Scènes Magazine

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Scènes Magazine
scènes
magazine
ISSN 1016-9415
2 67 / novembre 2014
au théâtre de carouge :
les jumeaux vénitiens
CHF. 10.-- 7 €
s o m m a i r e
66 cinéma
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cine die / raymond scholer
cinémas du grütli en novembre / christian bernard
cinémathèque suisse en novembre / raymond scholer
festival tous écrans / émilien gür
festival filmar / david leroy
les films du mois / christian bernard, émilien gür, serge lachat
tournée : la nuit du court métrage / christian bernard
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portrait : elina garanca / françois lesueur
mémento opéra
bâle : les contes d’hoffmann / éric pousaz
zurich : lohengrin & fanciulla del west / éric pousaz
berne : armide / éric pousaz
marseille : la gioconda / françois jestin
nice : les vêpres siciliennes / françois jestin
lyon : der fliegende holländer / françois jestin
vienne : luxe et prestige / éric pousaz, frank fredenrich
venise : trouvère de routine / pierre-rené serna
fondation bru zane : dinorah à berlin / éric pousaz
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carouge : les jumeaux vénitiens / laurence tièche chavier
comédie : jourdheuil retrouve müller / jérôme zanetta
le poche : les combats d’une reine
en tournée : l’illusion comique
théâtre forum meyrin : l’annonce faite à marie / maïa arnauld
vidy-lausanne : jan karski / bertrand tappolet
château rouge : en attendant godot / laurent darbellay
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entretien : jacky terrasson / frank dayen
musicales de compesières en novembre / christian bernard
portrait : ton koopman / yves allaz
portrait : le quatuor de jérusalem / pierre jaquet
agenda genevois / martina diaz
agenda romand / yves allaz
fondation gianadda : saison musicale / yves allaz
genève : donald litaker & l’ocg / éric pousaz
festival de lucerne : en été et “au piano“ / e. rüegger
concours de genève : flûte et piano / frank fredenrich
trois questions à emily beynon / beata zakes
concours de genève : sébastian jacot / anouk molendijk
concours de genève : emily beynon / beata zakes
concours de genève : pascal rogé / monica schütz
vernier sur baroque : hadrien jourdan / martine duruz
portrait : eliahu inbal / yves allaz
concerts arts & lettres, vevey : saison / yves allaz
jazz classics : saison / julie bauer
ambronay : renouveau / frank fredenrich
ambronay sur cd / martine duruz
opéra
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théâtre
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musique
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267 / novembre 2014
spectacles
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bonlieu annecy : scènes d’automne / jérôme zanetta
entretien : thierry loup, équilibre-nuithonie / valérie vuille
théâtre de beausobre : saison / nancy bruchez
danse
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ailleurs
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salle des fêtes du lignon : far / emmanuèle rüegger
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venise : madrigaux de monterverdi / pierre-rené serna
fondation bru zane : concerts / frank fredenrich
fondation bru zane : meyerbeer à l’honneur / e. rüegger
chronique lyonnaise : molière et racine / frank langlois
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musée de élysée : peress / chaplin / gitaï / catherine graf
bâle : for your eyes only / régine kopp
berne : augusto giacometti / régine kopp
mémento beaux-arts : france
lyon : jacqueline delubac, le choix de la modernité
mémento beaux-arts : ailleurs
madrid : l’impressionnisme et les américains
mémento beaux-arts : suisse romande
genève : chine impériale, splendeurs de la dynastie qing
mémento beaux-arts : suisse alémanique
genève : les rois mochica / pérou ancien
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musée jacquemart-andré : le pérugin / régine kopp
grand palais : niki de saint-phalle / régine kopp
fondation cartier-bresson : william eggleston / chr. pictet
opéra : un barbier sans séville / pierre-rené serna
théâtre de l’opéra de paris : ouverture / stéphanie nègre
théâtre des champs-élysées : gala / stéphanie nègre
sélection musicale de novembre / françois lesueur
chronique des concerts : coup d’éclats / david verdier
mémento théâtre
théâtre de la colline : rien de moi
mémento expositions
espace dali : dali fait le mur
expositions
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paris
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les mémentos
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encarts : festival les créatives / saint gervais : daisy / théâtre forum meyrin : guillaume tell / en tournée : utopia mia
encarts : philippe jaroussky à évian / ensemble cantatio à
genève / michel corboz à lausanne / théâtre des marionnettes de genève : soucis de plume
victoria hall : orchestre des nations unies
théâtre alchimic : petits crimes conjugaux
théâtre la parfumerie : the stones
théâtre de beausobre, morges : elizabeth sombart
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Signature
EDITO
direction
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Jérôme Zanetta
comité de rédaction
Christian Bernard, Serge Bimpage,
Françoise-Hélène Brou, Laurent
Darbellay, Frank Dayen, Martine
Duruz, Frank Fredenrich,
Jérôme Zanetta
éditeur responsable
Frank Fredenrich
publicité
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Viviane Vuilleumier
secrétaire de rédaction
Julie Bauer
collaborateurs
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Philippe Baltzer, Julie Bauer,
Nancy Bruchez, Gabriele Bucchi,
Romeo Cini, Sarah Clar-Boson,
Gilles Costaz, Martina Diaz,
Catherine Graf, Emilien Gür,
Bernard Halter, Christophe Imperiali,
Pierre Jaquet, François Jestin,
Régine Kopp, Serge Lachat,
Frank Langlois, David Leroy,
François Lesueur, Anouk Molendijk,
Paola Mori, Michel Perret, Eric Pousaz,
Stéphanie Nègre, Christine Pictet,
Christine Ramel, Serene Regard,
Christophe Rime, Julien Roche,
Emmanuèle Rüegger, Maya Schautz,
Rosine Schautz, Raymond Scholer,
Monica Schütz, Pierre-René Serna,
Bertrand Tappolet, Laurence Tièche
Chavier, David Verdier, Valérie Vuille,
Christian Wasselin, Beata Zakes,
François Zanetta
maquette : Viviane Vuilleumier
imprimé sur les presses de
PETRUZZI - Città di Castello, Italie
Le songe d'une cité de la musique
O
yez, oyez chers mélomanes genevois, un grand projet est en route,
il s'agit d'une cité de la musique... et sortons nos agendas pour
noter ce rendez-vous : le 8 août 2018 pour l'inauguration avec la
8e Symphonie de Mahler (selon Le Temps, 3 octobre 2014).
Bref, le bon peuple genevois avait à peine eu le temps de digérer – ou
d'apprécier – le refus de la traversée de la rade et pris la peine de s'inquiéter
(un peu, il ne faut pas exagérer!) de l'avancement du projet de la Nouvelle
Comédie sans oublier le « projet de rénovation et d'agrandissement du Musée
d'art et d'histoire » que voici que tombait la nouvelle plutôt inattendue :
Genève allait bénéficier d'une nouvelle salle de musique, ou plutôt d'une
véritable Cité de la musique. Comme à Paris ? Oui, comme à Paris !
Faut-il donc enterrer le Victoria Hall ? Cette salle dont tous les spécialistes vantaient encore il n'y a pas si longtemps les qualités acoustiques ?
Regretter cette salle, en fait une des plus inconfortables d'Europe occidentale avec sa jauge de 1600 places dont à peine un tiers à peu près correctes,
puisqu'elle a été construite à une époque où seuls les privilégiés avaient le
droit de pouvoir apprécier normalement les prestations d'artistes. Regretter
un hall indigne d'un haut lieu de l'art musical où il ferait bon échanger des
opinions, partager des impressions ? Alors en effet, force est de constater, d'après les termes du communiqué de la Fondation pour la Cité de la musique
de Genève (FCMG) « que le Victoria Hall, en dépit des qualités qu'on lui
connaît, n'était(sic) plus adapté aux réalités contemporaines, malgré les améliorations qu'il a subies depuis son inauguration voilà environ 125 ans. » Le
Victoria Hall désormais au passé, pourquoi pas ?
Alors, certes, il était temps de lancer un projet novateur...
Mais sans vouloir jeter le bébé et l'eau du bain avant même la gestation,
il convient de s'interroger sur la façon dont le projet a été lancé. On annonce la création d'une fondation « pour la Cité de la musique à Genève », voilà
qui est fort bien. L'OSR en est partie prenante, ce qui ne devrait pas surprendre puisque ce projet offre à l'orchestre « un beau projet d'avenir », lequel
« offrira à nos musiciens et à notre public un confort et une acoustique hors
normes et donnera un nouvel élan à nos démarches d'ouverture et de partage ». Jusque là, rien à redire. Mais plus concrètement ? Il est question de ne
pas toucher aux finances publiques. Soit. On demande à voir...Il faut donc
faire appel au mécénat ? Intégralement ? Ensuite trouver un lieu plutôt au
centre ville ? Il va falloir le trouver. Un projet architectural ? Un concours
international sera lancé, sans doute bientôt. Nul doute que de nombreuses
voix se feront entendre pour juger de la qualité – architecturale entre autre –
du projet. Et l'on sait qu'au bout du lac des esprits plus ou moins bien intentionnés veillent au grain pour ce qui concerne les projets novateurs.
Mais après tout, on nous assure du côté de l'OSR qu'il « s'agit d'une réalisation enthousiasmante, ambitieuse et exceptionnelle pour notre orchestre et
tous les mélomanes du Grand Genève, mais aussi, de manière beaucoup plus
large, qui contribuera de façon significative au rayonnement de notre ville, de
notre canton, de notre région »...
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le cinéma au jour le jour
Cine Die
Rétrospective Titanus à Locarno
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Comme le constate Emiliano Morreale, le conservateur de la Cineteca
Nazionale, le cinéma italien est une légende à l’étranger, alors qu’il semble parfois n’avoir rien produit de marquant depuis 40 ans. Or, l’expérience du cinéma classique italien par les nouvelles générations se résume à
une demi-douzaine de cinéastes « porteurs ». La rétrospective Titanus
(firme fondée officiellement en 1928, mais produisant des films sous le
sigle de la Lombardo-Teatro Film depuis 1916) était donc d’une utilité
fondamentale en donnant aux nouveaux cinéphiles l’occasion de se rendre compte de la richesse d’un patrimoine, notamment celui des années
50, une époque pivotale qui vit le déclin du néo-réalisme et la création, à
partir de ses cendres, du mélodrame et de la comédie. L’âge d’or de la
Titanus s’étend sur une période de 15 ans, entre Catene (Raffaello
Matarazzo, 1949) et Il Gattopardo (Luchino Visconti, 1963). Mais il n’y
a pas de style Titanus reconnaissable. Goffredo Lombardi, le fils et (dès
1951) successeur du fondateur Gustavo, avait des goûts éclectiques et
maintint toujours un équilibre entre les productions populaires et les créations artistiques. Il y avait parmi les premières des produits typiques de la
Titanus, par exemple les mélodrames flamboyants en couleurs, comme
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film noir, puis prend rapidement les apparences d’une affaire torride : la
tentative de séduction d’une femme mariée par un des voleurs, qui s’avère être un ancien amant. Mais nous salivons en vain : elle reste opiniâtrement vertueuse. Malgré cela, son mari se croit trompé, car le gaillard plaît
manifestement aux dames, et lorsqu’il vient lui demander des comptes, un
coup de pistolet malencontreux envoie l’adultérin in spe ad patres. Au lieu
de dire la vérité aux flics, le mari panique et s’embarque pour l’Amérique.
Où la loi le retrouve comme mineur de fond des mois plus tard (Interpol
était manifestement très efficace), le transfère en Italie et instruit son procès pour meurtre. L’avocat commis par sa femme (déjà ostracisée par le
voisinage) recommande à celle-ci d’avouer avoir été infidèle, car un mari
trompé a certains droits inaliénables, comme celui de liquider l’amant.
Avalant sa honte, la femme fait ce pieux mensonge au tribunal. Le mari est
libéré séance tenante, apprend de l’avocat qu’elle a menti et court à la maison la prendre dans ses bras. Que de souffrances quand même pour une
L'amant, le mari et l'épouse dans «Catene»
C. Cardinale et Burt Lancaster dans IL GATTOPARDO
Torna ! (R. Matarazzo, 1954) ou Maddalena (Augusto Genina, 1954) ou
des comédies alfresco pleines de joie, de jeunesse et de soleil, comme
Poveri ma Belli (Dino Risi, 1957), mais aussi d’un goût plus local comme
Il tallone di Achille (Mario Amendola et Ruggero Maccari, 1952) avec
Tino Scotti, ce petit comique irritant comme un moustique qui fonde tous
ses effets sur une logorrhée intarissable et se mesure constamment à des
femmes de poids ou des bombes sexuelles. En même temps, le studio permettait à des réalisateurs débutants (Valerio Zurlini, Francesco Rosi) ou
des maîtres confirmés (Luchino Visconti, Alberto Lattuada, Giuseppe de
Santis) de faire des films méditatifs. Mais peu de cinéastes peuvent être
considérés comme des icônes Titanus. Le premier serait bien sûr Raffaello
Matarazzo (8 mélos entre 1949 et 1959), à égalité avec le nettement moins
typé Camillo Mastrocinque (8 comédies légères), suivi de Dino Risi.
L’apport de la culture napolitaine est important chez Titanus, pas seulement dans les films avec Totò (dont Gustavo Lombardo lance la carrière
cinématographique en 1937) mais aussi dans le sous-genre du film de
revue ou celui du musicarello (mélodrame avec chansons).
Catene (1949), le premier mélo de Matarazzo, en fait partie. Le film
commence par un vol de voiture qui nous plonge dans une atmosphère de
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bête jalousie ! La matrice des mélos interprétés par le couple Yvonne
Sanson (la capiteuse actrice grecque)/Amedeo Nazzari (l’Errol Flynn italien) se trouve là : pour des raisons d’honneur personnel ou de morale
offensée, le protagoniste se met inutilement dans de sales draps (ou peut y
être mis par un coup du destin), souffre et fait souffrir ceux qu’il aime, et
lorsqu’il a assez souffert, il trouve la rédemption. Le schéma bonheur chute – rédemption est répété avec des configurations de plus en plus complexes dans les films suivants pour atteindre son apogée dans le diptyque
I Figli di Nessuno (1951)/ L’Angelo Bianco (1955). Le premier film commence dans les profondeurs d’une immense carrière où travaille un groupe d’ouvriers, , métaphore parfaite des abîmes émotionnels que les protagonistes matarazziens vont parcourir. Le riche Comte Guido (Nazzari),
héritier de ladite carrière, s’est fiancé en secret à Luisa (Sanson), la fille
du gardien, et madame Mère (Françoise Rosay) n’aime guère ce mélange
de classes sociales. Comme Luisa a a péché et enfanté, Mère ordonne au
méchant contremaître (Folco Lulli) de kidnapper le bébé et d’incendier la
maison, faisant ainsi croire à Luisa que son bébé a brûlé. Luisa se fait
nonne (Sœur Addolorata !) et Guido est inconsolable. L’enfant mourra,
certes, mais lors d’une explosion dans la carrière. Où est la rédemption ?
Eh bien, dans le second film! Comme le public a dû souffrir d’attendre 4
ans pour connaître la suite. Au début, Guido perd sa 2e épouse (et la fillette qu’elle lui a donnée) dans un accident nautique d’une violence inouïe.
Désemparé, il passe une nuit d’amour avec la copie conforme de Luisa
(trois ans avant Vertigo de Hitchcock !), une artiste de cabaret rencontrée
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par hasard. Sachant qu’elle est le sosie du grand
satirique à The Longest Day de Zanuck : le
amour de Guido, l’entraîneuse recherche et retroduo comique Franchi et Ingrassia se trouve
uve la nonne, Sœur Addolorata. Elle est enceinte
embrigadé dans la der des ders et réussit à
damer le pion aux Autrichiens à Caporetto :
des œuvres du comte, mais, condamnée pour
les innombrables seconds rôles sont tenus
possession de came, elle enfante en prison, où les
par plus de 100 acteurs qui travaillent sans
mauvais traitements infligés par ses codétenues
salaire. Parallèlement, le tournage de Il
ont ruiné sa santé. La nonne, accourue à son cheGattopardo de Visconti voit son budget augvet, appelle Guido pour lui annoncer qu’il est
menter de 1,7 à 2,6 milliards de lire. Le film
papa : avec 2 Sanson pour le prix d’une, il se rend
sort en 1963 et ne rentre pas dans ses frais.
à la prison à toute vitesse et épouse l’amante
Lombardo arrête la production, mais c’est
d’un soir dans la chapelle. Mais les codétenues
trop tard. La faillite semble programmée,
prennent le nouveau-né en otage pour faciliter
car aux pertes des deux films précédents
leur évasion. C’est alors que la nonne entre en
s’ajoutent encore celles de I sequestrati di
action divine et vient récupérer le petit chose
Altona (Vittorio de Sica). Un administrateur
pour le donner à son papa. Nonne saint-sulpides banques est envoyé restructurer la
cienne et amante sensuelle, Sanson montre l’éTitanus. 119 employés sont licenciés.
tendue de son talent dans ce double rôle.
Lombardo
est obligé de vendre tous les serMais Goffredo Lombardo voulait aussi laisYvonne Sanson dans «L'Angelo Bianco»
vices créés au courant des 70 ans passés : les
ser des films artistiques à la postérité. En 1953,
il fit appel à Luchino Visconti, Roberto Rossellini, Luigi Zampa et Gianni studios Farnesina et Scalera, les ateliers de doublage, des cinémas, les édiFranciolini pour réaliser une carte de visite de la Titanus. Siamo Donne tions Chronograph, ses appartements à Ostia et Parioli. Et les dettes seront
montre d’abord des files interminables de jeunes femmes (souvent accom- payées, un fait tellement rare dans ce milieu de requins. Le dernier film
pagnées de leurs mères) qui attendent devant le studio pour tenter de pas- produit par la Titanus sort en 1964 : Il Demonio de Brunello Rondi (hisser une audition. Au bout d’une série d’interviews et d’éliminations, les toire d’une possession démoniaque, non pas traitée en film d’horreur, mais
starlettes de demain sont choisies. Avec l’espoir de devenir une fois l’éga- sous l’éclairage ethnographique des coutumes païennes encore en vigueur
le d’une des 4 étoiles auxquelles sont consacrés les sketches des 4 cinéastes : Anna Magnani, Ingrid Bergman, Isa Miranda et Alida Valli. Alors que
Visconti et Rossellini racontent des saynètes humoristiques, Zampa montre la solitude de la Miranda qui a préféré la carrière au bonheur conjugal,
mais le sketch le plus poignant est celui de Franciolini : Valli, en visite
impromptue chez sa maquilleuse, se sent prête à tomber amoureuse du
mari de celle-ci, un conducteur de trains. Rarement émoi naissant fut traité avec autant de sensibilité et la Valli ne fut jamais aussi belle.
Robert Aldrich et Stewart Granger sur le tournage de «Sodom and Gomorrah
Visconti et Magnani sur le tournage de «Siamo Donne»
En 1960, Rocco e i suoi Fratelli de Visconti, film d’auteur s’il en est,
est un succès commercial retentissant. Lombardo commence à voir grand.
Il donne le feu vert au tournage (Londres, Rome, Maroc) de Sodom and
Gomorrah de Robert Aldrich. Le budget est dépassé de 2 milliards de
lires, des coproducteurs se retirent de l’affaire. Titanus doit s’endetter
auprès de plusieurs banques italiennes. Quand le film sort en 1962, les
rentrées sont bonnes, mais n’épongent pas les dettes. Il giorno piu corto
de Sergio Corbucci, tourné pour faire rentrer des devises, est une réponse
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dans les Pouilles ou en Calabre. Daliah Lavi y donne une démonstration
de la « marche de l’araignée » qu’on croyait inventée par L’Exorciste
(1973)). Pendant 20 ans, la Titanus ne fera que de la distribution. En 1986,
Goffredo produit le premier film de Giuseppe Tornatore, Il Camorrista.
Mais depuis 1989, la Titanus ne produit plus que des téléfilms. Dans un
émouvant documentaire, L’Ultimo Gattopardo : Ritratto di Goffredo
Lombardo (2010), présenté par Guido Lombardo (imaginez Primo
Carnera en costume cravate), le fils qui préside à la compagnie Titanus
depuis 2005, Giuseppe Tornatore rend justice à celui qui lui a mis le pied
à l’étrier et qui est aussi un des grands gentlemen du cinéma.
Au mois prochain
Raymond Scholer
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cinémas du grütli
Claude Lelouch,
Ermanno Olmi
Les 15 et 16 novembre, hommage à Claude Lelouch invité par Edouard
Waintrop à venir présenter cinq de ses films. Auparavant, le 4 novembre,
première en sa présence du dernier film en date du vétéran
Ermanno Olmi, Torneranno i prati.
8
Claude Lelouch, tout le monde ou presque
le connaît, pour l’encenser ou le vomir. Un
homme et une femme, bien sûr, le succès et la
notoriété instantannés, couronné à Cannes en
1966, Oscar du meilleur réalisateur l’année suivante, la chanson éponyme de Francis Lai et
Nicole Croisille (ba da ba da da) faisant le tour
du monde avec plus de 300 adaptations… Rejet
aussi instantanné par la critique cinéphile. Déjà
en 1960, à propos de Le Propre de l’homme, son
premier film, la critique des Cahiers du cinéma
commençait ainsi : « Claude Lelouch, retenez
bien ce nom, vous n'en entendrez plus jamais
parler ». La réconciliation fut longue à venir
avec celui dont on a souvent dit: « Il ne raconte
pas grand-chose, mais il le
fait tellement bien. »
Pour ceux qui, comme
le signataire de ces lignes,
connaissent mal l’œuvre de
Lelouch, le recours au documentaire qu’il réalisa en
2011, D'un film à l'autre,
sur son propre parcours de
cinéaste revisité sans trop de
complaisance, s’est révélé
très utile. En prenant les
films qu’il viendra présenter
à Genève dans l’ordre chronologique, on commence
par Le Voyou (1970) pour
lequel Lelouch fait à nouveau appel à Jean-Louis Trintignant, mais pour
un rôle moins romantique que dans Un homme
et une femme. Il fait aussi appel à Charles
Denner qui l’enthousiasme : « Il ne jouait
jamais. Il vivait littéralement chaque scène
comme dans un état second habité jusqu’à la
folie par son personnage. » En 1972 il tourne
L'aventure c'est l'aventure avec Lino Ventura,
Jacques Brel, Charles Denner, film critique sur
a
l’après Mai 68. En 1975 il fera tourner Michèle
Morgan, dans Le Chat et la Souris avec Serge
Reggiani. Dans une scène annonçant les futurs
bêtisiers des séries télévisées, on y voit Michèle
Morgan attraper un fou rire après avoir trouvé
un clou dans un gâteau…
En 1998 viendra le plus intimiste Hasards
ou coïncidences avec Alessandra Martines et
Pierre Arditi. « J’avais envie, dit-il, de réaliser
un film sur ce qui me fait le plus peur : apprendre la mort d’un de mes enfants ou de la femme
que j’aime. Je voulais filmer cet instant infilmable mais surtout montrer comment on peut
remonter la pente. Comment continuer à vivre
quand on a tout perdu ? Je suis fier de l’avoir
«Torneranno i prati» d'E. Olmi
fait… Le film n’a pas perdu d’argent. Il a été
amorti, alors que l’échec public est absolu. Je
crois que c’est un film qui s’adresse aux
croyants de la vie. » Puis ce sera en 2007 le
pied de nez à la critique que constitue Roman
de gare : « En 2006, j’ai eu envie, comme un
magicien de faire un ultime tour de passe-passe,
l’idée saugrenue de faire un film sous un
pseudonyme… Je me suis souvenu du mer-
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veilleux pied de nez de Romain Gary au monde
des lettres lorsqu’il a écrit La vie devant soi sous
le pseudonyme d’Emile Ajar. Lui aussi, à un
moment donné, s’était senti meurtri. J’avais le
sentiment que mes films n’intéressaient plus
personne… On s’est tous lancé dans cette énorme supercherie et j’ai demandé à mon meilleur
ami de jouer le rôle du metteur en scène… et
petit à petit, s’est fait Roman de gare (sous le
pseudonyme d'Hervé Picard). »
Encadrant ce week-end, la projection d’autres titres est annoncée sous réserve : Un
homme et une femme (1966), La Vie, l'Amour,
la Mort (1968), La Bonne Année (1973) un des
films préférés de Kubrick selon Sydney
Pollack…, Le Bon et les Méchants (1975), Les
Uns et les Autres (1981) avec lequel Lelouch se
lance dans le film choral, Itinéraire d'un enfant
gâté (1988) où il se convertit au tournage à plusieurs caméras, « à mon sens le film dans lequel
je dirige le mieux les comédiens car pour la première fois j’utilise systématiquement deux,
voire trois caméras. »
Ermanno Olmi
Rencontre certainement émouvante avec le
vieux maître (83 ans) (Il Posto; Les Fiancés)
venu présenter Torneranno i prati (Ils reviendront dans les prairies), sa réponse personnelle
aux commémorations de l’éclatement de la première Guerre mondiale.
Décrivant la vie des combattants sur le front des
Dolomites, le film d’une
heure et demi en temps réel a
nécessité huit semaines de
tournage dans une tranchée
reconstituée en haute montagne, de quatre heures de l’après-midi à quatre heures du
matin par -10 dans cinq mètres de neige. Voulant faire
œuvre utile, comme il le dit,
Olmi ne désarme pas :
« Les versions officielles ne
sont plus crédibles, les mensonges, les édulcorations,
nous ne devons plus les taire: nous devons
savoir, connaî-tre, car quel enseignement tirer
d’une Histoire sans sincérité ? » Torneranno i
prati , Les Sentiers de la gloire de Kubrick,
même combat ?
Christian Bernard
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novembre à la
Cinémathèque suisse
Amos Gitai
Robin Williams
Troisième mois de la rétrospective Gitai. Le
6 novembre, le réalisateur en personne présentera au cinéma Capitole le film qu’il a consacré à
son père, Lullaby to My Father (2011). « La vie
de Munio Weinraub Gitai est exemplaire de l’itinéraire, de l’engagement social et de l’implication professionnelle de toute une génération d’architectes nés en Europe Centrale (en l’occurrence : Pologne), formés au Bauhaus et qui, à la différence de leurs prestigieux maîtres exilés outreAtlantique (Gropius, van der Rohe…), iront en
Un hommage de 13 films est consacré au
comédien disparu. Dommage que le film cassegueule et brillant qui l’a lancé, Popeye (Robert
Altman, 1980), une transposition live de la célèbre bande dessinée, ne soit pas de la partie. The
World according to Garp (George Roy Hill,
1982), Moscow on the Hudson (Paul Mazursky,
1984), Good Morning Vietnam (Barry Levinson,
1987), Dead Poets Society (Peter Weir, 1989)
sont essentiels, mais The Fisher King (Terry
Gilliam, 1991), souffrant du péché mignon de
tous les scénarios de Richard LaGravenese, l’accumulation d’éléments fantastico-poétiques qui
finissent par compter pour du beurre, ne l’est pas.
On pourra aussi vérifier le statut de Hook (1991),
compté parmi les films les plus faibles de Steven
Spielberg. Mrs. Doubtfire (Chris Columbus,
1996), The Birdcage (Mike Nichols, 1996, d’après le très franchouillard La Cage aux Folles),
Deconstructing Harry (Woody Allen, 1997),
Good Will Hunting (Gus Van Sant, 1997), One
Hour Photo (Mark Romanek, 2002), Insomnia
(Christopher Nolan, 2002) et Night at the
Museum (Shawn Levy, 2006) complètent l’éventail vertigineux de l’acteur, dont une dizaine de
Yaël Abecassis dans «Lullaby to My Father»
Palestine mettre en pratique l’enseignement
reçu. » Au cours du mois, plus d’une
dizaine de documentaires du cinéaste
montreront la grande diversité de ses
intérêts. Certains titres se confondent
avec leur contenus: American
Mythologies (1981), Ananas (1983),
Bangkok-Bahrein/ Travail à vendre
(1984), Au pays des Oranges (1994).
Wadi (1981), Wadi 10 ans après
(1991) et Wadi Grand Canyon (2001)
étudient une vallée, Wadi Rushmia,
située à l’est de Haïfa et peuplée d’un
mélange d’immigrants juifs et
d’Arabes expulsés de chez eux, vivant
en coexistence fragile : au fil des ans,
de nouveaux immigrants s’installent et le contexte politico-social se détériore avec l’intrusion des
promoteurs immobiliers. Give Peace a Chance
(1994) tient la chronique des événements qui ont
conduit à l’accord de paix Arafat-Rabin. The
Arena of Murder (1996) inventorie les traces
laissées par l’assassinat de Rabin.
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Al Pacino et Robin Williams dans «Insomnia»
titres depuis 2004 n’ont plus trouvé de distributeur chez nous : était-il trop catalogué comme
gentil et lacrymal ?
Commémoration de la Grande
Guerre
cinéma soviétique », on peut (et on doit) découvrir Un Débris de l’Empire (1929) de Fridrikh
Ermler (sur un soldat qui a perdu la mémoire au
front, ne la retrouve que dix ans plus tard et a de
la peine à s’orienter dans ce nouveau monde
soviétique) et Marchands de Gloire (1929) de
Léonide Obolenski (d’après une pièce de Marcel
Pagnol et Paul Nivoix) qui instrumentalise également la perte de mémoire et la fracture de l’identité dans une vigoureuse charge antimilitariste.
Denis Côté
Le Québécois Denis Côté est dans certains
milieux très bien coté. A côté de lui, ses compatriotes Denis Villeneuve et Kim Nguyen, pour ne
pas parler de Daniel Grou (alias PodZ) ou d’Eric
Tessier, sont considérés comme des tâcherons.
Parce qu’ils font du cinéma construit, structuré,
et conçoivent le récit comme un outil à distiller la
9
«Vic + Flo ont vu un ours»
tension, ils sont méprisés par les thuriféraires de
la modernité. Ceux-ci truffent leurs appréciations
d’expressions comme « confronter le spectateur à
un récit qui n’en est pas un »,
« déambuler dans le réel d’un pas
somnambulique », « la dimension
dramatique reste cachée, latente,
comme la bête qui se cache en
chaque individu ». Ce qui n’est pas
pour inspirer confiance a priori.
Selon les propres termes de l’auteur,
le cinéma de Côté invite, alors que le
cinéma standard impose. À l’évidence, l’œuvre de Denis Côté est une
affaire de goût acquis.
Après avoir vu Elle veut le
Chaos (2008) et Curling (2010), je
ne l’ai pas encore. Mais je veux bien
lui donner une chance supplémentaire avec les
documentaires Bestiaire (2012, le regard des
bêtes) et Que ta Joie demeure (2014, sur le
monde du travail en usine). Et avec sa dernière
fiction, Vic + Flo ont vu un ours (2013), parce
que le titre est marrant.
Raymond Scholer
A l’occasion du cours de François Albera
sur « la Première Guerre mondiale vue par le
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festival tous écrans, genève
Plongée dans l'univers
du transmédia
La vingtième édition du festival Tous Ecrans investira du 6 au 13 novembre
la Maison communale de Plainpalais.
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Le Festival Tous Ecrans/Geneva
International Film Festival explore depuis 1995
les liens entre le cinéma, la télévision et les nouvelles formes de création digitale. L'an passé,
tranchant avec les éditions précédentes, la manifestation s'était dotée d'une ligne directrice claire centrée autour de trois sections (cinéma, télévisons ainsi que web et transmedia) ; cette
année, manière d'affirmer le dynamisme de sa
programmation, elle s'offre un « petit » déménagement. En effet, pour sa vingtième édition, le
festival, dirigé depuis 2013 par Emmanuel
Cuénod, prend ses quartiers à Pitoëff, la Maison
communale de Plainpalais. Car vingt ans, ça se
fête ! Investissant les deux étages du bâtiment,
le festival met à disposition du public deux salles de projection (370 et 310 places), un restaurant, un bar, une salle de conférence ainsi que
des espaces dévolus à la culture digitale.
L'artiste François Moncaré, dont l'œuvre interroge les connexions entre l'art, l'humain et les
nouvelles technologies, y exposera plusieurs
installations numériques. Parmi celles-ci, on
peut citer Who Loves the Sun, un soleil qui évoluera en fonction du public, ainsi que Digital
Rave(l), qui fera prendre vie, grâce aux techniques de video mapping, à la fresque
d’Edmond Ravel qui orne les murs de Pitoëff.
Nouveauté surprenante, la jardin de la Maison
communale de Plainpalais accueillera un drivein urbain, à l'accès gratuit, dans lequel seront
diffusées des séries cultes des années 1990.
Focus sur le Canada
Pour cette nouvelle édition, l'accent sera
mis sur les films venus du Canada : s'ouvrant
avec Le Règne de la beauté, le dernier opus de
Denys Arcand, le festival accueillera le réalisateur Guy Maddin qui tournera au cours du festival un épisode de sa série Spiritisme. Le tournage, réalisé avec la HEAD et l'ECAL, est ouvert
au public et aura lieu samedi 8 novembre de 14h
à 17h. La manifestation, qui a l'ambition de
a
faire découvrir au public toutes les nouvelles
tendances en matière de cinéma, de télévision et
de culture digitale, propose comme chaque
des casque 3D de réalité virtuelle Oculus Rift.
Ceux-ci, avec leur vision à 360o, ont entre autres la particularité d'abolir le hors-champ. Le
virtuel se confond alors totalement avec la réalité, ce qui renforce l'immersion du spectateur au
sein de la fiction qui lui est proposée. Pour la
première fois, le Festival Tous Ecrans décernera
le prix Film & Beyond, destiné à récompenser
l'œuvre d'un artiste au caractère transdisciplinaire. Il sera remis Jean-Hugues Anglade,
acteur qui s'est illustré aussi bien dans le domaine du cinéma qu'à travers d'autres pratiques
audiovisuelles. Le festival se clôturera sur la
projection de Coming home du réalisateur chinois Zhang Yimou, drame situé à la fin de la
Révolution culturelle.
Jim Fiscus SHOWTIME (© 2014 Penny Dreadful © Showtime Networks Inc. All Rights Reserved (1)-2
année une sélection de séries qui se distinguent
par leurs qualités esthétiques et formelles. La
programmation proposera un large panorama de
productions télévisuelles, des grands crus américains à des œuvres plus confidentielles. Parmi
les plus attendues, on citera The Strain, réalisée
par Guillermo del Toro, Penny Dreadful de John
Logan, Babylon de Danny Boile, sans oublier
Gomorra, inspirée du célèbre roman de Roberto
Savinio, ainsi que Fargo, qui transpose l'intrigue
du film des frères Coen dans le Minnesota de
2006. La manifestation fera également la part
belles aux séries web dans le cadre de la section
« web et transmédia », qui conjugue à la fois
œuvres de fiction et projets documentaires.
Le festival, qui propose depuis sa création
d'expérimenter de nouveaux dispositifs audiovisuels, offre cette année la possibilité d'essayer
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En marges des projections se tiendra le traditionnel workflow, le programme professionnel
du festival. Celui-ci accueillera une série de rencontres dédiées aux pratiques digitales, de
même que des débats autour de la création
numérique et télévisuelle ainsi que de la convergence des médias. Les enfants ne seront pas non
plus en reste : la Journée pour tous du dimanche
permettra aux familles de participer au festival
à travers un programme concocté en collaboration avec la Lanterne Magique et l’émission
pour enfants de la RTS Mission Ciné. En clair,
cette vingtième édition s'annonce aussi festive
qu'expérimentale.
Emilien Gür
Programmation détaillée : www.tous-ecrans.com
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sociales. Certes, le film de Solano parle d’autre
chose, mais il parle aussi de ce qui rend cette
terreur possible : la pauvreté et l’exploitation
créées par tout un système.
festival
Filmar
Le festival FILMAR des films d’Amérique latine revient pour sa 16ème
édition du 15 au 30 novembre. Festival pantagruélique de 400 projections,
l’accent sera mis cette année sur un monstre dans ce monstre : le cinéma
argentin. Le pays de Solanas, Subiela et Bielinsky sera ainsi au centre de la
manifestation avec 40 titres, dont huit films allant de 1962 à 1985 et six
films résumant l’âge d’or du Nouveau Cinéma Argentin (1990-2010).
Les autres pays ne seront pas oubliés : 115
films des productions récentes de Bolivie,
Brésil, Chili, Colombie, Cuba, Équateur,
Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay,
République Dominicaine, Uruguay et Venezuela
seront également présentés. Pour ceux qui ont
des lacunes en géographie de l’Amérique latine,
voilà un bon moyen de les combler. Le festival
aura, bien sûr, sa sélection en compétition avec
huit fictions et huit documentaires.
FILMAR veut s’adresser non seulement
aux cinéphiles mais déclare élargir sa préoccupation au champ politique et social en s’adressant aux personnes actives dans le domaine de
la solidarité internationale.
Films ‘prioritaires’
Dans les films à suivre, on n’a que l’embarras du choix. A priori, on pourra être tenté
par Lulu de Luis Ortega, ne serait-ce que pour
inscrire l’œuvre de ce jeune réalisateur de 34
ans dans la continuité de la cinématographie
argentine. Dans Lulu, il s’essaye à l’exubérance
en suivant un couple de jeunes qui va vivre la
vie au présent sans se soucier du lendemain.
Une soif de vie d’autant plus débridée que
Ludmila (une des deux « Lu » du titre) a une
balle dans le corps qui menace de bouger et de
la tuer à tout moment. Comme les précédents
films d’Ortega manifestaient plus de préoccupations formelles minimalistes qu’émotionnelles, ce film pourrait être son « contes cruels de
la jeunesse » ou s’avérer n’être qu’un vain exercice de style.
Le Chilien Cristian Jimenez, avec La Voz
en off, mérite aussi l’attention avec l’histoire
d’une femme qui décide de faire une pause dans
sa vie en faisant vœu de silence et en se mettant
en état d’isolement médiatique. Cela pourrait
décourager a priori, mais Jimenez avait réussi
avec Bonsai (sélectionné à Cannes dans la
sélection « un certain regard »), un film doux
amer sur ce qu’il appelait déjà « le nouveau sen-
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timent de solitude » et mêlait considérations sur
Proust, l’art d’écrire, la botanique et le sexe
dans un cocktail qui échappait aux effets de
mode et d’artificialité. Un ton et un style
que La Voz en off pourrait encore affiner.
Œuvre forte
En parallèle de ces découvertes, le festival
rendra également hommage à l’écrivain colombien Gabriel García Márquez, Prix Nobel de
Littérature en 1982, disparu en 2014 et une
exposition consacrée à Mafalda, le personnage
créé par le dessinateur argentin Quino en
contrepoint aux « Peanuts » de Schulz.
Il y aura assurément de quoi faire.
David Leroy
Sélection en compétition :
FICTION
LULU, Luis Ortega, 2014, Argentine
PRAIA DO FUTURO, Karim Aïnouz, 2014, Brésil
LA VOZ EN OFF, Cristian Jímenez, 2014, Chili
MATEO, María Gamboa, 2013, Colombie
CONDUCTA, Ernesto Daranas, 2014, Cuba
SILENCIO EN LA TIERRA DE LOS SUEÑOS, Tito
Molina, 2013, Equateur
LA TIRISIA, Jorge Pérez Solanas, 2014, Mexique
LOS ENEMIGOS DEL DOLOR, Arauco Hernández,
2014, Uruguay
Mais c’est peut-être du Mexique que viendra l’œuvre forte du festival avec La Tirisia de
Jorge Pérez Solano. Dans Espiral (2009),
Solano affirmait sa conviction que le Mexique
devait trouver la solution à ses nombreux problèmes en se basant sur ses seules forces qui
passent, là comme ailleurs, par les femmes, seules garanties de solidarité dans des La Tirisia,
Solano revient dans la région aride du Mixtec
Oaxaca et raconte
l’histoire de deux
femmes enceintes
qui doivent s’occuper de la famille et
du village alors que
les hommes, poussés par l’exil économique,
vont
chercher du travail
au loin. Les choix
impossibles qu’elles seront amenées
«La Tirisia» de Jorge Perez Solanas
à faire les plongeDOCUMENTAIRE
ront dans la « Tirisia », la tristesse perpétuelle,
« la mort de l’âme ». Tourné dans la région CIUDADELA, Rubén Guzmán, 2014, Argentine
aride du Mixteca, le film assume la dimension DURAZNO, Yashira Jordán, 2013, Bolivie
universelle de cette chaîne d’abandon et de déli- MATARAM MEU IRMAO, Cristiano Burlan, 2013,
Brésil
tement.
Difficile de ne pas relier ce film avec l’ac- HOTEL NUEVA ISLA, Irene Gutierrez, 2013, Cuba
tualité mexicaine récente sur le massacre barba- LA MUERTE DE JAIME ROLDOS, Manolo Sarmiento,
re de 43 étudiants dans l’Etat voisin du 2013, Equateur
Guerrero et qui nous rappelle l’état de violence QUEBRANTO, Roberto Fiesco, 2013, Mexique
et de terreur extrême dans laquelle le crime SOBRE LAS BRASAS, Mary Jímenez, 2014, Pérou
organisé et les politiciens corrompus tiennent le EL SILENCIO DE LAS MOSCAS, Elizer Arias, 2013,
Mexique. Le libéralisme sauvage et les narco- Vénézuela
trafiquants unis pour étouffer les revendications
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filme ces corps d’adolescentes. La cinéaste sait
faire sentir toute la charge athlétique, énergique,
sensuelle et sexuelle de ces corps féminins qui
exsudent une force incroyable, en parfait contraste avec leur « impuissance » sociale et professionnelle. Les scènes des rencontres clandestines
de la bande dans une petite chambre d’hôtel, où
ces filles sont quasiment collées les unes aux autres, mais où elles bougent, dansent, chantent
magnifiquement sur Diamonds de Rihanna resteront gravées dans l’esprit et le cœur du spectateur. Autre réussite : les images jamais misérabilistes de la cité (particulièrement belle de toutes
ses lumières la nuit) dont l’architecture, comme
celle de la Défense, semble destinée à accueillir
ces joutes et ces danses. C’est dans cette mesure
que ce film diffère, comme le désire Céline
Sciamma, d’un « film de banlieue ».
Les films du mois
«Bande de filles» © Agora films
BANDE DE FILLES
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de Céline Sciamma, avec Karidja Touré, Assa
Sylla, Lindsay Karamoh, Marietou Touré…
(France 2014)
Présenté en ouverture de la Quinzaine des
Réalisateurs à Cannes cette année, le troisième
long-métrage de la jeune réalisatrice Céline
Sciamma, Bande de filles, marque un retour aux
questions qui taraudent l’adolescence féminine
après un détour par les interrogations sur l’identité sexuelle à la fin de l’enfance dans Tomboy.
Après un pré-générique qui nous happe dans
un match de football américain joué par des filles
avec tout l’équipement « guerrier » nécessaire et
donc avec tout l’engagement physique qu’implique ce sport, nous assistons au retour de l’équipe dans sa cité. Au fur et à mesure que se
défait le groupe, l’impression de puissance qu’il
dégageait fait place à une sorte d’inquiétude sous
le regard (méprisant ? menaçant ?) de groupes de
mecs désœuvrés.
Le film se focalise ensuite sur Marieme
(Karidja Touré, excellente, dans son premier
rôle), une adolescente noire de 16 ans, en situation d’échec scolaire. Dans une scène d’anthologie, la proviseure ou la conseillère d’orientation –
qui reste pure voix off – lui fixe son « destin » :
malgré son désir de poursuivre ses études,
Marieme est condamnée à la filière professionnelle ! A la maison, pas de père et une mère souvent absente pour son travail de nettoyeuse. Elle
doit s’occuper de ses petites sœurs et subir l’autorité tyrannique et violente d’un grand frère.
Un jour, elle est littéralement draguée par un
groupe de trois filles au verbe haut, à la dégaine
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Serge Lachat
de bagarreuses et qui lui donnent une formidable
impression de liberté. Impression qui se modifiera par la suite, mais en attendant, Marieme retrouve une sorte de confiance en elle en intégrant
cette petite bande de guerrières qui adoptent les
comportements et les valeurs des mecs : la hiérarchie entre bandes et à l’intérieur de celles-ci se
décide au cours de bastons d’une rare violence, et
ces filles assument leur sexualité conquérante en
refusant le rôle qui les attend de mères et d’épouses. En même temps qu’elle découvre cette
« liberté » et ses limites, Marieme vit une première histoire d’amour que son frère ne tolère pas. Il
lui fait dans toute la cité une réputation de
« pute ». Elle quitte le domicile familial, prend
ses distances avec sa bande et, refusant la
prostitution, accepte un boulot de livreuse de drogue que lui offre le caïd du coin. Mais très vite
elle se rend compte que sa situation l’emprisonne
au moins autant que le mariage que lui propose
son amoureux. Le film s’arrête alors qu’elle
esquisse un mouvement de sortie du cadre…
On le voit, Céline Sciamma (em)brasse trop
de sujets graves (le déterminisme social, sexuel
et racial, le poids des archaïsmes et des interdits
dans les familles et dans la cité, la drogue, la
prostitution…) pour les traiter en profondeur.
Non seulement elle ne dit rien de très neuf, mais
sa façon de juxtaposer des scènes (inégalement
réussies) sans véritable travail de montage (beaucoup d’ellipses marquées par un noir) ne permet
aucun vrai développement et la dernière partie
est vraiment la moins bonne.
Indéniablement le meilleur de ce film très
« physique » (la première scène est matricielle de
ce point de vue) tient à la façon dont Sciamma
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DER KREIS
de Stefan Haupt
Zürich, 1956. Deux hommes, Ernst Ostertag
et Röbbi Rapp, fréquentent l'organisation secrète
« der Kreis », pionnière en matière d'émancipation homosexuelle en Europe. L'un est professeur
de français dans un lycée, l'autre coiffeur et chanteur de variété. Ils se rencontrent et s'aiment.
Zürich avait alors la réputation d'une ville tolérante et attirait des homosexuels du monde entier.
Néanmoins, les autorités regardaient d'un œil
méfiant les activités du « Kreis ». Le groupe fut
contraint de cesser son activité lorsque la communauté homosexuelle zurichoise fut victime
d'une série de meurtres. Les médias s'emparèrent
de ces faits divers pour stigmatiser de manière
virulente la communauté gay de la ville.
Lorsqu'un des meurtriers fut acquitté, un quotidien zurichois titrait « le triomphe de l'humanité »... Suite à cette affaire, la police souhaita établir une liste des membres de l'organisation et
multiplia les rafles dans les cabarets gays. En
1967, Karl Meier alias « Rolf », le fondateur du
groupe, dut dissoudre ce dernier et mettre un
terme à la publication de la revue qui y était associée. Si « der Kreis » n'existe plus depuis longtemps, Ernst et Röbbi vivent toujours ensemble.
Stefan Haupt est allé à leur rencontre. Célébrant
la liberté d'aimer, Der Kreis dresse un portrait
émouvant d'une période de l'histoire qui demeure
peu connue de ce côté-ci de la Sarine. Œuvre à la
nature hybride, le film alterne séquences de
reconstitution de la vie des deux hommes au sein
du mouvement homosexuel et entretiens avec ces
derniers. Au regard du cinéaste sur la Zürich des
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au succès planétaire
et à l’exploitation
économique moderne des créations du
grand couturier.
L’amant
Pierre
Bergé est l’instigateur et le maître des
stratégies économiques que le film
n’hésite pas à montrer « en action » au
cours de discussions avec les investisseurs américains.
Dès lors, une ques«Der Kreis» avec Ernst Ostertag (Matthias Hungerbühler), Felix (Anatole Taubman)
tion
essentielle
années 1960 succède la vision des protagonistes taraude Saint Laurent : que reste-t-il de l’artiste
sur leur propre histoire. Le film, contrairement à dans le logo YSL qui marque les nombreux proce que laisse présumer son titre, met plus en duits dérivés ? Ou encore : comment rester un
avant ces deux individus que le groupe. C'est là artiste (même avec la frustration de se sentir
son principal défaut : au lieu de proposer une peintre raté) dans un monde où votre identité se
véritable réflexion sur l'organisation « der fond dans une marque ?
Kreis », le film donne parfois l'impression un peu
Se développant au gré d’un montage qui fait
décevante d'être un biopic. La parole du couple fi de la chronologie (le spectateur trouve ses
aurait méritée d'être plus exploitée, afin d'offrir repères historiques dans les dates affichées à l’éun contrechamp aux images mises en scène par cran), le film explore aussi la mystérieuse alchiStefan Haupt et de maintenir une certaine distan- mie entre l’époque et les œuvres. Explorant la
ce vis-à-vis des scènes de reconstitution.
proximité de Saint Laurent avec Andy Warhol
Emilien Gür (même si Saint Laurent ne pourra jamais réaliser
le rêve du peintre américain de voir sortir une
SAINT LAURENT
« collection Andy Warhol ») ou avec Mondrian,
de Bertrand Bonello, avec Gaspard Ulliel, Bonello travaille sur les goûts artistiques du couHelmut Berger, Jérémie Rénier, Louis Garrel, turier en matière de peinture certes, mais aussi en
Léa Seydoux, Dominique Sanda… (France, matière de littérature. Son amour pour Proust par
2014)
exemple se manifeste non seulement par son goût
pour un tableau assez médiocre offert par Pierre
Deuxième film sorti en quelques mois sur Bergé qui représente la chambre et le lit de l’écriYves Saint Laurent, réalisé malgré l’hostilité de vain dans lequel le cinéaste fait se glisser fantasPierre Bergé, compagnon du couturier et instiga- matiquement son personnage, mais aussi par son
teur du film de Jalil Lespert, le Saint Laurent de choix du nom de
Bertrand Bonello est une œuvre intelligente, sub- Swann lorsqu’à
tile sur les affres de la création et sur les rapports l’ouverture du
terriblement complexes entre l’art et la vie.
film
Saint
Œuvre qui s’éloigne du biopic traditionnel Laurent vient se
(ce qu’est le film de Lespert) en se focalisant sur réfugier dans un
une décennie seulement de la vie de Saint hôtel de luxe
Laurent, de 1965 à 1976, période la plus créative pour y trouver le
du couturier, mais aussi la plus sombre, la plus sommeil et pour
marquée par un vertige autodestructeur (alcool, s’y dévoiler dans
drogues, médicaments…). Même si le cinéaste un interview téléoffre quelques éclairages sur l’enfance comme phonique dont
sur la fin de vie de Saint Laurent, son but n’est Bergé interdira la
pas tant de raconter une vie que de porter toute publication.
son attention sur les tensions insupportables entre
Et ses goûts
Gaspard Ulliel
la puissance créatrice et le « devenir-icône » lié en matière de
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cinéma sont évoqués par des extraits de Madame
de… de Max Ophuls ou d’autres des Damnés de
Visconti regardés dans les larmes à l’occasion
d’un passage à la télévision. Ce qui permet à
Bonello un coup de force magistral lorsqu’il
donne le corps d’Helmut Berger à Saint Laurent
vieilli. Helmut Berger qui se regardant lui-même
jeune incarne sans presque rien dire à la fois la
noblesse, l’extrême faiblesse et le regard tragique
de son personnage sur la vie et le « temps
perdu »! De même que le goût de Saint Laurent
pour les sculptures antiques, grecques, égyptiennes ou asiatiques, et les camées témoigne de sa
fascination pour un monde aujourd’hui disparu et
permet à Bonello de montrer comment Bergé
exerce son pouvoir (dans le film, tous les rapports amoureux sont aussi des rapports de pouvoir) à la fois par ses cadeaux qui flattent les
goûts du couturier et par la « mise en scène
muséale » de ceux-ci qui perturbe l’artiste qui
ose à peine les toucher.
La finesse de Bonello se manifeste encore
lorsqu’il utilise les goûts musicaux de Saint
Laurent (Mozart, Schubert, Bach, Pergolèse, l’opéra et la Callas) à la fois pour peindre son personnage (ces musique lui servent de « cocon »
pour sa création, à l’inverse des rythmes contemporains qui, avec l’alcool et les drogues servent à
l’étourdir et à lui faire oublier douleurs et angoisses dans les soirées en boîte) et en même temps
pour faire de ces partitions classiques un « commentaire critique » des scènes qu’elles accompagnent. L’autre grande question abordée par le
film est celle de ce qui passe du présent, voire de
l’actualité dans les créations de Saint Laurent.
Rien, ou presque pourrait-on croire lorsque défilent à grande vitesse en split-screen des images
d’actualité (mai 68, la démission de de Gaulle, la
guerre du Vietnam…) et des images des défilés
de ces mêmes années. Difficile de mesurer la
est «Saint Laurent» © Frénétic films
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présence d’échos au vu de l’apparente distance
infinie entre le monde dans lequel évolue Saint
Laurent et la réalité quotidienne des Françaises et
des Français. Et de ses ouvrières dont il reconnaît
le travail, mais dont il ne veut rien savoir. A l’une
d’elles qui veut un congé pour avorter il offre une
grosse somme d’argent dans un geste apparemment généreux, mais interdit qu’on la reprenne à
son retour…
C’est évidemment sur le terrain de la sexualité que se jouent les différences les plus troublantes entre réalité et monde imagié, entre les
rêves de folles passions et les rencontres sordides
dans les bosquets, entre le besoin de tendresse et
les jeux sado-masochistes. Mais le refus du réel,
le mal-être, la peur de la panne créatrice fugacement oubliés dans le sexe et les drogues, font
rapidement de Saint Laurent une sorte de zombie
(en fait il est mort avant d’être mort comme le
montre une scène très drôle où des journalistes de
Libération cherchent le bon titre pour sa nécro,
multiplient les clichés à son propos avant de
conclure qu’il est insaisissable !), de personnage
en lévitation pour qui réalité et fantasmes se
confondent. Et Gaspard Ulliel excelle dans cette
façon d’être à la fois là et pas là, présent et
absent. Et c’est une des réussites du film que de
nous égarer nous aussi entre réalité et imaginaire
en étant à certains moments presque un documentaire (dans les scènes d’atelier avec les différentes pratiques des « petites-mains », par exemple), à d’autres un film onirique (les reptiles sur
le lit). Et de nous offrir des scènes où nous perdons pied : après la mort de son chien Moujik,
Saint Laurent en achète une quantité de la même
race, ce qui nous fait perdre nos repères temporels, puisque Moujik renaît sans cesse de ses cendres ! Comme Saint Laurent d’ailleurs, puisque
le film se termine sur la magnifique scène d’un
défilé filmé comme jamais défilé de mode ne fut
filmé, véritable opéra, vertigineux jeu de lumiè-
«National Gallery» © Xenix films
a
res, de couleurs, de mouvements avec un écran
divisé comme un tableau de Mondrian avec des
bandes d’images défilant horizontalement au bas
de l’écran et verticalement. Moment magique de
pur cinéma !
Serge Lachat
NATIONAL GALLERY
de Frederick Wiseman (France/Etats-Unis,
2014)
Le documentariste américain aura 85 ans le
1er janvier prochain. Celui qui s’est spécialisé
dans le portrait de la société américaine à travers
de grandes institutions (hôpitaux, tribunaux, écoles…) vit et travaille des deux côtés de
l’Atlantique, entre Paris et la Californie. Ses
récentes réalisations, La Danse, le ballet de
l’Opéra de Paris (2009), Crazy Horse (2011) sur
les coulisses du cabaret parisien, ou At Berkeley
(2013) sur l’université du même nom, en témoignent. Il a traversé la Manche pour filmer de l’intérieur la National Gallery de Londres. Aucun
amateur de peinture ne devrait manquer ces trois
heures de bonheur.
Au début les tableaux seuls, comme hors du
temps. La caméra parcourt les salles éclairées
mais vides de tout public. Succession dans leur
évidence de chefs-d’œuvre dont on se souvient
ou non qu’ils sont accrochés là, dans l’un des
plus beaux musées de peinture du monde.
Moment de silence et de grâce. Bruit mécanique
hors-champ, un nettoyeur entre dans le cadre
avec sa cireuse. C’est par le bas de la hiérarchie
que Wiseman choisit de débuter la ronde des
nombreux métiers impliqués par un grand musée.
Mais, contrairement à Nicolas Philibert qui
explorait dans La Ville Louvre (1990) tous les
coulisses du musée parisien, le propos de
Wiseman n’est pas de mettre l’accent sur les
sans-grades de l’institution, car dès la séquence
suivante, nous sommes avec les cadres
que nous ne quitterons
pratiquement pas.
Plus précisément avec
le directeur et une proche collaboratrice qui
lui répète encore et
encore (il est admirable de flegme) que la
Gallery doit mieux
prendre en compte les
souhaits et les attentes
du public.
C’est la concréti-
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sation de ce projet en forme de mission pédagogique auprès de toutes sortes de publics, qui nous
est donnée à voir : tableaux commentés lors de
visites guidées par des conservateurs-conférenciers; formations continues pour enseignants
d’histoire de l’Art du secondaire ou pour restaurateurs; ateliers de dessin d’après modèles, et,
très impressionnant, atelier de lecture des
tableaux avec les doigts pour les aveugles. Les
commentaires des conférenciers, toujours concis
et concrets, sont très divers : sur les tableaux (que
raconte le tableau ? Quel est son sujet ? Où étaitil placé ? Par qui et comment était-il vu ?) ou sur
les peintres (l’ambiguité du Samson et Dalila de
Rubens; le paradoxe de Poussin peignant les
corps en sculpteur, …). Chacun y trouvera son
miel. Chemin faisant, on apprend énormément de
choses sur la vie du musée. Par exemple à quel
point une exposition temporaire, telle celle
consacrée à Léonard de Vinci en 2011-2012, est
l’occasion pour les conservateurs de progresser
dans leur connaissance de tableaux pourtant célèbres, que ce soit par le travail de restauration
(essentiellement le nettoyage de vernis inconsidérément appliqués dans le passé) dont la règle
d’or, admirable de modestie lucide, est d’être
toujours réversible, ou par l’étude aux rayons X.
Ayant visiblement gagné la confiance des
responsables de la Gallery, Wiseman filme en
toute simplicité leurs réunions dont les préoccupations économiques ne sont pas absentes. Ce qui
nous vaut un savoureux débat : Faut-il prêter pour
sa publicité la façade du musée à une manifestation de course à pied extrêmement populaire se
terminant devant le musée à Trafalgar Square ?
Wiseman a la finesse et la modestie de s’effacer
derrière le discours et le travail de l’institution
dont il ne cherche à aucun moment à faire un portrait à charge. Ce qui ne signifie pas une totale
absence de critique, mais c’est au spectateur de
l’apercevoir. Ainsi, autre moment savoureux, celui
du réglage minutieux de la lumière sur un tryptique, l’intensité devant être partout égale, sauf
que le tryptique est enfermé dans une chasse en
bois créant une bande d’ombre de 30 cm sur le
haut du tableau et la tête du Christ en majesté…
Mais les plus beaux moments de ce film qui
n’en manque pas, sont les face-à-face en miroir
des tableaux et des spectateurs les regardant. Eux
comme nous mortels. L’évidence que ces objets et
ces visages depuis longtemps disparus sont toujours vivants, que ce sont les tableaux qui nous
regardent et nous interrogent dans leur immortalité, même relative et provisoire, s’impose alors.
Christian Bernard
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virtuosité (les différents visages de la
mort, les tatouages, la
de Naomi Kawase, avec Fujio Tokita, Jun danse sous des formes
Murakami, Jun Yoshinaga, Makiko Watanabe, multiples…). Elle sait
Miyuki Matsuda,… (Japon, 2014)
admirablement bien
jouer du réel et de l’iQuatrième film de Naomi Kawase en com- maginaire (le dos
pétition à Cannes où elle avait obtenu la Caméra tatoué du noyé revu
d’Or pour Suzaku, Still the Water est né d’un dans un cauchemar
deuil, celui de sa mère adoptive, et d’un retour de par le jeune homme
la cinéaste sur l’île de ses ancêtres, Amami. C’est qui le fantasme
donc un film qui porte sur les grandes questions comme amant de sa
«Le sel de la terre © Juliano Ribeiro Salgado / Filmcoopi
existentielles que nous propose la réalisatrice : la mère aperçu pendant
vie, la mort, la vie après la mort, la transmission, le coït), de la vie d’icil’immensité de la nature. On reconnaîtra là des bas qui continue dans l’au-delà, de la transmis- du Désir (1987),…). Mais peut-être faut-il rapthèmes qui parcourent à des degrés divers toute sion d’une génération à l’autre. Et elle sait filmer peler que Wenders est un cinéaste attiré par le
l’œuvre de Kawase.
comme personne des scènes qui nous emportent : documentaire au moins autant que par la fiction
C’est sur la mort que s’ouvre le film, par la les frémissements érotiques du jeune couple à (Nick’s Movie (1980) en hommage à Nicholas
découverte d’un noyé au dos tatoué d’un dragon. vélo, les chants ancestraux chantés par la fille de Ray, Tokyo-Ga (1985), Buena Vista Social Club
La mort ensuite d’une chèvre égorgée dans une la morte et repris par d’autres, la mort qui devient (1998), Pina (2011), premier documentaire en
scène du tout début du film et reprise dans la der- une fête. Elle sait admirablement bien jouer de la 3D, récompensé par un Oscar en 2012)… Et
nière partie. La mort enfin d’Isa, la mère de beauté des cadres, de la lumière à travers les cette année était présenté à Cannes dans la secbranches et du mouve- tion Un certain regard, Le Sel de la Terre, un
documentaire sur Salgado cosigné par Wim
ment des vagues.
Et pourtant, peut- Wenders et le fils du photographe. Un film qui
être gêné par la préten- offre une plongée dans l’œuvre de Sebastião
tion de la cinéaste à par- Salgado dont tout le monde a vu quelques-unes
ler de tout, par son désir au moins des grandes fresques en noir et blanc
de placer son film sous le qui peignent le destin tragique de diverses popusigne absolu de la beauté lations… Dans le film, l’œuvre de Salgado est
(beauté des acteurs, de la présentée chronologiquement au fil de ses pronature et des paysages de jets et ouvrages. A chaque étape, Salgado, le
l’île d’Amami), gêné plus souvent en voix off, parfois filmé en grosaussi par le manque de plan en noir et blanc (forcément !), apparaissant
chair des personnages et disparaissant en fondu enchaîné « derrière »
(tous semblent incarner ses photos traitées comme des glaces sans tain
une idée plus qu’une per- (seule marque forte de l’écriture de Wenders),
sonne réelle), le specta- commente ses projets et les photos qui défilent
Jun Yoshinaga, Nijiiro Murakami dans «Futatsue na mado /Still the Water»
© Filmcoopi
teur peut rester à l’exté- sur le grand écran comme pour un diaporama.
rieur d’un film qui sem- Un commentaire sans explications techniques
Kyoko, la jeune protagoniste, entourée de sa ble figé dans sa pose initiatique et poétique, dans ou artistiques, mais qui insiste sur la dimension
famille dans une sérénité qui peut faire rêver.
son panthéisme omniprésent, dans le trop beau humaniste et engagée du travail de Salgado pour
La jeune Kyoko introduit aussi le thème de pour être vrai…
qui « les hommes sont le sel de la terre ».
Serge Lachat
l’amour : elle est amoureuse de Kairo, un garçon
Après quelques rappels sur l’origine famide sa classe (moins mûr qu’elle, plus hésitant sur
liale et les études d’économie de celui qui a
ses sentiments, peut-être perturbé par son rapport LE SEL DE LA TERRE
commencé à photographier assez tard (à plus de
à une mère divorcée qui voudrait « refaire » sa de Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado 30 ans) et sur l’importance capitale de son
vie…) Le tout sur fond d’une nature à la fois (Brésil, France, Italie, 2014)
épouse (rappelée tout au long du film) qui
magnifique et menaçante (beauté minérale des
confèrent au documentaire des allures de biopic
Tout le monde connaît Wenders, père fon- (on devine qu’il portera plus sur le photographe
bords de mer, beauté végétale des arbres, mer
infinie, typhons destructeurs…). On le comprend dateur du Nouveau Cinéma allemand dans les que sur ses photos), on commence par revoir les
immédiatement, Naomi Kawase n’a pas peur des années 60-70, très vite cinéaste mondialement photos des mines d’or à ciel ouvert du Brésil qui
« grands » thèmes. Peut-être même veut-elle trop reconnu et abondamment primé (Alice dans les ont rendu Salgado rapidement célèbre : ce qui
embrasser pour bien étreindre. Alors certes, elle Villes (1974), L’ami américain (1977), Paris- permet au photographe de rappeler les condisait tisser ses thèmes avec délicatesse et même Texas (1984), Palme d’Or à Cannes, Les Ailes tions dans lesquelles il a dû travailler et son
FUTATSUME NO MADO/
STILL THE WATER
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effort pour saisir en dépit de tout la dignité de
ces hommes-fourmis. Modeste, Wenders reste
en retrait, se contentant de rappeler son amour
de la photographie et de celle de Salgado en particulier. Modestie louable certes, mais dont le
prix est malheureusement l’absence de toute
analyse du travail et de l’art du photographe (de
son choix du noir-et-blanc, de ses cadrages, par
exemple). Et a fortiori l’absence de tout questionnement et de toute critique sur l’esthétisation de la misère (jamais ne sont évoqués les
reproches « d’inauthenticité » formulés en son
temps par Susan Sontag, jamais ne sont abordées les questions du financement des projets).
Ce qui vaut pour les photos vaut également
pour le film : jamais Wenders ne s’explique sur
le choix et le nombre des photographies qu’il
fait défiler sur grand écran, ni sur la vitesse du
défilement de ces photos géantes (le regard n’a
pas le temps de s’arrêter vraiment comme dans
une exposition). Pas plus qu’il ne justifie son
choix d’imposer une musique (qu’on peut juger
insupportable !) omniprésente et destinée à
« gérer nos émotions (combien de fois le silence serait-il préférable pour regarder les images
de Salgado !).
L’intention du film est donc prioritairement
de nous emmener sur les traces de ce photographe à la fois reporter, aventurier, artiste engagé,
au gré d’un parcours qui le conduit inéluctablement à témoigner des horreurs du monde : fasciné par les conditions de vie, de travail et de
mort des hommes, il est amené à photographier
les famines, les catastrophes, les exodes, les
massacres dans les déserts ou les forêts
d’Amérique latine ou d’Afrique, mais aussi en
Europe (en ex-Yougoslavie) ou au MoyenOrient (à l’occasion de l’incendie par Saddam
Hussein des puits de pétrole irakiens). On apprend qu’en 1998, épuisé physiquement et
moralement, dépressif, Salgado a voulu se réfugier dans le domaine familial. Mais là encore,
sous l’effet de la déforestation et des sécheresses, il n’a rien retrouvé du paradis verdoyant de
son enfance. A l’instigation de son épouse, des
arbres ont été replantés et après quelques années
difficiles, une nouvelle forêt a surgi.
C’est dire que le film qui risquait de démoraliser son spectateur par l’horreur des « sujets »
traités s’achève sur une note d’espoir écologique. Qui permet à Salgado de reprendre ses
caméras et nous offrir des images des beautés
naturelles menacées ou renaissantes du monde,
ainsi que, en bon rousseauiste, de quelques tribus vivant dans la forêt profonde ou sur la banquise comme aux origines du monde. Reste à
a
savoir si cet optimisme retrouvé fait le poids
face aux images terribles que Wenders et
Salgado nous font redécouvrir…
Serge Lachat
GONE GIRL
de David Fincher, avec Ben Affleck, Rosamund
Pike, Carrie Coon,… (USA, 2014)
mari plus qu’imparfait ! Le reste est à découvrir
en voyant le film !
Ce résumé très partiel permet de comprendre combien Fincher est un cinéaste malin qui
sait jouer avec les attentes de spectateurs d’un
thriller et les déjouer (cf. déjà The Game, Fight
Club), mais il permet aussi et surtout de montrer combien, en adaptant Les Apparences, le
best-seller de la jeune Gillian Flynn, Fincher se
pose en critique de l’Amérique bien-pensante à
laquelle il propose une image lézardée du couple et du mariage : « A quoi penses-tu ?
Comment te sens-tu ? Qui es-tu ? Que nous
sommes-nous fait l’un à l’autre ? Qu’est-ce qui
nous attend ? » Ces simples questions menacent
définitivement le vernis de perfection de tout
couple qui apparaît dès lors, et ce n’est pas nou-
Avec Gone Girl, David Fincher témoigne
une fois encore de sa capacité à « manipuler »
ses spectateurs pendant près de deux heures et
demi grâce à un scénario aux virages brusques
et qui joue avec les limites de la vraisemblance.
Un jeu forcément plaisant parce que le cinéaste
a toujours une longueur d’’avance sur son spectateur. Du coup, trop raconter l’histoire risque
de gâcher le plaisir !
Disons
seulement
qu’après une ouverture qui
nous plonge dans une petite
ville de l’Amérique profonde, on apprend qu’Amy
(Rosamund Pike), l’épouse
de Nick Dunne (Ben
Affleck) a disparu le jour du
cinquième anniversaire de
leur mariage et que la maison porte des traces de lutte.
Le mari réagit d’une manière qui le rend vite suspect :
«Gone Girl» avec Ben Affleck (Nick Dunne) et Rosamund Pike (Amy Dunne)
hébété (il met du temps à
© Fox Warner
avertir la police, plus de
temps encore à avertir ses beaux-parents), pas veau dans le cinéma américain (il suffit de penassez « dévasté » aux yeux des habitants du ser à Hitchcock), comme le terreau inépuisable
bourg qui se rassemblent pour se lancer à la des histoires les plus sordides. Mais ici cette
recherche de la disparue, l’arrivée des médias dénonciation reste un peu froide et assez antiparégionaux, puis nationaux en fera très vite un thique dans sa misogynie : le cinéaste a beau
coupable idéal au gré d’un storytelling qui, dans prétendre en s’amusant qu’ « après avoir vu ce
la course à l’audimat, ne s’encombre d’aucune film, quinze millions d’Américains vont divornuance, ni d’aucune réserve.
cer », il ne croit pas assez en ses personnages
Simultanément, Fincher nous raconte l’his- (ne les aime pas assez !) pour créer en nous un
toire du couple en faisant lire par Amy son jour- véritable vertige, même en recourant à un
nal en voix off : le coup de foudre réciproque de accompagnement musical « lynchien » envahisdeux écrivains new-yorkais (Amy est même une sant. En revanche, Fincher apparaît une fois de
star de la littérature enfantine), le mariage, la plus comme un des rares cinéaste américains à
crise économique, le chômage, la mère mouran- critiquer des institutions de son pays : après
te de Nick qui amène le couple à déménager avoir jeté un regard altermondialiste sur le capidans le Missouri, où Nick retrouve l’univers de talisme et la société de consommation américaison enfance et sa sœur jumelle, l’ennui qui ne dans Fight Club (1999), dénoncé la société
s’installe, les tensions qui s’exacerbent jusqu’au « incestueuse » des élites issues des grandes
moment de la disparition. Nick, inculpé, recourt universités et qui dirigent le pays dans The
aux services d’une star du barreau new-yorkais Social Network (2010), vilipendé le monde poliqui se dévoile surtout un remarquable « commu- tique de Washington dans la série télévisée
niquant » qui apprend à Nick à « retourner » les House of Cards (2013), il s’attaque dans Gone
médias en avouant une liaison et en se posant en Girl aux dérives des médias, et surtout aux chaî-
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nes d’infos en continu qui abreuvent le bon peuple avide d’histoires avec des bons et des
méchants. Et il démonte brillamment la machine médiatique dont le cynisme absolu ne se préoccupe absolument pas des gens qu’elle broie ni
des entraves à la justice que constituent ses
méthodes pour le moins cavalières…
Serge Lachat
MAGIC IN THE MOONLIGHT
de Woody Allen, avec Colin Firth, Emma Stone,
Hamish Linklater, Marcia Gay Harden,…(USA,
2014)
A 79 ans Woody reste fidèle à son rythme
ordinaire d’un film par an et avec cette cuvée
2014 il nous prouve qu’il est toujours bien là.
S’écartant de la noirceur propre à ses « grands »
films récents (Match Point, Vicky Cristina
Barcelona, Blue Jasmine), il nous offre avec ce
MITM, une brillante fantaisie théâtrale à la
Lubitsch, mise en abyme comprise, où il confirme son habileté de scénariste multipliant les
(faux) dénouements si bien que jamais la fable
ne se referme sur elle-même. Le spectateur pensant apercevoir le bout de l’oreille d’une thèse
ou d’une certitude en sera pour ses frais. Mais il
adorera être embarqué dans une mécanique narrative aussi précise qu’un numéro de prestidigitation.
A la fin des années 20, Stanley Crawford
(Colin Firth, excellent, même s’il surjoue à l’occasion) triomphe dans le monde entier avec ses
fabuleux tours de prestidigitation qu’il présente
sous le nom et le déguisement chinois de Wei
Ling Soo. En bon Anglais rationaliste, il considère son art comme une technique qu'il pratique
avec une virtuosité sans égale, mais il déteste et
méprise les “magiciens“ qui se font passer pour
des mages ou des médiums dotés de pouvoirs
surnaturels et qui promettent des contacts avec
l’au-delà, par exemple. Un soir, à Berlin - ce
qui nous permet de croiser Ute Lemper en chanteuse à la Dietrich et d’entendre un peu de
musique “moderne” (Weill, Stravinski) avant de
baigner pour le reste du film dans le “vieux
jazz” tant prisé par Woody Allen -, un collègue
et ami de longue date sollicite l’aide de Stanley
pour confondre une certaine Sophie Baker
(Emma Stone), une jeune Américaine qui fait
tourner les tables, prétend lire dans les pensées
et vit avec sa mère dans une somptueuse villa de
la Côte d’Azur où elle est supposée permettre à
la maîtresse de maison, Mrs. Catledge, d’entrer
en contact avec son défunt mari. En échange, sa
mère et elle doivent toucher une importante
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somme d’argent pour créer
une fondation où des
scientifiques seront supposés étudier les dons de
Sophie! Qui, par ailleurs
doit épouser le fils
Catledge follement épris
de la belle Américaine.
Mis au défi, Stanley
renonce à ses vacances
«Magic in the Moonlight» © Frénétic Films
avec sa fiancée et se précipite pour démasquer l’imposture et protéger les cynisme et un mépris de classe: il vient en effet
Catledge contre cette escroquerie. Mais, ébloui d’un milieu britannique fort aisé, alors que la
par les dons de divination et de magie de petite Américaine sort de Kalamazoo dans le
Sophie, il ne tarde pas à douter de ses propres Michigan et cherche à échapper à la pauvreté en
certitudes matérialistes, et il finira bien sûr par utilisant ses dons. A l’évidence, il est plus facitomber amoureux de la belle magicienne.
le de citer Nietzsche quand on sort de la bonne
Même si l’on y retrouve le goût de Woody société anglaise que d’évoquer Dickens quand
Allen pour la magie (qu’il a pratiquée dans son on vient d’un milieu ouvrier.
Christian Bernard, Serge Lachat
adolescence et qu’il a déjà évoquée dans entre
autres Broadway Danny Rose, Le Scorpion de
Jade ou Scoop), même si elle semble redire Suisse Romande
encore que la seule vraie magie de notre monde, Tournée de la Nuit du Court métrage
c’est l’amour, cette comédie sentimentale per- La Tournée terminera son parcours de 10 villes
met au cinéaste une critique de tous les partis- de Suisse romande en un mois et demi par
pris excessifs, que ce soit pour la croyance Lausanne le 21 novembre.
nigaude aux discours irrationnels ou pour un Quatre programmes d'une heure environ sont
intégrisme du rationnel. Les certitudes, répète le proposés au public:
film avec un psychanalyste (forcément, chez BEST OF SWITZERLAND constitué de six
Woody Allen!) comme porte-parole, nous courts métrages suisses remarqués dans les festicondamnent à la solitude et au malheur. vals internationaux, permettra de voir En Août de
Qu’importe donc de succomber parfois aux la réalisatrice et comédienne Jenna Hasse, précroyances naïves si celles-ci rendent la vie senté à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes
moins sinistre… Dans la même ligne, à y bien cette année.
regarder, cette comédie offre aussi et même sur- CARTE BLANCHE AU FIFF propose six films
tout une réflexion sur la question de la croyan- sélectionnés par Thierry Jobin, directeur du
ce. Homme de spectacle, Woody Allen nous Festival international de films de Fribourg,
rappelle, parce qu’il le sait bien, que le specta- venant du Bhoutan, de Madagascar, d'Irak ou
teur n’est pas l'homme rationnel qu’il est dans la d'Argentine. Le 3è programme DE VRAIES
vie quotidienne. Dans une salle de spectacle, au RENCONTRES tourne autour de rencontres
cinéma, il « veut » croire à l’histoire racontée, amoureuses un peu décalées et originales. Enfin,
au prix de ce que les anglophones nomment une un programme de courts Westerns BANG
« suspension of disbelief ». Mais WA sait très BANG, I SHOT YOU DOWN! clôturera la Nuit
bien aussi que le spectateur adore tout autant les sous les coups de fusil.
surprises et se faire emmener en bateau, surtout A voir à
lorsque le magicien dévoile ses trucs. D’où l’eu- MORGES Cinéma Odéon, vendredi 7 novembre
phorie qui s’empare de lui contrairement à dès 20h00
Stanley, vrai professionnel connaissant tous les YVERDON Cinéma Bel-Air, vendredi 14
trucs de son métier, mais très fâché, lui, de novembre dès 20h00
découvrir dans la dernière partie du film com- LES BREULEUX Cinéma Lux, samedi 15
novembre dès 20h00
ment il a été berné!
On a aimé par ailleurs, le portrait d’une LAUSANNE Pathé les Galeries, vendredi 21
novembre dès 19h15
certaine société anglo-saxonne vivant dans les
Christian Bernard
années 20 sur la Côte d’azur, Allen sachant parRens. www.nuitducourt.ch
faitement pointer les différences de classe.
Stanley se trouve ainsi renvoyé à une culture, un
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portrait de la mezzo-soprano
Elina Garanca
Grande, blonde, le regard bleu perçant, la mezzo-soprano lettone Elina
Garanca poursuit depuis plusieurs années une belle carrière. Vienne, Milan et
New York lui font les yeux doux et l'accueillent chaque année pour des opéras,
tandis que les autres la programment pour des concerts et des récitals dans
lesquels le charme de son timbre grave et moelleux fait merveille. Le public
suisse du Grand Théâtre de Genève qui a la chance de la retrouver régulièrement depuis sa première Marguerite de La damnation de Faust en 2008, aura la
chance de l'entendre à nouveau le 30 novembre prochain dans I Capuletti e i
Montecchi de Bellini.
18
Dans cet opéra, elle tiendra le rôle de
Romeo en compagnie d'Aleksandra Kurzak
(Giulietta) dans une version concertante dirigée
par Karel Mark Chichon, époux de Mme
Garanca. Leur dernier concert consacré à des
airs de Bizet, Gounod, Tchaïkovski, SaintSaëns, Massenet et Glinka avec avec le
Deutsche Radiophilhar-monie Saarbrücken
avait eu lieu le 30 janvier 2013.
de Cardiff en 2001, elle auditionne pour le prestigieux Staatsoper de Vienne devant Ioan
Holander, qui lui propose sans tarder sa première Charlotte de Werther - un opéra dans lequel
on peut la retrouver auprès de Marcelo Alvarez
dirigée quelques années plus tard par Philippe
Jordan (Dvd TDK Vienne 2005).
a
clusivité avec la Deutsche Grammophon dès
2005, la cantatrice débute à Paris dans La
Cenerentola mise en scène par Irina Brook au
TCE, avant de répondre à l'invitation du Festival
d'Aix-en-Provence pour incarner Dorabella
dans le Cosi fan tutte réalisé par Patrice
Chéreau, production dans laquelle elle fait sensation quelques semaines plus tard au Palais
Garnier sous la direction de Gustav Kuhn,
entourée de Barbara Bonney, Erin Wall,
Stéphane Degout, Shawn Mathey et Ruggero
Raimondi. Si la sœur de Fiordiligi ne lui pose
aucun problème de tessiture et d'interprétation,
sa longue silhouette fluide se pliant avec talent
à l'haletante « chorégraphie » demandée par
Chéreau, elle est la révélation de La clemenza di
Tito du couple Hermann, remontée à Garnier en
septembre 2006, dans le rôle de Sesto qu'elle
maîtrise parfaitement. Ses connaissances des
règles du bel canto lui permettent d'aborder
Adalgisa à Munich en 2008 auprès d'Edita
Gruberova (Norma) et de débuter au Met en janvier de la même année, dans celui de Rosina, où
elle est immédiatement adoptée par le public
américain.
Les débuts
On voit mal comment Elina Garanca, originaire de Riga, aurait pu ne pas devenir cantatrice ; entre un père chef d'orchestre et une mère
mezzo-soprano, la jeune fille baigne dès son
plus jeune âge dans un environnement essentiellement tourné vers la musique classique. Elle
apprend le piano sans pour autant s'épanouir
dans cette pratique, mais sa mère qui interrompt
subitement sa carrière pour des raisons de santé,
se met à enseigner l'art dramatique, nouvelle
activité suivie avec intérêt par sa fille. Ainsi vers
quinze ans envisage-t-elle un temps de devenir
comédienne. Le music-hall et le management
culturel l'attirent également mais ses parents ne
l'imaginent pas dans ce milieu. A l'écart des
grands circuits lyriques, la Lettonie n'est pas un
pays où l’opéra est très implanté, pourtant après
réflexion elle se décide à travailler sa voix :
Elina a dix sept ans. Après six mois de leçons
avec sa mère, elle entre à l'Académie de Riga où
pendant deux ans elle y acquiert de bonnes
bases et découvre son timbre de mezzo. En suivant des masterclasses, elle fait la rencontre
d'Irina Garilovici qui l'aide à préparer plusieurs
concours internationaux. Nous sommes en 1998
et la jeune mezzo se fait remarquer et engagée
par l'Opéra de Meinigen, avant d'entrer en troupe à l'Opéra de Francfort. Finaliste au concours
a
Elina Garanca © credit Karina Schwarz
Répertoire
Elle se produit dans différents rôles de
Nicklausse à Dorabella, en passant par Orlofsky
ou Meg Page, mais sa carrière prend son essor
en 2003, lorsqu'elle est invitée pour la première
fois au Festival de Salzbourg pour interpréter
Annio de La clemenza di Tito de Mozart, sous la
direction d'Harnoncourt. Les contrats s'enchaînent alors pour la jeune femme qui revient à
Vienne chanter son premier Sesto en 2006, puis
Rosina du Barbier de Séville. Sous contrat d'ex-
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Vienne lui confie le rôle d'Octavian du
Chevalier à la rose, dans lequel elle remporte
un vif succès, tandis que sa maison de disque lui
offre l'intégrale d'I Capuleti e i Montecchi de
Bellini, qu'elle partage avec Anna Netrebko et le
chef Fabio Luisi, captée en direct de Vienne en
2009. Les deux artistes se retrouvent en 2011
pour participer à la première in loco d'Anna
Bolena de Donizetti sur la scène viennoise, une
soirée retransmise à la télévision (et publiée en
dvd DG).
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MIGROS
Saison 20
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-POUR-C
SSICS
ictoria Halll
14/2015 au V
Mardi 18 novembre 2014 à 20 h
AMSTERDAM BAROQUE
ORCHESTRA & CHOIR
Ton Koopman (direction), Johannette Zomer (soprano),
Bogna Bartosz (contralto), Jörg Dürmüller* (ténor),
Klaus Mertens (basse)
Œuvres de Mozart
*Soliste suisse
Lundi 8 décembre 2014 à 20 h
ORCHESTRE DE CHAMBRE
FRANZ LISZT
Mischa Maisky (violoncelle)
Œuvres de Marcello, Corelli, Haydn, Bartók, Tchaïkovski
Billetterie: Service culturel Migros Genève, Rue du Prince 7, Tél. 022 319 61 11
Stand Info Balexert et Migros Nyon-La Combe.
www.culturel-migros-geneve.ch
Organisation: Service culturel Migros Genève
www.culturel-migros-geneve.ch www.migros-pour-cent-culturel-classics.ch
François Lesueur
(1) Que l'on peut traduire par Les chaussures sont vraiment importantes.
Le 30 novembre 2014 à 19h30 au Grand Théâtre de
Genève
Billetterie en ligne sur : www.geneveopera.ch
DEC.
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FRANZ LEHÁR
En 2014 la cantatrice a pris le temps de se
consacrer au récital, une forme musicale qu'elle
apprécie énormément, passant notamment à
Versailles et à Paris (Théâtre du Palais Royal) au
mois de juin avec le pianiste Malcom
Martineau, mais également à Berlin avec Roger
Vignoles. Elle était cependant fidèle au festival
de Salzbourg l'été dernier pour interpréter La
Favorite de Donizetti en concert avec Juan
Diego Florez, Ludovic Tézier et Roberto
Abbado à la baguette (22 et 26 août). On pou-
Strauss en décembre 2014 à Berlin avec Le
Chevalier à la Rose dirigé par Donald
Runnicles. Avant cela, le 30 novembre elle sera
au Grand Théâtre de Genève pour interpréter
Romeo dans I Capuletti e i Montecchi de Bellini
en version de concert. A cette occasion elle sera
entourée par Francesco Meli, et d'Aleksandra
Kurzak et dirigée par Karel Mark Chichon, un
concert à ne pas manquer.
Pour ceux qui voudraient tout savoir de la
cantatrice, un détour sur ses mémoires s'impose : en 2013 Wirklich wichtig sind die Schuhe
(1) sont en effet sorties chez Ecowin.
JOYEUSE
Récital
vait l'entendre sur la scène de la Scala de Milan
début octobre (3 et 4) pour chanter à nouveau le
Requiem de Verdi en hommage à Claudio
Abbado, avec Riccardo Chailly, Anja Harteros,
Ildebrando d'Arcangelo et Matthew Polenzani,
deux ans après avoir participé à celui de
Barenboïm qui réunissait Anja Harteros, Jonas
Kaufmann et René Pape (cd et dvd Decca).
Parmi les rôles dont rêve la belle mezzo, on
trouve Eboli et Amneris, deux poids lourds verdiens, mais également Dalila et Maria Stuarda.
Cette saison elle abordera cependant pour la
première fois Santuzza dans Cavalleria rusticana aux côtés de Jonas Kaufmann à la Scala de
Milan (mise en scène Mario Martone, direction
Carlo Rizzi du 12 au 23 juin). Son dernier
album intitulé Méditation est paru récemment
chez DG. Témoignage très personnel, elle y
exprime les valeurs fondamentales en lesquelles
elle croit, alternant des airs d'Allegri, Mozart,
Gounod et Mascagni avec le Chœur de la Radio
Lettone et les forces du Deutsche
Radiophilharmonie Saarbrücken sous la conduite de son mari, programme qui fait l'objet d'une
grande tournée. Elina Garanca retrouvera
T 021 315 40 20
WWW.OPERA-LAUSANNE.CH
La saison précédente Elina Garanca s'était
également illustrée dans le rôle-titre de Carmen,
répondant à l'invitation du Met et trouvant une
fois encore en Roberto Alagna une partenaire à
la hauteur de son engagement (dvd DG), personnage qu'elle avait interprétée pour la première fois en 2007 dans sa ville natale de Riga, et
dans lequel elle est à nouveau attendue en mars
2015 à Milan dans la mise en scène d'Emma
Dante, face à José Cura, sous la conduite de
Mazzimo Zanetti, puis au Met un peu plus tard
dans la saison avec Kaufmann ou Alagna.
LA VEUVE
m é m e n t o
genève
Grand Théâtre (022/418.31.30)
I Capuletti e I Montecchi (Chichon)
– 30 nov.
lausanne
Opéra (021.315.40.20)
Le petit Prince (van Beek-Baur) – 5,
7, 8, 9, 12 nov.
zurich
Opernhaus (044.268.66.66)
Il Matrimonio segreto (MinasiDäuper) – 1er, 5, 9 nov.
The Turn of the screw (TrinksDecker) – 2, 9, 12, 14, 19, 23 nov.
Die Zauberflöte (Meister-Gürbaca)
– 7, 10, 13, 18, 20, 25, 26, 28 nov.
Robin Hood (Zlabinger-Brown) –
15, 23 nov.
Die Frau ohne Schatten (LuisiPountney) – 22, 27, 30 nov.
o p é r a
L'Elisir d'amore (Rustioni-Pelly) –
nice
Opéra (04.92.17.40.79)
Turandot (Boër-Grazzini) – 12, 14,
16, 18 nov.
strasbourg
Opéra National du Rhin
(03.89.36.28.28)
L'Amico Fritz (Carignani-Boussard)
– 5, 7 nov. (21, 23 à Mulhouse)
toulouse
Théâtre du Capitole (05.61.63.13.13)
Owen Wingrave/The Turn of the
screw (Syrus-Sutcliffe) – 21, 23, 25
nov.
18, 22, 26, 29 nov.
florence
Teatro del Maggio Musicale
(39/056.27.79.350)
Cavalleria Rusticana (BisantiPontiggia) – 2 nov.
Falstaff (Mehta-Ronconi) – 29 nov.
milan
Teatro alla scala (39/02.720.03.744)
Simon Boccanegra (Ranzani-Tiezzi)
– 2, 5, 6, 9, 11, 13, 16, 19 nov.
turin
amsterdam
De nederlandse Opera
(31.20.62.55.456)
Lohengrin (Albrecht-Audi) – 10, 13,
16, 20, 23, 26, 29 nov.
Teatro Regio (39/011.881.52.41)
Giulio Cesare (De Marchi-Pelly) –
20, 23, 25, 27, 29 nov.
paris
20
Champs-Elysées
(01.49.52.50.50)
Cléopâtre (Plasson) –
18 nov.
Semiramide (Pido) –
23 nov.
Châtelet
(01.40.28.28.40)
An American in Paris
(Fischer-Wheeldan) .
22, 23, 28, 28, 30 nov.
Opéra National
(08.92.90.90)
Bastille :
Il Barbiere di Siviglia
(MontanaroMichieletto) – 3 nov.
Tosca (Oren-Audi) –
1er, 4, 8, 10, 12, 13, 15,
17, 21, 25, 28 nov.
La Bohème (ElderMiller) – 30 nov.
Garnier :
Die Entführung aus dem Serail
(Jordan-Breitman) – 1er, 5 nov.
Hänsel und Gretel (Abel-Clément) 20, 25, 28 nov.
avignon
Opéra-Théâtre (04.90.82.81.40)
Mireille (Guingal-Fortune) – 30 nov.
lyon
Opéra (0826.30.53.25)
Semiramide (Pido) – 18, 20 nov.
marseille
Opéra (04.91.55.11.10)
Moïse et pharaon (Arrivabeni) – 8,
11, 14, 16 nov.
montpellier
Opéra National (04.67.60.19.99)
Happy happy (WaschkSchönebaum) – 19, 20, 21, 22 nov.
La contralto Sonia Prina sera «Giulio Cesare» au Teatro Regio de Turin en novembre
bruxelles
venise
barcelone
vienne
La Monnaie (32/70.23.39.39)
Shell Shock (Kessels-Cherkaoui) –
1er, 2 nov.
Liceu (34.934.85.99.13)
Arabella (Ros-Marba-Loy) – 17, 20,
23, 26, 29 nov.
madrid
Teatro Real (34/90.224.48.48)
La Fille du régiment (CampanellaPelly) – 1er, 2, 4, 5, 7, 9, 10 nov.
londres
ROH (0044/207.304.4000)
I due Foscari (PappanoStrassberger) – 2 nov.
Idomeneo (Minkowski-Kusej) – 3, 6,
10, 15, 19, 24 nov.
a
c
t
Teatro La Fenice (39/041.24.24)
La Porta della legge (CeccheriniWeigand) – 2 nov.
Staatsoper (43/1514447880)
Tannhäuser (Chung-Guth) – 2 nov.
La Bohème (Ettinger-Zeffirelli) – 4,
7 nov.
Il Barbiere di Siviglia (GüttlerRennert) – 5 nov.
La Petite renarde rusée (NetopilSchenk) – 8, 12, 14, 17 nov.
La Khovanchtchina (BychkovDodin) – 15, 18, 21, 24, 27, 30 nov.
Le Nozze di Figaro (GoetzelMartinoty) – 16, 19, 22, 25 nov.
Der Rosenkavalier (PetrenkoSchenk) – 20, 23, 26, 28 nov.
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l
Theater an der Wien (43/15.88.85)
Les Pécheurs de perles (Spinosi-de
Beer) – 16, 19, 22, 25, 28, 30 nov.
Demofonte (Curtis) – 23 nov.
King Arthur (King) – 29 nov.
berlin
Deutsche Oper (49/30.343.84.343)
Roberto Devereux (Rizzo) – 5, 11
nov.
The Rape of Lucretia (Carter-Shaw)
– 14, 16 nov.
Carmen (Lacombe-Schuhmacher) –
28 nov.
Falstaff (Solyom-Loy) – 29 nov.
Staatsoper (49/30.20.35.45.55)
Il Barbiere di Siviglia (HindoyanBerghaus) – 2, 6, 8 nov.
Journal d'un disparu / La Voix
humaine
(AlbersOsterman) – 7, 8, 14,
16, 22, 23 nov.
The Turn of the
screw (Bolton-Guth) –
15, 19, 22, 27, 30 nov.
Faust (HussainWiegand) – 23, 26, 29
nov.
Komische Oper
(49/30.47.99.74.00)
Clivia (Tietje-Huber)
– 1er nov.
Die Zauberflöte
(Poska-Kosky) – 21
nov.
La Belle Hélène
(Nanasi-Kosky) – 8, 15,
23 nov.
Das Gespenst von
Canterville (PoskaHadziametovic) 2, 9,
13, 16, 28 nov.
West side story (Shoots-Kosky) – 7,
12, 22, 28, 29 nov.
Don Giovanni (Nanasi-Fritsch) – 30
nov.
new york
Metropolitan Opera
(00.1.212.362.60.00)
La Bohème (Frizza-Zeffirelli) – 14,
20, 24, 28 nov.
Carmen (Heras-Casado-Eyre) – 1er
nov.
Die Zauberflöte (Fischer-Taymor) –
3, 8 nov.
The Death of Klinghoffer
(Robertson-Morris) – 1er, 5, 8, 11, 15
nov.
Aida (Armiliato-Frisell) – 4, 7, 12,
15, 19, 22 nov.
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G
d
La
GrandeDuchesse
de
Gérolstein
PRODUCTION DU GRAND THÉÂTRE DE GENÈVE
O P É R A - B O U F F E E N 3 A C T E S E T 4 TA B L E A U X
JACQUES OFFENBACH
DIRECTION MUSICALE
FRANCK VILLARD
MISE EN SCÈNE & COSTUMES
L A U R E N T P E L LY
CHŒUR DU GRAND THÉÂTRE
ORCHESTRE DE LA SUISSE ROMANDE
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SAISON1415
WWW.GENEVEOPERA.CH
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o p é r a
opéra en suisse alémanique
Zurich : Un Lohengrin pittoresque
Bâle : Un Offenbach servi tiède
Lorsqu'il s'attaque à Lohengrin, le metteur en scène et patron de l'institution Andreas Homoki décide de renouveler le déroulement de l'action
car il semble en avoir assez des apparitions mystiques, entourées d'un
rayon bleuâtre, au moment où l'envoyé du Graal passe sur la terre.
L'intrigue se joue pour lui dans une taverne du haut-Tyrol occupée de femmes en costumes folkloriques et de messieurs en culottes de cuir.
Lohengrin apparaît à l'occasion d'une grande mêlée dansée : vêtu d'une
longue chemise de nuit blanche, il semble s'être évadé de l'hôpital psychiatrique le plus proche. Rapidement rhabillé de l'inévitable costume typique
Premiers levers
de rideau...
22
La nouvelle production des Contes d'Hoffmann d'Offenbach devait
donner aux Bâlois l'occasion de découvrir la nouvelle version de la partition
reconstruite par Michael Kaye et Jean-Christophe Keck. Las! Ils ont découvert qu'une resucée de la vieille version Choudens (avec l'Air du Diamant de
Dapertutto et le fameux septuor, tous deux arrangés par des mains étrangères, qu'on devrait impitoyablement écarter dans une version respectueuse
des intentions du compositeur); pire encore : elle était servie sans grand
enthousiasme par une distribution en grande partie dépassée par les exigences de la musique et mise en images par un metteur en scène peu soucieux
de rendre compréhensibles les fils embrouillés de l'intrigue.
Hoffmann (Rolf Romei) passe son temps à camoufler d'inquiétants
trous dans sa tessiture et ne fait qu'effleurer le rôle. Simon Bailey (les quatre incarnations diaboliques) s'esquinte à atteindre les notes aiguës de son
rôle et sombre pitoyablement dans les actes munichois et vénitien qu'il massacre allègrement. Les dames s'en sortent mieux : les pyrotechnies ahurissantes d'Olympia conviennent au timbre léger d'Agata Wilewska alors que
les amples envolées lyriques d'Antonia siéent à la voix voluptueuse de Maya
Boog. Le soprano large de Sunyoung Seo souffre quant à lui de la tessiture
encore trop basse pour elle de Giulietta et elle ne donne pas le change bien
longtemps. Excellents, par contre, le Niklausse de Solenn' Lavanant-Linke,
les diverses figures de serviteurs grotesques confiées à Karl-Heinz Brandt et
la mère aux débordements
pathétiques de Rita Ahonen.
Rien de passionnant non plus
à signaler du côté de la direction somnolente d'Enrico
Delamboye et de la mise en
scène loufoque d'Elmar
Goerden qui transplante
Venise dans une station service, la taverne de
Nuremberg dans un centre
d'entraînement militaire (à
moins que ce ne soit un asile
de fous) avant de la muer en
terrain de basket pour le
final, et ainsi de suite... Il est
certes légitime de vouloir
moderniser une intrigue d'opéra vieille de près de 150
ans, mais peut-on se permettre n'importe quoi ? A Bâle,
il semble que oui...
(Représentation
du 17 sep«Les Contes d’Hoffmann» avec Maya Boog
©T+T Fotografie, Tanja Dorendorf
tembre)
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A Zurich : «Lohengrin» avec Klaus Florian Vogt et Elza van den Heever
© Monika Rittershaus
du lieu, il traverse le drame d'un air distrait avant de repartir alors que le
frère d'Elsa refait surface, habillé de la même tenue nocturne que
Lohengrin au premier acte. L'idée du metteur en scène est de rendre l'intrigue de l'opéra romantique plus proche de nous; il la rend simplement
ridicule, comme s'il s'était agi pour lui de rendre hommage à la production
cinématographique du milieu du XXe siècle où les films folkloriques
alpestres inspirés de l'histoire de Heidi faisaient florès en Suisse comme
en Autriche. Conspuée à Vienne où elle a été présentée en avril dernier,
cette relecture scénique a été à peine mieux accueillie à Zurich.
Dommage, car la distribution est une des meilleures qui se puissent
imaginer sur une scène actuelle. Tous les chanteurs sont convaincants, à
commencer par le Héraut au accents flamboyants de Michael Kraus ou le
Roi au timbre ferme et flamboyant dans le grave de Christof Fischesser;
en outre chacun d'eux habite son rôle avec un aplomb tant dramatique que
vocal qui ferait honneur aux plus grandes scènes mondiales.
Klaus Florian Vogt est acclamé partout dans le monde comme un des
meilleurs tenants du rôle titre. Sa voix légère, facile sur tout le registre au
point de paraître parfois inexpressive, intègre chaque note de son emploi
avec un éclat presque surnaturel. Elza van den Heever émeut en Elsa avec
son soprano déjà dramatique et lourd qui reste pourtant capable d'alléger
le son sans perte de substance. Petra Lang, la récente Brünnhilde genevoise, brûle les planches avec son Ortrud démoniaque qui fait courir le frisson dans ses imprécations magistralement maîtrisées alors que Martin
Gantner, en Friedrich von Telramund, semble disposer d'une voix qui semble avoir gagné en puissance ces derniers mois. Légère déception par contre du côté des chœurs, au chant épais et souvent trop pâteux, et de l'orches-
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tre que la direction routinière de Simone Young ne parvient pas à sortir
d'une certaine torpeur : les cuivres couaquent trop souvent, les décalages
avec le plateau s'accumulent dans les ensembles à la fin des 2e et 3e actes
et les attaques gagneraient à gagner en agressivité pour donner vie à ces
interminables séquences en ré majeur qui semblent paralyser la progression dramatique de l'ouvrage. (Représentation du 21 septembre).
Zurich : Une fanciulla d'anthologie
Comme le veut une tradition maintenant fermement établie à Zurich,
les reprises de productions antérieures bénéficient du même traitement que
les nouvelles productions : les chefs et les chanteurs sont de première qualité et les mises en scène sont retravaillées avec un souci du détail inespéré,
au point que l'impression d'ensemble soit encore meilleure que le soir de la
première! Ce fut le cas de cette Fanciulla del West de Puccini, donnée trois
jours après le Lohengrin tyrolien qui marquait le début de la saison d'hiver
14/15. La mise en scène de Barrie Kosky paraît encore plus agressive et tendue qu'auparavant : les coups pleuvent, les gens s'affrontent, les bouteilles
volent avec un naturel qui évoque plus le théâtre que l'opéra. Quant aux
chanteurs, maintenant habitués à ce contexte où cruauté et sadisme se donnent la main, ils donnent le meilleur d'eux-mêmes aussi bien scéniquement
que vocalement. Catherine Naglestad habite le rôle avec une véhémence qui
ne vire jamais au cri : son soprano à la ligne soignée domine aisément les
plus grands ensembles sans marquer un quelconque signe de fatigue, ce qui
veut dire quelque chose dans un rôle dont la grande wagnérienne Birgit
Nilsson disait qu'il était plus fatigant à chanter correctemenent que celui
d'Isolde. Le ténor Zoran Todorovich réussit le tour de force de chanter fort
et bien un emploi dont les angles accusés et les incursions dans l'aigu ont
effrayé plus d'un ténor italien. Enfin, Scott Hendricks parvient par sa ligne
A Zurich : «La Fanciulla del West» avec Catherine Naglestad en Minnie ©
Monika Rittershaus
de chant élégante à rendre le personnage du shérif presque sympathique, ou
du moins à nous en faire comprendre les motivations psychologiques. Du
coup, l'intrigue gagne en cohérence et les nombreux acolytes qui font de la
figuration dans la scène du saloon ou celle de la chasse à l'homme semblent
vraiment se grouper autour d'un chef à qui ils reconnaissent à bon droit un
rôle de leader. L'orchestre, sous la direction de Marco Armiliato se surpasse
et donne de l'instrumentation de Puccini une image incroyablement moderne, plus riche en coups de théâtre et en audaces harmoniques que celle d'aucun autre titre de ce même compositeur. Un vrai bonheur! (Représentation
du 24 septembre)
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A Berne : «Armide» © Philipp Zinniker
Berne : Le prix de l'originalité
Le Théâtre de Berne s'est offert une entrée en matière des plus originales en programmant la rare Armide de Gluck en lever de rideau à sa nouvelle saison lyrique. Le pari a payé musicalement, mais la scène, elle n'a
pas suivi. La metteuse en scène Anne-Sophie Mahler a eu la curieuse idée
de transplanter l'intrigue dans une résidence cossue situé en bordure d'un
désert. Il s'y déroule une cocktail party cosmopolite où les invités apparaissent en costumes d'apparat. La maîtresse de maison n'est pas de bonne
humeur et le montre à chacun de ses hôtes. Lorsqu'un commando de soldats débraillés fait irruption dans cet univers bien huilé, Armide tombe
aussitôt amoureuse de l'un d'entre eux qui s'est endormi dans son salon.
C'est bien sûr Renaud, qui profite quelques heures de la situation pour se
refaire une santé, boire quelques drinks et se faire offrir une nouvelle tenue
vestimentaire avant de repartir pour de nouvelles aventures. La niaiserie du
propos ne serait pas grave en soi, d'autant que le décor de Duri Bischof est
agréable à regarder, s'il ne tuait dans l'œuf le drame imaginé par Quinault.
Et comme la direction d'acteurs est quasi inexistante, on s'ennuie ferme
pendant ces deux heures et demie de spectacle, d'autant que les artistes,
laissés à eux-mêmes, sont scéniquement aussi expressifs que des œufs au
plat..
Mais heureusement, il y a la musique. Mario Venzago anime le discours instrumental d'une vie intense qui pousse à l'urgence dramatique
chaque épisode d'une intrigue dont les rebondissements sont d'abord intérieurs. Les solos instrumentaux sont une joie pour l'oreille et donnent les
clefs de la psychologie des personnages bien mieux que ne le fait la scène.
La distribution, excellente dans son ensemble, est dominée par
l'Armide vibrante de Miriam Clark : voix ample mais admirablement
conduite, souffle long, aigus étincelants et sensuels. Andries Cloete en
Renaud dispose d'un ténor étroit, moins flexible qu'on aurait pu le souhaiter, mais il parcourt le rôle avec une mâle assurance qui convainc à défaut
de séduire. Dans les emplois moins en vue, c'est Claude Eichenberger (la
Haine) qui emporte la palme avec ses déchaînements vocaux assurés à
l'extrême; mais c'est en fait tous les interprètes restants, une petite quinzaine en tout, qui mériteraient d'être mentionnés ici car chacun d'eux habite
son emploi avec bravoure sans commettre d'impair stylistique ou vocal.
Du côté de la musique, donc, l'honneur de Gluck est sauf. (Représentation
du 5 octobre)
Eric Pousaz
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à marseille
La Gioconda
Pour son ouverture de saison, l’Opéra
de Marseille a choisi un titre assez
rarement proposé sur les scènes
hexagonales, La Gioconda, défendue ce
soir par une distribution de valeur.
24
Depuis sa création en 2006 à l’Opéra de Nice
(voir SM 187), la production de Jean-Louis Grinda,
l’actuel directeur de l’Opéra de Monte-Carlo, a beaucoup tourné de par le monde. Pour illustrer ce drame
vénitien, les images restent de facture classique, avec
des toiles peintes en fond de plateau pour la place
Saint-Marc au 1er acte, puis l’île de la Giudecca au
IV. Nous n’avons pas exactement retrouvé, comme à
Nice il y a 8 ans, le « dispositif de fumées descendant
le long de projecteurs verticaux », la gestion des lumières en ce soir de première ayant apparemment été sujette à un dysfonctionnement. La fameuse
« Danse des heures » est toujours plus élégante que débridée, avec, avant la
chorégraphie proprement dite, les personnages placés en transparence derrière un plafond peint. Du point de vue musical, le chef Fabrizio Maria Carminati
délivre un discours de qualité, aux commandes de musiciens appliqués. Les
chœurs semblent bien préparés (très belle entame du II avec les pupitres de
ténors, basses, enfants qui interviennent tour à tour), mais font preuve tout de
même par moments d’imprécisions dans les départs ou de défauts d’homogénéité, les sopranos saturant quant à elles régulièrement dans l’aigu. Le point
faible de la distribution vocale est malheureusement la soprano Micaela
Carosi dans le rôle-titre : les moyens sont là, mais la musicalité est souvent
approximative, avec des aigus régulièrement en-dessous, de nombreux graves
confidentiels, et des changements de registres peu harmonieux. Béatrice UriaMonzon (Laura) nous gratifie en revanche d’une somptueuse prise de rôle,
particulièrement investie, sonore, explosive par moments, et la contralto Qiu
Lin Zhang (La Cieca) chante d’une voix sereinement posée, mais avec une
diction sans doute perfectible. Le ténor Riccardo Massi (Enzo) découvert en
mai 2012 à Avignon (distribué dans Tosca, voir SM 244) confirme les espoirs
qu’on pouvait placer en lui. D’une couleur de timbre plutôt sombre, le grave
est toujours très bien assis et l’aigu généreux, tandis que l’acteur paraît encore bien raide. Le rôle de Barnaba convient aujourd’hui idéalement au baryton
Marco di Felice, il projette avec mordant, voir arrogance, mais sans aller jusqu’à l’outrance. Pour compléter les rôles principaux, la basse Konstantin
Gorny (Alvise Badoèro) possède un grain de vrai méchant, mais il a bien de
la peine à s’imposer dans les ensembles ou les duos avec les autres protagonistes.
Entre les représentations de Gioconda, Juan Diego Florez proposait le 5
octobre un récital accompagné au piano par Vincenzo Scalera. Perturbé à un
ou deux moments par quelques graillonnements dans la gorge, le ténor péruvien se montre toutefois absolument unique : depuis ses débuts internationaux
à Pesaro en 1996, il a conservé à l’identique ses prodigieuses capacités d’agilité dans l’écriture rossinienne, maintenu l’élégance de sa ligne vocale, et
développé aussi un mordant dans l’aigu, un squillo qui lui permet d’aborder
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Marco di Felice et Riccardo Massi © Dresse
un répertoire romantique où il fait merveille, comme Roméo de Gounod ou
encore Werther. A l’issue d’un programme extrait en majorité de son dernier
CD « L’amour » (1 CD DECCA), les 6 bis accordés sont particulièrement
généreux, comme « Ah ! Mes amis » ou « La Donna è mobile ».
François Jestin
Ponchielli : LA GIOCONDA – le 1er octobre 2014 à l’Opéra de Marseille
Récital Juan Diego FLOREZ – le 5 octobre 2014 à l’Opéra de Marseille
à nice
Les Vêpres
siciliennes
Un titre absolument splendide en ouverture de saison à
l’Opéra de Nice, mais une exécution un peu moins
convaincante.
Cela faisait 5 ans que l’ancien directeur musical Marco Guidarini n’avait
pas foulé les planches niçoises, il marque son retour par une lecture techniquement bien maîtrisée, mais qui manque sans doute de passages plus aériens,
plus retenus, plus légers. Les chœurs semblent bien préparés, mais ne sont pas
toujours compréhensibles, et il est bien dommage pour cette représentation en
version de concert que les surtitres soient absents ce soir… pour une fois, ils
n’auraient gêné en rien le spectateur dans son appréciation de la mise en
scène ! On comprend bien également que des coupures dans les ballets du III
soient logiques dans une version concertante, mais leur suppression intégrale,
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comme c’est le cas ici, ôte, en plus du plaisir de l’écoute, un des caractères du
grand opéra français « en 5 actes avec ballets obligés ». La soprano Anna
Kasyan (Hélène) fait une excellente impression, ceci dès son redoutable air
d’entrée qui demande à la fois abattage, agilité, et une tessiture très étendue
permettant de passer sans encombre les écarts vertigineux. Son français est de
qualité, son investissement dans le rôle évident, avec des changements de
registres vers le grave quand même un peu abrupts. Le ténor Michal Lehotsky
(Henri) qui remplace Marcello Giordani initialement programmé, est clairement le point faible de la distribution : diction trop exotique, voix brouillonne, suraigus hasardeux en fin de soirée, seuls quelques aigus claironnés font
plaisir à l’oreille. Le baryton Davide Damiani (Guy de Montfort) possède un
joli grain, mais on aimerait davantage de dynamique, et la basse Kihwan Sim
(Procida) remplit sans problème son office, ces deux chanteurs ayant une prononciation plus que correcte mais nécessitant une attention tendue et permanente. On constate la différence lorsque le chanteur Bernard Imbert ouvre la
bouche pour interpréter le modeste rôle de Robert : enfin une diction parfaite,
une déclamation qui se projette directement dans le cerveau apaisé de l’auditeur !
François Jestin
Avant cette ouverture de saison d’opéra, Joyce DiDonato se produisait en
septembre à Lyon, dans un concert d’extraits de son tout nouveau CD « Stella
di Napoli » (1 CD ERATO). Un an tout juste après l’enregistrement sur cette
même scène, la mezzo américaine prenait un plaisir visible à retrouver ses partenaires, l’Orchestre National de Lyon très énergiquement dirigé par Riccardo
Minasi, dont la gestique est à elle seule déjà tout un spectacle ! Après une mise
en route dans l’impossible cabalette « Ove t’aggiri o barbaro » de Pacini,
DiDonato fait preuve d’une forme vocale splendide, alternant les cantilènes
chantées sur le souffle et d’autres passages conduits à vitesse supersonique,
culminant dans la Zelmira de Rossini, son compositeur fétiche.
Verdi : LES VÊPRES SICILIENNES – le 3 octobre 2014 à l’Opéra de Nice
à lyon
Der Fliegende
Holländer
François Jestin
L’Opéra de Lyon a passé commande d’une nouvelle
production du Vaisseau fantôme à Alex Ollé de la Fura dels
Baus.
Ce n’est pas la première apparition du
collectif catalan sur la scène lyonnaise, qui
a déjà réglé ici Tristan et Isolde en 2011 et
un diptyque Erwartung / il Prigioniero au
printemps 2013. Dans sa note d’intention,
Alex Ollé indique avoir déplacé l’action
dans le port de Chittagong au Banglagesh,
« un des endroits les plus pollués au
monde, (…) formidable cimetière
marin… ». Si les images projetées pendant
l’ouverture sont universelles, avec une
mer déchaînée et des vagues qui viennent
se briser sur la proue d’un navire à jardin,
on s’éloigne au 2ème acte de la Norvège
décrite dans le livret, au vu des « fileuses »
qui récupèrent les métaux assises sur la
plage, pendant que les hommes s’affairent
en arrière-plan sur un chantier de démantèlement naval. Au premier acte une passerelle métallique est déployée depuis les
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cintres, vertigineuse et occupant toute la hauteur du cadre de scène, empruntée par Daland et quelques équipiers, qui ne doivent pas oublier de s’assurer
au câble de ligne de vie. Du sable est répandu sur le sol, sur une structure en
boudins rebondissants (plusieurs chanteurs glissent ou trébuchent) qui remonte vers le fond du plateau et permet des projections vidéo souvent spectaculaires, comme ces rochers pendant le dernier duo Erik – Senta. La plupart des
protagonistes alternent l’excellent et quelques temps plus faibles, à commencer par Simon Neal dans le rôle-titre, pas toujours homogène dans la puissance et la qualité du timbre. La soprano Magdalena Anna Hofmann (Senta) se
montre émouvante dans les passages doux comme sa ballade au II, elle est
aussi capable de volume, mais plusieurs notes aigues sont imprécises. Le ténor
Tomislav Muzek (Erik) est à son meilleur dans ses deux airs, à d’autres
endroits de la partition certaines notes sont peu harmonieuses, tandis que Falk
Struckmann trouve en Daland un rôle idéal à ses moyens actuels, qui incluent
l’usure du timbre. A la tête d’un orchestre bien concentré et de chœurs en
grande forme, et particulièrement enthousiastes sur l’entame du III, le chef
Kazushi Ono privilégie constamment l’expressivité de la musique, et il a le
grand mérite d’éviter de produire des torrents de décibels qui couvriraient le
plateau.
Concert Joyce DiDonato – le 22 septembre 2014 à l’Opéra de Lyon
Wagner : DER FLIEGENDE HOLLÄNDER – le 11 octobre 2014 à l’Opéra de Lyon
«Le Vaisseau fantôme» © Fernandez
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ouverture des saisons lyriques
Vienne : Luxe
et prestige
Les premières représentations des près de trois cents spectacles lyriques mis à
l'affiche annuellement par le Staatsoper de Vienne réunissaient chacune,
comme d'habitude, deux et trois grandes pointures internationales du chant,...
Le Vaisseau fantôme de Wagner
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Le premier lever de rideau permettait aux
Viennois de découvrir Bryn Terfel dans le rôle du
Hollandais maudit juste avant son passage remarqué au Grand Théâtre de Genève. Sa voix ample
et sonore est mise à contribution par l'artiste avec
un art de la nuance réellement fascinant: beaucoup de phrases mélodiques sont à peine caressées par un timbre malléable à souhait qui ne présente aucune faille dans les pianissimi les plus
infimes. Le rôle est habité jusque dans ses moindres recoins par un chanteur qui sait se faire
entendre sans abuser d'un art du crescendo qui ne
connaît apparemment aucune limite. D'autant
plus terrifiant qu'il paraît réservé, ce Hollandais
ne dominait pas indûment la Senta au timbre
rond et ardent de Ricarda Merbeth, aucun doute
une des meilleures interprètes actuelles de ce rôle
meurtrier. Le Daland à la bonhomie débordante
de Peter Rose et l'Erik au ténor à la fois lyrique et
tendre de Norbert Ernst complétaient à la perfection cette distribution de rêve. Du côté de la
fosse, la direction tempétueuse de Graeme
Jenkins donnait sa pleine mesure dans un accompagnement orchestral de grande tenue que complétaient l'incomparable engagement tant scénique que musical d'un choeur superlatif. Seul point faible : la mise en scène
de Chritine Mielitz a pris de sérieuses
rides au cours des plus de cinquante
reprises dont elle a fait l'objet jusqu'ici: ses panneaux coulissants, ses éclairages grand'guignolesques et sa chorégraphie répétitive mériteraient de passer à la trappe car leur naïveté parvient
presque à tuer l'impression d'effroi que
le chef et les chanteurs parviennent à
communiquer à l'auditoire. (12 sept.)
Rusalka de Dvorak
Le lendemain soir, Rusalka montrait les forces de l'Opéra sous leur
meilleur jour. La mise en scène de
Sven-Eric Bechtolf, étrennée il y a à
peine huit mois, transpose le monde de
l'ondine dans un parc enneigé où les
ruines d'une maison abandonnée en
pleine construction semblent parcourues de courants d'air, symboles
patents d'un univers d'où tout sentiment chaleureux est banni. Avide d'amour, Rusalka fait une tentative désespérée pour s'arracher à ce monde
désolé et glacial mais sa tentative,
comme l'exige les lois du conte, est
condamnée à l'échec. La grandeur
Staatsoper : «Le Vaisseau fantôme» avec Bryn Terfel
(Holländer) et Ricarda Merbeth (Senta)
©Wiener Staatsoper / Michael Pöhn
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impressionnant du décor de Rolf Glittenberg,
encore magnifié par des éclairages latéraux de la
meilleure veine, place au premier plan la barbarie
inhumaine d'un monde où amour rime seulement
avec sexe et ou tout sentiment n'est que l'expression d'un calcul servant destiné à satisfaire de
misérables petits égoïsmes de chacun.
Kristina Opolais aurait dû interprétée le rôle
titre; malade, elle a été remplacée en dernière
minute par une jeune chanteuse russe qui fait partie de la troupe de l'Opéra, Olga Bezsmertova:
voilà un nom à retenir! Son triomphe laisse en
effet présager un avenir radieux pour cette cantatrice : la voix, sur tout le registre, est d'une beauté sereine, presque extatique, avec cependant
quelques signe de faiblesse dans le grave. Un jeu
scénique raffiné, un physique de mannequin de
mode et une intensité dramatique de chaque
instant assurent en tous les cas un départ fulgurant à la carrière de cette jeune artiste dont on
devrait reparler avant longtemps.
La jeune chanteuse était idéalement entourée par le Prince aux épanchement vocaux flamboyant de Piotzr Beczala, l'Ondin aux accents
tour à tour caressants et caverneux de Günther
Groissböck, la sorcière au chant passionné mais
trop bon enfant de Janina Baechle et la Princesse
étrangère de Monika Bohinec aux aigus projetés
avec une perfection glacée. A la tête d'un orchestre grandiose au jeu enflammé et rutilant, Tomas
Netopil rend parfaitement justice à l'instrumentation luxuriante de Dvorak qui n'est parvenu dans
aucune autre de ses autres partitions lyriques à
retrouver ce parfait mélange de féerie et de vérité dramatique. (13 septembre)
La Magicienne de Tchaïkovski
Cet opéra de la pleine maturité du compositeur russe n'est jamais parvenu à s'imposer durablement au répertoire, même en Russie. La faute
en incombe d'abord à un livret impossible au plan
dramatique où les morts s'amoncellent en fin de
parcours sans la moindre justification psychologique. Le compositeur lui-même n'est pas au
mieux de sa forme dans cet ouvrage trop long où
les dialogues s'enchaînent interminablement sans
apporter d'éléments neufs à la compréhension du
drame et nécessitant l'intervention de nombreux
passages en récitatifs qui tuent dans l'œuf toute
tentative de ménager un fil conducteur cohérent
au plan musical. Le Theater an der Wien a placé
cette production en tête de sa saison pour mettre
l'accent sur une programmation qui sort résolument des sentiers battus avec son mini festival
Gluck (quatre ouvrages, dont deux en version
scénique!), sa mise à l'affiche de deux créations
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contemporaines et sa présentation, scénique égalemeent, d'un Triptyque consacré à Beaumarchais
avec des opéras de Paisiello, Mozart et Milhaud...
La Magicienne nécessite de grands effectifs:
un chœur imposant (ici l'Arnold Schoenberg
Chor, parfait sur tous les plans), une poignée de
danseurs et une distribution d'une quinzaine de
chanteurs, parmi lesquels on compte au moins
cinq rôles principaux. Si l'on excepte une tendance générale à chanter trop fort, cette distribution
est idéale en tous points : Asmik Grigorian s'immerge sans réserve dans le rôle meurtrier de la
magicienne qui, au départ, paraît trop lourd pour
son soprano délicat; mais une technique imparable lui permet de surmonter victorieusement tous
les écueils et elle s'impose facilement comme la
pièce maîtresse du spectacle. Par l'ardeur et le
brillant de son chant, le ténor Maksim Askenov
ne le lui cède en rien et brosse un portrait pathétique et exalté du jeune héros possédé par un
amour qui le dépasse. Son père, incarné par un
Vladislav Sumlinsky aux réserves vocales
inépuisables, et sa mère, à laquelle Agnes
Zwierko prête son mezzo-soprano sensuellement
profond, complètent ce quatuor de choix auquel
vient encore s'ajouter le timbre épanoui, au réserve de souffle d'une incroyable longueur, que
Vladimir Ognovenko prête au sombre traître par
qui tout arrive. Mikhail Tatarnikov, le chef principal du deuxième théâtre lyrique de SaintPétersbourg, offre de la partition une lecture
ébouriffante, peut-être trop axée sur la recherche
de l'effet, mais en tous les cas apte à rendre
accessible au spectateur occidental un langage
lyrique d'une étrange modernité chez un compositeur dont on a tendance, souvent un peu trop
vite, à juger le style excessivement académique!
La mise en scène de Christof Loy se réclame
de la même esthétique que sa Donna del lago
présentée il y a trois aux an Grand Théâtre.
L'action se joue dans un décor impersonnel aux
hautes parois tapissées de bois et à l'ameublement spartiate. La magicienne du titre, telle une
Mélisande, sort mystérieusement d'une ouverture
pratiquée dans le mur et tourne immédiatement la
tête à l'impressionnante gent masculine qui erre
dans ces lieux. Son charme sème aussi la zizanie
dans le ménage princier. Jalouse, l'épouse du
prince voit son mari et son fils céder aux sortilèges de la belle inconnue et elle l'empoisonne
séance tenante; le père, furieux de découvrir en
son fils un rival inattendu, le poignarde à mort
avant de prendre conscience de son acte et de
sombrer dans la folie au cours d'une scène
mémorable où l'orchestre décrit avec force dissonances l'orage qui sévit dans la nature et dans
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l'âme du protagoniste. A défaut de
rende compréhensible un développement aussi erratique des situations dramatiques, cette mise en scène a au
moins le mérite de ne pas s'encombrer
de trop nombreux niveaux de relecture... On peut néanmoins parier que bon
nombre de spectateurs, à en juger par
les commentaires entendus à l'issue de
la représentation, n'ont pas été séduits
par la cohérence du propos scénique.
(14 septembre)
Eric Pousaz
Don Carlo
& L’Elisir d’amore
Fin septembre, le Wiener Staatsoper affichait deux grands titres du
répertoire lyrique avec en tête d'affiche
deux ténors dont la présence laisse
rarement indifférent.
Pour Don Carlo tout semblait
«L’elisir d’amore» avec Adriana Kučerová (Adina) et Juan
Diego Flórez (Nemorino) © Wiener Staatsoper / Michael Pöhn
avoir bien commencé. On retrouvait en
effet le timbre chaleureux et la puissance vocale superbement éclairé par Alessandro Carletti et
toujours aussi imposante d'un Roberto Alagna à des costumes de Carla Teti.
Pour Juan Diego Florez comme d'habitude,
l'expressivité incomparable. Toujours aussi à l'aise sur scène, il formait un couple parfaitement pas de mauvaise surprise. L'entrée sur scène à
crédible avec la jeune Adrianne Pieczonka, à la l'occasion de cette « furtiva lagrima » attendue
voix ayant peu d'ampleur mais d'une très belle par le public se fait les mains dans les poches. Il
palette de couleurs rendant très émouvante son s'agit certes d'une indication de la mise en scène
Elisabetta. On déplorera donc le curieux forfait traditionnelle d'Otto Schenk donnée pour la
du plus latin des ténors français puisqu'en effet le 213ème fois mais qui vieillit fort bien dans un
maître des lieux Dominique Meyer dut annoncer décor représentant de manière réaliste la place de
après la première scène du troisième acte que village italienne traditionnelle. Pourtant cette
Roberto Alagna n'était plus en état de poursuivre indication de jeu convient à merveille au ténor
la représentation. Réaction mitigée mais polie du péruvien entrant ainsi en scène en faisant preuve
public viennois décidément bien élevé, on imagi- d'une aisance naturelle ajoutant au charme du
ne volontiers ce qui se serait passé à la Scala... personnage de Nemorino qu'il interprète de façon
Distribution jeune par ailleurs, y compris un inégalable à l'heure actuelle. Séduction du
Grand Inquisiteur au port altier (Ain Anger) dont timbre, émotion, virtuosité sont au rendez-vous
le tête à tête avec Philippe II (Sorin Coliban ne et l'on ne s'étonne guère du tonnerre d'applaudismanquait pas d'intensité ou encore une certes très sements qui salue la performance qui méritait
séduisante Eboli mais dont la voix manque enco- bien d'être bissée. Et si la baguette de Guillermo
re de mordant et de maturité pour imposer un «O Garcia Calvo ne rendait pas toujours justice à
Don fatale » de référence. Privée de conclusion, l'aspect giocoso du chef-d'œuvre de Donizetti, le
la représentation s'achevait donc sous forme de reste de la distribution méritait bien des éloges, à
concert avec successivement George Petean, commencer par Adriana Kucerova, délicieuse
Posa à la belle musicalité et Elisabetta seul(e) en Adina au timbre fruité ou encore David Pershall,
scène, l'occasion au moins pour ces deux inter- Belcore à la technique affirmée, alors que dans
prètes de recevoir un accueil chaleureux grâce à un style moins burlesque qu'habituellement
la complicité d'Alain Altinoglu inspiré à la tête de Adam Plachetka était un convaincant Docteur
l'excellent orchestre du Staatsoper. Trois actes à Dulcamara.
Frank Fredenrich
peine avaient convaincu que la mise en scène de
Daniele Abbado servait avec intelligence le propos imaginé par Camille du Locle, dans un décor
unique sobre et habile de Graziano Gregori
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à la fenice de venise
Trouvère de routine
La production de Il trovatore à la Fenice de Venise
correspond à l’image que l’on se fait de cet opéra, l’un
des piliers de la trilogie dite « populaire » de Verdi, sans
surprise ni indignité. Un bon spectacle de province,
dirions-nous.
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Serait beaucoup moins d’aspect provincial, le public : chic, mis en
grands frais et grandes toilettes, pour une simple après-midi (!) d’une représentation ordinaire qui en suit d’autres. Ce qui tranche singulièrement sur les
masses de touristes débraillés qui errent de par les ruelles à l’entour ! À croire que la Fenice est le rendez-vous obligé de toute la haute société (bourgeoise) du Nord de l’Italie. Le lieu, avec d’autres certainement, où il convient de
se montrer… Il est vrai que le théâtre, depuis sa reconstruction, arbore un
décor magnifique, tout en dorures, reconstitué avec goût selon son ancien
apparat ; beaucoup plus beau et fastueux, dans notre souvenir, que celui préexistant (refait dans les années et le style 1970), comme nous l’avions connu
peu avant le sinistre qui l’a réduit en cendres en 1996. L’acoustique aussi se
révèle excellente, d’une présence rare, pour un théâtre finalement neuf.
L’assistance écoute donc sagement, tout en papotant à l’occasion avec
son voisinage, et réserve des applaudissements de bon aloi sans délire
démonstratif particulier. Il est vrai que cette
production du Trouvère n’est pas faite pour
décoiffer les chignons soigneusement peignés, ni ternir l’éclat des bijoux ostentatoires. Lorenzo Mariani réalise une mise en
scène de convention, avec les personnages
en place où on les attend et des gestes eux
aussi attendus, en costumes crypto XIXe
siècle, sur un plateau nu et téné-breux parsemé de quelques rares éléments de décor.
Nulle trouvaille, surprise, ni même
incongruité (que l’on aurait presque souhaitée !), ne vient émailler un déroulement qui
nous ramène à la belle époque de l’opéra de
papa, des années 70 : celle de l’antérieure
Fenice, précisément. Reste la musique. Elle
«Le Trouvère».
se révèle de même nature, honnête, sans
Photo © Michele Crosera
transporter d’enthousiasme ni de révolte
(ici déplacés, comme on l’a compris). Artur Rucinsky est un Conte de Luna
de belle prestance, qui déchaîne quelques fugaces cris de bravos. L’Azucena
de Veronica Simeoni possède la noirceur qui sied à son personnage, alors
que le Manrico de Gregory Kunde distille un beau phrasé et des aigus bien
lancés. La Leonora de Kristin Lewis paraît un peu courte de souffle, quand
le Ferrando de Roberto Tagliavini débite son chant tout à trac. L’orchestre
suit, sans couac ni transcendance particulière, aux ordres bien ordonnés de
Daniele Rustioni. Après le baisser de rideau et des applaudissements de circonstance, le public s’empresse d’envahir les trattorias avoisinantes pour
achever cette belle journée par un dîner en bonne compagnie.
Pierre-René Serna
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sous le patronage du palazzetto bru zane
grâce à son air de la folie du 2e acte que Maria
Callas a remis au goût du jour dans un récital
discographique resté célèbre.
Dinorah fait flamber
Berlin
Brillante prestation
Le centre de musique romantique française, sis au Palazzetto Bru Zane à
Venise, offre son soutien logistique et financier aux institutions désireuses de
sortir des sentiers battus du répertoire pour faire connaître les trésors oubliés
du vaste catalogue d'ouvrages lyriques français du XIXe siècle. Contraint de
fermer ses portes pour rénovation jusqu'à fin novembre, le Deutsche Oper de
Berlin a inscrit à son programme, avec le soutien du dit centre, une version de
concert de Dinorah ou le Pardon de Ploërmel exécutée à la célèbre Philharmonie
construite par Hans Scharoun.
Le but était d'abord de rappeler que
Giaccomo Meyerbeer était Berlinois et qu'il est
mort il y a juste 150 ans; et puis, il s'agissait
pour l'institution lyrique berlinoise de lancer
avec panache un vaste cycle consacré aux
grands titres écrits pour l'Opéra de Paris.
Le premier jalon en sera posé dès l'an prochain : la version originale de L'africaine, intitulée Vasco de Gama, ouvrira les feux le 4 octobre 2015 avant que ce titre ne
soit rejoint à l'affiche, un an
plus tard, par Les Huguenots,
puis Le prophète...
jour de ses noces) et celle du Freischütz de
Weber (un mystérieux personnage promet ici un
trésor au héros s'il vainc ses peurs et se soumet
pendant un an à des épreuves dont il doit sortir
victorieux).
Manque de corps
Le livret, pourtant, manque de corps, bien
qu'il soit dû à des spécialistes qui ont contribué
Patricia Ciofi avait la lourde tâche de
reprendre le flambeau de son illustre devancière
dans le rôle titre. Elle s'en tire brillamment avec
sa voix argentine mais jamais excessivement
mince ou acérée, son délié parfait dans les vocalises et son art inimitable de faire vivre une
phrase musicale par de légers déplacements
d'accents ou de nuances. Etienne Dupuis, son
amoureux inconstant, brille par la clarté d'un
timbre de baryton, qui déploie une puissance
rare jusque dans les fa aigus, plus que par le raffinement de la caractérisation. Dans le rôle déjà
plus épisodique du simplet de village craintif,
Philippe Talbot déploie des trésors d'imagination pour donner du poids à un personnage qui
sert avant tout de faire-valoir et dont la musique
n'atteint pas à des sommets d'intelligence musicale. Tous les rôles de caractère, nettement plus
épisodiques encore, sont admirablement tenus
par des jeunes membres de la troupe alors que
l'orchestre et les chœurs, magnifiques de brio et
Version française
Dinorah est le seul opéra
comique de l'auteur écrit directement en français, si l'on oublie
quelques péchés de jeunesse
traduits de l'allemand ou de l'italien. Bien que le compositeur
ait lui-même pu assurer la création de l'ouvrage, il n'en existe
pas moins de sept versions différentes, et toutes ne sont pas de
la plume de l'auteur, même si ce
dernier a donné son aval au travail des tâcherons qui se sont
chargés d'ajouter ici un récitatif,
là un air ou une musique d'entr'acte.
A Berlin, c'est la première version en langue française, avec passages parlés, qui a été
choisie. Trois personnages suffisent aux librettistes pour esquisser une action relativement
simple, qui n'est pas sans évoquer celle des
Puritains de Bellini (l'héroïne devient folle lorsqu'elle se croit abandonnée par son fiancé le
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«Dinorah» en version de concert © Bettina Stoess
par leurs textes au succès du Faust et du Roméo
et Juliette de Gounod ou du Mignon et du
Hamlet de Thomas. L'opéra commence alors
que l'héroïne est déjà folle, et il faut plus de
deux heures et demie de musique pour arriver
au happy end sans grands coups de théâtre intermédiaires. Mais l'opéra est resté célèbre, surtout
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de précision sous la direction enlevée d'Enrique
Mazzola, faisaient vraiment regretter que l'on
n'entende pas plus souvent un ouvrage aussi
bien écrit pour les voix comme pour les instruments. (Représentation du 12 octobre)
Éric Pousaz
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théâtre de carouge
Les Jumeaux vénitiens
Créée il y a un an à Bruxelles et interprétée par une équipe issue du
Conservatoire royal de Liège où enseigne Mathias Simons, la pièce du
Vénitien Goldoni reste d’une brûlante actualité tant ses thèmes – le sexe,
l’argent, le pouvoir – parlent aux spectateurs d’aujourd’hui. Intéressé par
la spécificité du théâtre en tant qu’art vivant, se frottant à la comédie
comme au théâtre politique, le metteur en scène belge a une formation
d’acteur, enseigne à Liège, a fondé sa propre compagnie, le Groupe 92, écrit
– on lui doit les poèmes dramatiques de la dernière partie
de Rwanda 94. Entretien avec Mathias Simons.
Vous avez écrit à propos des Jumeaux
vénitiens que la modernité des codes en faisait une pièce au propos très actuel.
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Carlo Goldoni prend une vieille forme qu’il
transforme en machine à jouer en la faisant éclater. Il peint ses contemporains vénitiens, critique
la grande puissance financière et politique qu’a
été la cité des doges, désormais sur le déclin. Tout
le monde ment, tout le monde est obsédé par la
possession – de la femme, de l’argent, du pouvoir. Aucun n’est ce qu’il paraît être. C’est ce
double langage incarné par les jumeaux qui m’a
frappé. Et comme mon dada est le théâtre dans le
théâtre, cette pièce me comble…
Attardons-nous sur la dualité qui va
de pair avec le mensonge et la dissimulation.
Tous les personnages présentent deux faces.
Pancrace, le Tartuffe goldonien, convoite la fille
de la maison de l’avocat d’affaires à laquelle il
est attaché, comme on disait alors. Sous une
apparence d’homme vertueux et altruiste, se
cache un terrible manipulateur. Les jumeaux
Zanetto et Tonino ne sont qu’un seul et même
personnage double, métaphore condensée des
contradictions qui animent la société et les individus eux-mêmes. L’avocat Balanzoni, mû par
son désir d’argent, ment sur sa paternité présumée. Florindo, ami supposé de Tonino, lui ment
par désir sexuel, etc. , etc. Seule Rosaura ne
ment que par ignorance, croyant être une autre
que ce qu’elle est. Tous prétendent donner une
image contraire à leurs désirs réels. Goldoni
manie une dialectique de l’être et du paraître
poussée à l’extrême.
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Vous parlez de comédie, mais il y a
tout de même deux morts, ce qui n’est guère
fréquent chez l’auteur vénitien.
En effet, c’est très rare, mais nécessaire pour
rétablir l’ordre. La crise a entraîné du désordre,
a mis à nu les intentions brutales des personnages, tous avides de posséder. Seule la mort d’un
jumeau et de Pancrace restaurera un ordre apparent, bien que rien ne change au fond, puisque
chacun retourne à ses petites affaires. L’ordre
n’est donc pas remis en question.
Passer ainsi du rire à la mort présente-t-il des difficultés de mise en scène ?
Il faut voir la pièce comme un univers de bande
dessinée. Les costumes sont un mélange de coupes du dix-huitième siècle et de matières
modernes ; les personnages portent par exemple
des baskets aux pieds. Au fur et à mesure que la
pièce avance, la machine et les codes s’emballent. Dans la deuxième moitié de l’acte trois, le
rôle double devient visible par le spectateur :
l’acteur qui joue les jumeaux (formidable
Fabrice Murgia !) ne se cache plus pour se changer et entretenir l’illusion. Pour répondre à votre
question, un happy end n’est pas possible. La
comédie se résout dans la mort qui lui confère
son contrepoids tragique.
Quelle scénographie avez-vous imaginée pour matérialiser le double ?
Il y a d’une part un espace de tréteaux (comme
dans la Commedia dell’arte), avec au fond une
toile peinte mais qui laisse voir les pieds
des personnages à l’arrière, d’autre part un
grand miroir au sol. La toile peinte sur un
tulle devient peu à peu transparente, laissant toute son ambiguïté à la scène finale.
La transparence du tulle raconte les coulisses tout en préservant le mystère du théâtre. L’acte trois s’ouvre sur l’arrière, on voit
les personnages jouant les personnages,
l’acteur unique jouant à vue les deux
jumeaux. C’est une double mise en abyme,
du vrai théâtre dans le théâtre…
Propos recueillis par
Laurence Tièche Chavier
Les Jumeaux vénitiens, Théâtre de Carouge, salle
François-Simon, du 28 octobre au 14 novembre
2014, réservations au 022 343 43 43, www.tcag.ch
«Les Jumeaux Vénitiens» © Celine Chariot
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la suite de quoi nous est donnée à voir une pantomime qui renvoit au poète Heinrich von Kleist et
à son célèbre récit Michael Kohlhaas ; enfin,
vient le triptyque consacré à Lessing « SOMMEIL REVE CRI DE LESSING ».
comédie de genève / théâtre du loup
Jourdheuil retrouve
Müller
Leitmotiv
Du 11 au 30 novembre, on pourra voir une fresque expérimentale,
autobiographique et délirante d’Heiner Müller, Gundling Frédéric de
Prusse Sommeil Rêve Cri de Lessing. Mise en scène par Jean Jourdheuil de
manière incisive et parfaitement en phase avec notre temps, elle incite à
une réflexion sur la situation franco-allemande au sein de l’Europe et sur
la place de l’artiste dans la toile du pouvoir. Entre autres…
Texte peu connu, Vie de Gundling Frédéric
de Prusse Sommeil rêve cri de Lessing, bien que
très inspiré par les surréalistes français, fait allusion à de nombreux classiques
du théâtre allemand, tels que
Goethe, Kleist ou Lessing, pour
ne citer qu’eux. Il s’agit aussi
d’une réflexion parodique sur le
théâtre germanique, sur la place
des intellectuels au pouvoir et
sur la « grandeur » prussienne.
En 1976, Heiner Müller écrit une
pièce à travers laquelle il interroge brutalement l’identité allemande en créant une figure
ambiguë, celle d’un savant, historien officiel de la Prusse de
Frédéric Ier, au début du XVIIIe
siècle, un certain Jacob Paul von
Gundling. Ce dernier est l’objet de moqueries
incessantes des militaires et des gens de cour, en
raison de sa grande culture. Il est même considérer comme fou. On peut donc clairement y lire la
douleur de Müller, homme de l’est vivant aux
Etats-Unis, loin de son pays déchiré. Autant
d’axes thématiques qui ont séduit Jean
Jourdheuil, ami et traducteur de Heiner Müller,
lorsqu’il a monté cette opus provocant et grotesque, avec les étudiants du TNS à l’été 2013. Il
en avait d’ailleurs établi une traduction française
aux côtés de Hans Schwarzinger voilà trente ans
déjà aux éditions de Minuit.
Quelque chose d’indéfinissable
Rappelons que la pièce mise en scène par
Jourdheuil précède d’une année la rédaction du
texte décisif de Müller, Hamlet-Machine (1977),
mais tous deux rédigés à son retour en RDA
après un séjour de 9 mois comme professeur et
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artiste invité à l’université d’Austin au Texas. Il
avait alors, miraculeusement obtenu l’autorisation d’honorer cette invitation, après un ostracis-
Jean Jourdheuil © Michelle Kokosowski
me de 10 ans de son pays. Jourdheuil considère
dans ce sens que ces deux textes sont un moment
de l’histoire du théâtre à marquer d’une pierre
blanche : « ils sont contemporains de l’entrée
des sociétés occidentales dans ce que certains
appellent l’ère de la post modernité ».
Pour sa part, Heiner Müller affirmait également que cette pièce tenait une place toute particulière dans son cœur. Il avait du mal à trouver la
bonne distance par rapport à elle. Il ressentait à
chaque fois quelque chose d’indéfinissable lorsqu’il citait ce texte ou lorsqu’il en parlait.
Dans ses notes d’intentions, Jean Jourdheuil
précise la structure singulière et parfois déroutante de cette œuvre-montage. Elle « présente la vie
de Gundling en une scène, celle de Frédéric de
Prusse en huit scènes, au milieu desquelles est
enchâssée la scène intitulée « JE VIENS DE
L’ENFER FAITES MON DIEU QUE JE
DEVIENNE PIEUX Asile de fous prussien ». A
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Jourdheuil ajoute alors qu’il ne faut pas
« traiter cette pièce comme une pièce historique,
à costumes. La figuration historique sera de l’ordre de l’allusion, elle doit rester légère, aérienne,
pour permettre de faire apparaître et de rendre
évident ce qui, dans cette pièce étrange, a valeur
de leitmotiv, au sens musical ».
Les leitmotiv dont parlent Jourdheuil sont de
fait la série des scènes qui dénoncent la confrontation entre un représentant du pouvoir et la figure de l’intellectuel ou de l’artiste, dans un rapport
d’humiliation du second par le premier ; et la
série affligeante des scènes d’exécution.
Sachant que le spectacle se
déroulerait sur la scène du
Théâtre du Loup, Jourdheuil
explique enfin que « le dispositif
scénographique de Jean-Claude
Maret devrait être léger, sans
pesanteur figurative, afin de faire
apparaître que l’objet du spectacle n’est pas la réprésentation
historique, mais plutôt l’autoportrait, le jeu des associations et le
dérapage contrôlé (…) ».
On aura donc compris l’exigence, mais aussi la pertinence du
regard porté par Heiner Müller et
son complice Jean Jourdheuil sur l’évolution de
la société aux prises avec une histoire qu’ils
regardent en face, sans complaisance, avec
humour et avec toute la détermination de guetteurs du siècle qui ont foi en la dramaturgie
comme un véhicule prémonitoire et privilégié de
nos consciences. Soyons à la hauteur !
Jérôme Zanetta
Du 11 au 30 novembre : Vie de Gundling Frédéric de
Prusse Sommeil Rêve Cri de Lessing de Heiner Müller,
m.e.s. Jean Jourdheuil.
La Comédie au Loup, mar-mer-jeu-sam à 19h, ven à 20h,
dim à 17h (rés. 022/301.31.00)
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31
Le Poche - Genève
Du 17 au 30 novembre 2014 : « Les Combats d’une Reine »
En tournée : «L’Illusion comique»
dans la mise en scène de Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier
Les 1er et 2 novembre, La Comédie de Genève (location : 022 / 320 50 01)
Le 6 novembre, Le Reflet - Théâtre de Vevey (location : 021 / 925 94 94)
Les 9, 21, 22, 23 novembre, Théâtre des Osses, Givisiez (location : 026 / 469 70 00 )
Du 13 au 15 novembre, La Grange de Dorigny, Lausanne ( (réservation : 021/ 692 21 24)
Le 28 novembre, Salle CO2, Bulle-La Tour (location : [email protected], 026 / 913 15 46)
t h é â t r e
théâtre forum meyrin
Amour, foi et chant
Aux Bouffes du Nord, Yves Beaunesne présentait L'annonce faite à Marie
de Paul Claudel, la première pièce de l'auteur à être jouée en 1912. Il
réussit le pari fou de s'emparer de la langue tortueuse, de la syntaxe
singulière de Claudel pour créer « un opéra de paroles » d'une très
grande intensité émotionnelle. Spectacle qui fera escale à Meyrin.
Une histoire somme toute assez triviale qui
s'articule autour de la rivalité entre deux sœurs
sur fond de mysticisme. Au commencement
était Violaine, une jeune femme, délicate et sautillante, habitée par la voix de Dieu - une adoration si pure qui la porte à
embrasser un lépreux. De ce
chaste baiser Mara, sa sœur
cadette, se servira pour
contrarier les dessins nuptiaux de Violaine avec
Jacques. Profitant du pèlerinage du père qui lui préfère
son aînée, Mara condamne
Violaine et épouse Jacques.
Répudiée, celle-ci sombre
dans une folie christique
jusqu'au jour où Mara vient
lui demander de l'aide.
Jusqu'ici tout semble écrit
par avance, l'action se situe
au cœur du Moyen-Âge, les
femmes considérées comme
une essence, vivent une double soumission - à un père
omniscient et à Dieu omniprésent - la vie se cantonne
au quotidien d'une exploitation agricole, seule la foi
permet de transcender les
aléas de l'existence.
apparaissent les silhouettes de deux violoncellistes, présentes sans être en interaction directe
avec les acteurs autrement qu'au travers des
prières et des cantiques. Le metteur en scène a
demandé à Camille Rocailleux de composer une
partition pour entendre le texte en musique de
manière à se détacher de l'envoûtement généré
par celui-ci. Émerge un univers étrange, entrelacs d'idiomes peu connus - jusqu'à l'araméen.
La double compétence de sa troupe d'acteurs lui
permet d'investiguer les méandres de la langue
et de verser dans l'art lyrique. Cette juxtaposition, imaginée par Claudel lui-même, assure
une pérennité au texte capable de toucher même
les plus agnostiques d'entre nous ! La voix de
l'auteur ne s'est pas tu avec celles de Laurent
Terzieff et d'Alain Cuny. Judith Chemla
(Violaine) et Marine Sylf (Mara) n'ont rien à
envier à leurs aînés. Derrière l'apparente finesse
de sa silhouette, Judith Chemla dévoile une
énergie, une aura de grande tragédienne, mystique, offerte tout en restant juste, elle évite
l'hystérie et renouvelle ainsi un genre théâtrale
poussiéreux et désuet.
Renversant !
Yves Beaunesne
réveille Claudel, sa foi
poreuse, humble et
pudique et non celle
arrogante et chiantissime qu'on lui prête souvent. Derrière l'ébriété
divine de Violaine se
cache le dialogue de la
chair et de la tentation
« un drame de la possession d'une âme par
le surnaturel » pour
citer Claudel d'une
beauté renversante !
Maïa Arnauld
Les 25 et 26 novembre :
L'Annonce faite à Marie de
Paul Claudel, m.e.s. Yves
Beaunesne.
Théâtre Forum Meyrin
(loc. 022/989.34.34)
Modernité
Yves Beaunesne génère
une mise en scène moderne
et apporte une respiration à
la syntaxe claudélienne, sa
scansion délicate par le biais
de magnifiques pauses
musicales et chantées.
Derrière le rideau de fils qui
partage la scène en deux,
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«L’Annonce faite à Marie» © Guy Delahaye
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vidy : une approche de l’holocauste par le témoignage
Jan Karski
Messager de la résistance en Pologne, Jan Karski tente de sensibiliser en
vain la communauté internationale sur l’extermination des Juifs d’Europe.
En adaptant le récit, Jan Karski, dû à Yannick Haenel, le metteur en scène
français Arthur Nauzyciel porte à son plus pertinent et sensible l’acte de
témoigner au théâtre.
34
Résistant catholique, Jan Karski est l’infortuné passeur auprès des Alliés de l'extermination
de la population juive du ghetto de Varsovie.
Mais son message demeure sans lendemain, malgré son entretien avec Roosevelt. Parti du livre de
Yannick Haenel, le metteur en scène
explique que l’auteur raconte un personnage
complexe en s’appuyant sur plusieurs sources.
« D’abord un récit documentaire, en racontant le
Polonais par le biais du témoignage qu’il donne
au cinéaste Claude Lanzmann dans le film
Shoah. Une seconde partie s’axe sur l’autobiographie écrite par Karski en 1943, Mon témoignage devant le monde. La troisième est une fiction où l’écrivain essaie d’insuffler des mots au
silence, de raconter ce qui a hanté et habité ce
silence du Résistant qui dura 35 ans avant son
interview par Lanzmann. Ce dispositif pose la
question de la représentation au théâtre.
Comment représenter théâtralement ce qui a
davantage partie liée avec le documentaire, puis
l’autobiographie et la fiction ou l’illusion. Par sa
structure, le roman appelait l’arrivée subite
d’une personne disant : Je suis Jan Karski. Du
coup, le théâtre devient ce qu’il est de plus intéressant dans la rencontre entre réel et illusion,
morts et vivants, visible et invisible. »
Une pièce aux récits emboités
La citation du poète allemand Paul Celan :
« Qui témoigne pour le témoin ? » est l’un des
axes du travail d’Arthur Naucyziel. Ce dernier se
présente d’abord sur le plateau transformé en lieu
de tournage. Il reprend la mise en abyme et le
commentaire de Haenel sur le récit de Karski
face à la caméra de Lanzmann. « Soixante ans
après la libération des camps d’extermination
d’Europe centrale, on sait qu’il est impossible
d’ébranler la conscience du monde, que rien
jamais ne l’ébranlera parce que la conscience du
monde n’existe pas, le monde n’a pas de conscience, et sans doute l’idée même de monde
n’existe-t-elle plus », entend-on alors. Il s’agit
pour le metteur en scène d’ « évoquer en creux la
disparition des témoins ». Ce petit-fils d’un
déporté explique : « La question qui se pose est
celle de la transmission du témoignage et la
place que peut y prendre la littérature, le théâtre.
Le spectacle est une tentative de répondre à cette
dimension, en se disant : 'Est-ce que l’on a un
rôle à jouer dans cette place qui nous échoit
maintenant, celle d’un relais, en redonnant voix
à ce message ?' »
Le second volet de l’opus voit le défilement
sur écran géant du plan agrandi du ghetto de
Varsovie, comme lors de la découverte d’un
microfilm. Cette vidéo est réalisée par le plasticien polonais contemporain Miroslaw Balka. Il
s’agit d’une forme de soubassement de ce que le
metteur en scène a arpenté lors de la préparation
de sa pièce, la cartographie de l’ancien ghetto.
« C’est un travail sur l’absence, en deux dimensions, auquel Marthe Keller prête sa voix, qui
prépare la troisième partie, l’incarnation, et rend
le théâtre nécessaire », souligne Nauzyciel. Ce
moment semble faire écho aux intuitions du philosophe et essayiste Walter Benjamin écrivant sur
le fait historique et sa reconnaissance dans le présent : « La vérité immobile qui ne fait qu’attendre le chercheur ne correspond nullement à ce
concept de la vérité en matière d’histoire. Il s’appuie bien plutôt sur le vers de Dante qui dit :
c’est une autre image unique, irremplaçable, du
passé qui s’évanouit avec chaque présent qui n’a
pas su se reconnaître visé par elle. »
La troisième partie est la plus controversée.
Lors de la sortie du livre de Haenel, Lanzmann
écrit : « Les scènes qu'il imagine, les paroles et
pensées qu'il prête à des personnages historiques
réels et à Karski lui-même sont si éloignées de
toute vérité – il suffit de comparer le récit de
Karski à ses élucubrations – qu'on reste stupéfait
devant un tel culot idéologique, une telle désinvolture, une telle faiblesse d'intelligence. » Sur le
plateau, se dévoile la reproduction d’un couloir
de l’opéra de Varsovie, un entre-deux accueillant
les méditations et réflexions imaginaires prêtées
à Karski par Haenel. Le comédien Laurent
Poitrenaux est cet homme défait travaillé par le
message qui n’a pu influer sur le cours des événements. Il se désole alors de l’inaction des
Alliés face à la solution finale. Puis la remarquable danseuse Alexandra Gilbert, déjà vue chez
Sidi Larbi Cherkaoui (Foi, Myth) chute sur elle
avant de se refigurer, telle une image que l’on
décollerait d’une surface. Elle donne ainsi une
possible expression de la résistance et du désarroi
des personnes qui témoignèrent de la réalité
concentrationnaire ou y survécurent, mais dont la
parole fut longtemps impossible, empêchée ou
peu entendue.
Bertrand Tappolet
Jan Karski (Mon nom est une fiction), Théâtre de Vidy,
du 13 az 22 novembre. Rens. : www.vidy.ch
«Jan Karski (Mon nom est une fiction»
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THÉODORA & TAMI ICHINO
Du 1er au 30 novembre 2014
ENTRE CIEL & PERLES
laFERME
de laCHAPELLE
laFERME
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FAR
WAYNE MCGREGOR
WAYNE MCGREGOR | RANDOM DANCE
VENDREDI 28
& SAMEDI 29 NOVEMBRE — 20h
SALLE DES FÊTES DU LIGNON
Place du Lignon 16 — Vernier
GALERIE LA FERME DE LA CHAPELLE
39, ROUTE DE LA CHAPELLE | CH -1212 GRAND-LANCY
WWW.FERMEDELACHAPELLE.CH
Ville de Lancy
République et canton de Genève
Service de la culture — 022 306 07 80
www.vernier.ch/billetterie
Théâtre des Marionnettes
de Genève
NOVEMBRE
MA 4 – LA MALADIE DU POUVOIR d’Octave Mirbeau
ME 12 – MUR d’Amanda Sthers avec Rufus et Nicole Calfan Comédie
VE 14 – GUITARES ET CORDES
MA 18 – ANTOINE DULÉRY FAIT SON CINÉMA
(MAIS AU THÉÂTRE) Humour
MA 25 – LA PETITE ÉVASION de Daniela Ginevro
DÉCEMBRE
JE 4 – MÉTALLOS ET DÉGRAISSEURS de Patrick Grégoire
ME 10 – PETITS CRIMES CONJUGAUX d’Eric-Emmanuel Schmitt
JE 18 – ALBUM DE FAMILLE Théâtre et chansons
SOUCIS DE PLUME
WUNDERKAMMER
Adultes, ados
Jusqu’au 5 novembre 2014
Un étonnant cabinet aux
merveilles marionnettiques.
Dès 4 ans
8 au 26 novembre 2014
Les extraordinaires aventures
de Monsieur Petitmonde dans
des univers parallèles.
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Rue Rodo 3 – Genève
022 807 31 07
www.marionnettes.ch
t h é â t r e
pièce. Cela fonctionne plutôt bien, en particulier
lorsque les deux vagabonds sont seuls sur scène.
Toutefois, lorsqu’ils sont rejoints par Pozzo et
Lucky, l’espace scénique devient presque trop
exigu et semble entraver à la fois la gestuelle corporelle et les interactions entre les personnages.
château rouge, annemasse
En attendant Godot
« Je ne sais pas plus sur cette pièce que celui qui arrive à la lire avec
attention. Je ne sais pas dans quel esprit je l'ai écrite. Je ne sais pas plus sur
les personnages que ce qu'ils disent, ce qu'ils font et ce qui leur arrive. De
leur aspect j'ai dû indiquer le peu que j'ai pu entrevoir […] Je ne sais pas qui
est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s'il existe. Et je ne sais pas s'ils y
croient ou non, les deux qui l'attendent. Les deux autres qui passent vers la
fin de chacun des deux actes, ça doit être pour rompre la monotonie ».
36
Voici ce qu’écrit
Samuel Beckett à Michel
Polac en janvier 1952, au
moment de la parution aux
Editions de Minuit d’En
attendant Godot : les vagabonds Vladimir et Estragon
n’existent donc que par ce
qu’ils disent et font, sans
aucune certitude sur euxmêmes et sur l’existence de
Godot, qu’ils s’obstinent à
attendre jour après jour, perdus dans un monde décharné, un non-lieu où ils ne vont
rencontrer que le monstrueux Pozzo et son esclave
Lucky.
Œuvre incontournable
dans l’histoire du théâtre et de la création
contemporaine, passage obligé pour quiconque
veut penser le théâtre de l’absurde, Godot est une
œuvre très souvent représentée, et sa scénographie est méticuleusement décrite par Beckett
dans d’innombrables didascalies. Elle constitue
donc un objet à la fois fascinant et risqué pour
tout metteur en scène.
Scénographie très resserrée
C’est au tour de Laurent Vacher de se
confronter cet automne à Beckett, d’abord au
Poche de Genève, puis à Château Rouge à
Annemasse. D’abord comédien, Vacher a créé en
1998 la Compagnie du Bredin, actuellement en
résidence au Théâtre Ici & Là à Mancieulles.
Après avoir réalisé diverses adaptations de textes
et Les Contes de la mine en collaboration avec
Philippe Malone et Ariane Gardel, il a récemment mis en scène Lost in Supermarket de
Philippe Malone en collaboration avec le chorégraphe Farid Berki.
a
Dimension clownesque
Dans cet espace restreint, les comédiens font
entendre le texte, sa force, son originalité, de
façon convaincante – que ce soit la célèbre tirade
de Lucky, les interventions cinglantes de Pozzo
ou les dialogues sans fin de Vladimir et Estragon.
Toutefois, surtout dans l’acte II, le niveau sonore
des
dialogues
devient
par
moments excessif : les comédiens
crient alors leur
texte plus qu’ils
ne le disent (et
sans que les didascalies ne l’imposent), la beauté et
la précision du
texte beckettien
passant alors un
peu au second
plan.
De manière
similaire, Vacher a
souhaité accentuer
«En attendant Godot» © Christophe Raynaud de Lage
la
dimension
clownesque de la
Vacher place son approche de Godot sous le pièce (« La notion de “cirque“, de “cabaret“
signe d’un refus de tout « sentiment de pétrifica- porte mon choix vers des acteurs ayant une forte
tion devant le texte ou l’auteur », et revendique présence, sachant mettre en valeur leur clown,
un désir de « rendre compte de la langue dans sachant jouer, jongler avec les éléments donnés
tout ce qu’elle a de précis et de vivant, de faire par le texte. Le rythme du burlesque se fait sur
entendre le texte avec toute sa force, son origina- l’instant, entre eux et avec le spectateur. »), et si
lité, son universalité, et son actualité ». Ce pro- ce partis-pris est souvent convaincant, il suscite
gramme ambitieux se traduit par des partis-pris parfois une impression d’excès – gestuelle,
souvent intéressants, même si pas toujours plei- costumes, expressions des visages.
nement convaincants.
Ainsi, Vacher privilégie une scénographie
Un Godot captivant et singulier, donc, qui
très resserrée autour des deux protagonistes. prend des risques et les assume, et qui mérite larVladimir et Estragon sont sans cesse rapprochés gement d’être découvert.
l’un sur l’autre, positionnés l’un derrière l’autre,
Laurent Darbellay
passant au-dessus de tuyaux, se glissant derrière
un bout de mur, comme s’ils devaient sans cesse
lutter pour leur place sur scène. Là où certaines
mises en scène insistent sur l’étendue désertique Château rouge Annemasse, du mercredi 12 au vendredi
qui entoure les personnages, cette «Route à la 14 novembre. Renseignements et réservation :
campagne, avec arbre» évoquée dans la première http://www.chateau-rouge.net/ ou (+33) 450 43 24 24.
ligne du texte, Vacher choisit de donner une
atmosphère beaucoup plus claustrophobique à la
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u
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q
u
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pour s'épanouir : l'insurmontable dilemme
du jazz…
geneva camerata au bâtiment des forces motrices
Jacky Terrasson
Faire un sevrage de temps en temps est essentiel
pour mieux revenir.
Les frontières (musicales et autres)…
Il est indispensable de voyager, de tout goûter.
Aussi bien à l'aise en solo qu'en trio, en fortissimo qu'en pianissimo, le pianiste Jacky Terrasson ne cesse pas d'étonner. La variété de ses albums et la
richesse de ses compositions doivent autant au jazz be-bop (Bud Powell,
Monk) qu'à la musique classique (Ravel, Poulenc, Satie), voire à la chanson
populaire (Aznavour). Aussi, la plupart des festivals internationaux le
demandent. Le musicien répond aux questions de Scènes Magazine depuis
quelque part entre Séoul et New York, avant d'atterrir à Genève le mardi
11 novembre pour un concert swinguant au Camerata (GECA).
Gouache, la musique en couleurs et
les correspondances synesthésies…
Oui.
La musique suffit-elle sans parole ?
Oui, parce que chacun entend ce qui lui parle.
Jouer seul ou à plusieurs ?
Les deux. J'ai toujours pensé que l'expression
jouer seul était curieusement choisie car on joue
forcément à plusieurs.
Deux compositions
pour
séduire l'être aimé.
Je te veux de Satie et
l'adagio du concerto
en sol de Ravel par
Michelangeli ou
Duchable.
Sur l’improvisation…
A vos marques…
Partez !
Le ciel est
gris sur Genève.
Mince alors !
Réponses
transmises par
écrit par
Jacky Terrasson
et recueillies par
Frank Dayen
Jacky Terrasson © Devin De Haven
Non, ou alors juste pour ceux qui aiment.
Votre définition du jazz.
Une expression immédiate, la joie, la danse,
l'envie, le désir de l'autre, l'offre.
Le style Monk.
La force, l'originalité, l'humour et le risque.
La musique classique comme inspiration…
Absolument. Les plus belles mélodies en sont
issues.
Le jazz, une nécessité ?
Repriser ou se défaire des influences
Bio express
Naissance en 1965 à Berlin, d'une mère
américaine et d'un père français.
Commence le piano à 5 ans et étudie sa pratique au lycée.
Rencontre avec Francis Paudras (biographe
de Bud Powell).
e
n
t
Concert prestige de
Jacky Terrasson Let's
swing au Geneva
Camerata, dans le Bâtiment des Forces motrices de
Genève, le mardi 11 novembre à 20h00.
Billetterie Fnac. www.genevacamerata.com
r
Remporte le concours Thelonious Monk
lors de son séjour américain au Berklee College
Of Music.
Collaborations avec des voix prestigieuses
comme Dee Dee Bridgewater, Cassandra
Wilson, Dianne Reeves, Betty Carter, Jimmy
Scott, Charles Aznavour, Ry Cooder, Ibrahim
e
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e
Maalouf…
A ce jour, Blue Note Records a édité une
dizaine de ses albums.
En 2012, il sort l'album Gouache, avec
Michel Portal et Stéphane Belmondo.
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les musicales de compesières
The Seven Year Itch
Les Musicales de Compesières ont 7 ans d'existence. Le moment d’entrer dans
un nouveau cycle que Claire Haugrel, la fondatrice et directrice artistique de la
manifestation genevoise, a résolument placé sous le signe du renouveau.
38
Comme le dit Claire Haugrel, « sept ans,
c'est l'âge de raison et, pour ne pas ronronner ou
se démobiliser, il faut des idées nouvelles, des
ouvertures nouvelles. C'est chose faite. Nouveau
logo, nouvelle image, nouveau comité et des nouveaux concerts, un cycle de causeries et l'arrivée
d'une formation orchestrale accueillie pour trois
ans en résidence : La Camerata du Léman ».
Reprenons dans le détail. Pour l’image, un
visuel renouvelé met en valeur la poésie du bijou
architectural qu’est le site de Compesières, avec
son église jouxtant la Commanderie des
Chevaliers de Malte. Quant au nouveau comité, il
sera désormais présidé par Michel Favre, l’ancien
Secrétaire général de la Commune de Plan Les
Ouate. C’est évidemment le renouvellement de
l’offre musicale qui frappe le plus. Si la formule
de trois week-ends est maintenue, tout comme est
maintenue la préoccupation d’offrir sur trois
jours une place successivement aux jeunes solistes, aux solistes confirmés et à la musique d'oratorio, le principal changement tient à l’invitation
pour une résidence de trois ans faite à une jeune
formation orchestrale professionnelle, La
Camerata du Léman.
Existant depuis deux ans, La Camerata du
Léman est une formation à géométrie variable,
formée de 15 musiciens de base âgés de 20 à 30
ans, tous professionnels et juste sortis des
Conservatoires Supérieurs lémaniques. Jouant
debout, sans chef, la formation privilégie l’écoute mutuelle. C’est sur elle que le choix de Claire
Haugrel s’est porté, convaincue qu’ « après de
nombreux récitals ou de nombreux concerts en
musique de chambre, l'élément susceptible d'apporter une réelle ouverture aux Musicales de
Compesières et aux jeunes musiciens, serait une
formation orchestrale ». L’orchestre de son côté
trouvera un lieu d’accueil, un soutien financier,
et l’occasion de se faire connaître. C’est ainsi que
la nouvelle formule des Musicales se compose le
vendredi soir, d’un concert de solistes (en récital
ou accompagnés de la CdL), le samedi soir, d’un
concert de la Camerata du Léman (avec ou sans
soliste), le dimanche, de musique d’oratorio.
Autre nouveauté, les dimanche à 11h. des
concerts offerts permettront d’entendre la voix
émouvante de la soprano Savika Cornu Zozor
dont on n’oublie pas le très beau récital du 30
novemenbre 2013 au Victoria Hall avec
l’Orchestre des Nations-Unies. L’occasion d’écouter également Marcelo Giannini, organiste
titulaire du Temple de Carouge. Si l’on ajoute le
Cycle de causeries sur la campagne genevoise en
entrée libre à 15h., organisé par l’historien
Dominique Zumkeller, suivi des concerts de
17h., pourquoi ne pas envisager de passer tout le
dimanche à Compesières, compte tenu de l’accueil chaleureux des responsables des Musicales
et des prix spéciaux pratiqués par l’Auberge de
Compesières pour le public des Musicales !
Christian Bernard
Programme et renseignements : www.dacapoch.com/musicalesdecompesieres
Navettes gratuites depuis la Place neuve une heure avant
les concerts.
YVAN VAFFAN
CENTRE CHORÉGRAPHIQUE NATIONAL
DE GRENOBLE
JEAN-CLAUDE GALLOTTA
DANSE | EQUILIBRE
VE 5 DÉC. 2014
Jean-Claude Gallotta fait partie
de ces conteurs magiques et, trente ans
après l’avoir créé, son Yvan Vaffan agit
sur nous avec la même fougue
et le même bonheur.
WWW.EQUILIBRE-NUITHONIE.CH
RÉSERVATIONS FRIBOURG TOURISME
ET RÉGION 026 350 11 00
m u s i q u e
portrait
Ton Koopman
Légende vivante de la musique baroque, Ton Koopman sera en concert à
Genève le mardi 18 novembre au Victoria Hall, en compagnie de son
Amsterdam Baroque Orchestra & Choir et d’un quatuor de solistes, pour
une soirée Mozart donnée dans le cadre de la saison « Migros-Pour-cent
culturel ». Trois œuvres sont à l’affiche : la Symphonie No 20 K.133, la
Messe du Couronnement K. 317 et le Requiem K. 626. Même programme
à St-Gall le 17, à Zurich le 19, ainsi qu’à La Chaux-de-Fonds le 20,
à l’invitation de la Société de Musique.
Né à Zwolle en 1944, claveciniste,
organiste, chef d’orchestre et musicologue, Ton Koopman a marqué le monde
musical de sa forte personnalité et par ses
traductions de référence de l’œuvre de
Bach et de Buxtehude. Elève de Gustav
Leonhardt, le fondateur de l’école hollandaise de l’interprétation à l’ancienne, Ton
Koopman reçoit de son maître les fondements mêmes de l’exécution et de l’ornementation baroques. Un héritage qu’il
transmet à son tour à ses élèves de
l’Université de Leiden, où il enseigne la
musicologie, et du Conservatoire royal de
La Haye, où il est professeur de clavecin.
Membre honoraire de la Royal Academy
of Music de Londres, Ton Koopman est
aussi le directeur artistique du Festival
Itinéraire Baroque en Périgord Vert, créé
en 2002. Un festival où se produisent
nombre de jeunes musiciens et ensembles
de musique ancienne, qui bénéficient
ainsi du soutien très actif de Koopman à
la jeune génération.
Vaste discographie
Ton Koopman © Eddy Posthuma de Boer
Amsterdam, Bach et le
mystère de son génie
C’est en 1969, à l’âge de 25 ans, que Ton
Koopman fonde son premier orchestre baroque,
Musica Antiqua Amsterdam. Dix ans plus tard,
il crée sa formation actuelle, l’Amsterdam
Baroque Orchestra, suivie, en 1992, de
l’Amsterdam Baroque Choir, en vue de l’exécution et de l’enregistrement de l’intégrale des
Cantates sacrées et profanes de J.S.Bach. Une
vaste entreprise que Ton Koopman mènera à
son terme en 2004.
Au journaliste Thierry Hillériteau qui lui
demande - le Figaro du 24.07.14 - quel regard
il porte sur la jeune génération du renouveau
a
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posait pas aujourd’hui encore, il n’écrirait pas
un livre sur Buxtehude, l’un des mentors de
Bach, pour tenter de percer le mystérieux génie
de son élève.
En 45 ans de carrière, Ton Koopman a été
l’invité d’un grand nombre d’orchestres de par
le monde, dont l’Orchestre de Chambre de
Lausanne à plusieurs reprises. En 2011, il a été
nommé pour trois ans Artiste en résidence du
Cleveland Orchestra. Il a aussi joué sur les
orgues les plus célèbres du continent et été chargé de l’édition complète des Concertos pour
orgue de Haendel par la maison Breitkopf &
Härtel, et pour Carus de l’édition du Messie de
Haendel et du Das jüngste Gericht de
Buxtehude. Pour ses 70 ans, il a dirigé cet
été en Périgord Les Vêpres de
Monteverdi, compositeur auquel il entend
consacrer beaucoup de temps au cours
des années à venir.
u
baroque, Ton Koopman répond : « Je ne crois
pas qu’il puisse y avoir un renouveau baroque.
L’héritage de Gustav Leonhardt ne s’arrêtera
pas le jour où nous aurons redécouvert toutes
les œuvres et tous les compositeurs oubliés des
XVIIe et XVIIIe siècles. Il s’arrêtera le jour où
l’on cessera de se demander « pourquoi ? »
Avec Leonhardt, je passais mes journées à lui
poser cette question. C’est ainsi que j’ai trouvé
ma voie. » Et d’ajouter que cette question, il n’a
pas cessé de se la poser, et que s’il ne se l’était
pas posée, il n’aurait pas décidé, en 1995, d’enregistrer son intégrale des Cantates de Bach,
alors que Leonhardt et Harnoncourt avaient fini
la leur cinq ans auparavant. Et que s’il ne se la
a
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t
La discographie de Ton Koopman est
immense. En 2003, il crée son propre
label « Antoine Marchand », son nom en
français, pour diffuser ses enregistrements, dont les 22 volumes des Cantates
et Passions de Bach et les seize de
Buxtehude. En plus de ces intégrales, Ton
Koopman a aussi servi pour le disque
bien d’autres compositeurs, comme Biber
(Requiem et Vêpres), Charpentier
(Leçons des Ténèbres), Purcell (The Fairy
Queen), Telemann (Kammermusik),
Haendel (concertos pour orgue, La
Resurrezione, Le Messie), Haydn (plusieurs symphonies) et bien sûr Mozart
(Requiem et symphonies).
Ton Koopman a obtenu un grand
nombre de distinctions internationales.
Docteur Honoris Causa de l’Université
d’Utrecht pour ses recherches scientifiques sur
l’œuvre de Bach, il a aussi reçu en 2006 la prestigieuse médaille Bach de la ville de Leipzig et
deux ans plus tard, le BBC Award pour ses enregistrements des Cantates du Cantor.
Yves Allaz
18 novembre : Migros-pour-cent-culturel-classics.
Amsterdam Baroque Orchestra & Choir, dir. Ton
Koopman, Johannette Zomer, soprano, Bogna Bartosz,
contralto, Jörg Dürmüller, ténor, Klaus Mertens, basse
(Mozart). Victoria Hall à 20h (loc. SCM 022/319.61.11)
é
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m u s i q u e
à considérer la musique comme un être vivant
même si les portées ont un siècle, ou plus, d'âge
- témoignent, au-delà d'un soin académique à
animer les seize cordes, d'une très grande liberté, comme dégagée de tout port d'attache.
Aujourd'hui les artistes poursuivent une
carrière internationale qui les amène à fréquenter les scènes du monde entier. Leur identité est
devenue cosmopolite; ce sont d'authentiques
citoyens du monde.
le quatuor de jérusalem à genève et vevey
Précision et liberté
Des musiciens de l'ex-URSS qui ont passé par Israël, associés à un
Américain, pour de la musique austro-allemande dans une ville suisse,
l'affiche est pour le moins cosmopolite !
40
En 1993 trois jeunes immigrés venus de
l'ancienne Union Soviétique se sont rencontrés
sur les bancs de l’Académie Rubin de
Jérusalem. Cet important conservatoire de l'Etat
d’Israël, est - et a été - un point de passage pour
beaucoup de solistes venus d'ex-URSS et désireux d’aller se perfectionner à la Juilliard
School de New York. Le premier
violon Alexander Pavlovsky natif
de Kiev, le second violon Sergei
Bresler originaire de Kharkov, et
le violoniste Kyril Zlotnikov de
Minsk, n’ont pas eu à se rendre
aux USA pour faire partie des
grands. Repérés par leur directeur dans l’Orchestre du
Conservatoire de Jérusalem,
ville natale d’Amihai Grosz
(alto), les étudiants ont été
confiés à un excellent pédagogue: le violoniste d’origine roumaine Avi Abramovitch, qui les a
initiés à la technique et au répertoire du quatuor. Il va ensuite les
encourager à fonder leur propre
formation, pendant la saison
1993 - 1994.
radio britannique leur apporte son soutien. Ces
chambristes deviennent “BBC Generation
Artists“. Des mécénats privés prennent le relai
et en 2003, les musiciens obtiennent un prix
prestigieux : le “Borletti Buitoni Tust Award“.
2010, c'est l'arrivée de l'Américain Ori
Kam, venu remplacer Amihai Grosz : une nou-
Réputation
velle recrue parfaite, sachant s'intégrer sans se
fondre. L'ensemble gagne une couleur nouvelle,
qui ne trahit pas les anciennes valeurs. Pour ces
interprètes, les auditeurs doivent sentir que
chaque musicien est “naturellement“ en symbiose avec les autres. « Nous nous mettons toujours préalablement d'accord sur ce qui nous
paraît essentiel et nous y consacrons beaucoup
de temps. Une fois le dénominateur commun
trouvé, ce que l'autre imagine, loin de nous
contrarier, n'est plus un problème. Sa créativité
peut s'exprimer. » Dans leur art, ces concertistes
s'attachent à trouver un équilibre : « Si l'on fait
ressortir trop de détails, l'auditeur est perdu, si
nous nous attachons à la structure d'ensemble,
cela devient ennuyeux ».
Toutes ces préoccupations - qui consistent
Le succès n'attend pas, ni en Israël ni à l'étranger : après un premier prix de musique de
chambre à l’Académie de Jérusalem en 1996,
ces interprètes au jeu transparent, lumineux,
élégant et déjà... très mature, remportent, l'année suivante, deux prix au Concours international Schubert de Graz, pour leurs interprétations
de Kurtág et Bartók. Leur succès, ils l'expliquent par un souci du détail et de la cohérence:
« La profondeur d'une interprétation, ce n'est
pas la même chose de la ressentir ou de la comprendre. Mais il faut, par exemple, qu'un crescendo apparaisse nécessaire au public, et qu'inévitablement il débouche sur une tension et
une excitation. » Leur point de référence se
déplace à Londres de 1999 à 2001, puisque la
a
A Genève et Vevey
Dans le programme genevois, figureront
les Lettres intimes de Janacek. L'ouvrage est
pour le moins tourmenté, car il évoque la correspondance amoureuse - pas moins de 750 lettres ! - du compositeur avec Kamila Stöslova,
une femme mariée plus jeune que lui. Dans le
Quatuor Jérusalem
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a
mouvement lent, Janácek imagine ce qui se passerait entre eux, s’ils étaient un jour réunis...
Les artistes auront donc largement l'opportunité
d'offrir à leur public toute la palette de leur
potentiel artistique !
Pierre Jaquet
BEETHOVEN: Quatuor Op.18 no. 4- JANACEK:
Quatuor No.2 «Lettres intimes» - BEETHOVEN:
Quatuor Op.18 n° 5
Disques chez Harmonia Mundi
- Conservatoire de musique de Genève, lundi 1er décembre 2014 à 20h 00
- Salle del Castillo de Vevey, le mardi 2 décembre
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en novembre
Agenda genevois
Le Grand Théâtre de Genève continue avec
son automne russe : après Eugène Oneguin en
octobre, c’est Casse-Noisette qui sera à l’affiche
du 13 au 21 novembre. L’Orchestre de la Suisse
Romande sera dirigé par Philippe Béran, tandis
que la chorégraphie est à charge de Jeroen
Verbruggen. Les amateurs lyriques ne manqueront pas par ailleurs I Capuleti e i Montecchi de
Bellini en une unique version concert donnée le
30 novembre, dans une copruduction avec le
Festspielhaus de Baden-Baden. Le
Deutsche Radio Philharmonie
Saarbrücken-Kaiserslautern sera
dirigé par Karel Mark Chichon :
Elina Garanca sera Romeo et
Aleksandra Kurzak Juliette.
Côté symphonique, relevons le
concert du 5 novembre organisé par
les Amis de l’OSR : le Concerto
pour violon et orchestre de
Beethoven et la Symphonie No 1 de
Brahms seront exécutés au Victoria
Hall par le violoniste Sergey
Khachatryan, sous la baguette
d’Eliahu Inbal. La formation retrouvera son directeur artistique
Neeme Järvi le 26 novembre,
accompagné pour l’occasion par la
mezzo-soprano Lilli Paasikivi. Au
programme : Lieder d’Alma
Mahler, Symphonie N° 85 en si
bémol majeur, dite "La Reine de
France" de Haydn et la Sinfonia Domestica de
Richard Strauss. Ces deux dernières œuvres
seront aussi jouées le 28 novembre, toujours au
Victoria Hall, où le chef estonien sera cette fois
accompagné par le clarinettiste Martin Fröst,
qui interprétera le Concerto pour clarinette et
orchestre N° 1 de Carl Maria von Weber.
Evoquons aussi le Concert du dimanche de
la Ville qui accueille, le 2 novembre au Vitoria
Hall, l’Ensemble Cantatio et des solistes pour
une interprétation de l’oratoria Theodora de
Haendel, une œuvre rare au concert.
L’Orchestre de Chambre de Genève donne
quant à lui de nombreux rendez-vous au mois de
novembre : le dimanche 16 novembre au Victoria
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Hall pour entendre l’oratorio Paulus de
Mendelssohn, dirigé par Natacha Casagrande ; le
dimanche 23 novembre à l’Église Sainte-Croix
de Carouge pour écouter notamment des sérénades de Mozart et Dvorák, avec l’Orchestre des
Pays de Savoie ; enfin le lendemain au Bâtiment
des Forces Motrices, pour une soirée « tragédie »
où le ténor Donald Litaker chantera du Britten
tandis que le chef Joji Hattori dirigera notamment la Symphonie No 4 de Schubert.
Sabine Meyer © Thomas Rabsch EMI Classics
La venue de Yuri Termikanov avec
l’Orchestre Philharmonique de SaintPétersbourg, le 17 novembre au Victoria Hall, est
incontournable. Accompagné par le pianiste
Nikolaï Lugansky, les deux Russes interpréteront le Concerto pour piano No 3 de
Rachmaninov et la Symphonie No 6 de
Tchaïkovski.
L’ Amsterdam Baroque Orchestra & Choir
viendra au VH le 18 novembre dans le cadre des
concerts Migros-pour-cent-culturel, avec à sa tête
Ton Koopman, pour une soirée mozartienne, où
résonneront notamment son Requiem en ré
mineur et la Messe du Couronnement. Le compositeur salzbourgeois sera aussi à l’honneur du
a
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concert de Gala de l’ONU qui se tiendra le 8
novembre, puisqu’Antoine Marguier y dirigera
La Grande Messe en ut majeur et le Concerto
pour piano No 23 (avec Audrey Vigoureux au
piano).
Notons encore le concert de l’Orchestre
Symphonique Genevois le 9 novembre toujours
dans la même salle : avec Gleb Skvortsov au
pupitre, la pianiste Irina Chkourindina jouera le
premier concerto de Chopin, avant que ne résonne la Symphonie No 2 de Brahms.
Enfin, le Geneva Camerata donne rendezvous le 11 novembre au BFM pour une soirée
swing dirigée par David Greilsammer, qui propose de revisiter notamment avec le pianiste Jacky
Terrasson le Concerto pour piano No 4. ; puis il
sera le 18 novembre au Musée d’art et d’histoire
pour une soirée « Rencontres du Troisième Type
» avec les solistes de l’orches-tre et
le Ballet Junior de Genève
Les mélomanes devront choisir
le 9 novembre entre un concert
« flegmatique » proposé par
l’Ensemble Contrechamps au
Mamco et l’Ensemble de musique
de chambre de l’OSR, qui les attendra avec plusieurs œuvres de
Richard Strauss arrangées au BFM.
Les chambristes se retrouveront au
Conservatoire de Musique de
Genève pour deux rendez-vous
prestigieux dans le cadre des
concerts Caecilia : en effet, le Trio
Guarneri de Prague interprétera le 7
novembre des œuvres de
Beethoven, Bloche et Brahms, tandis que le Quatuor Modigliani, renforcé par d’autres musiciens, dont
Sabine Meyer à la clarinette, promet de jouer le 15 novembre le
Quintette avec clarinette et cordes
en la majeur de Mozart et un Octuor de
Schubert. Quant aux passionnés de musique
contemporaine, Contrechamps leur donne rendez-vous le 18 novembre au Studio ErnestAnsermet pour découvrir des nouveaux « lieux
sonores » de l’automne.
Signalons avec un peu d’avance la présente,
le 1er décembre, au Conservatoire de Genève, du
Quatuor de Jérusalem qui propose de nous faire
écouter les Quatuors N° 4 en ut mineur, op. 18 N°
4 et N° 5 en la majeur, op. 18 N° 5 de Beethoven,
et le Quatuor à cordes N° 2 «Lettres intimes» de
Leoš Janácek.
Martina Diaz
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scènes de novembre
Agenda romand
Si la création du Petit Prince de Levinas et le 17e Festival Bach de
Lausanne apparaissent comme les manifestations musicales majeures du
mois, l’actualité musicale de novembre s’avère aussi fort riche et variée
dans les principales villes de Suisse romande, à La Chaux-de-Fonds comme
à Bienne, à Neuchâtel comme à Fribourg.
42
A Lausanne, à l’Opéra, du 5 au 12, Le Petit
Prince, de Michaël Levinas, est une commande
des Opéras de Lausanne et de Lille, avec Jeanne
Crousaud dans le rôle-titre, une mise en scène de
Lilo Baur, avec l’Orchestre de Chambre de
Genève, sous la direction musicale d’Arie van
Beek. Le 14, l’Ensemble Vocal de Lausanne, son
Ensemble Instrumental et des solistes, donneront,
sous la conduite de Michel Corboz, à l’occasion
de son 80e anniversaire, la Passion selon Saint
Jean, BWV 245, de J.S. Bach. Le 16, l’Orchestre
de la HEMU jouera, sous la conduite d’Hervé
Klopfenstein, la Symphonie No 12 « L’année
1917 » de Dmitri Chostakovitch. Les 17 et 18,
Olga Peretyatko chantera des airs de Mozart lors
du 3e concert
d’abonnement de
l’Orchestre de
Chambre
de
Lausanne, qui,
dirigé par Jaime
Martin, interprétera aussi la
Sérénade No 1
de Brahms. Le
30, l’OCL et
M a r c e l o
Lehninger
accompagneront
le trompettiste
Nicolas Bernard
dans le Concerto
No 3 de J.W.
Lilli Paasikivi © Rami Lappalainen
and Unelmastudio Oy Ltd
Hertel, encadré
par les Symphonies No 88 de Haydn et
« Haffner » de Mozart. Le 26, au BCV Concert
Hall, l’OCL conduit par Daniel Cohen, jouera
Ma Mère l’Oye de Ravel, avec lecture des contes
de Perrault.
Le 17e Festival Bach déroulera ses fastes
jusqu’au 29 novembre, à l’Opéra le 16 (Max
Emanuel Cencic et Il Pomo d’Oro), à l’Eglise de
Villamont le 2 (œuvres pour luth), à l’Eglise StFrançois le 7 (Collegium Musicum de
a
Lausanne), le 23 (Les Talens Lyriques et le
Chœur du Palau de la Musica de Barcelone pour
l’Oratorio de Noël de Bach) et le 28 (Kei Koito à
l’orgue), à l’Eglise St-Laurent le 21 (Il Canto di
Orfeo dans des œuvres de Carissimi).
Programme détaillé sur : www.festivalbach.ch
A Beaulieu, le 6, 3e concert d’abonnement
de l’Orchestre de la Suisse Romande, sous la
direction d’Eliahu Inbal, avec Sergey
Khachatryan en soliste. Au programme : le
Concerto pour violon de Beethoven et la
Symphonie No 1 de Brahms. Le 27, 4e concert de
l’OSR, sous la conduite de Neeme Järvi, avec
Lilli Paasikivi, mezzo-soprano. Au programme :
la Symphonie No 85 « La Reine » de Haydn, des
Lieder d’Alma Mahler orchestrés par Jorma
Panula et la Sinfonia Domestica de Richard
Strauss. Du 25 au 28, représentations des trois
grands ballets de Tchaïkovski par le Ballet
Classique de St.Petersbourg, avec orchestre. La
Belle au Bois dormant le 25, Casse-Noisette le
26, Le Lac des Cygnes le 28. A la Cathédrale,
les 19 et 20, l’Ensemble Vocal Horizons, les
Chœurs Résonances et L’Alouette, des solistes et
l’Orchestre Amabilis se produiront dans le
Requiem de Verdi, sous la conduite de Ferran
Gili-Millera. Le 24 à la HEMU, concert-portrait
de Klaus Huber, pour son 90e anniversaire, présentation de Philippe Albèra, avec l’Ensemble
Contemporain de la HEMU conduit par William
Blank.
A l’Octogone de Pully, le 4, concert Pour
l’Art par le Cuarteto Casals de Barcelone, dans
des quatuors de Schubert, de Chostakovitch et de
Ravel. A Lutry, au Temple, pour la 56e saison
des Concerts Bach, le 2, œuvres de Haendel et de
Bach, par les Voix de Lausanne (dir. Dominique
Tille) et l’Orchestre des Jeunes de Fribourg (dir.
Theophanis Kapsopoulos), ainsi que le 23, pages
de Bach et de Schubert en « Hommage à Tibor
Varga », par l’Ensemble à cordes Gyula Stuller. A
la Salle MPJ, le 21, « Regards sur la Pologne »,
avec des œuvres de Chopin, Bacewic et
Lutoslawski.
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A Vevey, à la Salle del Castillo, deux
concerts d’Arts et Lettres, le 13, par le Quatuor
Sine Nomine et la harpiste Marie-Pierre
Langlamet (Debussy et d’André Caplet) et le 19,
par Veronika Eberle, violon, Sebastian Manz,
clarinette, et Herbert Schuch, piano (Milhaud,
Brahms, Schumann, Bartok). Au Théâtre, le 16,
Viva la Mamma de Donizetti, par l’Opéra de
Bienne, sous la direction de Franco Trinca.
A Montreux, à l’Auditorium Stravinski, le
1er novembre, musiques de films de John
Williams, par l’Orchestre du XXIe siècle de
Lucerne conduit par Ludwig Wicki. Au
Châtelard, le 2, « La mystérieuse Albion », œuvres de William Babell (1690-1723), par
l’Ensemble Arabesque.
A Moudon, au Temple, le 30, le Requiem
de Verdi, sous la direction de Ferran Gili-Millera.
A Rolle, au Rosey Concert Hall, le 18,
l’Orchestre Philharmonique de Saint-Petersbourg
se produira, sous la conduite de Yuri Temirkanov,
dans le Concerto pour piano de Grieg avec
Nicolai Luganski en soliste, et une Suite du Lac
des Cygnes de Tchaïkovski, arrangée par
Temirkanov.
A l’Abbaye de Bonmont, le 30, l’Ensemble
Courou de Berra exécutera des Noëls populaires
et des Chants sacrés des Alpes du Sud, sous la
direction de Michel Bianco.
A Yverdon, au Temple, le 7, l’Orchestre
d’Yverdon-les-Bains jouera des œuvres de
Mozart, en compagnie du pianiste Christian
Chamorel, sous la conduite de son chef Christian
Delafontaine.
A Martigny, à la Fondation Gianadda, le
9, Le Messie de Haendel, par le Chœur
Novantiqua, le Moment Baroque et des solistes,
sera donné sous la conduite de Bernard Héritier,
et le 19, l’OCL, sous la baguette de Jaime Martin,
jouera le Concerto pour clarinette de Mozart,
avec Paul Meyer, ainsi que la Sérénade No 1 de
Brahms. A Sion, à la Fondation de Wolff, le 7,
concert de l’Ensemble D-Cadences et le 21, récital de la harpiste Valentina Hrobat. Le 14, au
Théâtre de Valère, récitals dans le cadre des
Journées Internationales de la guitare.
A Sierre, à l’Eglise Ste-Catherine, le 16,
l’Ensemble vocal Sierrénade, l’Orchestre de
chambre Concertino et des solistes interpréteront
la Messe en si mineur de J.S. Bach.
A Neuchâtel, au Temple du Bas, le 9, la
Sérénade (1953) de Samuel Ducommun - né il y
a 100 ans - , le Concerto pour violon de Frank
Martin, avec Félix Froschhammer en soliste, et la
Symphonie « Ecossaise » de Mendelssohn, figurent au programme du concert de l’Ensemble
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Symphonique de Neuchâtel, que dirige
Alexander Mayer. Le 22, Renaud Bouvier
conduira le Chœur Cantabile, des solistes et
l’ESN dans Ein deutsches Requiem de Brahms.
Le 23, le Quatuor Terpsycordes jouera Schubert,
Webern et Ravel.
A La Chaux-de-Fonds, à la Salle de
Musique, le 9, récital du pianiste Alexandre
Tharaud, dans des œuvres de Mozart, de
Schubert et de Beethoven (Sonate op.110) et le
23, Ein deutsches Requiem de Brahms, par les
mêmes interprètes que la veille à Neuchâtel. Le
20, au Palais des sports, l’Amsterdam Baroque
Orchestra & Choir de Ton Koopman et un quatuor de solistes interpréteront, de Mozart, la
Symphonie No 20 K.133, la Messe dite « du
Couronnement » et le Requiem K.626.
A Bienne, au Stadttheater, les 2, 14 et 26,
Rusalka de Dvorak, dans une version de chambre de Marian Lejava, avec la soprano Brigitte
Hool dans le rôle-titre, et le 12, 21 et 25, Viva la
Mamma de Donizetti. Au Palais des Congrès, le
19, l’Orchestre Symphonique Bienne Soleure,
conduit par Brian Schembri, interprétera la
musique de scène d’Egmont, la Chorfantasie
op.80 et la 8e Symphonie de Beethoven.
A Porrentruy, le 8, à l’Eglise des Jésuites,
œuvres de Marini, Telemann et Bach, par
Stéphanie Erös, violon baroque, Sarah Van
Cornewal, flûte, et Philippe Despont, orgue et
clavecin. A St-Ursanne, les 29 et 30, à la
Collégiale, présentation du Theatrum Musicum,
recueil de musique sacrée de Samuel
Capricornus (1628-1665), par l’Ensemble
baroque Eloquence.
A Fribourg, à l’Equilibre, le 4, Muhai Tang
conduira la Philharmonie de Belgrade dans
Schéhérazade de Rimski-Korsakov et le
Concerto No 1 de Chopin, avec le pianiste Ingolf
Wunder en soliste, et le 26, Philippe Béran sera à
la tête de l’Orchestre de Chambre de Genève
pour jouer la musique du Cirque (1928) de
Chaplin, avec projection du film. Le 20, concertspectacle de l’Ensemble Art-en-ciel, avec
Isabelle Meyer au violon et à la direction , dans
« Les Huit Saisons » de Vivaldi et Piazzolla. A
l’Aula Magna, le 16, récital du pianiste Joseph
Moog. A l’Eglise St-Michel, les 8 et 9,
CantaSense, des solistes et l’Orchestre de
Chambre fribourgeois placés sous la direction de
Bernhard Pfammater, présenteront Die letzten
Dinge, un oratorio de Ludwig Spohr. Du 20 au
23, au Forum Fribourg, création de Pontéo, une
fresque musicale et chorale de Pierre Huwiler.
Yves Allaz
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fondation gianadda, martigny
Saison musicale
Après avoir accueilli tour à tour durant l’été l’Opéra de Lausanne dans
Phi-Phi de Christiné, un concert de l’Académie Tibor Varga de Sion ainsi
que l’Orchestre du Festival d’Ernen, la Fondation Gianadda propose une
saison de dix concerts à l’abonnement de septembre 2014 à fin mai 2015,
plus une soirée hors abonnement en décembre, avec Cécilia Bartoli et I
Barocchisti conduits par Diego Fasolis.
Cette nouvelle saison s’est ouverte en septembre avec le premier des deux concerts donnés
dans le cadre du 200e anniversaire de l’amitié
Suisse-Russie.
Grand concert choral le dimanche 9 novembre, avec le Chœur Novantiqua de Sion, des
solistes et le Moment Baroque, sous la conduite
de Bernard Héritier, pour Le Messie de Haendel.
Rappelons que Le Moment Baroque, fondé en
2003 à La Chaux-de-Fonds, a pour vocation première l’accompagnement de chœurs sur instruments historiques.
Toujours en novembre, le mercredi 19,
l’Orchestre de Chambre de Lausanne, dirigé
par le chef espagnol Jaime Martin, interprétera la
Sérénade No 1 de Brahms, après avoir accompagné Paul Meyer dans le Concerto pour clarinette K. 622, de Mozart. Après le « Concert du
Souvenir » du lundi 8 décembre, consacré à de la
musique spirituelle, par Cécilia Bartoli, Diego
Fasolis et I Barocchisti, la saison d’abonnement
reprendra en janvier 2015 avec un récital du
brillant pianiste valaisan Olivier Cavé, qui proposera un programme très éclectique d’œuvres
de Mozart, de Scarlatti, de Chopin, de Clementi
et de Schubert (Wanderer-Fantasie), à l’enseigne
de « Rétros-pective, 30 ans de musique à la
Fondation ». Ancien élève de Nelson Goerner, de
Maria Tipo et d’Aldo Ciccolini, Olivier Cavé
s’est fait connaître par de superbes enregistrements de sonates de Muzio Clementi et de
Domenico Scarlatti, et a été salué par la presse
comme « une révélation du 33e Festival de La
Roque d’Anthéron », en été 2013.
Le mercredi 11 février, la violoncelliste Sol
Gabetta se joindra au pianiste Bertrand
Chamayou, pour l’exécution de sonates de
Beethoven et de Mendelssohn, ainsi que de deux
grandes pages de Chopin : le Grand Duo
Concertant op. 12 et la Sonate op. 65.
Des extraits de l’Art de la Fugue de Bach et
le monumental Quatuor No 15, op.132, de
Beethoven seront au programme de l’Emerson
a
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String Quartet, le dimanche 8 mars.
Deux lauréats du Concours Géza Anda sont
à l’affiche du récital du jeudi 16 avril. Il s’agit de
l’Italien Filippo Gamba, 1er Prix Anda en 2000,
et de l’Autrichien Christoph Berner, Prix
Schumann du Concours Anda 2003. Ces deux
artistes joueront des œuvres de Schubert et de
Schumann, pour piano et piano à 4 mains.
Au piano et à la direction du Kammerorchesterbasel, le samedi 9 mai, Christian
Zacharias proposera un programme romantique
d’œuvres de Mendelssohn (Ouverture des
« Hébrides ») et de Schumann (Symphonie No 2)
encadrant le Concerto pour piano No 3, op. 37,
de Beethoven.
Enfin, le vendredi 29 mai 2015, le Kansai
Olivier Cavé, photo Aline Kundig
Philharmonic Orchestra (Osaka) et Augustin
Dumay, violoniste et chef de la formation nippone depuis 2011, interpréteront l’ Ouverture de
Rouslan et Ludmila de Glinka, le Poème de
Chausson, Tzigane de Ravel et la Quatrième
Symphonie de Brahms.
Tous les concerts sont à 20h, sauf pour le
lundi 8 décembre et le dimanche 18 janvier à 17 h.
Yves Allaz
Réservations : tél. +41 27 722 39 78
[email protected]
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écrit pour sa voix. Le 24 novembre à Genève,
dans le cadre d'un concert donné par l'Orchestre
de chambre de Genève, il interprétera le
Nocturne pour ténor, sept instruments obligés et
ensemble de cordes de Britten...
donald litaker à l'ocg
Un ténor aux talents
multiples
Étonnantes capacités
Comme presque tous les artistes formés aux Etats-Unis, le ténor américain
Donald Litaker aborde tous les genres avec un égal bonheur car il ne
semble pas connaître de vraies limites.
44
Après avoir bénéficié de l'enseignement de
Daniel Ferro à la Juilliard School, New York, il
s'est rendu à l'Accademia Chigiana de Sienne
pour y parfaire sa formation. Ensuite, comme
beaucoup de chanteurs américains, il a décidé
de rester en Europe où les possibilités de se produire sont plus nombreuses qu'aux Etats-Unis,
ne serait-ce qu'en Allemagne qui compte plus
d'une huitantaine de théâtres
affichant des ouvrages lyriques
sur un rythme bi- ou trihebdomadaire. Ses première armes, il
les fait au théâtre de Bonn où, à
la vue de ses déconcertants
moyens vocaux, on lui confie
immédiatement des rôles très
lourds du répertoire germanique
alors que, parallèlement, par
souci de conserver sa souplesse
et son éclat à son timbre exceptionnel, il tient à mettre progressivement à son répertoire tous
les grands rôles de ténor mozartiens.
vous, comme l'attestent les nombreuses coupures de presse éparpillées dans les journaux spécialisés...
Du côté de la salle de concert, son activité
n'est pas moins intense. De Mendelssohn à
Berio, de Haydn à Mahler, de Bach à SaintSaëns, il a à peu près chanté tout ce qui a été
S'il fallait tenter de définir la voix de ce
chanteur hors normes, il faudrait presque accoler des termes qui pourraient sembler contradictoires. A l'éclat velouté d'un timbre parfaitement
à l'aise dans l'idiome mozartien, il allie une
robustesse qui lui permet d'entonner avec aisance et vaillance les la et si aigus chers aux ténors
de l'école germanique ou de couronner avec
désinvolture d'un contre-ut claironnant les strettes d'un ouvrage lyrique italien sans jamais donner l'impression de devoir forcer sa nature. Dans
le registre différent de la musique spirituelle ou
symphonique, comme celui du soliste du
Requiem de Berlioz, de la Huitième Symphonie
de Mahler ou encore dans Jeanne d'Arc au
Bûcher de Honegger, c'est un suraigu vertigineux qu'il est alors capable de mettre au service
de l'expression dramatique de la
musique sans sacrifier la beauté
du profil vocal de tels emplois.
Encore peu connu en Suisse
romande malgré un bref passage
à Lausanne pour Le Chant de la
terre de Mahler, cet artiste mérite amplement que l'on signale
d'une pierre rouge dans son
agenda la date de son concert au
bout du lac...
Eric Pousaz
Lundi 24 novembre 2014, 20h,
Bâtiment des Forces Motrices : Concert
de l'Orchestre de chambre de Genève
placé sous la direction de Joji Hattori
intitulé "Tragédie". Au programme, la
Valse triste de Jean Sibelius, le Nocturne
Op. 60 de Britten et la Symphonie en do
mineur no 4 dite "Tragique" de
Schubert.
Aisance
Aujourd'hui, qu'il chante
Mozart, Verdi, Britten ou
Wagner, sa voix reste brillante,
robuste et claire sur tout le
registre. Elle se coule ainsi avec
bonheur dans tous les styles;
Verdi, Cherubini, Gluck, Weber,
Rossini, Enesco ou Britten n'ont
pas de grands secrets pour lui :
il semble même presque impossible de trouver un type d'écriture lyrique auquel il ne se soit
pas encore frotté. Et chaque
fois, le succès est au rendez-
Location : 022 / 807.17.90
[email protected] ou www.ticketportal.com
Donald Litaker
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lucerne festival
Diversité
Certes, le Lucerne Festival accueille les plus grands
orchestres d’Europe et d’outre-mer mais le Lucerne
Festival Academy Orchestra, une phalange consacrée à
la musique d’aujourd’hui et formée de jeunes
musiciens du monde entier triés sur le volet, se montre
digne des autres formations.
Wolfgang Rihm, la soixantaine, est considéré comme l’un des plus
grands compositeurs de notre époque. Né à Karlsruhe en Allemagne, où il
vit toujours, il a été entre autres un élève de Karlheinz Stockhausen. Le
Lucerne Festival lui a commandé une œuvre qui a été interprétée par Stefan
Dohr, cor solo des Berliner Philharmoniker, accompagné du Mahler
Chamber Orchestra. À la baguette, Daniel Harding. Une des caractéristiques
du style de Rihm est le chant. De fait il a beaucoup composé pour la voix.
Son Concerto pour cor s’en ressent. Au début, l’orchestre est un doux tapis
pour le cor, puis il s’emballe, couvrant l’instrument solo. Ce dernier dialogue aussi avec les autres cuivres. Il y a une ambiance comme dans une rue
où les voitures klaxonnent. Vers la fin, Stefan Dohr exécute de manière
impressionnante un solo très exigeant dans les tons bas.
Le Lucerne Festival et la Commission Roche ont commandé une œuvre
à Unsuk Chin, invitée en tant que composer in residence. Fille de pasteur, la
compositrice coréenne a fait ses premières armes avec György Ligeti. Elle
collabore également avec l’Ensemble intercontemporain à Paris. Le Silence
des sirènes, inspiré de Homer et James Joyce, a été interprété par le Lucerne
Festival Academy Orchestra avec à sa tête Simon Rattle. Soliste : la soprano
canadienne Barbara Hannigan. Disons-le tout de suite, ce fut un événement.
Hannigan a été époustouflante. La pièce est composée de fragments très différents, comiques ou tragiques, qui se succèdent. Intéressant le traitement de
la voix: soit elle est pleine, mélodieuse, allant des basses aux aigus, soit elle
est saccadée ou faible, ne consistant qu’en chuchotements. Il y a même un
passage lors duquel la soprano ne fait qu’articuler les mots, sans qu’un son
ne sorte de sa bouche. Enjouée ou effrayante, échevelée et jouant habilement
de ses bras et de son châle, Barbara Hannigan avait l’air d’une déesse de la
mythologie. Autre composer in residence, Johannnes Maria Staud a aussi
composé une œuvre commandée par le Lucerne Festival. On connaît le compositeur autrichien grâce au Concerto pour violoncelle qu’il a dédié à JeanGuilhem Queyras; cette fois il proposait une pièce pour violon, percussions
et cordes, interprétée par la soliste américaine née au Japon, Midori, accompagnée par l’Orchestre symphonique de Lucerne. À la baguette, James
Gaffigan. L’œuvre est finement ciselée du début consistant en un long
moment de pizzicati à la fin signifiée par le triangle. Le violon, mélodique,
est comme suspendu dans l’espace. Il a un son pur, sans vibrato. Il y a de
nombreux passages pour violon seul, parfois légers, parfois virtuoses.
(Remarquables percussionnistes: Jenny, Erwin Bucher et Michael Erni.) Le
Lucerne Festival Academy Orchestra a aussi interprété une œuvre de Staud,
Zimt, composée après la lecture de Die Zimtläden de l’écrivain juif polonais
Bruno Schulz. Il y décrit l’atmosphère mystérieuse de l’enfance. Zimt est
formé de deux parties qui s’articulent en six miniatures. La première partie,
douce dans les violons, avec deux harpes et de légères percussions, rappelle une autre œuvre de l’enfance: Les Contes de ma mère l’Oye de Ravel. La
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Simon Rattle dirige le Lucerne Festival Academy Orchestra, avec en soliste
Barbara Hannigan, dans «Le Silence des sirènes» © Lucerne Festival / Priska Ketterer
deuxième partie est plus contrastée avec des fortissimi à grand renfort des
cuivres et des timbales. L’orchestre dirigé par Matthias Pintscher était époustouflant. Jörg Widmann a été composer in residence du Lucerne Festival en
2009. Clarinettiste de son état, il privilégie les bois. Ainsi il a composé pour
le Cleveland Orchestra une pièce pour flûte et «groupes» d’orchestre intitulée Flûte en suite (2011). La caractéristique du compositeur allemand
consiste dans le fait qu’il se voit dans la suite de l’histoire de la musique.
Dans Flûte en suite il évoque la musique baroque et plus particulièrement
Bach. L’œuvre est constituée de huit parties relativement brèves, portant des
noms évocateurs comme Allemande, Sarabande, courante. Chaque partie
commence par une flûte très douce, qui donne l’impulsion à un groupe d’orchestre que ce soit les bois, les cuivres, les cordes ou les harpes et le clavecin. La musique de Bach est suggérée dans toute la pièce mais à la fin, elle
cite ouvertement et avec humour le concerto pour flûte de Bach avant de le
détourner. Le flûtiste solo du Cleveland Orchestra (un des «big five») pour
qui Widmann a expressément composé Flûte en suite a été ovationné. À la
baguette il y avait Franz-Welser Möst.
Lucerne Festival “au piano“
Les plus grands pianistes du monde viennent au Festival “au piano“ qui
a de plus en plus d’importance au niveau international. Ils joueront dans la
superbe salle de concert du KKL créée par Jean Nouvel, du 22 au 30 novembre 2014. C’est Maurizio Pollini qui ouvrira le Festival le samedi 22, avec
un programme surprise. Le lendemain dimanche, le Français Pierre-Laurent
Aimard interprétera le Clavier bien tempéré de Bach. Il y aura deux concerts
avec orchestre consacrés aux concertos de Beethoven. Le lundi 24 on pourra entendre les concertos 2, 3 et 4, le mercredi 26 les concertos 1 et 5. Le
pianiste norvégien Leif Ove Andsnes dirigera en jouant le Mahler Chamber
Orchestra. Le récital très attendu d’Evgeny Kissin aura lieu le jeudi 27
novembre. Il jouera un éventail de pièces allant de Beethoven à Prokofiev en
passant par Chopin et Liszt. Le vendredi 28, le pianiste britannique Paul
Lewis, un élève d’Alfred Brendel, interprétera trois sonates de Beethoven.
Un autre élève de Brendel, Martin Helmchen, donnera un récital consacré
aux variations, avec des œuvres de Mozart, Beethoven, Schubert et Webern.
C’est le pianiste canadien Marc-André Hamelin qui clôturera le Festival. Ce
virtuose interprétera ses propres Variations on a theme of Paganini, mais
aussi une sonate de Haydn, et des pièces de Liszt et Debussy.
A la Lukaskirche, proche du KKL, auront lieu à midi trois récitals de
jeunes pianistes qui ont déjà fait leurs preuves: le Letton Vestard Shimkus
(le 26 novembre), l’Italienne Sophie Pacini (le 27 novembre) et le
Britannique Benjamin Grosvenor (le 28 novembre).
Emmanuèle Rüegger
Plus de détails sur : www.lucernefestival.ch/de/festivals/festival_am_piano_2014/
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69e concours de genève
Flûte et piano
Désormais organisée en alternance avec un concours de composition,
l'édition 2014 du Prix International d'interprétation accueillera
pianistes et flûtistes du 16 novembre au 5 décembre.
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La première édition de ce concours s'étant
déroulée en 1939, il s'agira donc en principe de
la 75e édition, mais le second conflit mondial
avait bien sûr eu pour conséquence que la manifestation n'avait concerné que des instrumentistes installé dans le pays, on parlera donc du 69e
Concours de Genève, Prix international d'interprétation. Cet anniversaire sera tout naturellement célébré, tout d'abord par une fête qui aura
lieu le dimanche 16 novembre (Genev'Art
Space à 18h), et également par la parution d'un
ouvrage retraçant l'histoire du Concours, (Une
Certaine idée de la musique. Le Concours de
Genève 1939.2014 par Marie DuchêneThégarid, Ed. Slatkine) et par l'édition d'un coffret de 5 CD (par Claves Records).
Et comme à chaque édition, réputation de la
manifestation oblige, les candidats et candidates
se bousculaient au portillon. La présélection
effectuée au printemps a permis un premier
choix, ainsi en ce qui concerne le piano, sur 174
candidatures reçues provenant de 23 pays, il restera 44 candidats âgés de 18 à 29 ans issus de 9
pays, l'Asie étant largement majoritaire en l'oc-
currence. Côté flûte on comptait 134 candidatures reçues provenant de 30 pays, pour 50 candidats sélectionnés, âgés de 17 à 29 ans et issus de
18 pays. Le jury piano sera présidé par Pascal
Rogé et comprendra Pascal Devoyon, Gabriel
Kwok, Robert McDonald, Gitti Pirner, Viktoria
Postnikova et Katsumi Ueda. On notera que les
candidats qui franchiront le premier tour interpréteront une composition de William Blank,
Lightnings, quant aux quatre finalistes, ils auront
l'occasion de se faire entendre tout d'abord
accompagnés par le Quatuor de Genève et le
contrebassiste Alain Ruaux, et ensuite par
l'Orchestre de la Suisse romande dirigé par
Alexander Shelley. Le jury flûte sera présidé par
Emily Beynon et comprendra Silvia Careddu
(Premier Prix du Concours de Genève 2001),
Mathieu Dufour, Eynal Ein-Habar, Andrea
Lieberknecht, Felix Renggli et Hideaki Sakai.
L'originalité de cette édition consistera dans le
fait que les candidats demi-finalistes auront l'occasion d'interpréter
avec l'Ensemble
Contrechamps (dirigé par Gregory Charette)
Pneuma pour flûte et 5 instruments de Kwang-
Trois questions à Emily Beynon
La compétition est-elle importante pour un musicien ?
La participation à un concours peut être une expérience extrêmement riche
pour un jeune musicien: cela inclut l’apprentissage d’un programme varié,
qui comprend aussi bien les pièces imposées que le répertoire contemporain;
le tout doit être entraîné à la perfection et exécuté à un très haut niveau pendant une période intense et courte. C’est un défi pour les meilleurs, mais
également un exercice très utile, indépendamment de la position atteinte
dans le classement. Aux compétences musicales doit donc s’ajouter une
excellente gestion du temps. C’est aussi l’occasion d’écouter, de rencontrer
d’autres musiciens du monde entier et d’entendre l’opinion du jury. Pour le
lauréat, cela peut ouvrir des portes; dans ce sens, c’est une expérience utile.
En tant qu’étudiante, j’ai participé à quelques compétitions internationales.
Par ce biais, j’ai non seulement amélioré mon interprétation et mes compétences, mais j’ai surtout rencontré des personnalités qui m’ont inspirée.
Certaines comptent aujourd’hui parmi mes amis !
Comment arrivez-vous à comparer et à juger des candidats
appartenant à différentes écoles, traditions, cultures ?
C’est un sujet aussi important que délicat ! Personnellement, je considère que,
dans la compétition, la façon la plus claire d’approcher cette question est de se
demander si la musique nous parle au-delà de la technique: les compétences
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Ho Cho, œuvre lauréate du Prix de composition
2013. La finale avec orchestre verra les candidats
êtres accompagnés par L'Orchestre de Chambre
de Genève, direction Nicolas Chalvin.
Tous les récitals sont bien entendu ouverts
au public, ils se dérouleront au Conservatoire ou
au Studio Ansermet, alors que les finales auront
lieu soit au Conservatoire, soit au Victoria Hall.
En dehors des trois Prix (en principe!) offerts par
le Concours aussi bien pour le piano que pour la
flûte, de nombreuses autres récompenses seront
offertes, prouvant ainsi l'intérêt croissant que suscite la manifestation auprès de mécènes et de
mélomanes. Le plus prestigieux sera encore une
fois le Prix « Coup de Cœur Breguet » permettant
à un (ou une) flûtiste de pouvoir enregistrer un
CD avec orchestre, sans compter qu'une montre
sera offerte à un Premier prix, pour le piano et
pour la flûte. Autre rendez-vous attendu par de
jeunes interprètes mais également par les amateurs, il s'agit de la master class qui se déroulera
du 3 au 5 décembre en collaboration avec les
Hautes Ecoles de Musique de Genève et
Lausanne, et cette année, c'est Pascal Rogé qui
officiera au Conservatoire de la place Neuve, où
aura lieu un concert de clôture le 5 décembre à
18h30. On rappellera également l'originalité de
Concours, à savoir l'hébergement des interprètes
qui est pris en charge par des familles certes
nombreuses, mais il est évident que de nouvelles
bonnes volontés sont toujours bienvenues
(amis @concoursgeneve.ch ou 022 328 92 68).
Frank Fredenrich
Rens et loc. 022 328 62 08
techniques doivent avoir atteint un tel niveau que ce n’est plus un critère, la
musique est ainsi libre de parler, de chanter et d’exprimer les souhaits du compositeur. La tradition et la nationalité sont surpassées de la même façon: ce que
le musicien veut transmettre à son public devient plus important que l’accent
avec lequel il s’exprime.
La flûte: un instrument féminin ou masculin ?
C’est amusant, n’est-ce pas ? Cet instrument est masculin en italien (il flauto), et féminin en français (la flûte). Dans ma langue maternelle, il n’y pas
de distinction de genre, alors que ma langue d'adoption en a deux: un masculin/féminin et un neutre (de fluit est de genre masculin/féminin).
Typiquement, en Europe du Nord et en Asie, plus de filles que de garçons
jouent de la flûte, et dans le Sud de l’Europe les proportions sont de 50/50.
Mais un excellent musicien peut être autant une femme qu’un homme, il n’y
pas de règle pour cela. La flûte est un instrument extrêmement riche, à la fois
puissant et délicat, transparent et multicolore, et l’on dit que la capacité des
poumons exigée est la même que pour jouer du trombone (instrument dit
masculin). En même temps, le joueur doit également être capable d’exprimer
la fragilité. C’est aussi un des instruments les plus anciens, qui a subi une
grande évolution, d’où probablement sa variété et ses contradictions.
Propos recueillis et traduits par Beata Zakes
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Celui qui sera choisi à dix-huit ans pour
remplacer une première flûtiste à l’Orchestre
Philharmonique de Hong Kong, qu’il quittera
deux ans plus tard afin de poursuivre ses études
à la HEM, joue également depuis 2008 dans
l’orchestre du festival Saito Kinen, dirigé par
Seiji Osawa, dont il apprécie particulièrement
l’épure de sa direction.
un genevois au concours
Sébastian Jacot,
flûtiste
Quelques semaines après son premier prix au concours Carl Nielsen, nous
avons rencontré Sébastian Jacot, de passage à Genève pour différents
concerts, alos qu’il se prépare à participer au Concours de Genève.
Ce jeune flûtiste genevois nous a parlé de sa formation, de son parcours
professionnel et de ses goûts artistiques. Portrait.
« Je n’aime pas vraiment le son – stéréotypé - de la flûte ». Cette phrase, lancée au travers
de la conversation, explique beaucoup de choses à propos de
Sébastian Jacot. Car s’il est maintenant un flûtiste confirmé, ayant obtenu le premier prix et le prix du public
à Kobe en 2013, ainsi que récemment le premier prix au concours
Carl Nielsen à Odense au Danemark,
c’est un peu un hasard qui l’a initialement poussé vers la flûte.
Jacques Zoon. Cette spécificité le démarquera
aisément des autres flûtistes, et parfois dans un
Issu d’une famille de musiciens,
il a très jeune suivi l’émulation d’un
de ses frères et de sa sœur, ayant
respectivement choisi le violon et le
violoncelle, pour aussi commencer
la musique, par curiosité. Celui qui
avait demandé avec une candeur
enfantine à jouer de l’instrument le
plus facile s’est vu attribuer la flûte à
bec, qu’il a vite délaissée pour la
flûte traversière. Il étudiera notamment cet instrument avec Isabelle
Giraud, de qui il dit tenir son embouchure détendue, puis vers quinze ans
avec Jacques Zoon, à la Haute Ecole
de Musique de Genève.
Sébastian Jacot © Isabelle Meister
Expressivité
L’influence de ce dernier, figure
quasi-paternelle pour Sébastian, se remarque
autant dans son expressivité artistique que sur
son choix d’instrument. Suite à un cours où le
jeune étudiant avait joué sur la flûte en bois de
son professeur, il ramènera cet instrument chez
lui, pour ne jamais lui rendre et ainsi le forcer à
lui vendre ! C’est donc quasiment exclusivement que Sébastian joue de la flûte en bois, un
modèle de Haynes fabriqué à la demande de
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sens peu appréciable : les flûtes en bois n’étant
pas légion en orchestre, ayant longtemps été
réputées comme moins fiables, moins puissantes - en résumé, pas de vrais instruments - il sera
rapidement mis à l’écart lors de certains
concours. Mais le musicien restera fidèle à une
certaine conception esthétique du son de l’instrument, en insistant sur la chaleur et la rondeur
possible et nécessaire.
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Aspect communicatif
Sur nos scènes genevoises, on a pu notamment l’entendre comme flûtiste solo dans l’ensemble Contrechamps, qui lui permet d’aborder
des musiques qu’il trouve particulièrement stimulantes pour la recherche technique de l’instrument. Mais c’est avant tout sur l’aspect communicatif de la musique que le flûtiste met l’accent ; le jeu doit toujours rester un
moyen d’échange avec le public, et
pas seulement un étalage de prouesses techniques. Et lors du concours
Nielsen, alors que son instrument
souffrait d’une fissure dans le bois
peu avant son passage sur scène, c’est
sa musicalité et son charisme qui ont
encore fait preuve. Le son de la flûte
avait beau être altéré sur certains
points, l’interprète a su se démarquer
par une sensibilité toujours renouvelée. Car c’est peut-être cela qu’il faudrait retenir de Sébastian Jacot : ce
n’est pas vraiment un flûtiste. C’est
un artiste qui a choisi ce média, par
un heureux hasard, pour exprimer
avec les multiples facettes de sa personnalité, l’essence même de la vie.
Nous pourrons l’écouter prochainement dans notre région au travers de la saison de l’ensemble
Contrechamps, à Munich pour la saison de l’orchestre de chambre, ainsi
qu’en soliste au Japon le 7 décembre
avec l’ensemble de Saitama, le 8
décembre avec l’ensemble de Tokyo,
le 9 et 10 décembre dans le cadre du
« Special memorial concert of Kobe
International Flute Competition » à Nagoya et
Kobe, et enfin à Munich pour un concert du 31
comme soliste avec l’orchestre de chambre de
Munich.
Propos recueillis par
Anouk Molendijk
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69e concours de genève
La flûte acclamée
Du 16 novembre au 5 décembre se déroulera à Genève le prestigieux
Concours International sous le patronat de la marque Breguet.
La flûtiste galloise Emily Beynon présidera un jury venu du monde entier.
Pascal Rogé, lui, dirigera les arbitres du piano.
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«Le 69e Concours de Genève est ouvert,
sans distinction de sexe ou de nationalité à tous
les flûtistes nés après le 30 novembre 1984.
Aucune dérogation ne sera acceptée», précise le
règlement. Les candidats ont envoyé leurs dossiers avant le 30 avril; une première sélection a
eu lieu à partir d'enregistrements au mois de
mai. Les épreuves sont publiques; la première
semaine est consacrée à deux récitals : ils se
déroulent entre le Conservatoire (programme
obligatoire avec une page contemporaine solo à
choix, pour 50 candidats) et le Studio Ansermet
(piano ou clavecin, pièces représentatives de 3
époques).
La demi-finale, avec l’Ensemble
Contrechamps, aura lieu les 26 et 27 novembre.
La pièce imposée sera la partition lauréate du
Prix de composition 2013, pour flûte et cinq
instruments (clarinette, violon, violoncelle, percussion et piano) écrite par le Coréen Kwang
Ho Cho. Intitulée Pneuma, elle reflète « non
seulement le souffle, la respiration, mais aussi
l’âme, le Saint Esprit ». En deuxième partie, les
candidats joueront la Sonate pour flûte, alto et
harpe de Claude Debussy.
Le Victoria Hall accueillera la finale le 1er
décembre. L’Orchestre de Chambre de Genève
dirigé par Nicolas Chalvin, accompagnera les
solistes dans un concerto contemporain à choix
(E. Carter, J. Dove, J. Tower ou A. Jolivet), ainsi
que dans un de deux concertos de Mozart.
Emily Beynon : présidente
Pour résumer la personnalité de l’arbitre,
l’adjectif anglais restless pourrait convenir. Non
dans le sens « nerveux, agité, impatient » : ces
qualificatifs ne sauraient s’appliquer à une aussi
grande dame; la musicienne connaît les efforts
de confrontation avec une nouvelle partition et
d’appropriation progressive des notes sans en
perdre le souffle. Non, Miss Beynon est restless,
car elle est toujours en mouvement, entre son
Pays de Galles natif et le reste du monde, avec
un “plus-qu’un-pied-à-terre“ à Amsterdam; elle
y occupe le poste de première flûte à l'Orchestre
du Concertgebouw. Restless aussi, elle est toujours en projet, en collaboration, en rencontre,
comme une athlète excellant en triathlon. Si la
plupart de ses collègues se consacrent à une carrière de soliste combinée avec de fréquentes
incursions dans la musique de chambre, Emily
Beynon apprécie également les pupitres d’orchestre… L'artiste se produit aussi en trio, avec
sa sœur Catherine, harpiste, et le pianiste
Andrew West…
Attirée par l’univers contemporain, elle
s’est fait dédier des partitions et a lancé un projet d’édition de “nouvelles pièces pour flûte
solo“ ; pour cela, elle a collaboré notamment
avec Emmanuel Pahud. A quand la direction ?
Il y a aussi son travail pédagogique, des
années de masterclasses à travers le monde et
d’enseignement aux Conservatoires de La Haye
et Amsterdam. Si elle n'a plus le temps de jouer
la business woman, elle s’associe avec Suzanne
Wolff, flûtiste amateure, pour créer la
Nederlandse Fluit Academie, une “école d'été“
active depuis 2009. Apparaissant souvent dans
les médias, c’est une habituée de la BBC et
AVRO (Pays-Bas); elle est présente sur la toile,
dans ses teaching videos sur YouTube. Parmi ses
enregistrements, on trouve British Flute
Concertos (Chandos), Flute Mystery de Fred
Jonny Berg, avec sa sœur Catherine et le
Philharmonia Orchestra sous la baguette de V.
Ashkenazy, ou encore un CD des concertos de
Mozart avec l'Orchestre de chambre du
Concertgebouw (PentaTone Classics).
A Genève…
Quelle juge sera-t-elle ? Grand sœur, elle
sait combien la participation à des épreuves
affecte les jeunes musiciens. Indulgente, elle se
rappelle un concours auquel elle s’est présentée
sans même avoir acheté la partition requise pour
la finale… Et exigeante, noblesse oblige : le
candidat doit posséder le don de partage, servir
l’œuvre et le compositeur, tout en sachant marquer le jury par sa propre personnalité. Que le
meilleur - la meilleure - gagne !
Beata Zakes
Emily Beynon, présidente du Jury flûte
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des personnalités car « on ne joue pas Bach
comme ça ». Il est clair qu’il faut rester cohérent
au niveau musical. Mais si Glenn Gould avait
participé à ce concours, il n’aurait pas passé la
première épreuve !
69e concours de genève
Pascal Rogé
Interprète incontournable du répertoire de son pays (Ravel, Debussy,
Poulenc), le pianiste français Pascal Rogé sera le président du Jury de
piano lors de la prochaine édition du Concours de Genève. De retour
d’une compétition mouvementée en Italie, il répond à nos questions.
En tant que jeune musicien avez-vous
vous-même participé à des concours de
piano ? Quels souvenirs en
gardez-vous ?
En tant que candidat, j’en
garde de très mauvais souvenirs. Je n’ai pris part qu’à un
petit nombre de concours, rien
ne sert de les accumuler.
Cependant, mon meilleur souvenir date de 1967, lorsque
j’ai participé au Concours
« George Enescu » à Bucarest.
J’y avais rencontré Nadia
Boulanger. J’avais 16 ans.
J’étais sans appréhension, c’était une nouvelle expérience.
J’avais été jusqu’en finale et
le public y était extraordinaire, il m’avait beaucoup touché. L’année d’après, je participais au Concours de
Montréal, dont j’ai été éliminé
à la première épreuve. Mais
j’y ai fait de belles rencontres ! J’étais en effet resté coincé au Canada quelque temps,
c’était en plein pendant les
événements de mai 68. Le
premier et seul que j’aie
gagné a été le Concours
Jacques Thibaud, à l’âge de 20
ans, alors que j’étais encore étudiant au
Conservatoire de Paris.
Vous revenez du Concours Rina Sala
Gallo de Monza en Italie, dont vous vous êtes
retiré, estimant comme « frauduleux » le
comportement de certains des membres du
jury. Vous allez prochainement présider le
Jury à Genève, comment appréhendez-vous
cette lourde tâche ?
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Pensez-vous qu’une compétition pour
départager des artistes soit quelque chose de
défendable ?
J’ai pleinement confiance. Nous aurons évidemment des avis différents, mais nous aurons
En tant que juré, de temps en temps, il faut se
jeter à l’eau et y aller… Ne pas laisser cela aux
mains des professionnels des jurys. Ceux-ci
n’entrent pas dans mon éthique. Si je peux aider
les jeunes, les encourager, les soutenir, alors ce
n’est pas inutile.
Comme lors de chaque
édition, les candidats du
Concours devront interpréter
une pièce contemporaine, commandée pour l’occasion. Quel
est votre rapport aux nouvelles
créations ?
Pascal Rogé, président du Jury piano
l’opportunité de discuter, en bonne compagnie,
humainement et musicalement. En qualité de
président, j’ai pu personnellement inviter deux
tiers des jurés, des personnes en qui j’ai
confiance. Pendant le Concours, je souhaite privilégier les personnalités, les musiciens qui ont
quelque chose à dire, un langage qui leur est
personnel. Telle est la direction que je souhaiterais prendre. Il m’est souvent arrivé d’être juré
dans des concours où l’on avait éliminé de gran-
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J’espère que les jeunes musiciens
pourront exprimer quelque chose
et pas seulement se casser la tête
avec le texte ! Quand j’étais jeune,
la nouvelle musique, la musique
électro-acoustique, ne me plaisait
pas du tout. On était loin de ce que
je voulais exprimer avec mon
instrument. Je me suis donc un peu
éloigné de cela. Et je me suis aperçu que la musique avec des ordinateurs, c’est limité. Car il faut trouver un langage, toucher les gens.
Avec ma compagne, pianiste elle
aussi, nous avons créé en 2011 le
Concerto pour deux pianos et percussion Pulse Magnet, d’un jeune
compositeur australien que j’ai
découvert récemment, Matthew
Hindson. Sa musique est originale
et créative, mais aussi harmonique.
La création musicale, c’est
quelque chose de nouveau pour
moi, et c’est quelque chose de merveilleux. La
musique n’est pas morte, les jeunes s’expriment. Le fait de pouvoir dialoguer et échanger
avec le compositeur, est une démarche nouvelle
pour moi. Je suis prêt à accueillir d’autres offres, des créations, si elles correspondent à
quelque chose en moi.
Propos recueillis par Monica Schütz
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festival vernier sur baroque
Hadrien Jourdan
Hadrien Jourdan, organiste et claveciniste originaire de Genève, est un
grand connaisseur des orgues et clavecins historiques, l’inventeur de
systèmes mécaniques dans le domaine de la facture instrumentale, le
lauréat de plusieurs concours internationaux, le directeur des Concerts
Spirituels, et coach pour les classes de chant, violon et traverso à la
HEM genevoise. Entretien.
50
Hadrien Jourdan a enregistré plusieurs CDs, dont l’un,
consacré à Thomas Tomkins et
Orlando Gibbons, a obtenu un
diapason d’or et fait référence
dans le monde de l’orgue. Il
organise aujourd’hui la troisième édition du Festival de
Vernier, qui a pour thème le
bassin méditerranéen, Naples
et l’Espagne surtout. Et le défi
n’est pas des moindres : attiser
la curiosité des habitants de
Vernier et bien sûr des amateurs du genre pour les musiques d’un temps
reculé, ancienne surtout et baroque un peu, celles qui étaient pratiquées du 14e au 17e siècles,
avec une incursion dans le 18e siècle pour le
dernier concert chorégraphié. L’idée d’Hadrien
Jourdan est d’ouvrir les spectateurs à un autre
monde, original mais accessible à tous, en misant sur une grande diversité des programmes et
des instruments.
Le 5 novembre, l’Ensemble Daedalus, bien
connu grâce à sa riche discographie, nous plongera dans la musique napolitaine du 14e au 16e
siècle, populaire et savante, sous la direction de
Roberto Festa. Il y a huit ans à l’église St
Germain, l’Ensemble avait présenté un programme très abouti, témoignage du travail de
recherche pointue de leur chef. Résultat vibrant
et convaincant, coloré, festif, à l’instrumentation variée qui ne manquera pas de plaire à tous
les publics, néophytes et amateurs avertis.
Marco Beasley, le ténor, s’est illustré déjà grâce
à ses contributions au fameux CD Tarentella
Christina Pluhar et au très beau Stefano Landi
avec Christina Pluhar et l’Arpeggiata, de même
qu’à ses collaborations avec l’ensemble
Accordone.
L’Ensemble Le Concert Brisé dirigé par
William Dongois redonnera vie le 8 novembre
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Hadrien Jourdan
au répertoire espagnol du 17e siècle, qui constitue une explosion de créativité, peu connu encore. Une redécouverte de la pratique de l’improvisation, de l’ornementation et de la diminution
à travers un grand nombre d’arrangements permettant de mêler différentes familles d’instruments, dont, par exemple, la doulciane, ancêtre
du basson.
On sait que Scarlatti a composé 550 sonates, officiellement pour clavecin. Parmi elles,
une vingtaine diffèrent par la présence d’une
basse chiffrée, d’indications dynamiques et
d’une structure multipartite inhabituelle. Une
indication « pour mandoline » ayant même été
trouvée, le choix de cet instrument s’imposait
donc pour ces pièces. Nul doute que, le 9
novembre, sous les doigts de la mandoliniste
espagnole Mari Fe Pavon, soutenue par le continuo d’Hadrien Jourdan, ces magnifiques pièces
ne révèlent de nouvelles surprises.
Orgue et clavecin seront réunis le 12
novembre par Luca Scandali et Hadrien
Jourdan, qui adopteront la pratique principalement napolitaine du « partimento », perfectionnement de la basse continue sur laquelle on
improvise en faisant intervenir le contrepoint.
Dans la seconde moitié du 17e siècle, Bernardo
Pasquini écrit un recueil de sonates pour deux
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instruments à claviers, basé sur cette pratique.
Les deux musiciens en ont enregistré l’intégrale, ce qui n’avait jamais été fait. Hadrien
Jourdan relève la saveur, la simplicité et la sensualité de cette musique où l’improvisation est
primordiale. A ces sonates s’ajouteront des
concertos pour deux claviers du Padre Soler.
La littérature espagnole sera aussi de la
partie, le 13 novembre. Alain Carré dira les textes qu’il a tirés du Don Quichotte de Cervantes,
textes qui seront prolongés par des musiques
espagnoles du 17e siècle surtout, jouées par
Hadrien Jourdan, Oleguer Aymami (violoncelle) et Amandine Solano (violon).
Le 15 novembre, une fresque historique de
la musique et de la danse italiennes, de la
Renaissance au baroque avec Il Ballarino, compagnie de danse Renaissance dirigée par Bruna
Gondoni et Marco Bendoni. Les spectateurs
retrouveront tout le raffinement de la danse à la
cour des Médicis, et les chorégraphies de l’époque (qui ont été conservées !) où l’on distinguait « basse danse » et « haute danse », accompagnées d’une musique parfois complexe mais
qui deviendra plus simple au 16e siècle.
La série se termine avec un spectacle
baroque imaginé par Béatrice Massin, danseuse
et chorégraphe, et sa compagnie des Fêtes
galantes, sur des musiques de J.F. Rebel et G.F.
Haendel.
D’après des propos recueillis par
Martine Duruz
PROGRAMME du 5 au 20 novembre 2014
Salle des Fêtes du Lignon, Vernier
Mercredi 5 novembre : Délices napolitaines par
l’ENSEMBLE DEADALUS, dir. Roberto Festa & MARCO
BEASLEY, chant
Samedi 8 novembre : L’Espagne revisitée, par l’ensemble Le Concert Brisé, dir. William Dongois
Dimanche 9 novembre : Sonates de Scarlatti pour
mandoline et basso continuo, par MARI FE PAVON, mandoline & HADRIEN JOURDAN, clavecin
Mercredi 12 novembre : Sonates, Fandango,
Conciertos de Pasquini, Soler et Scarlatti, par LUCA
SCANDALI & HADRIEN JOURDAN, clavecin
Jeudi 13 novembre : Don Quichotte de la Manche de
Miguel de Cervantes. Avec ALAIN CARRÉ, HADRIEN
JOURDAN, OLEGUER AYMAMI et AMANDINE SOLANO
Samedi 15 novembre : I Lieti Giorni di Napoli, par la
CIE IL BALLARINO, fresque historique de la renaissance au
baroque italien, spécialement autour de Naples.
Jeudi 20 novembre : Terpsichore. Chor. Béatrice
Massin - CIE FÊTES GALANTES. Musique Rebel et Hændel
Informations & réservations : +41 22 306 07 80
www.vernier.ch, [email protected]
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Théâtre
Théâtre
Musique
Guillaume Tell, le soulèvement
L’Annonce faite à Marie
Natacha Atlas
Nora Granovsky
Paul Claudel - Yves Beaunesne
11 déc. à 20h30
12 nov. à 20h30
25 et 26 nov. à 20h
Cirque
Danse
O temps d’O
Cie BaroloSolo
19 nov. à 19h
Utopia Mia
Cie Philippe Saire
4 et 5 déc. à 20h30
forum-meyrin.ch / Théâtre Forum Meyrin, Place des Cinq-Continents 1, 1217 Meyrin
Billetterie + 41 22 989 34 34 du lu au ve de 14h à 18h
L’Annonce faite à Marie © Guy Delahaye
Service culturel Migros Genève / Stand Info Balexert / Migros Nyon-La Combe
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portrait
concerts arts & lettres à vevey
En novembre, Eliahu Inbal, après sept ans d’absence,
sera de retour à la tête de l’Orchestre de la Suisse
Romande, pour le concert extraordinaire d’automne
des Amis de l’OSR, le mercredi 5 au Victoria Hall de
Genève, et le jeudi 6 à Beaulieu, pour le 3e concert
de la Série Lausanne.
Magnifiquement rénovée, la Salle del Castillo accueillera
dès novembre tous les concerts de l’association veveysanne
d’Arts et Lettres, avec une programmation variée et
exigeante, centrée sur le répertoire classique et
romantique, et confiée à des musiciens de premier plan.
Le chef israélien conduira l’OSR dans la Première Symphonie de
Brahms, après avoir accompagné le soliste Sergey Khachatryan dans le
Concerto pour violon de Beethoven.
Il faut remonter à février 2007 pour trouver le dernier en date des
nombreux concerts de l’OSR donnés sous la conduite d’Eliahu Inbal. Un
chef qui par le passé était pourtant l’hôte régulier de l’orchestre romand :
une quinzaine d’invitations dont huit pour les seules années nonante. Sans
compter les séances d’enregistrements de disques pour la firme Denon
réalisées en 1989 et 1991 pour Bartok (Concerto pour orchestre et
Musique pour cordes, percussion et célesta) et en1995/96 pour 4 CDs
d’œuvres de Richard Strauss : eine Alpensinfonie, Sinfonia Domestica, ein
Heldenleben, Macbeth, Tod und Verklärung, Also sprach Zarathustra, Till
Eulenspiegel et Don Juan. Une somme devenue hélas presque introuvable
aujourd’hui.
Né en 1936 à Jérusalem, ville où il étudie le violon et la composition
auprès de Paul Ben- IHaim, Eliahu Inbal remporte à 26 ans le 1er Prix du
Concours de direction Guido-Cantelli. A Paris, recommandé par Leonard
Bernstein, il suit les cours de Louis Fourestier, d’Olivier Messiaen et de
Nadia Boulanger, avant
de se perfectionner à
Hilversum auprès de
Franco Ferrara et à
Sienne auprès de Sergiu
Celibidache.
Le jeudi 13 novembre, la harpiste Marie-Pierre Langlamet et le
Quatuor Sine Nomine ouvriront les feux, avec des œuvres de Debussy et
une rareté d’André Caplet, le Conte fantastique pour harpe et quatuor,
inspiré du Masque de la mort rouge d’Edgar Poe. Une œuvre singulière, qui
voit la mort s’inviter au bal et frapper aux douze coups de minuit, la harpe
se faisant alors instrument de percussion.
Le 19 novembre, Veronika Eberle au violon, Sebastian Manz à la clarinette et Herbert Schuch
au piano, joueront des œuvres de Milhaud, Brahms,
Schumann et les Contrastes
de Bartok.
Le 2 décembre, le
Jerusalem Quartet consacrera sa soirée à Beethoven
et au quatuor Lettres intimes de Janacek.
En 2015, le 13 janvier,
le violoniste Vadim
Gluzman et la pianiste
Angela Yoffe présenteront
des pages de Pärt, de
Prokofiev et de Beethoven.
Mozart, avec des
transcriptions d’airs d’opéVeronika Eberle © Bernd Noelle
ras et la Gran Partita, est à
l’affiche de la soirée du 3 février, avec 13 instrumentistes à vent emmenés
par le hautboïste Roland Perrenoud.
Christian Poltéra interprétera les Six Suites pour violoncelle de Bach,
réparties sur deux soirées, les 20 et 21 février.
Les Folies Françoises marqueront en léger différé le tricentenaire de
la naissance de Carl Philip Emanuel Bach, né en 1714, en lui consacrant la
soirée du 19 mars, à l’enseigne de Chroniques d’un musicien, avec Gilles
Cantagrel récitant.
Le pianiste Adam Laloum présentera un superbe récital le 24 avril,
avec la Sonate K.576 de Mozart, les Impromptus op.142 de Schubert et les
Davidsbündlertänze de Schumann.
Deux admirables Quintettes pour clarinette et cordes, l’Opus 115 de
Brahms et le K.581 de Mozart, servis par la violoniste Isabelle Faust, le clarinettiste Lorenzo Coppola et leurs amis, cloront en beauté la saison, le
mardi le 27 mai.
Eliahu Inbal
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Saison
Yves Allaz
OSR, dir. Eliahu Inbal, Sergey
Khachatryan,
violon
(Beethoven, Brahms).
- Le 5 novembre. Victoria Hall
à 20h (Tél. 022/807.00.00 /
[email protected])
- Le 6 novembre. Théâtre de
Beaulieu à 20h15 (Tél.
022/807.00.00 / [email protected]
ou chez Passion Musique)
Yves Allaz
Eliahu Inbal © Jirka Jansch
Abonnements : www.artsetlettres.ch / Billets : [email protected], 021.925.94.94
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jazz classics
Du Rock, de la soul et
de la bonne humeur !
La programmation de Jazz Classics 2014-2015 ne manquera pas de ravir,
une fois de plus, les amoureux de ce style de musique. Les six rendez-vous
de novembre à mai leur permettront en effet d’écouter des artistes
prestigieux tels que Al Di Meola, Gregory Porter, Brad Mehldau, le trio
Mare Nostrum, Dee Dee Bridgewater accompagnée de China Moses, et
Monty Alexander entouré de The Harlem Kingston Express.
ne ténor, de Chip
Crawford au piano,
d’Aaron James à la basse
et d’Emanuel Harrold à la
batterie.
China Moses
Le premier rendez-vous agendé au 7
novembre, donnera le ton avec un habitué du
Victoria Hall, l’Italo-américain Al Di Meola.
Le virtuose fera cette fois-ci vibrer sa guitare au
son des plus grands succès des Beatles. Pour
l’accompagner, le guitariste Kevin Seddiki et le
percussionniste Peter Kaszas rythmeront ce
voyage à travers le répertoire des Fab Four.
Après cette incursion dans le rock britannique, le public succombera assurément au
charme du crooner soul Gregory Porter. Sa
voix exceptionnelle et ses ballades envoutantes
ne manqueront pas de réchauffer cette nuit de
novembre (20). Pour enrober le tout, Gregory
Porter sera entouré de Yosuke Sato au saxopho-
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Au retour de la pause
de Noël, le 29 janvier, ce
sera au tour de Brad
Mehldau de venir
enchanter les spectateurs
avec son piano. Une fois
n’est pas coutume, il se
présentera en solo pour
livrer un récital riche en
improvisations et, pourquoi pas, quelques-unes
de ses reprises de grands
classiques du rock et de la
pop. Si cet artiste éclectique est en effet capable
d’interpréter à sa façon les
grands tubes de Nirvana
ou d’Oasis, il affectionne aussi jouer des morceaux des frères Gershwin.
ainsi l’occasion au public de comparer ces deux
talents. Si la mère n’a plus rien à prouver, la
fille a, elle, de qui tenir. Une confrontation des
plus intéressantes en perspective.
Finalement, le 12 mai, le pianiste Monty
Alexander se chargera de clôturer la saison
dans la bonne humeur. Accompagné d’Andy
Bassford à la guitare, d’Hassan Shakur à la
basse, de Joshua Thomas à la basse électrique,
d’Obed Calvaire à la batterie et de Karl Wright
aux tambours jamaïcains, il fera danser les spectateurs sur des rythmes entraînants. Du swing,
du blues et du calypso, il y aura comme un air
de vacances avant l’heure !
A noter qu’il n’est pas trop tard pour acheter un abonnement pour les six concerts. Une
formule qui permet non seulement d’économiser 15% sur la valeur totale de six billets achetés individuellement, mais aussi d’obtenir les
meilleures places disponibles dans la salle. Avis
aux amateurs !
Julie Bauer
Plus d’infos sur : www.prestigeartists.ch/
D’un solo, on passera à un trio, avec Mare
Nostrum. L’accordéoniste Richard Galliano, le
trompettiste Paolo Fresu et le pianiste-percussionniste Jan Lundgren offriront une véritable
balade musicale à travers un univers merveilleux. La fusion de ces trois musiciens
débouche sur une sonorité à la fois rare et originale. Pour participer à cette croisière en eaux
mélodieuses, il faudra embarquer le 26 mars.
Le 21 avril mettra à l’honneur une grande
dame qui viendra accompagnée de sa fille. Dee
Dee Bridgewater et China Moses donneront
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Brad Mehldau © Michael Wilson
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festival d’ambronay
Renouveau
C'est un village du département de l'Ain, sans charme particulier, qui
serait sans doute resté dans l'anonymat, malgré son abbatiale. Or, le nom
d'Ambronay rayonne dans l'Europe musicale depuis des lustres grâce au
Festival fondé il y a 35 ans par Alain Brunet.
mélodies en espagnol, portugais, latin mais également quechoa et mapuche, l'Ensemble livre
une prestation mêlant émotion et qualité sans
faille du point de vue musical. Une incontestable réussite, tout à fait dans le ton d'une manifestation qui cherche désormais à décloisonner
les genres musicaux comme cela est démontré
par les nombreux concerts organisés sous chapiteau consacrés aux musiques du monde.
Frank Fredenrich
Ambronay sur Cds
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Le père fondateur a désormais cédé sa
place à Daniel Bizeray concernant le festival,
mais il reste présent à Ambronay en tant que
président de l'association qui gère le Centre culturel de rencontre qu'il a conçu il y a dix ans et
développé depuis cette date. De fait, si les mélomanes avertis connaissent désormais les quatre
week-ends de septembre et octobre durant lesquels une véritable anthologie de musique
ancienne est proposée, il convient de savoir que
les activités autour de l'abbaye se poursuivent
tout au long de l'année. Accueil de musiciens,
colloques, rencontres animent les salles et les
dortoirs permettant ainsi des stages tels ceux
organisés entre le printemps et l'automne avec
une sélection d'ensembles de musique ancienne
dans le cadre d'eeemerging, journée consacrée
aux meilleurs ensembles émergents européens
de musique ancienne.
Marathon musical
Ainsi, la journée du samedi 4 octobre a permis d'entendre en un agréable marathon musical
quatre ensembles en présence de représentants
de différents organismes participant à ce programme venus de Pavie, Göttingen, York et
Riga. Le projet a pour but de repérer et sélectionner des jeunes ensembles prometteurs en
Europe, offrir des formations spécialisées pour
les aider dans le développement de leur carrière
(communication, diffusion, administration,
coaching artistique, mise en scène...), offrir des
résidences dans divers lieux en Europe, favoriser l'organisation de concerts et participer à l'enregistrement d'un CD et de retransmissions
radiophoniques ou télévisuelles. Et de fait, certains ensembles sélectionnés pour cette journée
offraient déjà des prestations de haut niveau, si
l'on songe par exemple à Voces Suaves mené
par Francesco Saverio Pedrini et Tobias Wicky
dont on voudrait pouvoir dire qu'il s'agissait
d'un ensemble représentant la Suisse (qui n'est
pas exclue de ce projet pourtant soutenu par la
Communauté européenne!) puisque basé à
a
Bâle, si cette qualification nationale n'avait
guère de sens tant les interprètes de toutes les
formations présentes représentaient un parfait
exemple de cosmopolitisme. Toujours est-il que
cette formation a subjugué le public avec un
programme intitulé Trésors musicaux à la Cour
des Gonzague consacré à des œuvres a cappella de Monteverdi, Gastoldi, et Giaches de Wert.
Tout aussi convaincante, la prestation de
L'Armonia degli affetti s'attachait à faire
connaître avec brio un programme conçu autour
de Nicolo Fontei, organiste et compositeur vénitien de la première moitié du 17e siècle qui fut
maître de chapelle à Vérone et à la Cour de
Mantoue. Dans le choix effectué par cet ensemble, il était question d'amour puisque le programme faisait allusion à une dédicace dédiée à
« la gentilissima e virtuosissima donzella, la
Signora Barbara ». Et cette donzelle n'était
autre que la cantatrice et compositrice Barbara
Strozzi dont des compositions alternaient avec
celles de Monteverdi, Merula et Fontei comme
il se doit, dans une interprétation dynamique et
convaincante de l'Armonia degli affetti.
Mais c'est parfois en sortant des sentiers
battus que l'on suscite désormais le plus aisément l'approbation et l'enthousiasme du public.
De ce point de vue, les choix musicaux de
Seconda Pratica, un ensemble fondé en 2012
par des étudiants des conservatoires de La Haye
et d'Amsterdam – et dans lequel figure la gambiste genevoise Julie Stadler - ne pouvaient que
séduire dans la lignée d'un travail de mélange
des genres de musique ancienne tel que Gabriel
Garrido en avait donné l'exemple par le passé.
« Construire des ponts entre les époques » et
« inventer de nouvelles formes de concert afin
d'explorer de nouvelles possibilités d'interprétation » pourrait ne relever que d'un vœu pieu, si
dans ce cas il ne s'avérait effectivement réussi.
Joignant la parole à la musique, citant
Montaigne et d'autres auteurs au sujet de la
diversité des cultures entre des compositions
variées d'origine latine ou sud-américaine,
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Michelangelo Falvetti, compositeur d’origine calabraise (1642-1692) est mis à l’honneur
par la Cappella Mediterranea et le Chœur de
Namur sous la direction de Leonardo Garcia
Alarcon. Seules deux œuvres intégrales de ce
compositeur prolifique sont parvenues jusqu’à
nous, les dialoghi Il diluvio universale et Il
Nabucco, œuvres porteuses de la tradition
baroque romaine et vénitienne.
Dans la seconde, Falvetti saisit l’occasion de
la confrontation de Messine et du royaume
d’Espagne pour ajouter à ses choix esthétiques une
dimension politique : la statue de Nabucco, que les
trois enfants refusent d’adorer fait référence à
celle du roi d’Espagne érigée en face du Dôme de
Messine. Leonardo ressuscite avec toute la passion
et la science qu’on lui connaît une œuvre riche en
couleurs, tirant profit d’un instrumentarium judicieux et de l’expérience de ses musiciens et chanteurs. Une réussite à découvrir.
Rebel de père en fils par l’ensemble Les
surprises, fondé en 2010 par Juliette Guignard
et Louis-Noël Bastion de Camboulas. En évoquant la pratique historique qui consistait à donner en concert des extraits d’œuvres lyriques
remaniées en fonction du lieu et des instruments
à disposition, L-N Bastion de Camboulas
explique : « …j’ai voulu créer un « Concert »
en présentant sur ce disque des œuvres provenant de diverses origines rassemblées ici pour
constituer un nouveau livret, une nouvelle dramaturgie. » Projet trop ambitieux apparemment
puisque cette nouvelle dramaturgie n’est pas
décelable. Les pièces instrumentales et les airs
sans surprises alternent sans que l’on puisse
s’accrocher à aucun fil conducteur : l’intérêt
faiblit malgré l’indéniable qualité des interprètes et l’ennui n’est pas loin. La plupart des compositions sont de François Rebel et François
Francœur : airs tirés du Ballet de la paix,
Scanderberg et du Prince de Noisy. De Jean
Fery Rebel, père de François, seuls Les
Caractères de la danse et Le Tombeau de
Monsieur de Lully figurent sur le CD.
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Capella Mediterranea et Leonardo Garcia Alarcon © Jérémie Kerling / Ambronay
Claudio Monteverdi, Vespro della beata
Vergine (1610). Une nouvelle version intéressante et originale de ce chef d’œuvre. Leonardo
Garcia Alarcon et son équipe lui ont fait subir
quelques aménagements, ce qui, en dehors de la
« patte » du chef, le distingue des enregistrements précédents. « Nous avons pris un parti »
explique Lionel Desmeules, « à notre connaissance jamais exploré et clairement anachronique, qui consiste à composer un office dont
les tons des antiennes correspondraient aux
tons des psaumes et du Magnificat » à savoir les
antiennes de la fête de la Nativité de la Vierge.
« Nous avons ensuite composé la mélodie pour
chaque antienne, à l’exception de l’antienne à
Magnificat dont la mélodie officielle est dans le
bon ton… » Ce procédé confère à ces Vêpres
une unité, qui n’était pas d’ailleurs dans l’intention de Monteverdi, puisqu’il pensait plutôt
mettre à la disposition des musiciens d’église
des pièces de styles variés dont ils pourraient
agrémenter la liturgie. A nouveau le Chœur de
chambre de Namur et la Cappella
Mediterranea suivent avec finesse et précision
les élans inspirés de leur chef.
Je vous recommande également les « tangos-chansons » proposés par les spécialistes
du genre que sont Diego Flores, baryton,
William Sabatier, bandonéon et Ciro Perez,
guitare. Intitulé Desde Gardel l’album propose
un florilège de tangos composés entre 1920 et
1960 par d’autres compositeurs que Gardel et
arrangés par Sabatier et Perez. Parfait pour les
amateurs !
Remporte aussi mes suffrages, l’ « utopie
argentine » Piazzola-Monteverdi, osée par L.
Garcia Larcon et la Cappella Mediterranea.
400 ans séparent les deux compositeurs et pourtant, quelle communauté d’émotion, de poésie,
de « voix », et quelle cohérence dans ce disque !
Un plaisir non dissimulé.
Martine Duruz
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WWW.BONLIEU-ANNECY.COM
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BONLIEU SCÈNE NATIONALE ANNECY
• RÉOUVERTURE •
5-8 NOV.
UN ÉTÉ À OSAGE COUNTY
T R A C Y L E T TS
DOMINIQUE PITOISET
CRÉATION THÉÂTRE
©Dominique Pitoiset
TORDRE
RAC H I D O U R A M D A N E
CR É A T I O N D A N S E
©Erell Melscoët/Des témoins ordinaires
ÉCLATS, BRIBES ET DÉBRIS
CAMILLE BOITEL
©Yannick Bourdin
s p e c t a c l e s
bonlieu scène nationale annecy
Scènes d’automne
Bonlieu a fait peau neuve et l’on peut donc entrer dans le vif du sujet. Trois
scènes accueillent désormais musiques, théâtres, danses et arts du geste, selon le
vivifiant mélange des genres propre au formidable creuset artistique annecien.
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Après les trois jours de lancement de saison
du 5 au 7 novembre et qui verront Dominique
Pitoiset (Un été à Osage County), Camille Boitel
(Eclats, bribes et débris) et Rachid Ouramdane
(Tordre) ouvrir les feux, novembre s’annonce
riche de talents scéniques.
Succès de la littérature américaine, la pièce
de Tracy Letts Un été à Osage County met en
scène des personnages à la fois détestables et touchants sous une chaleur écrasante à la Faulkner,
mais surtout à la Tennessee Williams et son inoubliable Soudain, l’été dernier ! Dialogues à
rebondissements, fins et acides, au sein d’une
cellule familiale ébranlée par la mort du père et
qui voit se rapprocher quatre femmes : Violet, la
mère et ses filles. Violet souffre d’un cancer de la
bouche, mais ne mâche pas ses mots et fustige à
tout va, folle de rancœurs et de frustration. Trois
hommes se cachent derrière les jeunes femmes :
«Éclats bribes et débris» © Yannick Bourdin
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portrait à fleur de peau pour un duo de danseuses,
Annie Hanauer et Lora Juodkaite. Nudité du
geste, immédiateté des sensibles, deux solitaires
aux trajectoires trop différentes. Un diptyque
contemplatif qui dit la belle impuissance de laisser la vie s’immiscer au-delà de l’altérité.
Le 7 novembre (20h30), deux jeunes musiciennes passionnées, la violoniste Fanny
Clamagirand et la pianiste Vanya Cohen pour un
programme choisi de sonates classiques au cœur
«Cloc» © DR
mari effacé pour l’aînée, séducteur invétéré pour
l’écervelée et surtout, Charles pour Ivy, sœur
sacrifiée à la cause maternelle. Charles, simplet
et méprisé de tous excepté sa compagne, sauve
par sa candeur le cynisme ambiant. Un dîner
d’atmosphère au cœur d’une famille dysfonctionnante que seule la domestique indienne mettra
d’accord, à la fois au centre et en retrait du
drame. Quand les idéaux américains volent en
éclats. Du grand Pitoiset !
Dans le même temps, Camille Boitel tente
une nouvelle fois de déstabiliser son monde avec
perte et fracas dans Eclats, bribes et débris. Dans
l’univers circassien de cette artiste, la ruine des
hommes et des choses règne partout, mais toujours empreintes d’une joie revigorante. Il s’agit
de l’art subtil et jubilatoire de l’effondrement, du
déséquilibre et de la chute, mais aussi d’un art
politique et presque citoyen de montrer et de
contempler les hommes lorsqu’ils résistent à cet
effondrement et organisent une lutte salutaire et
source de rires.
Quant à Rachid Ouramdane, il offre lui aussi
sa dernière création au Bonlieu nouveau avec
Tordre, chorégraphie qui s’inscrit dans le cadre
des coproductions transfrontalières du PACT. Un
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de la belle salle du Musée du Château.
Du 12 au 14, une nouvelle création magique,
par des spécialistes de l’illusion plastique qui
nous plongent dans un réel déformé et absurde.
CLOC c’est ici le Temps qui se fige et se dérègle
selon Maxime Delforges et Jérôme Helfenstein.
Musique de nouveau avec The Cookers qui
s’envolent sur les ailes du jazz hard bop des sixties, avec l’énergie débordante de leur all stars
band d’un âge d’or qui renaît sous vous oreilles
dans Warriors ! Le 12 novembre à 20h30.
Pour fêter ses 30 ans, l’Orchestre des Pays
de Savoie revisite les œuvres de ses débuts avec
les 30e symphonies de Haydn et de Mozart sous
la baguette alerte de Nicolas Chalvin et avec en
prime le ravissant Concerto pour flûte n°1 de
Mozart. Le 14 novembre à 20h30.
A Bonlieu, les enfants ont aussi leur ouverture de saison et ils sont attendus le dimanche 16
novembre (14h30) pour découvrir le théâtre lors
d’un après-midi festif dans la grande et la petite
salle, mais aussi dans les nouveaux espaces du
théâtre. Un Aladin réalisé par Matèj Forman et
Au fond de la classe, spectacle concocté par le
chanteur Merlot (15h30). Féeries et cour de
récré, les enfants sont servis !
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Du 18 au 20, la Compagnie XY voltige et
renouvelle l’art acrobatique sur la grande scène
en mêlant force, poésie et liberté avec bonheur
dans Il n’est pas encore minuit… Une fête du
cirque pour vingt-quatre acrobates et une grande
salle,… qui retient son souffle !
Deux soirs consacrés à l’indomptable énergie de La Ribot et de deux des ses vieux complices Juan Dominguez et Juan Loriente, qui élargiront un plus encore le champ possible de la fantaisie extravagante et insensée de leur création
encore marquée par la folie madrilène de la
movida. El triunfo de la libertad, celle du regard
et du specteur-acteur transformés. Les 19 et 20
novembre.
Aux mêmes dates (il faudra choisir !), encore dans le mouvement fécond du PACT, la venue
de Dorian Rossel, en son jardin, avec une intrigue, Une femme sans histoire, fondée sur le fait
divers bouleversant du triple infanticide et du
procès de Véronique Courjault. Rossel part, une
fois n’est pas coutume, du documentaire fictif de
J-X. de Lestrade qui s’immisce avec justesse au
plus profond de la détresse d’une femme en quête
d’identité et qui nous invite en son for intérieur,
au fil de sa parole, pièce à conviction d’un puzzle vertigineux.
Michel Boujenah est toujours cconvaincu de
ne pas vouloir raconter sa vie, mais a décidé de
l’imaginer. Il peut alors devenir un vrai héros
puisqu’il invente sa vie et ne connaît plus de véri-
«L’Idiot» © Philippe Delacroix
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«Un beau matin Aladin» © Iréna Vodakova
tables limites. Ma vie, autobiographie drôlement
rêvée et irrésistiblement contée par cet habitué
des lieux. Samedi 22 à 20h30.
Le dimanche 23 novembre, dialogue lyrique
du violon de Solenne Païdassi et du piano de
Laurent Wagshal à l’Eglise Saint-Laurent
d’Annecy-le-Vieux. Richard Strauss, Fauré et
Franck mélancoliques à travers sonates et douces
médodies : Fin de siècle ? Sans doute, mais dans
une exaltation sensible. (à 17h00)
Les 26 et 27, c’est une déflagration scénique
qui vous emportera dans la grande salle, avec
Idiot ! parce que nous aurions dû nous aimer,
adaptation fulgurante et retentissante du roman
de Dostoïevski, déjà montée en 2009 et ici reprise pour un résultat scénique plus tendu encore,
plus essentiel et violemment cathartique !
Mychkine au plus profond de sa nature humaine,
trop humaine, aux prises avec la cruauté, la vanité et beauté du monde. Œuvre opératique qui
hurle et dénonce les paradoxes insupportables du
monstre social. Le jeune prince comme arbitre
malgré lui de la laideur et du sublime, des larmes
et du rire, du sang et du sperme d’une humanité
livrée au désespoir poétique d’un individu qui
lutte avec sa seule candeur et nous emporte dans
une mise en scène déjantée, mais qui sait donner
à voir la réalité cynique en utilisant toute la profondeur scénique, la part du rêve inhérente au
théâtre et les corps des acteurs, sources de lumières incandescentes contre l’obscurité dominante.
Macaigne nous laisse souvent interdits devant
une telle débauche d’énergie et une telle profusion d’images, mais sa tentation mystique,
presque faustienne à bien à voir avec le cœur
même du chef-d’œuvre russe !
Dans le même temps, un petit diamant noir
de Jan Fabre est donné dans la petite salle.
Preparatio mortis est une pièce qui abandonne le
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ton provocateur dont Fabre est coutumier ; elle
peut donc vous réconcilier avec le chorégraphe
flamand qui fit jadis scandale en Avignon avec Je
suis sang. Pour Preparatio mortis, pas de mise à
distance ou de minimalisme habituellement de
rigueur lorsqu’on évoque la mort. C’est une iconographie baroque et proprement morbide, dans
son sens étymologique premier conservé par la
langue italienne, une certaine douceur donc, baignée d’une lumière caravagesque et une cascade
de fleurs qui figure le jaillissement de la vie au
cœur de la mort. Un solo de presque soixante
minutes fulgurant et sompteux par une interprète
comme possédée par une pulsion de l’amour à
mort. Un corps lutte pour s’arracher des fleurs
multicolores et laisser paraître un cercueil de
verre orné de lettres gothiques comme l’image
rêvée d’un conte lointain. Ajoutez l’odeur végétale entêtante et le ton pesant de l’orgue en fond
sonore pour laisser votre corps frémir à son tour
comme les fragiles papillons qui figurent le dernier souffle de la danseuse nue dans son cercueil.
Le 28 novembre, Pascal Contet propose sa
nouvelle création avec une grande idée de rencontre transmusicale, White concert, où le virtuose de l’accordéon confronte son talent à celui
de deux pointures de la scène électro et trip-hop
anglaise, Scanner et Joel Cadbury. Cocktail
explosif !
Enfin, le Quatuor Zaïde vibrera d’une ferveur toute romantique avec un programme qui
mettra en exergue Le Plaisir que transmettent de
façon toujours aussi intense les quatuors à cordes
de Haydn, Mendelssohn et Dvoràk. Le 30
novembre à 17h00 en l’Eglise Saint-Laurent.
Jérôme Zanetta
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équilibre - nuithonie
Un théâtre ouvert
sur le monde
La nouvelle saison d’Equilibre-Nuithonie s’annonce pleine de diversité. Au
programme, 70 pièces pour tous les goûts, du théâtre classique ou
contemporain, des ballets venant de Russie, le cirque national de Chine, mais
aussi des pièces pour toute la famille. Entretien avec Thierry Loup, directeur
des deux théâtres fribourgeois.
Sur les 70 spectacles programmés
cette année, on trouve aussi bien de la danse,
du théâtre, de l’humour et du cirque. Il y en
a vraiment pour tous les
goûts.
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Thierry Loup : Avoir la chance
de diriger deux théâtres et trois
salles, me permet de panacher
ma saison. Chaque salle a une
mission particulière. À
Nuithonie, nous mettons l’accent sur la création tandis qu’à
Equilibre, c’est l’accueil qui est
privilégié. Notre fondation, en
tant qu’institution phare du canton, se doit d’établir une saison
variée, de manière à nous adresser à l’ensemble de la population, adultes comme jeunes
spectateurs. Nous sommes également attentifs à donner une
grande place aux productions
romandes et suisses. Nous
essayons d’avoir un théâtre
accessible à tous. Et le public
nous suit. Nous avons plus de
80 % de fréquentation et 1700 abonnés. C’est
un contrat de confiance, que nous avons créé
avec les spectateurs en dix ans. Un public qui va
autant voir des spectacles contemporains que
des productions parisiennes.
Toujours dans cette idée de diversité,
vous présentez du nouveau cirque, un mélange entre acrobatie, danse et poésie.
C’est un art scénique que j’aime particulièrement, mais qui est peu connu en Suisse. Cette
année, on a la chance d’accueillir Les 7 Doigts de
la main, avec Séquence 8, le cirque national de
a
Chine qui propose une version adaptée d’Alice
au pays des merveilles, ou encore le Cirque Aïtal
avec Pour le meilleur et pour le pire.
soumis de très bons projets, ce qui m’a incité à
en accepter plus que d’ordinaire. Il y a des compagnies avec lesquelles je travaille régulièrement par exemple Le Magnifique théâtre, avec
Julien Schmutz et Michel Lavoie, qui présenteront 12 hommes en colère, mais nous assistons
aussi à nouvelles associations. Des gens qui travaillent depuis longtemps dans la création se
sont rassemblés. J’en suis très heureux, car c’est
la preuve d’une belle stimulation de la création
fribourgeoise. Je pense par exemple à Marceau
et le grand Rasant de l’Orchestre Animé. Le
musicien de jazz, Mathieu Kyriakidis, qui est
connu dans la région, s’est allié avec Mélanie
Richoz, écrivaine fribourgeoise. Hassane Kassi
Kouyaté va également mettre en scène
Emmanuel Dorand dans Jadis.
Donc la création fribourgeoise se
porte bien?
La création fribourgeoise se porte très bien,
«Les Palmes de Mr Schutz» © Franck Harscouât
Vous êtes également très attaché à la
danse?
Nous proposons effectivement toujours une saison de danse assez importante, avec des chorégraphes de renommée internationale. On pourra
notamment voir le Ballet Preljocaj avec une
adaptation des Mille et Une Nuits, ou encore le
Jacobson Ballet, une troupe indépendante de StPetersburg, qui présentera Casse-Noisette.
Quelles sont les créations présentées
durant la saison 2014/2015 ?
Onze créations fribourgeoises sont programmées, quatre de danse et sept de théâtre. On m’a
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a
mais j’ai quelques inquiétudes au niveau du
soutien ; il serait souhaitable que le canton
engage une réflexion et prenne quelques mesures. Le budget de la création de la culture n’a
pas bougé depuis plus de 10 ans, alors que des
lieux qui ont été créés, comme Nuithonie. Il
serait vraiment préjudiciable de ne pas donner
suffisamment d’impulsion à cette création. De
notre côté, nous devons limiter le nombre de
projets l’année prochaine, car on me diminue
les sommes allouées de 150'000. C’est dommage, mais je n’ai pas vraiment le choix. En tant
que fondation, nous accueillons les créations, en
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«Sideways Rain» © Jean-Yves Genoud
les subventionnant et en leur mettant à disposition le théâtre. Ce domaine d’activité, l’un des
plus cher, nous revient de 80’000 à 120’000 frs
par année.
En plus de la mission de création et
au-delà des salles de spectacles, NuithonieEquilibre s’ouvre à travers des événements ?
La vie des théâtres s’inscrit aussi dans une
démarche de médiation culturelle. Cette envie
de s’ouvrir au monde se retrouve notamment
dans des projets, comme Le Midi, théâtre!. Les
spectateurs sont invités à venir manger un menu
de midi au souffleur (restaurant au théâtre
Nuithonie n.d.l.r) et à assister à une représentation. Cette année, nous sommes particulièrement ravis de collaborer dans ce
cadre avec le Théâtre des Osses
et son Röstigraben. En effet,
nous allons présenter une de
leur création. En parallèle, d’autres événements s’organisent
dans le même esprit, comme de
nombreux ateliers, de théâtres et
de danse ou des répétitions
publiques. On accueille également les cafés scientifiques de
l’université. Tout cela, spectacles et activités hors-scène, permet à Equilibre et Nuithonie de
s’ouvrir sur la cité.
Propos recueillis par
Valérie Vuille
Programme complet sur :
www.equilibre-nuithonie.ch/
«Alice in China» © Francette Levieux et Michel Lidvac, par le Cirque National de Chine
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théâtre de beausobre, morges
Saison
Au Théâtre de Beausobre à Morges, la saison 14/15 est prometteuse.
De la danse, du théâtre, des auteurs d’ici et d’ailleurs, des artistes de renommée
internationales. Une affiche exigeante et hétéroclite dont voici une sélection.
11 novembre, Les Palmes de M. Schutz,
L'irrésistible comédie de Jean-Noël
Fenwick, auréolée de 4 Molières en 1990, revit
enfin. Le couple Curie constitue un cas unique.
Au-delà de leur inestimable contribution scientifique, Pierre et Marie représentent le seul exemple dans l'Histoire de l'humanité d'un homme et
d'une femme ayant gravi, main dans la main, à
égalité de mérite, la pyramide du génie.
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20 novembre, La Tempête de William
Shakespeare, avec Claude Rich, Dominique
Pinon et Sarah Biasini.
Ce spectacle marque le retour à la scène de
Claude Rich. Celui-ci va être un magicien
enchanteur et enchanté, malicieux, poétique,
commandant les éléments déchaînés qui changeront le destin des hommes. Alors que Dominique
Pinon sera fabuleux en Caliban. La salle de théâtre va devenir ce fameux bateau que Prospero
veut voir sombrer pour assouvir sa vengeance.
«La Tempête», Claude Rich
© François Durand-Getty Images / Frédéric E. Mei
25 novembre, Tentative de jalousie avec Carole
Bouquet.
Tentative de jalousie, c’est d’abord l’œuvre
de l’une des grandes poétesses du XXe siècle,
Marina Tsvetaeva, que son destin tragique a éle-
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vée au rang d’icône. En 1941, celle qui écrivait
en 1926 à Rilke « toute mort de poète, même la
plus naturelle est contre nature, c’est-à-dire un
meurtre », s'est pendue à 49 ans.
Carole Bouquet revient avec un nouveau
spectacle d’une grande intensité. L’actrice française, passionnée de poésie, a personnellement
sélectionné les textes qu’elle interprète. Elle livre
une prestation à couper le souffle, entre amour,
révolte et impossible espoir. Une expérience rare.
15 janvier 2015, L’Affrontement avec Francis
Huster et Davy Sardou.
Un affrontement plein d’humour entre Tim
Farley, un vieux prêtre attaché à ses principes et
Mark Dolson, jeune séminariste.
6, 7 et 8 février 2015, recréation de l’Histoire
du soldat par Le Teatro Malandro, mise en
scène par Omar Porras, avec les solistes de
l’Ensemble Contrechamps.
C’est l’histoire que Stravinsky raconta un
jour à son ami Ramuz, d’un soldat en permission qui retourne chez lui pour retrouver sa
mère et sa fiancée. Il décide de se reposer au
bord d’un ruisseau et se met à jouer du violon.
Un chasseur de papillons lui propose d’échanger l’instrument contre un livre magique
qui lui permettra de devenir riche…
10 février 2015, BJM - Les Ballets Jazz de
Montréal
Compagnie de répertoire contemporaine de
renommée internationale, BJM - Les Ballets Jazz
de Montréal - proposent une danse hybride alliant
l’esthétique du ballet classique à plusieurs autres
styles de danse. Les BJM offrent un produit artistique explosif, original, accessible et remarqué
par l’excellence de son exécution.
20 février 2015, Je t’ai rencontré par hasard,
chorégraphie et mise en scène Marie-Claude
Pietragalla et Julien Derouault. Piano Yannaël
Quenel/ Musique classique : Bach, Mozart,
Debussy, Beethoven
Certaines histoires d’amour ou d’amitié
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Carole Bouquet © André Rau
sont le fruit de l’imprévu, le résultat d’une
alchimie échappant à la raison humaine. La passion pour le corps en mouvement, la richesse
des harmonies de la musique classique dite
savante et l’intemporalité de la poésie, donnent
à ce nouveau rendez-vous artistique une dimension épurée.
10 mars 2015, Novecento d’Alessandro
Baricco, avec André Dussolier.
C'est l'histoire d'un pianiste pendant les
années 1920. Né sur un bateau et aussitôt abandonné sur un piano dans une boîte en carton.
« L'immensité des trésors que l'on cherche
souvent ailleurs qu'au fond de soi, nos envies, nos
rêves, nos peurs, nos désirs, tout ce que raconte
cette histoire, j'avais envie d'en faire entendre les
épisodes colorés, aussi bien avec les mots
d'Alessandro Baricco, qu'en musique et avec la
présence, sur scène, des musiciens de jazz. »
André Dussollier
26 mars 2015, Nina
Une comédie drôle et émouvante dans
laquelle Mathilde Seigner campe un personnage
de femme fantasque, frondeuse et passionnée.
Une amoureuse de l’amour qui entraîne son
mari, François Berléand et son amant, François
Vincentelli, dans un irrésistible tourbillon. Une
grande pièce d’André Roussin. « Presque toutes
les femmes savent comme moi qu'elles n'ont pas
le mari qui leur faudrait et presque toutes celles
qui ont un amant savent aussi qu'elles n'ont pas
le bonheur (...) Nous sommes comme tout le
monde, trésor, en train de chercher, de truquer, de
composer avec l'amour et le bonheur et le mariage et la liberté. » Extrait tiré de Nina.
Nancy Bruchez
Programme complet, www.beausobre.ch
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LES
COMBATS
D’UNE
REINE
DE GRISÉLIDIS RÉAL
ADAPTATION & MISE EN SCÈNE
FRANÇOISE COURVOISER
AVEC JUDITH MAGRE
ÉLODIE BORDAS
FRANÇOISE COURVOISER
LUMIÈRE ANDRÉ DIOT
SON NICOLAS LE ROY
COIFFURES & MAQUILLAGE
ARNAUD BUCHS
PRODUCTION LE POCHE GENÈVE
THÉÂTRE LE POCHE
www.lepoche.ch / 022 310 37 59 / location Service culturel Migros
17 > 30 NOVEMBRE 2014
CRÉATION VISUELLE JEAN-MARC HUMM, LA FONDERIE / PHOTOGRAPHIE AUGUSTIN REBETEZ
LE POCHE GENÈVE EST SUBVENTIONNÉ PAR LA VILLE DE GENÈVE (DÉPARTEMENT DE LA CULTURE)
LA RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE. IL EST GÉRÉ PAR LA FONDATION D’ART DRAMATIQUE (FAD)
PARTENAIRES MEDIAS : LEPROGRAMME.CH & NOUVELLES
Judith Magre, comédienne
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à vernier : une œuvre “phare“ de wayne mcgregor
Far
Le grand chorégraphe anglais Wayne McGregor, la quarantaine, vient à Vernier
avec Far une de ses pièces les plus dansées. À voir dans la salle des fêtes du
Lignon, les vendredi 28 et samedi 29 novembre à 20 heures.
Bien qu’il soit invité dans tous les grands
théâtres du monde, comme l’Opéra national de
Paris, le Royal Ballet de Londres ou le New
York City Ballet, il aime particulièrement le travail avec sa propre compagnie, la Random
Dance, fondée en 1992, et qui réside dans les
murs du Sadler’s Wells à Londres.
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Comme pour le non moins célèbre chorégraphe belge Sidi Larbi Cherkaoui, sa première
passion avait pour objet la danse disco. Suit
pour les deux une formation de danse contemporaine. Là ou Sidi Larbi Cherkaoui s’est dédié
au métissage, Wayne McGregor, diplômé de
Cambridge, s’intéresse à l’aspect cognitif de la
danse. Il étudie la science des rapports entre le
cerveau et les mouvements du corps dès ses
débuts, et va jusqu’à consulter les articles de
Diderot de l’Encyclopédie.
Que l’on se rassure, ses pièces ne sont pas
intellectuelles mais très dansées. Et Far est
riche en mouvements différents. Il y en a qui
sont ondulants, souples et qui remplissent
l’espace. D’autres sont plus rapides et précis.
Parfois il y a une rupture dans la gestuelle, qui
repart dans un autre sens. Les lumières et la scénographie sont des acteurs importants de la
pièce.
«Far» chorégraphie Wayne McGregor © Ravi Deepres
Pour Wayne McGregor, la danse possède la
faculté d’influencer la pensée de celui ou celle
qui la regarde. Est-ce vrai ? Cela vaut la peine
d’aller voir…
Emmanuèle Rüegger
28 et 29 novembre : Far, création chororégraphique de
Wayne McGregor. Salle des Fêtes du Lignon, Vernier, à
20h (loc. : www.vernier.ch/billetterie)
«Far» chorégraphie Wayne McGregor © Ravi Deepres
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à venise
Madrigaux de Monteverdi
Pour annoncer solennellement son enregistrement des madrigaux de
Monteverdi de la période de Mantoue (anthologie des Livres IV, V et VI), les
Arts Florissants réservent la primeur d’un concert pour 450 privilégiés réunis
dans la somptueuse Scuola di San Rocco de Venise. Les fresques du Tintoret, du
Titien ou de Tiepolo forment ainsi la plus belle parure visuelle d’une musique
qui les égale en richesse.
Le concert offre le Livre VI des madrigaux,
ouvert par un Lamento d’Arianna intense comme
rarement. Célébration des 400 ans de la publication de ce Livre, en 1614, il se place dans le cadre
du « Festival Monteverdi Vivaldi » qui essaime
dans différents lieux éminemment historiques de
la Cité des Doges ; festival lui-même sous l’égide du « Venetian Centre for Baroque Music »
(bonjour l’internationalisation !) et de son entreprenant directeur artistique Olivier Lexa (transfuge du Palazzetto Bru Zane). C’est Paul Agnew
qui est le maître de cérémonie de ce concert,
comme le maître d’œuvre du
projet d’intégrale des cent
soixante-et-un madrigaux
appelé à se poursuivre par
une série de concerts à travers l’Europe et deux autres
coffrets discographiques
anthologiques (périodes de
Crémone et de Venise) au
long des deux prochaines
années.
De fait, il semble bien
que les mânes de Monteverdi
flottent sur le concert. À en
juger par le recueillement et
l’élévation qui portent interprètes et public. Sept chanteurs et quatre instrumentistes, diversement répartis suivant les pièces, se réunissent pour une formation à la fois
chambriste et résonnante, comme le réclame l’esthétique madrigalesque. Citons les tous, tant la
ferveur qu’ils dégagent ne saurait se partager :
Miriam Allan, Maud Gnidzaz, Hannah Morrison,
vibrantes et quasi opératiques sopranos ; Lucile
Richardot, contralto d’un juste appoint ; Sean
Clayton et… Paul Agnew (pour retrouve ses vertus de chanteur), ténors aux tessitures complémentaires, l’une élégiaque et l’autre soutenue ;
Cyril Costanzo, basse aux assises sûres. Et
Massimo Moscardo, Jonathan Rubin, Florian
Carré et Nanja Breedijk, deux théorbes, un clave-
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cin et une harpe presque dansants. Dans un fondu
d’ensemble unique, une plongée dans le temps et
l’espace !
Il ne faudra surtout pas manquer le luxueux
coffret « Monteverdi Madrigali Vol. 2 Mantova »,
produit par les toutes fraîches Éditions les Arts
Florissants, agrémenté qui plus est d’une nouvelle de fiction inédite judicieusement en miroir,
due à la plume sensible de l’écrivain René de
Ceccatty : La Sibylle et la Fresque des illusions
(sortie en octobre).
Pierre-René Serna
Madrigaux de Monteverdi © Laure Jacquemin
Les mots de Paul Agnew
« C’est à Venise que Monteverdi a connu la
consécration. Et ces madrigaux écrits à Mantoue
y ont été, comme les autres, publiés et exécutés.
Et vraisemblablement dans l’église des Frari,
dont dépend la Scuola où nous jouons et qui la
jouxte. Église où, au demeurant, est enterré
Monteverdi. C’est donc une double référence que
ce lieu. Cela s’inscrit dans un grand projet, une
intégrale de huit livres de madrigaux, destiné à se
poursuivre les années suivantes. Il s’agit de la
grande transition entre la Renaissance et le
baroque, au moment de la naissance de l’opéra.
Ce qui signifie que l’on s’attaquera par la suite
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aux opéras de Monteverdi, une suite logique à ce
parcours.
Notre répertoire, avec les Arts florissants
depuis William Christie, s’est toujours orienté
vers la musique italienne, mais aussi anglaise et
française. Les débuts du baroque, jusque vers
1750. Question aussi de diapason, de jeu et d’instrumentarium, que nous n’allons pas modifier.
Même si je sais que d’autres ensembles pratiquent la diversité de répertoire. Chacun son créneau ! Mais il nous reste encore beaucoup faire,
chez Bach, Scarlatti, Locke, un contemporain de
Purcell… Quant à mes propres goûts musicaux,
ils sont plus étendus, bien évidemment.
J’apprécie Tchaïkovski, Prokofiev, Britten,
Debussy, chez qui on retrouverait un principe de
récitatif assez proche de Monteverdi… Ou alors
Messiaen, et même certaines chansons :
Yesterday des Beatles, c’est magnifique. Quand
la mélodie est belle, elle touche forcément ! »
... et de René de Ceccatty
« Ce projet, qui peut paraître curieux,
d’illustrer d’une nouvelle romanesque un enregistrement discographique, m’a été proposé. Et
j’accepté avec joie. Je parle beaucoup de l’Italie dans mes livres, de
Pétrarque, de la Callas… On ma
laissé entière liberté, bien que j’aie
senti combien le rapport à
Monteverdi devait être en filigrane. J’ai ainsi utilisé trois alibis, en
quelque sorte, que sont Mantoue,
Crémone et Venise. Mais je
connaissais déjà William Christie
et son travail notamment par l’intermédiaire de mon frère Jean
Pavans, qui est aussi écrivain et
pareillement passionné de
musique. Cette nouvelle est entièrement inédite, et n’a pas préexisté
à ce projet. Ce serait une forme de réflexion sur
la peinture, sur l’art en général, au-delà même de
la musique. Mon personnage central se réfère à
un modèle qui a existé et que j’ai connu : une
romancière, pour qui la musique était un élément
personnel et intime. Je peux lever le voile : il s’agit d’Anna Maria Ortese, une femme intemporelle mais engagée politiquement, décédée à
Rapallo. Je l’ai imaginée à Mantoue.
Dans ma nouvelle, il y a ce mélange ce vécu
et d’imaginaire. Je n’ai surtout pas voulu faire
une fausse biographie de Monteverdi, mais susciter le rêve et la réflexion. Ce que la musique
appelle aussi, certainement. »
Propos recueillis par Pierre-René Serna
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fondation bru zane, venise
Aimez-vous Mel
Bonis ?
Aimer Mel Bonis ? La question semble superflue... et pourtant elle mériterait
d'être posée, si le goût musical ne reposait pas en fin de compte sur un
conformisme, voire un conservatisme que l'on peine à dépasser.
64
Il en est ainsi pour les femmes compositrices
dont on sait qu'elles ont toujours eu du mal à
imposer leur talent. Pourtant, la carrière musicale de Mel(anie) Bonis mérite d'être connue, de
même d'ailleurs que sa vie (1858-1937) dont on
peut affirmer, sans craindre de se tromper, qu'elle fut loin d'être un long fleuve tranquille. On
pourra en juger en s'intéressant à sa biographie,
celle d'une jeune fille issue de la petite bourgeoisie parisienne, ayant appris le piano en autodidacte et entrée finalement au Conservatoire de
Paris - avec le soutien de César Franck – où elle
est la condisciple de Claude Debussy avant d'obtenir un Premier Prix d'harmonie. Mais la jeune
femme tombe amoureuse d'un chanteur et journaliste, Amédée Hettich, et ses parents veillant au
grain la retirent du Conservatoire et
l'obligent à conclure un mariage
avec un industriel qui était veuf
avec cinq enfants dont elle devra
s'occuper, en plus des trois enfants
auxquels elle donnera naissance.
Un épisode peu conformiste de sa
vie pourrait intéresser un romancier
car « Mel » finit par avoir une fille
avec son amant et à la suite du décès
de son mari, elle trouva le moyen
d'accueillir sa fille chez elle, ce qui
se passa sans encombre jusqu'au
jour où l'un de ses fils tomba amoureux de la soi-disant « filleule de
guerre ». La suite on l'imagine
volontiers, drame, révélation, culpabilité : un bon
sujet de livret d'opéra ?
Malgré cette vie familiale animée, Mel (qui
prit ce pseudonyme pour ne pas être cataloguée
en tant que femme compositeur) ne cessera
jamais de composer puisque son catalogue de
compositions compte environ 300 œuvres (plus
de 180 opus) dans tous les genres, musique de
chambre, piano, orgue, musique vocale religieuse, mélodies et orchestre. De plus, elle fut reconnue en son temps puisque ses compositions
a
furent jouées au début du siècle passé aussi bien
au Châtelet qu'aux Concerts du Conservatoire et
à la Société Nationale de Musique et elle devint
secrétaire de la Société des compositeurs, une
nomination bien sûr exceptionnelle pour une
femme. Et si elle reçut de nombreux prix, on ne
saurait oublier de citer Camille Saint-Saëns pour
confirmer la reconnaissance de son talent,
puisque celui-ci affirmait avec une finesse toute
masculine au sujet de son premier quatuor : « Je
n'aurais jamais cru qu'une femme fût capable
d'écrire cela ».
C'est précisément un extrait d'un Quatuor de
Mel Bonis qu'avaient choisi les programmateurs
d'un concert de la Fondation Bru Zane proposé à
Venise sous le titre « Au pays où se fait la guer-
Isabelle Druet © Nemo Perier Stefanovitch
re » dans la somptueuse Scuola Grande San
Giovanni Evangelista. Cette Fondation dont le
siège est à Genève soutient de nombreux projets
humanitaires, des expositions et des étudiants.
Mais depuis quelques années, la Fondation s'est
fait connaître par un projet franco-italien en
quelque sorte, puisqu'il s'agit de remettre en
valeur les compositeurs français du 19e siècle.
L'originalité de la démarche repose sur le fait que
la plus grande partie du travail musicologique se
fait à Venise dans le Palazzetto Bru Zane, désor-
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a
mais superbement restauré, et qui se révèle être
un lieu fort approprié puisque la salle de ce palais
bénéficie d'une excellente acoustique.
Grâce à cette programmation, dont deux
concerts vénitiens donnés durant le dernier weekend de septembre n'étaient qu'une modeste partie,
plusieurs œuvres oubliées ont pu être redécouvertes. Ainsi, l'extrait du Quatuor avec piano no 1
opus 99 de Mel Bonis, le Finale (Allegro ma non
troppo) faisait partie des belles découvertes proposées, dans un style à la fois élégant et raffiné
donnant assurément l'envie d'entendre ce quatuor
dans son intégralité. Il en allait d'ailleurs de
même pour les autres compositrices habilement
choisies, qu'il s'agisse d'Exil de Cécile
Chaminade ou de l'Elégie de Nadia Boulager,
deux mélodies superbement révélées et servies
par Isabelle Druet, Les Larmes de Benjamin
Godard n'émouvant guère et faisant bien pâle
figure en comparaison. Dans un programme
assez composite on constatait que Duparc était
bien le maître de la mélodie française, que
Reynaldo Hahn n'avait pas volé sa réputation de
superficialité (Andante du Quatuor avec piano) et
que Théodore Dubois mérite d'être connu. Fauré
(deux mouvements extraits de deux quatuors) et
Debussy (mais Recueillement sur le poème de
Baudelaire n'est pas un chef-d'œuvre musical
inoubliable) permettaient d'apprécier les qualités
du Quatuor Giardini qui accompagnait Isabelle Druet, les mélodies
ayant été transcrites pour quatuor
avec piano par Alexandre
Dratwicki, le directeur scientifique
de la Fondation Bru Zane.
Evidemment très distrayants et
interprétés avec le bagout et une
facilité technique indéniable par
Isabelle Druet, les arrangements
d'airs d'Offenbach (« Ah ! Que j'aime les militaires » « Couplets du
sabre » de La Grande Duchesse de
Gérolstein et « Je suis veuve d'un
colonel » de La Vie Parisienne) et
de Donizetti (« Pour une femme de
mon rang » La Fille du régiment) avaient certes
un lien apparent avec l'intitulé du concert, mais
semblaient musicalement peu en rapport avec les
autres compositions choisies. (28 septembre)
La salle de concert du Palazzetto Bru Zane
accueillait durant le même week-end le Quatuor
Mosaïques, lequel faisait revivre des œuvres de
Baillot et Kreutzer, ainsi qu'un Quintette de
Louis-Emmanuel Jadin (avec la violoncelliste
Cristina Vidoni). La postérité n'a rendu justice ni
à Pierre Baillot (1771-1842), ni à Rodolphe
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Kreutzer (1766-mort à Genève en 1831). Du premier, élève de Viotti, violoniste brillant connu
pour son interprétation jugée remarquable du
Concerto de Beethoven et apprécié par Berlioz
notamment pour une interprétation du Quatuor
op 131 du même Beethoven en 1829, on ne
retient généralement que le souvenir d'un « des
plus grands représentants de l'école française de
violon », ou encore une dédicace de Cherubini
« souvenir pour son cher Baillot », alors qu'il fut
également chef d'orchestre à l'Opéra de Paris
durant une dizaine d'années et compositeur. Du
second, et ce n'est guère plus probant, on ne saurait ignorer qu'il fut le dédicataire de la Sonate
pour violon opus 47 de Beethoven ou encore que
cette Sonate à Kreutzer a servi de titre à un récit
de Tolstoï et au premier Quatuor de Janacek.
Pourtant sa vie fut celle d'un des grands violonistes de son époque connu dans toute l'Europe et il
se fit connaître pour ses compositions, à commencer par de nombreux opéras. Quant à LouisEmmanuel Jadin (1768-1853) , issu d'une famille
de musiciens, il passa sans encombre du rôle de
page de la musique de Louis XVI à la composition d'hymnes patriotiques révolutionnaires au
début des années 1790, avant de reprendre du service en tant que professeur au Conservatoire
durant l'Empire et de terminer sa carrière à la
Chapelle royale de 1814 à 1830. S'il est certain
que ces compositions permettent de se faire une
bonne idée de la musique dite « de salon » entre
la fin des années 1790 (pour Kreutzer) et 1829
(pour Jadin), il serait erroné de penser que le
terme salon est à prendre dans un sens superficiel. Certes, les deux mouvements du Quatuor no
2 de Kreutzer ne bouleversent pas les codes
musicaux du genre et de l'époque, tout en mettant
en exergue le premier violon. Mais comme cela
était rendu évident en comparaison avec un bis
consacré à Boccherini, l'opus 34 no 1 de Baillot
(publié en 1805) révélait une composition teintée
de romantisme, que l'on pourrait apprécier en
compagnie d'un quatuor de jeunesse de
Beethoven ou de ceux de Haydn ou Cherubini.
Interprété avec un rare souci du détail par le
Quatuor Mosaïques, ce Quatuor de Baillot recelait quelques passages inspirés ou inattendus, tel
un second mouvement « Menuetto à l'espagnole ». Dans le Grand Quintette de Jadin, dédié « à
son ami Baillot », on retrouve la place prépondérante du violon notamment dans l'Allegretto
final, mais le premier violoncelle est également
mis en valeur, dans une prestation contrastée et
homogène du Quatuor Mosaïques et de Cristina
Vidoni.
Frank Fredenrich
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fondation bru zane
Meyerbeer à l’honneur
Le 6 octobre passé a eu lieu à Rome un gala Meyerbeer organisé par le
Palazzetto Bru Zane et l’Academia di Santa Cecilia à l’occasion du cent
cinquantième anniversaire du décès du compositeur français.
Diana Damrau © Michael Tammaro, Virgin Classics
Le Palazzetto Bru Zane se dédie à la
musique romantique française sur deux plans.
Ce centre promeut des recherches musicologiques dans le but de faire connaître des partitions rares et il propose des séries de concerts
principalement dans deux villes : Venise (d’où
le nom) et Paris.
Oublié de nos jours, Giacomo Meyerbeer
jouissait d’un grand succès de son vivant, surtout pour ses opéras dans lesquels il mêlait habilement romance française et bel canto italien. Il
aura une influence certaine sur les compositeurs
français Berlioz, Bizet et Gounod. Verdi et
même Wagner lui sont redevables.
L’orchestre de l’Academia di Santa Cecilia,
dirigé par son chef attitré Antonio Pappano,
s’est montré sous son meilleur jour. Le concert
s’est ouvert par une partition allante de
Gioachino Rossini. On est entré dans le vif du
sujet dès la deuxième pièce extraite de Il crociato in Egitto, pour laquelle la soprano colorature
allemande Diana Damrau a fait son entrée.
Cette dernière a parcouru sa large tessiture du
son le plus bas au plus aigu avec une aisance
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impressionnante. Sa voix pouvait être douce ou
fortement projetée. Le chœur de l’Academia di
Santa Cecilia, excellent, faisait un beau tapis
pour la soliste.
Suivait l’ouverture de Benvenuto Cellini de
Berlioz fort bien interprétée bien que la phalange romaine ne compte pas 467 instruments
comme le souhaitait le lauréat du prix de
Rome… On a passé ensuite au Meyerbeer français avec un extrait du célèbre Robert le Diable.
Et là quelque chose dérange : la soprano a un
accent allemand quand elle chante en français.
Cela ne l’empêche pas de se tailler un beau succès dans les passages virtuoses de bel canto. La
première partie du concert s’achevait avec une
œuvre du jeune Wagner dont il ne reste que
l’ouverture, Das Liebesverbot.
La deuxième partie était entièrement
consacrée à Meyerbeer. Dans la première pièce,
Dinorah, Diana Damrau a de nouveau fait preuve d’excellence. Sa voix pleine va de forte à pianissimo avec souplesse. Mais toujours l’accent
allemand… Lors de l’exécution de la deuxième
pièce, la Marche indienne extraite de
L’Africaine, nous avons assisté à un incident
rarissime sous la baguette de Pappano : les cordes et les percussions sont sorties du rythme. Ce
fut un moment de musique vivante…
Au cœur de la deuxième partie figurait
l’œuvre la plus célèbre et la plus jouée de
Meyerbeer : Les Huguenots. Damrau accompagnée de trois autres solistes (Sara Fiorentini,
Antonella Capurso et Bruna Tredicine) et du
cœur ont interprété le très beau et long passage
« Ô beau pays de la Touraine ». La soprano allemande a obtenu une ovation pour sa maestria
dans les passages de bel canto. Le concert s’est
terminé par l’ouverture de Dinorah teintée de
mélancolie. Ce fut une belle soirée, riche en
découvertes et convaincante en ce qui concerne
l’œuvre de Meyerbeer.
Emmanuèle Rüegger
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a i l l e u r s
Saison théâtrale
chronique lyonnaise
Comme chaque année, le Théâtre National
Populaire et le Théâtre des Célestins proposent une
riche saison, qu’il n’est pas possible de détailler
ici. En voici quelques fortes productions.
Molière et Racine
Après les passionnants spectacles de la Biennale de la Danse qu’ils ont
accueillis, le Théâtre National Populaire et le Théâtre des Célestins ont ouvert,
chacun sa propre saison. Une concordance : le théâtre au temps de Louis XIV,
et dans des lectures qui en dégagent les enjeux créateurs. Enthousiasmant.
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Théâtre National Populaire
Théâtre des Célestins
Dans L’école des femmes (1662), Christian
Schiaretti voit un basculement, du théâtre forain,
où l’agir théâtral guide la pensée dramaturgique,
vers « le Molière littéraire, moraliste ». Dans
cette production qu’il coréalise avec les Tréteaux
de France (directeur de ce CDN itinérant, Robin
Renucci tient ici le rôle d’Arnolphe) et qui fut
créée en juillet 2013 au Château de Brangues (le
domaine de Paul Claudel), le patron du TNP
réussit ce pari risqué. La scénographie préserve
le théâtre mobile : deux paravents, dont l’un,
large, cache tout le fond de scène, et l’autre, plus
Dans sa préface, Jean Racine désignait sa
pièce Phèdre (1677) comme un portrait intime
de femme. Dans sa production créée au printemps dernier et actuellement en tournée,
Christophe Rauck (depuis peu, il dirige le
Centre dramatique du Nord, à Lille) établit de
vives tensions : le roman (soit l’intimité de
Phèdre, par ailleurs exprimée en ses stratégies)
s’immisce dans la tragédie ; et Hippolyte
(Pierre-François Garel, puissant et généreux),
loin d’être victime de sa belle-mère, lutte héroïquement pour conduire sa destinée, donc la
pièce. S’ajoutent un admirable décor « pluriépoques » dont le cœur
serait le néoclassicisme
inventé par David, peu
avant 1789 et un travail
vocal rare au théâtre
aujourd’hui.
C’est par leur
déploiement vocal, en tessiture, en puissance et en
timbres, que les acteurs
(tous remarquables, à
commencer par Cécile
Garcia-Fogel en Phèdre et
Olivier Werner en Thésée)
bâtissent leur rôle et leurs
confrontations avec leurs semblables. Rien d’étonnant à ce que Christophe Rauck a réussi ses
deux premières mises en scène lyriques, en l’occurrence montéverdiennes : L’incornazione di
Poppea en 2010 et Il ritorno d’Ulisse in patria
en 2013. Marquant.
«Phèdre» au Théâtre des Célestins
étroit et à mi-profondeur, est juché sur une estrade. Déserté par les acteurs, le devant-de-scène
tient la pièce à distance et dépasse les trop
connues répliques attachées à Arnolphe et à
Agnès. Surgissent alors deux évidences : Horace
(non pas Arnolphe) conduit l’intrigue ; et Agnès
(Jeanne Cohendy) est une jeune femme intelligente et volontaire. Une mise en scène au tempo
giusto et une distribution précise font que les vers
de Molière saillent comme s’ils étaient de l’encre fraîche. Un régal.
04 72 77 40 00 ; www.celestins-lyon.org
Frank Langlois
Jusqu’au 7 novembre 2014. 04 78 03 30 00 ;
www.tnp-villeurbanne.com
Théâtre National Populaire
- Pasolini, Affabulazione. Mise en scène de
Gilles Pastor. Avec la voix off de Jeanne Moreau.
Un renversement, moderne, de cet Œdipe que
Pasolini avait filmé (du 4 au 16 novembre 2014)
- Pirandello, Six personnages en quête d’auteur.
Mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota. La
reprise d’une production marquante, qui a fait le
tour de l’Europe (du 15 au 26 novembre 2014)
- Duyvendak, Please, continue (Hamlet). Mise
en scène Roger Bernat. Un fait divers ressemble
à l’histoire de Hamlet. Le Théâtre du Grütli a
déjà présenté cette production (du 19 au 30
novembre 2014)
- Jean Genet, Les Nègres. Mise en scène de
Robert Wilson. Déjà présentée au Théâtre de
l’Odéon, à Paris (du 8 au 18 janvier 2015)
- Kleist, Le prince de Hombourg. Mise en scène
de Giorgio Barberio-Corsetti. Créé l’été passé au
Festival d’Avignon (du 25 février au 8 mars
2015)
- Guénoun, Mai, juin, juillet. Mise en scène de
Christian Schiaretti. Reprise d’un flamboyant
spectacle, déjà présenté in loco et joué, l’été
passé, au Festival d’Avignon. (du 26 mai au 6
juin 2015)
04 78 03 30 00 ; www.tnp-villeurbanne.com ;
Théâtre des Célestins
- Les aiguilles et l’opium. Texte et mise en
scène de Robert Lepage. La nouvelle production du virtuose québécois Robert Lepage (du
15 au 20 novembre 2014)
- Skinner, En roue libre. Mise en scène de
Claudia Stavisky. Création française de cette
pièce écrite par cette jeune et successfull dramaturge britannique (du 7 janvier au 1er février)
- Répétition. Texte et mise en scène de Pascal
Rambert. Nouvelle pièce de l’auteur de la
fameuse Clôture de l’amour (du 22 janvier au
1er février 2015)
- Brecht, La vie de Galilée (en allemand, surtitré). Mise en scène d’Armin Petras, patron du
Schauspiel Stuttgart (du 10 au 13 mars 2015)
- Angelica Liddell, Belgrade. Mise en scène de
Thierry Jolivet. Une journaliste de guerre, en
2006, à Belgrade, au moment des funérailles de
Miloševi (du 9 au 13 juin 2015)
04 72 77 40 00 ; www.celestins-lyon.org ;
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e x p o s i t i o n s
musée de l’élysée, lausanne
Des nouvelles du monde
Cet automne, le Musée de l’Elysée propose la découverte de trois façons de voir
le monde : celle de Gilles Peress, spécialiste des conflits ; celle de Chaplin,qui
utilise le rire pour défendre des valeurs humanistes et universelles ; celle afin
du cinéaste Amos Gitai, avec sa réflexion sur le monde et son pays.
Intéressant parcours !
Commençons par le moins connu, le travail
novateur et nécessaire de Gilles Peress, membre
de l'Agence Magnum qui vit à Brooklyn. Ce
photographe français, né juste après la fin de la
deuxième guerre mondiale, a documenté sur le
terrain tous les conflits de la seconde moitié du
XXème siècle, de la guerre civile en Irlande du
Nord aux charniers de la Bosnie et du Rwanda.
En 1979, il s'embarque pour Téhéran, capte des
scènes du quotidien, le bouillonnement des foules, les contrastes entre les différentes couches
de la société iranienne, ses mouvances politiques et religieuses... Rude travail, attentes exi-
Les tirages originaux de cette deuxième édition
ont été cédés au Musée grâce à la générosité
d'une donation privée.
Charlot face à l'histoire
Guerre 14-18 oblige, dès le début de sa carrière et ses premiers succès, Charlie Chaplin dut
faire face aux critiques de la presse britannique :
la place d'un acteur n'est-elle pas de s'engager
dans les zones de combat au côté de ceux de son
pays d'origine, la Grande-Bretagne, et non de
continuer à faire des films dans son pays d'adoption, les USA ? Il répondit qu'il se battrait
pour le RoyaumeUni s'il y était
appelé et qu'il s'était
enregistré
comme conscrit
aux USA. Mais
aucun des deux
pays ne lui demanda de servir, et
l'ambassade britannique aux ÉtatsUnis publia une
déclaration indiquant que Chaplin
était bien plus utile
à la GrandeGilles Peress, «Manifestations pro-Shariat Madari», Tabriz, 1979 © Gilles Peress
Bretagne en soutenant l'effort de
geantes des personnes sur les lieux des conflits guerre par l'achat d'obligations que dans les
: un Iranien n'a-t-il pas écrit « Comme Iranien, tranchées.
Charlot choisit aussi d'entretenir le moral
je veux que vous, correspondants, journalistes,
cinéastes, disiez la vérité au monde ». De ces des troupes en les faisant rire. Il tourna même
images fortes sortira chez Aperture en 1984 un un Charlot soldat en 1918, qui sortit quelques
livre majeur dans l'histoire de la photographie, semaines avant l'armistice : un Charlot valeuTelex Iran. Pour faire émerger la complexité de reux capture le Kaiser sur un fond de tranchées.
cette réalité, Gilles Peress met côte à côte diver- Succès. Plus tard, les Temps modernes (1936) et
ses images et textes, nous permettant de saisir sa critique pertinente du taylorisme, Le
des fragments de cette histoire agitée. L'ouvrage Dictateur (1939-40) à la mégalomanie ridicule,
a été réédité chez Scalo en 1997, et c'est une le fameux discours montrent l'attachement de
sélection de 100 de ces tirages qui est exposée. l'acteur-cinéaste à des valeurs humanistes uni-
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Hynkel, dictateur de Tomainie, «Le Dictateur (The
Great Dictator)», 1939-1940 © Roy Export SAS, scan
Cineteca di Bologna, courtesy Musée de l’Elysée,
Lausanne
verselles. Des extraits de films, des photographies des deux guerres mondiales issues de la
collection du musée et de collections privées,
des documents des Archives Chaplin permettent
de situer les positions de Chaplin face à l'histoire. Enfin, l'album Keystone, provenant du Fonds
photographique Chaplin, égrènent en 795
photogrammes les débuts de la star dans l'année
1914 seule.
Amos Gitaï
En synergie avec la Cinémathèque suisse,
la Cinémathèque française et Galerie,
Bruxelles, la troisième exposition présente le
travail d'une vie, celui du cinéaste israélien
Amos Gitaï. La place manque ici pour retracer
le cheminement de 40 années de cet architecte
devenu par force cinéaste, qui ne cesse de réfléchir le monde et son pays, Israël, à partir de la
guerre du Kippour en 83, événement traumatique, en près de 80 créations : installations
vidéo, mises en scène de théâtre et livres, longs
et courts métrages, fictions et documentaires,
travaux expérimentaux, réalisations pour la télévision, tournés dans son pays, Israël, et partout
dans le monde...
Catherine Graf
Exposition Gilles Peress jusqu’au 30 novembre 2014,
expositions Chaplin et Amos Gitai jusqu’au 4 janvier
2015, Musée de l'Elysée Lausanne
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expositions
musée des beaux-arts de bâle
For your eyes only
Avant sa fermeture d’une année, au printemps prochain, le Musée des
Beaux-Arts de Bâle accueille en ses murs une des grandes collections privées
bâloises, la collection Richard et Ulla Dreyfus, dont l’intérêt s’étend par-delà
les frontières.
Collectionneur-esthète, Richard Dreyfus –
décédé en 2004 - a amoureusement construit sa
collection, en amateur d’art éclairé qu’il était.
Certes, il en avait les moyens et avait hérité
d’œuvres exceptionnelles de la fameuse collection Robert von Hirsch, dont la vente aux
enchères chez Sotheby en 1978 avait été considérée comme une des ventes du siècle.
Du Moyen-Âge à nos jours
Exposée pour la première fois cet été à la
Fondation Guggenheim de Venise, la collection
revient à son port d’attache avec une sélection
de plus de cent œuvres, comptant aussi bien des
objets, des dessins, des peintures allant du
Moyen-Âge à nos jours. Pour le commissaire de
l’exposition, Andreas Beyer, il s’agit « d’une
collection exemplaire de la perception contemporaine globale de l’art comme crossover : non
plus structurée strictement selon les époques et
les genres, mais en tant qu’entité globale et
simultanée ». Parmi les collectionneurs, il y a
ceux qui ne font qu’aligner de grands noms.
Rien de tel dans la collection présentée, où le
visiteur peut suivre un fil conducteur, clairement indiqué dans le sous-titre, entre maniérisme et surréalisme. On verra ainsi des artefacts
profanes côtoyer des objets de l’ars erotica ou
de l’ars religiosa, des dessins de Maîtres de la
Renaissance et du Baroque dialoguer avec des
œuvres surréalistes, le symbolisme se confronter au pop art. Le dénominateur commun aux
œuvres étant une artificialité qui expérimente
l’intégralité des possibles des formes de l’art,
jusqu’à leurs limites les plus extrêmes.
En pénétrant dans la première salle, aux
allures de cabinet de curiosité, le visiteur est
convié à une mise en bouche, qui lui donnera la
teneur de la suite du menu. Comme certains
créateurs gastronomiques peuvent mélanger les
saveurs, le commissaire, lui, organise son espace en fonction de subtiles correspondances : des
œuvres représentatives de Johann Heinrich
Füssli comme Roméo devant le corps de Juliette
(1809) ou Ulysse naufragé sur le radeau
(1805/10) mais aussi des œuvres de Gustave
Moreau, au climat à la fois si sensuel et mys-
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Johann Henrich Füssli «Le Cauchemar», 1810
Huile sur toile, 75 x 95. Collection privée. Crédit photo : Kunstmuseum Basel / Martin P. Bühler
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expositions
re. Que ce soit un tronc en forme de tête de
mort, une tête de mort en faïence, voire en
coquillages, un dessin de crâne d’Andy
Warhol (1976/77), un autre de Rebecca
Bournigault (2009) ou des têtes composées
dans la tradition arcimboldesque, ce thème
de la tête ou du visage transformé par l’art
est une constante de la collection. Dans la
Tête de femme ayant la forme d’une bataille
de Salvador Dali, un regard plus approfondi
révèle une anamorphose, une tête de femme
se profilant à partir des cavaliers.
Surréalisme
René Magritte «Le bouquet tout fait», 1956
Huile sur toile, 60 x 50 cm. Collection privée © 2014, ProLitteris Zurich
Crédit photo : Kunstmuseum Basel / Martin P. Bühler
tique, dialoguent avec Jeff Koons et son
Wrecking Ball, planant sur la salle en figure
tutélaire de son siècle, ou moins ostentatoire
mais non moins provocatrice l’œuvre de Not
Vital Fuck you (1991). Sur une tapisserie rhénane de 1561, le ton coquin de La licorne sur
les genoux d’une vierge peut préfigurer l’esprit
de la collection. La toile de René Magritte, Le
bouquet tout fait (1956), flanquée d’un côté
d’une figure de bronze, un Buste de l’époque
romane, de l’autre du fer à repasser hérissé de
clous de Man Ray, Le Cadeau (1921/1963) ne
manqueront pas d’accrocher l’œil.
Descente en enfer
C’est ensuite à une descente en enfer
qu’est convié le visiteur. Avec plusieurs œuvres
représentant des scènes de sorcellerie, dont cette
insolite Cuisine de sorcières (1604) de Frans
Franken ou ces autres Scène de sorcellerie
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d’Angelo Caroselli ou Faustino Bocchi. Dans
cet univers occulte, l’œuvre de Füssli, Adam et
Eve chassés du paradis (1802) trouve ainsi tout
naturellement sa place, auquel viennent s’ajouter quelques belles allégories de la vanité et de
la renommée de maîtres flamands. Des
atmosphères inquiétantes émanent du Jugement
Dernier (1515/20), peint par un épigone de
Hieronimus Bosch et sont même amplifiées
dans l’œuvre de Jacob Isaacsz Van Swanenburg,
Enée est conduit à travers le monde souterrain
par la Sybille Cumaïque. Privilégiant les
ambiances fantastiques, oniriques, surnaturelles, la collection intègre quelques très belles
œuvres de François de Nomé dit Monsù
Desiderio, représentant des intérieurs d’églises
imaginaires, plongés dans un chaos cataclysmique. En contrepoint à ces toutes ces œuvres,
le surréaliste Richard Oelze, très apprécié
d’André Breton apporte sa puissance visionnai-
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La pièce de résistance du parcours est
réservée aux artistes surréalistes. C’est une
des trois versions du Cauchemar (1810) de
Johann Heinrich Füssli, auquel aimaient se
référer les Surréalistes, qui nous sert d’introduction. En figure de proue, René Magritte,
très bien représenté avec des œuvres clefs
comme Le Château des Pyrénées, La Raison
pure, Le Bal Masqué, Le Modèle rouge. A
elle seule, cette salle peut se lire comme une
histoire des artistes surréalistes. Ils y sont
presque tous : de Max Ernst à Salvador Dali,
en passant par Victor Brauner, Man Ray,
Yves Tanguy, Paul Delvaux. Le Cauchemar,
considéré comme scandaleux par les
contemporains de Füssli régalait bien sûr les
Surréalistes, qui y voyait comme une sublimation des instincts sexuels. Eros et thanatos
structurent cette collection. Que les collectionneurs aient été passionnés par les dessins, peintures ou gravures érotiques, portant
de belles signatures comme Hans Bellmer,
Alfred Kubin, Matthew Barney, Francesco
Clemente, a finalement poussé le commissaire à
créer une salle d’Ars erotica, y ajoutant une
vitrine garnie d’artefacts ou autres objets, qui se
passent de commentaires. C’est à Arnold
Böcklin que revient l’honneur de clore le parcours. Son Ulysse au bord de la mer (1869) qui
tend les bras vers l’immensité de la mer, peut
aussi être compris comme une invitation à
revoir les œuvres de l’artiste.
Difficile sinon impossible de constituer
aujourd’hui une telle collection avec des pièces
dont rêveraient beaucoup de musées. Raison
suffisante de ne pas manquer ce rendez-vous,
avant que la collection ne retrouve l’intimité de
ses cimaises.
Régine Kopp
www.kunstmuseumbasel.ch
Jusqu’au 4 janvier 2015
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expositions
musée des beaux-arts de berne : augusto giacometti
Un pionnier
de l’abstraction
La Suisse n’a pas son Picasso mais elle a son Giacometti ! Ou plutôt sa tribu
de Giacometti, avec Alberto (1901-1966), Diego (1902-1985), leur père Giovanni
(1868-1933) et bien sûr Augusto (1877-1947). Après avoir consacré une
exposition à Giovanni Giacometti en 2010, le directeur Matthias Frehner
souhaitait depuis longtemps programmer une rétrospective consacrée à
Augusto Giacometti. C’est donc chose faite et l’hommage au « maître des
couleurs » avec plus de cent trente œuvres, provenant de collections publiques,
privées, nationales et internationales, dont le Musée d’Art Moderne de New
York, est aussi l’occasion pour les visiteurs de découvrir ce virtuose
de la couleur.
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Avec une idée bien précise dans la tête du
directeur, celle de montrer qu’Augusto n’est pas
un peintre abstrait occasionnel, qui navigue
entre les styles, entre l’abstraction et la figuration, un peintre décorateur, tel que le définissait
son cousin Giovanni et que l’histoire de l’art l’a
enregistré. Car, rien n’a été simple entre
Giovanni et Augusto. Bien que nés dans ce
même village de Stampa dans le Bergel, leurs
relations étaient quasi inexistantes voir même
hostiles. Que les parcours des deux artistes
étaient bien différents, n’expliquent pas tout.
Plus grave étaient les divergences
sur le problème de la représentation de la réalité.
Nouveau, le symbolisme, le futurisme, fréquentant aussi les Dadaïstes à Zurich. Mais sa grande affaire, son credo à lui, c’est la primauté de
la couleur dans sa peinture, qu’elle soit figurative ou non. Ses compositions ne se construisent
plus par la perspective mais reposent sur la juxtaposition de plans colorés, générant une dynamique entre les formes colorées, créant ainsi un
nouveau langage pictural. « Se rappeler qu’un
tableau, avant d’être un cheval de bataille, une
femme nue ou une quelconque anecdote, est
essentiellement une surface plane recouverte de
Juxtaposition
de plans colorés
Giovanni, de neuf ans plus
âgé qu’Augusto, était revenu à
Stampa, après ses années d’études
à Munich. Augusto suivit une
autre voie, étudiant d’abord de
1894 à 1897 à la Kunstgewer-beschule de Zurich, puis à l’Ecole
Nationale des Arts Décoratifs et
différentes académies à Paris, où
il reste jusqu’en 1901, partant
ensuite s’établir pour treize
années à Florence. Un séjour de
treize années auquel la première
guerre mettra fin, et Augusto se
fixera finalement à Zurich. Au
cours de ses pérégrinations, il
croise diverses esthétiques, l’Art
Augusto Giacometti «Paysage (arbre)», 1911
Huile sur toile, 70 x 69 cm. Collection privée
© Erbengemeinschaft Nachlass Augusto Giacometti
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Augusto Giacometti, Autoportrait, 1922
Huile sur toile, 41,5 x 35,7 cm
Stiftung für Kunst, Kultur und Geschichte, Winterthur
© Erbengemeinschaft Nachlass Augusto Giacometti
couleurs en un certain ordre assemblées », avait
déjà proclamé Maurice Denis. Un point de vue
auquel Augusto adhère entièrement mais que ne
partage en aucun cas Giovanni.
Panorama
Tout le parcours imaginé par Daniel
Spanke, attaché au musée des Beaux-Arts de
Berne, et Beat Stutzer, ancien directeur du
musée de Coire et connaisseur de l’artiste, veut
tordre le cou à l’idée d’un artiste décorateur et
montrer la formidable contribution que cet artiste de l’avant-garde suisse a
apportée à l’art abstrait. C’est
pourquoi l’exposition a intégré
une section consacrée à l’environnement
artistique
d’Augusto Giacometti, parmi
les peintres qui s’intéressaient
plus particulièrement à la couleur : Paul Cézanne, Paul Klee,
Joseph Albers, Ernst Wilhelm
Nay. Cette peinture abstraite,
qui se développe en même
temps en plusieurs lieux, au
début du XX° siècle, était aussi
au centre de l’exposition au
Museum of Modern Art de
New York en 2012-2013, sous
le titre Inventing Abstraction.
1910-1925 et montrait la position innovante d’Augusto
Giacometti.
L’exposition présente un
panorama de toutes les pério-
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expositions
des de création de l’artiste. Dans le grand hall
d’entrée, il faut être attentif à son étude de
papillons, réalisée au Jardin des Plantes à Paris,
à des fins de recherche sur la couleur. « Quand
je dessinais des papillons, écrit-il, je traçais
par-dessus leurs ailes un dense réseau de tout
petits carrés. De cette façon, je pouvais déterminer combien l’aile du papillon contenait de
carrés noir, vert, rouge. Je dessinais alors ces
carrés en plus grand, puis je les remplissais
avec la couleur concernée et je supprimais le
peintes de son village natal de 1910 à 1914, que
ce soit Mon Jardin (1914), La maison où je suis
né (1914), Mon village d’origine (1911), toutes
ces œuvres révèlent la méthode du peintre, qui
consiste à appliquer la couleur en petits carrés
de toutes les couleurs, comme les pierres d’une
mosaïque sur la toile.
Nouveau langage pictural
Au centre de l’exposition, c’est une célébration de ce nouveau langage pictural de l’ar-
du qu’il cherche à fixer sur la toile, que l’approfondissement des problèmes liés à la couleur,
tels qu’ils se posent dans le genre du portrait.
Fasciné par la couleur, Augusto Giacometti
exploite aussi la technique du vitrail au plomb
de couleur, créant des vitraux pour la cathédrale de Zurich, que le visiteur pourra admirer en
fin de parcours grâce à une camera webcam.
Comme d’autres artistes au même moment,
Vassily Kandinski, Piet Mondrian ou Kasimir
Malevitch, le Suisse Augusto Giacometti ne
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Augusto Giacometti, «Le bar Olympia», 1928
Huile sur toile, 170 x 222,5 cm. Legs de l’artiste © Bündner Kunstmuseum Chur © Erbengemeinschaft Nachlass Augusto Giacometti
dessin de l’aile du papillon : j’avais ainsi une
abstraction colorée sans objet ».
Les deux premières salles, qui réunissent
des œuvres de 1903 à 1915, nous montrent comment le symbolisme et l’art nouveau lui permettent cet apprentissage de la couleur et des formes, comme moyens artistiques autonomes, et
le pousse à une stylisation des objets. En témoignent ses toiles Etoiles fixes (1908), La nuit
(1903), Montagnes (1904) mais aussi les nombreuses aquarelles évoquant Stampa ou
Florence. Dans la section consacrée aux œuvres
a
c
t
u
tiste, où les formes colorées structurent les compositions, comme cette Fantasia coloristica
(1913), L’ascension du Piz Duan (1912),
Fantaisie chromatique (1914) ou Fantaisie sur
une fleur de pomme de terre (1917). A partir de
1917, l’artiste cherche à porter ses couleurs à
leur intensité maximale, créant des fonds aux
tonalités sombres. Nuit d’été (1917) ou
Souvenir des primitifs italiens II (1927) sont
deux beaux exemples. De même, dans toute la
salle des autoportraits, il est intéressant de voir
que ce n’est pas tant la psychologie de l’indivi-
a
l
i
t
considère plus la peinture comme une fenêtre
sur le monde et élabore une forme inédite de
peinture. Une figure pionnière de l’abstraction
dont les œuvres aujourd’hui très recherchées
par les collectionneurs, atteignent des cotes très
élevées. Non, décidément son œuvre n’est pas
de la « confiture à la Giacometti », comme certains l’ont laissé entendre !
Régine Kopp
www.kunstmuseumbern.ch
Jusqu’au 8 février 2015
é
expositions
FRANCE
en
Botticelli… Chefs-d’œuvre retrouvés. Jusqu’au 5 janvier
Colmar
Annemasse
Musée Bartholdi : Exquises
Villa du Parc : Saison
Iconographe 2014/2015 - Clément
Rodzielski & Pierre Leguillon.
Jusqu’au 20 décembre.
Avignon
Prison Saint-Anne : La dispari
tion des lucioles. Jusqu’au 25
novembre.
esquisses (dessins de Bartholdi).
Jusqu’au 31 décembre.
Evian
Maison Garibaldi : « Evian et le
drame de la Grande Guerre »,
500’000 civils rapatriés. Jusqu’au
16 novembre
Baux-de-Provence
Grenoble
Carrières de lumières : Klimt et
Musée de Grenoble : Giuseppe
Vienne. Un siècle d’or et de couleurs. Jusqu’au 4 janvier
Bordeaux
Musée des beaux-arts
:
Photographes de la côte ouest des
États-Unis des XIXe et XXe siècles.
Jusqu’au 10 novembre
Penone. Du 22 novembre au 22
février.
Le
Havre
Musée d’Art moderne André
Malraux : Nicolas de Staël.
Lumières du Nord - Lumières du
Sud. Jusqu’au 9 novembre.
Bourg-en-Bresse
Lille
Monastère royal de Brou : En noir
Palais des Beaux-Arts : Sésostris
et en couleurs. Jusqu‘au 26 avril
72 Cassel
Musée de Flandres : Le pouvoir
de l'image durant la Grande Guerre.
Du 8 novembre au 1er février.
Chantilly
Château : Fra Angelico,
III - pharaon de légende. Jusqu‘au
25 janvier
L’Isle-Adam
Musée d’art et d’histoire Louis
Senlecq : Jean-Baptiste Sécheret,
Paysages. Peintures, dessins, gravures.
Du 16 novembre au 15 mars
france
Lyon
Galerie Pallade
: Vladimir
Velickovic. Peintures et collages.
Jusqu’au 6 février
Musée des beaux-arts :
Dialogue avec la Fondation
Bullukian. Jusqu‘au 10 novembre.
Jacqueline Delubac. Le choix de la
modernité. Rodin, Lam, Picasso,
Bacon. Du 7 novembre au 16 février.
Toulon
Musée Soulages : De Picasso à
Jasper Johns. L’atelier d’Aldo
Crommelynck. Du 14 novembre au
8 mars.
Thonon
Musée du Chablais (Châ̂teau
de Sonnaz) Le Léman en question.
Jusqu’au 9 novembre.
Marseille
Toulon
MuCEM : Food. & Les chemins
Hôtel des Arts : Enki Bilal.
d’Odessa. Jusqu‘au 23 février.
Jusqu‘au 4 janvier
Quimper
Toulouse
Musée des beaux-arts : De
Musée des Augustins
Gainsborough à Turner, l’âge d’or
du paysage et du portrait anglais.
Jusqu‘au 26 janvier.
Rodez
Musée Soulages : De Picasso à
Jasper Johns. L’atelier d’Aldo
Crommelynck. Du 14 novembre au
8 mars.
Roubaix
Musée d’Art et d’Industrie André
Diligent - La Piscine : Camille
Claudel (1864 – 1943). Au miroir
d’un Art nouveau. Du 8 novembre
au 8 février.
:
Benjamin-Constant (1845-1902) et
l’Orientalisme. Jusqu‘au 4 janvier
Musée Saint-Raymond :
L’Empire de la couleur, de Pompéi
au sud des Gaules. Du 15 novembre au 22 mars.
Wingen
Musée Lalique : Le monde aqua
tique de Lalique. Jusqu’au 11 nov.
St.Germainen-Laye
Musée
départemental
Maurice Denis : Beautés du Ciel.
Décors religieux de Maurice Denis au
Vésinet. Jusqu’au 4 janvier
Musée des Beaux-Arts de Lyon
Jacqueline Delubac
Le choix de la modernité. Rodin, Lam, Picasso, Bacon
Une grande exposition consacrée à Jacqueline Delubac (1907 – 1997) est programmée au Musée des BeauxArts de Lyon. En insistant sur l’audace de ses choix, l’exposition présentera à la fois la comédienne, la femme «
la plus élégante de Paris » mais aussi et surtout l’amatrice d'art qui légua trente-huit œuvres de première importance au musée des Beaux-Arts de sa ville natale en 1998.
Jacqueline Delubac quitte Valence pour Paris dans les années 20, où sa carrière théâtrale débute en 1931
avec une pièce de Sacha Guitry (1885 – 1957). Devenant la troisième épouse de l’auteur en 1935, elle emménage
dans son hôtel particulier et vit alors entourée d’œuvres d’art. À la scène comme à la ville, la comédienne incarne l’élégance et l’avant-garde de la mode. Après avoir interprété vingt-sept rôles au théâtre et joué dans vingtcinq films, Jacqueline Delubac, séparée de Sacha Guitry en 1939, interrompt sa carrière au début des années 50.
Elle entreprend aussitôt de constituer sa propre collection d’œuvres d’art et devient une figure du Tout-Paris. Elle
partage sa nouvelle passion avec son nouveau compagnon Myran Eknayan, lui-même collectionneur, qu’elle
épouse sur le tard, en 1981.
Francis Bacon (1909-1992) «Etude pour une corrida no.
2», 1969. Huile sur toile, 198,3 x 147,5 cm. Legs
Jacqueline Delubac, 1997. Lyo, musée des Beaux-Arts ©
The Estate of francis Bacon / All right reserved / ADAGP,
Paris 2014 - Image Lyon MBA - Photo RMN / René
Gabriel Ojéda
L’exposition présente ainsi les trente-huit œuvres que Jacqueline Delubac a légué au Musée des Beaux-Arts
de Lyon - trente-cinq tableaux ou pastels de Monet, Manet, Renoir, Degas, Bonnard, Vuillard, Léger, Braque,
Picasso, Miró et Bacon... - complété par quelques bronzes de Rodin et les tableaux du XIXe siècle ayant appartenu
à Myran Eknayan. Le legs de Jacqueline Delubac permet depuis au musée des Beaux-Arts de Lyon de présenter
la première collection impressionniste hors de Paris, tandis que les œuvres modernes et contemporaines offrent
des grands jalons de l’art du XXe siècle.
Du 7 novembre 2014 au 16 février 2015
a
g
e
n
d
a
expositions
en
europe
Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid
L’impressionnisme et les Américains
Edmund C. Tarbell «Trois sœurs - une étude au soleil de juin», 1890
Huile sur toile, 89.2 x 101.9 cm. Milwaukee Art Museum, Milwaudee Wisconsin, Don de
Mme Montgomery Sears, M1925.1
© Milwaudee Art Museum / photo : John R. Glembin
AILLEURS Essen
Folkwang Museum : Inspiration
japonaise. Monet, Gauguin, van
Gogh... Jusqu’au 18 janvier
Barcelone
Museu Nacional d’Art
Berlin
Martin-Gropius-Bau
de
Catalunya : Antoni Viladomat i
Manalt. Jusqu’au 31 déc.
(Am
Kupfergraben) Walker Evans.
L’œuvre d’une vie. Jusqu’au 9 nov.
Bruxelles
Bozar : «Focus on Italy». Peinture
de Sienne. Ars Narrandi dans
l’Europe gothique. / The Yellow
Side of Sociality. Italian Artists in
Europe. / Michelangelo Pistoletto.
Love
Difference
Mar
Mediterraneo (2003-2005). Trois
expositions jusqu’au 18 janvier.
Musées royaux des beaux-arts :
Rétrospective Constantin Meunier
(1831-1905). Jusqu’au 11 janvier
Palais des Beaux-Arts : Sensation
et sensualité. Rubens et son héritage. Jusqu’au 4 janvier
Cologne
Wallraf-Richartz-Museum :
La
Cathédrale. Romantisme - Impressionnisme - Modernisme. Jusqu’au
18 janvier
a
g
Florence
Palazzo Strozzi : Picasso et l’expé-
rience du modernisme espagnol.
Chefs-d’œuvre du musée national
Reina Sofia. Jusqu’au 20 janvier
Francfort
Schirn Kunsthalle : Helene
Schjerfbeck. Jusqu‘au 11 janvier
Städelmuseum : Dessins de la
Renaissance italienne. Jusqu‘au 11
janvier. Royaumes de l’imagination.
Albrecht Altdorfer et l’art autour de
1500. Du 5 novembre au 8 févrer.
Hambourg
Kunsthalle : Max Beckmann. Les
natures mortes. Jusqu’au 18 janvier
Karlsruhe
Staatliche Kunsthalle : Degas.
Classicisme et Expérimentation. Du
8 novembre au 1er février.
La
Haye
Gemeente Museum : Mark
Rothko. Jusqu’au 3 janvier
e
n
Cet automne, le musée Thyssen-Bornemisza présente la première exposition en Espagne consacrée à la diffusion de l'Impressionnisme en Amérique du
Nord, organisée avec le Musée des Impressionnismes de Giverny et de la
Fondation Terra pour l’art américain, en collaboration avec les Galeries
Nationales d’Ecosse.
Cette exposition déploie une sélection de 80 peintures et propose une
analyse de la façon par laquelle les artistes nord-américains ont découvert
l'Impressionnisme dans les années 1880 et 1890, et explique son développement
ultérieur autour de 1900.
Alors que des artistes tels que Mary Cassatt et John Singer Sargent ont
vécu quelques années en France, période durant laquelle ils ont exhibé leurs
œuvres et partagé d’étroites relations avec des peintres comme Degas et Monet,
ce n’est qu’à partir de 1886 avec l’exposition de l’Impressionnisme français à
New York, organisée par le marchand d’art Durant-Ruel, que les peintres
américains commencèrent à faire usage du nouveau coup de brosse, des
couleurs brillantes et des thèmes caractéristiques du mouvement français.
Certains d’entre eux visitèrent même Paris pour découvrir ce mouvement sur
place.
Les œuvres de Cassatt, Sargent et Whistler présentés à l’exposition révèlent leur rôle dans le développement de l’Impressionnisme en Europe, alors que
ceux de Theodore Robinson et Childe Hassam, parmi d’autres artistes qui ont
voyagé en France pour découvrir l’Impressionnise, revèlent une assimilation
plus graduelle de cette nouvelle technique.
du 4 novembre 2014 au 1er février 2015
Londres
Milan
British Museum : Huit momies, huit
Palazzo Reale : Segantini. Le
vies, huit histoires. Jusqu’au 30 nov.
Ming - 50 ans qui ont changé la Chine.
Jusqu’au 5 janvier
Courtauld Gallery : Jack of
Diamonds. Jusqu’au 18 janvier. Egon
Schiele. Le nu radical. Jusqu‘au 18
janvier
National Gallery : Rembrandt :
dernières œuvres. Jusqu‘au 11 janv.
National Portrait Gallery :
William Morris et son héritage,
1860-1960. Jusqu‘au 11 janvier
Royal Academy of Arts :
Anselm Kiefer. Jusqu’au 14 déc.
Tate Britain : Late Turner Painting set free. Jusqu’au 25 janvier
Victoria & Albert Museum :
Constable. The Making of a Master.
Jusqu’au 11 janvier.
Wallace Collection : Global city dans les rues du Lisbonne de la
Renaissance. Du 6 nov. au 15 févr.
Madrid
Fundación Mapfre : Sorolla et les
Etats-Unis. Jusqu’au 11 janvier
Musée du Prado : Le Bernin et
l’Espagne. Jusqu‘au 8 février.
Musée Thyssen-Bornemisza :
L’Impressionnisme et les Américains. Du 4 nov. au 1er février.
d
a
retour à Milan. Jusqu’au 18 janvier
Rome
Musée de l’Ara Pacis : Henri
Cartier Bresson, rétrospective.
Jusqu’au 6 janvier
Palazzo Venezia : Les tombes
légendaires de Mawangdui. Jusqu’au
16 février.
Scuderie del Quirinal : Memling.
Jusqu‘au 18 janvier
San
Gimignano
Palazzo Comunale, Pinacoteca :
Pintoricchio. Jusqu’au 6 janvier.
Venise
Fondation Querini Stampalia :
Sur les traces de l’architecte et designer Carlo Scarpa. Jusqu‘au 23 nov.
Palazzo Grassi : Irving Penn &
L’illusion des lumières. Jusqu’au 31 déc..
Peggy Guggenheim Collection:
Azimut/h - continuité et nouveauté.
Jusqu’au 19 janvier
Vienne
Albertina (Albertinapl.) Arnulf
Rainer. Jusqu’au 6 janv. Miró - De
la terre au ciel. Jusqu’au 11 janv.
73
expositions
Genève
Art en île - Halle Nord (pl. de l’île
74
1) Rudy Decelière. Du 13 novembre
au 19 décembre.
Blondeau & Cie (Muse 5) Viktor
Kopp. Jusqu’au 20 décembre
Cabinet d’Arts graphiques (Promenade du Pin 5) Le geste suspendu.
Estampes Kabuki du Cabinet d'arts
graphiques. Jusqu’au 11 janvier
Centre d'Art Contemporain
(Vieux-Grenadiers 10) Biennale de
l'Image en Mouvement 2014.
Jusqu’au 23 novembre.
Centre d'édition contemporaine
(Saint-Léger 18) Raphaël Julliard.
Jusqu’au 29 novembre
Centre de la Photographie (Bains
28) Biennale de l'Image en
Mouvement 2014. Jusqu’au 23 nov.
Espace Jörg Brockmann (Noirettes
32) Sara Lena Maierhofer. Jusqu’au
19 décembre. Alisa Resnik. Du 4
décembre au 21 février.
Espace L (rte des Jeunes 43)
Melting Pot, dialogue entre art
contemporain brésilien et européen. Jusqu’au 9 novembre. Terra,
œuvres de Christina Oiticica. Du 19
ovembre au 9 janvier.
Ferme de la Chapelle, GrandLancy (39, rte de la Chapelle)
Théodora (sculptures) & Tami
Ichino (peintures). Jusqu’au 30 nov.
Gagosian Gallery (Longemalle
en
19) Horror Vacui. Jusqu’au 20 déc.
Galerie Bärtschi (rte des Jeunes 43)
Jm Shaw. Du 8 novembre au 13 mars
Galerie de la Béraudière (E.Dumont 2) Germaine Richier. Du 6
novembre au 20 février.
Galerie Bernard Ceysson (7,
Vieux-Billard) Claude Caillol. Du 8
novembre au 10 janvier.
Galerie Anton Meier (Athénée 2)
Adrian Schiess. Du 6 novembre au
21 février
Galerie Mezzanin (63, Maraîchers)
Peter Kogler. Du 8 novembre au 20
décembre.
Galerie Mitterand + Cramer (Bains
52) Bird Song. Jusqu’au 20 déc.
Galerie Skopia (Vieux-Grenadiers
9) Franz Gertsch. Du 8 novembre au
20 décembre.
Galerie Turetsky (25, Grand-Rue)
Isa Barbier. Du 6 nov. au 13 déc.
Interart (33, Grand-Rue) Oeuvres
choisies - Calder, Dalí, Ernst,
Metzinger, ... Du 6 nov. au 23 janv.
Mamco (Vieux-Granadiers 10)
Cycle Des histoires sans fin, automne-hiver 2014-2015 & Ulla von
Brandenburg & Sonia Kacem, Prix
Manor 2014. Jusqu’au 18 janvier
Médiathèque du Fonds d'Art
Contemporain
(Bains
34)
Unfinished Histories - Histoires en
devenir. Jusqu’au 15 novembre.
Prendre la parole. Du 20 novembre
au 3 janvier.
suisse
Milkshake Agency (24, Montbrillant) Martin Jakob. Jusqu’au 18
novembre.
Musée Ariana (Av. Paix 10)
Création contemporaine et mécenat. Jusqu’au 16 novembre. Jean
Marie Borgeaud, La terre au corps.
Jusqu’au 26 avril
Musée d’art et d’histoire (Ch.Galland 2) Rénover Agrandir.
Jusqu’au 31 décembre.
Musée d’ethnographie (Conches)
Les rois mochica. Divinité et pouvoir
dans le Pérou ancien. Du 1er novembre au 3 mai.
Musée Barbier-Mueller (J.-Calvin
10) Nudités insolites. Jusqu’au 30
novembre.
Musée de Carouge (pl. Sardaigne)
Théodore Strawinsky (1907-1989).
Du 26 novembre au 22 mars.
Musée international de la CroixRouge : «Trop humain». Artistes
des XXe et XXIe siècles devant la
souffrance. Jusqu’au 4 janvier
Musée Rath (pl. Neuve) Gustave
Courbet - les années suisses.
Jusqu’au 4 janvier
Studio Sandra Recio (Ports Francs,
Bâtiment A) Sandra Gamarra, artiste
péruvienne. Jusqu’au 5 décembre.
Xippas Art Contemporain (Sablons 6) Herbert Hamak & Dan
Walsh. Du 6 novembre au 17 janvier
Lausanne
Collection de l’Art brut (Bergières
11) André Robillard. Du 28 novembre au 19 avril.
Mudac (pl. Cathédrale 6) Le verre
vivant. Acquisitions récentes de la
collection d'art verrier. Jusqu’au 16
novembre. Nirvana - les étranges
formes du plaisir. Jusqu’au 26 avril
Musée cantonal des beaux-arts (pl.
Riponne) Accrochage [Vaud 2014] &
Lukas Beyeler. Instant Win / Julian
Charrière. Future Fossil Spaces. Prix
culturel Manor Vaud 2014. Jusqu’au
11 janvier.
Musée de l’Elysée (Elysée 18)
Chaplin, entre guerres et paix (19141940) & Amos Gitai Architecte de la
mémoire & Gilles Peress, Telex Iran.
Jusqu’au 4 janvier.
Théâtre de Vidy : Le monde
savait. La mission de JanKarski
pour l’humanité. Du 13 au 22
novembre. André Robillard. Du 28
novembre au 18 décembre.
Chaux/Fonds
Musée des beaux-arts : Blaise
Cendrars au cœur des arts. Du 16
novembre au 1er mars
Fribourg
Espace Jean Tinguely-Niki de
Saint Phalle : Paul Talman. Jusqu’au
11 janvier.
Fondation Baur
Chine impériale
Splendeurs de la dynastie Qing
A l’occasion du cinquantenaire du musée, la Fondation Baur, musée des arts
d’Extrême-Orient, propose une promenade historique et artistique dans la Chine de la
dynastie Qing (1644-1911), à travers les célèbres collections des musées Guimet, du Quai
Branly, des Arts décoratifs, du Château de Fontainebleau, de l’Armée, de la Bibliothèque
nationale de France, de la Bibliothèque de Genève ainsi que du Victoria and Albert
Museum de Londres.
«Chine impériale» s’inscrit dans le courant d’intérêt pour la dernière dynastie chinoise, une période caractérisée par un exceptionnel dynamisme artistique soutenu par
des souverains lettrés et collectionneurs. Ouverts aux influences extérieures, ils étaient
aussi passionnés de sciences occidentales et d’« objets exotiques » que d’art.
Les visiteurs auront l’occasion de découvrir des œuvres liées à l’établissement de
l’empire, à l’exercice du pouvoir et à ses rites, à la conquête de l’Ouest, ainsi qu’au rôle
des missionnaires jésuites dans les sciences et les arts décoratifs par le biais de manuscrits, de livres précieux, de gravures, de vêtements et d’exceptionnels rouleaux impériaux. Enfin, ils entreverront les jardins secrets des empereurs grâce à des objets d’art destinés à la délectation quotidienne : bronzes antiques, cloisonnés, porcelaines, laques,
jades et verreries.
Bouteille à anses en forme de « ruyi »
Émaux cloisonnés sur cuivre. Dynastie Qing, XVIIIe siècle
H. 35 cm. Legs baronne Salomon de Rothschild, dépôt à̀ la Fondation nationale
des arts graphiques et plastiques, 1923. Les Arts décoratifs – musée des Arts
décoratifs, Paris, inv. Rothschild 29 © Les Arts décoratifs
a
g
jusqu’au 4 janvier 2015
e
n
d
a
expositions
en
suisse
Musée d’ethnographie de Genève
Les rois mochica
Divinité et pouvoir dans le Pérou ancien
Pour sa réouverture, le MEG présente en première mondiale l'extraordinaire trésor d'une tombe
royale de culture mochica ou moché, mise au jour en 2008 sur le site archéologique de Huaca El Pueblo,
sur la côte nord du Pérou.
Grâce à un prêt exceptionnel du
Ministère de la Culture du Pérou, l'exposition
« Les rois mochica. Divinité et pouvoir dans
le Pérou ancien » nous invite au cœur de l'une
des plus importantes civilisations précolombiennes, dont l'essor s'est déployé du 1er au
8e siècle de notre ère.
« Ornement de couvre-chef à effigie de renard »
Pérou, côte nord, site de Huaca de la Luna
Mochica. Phase IV, 6e-7e siècle
Cuivre doré. H 16 cm. Linden-Museum, Stuttgart
Photo: Anatol Dreyer, Linden-Museum, Stuttgart
Musée d’art et d’histoire :
Marcello. Adèle d’Affry (18361879). Duchesse de Castiglione
Colonna. Femme artiste entre cour
et bohème. Du 7 nov. au 22 février
LeMusée
Locle
des beaux-arts
Lermite. Du 16 nov. au 1er février
:
Revoir Renoir. Jusqu’au 30 nov.
Neuchâtel
Centre Dürrenmatt (Pertuis du Saut
74) The Hidden World - Jim Shaw
Didactic Art Collection with JeanFrédéric Schnyder & Friedrich
Dürrenmatt. Jusqu’au 7 décembre.
Laténium (Hauterive) Aux origines
des pharaons noirs - 10’000 ans d’archéologie nubienne. Jusqu’au 18 mai
Musée d'art et d'histoire (espl.
Léopold-Robert 1) Renzo Ferrari
(1958-2014) Visions nomades. Du 23
novembre 2014 au 20 avril 2015
Vevey
Alimentarium (quai Perdonnet)
Detox. Jusqu’au 30 avril.
Musée Jenisch : La passion
Dürer. Jusqu’au 1er février.
a
g
Du 1er novembre 2014 au 3 mai 2015
OUTRE SARINE
Aarau
Aargauer Kunsthaus : Sophie
Martigny
Fondation Pierre Gianadda :
Cette trouvaille exceptionnelle, restaurée sur place avec le concours de l’Office
fédéral de la Culture, est complétée par des
prêts majeurs provenant des musées ethnologiques de Berlin et de Stuttgart. Cette
exposition est l’occasion de s’intéresser à
cette civilisation au pouvoir étatique singuli« Ornement d’oreille présentant un canard »
Pérou, côte nord, site de Sipán, tombe 1. Mochica. Moché
er qui légitimait l’autorité de ses dirigeants
Moyen, 6e-7e siècle. Or, turquoise, cuivre doré. Ø 8,5 cm par des moyens redoutablement efficaces :
Museo Tumbas Reales de Sipán, Chiclayo
Photo: MEG, J. Watts / Ministerio de Cultura del Perú, Lima
l’usage d’une iconographie hautement symbolique, l’interprétation quasi-divinatoire de
phénomènes climatiques ou encore... le sacrifice humain !
Entre écologie, pouvoir et religion, le MEG vous emmène à la découverte de la naissance et de la consolidation
d’un des premiers États andins précolombiens.
Taeuber-Arp. Jusqu’au 16 novembre
Ascona
Musée d’art moderne : Luigi
Russolo. Jusqu’au 7 décembre
20) Du Patchwork à l'illumination la robe des moines bouddhistes.
Jusqu’au 22 mars.
Museum für Gegenwartskunst
(St. Alban-Rheinweg 60) One
Million Years - système et symptôme. Jusqu’au 5 avril.
Musée Tinguely (Paul SacherAnlage 1) La Poésie de la métropole. Les affichistes. Jusqu’au 11 janvier.
Bâle
Berne
Antikenmuseum : Roma Eterna.
2000 ans d'histoire sculpturale des
collections Santarelli et Zeri.
Jusqu’au 30 novembre
Cartoon Museum (St. AlbanVorstadt 28) Joost Swarte. Du 15
novembre au 22 février.
Fondation Beyeler (Riehen)
Gustave Courbet. Jusqu’au 18 janvier. Alexander Calder Gallery III.
Jusqu’au 6 septembre 2015.
Kunstmuseum (St. Alban-Graben
16) Caspar Wolf (1735-1783) et la
conquête esthétique de la nature.
Jusqu’au 1er février. For Your Eyes
Only, œuvres du musée royal
d’Anvers et dans les collections suisses. Jusqu’au 4 janvier. Dürer et son
temps. Du 1er nov. au 1er février.
Musée des Cultures (Münsterpl.
e
n
Centre Paul Klee (Monument im
Fruchtland 3) Antony Gormley Expansion Field. Jusqu’au 11 janv.
Musée des Beaux-Arts (Hodlerstr.
8-12) La couleur et moi - Augusto
Giacometti. Jusqu’au 8 février.
Riggisberg
Abegg-Stiftung : Les tissus du
Moyen Âge dans le culte des
reliques. Jusqu’au 9 novembre.
Weil
/ Rhein
Vitra Design Museum : Alvar
Aalto(1898-1976), architecte et designer. Jusqu’au 1er mars
Winterthur
Fotomuseum (Grüzenstr. 44)
Blow-Up - Les films classiques
d
a
d’Antonioni et la photographie.
Jusqu’au 30 novembre.
Fotostiftung Schweiz (Grüzenstr. 45) Rudy Burckhardt – Dans le
dédale de la grande ville. Jusqu’au
15 février
Museum Oskar Reinhart
(Stadthausstr. 6) Johann et
Friedrich Aberli, médailleurs de
Winterthour. Jusqu’au 30 nov.
Zurich
Kunsthalle : Thomas Müllen
bach & Avery Singer «Pictures
Punish Words». Du 22 novembre
au 25 janvier.
Kunsthaus (Heimpl.1) Egon
Schiele - Jenny Saville. Jusqu’au 18
janvier. Ferdinand Hodler / Jean
Frédéric Schnyder. Jusqu’au 26
avril.
Museum Bellerive (Augustinergasse 9) Say it with Flowers. Du 21
novembre au 29 mars.
Museum für Gestaltung
(Austellungsstr. 60) 100 Years of
Swiss Design. Jusqu’au 8 février.
Museum Rietberg (Gablerstr.
15) À cordes et à corps - Instruments
de musique de l'Inde. Jusqu’au 9
août 2015. L’art contemporain suisse
au Musée Rietberg. Jusqu’au 9 nov.
75
p
a
r
i
s
se plastique du modelé des corps. Sans oublier le traitement des couleurs
dans lequel il va exceller. De ces années florentines date La Pieta avec Saint
Jérôme et Marie-Madeleine (1473), qui se distingue par le raffinement des
drapés et des paysages mais aussi la forte tension des lignes de contour.
Quand il retourne vers 1470 à Pérouse, il retrouve l’atelier de Caporali
et participe au projet des Miracles de Saint Bernardin de Sienne, de son
vivant et après sa mort, pour lequel, il peint deux panneaux, qui parlent
L’Italie et les génies artistiques du Quattrocento sont à
d’eux-mêmes sur l’innovation du projet iconographique : une perspective
l’honneur à Paris. Les dernières années de Raphaël
centrale, la fonction d’arrière-plan dévolue au cadre architectural et le goût
avaient été l’événement au Louvre en 2012/13. Le musée
pour les matériaux multicolores. Dans le panneau du Miracle de la jeune
Jacquemart-André, dont les collections possèdent des
fille, la nouveauté presque naturaliste consiste dans l’ouverture sur le payœuvres maîtresses de la peinture italienne, réussit à
sage à l’arrière-plan. Le thème de la Vierge à l’Enfant est un de ses sujets de
chaque fois à réunir des prêts exceptionnels pour faire
prédilection et l’idée de montrer plusieurs autres madones, peintes par les
revivre les grands maîtres de la peinture italienne.
plus grands artistes de l’époque, dont celles de Bartolomeo Caporali, de
Sandro Boticelli, de l’entourage Verrochio, met en valeur les nouveautés
Le Pérugin (vers 1450-1523) appartient à cette élite picturale qui a apportées par Le Pérugin. Le Pérugin supprime les fonds d’or, très solennels
inventé de nouvelles règles de composition et développé une maîtrise de la et statiques, pour faire apparaître des arrière-plans paysagers d’une grande
lumière et de la couleur. Son influence sur ses contemporains sera majeure délicatesse, qui donnent aussi plus de profondeur aux compositions. Mais,
et entre autres sur le jeune Raphaël, que son père également peintre choisi- comme le montre la splendide Vierge à l’Enfant (vers 1500) de la Galleria
ra comme maître pour son fils.
Borghese à Rome, c’est aussi le rendu plus naturel entre la Mère et son Fils,
La cinquantaine de toiles prêtées par les musées de Pérouse, Londres, unis par une grande tendresse, la douceur des visages et la densité des couFlorence, Washington, Le Vatican, Le Louvre et même une collection pri- leurs, qui sont ses caractéristiques si novatrices. A la fin du XV° siècle, le
vée suisse nous font découvrir ce peintre novateur qu’était Le Pérugin. Le raffinement de ses Vierges atteindra une perfection dans l’élégance de leur
parcours tel qu’il est construit par la commissaire de l’exposition Vittoria chromatisme qui fera de lui le meilleur peintre d’Italie et qu’incarne de
Garibaldi, qui a été directrice de la galerie nationale d’Ombrie de 1988 à manière exemplaire La Vierge à l’Enfant (1500), prêtée par la National
2011, en collaboration avec le conservateur du musée Jacquemart André, Gallery de Washington. Ses premiers succès lui assurent très vite la célébriNicolas Sainte Fare Garnot, est une brillante démonstration du talent excep- té et en 1479, il est appelé par le pape Sixte IV, pour coordonner les travaux
tionnel du Pérugin, à travers les grandes étapes de sa carrière. Mais la fin du de décoration de la Chapelle Sixtine à Rome, auxquels collaborent d’autres
parcours aborde aussi la montée en
peintres florentins, Botticelli ou
puissance de son élève Raphaël, qui a
Ghirlandaio. C’est au Pérugin que
assimilé le langage artistique de son
revient l’entreprise de mettre en regard
maître, trouvant des formes nouvelles.
des scènes de la vie de Moïse et du
Christ. Les décors peints pour la
Chapelle de la Conception ayant
Le commencement
Tout commence à Pérouse, un
disparu, cette période de créativité et
centre urbain dynamique, où Pietro
de renommée croissante de l’artiste est
Vannuci dit Le Pérugin fréquente très
représentée par une galerie de porcertainement l’atelier le plus actif,
traits, qui en disent long sur le génie de
celui de Bartolomeo Caporali, très
l’artiste. Comme ce portrait de
sollicité par d’importantes commanFrancesco delle Opere (1494),
des artistiques. Ses premières œuvres
Florentin issu d’une famille de soyeux,
sont marquées par l’influence d’un
où il excelle par sa virtuosité techmodèle illustre, Piero della Francesca,
nique, sa finesse d’observation, son
dans le traitement de l’espace et des
jeu subtil d’ombre et de lumière pour
figures, dont témoignent La Nativité
restituer la psychologie de son personde la Vierge (vers 1475) et Le Miracle
nage. Il perfectionne son art en donde la neige (vers 1475). Mais le jeune
nant une place prépondérante à la figuPerugino est attiré par Florence, le
re humaine. Des œuvres de maturité
centre artistique, où travaillent les
qui trouvent leur pleine expression
artistes prestigieux Léonard de Vinci
dans les figures de saints qu’il réalise,
et Boticelli. Il les rencontre dans l’ateSaint Jérôme pénitent, Saint Sébastien,
lier d’Andrea del Verrochio, où son
se distinguant par leur dessin élégant,
langage artistique se perfectionne,
le jeu des lumières et le travail raffiné
apportant une attention particulière au
des couleurs.
rendu du mouvement et de l’expresIl dirige deux ateliers, à Florence
Pietro di Cristoforo Vannucci, dit Le Pérugin (1450-1523) «Vierge à l’enfant»
National Gallery of art, Washington. National Gallery of Art, Samuel H. Kress
sion mais parvenant aussi à la maîtriet
Pérouse
mais continue de voyager.
Collection © Courtesy National Gallery of Art, Washington
musée jacquemart-andré : le pérugin
Il Divin Pittore
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En 1494 et 1495, il se rend à Venise, où Bellini et Carpaccio règnent en maîtres. Le Pérugin saisira très vite les codes de la peinture vénitienne et plus
particulièrement ce fameux sfumato, appliqué à sa Sainte Marie-Madeleine
(1500/02) faisant baigner son visage dans ce clair obscur si caractéristique.
On retrouve ce sfumato dans l’étonnant diptyque représentant Le Christ
couronné d’épines et la Vierge (1495/97), provenant d’une collection privée
suisse. Puisant ses sujets essentiellement dans la religion, les œuvres profanes sont des exceptions dans sa production. Néanmoins, il peint des sujets
mythologiques, présentés dans l’exposition. La marquise de Mantoue,
Isabelle d’Este, désire, elle aussi, une œuvre du « plus grand maître
d’Italie », comme le définit Agostino Chigi, et lui commande pour son cabinet de travail un tableau allégorique, Le Combat de l’Amour et de la
Chasteté (1502/05). Qu’elle n’en fût pas satisfaite, n’enlève pour nous rien
au charme du tableau et à son paysage si délicat. Pour Laurent de Médicis,
Perugino peint Apollon et Daphnis (1490), créant un climat intimiste, qui
montre le talent de miniaturiste de l’artiste.
Raphaël
Dans la dernière partie de l’exposition, le visiteur devra redoubler de
vigilance, car il s’agit d’étudier les relations du
Pérugin et de Raphaël, en
montrant ce que le premier
a apporté au second et
comment Le Pérugin allait
s’arranger avec l’arrivée
de Raphaël, une des grandes figures dominatrices
après 1500, qui prendra la
relève. Il suffit de regarder
la prédelle du Retable
d’Oddi, peint par Raphaël,
Raphaël, Raffaello Sanzio, dit (1483-1520) «Ange»,
pour reconnaître combien
1501. Huile sur toile, 31 x 26,5 cm
Brescia, Pinacoteca Tosio Martinengo
Raphaël se montre attentif
aux réalisations picturales
du Pérugin. Que ce soit la pureté de l’architecture visible à l’arrière-plan de
L’Annonciation, la finesse des figures, les jeux de lumière, la maîtrise des
drapés, l’influence du maître ombrien y est indiscutable. Une influence que
nous montrent aussi certains éléments du Retable de saint Nicolas de
Tolentino, exceptionnellement réunis pour l’exposition. Quant au Retable de
Fano (1483-1520), et sa prédelle représentant des épisodes de la vie de la
Vierge, l’attribution reste encore discutée entre Le Pérugin et le jeune
Raphaël et le visiteur se prendra peut-être au jeu des différences. Pourtant,
tant qu’un élément nouveau ne sera pas découvert, les historiens d’art ne
pourront clairement l’attribuer à l’un ou à l’autre. Qu’à la fin de sa vie, Le
Pérugin n’arrive plus à renouveler son langage artistique, tient aussi au fait
qu’il avait abandonné l’exécution de ses œuvres à ses collaborateurs.
Désormais, les codes de la peinture ont changé et c’est au tour des Raphaël,
Léonard, Michel-Ange d’imposer de nouvelles manières de peindre. Mais, il
reste, même aux yeux de Vasari, qui ne le mettait pas en tête de ses favoris,
celui qui a joui à la fin du XV° siècle de la plus grande autorité en Occident.
Ainsi va le monde, que ce soit hier, aujourd’hui ou demain !
Régine Kopp
www. expo-leperugin.com. Jusqu’au 19 janvier 2015.
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grand palais : niki de saint phalle
Entre joie
et violence
Plus de vingt ans qu’aucune rétrospective n’a été consacrée
à Nicki de Saint Phalle (1930-2002). Et pourtant, elle est
une des artistes les plus populaires du XX° siècle. Qui ne se
souvient pas de ses célèbres Nana joyeuses et colorées ?
Que ce soient les fontaines ou les jardins de sculptures (en Italie, Israël,
Californie), tous les produits dérivés de son art et qu’elle a essentiellement
développés pour réaliser les parcs de sculptures, son œuvre nous semble
connue. Il n’est cependant pas sûr que nous n’ayons pas à découvrir la
richesse et la complexité de son œuvre, ce à quoi s’est employée Camille
Morineau, la commissaire de l’exposition. A travers un parcours de plus de
deux cents œuvres et archives, à la fois chronologique et thématique, et un
projet scénographique qui cherche avant tout à créer des perspectives originales, le visiteur aura de belles surprises visuelles.
Ce sont ses tableaux-assemblages, de grand format, qu’elle exécute à la
fin des années cinquante, qui accueillent le visiteur. Que ce soit Assemblage
Landscape (1957/58), Pink Nude in Landscape (1956/58) ou Nightscape
(1956/58), ces tableaux ont tous une surface épaisse de matière picturale sur
laquelle sont fixés des objets hétéroclites. Le spectateur est partagé entre des
sentiments de joie de vivre mais aussi de violence. Les grands nus roses au
centre de ces tableau-assemblages sont de toute évidence les ancêtres des
Nanas. La commissaire veut y voir des « préludes à une intense relecture
d’une mythologie féminine que Saint Phalle conduira jusqu’à la fin de sa
vie. C’est au cours de cette réinvention du potentiel sémantique du corps de
la femme qu’elle met en place un autre motif central : le corps féminin
comme lieu littéral de la création ».
Atout
Un corps, qui est aussi un de ses grands atouts et dont elle sait jouer, en
femme belle et séductrice. Avant de se décider pour une carrière d’artiste,
elle avait d’ailleurs été mannequin et fait les couvertures de Vogue, Life ou
Elle, ce qui nous est rappelé au cours du parcours. Mais elle est aussi un
corps meurtri, comme elle l’a raconté dans son livre, Mon secret, publié en
1994 et qui raconte l’épreuve du viol perpétré par son père, alors qu’elle
avait onze ans. Dans Autoportrait (1958/59), pour accentuer l’image d’un
corps en morceaux, elle le réalise en mosaïques. Il y a chez cette artiste une
prise de risque incroyable, puisqu’au moment où elle crée ses sculpturesfemmes, la femme n’est pas encore un sujet pour les quelques artistes femmes. Nicki de Saint Phalle fait alors de la femme un sujet, qu’elle traite dans
sa complexité. « Ces nanas sont une certaine image de moi-même, écrit-elle,
pour moi, ces sculptures représentent le monde de la femme amplifié, la
femme dans le monde d’aujourd’hui, la femme au pouvoir ». Des femmes
représentées tout d’abord en Mariées comme Cheval et la Mariée (1964) ou
La Mariée sous l’arbre (1964), auxquelles succède la série des
Accouchements, suivie par celle des Prostituées, Leto ou la crucifixion
(1965) , puis celles des Sorcières et des Déesses. Et toutes frappent par leur
radicalité et leur ambivalence.
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C’est à partir de 1965 que l’artiste imagine ses premières
Nanas, en tissu de laine, puis en résine ou en plâtre peint. Elles sont
les manifestes d’un monde nouveau, dans lequel la femme détiendrait le pouvoir. Nicki rêve d’une nouvelle société matriarcale. Leurs
corps expriment la féminité, à l’image de l’artiste, qui ne veut rien
abandonner des attributs de femme, avec ses chapeaux, ses boas, ses
bijoux et ses fourrures et qui, pour autant, ne veut pas renoncer aux
privilèges des hommes. Des Nanas déclinées sous toutes les formes
et dans toutes les couleurs, toujours joyeuses et colorées, nous interpellent au centre du parcours. Pour un peu, elles vous donneraient le
tournis. Succéderont dans les années soixante-dix, Les Mères dévorantes, qui donnent de la femme une image plus critique. « J’ai déjà
représenté la bonne mère avec les Nanas, je me consacre désormais
à son antithèse, à cette mère qu’on aimerait ne pas être », explique
Niki de Saint Phalle, «Les 3 Grâces», 1995-2003
argent : 290 x 125 x 95 cm ; noir : 260 x 150 x 90 ; blanc : 290 x 120 x 90 cm, polyester,
Nicki de Saint Phalle. C’est aussi à ce moment qu’elle produit son
mosaïque de miroirs. Niki Charitable Art Foundation, Santee, USA
© Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved / Photo Philippe Cousin
film Daddy, présenté dans l’exposition. Elle y évoque l’inceste
imposé par son père et les rapports de domination entre les sexes et
précise que c’est « par dérision qu’elle appelle cet ouvrage film de famille. mier tir de Nicki, Pierre Restany l’invite à rejoindre le groupe des Nouveaux
Réalistes et lui propose une exposition dans une galerie, sous le titre Tir à
La famille, la société et la religion me servent de cibles… »
volonté, un fusil étant mis à disposition des visiteurs. Toutes les œuvres
montrées se référant aux tirs, comme Shooting Painting American Embassy,
Libération
Nicki a la rage et le mur de la rage sur lequel elle va tirer est aussi syno- Tir de Jasper Johns, Autel O.A.S, gardent encore toute leur puissance subnyme pour elle d’action libératrice. Dès février 1961, Nicki tire à la carabi- versive. Lorsqu’elle réalise Heads of state, au printemps 1963, alignant les
ne sur des reliefs couverts de plâtre et fait éclater des sachets de couleur têtes des chefs d’état de l’époque et qu’elle tire de manière prémonitoire sur
cachés sous le plâtre. Des œuvres situées entre la performance, l’art corpo- le masque de Kennedy, assassiné en novembre 1963, cela vous fait froid
rel, la sculpture, la peinture, dont beaucoup ont été filmées et qui sont une dans le dos. Cette période des Tirs est aussi celle qui correspond à sa renpièce de résistance de l’exposition. « J’ai eu la chance de rencontrer l’art contre avec Jean Tinguely.
parce que j’avais sur le plan psychique tout ce qu’il faut pour devenir une
Jean Tinguely, l’incorrigible séducteur l’avait séduite. Lui avait été
terroriste. Au lieu de cela, j’ai utilisé le fusil pour une bonne cause ». séduit par l’aristocrate, elle, par le prolo, éblouit par son absence de tabou
Difficile d’imaginer aujourd’hui de telles performances ! En voyant le pre- social. On regrettera toutefois que cette exposition d’envergure si riche et
ludique n’ait pas consacré une étape à cette relation si importante avec Jean
Tinguely, ainsi qu’avec sa première femme Eva Aeppli. Quand Nicki de
Saint Phalle arrive dans ce qu’on appellerait de nos jours un squatte,
Impasse Ronsin, elle, l’autodidacte, apprendra beaucoup de choses et c’est
une intense amitié qui se noue entre eux. C’est Jean Tinguely qui lui fera
découvrir Schwitters, Marcel Duchamp, les Dadaïstes et c’est grâce à lui
qu’elle prendra confiance en elle. Quant à Eva Aeppli, elle partagera avec
elle son penchant pour l’ésotérisme, les contes de fées. On ne peut que
recommander la lecture de la récente et passionnante biographie de
Catherine Francblin, Nicki de Saint Phalle, la révolte à l’œuvre, aux éditions Hazan.
Après la violence des Tirs, retour à la poésie et à l’imaginaire avec Le
Rêve de Diane, un théâtre enchanté où les monstres et les animaux menaçants se mêlent à des symboles plus sereins comme le soleil et le cœur.
Humour et joie se retrouvent aussi en fin de parcours avec les évocations du
Cyclope à Milly-la-Forêt, près de Fontainebleau et Le Jardin des Tarots en
Toscane. Sous ses dehors de princesse, n’oublions jamais, et l’exposition le
rappelle sans cesse, l’engagement politique et social de l’artiste. Elle a été
une des premières artistes à aborder la question raciale, à militer en faveur
des droits civiques, à sensibiliser les gens aux ravages du sida. Princesse des
cœurs certes, mais avant tout une Super Nana !
Régine Kopp
Niki de Saint Phalle «Cheval et la Mariée», 1963
235 x 300 cm, tissu, jouets, objets divers, grillages. Sprengel Museum, Hanovre
© BPK, Berlin, dist. Rmn-Grand Palais / Michael Herling / Aline Gwose
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Jusqu’au 2 février 2015
www.grandpalais.fr
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fondation cartier-bresson : william eggleston
From black and white
to colour
Jusqu’en décembre, la Fondation Henri Cartier-Bresson présente une exposition
exceptionnelle du photographe américain William Eggleston. Ce photographe né en
1939 fait partie d'un tournant important dans la conception de la photographie et
son évolution. Cette exposition sera ensuite présentée au musée de l’Élysée de
Lausanne, du 30 janvier au 3 mai 2015.
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et autres symboles de la restauration rapide -,
sujets qui, en photographie, n'avaient jamais été
montrés dans une construction aussi ordinaire.
Ainsi, Eggleston qualifie sa démarche de caméra démocratique.
Dans cette recherche, dès les années 70, la
couleur devient le principal sujet d'exploration
du photographe et à vers la technique du dye
transfert qu'il fait appel, technique qu'il exploita jusqu'à récemment avec l'arrivée de l'impression jet d'encre. Dans les deux techniques, son
but est bien évidemment de montrer au plus
près des détails anodins par la mise en évidences des matières qui y sont présentes bien qu'au
Eggleston a commencé son travail, dans les
années cinquante, par des images en noir et
blanc montrant des lieux banals, tels l'Amérique
quotidienne, avec ses typologies : les supermarchés, les bars, les stations-services, les voitures
et des personnages fantomatiques perdus dans
l’espace. A cette époque, les photographies
dites artistiques devaient impérativement être en
noir et blanc pour justifier de cette qualification; en effet, la couleur, dévolue à la pub et aux
magazines, restait majoritairement considérée
comme une expression populaire, voire vulgaire. Aujourd'hui, face à ce genre de travail, on ne
peut s'empêcher de penser qu'alors la couleur
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Sans titre, vers 1970 © William Eggleston. Courtesy Eggleston artistic trust
s'imposait. C'est ce choix qu'a fait Eggleston au
tournant des années soixante. Ainsi l’artiste,
conscient qu’il était temps de renverser nombre
de conventions, s’applique à banaliser ses images, à les cadrer de façon anodine, comme au
hasard d'une vision fugitive; et surtout, il passe
à la couleur.
Hyper-réalisme
From Los Alamos Folio 1, Memphis, 1965 [supermarket boy with carts] © William Eggleston Courtesy
Wilson Centre for Photography
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Il participe ainsi à l'émergence du Pop Art
dans la représentation de ce qui constitue notre
environnement quotidien, auquel nous ne faisons même plus attention, tels les panneaux de
signalisation, les enseignes, et surtout la société et son mode de vie : supermarchés, coffee
shops, parkings vides. Cette collection d'images
dans leur apparente banalité ouvre les portes à
une forme d'hyper-réalisme; on y voit apparaître des gros plans d’équipements ménagers lavabo, four, congélateur – ainsi que de nourriture – canettes de coca, hamburgers et hotdogs,
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départ insignifiantes (carrosseries de voiture,
sièges en moleskine, coins de plafond, ampoules nues). « Les objets dans les photos sont
naturellement pleins de la présence de
l’homme » expliquait-il, alors qu’on lui faisait
remarquer le peu de présence humaine dans ses
images.
La plupart des photos exposées ici ont été
prises dans le sud des USA, dans le Tennessee,
à Los Alamos, mais par le parti-pris de l'absence de légendes et de dates précises, le message
présent dans chaque image devient universel.
Le livre qui accompagne l'exposition présente plus largement le travail du photographe.
Un ensemble d'images en noir et blanc et couleur est accompagné d’une étude de Thomas
Weski et d’une introduction d’Agnès Sire.
Christine Pictet
Jusqu’au 21 décembre 2014
Fondation Henri Cartier-Bresson
2 impasse Lebouis 75014 Paris
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opéra
Un Barbier sans Séville
Premier des grands spectacles lyriques de la saison à la Bastille, le Barbier de
Séville reprend la production créée à Genève en 1010. Mais en elle-même, elle
ne parle pas spécialement de la politique artistique du nouveau directeur de
l’Opéra de Paris, Stéphane Lissner, puisque la programmation actuelle revient
entièrement au directeur partant : Nicolas Joel. À cet égard, il faudra
attendre la saison suivante.
défaut cruel dans le chef-d’œuvre de Rossini.
Le Figaro d’Orlin Anastassov emporte toutefois
la meilleure part, avec sa projection ample et
sûre. La Rosina de Karine Deshayes ne faillit
pas vocalement, même si lui manque l’expression. Tout comme le Bartolo de Carlo Lepore.
L’Almaviva de René Barbera possède pour sa
part une juste sensibilité dans sa technique d’émission légère, mais assez inadaptée à l’espace
de la Bastille. Et tous de s’emmêler quelque peu
au moment de chanter ensemble, autre écueil
rédhibitoire. Il est vrai que la direction musicale de Carlo Montanaro ne les aide pas toujours,
avec quelques imprécisions (l’ouverture ! pourtant jouée à rideau fermé) et un manque de
mouvement général, sauf pour le « fandango »
collectif du final. Enfin ! Peut-être au Grand
Théâtre de Genève, qui n’est pas si grand que la
Bastille, cette production avait-elle trouvé un
écrin plus approprié…
Parapluies rouverts
Le Châtelet ouvre sa saison avec les
Parapluies de Cherbourg. On se souvient de la
pellicule cinématographique (que l’auteur de
ces lignes n’a jamais vue) de Jacques Demy sur
une musique de Michel Legrand, primée à
Cannes en 1964. Ici, il s’agit d’une adaptation
pour la scène, pour laquelle le compositeur a
quelque peu révisé sa partition (pour une durée
d’une heure trente, celle d’un film). Il faut y
reconnaître un ensemble bien tourné, comme
dans certaines mélodies (dont une jolie et célè-
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«Le Barbier de Séville» © Bernard Coutant /Opéra national de Paris
Damiano Michieletto signe ce Barbier
dans un style, selon ses propres dires, inspiré de
Pedro Almodóvar. Mais en dépit de cette référence revendiquée, on serait plutôt enclin à y
voir une influence de la comédie italienne à la
manière d’Ettore Scola, avec ses personnages
comme sortis du film Affreux, sales et
méchants, occupant un bâtiment qui évoque à
s’y méprendre Naples ou certaines banlieues
romaines ; avec sa façade ocre jaune délavé,
percée de fenêtre rouges et vertes, telles qu’on
n’en a jamais vues à Séville ! Et tout ce beau
monde s’agite sans repos, à l’extérieur ou à l’intérieur de l’édifice même, suivant le mouvement tournant que lui donne le décor. De prime
abord on se divertit, puis on se lasse la soirée
passant, devant une succession vaine de gags
gratuits qui finit davantage par perturber et
occulter l’action.
Il se peut, étant données ces circonstances
scéniques, que le plateau vocal soit gêné dans
ses interventions. Car le chant reste en retrait –
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«Les Parapluies de Cherbourg», avec Marie Oppert et Vincent Niclo © Marie Noëlle Robert
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bre scie, répétée à satiété), et une continuité du
discours musical, ambitieusement aboutis et
bien trouvés. Un peu sucré, mais pas dégoulinant… pour une histoire de désamour, pour
cause de départ (pour l’Algérie) chez des gens
simples. On peut certes y voir une sorte de
« sous-Pelléas » (y compris même dans le livret,
avec des mots prosaïques, « bonjour »,
« merci », de tous les jours), mais qui recèle
d’infiniment meilleurs mérites, à notre humble
avis, dans le genre léger, que les importations de
Broadway dont le Châtelet nous avait abreuvé
jusqu’à présent. Et puis, au moins, c’est autochtone ! Il est vrai qu’au Châtelet tout concorde
pour faire de la soirée une réussite. La mise en
espace de Vincent Vittoz vise juste, avec un jeu
d’acteurs clair et quelques éléments de décors
(dessinés par Sempé) qui animent le tout. Les
chanteurs, sonorisés à la manière d’une bande
cinématographique (comme de juste), sont
impeccables : de Marie Oppert, toute jeune (17
ans !) et efficace soprano pour le rôle principal
féminin, à Vincent Niclo, son très crédible parte-
pour échafauder une trame alambiquée à partir
du célèbre « Lamento », seul rescapé de l’opéra, et d’autres pages du compositeur. Les chanteurs vont et viennent dans une mise en scène
minimaliste, pleine d’intentions indécryptables,
signée Wouter Van Looy. Comme le chant, précisément, n’est pas toujours leur fort, sauf dans
les ensembles (qualité davantage de choristes),
la soirée s’ébroue quelque peu. La vingtaine
d’instrumentistes, plutôt étoffée pour des
madrigaux, s’avère cependant convaincante
sous la direction de Nicolas Achten.
Boréades versaillaises
L’Opéra royal de Versailles présente de
concert les Boréades, l’ultime opéra de Rameau
qui n’a connu sa création que deux siècles après
sa composition (en particulier dans les années
80, au Festival d’Aix). Marc Minkovski reprend
cet ouvrage qu’il avait déjà porté au concert…
notamment au dernier Festival d’Aix. Ses
Musiciens du Louvre-Grenoble sont toujours
aussi efficients sous sa direction nerveuse cons-
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parfois ingrats. Mais le tout dispense un élan
auquel il est difficile de ne pas succomber, le
génie de l’inspiration de Rameau aidant : victoire de cet opéra pour cette grande première dans
le lieu auquel il était théoriquement destiné.
Roméo lyrique
L’Orchestre national de France, ouvre
solennellement sa saison au Théâtre des
Champs-Élysées avec Roméo et Juliette.
Daniele Gatti, plus habitué de Verdi et de
Wagner, est aux commandes de la « symphonie
dramatique » de Berlioz. Les prémices sont
incertaines, avec une battue nonchalante du
chef, quelques attaques douteuses, un chœur
mal nuancé, et un ténor qui serait presque une
erreur de distribution. Mais déjà la mezzo
Marianne Crebassa dispense des Strophes intensément senties… Puis, peu à peu, tout se met en
place, et mieux : tout s’investit. Car la tension
réglée, voire la ferveur, l’emportent désormais.
Au cœur du concert, le « Convoi funèbre de
Juliette » atteint un sommet, avec son chœur
(celui de Radio France au complet) immatériel
et ses cordes d’outre-tombe. Gatti ne relâche
plus la bride, et le final éclate glorieux, avec une
basse d’une belle projection, Alex Esposito.
Opéras sans parole
«Canti d’amor» © Mirjam Devriendt
naire, ainsi que, on s’en serait douté, Natalie
Dessay et Laurent Naoury. L’Orchestre d’Île-deFrance, à même le plateau, sonne parfaitement,
sous la baguette de Legrand lui-même. Triomphe
un peu tapageur du public, mais mérité.
Tutti Canti
La rentrée lyrique à l’Athénée se place,
elle, sous les auspices de Monteverdi. Canti
d’amor s’intitule le spectacle du Muziektheater
Tranparant (venu d’Anvers), qui prend le prétexte d’Ariana, l’opéra perdu de Monteverdi,
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tamment en éveil, et le plateau vocal n’appelle
que des éloges. Julie Fuchs, dans le rôle principal féminin d’Alphise, s’affirme plus que
jamais la chanteuse baroqueuse du moment,
avec sa caractérisation impérieuse et ses aigus
délicatement filés. Samuel Boden lui donne une
fière réplique, ténor élégamment d’émission
lisse. Manuel Nuñez Camelino et Jean-Gabriel
Saint-Martin complètent une distribution des
mieux adaptées dans le style et la technique
baroques à la française. Le Chœur Aedes serait,
lui, quelque peu perfectible, sec et aux timbres
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L’Abbaye-Fondation de Royaumont, au
Nord de la région parisienne, se donne toute une
journée à Berlioz et Rameau. À François-Xavier
Roth et son orchestre les Siècles reviennent une
après-midi affriolante, partagée entre trois
courts concerts : des extraits symphoniques des
Troyens, suivis d’Harold en Italie et de la
Symphonie fantastique. L’occasion aussi d’évoquer le riche fonds d’autographes de la
Bibliothèque François-Lang, sise à Royaumont,
et en particulier des œuvres de Berlioz exécutées. La sonorité emplit l’espace restreint du
Réfectoire des Moines, où chaque timbre (ophicléide, cor anglais, flûte « Tulou », cornet à piston, cloches reconstituées avec l’aide du
Festival Berlioz… le tout d’époque) se détache
au sein d’une exécution unitaire, conjuguant
flamme et rigueur. Tout juste émettra-t-on une
légère réserve pour la raideur de l’altiste
d’Harold, Adrien La Marca, très jeune il est vrai
(24 ans). On notera qu’il s’agit d’une conclusion au louable projet pédagogique « Berlioz à
l’école », destiné à 18 classes primaires du Val
d’Oise et de Seine-Saint-Denis sous l’égide de
Royaumont.
Rameau succède en soirée, judicieuse mise
en perspective de deux compositeurs que tout
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rapproche. Les Musiciens du Paradis, sous la
houlette de Bertrand Cuiller, également claveciniste, choisissent toutefois un angle original
dont l’intitulé de concert dit tout : « opéra sans
parole », qui réunit, des extraits orchestraux
empruntés à Hippolyte et Aricie, Les Indes
galantes, Zaïs, Les Boréades, Platée,
Zoroastre... Couleurs vives, allant et précision
d’ensemble : autre approche éloquente.
Tosca totalement
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Les spectacles se suivent et ne se ressemblent pas à la Bastille. C’est ainsi que Tosca,
nouvelle production due à Pierre Audi, replonge
dans les habitudes. L’opéra de Puccini se retrouve donc tel qu’en lui-même, illustré au plus près
de son action. Le premier acte représente une
église stylisée, autour d’une sorte de catafalque,
dont on finit par comprendre qu’il s’agit d’une
gigantesque croix posée à même le sol. Elle se
déploie dans les airs (et les cintres) aux deux
actes suivants : au-dessus d’un intérieur de
salon qui enserre les protagonistes (pour l’intimiste deuxième acte), puis d’un champ (troisième acte), écrasé dans une lumière violente à
l’instant du tragique dénouement. Le tout en
costumes et décors façon XIXe siècle, sans
A Royaumont : Orchestre Les Siècles © Marie Nicolas
réactualisation ni non plus copie forcenée des
lieux indiqués par le livret. Une espèce de montée en tension, directe, adaptée à chaque
moment de l’œuvre – et à la scène de Bastille –,
et finalement efficace.
Ce qui laisse aussi les intervenants libres de
leurs moyens. D’autant que la représentation
bénéficie d’un trio de choc. Martina Serafin est
Tosca, incarnation d’une éclatante présence dramatique, éloquemment crédible par sa beauté
plastique, et d’une
émission vocale tout
autant. Marcelo Álvarez
plante
un
Cavaradossi d’une
belle énergie, avec certaines subtilités à l’occasion, malgré cette
fois des gestes et attitudes par trop ténorisants. Ludovic Tézier,
pourtant déclaré souffrant, campe un
Scarpia bien lancé et
perfide comme il sied.
Mais la tension, évoquée plus haut, doit
beaucoup à Daniel
Oren, sa battue tout à
la fois énergique et
innervée, qui sait distiller les couleurs de
l’orchestre dans un
fondu irrépressible
avec les voix.
Pierre-René Serna
«Tosca» © Charles Duprat / Opéra national de Paris
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opéra de paris
théâtre des champs-élysées
En ouverture de saison, le Ballet de l’Opéra de Paris
présente du 20 septembre au 4 octobre une soirée
composée d’Etudes d’Harald Lander et de deux ballets
de William Forsythe, Woundwork1 et Pas./Parts.
Programmé les 12, 13 et 14 septembre, le Gala des Etoiles
du 21ème est le rendez-vous du début de saison pour les
amateurs de danse parisiens. La vocation de la soirée est de faire
découvrir au public des artistes prometteurs issus de compagnies
qui tournent pas ou peu sur Paris.
Créé en 1948 pour le Ballet du Théâtre royal de Copenhague
qu’Harald Lander dirigeait alors, Etudes est entré au répertoire de
l’Opéra de Paris en 1952. Le ballet remporta un grand succès et
Harald Lander devint maître de ballet et professeur à l’Opéra de Paris,
poste qu’il occupera jusqu’en 1957. Etudes est un ballet sur le travail
des danseurs dans une compagnie classique. Il commence par les
échauffements à la barre et au milieu, puis se poursuit avec les répétitions des solos et des pas de deux. L’intention aurait pu être intéressante mais le résultat est une œuvre relativement nombriliste qui ravale l’art chorégraphique au rang de but en soi et non de langage artistique vecteur d’émotions.
Cette année, le Gala rassemblait des artistes issus du Ballet National de
Cuba, du Mariinski, du New York City Ballet, de l’American Ballet Theatre, des
Ballets de Munich, de San Francisco et de l’Opéra de Paris. La soirée s’est révélée relativement décevante non par un manque de qualité de la part des danseurs
mais par l’indigence de la majorité des chorégraphies retenues. Il est vraiment
dommage de voir ces artistes de haut niveau se perdre dans les méandres de chorégraphies sans intérêt. Le répertoire regorge pourtant des grands classiques qu’il
est très intéressant de découvrir interprétés avec des styles différents.
On retiendra de cette soirée quelques très beaux moments tout de même,
Maria Kochetkova du San Francisco Ballet et Joaquin de Luz du New York City
Ballet dans un extrait de Rubies de George Balanchine, Lucia Lacarra et Marlon
Dino du Ballet de l’Opéra de Munich avec Trois Préludes de Ben Stevenson,
Oxana Skorik et Timur Askerov du Mariinski dans un extrait du Lac des Cygnes
Ouverture
Gala
Woundwork1 est une œuvre courte – un quart d’heure – sur le
thème du mouvement d’enroulement. Sur scène,
deux couples vont déployer une déclinaison infinie
de l’enroulement des corps. Parfaitement interprété
par les étoiles Marie-Agnès Gillot et Alice Renavand
et les premiers danseurs, Florian Magnenet et Audric
Bezard, l’œuvre manque toutefois de ressort pour
rester captivante et la musique monotone de Thom
Willems n’arrange rien.
Pas./Parts a été chorégraphié pour le ballet de
l’Opéra de Paris en 1999. C’est une déferlante de
solos, duos, scènes de groupe. William Forsythe en a
le secret, sur une musique percussive et tonique de
Thom Willems. Chaque morceau est un petit bijou de
combinaisons de mouvements, toujours surprenantes. Les danseuses apparaissent comme les éternelles
jeunes filles sages à la technique impeccable mais
elles manquent du piquant qui donne de l’âme à une
représentation. Ce soir, Pas./Parts était porté par les
garçons et leur énergie communicative, notamment
Alessio Carbone, Fabien Révillion et Yann Saïz. Leur
expressivité et leur engagement physique donnaient un sens à ces
mouvements abstraits.
Lucia Lacarra et Marlon Dino dans «Trois Préludes»
de Marius Petipa et enfin Aurélien Houette du Ballet de l’Opéra de Paris dans
L’Après-midi d’un faune de Thierry Malandain.
Stéphanie Nègre
Stéphanie Nègre
La danse en novembre :
Les grands ballets de fin d’année débuteront à l’Opéra de Paris avec Casse-Noisette de Rudolf Noureev, programmé du 26 novembre au 29 décembre
à l’Opéra Bastille et La Source de Jean-Guillaume Bart, programmé du 29 novembre au 30 décembre à Garnier.
Le Théâtre des Champs Elysées accueillera Nicolas Le Riche pour une carte blanche les 4 et 5 novembre. Le Ballet Preljocaj sera à l’Opéra de Massy
avec Les Nuits le 23 novembre. Le hip hop sera à l’honneur au Théâtre des Gémeaux à Sceaux avec Opus 14 de Kader Attou du 6 au 9 novembre et Correria
/ Agwa de Mourad Merzouki du 28 au 30 novembre.
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Cassandre Berthon (Octavie) et Benjamin Bernheim (Spakos), Orchestre
Symphonique de Mulhouse. Opéra en concert encore le 23, avec
A Garnier du 20 novembre au 18 décembre, reprise de Hänsel et Semiramide de Rossini, chantée par Elena Mosuc (Semiramide),
Grettel de Humperdinck dirigé par Yves Abel dans la mise en scène de Ruxandra Donose (Arsace), Michele Pertusi (Assur) et John
Mariame Clément, avec Jochen Schmeckenbecher (Peter), Irmgard Osborn (Idreno), Evelino Pidò à la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon.
Vilsmaier (Gertrud), Andrea Hill (Hänsel), Bernarda Bobro (Gretel) et
La Salle Pleyel accueillera le 29 novembre Patricia Petibon interprèDoris Lamprecht (Die Knusperhexe), orchestre de l’Opéra national de te de La Belle Excentrique un concert mis en espace par Olivier Py avec
Paris. Du 30 novembre au 30 décembre, la Bastille remet à l’affiche la Nemanja Radulovic (violon), Susan Manoff et David Levi (piano), autour
Bohème de Puccini réalisée par Jonathan Miller et placée sous la direction de mélodies de Poulenc, Fauré, Satie, Rosenthal, Hahn… (Les Grandes
de Mark Elder avec une double distribution alléchante : Ana Maria Voix).
Martinez et Nicole Cabell chanteront Mimi,
L’Opéra Comique ouvrira le 13 avec un grand
Khachatur Badalyan et Dimitri Pittas seront
concert intitulé Si l’Opéra Comique m’était
Rodolfo, Mariangela Sicilia interprétera Musetta,
conté avec Anna Caterina Antonacci, Sabine
Tassis Christoyannis sera Marcello, tandis que
Devieilhe, Julie Fuchs, Patricia Petibon, Frédéric
Simone Del Savio incarnera le rôle de Schaunard et
Antoun et Stéphane Degout dirigés par FrançoisAnte Jerkunica celui de Colline.
Xavier Roth et L’orchestre Les Siècles et mis en
Concert « Astana Opera » à la Bastille le 2
scène par Jonathan Kent : au programme des extraits
novembre, avec le pianiste Denis Matsuev et la
d’opéras et d’opéras-comiques de Favart et Duni,
basse Ildar Abdrazakov. Au programme, le concerGrétry, Hérold, Boieldieu, Donizetti, Berlioz,
to pour piano et orchestre n°2 de Rachmaninov, sous
Thomas, Bizet, Offenbach, Delibes, Massenet,
la direction du chef Abzal Mukhitdinov, la seconde
Chabrier, Debussy, Rabaud, Poulenc, Ravel, Hahn…
partie étant consacrée à l’opéra avec des extraits
Le 26 Salle Gaveau, Pergolesi (Stabat Mater),
La soprano Ana Maria Martinez (Mimi à
d’Attila de Verdi interprétés par Ildar Abdrazakov, la
Vivaldi (Nisi dominus) et Hasse (Salve Regina) par
Bastille)
soprano Zhupar Gabdullina (Odabella) et le baryton
Valer Sabadus et Maarten Engeltjes, Il Pomo d’oro
Alberto Gazale (Ezio).
placé sous la direction de Riccardo Minasi.
Dans le cadre de Convergences, récital de la soprano Angela Denoke
L’opéra de Versailles propose le 4 novembre Scylla et Glaucus de
qui chantera à l’Amphithéâtre le 20 novembre des airs de Bach, Strauss, Leclair par Emöke Barrath (Scylla), Anders Dahlin (Glaucus), Caroline
Zemlinsky et Brahms (Quatre chants sérieux) accompagnée au piano par Mutel (Circé) et Virginie Pochon (Dorine, Vénus), Les Nouveaux
Karola Theill.
Caractères dirigés par Sébastien d'Hérin. Le 18 novembre Christophe
Sur la scène du Châtelet, création mondiale de la comédie musicale Rousset jouera Zaïs de Rameau avec Julian Prégardien (Zaïs), Sandrine
An american in Paris de George et Ira Gershwin, dirigé par Rob Fisher, Piau (Zelidie), Aimery Lefèvre (Oromasès), Benoît Arnould (Cindor),
mis en scène et chorégraphié par Christopher Wheeldon avec Robert Amel Brahim-Djelloul (Sylphide, la Grande prêtresse de l’amour) et
Fairchild (Jerry Mulligan), Leanne Cope (Lise), Veanne Cox (Madame Hasnaa Bennani (L'Amour), Chœur de Chambre de Namur Les Talens
Baurel) et Jill Paice (Milo Davenport) et l’Ensemble musical du Châtelet Lyriques. Ton Koopman dirigera le Requiem de Mozart les 21 et 22
du 22 novembre au 4 janvier.
novembre à la Chapelle Royale avec Johannette Zomer, Bogna Bartosz,
Cecilia Bartoli et I Barocchisti dirigés par Diego Fasolis seront les Jörg Dürmüller et Klaus Mertens, Amsterdam Baroque Choir &
1er et 7 novembre sur la scène du TCE pour interpréter leur nouveau pro- Orchestra. Toujours le 22, Gala Rameau par Hervé Niquet, Chœur et
gramme dans le cadre des Grandes Voix. Le 6, l’Orchestre National de Orchestre du Concert Spirituel et Les Chantres du Centre de musique
France placé sous la direction de Andrés Orozco-Estrada jouera la baroque de Versailles dirigés par Olivier Schneebeli et les solistes
Symphonie n° 3 de Schubert et la Symphonie n° 2 «
Katherine Watson, Anders J. Dahlin, Marc Mauillon
Lobgesang » de Mendelssohn avec les solistes
et Marc Labonnette. Les 26, 28 et 30 opéra avec
Christiane Karg, Carolina Ulrich et Maximilian
Siroe de Haendel chanté par Max Emanuel
Schmitt. Les Grandes Voix toujours, accueilleront le
Cencic (Siroé), Julia Lezhneva (Loadice), Mary9 novembre Angela Gheorghiu pour un concert diriEllen Nesi (Medarse) et Juan Sancho (Cosroe), specgé par Tiberiu Soare et le Deutsche
tacle mis en scène par Max Emanuel Cencic, dirigé
Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz (airs d’opéras
par George Petrou, et l’ensemble Armonia Atenea.
de Verdi, Puccini, Mascagni et Massenet). Le 14
novembre place à Nathalie Stutzmann qui dirigera
Vu et entendu : belle reprise de La Traviata à la
et chantera un concert consacré à Haendel avec
Bastille grâce à l’interprétation prenante et engagée
Orfeo 55. Le 15 la soprano Julia Lezhneva et Il
d’Ermonela Jaho dans le rôle-titre (17 septembre).
Le contre-ténor Christophe Dumaux
Pomo d’Oro dirigé par Dmitry Sinkovsky chantera
Corelli, Haendel et Vivaldi (Les Grandes Voix). Le 16 Haendel encore et
Ailleurs en France : Marseille propose Moïse de Rossini en version
toujours cette fois interprété par Natalie Dessay et Christophe Dumaux de concert avec Mariella Devia, Annick Massis et Ildar Abdrazakov dirigé
dirigés par Emmanuelle Haïm et Le Concert d’Astrée (airs extraits de par Paolo Arrivabeni les 8, 11, 14 et 16 novembre.
François Lesueur
Jules César). Le 18 place à Massenet et à Cléopâtre, dirigée par Michel
Plasson, avec Sophie Koch (Cléopâtre), Ludovic Tézier (Marc-Antoine),
Sélection musicale de novembre :
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chronique des concerts
Coups d’éclats
La rentrée des concerts parisiens est marquée par les
soubresauts du conflit social qui agite l'orchestre
Philharmonique de Radio France, au moment même où
sont inaugurés le nouvel auditorium et le studio 104
rénové.
L'éviction d'Eric Montalbetti, directeur artistique de l'orchestre, a mis
le feu au poudre et la tourmente est telle que le chef finlandais Mikko
Franck, fraîchement nommé en remplacement de Myung-whun Chung,
menace désormais de remettre en question son contrat. C'est dans cet horizon assez sombre qu'intervient la désignation de Daniele Gatti en tant que
directeur musical du prestigieux Concertgebouw d'Amsterdam. Gageons
que la carrière du futur ex-directeur musical de l'Orchestre National de
France prendra un essor décisif, ce qui ne manquera de créer un grand vide
lorsqu'il quittera Paris.
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musique et un Fliegende Holländer au Théâtre des Champs-Elysées n'avaient pas laissé un souvenir impérissable. Le jeune chef revient à la tête
du Rotterdams Philharmonisch Orkest pour une 6e Symphonie de Gustav
Mahler qui déjoue tous les pronostics et se hisse d'emblée parmi les soirées mémorables de ce début de saison parisienne. L'effectif pléthorique
remplit tout l'espace scénique du TCE, on peine à imaginer comment il est
possible de faire rentrer autant de musiciens… certains pupitre jouent quasiment en coulisse pour garder un contact visuel avec le chef, sans que le
public puisse les apercevoir. L’Allegro energico est attaqué sur le fil du
rasoir, les attaques à vif et sans se perdre dans l'épaisseur mélancolique.
Les bois subliment l'interprétation du Scherzo joué en deuxième position.
La méticulosité millimétrée fait observer de près des processus d'écriture
qui font tout le lyrisme de la pièce. Après une légère accalmie dans
l'Andante, le dernier mouvement fait déferler durant quarante minutes une
somme incomparable de beautés orchestrales, parfaitement maîtrisées et
sans une once de spectaculaire hors-cadre.
Terminons par le premier volet d'une intégrale Beethoven inaugurée
sous les ors prestigieux du Palais Garnier par Philippe Jordan et son
Orchestre de l'Opéra National de Paris. La sècheresse de l'acoustique du
Palais Garnier constitue un redoutable défi qui ne pardonne ni faux pas ni
approximation mais Philippe Jordan répond aux pièges de cette bonbonL'essentiel de la programmation de cette rentrée se concentre sur la nière de velours en haussant le volume dès que possible, c'est-à-dire très
Salle Pleyel et le Théâtre des Champs-Élysées, pour quelques mois enco- souvent dans la 2e et la 7e Symphonie… La suite du cycle se poursuivra
re et dans l'attente de l'ouverdans la nef de l'Opéra Bastille
ture des nouvelles salles en
(sans doute davantage approjanvier 2015. L'orchestre de
priée au projet), avec, en apoCleveland a posé ses valises
théose, une 9e Symphonie en
rue Saint-Honoré pour deux
juillet 2015. Dans la 2e
soirées consacrées à Johannes
Symphonie, les lignes filent
Brahms sous la direction du
droit, le son est massif mais
très musicalement correct
sans vraiment de muscle. La
Franz Welser-Möst. La battue
mise en place et la netteté des
très boutonnée du chef autriplans sonores est irréprochachien met les petits plats dans
ble mais puise dans une agoles grands, sans chercher à
gique assez droite, sans le
Yannick Nézet-Séguin
briller par un autoritarisme
rubato expressif qui permetoutre mesure. Il faut tout le talent du violoniste Nikolaj Znaider pour tirer trait d'assembler les thèmes et faire circuler l'énergie. L'allegro molto s'éla soirée vers les sommets. Le célébrissime concerto en ré majeur retro- broue dans une ponctuation assez molle, l'orchestre dévorant ne fait qu'uuve sous ses doigts des accents vif-argent, sublimés par une sonorité très ne bouchée des finauderies des bois et la résonance de l'accord final ne
dense et une stupéfiante liberté d'archet. Le mouvement lent fait la part dure pas plus que nécessaire. La 7e Symphonie sous la baguette de
belle à la projection naturelle du violon, jamais couverte par un orchestre Philippe Jordan retrouve ses élans imposants et roboratifs. Le célèbre
de velours. Dans la course poursuite de l'allegro giocoso, la liberté de l'ar- deuxième mouvement est enchaîné sans faire de pause, alors même que les
chet est souveraine, malgré d'infimes scories dans les notes de passage et derniers accords du vivace sont à peine éteints. On laisse de côté la quête
les changements de position. Incontournable (et inévitable ?) bis, la sara- d'une épaisseur métaphysique pour admirer la belle rondeur des contrebande de la Partita n°2 brille prudemment dans un parfait écrin corseté. chants et la couleur générale de l'orchestre. Dans le presto, le barrage
Dans la Première Symphonie, l'orchestre de Cleveland réalise une démons- sonore cède aux coups de boutoir et la déferlante dynamique emporte tout
tration de force dans l'équilibre des timbres et des couleurs. Welser-Möst sur son passage. On reste un brin spectateur de ces jeux de lumières entre
reste constamment sur ses gardes, dirigeant avec distance et circonspec- nuances dynamiques extrêmes. La puissance du maelström conclusif fait
tion une musique qui exige bien davantage. Fort heureusement, quelques craindre à plusieurs moments que l'équilibre de l'orchestre finisse par se
omissions dans les reprises permettent au premier mouvement de ne pas rompre. Malgré les clous furieux que plantent les trompettes, l'ensemble
sombrer dans une beauté trop statique. Seule l'irruption de l'allegro final arrive à bon port, les attaques acérées succédant aux phrasés courts des
permettra de renouer avec ce qu'il convient d'attendre d'un chef dirigeant cordes compactes. Ceux qui aiment Beethoven prendront ce train…
un ensemble de ce niveau.
David Verdier
L'agitation énergique n'est pas toujours bonne conseillère pour
Yannick Nézet-Séguin. Une récente intégrale Schumann à la Cité de la
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Le Tartuffe ou l’imposteur de
Molière - m.e.s. Galin Stoev - jusqu’au 17 février
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Rien de moi
Stéphane Braunschweig poursuit son compagnonnage artistique avec Arne Lygre, dont il a mis en scène en 2012 «Je disparais» et «Tage Unter» (Jours souterrains). C’est sa toute dernière pièce, qu’il créera cette année en français. Elle s’ouvre par
l’euphorie d’une relation passionnelle : une femme et un homme plus jeune aménagent dans un appartement vide ; ils s’isolent du
monde extérieur et de ce qui fut leur réalité jusque-là. Mais leur vie en symbiose va être perturbée par la visite de figures du passé
- mères, enfants, mari ; puis, plus sourdement, par le danger que chacun fait courir à l’autre au sein de cette relation.
Arne Lygre semble scruter ici
ce qui fait lien entre deux êtres : un
élan réciproque, un rêve partagé, la
réparation de vieilles blessures, la
consistance d’un projet ? Aucun naturalisme dans sa façon d’aborder
cette intimité : son écriture ludique
invente, comme toujours, une façon
singulière de créer un univers.
Étrangement, les personnages de
«Rien de moi» font advenir tout ce
qu’ils énoncent ; chaque phrase dite
donne forme à leur histoire.
Pour Stéphane Braunschweig,
cette puissance accordée à la parole
est le sujet même de la pièce : elle
parle du risque d’enfermer les
«Rien de moi» © Elisabeth Carecchio
autres dans ce que nous voulons
d’eux, par l’amour même que nous leur portons.
jusqu’au 21 novembre 2014
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HÉBERTOT (01.43.87.23.23)
La Mère de Florian Zeller - m.e.s.
Marcial Di Fonzo Bo. Avec Catherine
Hiegel, Jean-Yves Chatelais - du 4
novembre au 21 décembre
Les cartes du pouvoir d’après
Beau Willimon - m.e.s. Ladislas
Chollat - avec Raphaël Personnaz,
Thierry Frémont ... - jusqu’au 30
novembre
LUCERNAIRE (rés. 01.45.44.57.34)
Le Bavard de Louis-René des
Forêts - m.e.s. Michel Dumoulin jusqu’au 29 novembre
Combat de Gilles Granouillet m.e.s. Jacques Descorde - jusqu’au
16 novembre
MANUFACTURE DES ABBESSES
(01.42.33.42.03)
Neuf petites filles de Sandrine
Roche d'après un docu. de Claire
Simon - m.e.s. Stanislas Nordey - du
19 au 30 novembre
MONTPARNASSE
(rés. : www.theatreonline.com)
La Colère du Tigre de Philippe
Madral - m.e.s. Christophe Lidon avec Claude Brasseur, Michel
Aumont, ... - jusqu’au 16 novembre
ODÉON EUROPE (01.44.85.40.40)
Les Nègres de Jean Genet - m.e.s.
Robert Wilso - jusqu’au 21 nov.
ATELIERS BERTIER
Les particules élémentaires de
Michel Houellebecq - m.e.s. Julien
Gosselin - jusqu’au 14 novembre
POCHE-MONTPARNASSE
(01.45.48.92.97)
Chère Elena de Ludmilla
Razoumovskaïa - m.e.s. Didier Long jusqu’au 30 novembre
ROND-POINT (0.892.701.603)
Bad Little Bubble B. de et m.e.s.
Laurent Bazin - du 13 nov. au 6 déc.
Comment vous racontez la partie
de et m.e.s. Yasmina Reza. Avec
Zabou Breitman - du 5 nov. au 6 déc.
Novecento d'Alessandro Baricco m.e.s. André Dussollier, PierreFrançois Limbosch. Avec André
Dussollier - 12 nov. au 10 janvier
STUDIO DES CHAMPS ELYSÉES
(01.53.23.99.19)
Le porteur d’Histoire de et m.e.s.
Alexis Michalik - jusqu’au 30 déc.
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Espace Dali
Dali fait le mur
Polymorphe, explosive, rebelle, déconcertante, drolatique, insolite, anticonformiste, populaire : s’agit-il de définir la démarche dalinienne ou celle du
street art ? Au-delà de la démarche artistique, ce qui rapproche ces créateurs, c’est cette façon de dévoiler le monde : provocatrice, iconoclaste et sauvage. À
l’instar de Dalí, les artistes du street art ne s’imposent aucune limite dans
leurs sources d’inspiration, leurs matériaux, leurs supports, leurs revendications.
Une vingtaine d’artistes urbains ont ainsi relevé le défi. En dialogue
avec les œuvres exposées à l’Espace Dali, chacun d’eux a créé une œuvre
qui ose confronter l’univers surréaliste au vocabulaire et aux codes de l’art
urbain : peinture, pochoir, dessin, lumière, son, installation.
La scénographie de l’exposition, confiée à Romaric Le Tiec Studio,
s’inspire de l’univers de Dalí et du street art à la fois, tout en intégrant une
dimension ludique indissociable des deux mondes. Sur le principe de
l’anamorphose, chère à Dali, des lignes blanches proposent au visiteur de
découvrir tout au long de l’exposition des dialogues entre les œuvres des
street artistes et celles de la collection de l’Espace Dali. Ces lignes rappellent les coups de pinceau rapides des street artistes, ou le scotch pour coller
les pochoirs, mais aussi les lignes de fuite omniprésentes dans les œuvres
de Dali.
Arnaud Rabier Nowart «Cochon-tirelires déguisés en éléphants Daliniens
avec apparition Avida Dollarsienne» © Espace Dali
Bibliothèque Mazarine
LA TOUR DE NESLE. DE PIERRE, D’ENCRE ET DE FICTION – jusqu’au 12 déc.
Centre Pompidou
MODERNITÉS PLURIELLES DE 1905 À
1970 – jusqu’au 26 janvier
MARCREL DUCHAMP. La peinture,
même – jusqu’au 5 janvier
Centre Wallonie-Bruxelles
OMBILIC DU RÊVE. Félicien Rops,
Max Klinger, Alfred Kubin, Armand
Simon – jusqu’au 5 janvier
Espace Dali
DALI FAIT LE MUR – Dali et le
“street art“ - jusqu’au 15 mars
Fondation Taylor
LE BARON TAYLOR (1789-1879) À
L’AVANT-GARDE DU ROMANTISME – jusqu’au 15 novembre
Galerie Kugel
VERMEILLEUX, L’ARGENT DORÉ DE
STRASBOURG XVIE-XIXE SIÈCLES – jusqu’au 8 novembre
Grand Palais
NIKI DE SAINT PHALLE – jusqu’au 2
février
HOKUSAI – jusqu’au 18 janvier
PARIS PHOTO 2014 – jusqu’au 23
novembre.
HAÏTI, deux siècles de création
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artistique – du 19 novembre au
15 février
Institut du Monde arabe
LE MAROC CONTEMPORAIN – jusqu’au 25 janvier
Maison du Japon
TISSER LES COULEURS - KIMONOS
D’UN TRÉSOR NATIONAL VIVANT – du
5 novembre au 17 janvier
La Maison Rouge
ART BRUT. COLLECTION ABCD / BRUNO
DECHARME – jusqu’au 18 janv.
Maison de la Photographie
TIM PARCHIKOV, Suspense – jusqu’au 30 novembre
Musée des arts décoratifs
RECTO VERSO - 8 pièces graphiques – jusqu’au 9 novembre
Musée d’art du judaïsme
ROMAN VISHNIAC. De Berlin à New
York, 1920-1975 – jusqu’au 25 janvier.
Musée d’art moderne
DAVID ALTMEJD – jusqu’au 1er févr.
SONIA DELAUNAY, les couleurs de
l’abstraction – jusqu’au 22 février
Musée Carnavalet
PARIS LIBÉRÉ, PARIS PHOTOGRAPHIÉ,
PARIS EXPOSÉ – jusqu’au 8 février
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Miroir ou détournement, inspiration ou aspiration, admiration ou distanciation, chaque dialogue est différent, et invite le visiteur à découvrir
dans chacune des œuvres des street artistes la relation qu’ils ont nouée avec
le maître du surréalisme à l’occasion de l’exposition.
jusqu’au 15 mars 2015
Musée Cernuschi
LE JAPON AU FIL DES SAISONS – jusqu’au 11 janvier 2015
Musée Eugène Delacroix
OBJETS DANS LA PEINTURE, SOUVENIRS DU MAROC – du 5 novembre au
2 février
Musée Guimet
SPLENDEURS DES HAN, ESSOR DE L’EMPIRE CÉLESTE – jusqu’au 1er mars
Musée Jacquemart-André
LE PÉRUGIN, MAÎTRE DE RAPHAËL –
jusqu’au 19 janvier
Musée Lettres & Manuscrits
CORRESPONDANCES AMOUREUSES –
jusqu’au 15 février
Musée du Louvre
MARK LEWIS, invention au
Louvre – jusqu’au 5 janvier
LE MAROC MÉDIÉVAL, un empire
de l’Afrique à l’Espagne – jusqu’au 19 janvier
Musée du Luxembourg
PAUL DURAND-RUEL, LE PARI DE
L’IMPRESSIONNISME. Manet, Monet,
Renoir... – jusqu’au 8 février
Musée Maillol
LES BORGIA ET LEUR TEMPS. De
Léonard de Vinci à Michel-Ange –
jusqu’au 15 février
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Musée Marmottan-Monet
IMPRESSION, SOLEIL LEVANT, l’aube
de l’impressionnisme – jusqu’au
18 janvier
Musée de Montmartre
L’ESPRIT DE MONTMARTRE ET L’ART
MODERNE 1875-1910 – jusqu’au 25
septembre 2015
Musée de l’Orangerie
EMILE BERNARD (1868-1941) – jusqu’au 5 janvier
Musée d’Orsay
ATTAQUER LE SOLEIL. HOMMAGE AU
MARQUIS DE SADE – jusqu’au 25 janv.
Musée du Quai Branly
LES MAYAS, un temps sans fin –
jusqu’au 8 mai
Musée de la Vie Romantique
LA FABRIQUE DU ROMANTISME.
Charles Nodier et les voyages pittoresques – jusqu’au 18 janvier
Petit Palais
DE INGRES À POLKE – jusqu’au 11
janvier
BACCARAT – jusqu’au 4 janvier
Pinacothèque
LE KAMA SUTRA : spiritualité et
érotisme dans l’art indien – jusqu’au 11 janvier
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Onex
Théâtre Saint-Gervais
Les Créatives
Daisy
Pour sa 10e édition, et pour ne pas faillir à la tradition, le festival Les
Créatives convoquent les artistes féminines. Le programme fait la part belle
à la nouvelle scène musicale nationale et internationale mais propose également un film, une conteuse, des djettes et une vj, de la danse, une styliste et
un atelier de développement créatif.
Rodrigo García, l’extraordinaire créateur hispano-argentin, revient à
Saint-Gervais. Et il est remonté comme jamais ! Laissez-vous séduire par
«Daisy», son nouveau texte à la poésie puissante et sombre. Cafard et
ébahissement assurés…
Même si le point central du festival est à Onex, à la salle communale et
au Manège, d’autres associations et lieux genevois ont rejoint le festival et
présentent leur propre programmation :
l’Épicentre
à
Collonge-Bellerive,
la Julienne à Planles-Ouates, le Chat
Noir à Carouge, la
Gravière, la MQJ à
la Jonction…
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Parmi
les
artistes invités, citons
Flavia Coelho et Mayra Andrade
Mayra Andrade et
Flavia
Coelho,
présentes lors de la soirée d’ouverture, mais aussi Mor Karbasi, Camille
Chamoux, Charlotte Gabris ou Mélanie Pain.
Du 14 au 29 novembre 2014
Billetterie en ligne sur : http://www.lescreatives.ch/en-ligne/
ou Service Culturel Migros et Spectacles Onésiens
«Daisy» © Christian Berthelot
Trois ans après «Mort et réincarnation en cow-boy», Rodrigo García
revient donc avec «Daisy», opus dans lequel Rodrigo García laisse éclater
son spleen sarcastique dans un texte profond, philosophique et ironique. Au
menu : un plateau peuplé de blattes, de tortues, de chiens, de fantômes, de
motos et d’un quatuor à corde… Plus sombre que les précédentes, toujours
aussi poétique, Daisy est une pièce « pleine de dérision et de cafard »
(Libération) ...
Du 11 au 15 novembre 2014
Billetterie : 022 / 908.2020 ou en ligne
Théâtre Forum Meyrin
En tournée
Guillaume Tell, le soulèvement
Utopia Mia
Connaît-on vraiment l’histoire de Guillaume Tell ? Sait-on précisément comment cette légende se déroule? On retient généralement le seul
épisode de la pomme et de l’arbalète, mais le mythe recèle bien d’autres
événements en amont comme en aval, des humiliations subies par
plusieurs paysans sous le joug des Habsbourg à la tempête qui permet au
héros de se sauver. Guillaume Tell
participe à un soulèvement collectif, mais il agit aussi comme un
homme seul et sa révolte n’est pas
immédiate. Il accepte d’abord de
mettre en danger son propre fils et
ne tue son ennemi qu’en étant aidé
par les circonstances. Sa figure est
plus complexe qu’il n’y paraît.
La nouvelle création de la compagnie Philippe Saire est arrivée !
Chorégraphie pour 5 interprètes, «Utopia Mia» interroge notre rapport intime à l’utopie. Elle
nous rappelle les rêves éveillés
d’hier et d’aujourd’hui, des
cités idéales de la Renaissance
aux hippies des années 196070. Plus récemment, c’est le
mouvement des Indignados né
à Madrid qui a poussé le
chorégraphe à travailler sur
les utopies. Comment part-on
de nos réalités troublées pour
imaginer un avenir meilleur ?
«Utopia Mia», c’est le rêve
enchanté d’une île où tout peut
être recommencé, où les mouvements des danseurs sont
porteurs de changement sensible, où la musique sublime les
idéaux, juste là, sur scène, à
«Utopia Mia» © Philippe Weissbrodt
portée de main. L'utopie, à
notre portée.
Nora Granovsky. Photo © Pidz
Très remarquée depuis
plusieurs années pour ses mises en
scène de théâtre et d’opéra, Nora
Granovsky ne s’est pas livrée à une
énième adaptation théâtrale de la
légende fondatrice de la nation
suisse. Elle s’en est plutôt inspirée
pour explorer nos capacités de
résistance et de révolte aujourd’hui.
Du 19 au 30 novembre, Théâtre Sévelin 36, Lausanne
4 et 5 décembre, Théâtre Forum Meyrin
9 et 10 décembre, Théâtre Nuithonie, Villars-sur-Glâne
11 et 12 décembre, Forum St-Georges, Delémont
Mercredi 12 novembre à 20h30
Billetterie enligne : http://www.forum-meyrin.ch/billetterie
Rencontre avec Nora Granovsky à l’issue de la représentation
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La Grange au Lac, Évian
Victoria Hall de Genève
Philippe Jaroussky
Ensemble Cantatio
Au cœur d’une impressionnante tournée mondiale, le célèbre contreténor Philippe Jaroussky fera escale à Evian en compagnie de l’ensemble
Artaserse.
Avec sa voix
cristalline, souple et agile,
Philippe Jaroussky est le
contre-ténor le plus incontournable de sa génération. Sa parfaite maîtrise
technique et son aisance
désarmante lui permettent
les nuances les plus audacieuses et les plus
périlleuses. Toujours à la
recherche de découvertes
excitantes et de splendeurs
inédites, il se consacre
actuellement à la musique
sacrée de Vivaldi. Lors de
soirée exceptionnelle la
première partie du programme, plus sacrée, s’inspirera du nouvel album
Vivaldi Pietà, alors que la
Philippe Jaroussky © Simon Fowler
seconde s’affirmera plus
opératique.
22 novembre 2014 à 20h
Dans le cadre des Concerts du dimanche de la ville de Genève,
l’ensemble Cantatio, placé sous la direction de John Duxbury, nous propose
d’écouter «Theodora», oratorio en trois actes HWV 68
de Georg Friedrich
Haendel, une œuvre présentée pour la première fois le
16 mars 1750 à Londres, où
elle déboussola le public du
Covent Garden. Est-ce la
mort des protagonistes qui
trouble ainsi les spectateurs? Est-ce la veine
intimiste choisie par
Haendel qui les déroute?
Quelle qu’en soit la raison, la pièce restera
longtemps et injustement
dans l’ombre d’autres chefsd’œuvre haendeliens.
L’occasion vous est
donc offerte de découvrir
La soprano Maria Keohane
une œuvre que le compositeur chérissait tout particulièrement.
Dimanche 2 novembre à 17h00
Billetterie en ligne : http://billetterie.mal-thonon.org/
Location : Espace Ville de Genève - Pont de la Machine, Grütli, Cité Seniors
Billetterie en ligne : http://billetterie-culture.ville-ge.ch
Opéra de Lausanne
Théâtre des marionnettes de Genève
Michel Corboz
Soucis de plume
L’Opéra de Lausanne accueille le concert exceptionnel prévu à l’occasion du 80ème anniversaire de Michel Corboz.
Guy Juttard reprend un de ses spectacles emblématiques destiné au
public dès quatre ans, créé en 2007 au TMG.
L’occasion pour l’enfant-spectateur de découvrir
à son niveau les dysfonctionnements du monde qui l’entoure, à travers le voyage de
Monsieur Petitmonde.
Lors de cette soirée spéciale, l’Ensemble Vocal Instrumental Lausanne
interprétera la «Passion selon Saint Jean» de J.S. Bach avec, en solistes, la
soprano Letizia Scherrer, la mezzo-soprano Marie-Claude Chappuis, le
ténor Tilman Lichdi, et les barytons Christian Imler et Peter Harvey.
A la poursuite d’une
plume intempestivement
entrée par effraction dans
son monde étriqué, clos sur
son bien-être et son univers
familial, un père de famille
tranquille, devenu Candide
infatigable, va connaître les
plus folles expériences et
aventures, s’étonnant de tout
ce qu’il voit, confronté à tout
«Soucis de plume» © Cédric Vincensini
ce qui ne va pas bien dans le
vaste monde. Il reviendra de
ses pérégrinations différent, plus riche de ses nouvelles connaissances, plus
sage et plus conscient de la nature du vrai bonheur.
Michel Corboz © Laurent Pasche
Et à la direction, Michel Corboz, bien sûr !
Un spectacle de 50 minutes, à voir du 8 au 26 novembre 2014.
Vendredi 14 novembre 2014, 20h
Billetterie : en ligne sur le site du théâtre
Billetterie : 021/315.40.20 ou en ligne sur : www.opera-lausanne.ch
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GENEVE
concerts
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2.11. : Concert du dimanche de la
ville de Genève. ENSEMBLE CANTATIO,
dir. John Duxbury, MARIA KEOHANE,
soprano, MICHAELA SELINGER, mezzosoprano, ALEX POTTER, contre-ténor,
THOMAS HOBBS, ténor, STÉPHAN
MACLEOD, basse (Haendel). Victoria
Hall à 11h (rens. 0800.418.418, billets
: Alhambra, Grütli)
2.11. : QUATUOR DE GENÈVE &
CAMILLO BATTISTELLO, clarinette
(Beethoven, Mozart). Musée d’Art et
d’Histoire, salle des Armures, à 11h
5.11. : Concert des Amis de l’OSR.
OSR, dir. Eliahu Inbal, SERGEY
KHACHATRYAN, violon (Beethoven,
Brahms). Victoria Hall à 20h (Tél.
022/807.00.00 / [email protected])
5.11. : ESTELLE REVAZ, violoncelle &
IRINA
CHKOURINDINA,
piano
(Beethoven, Schumann, Rachmaninov). Point Favre, Chêne-Bourg, à
20h30 (Rens. et rés. 076/345.80.76)
7.11. : Les Grands Interprètes. TRIO
GUARNERI de Prague (Beethoven,
Bloch, Brahms). Conservatoire de
Musique à 20h (loc. Service culturel
Migros Genève, Stand Info Balexert,
Migros Nyon)
7.11. : Jazz Classics. AL DI MEOLA
plays Beatles & more. Avec Kevin
Seddiki, guitare, Peter Kaszas, percussion. Victoria Hall à 20h30 (loc.
Fnac / Ticketcorner)
8.11. : ORCHESTRE DES NATIONS UNIES
&
CHŒUR
DE
L’UNIVERSITÉ
POLYTECHNIQUE DE MADRID, dir.
Antoine Marguier (Mozart). Victoria
Hall à 20h (Billets: www.villege.ch/culture Par téléphone: 0800
418 418 / +41 22 418 3618)
9.11. : LE FLEGMATIQUE. Laurent
Bruttin, clarinette, Antoine Françoise,
piano (Bruttin, Françoise). Musée
d’art moderne et contemporain à 11h
(rés.
sur
:
www.contrechamps.ch/reserver)
9.11. : Série Musique sur Rhône.
Ensemble de musique de chambre de
l’OSR, YUMIKO AWANO & KERRY
BENSON, violon, BARRY SHAPIRO &
STÉPHANE GONTIÈS, alto, STEPHAN
RIECKHOFF & LAURENT ISSARTEL violoncelle, JONATHAN HASKELL contrebasse,
MICHEL WESTPHAL clarinette, CÉLESTEMARIE ROY basson, JULIA HEIRICH cor,
JAMES ALEXANDER piano (R. Strauss).
BFM, Salle Théodore Turrettini, 11h
(Tél. 022/807.00.00 / [email protected])
11.11. : Concert Prestige n°2. LET’S
SWING ! Geneva Camerata, dir. et
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piano David Greilsammer, JACKY
TERRASSON, piano jazz (Marais,
Beethoven, Ravel). BFM à 20h (billetterie : Fnac)
15.11. : Les Grands Interprètes.
QUATUOR MODIGLIANI & SABINE MEYER,
clarinette, KNUT ERIK SUNDQUIST,
contrebasse, DAG JENSEN, basson,
BRUNO SCHNEIDER, cor (Mozart,
Schubert). Conservatoire de Musique
à 20h (loc. Service culturel Migros
Genève, Stand Info Balexert, Migros
Nyon-La Combe)
15.11. : SOWETO GOSPEL CHOIR.
Hommage à Nelson Mandela.
Théâtre du Léman à 15h et 20h (loc.
www.theatreduleman.com)
16.11. : Cercle J.S. Bach. L’OCG,
dir. Natacha Casagrande. MARINA
LODYGENSKY, soprano. ISABELLE
HENRIQUEZ, mezzo-soprano. COLIN
BALZER, ténor. JÉRÉMIE BROCARD, basse
(Mendelssohn). Victoria Hall à 17h
(loc.
022/807.17.90
/
[email protected], www.ticketportal.com)
17.11. : Les Grands Interprètes.
ORCHESTRE PHILARMONIQUE DE SAINTPÉTERSBOURG, dir. Yuri Temirkanov,
NICOLAI
LUGANSKY,
piano
(Rachmaninov, Tchaïkovsky). Victoria
Hall à 20h (tél. 022/322.22.40 ou :
[email protected])
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17.11. : Prestige Artists. JETHRO
TULL’S IAN ANDERSON. Théâtre du
Léman à 20h30 (loc. Fnac)
18.11. : Migros-pour-cent-culturelclassics. AMSTERDAM BAROQUE
ORCHESTRA & CHOIR, dir. Ton
Koopman, JOHANNETTE ZOMER, soprano, BOGNA BARTOSZ, contralto, JÖRG
DÜRMÜLLER, ténor, KLAUS MERTENs,
basse (Mozart). Victoria Hall à 20h
(loc. SCM 022/319.61.11)
18.11. : GECA au Musée n°1.
RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE. David
Greilsammer, piano et piano préparé,
Solistes du Geneva Camerata. Ballet
Junior de Genève, chor. Kirsten
Debrock (Cage, Scarlatti, Berio).
Musée d’art et d’histoire à 19h (Billets
sur place, une heure avant le concert)
18.11. : LIEUX SONORES. Ensemble
Contrechamps,
dir.
Yordan
Kamdzhalov, Mélody Loulédjian,
soprano, Rosa Dominguez, mezzosoprano, Sébastien Cordier, Thierry
Debons, percussion (Ospald, Pauset,
Naón). Studio Ernest-Ansermet à 20h
(rés. : www.contrechamps.ch/)
20.11. : VINCENT NICLO. Théâtre du
Léman à 20h30 (loc. www.theatreduleman.com)
20.11. : Jazz Classics. GREGORY
PORTER, vocals. Avec Yosuke Sato,
saxophone ténor, Chip Crawford,
Victoria Hall
L’Orchestre des Nations Unies
L’Orchestre des Nations Unies à Genève propose un concert exceptionnel Mozart le samedi 8 novembre 2014 à 20 heures au Victoria Hall. L’ONUG
et le Chœur de l’Université Polytechnique de Madrid sont placés sous la
baguette d’Antoine Marguier. Les fonds récoltés lors du concert seront destinés à l’association Bilifou qui fournit des soins médicaux gratuits au Burkina
Faso.Au programme, le Concerto pour piano no. 23, avec son sublime adagio,
sera interprété par Audrey
Vigoureux, que l’on a déjà pu entendre au Victoria Hall dans le 1er
Concerto de Rachmaninoff avec
l’OSR dirigé par Pinchas Steinberg.
La pianiste d’origine aixoise est titulaire d’un 1er Prix de piano avec
mention Très Bien au CNSM de
Paris, ainsi que d’un Diplôme de
Soliste avec distinction au
Conservatoire de Musique de
Genève, où elle enseigne actuelleAntoine Marguier
ment.
Egalement au programme, la Grande Messe en Do mineur permettra
d’entendre Jennifer Kressmann, soprano, Marion Grange, soprano, Jérémie
Schütz, tenor, Mkhanyiseli Mlombi, basse et le Choeur de l’Université
Polytechnique de Madrid.
8 novembre 2014
Billets: www.ville-ge.ch/culture Par téléphone: 0800 418 418 / +41 22 418 3618
Maison des Arts du Grütli, Arcade d’information municipale, Genève – Tourisme,
Cité Séniors, CAGI/Cultural Kiosk at the UNOG.
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piano, Aaron James, bass, Emanuel
Harrold, drums. Victoria Hall à 20h30
(loc. Fnac / Ticketcorner)
22.11. : REQUIEM de Mozart. Salle
des Fêtes de Thônex à 20h30 (Billets
FNAC ou www.thonex.ch)
23.11. : Concert d’automne.
SOLISTES DE L’OCG & ORCHESTRE DES
PAYS DE SAVOIE, dir. Nicolas Chalvin
(Mozart, Lehn, Dvorak). Eglise SteCroix à 17h (entrée libre)
24.11. : Concert de soirée No. 3.
TRAGÉDIE. L’OCG, dir. Joji Hattori,
DONALD LITAKER, ténor (Sibelius,
Britten, Schubert). BFM à 20h (loc.
022/807.17.90 / [email protected]
ou www.ticketportal.com)
26.11. : Série Symphonie. OSR, dir.
Neeme Järvi, LILLI PAASIKIVI, mezzosoprano (Haydn, A. Mahler, R.
Strauss). Victoria Hall à 20h (Tél.
022/807.00.00 / [email protected])
26 et 27.11. : DEMI-FINALE DU PRIX
D’INTERPRÉTATION DE FLÛTE / 69e
Concours de Genève. Solistes de
l’Ensemble Contrechamps & de
l’OSR, dir. Gregory Charette (KwangHo Cho, Debussy). Conservatoire de
Musique de Genève à 19h (billetterie
: concoursgeneve.ch, ou à l’entrée)
28.11. : Série répertoire. OSR, dir.
Neeme Järvi, MARTIN FRÖST, clarinette
(Haydn, von Weber, R. Strauss).
Victoria Hall à 20h (Tél.
022/807.00.00 / [email protected])
29.11. : VALERY LEONTIEV. Première
en Suisse. Théâtre du Léman à 19h30
(location : www.theatreduleman.com)
30.11. : Chœur LE MOTET DE GENÈVE
(Scarlatti,
Bach,
Penderecki,
Schnittke). Temple de Saint Gervais à
18 h. Billets à l'entrée.
1.12. : Temps & Musique. QUATUOR
DE JÉRUSALEM (Beethoven, Janacek).
Conservatoire de Genève à 20h
(billetterie : Service culturel Migros,
Migros Nyon-La Combe, Balexert)
MUSICALES DE COMPESIÈRES
21.11. à 20h30 : NIMA SARKECHIK,
piano & CAMERATA DU LÉMAN, dir.
CLAUDIO VANDELLI (BRAHMS, BEETHOVEN)
22.11. à 20h30 : CAMERATA DU
LÉMAN (Bach, Mozart, Mendelssohn,
Barber, Chostakovitch)
23.11. à 11h : SAVIKA CORNU ZOZOR,
soprano & MARCELO GIANNINI, orgue
(Haydn, Franck, Fauré, Verdi, Puccini,
Wolf, Mozart)
23.11. à 17h : ENSEMBLE VOCAL
EUTERPE, ENSEMBLE INSTRUMENTAL
FRATRES, dir. Christophe Gesseney
(JS Bach). Solistes : Nathalie Bolo,
Fabian Schofrin, Tristan Blanchet,
André Gass, Stepha Imboden.
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Théâtre Alchimic de Carouge
Théâtre La Parfumerie
Petits crimes conjugaux
Les Stones
« Un couple c’est d’abord un
rêve » dit Gilles.
C’est une histoire d’amour.
Plus, c'est un véritable hymne à
l’amour. C'est beau, fort et émouvant, depuis le coup de foudre le jour
de leur rencontre, jusqu'à la routine
qui suit 15 ans de mariage. Et cela
passe forcément par plusieurs phases : des mensonges, des révélations,
des luttes, de la tendresse... un
crime.
Cette pièce de théâtre contemporaine écrite par Eric-Emmanuel
Schmitt est mise en scène par
Thierry Roland. Et le couple est Nathalie Boulin © Cédric Vincensini
formé des comédiens Nathalie
Boulin et Benjamin Kraatz.
Du 4 au 23 novembre 2014
La Parfumerie accueille la création 2014 du Théâtre Spirale, sur un
texte de Stefo Nantsou et Tom Lycos, mis en scène par Michele Millner.
«The Stones» est basé sur l'histoire vraie de deux garçons - Shy Boy et
Yahoo - accusés d'homicide involontaire en Australie après avoir jeté des
pierres depuis un pont autoroutier et avoir tué un conducteur. C’est une
pièce musclée et subversive sur un
phénomène
de
société d'une tristesse
abyssale. Il crie fort,
sur un plateau nu, la
détresse et le mal être
des jeunes "à la
dérive".
Un texte poétique, urbain, oral.
Jon Ander Alonso dans «The Stones»
Un langage cru
© Patrick Mohr
et tendre à la fois.
jusqu’au 9 novembre 2014
Réservation : 022 301 68 38 / Location : Service culturel Migros Genève
opéra
30.11. : I CAPULETI E I MONTECCHI de
Vincenzo Bellini, en version de
concert. Chœur du Grand Théâtre
de Genève, Deutsche Radio
Philharmonie SaarbrückenKaiserslauten, dir. Karel Mark Chichon.
Grand Théâtre à 19h30 (billetterie
en ligne sur www.geneveopera.ch/)
théâtre
Jusqu’au 2.11. : LES DEMEURÉES de
Jeanne Benameur, m.e.s. Didier
Carrier, Le Poche-Genève (rens./rés.
/loc. 022/310.37.59)
Jusqu’au 2.11. : L'ILLUSION COMIQUE de
Corneille, m.e.s. Geneviève Pasquier et
Nicolas Rossier. La Comédie de
Genève (loc. 022/320.50.01)
Jusqu’au 5.11. : WUNDERKAMMER par
la Cie Figuren Theater Tübingen.
Théâtre des Marionnettes (rés.
022/807.31.07 ou en ligne)
Jusqu’au 8.11. : DES COUTEAUX DANS
LES POULES par la Compagnie Inka. La
Traverse, mar au sam à 20h, dim à
17h (rés. 022/909.88.94)
Jusqu’au 9.11. : THE STONES de
Stefo Nantsou et Tom Lycos, m.e.s.
Michele Millner, création du Théâtre
Spirale. La Parfumerie, mar au dim à
19h, dim à 17h (Rés. 022 341 21 21,
[email protected])
Jusqu’au 14.11. : LES JUMEAUX VÉNITIENS de Carlo Goldoni, m.e.s.
Mathias Simons. Théâtre de Carouge
(billetterie : 022/343.43.43 [email protected])
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Jusqu’au 16.11. : L’AFFAIRE DE LA RUE
LOURCINE d’Eugène Labiche et SI CE
N’EST TOI d’Edward Bond, m.e.s. Eric
Salama, créations. Le Grütli ([email protected] ou 022 888 44 88)
3.2. : LE PROCÈS D’IPHIGÉNIE, m.e.s.
Alain Carré, avec Marc Bonnant,
Bernard-Henri Lévy, Alain Carré.
Grand Théâtre à 19h30 (billetterie
en ligne sur www.geneveopera.ch/)
4, 7, 8, 9, 14, 15, 16.11. : CUPIDON
EST MALADE de Pauline Sales, m.e.s.
Jean Bellorini, création, dès 8 ans.
Théâtre Am Stram Gram, 19h,
sam+dim à 17h (Loc. 022/735.79.24
et Service Culturel Migros)
Du 4 au 23.11. : PETITS CRIMES CONJUGAUX d’Eric-E. Schmitt, m.e.s. Thierry
Roland. Théâtre Alchimic, mar+ven à
20h30, mer-jeu-sam-dim à 19h (rés.
022/301.68.38 / loc. Service culturel
Migros)
Du 8 au 26.11. : SOUCIS DE PLUME de
et m.e.s. Guy Jutard. Théâtre des
Marionnettes, sam à 17h, dim à 11h
et 17h, mer à 15h (rés. 022/807.31.07)
Du 11 au 30.11. : VIE DE GUNDLING
FRÉDÉRIC DE PRUSSE SOMMEIL RÊVE CRI
de Lessing de Heiner Müller, m.e.s.
Jean Jourdheuil. La Comédie au
Loup, mar-mer-jeu-sam à 19h, ven à
20h, dim à 17h (rés. 022/301.31.00)
Du 11.11. au 14.12. : HÉLOÏSE de
Marcel Aymé, m.e.s. Camille
Giacobino. Théâtre du Crève-Cœur,
ch. de Ruth, mar au sam à 20h00, dim
à 18h00 (rés. 022/786.86.00)
Du 17 au 30.11. : LES COMBATS D'UNE
REINE de Griselidis Real, m.e.s.
Françoise Courvoisier. Le PocheGenève, lun+ven à 20h30, merjeu+sam à 19h, dim à 17h (loc. 022
e
n
Rés. 022 341 21 21, [email protected]
310 37 59, [email protected])
18, 22 et 23.11. : ABRAKADUBRADE et
avec Damien Bouvet, m.e.s. Ivan
Grinberg, dès 6 ans. Théâtre Am
Stram Gram, mar à 19h, sam+ dim à
17h (Loc. 022/735.79.24 et Service
Culturel Migros)
Du 18 au 30.11. : RÉCITS DE FEMMES
de Dario Fo et Franca Rame, m.e.s.
Michèle Millner et Naïma Arlaud. La
Comédie de Genève, mar-mer-jeusam à 19h, ven à 20h, dim à 17, lun
relâche (loc. 022/320.50.01 / [email protected])
19.11. : Midi, théâtre ! - LES
DENTELLIÈRES DE CAMBRAI de et par
Pierre Mifsud et Fred Mudry. Le
Grütli, Foyer, à 12h (rés. 022 888 44
88, [email protected] ou )
25, 29 et 30.11. : BOUNCE! de et
m.e.s. Thomas Guerry et Camille
Rocailleux, dès 6 ans. Théâtre Am
Stram Gram, mar à 19h, sam+ dim à
17h (Loc. 022/735.79.24 et Service
Culturel Migros)
Du 25.11. au 14.12. : JOSÉPHINE
CANTATRICE DU PEUPLE DES SOURIS de
Kafka par le Studio d’action théâtrale,
création. Le Galpon (rés. au
022/321.21.76 - 2h avant le spectacle
- mail : [email protected])
30.11 : La saison des P’tits Loups.
LES ESCALIERS SONT EN PAPIER, Théâtre
Escarboucle. Théâtre du Loup, à 11h
et 15h (rés. 022/301.31.00)
danse
Jusqu’au 2.11. : DIFFRACTION de
Cindy Van Acker. Salle des Eaux-Vives,
82-84 r. Eaux-Vives, à 20h30 (billets :
Service culturel Migros, Stand Info
d
a
Balexert, Migros Nyon)
Du 13 au 16.11. : COSMOPOL/ TEKTON,
chor. Ola Maciejewska, création.
Théâtre de l’Usine (rés. 022/328.08.18
ou www.theatredelusine.ch)
13, 14, 15, 17, 18, 19, 20, 21.11. :
CASSE-NOISETTE de Piotr Ilitch
Tchaikovski, chor. Jeroen Verbruggen,
dir. Philippe Cohen, Ballet du Grand
Théâtre. OSR, dir. musicale Philippe
Béran, création. Grand Théâtre à
19h30 (billetterie en ligne sur le site
du Grand Théâtre)
14 et 15.11. : TOBARI de Ushio
Amagatsu et Sankai Juku. BFM (loc.
Service culturel Migros, Stand Info
Balexert, Migros Nyon)
Du 26 au 30.11. : APERSONA de
Ioannis Mandafounis, création. Salle
des Eaux-Vives, 82-84 r. Eaux-Vives, à
20h30 (billets : Service culturel Migros,
Stand Info Balexert, Migros Nyon La
Combe)
28 et 29.11. : FAR, création chor. de
Wayne McGregor. Salle des Fêtes du
Lignon, Vernier, à 20h (loc. : www.vernier.ch/billetterie)
30.11. : LA BELLE AU BOIS DORMANT,
Cie de Théâtre Municipal Académique
de Kiev. Théâtre du Léman à 20h30
(loc. www.theatreduleman.com)
divers
1er et 2.11. : FÊTE ET INAUGURATION DU
MUZOO, la collection du Théâtre du
Loup. Théâtre du Loup, sam 1er, de
15h à 22h, dim 2, de 11h à 17h (rés.
022/301.31.00)
1er et 2.11. : GILLES FURTWÄNGLER,
performance. Théâtre de l’Usine (rés.
022/328.08.18 ou www.theatredelusi-
91
m
92
é
m
ne.ch)
Du 1.11. au 31.12. : LA R’VUE 2014 de
Philippe Cohen, Gaspard Boesch et
Gilles Rosset, m.e.s. Philippe Cohen.
Casino-Théâtre, mar-mer-ven à 20h,
jeu-sam à 19h, dim à 17h (rés.
022/793.54.45 ou [email protected])
4 et 5.11. : LES STARS avec Daniel
Prévost et Jacques Balutin.Théâtre du
Léman à 20h30 (loc. www.theatreduleman.com)
15.11. : VIRGINIE OU SI LE SILENCE N'ÉTAIT PAS D'OR.... Salle des Fêtes de
Thônex à 20h30 (Billets FNAC ou
www.thonex.ch)
22.11. : LE LAC DES CYGNES, Grand
Ballet de Théâtre Municipal
Académique de l’Opéra et Ballet de
Kiev & Solistes Etoiles du ballet de
Kiev. Théâtre du Léman à 20h (loc.
www.theatreduleman.com)
25.11. : IRISH CELTIC. Théâtre du
Léman à 20h30 (loc. www.theatreduleman.com)
26.11. : CENDRILLON ET SES CROCKS par
la Cie La Poule qui Tousse, Jeune
public. La Traverse à 14h30 (loc. SCM,,
022/319.61.11)
e
n
t
(Mozart, Brahms). Salle Métropole à
20h (Billetterie : 021/345.00.25)
23.11. : Les Concerts J.S. Bach de
Lutry. HOMMAGE À TIBOR VARGA par
l’Ensemble à cordes Gyula Stuller avec
SUNAO GOKO, 1er prix du Concours
international de violon Tibor Varga
2013. Temple de Lutry à 17h (Billets :
Hug Musique, Grand-Pont 4, ou à l'entrée dès 16h le jour du concert / rés.
Point I, Quai G. Doret, Lutry, Tél. 021
791 47 65)
26.11. : Concert Découvertes. MA
MÈRE L’OYE, OCL, dir. Daniel Cohen,
Comédien/ne de La Manufacture,
musique de Maurice Ravel. BCV
Concert Hall à 17h (Billetterie sur
place ou 021 345 00 25)
27.11. : OSR, dir. Neeme Järvi, LILLI
PAASIKIVI, mezzo-soprano (Haydn,
Mahler, R. Strauss). Théâtre de
Beaulieu à 20h15 (Tél. 022/807.00.00 /
[email protected] ou Passion Musique)
30.11. : Concert du dimanche.
O.C.L., dir. Marcelo Lehninger,
NICOLAS BERNARD, trompette (Hertel,
Mozart, Haydn). Opéra de Lausanne à
11h15 (Billetterie de l’OCL: Tél. 021
345 00 25)
LAUSANNE opéra
concerts
2.11. : Les Concerts J.S. Bach de
Lutry. VOIX DE LAUSANNE & ORCHESTRE
DES JEUNES DE FRIBOURG dir. Dominique
Tille (Händel, J.S. Bach). Temple de
Lutry à 17h (Billets : Hug Musique,
Grand-Pont 4, ou à l'entrée dès 16h le
jour du concert / rés. Point I, Quai G.
Doret, Lutry, Tél. 021 791 47 65)
6.11. : OSR, dir. Eliahu Inbal, SERGEY
KHACHATRYAN, violon (Beethoven,
Brahms). Théâtre de Beaulieu à 20h15
(Tél. 022/807.00.00 / [email protected] ou
chez Passion Musique)
14.11. : ENSEMBLE VOCAL INSTRUMENTAL
LAUSANNE, dir. Michel Corboz, LETIZIA
SCHERRER, soprano, MARIE-CLAUDE
CHAPPUIS, mezzo, TILMAN LICHDI, ténor,
CHRISTIAN IMMLER ET PETER HARVEY, barytons (J.-S. Bach). Opéra de Lausanne, à
20h (Billetterie : 021/315.40.20, lunven de 12h à 18h / en ligne et infos :
www.opera-lausanne.ch)
16.11. : Concert du dimanche.
Orchestre de la Haute Ecole de
Musique de Lausanne, dir. Hervé
Klopfenstein (Chostakovitch). Opéra
de Lausanne à 11h15 (Billetterie de
l’OCL: Tél. 021 345 00 25)
17 et 18.11. : O.C.L., dir. Jaime
Martín, OLGA PERETYATKO, soprano
5.11. : Conférence exceptionnelle
d’Alban Cerisier. LE PETIT PRINCE. Salon
Alice Bailly de l’Opéra de Lausanne à
13h45 et 17h30. Entrée libre sur présentation du billet de spectacle.
5, 7, 8, 9, 12.11. : LE PETIT PRINCE de
Michaël Levinas. L’OCG, dir. Arie van
Beek, m.e.s. Lilo Baur. Opéra de
Lausanne, les 5 et 9 à 15h, , les 5, 7, 9
à 19h, le 8 à 17h, le 12 à 18h (Billetterie
: 021/315.40.20, lun-ven de 12h à 18h
/ en ligne : www.opera-lausanne.ch)
16.11. : ORCHESTRE IL POMO D’ORO,
dir. et violon RICCARDO MINASI & MAX
EMANUEL CENCIC, contre-ténor (Vivaldi,
Albinoni,
Caldara,
Gasparini,
Giacommelli). Opéra de Lausanne, à
17h (Billetterie : 021/315.40.20, lunven de 12h à 18h / en ligne :
www.opera-lausanne.ch)
théâtre
Jusqu’au 2.11. : D'UN RETOURNEMENT
L'AUTRE de Frédéric Lordon, m.e.s.
Vincent Bonillo. La Grange de Dorigny
(rés. 021/692.21.24)
Jusqu’au 2.11. : AGAMEMNON de
Rodrigo Gardia, par les Cies Le cinquième quartier & Push-Up. Théâtre
2.21, sa à 19h, di à 18h (billetterie sur
: www.theatre221.ch/)
Jusqu’au 2.11. : KING KONG de
a
g
o
Virginie Despentes, m.e.s. Emilie
Charriot, création. L’Arsenic ([email protected] / 021/625.11.36)
Jusqu’au 16.11. : MON FAUST de Paul
Vléry, m.e.s. Philippe Mentha. Théâtre
Kléber-Méleau, sa 19h00 – di 17h30
(Achat en ligne sur vidy.ch)
Jusqu’au 16.11. : TOUBABS de et
m.e.s. Leslie Rudolf, Cie Venado.
Pulloff Théâtre, Industrie 10, me/ve à
20h, ma/je/sa à 19h et di à 18h (rés. en
ligne sur : www.pulloff.ch, ou au 021
311 44 22)
Jusqu’au 16.11. : LE RÉVIZOR d'après
Nicolas Gogol, m.e.s. Evelyne
Castellino, création, dès 8 ans. Le petithéâtre (réservation en ligne sur le site
du théâtre)
Du 4 au 7.11. : EN QUOI FAISONS-NOUS
COMPAGNIE AVEC LE MENHIR DANS LES LANDES? de Marielle Pinsard. Chapiteau
Vidy-L, à 20h / le 6 à 22h: rencontre
avec l'équipe artistique de Marielle
Pinsard (loc. 021/619.45.45)
Du 4 au 22.11. : HALLO par Martin
Zimmermann. Vidy-Lausanne, salle
René Gonzalez, à 19h30, dim à 16h / le
12 à 20h45 : rencontre avec l'équipe
artistique de Martn Zimmermann (loc.
021/619.45.45)
jeudi 6, vendredi 7, dimanche 9.11. :
DOUTE de John Patrick Shanley, m.e.s.
Robert Bouvier. Espace culturel des
Terreaux, jeu à 19h, ven à 20h, dim à
17h (billetterie 021 320 00 46)
Du 6 au 9.11. : LA SECONDE SURPRISE
DE L'AMOUR de Marivaux, m.e.s.
Valentin Rossier. La Grange de
Dorigny, je 19h / ve 20h30 / sa 19h
(rés. 021/692.21.24 + en ligne sur la
page de chaque spectacle)
Du 11 au 19.11. : MANGER SEUL,
m.e.s. Fabrice Gorgerat, création.
Théâtre de L’Arsenic, ma, je, sa 19h /
me, ve 20h30 / di 18h (rés. en ligne)
Du 13 au 15.11. : L’ILLUSION COMIQUE
de Pierre Corneille, m.e.s. Geneviève
Paquier et Valentin Rossier. La Grange
de Dorigny, je 19h / ve 20h30 / sa 19h
(rés. 021/692.21.24 + en ligne sur la
page de chaque spectacle)
Du 13 au 22.11. : JAN KARSKI (MON
NOM EST UNE FICTION), création d’Arthur
Nauzyciel. Vidy-Lausanne, salle
Charles Apothéloz, jeu-sam à 19h /
sam 22 à 17h, ven-lun-mar-mer à 20h
/ le 20 à 21h50 : rencontre avec l'équipe artistique d'Arthur Nauzyciel (rés.
021/619.45.45, ou www.billetterievidy.ch)
Du 28.11. au 17.12. : DAS WEISSE VOM
EI (UNE ÎLE FLOTTANTE) de et m.e.s.
Christoph Marthaler. Vidy-Lausanne,
salle Charles Apothéloz, mar-mer-ven
à 20h, jeu-sam à 19h, dim à 17h (rés.
021/619.45.45 - www.billetterievidy.ch)
e
n
Du 28 au 30.11. & du 4 au 6.12. :
ENCORE de et par Eugénie Rebetez. La
Grange de Dorigny, je 19h / ve 20h30
/ sa 19h / di 17h (rés. 021/692.21.24 +
en ligne sur la page du spectacle)
danse
6 et 7.11. : MANGER, chor. Boris
Chramatz. Vidy-Lausanne, salle
Charles Apothéloz, à 21h (loc.
021/619.45.45)
Du 6 au 9.11. : QUANTUM, chor. Gilles
Jobin. Théâtre de L’Arsenic, je 20h30 /
ve, sa 19h / di 18h / je 6.11 : rencontre autour du processus de création
après le spectacle (rés. en ligne)
Du 13 au 15.11. : A + B = X, chor.
Gilles Jobin. Théâtre de L’Arsenic, je,
sa 21h / ve 19h / le 13.11 à 19h - conférence - projet de film en 3D de la Cie
Gilles Jobin WOMB 3D (rés. en ligne)
Du 28.11. au 4.12. : TAC. TAC, chor.
Youngsoon Cho Jaquet. Théâtre de
L’Arsenic, me, ve 20h30 / sa, je, ma
19h / di 18h (rés. en ligne)
divers
10.11 : RENCONTRE AVEC DIEUDONNÉ
NIANGOUNA. Conférence/débat. VidyLausanne, salle René Gonzalez, à 19h
(Réservation : [email protected])
15.11. : DÉBAT - QUI ÉTAIT KARSKI?
Conférence d'Annet Becker en contrepoint au spectacle Jan Karski d'Arthur
Nauzyciel et à l'exposition Le Monde
savait. La mission de Jan Karski pour
l'Humanité... Vidy-Lausanne, La
Passerelle à 17h (rés. [email protected])
Du 20 au 22.11. : LA VERY MUSIC BOXE
par l'ensemBle baBel et water-water.
La Grange de Dorigny, je 19h / ve
20h30 / sa 19h (rés. 021/692.21.24 +
en ligne)
AILLEURS
annecy
BONLIEU SCÈNE NATIONALE aux Haras
d’Annecy, sauf mention contraire
(rens./rés. 04.50.33.44.11 / [email protected])
Du 5 au 7.11. : TORDRE, chor. Rachid
Ouramdane
Du 5 au 7.11. : ECLATS, BRIBES… de et
m.e.s. Camille Boitel
Du 5 au 8.11. : UN ÉTÉ À OSAGE
COUNTY de Tracy Letts, m.e.s.
Dominique Pitoiset
7.11., Musée-Château : FANNY
CLAMARAND & VANYA COHEN, concert
Du 12 au 14.11. : CLOC de et m.e.s.
M.Delforges et J. Helfenstein
d
a
m
12.11. : WARRIORS - THE COOKERS
14.11. : ORCHESTRE DES PAYS DE SAVOIE
– MILLÉSIME, Cycle des concertos pour
vent de Mozart, dir. Nicolas Chalvin,
JACQUES ZOON, flûte (Haydn, Rääts,
Mozart)
15 et 16.11. : ALADIN / Matèj Forman
16.11. : AU FOND DE LA CLASSE –
MERLOT, chanson
Du 18 au 20.11. : IL N’EST PAS ENCORE
MINUIT… par la Compagnie XY
19 et 20.11. : UNE FEMME SANS HISTOIRE d’après Jean-Xavier de Lestrade
m.e.s. Dorian Rossel
19 et 20.11. : EL TRIUNFO DE LA
LIBERTAD, par La Ribot, Juan
Domínguez et Juan Loriente
22.11. : MA VIE par Michel Boujenah
23.11., Eglise St-Laurent : FIN DE
SIÈCLE, Solenne Païdassi, violon,
Laurent Wagschal, piano (R. Strauss,
Fauré, Franck)
26 et 27.11. : IDIOT ! d’après
Dostoïevski, m.e.s. V. Macaigne
26 et 27.11. : PREPARATIO MORTIS,
chor. Jan Fabre
28.11. : WHITE CONCERT, Pascal
Contet, Robin Rimbaud et Joel
Cadbury
30.11., Eglise St-Laurent : LE PLAISIR.
Quatuor Zaïde (Haydn, Mendelssohn,
Dvorák)
annemasse
RELAIS CHÂTEAU-ROUGE à 20h30
sauf mention contraire (loc.
+33/450.43.24.24)
4 et 5.11. : LENTO par la Cie Nuua
Du 5 au 9 et 20.11. : TRANCHÉES de et
m.e.s. Laurent Vaucher
6.11. : PROTOJE & THE INDIGGNATION
Du 12 au 14.11. : EN ATTENDANT
GODOT de Samuel Beckett, m.e.s.
Laurent Vaucher
15.11. : DJ WU3 / LLAMATRON
19.11. : ETIENNE DAHO
21.11. : EZ3KIEL, electro rock
22 et 26.11. : ANTOINETTE LA POULE
SAVANTE de Isabelle Aboulker, m.e.s.
Sébastien Davis
26.11. : D'GEORGES. Théâtre musical
/ Création autour d’Aperghis
27.11. : IRMA, soul hip-hop
29.11. : CENDRILLON, chor. Thierry
Malandain, Malandain Ballet Biarritz
fribourg
THÉÂTRE EQUILIBRE à 20h (billetterie :
Fribourg Tourisme 026/350.11.00 /
[email protected])
8.11. : LES PALMES DE M. SCHUTZ de
Jean-Noël Fenwick, m.e.s. Gérard
Caillaud
14.11. : SIDEWAYS RAIN, chor.
Guilherme Botelho
a
g
16.11. : KÄFIG BRASIL, chor. Collectif
Käfig Brasil, Denis Plassard, Céline
Lefèvre, Octavio Nassur, Anthony
Egéa et Mourad Merzouki
23.11. : CUPIDON EST MALADE de
Pauline Sales, m.e.s. Jean Bellorini
28.11. : MENSONGES D'ETAT de X.
Daugreilh, m.e.s. Nicolas Briançon
givisiez
THÉÂTRE DES OSSES, 20h, di à 17h
(loc. 026/469.70.00)
Jusqu’au 28.11. : L’ILLUSION COMIQUE
de Corneille, m.e.s. Geneviève
Pasquier et Nicolas Rossier
la chaux-fds
THÉÂTRE POPULAIRE ROMAND / CENTRE
NEUCHÂTELOIS DES ARTS VIVANTS (loc.
032/967.60.50, www.arcenscenes.ch)
1er à 18h15 et 2.11. à 17h15 / BeauSite : ARCADIA, Cie trop cher to share
5.11. à 20h / L’Heure bleue :
Musique en fête. BONNY B & FRI-GOSPEL
SINGERS & LA VILLANELLE
8 à 20h15 et 9.11. à 17h / L’Heure
bleue : ALEXANDRE THARAUD, piano
12, 15 et 16.11. / Cinéma ABC : LE
CARNAVAL DE LA PETITE TAUPE
13.11. à 20h15 / L’Heure bleue :
CARMEN SOUZA, world jazz
19.11. à 20h15 / L’Heure bleue :
BLAISE CENDRARS AU CŒUR DES ARTS - LA
PROSE DU TRANSSIBÉRIEN, avec le comédien Jacques Probst
20.11. à 20h15 / Pavillon des Sports :
AMSTERDAM BAROQUE ORCHESTRA &
CHOIR, TON KOOPMAN
26, 27, 28.11. à 20h15, 29.11. à
18h15 / Beau-Site : UNE FEMME SANS
é
m
e
HISTOIRE, d’après Jean-Xavier de
Lestrade, m.e.s. Dorian Rossel
martigny
FONDATION GIANADDA, à 20h, dim à
17h sauf mention contraire (rés. +41
27 722 39 78)
Du 6 au 8.11. : LOU de Pascal
Rinaldi, m.e.s. Lorenzo Malaguerra.
Théâtre Alambic à 19h30, le 8 à 19h
(rés. & loc. au 027/722.94.22 ou [email protected])
9.11. : CHOEUR NOVANTIQUA DE SION,
LE MOMENT BAROQUE, dir. Bernard
Héritier, ADRIANA FERNANDEZ, VALÉRIE
BONNARD, JEAN-FRANÇOIS NOVELLI,
MARCUS NIEDERMEYR (Haendel)
19.11. : Concert Anniversaire.
ORCHESTRE DE CHAMBRE DE LAUSANNE,
dir. Jaime Martin, PAUL MEYER, clarinette (Mozart, Brahms)
27 et 28.11. : DOUTE de John Patrick
Shanley, m.e.s. Robert Bouvier.
Théâtre Alambic à 19h30 (rés. & loc.
au 027/722.94.22 ou [email protected])
meyrin
THÉÂTRE FORUM MEYRIN
(loc. 022/989.34.34)
12.11. : GUILLAUME TELL, LE SOULÈVEMENT de Nora Granovsky. Rencontre
avec Nora Granovsky à l’issue de la
représentation
19.11. : O TEMPS D'O, par la
Compagnie BaroloSolo
25 et 26.11. : L'ANNONCE FAITE À
MARIE de Paul Claudel, m.e.s. Yves
Beaunesne
Théâtre de Beausobre, Morges
Elizabeth Sombart
Le Concerto pour piano de Chopin N° 1, op.11 en mi mineur est une
œuvre exceptionnelle de maturité composée par Chopin en 1830 alors qu’il
avait à peine 20 ans ! Une version rare du concerto est proposée ici, elle a
été jouée une seule
fois en 1832 à Paris
à la salle Pleyel.
Avec la sublime
pianiste Elizabeth
Sombart, un touché
unique et une sensibilité extraordinaire, accompagnée
Elizabeth Sombart © Sheila McKinnon
par le Quatuor à
cordes de la
Fondation Résonnance : Nathanaëlle Marie, Lucie Bessiere, Fabienne
Stadelmann et Christophe Beau.
Dimanche 9 novembre à 16h30
Réservations : Tél. : +41 (0)21 802 64 46, [email protected]
e
n
d
a
n
t
o
mézières
THÉÂTRE DU JORAT à 20h, dim à 17h,
sauf mention contraire
(rés. : www.theatredujorat.ch/)
5.10 : LE POIDS DES ÉPONGES, par la
Compagnie Alias
monthey
THÉÂTRE DU CROCHETAN à 20h
(loc. 024/471.62.67)
Du 5 au 7.11. : DISTANCIA – UNE
TRILOGIE, chor. Guilherme Botelho
13.11. : LA SECONDE SURPRISE DE L'AMOUR de Marivaux, m.e.s. V. Rossier
17.11. : DOUZE HOMMES EN COLÈRE
de Reginald Rose, m.e.s. Julien
Schmutz
Du 28 au 30.11. : SYMPOSIUM PI
montreux
Auditorium Stravinski, 20h15 sauf
mention contraire
(loc. 021/962.21.19)
1.11. : JOHN WILLIAMS, Concert de
Musiques de films
6.11. : SOIRÉE JAZZ
15.11. : SERGE LAMA – 50 ans de
Chanson
morges
THÉÂTRE DE BEAUSOBRE à 20h
(loc. 024/471.62.67)
5.11. : SÉQUENCE 8, Cie Les 7 doigts
de la main, Cirque
8.11. à 19h : FILLS MONKEY, Humour
11.11. : LES PALMES DE MONSIEUR
SCHUTZ de Jean-Noël Fenwick, m.e.s.
Gérard Caillaud
13.11. : BRIGITTE, Concert
14.11. : ARY ABITTAN, Humour
15.11. à 19h : R & J de et m.e.s.
Alexis Michalik, Théâtre
19.11. : UN GRAND MOMENT DE SOLITUDE de, avec et m.e.s. Josiane Balasko
20.11. : LA TEMPÊTE de Shakespeare,
m.e.s. Christophe Lidon
21.11. : WILLIAM WHITE, Concert
23.11. à 17h : ALADIN ET LA LAMPE
MERVEILLEUSE de et m.e.s. Dani Lary
25.11. : CAROLE BOUQUET - TENTATIVE
DE JALOUSIE de Marina Tsvetaeva,
m.e.s. Nahal Tajadod
28 à 20h et 29.11. à 19h : SALUT LES
COPAINS, le spectacle musical, chor. et
m.e.s. Stéphane Jarny
neuchâtel
THÉÂTRE DU PASSAGE. A 20h, di à 17h
(loc. 032/717.79.07)
2.11. : COLORATURE de Stephen
Temperley
Du 5 au 9.11. : LE PETIT BARBIER DE
93
m
é
m
SÉVILLE d'après Rossini
7 et 8.11. : SÉQUENCE 8 par les 7
doigts de la main
11.11. : SIDEWAYS RAIN, chor.
Guilherme Botelho, Compgnie Alias
12.11. : ANTES, chor. Guilherme
Botelho, Compgnie Alias
13-15.11., 3.12., 8-10.1. :
L'EMMERDEUR de Francis Veber
16.11. : LÉGENDES DES FORÊTS de et
par Ariane Racine, conte
16.11., hors saison : DIMITRI, clown
Du 21 au 23.11. : BUSCÁNDOSE LA VIA
par le quintet flamenco Alogamia
26.11. au 28.12. : CUCHE ET BARBEZAT
94
THÉÂTRE DU POMMIER (loc. 032 725 05
05 ou en ligne)
8 et 9.11. à 17h : POST-SCRIPTUM & LE
PETIT CHAPERON ROUGE, par la Cie
Théâtre du Sursaut
Du 12 au 13.11. à 20h : HOLD UP, de
Françoise Gugger, par la Cie Collectif
du Pif, m.e.s. Rashid Mili
15.11. à 20h30 : Quatuor GARDEN
PORTEL & COLOUR OF RICE (Rani
Bruggann), Cie Collectif 440HZ (CH)
19.11. à 20h : 3 SAX BROS. PLAY
MULLIGAN, musique
26 et 27.11. à 20h : LES
MÉTAORPHOSES d’Ovide, Cie Projet
STOA, m.e.s. Guy Delafontaine
nyon
USINE À GAZ sauf mention contraire
(loc. 022/361.44.04)
7.11. : DELUXE, concert
Du 18 au 22.11. : MARIE-THÉRÈSE
PORCHET – 20 ANS DE BONHEUR!
26.11. : BON APPÉTIT, MISTER GIGI,
Cie au petit bonheur les mots
28.11. : ELEPHANZ, concert
onex
SPECTACLES ONÉSIENS, salle communale à 20h30 (loc. 022/879.59.99
ou SCM 022/319.61.11)
5.11. : GIORGIO CONTE, chanson
Du 14 au 29.11. : FESTIVAL LES
CRÉATIVES, 10ème édition
14.11. : Les Créatives. MAYRA
ANDRADE ET FLAVIA COELHO, musique
16.11. : Récrés Spectacle.
CENDRILLON MÈNE LE BAL par la
Compagnie Mine de rien, dès 5 ans
e
n
t
pully
L’OCTOGONE, à 20h30 sauf mention
contraire (loc. 021/721.36.20)
Mardi 4.11. à 20h : Pour L’Art et le
Lutrin. CUARTETTO CASALS.
7.11. : SOLOGRAPHIES, chor.
Katarzyna Gdaniec, Marco Cantalupo
15.11. : GIRLS IN HAWAII, concert
21.11. : LA TEMPÊTE de
Shakespeare, m.e.s. Christophe
Lidon. Avec Sarah Biasini, …
25.11. : UTSUSHI - ENTRE DEUX
MIROIRES, par la Cie Sankai Juku,
m.e.s. et chor. Ushio Amagatsu
29.11. : En collaboration avec
Amdathtra. UN MONDE DE MUSIQUE.
François Lindemann & 9 musiciens
rolle
ROSEY CONCERT HALL (loc. Ticketcorner)
18.11. à 20h : ORCHESTRE
PHILHARMONIQUE DE ST. PÉTERSBOURG,
dir. Yuri Temirkanov, Nikolaï
Lugansky, piano (Grieg, Tchaïkovski)
sion
THÉÂTRE DE VALÈRE à 20h15, sauf mention contraire (loc. 027/323.45.61)
4.11. : LA MALADIE DU POUVOIR
d'Octave Mirbeau, par le Collectif
Vdp (F), m.e.s. Ronan Rivière
Du 6 au 16.11. : QUARTETT de
Heiner Müller. Le petithéâtre, jeu+
sam à 19h, ven à 20h30, dim à 17h
(billetterie : [email protected])
12.11. : MUR d'Amanda Sthers, par
le Petit Théâtre de Paris
14.11. : JOURNÉES INTERNATIONALES
DE LA GUITARE, œuvres pour guitares
et orchestre à cordes par la
Camerata Valais avec Zoran Dukic,
guitare ; George Vassilev, guitare ...
18.11. : ANTOINE DULÉRY FAIT SON
CINÉMA (MAIS AU THÉÂTRE), m.e.s.
Pascal Serieis
25.11. : LA PETITE EVASION de et
m.e.s. Daniela Ginevro
27, 28 et 29.11. : BALLADE EN
ORAGE de et m.e.s. Julien Mages. Le
petithéâtre, jeu+ sam à 19h, ven à
20h30 (billetterie : [email protected])
plan/ouates thonon-évian
ESPACE VÉLODROME, sauf avis
contraire (loc. 022/888.64.60)
6.11. : GÉNÉRATIONS CONGO, Ray
Lema et Fredy Massamba, Concert,
première partie : GASANDJI
20.11., La Julienne : LAS HERMANAS
CARONNI, par G. et L. Caronni
MAISON DES ARTS, ESPACE MAURICE
NOVARINA à 20h30, sauf mention
contraire (loc. 04.50.71.39.47 ou en
ligne : billetterie.mal-thonon.org)
4 et 5.11. : LES NOCES IMAGINAIRES
D’IPHIGÉNIE d’après Euripide, m.e.s.
a
g
o
Dan Jemmett
8.11. : PLAY BACH de Nazim Hikmet
et Grégoire Callies, m.e.s. JeanBaptiste Manessier, Grégoire Callies
et Peggy Schepens
8.11., Evian : VINCENT DELERM
13 et 14.11., Evian : CONVERSATION
AVEC UN JEUNE HOMME par la
Compagnie Gare Centrale, m.e.s.
Agnès Limbos
14.11., Château Rouge,
Annemasse : EN ATTENDANT GODOT
de Beckett, m.e.s. Laurent Vacher
15.11., Evian : JAMES CARTER, jazz
18 et 19.11., Evian : LA MAISON
PRÈS DU LAC par Yael Rasooly et Yaara
Goldring
22.11., Evian : PHILIPPE JAROUSSKY
et l’ENSEMBLE ARTASERSE (Vivaldi,
Scarlatti)
22.11. : HAÏKU de Bernard Chemin
et Didier de Neck, m.e.s. D. de Neck
vevey
LE REFLET - THÉÂTRE DE VEVEY. À
19h30, dim à 17h sauf mention
contraire (rés. 021/925.94.94 ou
[email protected])
6.11. : L'ILLUSION COMIQUE de
Corneille, m.e.s. Geneviève Pasquier
et Nicolas Rossier
8.11. : LA BANDE DU TABOU par le
Cabaret Saint-Germain-des-Prés et
la Compagnie Narcisse
12.11. : LE CAS DE LA FAMILLE
COLEMAN de Claudio Tolcachir,
m.e.s. Johanna Boyé
13.11. : Arts & Lettres. QUATUOR
SINE NOMINE & MARIE-PIERRE
LANGLAMET, harpe (Debussy Caplet). Salle del Castillo à 19h30
(loc. Théâtre de Vevey, tél: + 41 21
925 94 94)
14.11. : LES DENTELLIÈRES DE
CAMBRAI par la Cie Gaspard
14.11. : ARTHUR H, musique
16.11. : VIVA LA MAMMA, opéra,
dir. Franco Trinca, Théâtre
Orchestre Bienne Soleure
17.11. : TIGRAN HAMASYAN, piano
19.11. : Arts & Lettres. VERONIKA
EBERLE, violon. SEBASTIAN MANZ, clarinette. HERBERT SCHUCH, piano
(Milhaud - Brahms - Schumann Bartók). Salle del Castillo à 19h30
(loc. Théâtre de Vevey, tél: + 41 21
925 94 94)
25.11. : PIERS FACCINI ET VINCENT
SEGAL, musique
29.11. : CUPIDON EST MALADE de
Pauline Sales, m.e.s. Jean Bellorini
ORIENTAL-VEVEY (rés. 021/925.35.90
ou www.orientalvevey.ch)
12 au 16.11. : CHRONIQUES
ADRIATIQUES, de Domenico Carli, par
e
n
Acmosercie, m.e.s. Anne-Cécile
Moser. Oriental Vevey, mer à 20h :
CIAO PAPÀ! / jeu à 20h : AVE MARIA /
ven à 20h : LIDO ADRIATICO / sam à
19h, dim à 16h : trilogie
villars s/gl.
ESPACE NUITHONIE, à 20h (loc.
Fribourg Tourisme 026/350.11.00 /
[email protected], ou
Nuithonie: 026 407 51 51)
Du 5 au 15.11. : DOUZE HOMMES EN
COLÈRE de Réginald Rose, m.e.s.
Julien Schmutz
7 et 8.11. : L'AMOUR DES TROIS
ORANGES de Carlo Gozzi, par le
Théâtre Demmeni
13.11. : TOUTE-PUISSANCE DE LA
POÉSIE par Gustave Roud, Maurice
Chappaz et Philippe Jaccottet
Du 19 au 22.11. : LA SECONDE SURPRISE DE L'AMOUR de Marivaux, m.e.s.
Valentin Rossier
20 et 21.11. : D'UN RETOURNEMENT
À L'AUTRE de Frédéric Lordon, m.e.s.
Vincent Bonillo
29 et 30.11. : APPELS ENTRANTS ILLIMITÉS de David Paquet, m.e.s. Benoît
Vermeulen
yverdon
THÉÂTRE BENNO BESSON
(loc. 024/423.65.84)
5.11. : LES PALMES DE MONSIEUR
SCHUTZ de Jean-Noël Fenwick, m.e.s.
Patrick Zard'
11.11. : LES DENTELLIÈRES DE
CAMBRAI par la Compagnie Gaspard
13.11. : LE BAL LITTÉRAIRE, avec
Sandra Korol, Samuel Gallet, Odile
Cornuz et Fabrice Melquiot
14.11. : LA SECONDE SURPRISE DE
de Marivaux, m.e.s.
L'AMOUR
Valentin Rossier
21.11. : CUPIDON EST MALADE de
Pauline Sales, m.e.s. Jean Bellorini
23.11. : LAURÉATS DU CONCOURS
SUISSE DE MUSIQUE POUR LA JEUNESSE
2014
26.11. : MENSONGES D'ETAT de
Xavier Daufreilh, m.e.s. Nicolas
Briançon
THÉÂTRE DE L’ECHANDOLE (loc.
024/423.65.84 ou 024/423.65.89
une heure avant le spectacle
Du 5 au 7.11. : HOSANNA ! de et
par Didier Charlet, m.e.s. A. Troilo
22.11. : RUMBA SUR LA LUNE par la
Compagnie Marizibill, dès 3 ans
27.11. : BATLIK, chanson
d
a
Reine de Naples Jour/Nuit
in every wom an is a queen
B O U T I Q U E S B R E G U E T – 4 0 , R U E D U R H Ô N E G E N È V E + 4 1 2 2 3 1 7 4 9 2 0 – B A H N H O F S T R A S S E 1 G S TA A D + 4 1 3 3 7 4 4 3 0 8 8
B A H N H O F S T R A S S E 3 1 Z Ü R I C H + 4 1 4 4 2 1 5 1 1 8 8 – W W W. B R E G U E T. C O M