Note d`intention def

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Note d'intention
ORIGINE DE L’ÉCRITURE
Je suis d’origine maghrébine par mon père, pied-noire par ma mère, cependant je suis née, vis, et
travaille à Paris. Je suis de nationalité française. Je ne me définis pas selon cette particularité, et
pourtant la vie m’y ramène souvent, et même de plus en plus, peut-être parfois plus que je ne
l’aurais souhaité. Parfois j’ai l’air arabe, parfois pas. Parfois j’ai davantage l’air sud américaine
qu’arabe, parfois je suis plus bcbg que beurette, parfois je regrette de ne pas savoir parler arabe,
et puis parfois, j’oublie complètement.
À l’école, j’avais pris allemand première langue.
Mis à part que je suis chez moi à Paris, je suis aussi chez moi au théâtre, et fille d’acteur, j’ai été
actrice moi-même, je suis aujourd’hui auteur et metteur en scène.
Et parfois je doute, je me dis que peut-être que je ne suis pas chez moi à Paris, ou pas chez moi
au théâtre français.
Je pense que je suis aussi peu détendue que beaucoup de mes camarades d’origine étrangère. Et
aussi rêveuse que les enfants de soixante-huitards.
Ce film est une fiction qui s’appuie sur une expérience personnelle et des situations vécues.
Et c’est une comédie.
Je choisis la comédie comme mode de traitement cinématographique… et médicamenteux ?
DEUXIÈME, TROISIÈME GÉNÉRATIONS.
J’avais écrit en 2000 sur la guerre d’Algérie, sur le 17 octobre 1961, une pièce de théâtre, plutôt
terrible, j’étais hantée par des visions du passé, et plus j’écrivais, plus je rencontrais de gens qui
étaient dans la même nécessité que moi que les choses s’expriment.
Quand les émeutes ont éclaté, ce projet de raconter les coulisses des auditions a trouvé son
détonateur. Cette fois-ci, il ne s’agissait pas de la mémoire de nos pères, il s’agissait de notre
présent et de notre avenir.
Soyons clairs, lorsqu’on est de la deuxième, voire de la troisième génération d’immigrés, être
désigné selon des « origines », est problématique.
Qui sont les français d’origine maghrébine ? Des Français, à la fin !
Nous le savons, les médias ont une grande responsabilité dans la manière qu’ils ont depuis des
années de figer les français d’ « origine » étrangère, de les fixer dans des clichés.
De là l’envie de recourir à l’image, au traitement cinématographique.
Nous sommes devant des téléviseurs. Nous sommes dans les images, jusqu’au cou.
C’est ce que raconte la scène où Bilal égrène les clichés en changeant de tête : le dealer, la
voisine, Arafat…
Le film se sert de son propre support, l’image, pour raconter ça, la fabrication des clichés.
C’est comme révéler l’art du montage, des points de colle sur une pellicule, la distorsion du réel.
Mais attention : j’ai choisi de faire du réalisateur un maghrébin pour ne pas rentrer dans les
clichés de racisme primaire, et pour élargir la réflexion sur la question du rapport à l’autre, et à
l’étranger. Par ricochet, pour élargir encore sur la question de l’étranger que nous sommes pour
nous-mêmes.
LES ACTEURS
Ce film est aussi un film de coulisses, un film d’acteurs.
Les acteurs ne sont pas dupes de la difficulté qu’il y a à « jouer à l’arabe » et du malaise qui peut
découler de ce jeu, ils en parlent entre eux, et en rient, aussi, comme un rempart à l’angoisse. Il
n’y a pas d’innocence, il y a un état de fait. Ils ont « la gueule de l’emploi », ils ont l’habitude.
L’un d’entre eux a plus de mal à s’y faire, et c’est Bilal. Bon acteur, il souffre peut-être plus que
les autres de devoir jouer des rôles d’arabe. Mais il a besoin de travail et donc se soumet comme
les autres au mouvement général. Pour moi, Bilal est fermé : il pourrait vivre mieux cette
identification à l’arabe s’il était en confiance…C’est ce vers quoi tend le film.
Par ailleurs, c’est très important pour le film de percevoir cet humour qui court réellement entre
ces jeunes acteurs d’origine étrangère. C’est une forme de défense, mais aussi une forme de
culture commune !
Je souhaite montrer que les jeunes sont aussi capables d’avoir une réflexion, un avis sur ce qu’ils
dégagent et sur leur place dans la société. Je ne souhaite pas en faire des victimes, des agneaux.
La comédie s’appuie sur la réalité de la drôlerie, de la cocasserie de la jeunesse.
Tout comme montrer qu’ils ont une intimité, une vie, un espace secret qui les porte et peut, aussi
les sauver : c’est Nadège. Qui incarne l’amour rêvé.
RÊVER
Nous avons tous besoin d’air et de confiance pour ne pas nous écraser le front contre le miroir.
Nous avons des rêves. Pour un acteur, le rêve de jouer dans un beau film est un grand rêve.
Le jeu de l’acteur est affaire de confiance. À ces acteurs, qui osera confier des rôles qui sortent de
l’immédiate évidence? Ces jeunes gens, qui osera les laisser faire leurs preuves ? Je tente ici de
parler de la difficulté actuelle, dont je sens qu’elle court un peu partout dans notre société, de
laisser la place aux jeunes. De la place, de l’air, du jeu pour se connaître soi-même.
Malik Elaymin le mal luné est sensé être un réalisateur mythique, comme pourrait l’être Terence
Malik, ou Jean-Luc Godard, ou Youssef Chahine (qui lui, ne serait jamais mal luné !)
Parfois, les rêves se heurtent aux portes fermées. À la grande surprise de tous, le réalisateur
provoque la crise. D’une part, il est de la génération des pères, encore dans le souvenir vivace de
la décolonisation, des visages, des lumières véritables, et il y a donc un conflit générationnel.
D’autre part, il est prisonnier de son statut d’homme de pouvoir, de créateur un peu despotique.
Il lui faudra cette crise pour retrouver l’envie de travailler.
Nous allons assister au cheminement du réalisateur vers les acteurs. Vers une rencontre.
Et un possible jeu, un possible cinéma.

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