie de
certains passages clairs devient même enivrante, comme quoi, la contamination, ça marche toujours quand
c'est bien fait. Continuité dans leur discographie actuelle, donc, pas de réelle rupture ici, pour ceux qui se
poseraient la question : l'album déplaira ainsi aux monstres orthodoxes cuir et clous du coin mais ravira les
tricéphales mangeant de la guitare en bois le matin, de la musique électronique à midi, et du Emperor au diner avec un peu de David Gilmour pour dormir.
Note : 5/6
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Sameer Ahmad : Perdants Magnifiques
Chronique réalisée par Ntnmrn
Ahmad n’est pas nouveau, "Perdants Magnifiques" est son second disque : mais quelle évolution depuis
"Justin Herman Plaza" en 2010 ! il est ici tout à fait différent, et en même temps, égal à lui-même. On le
reconnaissait à son flow caractéristique, nonchalant, avec ce petit accent d’orient que l’on décèle au creux de
quelques mots, et à sa façon de déballer l'air de rien des phases instinctives, aphoristiques, parfois d'une
profondeur abyssale. De ce côté heureusement, rien n’a changé. Deux choses ont changé. D’abord, il y a cette
atmosphère de mystère et de rêverie qui flotte sur toutes les instrumentales, qui, il faut le dire, malgré la
diversité de leurs producteurs, sont d’une unité admirable — et, il faut encore plus le dire : sont même les
meilleures instrumentales de l’année 2014 pour le rap français, rien de moins ! Qu’on prenne "Drago" ou
"Siwak" : ça plane indiscutablement, mais sans surfer sur la vague cloud ; ça groove mais sans être funk ; c’est
doux et lascif, mais sans être lounge ; insaisissable, et original. Il n’y a qu’à se laisser aller, car toutes sont d’un
abord facile, et merveilleusement sophistiquées. Autre changement corrélatif : le ralentissement du flow du
gus, qui en devient plus frappant, et son écriture, plus épurée. Je ne sais pas si ça vous le fait, mais quand
j’entends ce type rapper, par exemple sur "F451", je ne me le représente pas avec cette petite moue de frimeur
qu’on pourrait lui supposer à l’entendre, comme ça à première vue, avec ses onomatopées, ses respirations,
ses saccades peu élégantes... mais plutôt avec le sourire extatiquement malicieux du mec qui prend plaisir à
parler. Et ce plaisir, bien sûr, est communicatif. Que de merveilles, en effet, sur ce disque d’à peine 34 minutes,
depuis les sifflements d’Omar Little (The Wire) aux derniers remous d'une comète jazzy. S’il fallait ne garder
qu’un titre : "Deuxième du nom" — je vous somme de l’écouter —, un fabuleux relent d’orient, à cordes
grinçantes et percussions soufis... on voit bouger les ombres dans la savane épaisse, les fauves roder, les
zèbres ronfler, le soleil taper fort… il y a les bruits d’oiseaux, les insectes, les tam-tam ! tout !… et même
Sameer Ahmad, en jean-casquette, qui pose ses vers énigmatiques, abscons et labyrinthiques, à la mode 2014.
C’est véritablement ce qui fait son charme : rappeur dernier cri, rappeur geek, rappeur de sa génération, il l’est
assurément ; mais avec ce grain, ces accents, cette identité, comme si Frédo Roman revenait apaisé et
musulman d’un voyage salutaire à Babylone. Evidemment, on ne pige pas tout : les références fourmillent, les
formulations sibyllines multiplient les "entendres", et il y a de cette nécessité de se laisser porter par l’idée
générale, d’avoir une approche instinctive, un peu comme sur les Psykick Lyrikah de la maturité. Mais le ton est
tout autre, pas du tout vénère. "P.M." voit l’apparition du seul featuring du skeud, des inconnus Yocko et
Youssef ; le premier lâche "on étudie Nietzsche loin du palpable", et s’il est à la limite du contresens
philosophique, selon la façon dont on interprète le vers, je ne peux m’empêcher de me dire qu’il y a quelque
chose du "surhomme sur une civière" sur ce disque : un regard lucide sur le monde, une écriture aphoristique,
un amour patent de la vie — et surtout, la création artistique de valeurs nouvelles. A écouter Sameer Ahmad, on
se dit qu’au détour d’une découverte fortuite, le rap a de belles années devant lui, en France.
Note : 6/6
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Fusiller : Les Persistances Paranoïaques
Chronique réalisée par Dioneo
En fait de persistances, il s’agirait de continuité… Qu’on me comprenne : artificielle, menteuse, trafiquée,
combinée. Induite sur un plan de perception réduit, ramené toujours à l’idée centrale, obnubilée de fixité. Plutôt,
je précise : il s’agit en fait d’une série d’ellipses ; ou au contraire : de ce qui demeure entre elles,
pernicieusement évident. La manie gomme, bouffe les temps morts, tout ce qui n’est pas preuve. Tout fait sens.
C’est l’angoisse : permanente. C’est la jouissance : malsaine. Celle de savoir, de prévoir, de comprendre. Tout
est agression, mais on la décode… Qu’on m’entende : je ne sais pas, bien entendu, ce qui se trame dans la tête
dudit Jo – alias Fusiller, moitié des duos Opéra Mort et Femme, ourdisseur de cassettes et autres objets
bizarres du label [tanzprocezs] ; pourquoi, au fond, il a choisi ce titre ; si c’était en y pensant le moins du
monde… Tout ce que j’ouïs, c’est qu’il colle parfaitement au son. Comme celui-là se loge aux creux, à la nuit, au
vide. Les Persistances Paranoïaques, donc, élude tous les moments qui ne sont pas l’obsession, la recherche
d’alignement sur la menace, ses traces et résurgences, son investissement même du chaos, de l’informe. Ce
ne sont que distorsions. Elles hantent, envahissent. Elles gagnent les phases d’endormissement, les petits
matins, les heures vides. Tout siffle – rappel à l’ordre, à l’attention. Tout gronde comme un grouillement de
fosse, d’enfer – inéluctablement, familièrement. C’est un malaise. Mais rassurant, connu, ressassé. C’est une
nausée dont on fait routine. C’est le principe, peut-être, d’en faire ce son, cette musique, de le libérer sur bande
ou en fichiers librement accessibles, chargés, déchargés en un clic : l’inversion. Ce n’est plus une mission,
c’est un jeu. C’est instable ainsi, au lieu de fatal. Ce qui circule est très proche de ce qu’inoculaient les premiers
groupuscules de ce qu’on appelait "indus", musique industrielle (ou non-musique qui déguisait ses assauts en
albums sur tel ou tel autre support). C’est à dire que l’électronique ne fait monde qu’en s’égarant, qu’en
échappant, qu’en débordant. Qu’il n’y a pas style mais volumes, grain, matières, consistances, glissements.
Qu’ici ladite présence omnisciente, la perverse jouissance de savoir et sentir partout, à l’avance, la
surveillance, ses instances, la persécution – la persistance paranoïaque, donc, ses occurrences qui sont seul
pluriel – se retourne contre toute interprétation, toute explication. Ces sons – nappes défaussées, faussées,
nuages, charges métastasées, aberrations électroniques – sont malades, oui, nausée. Mais le plaisir qu’on y
prend n’est pas adhésion. Il est l’arrachement à ce que dit l’énoncé, les mots imprimés sur la tranche de la
pochette. Aussi rusé, aussi rampant et multiforme, qui tout autant se dérobe quand on croit pouvoir le dire,
l’articuler, en arrêter l’instance en lui donnant un nom. C’est l’inverse : c’est du bruit. Non calibré, pas relevable.
C’est à dire qu’à l’Obtus de la certitude – celle, répétons le, du tout identifiable, partout, toujours, identiquement
– ces six plages opposent des pointes qui déchirent, fouillent, surtout ne racontent rien. On ne fait pas de ces
choses là des comptes rendus, rapports de police, diagnostics, études de cas. Les voilures semblent épouser
l’ininterrompu, le récurent soupçon, la défense automatique… C’est pour en repérer les failles. L’image de la
pochette présente un négatif. Celles de cette sorte-ci cessent de représenter, d’accabler en révélant. Elles sont
toujours – même après tant de fois où l’on s’en est servi – plutôt étranges à l’œil. Ces six tronçons en tailles
diverses et aux couleurs noyées ont trop de présence pour qu’on puisse les réduire à de simples faits qui
étayeraient la thèse de l’éternelle emprise. Ils feignent d’être ce germe mental – cette conformation – mais ces
persistances là seraient peut-être bien les points d’appui, à vrai dire, où la vibration frappe pour briser la
rigidité ; que craque le cadre, l’enveloppe, la paralysie sûre d’elle – l'insoluble circularité qui jusque là se
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prétendait équilibre et parvenait à le faire croire.
Note : 4/6
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Yellow Magic Orchestra : Tighten Up
Chronique réalisée par dariev stands
Attention, attention, ceci est la dernière vanne avant mutation, je répète : ceci est la dernière vanne avant
mutation. Tighten Up, en plus d’être un tube disco-electro-funk de plus, est surtout l’un des moments
d’autodérision les plus corrosifs venant groupe à la base "sérieux" (donc non-parodique, mais surtout
professionnel dans son approche, car N°1 des ventes export de son pays). Ce vocoder, cette voix de faux
niakoué imitant l’aérobic matinal des salarymen japonais (ceux qui ont dormi sous le bureau et qui ont les
cervicales qui jouent les castagnettes)… Les reprises de Computer Love et Day Tripper, c’était déjà quelque
chose, mais là, on est limite dans l’exotisme à la Bratisla Boys. Même si au vu de leurs carrières respectives, il
n’y a que pour le sérieux Sakamoto que cela est inhabituel. En 80, le trio est invité dans l’émission musicale
Soul Train, sorte de Taratata afroaméricain, et joue de manière très pince-sans-rire voir génée devant un public
qui semble ne pas forcément voir tout le 15ème degré de cette reprise (le titre ayant toujours été un standard au
sud des USA). Mais surtout, ils tombent sur des blacks qui dansent le smurf sur leur musique, symptome des
mutations profondes de la musique urbaine en train de se créer aux USA. Si YMO sera finalement passé comme
une blague de saison auprès du public blanc, les blacks, eux, vont les élever au rang de classique de
l’electro-funk. Un genre intrisèquement lié à la révolution du son numérique. Car avec ce titre et Nice Age (autre
tube irrésistible, en face B), les 3 nippons avaient commencé, tout doucement et sous couvert d’une blague de
plus, à habituer leur public à l’idée que YMO pouvait intégrer chant pop et refrains dans sa musique, sans
singer Kraftwerk ni Bowie… Ainsi le changement radical de l’album suivant, BGM, serait moins choquant. Car le
public japonais, de tout temps et dans tous les domaines, a toujours eu peur des nouveautés brutales, des
bouleversements esthétiques irréversibles. Pourtant, c’est bien les ingénieurs des entreprises japonaises
comme Roland ou Yamaha qui vont lancer cette révolution technologique et musicale, dont YMO sera aux
avant-postes. Il ne s’agit pas de synthés, que le grand public a retenu – étant un objet à peu près connu du
paysage en 80, sous sa forme archaïque – mais des boîtes à rythmes programmables, voir des samplers
numériques. Le fameux TR-808 de Roland, par exemple, fera ses débuts sur l’album BGM, pour les titres 1000
Knives et Music Plans (ce son de clap en provient). A n’en point douter, YMO a dû etre quasiment "sponsorisé"
par ces marques, voyant en eux de parfaits représentants de commerce, participant à déclencher l’engouement
de l’occident pour la technologie japonaise que l’on sait au début des années 80. Sauf qu’au fil du temps, on a
fini par apprendre que Hosono n’aimait pas trop le son trop tranchant et froid du nouveau studio numérique 32
pistes installé par Alfa Records dans le studio du groupe… Déjà ce problème fondamental de manque de
chaleur du numérique… Alors Hosono a décidé d’enregistrer toutes les parties rythmiques, ossature
fondamentale de BGM, sur un enregistreur analogique. Il semble alors que pour la première fois, YMO cesse de
regarder le futur avec cette multicolore candeur, qui ne pouvait durer sans sonner surjouée. Pour l’heure, la
après la Chenille et la Que Leu Leu, c’est marrade on the dancefloor. “Everybody’s doin it : David Bowie doin it,
Elton John doin it, Mick Jagger doin it... Even Elvis Presley doin it !! Do the tighten up !”
Note : 3/6
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Yellow Magic Orchestra : BGM
Chronique réalisée par dariev stands
B.G.M. est l’œuvre d’un groupe en pleine mutation. Un groupe qui n’est plus qu’un sigle, adoptant le pas de
retrait des inconnus derrière les productions disco et electro-funk qui commencent à inonder New York et
Manchester. Un peu comme les Beatles décidant de faire Revolver au lieu de continuer à décliner la même
formule juteuse, YMO opère ici un virage à 180°, bien loin des clins d’œils farceurs et des couleurs pétantes
dont ils étaient jusqu’ici les spécialistes. Etant les rois incontestés (superstars et avant-gardistes à la fois), le
public a suivi. BGM est un recentrage parfaitement maîtrisé : + de rythmiques mais moins faciles et uptempo
qu’avant, + de vocaux mais moins de mélodie, + de timbres mais moins de couleurs. En gros, pour résumer très
vite : + de new wave et moins de disco. De new wave façon 81, s’entend. Rien ne nous avait préparés à ça, à ce
démarrage en demi-teinte qu’est Ballet, où la voix française de La Femme Chinoise revient, cette fois pour nous
exprimer une émotion bien réelle : un dégout du brouhaha de la vie moderne, une saturation, un trop plein.
Yukihiro Takahashi le beau gosse devient ici un androïde dépressif qui annone du Byrds en comprimés
enrobés depuis le fond de sa baignoire. Sur Music Plans, il s’anime tel automate pour mieux donner des ordres
à une autre machine, qui lui répond par des grésillements robotiques, obéissant à ses moindres désirs,
fussent-ils dénués de sens ("I want to look at black pictures".). De Solid State Survivor, les 3 compositeurs
n’ont gardé que les jeux de reflets mélodiques de Behind The Mask ou de Castalia, et ont fait disparaître
l’optimisme de façade. Le futur, que les punks ont tant voulu nier, est là, est il est pâle. Il avance sans nous, et
l’humain doit se débattre au milieu de la technologie. Voilà l’histoire que raconte BGM. Depuis son dernier
"vrai" album en 79, YMO a pris son statut de groupe pionnier et futuriste au sérieux. Ils feront la bande-son de
la nouvelle cité de néons, à l’affut de la moindre innovation qui illustrera leur vision robotique du futur. Le
Hip-hop, alors en pleine éclosion, participe à ce concert à la fois dissonant et luxuriant… Puisque les b-boys de
New York smurfent sur leurs 3 premiers disques, Hosono leur donne Rap Phenomena, plus un hommage à
cette nouvelle culture ovni qu’autre chose. Son phrasé vocodé, plus scandé que rappé fait sourire, avant de
réaliser que le motif electro-funk tourne sacrément bien. Le très (trop) expérimental Happy End, qui s’ensuit, est
une pause dans l’album, une bulle ambient de temps replié sur lui-même qui permet à l’auditeur d’aller se laver
les dents par exemple… Car comme le sous-entend la très neutre pochette, BGM peut aussi s’entendre comme
Back Ground Music. Terme générique pour les musiques de jeux vidéos des 80’s, que YMO a beaucoup
influencé, même si ici la bande-son correspond plus à un vaste hôpital qu’à une salle d’arcade. Surprise, alors
que la logique attendrait que la face se termine là-dessus, débarque le 1000 Knives de Sakamoto, tiré de son
album du même nom de 78, dans une version modernisée et passée à la moulinette electro-funk ! Les synthés
sifflent comme des valves sous pression, laissant s’échapper une vapeur digitale, dans un concert de
carillonnement de sons furtifs… C’est une tuerie, pile à mi-chemin entre l’électro pure du féroce B2-Unit et les
chinoiseries désuètes du premier YMO, ici mises au pas d’une chaîne de montage implacable et saccadée. Les
robots qui en sortent envahissent les rues en smurfant, un ghetto blaster greffé sur l’épaule. Émergeant de
cette atmosphère étouffante tel un aéroglisseur d’un tunnel capitonné, Cue démarre la face-B par une mélodie
pop qui éblouit par sa luminosité, nous prend par surprise. Jamais YMO n’a été aussi proche d’un certain
classicisme pop, faisant se rencontrer harmonies vocales et refrains accrocheurs (pas de couplets en
revanche, mais des ponts en forme d’envolées beatles-iennes !). Yukihiro Takahashi, le plus discret des 3
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jusque là, devient soudain le George Harrison du groupe, co-compositeur et voix principale, caractéristique.
Une voix grise, voilée, profil bas, robotique et introspective, à l’image des synthés devenus moins clinquants,
"marbrés" diront certains. C’est frappant sur le magistral U.T., où Takahashi, qui est aussi par défaut le Ringo
Starr de service, imprime un tempo infernal à ce déchaînement de nappes orchestrales. Au milieu du morceau,
les deux autres entament un drôle de dialogue à base de "C’est le nouvel album de YMO… écoute ce batteur,
quel rythme !", sur ce qui sonnait pourtant comme un titre affreusement sérieux, voire oppressant. Et les
gratte-ciels de verre avancent vers nous dès le titre suivant, Camouflage. Ils ont beau être décorés de motifs
orientaux ramenés d’Indochine par Hosono, ils n’en sont pas moins des murs de béton, austères et vertigineux.
Takahashi, plus déphasé que jamais, conte la sensation grisante du soleil se réfléchissant dans les grands
panneaux de verre, l’errance angoissée dans les canyons sans fin de la ville-monstre, sans-âme, verticale. Et
c’est absolument sublime… Sur la fin de la chanson, la nuit tombe sur la ville, et Mass semble contempler le
retour esseulé des salarymen, le dos courbé dans le métro bourré ou baillant dans leurs minuscules autos sur
un périphérique où les phares des voitures sont autant de lanternes de pénitents. Même l’auditeur le plus
cynique, le plus décidé à trouver dans ce disque son compte de synthés japoniais et couinants pour se marrer,
même lui ne pourra que sentir sa gorge se serrer sur cette piste magnifique, véritable requiem pour la
mélancolie et la solitude urbaine aux airs de Buffet Froid. YMO, malgré sa nature foncièrement facétieuse, a
ressenti cette tristesse qui emplit par essence toute musique synthétique en ce début des années 80. Et le
glaçant Loom referme la porte sur l’appartement vide, l’imperceptible rumeur du monde derrière le
double-vitrage, le compte-goutte du robinet mal fermé qui rend fou, qui rappelle qu’il n’y a personne pour faire
le moindre bruit, apporter la moindre étincelle de vie. On est laissé seul, contemplatif devant les nappes
ambient d’Hideki Matsukate, technicien attitré du groupe qui apporte ici un coup de main, lui qui mène par
ailleurs sa propre carrière sous le nom Logic System. On croirait contempler l’inconnu droit dans les yeux, le
futur dans toute son immensité… Raté, c’est un ultime coup d’œil malicieux dans le rétro ! Ces nappes ne sont
autre qu’une version ralentie de "l’octave spatiale infinie", glissando synthétique que Matsutake avait déjà
placé en ouverture du Cochin Moon de Hosono et qui ressemble tant au jingle THX ! En percutant l’électro-funk
avec leur sens inné de la mélodie pop et étrange, YMO s’est positionné comme un groupe en avance sur son
époque, dont il a pourtant saisi tout le zeitgeist avec poésie.
Note : 6/6
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DODHEIMSGARD : A Umbra Omega
Chronique réalisée par Powaviolenza
Bonjour ! Je ne sais plus si cet album est ou n'est pas de la trempe de "666 International". J'avoue avoir été
sceptique à la première écoute du premier extrait de deux minutes. À force de l'écouter en boucle comme le
Dodheimsgroupie assumé que je suis, j'ai fini par m'y faire. La prod bizarrement cheap, les légers couacs de
voix, l'aspect "cahier des charges de riffs interminables-typiques "Traces of reality"-style et de breaks
trop-oufs-t'as-vu", ont fini par s'éclipser définitivement quand les quinze minutes de "Aphelion Void" ont été
dévoilées. C'est simple, même les passages un peu cheesy-Opeth se sont mis à bien passer, car précédant
toujours invariablement un riff qui tue, un blast supersonique au dessus d'un riff Ved Buens Ende, une
contorsion vocale à la John Balance. Puis est venu l'album entier. Gros blocage. Je m'en sors pas. Les
sensations sont physiques. Comment un groupe avec une discographie aussi parfaite (excepté "Supervillain
Outcast") arrive à atteindre un tel sommet après seize ans (seize ans !!) d'absence, je ne me l'explique pas. Ça
me sidère. Tout y est. Oui, cet album est de la trempe de "666 International" et sonne comme un "Regno Potiri"
de soixante minutes, en plus triste. Tragique. Comique. Gothique. Aux larmes. Et tellement céleste. Les défauts
deviennent des ponts, les meilleurs moments des compagnons pour les seize années à venir. Le "cahier des
charges" n'est qu'un lointain souvenir : oui, cet album sonne comme du Vicotnik TM, mais pourquoi leur
reprocher? On y est chez soi, comme chez "Kronet til Konge", comme chez "Written in Waters", vingt ans plus
tard, pour le meilleur ou pour le pire. On y a peur parfois, quand les trompettes résonnent et que tout repère de
justesse s'est fait la malle. Souvent on s'y sent bien. Ballotté. Cet album est une singularité, un
hymne-monument à l'imprévu dans ce monde de certitude au goût de cendre, à l'image de cette pochette-Incal.
Incroyablement et surprenamment EXCELLENT. Saccage.
Note : 6/6
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Ithaqua : Initiation to Obscure Mysteries
Chronique réalisée par Rastignac
Le vent souffle dans ma nuque. Mon walkman dans la poche, du metal dans les oreilles, je regarde une
procession de sorciers tout de noir vêtus amenant dans leurs bras victimes sacrifiées et bols plein d'encens
pestilentiel, et je surkiffe la vibe. La musique que j'écoute ? Ithaqua. Groupe grec. De Black Metal. Parlant de
sorcellerie, de victimes, de puissances occultes. Sorti en cassette. Sur Iron Bonehead. Je pourrais en rester là
pour les initiés, mais vu que le web est encore ouvert à tous, je vais détailler un peu ! Ithaqua, Grand Ancien
lovecraftien, mais aussi le bled d'Ulysse avec un A à la fin au lieu d'un η si vous vous souvenez de vos
cours de grec ancien, MAIS surtout duo athénien va nous balancer plein de riffs très heavy dans les sonorités,
thrash dans le tempo, très bien emmanchés, avec des bouts de synthés du genre "ordinateur de bord d'Argos"
ou flutiau païen, ceci meublant bien les enchainements entre thèmes, et amenant encore plus d'excessif dans
cette musique, même dans le final très cérémoniel, calme, flippant, qui sent fort l'agonie de l'âme et reproduit à
merveille les nœuds de vipères. Oui, le metal, c'est excessif. Sinon, ben, c'est pas du metal ? Donc, cette demo
de metal, très bien produite, me confirme que les labels restent, quand même, au moment où l'on se dit que
n'importe qui peut balancer n'importe quoi sur la toile et devenir une star, les labels je disais gardent des
fonctions de mise en tête de gondole, quelle que soit le genre musical : je pense que je n'aurais jamais entendu
parler de ce groupe si je n'étais pas allé trainer sur le site d'Iron Bonehead (c'nom quand même)... v'voyez? Et
c'est bien, parce que ce groupe est prometteur, très droit dans ses bottes, très traditionaliste, très beau
finalement, sachant encore bien lier grosse guitare et gros synthé, et confirmant encore que la Grèce est un
pays d'une richesse incroyable, et cela même dans le black metal, quand on voit ces petits enfants du Rotting
Christ période Thy Mighty Contract enfiler encore une fois la cartouchière pour allumer la flamme sur la colline,
pour mieux coudre leurs patches de pentacleurs, le casio sous le bras.
Note : 5/6
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Angelcorpse : Of Lucifer and Lightning
Chronique réalisée par Rastignac
Vous êtes déjà monté dans un avion ancien, qui fait du boucan ? Moi, non, je m'imagine juste en regardant des
films de guerre retraçant le conflit mondial des années 40, ce bzzzzzzz grave qui a dû s'imprimer dans
l'inconscient collectif par chez nous, et ailleurs (le Japon par exemple, liste non exhaustive...). Ce son a marqué
les (in)consciences car il précédait les tapis de bombes larguées par les avions américains sur la tronche de
nos grands-parents... j'ai comme l'impression qu'Angelcorpse sur cet album du comeback a voulu un peu imiter
cet effet là : un paquet d'avions gras, puis explosions sur explosions, avec un avatar de Trey Azagthoth aux
commandes de ce B29 sataniste... il parait, par un sondage rapido sur la toile que cet album, le der des der du
groupe après split et reformation est le plus mal-aimé, à cause d'une certaine redite et un son malfichu,
ritournelle unanime à sa sortie... j'ai pourtant eu l'occasion d'écouter le reste, donc je comprends pas... j'aime
bien ici ce chant ultra grognon, ces guitares et cette batterie, telles qu'elles sont montrées ici, c'est vraiment
pas de la bouillie à écouter... certes, y a une grosse infusion de Morbid Angel dans ce dernier disque mais ça
s'intègre dans une expression propre à Angelcorpse, c'est à dire une espèce de rap gobelin à l'haleine
mauvaise, et des tas de guitares super bien jouées, soutenues par une rythmique gros coup de tatane dans la
gueule. Très headbangant, très guerrier cet album ! Pas trop linéaire et bourratif comme c'est souvent le cas
dans cette scène "guerre metal", striée de black metal impur et de death très habile. Bon, si je fais la
comparaison entre d'autres ténors du machin, genre Diocletian ou Revenge, Angelcorpse sur cet album est
plus simple, moins bizarre, moins puissant, mais parfaitement plaisant pour les moments de la journée où j'ai
vraiment les glandes... là, ça passe ou ça casse les disques de musique extrême, ou cette musique dite violente
va me casser encore plus les burnes (comme la dernière collaboration Full of Hell/Merzbow pour prendre
l'exemple le plus frais là dans ma tête), ou ça va me calmer (comme n'importe quel Asphyx, ou un Lvcifyre et
bien sûr Domination de qui vous savez)... ce n'est pas un hasard. Si la conjonction d'une musique pareille se
coordonne bien avec un sentiment de frustration et de colère immense en soi, ça veut dire que c'est de la
bonne came - et du bon death metal si on parle de ça. Angelcorpse, donc, a tout à fait sa place sur guts, même
leur dernier album qui est ainsi le euh... dernier arrivé ici. Et il a tout à fait le droit de se faire bombarder de cinq
virgule zéro boules H par mon coucou personnel.
Note : 5/6
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Five Go Down to the Sea? : The Glee Club
Chronique réalisée par sergent_BUCK
Ah voyageur, vous l’étranger qui êtes de passage dans notre beau petit village, qui vagabondez avide de
rencontres insolites et d’aventures mémorables… Le grand air de la nature vous plait-il par ici ? Oui, c’est qu’il
fait bon vivre dans cette petite contrée, aussi reculée soit-elle. Vous venez d’arriver, est-ce que vous avez eu la
chance de croiser nos charmants hôtes ? Venez que je vous présente Fi75arr. Le voilà qui arrive, titubant
comme un colosse fin bourré un soir de pleine lune. Le laissez pas vous attraper par le col, sinon il risque de
commencer à vous raconter sa vie en braillant au creux de votre oreille… ah trop tard, il vient de s’y mettre ?
Bah voyez, elle est pas si triste sa vie. Toute remplie de déboires champêtres, de chorales de village, de
Grand-Prix clandestins en caisses à piquette, de laitiers unijambistes … Prononcez ‘Jumping Joley’ et vous le
verrez se mettre à danser sur la table, il invitera surement même un de ses potes à jouer un petit solo de banjo
pour l’accompagner, vous pouvez me croire, ça vaut le coup. Après, il pourrait bien se mettre à chanter du
blues, un peu comme son grand frère Nick le faisait dans la cave, pendant ses parties d’anniversaire... Et là
c’est tout de suite moins joyeux. Faut dire qu’il a pas exactement la même classe que le Nick en question, notre
Fi75arr… Il s’inscrit dans une catégorie plus balourde, plus pataude, et plus nature aussi. Un esprit de gros
bébé dans un corps de rugbyman. Approchez votre oreille… On raconte ici au village qu’il collectionne les
souris, musaraignes et autres rongeurs morts trouvés dans son jardin, qu’il range dans une petite boite
planquée sous son lit… et que quand sa mère est couchée, il les ressort pour jouer avec comme des petites
poupées ! Aucun d’entre nous n’a osé lui en parler à la chorale communautaire depuis qu’il s’y est inscrit. Enfin
c’est qu’on aurait peur de le vexer, et personne ne voudrait ça. Peut être que ses potes avec qui il fait du
boucan dans son cellier sont au courant, mais les bougres ne sont pas très loquaces non plus. Faut dire qu’ils
n’en sortent plus beaucoup de ce caveau depuis qu’ils l’ont aménagé en salle de répet il y a quelques semaines
; c’était après avoir signé ce contrat pour enregistrer un disque à la ville. Tout le monde se demande ce qu’ils
peuvent bien fabriquer à rester tout ce temps là dessous... est ce qu’ils peaufinent leurs compos, ou alors c’est
qu’ils ont finalement trouvé la réserve secrète de pinard de tonton Phil ?... à bien y réfléchir, les deux ne sont
pas incompatibles... Je ne sais pas très bien où cette histoire va nous mener, mais cela ne me rassure pas
vraiment.
Note : 5/6
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Five Go Down to the Sea? : Singing in Braille
Chronique réalisée par sergent_BUCK
Au secours !! Tous aux abris !! Les ‘Five go down’ ont fait l’acquisition d’une pédale fuzz !!... quoi vous-dites,
comment ? C’est un effet qu’on trouve communément chez les groupes de rock ? Si vous aviez écouté leur
précédent disque, vous sauriez la menace que peut représenter cette nouvelle… Bon, voilà donc le fameux
méfait gravé sur rondelle noire, et en à peine 3 secondes on comprend notre douleur : il y a là, à peu de chose
près la même folie ronde que sur le précédent enregistrement, à la différence que les guitares sont maintenant
affublées de ces saturations terrible ! Et en fait, tout l’EP est du concentré de perfide. Ça part d’emblée sur des
chapeaux de roue, et ça ne fait que monter en pression, cassage d’oreilles et implosion de cerveau. Il y a ‘Aunt
Nelly’, le savoureux plat de résistance, avec ces bourrasques d’instruments qui miment la tempête soufflant au
dehors pendant qu’on doit rester prostré au coin du feu, dans la pénombre… Il y a ce morceau d’ouverture,
grosse beuverie dérapante dans une grande taverne rurale reculée, où l’on sert de l’alcool de groin de cochon,
qui continue à grogner quand on empoigne la choppe… Enfin, le groupe finit par cracher tout ce qu’il lui reste
dans le ventre sur la dernière minute de ‘Silk Brain Worm Women’, où la voix se dédouble (comme la vue) pour
nous en mettre deux fois plus dans les esgourdes. Trois morceaux riches en houblon, qui donnent l’impression
de parcourir un vieux bouquin d’illustrations retrouvé au fin fond d’un grenier, bourré d’histoires tordues, de
fables hagardes et de remèdes de grand mère à la limite de la sorcellerie… Si vous êtes amateur de post-punk
fou et de débordements musicaux tout-azimut, il va sans dire que vous allez adorer ce disque. Si vous êtes
amateur de n’importe quoi d’autre, ces dix intenses petites minutes vous feront passer un moment difficile.
Mais quand on croit que le pire a été commis, il reste à se pencher sur le troisième volet des aventures de
Fi75arr et ses copains, sobrement intitulé Beethoven… là, je ne réponds plus de rien !
Note : 6/6
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Burnt by the Sun : The Perfect Is the Enemy of the Good
Chronique réalisée par Rastignac
Printemps 2015, brûlé par le soleil, encore. Hé, elle est pas belle cette introduction à Burnt by the Sun sur guts
? Non ? Bleeeeeuuuuuuuuuuuuuh (imaginons que c'est le chanteur du groupe qui vous répond à ma place)...
"bleeeeeeeeuuuaaaaaaaa..." on veut se la jouer j'ai de la classe, je mouline dans le pit, j'ai des poumons
d'alpiniste ? "Blaaaaaaaaaaaaaaa" renchérit Michael Olender, "CNN tue tes cellules comme l'alcooooool!!!", des
coups de baguettes dans la gueule mouaaaaaais, on n'aura jamais assez de tatouages, on les prendra toujours
dans le pif ces chansons bastons, même quelques années et modes métalliques passées. Comme disait
Saïmone il y a dix ans (allez, presque), Burnt By the Sun joue bien de la guitare, a le mec de Discordance Axis
(et de Municipal Waste aussi) derrière les fûts, et surtout est un grand (du passé plutôt maintenant, le groupe a
splité depuis) d'un metalcore vraiment brutal, technique et puissant, pour qui morsures au nez et coup de poing
dans le bide sont les effets escomptés et réels, ici dans cet album enrobé d'un discours apocalyptique où
rodent les forces de l'ombre et une mystique complotisto-cosmique lucide par moments, complètement
millénariste souvent. Découvert pour ma part sur une compilation Relapse (merci Relapse, encore, merci,
*brosse* *reluit*), cet album reflète quelques très beaux moments botchiens ("Patient 957" ), c'est à dire des
petites rêveries malades et désespérées (et bourrines), avec parfois des airs orientaux, gros discours
anti-impérialiste derrière inclus (" Spinner Dunn"), quelques plans guitares carrément death metal qui se
mélangent avec des riffs "jump, jump", qui s'enchainent à des rengaines grind, puis mosh part, puis
rebourrinades hardcore ou grind ou death (genre "Patient 957" ou "Rev. 101")... le type de chanson qui a dû
faire des morts d'épuisements lors de certains concerts sous-ventilés. Il y a enfin le tube "Forlani" à mettre en
relief ici, titre que j'avais écouté en premier, qui me rend un peu moins malade à chaque fois que je l'écoute...
contrairement à la dernière piste se résumant à un larsen assez désagréable, ressemblant beaucoup à mes
acouphènes, lequel bruit fixe dure une quarantaine de minutes, mais dont l'effet stéréo est assez marrant quand
on se balade dans la pièce, enfin, si on aime la torture des oreilles (j'ai pas avancé jusqu'à la fin pour voir s'il y
avait une surprise, "ma patience a des limites, mais il ne faut pas exagérer"). Enfin, voilà, si vous êtes un poil
nostalgique et que vous voulez réécouter cette espèce de moment fusionnel entre toutes les scènes qui s'est
passé sous l'égide de ce label baltimorien, essayez cet album de Burnt by the Sun, vous verrez, c'est vraiment
pas relou, ça donne la gaule, et l'envie de foutre des coups de boule à tous les casse-pieds du monde, qu'ils
soient réels ou planqués sur Nibiru. Donc, hein, cinq étoiles, strike !
Note : 5/6
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Besieged : Victims Beyond All Help
Chronique réalisée par saïmone
Il parait que je suis trop généreux en terme de notation. Tu vas m'écouter ça, petite boule de merde, et après
t'auras le droit de parler.
Note : 5/6
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Valerio Tricoli : Miseri Lares
Chronique réalisée par saïmone
Vous ne le savez peut être pas, mais il est difficile pour le chroniqueur d'un site comme Guts de savoir « quoi »
choisir, de quel disque vais-je parler ? Divisé entre l'envie de faire partager ses coups de cœur, et celle de ne
pas faire exploser son quota de 6/6, puisqu'une telle notation n'aurait alors plus de sens (si tant est qu'elle en
ait déjà eu un auparavant, de sens). C'est encore pire chez le chroniqueur un peu ancien, déjà fatigué, qui peine
à trouver le temps, et qui souhaiterais seulement se concentrer sur les trucs intéressants à partager – puisque
de toute façon le reste ne le « mérite pas ». On m'a reproché d'être généreux (ce que je ne pense pas être) et ça
m'est tout bonnement insupportable. Pourquoi ? Parce que le premier fdp passif qui traverse le site avec une
page youtube en deuxième onglet se croit sur facebook avec ses avis expéditifs de statut aussitôt oublié. Je
crois que la volonté de Guts c'est justement de faire ressortir ce qui fait histoire (accrochez-vous j'envoie la
sauce), ce qui fait histoire dans la musique, j'aurais dû l'écrire Histoire, ce qui échappe, ce qui est caché et qui
heurte, ce qui mérite de, et ça demande non seulement de creuser, mais aussi d'être attentif, de donner de soi,
de donner du temps au disque quand il le mérite, et d'essayer de transmettre ça, et franchement c'est quelque
chose de très difficile. Voilà pourquoi c'est insupportable ces petites remarques mesquines, ça vient saper ce
boulot (je veux dire, les chroniqueurs PAYENT pour chroniquer, si tu ne le savais pas) et c'était déjà à l'origine
du départ des meilleurs d'entre nous. C'est pourquoi je comptais faire Histoire avec ce disque de Tricoli, parce
qu'il marque un tournant à mon propre niveau, dans ma façon d'aborder la musique, et d'en rendre compte.
Parce qu'il est fondamentalement impossible d'en dire quoi que ce soit, rapport à sa forme impalpable, sa
longueur infinie (une heure trente), sa membrane trop fine. On ignore ce dont il s'agit, de fields recordings ?
D’électroacoustique ? De concrète bizarre ? Comme les textes récités semblant provenir du fond d'une cave ou
d'un garage mal isolé, de Dante, de Lovecraft, de Cioran, de qui d'autres ? Miseri Lares ressemble à
l'enregistrement d'une bougie en train de mourir. On ne peut rien identifier de précis (évoquant à ce titre le
premier album de Rashad Becker, ici au mastering), analogique ou numérique tout se confond, les objets ne
résonnent pas, ils ne sont que matière. Miseri Lares ressemble à l'enregistrement d'un rêve, d'un cauchemar, de
ceux où l'on marmonne la nuit, indistinctement, d'une réalité qui semble palpable mais qui s'évanouit dans les
souvenirs puis dans l'oubli. L'oblitération d'un sens, la vue, l'odorat, le toucher, et son évocation par
équivoque. S'il n'existait pas qu'en vinyle (et bien lourd, un double), on aurait peine à croire à l'existence de ce
disque qu'on ne sait avoir écouté. Est-ce d'ailleurs de musique dont on parle encore ?
Note : 6/6
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TOOL : Ozzfest Antwerpen 2002
Chronique réalisée par Rastignac
Eh ! La centième ! Des mots blancs balancés dans le vide de ces pixels noirs et de ces 1 et de ces zéros, et pas
l'envie de faire de poisson d'avril. Je me suis dit un moment "tiens, je vais faire une compilation des meilleures
'pochette cheval' avec du Archagathus, du Nico, et du Desolate Shrine, du Brigitte Bardot, du Melvins, du
Jethro Tull". Et puis non, je me suis dit, cette année c'est pas l'année du poisson d'avril. Cette année, c'est
l'année où le nouveau Tool se profile, doucement, il est vrai, à l'horizon, allez, ça sera peut-être 2016, mais bon,
ché pas, je le sens bien. Alors que les membres du groupe sortent apparemment de batailles judiciaires et
sanitaires qui ont encore plus allongé la période déjà bien longue séparant chaque ponte au public de leur caca
cosmique, quelques vieux cons de la tool army comme votre serviteur rêvent secrètement d'un retour dans la
continuité de la mystique, du son et de la créativité du tandem Aenima-Lateralus - j'aime modérément le "10000
days" si vous n'avez pas su lire entre les lignes. Et alors, pourquoi je rêve secrètement etc. ? Parce que Tool a
opéré directement dans mon cortex lors de ces années là, entre 1993 et 2002, de manière de plus en plus
insidieuse, et de plus en plus permanente, et de plus en plus puissante, génératrice de chaos créatif, de
destruction productrice, depuis le visionnage de ce clip de Sober sur M6, jusqu'à cette tournée Lateralus qui a
fait des bonds en Europe via Ozzfest (le festoche d'Ozzy, enfin, euh... oui, le festoche d'Ozzy, pour résumer), en
compagnie (surtout) de Slayer, je parle pas d'Ill Niño ou des autres groupes de néo-truk de l'époque, ce fut
passablement compliqué à ingurgiter quand on vient juste pour ces têtes d'affiche de luxe. Slayer. Tool. Sur ce
boot, ça se passe à Anvers, et c'est quasiment ce que j'ai vu à Lisbonne cette année là, lors d'une autre étape
du Ozzfest 2002. Le son est capté dans le public, mais reste de très très bonne facture, si vous faites
abstraction des mecs qui blaguent en flamand dans le fond, assez discrets en fait, et de la reverb' un peu too
much dûe à ce genre de prise en pleine foule, dans une salle énorme... Concert avec introduction par voix de
gorge tibétaines, explosion neuronale avec The Grudge, angoisse les dents serrées avec un Stinkfist version
"extended" ; voix qui se chauffe assez rapidement pour le Maynard intergalactique, pas très bavard, alors
habillé d'un seul slobard et peint en bleue si ma mémoire est bonne - l'était ptet un peu plus habillé là, mais je
retrouve pas de photos de l'évènement. Le tout arrosé de projections méga trippantes à base d'écorchés pleins
de canaux subtils et de chakras qui explosent by Alex Grey, de films où des mecs flottent dans du liquide
amniotique et de machins gigeriens, un peu une expérience visuelle digne de certaines séquences DMT-like
issues d'"Enter the Void" de G. Noé. On enchaine avec le fabuleux Parabola, quelques mini-pains de guitare
inclus, qui ne gêneront pas ma réception de fa75oy, le Maynard mi chanteur Corse mi moine bénédictin
rattrapant largement ces très légers couacs, bien aidé par l'ingé son qui sait allonger ou raccourcir la sauce
quand il faut. Schism sera introduit par de jolies petites clochettes - hé ! Je fais le tour juste pour vous dire que
ça vaut toujours le coup d'aller voir Tool en concert, ne serait-ce que pour ces légères réinterprétations très
plaisantes, Schism d'ailleurs suit cette règle avec un interlude électronique que vous n'entendrez pas ailleurs,
petits interludes qui se multiplieront entre les morceaux, petites variations niveau batterie, niveau riffs et lignes
de chant aussi. Sober est introduit encore par quelques petits trucs électroniques, très peu de silence dans ce
concert en fait, comme un film scénarisé qui déroule sans coupures... suit la trinité clouant le bec du disque
Lateralus, Disposition>Reflection>Triad, avec un featuring d'un certain John de System of a Down, puis
apocalypse sur Lateralus. Quel mot de fin ? Ben il est bon ce boot, il ravira les fans de Tool, surtout ceux
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friands de Lateralus bien sûr (un seul morceau d'Aenima, un seul d'Undertow, zéro du premier EP, pas de
reprises, contrairement à d'autres dates de cette tournée). Il peut être un bon complément à la sortie officielle
"Salival" vendue surtout avec des extraits d'Aenima, issus des tournées précédentes. Il fera rager les
fanatiques de ne pas voir publier plus de live officiels. Et il les fera patienter avant la prochaine cuvée qui, je
l'espère, ne sera pas trop bouchonnée.
Note : 4/6
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Beethoven : Him Goolie Goolie Man, Dem !
Chronique réalisée par sergent_BUCK
Suite au succès immense de leurs trois premières productions, les 'Five Go Down To The Sea?' ont dû une
nouvelle fois changer de nom en 1989… sans doute à cause des centaines de milliers de fans incontrôlables
qui les suivaient pendant leurs tournées, dévastant des villes entières concert après concert ! Le choix fut
arrêté sur "Beethoven". Voilà un patronyme qui, une fois photocopié sur les flyers ne dirait rien à personne et
leur assurerait des sorties tranquilles. Le disque s'ouvre d'ailleurs sur "Day Tripper", une reprise d'un petit
groupe totalement inconnu, qui s’était produit en concert quelques années auparavant dans divers caveaux et
bars sordides de Liverpool. Pour l'occasion, Beethoven a beaucoup assagi, et je dirai même 'embelli' la
chanson, en y ajoutant de nombreuses harmonies insoupçonnées ainsi qu'une intro progressive du plus bel
effet. Les autres morceaux sont des pièces tout aussi raffinées. Les lignes de basses sont jouées en nuances et
légèreté, se mariant parfaitement avec la frappe subtile de la batterie (l'intro de ‘Two Samies’ est sur ce point un
bel exemple à suivre !). On peut également noter le talent du guitariste, qui tel un Johnny Marr céleste nous
produit tout au long du disque des riffs inoubliables et identifiables dès la première note, ainsi que des solos
absolument incroyables de précision et de virtuosité ! Le chanteur dans ce petit monde idyllique se trouve être
parfaitement dans le ton. Tel un Mark Hollis des grands espaces, il semble retenir les mots entre ses dents,
pour ne livrer que l’essentiel de sa voix douce, tout en se permettant quelques petites envolées assez osées
pour une musique de cet acabit ! Somme toute, un excellent mini album que je recommande à tout amateur de
mélodies veloutées qui se respecte. Hélas, il s'agit ici de la dernière production du groupe : Le chanteur se
noyait peu de temps après en essayant de passer sous une péniche à la nage... "Goodbye & Farewell & So
Long & Good Luck & Adieu" chantait-il sur son tout dernier morceau … nous regretterons éternellement ce
groupe dont les émules se font trop rares.
Note : 6/6
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M.O.D. : Devolution
Chronique réalisée par Rastignac
M.O.D., c'est comme S.O.D., mais sans les mecs d'Anthrax. Formé donc après le split des plus grands patriotes
neuneus de l'histoire du thrash metal, M.O.D. restera sous la coupe de Billy Milano, le roi de la finesse et de la
fierté ricaine, et on sent que le mec a voulu allonger la magie, et la sauce aussi. Après deux albums dans la
continuité de SOD, puis un très passable "Rhythm of Fear" qui voudra se la jouer plus NYHC qui mouline et qui
se prend au sérieux, voire qui rappe (ouch), voici un retour à une esthétique au niveau de l'illustration plus
ancrée dans la tradition avec ce Devolution... et je me suis fais avoir par l'emballage. La musique elle est
toujours calée dans un hardcore gros bras deux riffs/mosh parts qui cartonnait à l'époque, avec des solos
bêtes comme tout en plus, ceux-ci entrecoupés de moments un peu boogie, avec vocalises bluesy du Billy qui
voulait, j'imagine, désespérément bouger vos popotins tel un Mike Muir beaucoup plus gras du bide,
accompagné de musiciens beaucoup moins virtuoses du manche ou de la baguette : les trois gusses sont des
anciens Pro-Pain, le batteur sera le fondateur d'Ill Niño... ouch. Les paroles sont pour leur part beaucoup moins
prout prout rigolardes si vous êtes restés coincés sur votre nostalgie de SOD, et sont plus du genre critique
sociale du pays de la Liberté... Vraiment pas original, et même pénible à s'envoyer dès "Resist". S'enfileront
ensuite des chansons très similaires qui cassent les pieds par leurs refrains stressants, leurs riffs ultra
convenus et plats, et là, j'ai comme une envie d'appuyer sur STOP... j'ai en fait beaucoup de mal à écouter cet
album en entier, tellement il me gave. Bref, ceci signe un peu plus la déconfiture des projets de Milano, le mitan
des années 90 devenant son enfer particulier... Notre Billy restera par la suite dans les vestiaires du succès
metallurgique, malgré une reformation opportune des Stormtroopers of Death trois ans après cet album. A
réserver aux fans de musique bateau et stressante.
Note : 2/6
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Klub des loosers : Spring Tales
Chronique réalisée par (N°6)
C'est le printemps qui s'en vient, z'écoutez moi les petits zosiaux qui gazouillent dans les feuilles précoces et
encore fragiles. Balayée la tristesse de l'hiver, bonjour la douce mélancolie et les giboulées qui vous trempent
la gueule alors que vous espériez déjà l'arrivée des légères jupettes aux flancs des demoiselles. Une envie de
beats peut-être ? Monsieur Fuzati, le vengeur masqué des
fouilleurs-de-cartons-de-vinyles-en-vide-grenier-sur-les-trottoirs-humides est là pour vous, même ceux qui ne
goûtent guère son flot anémique de siffleur de bibine misogyne, nul peur à avoir de son verbe acide cette fois,
c'est strictement de l'instrumental, garanti 100% pur hip-hop sans aucune trace de MC dedans. Abstract ? Le
père Fuzati ne n'en soucie pas trop, pour lui une boucle c'est une boucle. Faut pas oublier que contrairement à
ce qu'on peut croire parfois, c'est bien lui qui est responsable de ses propres instrus sur les albums du Klub,
du coup une bien jolie familiarité se dégage de cette collection de beats & loops, comme chaque année le
retour de la saison douce tant attendue. Et sans la voix trainante et geignarde pour rire du Fuz en avant, la
pureté et le minimalisme classique de son travail de production se révèle dans toute sa splendeur. Asbract
disais-je, parce qu'il est impossible parfois à ne pas songer à certains de ces DJ des années quatre-vingt-dix
qui avaient extrait la forme stricte de l'instru pour lui donner (lui redonner en fait, aux âges premiers du hip-hop
le MC n'était qu'un détail connexe) toute la place qu'elle méritait en tant que musique à part entière. D'autant
qu'avec le Fuz, les sonorités penchent bien évidemment vers le jazz, la fusion, les seventies et les ambiances
doucereusement amiantées de ces périodes alors bénies où les craquements des vinyles n'étaient pas des
effets de recréations rétromaniaques. Fuzati varie les saveurs, une senteur latine sur "Saudade", un sample
vocal soul lumineux sur "Ambitions", une pincée de lounge d'ameublement sur "Pete's Barbecue", sombres
choeurs et piano réduits à une triste portion congrue sur "Last Beer (4AM)", une atmosphère crépusculaire et
mystérieuse sur "Slow Rush". Rien de trop asséné non plus, les boucles restant ici de purs outils susceptibles
d'êtres utilisées par des MC autant que des petits bouts de hip-hop instrumental à laisser s'échapper par les
fenêtres enfin ouvertes sur le changement d'heure en fin d'après-midi. En tant que collection de productions
diverses sans lien évident plus que véritable album conçu comme tel (on y retrouve d'ailleurs des loops
familiers pour ceux qui auraient goûté aux aventures du Klub des 7, pour lequel Fuzati officiait aussi bien en
tant que MC que producteur), il est possible qu'une petite lassitude s'installe malgré la qualité à peu près
comparable des pistes. Ou bien alors, à picorer comme dans ces assiettes de pistaches de ces premiers apéros
en terrasse des cafés, quand la ville se réchauffe timidement, ne pas s'en gaver au risque de s'en écoeurer
gentiment et manquer alors la saveur de merveilleuses pistes de fin d'album. Ce serait dommage, mais tout le
monde n'a pas forcément le goût de se taper plus d'une heure d'abstract hip-hop jazzy, lâchons le terme
puisque qu'avec Fuzati on est toujours un peu en 1996, non filtré. Quel délice pourtant la douceur d'une fin de
matinée et les premières gambettes presque nues qui déambulent au son de "Hope (She's Coming)" en nuage
aérien et gimmick de vibes ratiocinant une certaine idée de légèreté tant désirée, après des mois de grisaille.
C'est qu'elles attachent bien au corps ces dernières prod, comme l'aspect brumeux de "Run", typique de
l'ambivalence du Klub, à la fois confortablement cotonneuse et familièrement inquiète, et les formidables
"Magic Garden" (gros beat et clavier fusion qui titille l'épiderme) et "Season Change" (en mélodie de cuivres
entêtante et mélancolique) qui viennent clore en beauté cet hymne à la saison des amours. Déçus, en général,
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mais enfin bon, ça c'est autre chose…
Note : 4/6
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Geto Boys : The Resurrection
Chronique réalisée par Raven
Les trois psychopathes mélaniques ont traversé des périodes difficiles, connu la déchéance. Ils reviennent en
1996 après avoir un peu trop écouté The Chronic, constaté la montée en puissance de tout un tas de groupes
de rap sophistiqués. Ils feront pareil, mais façon sudiste, pas très nette donc, voire malsaine. Houston shit, plus
un synthétiseur g-funk, et quelques trips nocturnes à la Boot Camp Clik. Dans l'air du temps mais égaux à
eux-mêmes, dès "Still" avec ce son chargé en électricité statique qui hérisse les poils. Les Geto Boys se
lancent dans leur premier album à peu près pensé, ils ont pas peur de fondre un peu du bide sur du mélodique
et même du tristouille, pour mieux rappeler qu'ils arrivent tranquillement à l'âge où on compte les morts, où on
se range. En restant quand même un crevard, hein, mais il est clair qu'à côté de Willie D., Bushwick Bill s'est
plutôt assagi, même si pas encore born-again, et Scarface égal à lui même fait office de morne pilier. Le croisé
des trois flows est moins grisant, car moins agressif, ce qui n'empêche pas quelques fulgurances. On les sent
dans l'inspiration socio-orientée du moment, nettement moins parodiques, même s'ils avaient déjà montré
qu'ils pouvaient émettre des réflexions entre deux insultes gores. Ils n'ont plus l'esprit léger. Lourdeur d'âme,
même : un poids nouveau, une forme de gravité les a atteint. Passé son entrée en matière énergique, The
Resurrection part dans un trip plus moelleux, moins funky, mais plus soulful que leurs glorieux faits d'armes.
On sait ce qu'on perd, on sait aussi ce qu'on gagne. Plus orienté rue et vécu, moins excessif, quoique. A
l'exception de leur ballade pour gonzesses "Geto Fantasy" (pas atroce non plus) et du groove canaille de "Time
Taker", on tient leur second meilleur. Les puristes préfèreront taper dans la came non coupée des premiers
albums, mais ils se priveront d'un Geto Boys plus dense, plus étrange aussi, avec un groove sinistre qui ne
demande qu'à s'épanouir (écoutez donc "Hold it Down" au lieu de vous fatiguer à chercher les rares grands
morceaux chez Brotha Lynch Hung). Petites touches typiques du southern rap ("First light of the day"),
passages qui t'arracheraient presque une larme ("Blind leading the blind"), passages laid-back bien chargés en
testostérone ("Geto Boys and Girls"), fantasmes morbides cette fois-ci coulés dans la sape synthétique d'un
g-funk nauséeux ("I just wanna die"), ou ce final bien malade sur le court et minimal "Point of no return", où
Scarface et Willie D. s'offrent des couplets d'anthologie à la façon de la nouvelle génération, pour mieux la
suriner, sur un beat complètement aseptisé, comme s'ils s'étaient soudain réveillés dans la chambre froide,
après un rêve semi-cauchemardesque de cinquante minutes... Grower, torve.
Note : 5/6
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Informations
Vous pouvez retrouvez nos chroniques et nos articles sur www.gutsofdarkness.com.
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Table des matières
Les chroniques ........................................................................................................................................................................... 3
Salome's Dance/Sierpien : Split ......................................................................................................................................... 4
Dawson : Romping Egos.................................................................................................................................................... 5
Death By Milkfloat : Sense and Nonsense......................................................................................................................... 6
The Permanent Confusion : Kicks from the past (1991-1993) .......................................................................................... 7
Javi Canovas (Javi) : Eunomia ........................................................................................................................................... 8
Alio Die | Parallel Worlds : Elusive Metaphor................................................................................................................. 10
Perceptual Defence : Time Lines ..................................................................................................................................... 12
PHROZENLIGHT : Black Week..................................................................................................................................... 14
NATTEFROST : Homeland............................................................................................................................................. 16
NECROPHAGIA : Whiteworm cathedral ....................................................................................................................... 18
Babe Ruth : First base ...................................................................................................................................................... 19
Accept : Staying a life ...................................................................................................................................................... 20
Prayers : Gothic Summer ................................................................................................................................................. 21
The Devil's Blood : III: Tabula Rasa or Death and the Seven Pillars .............................................................................. 22
DESTRUCTION : Release from Agony .......................................................................................................................... 23
Sodom : Sacred Warpath.................................................................................................................................................. 24
Hangöver : Under the Shitfluence .................................................................................................................................... 25
Tod Huetet Uebel : Malícia .............................................................................................................................................. 26
Doom : Total doom .......................................................................................................................................................... 27
Porta Nigra : Kaiserschnitt ............................................................................................................................................... 28
Master Musicians of Bukkake : Totem One..................................................................................................................... 29
Master Musicians of Bukkake : Totem Two .................................................................................................................... 31
Master Musicians of Bukkake : Totem Three .................................................................................................................. 33
Spirit Caravan : The Last Embrace .................................................................................................................................. 35
Palentir : Refuge in Fantasy ............................................................................................................................................. 37
Palentir : Empire of Illusions............................................................................................................................................ 39
Audiometria : SomeWhere............................................................................................................................................... 41
BLOCKHEADS : This World Is Dead ............................................................................................................................ 43
Mystical Light : Full Moon Rising................................................................................................................................... 44
Yog Sothoth (All) : Dreams of Mystery(Remix and Re Issued)...................................................................................... 46
Howls of Ebb : Vigils of the 3rd Eye ............................................................................................................................... 47
Jessie Evans : Is It Fire ? .................................................................................................................................................. 48
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Assück : Misery Index...................................................................................................................................................... 50
ENSLAVED : In Times ................................................................................................................................................... 51
Sameer Ahmad : Perdants Magnifiques ........................................................................................................................... 52
Fusiller : Les Persistances Paranoïaques .......................................................................................................................... 53
Yellow Magic Orchestra : Tighten Up ............................................................................................................................. 55
Yellow Magic Orchestra : BGM ...................................................................................................................................... 56
DODHEIMSGARD : A Umbra Omega........................................................................................................................... 58
Ithaqua : Initiation to Obscure Mysteries ......................................................................................................................... 59
Angelcorpse : Of Lucifer and Lightning .......................................................................................................................... 60
Five Go Down to the Sea? : The Glee Club ..................................................................................................................... 61
Five Go Down to the Sea? : Singing in Braille ................................................................................................................ 62
Burnt by the Sun : The Perfect Is the Enemy of the Good............................................................................................... 63
Besieged : Victims Beyond All Help ............................................................................................................................... 64
Valerio Tricoli : Miseri Lares........................................................................................................................................... 65
TOOL : Ozzfest Antwerpen 2002 .................................................................................................................................... 66
Beethoven : Him Goolie Goolie Man, Dem ! .................................................................................................................. 68
M.O.D. : Devolution......................................................................................................................................................... 69
Klub des loosers : Spring Tales........................................................................................................................................ 70
Geto Boys : The Resurrection .......................................................................................................................................... 72
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