7 mars 2007 - Ecole de Guerre Economique

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7 mars 2007 - Ecole de Guerre Economique
SEMINAIRE DE RECHERCHE
Qui gouverne le monde économique en 2007 ?
7 mars 2007
Intervenants :
Ali Laïdi
Journaliste et chercheur, Directeur de recherches à l'IRIS,
Il est l’auteur des ouvrages suivants :
Retour de flamme, Calmann-Lévy, 2006.
Les secrets de la guerre économique, Le Seuil, 2004.
Michel Guénaire
Professeur de droit constitutionnel devenu avocat Professeur de droit constitutionnel devenu
avocat, membre du cabinet Gide Loyrette Novel),
Il est l'auteur des ouvrages suivants :
Un Monde sans élites , Grasset, 1995.
Le Prince moderne ou les Limites de la volonté, Flammarion, 1998.
Extraits de l’intervention d’Ali Laïdi
La guerre économique est-elle un nouveau paradigme dans les relations internationales ? Pour
mieux cerner la légitimité du concept, il est important de distinguer les mondes issus de la
mondialisation des échanges. Le premier d’entre eux est celui dans lequel s’expriment les
puissances, quelque soit leur nature. Parmi les cent premières puissances financières, il y a 49
Etats, le reste est constitué par des entreprises. Le chiffre d’affaires de General Motors est
supérieur à celui d’un pays comme le Danemark. Les entreprises sont donc des acteurs de la
puissance mondiale. Au niveau des valeurs, celles de l’entreprise occupent aujourd’hui une
place plus importante que les Etats. En France, les valeurs de l’Etat sont en crise car elles ne
sont plus au centre de la vie des gens. Dans les élites de ce pays, de plus en plus de jeunes
veulent préfèrent choisir la filière qui les mène à la profession de banquiers d’affaires ou de
« traders » plutôt que de faire l’Ecole Nationale d’Administration et faire une carrière dans la
haute fonction publique.
Le deuxième monde est celui des sociétés civiles. Il se dessine un combat à venir entre la
société civile, la sphère économique et l’acteur politique. Ce dernier semble être le moins bien
placé dans ce combat de part sa difficulté d’organisation. En revanche, la société civile est en
train de prendre une place particulière dans ce jeu d’acteurs. C’est la démonstration que fait
Nicanor Perlas dans son ouvrage « Changer la mondialisation » (éditions Yves Michel,
2002). Cette montée en puissance de la société civile répond selon lui aux travers de la
mondialisation qui « accroît le fossé entre le Nord et le Sud, entre riches et pauvres, entre les
élites et le peuple d’en bas ». La société civile est une nouvelle forme de pouvoir culturel au
sein de cette tri articulation sociale. Elle contrebalance le pouvoir des entreprises et des
politiques.
La financiarisation de l’économie fait émerger un troisième monde où prédomine la recherche
d’optimisation de l’individu. Mais cette mise en exergue de l’individu aux dépends des Etats
et des sociétés civiles ne gomme pas certaines différences de comportement stratégique dans
la mondialisation de s échanges. Par exemple, la composition des états-majors des firmes
démontre une plus grande ouverture à l’expertise étrangère dans les pays européens :
• Boards européens : 30% d’étrangers.
• Boards américains : 18% d’étrangers.
• Boards japonais : 2% d’étrangers.
Ce troisième monde accentue les contradictions entre les entreprises, les Etats et les sociétés
civiles. Certains pensent que les entreprises multinationales sont aujourd’hui apatrides. Or il
semblerait que la nationalité reste un élément prégnant dans le choix de stratégie de la firme.
Mais il y a toujours un lien possible entre la stratégie de l’entreprise et la stratégie de l’Etat
Nation. Les multinationales poussent parfois l’acteur étatique à intervenir, comme ce fut le
cas d’ITT sous Allende au Chili. Les Américains ont toujours gardé la main sur
l’économique. Leurs entreprises sont le bras armé de leur diplomatie. Lorsque des puissances
étrangères sont en passe de mettre la main sur des entreprises américaines, le pouvoir
politique intervient toujours pour mettre son veto (inscrit dans la loi). Il s’est manifesté à
plusieurs reprises ces dernières années pour empêcher des intérêts chinois ou arabes
d’acquérir des entreprises ou des infrastructures portuaires. La compagnie chinoise CNPC a
dû abandonner, au mois d’août 2005, le rachat de la compagnie pétrolière américaine
Unilocal. Il en a été de même pour le rachat de P&O par la Dubai Ports World et l’émotion
qu’a soulevée cette affaire dans certaines sphères de décision aux Etats-Unis qui ont souligné
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les risques sécuritaires qu’une telle acquisition pouvait faire peser sur les ports américains.
N’oublions pas enfin que les gouvernements chinois et indiens soutiennent également leurs
entreprises.
En Europe, il y a une distorsion du fait que certains pays le font et d’autres non. Il n’existe pas
de position unifiée sur ce sujet sensible. Rappelons que l’Union européenne a été obligée de
se pencher sur la question de la dépendance de l’Europe en termes énergétiques à la suite de
la pression diplomatique que la Russie a tenté d’exercer sur l’approvisionnement en gaz à la
suite des épisodes ukrainiens et géorgiens.
Selon Ali Laïdi, la régionalisation des économies (Union européenne, ALENA, Mercosur…)
ne gomme pas la réalité des affrontements économiques et concurrentiels mais elle contribue
à atténuer leurs effets et peut créer des passerelles entre ces trois mondes.
Extraits de l’intervention de Michel Guénaire
Nous vivons aujourd’hui dans un monde paradoxal dans la mesure où les leaders du monde
anglo-saxon ont plus ou moins abandonné les principes fondateurs du libéralisme. Il suffit
d’analyser le fonctionnement de la puissance américaine pour avoir une illustre
démonstration. Dans son ouvrage Les cinq capitalismes (publié aux éditions du Seuil, 2005),
Bruno Amable identifie cinq types de capitalismes : le modèle néolibéral, le modèle
continental européen, le modèle social-démocrate, le modèle " méditerranéen " et le modèle
asiatique. Il démontre comment les institutions résultent d'un processus politique dynamique
au cours duquel s'élaborent des compromis entre les forces sociales et politiques en fonction
de conditions historiques, culturelles et sociales.
Michel Guénaire estime lui aussi que la convergence annoncée de tous les pays vers un même
capitalisme néolibéral anglo-saxon n'est pas inéluctable. Ce modèle est inadapté aux
spécificités de l'Europe continentale.
Devant cette réalité, la France n’a pas le choix et doit trouver sa voie. Le rôle de l’Etat est de
faire en sorte que la nation soit puissante et de préserver son modèle de développement. Il
faut un Etat stratège et des entreprises citoyennes pour que la réconciliation ait lieu. Les
nations ont deux jambes : l’Etat et les entreprises. Il faut que les deux fonctionnent ensemble.
L’Etat a une compétence régalienne mais également une forte compétence économique. La
politique de pôles de compétitivité s’inscrit dans cette démarche. Pour l’instant, l’Etat est un
accompagnateur et il ne dispose pas encore d’une véritable doctrine de sécurité économique.
En Europe, ce discours est exceptionnel. Dans le monde il est dominant à l’Ouest (Etats-Unis)
comme à l’Est (Chine, Russie, Inde). La puissance passe par l’exemplarité, c’est l’enjeu des
sociétés de demain. Ce refus français de penser la puissance est historique et résulte de l’issue
des deux guerres mondiales : le prix humain démesuré de la guerre 14-18 et l’amplitude de la
défaite militaire de juin 1940. Il est devenu vital de comprendre que le rôle de l’Etat est aussi
d’être un Etat stratège dans l’intérêt des entreprises.
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