329 Human Rights in the International Public Sphere

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329 Human Rights in the International Public Sphere
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Human Rights in the International Public Sphere: Civic Discourse for the 21st
Century. By William Over. Stamford, CT: Ablex, 1999. 296 p. ISBN 1567504477 (paper).
Le livre de William Over reconstitue le système des représentations des droits fondamentaux tels qu’énoncés dans les instruments internationaux adoptés par l’ONU (première
partie du livre, p. 3-44), moins bien défendus par les États signataires que par les ONG (p.
45-56), déformés par les médias dominants et certaines figures exemplaires (« Lady Di » et
Mère Teresa, p. 57-82), mais que les médias alternatifs, tels que le cinéma et la photographie, utilisent comme référents d’une culture de contestation (p. 83-110).
Le système des représentations ainsi reconstitué sert de base de comparaison pour
évaluer les perspectives des droits fondamentaux dans le Tiers-Monde (Nigeria, Congo,
Rwanda, Haïti, Indonésie et Chine, p. 101-180) et plus particulièrement chez les mouvements féministe et syndicaliste (« The Human Rights Settings », p. 101-180, et « Global
Issues and Dilemmas », p. 181-262). Le tableau est brossé sur une thèse sans cesse suggérée en fonds de scène derrière les événements analysés plutôt que verbalement argumentée, à savoir que ce système de représentations ne peut servir à freiner l’élargissement
du fossé entre riches et pauvres à cause des connivences et des indifférences extérieures,
celles des gouvernements, des états-majors et du capital mondial.
Ceci est une vision à la mode. L’agenda scientifique semble vouloir évoluer en phase
avec l’agenda public, où le mythe de la globalisation émerge, ces dernières années, comme
contre-discours aux hégémonies actuelles. On peut aimer et ne pas aimer …
J’ai aimé le sens critique avec lequel l’auteur tranche, d’entrée de jeu, dans le vieux
débats entre « universalité des droits versus différences culturelles », en affirmant sa conviction qu’une éthique universelle, transcendant les particularismes locaux, est possible.
L’argument eût été plus fort, cependant, s’il avait été appuyé de données factuelles sur la
ratification importante de ces principes par les parlements nationaux et leur insertion dans
les droits locaux.
On pourrait encore reprocher à l’auteur l’oubli d’un autre discours, affirmant la primauté de la liberté d’expression et des droits civils et politiques. À quoi peut servir le droit
de manger à sa faim pour qui n’est pas admis à crier famine sur la place publique?
Malgré ces limites, le livre de William Owen nous livre un état de la question fort utile
à la sociologie des médias, lesquels sont interpellés sur leurs fonctions sociales, et à l’analyse du discours, dont il fournit des clés d’interprétation, trouvées dans les usages courants
de la diplomatie internationale et du commerce mondial.
Un autre point fort du livre réside dans son pessimisme sur l’avenir des droits fondamentaux dans un monde où dominent les influences commerciales et militaires occultes sur
les gouvernements. Toutefois, il faut prendre garde à une possible dérive sémantique des
discours sur les droits de l’homme1, réduisant le champ des victimes au seul Tiers-Monde.
Le droit de dire son opinion, de circuler librement et de parler sa langue peut régresser partout, dès que s’affaiblit la vigilance civile, y compris dans le monde industrialisé.
Enfin, j’ai toujours admiré la capacité qu’ont développée les Américains d’écrire des
livres critiques sur leur propre société. Human Rights in the International Public Sphere de
William Over est l’un de ces livres. Il faut espérer qu’il suscitera des réflexions analogues
ailleurs. Le capital n’est pas exclusivement américain, il est aussi canadien, européen... et
les complicités canadiennes et européennes avec les dictatures du Tiers-Monde pourraient
susciter le même genre de réflexion.
Enfin, il est une autre connivence externe, dont il faut demeurer conscients, et dont le
livre ne traite que très peu, soit celle du politique avec les états-majors de police ou de
défense. La diffusion des innovations en matière policière (la torture), militaire (les nouvelles technologies au service de l’aviation) et, on ne le répétera jamais assez, en matière de
relations de presse (stratégie de la guerre psychologique enseignée dans les grandes acadé-
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mies militaires) permet l’organisation des violations systématiques des droits civils et politiques par les régimes militaires (Algérie) ou policiers (Tunisie) et leurs services de
renseignement/désinformation/propagande. Le mensonge politique, et plus particulièrement la propagande militaire, est un art perfectible, développé à chaque nouvelle guerre, et
enseigné dans les académies militaires.
L’auteur est certes justifié de centrer son interrogation sur l’avenir du Tiers-Monde, un
enjeu « sensible » de la communication politique internationale dans un monde où l’hégémonie américaine et les puissances de l’argent conjuguent leurs effets néfastes sur les
droits de l’homme. Toutefois, ce point de vue est loin d’épuiser la problématique des droits
de l’homme dans les discours civiques du XXIe siècle. Les « oublis » de l’auteur me dérangeraient moins s’ils ne coïncidaient avec un déséquilibre d’un agenda, tant public que
scientifique, trop centré sur les dangers de la mondialisation du commerce et de l’hégémonie américaine pour pouvoir réfléchir efficacement sur d’autres dangers menaçant
l’avenir des droits de l’homme.
Notes
1. L’expression « human rights », dans les instruments internationaux adoptés par les États membres
de l’ONU, est traduite en français par « droits de l’homme ».
Lise Garon
Université Laval

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