soleils

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soleils
Lifestyle
shopping
Auto
Santé
Beauté
Le meilleur de l’afrique
YOUSSOU
N’DOUR
L’énigme
sénégalaise
de retour
SUR SCèNE
Reportage Les divinités
du Togo
MODE
Créateurs
d’Afrique
Tenues de
soirées
FIMA
La mode
africaine
brille en
zone rouge
Cheikh
Diallo
dossier
Congo
Brazzaville
Le designer
malien
de la rue
48 pages
Cinéma
exclusif
SOLEILS
met en
lumière
la sagesse
Africaine
N° 5 / février- mars 2014
www.aplusmag.com
L 11079 - 1 - F: 4,30 € - RD
Alberto
Olympio
le nouveau visage high-tech
du continent
Prix: 4.30€ – BE/LUX 4.30€ – ESP/NL/Port Cont 5.30€ – DE/AU 6€ – UK 4.50£ – Suisse 7CHF – Maroc 56MAD – Tunisie 9.90TND – Zone CFA 3 500 FCFA — USA 5.50 $
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Edité par Africa & John’s Group
Siège social: 6 bis, rue Marbeau, 75016 Paris
Tél.: +33-182884353
DIRECTION
Directrice de publication : Salha Souleymanou Olympio
[email protected]
Directeur administratif : Franck Fatalot
REDACTION [email protected]
Rédactrice en chef : Salha Souleymanou Olympio
Rédacteur : Daniel Brown
Secrétaires de rédaction : Gaëlle Gauthier (français),
Mike Woods (anglais)
Correcteurs : Dorian Tort (français), Colette Davidson
(anglais)
Adaptations : Gaëlle Gauthier (français), Emma Phillips,
Colette Davidson (anglais)
RéALISATION
Photographes : Jurgen Schadeberg, Nyani Quarmyne,
Bernard et Catherine Desjeux, Marie Jampy, Hector Ibara,
Catherine Millet, Philippe Braquenier, Pierre Daniel, Tony
Njuguna, Génération Elili, Edmond Sadaka, Martin Waalboer,
Bill Akwa Betote, OSi.
Ont collaboré à ce numéro : Mouftaou Badarou, Reine
Bassene, Liesl Louw, Olivier Cachin, Kidi Bebey, Mike Woods,
Felix Etchédi, Laurent Pinel, Nadège Dubus, West Gomez,
Constance Desloire, Dominique Ngoïe-Ngalla, Guillaume
Ondze, Benz Oko,Véran Carrhol Yanga, John Olympio, Bruno
Okokana, Arsène Severin, Jean-Clotaire Hymbou, Valérie Rohart,
Yves Denis, Joël Nsoni, Jean - clotaire Hymboud, Benz Oko,
Anasthasie Tudieshe, Brice Djaboult, Joel Ahoué, Dominique
Ngoïe- Ngalla, Adonis
Publicité : Africa & John’s Group, [email protected]
Relations publiques : Souleymanou Ahmed
Graphisme : Shaolin Design
Dossier Congo : Jean Frédéric Bille et Shaolin-Design
Coordination et fabrication : Nadège Dubus – 06 99 56 05 06 – [email protected]
Imprimé en France par Léonce Deprez – ZI – 62620 Ruitz [email protected] - +331 45 19 07 68
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Dépôt légal à parution. ISSN : 2262-0648
Diffusion France : MLP Diffusion Export : Export Presse, Octopus,
Boubakari oumarou,
Manuela Mboé,
Cekam, Rene Desroches
Remerciements :
Mairie de Brazzaville,
Ministère du tourisme,
la semaine Africaine, Les
Dépeches de Brazzaville.
Textes, illustrations et
photos © A+Mag 2014
et les auteurs.
Toute reproduction est
strictement interdite
dans tous les pays, sauf
autorisation écrite de
l’éditeur.
En couverture :
Alberto Olympio
Photo : Labelfoto
D E
P A R F U M
« Après la pluie, le beau temps »
Titre d’un roman de la comtesse de Ségur publié en 1871.
V
ive 2014, qui commence avec notre nouvelle formule !
Faisant suite aux sollicitations des lecteurs, nous incluons
un cahier spécial dédié à un pays du continent africain,
afin de l’aborder un peu plus en profondeur et d’en mettre
certains atouts en exergue.
Selon le FMI, cinq États africains (dont le Ghana, la Côte d’Ivoire
et la Sierra Leone) se trouvent dans le classement 2013 des dix
pays les plus dynamiques du monde. Ce phénomène est censé
se poursuivre dans les années à venir et créera les conditions
favorables à l’émergence d’une classe moyenne dynamique, d’une
bonne gouvernance et d’infrastructures pour transformer la société
africaine. Que de belles perspectives !
Pour cette nouvelle année, si prometteuse pour l’Afrique en termes
de manifestations culturelles, technologiques, scientifiques,
économiques et sociétales, ce numéro titre sur l’un des chefs
d’entreprise qui feront l’Afrique des toutes prochaines années.
Nous explorons également l’ascension phénoménale de la mode,
de la littérature, de la musique et du cinéma africains, à travers
(1) de nouveaux créateurs (présents à la Black Fashion Week et au
FIMA) ; (2) de nouvelles plumes remarquables (la jeune romancière
zimbabwéenne NoViolet Bulawayo) ; (3) un échange exclusif autour
du long métrage Soleils (et son regard bicéphale sur l’histoire
africaine) ; (4) les musiciens qui portent aux quatre coins du monde
le flambeau d’une créativité africaine (Youssou
N’Dour, Oxmo Puccino, Jaqee, Les Tambours de
Brazza et Ray Lema). Une immersion parmi les
divinités du Togo nous amène à découvrir des
communautés qui luttent pour leurs traditions et
leurs patrimoines uniques. Pour notre premier
cahier spécial, nous vous proposons un voyage au
bout du rêve à travers le Congo-Brazzaville.
Que ce numéro soit pour nous tous un prélude au
« beau temps » – au sens où l’entendait la comtesse
de Ségur – que nous réserve l’année 2014.
Salha Souleymanou Olympio
Alain Ngann
E A U
Édito
7
sommaire
A+
n°5
108
Sommaire dossier
République du Congo
32
52Récit de voyage
58
Viktoria Binschtok
64Écologie
Opération zéro sachet
124
28Portrait
NoViolet Bulawayo, la
nouvelle génération
d’auteurs africains
108 Design
Cheikh Diallo réinvente
les objets de l’Afrique
contemporaine
30Portrait
Oxmo Puccino, le
Jacques Brel black
112Mode
Photos « Night Life »
Sélection Life Style
32Portrait
Jaqee, brillante artiste
ougando-suédoise
120Shopping
Montres et mobiles
38En couverture
Alberto Olympio, le
nouveau visage hightech en Afrique
44 Portrait
A+Mag rencontre
Youssou N’Dour
AFP
66Tourisme
Le Congo, troisième
destination touristique
en Afrique
Marie Jampy
75
Cuisine
Au pays de la diversité
culinaire
78
Culture
La sape attitude
80Arts plastiques
L’École Poto-Poto
Musique
82Fespam, Quand l’Afrique
célèbre sa musique
112
84Le carnaval de Barranquilla
86
88 Diaspora
Les six personnalités
66
122 Beauté
Pour Elle et Lui
124Automobile
Mercedes Classe S,
vitrine étoilée
78
127Forme
West your body
128Santé
Le baobab et ses
secrets
16
Retrouvez nos articles en version intégrale sur notre site:
D.R.
www.aplusmag.com
La rumba congolaise
87Guide
Où sortir ?
Génération Elili
34 Reportage
Divinités du Togo
58
98
104Mode
FIMA, le Festival
international de la
mode africaine
Génération Elili
16News
Politique, people,
musique, littérature,
sport, affaires,
communications
Cinéma
Soleils, long métrage
d’Olivier Delahaye
et Dani Kouyaté
4 points cardinaux
74Aviation
Le Congo décolle
D.R.
10Portfolio
98
D.R.
38
65
Alexis Peskine
08Agenda
économie
Un pays tourné vers l’avenir
62Infrastructures
Les projets de développement
118
D.R.
6
90 économie
Rice Challenge, un pari réussi
Histoire
92Savorgnan de Brazza
93
André Grenard Matsoua
94 témoignages
Le Congo : une fenêtre
d’opportunités à saisir
Tunis
Algiers
agenda
Rabat
TUNISIA
MOROCCO
Le prix Galien
de la recherche
pharmaceutique
9
Marrakech
Tripoli
Benghazi
« The African Fine Coffee Conference
and Exhibition »
Cairo
du 13 au 15 février
Bujumbura
ALGERIA
25 janvier
Marrakech
LIBYA
L’équivalent du prix Nobel pour l’industrie
Western
biomédicale sera décerné pour la première
Sahara
fois en Afrique, à Marrakech. Le jury,
composé de scientifiques internationaux de
renom – parmi lesquels des Marocains –,
distinguera quatre catégories de prix :
meilleurs produits pharmaceutiques,
meilleurs dispositifs médicaux, meilleur(s)
Nouakchott
jeune(s) chercheur(s) et meilleur travailleur
humanitaire… Créé il y a 40 ans en France
et remis chaque année dans un pays
Dakar
SENEGAL
différent, le prix Galien de la recherche
Banjul
pharmaceutique s’est internationalisé au fil
Bamako
des ans.
THE GAMBIA
www.prixgalien.com
Bissau
EGYPT
Le plus grand forum africain sur la thématique du café réunira dans la capitale burundaise plus
de 3 500 acteurs de l’industrie du café provenant de 50 pays ainsi que des centaines d’acheteurs.
En présence de tous les producteurs africains, cette exposition de la plus grande variété de café,
11e édition de l’« African Fine Coffee Conference », est une formidable plate-forme de promotion
et de négoce pour les professionnels du secteur.
www.eafca.org
Tropic of Cancer
« The First Africa
Young Academies
Regional Conference »
Fort du succès des deux précédentes
éditions, le forum Africallia ouvrira à
nouveau ses portes à Ouagadougou :
15 rendez-vous d’affaires B to B
en 48 heures seront proposés aux
entrepreneurs. Deux villages sélectionnés
accueilleront partenaires, grands
sponsors et professionnels de la finance,
et un troisième village accueillera les
institutions. 400 entreprises dont 260
africaines devront contribuer au succès
de cette troisième édition d’Africallia.
home.africallia.com
r
Nige
BURKINA
FASO
Niamey
Yamoussoukro
Abidjan
e
nu
Be
Lagos
PortoNovo
Malabo
SAO TOME
AND PRINCIPE
São Tomé
Annobón
GABON
Kampala
Kinshasa
ANGOLA
(Cabinda)
« The Nigeria Cartoon
Exhibition » est la première
édition du genre à réunir
dans la capitale économique
nigériane les professionnels
locaux et africains de la
bande dessinée et des films
de dessin animé. L’ambition
d’Aventurine Nigeria,
société de communication
organisatrice de l’événement,
est d’en faire, au fil des
éditions, « le plus grand forum
dédié à la bande dessinée en
Afrique ».
www.eventbrite.com/e/
nigeria-cartoon-exhibitiontickets-9275520331
KENYA
Nairobi
Kigali
Lake
Victoria
Bujumbura
BURUNDI TANZANIA
Lake
Tanganyika
Dar es
Salaam
Luanda
Lake
Nyasa
MALAWI
ANGOLA
Lilongwe
ZAMBIA
Lusaka
« Build Africa »
les 06 et 07 février
Brazzaville
Pour la première fois, un forum
international dédié aux infrastructures se tiendra en Afrique
sub-saharienne. Pendant deux
jours, leaders et experts du monde
entier se rassembleront pour
échanger des idées et répondre
à cette problématique qui est au
cœur des politiques publiques :
comment enclencher le développement social grâce à la construction
de nouvelles infrastructures?
www.buildafricaforum.com
Zamb
ezi
Harare
ZIMBABWE
Windhoek
NAMIBIA
BOTSWANA
Gaborone
Prov.
admin.
line
Pretoria
Johannesburg
SOUTH
Or
a
AFRICA
e
MOZAMBIQUE
Organisée conjointement par Global
Young Academy et Network of African
Sciences Academy, et placée sous le thème
de « l’apport des académies africaines de
sciences au développement du continent »,
cette conférence est la première du genre.
Elle vise à mieux structurer en réseau les
différentes académies africaines de sciences
et à encourager l’esprit d’innovation chez les
jeunes chercheurs scientifiques africains.
www.nasaconline.org
Le sommet « Powering Africa »
du 29 au 31 janvier
Dar es Salaam
Chefs de gouvernements africains, avocats, banquiers,
représentants d’institutions financières et professionnels de
l’énergie ont rendez-vous trois jours durant dans la capitale
tanzanienne pour débattre du développement du secteur de
l’énergie en Afrique en général et en Tanzanie en particulier.
Quelles opportunités d’investissements ? Quelles infrastructures
solaires, hydroélectriques, éoliennes ou nucléaires pour quel
impact sur le développement ?
Quelles perspectives d’avenir pour
le secteur de l’énergie ? Telles sont
les problématiques auxquelles
les experts attendus proposeront
leurs visions.
www.energynet.co.uk/fr/event/
powering-africa-tanzania
« The Jozi Film Festival »
du 21 au 23 février
Johannesburg
Maputo
Mbabane
SWAZILAND
Maseru
ng
Réunir dans la capitale économique ivoirienne plusieurs chefs d’État du
continent, des délégations de plusieurs pays ainsi que 1 500 hommes et
femmes d’affaires ivoiriens et internationaux, c’est le pari du gouvernement
ivoirien pour appuyer son ambitieux programme de développement
économique du pays. Avec pour thème « Secteur privé, levier d’une
croissance régionale réussie », le forum « ICI 2014 » dévoilera aux
participants les opportunités d’investissement dans l’économie ivoirienne.
De même que ceux-ci pourront débattre sur les problématiques de l’agrobusiness, des infrastructures économiques et de la protection des PME en
Afrique de l’Ouest.
www.ici2014.com
UGANDA
DEM. REP. RWANDA
OF THE CONGO
Brazzaville
28 janvier
Lagos
du 29 au 31 janvier
Abidjan
Congo
(EQUA. GUI.)
ETHIOPIA
SOMALIA
Mogadishu
REP. OF
THE
CONGO
Libreville
Addis
Ababa
Juba
Bangui
Yaoundé
EQUATORIAL GUINEA
Djibouti
DJIBOUTI
SOUTH
SUDAN
CENTRAL AFRICAN
REPUBLIC
CAMEROON
Le Salon de la
bande dessinée
au Nigeria
Forum « Investir en Côte d’Ivoire 2014 »
SUDAN
NIGERIA
Abuja
du 3 au 5 février
Nairobi
Asmara
W
hit
eN
ile
Nig
er
GHANA
TOGO
Lomé
Accra
Khartoum
N'Djamena
BENIN
CÔTE
D'IVOIRE
LIBERIA
CHAD
Ouagadougou
GUINEA
SIERRA LEONE
Monrovia
ERITREA
MALI
le
Ni
du 26 au 28 février
Ouagadougou
NIGER
Timbuktu
e
Blu
Le forum d’affaires
Africallia
GUINEA-BISSAU
Conakry
Freetown
Ni
le
MAURITANIA
Photos D.R.
8
LESOTHO
La troisième édition de ce festival met une nouvelle fois
en compétition des cinéastes sud-africains ou africains
présentant des films à sujets variés. Les prix sont décernés
dans plusieurs catégories : meilleur long métrage, meilleur
film documentaire, meilleur film d’animation, meilleur court
métrage, meilleur court métrage documentaire, meilleur
film tourné sur téléphone portable, etc. Une plate-forme
internationale de plus pour la promotion du cinéma africain.
11
10
Nelson
Mandela
Né le 18 juillet
1918 à Mvezo,
Afrique du Sud,
décédé le 5
décembre 2013
à Houghton,
Afrique du Sud.
Walter Dhladhla / AFP
« Toutes les
composantes de la
nation travaillent à
construire notre pays
et à en faire un miracle.
C’est ce qui me fait
espérer quand je vais
me coucher. Je ne doute
pas un seul instant
que lorsque j’entrerai
dans l’éternité, j’aurai
le sourire aux lèvres. »
(Un long chemin vers la
liberté, Nelson Mandela)
13
Jürgen Schadeberg
12
« Groupies », Johannesburg, Afrique du Sud, 1960
Groupies de toute confession ou couleur de peau à l’arrivée du chanteur britannique
Cliff Richard sur le balcon de l’hôtel Carlton. Pour un instant, la musique a réuni une
foule intercommunautaire, défiant ainsi les lois rigides de l’apartheid.
Jürgen Schadeberg est internationalement reconnu comme l’un des grands photographes
de son temps. Son dernier livre, South Africa : Six Decades, vient de paraître chez
Unisa Press en Afrique du Sud. Il est également distribué par Eurospan. Âgé de 82 ans,
Schadeberg rédige actuellement ses mémoires concernant la période 1942 à 1960.
Voir www.jurgenschadeberg.com pour s’informer de son actualité.
15
14
Nyani Quarmyne
Nii Narku Quaynor,
le père d’Internet
en Afrique
Le chercheur en informatique Nii
Narku Quaynor est souvent désigné
comme le père d’Internet en Afrique.
Son travail de pionnier, en apportant
la connectivité d’Internet au continent,
est internationalement reconnu. Quand
Nyani Quarmyne a été commissionné
pour le photographier à la demande de
l’Internet Society, basée aux États-Unis,
il a décidé de symboliser ce que Quaynor
avait accompli en transformant la carte
mère d’un PC en une carte high-tech de
l’Afrique.
Quarmyne est lui-même un grand
photographe africain. Il a plongé dans sa
propre histoire multiculturelle (ghanéen
par son père, philippin par sa mère, ayant
vécu aussi bien en Inde ou au Kenya qu’au
Canada ou au Ghana) pour travailler sur ce
qu’il appelle « la similitude (qu’il perçoit)
en chacun de nous ».
À voir sur www.nqphotography.com.
16
17
news
Politique
Texte : Harrys M. Badarou
Abdelhak Senna / AFP
Madiba tient
sa promesse
Nelson Mandela a finalement été enterré à
Qunu, dans ce village de la province est où il
a passé une période heureuse de son enfance.
L’enterrement du 15 décembre a résonné au
son du chant xhosa « Lizalis indiga lakho »
(« Tiens ta promesse »), tandis que 4 500
personnes, dont l’archevêque Desmond Tutu,
Gerry Adams et le prince Charles, étaient
venues rendre un dernier hommage à l’icône
sud-africaine.
Elmond Jiyane / GCIS / AFP
À en croire les révélations du Guardian
et du Washington Post par Edward
Snowden (ancien consultant de l’Agence
nationale américaine de la sécurité –
NSA), de nombreux pays africains ont
fait l’objet d’espionnage. C’était dans le
cadre du programme secret américain de
surveillance Prism qui remonte à 2007.
L’Égypte est le premier pays africain
surveillé par la CIA, suivie par le Kenya, la
Tanzanie, la Somalie, l’Algérie, le Soudan,
l’Ouganda, la RDC et le Zimbabwe. Si
les gouvernements européens dont les
pays ont été également espionnés se sont
plaints, les Africains, eux, n’ont toujours
pas réagi aux agissements de la NSA.
AFP
La Somalie
s’est tournée vers
un économiste
respecté pour
sortir sa nation en
péril des tumultes
endurés depuis des
décennies. Abdiweli
Sheikh Ahmed, fort
de son expérience à
la Banque mondiale
et à la Banque
islamique de
développement, a
accepté le poste de
premier ministre en
décembre, espérant
qu’il pourra faire
face aux colossaux
challenges de ce
pays situé dans la
corne de l’Afrique.
À 64 ans, ce canadosomalien vit sa
première expérience
en termes de
gouvernance d’État
et espère que son
mandat durera plus
longtemps que celui
de son inefficace
prédécesseur Abdi
Farah Shirdon.
Celui-ci perdit le
vote de confiance de
son parlement après
14 mois en poste.
Les autorités
marocaines ont initié
le 1er janvier 2014
une campagne en vue
de naturaliser des
centaines de réfugiés
clandestins. Elles ont
estimé leur nombre
entre 25 000 et
40 000, pour la plupart
provenant d’Afrique
subsaharienne.
En septembre, le
roi Mohammed VI
a déclaré que les
réfugiés avaient « des
réclamations légitimes »
et a personnellement
demandé à son
gouvernement
de les aider d’une
manière « humaine ».
L’initiative subit un
nombre de plus en plus
important d’attaques
contre des réfugiés au
cours de leur périple
vers le nord.
Alain Jocard / AFP
Quand
l’Amérique
espionne
l’Afrique
Pleine de bonne volonté et désireuse d’endiguer la pénurie
alimentaire qui touche 10 % des Malawites, la présidente Joyce
Banda n’a pas trouvé mieux que de vendre l’aéronef présidentiel
afin de consacrer le produit de la vente (15 millions de dollars)
à l’approvisionnement du pays en produits vivriers. L’entretien
de l’avion (22 millions de dollars), acquis par son prédécesseur
Bingu wa Mutharika, grevait chaque année le budget de l’État
du Malawi d’environ 300 000 dollars. Peu importe désormais
à madame la présidente, depuis avril 2012, d’emprunter les
lignes régulières pour ses déplacements officiels. Joyce Banda
avait déjà réduit son salaire de 30 % en 2012 et ordonné la
mise en vente de 35 limousines de marque composant le parc
automobile de son cabinet. Puis, en octobre, la présidente
annonce le limogeage de l’ensemble du gouvernement pour une
affaire de corruption baptisée « Capital Hill Cash Gate », du
nom du siège du gouvernement.
Le Maroc
accueille
les réfugiés
Le sommet réunissant la France et 40 États africains à Paris en décembre
2013 a été dominé par l’appel en faveur d’une force d’intervention panafricaine.
Ces deux journées ont également été consacrées aux problèmes économiques
et se sont conclues sur l’engagement de la France de doubler ses échanges
commerciaux avec le continent africain d’ici 2018. Les leaders africains ont
également entrepris de lutter contre le réchauffement global, en réponse aux
études plaçant le continent comme le plus vulnérable à ses effets, bien qu’étant
responsable de seulement 3 % des émissions de gaz à effet de serre.
Un
économiste
somalien
à la tête
de son état
Stéphane De Sakutin / AFP
Mc Clatchy-Tribune:MCT via Getty Images
Une
présidente
proche du
peuple
Sommet France-Afrique :
Sécurité, économie et climat
19
news
business
Texte : Harrys M. Badarou
Le groupe du milliardaire nigérian
Aliko Dangote a enregistré au
cours du premier semestre 2013
un bénéfice net de 670 millions
de dollars, en hausse de 52 % par
rapport à la même période de 2012.
Cette belle performance de Dangote
Cement est rendue possible par la
hausse des ventes de ciment de 29 %
au Nigeria.
Le groupe cimentier, contrôlé
par le milliardaire Aliko Dangote,
souhaite encore renforcer sa capacité
de production de 19,3 millions
de tonnes fournies par ses trois
cimenteries nigérianes en la portant
à 55 millions de tonnes en 2016,
après la construction de ses propres
cimenteries dans 13 autres pays
africains.
Eko Atlantic
Future Dubaï africaine ?
C’est le pari fou de deux Libanais, les frères Chagoury,
investisseurs établis depuis des décennies au Nigeria.
En partenariat avec le gouvernorat de Lagos et des fonds
d’investissement privés, ils sont actuellement les maîtres
d’ouvrage du plus grand chantier en cours en Afrique. Débuté
en 2005, il sera achevé dans 15 ou 20 ans. Eko Atlantic sera une
île artificielle de 10 km2 gagnée sur l’océan, comme à Dubaï ;
une ville futuriste avec gratte-ciel, larges avenues, centres
commerciaux de luxe et autres infrastructures de pointe.
D.R.
Dangote
Cement
Croissance
exponentielle
Selon le Centre
français d’observation
économique et de
recherche pour
l’expansion de
l’économie et le
développement des
entreprises, basé à
Paris, l’Afrique semble
un bon candidat
pour être le nouveau
relais de croissance
mondiale. Parce que
le ralentissement
des économies
émergentes, comme
les performances
décevantes des places
boursières de ces pays,
suscite la recherche
de zones de croissance
et de rendement
alternatives. Bonne
nouvelle : le PIB de
l’Afrique subsaharienne
est passé de 1 à 1,8 %
du PIB mondial entre
2000 et 2009.
D.R.
Le système
de dépistage
actuellement testé
au Kenya offre
l’accès aux soins
ophtalmologiques
aux populations
rurales de ce
pays. Cela grâce
à une application
smartphone
développée par
des ingénieurs
de la faculté
de médecine
tropicale de
Londres. Il
suffit au patient
de positionner
son téléphone
portable devant
son œil et de
le scanner.
Le portable
disposant de
l’application EyePhone enregistre
les données
qui peuvent
être transmises
en ligne à un
spécialiste, lequel
pourra alors
prescrire les soins
appropriés.
La télévision numérique
terrestre (TNT) n’est plus
une utopie en Afrique.
47 pays africains s’activent
actuellement à harmoniser
leurs fréquences en vue du
passage au numérique en
2015, apportant ainsi des
modifications pertinentes
au plan GE06 de l’Union
internationale des
télécommunications (UIT)
relatif à la télévision. En outre,
le passage à la télévision
numérique permettra de
libérer des fréquences dans
les bandes des 700 MHz
et 800 MHz au réseau de
téléphonie mobile.
L’Afrique,
nouveau relais
de croissance ?
Patrick Fallon / Bloomberg via Getty Images
Le
portable
comme
outil
de santé
La TNT en Afrique en 2015
D.R.
D.R.
18
21
news
People
Texte : Paola Audrey Ndengue
Rien ne prédestinait a priori Peace
Hyde, beauté anglo-ghanéenne,
jeune enseignante et diplômée
en psychologie de l’université du
Middlesex en Grande-Bretagne,
à se lancer dans le cinéma… Elle
apparaîtra pourtant aux côtés de Wale
Macaulay dans le film Protégé, puis
dans la série à succès Adams Apples,
produite par Shirley FrimpongManso. Peace Hyde a depuis quitté le
Royaume-Uni pour le Ghana, où elle
est désormais une présentatrice télé à
la notoriété grandissante. Vous n’avez
pas fini d’entendre parler d’elle !
Pas de sanction pour
Drogba et Eboué
Les footballeurs
ivoiriens Didier Drogba et
Emmanuel Eboué ont été
épargnés par la Fédération
de football turque. En
effet, les deux joueurs,
qui évoluent au sein du
club turc Galatasaray,
avaient rendu hommage
à Nelson Mandela le 5
décembre dernier en
portant des T-shirts à
son nom lors d’un match.
Après leur avoir reproché
une prise de position
politique, la commission de
discipline de la Fédération
a finalement déclaré
« qu’aucun écart aux règles
n’a été établi ».
Stanley
Enow
La nouvelle star !
Un seul titre, et le voilà propulsé sur
le devant de la scène. Toute l’année 2013,
le Cameroun et d’autres pays africains ont
vibré au son de Hein Père, un tube qui a
rencontré un succès inattendu. Son auteur,
Stanley Enow, a su conquérir les ondes au
point d’être nommé « Artiste africain de
l’année 2013 » par la chaîne de musique
urbaine Trace TV. De quoi renforcer les
attentes autour de la sortie prévue en 2014
de Soldier Like Ma Papa, premier album
du rappeur camerounais.
STR / AFP
Peace Hyde
Une étoile
montante
ghanéenne
Flora Coquerel, la nouvelle
reine de beauté française !
D.R.
sentir touchée par ces attaques et
assumer ses origines métissées.
Une belle preuve de tolérance !
Philippe Desmazes / AFP
Depuis le 7 décembre 2013,
la France a une nouvelle Miss,
du nom de Flora Coquerel.
Cette jeune femme de 19 ans,
étudiante en BTS commerce
international, a été élue tandis
qu’elle représentait la région
orléanaise. Française par son
père et béninoise par sa mère,
elle n’est pas la première francoafricaine à porter l’écharpe
Miss France puisqu’en 2000,
la Franco-Rwandaise Sonia
Rolland avait ravi le titre. Après
un déferlement de commentaires
racistes le soir de son élection,
la belle Flora a déclaré ne pas se
D.R.
20
23
news
Pierre Andrieu / AFP
People
Texte : Paola Audrey Ndengue
D.R.
Maître Gims
crée son
propre label
de musique !
Mariage civil
pour
vedette
ivoirienne
Après un mariage coutumier le 20
octobre 2012, Yves Zogbo Junior a décidé
d’officialiser sa relation avec Carine Roux.
Le samedi 14 décembre 2013, l’animateur a
procédé à son mariage civil à l’Hôtel communal du Plateau à Abidjan. Rappelons que
Yves Zogbo Junior est considéré comme
le plus brillant animateur radio-télé de sa
génération, notamment grâce à l’émission
télévisée «Qui veut gagner des millions? ».
L’adieu
de Koffi
Olomidé
à Tabu Ley
Rochereau
D.R.
Le 14 décembre dernier, Fally Ipupa a fêté ses 36 ans ! Une
bougie de plus après une année 2013 plus que chargée pour cet
artiste kinois récompensé lors des Trace Urban Music Awards et
qui s’est produit aux côtés de Youssou N’Dour à Bercy. Sa tournée
« Power Tour » a rempli les salles, d’Abidjan à Douala en passant
par Luanda. Le chanteur prépare la sortie de son quatrième
album, prévue pour 2014. Encore une belle année en perspective !
Chris Jackson / AFP
La chaîne
de télé sudafricaine à succès
Africa Magic
(groupe DSTV)
organise depuis
2013 les Africa
Magic Viewers
Choice Awards,
qui célèbrent
l’audiovisuel
et le cinéma
du continent
africain. Les
téléspectateurs
voteront
parmi les films
sélectionnés pour
l’édition 2014 :
Contract (Ghana,
9 nominations),
Last Flight to
Abuja (Nigeria),
Nairobi Half
Life (Kenya). Les
très populaires
Yvonne Okoro et
Funke Akindele
concourront
dans la catégorie
« Meilleure
actrice de
comédie ». La
cérémonie aura
lieu le 8 mars
2014 à Lagos
(Nigeria).
La reine
du Web
en Afrique !
Un nouveau joujou
pour Samuel Eto’o !
Ce n’est un secret pour personne : les footballeurs adorent
les bolides, ce que ne contredira sûrement pas l’attaquant
camerounais Samuel Eto’o. Le « joueur de football le mieux payé
du monde » s’est offert une exceptionnelle « LaFerrari », un
modèle de voiture de course commercialisé par la célèbre marque
italienne qui rejoint le prestigieux parc automobile du titulaire du
club anglais Chelsea FC, déjà propriétaire d’une Aston Martin et
d’une Bugatti Veyron.
D.R.
D.R.
Une Lady à Kribi
Lady Ponce se démarque une fois
de plus. La chanteuse camerounaise
a été honorée, il y a quelques
semaines de cela, en devenant la
citoyenne d’honneur de Kribi, une
cité balnéaire du sud du Cameroun.
À cette
occasion
et comme
le veut la
tradition,
l’artiste a
reçu la clé de
la ville. Lady
Ponce est
la première
femme à
recevoir cette
distinction,
déjà accordée
à Yannick
Noah ou
encore Samuel
Eto’o.
Plus de
« POWER »
pour Fally !
Bientôt
le retour
des AMVC
Awards !
Avec un premier album solo (Subliminal) vendu
à près de 350 000 exemplaires, Maître Gims a
connu l’un des plus grands succès musicaux de
l’année 2013 en France. Toujours sur sa lancée, le
leader du groupe Sexion d’Assaut vient d’inaugurer
l’ouverture de son propre label : MMC (Monstre
Marin Corporation). Intégrée à Universal Music,
cette structure est vouée à la production et la
promotion des protégés du musicien francocongolais, comme l’ex-candidate de l’émission
The Voice Amalya Delepierre.
D.R.
22
Reine du petit écran en Afrique du
Sud, femme d’affaires à la tête de sa
société Bonang Matheba Entertainment,
ambassadrice des cosmétiques Revlon
et animatrice de sa propre émission sur
le Net, Bonang Matheba peut désormais
ajouter « Célébrité africaine la plus
influente sur le Web » à la liste de ses
succès, de par son omniprésence sur les
réseaux sociaux. Souvenons-nous que
l’influent magazine Forbes l’avait déjà
pertinemment classée comme l’une des
personnalités africaines à surveiller.
Le 30 novembre
2013 s’éteignait à
Bruxelles l’icône
de la musique
congolaise Tabu
Ley Rochereau.
Monstre sacré
de la rumba, le
chanteur a été
enterré en grande
pompe à Kinshasa,
lors de funérailles
nationales.
Plusieurs milliers
de personnes, dont
le chanteur Koffi
Olomidé, ont fait
le déplacement.
Visiblement ému,
Olomidé a rendu
hommage au nom
de tous les artistes
congolais à celui qui
rejoint « Mozart,
Beethoven et
tous les autres au
paradis », jusqu’à
lui dédier un texte
sur son site Web.
25
news
sport
Serena
Williams
engrange
les titres et
les dollars
Boateng
footballeur
digne
Christof Koepsel / Bongarts / Getty Images/AFP
Après avoir remporté son dix-septième
Grand Chelem en triomphant de la
Biélorusse Victoria Azarenka en finale de
l’US Open début septembre à Flushing
Meadows, l’Afro-Américaine Serena
Williams est tout simplement
devenue la première femme à
dépasser les 6,5 millions d’euros
de gains en une année. À 32
ans, Serena Williams continue de
régner en maîtresse sur le tennis féminin
mondial.
Écœuré par les
insultes racistes
qui fusaient des
gradins du stade
du Milan AC, le
milieu offensif
ghanéen KevinPrince Boateng,
26 ans, a fait ses
valises pour aller
voir du côté du
club allemand
Schalke 04.
« Il voulait
absolument partir
du championnat
italien »,
témoigne, début
septembre,
le directeur
financier de
la formation
allemande dans le
quotidien Sport
Bild. Boateng,
qui a signé pour
trois ans avec le
club allemand,
espère ne plus
jamais revivre
l’atmosphère
de racisme
entretenue
par certains
supporters
italiens.
Chris Trotman / Golden Boy via Getty Images
Texte : Harrys M. Badarou
Jordan fait sponsoriser
le maillot de son équipe
On avait l’habitude de voir des sponsors
envahir les maillots des équipes de
football. Mais voici que les franchises de
la NBA s’ouvrent à ces marchés lucratifs.
Pour 439 000 €, les Charlotte Bobcats
(la franchise NBA de Michael Jordan)
ont accepté de se faire sponsoriser par
la compagnie d’assurance Blue Cross,
une première dans l’histoire du basket
professionnel aux États-Unis. Le contrat
de deux ans verra les basketteurs des
Charlotte Bobcats arborer le nom de cette
mutuelle d’assurance sur leurs tenues
d’entraînement de pré-saison et lors de
leurs matchs d’exhibition. Il ne manque
qu’un pas pour voir les plus grandes
enseignes arborées par les LeBron James et
Kobe Bryant…
Yaya Touré
Meilleur footballeur
africain de l’année
Mayweather le Cogneur
AFP
Candidat en course depuis quatre
années pour la prestigieuse récompense
sponsorisée par la BBC, le puissant milieu
de terrain ivoirien en a enfin remporté
les scrutins en 2013. Peu oseraient
contester cette distinction décernée à
Yaya Touré alors qu’il vient de contribuer
à la qualification de son équipe d’Afrique
occidentale à la Coupe du monde 2014.
Ce trentenaire aura également été crucial
pour aider Manchester City à devenir un
des meilleurs clubs européens, à travers
des performances étincelantes et à haut
niveau pour les « Citizens ».
Il cogne, il cogne fort. Comme Mohammed Ali en son temps, et
plus récemment Mike Tyson. L’Américain Floyd Mayweather, en
triomphant du Mexicain Saúl Álvarez le 14 septembre dernier au
MGM Grand à Las Vegas, démontre qu’il est le boxeur du moment,
dans la catégorie des super-welters. Toujours vif et alerte à 36 ans,
il terrasse ses adversaires sur le ring par de puissants crochets et
uppercuts. Mayweather a déjà inscrit son nom au panthéon des
grands de la boxe.
Chris Trotman / Golden Boy via Getty Images
ChinaFotoPress via Getty Images
24
27
news
culture
Texte : Harrys M. Badarou et Daniel Brown
Album d’anthologie pour les amateurs
du highlife mâtiné de son rock. Cet opus
vous plonge dans l’atmosphère musicale
des années 1970 et 1980 au Ghana. Des
titres comme Wop Me A Ka chanté par
African Brothers, Do Your Own Thing
par Frank’s Band ou encore Aja Wondo
par Uppers International vous rappellent
l’euphorie et la joie
de vivre de ces
années dorées où
le « palm wine »
coulait à flots
dans les débits de
boissons d’Accra.
A+Mag
aime aussi :
Lala Njava
Malagasy Blues Song, septembre 2013
Malagasy Blues
Song, le premier album
solo de cette diva de
la musique malgache,
est un régal acoustique. Njava explore
les rythmes traditionnels malgaches et la
pop occidentale, en y ajoutant une voix
somptueusement grave. On y retrouve
notamment le rythme antsa, un style
musical traditionnel destiné à mettre en
transe les participants à des cérémonies.
L’instrument utilisé est le marovany, une
sorte de cithare avec des cordes en acier.
La participation de Régis Gizavo, ancien
accordéoniste de Cesária Évora, donne
une touche particulière à cet album dont
les thématiques sont aussi politiques que
sociétales.
1.
Viva Africando, Africando
(Sterns Music), varia.
2. Kokokyinaka, Oy (Creaked Records),
Ghana/Suisse.
3. The Sahara Sessions, Etran Finatawa
(Riverboat Records/ WMN), Niger.
4. Makan, Driss El Maloumi
(Contre-Jour Belgium), Maroc.
5. Mon Pays, Vieux Farka Touré
(Six Degrees Records), Mali.
6. Nomad, Bombino (Warner Music),
Niger.
7. Conscription, The Sexican (Math
Records), Scandinavie.
8. Dersim, Ferhat Tunç (Kirkelig
Kultureverksted), Turquie.
9. Who Is William Onyeabor?, William
Onyeabor (Luaka Bop), Nigeria.
10. Angola 2: Hypnosis, Distortions &
Other Sonic Innovations 1969-1978,
various (Analog Africa), Angola.
Liste tirée du WORLD MUSIC CHARTS
EUROPE (WMCE), novembre/décembre 2013
Voir www.wmce.de
Tamikrest, Chatma
Glitterbeat Records, septembre 2013
Les Tambours de Brazza
Sur la route des caravanes, Buda Musique/Universal
Le dernier opus de ce groupe mythique congolais créé en 1991 est un vrai régal pour
les puristes. Les sonorités transportent le mélomane sur l’une des Routes des esclaves,
la tangente Zanzibar-Pointe-Noire, port et capitale économique du Congo-Brazzaville.
Lorsque les tambours ngoma répondent aux notes de guitares, aux envolées de chants
rythmés et aux battements syncopés de la batterie, cela donne des sonorités puissantes
et métissées, mêlant harmonieusement tradition et modernité. Le tout servi avec des
chansons bouleversantes comme Nza (« L’Univers »), une réflexion sur la marche de notre
siècle, ou Wélé (« Il est parti »), une critique de l’attitude des sapeurs qui taisent leurs
tribulations en Occident pour mieux frimer au pays.
Chatma signifie
« mes sœurs » en
langue tamasheq.
Ce dernier opus du
groupe mauritanien
fondé en 2006 est
donc un hommage à
toutes les femmes souffrant le martyre,
quelle que soit leur situation. « Qui peut
comprendre la souffrance de l’âme de
celui qui observe ses sœurs épuisées par
la contrainte de vivre entre les frontières
dans la profonde douleur et l’oppression
quotidienne », entonne le groupe en chœur
dans la chanson Tisnant an Chatma. Des
voix perçantes, soutenues par la guitare
électrique, la basse, la batterie, le djembé
et d’autres percussions, font de l’album
Chatma l’un des plus aboutis de ce groupe
touareg.
J’étais nu
pour le
premier
baiser de
ma mère
Journal
d’un écrivain
en pyjama
Pedro Ruiz / Gamma-Rapho via Getty Images
Return Flight to Ghana 1974-1983, Analog
Africa, juillet 2013
Tchicaya U
Tam’si, Éditions
Gallimard,
novembre 2013
C’est le titre
des œuvres
complètes
de l’écrivain
congolais
Tchicaya U
Tam’si réunies
en un seul
livre. Un tour de
main littéraire
des Éditions
Gallimard qui
publient cet
ouvrage en
novembre 2013,
dans la collection
« Continents
noirs », sous
la conduite de
Boniface MongoMboussa. Les
amateurs des
textes truculents
et des formules
ampoulées de
Tchicaya, disparu
le 22 avril 1988,
vont se régaler.
Dany Laferrière, Éditions Grasset, 320 pages, septembre 2013
Prix Médicis 2009 pour L’Énigme du retour (Grasset),
Dany Laferrière, aujourd’hui installé à Montréal, vient d’être
nommé à l’Académie française. L’écrivain haïtien retrace à
travers son dernier livre l’influence inévitable du vécu sur
ses œuvres, ses premiers faits d’armes en littérature ainsi
que son attachement à son pays natal. Quant au célèbre
sculpteur sénégalais Ousmane Sow, il vient d’être nommé
membre de l’Académie des
Beaux-Arts de Paris, une
première pour un homme
de couleur.
La Tragédie
malienne
Histoire
de Chicago
Le titre de
cet ouvrage
peut donner
l’illusion
qu’il traite
seulement
de l’actualité
immédiate,
l’intervention
française au
Mali. La problématique
posée dans
La Tragédie malienne est plus vaste, le
drame de l’occupation de ce pays résultant
de dysfonctionnements internes à un État
en déliquescence. Sous la direction de
Patrick Gonin et Nathalie Kotlok, spécialistes des circulations migratoires et du
développement (université de Poitiers),
et de Marc-Antoine Pérouse de Montclos
(Institut français de géopolitique, université de Paris VIII), La Tragédie malienne
offre aux lecteurs les outils nécessaires à la
compréhension des facteurs déclencheurs
de l’occupation islamiste.
Barack Obama, Chicagoan par excellence,
disait de sa ville qu’elle était « éminemment
américaine ». Urbaine, moderne, densément
peuplée, la ville de Chicago fascine ses habitants et ses visiteurs.
Cet ouvrage, qui est par ailleurs le regard d’un Sénégalais posé sur
une ville américaine, foisonne de témoignages et de portraits de
Chicagoans qui ont cette métropole fantasque chevillée au corps
tant ils l’ont aimée, adoptée ou domptée.
ouvrage collectif, Éditions Vendémiaire,
352 pages, septembre 2013
Ulf Andersen / Getty Images
Afrobeat Airways 2 :
D.R.
26
Pap Ndiaye et Andrew Diamond, Éditions
Fayard, 450 pages, septembre 2013
La Mobilité ethnique
au Rwanda
Tharcisse Semana, L’Harmattan, 88 pages, septembre 2013
Persécuté par le régime rwandais, Tharcisse
Semana a fui son pays en 2004 vers l’Ouganda.
Auteur de nombreux livres sur la situation
politique et le communautarisme au Rwanda, son
dernier ouvrage est l’occasion pour lui de rappeler
au monde que les ethnies au Rwanda sont fondées
sur la profession plutôt que sur le clan. Le colon belge qui avait
perpétué cette division de la société s’était en fait appuyé sur
la hiérarchisation sociale traditionnelle des classes sociales qui
stratifiaient la société rwandaise. Diplômé de l’École supérieure de
journalisme de Paris, Tharcisse Semana vit aujourd’hui en Suisse.
28
29
portrait
NoViolet
Bulawayo
le nouvel âge
des écrivains
féminins
Un des cinq auteurs retenus pour le prix Man Booker 2013 avec son conte sur
la jeunesse au Zimbabwe, NoViolet Bulawayo est au premier rang d’une nouvelle
génération d’auteurs africains. Bien que partout encensé pour sa description
de « personnages authentiques », son premier roman n’a pas encore suscité de
réaction de la part des officiels du pays
Texte Liesl Louw-Vaudran Photo Random House Struik
«É
crire fut un
moyen de me
connecter à ma
terre natale »,
déclare NoViolet Bulawayo, lauréate du prix Caine et auteur de We Need New Names, une première
œuvre très plébiscitée. Ce roman l’a aidée à
endurer le mal du pays tandis qu’elle résidait aux États-Unis ces treize dernières années. Son retour pour la première fois au
Zimbabwe en début d’année et la rencontre
avec son public a été, selon ses mots, « une
leçon d’humilité ».
« Les gens s’approprient l’ouvrage au
titre de livre zimbabwéen et je trouve cela
très gratifiant. Je suis juste revenue [à Harare] pour sa sortie et une file d’attente se
prolongeait jusque dehors. Il semble que
j’écrive à une époque où les gens s’intéressent à leurs propres histoires », me confiet-elle en septembre, lors d’une tournée littéraire à Johannesburg.
NoViolet évoque l’accueil étonnamment
favorable qui fut réservé à son livre par les
Zimbabwéens « blancs et noirs ». Les médias locaux l’ont également félicitée pour sa
représentation de « personnages authentiques ». Tinashe Mushakavanhu écrit dans
l’hebdomadaire The Standard : « J’ai toujours voulu retrouver de moi-même dans la
littérature contemporaine zimbabwéenne.
We Need New Names me comble sur ce
point et sur bien d’autres encore. » En dépit d’une peinture sans concessions de la vie
sous la présidence de Robert Mugabe, l’ouvrage n’a suscité aucun commentaire de la
part des cercles gouvernementaux.
We Need New Names, publié en juin
dernier, est le premier livre zimbabwéen jamais retenu pour le prix Man Booker. C’est
également la première fois qu’un écrivain
féminin africain est présélectionné pour
ce prix littéraire des plus prestigieux au
monde. Pour couronner une année épique,
il est aussi en course pour le titre de livre
de l’année dans le Guardian, le fameux
quotidien britannique, dont l’annonce est
imminente.
Le conte évoque la vie de Darling, une
jeune Zimbabwéenne qui grandit dans un
bidonville ironiquement appelé Paradise.
Les gens y luttent contre la pauvreté écrasante qui marque la dernière décennie de
la gouvernance Mugabe. Par le regard de
Darling, le lecteur vit les effets du désastre
économique – l’expression le monde s’effondre, tirée du fameux ouvrage de Chinua
Achebe, est un leitmotiv du roman.
La langue jubilatoire dans laquelle Darling décrit les aventures de sa bande de
voyous qui traînent dans les rues parce
qu’ils ne peuvent plus aller à l’école, en décalage avec la réalité sinistre, provoque le
plaisir du lecteur. Des passages hilarants
mettent en scène les enfants avec l’église
évangéliste – l’exotique église du SaintChar du Christ présente à Paradise – et des
membres d’ONG étrangers bien intentionnés mais perdus, ou encore une réunion
avec des « investisseurs » chinois, et ce
avec une verve d’une fraîcheur sans pareil
témoignant du sens de l’humour particulièrement raffiné de l’auteur.
Pourtant, il ne devait pas être facile
d’écrire sur ce que NoViolet considère
comme une « période sombre de l’histoire
zimbabwéenne » tout en vivant à l’université Cornell, aux États-Unis. « Ce projet
était difficile à réaliser, car au travers d’une
fiction, je décrivais la réalité d’autres personnes », admet-elle. « Mais vous avancez
avec la conscience de devoir transmettre
cette histoire. »
Le parcours de Darling ressemble à
celui de NoViolet, partie pour les ÉtatsUnis à 18 ans, mais son livre n’est pas
Il semble que
j’écrive à
une époque
où les gens
s’intéressent à
leurs propres
histoires. »
autobiographique. « Le Zimbabwe que j’ai
connu n’était pas celui du livre, parce que
je suis née juste après l’indépendance. Je
suis une enfant du Zim des années 80 et
90, quand Darling grandit vers les années
2000. Au lieu de mes propres souvenirs,
j’ai dû m’inspirer d’histoires de mon pays. »
Sa véritable identité est Elizabeth Zandile Tshele. Elle affirme avoir changé de
nom pour des raisons personnelles. « Je ne
l’avais jamais envisagé comme nom d’auteur », dit-elle. Violet était le nom de sa
mère, décédée quand elle était encore bébé,
tandis que Bulawayo est sa ville d’origine,
dans le sud-ouest du Zimbabwe, encore
une façon de « se connecter à sa terre natale », comme elle dit.
Bien que vivre à l’étranger entraîne « la
culpabilité de ceux qui sont partis », cela lui
a également permis de se forger une identité d’écrivain africain. « Je ne pense pas
que j’aurais pu traiter ce sujet avec tant de
passion et de maîtrise si j’étais restée dans
mon pays. C’est en sortant du Zimbabwe
et d’Afrique que j’ai pu pleinement apprivoiser ma condition zimbabwéenne et mon
africanité, parce qu’en y vivant, mon identité n’était aucunement remise en question
mais simplement acceptée comme telle. »
NoViolet évoque l’arrière-goût doux-amer
de son premier retour au pays, en avril dernier. « Doux dans le sens où je revoyais ma
famille après une décennie d’absence, mais
amer parce que le Zimbabwe de mon enfance n’existe plus. » Ce beau pays a été tiré
vers le bas à coups de mauvaise gestion et
de désordre politique. « Les coupures récurrentes d’électricité, d’eau, l’état déplorable
des routes et le dysfonctionnement général
de tout le système, de l’éducation à la santé,
tout cela fut un constat pénible, d’autant plus
que j’ai connu le Zimbabwe à sa meilleure
époque. C’était dur de voir le désespoir généralisé. Vous savez que les gens luttent pour
vivre, ils le portent sur le visage. »
Le monde s’effondre, mais pourrait-il se
redresser à nouveau ? Le « Zimbabwe est
un désastre provoqué par l’homme, et je
crois qu’il peut remonter la pente grâce à
l’arrivée d’un sang nouveau, de jeunes qui
se soucient davantage de leur pays que la
vieille garde égoïste, uniquement préoccupée d’une politique vide de sens et de son
enrichissement personnel », déclare-t-elle.
Lauréate du prix Caine pour l’écriture
africaine en 2011, NoViolet fait partie de ce
que les théoriciens de la littérature appellent
la « génération Caine » d’Afrique, où figurent des auteurs comme le Nigérian Helon
Habila et le Kenyan Binyavanga Wainaina.
Le roman de NoViolet a été classé par
certains dans la même catégorie que ceux
de la romancière nigériane à succès Chimamanda Ngozi Adichie, mais elle préfère
ne pas s’étendre sur cette comparaison.
Bien qu’elle possède le livre, elle n’a pas lu
Americanah, dernier roman d’Adichie, qui
traite également de la diaspora africaine
aux États-Unis et a des analogies avec la
deuxième partie de We Need New Names.
Pourtant, alors que cette juxtaposition est
le thème central d’Americanah, We Need
New Names est avant tout un livre sur le
Zimbabwe et les Zimbabwéens du pays ou
expatriés. •
30
31
portrait
o
Oxmo Puccin
Ce dont on
ne parle jamais,
c’est que les
parents partent
d’un pays où ils
doivent refaire
l’histoire, un
pays où on ne
va pas toujours
passer ses
vacances avec
plaisir. »
SON RAP VIENT
DE LOIN
Un an après la sortie de son brillant album Roi sans
carrosse, il était temps de faire le point africain avec le « Black
Jack Brel », le gentil géant surnommé Ox’
Texte Olivier Cachin Photo Matias Indjic
S
’il est bien né au Mali, Oxmo est
malgré tout identifié à la capitale.
Il le revendique d’ailleurs haut et
fort. « Je me considère comme un
Parisien, c’est là où j’ai grandi, là où je me
suis adapté. Nous étions entre Mohicans,
beaucoup de jeunes venant de diverses régions d’origine africaine, à Paris. Et je suis
retourné au Mali plus tard. Donc j’étais déjà
bien assumé quand je me suis retrouvé face
au questionnement de mon identité. J’assume être un Parisien, c’est indiscutable. On
peut discuter de ma Mali-nité, mais où que
j’aille, je suis reconnu comme un Parisien. »
Ox’ a bien fini par retourner dans le pays
qui l’a vu naître. Pour son premier voyage
au Mali, il avait 5 ans, en 1979. Pour le second, il avait 26 ans. « Ce dont on ne parle
jamais, c’est que les parents partent d’un
pays où ils doivent refaire l’histoire, un pays
où on ne va pas toujours passer ses vacances
avec plaisir. Pour y faire retourner toute la
famille, il faut trois ou quatre mois de salaire, donc c’est compliqué. Ça dissuade d’y
retourner quand on n’a pas eu l’habitude d’y
aller chaque année, comme ce fut le cas dans
quelques familles. Moi j’avais un concert
prévu, mais comme je ne voulais pas y aller
juste pour un concert, j’y suis retourné avant
pour voir la famille. Et j’ai bien fait. » S’il n’a
pas le profil d’un athlète, Oxmo n’en est pas
moins le frère d’une grande pointure : Mamoutou Diarra, deux mètres, joueur international français de basket.
Le style Puccino n’est pas celui des poids
lourds du moment, la très populaire Sexion
d’Assaut ou le très controversé Booba. Sa finesse et sa poésie, mais aussi son habitude
de jouer avec un groupe de musiciens venus
pour la plupart du jazz, l’ont placé dans une
autre sphère. Et il en est conscient. La vision
du rap, surtout en Afrique, dépend beaucoup de ce qui passe dans les médias, de
ce qui tourne sur les chaînes câblées. Tout
le monde n’a pas les outils pour aller chercher l’artiste qui lui convient. Donc si ce qui
marche en ce moment est assez plaisant, on
fait avec. Moi, quand je vais sur le continent
africain, je ne suis pas l’artiste à la mode,
donc j’ai la chance de réunir des gens qui
ne viennent pas par hasard. J’ai commencé
il y a quinze ans, en Côte d’Ivoire notamment, avec mon DJ Cream et Le Célèbre
Bauza. C’était d’ailleurs la première fois que
je retournais en Afrique. Extrêmement bon
souvenir, je suis retourné deux fois en Côte
d’Ivoire. Mais pas depuis les événements
qui ont lancé tous les problèmes politiques
qu’on a connus, l’Ivoirité par exemple. »
Autre preuve de la particularité d’Oxmo
dans ce monde du rap français souvent
tenté par la violence verbale et la fascination
pour l’illégal : il a été décoré par le maire
de Paris, lors d’une émouvante cérémonie
à l’hôtel de ville. Une distinction rare, surtout pour un artiste issu de la communauté
rap. Précisons qu’avec sa chanson Pam Pa
Nam, Oxmo avait écrit une vraie déclaration
d’amour à la capitale. « J’ai eu la médaille de
la Ville de Paris, et elle n’est pas vilaine ! »
Quant au futur d’Oxmo, il n’est plus sur
la route dans l’immédiat. Il va participer
à un opéra moderne à Lyon, l’adaptation
d’Henri V. « Je vais déclamer des textes et incarner mon personnage. Ça sera début 2014.
Je vais aussi sortir un livre d’aphorismes en
mars aux éditions du Diable Vauvert. Et je
travaille sur d’autres bouquins. »
Oxmo s’est réjoui de l’accueil fait à son album Roi sans carrosse, couronné d’une Victoire de la musique urbaine en 2013.
« L’accueil du public a été formidable, et
celui des médias ne m’a pas déplu du tout.
Mis à part que des fois, j’ai l’impression de devoir me justifier. “Est-ce que tu fais du rap ?”,
“Pourquoi des instruments ?”, “Qu’est-ce
que tu penses de lui ?” Des choses qui ne me
concernent pas forcément. » Sujet le plus déplaisant pour Oxmo : parler du clash Booba/
La Fouine et des embrouilles entre divers
rappeurs. « Ça n’est pas approprié. » Ce qui
ne l’empêche pas d’être très heureux : « J’ai
fait presque cent dates, j’ai été à La Réunion,
à Montréal, j’ai joué en Suisse et en Belgique
aussi. Un concert, c’est un échange, je rends
ce qu’on me donne sur scène. »
Récemment, on a pu entendre Oxmo sur
les disques d’autres artistes. Chez des rappeurs comme Ol’Kainry (il a participé à son
dernier album) ou encore Grödash. Mais
également sur le titre Belle Époque (#Night
Shop 2), du dernier opus (Vengeance) du
chanteur pop Benjamin Biolay. « Et j’ai aussi
écrit quelques chansons pour des artistes
comme Ines Talbi, une chanteuse québécoise. » Quant au prochain album, monsieur
Puccino n’a pas de certitudes. « La manière
dont on consomme les albums aujourd’hui
ne me convient pas. Je souhaite une autre
façon de faire écouter ma musique, de la présenter. […] J’y réfléchis. » •
Album Roi sans carrosse, disponible chez Cinq7/Wagram
Music.
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33
portrait
JAQEE
Le groove sans
frontières
Depuis 2005, cette brillante artiste ougando-suédoise promène sa
silhouette volontaire sur les scènes musicales des cinq continents.
Son quatrième album est sorti le 9 octobre dernier
En Ouganda,
j’ai vu trop de
femmes porter
le poids du
monde pendant
que les hommes,
eux, restaient
tranquillement
assis à boire.
Je veux
échapper à ce
déterminisme. »
Texte Kidi Bebey Photo Viktoria Binschtok
C
’est l’histoire d’une fillette dont la
vie débute en Ouganda en 1977
mais qui, l’année de ses 13 ans, se
retrouve dans un camp de réfugiés
en Suède. Un parcours à travers le monde,
du pays d’origine au pays d’adoption, en
passant par la Jamaïque, l’Afrique du Sud
et l’Allemagne (Berlin), où elle vit désormais. Celui de Jaqueline Nakiri Nalubale,
devenue Jaqee le jour où elle a enfin pris
la décision d’écouter son cœur et… son
talent. Tout commence avec la rencontre
d’une enseignante suédoise. « C’était une
prof de musique géniale qui m’a fait jouer
dans un spectacle le rôle de Billy Holiday »,
explique-t-elle lors de sa visite à Paris fin
septembre pour une semaine de promotion
marathon. « Il faut dire qu’en tant que seule
fille noire de la classe, le casting me favorisait ! Je me suis beaucoup impliquée dans
le spectacle et j’ai eu un déclic. Jusque-là,
on me demandait d’être bonne élève pour
devenir un jour enseignante ou avocate.
Mais cette prof de musique, elle, me disait :
Tu devrais chanter… Avec ce spectacle, tu as
fait quelque chose de vraiment spécial… »
Malgré tout, il faudra quelques années
pour que celle qui se prénomme encore
Jaqueline prenne confiance en elle. Entretemps, elle étudie l’histoire africaine à l’université, gagne sa vie comme aide-soignante,
tout en écrivant textes et musiques en
amateur. « J’ai dû me battre pour imposer
mon choix de faire de la musique […]. En
Ouganda, explique-t-elle, mon père n’était
pas avec nous. C’est ma mère qui s’occupait
de gagner la vie de la famille. […] J’ai appris
grâce à elle qu’il faut savoir tirer le meilleur
parti de ce que l’on a. »
Jaqee va alors rassembler ses économies et solliciter des collaborations pour
réaliser son premier album. En 2005, les
oreilles averties découvrent sa voix et ses
compositions avec Blaqalixious, distingué
aux Grammy Awards suédois. Le public approuve et salue la musique comme le charisme de la chanteuse sur scène. Puis deux
autres albums très différents dans leur style
vont témoigner de la capacité de l’artiste
de n’être jamais là où on l’attend. Après la
couleur soul des débuts, Jaqee teinte son
deuxième album d’accents rock mâtinés de
blues, avant d’adopter le reggae dans son
troisième opus.
À 36 ans, elle affirme plus que jamais
son ouverture artistique par un quatrième
album orienté pop dont le titre, Yes I Am,
sonne comme une déclaration d’indépendance. Car Jaqee refuse de se limiter à un
seul genre musical.
« Si vous écoutez les paroles de mes
chansons, vous verrez que je parle de sujets
assez similaires : la liberté d’être, de faire
ce que l’on souhaite. Il faut vraiment aller
jusqu’au bout de ses rêves. En Ouganda,
j’ai vu trop de femmes porter le poids du
monde pendant que les hommes restaient
tranquillement assis à boire. Je veux échapper à ce déterminisme. »
Ses origines africaines sont pour Jaqee
un sujet de fierté. Elle rappelle volontiers
que « l’Ouganda est [sa] base, [son] point
de départ, et non une question ». Mais ces
mêmes origines sont peu perceptibles dans
sa musique car elles participent, pour elle,
d’un processus de maturation.
« Bien sûr, précise-t-elle, je comprends
que les gens cherchent à entendre cette coloration africaine dans ma musique, mais
moi j’ai besoin de vivre sur le continent et de
le ressentir pour que la musique me vienne
et surtout qu’elle ait du sens pour moi. J’ai
rencontré l’Ivoirienne Dobet Gnahoré à
Münster dans un festival, et waouh ! Elle a
une énergie extraordinaire, explosive. Des
gens comme elles me donnent envie de retourner vivre en Afrique. »
« J’ai d’ailleurs commencé à flirter
avec les rythmes africains. On en trouve
des influences dans le morceau A Mighty
Good Time, par exemple, j’en avais envie.
Simplement, je ne veux pas aller trop vite.
Je veux me laisser gagner par cette envie.
C’est un long processus, parce que je n’ai
plus vécu longtemps sur le continent africain depuis mon enfance. » Certes, Jaqee
a connu récemment l’expérience d’une résidence d’écriture réjouissante en Afrique
du Sud, mais les rythmes et musiques de
ce pays n’apparaîtront pas nécessairement
dans ses créations à venir. Écouter ses
chansons consiste à accepter d’accueillir
l’imprévu.
Sourire étincelant, regard espiègle,
Jaqee affiche une légèreté qui semble en
contradiction avec l’aplomb nécessaire pour
mener, comme elle le fait, une vie de chanteuse, compositrice et leader. N’est-elle pas
de surcroît la seule femme et noire de son
groupe ? Elle écarte la question du revers
de la main. « Je n’y ai jamais vraiment réfléchi jusqu’à ce que nous nous mettions à
jouer un peu partout et que je me retrouve
en effet un peu seule : la seule fille dans le
bus de la tournée ! Mais c’est le prix à payer
pour faire ce métier. […] Et puis le monde
est toujours un peu dur pour les femmes
en général. Alors avec mon groupe, j’ai créé
une sorte de famille. »
Un peu de dance, de pop, d’électro, un
zeste d’Afrique, un soupçon de soul et
quelques allusions au R’N’B… Ne cherchez
pas à quel genre appartient le nouvel album
de Jaqee. Laissez-vous plutôt griser par son
grain de voix et sa musique puzzle à l’image
de son parcours : celui d’une femme d’aujourd’hui, dont l’identité pourrait être celle
d’une « nomade du monde ». •
Nouvel Album Yes I Am (Root Down Records), disponible
depuis le 9 octobre.
34
reportage
FESTIVAL DES DIVINITÉS NOIRES AU TOGO UN
RENDEZVOUS
CULTE
Depuis 2006, la ville d’Aného
au Togo accueille le Festival des
divinités noires, organisé par
l’association Acofin. Plantée sur
la plage à deux pas de Glidji – où
se trouve le sanctuaire historique
des Guins, dans lequel les vaudous
sont honorés régulièrement –, une
scène se dresse pour célébrer des
divinités qui continuent à joncher
la vie des Béninois. Reportage par
deux photojournalistes eux-mêmes
invités à exposer leurs propres
œuvres…
Texte et photos Catherine et Bernard Desjeux
L’
originalité de ce festival est de
passer sans transition du cultuel au
culturel. En effet, le religieux et l’art
y procèdent de la même démarche.
On a ainsi pu voir la troupe de
danse contemporaine nigériane Squad 1 Productions
effectuer une chorégraphie avec les masques premiers
des Egun originaires d’Ife.
Le lendemain, nous participons à la grande
cérémonie du retour à la mer, dzapu, dans la petite
ville d’Agbodrafo, l’ancien Porto Seguro. Tous les
vaudous dan et les quarante Mami Wata transportent
sur leur tête des offrandes : des dindes, des biscuits,
des parfums… Ici, on pense que tous les vaudous
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36
37
reportage
Yves Tété
Wilson
Le mot vaudou
désigne, chez les
Guins en particulier
et au Togo en
général, tout ce qui
est plus ou moins
« fétiche ». C’est la
raison pour laquelle
sont invitées
d’autres divinités au
festival : les Bassar,
les Dogons… Ces
divinités découlent
directement
du lignage ou
représentent les
ancêtres assimilés
à des forces de
la nature. Ils
constituent un large
ensemble dont la
hiérarchie et les
caractères varient
suivant les diverses
communautés.
Vaudou vient du
mot de langue fon
vodun. Chez les
Yorubas, on dit
orisha.
Le culte des
jumeaux.
Lorsqu’une
femme perd
ses jumeaux,
elle les porte
dans son pagne
sous forme de
statuettes.
la rive droite du Mono, mais la terre n’étant pas bonne
pour la variété de manioc qu’il a rapportée du Brésil, il
traverse le fleuve, achète un terrain au chef de Glidji et
commence par faire creuser un puits et à défricher ses
terres. Il y installe plusieurs vaudous d’origine yoruba,
comme Egun et Shango, ou d’origine fon, comme la
divinité de la terre, Sakpaté. Lorsque je demande au
roi d’Atoéta : « À quoi sert tout cela ? », il me répond :
« Il n’y a pas que les x et les y dans la vie. »
Pour Yves Tété Wilson, l’initiateur du Festival des
divinités noires, « celui-ci ne peut être complet qu’avec
le Brésil », et il est émouvant de voir les danseurs
de la troupe Robson Correia, de Salvador de Bahia,
partir en transe aux rythmes identiques de leurs
orishas respectifs et tomber dans les bras de leurs
frères togolais. Les hommes déportés aux Amériques
y acclimatèrent leurs vaudous et orishas dont les rites
perdurent aujourd’hui. Ils les masquèrent facilement
derrière ceux de leurs maîtres catholiques. •
La 8e édition du Festival des divinités noires s’est
déroulée à Aného (Togo), du 15 au 22 décembre
2013, et avait pour thème « Mandela, l’Afrique arcen-ciel et ses trésors ». Les Zoulous d’Afrique du
Sud, le Balé Folclórico de Bahia (Brésil) et le Poro
de Ferkessédougou (Côte d’Ivoire) se sont joints
aux groupes locaux tels les Kondonas de Pya et les
danseurs de feu Bassar.
Klegbeto,
Zangbeto : le jour
et la nuit
viennent de la mer, alors on s’y rend tous ensemble,
comme une grande famille. Il en résulte une faculté
d’intégrer les influences extérieures. Si beaucoup
descendent d’un même ancêtre, Adjahuto, originaire
de Tado (Togo), les vaudous proviennent également
de l’ouest, notamment de l’actuel Ghana, et plus
précisément de la région Ashanti, comme ceux de la
confrérie Ablékété, chargée du maintien de l’ordre.
On remarque même des divinités hindoues dont les
allégories sont présentes sur les murs des couvents.
Le festival, c’est aussi une rencontre organisée
en bibliothèque sur le thème « Informatique et
tradition », ou encore des conversations, comme celle
que nous avons eue avec le roi d’Atoéta, Oba Kabiossi
Adekambi III, qui nous expliqua la création du village :
des esclaves revinrent en Afrique, portant le nom
de leurs anciens maîtres : de Medeiros, da Silva, da
Cruz… Ainsi, en 1850, Joachim d’Almeida fonde ce
village au nord d’Aného. Il s’installe tout d’abord sur
C’est au cours de ses études à Poitiers, en France,
que ce notaire éclairé prend conscience de son
appartenance à une double culture : catholique
et animiste. Avec ses frères et quelques amis,
il crée l’association Acofin et ce festival afin
de faire le lien avec les nouvelles générations.
Il déclare : « Le festival vise à protéger le
patrimoine culturel noir. Notre valeur est basée
sur le recensement des objets d’art et de culture.
Nous devons les défendre, les respecter, les
réhabiliter, les valoriser, les transmettre à de
futures générations, les partager avec elles et
les construire. En le faisant, nous pensons aux
jeunes générations à qui nous devons transmettre
le témoin, bien sûr avec les codes de ce qu’on
appelle aujourd’hui le patrimoine immatériel. »
Les Klegbetos, qui sortent le jour,
et les Zangbetos, la nuit, sont des
entités d’origine yoruba réunies
autour de sociétés initiatiques. Ils
assurent la quiétude du village et
une protection contre les voleurs.
La traversée du lac Togo par un
Zangbeto est l’un des grands
classiques du festival. Le prêtre,
depuis une rive, dirige les
opérations en prise directe avec son
fétiche dont il se sert comme d’un
portable. Croit-il vraiment qu’il
peut communiquer de la sorte ? Peu
importe, l’essentiel est que cela soit
vécu comme tel. « La proximité avec
le théâtre est évidente », explique
l’anthropologue à l’EHESS Bernard
Müller. « Personne ne se pose la
question de savoir si l’acteur du
film est vraiment le héros qu’il
représente. »
38
En couverture
Alberto OLYMPIO
l’avenir
high-tech
africain
Texte Salha Souleymanou Olympio
Photos Marie Jampy et labelfoto
ous connaissons les principaux décideurs
et chefs des plus grandes entreprises
d’Afrique qui contribuent à l’essor d’une
croissance continentale tirée par le secteur
privé. Parmi eux figurent Aliko Dangote,
PDG du plus grand conglomérat industriel
du Nigeria ; Mo Ibrahim Soudan, fondateur
de Celtel , opérateur de téléphonie mobile
dans une vingtaine de pays d’Afrique et du
Moyen-Orient ; Mostafa Terrab, directeur
général de la société marocaine OCP, le plus
grand exportateur mondial de phosphates ;
et Issad Rebrab, PDG de Cevital, un groupe
privé aux multiples activités et leader en
Algérie.
Mais aujourd’hui, nous assistons à
l’émergence d’une nouvelle génération
d’entrepreneurs dont les ambitions
s’étendent au-delà du continent. Ils
bâtissent ou dirigent des entreprises de
classe mondiale avec une présence de plus
en plus incontournable sur le continent
africain. Ils développent de nouveaux
marchés, ils sont champions de l’innovation
40
En couverture
Notre société a vocation
à sortir de sa zone de
confort et à résoudre
des problématiques
par le développement
d’applications sur les
terminaux mobiles, tablettes
et smartphones. »
et créent des emplois décents pour des
milliers d’Africains avec un profond impact
social sur leurs environnements respectifs.
Les noms et visages de ces champions
qui montent seront, dans les toutes
prochaines années, connus de tous. Dans
ce publi-reportage, Alberto Olympio est
l’exemple de ces jeunes cadres dynamiques
africains qui croient à la capacité de
l’Afrique de se prendre en charge et qui se
sentent prêts à relever des challenges en
s’engageant dans la création de richesses
par l’initiative privée. Ils reviennent dans
leurs pays après avoir acquis en Occident
une solide formation puis une expérience
avérée. Le parcours d’Alberto Olympio
et la réussite de son entreprise sont
révélateurs de l’effectivité de ce nouvel
engagement des cadres africains dans
le développement économique de leur
continent.
A+ : Parlez-nous tout d’abord
d’Axxend Corporation, l’entreprise
que vous avez créée en 2010.
Alberto Olympio : Axxend Corporation
exerce dans le secteur des nouvelles
technologies, en offrant aux entreprises des
prestations de classe internationale à un
coût inférieur à celui pratiqué par les firmes
occidentales qui interviennent sur notre
marché domestique. Ce positionnement la
différencie de ses confrères locaux, souvent
généralistes, comme des grandes firmes
occidentales, certes compétentes, mais à
des coûts prohibitifs.
Axxend répond ainsi à une attente
précise des grandes entreprises et
organisations de sa zone d’action, qui
s’étend sur une quinzaine de pays. Sa cible
se compose essentiellement des secteurs
des télécommunications, des finances et
industries, ainsi que du secteur public.
La concurrence pour la fourniture
de services informatiques aux
secteurs que vous visez n’est-elle pas
trop forte ?
Les entreprises de ces secteurs sont à la fois
exigeantes, savent précisément ce qu’elles
veulent et consomment grandement du
IT. Ce qui donne largement à Axxend
l’opportunité de prouver son savoir-faire
avec professionnalisme. C’est la qualité de
nos prestations qui assure la croissance
et la rentabilité et donc la pérennité de
l’entreprise. Cette capacité d’entreprendre
et surtout de réussir notre projet
d’entreprise est le fruit d’une expérience
largement acquise en France auprès de
l’Aérospatiale et du CNES (Centre national
d’études spatiales), aux États-Unis et en
Afrique auprès de Microsoft, le géant de
l’informatique.
Concrètement, en quoi consiste
l’offre d’Axxend et quels sont vos
premiers résultats en trois années
d’activité ?
L’offre d’Axxend couvre les besoins
fondamentaux des entreprises en matière
de système d’information, notamment
une infrastructure de base sécurisée et
un système collaboratif performant, avec
des outils de communication unifiée.
En cela, elle s’appuie sur son partenariat
technologique avec Microsoft. Par ailleurs,
dans la continuité de la réussite de son
partenariat avec Microsoft, Axxend
développe son lien technologique avec SAP,
le géant mondial des solutions de gestion
intégrée (ERP) et de Business Intelligence.
Forte de ce succès, l’entreprise décide
d’étendre son offre pour répondre aux
besoins du grand public. Notre société
a vocation à sortir de sa zone de confort
et à résoudre des problématiques par
le développement d’applications sur
les terminaux mobiles, tablettes et
smartphones. Les marchés du « Cloud
Computing », du « Data Center », des
télécommunications, du « Mobile Money »
sont autant de challenges qu’Axxend
relève actuellement. En trois années
d’existence, Axxend remporte de francs
succès, avec un chiffre d’affaires de près
de 18,3 millions d’euros en 2012 et plus
de 150 emplois créés, en donnant la place
méritée aux femmes, qui représentent
36 % du personnel cadre.
Vous avez récemment annoncé
qu’« Axxend se veut une entreprise
citoyenne ». Qu’entendez-vous par là ?
J’ai conduit notre groupe à développer la
Fondation Axxend, qui vient en soutien
aux enfants économiquement défavorisés,
dans les domaines de l’éducation, de la
42
En couverture
Les cadres
africains
ont un rôle
moteur et
prépondérant
à jouer. »
avant tout un acteur social. À ce titre,
elle doit s’inscrire dans la vision d’une
contribution effective au développement
global. Réussite économique, soutien
aux plus démunis, repositionnement
de l’Homme au centre de l’activité
économique, c’est le triptyque qui
doit caractériser une entreprise. Le
développement de l’Afrique par les
Africains est ma plus forte conviction, et
en cela les cadres africains ont un rôle
moteur et prépondérant à jouer. C’est dans
cette dynamique que je m’inscris.
Quels sont vos projets pour 2014 ?
2014 est pour moi une année de grande
décision pour mon groupe. Je ne vais pas,
pour l’heure, m’exprimer plus largement
sur cette question, mais vous pouvez vous
attendre à quelques bonnes nouvelles
prochainement.
santé et de leur épanouissement. Cette
dimension de solidarité et de partage est
un facteur déterminant dans la vision
d’Axxend, car elle replace l’humain au
centre de toutes les actions. Nous ne
devons pas oublier que toutes les actions
humaines partent de l’humain et doivent
revenir à l’humain pour boucler le cycle.
J’ai également mis en place le concept
d’Axxend University, qui aide les jeunes
diplômés à faire une première expérience
dans l’entreprise, en leur offrant
gratuitement une année de formation
opérationnelle, au bout de laquelle ces
jeunes trouvent rapidement du travail, soit
chez Axxend en cas de besoin, soit auprès
d’une autre structure. Les jeunes diplômés
adorent.
Au-delà de l’indispensable profit,
vous semblez être motivé par
l’épanouissement individuel des
gens et le développement collectif.
Pourquoi ?
Je ne crée effectivement pas une
entreprise simplement pour le succès
économique et financier. Toute entreprise,
bien que propriété de l’entrepreneur, est
Vous êtes semble-t-il bien entouré
par votre famille dans vos actions.
Qu’en est-il réellement?
En effet, j’ai la chance d’être issu
d’une grande famille, très unie et très
complice tant sur le plan professionnel
que personnel. Cela procure quelques
avantages, surtout que nous partageons
une vision similaire quant à la nécessité
de la contribution de chacun au
développement de l’Afrique.
Toutefois, au-delà de ma famille
biologique, les cadres d’Axxend et toutes
les bonnes volontés qui nous soutiennent
et qui partagent avec moi les ambitions
légitimes pour le développement de
l’Afrique sont autant de composantes
d’une large famille partageant une
communauté de destin sur le continent. •
44
portrait
L’énigme
N’Dour
Après trois ans d’absence, la star sénégalaise
Youssou N’Dour a effectué son retour en octobre
dernier dans la capitale française pour
son 14e Grand Bal, un concert marathon
véhiculant une image positive de l’Afrique. A+Mag
rencontre ce musicien, homme d’affaires et homme d’État
complexe tandis qu’il revient à ses aspirations premières
C
Texte Daniel Brown
Photos Philippe Braquenier et Pierre Daniel
omme si le temps
était remonté trois
ans en arrière.
La grande voix
africaine au succès
le plus constant investit majestueusement
la scène au-dessus de fans extatiques par
milliers. Son détenteur apparaît dans
un boubou blanc flamboyant, le visage
animé d’un sourire enfantin quand il se
saisit de la foule ondulante. « Le roi est
de retour ! », crie Mamadou, les yeux
étincelants, alors qu’il se laisse aller à
la joie devant son idole d’enfance. Le
chauffeur de taxi franco-sénégalais se
retourne vers ses compatriotes expatriés
qui ont investi 85 euros dans un allerretour en train de Nantes à Paris pour ce
Grand Bal. Ils sont venus voir cet homme
qui, à 54 ans, célèbre quarante et un ans
de présence dans l’industrie musicale.
« C’est sa nouvelle chanson sur Dakar »,
s’enthousiasme Mamadou en wolof
par-dessus le grondement des tambours
et djembés tamani. « Oui, réplique le
compagnon de route de Mamadou, mais
c’est rien à côté de Leep Mo Leundeum ou
Bou Leen Coupe. Il ne chantera pas celleslà maintenant qu’il est ministre. »
Mamadou se référait aux compositions
que la superstar sénégalaise Youssou
N’Dour avait diffusées des années plus tôt
pour mobiliser l’opinion publique contre
la passivité du régime précédent face
aux inondations qui avaient accablé la
capitale. Mais les 18 000 fans réunis pour
ce spectacle remarquable mis en scène
autour de la voix intemporelle de N’Dour
ne sont pas là pour discuter de la politique
qui a accaparé le travail du chanteur ces
dernières années. Non, ils se délectent
de nouveau dans ce que le président
Macky Sall a appelé dans le programme
du concert un « point de rassemblement
et un moment de convergence de toute
la diaspora exilée aux quatre coins
du monde ». Ce retour en octobre de
N’Dour à son Grand Bal ne déçoit pas.
La représentation de quatre heures et
demie au Palais omnisports de ParisBercy illustre le talent du chanteur pour
sa subtilité d’orchestration comme pour
produire de jeunes artistes prometteurs
et les propulser vers la célébrité.
Sans compter l’image positive de
l’Afrique qu’il revendique toujours.
Soudain, voici le N’Dour que tout le
monde aime : un homme du peuple,
la voix modulant sur ce même souffle
chaud d’une pureté incomparable.
Ses ambitions politiques, sa richesse
financière et son empire médiatique ont
semblé prendre le dessus sur l’artiste
46
portrait
doué pour captiver son public avec son
mélange de vieux classiques de mbalax et
de tubes planétaires. Parmi les 32 titres
chantés, on entend de nouvelles ballades
un peu maladroitement interprétées par
le chanteur, qui se penche pour lire les
partitions dispersées à ses pieds. Mais
peu importe, ses classiques défilent
l’un après l’autre, toujours teintés d’un
humour sûr. Le voici à nouveau en leader
idéaliste contestant le pouvoir de ceux
qui s’approprient les richesses d’un État
qu’ils devraient plutôt servir, appelant
les citoyens africains à le rejoindre dans
sa croisade et à montrer un continent qui
existe aussi en dehors de la guerre et de
la misère ; en militant qui a refusé une
tournée aux États-Unis en 2003 pour
protester contre l’invasion en Irak ; un
artiste tout en joie à son retour sur scène,
dans un rôle qui lui avait clairement
manqué ces dernières années.
En dépit de décennies sous les projecteurs,
N’Dour demeure une énigme. Plus vous
retirez les couches qui composent l’icône
sénégalaise, plus vous vous perdez dans des
contradictions apparentes. Quelques jours
avant son retour sur scène, je me trouve à
bord du train Thalys afin de le rencontrer et
prends le temps une fois de plus d’étudier
la documentation que j’ai récoltée. Ma
destination est Bruxelles, la capitale
belge, où N’Dour a décidé de préparer son
concert, loin des flashs médiatiques.
L’homme est contradictoire. Le voici
qui admet appartenir corps et âme à sa
Ses ambitions
politiques, sa
richesse financière
et son empire
médiatique ont
semblé prendre le
dessus sur l’artiste
doué pour captiver
son public avec
son mélange de
vieux classiques de
mbalax et de tubes
planétaires.
musique. Pourtant, depuis 2010, il a tout
sacrifié à l’appel du devoir politique. Il a
également bâti un empire médiatique hors
normes, lui qui a abandonné l’école dans
sa prime adolescence. En effet, quand son
père, El Hadji Elimane, revient sur ses
jeunes années, il se souvient que l’aîné
de ses 13 enfants ne s’est jamais intéressé
aux études. Pourtant, aujourd’hui, Futurs
Médias signifie beaucoup pour N’Dour.
Il suit son développement presque minute
par minute tout en gérant un éventail
remarquablement large d’activités créées
en son nom.
Mais les deux dernières années
mouvementées de son engagement
politique dans des fonctions ministérielles
ont laissé l’électorat sénégalais partagé
au sujet de cet illustre ambassadeur
de leur culture. Son parti, Fekke ma ci
boolé (littéralement, « je suis un témoin
donc je m’engage », en wolof) est un
« épiphénomène », selon un observateur
avisé de la politique sénégalaise à Dakar
qui a demandé à ne pas être nommé. Il est
pour lui peu probable, par exemple, que le
parti de N’Dour ait un quelconque impact
sur les prochaines élections locales. Malgré
cela, il semble toujours arborer l’ambition
de gouverner son pays, et il clame haut et
fort être proche des réalités du peuple.
Néanmoins, l’homme paraît doué
pour jongler avec plusieurs balles.
S’ajoute à toutes ces activités sa maison
de disques, Jololi, qui domine et
contribue à 65 % de toute la production
musicale nationale. Également, sa
fondation Youssou-N’Dour continue
de promouvoir le « devoir citoyen »
dans les domaines de l’éducation,
de la santé, de l’environnement ou
par le projet « Yakaar », qui œuvre à
sortir les mendiants de la rue. Et pour
couronner le tout, une vie privée saine et
farouchement tenue au secret qui lui vaut
10 enfants, dont certains sont activement
impliqués dans la gestion des activités
pluridisciplinaires du chanteur.
Pour mieux juger de son état d’esprit
actuel, j’accepte une invitation à suivre à
Bruxelles les préparatifs finaux pour son
Grand Bal du 12 octobre 2013. Niché dans
le quartier résidentiel de Schaerbeek,
au nord de Bruxelles, les Studios Dada
m’apparaissent incongrus : l’espèce
d’entrée de garage insipide contraste avec
la remarquable façade de briques rouges
qui longe la rue François-Bossaerts. Mais
derrière la porte grise, nous voyons tout
Pierre Daniel
autre chose : un labyrinthe de studios
high-tech et de salles de repos confortables
à l’intention des musiciens, ingénieurs du
son et autres techniciens.
Dans la grande salle de répétitions
du studio, N’Dour en plein travail dirige
son groupe de 21 musiciens talentueux,
apportant les dernières retouches avant la
performance de samedi. Il est vêtu d’une
manière simple mais élégante, campé
derrière de grands verres à monture
d’écaille qui n’atténuent en rien l’intensité
de son regard. Le « musicien africain du
siècle », comme l’a qualifié le magazine
britannique fRoots en 1999, s’adresse
avec tendresse et humour à ses musiciens
dans l’ultime reprise de chansons qui l’ont
consacré un des pères fondateurs de la
musique mbalax.
Son bras droit Doudou Sarr me décrit
son emploi du temps de dingue : toujours le
premier arrivé à 10 heures, N’Dour travaille
généralement au-delà de 22 heures. « C’est
vraiment important pour lui », chuchote
Doudou. « C’est son grand retour sur scène,
retransmis en direct au pays et qu’il doit
réussir après trois ans d’absence. »
Le jour suivant, nous montons à bord du
train vers Paris-Gare du Nord. N’Dour se
montre toujours vif quoique légèrement
soucieux en apparence. Nous prolongeons
notre échange de la veille. « Ce Grand Bal
n’est pas comme les treize précédents »,
reconnaît-il. Il hésite : « Récemment,
j’ai été empêché, enfin, pas vraiment
empêché, mais bon, j’ai accepté un poste
au gouvernement, et là, c’est mon comeback. Un peu comme une renaissance dans
ma carrière musicale. » Il hésite encore
avant de formuler une métaphore qui
convient mieux au fan de foot qu’il sera
toujours : « C’est comme un match que
nous devons gagner », en référence à la
rencontre Sénégal/Côte d’Ivoire essentielle
à la qualification pour la Coupe du monde,
que sa station de télévision Futurs Médias
retransmet en direct juste avant le concert
de Bercy.
Nous en venons à ses 19 mois au
pouvoir comme ministre de la Culture
et du Tourisme, puis du Tourisme et des
Loisirs. « Ce fut – et c’est toujours – une
aventure exceptionnelle pour moi qui
suis encore ministre-conseiller auprès du
Plus vous
retirez les
couches qui
composent
l’icône
sénégalaise,
plus vous vous
perdez dans des
contradictions
apparentes.
48
portrait
Même si la musique reste
ma passion, je saurai la
mettre de côté et œuvrer
pour mon pays. Je veux
m’assurer qu’il reste stable
et maintient la paix. »
président Macky Sall. J’ai appris et compris
tellement de choses ! » Comme quoi ?
« Je ne suis pas en position de révéler quoi
que ce soit en détail. En tant qu’homme
d’État, je ne peux me permettre de trop
parler. J’ai vécu en tout cas une expérience
personnelle extraordinaire. » Dans une
interview antérieure réalisée par des
journalistes sénégalais, il mentionne son
plan de 500 millions d’euros pour relancer
le tourisme au Sénégal, source de fierté de
son court mandat. Il me raconte à présent
qu’il espère continuer d’œuvrer en ce sens,
ainsi que pour la démocratisation des
nouvelles technologies dans son pays. « Je
fais partie d’une commission des Nations
unies sur le développement de la bande
passante… Nous espérons connecter tout le
monde au Sénégal, afin qu’un cordonnier
du village de N’Dangalma [environ 100
kilomètres à l’est de Dakar] puisse montrer
ses chaussures au monde entier. »
Mais un soulagement palpable
transparaît de son retour à la musique,
sa véritable passion. « C’était un rythme
infernal : au bureau à huit heures
du matin, des réunions à la chaîne,
la responsabilité d’un ministère au
gouvernement, des heures pour répondre
à des courriers. Je jouis à présent de
plus de flexibilité en tant que ministreconseiller du président sur toutes sortes
de sujets. J’ai un rôle interdisciplinaire
qui me permet d’exercer une certaine
influence à plusieurs niveaux, de la
présidence au Parlement, tout en me
consacrant à nouveau davantage à la
musique, sur laquelle je n’ai jamais fait
une croix. »
N’Dour n’exclut pas la possibilité
de revenir sur les devants d’une scène
politique sénégalaise volatile. Tout en
louant Sall pour ses réformes judicieuses
contribuant à réduire les inégalités et à
redistribuer les richesses, il en appelle
à plus d’efficacité pour contrôler le
déficit grandissant du budget national.
« Sall a redonné confiance à son peuple,
mais il nous faut un système d’alarme
pour réguler le budget. Gouverner, c’est
anticiper. Même si la musique reste ma
passion, je saurai la mettre de côté et
œuvrer pour mon pays. Je veux m’assurer
qu’il reste stable et maintient la paix. »
Un silence se pose. J’hésite où mener
la conversation. Peut-être parce que je
ne sais plus si je suis face à un homme
d’État qui a mis sa carrière politique en
suspens, un homme d’affaires qui cherche
de nouvelles façons de consolider sa
position de force économique majeure en
Afrique de l’Ouest ou encore un artiste au
talent inné qui se défait de son costume
diplomatique pour rejoindre le monde de
la musique auquel il appartient.
Avant de pouvoir ouvrir la bouche,
j’entends : « Nous en avons fini ? »
Youssou m’offre un de ses sourires et,
devant mes balbutiements, fait un geste au
conseiller politique resté dans les parages
le temps de notre échange. Voici bientôt
le musicien-politicien-businessman qui
peaufine les derniers détails au sujet des
32 titres inscrits sur une feuille de papier
et chuchote des instructions en wolof à
propos de personnes à contacter à Dakar.
Il sait que ses concerts sont essentiels
pour amener son pays à une plus grande
reconnaissance mondiale, il n’est donc pas
question de décevoir.
Et ce soir du 12 octobre, dans l’une
des plus grandes salles de concert de
la capitale française, envahie par sa
musique, il semble bien plus confortable
dans ce rôle sur scène avec ses
compagnons musiciens. « Allumez les
projecteurs, allumez-les tous, je veux voir
Bercy, je veux voir tout le monde. Tous
avec moi ! » Et les fans se déchaînent
dans un impressionnant élan solidaire et
festif. Jusqu’à la fin du show, où, sans un
mot d’adieu, la foule satisfaite disparaît
calmement dans la nuit noire de Paris. •
N’DOUR :
entrepreneur
haut de
gamme
S
’il est un artiste africain
qui a su diversifier sa
carrière, c’est bien
Youssou N’Dour. En 2013,
il célèbre une décennie de succès
pour sa holding Futurs Médias
(FM), un groupe de presse supervisé
par son fils Birane et qui emploie
plus de 400 personnes. Cet empire
médiatique, le plus important en
Afrique de l’Ouest, comprend le
quotidien L’Observateur (imprimé
à 60 000 exemplaires), RFM
(l’une des plus populaires radios
de Dakar), ainsi que la chaîne
Télévision Futurs Médias, dont
le chanteur aime à penser qu’elle
est un « miroir du Sénégal ». Il
contrôle également les principales
chaînes de production musicale du
pays, comprenant plusieurs studios
d’enregistrement à Dakar, et le
Thiossane night club, un lieu de
rencontre et de sortie nocturne à la
mode du Grand-Dakar, considéré
comme l’un des plus sophistiqués
de la ville. Enfin, N’Dour est aussi
à la tête de Birima, une société de
micro-crédit de 500 employés créée
en 2008.
9 octobre 2013 – 6 juillet 2014
de 11 h à 19 h sauf le mardi et le jeudi
35 bis, rue Paul Valéry - 75116 Paris - Tél. : 01 45 00 91 75 - www.dapper.fr
50
dossier
Dossier
République du
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République du Congo
CONGO
VOYAGE AU
BOUT DU RÊVE
Récit d’un premier
contact mémorable
Récit par Salha Souleymanou Olympio
Photos ministère du tourisme du congo, génération elili
Appréhensions initiales
Il me faut 7 heures et 45 minutes pour
rejoindre Brazzaville depuis Paris à bord
d’un Boeing 757-200 flambant neuf de
la compagnie nationale ECAir. Je pars
rendre visite à ma sœur, dont l’époux a
été affecté au Congo. Je suis pleine d’une
appréhension, fruit des a priori et des
informations partiales dont nous inondent
les médias. Mais le vol me permet déjà
de dissiper quelques angoisses. À bord
règne une bonne ambiance et le service est
impeccable. Je m’autorise à échanger avec
quelques voyageurs, officiels nationaux ou
célébrités internationales en route pour la
capitale congolaise. À travers le magazine
de bord Mbote, je revisite l’histoire de l’indépendance du pays et découvre l’ampleur
du rayonnement culturel du Congo depuis
les années 1960, ainsi que la biodiversité
de ses parcs naturels. Je m’endors alors
sur un siège à 180°C et rêve d’un Congo
loin des clichés malveillants véhiculés par
les médias internationaux. Jusqu’à ce que
la voix virile du commandant me réveille
en sursaut : « Mesdames et messieurs,
bienvenue à l’aéroport Maya-Maya de
Brazzaville. »
Quelle ne fut pas ma surprise de
découvrir un véritable joyau, un aéroport
convivial offrant un cadre reposant et
accueillant. S’il est vrai que les voyages
permettent de découvrir de nouveaux
horizons, il est tout aussi vrai que les aéroports – ces « portes » par lesquelles les
touristes établissent un premier contact
avec la population – sont de précieuses
mines d’informations. Ce premier contact
me libère tout à fait de mes appréhensions
initiales.
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République du Congo
S’il est vrai que les voyages permettent
de découvrir de nouveaux horizons,
il est tout aussi vrai que les aéroports —
ces « portes » par lesquelles les touristes
établissent un premier contact avec la
population — sont de précieuses mines
d’informations. Pour ma part ce premier
contact fut «bluffant».”
Brazza-la-Verte
Encouragée par le scintillement des
lumières de la ville, je pars découvrir la
capitale congolaise. Les taxis, verts eux
aussi, y sont nombreux, propres et bon
marché, comme à Manhattan. Je me rends
place de la Gare, déambule le long de
l’avenue piétonne qui lui fait face et croise
une brochette cosmopolite de personnalités locales. Je pense alors à ce moment
historique de la Seconde Guerre mondiale,
quand en 1940 le général De Gaulle déclare
Brazzaville capitale de la France libre. Ici
même également se tint en 1944 la fameuse Conférence de Brazzaville, prélude
à l’indépendance des États de l’Afrique
francophone.
Au cœur de la ville, je me promène
dans le « poumon vert », un parc zoologique entouré de plusieurs espaces verts
conçus pour le bonheur des Brazzavillois.
Depuis les restaurants Terminalia et Mami
Wata, situés sur la corniche, le regard est
absorbé par le majestueux fleuve Congo, le
plus puissant du monde après l’Amazone
et le plus long fleuve d’Afrique après le Nil.
Il occupe, lui aussi, une place essentielle
dans l’imaginaire des Congolais. Une vue
imprenable sur Kinshasa, située de l’autre
côté du fleuve, me rappelle que Brazzaville
et Kinshasa sont, les deux capitales les plus
proches du monde.
Je fais le tour des édifices historiques
et autres sites surprenants : le mausolée
Pierre-Savorgnan-de-Brazza, qui expose
l’histoire de la ville et de son fondateur
dans un édifice à l’architecture néoclassique entouré d’un parc très agréable ; la
basilique Sainte-Anne, avec une architecture unique en son genre, qui porte
le surnom de « cathédrale des mains
jointes » et est considérée comme le lieu
Aéroport de Brazzaville.
au marché central et au musée GeorgesBrousseau furent très instructives. Dans
les environs de Pointe-Noire et dans le
Kouilou, je découvre la beauté du parc national Conkouati-Douli ouvert sur la mer,
un cadre idyllique dans lequel on peut
observer des tortues marines ; la pointe indienne pour sa plage et ses possibilités de
pêche ; le village Loango pour ses trésors
de détails culturels et historiques de la
région ; le site animalier de Tchimpounga ;
le majestueux pont du Bas-Kouilou, qui
offre une vue magnifique de l’embouchure
du fleuve Kouilou ; les sensations fortes en
moto-cross dans la plaine de Yanika ; les
plages de Kondi, qui ravissent les amateurs de yachting et de pêche au gros.
consacré à tous ceux qui sont tombés pour
l’Afrique ; l’École de peinture de Poto-Poto,
célèbre pour ses tableaux intégrant le style
« Miki » ; les fresques de l’Afrique qui
retracent l’histoire du pays depuis ses origines ; le stade Alphonse Massamba-Débat,
qui abrita les premiers Jeux africains en
1965 ; la prestigieuse Tour Nabemba, édifice de 30 étages, le plus haut de la capitale
et emblème de la ville depuis 1990 ; la
grande bibliothèque universitaire nouvellement construite ; les Cataractes, véritable
site de détente, de baignade et de camping
pour les férus de beaux rivages, avec son
« île des amoureux » ; le site de Lifoula ;
l’île Faignond ; le lac Bleu ; les chutes de
Loufoulakari ; le Trou de Dieu. Pour clore
mon périple brazzavillois, j’effectue un
passage dans les « lounge bars » et boîtes
de nuit branchés de la capitale – No Stress,
Ramdam, Rialto, Détente, Cléopâtra.
Ponton-la-Belle
J’eus soudain envie d’autre chose, comme
de connaître davantage le Congo, qui
ne cesse de me surprendre. Je décidai
de faire une descente rapide en avion à
Pointe-Noire, aussi surnommée « Pontonla-Belle » ou « Nindji ». Avec ses plages
de sable fin, sa côte très appréciée par
les adeptes de surf, et son coucher de
soleil qui n’a d’égal que celui de Bali, en
Indonésie, cette ville très cosmopolite et
bien vivante de plus d’un million d’habitants où l’or noir coule à flots fut la
capitale du Congo à la veille de la décolonisation et joue un rôle moteur dans
l’économie du pays. Mes visites au musée
Mâ Loango, à l’embouchure du BasKouilou, à l’hôtel de ville, à la gare centrale
avec son toit inspiré par celui de la gare
de Deauville, à la mission catholique, à la
cathédrale Notre-Dame de l’Assomption,
De Brazzaville à Ouesso
Animée par la même soif de découverte,
je relie par la route Brazzaville à Ouesso,
dans le nord du pays, en m’arrêtant autant
de fois que possible dans les villes qui
bordent la route nationale nouvellement
aménagée. Quel paysage magnifique ! Je
peux commencer à m’extasier devant cette
riche biodiversité mise à l’honneur dans
le magazine Mbote : la faune et la flore
insolites de la réserve Lesio-Louna et le
gorille solitaire de l’île d’Abio, remis dans
la nature et vivant en semi-liberté.
Au cours du trajet vers Oyo, une ville
en plein essor située à environ 400 km de
Brazzaville, je partage la vie quotidienne
des Congolais et apprends à connaître
Le mémorial Pierre Savorgnan de Brazza.
La fresque de l’Afrique.
Bâtiment du Ministère des affaires étrangères.
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57
République du Congo
les peuples Kongo, Teke et M’Bochi et à
préparer les plats locaux : le « saka saka »
et le poulet « à la moambe », accompagné par le manioc (« chikouangue »)… À
quand Master Chef au Congo ? Je postule !
À l’occasion de moments de détente
raffinés et luxueux au bord des rives
du fleuve Alima, je savoure une pause
à Gamboma – « Gamb City » pour les initiés – ou encore un séjour au Pefaco Hôtel
Alima Palace, immergé au cœur d’un cadre
naturel exceptionnel. Une autre halte dans
le cadre magnifique de Mombo Beach, au
bord de la rivière Kouyou à Owando, me
comblera encore.
À Boundji, j’assiste à une représentation de danse traditionnelle « KiebeKiebe ». Cette danse initiatique spectaculaire et unique en son genre est un bijou
du patrimoine culturel congolais. La visite
des fabriques de « tcham » à Owando est
un autre régal. Ce vin de palme, ayant la
particularité d’être consommé chaud, est
vanté pour ses valeurs thérapeutiques.
Une escale à Makoua, « ville lumière »
située en plein sur l’équateur, une petite
randonnée dans le parc Nouabalé-Ndoki
et sa forêt primaire et un rendez-vous avec
les diverses espèces d’animaux à Mbeli
Baie complètent mon immersion dans le
Congo « profond ».
Une Afrique qui bouge
Les Congolais, avec leur générosité et leur
gentillesse hors du commun, sont des
rayons de soleil qui illumineront mes journées tout au long de cette épopée. J’ai pu
circuler seule à Brazzaville de jour comme
de nuit et à pied sans un seul sentiment
d’insécurité.
Après tant d’étonnements, d’émerveillements et de possibilités d’escapades
paradisiaques, à la fois dans les villes et
en dehors, je quitte ce pays superbe, riche
d’un patrimoine historique varié et d’un
énorme potentiel touristique ! Je me jure
de revenir dans cette Afrique qui bouge et
qui contribue à tirer le monde vers le haut.
Dans les environs
de Pointe Noire
et dans le Kouilou,
j'ai particulièrement
apprécié la beauté
fascinante du parc
national "ConkouatiDouli" qui est ouvert
sur la mer et permet
l'observation, dans un
cadre idyllique, des
tortues marines ; la
pointe indienne pour sa
plage et ses possibilités
de pêche. ”
Hôtel Atlantique,
Pointe-Noire.
Pour plus de renseignements :
www.congo-site.com
La gare du Chemin de Fer Congo-Océan (CFCO) à Pointe-Noire.
58
économie
République du Congo
59
Un Congo
tourné vers
l’avenir
Une croissance élevée de
plus en plus marquée par le
dynamisme du secteur hors
pétrole
La situation économique et sociale du
Congo a connu une avancée importante
ces dernières années. Cela est le fruit de
réformes structurelles opérées dans
les domaines de la gouvernance politique,
commerciale, économique, juridique
et administrative, mais aussi d’actions
de renforcement des infrastructures
fondamentales
Texte John Olympio photo AFP
Le Congo jouit d’une situation macroéconomique confortable, soutenue entre autres par des réformes structurelles engagées, conjuguées aux efforts de renforcement
des infrastructures, notamment dans les domaines du
transport, de l’énergie et des télécommunications. Le pays
a ainsi enregistré un taux de croissance moyen de 7 % sur
la période 2008-2012, avec une progression significative
du taux d’investissements publics qui est passé d’une
moyenne de 11 % sur les cinq précédentes années à 16,5 %
en 2012. Bien que le PIB reste dominé à plus de 70 % par
le secteur pétrolier, le secteur non pétrolier a évolué grâce
aux efforts soutenus dans les télécommunications (10 %),
l’agriculture (3,9 %), les industries manufacturières
(5,4 %), les transports et le commerce (11,7 %).
Prémices d’une industrialisation annoncée sur une
logique de grappes de croissance
et niches de compétitivité
Une dette aujourd’hui
soutenable
Avec un encours se situant en dessous de 30 % du
PIB (bien en deçà du seuil CEMAC fixé à 70 %) et un service
de la dette rapporté aux exportations inférieur à 1 % (alors
que la norme internationale en la matière est de 15 %), le
Congo présente un service de la dette rapporté aux recettes
budgétaires ne dépassant pas 2 % pour une norme établie à
25 %.
Une
conjoncture
favorable à l’emploi
L’évolution ascendante de la
croissance économique nationale
sur la période 2008-2012 a eu
un impact positif sur le niveau de
l’emploi. Toutefois, le chômage
touche entre 25 et 42 % des
jeunes de moins de 29 ans, des
chiffres préoccupants pour le
gouvernement.
Pour relever le défi de l’industrialisation, une stratégie de
diversification à partir de sept « grappes » d’activités, avec
des stratégies transversales d’accompagnement, a été mise
en œuvre pour renforcer la compétitivité des filières. Ce programme concerne : (i) l’agriculture et la chaîne agroalimentaire ; (ii) la forêt et les industries du bois ; (iii) le pétrole
et les hydrocarbures ; (iv) les mines ; (v) les bâtiments et
matériaux de construction ; (vi) le tourisme et l’hôtellerie ;
(vii) les services financiers. Cette stratégie industrielle
est renforcée par la mise en place de Zones économiques
spéciales (ZES) pour booster l’investissement, assurer la
transformation locale des produits et accroître les exportations. Elle est également soutenue par la volonté d’accéder à
une meilleure adéquation entre la formation, les emplois et
l’inclusion de la femme comme moteur de développement.
Un secteur
minier porteur
Le Congo dispose de réserves minières
importantes qui demeurent sous-explorées et sous-exploitées. La production minière est encore essentiellement artisanale, quoique le secteur ait
connu une période industrielle dans le
passé. Plusieurs projets d’exploitation
de potasse, de polymétaux et de fer
sont en phase de démarrage.
Ce secteur est porteur et contribuera
assurément à la croissance du PIB
national, à la condition primordiale
qui est d’améliorer la qualification de
la main-d’œuvre locale et ce, en vue de
favoriser la création de valeur ajoutée
à l’échelle nationale.
Pétrole et hydrocarbures :
« cheval de bataille » de la
diversification économique
Le Congo dispose de réserves importantes en pétrole brut.
Selon des estimations récentes, elles seraient de l’ordre de
deux milliards de barils, soit l’équivalent de 40 années de
production au rythme actuel.
Outre la qualité de son brut, le Congo est aussi compétitif
en termes de coûts d’exploration et d’exploitation, lesquels
pourront encore diminuer grâce aux efforts de réforme dans
cette filière et aux importants investissements à venir.
Cette combinaison de fortes potentialités, tant en capacité
qu’en compétitivité, fait de la filière pétrolière un véritable
« cheval de bataille » pour la diversification de l’économie. À
cela s’ajoutent les réserves en gaz, largement suffisantes pour
couvrir les besoins nationaux (environ 100 milliards de m3),
soit l’équivalent de vingt ans de production au rythme actuel
d’exploitation…
> Le Ministre Claude Alphonse N’SILOU (au milieu)
en pleine conversation avec les techniciens du chantier lors de sa visite
Accès
aux logements sociaux
CONGO-BRAZZAVILLE
Enfin, une société nationale des habitations à loyer modéré !
Le président de la République, Denis Sassou Nguesso a promulgué, le 26 septembre 2013, la loi n°192013 portant création de la S.n-H.l.m (Société nationale des habitations à loyer modéré), qui est un
établissement public à caractère industriel et commercial, placé sous la tutelle du Ministère de la
construction, de l’urbanisme et de l’habitat. La création de cette société, véritable maillon important
dans l’accès aux logements sociaux, complète ainsi le processus permettant aux Congolais d’accéder aux
logements, grâce aux programmes immobiliers lancés à travers le pays.
doptée par les deux chambres du parlement,
la loi portant création de la Société nationale
des habitations à loyer modéré était très attendue, d’autant plus que trouvent prohibitifs, les coûts des logements construits
par l’Etat. Justement, pour surmonter
cette difficulté de taille, le président
de la République vient de promulguer la loi qui crée la S.n-H.l.m (Société nationale des habitations à loyer modéré) dont
la mission est de «permettre à un plus grand nombre
d’accéder à un logement décent, sous forme locative,
à travers les loyers personnalisés, adaptés aux revenus
des populations économiquement vulnérables; d’assurer la gestion des habitations réalisées par l’Etat ou
ses démembrements qui sont mis à sa disposition».
La S.n-H.l.m est une avancée importante dans la politique sociale du président de la République, quand
on sait que trouver un logement, particulièrement
dans les deux principales villes du pays que sont Brazzaville et Pointe-Noire, pour une jeune famille, relève
d’un véritable parcours du combattant. En effet,
dans tous les pays africains, il a toujours subsisté un
problème d’accès aux biens produits par l’Etat (Eau,
électricité, logements…) parce que leur production
dépend des coûts du marché international (cours
des intrants). Ce qui ne va pas dans le même sens
que la réalité du pouvoir d’achat des populations,
lequel dépend, à son tour, des bas salaires.
C’est en ce cela que, pour le gouvernement, avoir créé cette entité
qui permettra aux populations à revenus modestes d’accéder, malgré tout, aux nombreux logements, sous forme locative, à travers
des loyers adaptés à la réalité de leurs revenus, est une réponse
forte à ce problème crucial. Il faut reconnaître que, depuis son
accession à l’indépendance, le Congo n’a jamais construit autant
de logements que ce qui se fait depuis quelques années. Si près
d’un dixième de ces logements produits à ce jour, a été attribué à
titre expérimental, comme l’affirme le gouvernement, la majorité
n’était pas jusque-là attribuée. Le gouvernement attendait justement la création de cette entité, la S.n-H.l.m, pour enfin commencer à distribuer les logements réalisés. Un autre aspect important
de cette loi est à noter: après une location de dix ans sans incident,
le locataire peut en devenir acquéreur, s’il en exprime le besoin.
Par ailleurs, la nouvelle loi va enfin permettre à la société nationale
des habitations à loyer modéré, de disposer d’un parc important
de logements sociaux. En effet, la loi interdit aux responsables de
cette société de vendre ces logements comme on l’a vu, malheureusement, avec la D.c.l.b.a (Direction centrale des logements et
bâtiments administratifs) et l’ex-Soprogi (Société de promotion et
de gestion immobilière). L’acquisition des logements par les locataires se fait par lots après décision prise en conseil des ministres.
Reste maintenant à attendre l’installation de la nouvelle société,
avec son équipe dirigeante et ses services administratifs, pour que
les Congolais se mettent à lui adresser leurs demandes de logements sociaux.
Joël NSONI
PARLEMENT
REPUBLIQUE DU CONGO
Unité - Travail - Progrès
Loi n°19-2013 du 26 septembre 2013 portant création
de la société nationale des habitations à loyer modéré
L’Assemblée Nationale et le Sénat ont délibéré et adopté; Le Président de la
République promulgue la loi dont la teneur suit:
Article premier: Il est créé un Etablissement public à caractère industriel
et commercial, doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière,
dénommé Société Nationale des Habitations à Loyer Modéré.
Le siège de la Société Nationale des Habitations à Loyer Modéré est fixé à
Brazzaville. Toutefois, il peut, en cas de besoin, être transféré en tout autre
lieu du territoire national, sur décision des organes compétents.
Article 2: La Société Nationale des Habitations à Loyer Modéré est placée
sous la tutelle du Ministère en charge de l’Habitat.
Article 3: La Société Nationale des Habitations à Loyer Modéré a pour
missions de:
- permettre à un plus grand nombre d’accéder à un logement décent, sous
forme locative à travers les loyers personnalisés adaptés aux revenus des populations économiquement vulnérables;
- assurer la gestion des habitations réalisées par l’Etat ou ses démembrements
qui sont mis à sa disposition.
Article 4: Les ressources de la Société Nationale des Habitations à Loyer
Modéré sont constituées par:
- le produit des activités de la société;
- le produit des emprunts;
- les dons et legs;
- les subventions de l’Etat.
Article 5: La Société Nationale des Habitations à Loyer Modéré est administrée et gérée par deux organes:
- le Conseil d’Administration;
- la Direction Générale.
Article 6: La Société Nationale des Habitations à Loyer Modéré est dirigée
et animée par un Directeur Général nommé par décret en Conseil des Ministres, sur proposition du Ministre chargé de l’Habitat.
Article 7: Les attributions, l’organisation et le fonctionnement des organes
d’administration et de gestion de la Société Nationale des Habitations à
Loyer Modéré sont fixés ar des statuts approuvés par décret en Conseil des
Ministres.
Article 8: Le patrimoine de la Société Nationale des Habitations à Loyer
Modéré est insaisissable et inaliénable. Toutefois, après une location de dix
(10) années sans incident, un locataire peut se porter acquéreur du bien loué.
Dans ces conditions, la vente se fera uniquement par lots d’appartements ou
d’immeubles, après approbation du Conseil des Ministres.
Article 9: La présente loi, qui abroge toutes dispositions antérieures
contraires, sera publié au Journal Officiel et exécutée comme loi de l’Etat.
19-2013
Fait à Brazzaville, le 26 Septembre 2013
Par le Président de la République Denis SASSOU-N’GUESSO
Le Ministre de la Construction, de l’Urbanisme et de l’Habitat,
Claude Alphonse N’SILOU.Le Ministre d’Etat, Ministre de l’Economie, des Finances, du Plan,
du Portefeuille Public et de l’Intégration
Gilbert Ondongo
Joël NSONI
62
République du Congo
63
INFRASTRUCTURES
Les projets de développement
qui façonnent
le Congo de demain
Le maillage d’infrastructures viables et crédibles qui se construisent
en République du Congo illustre l’ambition de ce pays qui vise une place
de choix dans cette sous-région d’Afrique centrale
Texte Adonis Photos Génération Elili, ministères des grands travaux et de l’habitat
D
u nord au sud, le Congo est
en plein chantier. Depuis un
certain temps, on remarque
que le pays se modernise et
s’industrialise. Plus d’une
centaine de projets économiques sont suivis
par la Délégation générale aux grands
travaux (DGGT), créée en
2002 et intégrée depuis
2012 dans le ministère de
l’Administration territoriale.
L’objectif principal de ce
corps d’État est d’accomplir
sur tout le pays des travaux
de grande envergure
susceptibles de transformer
l’image physique du Congo.
Ainsi, la route PointeNoire-Dolisie-Brazzaville, le
barrage de Liouesso, la route
Congo-Cameroun, le pont
route-rail reliant Brazzaville
(République du Congo) à
Kinshasa (République démocratique du
Congo), l’aéroport international de MayaMaya, les télécommunications, la fibre
optique…
L’économie nationale vient de connaître
ces derniers temps un regain de vitalité dans
le domaine des voies de communication,
notamment avec l’arrivée ou la création au
Congo de plusieurs sociétés qui le desservent
tant au niveau national qu’international
après l’épopée d’Air Afrique.
Des efforts sont
visibles pour les
infrastructures
lourdes de
transport sur
lesquelles devrait se
reposer l’économie
nationale à l’orée
2015. Pour preuve,
la route nationale
no 1 Pointe-NoireBrazzaville,
longue de 530 km,
reliant la capitale
à Pointe-Noire,
ville portuaire, qui
ouvrira une voie de communication avec le
Cameroun via la route nationale no 2, ainsi
qu’avec le Gabon, en se joignant au corridor
Obouya-Boundji-Okoyo à sa frontière.
Les Congolais
réalisent que c’est
une expérience
prometteuse
permettant
des avancées
significatives
en faveur de
l’emploi et de
toute l’économie
nationale.
Du côté maritime, on note aussi la mise
en concession du terminal à conteneurs
dont le premier coup de pioche avait été
donné le 30 avril 2009. La première phase
des travaux durera trois ans alors que les
travaux de la seconde phase débuteront en
2017, pour s’achever en 2020.
La période 1997-2010 a été marquée au
Congo par des réformes institutionnelles, le
déclin des postes fixes et le développement
rapide de la téléphonie mobile. Le projet
novateur en cours d’exécution sur la
couverture nationale en télécommunication
contribue nettement à cette évolution,
l’objectif étant de couvrir l’ensemble du pays
en infrastructures soutenues par une épine
dorsale en fibre optique. La liaison partira de
Pointe-Noire vers Ouesso. À la fin de cette
vaste opération, Pointe-Noire disposera de
deux sorties internationales : une sortie par
satellite et une autre par câble sous-marin.
La municipalisation accélérée
La « municipalisation accélérée », projet
unique en Afrique, a pour ambition
d’équiper et de moderniser les départements
du Congo afin de dynamiser leur économie
et d’améliorer les conditions de vie de ses
populations. En 2014, elle fêtera ses dix ans
d’action.
Hôtels de préfectures, sous-préfectures,
gares routières, logements sociaux, marchés,
hôtels de police, centres de santé intégrés,
stades, palais présidentiels, casernes
militaires, etc. Difficile d’inventorier
exhaustivement les réalisations et les
chantiers déjà exécutés ou en cours, tant
ils sont nombreux partout depuis que le
programme de municipalisation accélérée a
été lancé en 2004.
Récemment, une série d’aménagements
accomplis à Djambala, chef-lieu des
Plateaux et capitale de la pomme de
terre, forcent l’admiration des Congolais,
même si les objectifs ne sont pas atteints à
100 %. Ces projets sont souvent exécutés
en collaboration avec des entreprises
chinoises, telles que China Zhang Su pour
la construction du palais présidentiel et
Zhengwei Technique Congo, responsable
de la réalisation du palais omnisports. La
journaliste Muriel Devey note (sur www.
afriquechos.ch, le 20 avril 2013) : « Si
des entreprises de BTP locales ont réalisé
certains chantiers, des Congolais déplorent
que le gros des marchés ait été confié aux
entreprises chinoises. »
D’autres programmes de développement
et d’aménagement du territoire qui ne
figurent pas dans les programmes de
municipalisation accélérée ont contribué
au désenclavement
de l’arrière-pays.
Mais la plupart
des autres projets
se font souvent
progressivement, au
gré du processus de
municipalisation,
et ces réformes
exclusives induisent
un développement
à deux vitesses. On
constate encore
des manques de
locaux techniques
et 90 % du ciment utilisé pour construire
routes et ouvrages est encore importé.
Parallèlement, la crise du logement qui
frappe les grandes villes du pays nécessite
des logements sociaux au nombre encore
insuffisant pour satisfaire la demande
(53,4 % de la population urbaine vivait
dans des bidonvilles en 2005, selon www.
statistiques-mondiales.com). S’y attelle
le programme de construction placé
sous la tutelle de la Société de promotion
immobilière (SOPRIM), promotrice du
programme immobilier
à travers le ministère
de la Construction,
de l’Urbanisme et de
l’Habitat.
En effet, beaucoup
se sont interrogés
sur la capacité de
l’administration congolaise
de conduire cet ambitieux
projet gouvernemental
d’équipement des
départements en
infrastructures de base. Au
fil des années, cependant,
les Congolais réalisent que c’est une
expérience prometteuse qui permet aux
départements de connaître des avancées
significatives en faveur de l’emploi et de
toute l’économie nationale. •
Des efforts sont
visibles sur les
infrastructures
lourdes de
transport sur
lesquelles devrait
se reposer
l’économie
nationale à l’orée
2015.
République du Congo
65
écologie
OPÉRATION
le Congo
en 4 points cardinaux
Texte salha Souleymanou Olympio
Photos Génération Elili
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TRÈSINTERNATIONAL
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L’
attachement
de la population
congolaise à son patrimoine culturel et aux
activités artistiques a créé un
courant dynamique dans tous
les domaines. Indissociables, la
musique et la danse font partie du
quotidien. Brazzaville est le berceau
d’une grande culture musicale (rumba,
soukouss, etc.) qui a su s’étendre au-delà des
frontières du pays. Plusieurs artistes congolais,
dont le musicien Ray Lema, ont largement réussi
à s’exporter. La ville accueille le Fespam (Festival
panafricain de musique), véritable vitrine de la richesse musicale africaine, ou encore le TuSeo, festival
unique en son genre sur le continent, qui promeut le
rire à travers les mimes, les comédies musicales et les
clowns. De par ses traditions et sa richesse environnementale, le Congo est une terre propice au développement de l’art de la sculpture, notamment celle du bois.
Ainsi, masques et statues sont une part importante
du patrimoine national. Ils sont visibles localement
et dans des grands musées européens ou américains, tout comme les œuvres picturales. Grâce au
rayonnement international de l’École de peinture de
Poto-Poto, ces dernières, très appréciées à travers
le monde, ont généré des marchés porteurs pour
leur exportation. Également très dynamique
dans le registre littéraire, le Congo s’est
illustré depuis le milieu du XXe siècle
par de grands écrivains, tels Jean Malonga, Guy Menga, Sylvain Bemba,
Tchicaya U Tam’si, Jean-Baptiste
Tati Loutard, Henri Lopes ou
encore Alain Mabanckou.
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GÉOGRAPHIE
BEES NATURELLES
dans la durée, des réticences s’observent
encore auprès des commerçants
inciviques qui alimentent les
agglomérations avec des sachets
provenant de la République
démocratique du Congo ou de
l’Angola pour l’emballage de
la petite alimentation. Et ce,
en dépit des saisies de stocks
entreprises par les services
habilités tels que les douanes, la
police ou les services de l’hygiène
publique.
Ce combat sur l’éradication des
sachets en plastique en passe d’être
gagné, les Congolais exigent désormais des
pouvoirs publics une vraie politique d’assainissement
des villes du pays. La capitale économique PointeNoire, qui ambitionne d’être l’épicentre du green
business en Afrique expérimente déjà le traitement des
déchets par le secteur privé. Des PME telles que SURYA
et Healthy Environment s’activent sur ce créneau
innovant localement qui permet de créer du neuf à
partir des déchets. Reste encore l’accompagnement
des mairies pour soutenir ces actions d’assainissement
et pérenniser, par la même occasion, la lutte contre
les sachets en plastique qui défiguraient il y a peu les
espaces de vie des villes congolaises. •
SUPER
RESSOUR
L
orsque le président Denis
Sassou Nguesso du CongoBrazzaville a décrété
cette interdiction en
juillet 2011, peu nombreux
étaient ses compatriotes qui
croyaient à l’applicabilité d’une
telle décision. D’autant plus
qu’elle était assortie d’un délai
de six mois pour sa mise en
œuvre qui correspondait, pour
les sceptiques, à un temps de
latence qui s’étendant à l’infini. En
cause, ce que Albert Samba, maire de
l’arrondissement 7 Mfilou, avait énoncé,
à l’époque, en affirmant que « Nous avons
une sale manie dans notre pays. Lorsque les autorités
prennent des décisions, au bout d’un certain temps, on
vous les transforme en slogans creux. »
Contre toute attente d’une contestation qui la
fragiliserait, l’interdiction des sacs plastiques, ces
fameux sachets, fut favorablement accueillie par les
Congolais lors de son entrée en vigueur en janvier 2012.
A la communication gouvernementale s’associèrent les
actions des associations œuvrant dans les domaines de
l’environnement et de la salubrité, les églises de toutes
obédiences et des simples citoyens qui s’engagèrent à
nettoyer les sachets dans l’entre-temps de la décision.
Malgré la pérennité de cette mesure qui s’installe
DES
itué sur la
côte ouest de
l’Afrique centrale,
avec 170 km de façade
atlantique traversés par
l’équateur, la République du
Congo bénéficie d’un climat
relativement constant toute
l’année. La température moyenne
est de 24 °C le jour et de 16 à 21 °C la
nuit. Le long du fleuve Congo, dans
le sud du pays, sa capitale Brazzaville
fait face à Kinshasa, capitale de la
RDC. Le sud-ouest du pays est une
plaine côtière principalement drainée
par le fleuve Kouilou-Niari. Quant à
l’intérieur du territoire, il est composé d’un plateau central bordé de
deux bassins, l’un au sud et l’autre au
nord. Deux fleuves (le Kouilou-Niari
et le Congo), une dizaine de grandes
rivières ainsi qu’une trentaine de
cours d’eau importants alimentent
le territoire. Les massifs montagneux congolais siègent au cœur des
chaînes du Mayombe et ne dépassent
pas 1 200 m d’altitude. La cuvette
congolaise est encerclée de collines
et de plateaux. Le congo est un pays
très riche en ressources naturelles,
notamment en minerais et
hydrocarbures (pétrole, gaz
naturel, fer, zinc, potasse,
uranium, phosphate)
et en bois (okoumé,
acajou, limba).
Texte Jean-Clotaire HYMBOUD
ort de ses potentiels et atouts multiples, le pays fait preuve d’une
volonté de réformes structurelles importantes afin de moderniser le pays et de dynamiser son économie. Les programmes de
grands travaux soutenus par des fonds publics, notamment
ceux relatifs à l’amélioration des infrastructures, sont
entrepris et tendent à favoriser les investissements
privés ou internationaux. Il en résulte un
des taux de croissance les plus élevés du
monde.
AVE
S
F
UNEC
Hugues
Ngouelondele,
maire de
Brazzaville.
L’un des principaux
artisans de la mise
en oeuvre, sans
accro, du décret
d’interdiction des
sachets plastique.
Depuis le 1er janvier 2013, la Mauritanie et le Mali se sont
ajoutés à la liste de pays qui interdisent les sacs en plastique.
Une mesure qui fait de l’Afrique le continent le plus répressif envers
ces sacs nocifs pour l’environnement.
La Tanzanie, l’Ouganda, l’Afrique du Sud et le Kenya ont
d’ores et déjà banni les sachets de petite taille. Plus radicaux,
le Rwanda et la Somalie les ont, quant à eux, totalement
interdits, à l’instar du Congo-Brazzaville
AFP
64
de sa population a moins
de 15 ans pour seulement
3,2 % au-dessus de 64 ans. Le Congo s’enorgueillit
d’avoir l’un des taux d’alphabétisation les plus élevés
d’Afrique. 81,1 % de sa population de plus de 15 ans sait lire
et écrire. Avec près de 70 % de sa population résidant en zone urbaine (principalement Brazzaville et Pointe-Noire), le Congo se révèle
l’un des pays les plus urbanisés du continent africain. On y trouve trois
principaux groupes ethniques et linguistiques : Les Kongos, dont les
Laaris à Brazzaville et dans le pool et les Vilis à Pointe-Noire et le long
de la côte Atlantique représentent environ la moitié de la population.
Respectivement au nord et au nord-ouest de Brazzaville, les Tékés et les
M’Boshis regroupent chacun 12 % de la population. Quant aux peuples
autochtones (10 % de la population), ils se retrouvent dans quasiment
l’ensemble des régions du pays. Une soixantaine de dialectes y sont
parlés, mais le lingala et le kituba sont les langues les plus couramment
utilisées, avec le français comme langue nationale officielle.
66
République du Congo
tourisme
Le Congo,
troisième destination
touristique en Afrique
Texte Salha Souleymanou
Photos Génération Elili et ministère du tourisme
G
râce à sa biodiversité
et à l’ouverture au tourisme exotique des parcs
comme Nouabalé-Ndoki
et Odzala-Kokoua au nord,
puis Conkouati au sud, la République du
Congo, deuxième poumon écologique
du monde, a été classée par le New York
Times comme troisième destination
touristique d’Afrique en 2013. Sur le plan
mondial, le Congo devance la France et la
ville de New York, selon le quotidien américain. « La paix et la quiétude qui règnent
dans le pays, la reconstruction et l’amélioration du climat des affaires ainsi que
son engagement dans la préservation de
l’environnement sont d’autres raisons de
cette montée spectaculaire du pays dans ce
classement », indique le journal.
Nature et culture sont au rendezvous
Au regard de sa configuration géographique et de ses richesses naturelles,
la République du Congo devrait attirer
encore plus de visiteurs. Elle regorge de
ressources et de sites spectaculaires. Son
littoral long de 170 km sur l’océan Atlantique, jonché de belles plages ensoleillées,
se prête idéalement au tourisme balnéaire
et à la pratique du surf. Ses forêts luxuriantes, à la faune riche et variée, font le
bonheur des écotouristes.
Un fleuve majestueux offre de larges
possibilités de croisières, randonnées fluviales, pêche sportive et sports nautiques.
À travers ses parcs nationaux, ses plages
enchanteresses, ses réserves de chasse,
mais également ses bâtiments chargés
67
68
République du Congo
69
tourisme
d’histoire, ses villages typiques et ses
multiples coutumes ancestrales, le Congo
comporte toute une palette de curiosités
dignes d’intérêt.
Son patrimoine historique et culturel
riche et varié, dont certaines facettes s’avèrent encore inexploitées, pourrait attirer les
amateurs et les professionnels des arts et de
la culture pour un investissement massif.
Le Congo, terre d’aventure
Le Congo présente des opportunités rares
pour le voyageur moderne, avec la possibilité d’un séjour synonyme d’aventure et de
découverte.
On y trouve les plaines les plus denses
d’Afrique et des parcs qui font en effet
partie de la deuxième étendue de forêt
tropicale la plus grande au monde, avec
l’exploitation d’un écosystème en plein
essor. On peut y connaître le plaisir et le
privilège d’y observer les gorilles, pour
la conservation desquels des protocoles
furent élaborés spécifiquement en vue de
limiter et l’impact sur le comportement et
la transmission potentielle des maladies
des humains aux animaux.
Le suivi des groupes de gorilles, les
promenades en pirogue le long des rivières
bordées de forêts luxuriantes ou des
salines, les safaris dans la savane, de jour
comme de nuit, façonnent cette expérience
unique.
Les troupes de buffles de forêt, résidents du bai de forêt frangeante, sont visibles la plupart du temps. On compte aussi d’importants troupeaux d’éléphants de
forêt, dont les mâles solitaires traversent
régulièrement le bai. Le canotage et les
promenades peuvent permettre d’apercevoir encore des potamochères, le tamarin à
moustaches et le cercopithèque de Brazza.
Des primates primitifs fascinants tels que
l’arctocèbe et le galago peuvent également
être vus lors de promenades nocturnes.
Des centaines d’espèces d’oiseaux
ont été recensées, faisant ainsi du Congo
l’un des blocs forestiers les plus riches
d’Afrique en oiseaux. Une myriade de sons
révèle la présence de passereaux, trogons,
malcohas, touracos, calaos à casque noir,
apalis à gorge rouge, parulines bleues et
bien d’autres encore.
70
République du Congo
71
tourisme
Malonda Lodge.
Une faune et une flore
riches et préservées
L’expérience peut être vécue
depuis des camps intimistes
construits dans la canopée de
la forêt. Ils sont généralement
conçus de façon écologique et
créative, s’inspirant des techniques issues des habitants de
la forêt locale, principalement
à l’aide de matériaux naturels
d’origine autochtone.
Le Congo compte au minimum trois parcs nationaux,
quatre réserves de faunes, deux
réserves de la biosphère, une
réserve communautaire, deux
domaines de chasse et trois sanctuaires de protection des chimpanzés et gorilles de plaines.
Quinze aires protégées en tout,
qui correspondent à environ 11 %
Réserve de Odzala Koukoua.
72
République du Congo
73
tourisme
du territoire national et couvrent une superficie de 3,6 millions d’hectares :
• Parc national d’Odzala-Kokoua (1 350 mille ha)
• Parc national de Conkouati-Douli (505 mille ha)
• Parc national de Nouabalé-Ndoki (386 mille ha)
• Réserve de faune de la Léfini (630 mille ha)
• Réserve de faune de Tsoulou (30 mille ha)
• Réserve de faune du mont Fouari (15 mille ha)
• Réserve de faune du Nyanga-Nord (630 mille ha)
• Réserve de la biosphère du Nyanga-Nord (8 mille ha)
• Réserve de la biosphère de Dimonika (136 mille ha)
• Réserve communautaire du lac Télé (440 mille ha)
• Domaine de chasse du mont Mavoungou (42 mille ha)
• Domaine de chasse de Nyanga-Sud (23 mille ha)
• Sanctuaire de chimpanzés de Tchimpounga (7 mille ha)
• Sanctuaire de gorilles de Lésio-Louna (44 mille ha)
• Sanctuaire de gorilles de Lossi (35 mille ha)
Pays à mille facettes, le Congo
offre des cadres modernes et
exceptionnels
Le Congo offre ainsi de nombreuses possibilités d’escapades à la fois dans les villes et
dans leurs environs. De luxueux établissements inondés de lumière naturelle avec vue
sur l’océan, le fleuve Congo ou ses affluents
font la promesse d’une nuit de sommeil merveilleuse, véritable renaissance pour le corps
et l’esprit. Ainsi, le pays permet à la fois une
échappée exotique passionnante et un séjour
de détente bénéfique. •
Loufoulakari.
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Restaurant Malonda Lounge.
Vue aérienne de Brazzaville.
La République du Congo partage
Population totale (2013) :
ses frontières avec la République
4 492 689
démocratique du Congo, le Gabon, le
Densité : 13 habitants/km²
Cameroun, la République centrafricaine et
IDH : 0,5341, 142ème au monde
le Cabinda (Angola).
Langue officielle : français
Superficie totale :
Langues régionales :
342 000 km²
Kongo et Lingala
74
République du Congo
aviation
Le Congo
e
l
l
o
déc
Equatorial Congo Airlines, ECAir en abrégé, est le petit
nouveau des réseaux aériens, mais cette compagnie,
propriété de l’État, impose déjà son nom. Trois Boeing
B7-300 et deux B757-200 viennent rivaliser avec Air
France, à bas tarifs et avec des services personnalisés
à Brazzaville et Pointe-Noire
Texte Daniel Brown Photo ECAir
À
Fatima Beyina-Moussa
l’occasion du cocktail
organisé pour l’inauguration
des bureaux parisiens
d’ECAir, Rodolphe Adada,
ministre des Transports congolais, tout
juste arrivé par avion, nous confie en
octobre dernier à Paris : « Depuis 2008,
le gouvernement congolais a investi
environ 520 millions d’euros dans ses
infrastructures. Nous avons signé des
accords avec plusieurs pays, il s’agit
à présent pour nous de nous assurer
qu’ECAir en tire le meilleur parti. »
Un nouveau vol va relier la capitale
Brazzaville à Dubaï dès février 2014.
« Cela va encourager les dynamiques
commerciales », précise Julien
Bateba Siluvangui, responsable de la
communication. « Les opportunités
commerciales entre l’Afrique centrale et
l’Extrême-Orient s’accroissent, et cela
facilitera les communications entre ces
deux régions. » Craint-il la concurrence
de la ligne aérienne privée TAC ? « Il ne
s’agit pas de les craindre, mais de trouver
un terrain d’entente », riposte-t-il. « Au
contraire, la rigueur que nous mettons à
respecter les normes internationales de
sécurité les incitera, nous l’espérons, à
faire de même. »
TAC et Air Congo concentrent leurs
offres sur les vols domestiques, laissant à
75
cuisine
ECAir les vols internationaux. Mais Fatima
Beyina-Moussa souhaite que sa compagnie
aérienne favorise le rapprochement entre
le peuple congolais et sa diaspora. « C’est
pourquoi nous avons créé la fondation
ECAir », explique-t-elle. « Avec les fonds
disponibles, nous investissons dans des
projets environnementaux et éducatifs
qui auront un réel impact. » La première
initiative du genre à voir le jour sera
probablement le parc zoologique de
Brazzaville, aujourd’hui à l’abandon. Sa
rénovation devrait permettre la mise en
valeur de la faune remarquable présente
en ce pays. •
Au
pays
de la diversité culinaire
T
out comme le paysage national, la
cuisine congolaise est très diversifiée et il serait trop long d’en dresser une liste complète. Néanmoins, certaines
spécialités les plus réputées hors du Congo
sont à même de représenter les plats du
pays. À l’intérieur des frontières culturelles
congolaises, beaucoup de recettes, au départ
propres à tel ou tel autre terroir, ont perdu
de leur identité d’origine à cause de l’engouement qu’elles ont provoqué. Elles font
partie aujourd’hui du patrimoine national
du fait de leur totale intégration dans les habitudes culinaires du pays. Ces plats copieux
et familiaux qui caractérisent cette cuisine,
dont le dosage des ingrédients s’effectue
non pas sur des instruments de poids ou de
volume, mais selon l’appréciation de celui
ou celle qui les prépare – le plat pourra donc
être plus épicé, plus épaissi en légumes ou
plus carné –, peuvent être dégustés à travers
tout le pays.
Commençons par un des mets
les plus typiques de la cuisine
congolaise : le saka saka. Le saka
saka, fait à base de feuilles de
manioc qui poussent en respectant
des règles strictes imposées par la
nature, est un plat véritablement
national. Les feuilles tendres sont
pilées ou moulinées au mixeur, et
peuvent être agrémentées de pâte
d’arachide et de poisson (fumé
et/ou frais). La préparation du
saka saka est l’affaire d’un savoirfaire de « famille », car son goût
toujours exceptionnel dépend de
la « main » qui a transmis et de
celle qui a reçu la « formule ». C’est
certainement le plat le plus original. Il se déguste tous les jours y compris
les jours de fête et de grandes occasions. On
ne peut concevoir un repas de mariage ou
de Premier de l’an sans une portion de saka
TEXTE SALHA SOULEYMANOU OLYMPIO
saka parmi les autres plats cuisinés. Le saka
saka fait partie de l’identité des Congolais et
pourrait un jour intégrer la liste du « patrimoine culturel immatériel de l’humanité »,
selon un classement qui vise à protéger les
cultures et traditions populaires.
Accessible à toutes les bourses, cet authentique produit du terroir se savoure avec
du riz, des frites de bananes plantains ou
du chikwangue, qui est un pain doux à base
de manioc. Loin des produits offerts par les
supermarchés, les véritables chikwangues
rebutent de prime abord à cause de leur
odeur. Cette caractéristique se destine à la
plupart des produits issus de moisissures
comme les fromages. Ils sont préparés artisanalement selon des méthodes également
propres à chaque région. Un autre mets très
apprécié est le fameux poulet à la moambe,
une sauce à base d’huile de palme et de pâte
d’arachide. De « succulente » renommée internationale, cette soupe, qui peut être assez
épaisse, donne de belles saveurs et a un goût
à part. Il en existe de nombreuses variantes
à base de divers choix de viandes de brousse
comme l’antilope, la gazelle, le python, le
buffle, le porc-épic, etc.
Évidemment, il est impossible d’aller au
Congo sans manger du maboké, poisson
d’eau douce cuit à l’étouffée dans des feuilles
vertes – de marantacées, par exemple –
et subtilement assaisonné de piment ou
pili-pili. Il est fabriqué selon une méthode
traditionnelle, qui donne d’incroyables parfums au poisson. Il est apprêté de différentes
façons qui influent sur sa texture et son goût.
Pour les amateurs, les marchés congolais offrent un grand choix de viandes de
brousse, de poissons, de crevettes et fruits de
mer – huîtres (sauvages), langoustes, crabes,
missala (grosses crevettes du Niari) – qui
permettent de mijoter de bons petits plats.
Pendant la saison, les marchés regorgent de mangues (notamment la mangue
Pascal, variété issue de croisements, créée
par l’ancien président du pays Pascal
Lissouba dans le cadre de ses recherches
en génétique), d’ananas, de goyaves, de
papayes et d’une multitude de fruits
exotiques qu’on ne trouve que dans
les deux Congo.
En apéritif, les petites arachides
« batéké » (fraîches ou séchées et
grillées) au goût très particulier sont
un délice pour accompagner un
whisky pur malt ou n’importe quel
vin cuit occidental.
En dessert, les fruits congolais se
passent de tout commentaire. On
s’apercevra de l’intrusion d’ingrédients d’origine européenne
et asiatique. Il va sans dire que la
coexistence des peuples et leurs
rapports réciproques ont laissé des
empreintes qui se retrouvent dans
les habitudes culinaires. On aurait
tort de s’en étonner. Dans la rencontre entre
les cultures, dont la cuisine est un des aspects, on peut toujours observer que l’apport
des uns enrichit les autres. •
atout
Raisons
d’investir
Congo
& de reussir
Avec 12 millions d’hectares de terres arables dont seulement 3% sont mis
en valeur, l’agriculture est un secteur à fort potentiel.
AGRO-INDUSTRIE
ET PECHERIE
C’est un enjeu majeur du Congo qui doit retrouver des
niveaux de production qu’il avait déja atteint par le
passé. Ainsi, autosuffisance et exportation amélioreraient la balance des paiements du Congo.
des terres disponibles
transformation et distribution
La production et l’exportation de produits de rente tels que le café, le cacao
et le tabac constituent d’importantes activités à relancer.
En matière de pêche maritime et continentale, le Congo dispose d’un potentiel annuel exploitable de l’ordre de 70 000 à 100 000 tonnes.
Le pays importe chaque année pour plus de 100 milliards de FCFA de produits alimentaires (légumes, viandes et poissons).
Les opportunités s’avèrent innombrables tant dans l’exploitation que dans la
création de structures d’approvisionnement, de stockage, de transformation
ou de distribution commerciale des produits halieutiques.
PéTROLE : 40 ans DE RéSERVES 4ème pays producteur
Chers visiteurs, Chers lecteurs,
A la lecture de ce document, vous allez découvrir un nouvel espace pour entreprendre, un
grand marché en devenir, que vous ne soupçonniez pas : LE CONGO-BRAZZAVILLE.
En effet, depuis cinq ans le CONGO affiche, malgré la crise, un taux de croissance annuel
moyen supérieur à 5%.
Sous l’impulsion du Président de la République, son Excellence Monsieur DENIS SASSOU
NGUESSO, le CONGO s’est engagé à booster l’industrialisation, la diversification et la
modernisation de son économie.
La première étape de ce vaste projet a commencé avec la mise en oeuvre du Programme
National de Développement 2012-2016.
La construction des infrastructures et la mise en place des mesures d’accompagnement
pour la promotion du secteur privé figurent parmi les grandes priorités du pays.
Fort de ces atouts et des effets déjà visibles de cette politique volontariste, le CONGO
ambitionne d’accéder au niveau de pays émergent à l’horizon 2025.
Le Congo a besoin de votre savoir-faire et vous invite à venir participer au renforcement de
cette dynamique dans le cadre d’un partenariat « gagnant-gagnant ».
Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Nkayi, Oyo, Ouésso, Impfondo… bref, tout ce Congo vous
attend.
Je vous souhaite, d’ores et déjà, une chaleureuse et cordiale bienvenue en terre congolaise.
de pétrole d’Afrique subsaharienne, le Congo a augmenté sa
production de 9,7% en 2012, soit 15 millions de tonnes. Les
réserves sont estimées à 6 milliards de barils, soit 40 ans
d’exploitation au rythme de production actuelle. Le Congo a besoin
de développer dans ce secteur de nouvelles unités industrielles et
commerciales.
BOIS : 2e SECTEUR D’ACTIVITé Le bois constitue le second
secteur d’activité du Congo, avec des réserves forestières
évaluées à 22 millions d’hectares, soit 65% du territoire.
15 millions d’hectares de ces réserves forestières sont éligibles
à la production. La production annuelle de bois est d’environ à 850
000 m3. Elle pourrait atteindre 2 millions de m3 par an.
Le potentiel ligneux total du Congo est estimé à 567 millions
de m3 en volume brut exploitable.
une nature
très attractive
l’éco-tourisme naturellement
développement durable
priorité aux transports
Le développement du domaine des infrastructures de transport est prioritaire en ce qu’il permet au Congo Brazzaville
de tirer meilleur avantage de sa vocation de « pays de transit », ported’entrée de la sous-région afrique centrale.
Transport routier : Sur 8 000 km de liaisons terrestres,
15 % sont bitumés. Le développement de ce secteur est donc
l’une des priorités de l’Etat congolais.
Transport fluvial : Le fleuve Congo est essentiel au
transport de marchandises entre Brazzaville, le Nord du
pays, la République Centrafricaine et la République Démocratique du Congo.
infrastructures
et équipements
Transport Aérien : Le secteur aérien offre la possibilité
d’exploiter des lignes nationales et sous régionales. Le
Congo a entrepris la construction d’aéroports nationaux et
internationaux à l’image de l’aéroport international Maya
Maya.
Transport ferroviaire : Le chemin de fer Congo-Océan
(CFCO) est une double ligne ferroviaire longue de 886km. Il
constitue l’un des poumons économiques du pays.
TRANSPORT Maritime : A mi-chemin entre Le Cap en
Afrique du Sud et Dakar au Sénégal, le Port Autonome de
Pointe-Noire a pour ambition de devenir le « hub » de la
sous-région.
D’EXCEPTION !
GAZ à VALORISER Le Congo dispose de réserves
de gaz partiellement mises en valeur estimées à 62
milliards de m3 associés au pétrole et 38 milliards
de m3 de gaz naturel. Ce secteur présente des réelles
opportunités dans la prospection, l’extraction,
la transformation et la distribution.
MINES à EXPLOITER Le sous-sol est riche en
minerais solides : potasse, phosphate, zinc, cuivre,
manganèse, or, argent, diamant et en particulier
le fer dont la teneur se situe entre 45 et 60%. Des
cartes des ressources minières sont disponibles.
environnement
des affaires
UNE STABILITé INSTITUTIONNELLE
La République du Congo est une démocratie parlementaire et un Etat de
Droit stable. Le multipartisme, les libertés individuelles, la liberté de la
presse, la liberté d’association et les libertés syndicales sont consacrés
par la Constitution.
UN CADRE LéGISLATIF INCITATIF
De par la grande diversité de son environnement : ses
reliefs, ses forêts, sa faune, son hydrographie, son climat et
sa façade maritime le Congo est propice au développement
de tourisme écologique et de découverte.
Le pays dispose d’un potentiel de réserves naturelles et de
biosphères : éléphants de forêts, grands singes et gorilles,
buffles caffer, hippopotames, espèces rares de poissons et
d’oiseaux, de plantes.
Le développement durable est au coeur de la stratégie de
développement du Congo. Des potentialités existent dans le
domaine de l’assainissement : exploitation et traitement des
déchets (industriels et hospitaliers), traitement des ordures
ménagères, nettoyage industriel et assainissement des
agglomérations.
DES RESSOURCES
De nombreux textes législatifs encouragent l’investissement au Congo
(charte des investissements, code des hydrocarbures, code minier, code
forestier, code des marchés publics, etc). Le code du travail congolais
donne la possibilité aux investisseurs d’adapter leurs politiques d’embauche et de licenciement à l’activité économique et à la conjoncture
La création d’entreprise se fait désormais en 48h,
auprès d’un guichet unique. Une Agence de promotion
des Investissements accompagne et assiste les
investisseurs depuis 2013.
DES RESSOURCES HUMAINES RICHES
La population congolaise est estimée à 4 ,4 millions
d’habitants. Elle est urbaine à 62%,
jeune à plus de 50%, scolarisé à 82%. C’est un
potentiel de main d’oeuvre disponible et apte à
s’approprier les nouvelles technologies.
POUR EN SAVOIR PLUS
Textes législatifs : www.congo-site.com
eau et énergies: l’avenir
Le Congo est en phase de reconstruction de ses infrastructures
énergétiques de base : l’objectif est de doubler d’ici 2015 l’accès
au réseau électrique et d’atteindre alors une couverture de 90%
du pays.
UN POTENTIEL HYDROéLECTRIQUE NATIONAL
Il est estimé à 14.000 MW, dont 6% sont disponible aujourd’hui.
C’est donc un secteur prioritaire d’investissement. Le nouveau
Code de l’Electricité favorise le recours à l’initiative privée :
équipements de haute technologie, maintenance et
sous-traitance spécialisée sont attendus par des centrales
hydroélectriques ou à gaz.
perspectives
de l’or bleu
DES OUVRAGES D’ART À RÉALISER
La construction de microcentrales électriques
à base d’énergie solaire ou éolienne, ou encore à base
de bio-carburants est une autre des attentes du Congo,
tout comme le transport et la distribution de l’électricité.
LE DOMAINE DE L’EAU Il offre lui aussi des
opportunités notamment en termes de traitement,
d’assainissement et de distribution d’eau. Nul n’ignore que
le bassin du Congo est à l’avenir une réserve précieuse pour
la planète qui ouvre des perspectives d’innovation
technologique.
pour répondre à vos questions
Ministère du Commerce et des Approvisionnements - Tour Nambemba - 23ème étage
BP 2965 Brazzaville • Tel : (00242) 81 58 29 / Fax : (00242) 81 50 56
Email : [email protected]
78
République du Congo
culture
sapologie
Texte Daniel Brown Photos Marie Jampy
L
a renaissance de la sape perdure
à Brazzaville. Voici près d’un
siècle que Camille Diata fit parler
d’elle en transformant les poses
des Européens et leurs vêtements d’occasion en une
forme unique de dandysme. Le phénomène continue
de séduire les hommes congolais et, plus récemment,
les femmes. Le gouvernement de Brazza a même
promu la Société des ambianceurs et des personnes
élégantes (SAPE) au statut de « patrimoine culturel ».
« L’homme blanc a sans doute créé l’habillement, mais
nous l’avons transformé en art », pour citer la célèbre
formule de King Kester Emeneya. Ce crooner est un
pionnier dans son genre dans le monde de la musique
congolaise. Le style vestimentaire et le mode de vie
flamboyants du sapeur ont pu survivre à la guerre
civile et aux crises économiques en grande partie grâce
à son adoption par la communauté musicale, et en
particulier par la scène de la rumba à Brazzaville. Plus
récemment, la chanteuse et actrice Solange Knowles
a dédié aux sapeurs sa chanson Losing You. Peut-être
est-ce l’une des raisons pour lesquelles les femmes
congolaises envisagent de lancer leur propre style de
sapeuse. A+Mag a promené son appareil photo dans
les rues de Brazza pour suivre le tout dernier chapitre
de l’histoire de la sapologie au Congo. •
79
80
République du Congo
Arts plastiques
81
L’École de peinture de
COLLECTIF
GÉNÉRATION ELILI:
UN MODÈLE DE
RÉUSSITE
Texte Véran Carrhol Yanga
Le EPPP
est sans nul doute
l’une des institutions
de la République
du Congo les
plus reconnues
sur la scène
internationale.
Nous avons rencontré
le vice-président de
cette coopérative de
peintres, Jacques
Iloki, et son trésorier,
Gerly Mpo
Texte Benz Oko
Photos Génération Elili
et Ministère du Tourisme
S
ituée au cœur du quartier
d’affaires animé de Moungali,
à Brazzaville, il faut traverser
une grande cour abritant
d’énormes arbres Neem (Azadirachta
indica) pour arriver à l’École de peinture
de Poto-Poto, du nom d’un quartier de
la capitale congolaise, où elle était située
initialement. Animée par huit peintres
professionnels et une trentaine d’élèves,
elle continue aujourd’hui d’imposer ses
talents.
Son histoire est rattachée à Pierre
Lods, un ancien militaire français vivant
à Brazzaville et qui était émerveillé par
le talent avec lequel son fidèle serviteur
Félix Ossali peignait des oiseaux bleus.
Son vieux rêve étant de réunir des artistes
autour de lui, il ouvrit en 1951 à Brazzaville
un centre d’art africain devenu par la suite
l’École de peinture de Poto-Poto.
Les Miké, une particularité de
l’École de Poto-Poto
Les Miké, auxquels cette école doit
particulièrement sa réputation,
correspondent au genre créé dans les
années 1950 par Félix Ossali, l’un des
premiers artistes de l’EPPP, autrefois
garçon de ménage chez Pierre Lods. Il
devint le premier peintre de l’EPPP…
Pierre Lods ne voulait pas que les
artistes s’inspirent de l’art occidental.
Il leur demandait toujours de peindre
les tableaux selon leur propre façon
de concevoir les choses. Félix Ossali
s’est inspiré des danses nocturnes
« gouakatours », dont les participants sont
à peine vêtus (torse nu, avec cache-sexe),
pour créer les Miké, de petits personnages
en ombres chinoises
aux jambes
allongées, issus du
terroir congolais. Ce
style, développé au
sein de cette école,
a été consacré en
1951 à Prétoria, en
Afrique du Sud,
lors de la première
exposition à laquelle
ont participé les
peintres de l’école.
Le directeur du
Centre culturel
franco-sud-africain y avait déjà déclaré
que l’EPPP était l’événement pictural le
plus important d’Afrique. Depuis lors,
les toiles de jeunes artistes inspirées des
Miké parcourent la planète, partout où
l’on trouve la diaspora africaine. À chaque
exposition des peintres de Poto-Poto,
ce style est fortement représenté, même
si l’école en voit d’autres s’y épanouir
également.
Des expositions à travers le
monde
Grâce au souffle apporté par la nouvelle
génération, l’École de peinture de
Poto-Poto continue de participer à
des expositions partout à travers le
monde : New York, Paris, Moscou,
Saint-Pétersbourg, Libreville, Rome…
La dernière en date fut le concours de
peinture contemporaine de Russie,
organisé au cours du deuxième trimestre
2013 et qui réunissait cette année plus de
six cents artistes peintres. Des membres
talentueux de l’école y ont raflé les trois
premiers prix. Les lauréats (Sylvestre
U
n collectif d’artistes photographes
congolais a vu le jour en 2003
dans le quartier populaire de
Bacongo, à Brazzaville, et s’est engagé à
relever l’image quelque peu ternie de leur
beau pays. Génération Elili (traduisez «
image », dans la langue lingala pratiquée
sur les deux rives du fleuve Congo) est né
de la volonté de cinq férus d’art photographique, parmi eux Baudoin Mouanda,
actuel coordonnateur du collectif. Composé aujourd’hui d’une vingtaine de
membres, le collectif Génération Elili est
un modèle de réussite dont la renommée a désormais dépassé les frontières
nationales. Des artistes qui ont à leur actif
plusieurs expositions aussi bien au Congo
qu’aux quatre coins de la planète et qui ont
su mettre à profit les nombreux stages de
formation auxquels ils ont participé, ainsi
que les connaissances acquises auprès de
certaines sommités de leur art.
Mangouandza, Gerly Mpo et Euloge
Serge Dzon) ont été congratulés au cours
d’une cérémonie solennelle au Centre
culturel russe (CCR) de Brazzaville.
L’école se prépare à présent à participer
à l’Exposition universelle de Milan à l’été
2015, dans un vaste lieu susceptible de
recevoir tous les jours plus d’un million de
visiteurs. Pour y représenter dignement
leur école, les membres de la coopérative
sollicitent le soutien multiforme des
autorités locales et autres sponsors et
mécènes.
Une école toujours en évolution
La renommée toujours justifiée de l’EPPP
n’est plus à démontrer. Les Miké, qui
en font la particularité, ont beaucoup
contribué à son épanouissement, tout
comme les grands noms qui en sont issus.
À l’École de peinture de Poto-Poto, on
pratique aussi la restauration d’œuvres
d’art (toiles et sculptures). Des gens
viennent de partout avec des tableaux
déchiquetés et qui finissent par être
restaurés.
Inscrite dans le patrimoine artistique
africain, l’EPPP est la plus vieille école
africaine et son mode d’expression
picturale s’inspire directement de la
culture bantoue. Et selon Jacques Iloki,
aucune école d’art en Afrique ne connaît
une telle renommée. •
Jacques Iloki
Vice-président de la coopérative.
Lauréat à la 7e biennale du CICIBA,
il y reçut le Grand Prix Peinture du
président de la République du Congo en
2002. Il continue de se former à l’École
Stroganov de Moscou entre 1986 et 1992,
après avoir fréquenté l’EPPP.
Gerly Mpo
Trésorier de la coopérative, il est admis
à l’EPPP en 1980. Il est lauréat du
concours international de peinture de la
Russie en 2013.
Tous deux interviennent auprès de
jeunes artistes en formation à l’École de
Poto-Poto.
NDLR. Dans le souci de promouvoir les
grands talents photographiques d’aujourd’hui et de demain sur le continent
africain, A+Mag a invité ce collectif à
illustrer les 40 pages de ce spécial Congo.
82
République du Congo
musique
83
L
Fespam
quand l’Afrique célèbre sa musique
Le Fespam est un festival panafricain de musique qui a lieu dans la capitale du Congo tous
les deux ans. La neuvième édition en 2013 a invité des musiciens de l’Afrique et de sa diaspora
pour une semaine de concerts dans onze lieux différents.
Le thème choisi ? « Les musiques africaines, vecteur d’authenticité et facteur d’émergence »
Texte Benz Oko Photos Hector Ibara
L
a neuvième édition du Festival
panafricain de la musique (Fespam)
en juillet à Brazzaville fut dédiée à
Nelson Mandela et eut pour thème
« Musiques africaines, vecteur d’authenticité et
facteur d’émergence ». La directrice générale de
l’UNESCO, Irina Bokova, a salué l’organisation et
la fraternité de cette fête unique dans la capitale
congolaise : « Brazzaville est l’épicentre de la
musique mondiale. Il suffit de se promener dans
ses rues pour entendre comment les musiques du
monde sont chantées, et connaître les rythmes de
la rumba congolaise, du soukous, du ndombolo,
du coupé décalé… Nous célébrons le Fespam […]
sous les couleurs de la renaissance africaine. »
À cette occasion, 54 ensembles musicaux se
sont produits, parmi lesquels Bana C4, P-Square,
le groupe folklorique Malawi d’Égypte, Fally Ipupa
et le groupe Zaïko Langa-Langa.
En parallèle, trois panels ont débattu sur
l’expression musicale comme support de
l’authenticité africaine, sur les musiques
africaines comme levier d’émergence culturelle et
économique de l’Afrique, et sur les rapports entre
les expressions identitaires et le développement
intégral de l’Afrique.
L’un des moments forts de cette édition fut le
discours éloquent et passionné de Miss Fespam
2013. Choisie parmi 13 candidates venues des
quatre coins du continent et de sa diaspora, la
Rwandaise Aurore Umutesi Kayibanda a retenu
l’attention du jury pour son projet ambitieux sur
l’engagement de la musique africaine, révélé au
cours d’une série de questions-réponses. •
e Festival panafricain de
la musique (Fespam) a
lieu tous les deux ans dans la
capitale du Congo. Il s’inscrit
dans la même démarche que le
Fespaco à Ouagadougou et le
Fespad, Festival inter-africain
de la danse à Kigali. Tous trois
cherchent à promouvoir la
culture africaine dans le cénacle
des nations du monde. A chacune
de ses éditions, le public est
invité à partager des spectacles
musicaux qui réunissent de
grands talents musicaux de
l’Afrique et de sa diaspora à
travers des podiums disséminés
dans la ville de Brazzaville. En
parallèle, on peut retrouver des
symposiums qui rassemblent des
musicologues, des muséologues,
des ethnologues, des historiens,
des chercheurs pour une
analyse scientifique sur le
thème de l’édition. Pendant ce
temps, le Marché de la Musique
Africaine (MUSAF) s’articule
autour de l’exposition-vente
de supports phonographiques,
vidéographiques, d’instruments
de musique et autour de
rencontres professionnelles
au sein de l’industrie culturelle
et musicale. L’exposition des
instruments traditionnels de
musique, animée par le Musée
Panafricain de la Musique
cherche la promotion du
patrimoine culturel tant matériel
qu’immatériel. Et le concours
de beauté Miss FESPAM invite
les représentantes de plusieurs
pays africains pour représenter
à la fois la musique, la beauté et
la mode. La neuvième édition
en 2013 a invité des musiciens
de l’Afrique et de sa diaspora
pour une semaine de concerts
dans onze lieux différents.
Thème choisi ? « Les musiques
africaines, vecteur d’authenticité
et facteur d’émergence ».
84
République du Congo
musique
85
Le Carnaval
de Barranquilla
L’événement qui transforme
Brazzaville en la ville
la plus colorée du monde
TEXTE SALHA SOULEYMANOU OLYMPIO photos Lee Won Pyo
D
urant trois jours, cet événement culturel et
folklorique, lancé à l’initiative de Clara Ines Chaves
(sous le haut patronage d’Antoinette Sassou Nguesso, Première
dame du Congo), a métamorphosé « Brazzaville-la-Verte » en une
capitale pleine de diversité ethnique, de joie, de danse, de musique
et de divertissements. L’édition 2013 du Carnaval de Barranquilla
congolais, inspiré du célèbre carnaval de la ville colombienne de
Barranquilla, a démarré avec la « Bataille de fleurs », un défilé
populaire où la part belle est laissée aux danses d’origine afro
telles que la rumba, la cumbia, le mapalé, le garabato, la gaita,
le chandé, la puya, le fandango, le torito, le diablo, la conga (ou
tango congo), de fantastiques merecumbés et les pilanderas.
Il s’est achevé avec l’enterrement symbolique de « Joselito
Carnaval », symbole de la joie et de la fête, et qui meurt d’une
rumba intense. Il est pleuré et enterré d’une manière symbolique
par les veuves joyeuses qui ont partagé avec lui la période des
fêtes. L’enterrement de Joselito est un « adieu à la chair ». Moins
connu que celui de Rio de Janeiro, le Carnaval de Barranquilla,
déclaré par l’UNESCO chef-d’œuvre du patrimoine oral et
immatériel de l’humanité, est sans aucun doute plus traditionnel,
moins commercial et par conséquent plus « authentique » que
son homologue brésilien. Il est un bel exemple de la triple fusion
culturelle (européenne, africaine et indigène), qui combine les
festivités catholiques amenées par les Conquistadors espagnols
avec les cérémonies aborigènes et l’héritage musical des esclaves
africains pour se transformer en une énorme fête populaire. La
symbiose authentique entre le peuple colombien et congolais a
constitué, lors du déroulement de ce carnaval à Brazzaville, un
rassemblement festif de couleurs, de races, de légendes, de joie et
de rythmes musicaux. •
Initiatrice du Carnaval de
Barranquilla 2013 à Brazzaville
pour la promotion du patrimoine
culturel congolais au service du
développement durable, Clara
Ines Chaves a fait venir au
Congo une troupe colombienne
qui a endiablé les spectateurs.
86
République du Congo
musique
LA RUMBA
CONGOLAISE
Où
Texte Joël Nsoni Photo Marie Jampy
à Brazzaville et Pointe-Noire ?
sortir UN GRAND FACTEUR D’INTÉGRATION SOCIALE
L
orsqu’on sort en « boîte » ou
en « night-club » dans les villes
congolaises, on rencontre inévitablement
la rumba. Cette musique et danse originaire du terroir a donné lieu à différentes
variantes au fil des décennies, suivant la
mode musicale du moment, et les orchestres modernes des deux Congo en
jouent les différentes déclinaisons.
L’histoire s’amuse à affirmer que la
rumba est née au XIXe siècle, au sein des
descendants d’esclaves de La Havane, à
Cuba. La rumba congolaise semble pourtant être celle qui a inspiré sa consœur
cubaine, bien que l’on affirme le contraire.
C’est vraiment l’histoire de l’œuf et de la
poule.
Dans sa version moderne, la rumba
congolaise a fait son apparition dans les
années 1920 et a connu son âge d’or à
partir de la fin des années 1950, avec des
chanteurs mythiques tels que Franco,
Tabu Ley Rochereau, Wendo Kolosoy,
Moundanda, Papa Noël, Dr Nico, etc.
Elle s’est renouvelée sans cesse grâce à
de nouvelles générations de musiciens et
chanteurs à l’inspiration dynamique qui
en ont créé des dérivations, donnant lieu à
divers styles, comme les danses soukouss
et ndombolo. Mais il est incontestable
que la rumba est une musique venue
du monde bantou, de ces communautés
en aval du bassin du Congo. Chez les
peuples kongos, en effet, on l’appelait la
« danse du kumba » (nombril). L’homme
et la femme se touchent par le ventre et
dansent en s’aidant de leurs postérieurs.
Plutôt sexy, comme le slow, cette danse où
des couples enlacés se meuvent lentement
sur fond de lumière tamisée, entraînés par
87
guide
une musique douce et romantique. Dans
la rumba congolaise, ce moment en duo
dure un certain temps. Puis arrive souvent
le temps où les deux se séparent pour faire
éclater leurs talents de danseurs et tenter
de séduire le ou la partenaire. C’est alors le
« chauffer ».
Une nouvelle vague de musiciens y va
de son inspiration et de sa touche, popularisant cette musique de plus belle. La rumba est devenue un puissant acteur culturel
d’intégration sociale, facteur d’identité
pour ces populations qui peuplent le bassin du Congo. Si lier l’utile à l’agréable est
important dans la vie, séjourner dans une
ville congolaise et ne pas risquer quelques
pas de danse rumba reviendrait à passer à
côté de l’essentiel. •
Une multitude de solutions pour sortir de jour comme de nuit.
A+Mag compose pour vous un programme selon vos envies
L
TEXTE SALHA SOULEYMANOU OLYMPIO Photos Le Ministère du Tourisme
es villes et régions congolaises
offrent une multitude de solutions pour sortir à toute heure…
Expositions, sport, shopping,
musique…
Tout à votre guise. Dès les beaux jours, la
vie à Brazzaville et à Pointe-Noire se passe
à l’extérieur ! Flâner dans un parc ou sur la
plage, déjeuner en terrasse, pique-niquer
en bord de mer ou de fleuve, savourer
un concert, une expo… un florilège de
manifestations et d’activités, dont on
peut jouir jusqu’à la tombée de la nuit. Là
commence la belle vie nocturne. Pour les
fous de sport, le Congo voit grand : stades,
courts de tennis, piscines, golf, parcours
hippiques, etc.
Où se restaurer ?
À Brazzaville, le restaurant oriental de
l’hôtel Olympic Palace est probablement
un des meilleurs restaurants de la ville. Il
offre un cadre raffiné agrémenté d’un service impeccable. En face, Le jardin des saveurs offre une cuisine européenne de haut
standing. Mami Water et le Terminalia
au bord du fleuve avec une vue splendide
sur Kinshasa sont des lieux de rencontre
incontournables. La Bodega étonne par ses
plats nés d’une symbiose congolo-péruvienne. L’Orchidée, les Bougainvilliers, Ô
Sympatic, la Taverne des Corses, le Missala
offrent une gamme très prisée de cuisines
du monde entier. L’Hippocampe est connu
pour sa restauration asiatique et, plus
particulièrement, pour ses raviolis vietnamiens. Pour la cuise typiquement locale,
essayez le Nénuphar et la cantine Maman
Ro, connue pour son saka saka et sa salade
de moringa. Pour manger sur le pouce ou
se régaler de pâtisseries, la Mandarine et la
Mie dorée vous attentent au centre-ville.
À Pointe-Noire, le Majestic est sans
doute le meilleur restaurant gastronomique de la ville. Le Sea Food, située face à
la mer, saura séduire par sa cuisine et son
accueil exigeants et sans fioritures excessives. L’Aquarelle, qui figure également
parmi les restaurants les plus connus et
appréciés de Pointe-Noire, propose une
très large carte de cuisine française de haut
niveau. Le Twiga, très spacieux, offre un
accès privilégié à la plage. Pour une cuisine
locale typique, essayez absolument Chez
Gaspard, Chez Béa, Chez Roro et le Cercle
Bouali. Pour le meilleur restaurant chinois
au Congo, entrez Chez Wou. La Citronnelle
propose une excellente pâtisserie avec un
choix proche des pâtisseries françaises. Des
rendez-vous d’affaires s’y déroulent entre
le croissant et l’orange pressée. Le Tychilla
accompagne ses spécialités portugaises
d’une bonne carte de vins. La Villa Antonetti, la Pyramide, le Kaktus et l’Abricotier
restent d’incontournables valeurs sûres.
Où sortir ?
À Brazzaville, le No Stress est le lunch
bar par excellence de la ville. C’est « the
place to be ». Le Ram-Dam, club le plus
hype de la capitale, vient d’être complètement rénové. Pour les amoureux de la
rumba, Chez Ntemba et le Vice Versa sont
un passage obligé. Le Cléopâtra, le Rialto,
le Jet Set et le Diplomate restent des lieux
toujours branchés. Plusieurs discothèques,
appelées « VIP », restent ouvertes en journée. Prendre un verre en début de soirée
à la terrasse du Renouveau est un rituel
prisé pour des rencontres en milieu aisé. À
Pointe-Noire, une multitude de clubs –
le Blue Night, le Jacadi, le Master, le BlingBling, le Venus et Chez N’temba – s’étalent
sur l’avenue Charles-de-Gaulle, en plein
centre-ville. Le MB est un club à la mode et
le SAS un bar intimiste en vogue. •
89
République du Congo
Ils sont écrivains, chefs d’entreprise, sportifs de haut niveau, économistes,
ingénieurs, spécialistes du marketing ou de la communication, cadres supérieurs
du secteur privé ou public… Nombreux sont ces hommes et femmes issus du
Congo qui portent haut le flambeau de leur pays à l’extérieur
Ils font parler
d’eux à l’étranger
Francine
Ntoumi
pasionaria
de la recherche
en Afrique
un champion
au grand cœur
la passerelle
«J
décembre 2012.
Une petite femme
de 53 ans reçoit
à Addis-Abeba le
prix scientifique
Kwame-Nkrumah
de l’Union
africaine (UA).
Francine Ntoumi
est chercheuse en biologie moléculaire et
parasitologie sur le paludisme. Mais c’est
surtout son action en faveur du développement
de la recherche sur le continent que l’UA
honore ce jour-là. Une immense détermination
à multiplier et autonomiser les scientifiques
africains qui jaillit d’abord en France. « J’ai
la chance d’avoir eu un père qui ne faisait
pas de différence entre filles et garçons et
qui m’a envoyée à Paris à 12 ans », nous
raconte Francine Ntoumi. Docteur à 26 ans de
l’université parisienne Pierre-et-Marie-Curie,
elle choisit de se consacrer aux maladies qui
touchent l’Afrique et découvre la faible présence
de chercheurs du continent sur les épidémies
qui les concernent pourtant au premier chef.
Gabon, Bénin, Pays-Bas : elle multiplie les
études, puis forme de jeunes chercheurs. De
2007 à 2010, elle dirige la Multilateral Initiative
on Malaria (MIM) depuis la Tanzanie, un poste
de management d’équipes scientifiques. Et c’est
là qu’elle prend définitivement acte du retard
de l’Afrique centrale sur les autres sous régions.
La Fondation congolaise pour la recherche
médicale (FCRM) est la réponse de Francine
Ntoumi à ce problème.
J.A. LeBachelor
D.R.
e suis une passerelle ! »,
répète à l’envi Edwige-Laure
Mombouli. Cette Congolaise de
43 ans installée en France depuis son enfance
est cofondatrice et présidente du Réseau
international des Congolais de l’extérieur
(RICE). Depuis 2011, elle aide ses compatriotes
à l’étranger à créer des partenariats avec
des structures au pays. Des médecins ou des
enseignants, proches de leur famille vivant
au Congo, qui sont de plus en plus nombreux
à s’investir. Chaque année, elle remet le
prix RICE pour la diaspora qui récompense
individus, entreprises et associations actifs
pour le Congo. Son savoirfaire dans la
création de projets et l’animation de réseaux,
Edwige- Laure Mombouli l’a acquis au cours
de seize années passées au sein du groupe
radiophonique français NRJ. Elle a créé et
dirige le département des relations publiques
pour NRJ Group et élabore la soirée des NRJ
Music Awards, devenue une institution. « Avec
certains préalables, une société et un événement
comme ceux-là pourraient exister aussi à
Brazzaville », estime-t-elle.
D.R.
D.R.
Edwige-Laure
Mombouli
S’
habiller est un art. L’art de faire chanter
les coul Lorsque vous êtes bien habillé,
votre interlocuteur ne peut que vous
prendre au sérieux. » Tel est le leitmotiv de
Jocelyn Armel Bizaut Bindinckou, dit le Bachelor.
Une déclamation qui sonne presque comme un
reproche aux profanes de la sape, qui trouvent
dérisoire de consacrer de folles sommes à
l’achat de vêtements de marque. Le Bachelor est
emphatique et volontiers volubile quand il se met
à parler de l’art de l’habillement. Une passion
pour laquelle il a créé la marque « Connivences »
en 2005 et ouvert une boutique rue de Panama
dans le xviiie arrondissement de Paris, au coeur
du quartier africain. Avec Connivences, la rue de
Panama se nuance de couleurs. Il n’y a qu’à voir
sa vitrine ornée de mannequins sapés comme
des milords. Ce quartier de la Goutte-d’Or est son
fief, sa mère y gérait un restaurant et lui-même y
allait au lycée. Né il y a une cinquantaine d’années
au Congo-Brazzaville, berceau du dandysme à
l’africaine, le Bachelor est arrivé en France à l’âge
de 16 ans. La France est son pays d’adoption, où
il a fait des études supérieures en gestion puis
fondé une famille. Mais des décennies de vie dans
l’Hexagone n’ont pas détourné M. Bindinckou
des valeurs africaines. Il prône toujours l’entraide
et la solidarité, honorant de sa présence des
soutenances de mémoire ou
de thèse par des Africains
ainsi que les soirées festives
africaines à Paris ou en
province (défilés de mode,
lancements d’albums). « La
sape s’est immiscée très tôt
dans mon esprit en voyant
les aînés se passionner pour
les belles fringues », assure
le Bachelor.
Anssi
Elo Dacy
la valeur littéraire
sûre du Congo
la sape,
c’est son affaire !
17
T
Alain
Mabanckou
J.A. le
Bachelor
é
D.R.
Jo-Wilfried
Tsonga
out petit, Jo-Wilfried manifes tait des
qualités qui laissaient penser qu’il irait
loin dans le sport », confiait Évelyne
Tsonga, sa maman, en 1999 devant les caméras
de France 3, lors d’un reportage sur le champion
Espoir de l’époque. Ainsi, avant de s’adonner à
sa passion pour le tennis, Jo-Wilfried Tsonga
a d’abord joué au football à Savigné l’Évêque
(en banlieue du Mans). Didier Tsonga, le père,
handballeur congolais venu s’installer en
France, sera son premier entraîneur de tennis,
dans cette ville du Mans (ouest de la France)
où Jo-Wilfried naît le 17 avril 1985. Mais pour
éclore et s’épanouir, le talent a besoin de
sortir du cocon familial. Aussi, Jo-Wilfried est
admis au sein des jeunes espoirs de Poitiers
en 1998, puis en 1999 à l’INSEP de Vincennes
(banlieue parisienne) pour parfaire sa technicité
durant deux ans. En 1999, il est champion de
France des 13-14 ans. En 2002, c’est le Centre
national d’études de Roland-Garros qui lui
offrira toutes les commodités de formation des
champions. C’est là que Jo-Wilfried se forgera
une méthode : le visionnage méticuleux des
vidéos de ses adversaires. Sa carrure athlétique
(1,88 m pour 90 kg) fera le reste : un jeu offensif
et des services puissants. En 2003, à 18 ans, il
est champion junior à l’US Open. Puis il devient
professionnel l’année suivante.
Textes Mouftaou Badarou et Constance Desloire
crivain
prolifique,
professeur
de littérature
comparée à
l’université UCLA
à Los Angeles,
Alain Mabanckou
sait promouvoir
ses ouvrages, de
même que son
talent d’écrivain,
comme l’atteste
son discours éloquent devant une assemblée de
200 personnes dans la salle Garnier du casino de
Monte-Carlo, lors de la remise du prix littéraire
Prince-Pierre-de-Monaco pour l’ensemble de son
oeuvre. En clamant devant l’auditoire que « la
littérature est l’art de transformer la nostalgie en
un champ de bonheur », il a aiguisé la curiosité
de plus d’un littéraire présent dans la salle. Né le
24 février 1966 à Pointe-Noire au Congo, l’ancien
étudiant en droit à Brazzaville et Paris révéla
en 1998 son talent littéraire dans une écriture
truculente à travers le roman Bleu- Blanc-Rouge,
couronné par le Grand Prix littéraire de l’Afrique
noire. Le roman, qui met en scène deux immigrés
africains – Massala-Massala et Charles Moki –
confrontés aux dures réalités de l’immigration en
France, est en fait une dénonciation du complexe
de colonisé toujours vivace chez certains Africains.
À travers ses oeuvres littéraires, Alain Mabanckou
prouve que la littérature n’est pas que fiction. Elle
est aussi la traduction du vécu et des émotions de
l’écrivain. Pour mieux faire passer cette vision,
l’auteur publie en 1995 La légende de l’errance, un
hommage à sa mère décédée ; puis en 1997, Les
arbres aussi versent des larmes, une dénonciation
de la perte des valeurs africaines.
Visa man
C
entrale Visa Congo ? Pour quoi faire ?
N’est-il pas plus simple de faire
directement ses démarches à l’ambassade
du Congo en France ? » peut-on être tenté de
s’interroger. Anssi Elo Dacy, le jeune fondateur
de cette plate-forme numérique, rétorque : « Ce
site a été conçu pour répondre aux attentes des
voyageurs entre la France et le Congo. » Car des
études en tourisme lui ont permis de rentrer en
2009 dans la vie active en tant que facilitateur,
on travail consistant à organiser des visites
touristiques en Europe pour ses compatriotes
congolais et à guider ceux de passage en France
dans leursprojets d’affaires. « C ’est en étant en
contact permanent avec ces voyageurs que l’idée
a germé dans mon esprit de lancer Centrale Visa
Congo », témoigne Anssi Elo Dacy. Centrale
Visa Congo est donc l’interface d’intermédiation
assurant le lien entre les demandeurs de
documents administratifs et le consulat du Congo
en France. Rien n’illustre la pertinence de ce
site mieux que le nombre croissant de visiteurs
depuis sa mise en ligne en 2012. Centrale Visa
Congo veut donc se poser très rapidement
en garant de la rapidité de la délivrance des
documents administratifs au consulat du Congo
en France. Et la pédagogie de vulgarisation du
site à laquelle s’emploie son fondateur devient
audible au-delà de la communauté congolaise
de France, la meilleure publicité pour Centrale
Visa Congo étant le bouche à oreille. Nombre de
voyageurs satisfaits de ses
prestations la conseillent
désormais volontiers
à leurs connaissances.
Tant et si bien que son
initiateur ambitionne
d’ouvrir à court terme
une agence physique à
Paris, afin de renforcer le
contact avec la clientèle.
D.R.
88
90
République du Congo
économie
91
Rice Challenge
un pari réussi
Frémissement dans la salle. Au moment des questions,
un homme, très applaudi, a renvoyé dos à dos les
(in) actions de l’employeur de Mme Dossou Dramé et du
gouvernement, qu’il considérait comme fossoyeurs des
forces vives du pays. La réponse du berger à la bergère.
Samedi matin, place fut faite aux femmes
entrepreneurs. Constat de la ministre Mougany à la
table des intervenants : le Congo ne dispose d’aucune
donnée chiffrée sur le sujet. Cécile Tchamgoué,
maraîchère, et Clarisse Bizaut, patronne d’une petite
entreprise de BTP, ont témoigné haut et fort de leur
expérience, championnes du jour à l’applaudimètre,
leur détermination et leur courage faisant la part
belle à l’humour. Mahamadou Sako déplorait entretemps le manque de femmes dans les plus hautes
sphères des conseils d’administration, un phénomène
international auquel l’Afrique
n’échappe pas non plus.
Un autre panéliste a surpris
l’assemblée ce jour-là : John Olympio,
chef de la mission de l’Union
européenne au Congo dédiée à
l’entrepreneuriat, réfutait, arguments
à l’appui, l’appellation « commerce
informel » utilisée pour caractériser
les affaires sur le continent. Elle
serait condescendante et impropre,
les concernés étant pour la plupart
enregistrés au cadastre et s’acquittant
d’impôts libératoires…
Samedi après-midi, le programme
prévoyait un rendez-vous pour
déterminer les lauréats du prix
RICE. Après avoir étudié les 600
candidatures, le jury a retenu 4
projets pour leur créativité, leur utilité et leur possible
rentabilité : Jean-Christian Diakanou Matondo et sa
ferme apicole Apis Congo ; Destiny Loukakou pour
son projet Pousselec (mise au point de la fabrication
de pousse-pousse électriques) ; Andy MbayaMayetela et le projet Africa Solaire (des stations d’eau
potable alimentées par l’énergie photovoltaïque) ;
et Parfait Kissita, avec sa petite société de produits
agroalimentaires qui propose conserves, confitures et
jus de fruits.
La toute jeune association
Réseau international
des Congolais de
l’Extérieur (RICE) a
organisé du 21 au 23
novembre dernier à
Brazzaville un colloque
consacré aux défis de
l’entrepreneuriat dans
le bassin du Congo. Une
occasion de rapprocher la
diaspora congolaise
de sa terre mère
Texte Anasthasie Tudieshe
Photos Génération Elili
Ambroise Loemba, fondateur du Challenge entrepreneurial.
L
oin des yeux, loin du cœur ? Pas
pour les membres du RICE qui se
sont retrouvés à Brazzaville trois
ans après la fondation du réseau.
Au-delà des colloques consacrés
à l’investissement dans la région, on organisa un
concours de business plans, avec en clôture une
remise de prix de 50 000 €, soit 32 millions de francs
CFA, pour les entrepreneurs les plus convaincants.
L’événement, une première pour l’association, vient
illustrer la mission que ses 9 membres fondateurs se
sont assignée : jeter des ponts entre les cadres installés
en France et le Congo cher à leur cœur et en pleine
évolution.
Demandez le programme !
Tout a commencé avec une présentation
macroéconomique du Congo et un exposé sur le
secteur privé congolais. Les intervenants se suivent
et ne se ressemblent pas. Frappant contraste entre
un M. Mokoko, ministre délégué chargé du Plan et
de l’Intégration, monocorde, le nez dans les feuilles
de son exposé sur les 7 grappes de diversification
économique, et Sylvie Dossou Dramé, représentante
de la Banque mondiale au Congo. Elle renvoie
fermement les Congolais à leurs responsabilités
quant au rôle des PME et PMI dans la nécessaire
diversification économique du Congo, le tropisme
du pétrole n’étant pas une légende dans le pays.
Edwige-Laure Mombouli, présidente du Challenge entrepreneurial.
Bilan
Trois journées denses, donc, tant par les sujets
évoqués que les passions exprimées. Le pari, relevé,
était de faire dialoguer les différents partenaires de
l’événement avec le public. Intéresser les Congolais :
mission accomplie. 1 200 personnes se sont déplacées
pour interroger, entendre,
applaudir parfois, conspuer
aussi, exister en tout cas.
Être productif : promesse
tenue. Les presque 20
recommandations issues
de la rencontre font l’objet
d’un livre blanc qui sera
adressé aux pouvoirs
publics. Mettre en valeur
des parcours exemplaires :
défi relevé également. La
société civile comme les
responsables politiques ont
entendu l’appel du RICE et
ont répondu présent. Une
première incontestablement
couronnée de succès et qui a
suscité beaucoup d’espoirs.
Un participant glissait à l’oreille de son ami en faisant
la queue au buffet : « J’espère que tout ça, ce ne sont
pas que de belles paroles et puis ils vont rentrer chez
eux et nous laisser comme ça. » Ce à quoi la présidente
de l’association, Edwige-Laure Mombouli, répond
simplement : « Nous reviendrons. Nous avons des
entrepreneurs à accompagner, des projets à faire
vivre. » Le rendez-vous est pris, sans doute d’ici « un
ou deux ans ». •
Le manque
de femmes
dans les plus
hautes sphères
des conseils
d’administration,
un phénomène
international
auquel l’Afrique
n’échappe pas
non plus.
www.challengerice.com
République du Congo
Histoire
De
Brazza
Baroudeur
de tous
les âges
Texte Daniel Brown
Photo Félix Nadar
93
Sur les traces
d’André Grenard
Matsoua
Texte Dominique Ngoïe-Ngalla Photo Génération Elili
« S’il t’était demandé de choisir entre ta Mère
et ta Patrie, sauve d’abord ta Patrie. Car si ta
mère mourait, tu aurais besoin de terre pour
l’ensevelir, et en sauvant la Patrie, elle sera ta
terre et celle de tes descendants. »
— André Grenard Matsoua
A
I
Anges Ratanga-Atoz, lors d’une entrevue avec l’ONG française
l est peu de colons français en Afrique plus hauts en
Survie.
couleur que Pierre Savorgnan de Brazza. Il y a 140
Ces arguments, Bélinda Ayessa est disposée à les admettre.
ans, l’élégant explorateur s’est frayé un chemin par la
Mais la directrice générale du mémorial Pierre-Savorgnan-derive est du Congo dans des campagnes successives,
Brazza affirme que ces déclarations sous-estiment le contexte
permettant ainsi à la France d’installer ses colonies en Afrique
dans lequel Brazza a fonctionné et la cohérence de ses
centrale. Pourtant, il fut un adversaire féroce de
actes au cours des 33 années où il fut opérationnel en
toute forme d’esclavage ou d’assujettissement des
Il fut un
Afrique. De nos jours, selon Ayessa dans un entretien
populations locales. Après onze ans passés au poste
adversaire
avec l’hebdomadaire Amina, les Congolais « se sont
de gouverneur général du Congo français, il fut écarté
féroce de
approprié » cette part de leur passé. Le mausolée dont
en 1886 sous prétexte que sa colonie ne rapportait
toute forme
pas suffisamment de bénéfices à Paris. Même ses
d’esclavage ou elle s’occupe depuis son inauguration en 2006 est une
détracteurs admettent aujourd’hui que cet ancien
d’assujettis- remarquable coupole en verre et acier recouverte de
500 tonnes de marbre blanc. Sa fresque grandiose au
marin désintéressé et imposant eut une approche
sement des
pacifique et respectueuse des populations locales. Et
populations sous-sol – accomplie par des artistes de l’école d’arts
de Poto-Poto à Brazzaville – dépeint les principaux
ce, en totale opposition avec ses successeurs français
locales.
actes de De Brazza pendant ses 53 années de vie. Les
ainsi qu’avec les agissements du règne meurtrier du
historiens, comme le professeur Théophile Obenga, espèrent que
roi Léopold II de Belgique dans l’État indépendant du Congo.
d’autres héros historiques de son pays, comme André Grenard
Néanmoins, une conférence de 2006 dans la capitale baptisée
Matsoua (voir en page 52), connaîtront une reconnaissance
du nom de l’explorateur a fustigé De Brazza. Les historiens
semblable dans un avenir proche. En attendant, le mémorial
l’ont accusé d’avoir ouvert sciemment la région à l’exploitation
s’apprête à agrandir son site d’une salle de conférences et d’une
impitoyable des Français qui s’ensuivit. « Il a lancé la conquête
bibliothèque consacrée à Savorgnan de Brazza, ce en quoi
impérialiste (de l’Afrique centrale) », a déclaré Scholastique
Ayessa, citant André Malraux, voit l’hommage du Congo à « la
Dianzinga, de l’université de Brazzaville, « mais il n’était pas
vie intense du passé en ses représentations historiques ». •
aussi brutal que les autres », a ajouté le chercheur gabonais
la liberté pour laquelle Dieu a créé l’homme et la condindré Grenard Matsoua, autodidacte
tion de bête de somme à laquelle la colonisation a réduit
de génie, n’en demandait pas tant que
l’indigène, Matsoua se révolte et écrit, en 1928, deux
le droit de vote, mais finalement en
lettres au président Raymond Poincaré, dénonciations
voulut davantage, puisqu’il réclama à
du travail forcé au Congo.
la métropole la suppression de l’inique
Les autorités de l’Afrique équatoriale française
régime de l’indigénat et la nationalité française pour
croient voir dans cette revendication la dénonciation
tous les sujets des colonies françaises. Étant sans
de la présence coloniale et la lutte pour l’indépendance.
doute né (vers 1899) dans un village de la région de
Arrêtés à Paris en 1929, condamnés à Brazzaville,
Brazzaville, il ne reçut que les rudiments d’instruction
déportés au Tchad, Matsoua et ses compagnons se rendes bons pères missionnaires qui le destinaient à
dent coupables de demander que les
l’enseignement du catéchisme dans
colonisés soient considérés comme des
son village et dans sa langue. Mais
êtres humains et que leur soit octroyée
ce beau jeune homme visionnaire,
la nationalité française.
au front large, au regard droit et aux
En 1935, notre rebelle s’évade discrèmâchoires puissantes était doté d’un
tement du Tchad et rejoint la France
immense génie. Après une pratique
grâce à la chaîne de solidarité de l’Amiennuyeuse de l’enseignement du
cale. Avec 3000 de ses compagnons,
catéchisme, il fut embauché aux
il s’engage dans les troupes françaises
douanes de Brazzaville.
contre l’Allemagne nazie en dépit du
Débarqué ensuite à Paris, il
harcèlement dont ils font l’objet. En
multiplie les contacts avec les milieux
1940, il est blessé au front. À l’hôpital,
de gauche locaux. En 1924, il s’engage
il est dénoncé et renvoyé par la police
avec l’armée française dans la guerre
vichyste au Congo. Condamné à la pridu Rif, au Maroc. Après la guerre, il
son à perpétuité, il meurt le 13 janvier
fonde à Paris l’Amicale (Association
1942 dans des conditions obscures à
des ressortissants de l’Afrique équaDominique
Ngoïe-Ngalla est historien,
Mayama, sa dernière prison, près de
toriale française) en 1926 avec pour
professeur titulaire des
Brazzaville.
objectif de venir en aide aux Africains
Universités, en fonction à
L’imaginaire populaire s’est vite
qui résidaient en France dans des
l’université de Brazzaville.
emparé de sa mémoire pour en créer
conditions difficiles. L’Amicale connaît
l’image d’un martyr et d’un prophète. Sans se détourner
un énorme succès en France et dans la plupart des colodu combat politique, l’Amicale - muée en « Mikale »
nies françaises sub-sahariennes.
depuis 1938 - donne naissance à une secte religieuse
Tandis qu’à la Sorbonne, les étudiants Aimé Césaire
aux convictions enracinées, en particulier dans le Pool,
et Léopold Sédar Senghor mobilisent des étudiants
une région du Congo-Brazzaville qui compterait encore
noirs et parlent de négritude, l’humble catéchiste est
au moins un matsouaniste religieux par famille. •
déjà en lutte. Face à la contradiction entre la vocation à
Alex Pointet
92
94
République du Congo
témoignages
95
L’effort important qui est fait par
les autorités congolaises pour
une plus grande transparence
dans la gestion des ressources
pétrolières était inimaginable
il y a cinq ans. »
les Congolais apprennent à se réconcilier. Maintenant, on préfère le terme de « cohésion sociale ».
Il y avait à l’époque des difficultés d’accès social
et économique. Il fallait donc réapprendre à vivre
ensemble. Ce programme a bien marché. Quand
elles le voulaient et avec un accompagnement léger
de notre part, les collectivités et autorités locales,
acteurs locaux non étatiques, pouvaient identifier
les problèmes et avaient des projets communs.
Jean-François
Valette
Ancien ambassadeur
de France au Congo
«D
ans cette ère propice au changement, mais aussi aux grands défis,
le Congo est bien armé pour faire face : sa croissance est importante sa dette est largement réduite (la France y a grandement contribué)
et sa feuille de route pour atteindre ses objectifs de développement est cohérente. Nos relations commerciales sont d’ailleurs en train de se renforcer
avec l’arrivée et quelquefois le retour d’entreprises françaises, dans tous les
secteurs de l’activité. Nous souhaitons donc au Congo la pleine réussite de
ses ambitions en l’assurant de la volonté de la France de les encourager et
d’en être partie prenante. »
Extrait du Discours prononcé à la fête nationale le 14 juillet 2013
« Le Congo : une fenêtre
d’opportunités à saisir »
Cinq questions pour Marcel van Opstal,
chef de délégation de l’Union européenne en République du Congo
Entretien
Daniel Brown
Photo
Marie Jampy
V
ous avez été en poste au Ghana, au
Kenya, au Burundi, en Guinée et
à Haïti. Comment comparez-vous
votre expérience professionnelle au
Congo-Brazzaville avec les autres expériences
de votre travail pour l’UE ?
Nous sommes confrontés à un paradoxe, au
Congo : il y a une économie et une stabilité politique rassurantes. Les taux de croissance sont
relativement élevés. Mais cela ne se traduit pas par
une amélioration majeure des indices de base sur
la pauvreté, ni l’accès à l’eau ou à l’électricité. Les
investissements du gouvernement sont importants, mais le processus est lent et la redistribution
de la richesse dans la population est maigre. On
cherche une politique plus inclusive et mieux distribuée sur le territoire pour éviter le manque de
cohésion sociale, le plus gros problème du Congo.
Depuis 2010, vous êtes engagé en tant qu’ambassadeur de l’Union européenne à accompagner les autorités congolaises dans l’exécution
des programmes de réformes et de diversification économiques. Quels programmes vous
ont donné le plus de satisfaction ?
Je pense d’abord au programme de consolidation
de la réconciliation nationale. La société congolaise a été touchée profondément (par la guerre
civile), avec beaucoup de victimes. Nous avons travaillé avec la Communauté européenne pour que
Quels sont les secteurs économiques qui
sont les plus prometteurs pour l’avenir
du pays ? À quoi l’UE s’engage-t-elle pour
soutenir les acteurs partenaires au sein du
gouvernement ?
Ce qui frappe ici est la situation géographique du
pays. Le Congo a le potentiel de devenir un pays
majeur pour le transit ou la redistribution sousrégionale si l’on y investit dans l’intermodalité des
transports. Une connexion est également nécessaire entre le port de Pointe-Noire, le pont railroute Brazzaville-Kinshasa, le fleuve Congo, les
routes vers Bangui et la remontée vers la Sangha
(département du nord qui a des frontières avec le
Cameroun, le Gabon et la République centrafricaine).
Quels sont les aspects positifs que vous retenez de ce pays ?
Depuis 2013, le Congo a adhéré à des initiatives
de transparence sur l’industrie extractive, comme
cet audit indépendant sur les recettes pétrolières.
L’effort important qui est fait par les autorités
congolaises pour une plus grande transparence
dans la gestion des ressources pétrolières était
imaginable il y a cinq ans.
Comment résumer le Congo-Brazzaville en
quelques mots ?
(Hésitation) Le Congo est une fenêtre d’opportunités à saisir. •
Christopher
Murray
Ancien ambassadeur
des USA au Congo
«J
e suis fier d’annoncer que cette année la République du Congo
a pris en charge le financement de la majorité du programme «
cantines scolaires ». Ce programme a été lancé en 2005 par l’ONG américaine IPHD avec le soutien du département de l’agriculture des Etats-Unis
d’Amérique. Ce programme offre à 145 000 élèves congolais un régime alimentaire équilibré, du riz, des tomates, du haricot et des pommes de terre.
En 2015 lorsque le gouvernement congolais prendra en charge toute la
responsabilité à la fois financière et administrative, il deviendra le premier
gouvernement en Afrique à avoir réussi à le faire avec un tel programme du
département de l’agriculture américain. La marque d’une société juste est
la manière selon laquelle celle-ci traite ces membres les plus faibles et les
plus faibles et les plus vulnérables. »
Extrait du Discours prononcé à la fête nationale le 04 juillet 2013
En avant pour la rénovation de
Brazzaville
Capitale de la République du Congo
Située sur la rive droite du majestueux fleuve Congo, deuxième cours d’eau du monde après
l’Amazone par la puissance de son débit (40.000 m3/s). L’agglomération de Brazzaville
s’étend sur une superficie de près de 100 km2. Adossée sur le Stanley Pool, elle constitue
avec la ville jumelle de Kinshasa, un vaste espace urbain formé par les deux capitales les
plus rapprochées du monde.
> Ville africaine au destin singulier, Brazzaville a été fondée
le 03 octobre 1880, par l’explorateur éponyme français,
Pierre Savorgnan De Brazza. Elle devient dès 1904 la capitale du Congo-français et de l’Afrique Equatoriale Française
(AEF). Elle accède ensuite au statut de capitale de la France
Libre, dès le début de la Seconde Guerre Mondiale en 1940,
après l’occupation de la France par l’Allemagne nazie. C’est
à Brazzaville que fut promulguée la nouvelle politique coloniale française, au cours de la «Conférence de Brazzaville»
tenue en 1944. Prélude à l’émancipation des anciennes colonies françaises d’Afrique noire.
> Ville historique, Brazzaville devient après la proclamation
de l’indépendance en 1960, la capitale de la République du
Congo. Depuis lors, elle va abriter d’importants événements
internationaux, parmi lesquels on peut citer notamment :
- le lancement du mouvement olympique africain avec
l’organisation des 1ers Jeux africains au Congo ;
- la première conférence des Hommes des sciences d’Afrique ;
- la première conférence des écrivains contre l’Apartheid ;
- l’initiation du « Fonds Africa » qui a contribué à la libération de la Namibie, et de l’Afrique du Sud du régime
infrahumain de l’Apartheid.
> A la faveur des multiples échanges identitaires qui l’irriguent depuis des temps immémoriaux, Brazzaville se révèle
depuis, comme un grand carrefour culturel, un terreau fertile qui a suscité entre autres l’émergence des hommes de
lettres talentueux, de renommée internationale à l’instar
de : Alain Mabanckou, Sony Labu Tansi, Letembet Ambily,
Dongala Boundzéki, Tchicaya U Tam’si, Théophile Obenga,
Jean-Baptiste Taty Loutard, Dominique Ngoï Ngalla...
Brazzaville est une terre des artistes de génie. Elle a vu
naître : la « cumba » et sa conversion en Rumba congolaise,
rythme et thème musical initiés par Paul KAMBA ; le mythique orchestre « Les Bantous de la capitale ».
En reconnaissance de son dynamisme culturel notamment
en matière de production musicale, Brazzaville reconnue
déjà, comme capitale africaine de musique avec le Festival
Panafricain de la Musique et siège du FESPAM, a vu son rôle
et sa place confortés à l’échelle mondiale par l’Organisation
des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture
(UNESCO), avec son entrée dans le réseau très select des
villes créatives de l’UNESCO.
L’Ecole de peinture de Poto-poto, créée au début des années cinquante (1951) est très vite devenue, au sud du Sahara, le pôle de référence des artistes plasticiens africains
avant les indépendances.
> La population actuelle de Brazzaville avec sa banlieue
atteint 2.000.000 d’habitants. Elle est régulièrement enrichie par un afflux de ruraux et de migrants étrangers. Ce
qui conforte Brazzaville dans son rôle de ville libre et de
terre d’accueil, qui se nourrit de l’hospitalité légendaire des
Congolais en général, et des Brazzavillois en particulier.
En ce début du troisième millénaire, Brazzaville compte parmi les villes les plus cosmopolites d’Afrique. Il s’y développe
actuellement une activité économique en pleine croissance.
> Brazzaville est une ville de transit, fonction due à sa situation naturelle exceptionnelle qui la place au coeur des principales voies de communication au sein de l’Afrique centrale.
A partir de Brazzaville, le visiteur atteint en moins d’une
heure les principales villes du Congo que sont, Pointe-Noire,
Dolisie, Ouesso, Mossendjo et Nkayi.
> Surnommée « Brazza-la-verte », en raison de l’omniprésence de la verdure, Brazzaville comporte bon nombre
d’espaces verts, avec des monuments historiques, des sites
touristiques pittoresques, des restaurants de qualité et des
grands hôtels de standing international. La vue du fleuve
Congo est une attraction irremplaçable, très prisée des touristes.
> Brazzaville est le siège du Gouvernement, et abrite les Institutions de la République ainsi que la forte représentation
diplomatique accréditée en République du Congo.
Grâce à ses multiples atouts, conjugués à la paix retrouvée
sur la rive droite du fleuve Congo, la vocation de Brazzaville,
en tant que cité multipolaire, et plaque tournante des opportunités économiques en Afrique centrale, est appelée à
se renforcer dans les années à venir
98
99
cinéma
Soleils
Lumière sur l’histoire
de la sagesse africaine
Soleils est un long métrage dont le réalisateur est bicéphale et métis. Il s’agit en
fait de deux réalisateurs, Olivier Delahaye et Dani Kouyaté, un Français et un
Burkinabé, un blanc et un noir, réunis pour faire un film qui dépasse les frontières,
les barrières culturelles, les préjugés
Propos recueillis par
Daniel Brown
I
nspiré par le feu comédien burkinabé Sotigui
Kouyaté, Soleils est un panorama magistral
de l’histoire des rapports entre l’Afrique et ses
anciens colonisateurs. Le film souligne aussi l’idée
que l’Afrique a développé des concepts en termes de
sagesse, de gouvernance, de justice, de vivre ensemble
et de rapport à la nature qui méritent réflexion et d’être
partagés avec la Terre entière. A+Mag a eu le privilège
de voir ce film avant sa sortie mondiale sur les grands et
petits écrans, prévue pour cette année. En exclusivité,
les deux réalisateurs livrent leur vision à notre rédaction
dans un regard croisé décapant.
Dani Kouyaté (DK) : Il y en a, des obstacles, dès que
l’on parle de films sur l’Afrique. Film africain ou film
français ? On refuse cette catégorisation. Ce n’est pas
l’un OU l’autre, mais les deux à la fois, voire plus car
chez nous, 1 et 1 font plus que 2. Soleils n’est pas un film
européen de plus sur l’Afrique, pas plus qu’une réponse
africaine aux préjugés européens. Soleils est un film
métis, burkinabé ET français, un film noir ET blanc.
Olivier Delahaye (OD) : Nos identités sont multiples
et nous refusons ce qui nous réduit à la couleur de nos
peaux, à nos lieux de naissance, à nos ancêtres, à nos
langues. Nos vécus nous ont enrichis, nous avons planté
des racines dans d’autres terres que celles qui nous
ont vus naître, et si l’un vit entre la Suède, Paris et le
Burkina Faso, l’autre passe son temps entre Paris, la
Provence et la Turquie. Mais nous savons que les gens
ont du mal à accepter cette idée. Pour le sens commun,
tout ce qui n’est pas « pur blanc » est noir. Regardez
Yannick Noah, par exemple, ou Obama, tout le monde
parle d’eux comme des noirs. Oui, bien sûr, ils sont
noirs… autant que blancs, mais ça ne viendra à l’esprit
de personne de parler d’eux comme de blancs.
C’est un peu pareil pour Soleils. Lorsque nous l’avons
présenté au comité de sélection du Festival de Cannes
100
101
cinéma
en tant que film français, ils l’ont déplacé dans les
films étrangers. Curieux, non, pour un film écrit par un
Français, réalisé par un Français et un Franco-Burkinabé,
produit par une société française et dont les acteurs
principaux sont français… mais noirs !
Révélateur de la difficulté pour beaucoup à comprendre
et accepter comme nôtre la diversité que nous
revendiquons et qui est celle de chacun d’entre nous et
de la société en général. Mais il en faut plus que cela pour
nous démonter ; nous nous battons depuis 2009 pour
faire Soleils.
DK : Il faut que tu remontes beaucoup plus loin que ça,
non ?
OD : Oui, en effet. Un jour, on m’a proposé de faire un
documentaire sur le deuxième président de la HauteVolta, Sangoulé Lamizana, dont je n’avais jamais entendu
parler. J’ai lu ses mémoires (NDLR : Sous les drapeaux,
Éditions du Jaguar, 2000) et j’ai immédiatement aimé
ce monsieur qui avait été exemplaire avant, pendant
et après son mandat de chef d’État entre 1966 et 1980.
L’exercice du pouvoir ne lui a jamais tourné la tête. En
fait, je me suis aperçu que ce qui guidait sa vie et son
action, c’étaient précisément les vertus et les principes
que j’avais admirés chez Nelson Mandela, et qui étaient
purement africains. M’est alors venue l’idée qu’il y avait
un substrat africain malgré la diversité et l’immensité du
continent, et j’ai orienté mes recherches dans ce sens.
Puis j’ai rencontré Dani, qui m’a montré un documentaire
qu’il venait de réaliser sur un historien africain, Joseph
Ki-Zerbo, et surtout qui m’a indiqué que son père, Sotigui
Kouyaté, avait été très proche de Lamizana, tout juste
disparu à l’époque. Sotigui, ce comédien que tout le
monde remarquait dans les pièces de Peter Brook (avec
qui il collaborait depuis 1984), était un acteur qui vous
marquait lorsque vous le voyiez dans un film : Little
Senegal, La Genèse, Black Mic-Mac… Une centaine de
films en tout dont le dernier, London River, lui valut le
prix d’interprétation à Berlin en 2009.
de griot-conteur. En plus, Olivier faisait une invitation
à une lecture positive de l’Afrique et cela ne pouvait pas
me laisser indifférent. Alors quand il m’a demandé si je
voulais coréaliser le film avec lui, il n’y avait pas de doute
dans mon esprit. Nous avons passé des nuits et des jours
à discuter du contenu du scénario. Au final, le scénario a
été reconnu et soutenu par la commission d’Avance sur
recettes du CNC en France quelques mois après.
Dès notre rencontre, on s’est rendu compte que l’on
partageait la même approche de Lamizana. Sotigui
voulait rendre hommage à son feu président car le
parcours du leader correspondait à sa propre action
depuis cinquante ans aussi bien en Afrique qu’en Europe.
DK : Au départ, il y avait une envie. Celle de collaborer
un jour avec Olivier sur un projet de film. L’envie
était réciproque, et nous étions d’accord sur un fait :
il fallait que ce soit sur un sujet sur lequel nos vues se
compléteraient. Il n’y avait pas d’urgence. Puis un jour,
Olivier m’a dit : « J’écris en ce moment un truc inspiré
par ton père, il est lui-même au centre de l’histoire et
jouera son propre rôle, mais dans une fiction totale, un
voyage dans le temps… un conte moderne. » Ces propos
étaient suffisamment décalés pour tout de suite susciter
mon intérêt.
Un jour, Olivier
m’a dit : « J’écris
en ce moment un
truc inspiré par
ton père, il est luimême au centre
de l’histoire
et jouera son
propre rôle, mais
dans un conte
moderne. »
Soleils raconte l’histoire d’un vieil homme, Sotigui, qui
aide Dokamisa, une très jeune femme ayant perdu la
mémoire de ses ancêtres, à remonter le chemin de ses
origines en l’emmenant dans un voyage excentrique
et joyeux à travers l’espace et le temps. Nous nous
retrouvons alors tour à tour dans l’empire du Mandé au
xiiie siècle, en compagnie de Voltaire et de son ami le
prince électeur Karl Theodor au xviiie siècle, dans la
forêt du Congo pendant la colonisation, dans la cellule
de Nelson Mandela à Robben Island, à Berlin dans le
bureau du philosophe Hegel qui a écrit que l’Afrique
OD : En 2009, Sotigui, déjà très malade, passait
beaucoup de temps dans une maison de repos.
J’allais souvent le voir. Un jour, il se glissa sur le bord
de son lit et me fit signe de le rejoindre. Je m’assis à
mon tour à côté de lui. Il prit ma main dans la sienne,
comme je l’avais toujours vu faire avec les interlocuteurs
auxquels il voulait « dire » quelque chose. Sotigui garda
le silence. Puis : « Olivier, je pense qu’il est temps que tu
écrives un long métrage. » Rien de plus.
J’ai mis en suspens toute autre occupation, et dans les
cinq semaines qui suivirent, j’écrivis le scénario de Soleils
en empruntant des chemins que personne, et surtout pas
moi, ne connaissait.
DK : J’ai voulu d’abord lire le premier jet du travail pour
en déceler le contenu, avant de me prononcer. Environ
trois semaines après, Olivier m’a envoyé la première
version de son scénario. J’en ai été agréablement surpris
et j’ai tout de suite vu qu’il y avait un film derrière ce texte.
Le propos était profond, sérieux, voire grave parfois, mais
le ton était original, onirique, ironique et métaphorique,
autant d’éléments qui touchent directement ma sensibilité
Soleils n’est
pas un film
européen de plus
sur l’Afrique,
pas plus qu’une
réponse africaine
aux préjugés
européens.
– Dani Kouyaté,
(photo p. 101 droite,
aux côtés du coréalisateur Olivier
Delahaye)
n’avait pas d’histoire, ou dans le bureau d’un président
africain que l’histoire a ignoré ; nous côtoyons des figures
historiques mais aussi des personnages sortis de contes
de la sagesse africaine comme Deug-la-Vérité et Fène-leMensonge. C’est au cours de ce road movie que la jeune
fille, confrontée à une autre vision de l’histoire que celle
imposée par ceux qui l’ont écrite jusque-là, va découvrir
la mémoire d’un continent, et plus que la mémoire du
continent africain, celle d’une sagesse universelle.
Un an après le début de l’écriture du scénario, coup
de tonnerre. Sotigui Kouyaté succombe à une maladie
pulmonaire dans le pays où il a élu domicile depuis des
décennies, la France. Il est inhumé à Ouagadougou, non
loin de l’endroit où, dans sa jeunesse, il fut capitaine de
l’équipe de football du Burkina Faso.
DK : Le décès de Sotigui a été évidemment très dur pour
nous deux, émotionnellement. Pour nous, il n’a pas remis
en question l’idée de faire Soleils ; nous savions que sans
lui ce serait plus difficile en termes de production, mais
c’était aussi lui rendre hommage que de continuer et
d’arriver à faire ce film ambitieux.
Cela nous a pris trois ans de recherche du
financement. Puis nous nous sommes retrouvés au mois
de juin 2012 au Burkina Faso, après quelques jours de
tournage en France. On approchait du moment réputé
être le pire pour un tournage en Afrique de l’Ouest, car
bientôt devait commencer la saison des pluies. C’est
justement celle que nous avions choisie.
Dès le début du projet, dès l’écriture, dès nos
premières conversations, nous voulions faire de Soleils
un spectacle et offrir une vision inhabituelle et colorée
de l’Afrique. Tourner à la saison des pluies, c’est prendre
un risque important, car ces pluies torrentielles peuvent
paralyser un tournage, détruire un décor, noyer dans
la boue toute la caravane d’un tournage, mais c’est
aussi cette saison qui magnifie la lumière, colore le ciel,
enrichit les décors. Pari risqué, mais tenu. Nos alliés
furent aussi les membres de l’équipe qui nous suivirent
dans des conditions loin d’être évidentes, une équipe de
choc, essentiellement burkinabée, française également,
comme le premier assistant-réalisateur et le chef
opérateur, Dominique Colin (L’Auberge espagnole et Les
Poupées russes, de Cédric Klapisch, ou le dernier film
d’Alain Robbe-Grillet).
DK : Le professionnalisme a été au rendez-vous tout
le temps du tournage avec l’équipe, qui était à 90 %
burkinabée. Il faut dire que Dani a su tisser, au cours
de ses films précédents réalisés au Burkina, un réseau
de talent, d’enthousiasme et de fidélité dont nous avons
bénéficié sur Soleils.
Notre chef décorateur, Papa Mahamoudou Kouyaté, le
frère de Dani, a été l’un des alliés indéfectibles de Soleils ;
sa tâche était immense entre la reconstitution d’un palais
africain du xiiie siècle, celle de la prison de Robben
Island à Ouagadougou et celle d’un village africain du
xviiie siècle… Son professionnalisme le mettait toujours
à notre écoute et lui permettait de répondre à nos
exigences, même dans des circonstances compliquées.
102
cinéma
La chance, ou l’esprit de Sotigui, semble avoir
accompagné la fabrication du film. Cette chance, nous
l’avons retrouvée notamment au casting, qui reposait
d’abord sur les deux acteurs principaux, le vieux sage qui
devait incarner Sotigui, et la jeune femme, Dokamisa.
Pour le premier, nous avons envisagé une foultitude
d’acteurs ou de personnalités, stars ou inconnus, allant
de Morgan Freeman à Tiken Jah Fakoly en passant
par Cheikh Hamidou Kane et bien d’autres, pour
nous arrêter sur la perle rare, un conteur d’origine
camerounaise. Binda Ngazolo a vécu en Côte d’Ivoire
avant de se fixer en France, où il réside.
OD : Au cours de leurs pérégrinations, les deux
protagonistes croisent beaucoup de gens ; il fallait donc
un certain nombre d’acteurs qui devaient s’imposer
très rapidement dans l’unique scène qu’ils avaient.
Ont répondu présent des acteurs aussi talentueux et
généreux qu’Issaka Sawadogo, Rufus, Ildevert Méda,
DK : La réalisation bicéphale s’est avérée très fructueuse
et enrichissante. Dans notre mode de travail, il n’y a
pas de répartition des tâches, pas de prérogative, pas de
règle. Tout est discutable, discuté. Parfois l’accord était
immédiat, parfois cela nécessitait de longs moments de
discussion et de réflexion. L’un des nombreux avantages
de réaliser à deux est la constance ; pas de passage à
vide, pas de doute sans réponse. L’un de nous pouvait
être fatigué ou à court d’idées, l’autre prenait le relais.
L’immense avantage de ce travail en duo est de préserver
ce double regard.
OD : Nous pensons que ce regard en stéréo amènera
le spectateur à repenser les rapports entre l’Afrique
et l’Occident. Le fil rouge que les héros de Soleils
suivent et qui est en filigrane de son histoire est un
questionnement. L’Afrique a développé des outils dont
nous pourrions nous servir mais dont nous ignorons
jusqu’à l’existence.
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Mon règlement :
Savons-nous
qu’au xiiie siècle,
dans l’empire
du Mandé,
fut élaborée
une charte
qui ressemble
beaucoup aux
déclarations des
droits de l’homme
occidentales ?
Éric Berger, Serge Avédikian, Gustave Sorgho… Il y a
eu une adhésion immédiate des comédiens au propos ;
ils sentaient qu’ils participaient à un film qui offrait
une autre vision de l’Afrique, qui revisitait l’histoire
comme on ne l’avait pas fait au cinéma. Cela a beaucoup
compté par exemple dans la décision de Rufus, qui
incarne Voltaire, en lui donnant toute l’ambiguïté d’un
esprit brillant des Lumières et qui n’échappe pourtant
pas aux préjugés.
Cette vision non conventionnelle a décidé Barbara
Hendricks à nous rejoindre pour chanter un gospel écrit
pour elle et qui parle de la ségrégation et de l’apartheid.
En hommage à Nelson Mandela, nous l’avons intitulé
« A Long Walk to Freedom ».
Fatoumata Diawara nous a donné sa voix pour le
chant d’espoir qui clôt le film. Il marque un moment
d’émotion très fort inspiré par la mémoire de Sotigui,
qu’elle aimait comme un père. Elle avait travaillé avec
lui sur Sia, le rêve du python, que Dani avait réalisé
en 1999.
Savons-nous qu’au xiiie siècle, dans l’empire du
Mandé, fut élaborée une charte qui ressemble beaucoup
aux déclarations des droits de l’homme occidentales ?
Pourquoi cet aveuglement ? C’est ce que Soleils
explore.
Pourquoi sommes-nous si peu enclins à faire crédit de
quoi que ce soit à l’Afrique ?
Ainsi pourrions-nous considérer que Nelson Mandela
est le fruit d’une éducation africaine, d’un humanisme
africain, d’un sens de la justice africain. De ce fait est
née la commission Vérité et Réconciliation, qui a permis
aux Sud-Africains de vivre ensemble et dont beaucoup
d’États s’inspirent aujourd’hui.
Pourquoi se priver d’aller voir plus loin pour vérifier
si, par hasard, il n’y aurait pas là des solutions à certains
de nos problèmes ? Soleils invite le spectateur à revisiter
l’histoire en changeant de perspective, en regardant les
choses de notre double point de vue, double et unique,
différent, parfois divergent, souvent très proche.
Et si l’Afrique avait quelque chose à nous dire ?! •
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104
mode
La mode
africaine
fleurit en
zone
rouge
Texte Daniel Brown Photos OSi
Niamey
a vibré du 20 au 25 novembre
2013 au rythme de la musique et
Le Festival
international de
la mode africaine
de la mode.
(FIMA) a réuni de multiples jeunes
talents africains et créateurs de
renommée internationale de la
mode et de la musique venus d’une
cinquantaine de
pays sur les deux sites retenus
e
pour cette 9 édition, aux
abords et au cœur de la capitale
nigérienne
«O
n a le mérite d’exister ! » Alphadi,
inlassable et pugnace, réitère
sa formule à chaque journaliste
présent dans sa véranda à Niamey.
Quinze ans après la fondation
de son festival, le gourou nigérien a maintenu contre vents
et marées la date de la nouvelle édition de cet événement
bisannuel qui rassemble six jours durant presque mille
designers, journalistes et disciples. Le Niger a été déclaré
zone interdite par plusieurs ambassades occidentales, et
l’on percevait encore les ondes de choc du conflit engagé
chez son voisin le Mali. « C’est pourquoi nous avons décidé
du thème “La créativité au service de la paix en Afrique”
pour cette neuvième édition », a-t-il confié à A+Mag en fin
de festival. « Il y a deux ans, nous sentions bien une crise
latente. En 2013, nous avons voulu réunir les acteurs de la
mode en réaction à la violence et pour montrer que nous
sommes encore forts et fiers. »
106
mode
M
avec Imane Ayissi, le designer camerounais qui m’a aidée en
ichelle Vermot a toujours soutenu activement le
insistant pour que je rende mes créations commercialisables.
festival d’Alphadi depuis leur première rencontre en
Mais j’ai aussi puisé dans mon propre héritage : j’emploie un
1993. Elle est considérée comme la mémoire vivante
tissu béninois appelé laci que mon arrière-grand-mère portait.
de l’événement et conseille son président depuis
Sa texture lumineuse semble plaire unanimement. »
1998. Elle évoque avec nostalgie les premières éditions, quand des
créateurs tels que Kenzo, Yves Saint Laurent ou Jean-Paul Gaultier
venaient en personne pour trouver l’inspiration des designers
’autres contributions
africains ou échanger avec
exceptionnelles à ce
eux. « Vous ne pouvez pas
festival riche et insolite
comparer, c’était beaucoup
ont inclus la créatrice
plus ouvert alors. Aujourd’hui,
franco-congolaise Noëlla Tapasu
les réalités politiques
Koy et la designer algérienne Wafaa
ont mis fin à tellement
Lahlah. Toutes deux ont survécu aux
d’échanges. » Encore une
épreuves d’un vol chaotique d’Air
fois, la doyenne du monde de
France vers Niamey (un retard de
la mode parisienne a trouvé
24 heures à Paris) et aux problèmes
le niveau « extraordinaire »,
chroniques d’organisation pour
en particulier concernant
présenter les créations audacieuses
La ministre du Tourisme Yahaya Baaré Aoua félicitant Alphadi,
les jeunes créateurs. « Il est
présageant bien leurs carrières. Lors
président du FIMA, en présence du ministre de la Culture Ousmane
étonnant de voir comment ces
d’un défilé final qui dura jusqu’à
Abdou, à l’occasion du lancement de ce festival à Niamey.
créateurs peuvent
trois heure du matin, on a pu voir
financer leur travail
la ministre nigérienne du Tourisme
malgré les difficultés.
Yahaya Baaré
Je suis également
Aoua fière que son
impressionnée
pays ait accueilli
par la façon dont
de nouveau un
ils combinent
festival de mode
leur vision de la
à la stature
mode occidentale
internationale.
avec leurs propres
« Nous pouvons
racines. Cela se
voir l’importance
Sonia Damala brandit son prix (plus
perçoit dans leur
des efforts
de 5 millions de francs CFA, soit plus de
attention accrue
d’Alphadi. Il est
7 600 €) de Jeune Designer FIMA 2013.
Alphadi remercie une partie des 800 participants à la
portée aux détails
devenu notre
9e édition de son festival pendant la soirée de clôture.
et leur capacité de
ambassadeur
viabilité économique
culturel », déclareavec les cultures qui les
t-elle à A+Mag.
inspirent. »
« C’est pourquoi
nous le soutenons
dans ses efforts
ne telle
Le président du jury Michael Kra
pour créer un lycée
abnégation
(à droite) et la consultante pour
d’art et de stylisme
et un tel
le festival Michelle Vermot.
en lui fournissant
engagement
la terre sur laquelle
pour le monde qui les
le construire.
entoure furent incarnés
La styliste Wafaa
Le Premier ministre du Niger Rafini Brigi,
C’est la meilleure
Lahlah, dont les
en cette édition 2013
Alphadi et d’autres personnalités au Palais
créations marient les
du 29 juin pendant la soirée d’ouverture
manière de prouver
par la lauréate du prix
tissus chics à la peau
du FIMA. En tout, cinq Premières dames
à la communauté
des jeunes stylistes,
de serpent et aux
africaines étaient présentes ce soir-là.
internationale que le
Sonia Damala. La
plumes de paon.
Niger a un potentiel
designer béninoise
énorme et que la mode peut être économiquement viable et réunir
éclate en sanglots quand
toute l’Afrique. »
le jury donne son verdict.
Elle s’explique en coulisse peu après. « J’ai travaillé non-stop
Pour la prochaine édition du FIMA, en 2015, son fondateur espère
pendant deux ans. Le thème de la paix m’a guidée et je l’ai exprimé
que le festival retrouvera, à une douzaine de kilomètres en dehors
dans les couleurs que j’ai employées : jaune pour le soleil africain,
de Niamey, le site plongé dans les dunes surnommé « la Pilule »,
brun pour nos peaux mélangées, rouge pour le sang qui coule en
dont il a pu profiter jusqu’en 2013. •
nous tous. Je sens une vraie solidarité parmi nous, par exemple
D
Du styliste Habib
Sangare (Côte d’Ivoire)
Du
styliste JJ
Schoeman
(Afrique du
Sud)
De la styliste Sonia
Damala (Bénin)
U
Du styliste Karim
Tassi (Maroc)
De la styliste
Wafaa Lahlah
(Algérie-France)
De la styliste
Ayanick (Togo)
108
design
Cheikh Diallo
le (ré)inventeur
de meubles
Designer exigeant
et engagé, Cheikh Diallo
réinvente les objets de l’Afrique
contemporaine tout
en protégeant son artisanat. C’est
dans la rue que le Malien
crée objets et meubles à succès qui
promeuvent une discipline
d’avenir pour tout le
continent
Texte Constance DESLOIRE photos alan aubry
D
es fauteuils rouges
où l’on est presque
couché. De grandes
poteries percées. Des
couverts en ébène
et en argent. L’œuvre de Cheikh
Diallo est « métisse », comme il
se décrit lui-même volontiers. À 53 ans,
le designer est entré dans les collections
permanentes de plusieurs grands musées
internationaux.
« Je suis obsédé par la création ! Je vous
promets, il n’y a rien de plus excitant au
monde que d’explorer et de fabriquer ! »
Cheikh Diallo doit hausser un peu la voix,
entouré d’une nuée d’enfants galopant à
travers la maison de Bamako dans laquelle
il est né. Dans la capitale malienne, il reste
généralement quinze jours, fait des essais
et repart digérer ses projets au calme, à
Rouen, une ville française au nord-ouest
de Paris où il vit depuis trente ans.
Il y a obtenu en 1991 son diplôme
d’architecte – le métier de son père.
Mais c’est dans la capitale malienne
qu’il fabrique ses pièces en série.
À Bamako, Cheikh Diallo a un
atelier mobile : « La rue est mon
laboratoire. » Il s’installe au marché,
interroge les passants sur les objets
quotidiens dont ils ont besoin et les
fabrique avec son équipe d’artisans
(ferronnier, cordonnier, potière, tisserand,
sculpteur, couturière, tresseur…).
Objectif : préserver les savoir-faire
traditionnels qui disparaissent avec
l’exode rural. « Rénover. Revaloriser.
Revitaliser. Tout ce qu’on fait est un
prétexte pour garder une culture. Le
design permet le renouveau. »
Ainsi, la « chaise du gardien », un
très populaire assemblage de fer à béton
de mauvaise qualité et de fil de pêche
japonais… Un siège qui se casse tout
le temps. Diallo a fait de ce fauteuil un
produit haut de gamme : une centaine
de modèles ont été créés depuis 1998,
le Sanza, l’Africa Remix, le Dibi… C’est
ce meuble qui a fait la renommée de la
société Diallo Design. Incrédules, ses
compatriotes ont d’abord douté du fait que
ces beaux objets avaient été fabriqués au
Mali. Cheikh Diallo rit à ce souvenir.
Le designer travaille avec des matériaux
dits « pauvres » : du bois, du fer, du
plastique, des peaux, de la terre, et parfois
de la récupération, comme le papier
d’emballage. À une époque, il donnait
même une pièce aux gamins de Bamako en
échange de boîtes de conserve écrasées par
les voitures ; il en faisait des tables. « J’ai
emmené Jack Lang et Hubert Védrine
sur des tas de déchets, c’était digne de
110
111
design
Il n’y a rien
de plus
excitant au
monde que
d’explorer
et de
fabriquer ! »
Germinal », raconte le designer malicieux.
« On peut faire du très bon travail avec
tout ce que l’on trouve. Les artisans se
sont d’abord sentis avilis de manier des
détritus, avant d’être fiers du résultat. »
Fils d’un architecte peul sénégalais, le
garçonnet Diallo fabriquait ses propres
jouets avec ce qu’il récupérait.
L’un de ses objectifs est de faire du
design un vecteur du développement
économique à part entière. Dès les années
1990, il collabore avec les autorités
publiques pour les convaincre d’acheter
malien. Des années durant, Diallo est
un pionnier qui a cru à un design à la
fois haut de gamme et rentable pour les
artisans. Aujourd’hui, son mobilier équipe
l’ambassade de France à Bamako mais aussi
la Villa Soudan, une auberge branchée de la
capitale. « Une nouvelle classe émergente
commence à croire au “fait maison”
malien », s’enthousiasme-t-il d’une voix
calme et chaude. « La tendance est notable
depuis une dizaine d’années. Avant, le
design était une curiosité, maintenant c’est
quelque chose d’accessible. » Pour valoriser
le design comme source de revenus,
Cheikh Diallo est aussi consultant pour
des organismes américains et canadiens
d’aide au développement. Il cofonde en
2003 l’Association des designers africains,
Il n’y a pas
de “designers
africains”
[…] mais des
“designers en
Afrique” […].
Je refuse la
médiocrité
folklorique
africaine. »
qui regroupe une vingtaine de membres
de différents pays. Privés des moyens
financiers qui leur permettraient de créer le
grand salon panafricain de leurs rêves, ils
participent le plus possible aux rencontres
internationales.
Plein d’espoir, Diallo constate que
les jeunes s’intéressent au design,
même si l’Afrique est dépourvue d’école
spécialisée. Lui a eu la chance de se
former à l’École nationale supérieure de
création industrielle de Paris. Il invite
donc des designers européens au Mali et
anime des ateliers au Ghana, au Togo, au
Burkina… Sur le continent, l’Afrique du
Sud est indéniablement le pays le plus féru
de design. Suivent le Kenya, le Sénégal,
le Maroc. Mais Christiane FalgayrettesLeveau, directrice du musée Dapper à
Paris, expliquait en 2013, à l’occasion
de l’exposition « Le design en Afrique »,
que si « les classes aisées du continent
achètent du design africain, la bourgeoisie
ne le fait pas – à de rares exceptions ».
« Design africain » ? Gare ! Si certains
aspects sont spécifiques au continent,
comme les techniques de façonnage ou
le type de mobilier, « cela n’est pas une
revendication. Il n’y a pas de “designers
africains” », Diallo met un point d’honneur
à le préciser, « mais des “designers en
Afrique” ; des Européens peuvent créer ici.
Je refuse la médiocrité folklorique africaine.
J’ai décliné de nombreuses commandes
d’industriels qui allaient dans ce sens ».
Un designer africain, Marie-Josée Linou
souhaitait en exposer un au musée Mandet
de Riom (en Auvergne, au centre de la
France), consacré au design et aux arts
décoratifs. Au cœur d’une collection unique
d’orfèvrerie d’artistes vivants, un coffret
en argent et ébène de Cheikh Diallo trône
en vitrine, entre des pièces suédoises et
allemandes. En 2012, ce musée accueillait
« Made in Mali », une rétrospective des
créations de Diallo. « Nous lui avons
demandé de composer des objets que nous
pourrions acquérir », se souvient Madame
le conservateur. « Il a élaboré ce coffre avec
les techniques d’orfèvrerie des touaregs
maliens et un mobilier en bois et céramique.
Son travail est extrêmement contemporain,
on pourrait croire à des objets italiens ! »
L’événement fut un vrai succès. Et selon
Marie-Josée Linou, c’est en partie grâce à la
générosité de l’artiste, souvent présent au
cours des six mois d’exposition.
Début 2014, c’est l’Afrique du Sud qui
exposera son travail au Cap. Il tâchera
encore de réinventer les objets de l’Afrique
contemporaine. « On n’a rien à prouver,
mais tout à proposer ! » •
112
mode
Réalisation Adama Paris
PHOTOGRAPHE Alexis Peskine
MODELS Roukia et Kais
MaKE UP Monica
Remerciement
le restaurant «Africa Lounge»
Kais : tenue Zacometi
Roukia: tenue Elie Kuame
Roukia:
tenue Elie Kuame
Kais :
tenue Zacometi
Roukia:
tenue Elie Kuame
Kais :
tenue Zacometi
lifestyle
119
shopping
Texte Yves Denis / Dandy et Pointure
Sélection
d’esthète
En peau
de koudou
Bijoux pour homme
Matthew Cookson
utilise de la peau
de koudou pour
cette bottine très
décontractée. Audelà de son toucher
incroyablement doux,
on retient surtout
de cette nouvelle
peausserie une
souplesse et donc un
confort incomparables.
Une sélection de pièces de
connaisseurs, destinées à celui
qui sait faire la différence entre
un objet spectaculaire et une
« vraie » belle pièce. Bienvenue
dans un monde de luxe, de calme
et de volupté.
Connotation plus mode
pour les colliers, signés ici
Lanvin : cordelette tressée ou
métallique et pendeloques de
styles variés en cuir, métaux
précieux et pierres diverses.
Le joaillier parisien Édouard
Nahum nous propose le
bracelet classique en or jaune
et diamants blancs, discret en
or blanc et diamants blancs, ou
furieusement contemporain en
or blanc et diamants noirs.
Coup
de
cœur !
… pour ce trolley
hyper chic, en cuir
fauve et fibre de
carbone. Ligne,
matériaux et finitions
(l’intérieur en feutre
bleu roi est une
tuerie !) sont tout
simplement fabuleux.
À la fois virile et
raffinée, une pièce
très exclusive, éditée
en série limitée
par Hartwood, rue
Marbeuf à Paris.
Dans la nouvelle collection Corneliani,
les puristes retiendront les boutons de
manchettes sphériques à lien, un détail
nettement plus élégant que les patins
basculants.
Le fil
jaune
Lobb
Chaque année à l’occasion
de la Saint-Crépin, John Lobb
lance son nouveau modèle
Millésime. Les inconditionnels
de la maison découvrent en
2013 une petite ligne d’objets
essentiels, gants pleine
peau et cravates en soie,
caractérisés par le fil jaune,
couleur emblématique de la
maison.
Décalé
juste
ce
qu’il
faut
Le chausseur des
stars défraie la
chronique parisienne
avec ses baskets.
Dotées d’un zip,
celles-ci se chaussent
et se déchaussent
en un clin d’œil,
et à présent
personnalisables à la
demande par l’artiste
belge Annouck
Dupont.
Invitation
au voyage
Cabane rustique ou petit palace, voici
101 destinations de rêve qui délivrent la
même magie et nous emportent loin des
vicissitudes du monde, avec un même
bonheur. Cool Private Islands Resorts,
les 101 plus belles îles du monde. 220
pages 25 x 32 cm, français-anglaisrusse, éd. teNeues, 49,90 euros (photo
Martin Harvey).
À la carte
Les « shoes freaks » parisiens
connaissent la maison Duret
pour y faire entretenir depuis
des années leurs Berluti et
autres Weston. Ils peuvent
désormais admirer une
sélection de ces pièces et
l’éventail des peausseries
proposées dans le nouveau
showroom de la maison, au
14, avenue George-V à Paris.
Photos D.R.
Pour
les esthètes
Sené
Rock’n
roll
Photos D.R.
118
Louboutin nous
offre ce joli slipper
discrètement
décalé avec sa
broderie dragon
relevée d’un œil en
pierre synthétique,
ou plutôt sport chic
avec cette basket
montante en python
rouge vermillon, à la
ligne judicieusement
rehaussée de passepoils
et d’œillets métalliques
blancs.
121
lifestyle
allô james ?
Par Nadège Dubus
O
N
O
R
H
C
P
TO
Icône du modernisme
Depuis sa création en 2004 à Vancouver, Mobiado s’est démarqué dans
la téléphonie de luxe par ses innovations et ses conceptions hors normes.
Utilisant de l’aluminium d’avion ou du bois exotique en passant par un
À la conquête
de l’espace
Mythique
Spécialiste des montres techniques,
Icône de la vitesse et des
distinctives de Mobiado, des surfaces parfaitement planes et des boutons
Breitling for Bentley sort une
sports automobiles, le célèbre
circulaires. En cristal de saphir 200 carats, plaqué or 24 carats, touches en
nouvelle version du « Navitimer
chronographe fête cette année son
saphir peintes à la main en plaqué or rose. Quadribande GSM, avec support
Cosmonaute », le premier
cinquantenaire avec l’édition 2013
tribande WCDMA. Les fonctionnalités de ce téléphone comprennent un écran
chronographe-bracelet à avoir
du légendaire « Oyster Perpetual
2.2 QVGA, GPS intégré, lecteur de musique (.amr, .mid, .mp3, .mp4, .m4a,
voyagé dans l’espace. Limitée à
Cosmograph Daytona » de Rolex
.aac, .wma), e-mail (IMAP4, POP3, SMTP), navigateur Web et appareil photo
1 000 exemplaires pour toute la
entièrement habillé de platine
numérique 5 Mpx avec flash et enregistrement vidéo.
planète, la version « Blacksteel »
950. Superbe cadran bleu glacier
présente un boîtier de 43 mm en
exclusif à la marque pour ce métal,
Clavier anglais, cyrillique ou arabe.
acier noir intégrant de nombreux
doté d’une lunette monobloc
outils utiles pour la navigation
Cerachrom. Ses fonctionnalités
aérienne. Partez en orbite avec
présentent toute la performance
le « Navitimer Cosmonaute
et la précision qui font de lui une
Blacksteel ». Prix : 8 550 €
exception. Entrez vous aussi dans
Tél. : 01 42 61 18 84 – Boutiques et
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matériau hybride de pierre pour son modèle « Grand Touch Executive », cette
marque ne cesse de nous surprendre. Le 712 GCB affiche les lignes droites
Prix : 3 500 euros. Disponible à la boutique Colette (Paris)
la légende avec le « Cosmograph
Sophistiqué
Daytona ». Prix : 60 850 €
TAG Heuer lance le
Boutiques et revendeurs sur Rolex.com
Décalage
horaire
MERIDIIST II. Son design
Écrin précieux
est inspiré de l’emblématique
Réunir technologie de pointe et
TAG Heuer Monaco, le
luxe, c’est le pari remporté par
chronographe de forme
la marque française By Atelier.
carrée rendu célèbre par
Elle propose aux utilisateurs de
Steve McQueen dans le film
l’iPhone 5 et 5s de le transformer
Le Mans. Comme tous les
en pur bijou d’élégance et
produits de la maison, il offre
de bénéficier d’un service de
un artisanat superlatif avec un
assemblage à la main de 400
Hors du temps
conciergerie exclusif disponible
mondialement 24h/24 et 7j/7.
Issue de la manufacture
composants mécaniques. Il
Vertu, spécialiste de la téléphonie de luxe, lance son nouveau smartphone :
Une offre unique en matière de
Carl F. Bucherer, la montre
s’appuie sur les atouts de son
Constellation. Il séduira la gent masculine comme féminine par son design
personnalisation, une expertise et
« Patravi TravelTec » s’adresse
prédécesseur mais se fait plus
minimaliste, raffiné, élégant, qui le rend intemporel. Constellation réunit
un savoir-faire artisanal à l’image
particulièrement au voyageur
mince, plus léger, avec un
tous les éléments qui ont fait la renommée de la marque. À savoir, une
de celui propre à l’horlogerie,
moderne, avec diverses
écran beaucoup plus grand,
fabrication artisanale et unique, chaque exemplaire étant manufacturé
des matériaux nobles tels que
innovations utiles en cas de vol
une meilleure résolution
en Angleterre et assemblé par un seul artisan. Des matériaux hors pair
le diamant, l’or, le cristal de
long-courrier. Certifiée COSC,
et une foule de nouvelles
avec un écran en cristal de saphir, un habillage en cuir de veau décliné en
saphir, la peau d’alligator, la
mouvement automatique,
fonctionnalités, comme le
étanche à 50 m, double guichet,
service de conciergerie privé,
glace saphir antireflet sur deux
le dual sim, le dual time
faces, boîtier au format généreux.
GMT, une batterie longue
Tout en céramique noire, la « TechnoMarine
À l’instar d’un certain Arnold
Cruise Ceramic » s’adresse aux femmes élégantes
Sirène glamour
5 coloris qui recouvre un boîtier en titane. Enfin, une technologie de
laque ou l’acier. L’écrin de luxe
pointe, car il est doté du système d’exploitation Android
accompagné d’un étui peut être
4.2 (Jelly Bean). Il intègre un processeur double cœur
livré seul, mais vous pouvez opter
Qualcomm Snapdragon cadencé à 1,7 GHz, un capteur
pour l’acquisition de l’iPhone 5s
durée et la personnalisation
photo de 13 Mpx (doté d’un autofocus et d’un double
64 Go avec l’écrin de votre choix
Schwarzenegger, misez sur
possible avec gravure laser
flash LED), une caméra frontale de 1,3 Mpx, 32 Go
parmi les nombreux modèles des
et sportives à la fois. Boîtier de caractère
l’élégance de cette « Patravi
sur un second couvercle de la
(40 mm) en verre saphir étanche jusqu’à 200
TravelTec » tout en or rose 18
batterie.
mètres avec 136 diamants. Sur un fond noir
carats (réf. : 0010620033321).
aux effets de vagues, les aiguilles luminescentes
Prix : 49 900 €
frôlent une succession de compteurs. Un guichet
dateur se détache avec discrétion et finesse. La
TAG Heuer MERIDIIST Elegance
Brown en acier et alligator.
Prix : à partir de 4 500 euros (10
modèles) – liste des détaillants
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« TechnoMarine Cruise », entre esthétisme et
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technicité. Prix : 3 800 €
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120
de mémoire interne, une puce NFC et une batterie
3 collections. On craque pour le
lithium-ion de 1800 mAh. Le plus : les services Vertu
peps, l’esprit contemporain et
« Life » et « Certainty », c’est-à-dire une couverture
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Paris VIIIe.
collection Sapphire Crystal.
Prix : à partir de 2 849 euros (existe
en bleu).
Pré-réservation sur www.byatelier.
com. Disponible également à la Fnac
des Champs-Élysées, chez Colette et
sur rendez-vous au 100, avenue des
Champs-Élysées.
123
beauté
lui
elle
5 gestes essentiels,
5 produits innovants
pour nous assurer
un teint satiné
et naturel
Texte Nadège Dubus
Nos nouveaux rythmes de vie nous exposent au stress, à
la pollution urbaine, à une mauvaise alimentation, à une
surexposition aux UV, à la nicotine, etc. Tous ces excès
ont un impact sur la qualité de notre peau. Idéalia Life
Serum de Vichy a été mis au point pour corriger
les dommages passés, amortir les dommages actuels et
protéger la peau. Une association exclusive d’actifs, du
LR2412 et du LHA, nous promet en utilisation quotidienne
un grain de peau affiné, les pores resserrés, les marques de
fatigue estompées et une peau plus lumineuse.
Prix indicatif : 37,40 €
Texte Nadège Dubus
2. Hydrater
Une peau qui devient
sèche, se fragilise,
picote, tiraille et produit
plus de sébum. Le teint
perd de sa matité et
devient terne. Le geste
quotidien essentiel est
de lui assurer une bonne
hydratation. La crème
Nutritic Intense
Riche de La
Roche-Posay apporte une réponse rapide aux peaux
sèches. Sa texture unique est à la fois ferme et fondante,
ultra-nourrissante, non grasse et délicieusement fraîche
à l’application.
Prix indicatif : 21 €
3. Unifier
Adoptez le nouveau fond de
teint fluide de Black Up.
Avec sa nouvelle formule enrichie
d’actifs sébo-régulateurs, il remplit
parfaitement son rôle en unifiant
et en matifiant tout au long de la
journée. Avec sa texture fluide et
sa couvrance moyenne, il ne fait
pas l’effet masque et donne un
résultat ultra-naturel. Vous trouverez obligatoirement votre tonalité
puisqu’il se décline en 18 coloris !
Prix indicatif : 35,50 €
Parce que ce geste quotidien
est délicat, surtout pour les
peaux noires et métissées, voici
les étapes essentielles et une
sélection de produits adaptés
pour un rasage pas barbant !
4. Camoufler
Le stick correcteur
Dermablend de Vichy est
l’expert en camouflage des petites
zones. Il gomme instantanément
nos imperfections : cernes
marqués, tâches, angiomes,
vitiligo, cicatrices. Sa tenue
extrême est garantie 14 heures,
et sa couvrance optimale grâce à
sa charge en pigments purs en fait
notre meilleur allié pour peaufiner
notre teint. Son format pocket
est très pratique pour l’emporter
partout.
Prix indicatif : 14,95 €
1. Avant
Il est très important de préparer sa peau avant d’attaquer le rasage.
Il convient d’humidifier à l’eau tiède la barbe pour éviter une résistance du
poil et prévenir l’irritation. Une étape à ne pas bâcler en frottant de longues
minutes la peau avec un gant imprégné d’eau savonneuse. Le moment idéal
pour se raser est le matin après la douche et de préférence avant le petit
déjeuner (la mastication provoque en effet un afflux sanguin qui rend le
rasage plus douloureux).
2. Pendant
On appliquera selon sa
technique un gel ou une
mousse, à la main ou au
blaireau, ce dernier étant
l’allié idéal pour maintenir
le taux d’humidité. Il faut
toujours attaquer dans le
sens du poil, puis à contrepoil. À chaque passage de
lame, il faudra bien sûr
appliquer son gel ou sa
mousse, le rôle actif de ce
produit étant de préserver la
peau des échauffements, des
tiraillements, des irritations
et du dessèchement.
5. Illuminer
Rien de tel qu’un bon blush
pour souligner le saillant de nos
pommettes et parfaire notre teint
bonne mine. On craque pour la
poudre bronzante Love
Rihanna de M.A.C, issue
de la nouvelle collaboration
entre l’ensorcelante chanteuse
barbadienne et la célèbre marque de
cosmétiques. Dans un écrin blanc
perle aux finitions rosé doré, cette
poudre fait partie de la collection
en édition limitée RiRi Holiday,
disponible dès janvier 2014.
Prix indicatif : 28 €
3. Après
Rincer abondamment sa peau à l’eau froide, cette fois-ci, pour resserrer
les pores et la tonifier. Bien la sécher en tamponnant, puis appliquer
un soin après-rasage de façon à apaiser le feu du rasoir, restructurer les
tissus agressés et prévenir les risques bactériens.
Fluide après-rasage de CLARINSMEN, 75ml, 32,50 €
Soin complet INTEGRALL, des Laboratoires Didier Rase, 100 ml, 220 €
Baume après-rasage NUXE MEN, 50 ml, 20,50 €
Gel de rasage MAUVAIS
POIL de NICKEL, 125ml,
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Mousse à raser
L’HOMME de
ROGER&GALLET, 200ml,
10,50 €
Mousse à raser
VICHY HOMME ANTIIRRITATIONS, 200 ml,
6,90 €
Photos D.R.
Un teint
parfait
en 5/5
Sur le fil du rasoir
1. Réparer
Photos D.R.
122
4. Prévenir
Le gommage est préconisé une fois par semaine
pour se débarrasser des peaux mortes et des
impuretés qui empêchent les poils de pousser
normalement.
Face Scrub Exfoliant Visage de CLINIQUE,
100 ml, 26,50 €
124
automobile
Mercedes Classe S
Vitrine étoilée
Le fleuron de Mercedes fait peau neuve. Toujours
plus confortable, plus innovant et passionnant,
ce bijou de l’automobile est désormais livré avec
un pilote… automatique !
Texte Laurent Pinel Photos D.R.
L
a nouvelle Classe S se conduit les yeux fermés ! Mercedes
innove en dévoilant sa première voiture à conduite
autonome. En additionnant les informations récoltées par
de multiples caméras et capteurs parsemés partout sur la voiture,
le système « Intelligent Drive » se charge d’accélérer, de freiner et
de tourner ! Jusqu’à 60 km/h, il peut choisir de suivre le véhicule
précédent ou se baser sur les marquages au sol. Lorsqu’un véhicule
ou un piéton passe soudainement devant elle, la Classe S alerte
le conducteur par des signaux sonores et visuels pour l’inviter à
freiner. Au besoin et si elle circule à moins de 50 km/h, elle peut
procéder à un freinage d’urgence sans aucune intervention humaine
pour éviter l’impact. Mais il faudra finalement attendre encore un
peu pour vraiment la laisser conduire seule : la Classe S ne connaît
ni les priorités ni les feux de signalisation, et lorsque le marquage au
sol est effacé, elle file tout droit !
Côté suspension aussi, Mercedes innove, puisque la « S » est
la première voiture à se servir de ses « yeux » pour parfaire son
confort. Le système appelé « Magic Body Control » repose sur
une caméra implantée derrière le pare-brise pour « lire » la route,
l’analyser et étudier ses déformations (jusqu’à 15 mètres devant la
voiture). L’amortissement pneumatique s’adapte en conséquence
et leste ou déleste une ou plusieurs roues afin de gommer les
trous ou les ralentisseurs et réduire les mouvements de la
carrosserie. Cela ne fonctionne que de jour et jusqu’à 130 km/h.
Très confortable sur route, la suspension devient « magique » en
ville : les occupants ressentent à peine les dos d’âne et s’imaginent
en balade sur un tapis volant.
Sans oublier le système de vision de nuit, les multiples
équipements de sécurité (dont les optionnels airbags de ceintures
pour les places arrière) ou encore les très nombreuses options pour
parfaire l’ambiance à bord et le confort des passagers installés. Du
siège inclinable jusqu’à 43,5° au système audio Burmester à 24
haut-parleurs, en passant par le minibar, les écrans ou tablettes
repliables, il y en a pour tous les goûts. Confort également pour ceux
qui voyagent à l’avant, avec des accoudoirs chauffants, des sièges
climatisés, un éclairage d’ambiance réglable à souhait, etc.
D’abord conçue en vue d’un confort royal, la S 500 ne décevra
pas son conducteur pour autant. Équipée d’un très moderne V8
essence biturbo de 455 ch, ses performances sont remarquables. On
passe de 0 à 100 km/h en 4,8 secondes et la vitesse maximale est de
250 km/h. Son poids total d’environ 2 tonnes entraîne évidemment
un manque de précision dans les courbes abordées à haute vitesse,
mais la tenue de route demeure irréprochable. Au volant, tandis que
s’offrent aux yeux deux écrans de taille généreuse qui font office de
compteurs, ordinateur de bord et navigation GPS, la quiétude et le
silence règnent.
Proposée en version « courte » de 5,12 mètres de long ou en
Limousine (5,25 m), la Classe S va bientôt apparaître en version
« extra-longue » avec une séparation entre les places avant et
arrière, pour voyager encore plus tranquillement ! •
S 500 Limousine Executive (121 400 euros, tarif France). CO2 : 213 g/km, 35 CV
Données constructeur
CARACTÉRISTIQUES
V8 essence, 4 663 cm3, 2 turbos
455 ch de 5 250 à 5 500 tr/min
700 Nm de 1 800 à 3 500 tr/min
Propulsion
Boîte de vitesses automatique à 7 rapports
Longueur/largeur/hauteur : 5,25 m / 1,90 m / 1,49 m
Volume du coffre : 530 litres
PERFORMANCES
Vitesse max : 250 km/h
0 à 100 km/h : 4,8 secondes
CONSOMMATIONS
Mixte : 9,1 l/100 km
Urbaine : 12,8 l/100 km
Extra-urbaine : 7,1 l/100 km
Capacité du réservoir : 80 litres
Équipements de série
6 airbags, antidérapage ESP, ABS, climatisation automatique à
3 zones, détecteur de somnolence, sellerie cuir, sièges avant et
arrière électriques, phares à LED, navigation GPS, connectivité
Bluetooth, double prise USB, Wi-Fi, caméra de recul, phares
et essuie-glace automatiques, ordinateur de bord, suspension
pneumatique, toit ouvrant panoramique, système audio
Burmester CD/DVD/MP3 à 13 haut-parleurs…
Options
Airbags de ceintures arrière (1 450 €)
Suspension « Magic Body Control » (5 100 €)
Minibar à l’arrière (1 350 €)
Vision de nuit (2 450 €)
126
forme
west
YO UR BO DY Soulagez
S
PAR SOLANGE DROUAL
Photos Bill Akwa Betote
votre dos
tress, angoisse, courbatures, douleurs… Tous nos problèmes
se concentrent au niveau de notre nuque et de notre dos. D’où
l’intérêt, en quelques minutes quotidiennes, de penser à se
détendre par les bienfaits des étirements. Ces mouvements simples
et efficaces doivent être effectués 2 à 3 fois de suite, en insistant bien
sur la ventilation (c’est-à-dire en inspirant profondément par le
nez, en remplissant sa cage thoracique et en expirant lentement par
la bouche en contractant son ventre). Restez 20 à 30 secondes sur
chaque mouvement en vous relaxant une minute entre chaque série.
Travaillez selon votre souplesse. Avec le temps et l’assiduité, vos
muscles s’étireront et votre élasticité n’en sera que meilleure.
Exercice
1.
!
Extension de la colonne vertébrale :
exercices debout
a Debout, bras tendus
à la hauteur de la tête.
Doigts entrelacés,
paumes de mains vers le
haut. Épaules et nuque
décontractées.
Idéal pour le maintien du
dos. Redresse la colonne
vertébrale et évite les
tassements de vertèbres.
b Étirements du dos courbé et des
lombaires.
Debout, pieds parallèles, bras tendus
à la hauteur des épaules, paumes de
mains dirigées vers l’extérieur. Tête
penchée vers l’avant, ventre contracté.
Idéal pour étirer ses dorsaux et soulager
le bas du dos.
Exercice
2.
Extension de la colonne vertébrale :
exercices au sol
position « à genoux »
Agenouillé, écart entre les
deux genoux de la largeur
du bassin, bras tendus loin
devant, paumes de mains au
sol. Allez chercher jusqu’au
bout des doigts des mains
sur l’expiration. Tête dans le
prolongement de la colonne
vertébrale. Favorise une
bonne détente musculaire.
Mouvement anti-stress.
Genoux-poitrine
(pectoraux) Allongé sur
le dos, ramenez les genoux au
niveau des pectoraux en les
entourant avec les bras. Insistez
lentement sur l’expiration
en ramenant les genoux à la
poitrine. N’hésitez pas à fermer
les yeux pendant la durée de la
relaxation. Inspirez par le nez et
expirez par la bouche, nuque et
épaules décontractées.
auto-étirements (pieds flex et pointes)
a. Pieds flex Poussez par les talons, bras le long de la tête,
allez chercher jusqu’au bout des doigts des mains en expirant
lentement.
B. Pieds pointes Poussez en même temps sur le bout des doigts de
pieds et des mains. Idéal pour étirer la totalité du corps, surtout le
matin (lors du réveil musculaire).
relaxation
Pieds au niveau des fessiers, bras le long du corps, légèrement
écartés.
Idéal pour déstresser, soulager son dos. Surtout, bien insister sur
la ventilation, ne pas hésiter à fermer les yeux et à faire le vide.
129
santé
Le baobab
Son aspect
PAR Félix Atchadé
de chaque baobab, on trouve une société
parallèle.
Le baobab africain a en effet inspiré
nombre d’écrivains et poètes, mais aussi de
légendes et mythes populaires. On raconte
que sa forme particulière résulte d’une
punition divine. Le Créateur, exaspéré
par l’impertinence de cet arbre, l’aurait
empoigné à bras-le-corps et lui aurait
enfoncé la tête dans la terre. Ainsi, la cime à
l’envers, le baobab paraît plus révérencieux
envers Dieu. Mais le baobab transparaît
également au sein des institutions
modernes : au Sénégal, son image figure sur
les armoiries nationales.
Du point de vue nutritionnel, toutes les
parties de l’arbre sont utilisées. La feuille
de baobab, riche en protéines et en sels
minéraux (calcium, fer, potassium,
magnésium, manganèse, phosphore
et zinc), se consomme en bouillie. En
poudre – nommée « lalo » au Sénégal –,
on l’incorpore aux céréales ou aux sauces,
notamment lors de la préparation du
couscous de mil. Les fruits du baobab
sont également comestibles. Leur goût
acidulé plaît aussi bien aux humains qu’aux
singes – d’où leur appellation
de « pain de singe ». Riches
en vitamines B1 et C3, ils
L
e baobab peut atteindre 20 à 25 mètres de haut, et son tronc peut mesurer jusqu’à 8 mètres
de circonférence. Certains dépassent ces dimensions. Le baobab de Fissel, à l’est de Mbour
au Sénégal, a un tronc qui mesure 22,09 mètres de circonférence. Il est doté d’une écorce
lisse et spongieuse. Le baobab jeune ressemble à une bouteille élancée avec quelques rameaux plantés
dans le bouchon. L’arbre adulte présente un tronc fort et trapu, très souvent creux, ses branches
sont tortueuses, généralement étalées. L’écorce est lisse, grisâtre, parfois argentée ou bien encore
rougeâtre ou violacée. Son système racinaire est fabuleux, s’étendant jusqu’à 150 mètres du pied et
descendant souvent à 10 mètres de profondeur. Ses feuilles palmées en 5 à 7 folioles apparaissent d’une
façon irrégulière un peu avant la saison des pluies et après ou à la fin de la floraison. L’arbre est donc
feuillu de mai-juin à novembre et dénudé en saison sèche. Dans les zones fraîches ou dans des lieux
régulièrement arrosés, certains
arbres peuvent rester feuillus
toute l’année. Les fleurs du baobab
s’avèrent très spectaculaires :
longuement pédonculées (jusqu’à
80 cm), pendantes et mesurant de
10 à 20 cm de longueur ! Le fruit,
appelé « pain de singe », est une
capsule oblongue ovoïdale à pulpe
blanche, farineuse et susceptible de
fermenter.
La croissance de l’arbre est lente,
mais sa durée de vie est longue –
jusqu’à 2 000 ans ! Il est difficile
de donner un âge aux baobabs par
la méthode dendrochronologique,
car ils ne produisent pas de cernes
tous les ans du fait des sécheresses
récurrentes qui touchent la savane
africaine.
contiennent deux fois plus de calcium
que le lait. La pulpe des fruits frais
ou séchés mêlée à de l’eau produit
une boisson rafraîchissante appelée
« bouye » ou « jus de bouye » en wolof.
Les jeunes pousses et leurs racines sont
consommées comme des asperges. Quant
aux graines, elles sont très nourrissantes.
Elles peuvent se consommer grillées
ou remplacent le café. On en extrait
également une huile alimentaire.
Dans la pharmacopée africaine,
les différentes parties de l’arbre
sont prescrites pour leurs propriétés
antidiarrhéiques, anti-inflammatoires,
antirachitiques, fébrifuges,
galactogènes, émollientes, etc. La
toxicité des feuilles est inexistante
par voie orale, mais à raison de 10
grammes par kilogramme, on peut
tuer une souris par injection souscutanée.
L’action antidiarrhéique est
donnée par les glucides et les
matières pectiques. La comparaison
avec le mélange standard pour la
réhydratation des nourrissons
préconisé par l’OMS donne des
résultats très semblables. En
cas de diarrhée : mélanger,
après avoir enlevé les
graines, la pulpe du fruit
séchée dans de l’eau ou
du lait (10 grammes
pour 100 ml) et
boire au cours
des repas. Les
préparations à base
de baobab sont ainsi
recommandées contre
le mal de dents, la mauvaise
digestion, la conjonctivite,
l’asthme, les hépatites,
gingivites, abcès, stomatites,
hémorragies, ou encore les
diarrhées et dermatoses… •
IStock.com / KarelGallas
D
e son nom scientifique Adansonia
digitata, le baobab africain
appartient à une famille qui
compte huit espèces. Six sont limitées à
Madagascar et une autre à l’Australie. À la
dernière appartient un arbre majestueux
répandu dans toute la zone sahélienne et
que l’on retrouve également en Afrique
australe. Son nom vient de l’arabe « bu
hibab », ou fruit à nombreuses graines.
Connu en Europe via l’Égypte, on retrouve
ce mot pour la première fois dans un texte
latin en 1592 (d’après le Larousse). Au
Sénégal, il est appelé « gouye » en wolof,
tandis que les Yoruba du Nigeria et du
Bénin l’appellent « kuka ». Il est « sira »
en bambara, « boki » en peul et « mbuyu »
en swahili.
Le baobab a toujours frappé l’imagination
pour sa forme singulière et son aspect
imposant. Il est considéré comme un
arbre sacré dans de nombreuses cultures
africaines. Chez les Marka du Burkina
Faso, un baobab mort a droit à des
funérailles… Au
Sénégal, en Gambie
et dans bien
d’autres pays
sahéliens, avant
l’islamisation
des sociétés, les
grands griots
reposaient à
leur mort à
l’intérieur
des
baobabs. Les
cadavres s’y
desséchaient
et devenaient
de véritables
momies. Ainsi
circule la
légende selon
laquelle à
l’intérieur
Le baobab malgache
Yann Doelan / AFP
128
Sur les huit espèces de
baobabs qui existent, six sont
endémiques de Madagascar,
comme le baobab nommé
« bontóna » en malgache,
l’une des richesses naturelles
de l’île. Il est recommandé
de passer par l’« allée des
baobabs » ou « avenue des
baobabs », une route de terre
emblématique bordée de
baobabs et reliant Morondava
à Belon’i Tsiribihina, dans
la région du Menabe. Parmi
les six espèces endémiques
de Madagascar, on trouve
l’Adansonia rubrostipa,
connue sous le nom
vernaculaire de « fony »,
l’espèce la plus petite de
l’île. Ce baobab propre aux
forêts sèches de l’ouest de
Madagascar ne mesure que
4 à 5 mètres. L’absence
de certains prédateurs
du continent a conduit
les espèces malgaches à
se différencier de leurs
lointains cousins. Au centre
du territoire, ce phénomène
est accentué par l’existence
de plateaux qui forment une
barrière infranchissable
entre les côtes est et ouest.
Félix
Atchadé
est médecin
de formation,
spécialiste de
santé publique
et d’éthique
médicale. Depuis
une décennie, il
travaille sur les
politiques d’accès
aux médicaments,
d’équité et de
justice sociale
dans les systèmes
de santé.
130
12 Personnalités de premier plan,
12 Créateurs de mode
de grand renom
et 6 grands photographes de
mode, tous issus de cultures et
d’horizons divers, pour un
Exposition « Secrets
d’ivoire, l’art des Lega
d’Afrique centrale »
Les pièces présentées
proviennent principalement de la donation
au Fowler Museum
du collectionneur Jay
T. Last qui, depuis
les années 1960, s’est
passionné pour l’art
du peuple Lega, que
l’on retrouve en Afrique
centrale, dans la région
orientale de la République démocratique du
Congo : le Kivu. Last était
présent pour l’ouverture de
l’exposition le 12 novembre.
« C’est au-delà de mes plus
grands rêves », a-t-il confié
à A+Mag. « Les gens ont la
possibilité de voir les menus
détails que ces objets contiennent. Connaissant le musée, je
suis sûr qu’il y aura plus de visiteurs
pour cette exposition que pour toutes
celles que j’ai faites ces trois dernières
décennies. »
La finesse et l’incroyable créativité de l’art
Lega ont très tôt été reconnues par les collectionneurs. Cela,
2014
au-delà du rôle que joue le Bwami dans la société.
En effet, ce dernier étant très présent dans
la vie quotidienne, les hommes et
les femmes peuvent y adhérer et
ensemble cheminer vers le Kindi.
L’homme ne peut y accéder sans
sa femme. L’initiation se fait
de manière itérative, et dès le
plus jeune âge les Lega sont
appelés à être attentifs
aux signes, aux proverbes
et aux performances
(chant, danse) réalisées
lors des cérémonies
initiatiques. On évolue
dans cette société
sans chef grâce à son
intelligence et à sa
manière d’interpréter
les signes. Le grade
de chaque membre
est marqué par son
apparat (coiffe,
ceinture, collier en
dents de léopard,
etc.). Plus le grade est
élevé, plus l’apparat
fera référence au sexe
opposé. Les hommes
porteront des perruques
et les femmes des coiffes
aux formes phalliques.
À travers les œuvres
présentées, un univers s’offre
à nous. Une société tournée
vers l’entraide, où les Anciens
sont reconnus pour la beauté de
leur cœur. Beauté et bonté y vont
de pair et cela se retrouve autant dans
l’esthétique des objets usuels que dans les
valeurs morales. L’exposition est d’autant
plus touchante que la communauté Lega semble
avoir disparu du Kivu, sous la chape d’incessants conflits dans
l’est du Congo-Kinshasa. Reine Bassene
en faveur de la lutte
contre l’illettrisme
Association Bridge The Gap
0033 (0)9 53 24 40 43
[email protected]
Gautier Deblonde/Branly Museum
Le musée du quai Branly accueille jusqu’au
26 janvier 2014 la prestigieuse exposition
« Secrets d’ivoire », conçue par le
Fowler Museum de l’Université de
Californie et le Nelson-Atkins
Museum of Arts de Kansas
City. Sous le commissariat
d’Elisabeth L. Cameron,
240 œuvres constituées
d’objets rituels, de
masques et de couvrechefs révèlent un peuple
complexe, riche en
valeurs et en lois, régies
par une organisation
appelée Bwami.
CALENDRIER
133
re

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