Petit-déjeuner débat autour d`Augustin de Romanet

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Petit-déjeuner débat autour d`Augustin de Romanet
Bilan des résultats des élections
européennes et perspectives
26 mai 2014
1. Analyse des résultats en France
Attendue plus faible qu’en 2009 (40,6%), la participation a finalement légèrement progressé pour
s’établir à 42,5%. Néanmoins, ce score reste très médiocre, en raison notamment du désintérêt et de
la mobilisation tardive des partis politiques (concentrés sur les élections municipales) et du manque
d’implication renouvelé des médias qui ont mis de côté les enjeux européens.
Le principal résultat tient à la très forte percée du Front national, attendue par les sondages et nos
différentes sources depuis plusieurs mois, mais encore amplifiée lors du scrutin. Avec 25% des voix
(24 députés), le parti arrive pour la première fois en tête au plan national. Il confirme également son
ancrage dans tout le pays, puisqu’il est en première position dans 71 départements et dans 16
régions.
Ces résultats marquent également un échec relatif pour l’UMP, qui fait un peu moins qu’attendu
(20,8% contre 28% en 2009, soit 20 députés) et dont l’écart avec le FN est significatif. Surtout, il s’agit
d’une défaite cuisante pour le PS. Le score déjà très faible de 2009 (16,5%) est à nouveau dépassé à
la baisse puisque le parti n’a récolté cette fois-ci que 13,9% des suffrages (13 députés). Par ailleurs,
les Verts et Les Européens (Modem + UDI), qui avaient le plus ouvertement fait campagne en faveur
de l’Europe, sont également en repli, avec 8,8 et 9,7% des voix (6 et 7 députés).
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Ce résultat porte également un coup très significatif à l’influence française au Parlement européen,
qui se trouvera significativement réduite. Avec seulement 48 députés (UMP, PS, Modem/UDI, Verts)
« eurocompatibles », la France occupera sans doute moins de postes à responsabilité (présidents de
commission, coordinateurs de groupe politique, rapporteurs).
Malgré ce constat inquiétant, l’intégration de la France dans l’Union européenne reste une
garantie pour sa propre sécurité et stabilité économique et politique. Par ailleurs, si la France
sort politiquement affaiblie du scrutin, elle garde néanmoins un rôle important et tout son son poids
au sein du Conseil des Ministres.
2.
Analyse des résultats au niveau européen
Au plan européen, le taux de participation s’est finalement stabilisé à 43,1%, contre 43% en 2009. Mais
le message principal qui ressort de ce scrutin est celui de la défiance et de la protestation. Ainsi, les
partis eurosceptiques / europhobes de gauche et de droite connaissent une forte poussée, avec
des progressions particulièrement sensibles dans de nombreux pays européens (France, Italie,
Royaume-Uni, Danemark, Espagne, Grèce…). Ces partis atteignent ainsi 215 députés (sur 751). A
l’inverse, les 4 partis pro-européens (PPE, S&D, ALDE et Verts) voient leur poids sensiblement
reculer, passant de 612 et 536 sièges.
Bien qu’ayant perdu plus de 50 députés (211 sièges), le PPE (droite) ressort comme le vainqueur par
défaut de cette élection. En effet, le S&D (gauche) n’a pas réussi à progresser et à dépasser la barre
de 200 députés (193 députés). L’ALDE (centre) perd également 10 députés (74 sièges), alors que les
Verts se maintiennent (58 députés). Du point de vue des pays, l’Allemagne est la grande gagnante de
ce scrutin et s’impose comme le pivot de stabilité du Parlement européen.
Ce nouveau paysage politique confirme la tendance à renouveler la grande coalition existant entre
le PPE, le S&D et certainement l’ALDE. Dans ce contexte, le candidat à la présidence de la
Commission européenne ne devrait pas être connu avant plusieurs semaines, probablement fin juin.
Si Jean-Claude Juncker (PPE) ne devait pas prendre la Présidence de la Commission européenne,
celle-ci pourrait revenir à Martin Schulz (S&D). Guy Verhofstadt (ALDE) récupèrerait probablement
celle du Parlement européen et Jean-Claude Juncker pourrait viser celle du Conseil européen.
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3.
Perspectives politiques, institutionnelles et législatives
La prochaine Commission européenne sera installée au plus tard le 1er novembre 2014. Au-delà des
nouvelles priorités spécifiques qui seront affirmées par le futur Président de la Commission, plusieurs
dossiers politiques et législatifs en cours et de long-terme devront être repris.
Sur le plan politique :

Sous impulsion de la prochaine Présidence du Conseil italienne, la Commission pourrait être
mandatée pour réfléchir à un nouveau traité européen qui puisse prendre en compte et
donner des solutions aux limites des textes précédents : plus souple et plus permissif pour
les politiques de croissance.

Trouver un compromis sur les nouveaux outils et modèles de politique de croissance à
mettre en œuvre en Europe, afin de remédier aux effets néfastes de la crise et relancer la
croissance. Il s'agit d’identifier et soutenir des modèles alternatifs aux politiques
d’austérités, capables de faire redémarrer la croissance économique, tout en permettant la
maitrise des finances publiques.

Redéfinir et relancer les capacités du Haut représentant de l'Union pour les affaires
étrangères et la politique de sécurité pour l'Union européenne afin de réaffirmer l’unité de
l’Union au niveau international.

Lancer le projet d’une Europe sociale : en Juin 2014, la Commission européenne émettra ses
toutes premières recommandations de politique sociale dans le cadre du renforcement du
semestre européen de coordination des politiques économiques 2014, dans un document
nommé « social monitoring report ». La Commission proposera des mesures dans 5 axes qui ont
été identifiés comme étant prioritaires : la pauvreté, l'inégalité, le revenu des ménages, le
taux d'emploi et le chômage des jeunes.

Renforcer la politique européenne en termes de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale
avec un contrôle accru sur le secteur bancaire.
Les principaux chantiers règlementaires en cours :

Commerce : la prochaine Commission sera chargée de mener à bien les accords du libreéchange TTIP (partenariat transatlantique de commerce et d'investissement), dont la limite
est fixée en 2016, dans un contexte politique fortement affecté par les affaires d’espionnage
« NSA ».
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
Climat : dans la perspective de la Conférence Paris Climat 2015 (COP21) qui aura lieu en
décembre prochain et qui portera sur les réponses à mettre en marche au niveau international
contre le réchauffement climatique. En moins d’un an la prochaine Commission devra trouver
un compromis interne à l’UE pour renforcer le positionnement de l’UE pour cette date.

Energie: la récente escalade de tension entre la Russie et l’UE, dans le cadre des révoltes en
Ukraine, a poussé la Commission a lancer une réflexion sur une nouvelle stratégie de
Sécurité énergétique, qui sera présentée le 28 mai. Cette stratégie sera fondée sur le besoins
d’évaluer la résistance au stress de notre marché énergétique, la nécessité de renforcer son
interdépendance et l’importance de soutenir tous type de ressource énergétique disponible.
Par ailleurs, la prochaine Commission devra reprendre le dossier du paquet Energie-Climat
2030.

Télécoms : la commission devra conclure, avec le Parlement et le Conseil, les travaux relatifs
à la directive sur le marché unique de télécoms européennes.
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