Lucie la petite marmotte - Lions Club Beauvais Cathédrale

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Lucie la petite marmotte - Lions Club Beauvais Cathédrale
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Lucie la petite marmotte
Une belle histoire qui nous fut contée par Françoise Marielle mardi 25 janvier 2005
Il était une fois , au pays des marmottes, une
petite marmotte qui était née avec une infirmité
grave. Oui, vraiment grave, car elle était
paralysée de tout un côté : bras, jambe, et même
une de ses mains était toute rétrécie , elle ne
pouvait même pas saisir une racine ou un
rhizome pour les porter à sa bouche.
“Elle est vraiment handicapée”, disaient autour
d’elle ses parents et tous ceux qui la
rencontraient.
“Son handicap est très lourd, elle aura une vie
difficile, il faudra beaucoup l’aider”. Telles
étaient les phrases qu’elle entendait chuchoter
autour d’elle .On l’emmena souvent consulter
des spécialistes.
Amis, parents, relations de voisinage, à l’école,
tous la voyait en difficulté, ayant besoin d’aide,
ne sachant pas se débrouiller. Ils avaient peur
pour elle, qu’il lui arrive un accident, qu’elle
tombe, qu’elle se perde, qu’on se moque d’elle,
qu’on ne la comprenne pas. Des tas de peurs
qu’ils déposaient sur elle sans le savoir.
La petite marmotte qui s’appelait Lucie ne
supportait pas cela, elle avait des colères
terribles , elle faisait des bêtises pour prouver qu’elle pouvait, qu’elle était capable. Et vous devinez bien que
cela n’arrangeait rien pour elle .Sa maman était dans un désespoir épouvantable. Elle aurait tant voulu faire ,
pour sa petite marmotte qu’elle adorait.
Ce que personne ne leur avait dit, c’est qu’au pays des marmottes il est important de ne pas confondre la
personne et son infirmité. Et que, pour éviter cette confusion, on pouvait inviter la petite marmotte à trouver un
objet qui représenterait son infirmité. Lucie, quand on lui fit cette proposition, trouva très rapidement un petit
rond en plastique (matière rare au pays des marmottes) qu’elle porta, attaché par un lacet, autour de son cou.
- Comme ça, vous ne me confondrez plus avec mon infirmité! dit-elle à ses parents.
Ce qui était déjà un grand pas de fait, un grand bond de marmotte, je devrais dire.
Puis elle choisit un nom pour son infirmité et décida de l’appeler Zoé.
Certains matins, elle pouvait dire:
- Zoé a bien dormi cette nuit, je vais l’emmener à l’école, mais en passant je lui montrerai le petit étang où je
l’emmènerai nager cet été.
Ce fut un changement important pour les parents de Lucie.
A partir du moment où moment où ils commencèrent à ne plus confondre Lucie avec Zoé, c’est à dire leur fille
avec son infirmité, ils découvrirent que c’étaient eux qui avaient un handicap par rapport à l’infirmité de leur
petite marmotte. Qu’ils étaient réellement en difficulté, qu’ils ne savaient pas toujours s’y prendre avec cette
infirmité qui avait bouleversé leur vie. Alors eux aussi , ils choisirent un objet pour représenter , on dit
symboliser au pays des marmottes, leur handicap.
Bulletin du Lions Club Beauvais Cathédrale – Janvier 2005
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La maman choisit une petite chaîne dorée qu’elle porta autour de la cheville et le papa un bracelet d’argent
autour du poignet. Et chacun donna un nom à son handicap, pour la maman ce fut Arthur, pour le papa Nono. Ils
firent cela pour ne plus confondre leur enfant non seulement avec son infirmité, mais pour reconnaître qu’ils
portaient un handicap dans leur relation avec leur enfant.
Ce ne fut pas facile, vous pouvez l’imaginer. On leur demandait:
- Vous avez une jolie chaîne là, à la cheville, c’est un cadeau?”
- Non, non, c’est mon handicap vis à vis de l’infirmité de mon enfant, il s’appelle Arthur.
- Votre enfant ?
- Non, mon handicap! Ma fille s’appelle Lucie et son handicap Zoé !
Quand les gens ne partaient pas en haussant les épaules , le papa et la maman pouvaient ajouter :
- Pendant longtemps j’ai cru que le handicap était chez elle, maintenant je sais qu’il est chez moi et que je dois
en prendre soin. Ce handicap, parfois je l’emmène en promenade, je lui fais écouter le chant des oiseaux, je lui
raconte de belles histoires...Je trouve que çà va beaucoup mieux avec mon enfant. Elle s’occupe un peu mieux de
son infirmité, alors qu’avant je croyais que c’était à moi de le faire...
Il faut vous dire cependant que quand Zoé (l’infirmité) de Lucie rencontrait Arthur (l’infirmité de la maman)
- Vous suivez? - il y avait parfois des étincelles. Chacun restait sur ses positions. Zoé disant à Arthur:
-C’est à toi de prendre soin de toi, tu ne vas pas bien chaque fois que tu me vois, et moi cela me met en colère,
comme si j’étais responsable de toi. Tu te sens toujours coupable de ce qui m’est arrivé et avec ta culpabilité, ça
me donne le sentiment que je suis mauvaise, c’est insupportable à la fin...
Et Arthur répondant:
- Oui, mais si tu n’étais pas entrée dans la vie de cet enfant , elle serait moins malheureuse. Elle pourrait jouer
avec les autres. Elle pourrait aller à l’école des marmottes normalement, les autres ne se moqueraient pas d’elle.
Zoé, jamais en reste, rétorquait aussi sec:
- Les autres enfants marmottes , ils
sont comme toi avant. Ils ne veulent
pas reconnaître le handicap qui est
chez eux. Ils sont gênés de me voir, ils
n’arrivent pas à se comporter avec
moi comme avec les autres enfants, ils
ont du mal à être créatifs, à inventer
de nouveaux gestes, de nouvelles
façons d’être. Je les dérange dans
leurs habitudes !
Quoi qu’il en soit, depuis que Lucie
n’est plus confondue avec Zoé, son
infirmité, et que ses parents ont
accepté leur handicap chez eux, au
lieu de le mettre sur leur enfant, cela
va beaucoup mieux. Vous pouvez le
demander à Lucie , elle vous dira
combien elle est soulagée et combien
elle se sent plus légère , plus libre, plus heureuse aussi.
Bulletin du Lions Club Beauvais Cathédrale – Janvier 2005