numéro 51 - oCToBrE, noVEmBrE 2009

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numéro 51 - oCToBrE, noVEmBrE 2009
numé ro 51 - OC T OBR E , NO V E MBR E 20 0 9
magazine 51 - OCTOBRE 2009
On nous raconte des histoires. Et il
faut croire qu’on aime ça. À mesure que
l’établissement des faits a déserté la
presse, le récit s’est glissé dans la place
laissée vacante. Pas une marque, pas un
produit, pas même une personnalité
sans histoire – la belle, pas la maudite.
Quant à l’investigation, avec un grand
« I », qui serait le salut de cette presse
en ces temps d’Internet et de formats
courts, il y a belle lurette qu’elle est le
fait des livres, dont l’économie dépend du
nombre de lecteurs et non des marques.
S’il y a lieu de déprimer ? Pas tant que ça ;
juste de repenser les fondements.
Brèves P. 08
5 magazines P. 10
Rodeo, I love you, Ranked, Mint, Wound.
Interview P. 20
Vincent Darré a dessiné pour plusieurs maisons
de mode, mais s’en détourne aujourd’hui pour
préférer la variété d’une pratique plus proche des
arts décoratifs : mobilier, mode, tissu, image…
par Cédric Saint André Perrin.
Images P. 24
Une erreur de fichier ou un voyage dans le
temps ? Des images des années 60 se sont
immiscées dans le réel de l’été 2009. Voyage
dans le temps.
par Céline Mallet.
Histoire P. 26
Du côté du signe plutôt que de l’indispensable, le
chapeau masculin a une histoire tourmentée, où
l’Histoire le dispute à l’élégance.
par Marlène Van de Casteele.
Logo P. 28
A Venise cet été, le visiteur mondain a vu
beaucoup d’expositions, peu de publicités mais
surtout un logo qui en vaut mille.
par Yorgo Tloupas.
Off record P. 30
Une période de tension est toujours propice à
s’interroger sur les signes (de la mode) : que
véhiculent les logos ? quel rôle jouent les blogs ?
où se vendra la mode demain ?
par Angelo Cirimele.
digital lab janvier.fr
Re-naissance P. 34
Portfolio de Milo Keller et Julien Gallico.
Biographie P. 48
André Courrèges n’a pas seulement imposé le
blanc et la mini-jupe. Retour sur une vie bien
remplie et un peu obsessionnelle.
par Marlène Van de Casteele.
Inspiration P. 50
Mais d’où viennent ces lunettes carrées que
l’on croise au nez de quiconque a choisi de se
promener en ville ?
par Florence Tétier.
Commissariat P. 52
Marta Gili a remis le Jeu de Paume au centre
du Paris artistique ; l’occasion de revenir sur les
références et les pratiques de cette commissaire
autodidacte de l’image.
par Emmanuelle Lequeux.
Casting sauvage P. 56
Portfolio de Brice Compagnon.
Rencontre P. 66
Yusuke ne veut plus dessiner (de la mode) pour
les hommes mais pour les chiens. Comment en
est-on arrivé là ?
par Mathias Ohrel.
Consumer P. 68
Un magazine promotionnel à la gloire d’une
personne ? Oui, c’est possible. Pourtant, il ne se
présente pas à une élection mais est DJ.
Design P. 70
Le design doit avoir une fonction et est donc
généreux par essence. Et si un designer prenait
le contrepied de cette affirmation ?
par Pierre Doze.
Projection P. 72
Comment les déchets sont-ils devenus la dernière
mémoire de notre frénétique consommation ?
par Sylvain Ohrel
Points de vue P. 75
Dans la même journée, trois personnages vont
être confrontés à la même œuvre.
par Géraldine Miquelot.
Rétrovision P. 76
Dans les années 50, Robert Delpire était directeur
technique de Neuf et de L’Œil ; avant qu’on
éprouve le besoin d’affubler du terme
« artistique » les titres des graphistes.
par Pierre Ponant.
Agenda P. 79
Adresses P. 82
Directeur éditorial
Angelo Cirimele
Dir­ecteurS artistiqueS de ce numéro
Milo Keller & Julien Gallico / twinroom.net­­­
PHOTOGRAPHES
Brice Compagnon, Milo Keller & Julien Gallico
Contributeurs
Pierre Doze, Emmanuelle Lequeux,
Céline Mallet, Géraldine Miquelot,
Mathias Ohrel, Sylvain Ohrel, Pierre Ponant,
Florence Tétier, Marlène Van de Casteele,
Cédric Saint André Perrin, Yorgo Tloupas.
Traduction
Kate van den Boogert
Design original
Yorgo Tloupas
Couverture
Milo Keller & Julien Gallico
Remerciements
Saif Mahdhi, Jean-Marc (Le Petit-Oiseau)
Annabelle Jouot, Camille Wodling,
Monsieur X.
Secrétaire de rédaction
Anaïs Chourin
Éditeur
Angelo Cirimele
RETOUCHes
Janvier
Imprimeur
SIO
94120 Fontenay-sous-Bois
Email
[email protected]
Issn n° 1633-5821
Correspondance
ACP : 32, bd de Strasbourg, 75010 Paris
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MAGAZINE N 51, PAGE 8
Ça s’est passé cet été : les mensuels Femmes et
Atmosphères ont fusionné, premier numéro en octobre. Le supplément de Libération Next est devenu
un mensuel indépendant, vendu 1 euro, mais son
contenu a peu évolué. Exit Le Monde 2, place au
Monde magazine (aussi peu d’évolutions).
What happened this summer: the monthlies
Femmes and Atmosphères merged, the first
issue’s due out in October. Liberation’s supplement
Next has become an independent monthly, sold
for 1 euro, though the content has changed little.
Out with Le Monde 2, in with Monde magazine.
Une rétrospective Yves Saint Laurent se tiendra au
Petit Palais en mars 2010. Vêtements mais aussi
objets, dessins, photos et films retraçant 40 ans
de carrière. En attendant, Yves Saint Laurent Tout
terriblement de Jérôme de Missolz, un documentaire consacré au styliste, sort en DVD chez Arte
Editions en novembre.
An Yves Saint Laurent retrospective will take
place at the Petit Palais in March 2010. Clothes,
but also objects, drawings, photos and films will
retrace his 40 year career. In the meantime, Yves
Saint Laurent Tout terriblement by Jérôme de Missolz, a documentary about the designer, comes
out on DVD from Arte Editions in November.
Grazia en chiffres : 2 ans de gestation, 6 numéros
zéro, une lectrice souhaitée entre 25 et 35 ans, un
prix de vente de 1 euro et bientôt deux ou presque,
45 % de mode et beauté, 35 % d’actualité, 10 %
de people et 10 % de culture... le tout pour 25 millions d’euros investis. La crise ? Quelle crise ?
Grazia in figures : 2 years in the making, 6 number
zeros, a target readership of women between
25 and 35, an initial cover price of 1 euro soon
to be 2 euros or thereabouts, 45% fashion and
beauty, 35% news, 10% celebrity gossip and
10% culture... all that for an investment of
25 million euros. The GFC? What GFC?
L’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs
(ENSAD) a publié un appel d’offres pour la refonte
de son identité visuelle (logo et charte graphique).
Les outils actuels élaborés par les M/M (Paris),
anciens étudiants de l’école, seraient-ils trop
décoratifs et pas assez pratiques ?
The Ecole nationale supérieure des arts décoratifs (ENSAD) has made a call for entries for the
redesign of its visual identity (logo and design).
Is the current version, created by M/M(Paris),
former students of the school, too decorative and
not sufficiently practical?
On attend début 2010 des nouvelles formules :
Les Cahiers du Cinéma (à présent dirigé par Stéphane Delorme) et Les Inrockuptibles, racheté par
Matthieu Pigasse et dirigé par Bernard Zekri (exiTélé), avec une tonalité plus sociale et politique.
Rappel mathématique : 2010 + 2 = 2012.
We’re expecting a few makeovers for the beginning
of 2010 : Les Cahiers du Cinéma (currently directed
by Stéphane Delorme) and Les Inrockuptibles,
bought out by Matthieu Pigasse and run by Bernard
Zekri (ex iTélé), with a more social and political tone.
A mathematical reminder: 2010 + 2 = 2012
Il y a encore des marques qui se lancent : Thomsen, spécialiste de la chemise, imaginée par le trio
Alix Thomsen (styliste), Franck Cohen (ex-American Apparel) et Lionel Bensemoun (Monsieur le
Baron) a ouvert sa première boutique parisienne
dans le Marais.
Brands continue to be launched: Thomsen, shirt specialist, created by the trio Alix Thomsen (designer),
Franck Cohen (ex-American Apparel) and Lionel
Bensemoun (Mr le Baron) has opened its first Parisian store in the Marais.
La boisson Red Bull va ouvrir une galerie d’art
à Paris. « 12 Mail » accueillera une exposition
consacrée au magazine Sang Bleu pour son ouverture, cette fashion week.
The energy drink Red Bull is to open an art gallery in
Paris. ‘12 Mail’ will present an exhibition dedicated to the
magazine Sang Bleu for its opening, this fashion week.
C’est Surface to Air qui est en charge de la campagne
de lancement de la marque japonaise Uniqlo, qui a
ouvert une boutique de 2 000 m2 rue Scribe (9e).
Surface to Air is in charge of the launch campaign
for the Japanese brand Uniqlo, which has opened
a 2,000 m2 flagship rue Scribe (9th).
Valse des DA : Interview est repris en main par
Fabien Baron (après le départ de Glen O’Brien et
des graphistes M/M (Paris), et retrouve son logo.
The waltz of the ADs: Interview is taken in
hand by Fabien Baron (following the departure
of Glen O’Brien and the graphic designers M/M
[Paris]) and gets back its logo.
Ça s’est passé cet été (part 2) : Parce qu’elle aime
bien les chiffres ronds pour rajeunir son lectorat et
parce qu’on ne sait pas encore si Grazia marchera,
Elle a passé son prix de vente de 2,30 à 2 euros.
La centenaire librairie Brentano’s (1895) de l’avenue
de l’Opéra (2e) a définitivement fermé ses portes.
What happened this summer (part 2) :
Because it likes round figures, to attract a
younger readership and because it doesn’t
yet know if Grazia will work, Elle has
reduced its cover price from 2.30 to 2 euros.
The century old bookshop Brentano’s (1895)
on the Avenue de l’Opéra (2nd) has closed its
doors for good.
Une exposition consacrée à la mode, mais dont
le vêtement n’est pas le centre arrive à Paris.
« Dysfashional » se veut réflexive et prospective,
et présentera des propositions de Hussein Chalayan, Raf Simons, Grit & Jerszy Seymour, Pierre
Hardy et Bless, entre autres. Passage du Désir, à
partir du 29 octobre.
An exhibition dedicated to fashion, but where the
garment is not at the centre, lands in Paris. “Dysfashional” wants to be self-critical and focus on
emerging talent and ideas and will present propositions by Hussein Chalayan, Raf Simons, Grit &
Jerszy Seymour, Pierre Hardy and Bless, among
others. Passage du Désir, from 29 October.
The Day Before est le prochain documentaire en
quatre épisodes signé Loïc Prigent, qui a suivi
quatre maisons (Proenza Schouler, Jean Paul
Gaultier, Sonia Rykiel et Fendi) 36 heures avant
leur défilé. Pas encore de date de diffusion communiquée.
The Day Before is the new documentary in
4 episodes from Loïc Prigent, who followed four
fashion houses (Proenza Schouler, Jean Paul
Gaultier, Sonia Rykiel and Fendi) for the 36 hours
leading up to their fashion show. The screening
date has not yet been made public.
Rencontre du mass market et de l’indie media :
Gap s’est associé à la blogueuse Garance Doré
en exposant une série d’illustrations dans une
boutique éphémère londonienne, parfois reprises
sur des T-shirts.
Meeting of the mass market and indie
media: Gap has joined forces with blogger
Garance Doré, exhibiting, in a pop-up store in
London, a series of illustrations some of which
are printed on T‑shirts too.
L’art continue de se déplacer dans les interstices.
Après le bar de la dernière Biennale de Venise,
conçu par l’artiste Tobias Rehberger (et qui lui
a valu un Lion d’or), c’est au stand de la galerie
Alain-Gutharc à la Fiac d’être mis en espace par
Christian Lacroix.
Art continues to move into the cracks: after the
bar at the last Venice Biennale, thought up by
Tobias Rehberger (and which won him a Golden
Lion), Alain Gutharc gallery’s stand at the Fiac
will be designed by Christian Lacroix.
Agnès b. a annoncé la création de la « Fondation Agnès Troublé dite agnès b. ». Le lieu
ouvrira début 2010, mais on ne sait pas
encore où, même en insistant.
Agnès b. has announced the creation of the
‘Fondation Agnès Troublé dite agnès b.’ (Agnès
Troublé known as agnès b. Foundation). It will
open early 2010, though we don’t know where
yet, even after insisting.
Le film Logorama, réalisé par H5 et reprenant
pléthore de logos dans une même narration, sera
projeté lors de la 100e du magazine « Mensomadaire », sur Canal +, le 16 octobre.
The film Logorama, by H5, which re-employs a
plethora of logos in the one narrative, will be projected during the 100th episode of the TV series
“Mensomadaire”, on Canal+, the 16 October.
Faute de financement, l’exposition « Kate
Moss » prévue aux Arts Déco fin novembre est
repoussée à 2011.
Due to a shortfall in financing, the exhibition
“Kate Moss”, originally scheduled at the Arts
Déco Museum for the end of November, has been
pushed back to 2011.
Mesurons la crise : le numéro de septembre 2009
de Vogue US compte 584 pages, contre 798 l’année passée, soit – 25 %.
Let’s measure the Crisis: the September 2009
issue of Vogue US has 534 pages, versus
798 last year, so a drop of 25%.
Les Inrocks ont confié leur nouvelle formule à la
nouvelle génération : Etienne Robial – qui a signé
la première identité de Canal + en 1984. En kiosque dès mars 2010.
Les Inrocks magazine have put their redesign in
the hands of the new generation: Etienne Robial,
who designed Canal+’s first visual identity back
in 1984. On newstands from March 2010.
Le Bon Marché propose une exposition consacrée au photographe Guy Bourdin, en présentant
15 vidéos de shooting ou de moments plus intimes. Jusqu’au 29 octobre.
Le Bon Marché presents an exhibition dedicated
to the photographer Guy Bourdin, presenting
15 videos of shoots and of more private moments.
Until 29 October.
« Balenciaga Paris », le premier parfum Balenciaga
de l’ère Ghesquière est annoncé pour février, avec
Charlotte Gainsbourg photographiée par Steven
Meisel pour égérie.
‘Balenciaga Paris’, the first Balenciaga perfume
launched during Ghesquière’s reign, is out February, with Charlotte Gainsbourg photographed by
Steven Meisel as its face.
Hermès a ouvert une boutique éphémère rue de
Grenelle (7e), en attendant son nouvel espace rue
de Sèvres (6e), prévu fin 2010.
Hermès has opened a pop-up store rue de
Grenelle (7th), until its new space rue de Sèvres
(6th) opens, scheduled for the end of 2010.
Après Gareth Pugh, c’est Giles Deacon qui a remporté le prix de l’Andam et qui défilera à Paris, au
Palais de Tokyo, pour la première fois en octobre.
After Gareth Pugh it’s Giles Deacon who has won
the Andam prize and who will show in Paris, at
the Palais de Tokyo, for the first time in October.
Neville Brody est le nouveau directeur artistique
d’Arena Homme + , précédemment designé par
M/M (Paris).
Neville Brody is the new artistic director of Arena
Homme+, formerly designed by M/M (Paris).
Olivier Zahm (Purple) devient photographe et signe
sa première campagne pour Zadig & Voltaire.
Olivier Zahm (Purple) turns photographer and
signs his first campaign for Zadig & Voltaire.
Le magazine de design Intramuros a confié la
refonte de son logo à H5.
The design magazine Intramuros has entrusted
the redesign of its logo to H5.
Terry Richardson a shooté le prochain calendrier
Pirelli au Brésil.
Terry Richardson shot the next Pirelli calendar
in Brazil.
MAGAZINE N 51, PAGE 10
Rodeo
Italie, bimestriel, 164 p., no 57, 225 x 325 mm,
5,90 euros.
Editor in chief: Marcelo Burlon
Creative director: Tim McIntyre
Deputy editor: Leo Mansueto
Publisher: Superstudio
rodeomagazine.it
On éprouve un sentiment étrange après avoir
regardé et lu Rodeo : enthousiaste et contrarié.
Pourtant, peu de magazines italiens peuvent se
targuer d’une telle tenue, tous s’effaçant devant le
Vogue italien et sa démesure. Beaucoup d’informations, une DA affûtée et élégante, qui n’a rien à
envier à des titres hollandais ou anglais, une mode
affirmée et minimaliste, qui demanderait même à
s’étendre sur davantage de doubles pages. Rodeo
se situe entre le lifestyle et le culturel : 50 pages
de mode ouvrent le magazine, puis s’entremêlent
20 pages d’art, des sections design, musique,
photo… le tout lié par une pléthore d’infos courtes, un agenda, des chroniques et même un poster
central « pin-up calendrier », recto homme, verso
femme. L’identité de Rodeo est d’ailleurs plutôt
masculine et gay. Dans ses sujets, le magazine part
aisément au Japon (l’architecte Sou Fujimoto), à
New York (Mike Mills ou Arto Lindsay), ou encore
à Londres et Berlin ; comme pour conjurer le côté
provincial de Milan. Et c’est peut-être là que réside
la légère déception de Rodeo : le DA est anglais
(Tim McIntyre), l’invité design new-yorkais (Felix
Burrichter de Pin-up magazine), les photographes
de mode américains ou suédois… A se demander si Rodeo est un magazine international édité
à Milan ou un magazine italien avec une spécificité.
On aurait préféré la deuxième hypothèse.
Extrait
ALESSIA GIACOBINO
Non delego de la mia vita
Riminse, trentenne, Alessia Giacobino ha una
grinta invidiabile e le idee molto chiare su come
gestire gli eventi: si lascia andare a nuove esperienze con l’istinto di chi sa che contaminazione
è un mezzo più che mai utile per definire la
propria identità. Sposata, una figlia di 3 anni
(Allegra), appassionata d’arte (al liceo artistico utilizzava materiali provenienti dal mondo
dell’edilizia per costruire le sue sculture), Alessia
ha studiato architettura, per accontentare i genitori, proprietari di negozi di abbigliamento, che
“volevano verderla sistemata”. E il lavoro sicuro
è arrivato… quando nel 2000 ha deciso di sperimentare il mondo della moda, alla sua maniera,
senza deleghe, in un’azienda dallo scenario surreale. Il marchio è Jonofui, che sfila a Milano dal
2005. Ma il suo cv non si chiuderà qui…
—Cosa intendi quando dici “non delego niente” ?
Che mi piace decidere tutto, ogni dettaglio, une
cerniera, un bottone… é un mio difetto ! Non so
delegare e non mi piace nemmeno; scelgo anche i
clienti, quelli che non mi piacciono restano fuori dal
mio parco. Ho richieste da oltre 300 esercizi; ne
scelgo solo 20. Alla lunga l’istinto paga, con quei
clienti c’è un rapporto che dura da sette anni.
—Sei un capo detestabile ?
(ride, ndr) No, tutt’altro: la mia azienda, che ha
sede in un mulino-fucina, non è industrializzata.
Siamo come una famiglia, condividiamo tutto. Da
noi privato e lavoro si fondono e quando ci salta
in mente un’idea ci sentiamo anche alle tre del
mattino.
[…] Harold Baberini, p. 52
MAGAZINE N 51, PAGE 12
I love you
Allemagne, semestriel, 68 p., no 1, 240 x 335 mm,
5 euros.
Editor in chief & creative director: Christiane
Bördner
Fashion direction: Alexx & Anton
Design: Philippa Bllod
Publisher: E-design + communication Gmbh
iloveyou-magazine.com
Bonne nouvelle : on peut encore se faire plaisir.
Un grand format, 68 pages d’érotisme, beaucoup
de liberté et un prix modique (5 euros) ! Une
déclaration donc (I love you) et une liste de
prénoms, masculins et féminins, qui ont participé
au magazine. Si l’air du temps est au magazine
érotique, comme un retour de balancier du porno
chic et de la vague Richardson (on aura aussi
remarqué Jacques, magazine très vintage et un
peu creux), celui-ci a la particularité d’être créé
par une femme, qui se faufile entre sensualité
et évocation. Quelques citations de Bataille (en
allemand !), le récit d’un rêve, une pub 50, un long
échange de mails et quelques confidences. Les
textes sont courts et procèdent du même mouvement : suggérer. Côté DA, c’est élégant et vintage
ce qu’il faut, sauf quelques images que la typo
couvre comme un vêtement… et qu’on dirait
tout droit sorties de Self Service. Et dans une
typo minuscule, juste sous le titre : « my printed
blog » ; ça commence à devenir intéressant. I love
you est une nouvelle preuve que les médias ne
s’annulent pas mais offrent de multiples variantes, régénérant les formes. Pour clore ce conte
merveilleux, quelques faits et mécanismes :
l’éditrice, Christiane Bördner, est DA et agent
de son annoying husband (ainsi présenté dans
l’ours) Marcus Gaab, dont une série est publiée.
Mi-book, mi-blog, I love you ne se cache pas et
a l’élégance de ne pas nous imposer de pub en
4e de couverture, mais une citation sur l’édition
de Clay Shirky, gourou de la post-information : “It
makes increasingly less sense even to talk about
a publishing industry, because the core problem
publishing solves —the incredible difficulty, complexity, and expense of making something available to the public— has stopped being a problem.”
Extrait
I like the sound of kissing
From: Christiane Bördner [email protected]
Subject: Would love to print your images in my
magazine!
Date: Wednesday, May 6, 2009, 5:37 AM
To: [email protected]
I Found your images in a blog. I was wondering if you would mind me printing them in my
magazine, enclosed is a rough layout. I am a
great Art Director from Berlin with a sexy idea
but not a big budget yet. The only thing I can
offer you is being part in something remarkable
beautiful with a credit. The Magazine is planned
to be launched at the beginning of July for Berlin Fashionweek. If you want to see more of the
magazine just give me a shout. Would love to
hear from you.
Best from Berlin
christiane
From: [email protected]
Subject: Would love to print your images in
my magazine!
Date: 6 mai 2009, 18:02:52 MESZ
To: [email protected]
Hi Christiane,
Thanks for the interest, the “Sweet Fashion”
story has been published in many magazines
and few books and I am doing an exhibition in
Cannes for the film festival but it has always
been published as part of an article about me,
basically talking about my work and never in
the way you want to use it. The problem is that
I either give the whole story as a fashion editorial to a magazine (I refused Wallpaper and
Wound for different reasons) or it has to be
either a cover or a piece about me. So if you
want to use it in a different way I’ll be happy
to send you the scan, like that I don’t think it
works for me. I am a starving artist in NYC
trying to do what’s best for me and trying to
protect my work so please do understand my
reasons.
Thanks so much
Massimo
[…] p. 20
MAGAZINE N 51, PAGE 14
Ranked
Angleterre, one shot, 112 p., no 1, 230 x 300 mm,
9,95 euros.
Photography: Rankin
Design: Them
Co-ordinator: Vicky Lawton
Written and edited by: John O’Reilly
Publisher: Rankin
rankinlive.com
D’accord, c’est dans le cadre d’une importante
exposition rétrospective consacrée au photographe Rankin que Ranked paraît. D’accord, la publication est à mi-chemin du catalogue d’exposition
et du magazine ; d’accord, ce n’est probablement
pas un caprice du type « je veux un magazine »,
puisque Rankin est aussi fondateur de Dazed &
Confused. Alors, quoi ? Ranked, c’est 112 pages à
la gloire de Rankin et ça frise la mégalomanie,
même si personne ne niera son style, son intuition
et la variété de ses images. Mais on a l’impression
qu’un switch s’est produit : avant, les magazines
de style parlaient de ceux qui les réalisaient (DA,
photographes, éditeurs…), mais prenaient pour
cela le prétexte de la mode, de la musique, de l’art.
Aujourd’hui, c’est d’emblée qu’on balance : « je
vous parle de moi ». Et même si le personnage peut
être passionnant, la démarche manque d’élégance,
de pudeur et peut-être d’intérêt, car on apprend
plus des gens qui nous parlent du monde que
d’eux-mêmes. A travers Dazed & Confused, on a
vu un style, pas un personnage – de plus. Alors,
certes, de nombreux textes de Ranked transpirent
l’ambiance d’un shooting, le face à face Rankin/
David Bailey (le maître) est intéressant et vivant,
et on objectera que le vrai contenu est ici celui des
images. Reste que si vous connaissez l’inventeur
du concept qui succédera au personal branding, je
veux bien l’interviewer.
Extrait
BAILEY + RANKIN
David Bailey & Rankin in Conversation
Rankin: So obviously I’m a massive fan. This is
weird, I feel like that TV presenter-what’s his
name?
Bailey: Paxman? [Laughing]
R: Or Parkinson.
B: Oh God, he’s the worst.
R: Have you seen on any of those shows?
B: Nah.
R: You’ve been on Chris Evan’s show haven’t you?
TA?
B: Yeah, but that’s because I did a film for his
company, a model film. I only do interviews if
I’m selling something normally —otherwise you
become rent-a-voice.
R: But when you first started to become famous,
or infamous, you must been doing a certain
amount of self-promotion.
B: The truth is I didn’t really care.
R: Right, they all just loved you.
B: No! Not at all! Not all of them [Laughs]. People don’t want to write about somebody whose
hobby is fishing or gardening or…
R: Or bird-watching.
B: I like bird-watching. I could have been a, what
are they called? A twitcher. I love anoraks. I think
anoraks are the best people in a way because
they are passionate about what they do. I mean,
you’re a sort of anorak —you’re a photographic
one aren’t you?
R: Yeah.
B: I’m a photographic anorak. And I love people
who build model planes, model trains, they seem
to be the last people left with any passion. I’m
all for anoraks.
Favorite Photographers
R: Or bird-watching.
R: If you had to pick your favorite photographer
of all time…
B: Well, that’s an impossible question, like which
painter or which composer. Current ones? Or
dead ones? Dead ones because they’re less
competition.
R: [Laughs] Funny. There are so many young
photographers, some who were inspired by you.
Are you aware of the young photographers now?
Are you a photo-fanatic?
B: I don’t know all of them —there’s a Rankin,
and a few others.
[…] p. 45
MAGAZINE N 51, PAGE 16
m i nt
M51 – Mint
Pays-Bas, annuel, 132 + 96 p., no 6,
210 x 280 mm, 12 euros.
Editors in chief: Charlotte Lokin
& Frank Jurgen Wijlens.
Art direction: Tara Dougans
Editor: Lisa Goudans
Production: Danielle Verheul & Famke Visser
Publisher: Amsterdam Fashion Institute
amfi.hva.nl
Difficile d’échapper au commerce ou l’impératif,
catégorique ou plus sournois, « achetez ! » qui
règne en maître dans les magazines de mode.
Pourtant, il arrive qu’un magazine parle de mode
en soi, de création, d’expérimentation et de personnes qui ne sont pas des people. Internationalisation et concurrence obligent, les écoles de
mode déploient beaucoup d’énergie et de moyens
pour présenter le travail de leurs étudiants. Et
contrairement à l’exposition, statique et temporaire, le magazine s’avère la meilleure vitrine et
archive. C’est à ce moment que tout peut être
gâché par un annuaire de créateurs ou réussi par
une forme plus proche du sujet. L’AMFI (Amsterdam Fashion Institute) a donc divisé l’exercice en
deux : un répertoire des diplômés avec quelquesunes de leurs créations et un vrai magazine :
Mint. On y trouve ce qui nourrit l’inspiration des
futurs stylistes, mais aussi des interviews plus
générales sur la mode, des tentatives formelles
montrant que la mode n’est souvent que vintage,
beaucoup d’illustrations et quelques idéaux. Pour
faire exister – et faire partager – ces aspirations de mode, il est d’une nécessité impérieuse
que le trait des dessins, que les photos et le
graphisme traduisent la nouveauté du contenu ;
et cette course en avant est assez enthousiasmante. Nul doute que le projet sera copié par
des écoles françaises mais pas avant quelques
années ; rien ne presse.
Extrait
QUIRKS AND DETAILS
Alex Abramento, a self-professed “apparel
designer, illustrator and part-time bus boy” is a
young man who reflects a refreshing old-world
quality in his designs. His work is tasteful with a
little punch of humor.
“For me clothing is a way to outwardly express
your personality. The way a person moves changes with each garment. The more subtlety, detail
and thought that is put into one’s dress the more
honest the result. A young man in grey sweatshirt
can say just as much with his clothing as a girl
wearing 5 different patterns in one outfit. It’s
obvious when a person is wearing what’s right for
him or her. This thought is nothing new —but that
is clothing means to me.
The world needs fashion. It aids people in developing their personality and creativity. I’m not sure
if I need fashion. Maybe it sounds completely stupid, but fashion is a force that chooses you, not
the other way around. I design for others because
I would be honored to affect people’s lives with
my craft; to make them dream a bit. I’ve always
enjoyed giving gifts more than receiving them.
I do what I do primarily because it’s something
I need to get out of my system. I can’t imagine
myself doing anything else. I’m also a bit of a
dreamer, so I self-indulgently create things I wish
existed, especially when I draw. I also do what
I do to gain experience, make mistakes, and to
have no regrets —the essentials.
I don’t think the fashion industry is an uncertain
industry. I think its nature is actually rather predictable.”
[…] Lisa Goudsmit p. 23
MAGAZINE N 51, PAGE 18
WOUND
Angleterre, trimestriel, 192 p., no 7, 230 x 300 mm,
16,95 euros.
Editor in chief: Francis Malone
Fashion director: Laurent Dombrowicz
Art director: Linda Elander
Design director: Vita Piccolomini
Publisher: Wound media
woundmedia.com
Un magazine indépendant, de 200 pages, au papier
luxueux, avec quatre couvertures différentes pour
un même numéro… ça frise l’indécence en temps
de crise. Mais Wound (blessure) n’en a cure, puisque malgré la plaie, le combat a dû être victorieux.
Côté image : une débauche de séries lisses et maîtrisées, très voire trop construites, toutes pourtant
de photographes différents. C’est une ligne plus bas
que réside l’explication : Laurent Dombrowicz, le
fashion editor, est de toutes les séries ou presque.
Styliste de mode réputé, il fait donc briller son image aux yeux de ses clients pour mieux les séduire,
et joue au courtisan, pour tenter d’être désiré à son
tour. Une fois la mécanique démontée, le contenu.
Un thème : la grande illusion, et quatre sections :
art, mode, architecture, design (original…). Beaucoup de textes cela dit, révérencieux avec les marques, plus libre avec les artistes (voir l’interview
de Wim Delvoye en extrait). Wound fait penser à
un menu, duquel serait proscrits sel, poivre, épices,
graisses et même vin. Je me demande si je ne préfère pas le consumer de McDo.
Extrait
INTERVIEW
Kate Mayne speaks with Wim and learns all
about digestion, pigs and his plans for a challenging new tower at this year’s Venice extravaganza.
He is internationally renowned for his Cloaca
machines that replicate the human digestive
system; they take in food like humans do, and
deliver a perfectly formed turd onto a plate at
the end of the digestion process. Delvoye has
caused outrage amongst those who care for animal rights, by tattooing the backs of pigs as if
they were biker’s back, and then, by analogy, tattooing a human’s being back as well according to
a similar motif. The pig’s skins are stretched and
sold after the animal has been slaughtered. The
same fate awaits Tim’s back after his death. Tim
is a friend of Delvoye; a relationship that grew
out of the model/tattooist relationship facilitated
by Delvoye’s practice. When Tim dies, his tattooed back will become the property of a collector, a sale that has already been established
by contract. Patterning seems rife amongst the
output of Wim Delvoye, as his work tends to
marry elements that are at odds with each other,
in such a way that nevertheless merge successfully, putting the viewer in a position of simultaneous recognition of incompatible parts. For
an artist whose earlier works included football
posts lined with traditional looking stained glass
windows, and gas canisters painted in patterns
of delft blue tiling, his work transpires to be far
more consistent than a first glance would seem
to suggest. The work seems to court controversy, which tends to make Delvoye a kind of
bad boy of the art world.
[…] Kate Mayne p. 143
MAGAZINE N 51, PAGE 20
Les créateurs [de mode] ne
peuvent pas tenir éternellement;
ils disent ce qu’ils ont à dire,
incarnent leur génération,
illustrent leur époque,
après, à d’autres de s’y coller !
Vincent Darré
Ancien élève du Studio Berçot, longtemps collaborateur de Karl Lagerfeld, puis styliste
de Moschino et éphémère directeur artistique d’Ungaro, Vincent Darré a ouvert, depuis
un an, rue du Mont-Thabor, à Paris, un espace entre galerie et cabinet de curiositéS
dédié à son mobilier dadaïste. Touche-à-tout, ce dandy grand teint dessine également des
costumes de spectacle, quand il ne réalise pas le stylisme d’images de mode.
Décorateur, designer, costumier… comment
définir votre job ?
Déjà, je n’ai pas un métier. J’espère ne jamais
avoir l’impression de travailler… Je réponds
plutôt à des lubies. Rien dans mon parcours
ne relève d’un plan de carrière ; je fonctionne
davantage par étapes, au gré des expériences,
des aventures, et des rencontres. Ma règle de
conduite : faire ce à quoi l’on ne s’attend pas.
La mode a longtemps été votre activité…
J’ai toujours fait de la mode, et d’autres choses à côté, parce que j’ai toujours considéré
la mode comme une forme de prison. Une prison dorée, certes, dans laquelle on s’amuse
bien – et Dieu sait que je me suis beaucoup
amusé –, mais également un milieu très
fermé. Le job tourne vite en rond, avec ses
collections tous les six mois, ses défilés…
Tout au long de votre parcours, vous n’avez eu de
cesse de vous réinventer.
Ce qui me fait peur, ce n’est pas de vieillir, mais
de devenir blasé ou aigri. Se réinventer évite de
tourner en rond.
La décennie écoulée, vous avez principalement
travaillé pour Moschino, puis Ungaro.
Moschino, cela me correspondait tout à fait.
De son vivant, Franco Moschino se comportait
comme un anarchiste, son travail tournait en
dérision les codes de la mode. J’aime beaucoup
l’humour sur la mode, et en aucun cas la mode
se prenant au sérieux.
Chez Ungaro, ce fut un peu moins l’osmose…
Ungaro, le problème, c’est que ce n’était pas vraiment pour moi. Le style maison se résume à des
couleurs flashy, des volants en veux-tu en voilà, et
le mélange de 36 imprimés… Tout le contraire
de ce que j’aime ! L’aventure aura duré un an, et
quand elle s’est arrêtée : la déprime ! Je ne pouvais même plus ouvrir un canard de mode sans
me mettre à pleurer… Après avoir beaucoup
pleuré, j’ai bien dû me mettre à réfléchir. Comme
j’avais de l’argent à la banque – ce qui n’avait pas
toujours été le cas –, j’ai pris le temps, pendant
deux ans, de développer le projet de la Maison
Darré, que j’avais en tête depuis vingt ans.
Quel fut le déclic ?
Une exposition sur le dadaïsme à Beaubourg. Je
venais de terminer mon passage chez Ungaro,
donc assez déprimé, et tout à coup, en voyant les
œuvres, j’ai compris que je me trompais sur ma vie.
Au départ, j’aime les collages, les choses abruptes
et énergiques. Je m’étais pourtant mis une pression de dingue pour devenir directeur artistique ;
c’était la mode à l’époque, il fallait être directeur
artistique d’une grande Maison. Mais ce n’était pas
du tout un truc pour moi ! Répondre sagement à ce
que l’on attend de moi, je ne sais pas faire.
Ces deux ans de « vacances » vous furent donc
profitables.
Il faut du temps pour faire germer les choses en
soi. Quand tu travailles dans la mode, on ne te
laisse plus le temps de penser. C’est un cycle
infernal imposé par les règles du prêt-à-porter.
Il faut penser à la prochaine saison en dessinant
la pré-collection tout en planchant sur les accessoires du défilé. Allez, il faut enchaîner ! Et ne
surtout pas oublier de devenir célèbre. Pour cela,
on doit te voir sur un maximum de photos. Tu
dois donc sortir, répondre à des interviews. Mais
quelle fatigue…
A travers la Maison Darré, vous vous consacrez à
présent à la décoration. La mode vous amuseraitelle moins ?
Beaucoup moins. Au démarrage de la Maison
Darré, je rêvais, comme du temps de la sécession
viennoise, de décliner un univers global à travers du
mobilier, avec une garde-robe adaptée. Je m’amusais à faire les meubles, les tapis, mais au moment
de dessiner les vêtements, cela devenait rébarbatif.
J’avais l’impression d’employer des recettes. Je me
demandais si les pièces allaient se vendre… Des
conditionnements inconscients, imposés par des
années à travailler dans l’industrie, s’enclenchaient.
Je n’arrivais plus à créer librement…
Vous avez un problème avec ce qu’est devenue la
mode aujourd’hui.
La mode est un exercice qui a beaucoup changé
ces quinze dernières années. A part quelques personnes qui pratiquent cette activité à leur guise,
comme Azzedine Alaïa, la majorité des gens sont
aujourd’hui là pour gagner beaucoup de fric et ne
font donc que des concessions.
ont réussi à transformer de vieilles Maisons en
machines à produire des cochonneries. Et ils s’étonnent de ne plus vendre aucun vêtement. Rien de
bien nouveau… En vérité, Pierre Cardin avait déjà
fait le coup avec ses licences à tire-larigot dans
les années 70, avec pour résultat de galvauder son
nom. C’est ce qui arrive aujourd’hui à toutes ces
griffes surexploitées : le rêve s’est envolé !
Comment analysez-vous cette évolution ?
J’ai vu le truc venir. A mes débuts, dans les
années 80, je faisais du free-lance en Italie ; et
l’Italie, ça a toujours été le business. La France a
suivi le mouvement dans les années 90. Depuis,
tout le monde ne pense qu’au fric. On connaît
l’histoire : les griffes ont été rachetées par des
grands groupes, tout s’est contracté, jusqu’à l’asphyxie que l’on constate aujourd’hui.
Comment trouvez-vous la mode actuelle ?
Nous sommes dans une époque de morts vivants.
Il n’y a plus que des griffes avec des noms de
morts, cercueils dans lesquels on case de pauvres
gosses chargés de réanimer le cadavre. Avant,
une Maison, ça durait dix ans ; Schiaparelli a tenu
dix ans, Chanel, bon, deux fois dix ans – elle est
partie, puis revenue. Les créateurs ne peuvent
pas tenir éternellement ; ils disent ce qu’ils ont
à dire, incarnent leur génération, illustrent leur
époque, après, à d’autres de s’y coller ! Maintenant, on a des griffes zombies. Quelle ne fut
pas ma surprise d’apprendre que des financiers
italiens avaient l’intention de relancer Madeleine
Vionnet. Madeleine Vionnet, c’était formidable
– l’exposition aux Arts décoratifs le prouve
assez –, mais elle est morte ! Et là, qu’est-ce que
le petit monde de la mode attend fébrilement ?
Le « come-back » de Céline en octobre… Mais
Céline, c’est une mode pour petite-bourgeoise en
bottes ! Ça ne fait vraiment pas rêver ! Aucune
histoire, pas de patrimoine stylistique, juste une
brave fille, super bien payée – Phoebe Philo –,
qui se retrouve avec une patate chaude entre les
mains. Tout cela parce que Céline c’est soi-disant
un nom. Et ce n’est pas fini, on annonce aussi la
relance de Carven ! Carven… On pourrait faire
une liste de tout ce que l’histoire de la mode a
connu de pire à l’attention des financiers en mal
d’investissements.
Les affaires ne sont plus franchement florissantes, des Maisons comme Dior ferment des boutiques en douce, l’avenir de Christian Lacroix est
incertain…
Le Parti Socialiste disparaît aussi ; tout arrive en
même temps. Les valeurs changent. J’espère que
les gens vont enfin se détacher du pouvoir de
l’argent. La mode, beaucoup ont cru que c’était la
poule aux œufs d’or, un bon business avec lequel
on allait indéfiniment pouvoir gagner beaucoup
d’argent. C’était mal connaître cette activité…
Il n’y a jamais de recette qui tienne. A reproduire
sans cesse les mêmes schémas, on lasse…
Vous voulez dire que les belles années du luxe
sont derrière nous ?
Le luxe, voilà un mot qui ne veut plus rien dire ;
si le luxe c’est l’avenue Montaigne, merci bien !
L’avenue Montaigne a le charme réfrigéré d’un
« duty free ». Les soi-disant « grands groupes »
Vous avez également travaillé pour la presse.
Par hasard, là encore. En vacances avec François
Hallard [photographe de mode et de décoration,
ndlr], nous nous amusions à faire une série
en hommage à Arletty, qui venait de mourir. Il
a montré ses clichés à Brigitte Langevin, alors
rédactrice en chef mode au Glamour, le résultat
lui a plu, j’ai alors travaillé pour eux. Je faisais du
stylisme, mais aussi des décors, je racontais des
histoires… Plus tard, pour le Vogue, plutôt que
de travailler avec des photographes qui ne me
plaisaient pas, j’ai décidé de prendre moi-même
les clichés. Ne connaissant rien à la technique,
j’avais tout de même un assistant qui s’occupait
de tout… Ce qui m’amuse c’est l’inattendu, faire
ce que tu pensais ne pas pouvoir faire.
La presse vous intéresse ?
Si c’est pour réaliser des choses bricolées, comme
l’étaient les revues surréalistes d’autrefois, des
trucs qui ne se prennent pas au sérieux, oui, cela
peut être intéressant ! Autrement, devoir dire merci
à tous les annonceurs, c’est d’un barbant…
Vous regardez les journaux pourtant…
Oui… ce qui me tombe sous la main chez le
coiffeur ou le dentiste. Dire qu’avant je ne pouvais
pas passer deux jours sans me ruer dans les
kiosques rafler toutes les revues… Paradoxalement, ce qui m’intéresse le plus aujourd’hui dans
les magazines de mode, ce sont les articles sur
les artistes, le design, le cinéma. Et plus que tout,
les interviews d’acteurs – je suis très concierge,
j’adore les ragots. Mais les séries de mode, je me
force vraiment à les regarder pour me tenir au
courant. Je me demande à qui cela peut encore
faire de l’effet ces photos de mannequins avec un
coup la main à droite, puis la main à gauche et
la main à la taille sur la double page suivante. De
pauvres gamines qu’on déguise pour illustrer le
retour des années 90, après nous avoir bassinés
avec le rétro 80, et rabattus les seventies… Une
série ne peut être excitante que si elle amène
quelque chose d’un peu étrange qui dépasse la
simple illustration d’une tendance. Il faut renouveler le contexte.
Vous avez également une carrière de costumier.
J’habille surtout Arielle Dombasle, et l’on s’amuse
beaucoup. Elle m’entraîne dans chacune de ses
galères, qui varient d’un film de cape et d’épée à
un album concept. C’est à chaque fois un exercice de style autour de son personnage. De là à
devenir costumier dans le milieu du spectacle et
du cinéma, à devoir habiller Monsieur et Madame
Tout-le-monde dans une bonne comédie à la
française : non ! Pour Milady de Josée Dayan,
je m’étais retrouvé à faire, en plus des costumes
d’Arielle, ceux des autres acteurs. Je devenais
fou, même si le casting était plutôt drôle. J’avais
des mousquetaires assez rock’n’roll : Guillaume
Depardieu complètement pété, Florent Pagny en
Je me demande à qui cela peut
encore faire de l’effet ces
photos de mannequins avec
un coup la main à droite,
puis la main à gauche et
la main à la taille sur la
double page suivante.
d’Artagnan… Mais tu t’ennuies tellement sur les
tournages, tous ces temps d’attente entre deux
scènes. Je n’ai pas la patience…
Une autre de vos grandes occupations, c’est la
mondanité.
Les gens me reprochent beaucoup d’être mondain… Pourtant, rien que le terme même
« mondain » est amusant ; tellement vieillot ! Et
puis mondain, ça fait « personne qui s’intéresse
au monde », alors, si c’est ça, oui ! je suis mondain. J’adore rencontrer des gens, et les plus belles rencontres se font quand on est saoul. A jeun,
à un déjeuner, je n’y arrive pas… Il me faut
boire et fumer pour dépasser ma timidité. Saoul,
je peux parler à la terre entière, lier des amitiés.
Une des choses les plus importantes dans la vie,
c’est l’amitié. Sentir autour de soi un petit cercle
qui protège. On vit dans un monde où tu peux un
jour avoir un super boulot, être le roi du monde,
et puis le lendemain te faire virer, te retrouver
sans rien. Là, si tu n’as pas des amis, t’es un peu
foutu… J’en connais pas mal qui sont derrière
leur téléphone à attendre. Mais quoi ?
Vous avez fait vos classes dans les nuits du
Palace.
Les années 80 étaient une période complètement
libre. On la résume souvent à une période très
bling-bling. Elle était certes effervescente et clinquante, mais pas du tout fric. Les jeux de posi-
tions sociales n’existaient pas, les gens n’avaient
pas de plan de carrière, ils voulaient s’amuser.
Et puis on croisait des gens très différents. Ce qui
me manque le plus dans les nuits, aujourd’hui, ce
sont les mélanges. Au Palace, j’ai rencontré Erté,
un illustrateur de mode des années 30. Tu vois un
type de 80 balais aller en boîte aujourd’hui ?
Les fêtes ont beaucoup changé elles aussi ?
Dans les années 80, les bals étaient donnés par
des gens qui jetaient leur argent par les fenêtres ; on se battait alors pour être invité à une
fête. Les soirées sont aujourd’hui sponsorisées
par des marques qui lancent des produits, et les
attachées de presse font à présent des pieds et
des mains pour y rabattre des gens que cela fait
chier. Les actrices sont payées pour porter des
robes, les PDG paradent, et le gros des invités
fait de la figuration… Ce n’est plus la maîtresse
de maison qui t’accueille, mais un mur de logos
devant lequel il faut prendre la pose. Les tenues
sont au diapason du système, les strass crépitent
pour rassurer sur la bonne santé du compte en
banque de ces dames. On est dans une surenchère macho : elles sont toutes là pour montrer
qu’elles ont un sac plus gros que leur copine !
Rassurez-moi, vous vous amusez encore…
Si tu arrives à une fête dans l’état d’esprit de
devoir représenter quelque chose – la boîte pour
laquelle tu travailles, ton statut social –, bref de
te vendre, c’est sinistre. Si tu viens avec un verre
dans le nez et trois copains pour foutre la merde,
tu t’amuses toujours…
Mode et déco fonctionnent-elles de la même
façon ?
A part Karl Lagerfeld, qui change de mobilier et
de maison comme de chemise, non. Les gens
modifient moins souvent leur cadre de vie.
Votre mobilier aux formes squelettiques, chaise
au dossier façon vertèbres ou table basse en
forme de bassin… peut dérouter.
Le fondement de tous ces objets, c’est mon propre corps. Je suis Vincent le Désossé ; mon squelette est très voyant : je n’ai pas grand-chose
d’autre que la peau sur les os.
On ne peut pas vraiment qualifier votre mobilier
de design.
Ce qui m’intéressait, enfant – et m’intéresse toujours –, c’est ce que l’on appelait autrefois les
« arts décoratifs ». Quelque chose englobant la
mode, le mobilier, les tissus, les bijoux…
Vous avez créé le décor du Montana, une boîte de nuit.
Comme tout ce qui m’arrive, c’est une histoire
d’amis. André, et surtout Olivier Zahm, à qui l’on
proposait de s’occuper de cet endroit, acceptèrent
à condition que je réalise la déco ! Ils voulaient
une « Tutch Vincent Darré ». La « tutch », c’est
Ce qui me manque le plus dans
les nuits aujourd’hui, ce sont
les mélanges. Au Palace, j’ai
rencontré Erté, un illustrateur de mode des années 30. Tu
vois un type de 80 balais aller
en boîte aujourd’hui ?
que je me suis retrouvé à faire tout le décor en
trois semaines, avec les électriciens sur le dos,
le menuisier me demandant où placer la caisse
derrière le bar. Tu parles d’une « tutch » ! Mais,
c’était très amusant. Je souhaitais inventer un
endroit qui ressemble à l’idée que se serait faite
des Américains d’une cave à Saint-Germain dans
les années 60.
Avez-vous peur de vieillir ?
Il y a des étapes dans la vie. A 20 ans, tu fais
n’importe quoi : tu peux prendre toutes les drogues, sortir tous les soirs – il faut bien en profiter
parce qu’après c’est fini ! La trentaine venue, tu
te dis qu’il va bien falloir travailler et faire quelque
chose de ta vie, et là, tu entames ce que les gens
appellent une carrière – c’est important de ne
pas se rater au départ parce qu’après c’est plus
difficile de prendre le train en route. A 40, tu passes par de grands questionnements : qu’est-ce
que j’ai dans mon armoire ? Qui sont mes amis ?
Suis-je amoureux de la personne dans mon lit ?
Qu’est-ce que je garde ? Qu’est-ce que je jette ?
C’est l’âge où tu réalises qu’il te reste dix ans
pour faire quelque chose de créatif dans ta vie.
Après, cela devient plus compliqué… Moi, je me
suis réveillé au dernier moment, j’ai 50 ans et
cela fait un an que j’ai ouvert la Maison Darré,
c’était ric-rac !
Propos recueillis par Cédric Saint André Perrin
MAGAZINE N 51, PAGE 24
Le temps arrêté
Coup sur coup, deux marques de luxe exhument des images publicitaires datées. Et ne
regardent plus devant mais derrière, non plus dans un mouvement, mais dans une pose
figée. Deux stars comme on n’en fait plus, ou plutôt un temps capable de « stariser » qui
s’est évanoui. Reste quelques photos…
C’est d’abord une photographie d’archive sur
laquelle vient sommairement prendre place l’objet
promu par le publicitaire ; il s’agit d’une montre de
luxe. La phrase d’accroche et le logo de la marque
peuvent se permettre de rester discrets au premier
regard puisque ce dernier achoppe immédiatement
sur la figure de John Fitzgerald Kennedy. Explication : les montres suisses Omega furent appréciées
par le président qui lança la guerre des étoiles et
les modèles Speedmaster adoubés un peu plus tard
par la NASA ; ces super joujoux techniques bénéficient depuis lors d’une présence exclusive dans
l’espace. Aujourd’hui, quarantième anniversaire du
premier pas sur la Lune et échange de bons procédés : la Fondation Kennedy a autorisé l’utilisation
de documents ; sur le site Internet d’Omega, à la
rubrique Speedmaster, on a donc droit à un extrait
du discours de 1962, d’où sont issues la citation
(“We choose to go to the Moon”) et l’image papier,
accompagné d’un résumé de la conquête spatiale
américaine – en toute simplicité.
Qu’un homme à qui le temps manqua devienne
l’ambassadeur d’un objet qui en symbolise la
maîtrise est d’ailleurs en soi assez ironique. Mais
l’aura comme le rayonnement de Kennedy sont
inversement proportionnels à sa trajectoire politique, suffisamment brève pour conjurer toute relecture critique conséquente. Plus forte que les figures
promotionnelles de l’acteur et de l’athlète réunies, la
présence de Kennedy évoque immanquablement ce
conte de fées moderne d’ambition et de pouvoir, où
l’héroïne serait une étoile filante, virtuelle mais non
pas moins fascinante : Kennedy, c’est l’éternelle
promesse, un horizon utopique. Dans une perspective cynique, on peut bien utiliser sous prétexte
de commémoration la figure de Kennedy comme
signe d’une optimisation maximale du temps et sa
nécessité : Speedmaster, donc… Même si l’hyper
maîtrise en reviendrait bien plutôt à l’entreprise
Omega qui, en un condensé confondant, ferait
presque passer l’histoire dense d’enjeux politiques,
idéologiques, de prouesses humaines et scientifiques, pour l’une des plus ambitieuses campagnes
commerciales jamais élaborées – après tout, qui
se soucie aujourd’hui d’explorer les étoiles ? Autant
en exploiter l’éclat ici-bas, quand bien même il ne
serait qu’un reflet.
C’est enfin un bel homme qui prête en 2009 son
visage à la promotion d’une eau Dior qui fit date.
La photographie qui en actualise le désir apparaît cette fois avoir été élaborée il y a quelques
mois : le clair-obscur de velours et la précision
du grain, le cadrage empathique allié à l’épure
classieuse, et bien sûr la jeunesse sensuelle…
d’Alain Delon en 1966, année où fut créée l’eau
en question. Troublante campagne qui, en voulant fédérer les générations, évoque le temps et
le nie en apparence, lorsque quarante années
s’évaporent à la surface (enchanteresse et codifiée) d’une instantanéité de papier glacé. Magie
des stratégies marketing qui, pour conjurer un
présent dangereusement mouvant, brandissent
des « il y a longtemps » qu’elles maquillent en
« toujours » – le temps et son épaisseur y font de
drôles de loopings.
Céline Mallet
Publicité Omega été 2009
Publicité Dior Parfums 1966 puis 2009
Plus forte que les figures
promotionnelles de l’acteur et de
l’athlète réunies, la présence de
Kennedy évoque immanquablement
ce conte de fées moderne d’ambition
et de pouvoir. […] Kennedy, c’est
l’éternelle promesse, un horizon
utopique.
MAGAZINE N 51, PAGE 26
Le chapeau masculin
Soumis aux conventions bien plus qu’aux modes, les hommes esclaves du protocole
vestimentaire n’ont cessé de se trahir par leurs chapeaux. Sans doute parce que, sous
leurs casques protecteurs, ils avaient souvent tendance à oublier qu’ils n’étaient que des
hommes. Statut, attitude, croyances, « Si tu veux cacher tes opinions, marche tête nue »,
disait le dicton. le chapeau véhicule des messages sémiotiques que la standardisation de
la tenue masculine a réduit à une poignée de mots…
Bonnet
Jusqu’au xiie siècle, les hommes ne portent presque jamais de chapeau, excepté ce simple bout de
cuir maintenu sous le menton par des rubans. Les
nobles qui, pendant des générations, avaient proclamé leur supériorité sur les serfs en gardant leurs
cheveux longs, refusèrent d’adopter ce couvre-chef
sous prétexte qu’il était efféminé – il est vrai qu’il
ressemblait à un bonnet de nourrisson… Mais
au fil des rébellions, le bonnet plus fréquemment
porté sans attache devint le signe distinctif de la
noblesse. Et se mit à coiffer, au xixe siècle, toutes
les classes sociales et toutes les conditions.
Capuchon
Au cours du Moyen-Age, seule la nécessité
de voyager oblige les hommes à se munir d’un
chapeau. Ample et pointu, attaché à une cape
pour recouvrir les épaules, le capuchon devient à
la fin du xiie siècle une entité séparée, avant de
se sophistiquer au début du xive siècle : enroulé
autour de la tête comme un turban ou porté
comme un bonnet, on ne le distinguait pratiquement plus de ses confrères couvre-chefs.
Liripipion
Au fil des décennies, la pointe du capuchon
s’étire comme une pâte à chewing-gum pour finir
par se balancer dans le dos comme la queue
d’un animal, et par toucher terre… au point qu’il
fallut le draper comme un turban pour ne pas
s’empêtrer les pieds. Conscients de son pouvoir
de suggestion, seigneurs et féodés arboraient
ce symbole phallique avec délectation – tout
comme ils chaussaient leurs pieds de poulaines
pointues.
ne lui grimpe sur le dos. En raison de son unisexualité et des multiples manières de l’enfiler,
il porte à préjudice. Ainsi, tiré vers l’avant à la
mode « embronché », il cache le visage et offre
des facilités pour les agressions à main armée,
si bien qu’un décret de 1399 le limite aux enterrements.
Gorgerette
Plumes et broches ornées de bijoux escaladent le
liripipion, pour faire le paon sur la tête feutrée de
ces riches messieurs.
Toque
Au xvie siècle, l’innovation est surtout vestimentaire.
Le chapeau accessoire est devenu si banal que
tous les hommes sans distinction se doivent d’en
porter un, sous peine de mépris et d’insignifiance.
Sous Henri III, les fraises tuyautées sont si envahissantes qu’il faut rétablir l’harmonie de la silhouette
avec de petites toques ornées de plumes.
Chaperon
Fils du capuchon-turban ayant acquis son
indépendance à la fin du xiie siècle, cagoule et
capuche à la fois, il s’agrémente au xive siècle
d’une cornette dégoulinante, avant de se faire
coudre en drapé sur des bourrelets et qu’une
gorgerette Renaissance dressée en crête de coq
Pain de sucre
Digne descendant du bonnet, dans la famille des
chapeaux pointus coniques, il est le plus populaire
des xvie et xviie siècles. Bien qu’il fût très volatile, il
avait au moins un avantage thermique : il permettait de se réfrigérer le cerveau en bloquant l’air à
l’intérieur du cône.
Tuyau de poêle
Charles Ier d’Angleterre (1625 – 1649) portait
un chapeau dont la haute calotte en forme de
tube ressemblait étrangement à un « tuyau de
poêle ». Il était fait des plus beaux poils de castor importés du Canada et traités à grands frais
pour donner à la surface du chapeau de chauds
reflets rouges. Victime de la première Révolution
anglaise, le roi à la calotte décapitée refusa
d’ôter son « tuyau » en présence du tribunal et
de la guillotine, anéantissant ainsi la mode des
chapeaux à calotte haute pour plus d’un siècle.
Cavalier
Au début du xviie siècle, les chapeaux atteignent
de nouveaux sommets d’extravagance. Volumineux et somptueusement garni de plumes, ce
digne figurant du siècle de Louis XIV entre dans
la légende sur la tête des Trois Mousquetaires.
Pourtant, s’il donnait beaucoup d’allure aux
militaires, il était inconfortable dans la mesure
où ses larges bords en oreille de chien devaient
constamment être retroussés pour ne pas occulter la vision.
Tricorne
La nécessité de corner le « cavalier », pour plus
de praticité, se fit pressante. On commença par
l’épingler sur le côté droit afin que l’on pût, au
moins, balancer son bras droit correctement. Puis
on releva et épingla les trois côtés pour qu’un
homme au galop ne risquât pas d’être désarçonné en le maintenant. Porté par les gentilshommes et les courtisans, bordé généralement
d’une belle frange de plumes d’autruche, il fut
l’un des principaux couvre-chefs survivants du
xviiie siècle face au monopole de la perruque.
Bicorne
La Révolution donna le coup de grâce au tricorne.
Les chapeaux étant devenus superflus, sinon pour
parader, les hommes adoptèrent le bicorne, dit
aussi le « chapeau bras » (car il avait été créé pour
être porté à la main plutôt que sur la tête ; l’élégant
ne pouvant pas prendre le risque de déplacer sa
perruque ou de faire tomber de la poudre sur ses
épaules…). La calotte aplatie, celui-ci n’était pas
très élégant, mais il avait une solennité qui correspondait parfaitement aux attitudes de l’Homme
Nouveau et aux attentes de Napoléon…
Bonnet phrygien
Emblème de liberté et de démocratie, ce bonnet
mou replié à l’avant comme une corne, existe
déjà depuis belle lurette – on le donnait aux
esclaves grecs et aux romains affranchis – lorsque les révolutionnaires décident d’en chapeauter Marianne, allégorie de la République. Si « on
ne peut mener une révolution en haut-de-forme »,
on ne peut non plus diriger un gouvernement en
bonnet phrygien (car le chapeau mou sous-entendait l’anarchie).
Haut-de-forme
Sujet favori du courrier des lecteurs, cette mode qui
vint du gentilhomme de la campagne – ce dernier
avait rétréci les bords de son chapeau en guise de
casque de protection rudimentaire pour minimiser
les blessures de chute de cheval – eut toujours
ses détracteurs. Sans doute par aversion du siècle
envers ses « gros bonnets » (hommes d’affaires,
banquiers, politiciens…) qui, pour afficher leur
supériorité, s’affublaient de cette tour de prestige
aussi absurde qu’elle était malcommode.
Casquette
Dans l’Angleterre victorienne, le chapeau du chasseur
de cerfs – dont s’inspira Conan Doyle pour coiffer la
tête de son héros Sherlock Holmes – évoquait avant
tout le sportif campagnard, mais il était aussi un
accessoire justicier, pour celui qui consacrait sa vie à
la réflexion ou à la recherche de malfaiteurs…
Melon
En 1850, le chapeau prend le melon. Lassé de
ses chapeaux mous peu résistants aux rigueurs
de la vie, Mister Coke rêvait d’un chapeau aussi
rigide qu’un haut-de-forme, mais pas aussi haut.
La maison Lock & Co lui proposa la solution de
la calotte ronde, qu’il testa en sautant à pieds
joints sur la calotte. Le bowler hat – du nom de
famille du fabricant – se fit le solennel allié de la
classe dirigeante proche de l’ouvrier, représentant
à la manière « melon bosselé » de Charlie Chaplin
la vulnérabilité pathétique d’un homme dont la
dignité (écornée) tient à son chapeau.
Stetson
A la suite de la tournée de Buffalo Bill (1898),
« Le chapeau de la conquête de l’Ouest », créé par
le chapelier américain John B. Stetson, devint un
accessoire vital pour tous les cow-boys du showbusiness. Miroir de la virilité masculine, vissé sur
la tête de James Dean ou de Ronald Reagan, il
aurait pu être le descendant du tricorne.
Béret
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le béret
basque – couvre-chef français le plus commun – fut adopté par les maquisards afin de
n’éveiller aucun soupçon… Penché sur la tête
de Che Guevara, il fut pris à son insu pour le
symbole mondial du guérillero révolutionnaire.
Les oubliés du chapeau
La liste est longue, citons en vrac : bitos, bloum,
borsalino, canotier, chéchia, chapska, cumberland, fédora, galurin, jim crow, homburg, képi,
panama, pilos, pétase, sombrero, suroît, talpack,
trilby, turf, wellington…
Marlène Van de Casteele
MAGAZINE N 51, PAGE 28
Practise NZ at the Venice Biennale 2009
Logotype Modular Variation
02 / 02 / 09
au détour d’un canal, engoncé
dans ma veste de costume
usée et me dandinant dans mes
chaussures inadaptées, j’ai été
frappé de plein fouet par un
symbole d’une beauté rivalisant
– voire surpassant – celle de
la sérénissime.
New Zealand
at the
Venice Biennale
2009
Initiales NZ
Quand Venise, ville du plus grand classicisme, accueille une biennale d’art contemporain,
le meilleur graphisme y pointe parfois le bout de son logo.
Ouverture de la Biennale de Venise, juin 2009.
L’élite de la culture mondiale est là, crapahutant
de palazzo en palazzo, voguant sur des taxis à
60 euros la minute, se nourrissant de petits fours
et de Bellini. La ville est envahie de banderoles
et d’affiches à la gloire des différents pavillons
nationaux, et chaque pays semble avoir produit
un sac en tissu, à porter en bandoulière, aux
couleurs de son exposition. On identifie en un
clin d’œil le professionnel du monde de l’art :
lunettes Ray Ban Wayfarer, veste de costume
usée, chaussures totalement inadaptées à une
ville comme Venise, où il faut marcher des heures
durant, et surtout un (ou plusieurs) art bag sous
le bras. Informe et mou, produit en Chine pour
deux centimes, il est devenu le signe imparable
pour différencier le critique d’art du touriste à la
recherche du pont des Soupirs.
Il n’y a dans les jardins de l’arsenal que quelques pavillons, construits depuis longtemps et
signes d’une lointaine époque géopolitique – la
Yougoslavie et la Tchécoslovaquie n’existent
plus mais exposent toujours. Pour les centaines
d’autres pays, désireux de se faire une place
sur la mappemonde de l’art contemporain, une
seule solution : louer un lieu dans la ville ou
dans les hangars de l’arsenal et en faire la
promotion, dans l’espoir que les visiteurs feront
l’effort d’y aller. Contrairement à sa voisine aus-
tralienne, la Nouvelle-Zélande n’a pas de pavillon
permanent, et est donc hébergée dans deux
lieux distincts de la ville.
Et c’est donc au détour d’un canal, engoncé dans
ma veste de costume usée et me dandinant dans
mes chaussures inadaptées, que j’ai été frappé
de plein fouet par un symbole d’une beauté rivalisant – voire surpassant – celle de la sérénissime.
Mes yeux, au vu d’un petit sigle bleu azur, ont
soudainement doublé de volume, et j’ai immédiatement perdu tout intérêt pour les détails délicats
des façades du Palais des Doges, les installations
sonores de Bruce Nauman ou les jambes des jeunes journalistes françaises. Jamais je n’avais vu
un geste visuel d’une telle force, jamais je n’avais
pensé qu’un N et un Z pouvaient avoir exactement
la même forme sans avoir à basculer. Du pur
génie, du concentré d’efficacité visuelle plus fort
que le crack. Pour me remettre de ce choc, il m’a
fallu plus d’un cocktail au bar de l’Hôtel Bauer.
D’où pouvait donc venir ce NZ hypnotisant ?
James Goggin, jeune graphiste basé a Londres,
s’est vu confier cette année l’identité de la
mission néo-zélandaise. Lauréat d’un concours
réunissant plusieurs agences, il a créé un signe
qui vient s’inscrire dans la liste très fermée des
Logos Parfaits. Avec les deux initiales du pays,
N et Z, il a réussi à composer un pictogramme
entièrement symétrique, purement angulaire et
graphique, mais avec un niveau de lecture et de
compréhension quasiment immédiat. Pourtant,
James Goggin a rencontré moult résistances
dans les sphères du New Zealand Art Council,
aux différents stades d’élaboration de cette
identité, à tel point que le pictogramme a failli
ne pas être inclus dans la solution visuelle finale.
J’ai encore du mal à comprendre comment des
responsables d’institution artistique peuvent ne
pas saisir la force d’un tel travail. Selon James,
on peut non seulement lire le N et le Z dans le
logo, mais aussi le V de Venise, une flèche descendant vers le bas (pointant vers l’hémisphère
sud), et une référence aux gravures sur bois
maories. Au final, le site Web sur lequel le logo
a été mis en place (2009.nzatvenice.com) a été
relégué au deuxième plan derrière une nouvelle
version réalisée en cachette par le gouvernement
d’Auckland (nzatvenice.com). Et, bien sûr, dans
cette identité bis, on retrouve un atrocissime logo
« Creative NZ » aux accents ethniques.
Heureusement, et pour quelques mois encore (la Biennale se termine en novembre), la plus belle ville du
monde accueille un des plus beaux logos au monde.
Yorgo Tloupas
Site Internet de James Goggin : practise.co.uk
Practise NZ at the Venice Biennale 2009
Logotype Modular Variation
New Zealand
at the
Venice Biennale
2009
New Zealand
at the
New Zealand
at the
Venice Biennale
Venice Biennale
2009
2009
www.practise.co.uk
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MAGAZINE N 51, PAGE 30
un logo de luxe qui voulait
dire « je suis beau, jeune,
riche et intelligent » veut
aujourd’hui dire « je suis fauché, en banlieue lointaine, et
je rêverais de rentrer au VIP ».
SLOW FASHION
Comment se porte le superflu en période de crise ? On annonce le retour en force du
basique, mais si les logos se sont faits plus discrets, la guerre des signes fait toujours
rage dans la rue. Quel rôle jouent les blogs dans ce système bien huilé de la mode ?
Un entretien à visage couvert propose quelques réponses.
Sur le modèle de la slow food, on parle désormais
d’un mouvement de slow fashion [acheter moins
et mieux, plus basique et moins ostentatoire].
Qu’en pensez-vous ?
C’est effectivement écrit dans n’importe quel
magazine de mode, ce qui serait une raison de
s’en méfier… pourtant je pense que c’est vrai.
Il y a effectivement une consommation plus lente
et pour des raisons multiples. Au départ, il y a
une peur alimentée par tous les médias qui répètent : « gardez bien vos sous, il ne va pas y en
avoir beaucoup dans les temps à venir », ce qui
a affecté les achats compulsifs, spontanés ou
« superflus », les « it-bag » par exemple, qui n’ont
plus vraiment la cote. Ensuite, il y a eu le temps
de la preuve : chacun a été affecté par la crise,
soit qu’il connaisse dans son entourage quelqu’un
qui ait été licencié soit qu’il ait vu une entreprise
mettre la clé sous la porte, et ça a donné un vrai
coup de frein à la conso. On a alors parlé de
consommation raisonnée, l’acheteur se demandant : de quoi ai-je vraiment besoin ?
Ce mouvement touche-t-il tous les consommateurs ?
Même les populations qui n’étaient pas encore
affectées commencent à avoir ce raisonnement.
Dans les magazines de mode, on ne parle plus
de fashionistas [consommateurs de mode effrénés] mais de recesionnistas, une nouvelle espèce
tout aussi branchée. Et on assiste à l’inverse de
ce que l’on a connu depuis dix ans avec la fast
fashion : deux collections par an ne suffisaient
pas, il en fallait quatre, on devait accélérer le
rythme des visites dans les magasins, les messages RP étaient plus radicaux : on installait un
produit, pas exemple un gros sac, pour le détrôner quelques mois après par un plus petit et ainsi
de suite. Parallèlement, on assistait à la quasidisparition de la mode minimaliste, le classicisme
était devenu ringard et on lui préférait le changement pour le changement, comme une valeur
en soi : enjoy present, enjoy yourself. Dès qu’un
discours différent s’affichait, par exemple « il me
faut un truc qui me va vraiment », on passait pour
un ringard ou un réac parce qu’on ne voulait pas
entrer dans ce modèle en mouvement.
Vous disiez que ce mouvement de « recesionnistas » était devenu à la mode. N’est-ce pas antinomique ?
Il y a un phénomène récent dans le quartier
des boutiques de luxe à New York : les femmes
commencent à ne plus vouloir que le sac de leur
shopping soit labellisé luxe, comme si ça n’était
pas respectueux des autres, pas compassionnel
ni visionnaire quant à la situation actuelle qui
dit plutôt : « tu consommes, tu n’es pas dans le
coup ». Et des boutiques de luxe new-yorkaises
commencent à donner des sacs sans logo. On
entre ainsi dans « la mode de culpabilité », et ça
devient à la mode de dire « ce sac, je ne l’ai pas
acheté, je l’ai récupéré de ma grand–mère et il
est génial », ou alors « avec cette crise, je suis
retourné voir dans mon dressing et j’ai redécouvert ce truc que je n’avais mis qu’une fois », etc.
En deux mots, ça redevient chic de dire « j’ai
fait une affaire ». Ça devient « mode », y compris
pour la bourgeoise classique d’aller chercher un
top chez H&M ; et être dans le coup aujourd’hui
ce n’est pas choisir une consommation exhibitionniste mais maline.
Ce n’est donc pas qu’une question de budget, mais
presque de style de consommation…
Absolument, et ça explique aussi le boom des
ventes en ligne à travers des sites comme venteprivée.com, dont les promotions sont parfois
douteuses ou artificielles. Ce succès est expliqué
par la quête de la bonne affaire et, ce qui est
nouveau, de la honte d’être vu faisant du shopping. C’est aujourd’hui beaucoup plus chic de dire
« samedi, je suis allé dans un parc » que « j’étais
chez APC, puis rue Saint-Honoré » ; y compris
pour des branchés. Et indépendamment de l’aspect financier, les après-midi troc redeviennent
« dans le coup » chez la bourgeoise moyenne,
alors que les petites branchées parisiennes se
servent de leur blog pour montrer ce qu’elles ont
dans leur penderie et font du troc en ligne. C’est
une autre forme de mondanité : se retrouver chez
une amie où chacune aura apporté une valise de
vêtements qu’elle ne met plus ; comme une sorte
de réseau social !
Le succès pérenne d’enseignes comme Muji et
celui annoncé d’Uniqlo, qui proposent des basiques de qualité, inquiète-t-il les mastodontes de
la mode que sont les H&M, Zara, etc. ?
De toute manière, ils prennent ces arrivées en considération. Uniqlo a l’air de débarquer la tête haute, en
sachant ce qu’il fait, et les enseignes déjà installées
sont suffisamment avisées pour ne pas rester les
bras croisés. Je ne serais pas surpris par exemple
que H&M inaugure un corner « classics ».
La prochaine bataille de la mode aurait donc lieu
sur le terrain des basiques ?
Heureusement, la mode obéit à des mécanismes
difficiles à prévoir… On m’a annoncé ce matin
que Lane Crawford, la boutique new-yorkaise qui
avait investi la première le créneau minimaliste,
venait de fermer. Dans les années 90, on nous
avait apporté cette réponse : consommez moins,
consommez mieux. Philippe Starck avait sorti son
catalogue « Good goods » avec ce concept et,
même si je ne le porte pas dans mon cœur dès
lors qu’il est en train de polluer tous les palaces
du monde avec ses chaises en plastoc et ses lustres kitsch, reconnaissons qu’il était visionnaire.
Dans les années 90, on a cru que la réponse
à cette consommation débile c’était le minimalisme, puis on a vu que ce n’était qu’un message
de mode comme les autres ; enfin, on est revenu
aux motifs, aux imprimés. […]
Est-ce que la réponse aujourd’hui est de proposer
des basiques ? Pas sûr, parce que tout le monde
en possède déjà et les marques qui en proposent
ne parviennent pas aujourd’hui à écouler leurs
stocks. Je pense que toutes les marques vont
être dans une certaine difficulté, pas uniquement
celles qui proposent des vêtements bariolés ou
ostentatoires. […] Toutefois, on constate des
situations paradoxales : les commandes de perles
et de strass ne se sont jamais aussi bien portées… c’est un contrecoup de la forte demande
sur le minimalisme qui amène des petits malins
à se positionner à l’opposé en disant : pendant
la crise, faisons la fête ! De même, apparemment
Paul & Joe marche bien, alors que Vanessa Bruno,
non ; on ne parvient pas à tout expliquer…
Que faire alors ?
Je crois que les marques doivent revenir à ce
qu’elles savent faire et ce pour quoi la marque
a un sens. Que ce soit des sacs de luxe ou les
meilleures chaussures de sport… même si 85 %
des baskets finissent dans la rue et non dans la
pratique d’un sport. Car si les consommateurs en
viennent à n’acheter que ce dont ils ont besoin,
ils privilégieront des références.
Dans le streetwear, la surface ostentatoire dédiée
aux logos est plus restreinte. Naomie Klein n’a-telle pas gagné en apparence la partie avec son
livre No logo ?
En tout cas, elle a gagné une bataille. Et je suis
certain qu’elle va de nouveau faire couler beaucoup d’encre, car certains lecteurs vont relire
No logo et une nouvelle génération va le découvrir. Elle a saisi quelque chose de profondément
vrai. Le caractère ostentatoire du logo est un
phénomène dont ont besoin les consommateurs
qui sont pauvres, autant en termes de signe que
d’argent. Concrètement, ça signifie qu’un logo de
luxe qui voulait dire « je suis beau, jeune, riche et
intelligent » veut aujourd’hui dire « je suis fauché,
en banlieue lointaine et je rêverais de rentrer au
VIP ». Si on est beau, jeune, riche et intelligent,
on a un pull Margiela ou un T‑shirt noir Hanes
à 15 euros ; on n’a pas besoin de le revendiquer
haut et fort, comme les « jeunes de banlieue »,
habillés en noir Zara, avec ceinture ou paire de
lunettes Dolce & Gabbana, seuls accessoires où
les logos sont visibles, et pas trop chers. […] On
pourrait regarder cette variation des looks, entre
logos d’un côté et subtilité des marques de l’autre,
comme une lutte des classes ou plutôt une lutte
des représentations de classes. Quoi qu’on dise, la
gamine du 16e, ça l’agace de savoir que la gamine
de banlieue s’habille avec ses marques, et comme
l’élément « logo » a été adopté par ceux qui disent
« je veux du luxe ; moi aussi j’ai et j’aurai, je ne
vais pas suivre le chemin et je vais jouir de la vie
comme vous, petits bourgeois », alors ces signes
ont été abandonnés par ces mêmes petits bourgeois à qui s’adressait le message. Parce que derrière une lutte de signes, c’est aussi une lutte de
classes qui se manifeste. En ce sens, les ChampsElysées sont une avenue incroyable, parce qu’elle
réunit les plus riches et les plus pauvres : celui qui
vient s’offrir une glace sur la plus belle avenue du
monde et la riche famille moyen-orientale qui fait
son shopping. Et il y a pléthore de logos, du plus
subtil au plus ostentatoire.
Comment la jeune consommatrice bourgeoise
type réagit au fait qu’une jeunesse plus pauvre
préempte les signes du luxe que sont les logos ?
Soit elle n’en affiche aucun, soit elle en affiche
les « vrais », comme le sac Saint Laurent et non
la seule boucle de ceinture. Mais ça se joue aussi
sur une autre sélection de marques, des APC,
agnès b. ou Margiela, ainsi que sur des sélections
de lieux. […] Cette lutte sur le terrain des signes
va au-delà des objets et des logos : maintenant,
la banlieusarde aussi a adopté le size zero, la
silhouette de Kate Moss, c’est‑à‑dire longiligne
et sans fesses. Après son régime, Karl Lagerfeld
disait que le vrai luxe ce n’était pas d’acheter des
vêtements mais de pouvoir les porter comme des
mannequins. Aujourd’hui, les princesses comme
les aristocrates du monde entier ressemblent à
des mannequins, il faut être maigre pour être
moderne et puissant. Et de ce point de vue,
il n’y a pas de différence entre la bourgeoise et
la banlieusarde.
On parle de signes et de codes, mais à quoi fontils référence ?
Il y a encore peu, les vêtements étaient porteurs
de message, je pense aux punks, par exemple,
et à leur rébellion contre le système ; aujourd’hui,
il n’y a pas de revendication intéressante, si
ce n’est d’avoir le droit à la fête – et à ce qui
va avec : amusement, sexe, intégration. On se
demande où sont passés les étudiants cultivés
et révoltés des décennies précédentes… Même
l’étudiant en lettres veut ressembler à un branché
absurde qui passe ses week-ends en boîte de
nuit… Quand on regarde ce que les gamines qui
font Sciences Po mettent sur leur facebook, ce
n’est pas le livre qu’elles ont lu, mais des images
Dans les années 90, on a
cru que la réponse à cette
consommation débile c’était le
minimalisme, on a vu ensuite que
ce n’était qu’un message de mode
comme les autres ; puis, on est
revenu aux motifs, aux imprimés.
d’elles en teuf, avec un cocktail fluo… A quoi ça
sert d’être plus maline que les autres si ce qui
est revendiqué comme étant la partie cool de sa
vie c’est ce même truc cheap ? Si c’est le mode
de vie qui les fait rêver, ils peuvent arrêter leurs
études immédiatement, parce que sans référence
ou bagage, on peut enchaîner les vernissages, les
open bars et les fêtes.
Quelle est la réelle influence des réseaux sociaux
et des blogs sur les comportements d’achat ?
Cela concerne uniquement un public friand de
nouveauté ou cela va-t-il au-delà ?
Ça ne concerne pas que les branchés, c’est devenu un raz-de-marée et c’est même ce qui a transformé la branchitude en mouvement de masse.
Le blog est un système de diffusion très rapide,
car, pour schématiser, les gamins ont aujourd’hui
des bandes de copains de deux mille personnes,
et même s’ils ne se voient pas tous les jours, ils
échangent et « partagent » tous les jours. Et on
sait que des blogs amateurs sont devenus plus
influents que des sites professionnels et que la
blogosphère est génératrice de tendances.
Comment composent les marques avec ce phénomène ?
Elles sont toujours en retard… et elles s’allient
avec des blogueuses influentes, en les chouchoutant, en leur offrant des choses, des accès, et
surtout en leur disant : « vous êtes des journalistes
de mode », ce qu’elles ont toujours rêvé d’être…
Dans la réalité, la bascule s’est opérée il y a un
an, quand les quelques blogueuses influentes qui
faisaient leur reportage à l’entrée des défilés ont
tout à coup eu droit à une chaise.
La boucle semble bouclée… Ont-elles maintenant la même fonction qu’une journaliste classique pour une marque ?
Oui, à la différence qu’elles ont l’impression
d’être indépendantes et qu’elles ont effectivement
cette crédibilité – tant qu’elles ne ternissent pas
leur blog avec des logos… Les marques l’ont
d’ailleurs bien compris, elles leur donnent des
produits, les invitent à leurs soldes de presse
et peuvent même aider le blog à mieux vivre
économiquement, mais elles demandent que leur
logo n’apparaisse surtout pas… C’est beaucoup
plus intéressant qu’une blogueuse dise comment
elle porte tel vêtement et avec quoi, c’est-à-dire
qu’elle écrive ce que l’on peut oser. Ça n’est pas
un micro-phénomène, il y a une dizaine de blogs
influents, dont certains annoncent dix mille visites par jour, et leurs auteurs commencent même
à être reconnues dans la rue…
Que pensez-vous des sites de silhouettes comme
facehunter, thesartorialist, etc. ? De quelle mode
parlent-ils ?
Autant ça m’excitait dans ID de voir des silhouettes de rue, autant dans ces blogs ça ne m’in-
téresse pas beaucoup. Parce qu’ils ne donnent
pas une photographie de la rue, sur 5 000 personnes croisées, ils vont en choisir 10 qui ne
ressemblent pas aux autres… Or, ce qui serait
vraiment intéressant, ce serait de compiler 50,
60, 70 looks identiques. Par exemple : lundi, je
vous montre tous les types que je vais croiser
et qui se ressemblent ; mardi, toutes les filles
avec une robe chasuble, etc. Ce serait alors une
vraie documentation historique, un peu comme
en constitue le duo hollandais Versluis et Uyttenbroek avec leur série Exactitudes. Pour voir
et analyser ce qu’est la mode aujourd’hui, il est
plus intéressant de regarder ceux qui n’ont pas
de subtilité ni conscience de leur look, toutes ces
filles qui sont persuadées de porter « la mode
qui leur ressemble » avec une paire de ballerines,
une robe chemise et une frange…
Comment vendra-t-on la mode
dans trois ans ?
On en vendra beaucoup par service personnalisé,
sur Internet. D’ailleurs, je crois beaucoup à la
revanche de la province.
On s’habillerait comme à Angoulême ?
Non, mais maintenant Angoulême peut s’habiller comme Paris. Les kids peuvent avoir les
mêmes baskets ou T-shirts en série limitée. Ils
savent en temps réel ce qui existe et ce qui
est dans le coup. Enfin, il y a un tel complexe
Aujourd’hui, il faut
être maigre pour être
moderne et puissant.
de ce point de vue, il n’y a
pas de différence entre la
bourgeoise et la banlieusarde.
et une telle frustration que le kid à Rouen qui
veut être à la mode le sera beaucoup plus
qu’ici. Avant, il devait être accompagné à Paris
par ses parents, aujourd’hui il peut tout faire à
distance. On connaissait déjà ce phénomène en
musique : les journalistes pointus viennent de
province, ils lancent un blog, se font connaître,
et ce n’est que dans un deuxième temps qu’ils
montent à Paris […] La mode est un secteur
aussi paradoxal et, malgré ce que je disais
en début d’interview qui concerne surtout une
minorité branchée, je crois qu’on va globalement
continuer à consommer de la fast fashion et
que les mastodontes comme H&M inventeront
de nouvelles solutions. En revanche, je pense
qu’il y aura un certain écrémage dans les marques, dont beaucoup sont en train de souffrir en
ce moment, et certaines ne survivront pas à la
rentrée. […] Je crois qu’on va consommer de
la mode en solderie, des collections de l’année
passée, vraies ou fausses, c’est-à-dire des collections produites uniquement pour le moment
des soldes, dont on fait croire qu’elles auraient
une valeur supérieure alors qu’elles ne sont vendues nulle part ailleurs. […] J’aurais bien aimé
dire qu’on allait revenir à une certaine qualité,
mais j’ai peur qu’il n’en soit rien…
Propos recueillis par Angelo Cirimele
MAGAZINE N 51, PAGE 34
Photography
Milo keller & Julien Gallico
Hair and Make-up
Meg Zlatoff / calliste
Yumi Endo / Marie-France
Neuf jeunes créateurs qui façonnent la mode de demain.
chacun porte ses propres créations.
HUBERT KARALY
jewellery designer
BARNABé HARDY
men designer
YAZ
jewellery designer
BARNABé FILLON
perfume creator
ROMAIN KREMER
men designer
LIGIA DIAZ
jewellery designer
Bóas Kristjánsson
men designer
RéGINA DABDAD
jewellery designer
ANNABELLE JOUOT
fashion editor
MAGAZINE N 51, PAGE 48
André Courrèges
1923 : Naissance à Pau, d’un père majordome,
d’une mère toute de noir vêtue.
1940 : Aussi loin qu’il se souvienne, la peinture,
le dessin et la mode l’ont toujours attiré, mais
pour faire plaisir à papa-maman, il entreprend
des études d’ingénieur. « J’ai passé des années
aux Ponts et Chaussées. Je m’y suis ennuyé à
mourir. » A la Libération, il plaque tout et s’enfuit à
Paris travailler pour diverses maisons de couture,
tout en suivant des cours à l’Ecole supérieure des
industries du vêtement.
1950 : Foudroyé par l’art de Cristobal Balenciaga,
il fait des pieds et des mains pour entrer dans
la maison du couturier monacal : « Je veux
travailler chez vous sans être payé, comme le
dernier des apprentis. » Engagé comme coupeur
dans un atelier tailleur, forgé à l’école de la
rigueur et de l’exigence, il y acquiert les techni­
ques d’un métier qui s’apparente à ses yeux au
travail de l’architecte. Il y rencontre aussi sa
« créativité complémentaire » et future épouse,
Coqueline Barrière.
1961 : « Sous les grands arbres, il ne pousse rien.
Je suis un petit gland sous le grand chêne que
vous êtes. Il faut que je vous quitte pour vivre. »
Après onze années de collaboration avec Balenciaga, le premier des apprentis s’en va fonder sa
propre maison de couture, au 48, avenue Kléber
à Paris, achetée grâce à un prêt sans intérêt du
patron délaissé, qui refusera d’être remboursé
et qui lui fournira en prime clientes et directeur
administratif. Empreint de minimalisme et de
pureté graphique, Courrèges élabore au cours de
ses premières collections un style dépouillé dans
l’esprit de son illustre maître. « J’étais tellement
imprégné par Monsieur Balenciaga, j’aimais tellement son art qu’il m’a fallu trois ou quatre ans
pour tout oublier et faire naître mon style. »
1964 : Un style qui, une fois trouvé, déclenche
un raz-de-marée. La collection « Fille de lune »
produit sur la haute couture un effet comparable à celui du New Look de 1947. « Il fallait, en
s’appuyant sur de nouvelles règles techniques et
esthétiques, inventer un vêtement moderne, un
vêtement dans lequel on entrerait comme dans
une boîte. » Outre le rythme endiablé des mannequins noirs sautillant sur du jazz, et les matériaux
novateurs (whipcord, vinyle, nylon) disséminés
dans les collections aux formes géométriques et
aux couleurs layettes, « la bombe Courrèges »,
comme le qualifient alors toutes les revues de
mode, s’applique à redéfinir les proportions féminines en laissant le champ libre à l’expression
des potentialités physiques du corps : robes
trapèzes gommant la taille et les hanches, jupes
outrageusement mini– dont Mary Quant et Courrèges se disputent toujours la paternité –, pantalons tout terrain et bottines plates remettent
les femmes en position de course. Et les rajeunissent de quinze ans. Robettes, combi-short,
babies, couettes… le verdict de Chanel est
sans appel : « Cet homme s’acharne à détruire la
femme, à dissimuler ses formes, à la transformer
en petite fille. » Et celui de la presse, unanime :
« Goodbye le lady look ! » cancanent les chroniqueuses américaines, envoûtées. Une presse qui,
accusée de favoriser le plagiat, ne sera bientôt
plus invitée aux défilés feu d’artifice. Le couturier
susceptible s’accorde sept cents jours de retraite,
réservant désormais sa production à sa clientèle
privée.
1968 : L’ennemi de la copie se distingue pourtant
par une volonté farouche de rendre sa couture
accessible au plus grand nombre. Par sa double
formation artistique et technique, il entend saisir
le mouvement qui s’amorce de la couture vers
l’industrie. Ayant recours à la fabrication en série,
qui permettait de diviser les prix par cinq, il crée
alors « Couture Future », une ligne de prêt-à-porter de luxe dont chaque modèle est disponible
en quatre ou cinq tailles. Hostile à toute politique de licence, le couturier de l’épure décide
de tout concevoir, de tout fabriquer et de tout
distribuer dans le respect des critères de qualité
de la haute couture. Et ce dans son usine pilote
décapotable aux armatures futuristes, implantée à Pau qui, à l’instar de son nouveau fief,
rue François-Ier, exhibe un décor blanc optique
luminescent, résolument moderne. « Mon œuvre
est faite de couleurs dans lesquelles le blanc,
traduction de la lumière, le bleu azur, traduction
du cosmos, et l’argent, reflet de la lune, servent
de structures. »
1972 : Tandis que la couture intègre progressivement les pratiques sportives inhérentes à toute
« vie moderne », le couturier athlète en tenue de
tennisman immaculée – « Les gens s’habillent en
noir parce que ce n’est pas salissant. Ils réenfilent chaque matin des vêtements sales. La vie
moderne exige que l’on soit propre intérieurement
et extérieurement. » – ne se contente pas de
proposer un énième vestiaire sportif mais fait du
sportwear un mode de vie. « Pour moi, une journée de travail, c’est comme une partie de pelote,
c’est une épreuve sportive. » En chef de laboratoire, médiateur entre la mode et la technologie
de pointe, il s’approprie des matières et des fibres
techniques (toile cirée, voilure de parachute)
usuellement destinées à l’armée, à l’aéronautique
ou au monde sportif. Sa collection « Hyperbole »
se compose de « praticables » – blousons à boutons-pression, maillots, soutiens-gorges, collants
seconde peau intégrale – que les 15 000 membres du personnel des JO de Munich, mutés en
points information orange, se feront une (fausse)
joie de tester. Bizarrement, la mode du « collantvérité » ne prendra pas chez les hommes…
« J’ai cru que l’homme allait lui aussi évoluer…
J’ai cru que la lumière, la clarté, que j’amenais
aux femmes allait lui aussi le séduire. En fait, si
la femme a transformé son mode de vie, l’homme
pour l’essentiel est resté le même.»
1979 : A la tête d’un empire multinational commercialisant à tout-va prêt-à-porter, parfums,
maroquinerie, linge de maison, papeterie, téléphonie, gastronomie, Courrèges retourne sa veste
pour développer une politique de licences et plagier le champion toute catégorie, Pierre Cardin.
Ne jamais dire « jamais ».
1985 : Soucieux de poser sa griffe dans des secteurs jusque-là inexploités, le couturier en blouse
blanche conçoit pour le personnel hospitalier un
vestiaire aseptisé en non-tissé – matière jetable
stérilisée, proche du papier – remboursé par la
sécu. Bleues ou roses, ponctuées de mouettes
blanches stylisées – « Rien ne m’apaise plus
qu’un vol de mouettes au-dessus de la mer. » –
ou de petits carreaux vichy, cette fois, le personnel n’aura pas opposé de résistance (sans
doute en raison du caractère jetable des combinaisons) : « Une compagnie aérienne m’avait
demandé de concevoir des uniformes. Le personnel a refusé mes projets pourtant approuvés
par la direction… » Après avoir été sollicité par
les religieuses et les moines bénédictins pour un
« relooking », il cultive le secret espoir de travestir les policiers en playmobils arc-en-ciel : « Les
couleurs employées seraient différentes selon les
saisons, le rang et le corps… »
1988 : Promoteur d’un style global, il s’attaque à
toutes les formes de l’environnement quotidien,
dessinant à tour de bras voitures (Toyota, Mercedes, Matra), scooters (Honda), montres (Seiko),
appareils photo (Minolta), clubs de golf, cuisines
ou clenches de porte. La faute à ses partenaires
japonais, le groupe Itokin, qui lui cherche des
noises et l’empêche de faire de la haute couture
sous prétexte de rentabilité. Frustré, il cherche
d’autres moyens d’expression et finit par accepter la proposition de la société OPI : griffer de son
nom un programme immobilier, les « Perspectives
Courrèges », en se faisant décorateur d’intérieur
et de façade. Cinq cents logements entièrement
blancs et suffisamment décloisonnés pour pouvoir – à l’instar de son appartement parisien –
y implanter un vélodrome, seront ainsi vendus à
Suresnes. Après tout, une maison est comme une
robe : une réponse à des besoins.
1994 : Après s’être libéré de l’emprise japonaise,
Courrèges retrouve le chemin des défilés haute
couture et confie la réalisation de ses collections
à Jean-Charles de Castelbajac, quatre saisons
durant. Avant de passer le flambeau à son épouse
hyperactive et à sa fille Clafoutis (qui préféra
ensuite assumer son second prénom, Marie),
il mesure sa cote de popularité en rééditant
du Courrèges revu et à peine corrigé, pour finir
par repeindre les bus parisiens à ses couleurs.
« Toute femme plongée dans Courrèges subit une
importante poussée d’optimisme ! » rééditent à
leur tour les publicités. Rassuré par la nouvelle
vague de plagiat, qui le décide à apposer sa griffe
sur chacune de ses créations, et par la déferlante
euphorisante, il peut se retirer l’esprit tranquille
et se consacrer à ses passions premières : la
peinture et la sculpture.
2000 : Pendant ce temps, « Coqueline l’emmerdeuse » (comme elle se définit) organise des
« écrandéfilés » et des happenings ubuesques
enrobés d’une aura mystique… Préoccupée
par l’environnement et l’évolution de la recherche scientifique, elle planche secrètement sur un
concept de « vêtement génétiquement modifié » ;
une fameuse protéine censée remplacer à terme
le textile traditionnel.
2008 : Toujours aux manettes de sa maison
de couture, toujours dans l’action, super mamie
Coqueline entend démontrer, au volant de ses voitures électriques – la Bulle, la Exe ou la Zooop ;
bijoux écologiques destinés à participer au challenge bibendum organisé par Michelin – que rien
n’est impossible : « Quand on veut, on peut ! »
Marlène Van de Casteele
MAGAZINE N 51, PAGE 50
Lunettes carrées,
circa 65
1971
Illustrations par Florence Tétier
1966
1967
1978
1970
1967
1961
MAGAZINE N 51, PAGE 52
Je suis dans la recherche
constante d’un dispositif qui
amène l’intime dans le public et
le public dans l’intime […]
Marta Gili
Elle fait partie du nouveau paysage de l’art contemporain parisien, avec le suisse MarcOlivier Wahler : la très catalane Marta Gili dirige le Jeu de Paume depuis trois ans, après un
parcours très riche mené la plupart du temps à Barcelone. Naviguant avec aisance entre
art contemporain et « photo-photo », cette dynamique quinquagénaire revient avec nous
sur sa conception de l’image – à l’acception très large selon elle. Mais aussi sur ses années
de jeunesse dans l’Espagne post-franquiste, et sa participation au travail de mémoire
nécessaire qu’a dû depuis entreprendre son pays. Lentement, trop lentement pour elle.
Vous dirigez le Jeu de Paume depuis 2006. Mais
qu’en est-il de votre passé en Espagne et de
votre carrière à Barcelone ?
Mes origines sont éclectiques, comme moi. J’ai
commencé en faisant des études de psychologie et de philosophie, je suis une autodidacte
de l’image. C’est d’ailleurs le cas de tous les
Espagnols de ma génération qui travaillent
dans l’art : ils viennent plutôt de la philosophie
et de l’histoire, aucune formation n’existait
alors en art. Ma première année d’étudiante
s’est déroulée en 1975, juste après la mort
de Franco : autant dire que cette année-là on
a beaucoup fait la fête et très peu étudié. Je
suis peu à peu passée aux sciences de l’éducation, puis à un master de psychologie clinique. Et à 23 ans, j’ai commencé à travailler
comme psy, dans une équipe, aux côtés d’un
psychiatre. Mais dès mes études, j’avais commencé, pour les financer, un mi-temps dans
une école de photographie, où j’effectuais de
petits travaux de secrétariat. Peu à peu, je me
suis mise à y organiser des colloques et séminaires, auxquels j’invitais mes professeurs de
fac à participer. Je me souviens encore du
titre très prétentieux de mon premier colloque : « Perception inconsciente et image photographique » ! A l’université, j’ai commencé à
donner de petits séminaires autour de l’image
et du portrait. Et un jour, je suis tombée sur
un livre américain écrit par un psy qui utilisait
les albums de famille de ses patients pour
déclencher la parole, qui tentait d’essuyer le
silence à partir de commentaires sur les photos. Ça m’a emballée, je m’en suis beaucoup
inspirée pour mes séances à l’université.
formée avec ces deux éléments qui n’appartenaient pas à mon propre pays.
Quels sont vos premiers souvenirs d’images
fortes ?
Mes premières images en mouvement, vues à la
télé, sont les premiers pas de l’homme sur la
Lune et l’assassinat de Kennedy. Je me suis
Avez-vous alors, comme commissaire, accompagné les mouvements de la Movida ?
La movida est un mouvement typiquement
madrilène du début des années 80, nous avons
vécu des choses différentes à Barcelone.
Mais quel a été le déclic qui vous a définitivement
fait passer de la psychologie à la photographie ?
Un jour, alors que j’étais enceinte, j’ai eu une
expérience pénible avec un patient, il a menacé
mon enfant et j’ai eu très peur. J’ai tout de suite
décidé de tout quitter, et j’ai continué dans
l’image, en travaillant pour le festival Printemps
de la photographie, né à Barcelone en 1982.
J’ai commencé en réalisant une exposition sur
Renger-Patzsch, un des membres de la nouvelle
objectivité allemande des années 20, puis une
expo sur la « ville-fantôme » à la fondation Miró.
A la fin des années 70, dans quel état était la
photographie espagnole ? On peut imaginer que le
patrimoine photographique de ce siècle tragique
n’était guère mis en valeur.
Le patrimoine photographique du xxe siècle était
uniquement constitué de photographies cachées
ou oubliées. L’humanisme ou le néo-réalisme avait
existé aussi en Espagne, mais il était complètement ignoré. Il y a eu un énorme travail à faire
pour mettre à jour toutes ces images historiques.
Quand j’ai travaillé à la Caixa de Barcelone – une
fondation créée par une banque –, j’ai fait près
de 50 expositions afin de donner de la visibilité
aux fonds photographiques du xixe siècle jusqu’aux
artistes encore vivants. Des gens comme Centelles – que nous avons exposé cet été à l’Hôtel de
Sully – étaient complètement oubliés. Et même
eux ne tenaient pas à être connus. Ils restaient
chargés de peur et de préjugés. Centelles se
cachait derrière ses images de pub, et Campana,
qui avait photographié la guerre civile espagnole, se
cachait derrière les photos de sport qu’il réalisait
pour une agence de presse. Tout était à redécouvrir.
Comment avez-vous procédé pour révéler cet
immense patrimoine ?
J’ai travaillé directement avec les artistes, car la
plupart d’entre eux étaient vivants. Ce qui n’était
pas toujours évident. J’appartiens, comme je l’ai
dit, à la génération qui a eu 18 ans à la mort de
Franco, celle qui a démarré sa jeunesse avec un
nouvel esprit, une envie de tout rompre, même
trop. Alors, nous avions envie d’aller vite, mais
c’était impossible. Les photographes avec qui je
travaillais restaient inconsciemment aveugles ;
ils préféraient par exemple montrer uniquement
leurs images anecdotiques, alors que c’était les
clichés historiques qui m’intéressaient. J’ai eu
des discussions longues et très riches avec eux.
Je devais faire avec leurs préjugés et les miens,
leur peur et ma rage. J’ai beaucoup appris avec
eux, en autodidacte.
Aujourd’hui, qu’a fait l’Espagne de ce patrimoine ?
Beaucoup de gens ont travaillé sur ces archives de manière beaucoup plus approfondie que
moi, notamment sur les donations des familles.
Depuis Franco, il y avait une volonté en Espagne
de tout centraliser. Ce n’est que récemment que
les archives d’Etat ont été ouvertes à Salamanque et rendues à chacune des communautés, qui
ont de bien meilleures capacités de gestion de
leur mémoire collective. Mais tout s’est fait très
lentement : ainsi, ces procès de la mémoire historique, qui voient s’ouvrir les fosses communes
afin d’identifier enfin les cadavres tombés sous
la guerre civile, n’ont commencé que très récemment. Pendant les quarante ans de la dictature,
on avait oublié que des gens avaient disparu sans
être jamais retrouvés. Pendant quarante ans,
il y a eu une narration de l’Espagne complètement faussée. Et cela a mis trente ans avant
que se fasse ce travail de mémoire. De la même
manière que Franco est mort très lentement, la
démocratie s’est construite chez nous de façon
très lente. Longtemps, on s’est borné au consensuel. Cela s’est fait sans violence, mais il y a des
choses que ma génération commence à savoir
seulement maintenant. Par exemple, j’ai réalisé
une exposition sur le pictorialisme tardif en Espagne, un mouvement aussi décadent que le régime
qui s’est perpétué jusqu’aux années 50 alors qu’il
n’a pas survécu aux années 1910 dans les autres
pays. Aujourd’hui, je pourrais dire qu’il s’agit bel
et bien d’un style de propagande du régime franquiste. A l’époque où j’ai fait l’exposition, c’était
beaucoup plus délicat :on développait un langage
entre les lignes ; il n’y avait plus de censure, mais
on ne pouvait néanmoins mettre l’évidence en
évidence. Il fallait faire peu à peu.
Votre formation en psychologie vous aide-t-elle
dans votre lecture de l’image ?
Très peu, car l’image a beaucoup évolué : elle
est beaucoup plus dans l’anthropologie – le
politique ou le social – que dans la psychologie. Alors qu’en Espagne, dans les années 70,
il y avait toute une photographie « d’expression
personnelle » comme on disait alors : moi, je
m’exprime de manière expressionniste et je me
fous de la société. C’était alors inévitable de
psychologiser. Aujourd’hui, on est bien davantage dans les grands récits.
Après le Printemps de la photographie, vous
êtes donc passée comme vous l’évoquiez à la
tête des arts plastiques à la Caixa.
J’avais commencé à faire des critiques d’art
pour El Pais ou La Vanguardia . Et, un jour,
on me demande d’écrire un article sur une
expo montée par la Caixa sur Jan Saudek.
Je l’ai détestée ! Cette espèce de post-pictorialisme qui mettait en avant le corps de la
femme comme objet ! En tant que féministe,
j’ai toujours trouvé cela dégueulasse. Et je
ne comprenais pas que la Caixa, qui était
censée faire un travail social, puisse montrer
cela. Suite à l’article, très violent, ils m’ont
contactée ! J’ai argumenté, et ils m’ont alors
proposé de faire une petite programmation
en free-lance, au début des années 90. La
place qu’ils ont consacrée à l’image a été
toujours plus importante de 1994 à 2003.
J’avais un bon budget, une totale liberté dans
ma programmation, et il était aussi urgent
de traiter du patrimoine que du contemporain. Le seul problème, c’est que la Caixa
était encore réticente à montrer des artistes
vivants. J’ai donc dû beaucoup ruser, notamment en faisant des expositions collectives,
où je pouvais les infiltrer. J’ai fait tellement
d’expositions collectives qu’aujourd’hui je
suis très réticente à en faire de nouveau.
On a abusé des expos
thématiques, moi la première,
je fais mon mea culpa. Dans de
tels cadres, les artistes sont
souvent là pour illustrer les
idées des commissaires.
Pourquoi ?
Depuis mon arrivée au Jeu de Paume, j’essaie
vraiment d’éviter. On a abusé des expos thématiques, moi la première, je fais mon mea culpa.
Dans de tels cadres, les artistes sont là souvent
pour illustrer les idées des commissaires, si bien
qu’on voit les mêmes participer à des thématiques
complètement différentes, de « la lettre » à « la
mélancolie ». Cela donne des artistes multifonctions. Je préfère vraiment aujourd’hui travailler
avec une seule personne, voir ce qu’il ou elle a à
partager avec nous. Par exemple, j’ai beaucoup
aimé travailler avec Sophie Ristelhueber. Comme
elle est très connue en Espagne, moi et mes
collègues s’en servant comme d’une référence
constante dès qu’il s’agissait d’évoquer le documentalisme subjectif, j’ai été très surprise de voir
qu’en France elle restait méconnue. Ce n’est pas
facile de parler et de travailler avec elle, mais j’ai
adoré, et j’ai le sentiment de comprendre seulement maintenant son travail, après avoir enfin eu
le temps de l’écoute et du regard en silence. Bref,
travailler avec un artiste me donne plus de plaisir,
même s’il y a des tensions. J’en suis à un âge
où je préfère me donner des tensions que faire
plaisir à mes idées. Accepter de se faire bousculer demeure pour moi primordial, j’ai toujours
eu peur d’être inflexible. Dans le monde de l’art
contemporain, il y a tellement d’institutions qui
deviennent endogamiques tant on a peur d’être
bousculé, d’être trop dans le populisme ou à l’inverse dans l’intellectualisation. Il y a tellement de
diables qui effraient ! Et de préjugés maladifs.
Une institution comme le Jeu de Paume est
justement au cœur de ces préjugés : il faut à
la fois satisfaire la communauté qui n’aspire
à voir que de la « photo-photo », et celle des
arts plastiques. Deux tribus qui n’échangent
guère…
Il y a en Espagne les mêmes frontières qui
ne mènent nulle part. Les frontières n’existent
que si on s’y arrête. Je suis très heureuse
d’être justement dans cet interstice. Le Jeu de
Paume doit être dans cet interstice, faire partir
la réflexion sur cette question. Pour moi, ces
deux mondes n’ont jamais été opposés. Quand
j’étais à la Caixa, j’exposais autant CartierBresson que Doug Aitken ou Pierre Huyghe,
ou encore le dessin animé. C’est l’image qui
m’intéresse. L’image est une invention récente,
elle a à peine 180 ans. Et, qu’on le veuille ou
non, toute archéologie de la pensée sur l’image
est contemporaine. Toute exposition, même
historique, est contemporaine : c’est pourquoi
Robert Frank et Sophie Ristelhueber ont si bien
marché ensemble, rassemblés autour de la
notion de document.
Votre programmation satellite, confiée à de jeunes curateurs et consacrée à de jeunes artistes,
semble un peu négligée par le public et la presse.
Comment y remédier ?
Je sais que c’est bizarre, je sais que l’espace est
difficile, que c’est une programmation excentrique et « ex-centrique », mais j’y tiens beaucoup.
C’est l’enfant terrible du Jeu de Paume, quelque
chose de nécessaire. Même s’il n’y a que 10 %
des visiteurs qui y passent, je compte sur un effet
de contamination. Simplement, il ne faut pas en
avoir des attentes trop hautes. Tout est question
d’équilibre. Je peux faire Farocki et Graham, très
connus dans le milieu de l’art mais qui n’ont attiré
que 23 000 visiteurs, parce que je sais que je
fais Fellini à l’automne. Et je sais que Lee Miller
amène du monde, qui découvre Jordi Colomer et
Denis Savary. Ce dernier a quand même vu défiler
4 000 personnes, ce qui n’est pas rien pour un
jeune artiste.
Comment travaillez-vous avec les artistes ?
J’essaie surtout de ne pas en donner une image
consensuelle, d’un point de vue historique ou
esthétique ; de chercher des médiations alternatives. Je sais que ce mot est interdit, mais on ne
peut nier que toute institution publique, la poste
ou un musée, est une médiation avec le public.
Je suis dans la recherche constante d’un dispo-
Je sais que ce mot est interdit,
mais on ne peut nier que toute
institution publique, la poste
ou un musée, est une médiation
avec le public.
sitif qui amène l’intime dans le public et le public
dans l’intime. Mettre ensemble Farocki et Rodney
Graham, cela n’a rien d’évident : mais c’est un
processus alternatif qui provoque des choses.
Je ne sais pas si c’est réussi ou pas, mais en
tout cas on est dans la recherche. Idem pour
l’exposition « Richard Avedon ». Quand je suis
arrivée à la tête du Jeu de Paume, elle était déjà
programmée. Mais j’ai remarqué que dans la liste
des œuvres manquait la série « American West ».
Je l’avais montrée à Barcelone un an avant la
mort du photographe et je connaissais sa force.
Mais la plupart des Américains détestent cette
série : du conservateur du MoMA à la fondation
Avedon elle-même. Ils sont persuadés que l’artiste s’était moqué de la pauvreté sociale de ses
modèles. Pour en avoir parlé avec lui, je savais
que c’était complètement faux, il n’y a dans cette
série aucune ironie. J’ai dû insister, payer très
cher pour la faire venir du Texas. Mais, au final,
je suis sûre que c’est elle qui a amené tant de
monde dans l’exposition : à ce jour, c’est notre
record, avec 130 000 visiteurs. Pour moi, rompre
avec le consensus, c’est ça.
Propos recueillis par Emmanuelle Lequeux
MAGAZINE N 51, PAGE 56
Casting & Photography
BRICE COMPAGNON
Il y a plusieurs manières de concevoir le métier de casting director :
assis derrière un bureau et recevant des postulants ou en marche dans
les rues des villes. Brice Compagnon a choisi l’hypothèse deux. à la
recherche du « canon de beauté », mais surtout de « gueules » capables
de figer l’attention du regardeur. S’il a croisé quelques inconnues
aujourd’hui devenues stars, il a longtemps parcouru le monde pour
Oliviero Toscani ( période Benetton ) pour lui dénicher ce que le visage
humain pouvait avoir d’étrange, d’asymétrique ou d’outré. Il n’est
alors plus question de beauté au sens classique, mais d’humanité : ce
qui me différentie mais aussi ce qui m’est commun à ces inconnus.
MAGAZINE N 51, PAGE 66
— Mais Yusuke, dessiner pour
quelqu’un et pour un animal,
ce n’est pas pareil, si ?
Yusuke
Puisque Bonaparte était déjà pris, Curzio s’était choisi Malaparte comme nom de famille.
« Dans La Peau – à son ami Jack qui le prévient : “Ils vont te tuer comme un chien” –,
Malaparte répond, C’est une très belle mort, Jack. J’ai toujours rêvé d’être, un jour, tué
comme un chien. » …/…
…/… Il retrouvera plus tard son chien Febo
dans le silence d’un laboratoire clandestin, où l’on
a coupé les cordes vocales des bêtes avant de
les torturer. Il y a aussi Julius Winsome, le personnage pacifique de Gérard Donovan, dont les
balles crépitent dans la forêt enneigée du Maine
après la mort de son chien Hobbes ; les Nouveaux
Prédateurs, groupuscule terroriste qui, dans l’imagination de Jean-Christophe Ruffin, veut tuer les
pauvres pour sauver la planète ; Johnny Walken,
silhouette de bouteille dans Kafka sur le rivage et
ami de Murakami dans la vraie vie, qui a dressé
ses chiens pour ramener des chats vivants et
manger leur cœur encore battant…
Mes lectures de l’été giclent sur les parois de
mon esprit lorsque je rencontre Yusuke à la
rentrée. La douceur de sa voix, la gentillesse de
son sourire et l’humilité de ses phrases n’enlèvent rien à sa détermination : après avoir passé
près de vingt ans à dessiner de la mode pour ses
semblables, il a décidé de reprendre le chemin de
l’école, de se former au toilettage pour chiens et
de partir vivre à Vancouver.
Yusuke est arrivé à Paris à la fin des années 80,
quand « la mode c’était vraiment créatif. C’était
l’époque de Jean Paul Gaultier, Thierry Mugler,
Montana, Yohji Yamamoto ; on construisait des
concepts. Aujourd’hui, c’est pas concept mais marketing, et je voulais créer d’autres concepts, pour
amener quelque chose de fin, d’heureux pour les
gens ». La dernière fois qu’il est rentré au Japon,
« alors qu’en Europe aujourd’hui c’est le babyboom, je n’ai rencontré que des gens qui veulent
éviter d’avoir des enfants, parce que c’est trop cher
mais surtout parce qu’ils ont peur pour leur futur.
Donc ils sont attirés par les animaux domestiques.
Un chien vit au maximum jusqu’à 18 ans, ils peuvent assurer sa vie jusqu’à la fin de ses jours. Ces
femmes célibataires qui voient leur chien comme
leur enfant, qui les nourrissent, les promènent et
les coiffent, sont devenues une mode ».
Donc Yusuke, finalement, ne quitte pas la mode,
il va seulement créer pour une clientèle nouvelle.
« Au Japon, quand j’étais petit, il y avait à côté
de chez moi cette dame qui faisait des vêtements
pour son chien. Je trouvais ça tellement mignon
les chapeaux, les petits kimonos, ces robes, ces
manteaux, les pulls tricotés… Mais surtout que
le concept de sa vie, ce soit de créer quelque
chose pour quelqu’un. Elle était très très vieille
et elle donnait tout son temps pour fabriquer des
vêtements pour son chien. Moi qui n’ai pas joué
avec des poupées, j’avais trouvé quelque chose
de mignon à faire. »
Mais Yusuke, dessiner pour quelqu’un et pour
un animal, ce n’est pas pareil, si ? « Pour des
animaux, c’est un peu extravagant, mais c’est pour
se faire plaisir, comme des parents qui dépensent
leur argent pour leurs enfants. Maintenant, ils le
font pour les chiens. Je vais commencer à coiffer, à
magnifier, à colorer aussi, ça commence : éclaircir
le poil, et surtout colorer en marron et en noir, pour
les chiens qui deviennent blancs en vieillissant.
Donc je vais apprendre tout ça, les extensions,
aussi, ça peut être hyper intéressant. »
Enfant, Yusuke avait un mini colley. « Mes parents
me l’ont acheté, ma mère a lu tous les bouquins
pour que le chien soit parfait, et elle m’a donné
une mission : le brosser, faire sa toilette et le
promener trois fois par jour. En fait, ce qui me
plaisait c’est que le chien soit toujours content. Et
puis… [Yusuke se met à bégayer, je comprends
que c’est l’émotion, je ne comprends pas ce qu’il
essaie de me dire] … par accident, oui, c’était
quand j’avais 17 ans, qu’on l’a… » Le premier
grand chagrin de Yusuke date de cet accident,
il y a vingt-cinq ans.
Il avait décidé de ne plus avoir de chien, mais,
arrivé à Paris, alors qu’il se promenait sur les quais,
il a vu un petit chien dans un aquarium ; « Même
pas en cage, il était tellement petit. Un ratier. Le
monsieur m’a dit qu’il avait un problème, son ventre
était gonflé. Il a baissé le prix (parce que j’étais
étudiant) à 400 francs. Au milieu de la nuit, il ne
s’était toujours pas nourri, alors j’ai appelé un vétérinaire à deux heures du matin. Le docteur a fait
ce qu’il fallait, et pendant trois mois je lui ai fait
une piqûre tous les matins. Il a vécu dix-huit ans,
et ce chien qui devait mourir le premier jour a eu le
temps de faire des voyages, en Espagne l’été avec
moi, à Vienne pour Noël… j’avais fait un vêtement
pour ce voyage, pour le protéger de la neige. »
Yusuke pense tout simplement qu’il a suffisamment travaillé pour les hommes. « Le reste de
mon énergie, je veux le donner à des animaux, à
des chiens. C’est pour ça que je veux aller vivre
à Vancouver, avec les chiens que j’aime, les bois,
la nature. » Dans cette nouvelle vie, la routine ne
changera pas forcément : « Le matin, les chiens
et le chat viennent me réveiller vers huit heures.
Je fais du riz, on prend le petit déjeuner, puis
on sort, et après on fait chacun nos choses. »
Yusuke n’a jamais vécu avec un autre homme.
« Avant c’était à cause du travail, maintenant ce
sont les chiens », dit-il dans un sourire. « Les
chiens, tu as 100 % de retour de ton amour, sans
condition, sans trahison. Ils sont plus tôt adultes
que les bébés, ils écoutent, ils adorent mes massages. C’est par eux que je connais les gens du
quartier, les enfants qui viennent les caresser.
Ils ramènent des visages, des gens nouveaux,
des vieilles dames. Ils font sortir la gentillesse
des gens naturellement. Les gens qui n’aiment
pas les chiens sont des gens que je ne pourrais
jamais aimer. »
Yusuke, fatigué des villes, s’éloigne encore. Mais
sa passion pour les chiens le rapproche de son
Japon natal. « La vie des chiens à une époque
était plus importante que celle des humains. Un
shogun [le cinquième, Tsunayoshi Tokugawa,
qui a régné à la fin du xviie siècle, ndlr] avait
décidé que les chiens étaient plus importants
que les hommes. Les gens qui faisaient du mal
aux chiens avaient la tête coupée. Il y a aussi
l’histoire que les gens adorent du chien très
obéissant, qui tous les soirs allait chercher son
maître gare de Shibuya à 18 h. La guerre commence, le maître part à la guerre et ne revient
jamais, mais le chien continue tous les soirs à
aller chercher son maître. Il y a une statue du
chien sur la gare de Shibuya. »
Après Vancouver, Yusuke ira à Los Angeles. Et
pourquoi pas créera une école de surf pour les
chiens californiens. « Je veux amener les chiens
au même niveau que les humains. Créer une
école pour les chiens sportifs, par discipline. »
C’est promis, on ira voir. « Avec les animaux, on
tient ses promesses. On ne dit pas “désolé… la
prochaine fois” », me rappelle Yusuke.
Tel maître, tel chien, paraît-il. Les miens ont toujours été très gentils et un peu dingues. Ceux
de Yusuke reçoivent beaucoup d’amour. Mais le
minuscule échantillon de maîtres-à-chiens que
j’ai interrogés m’a rassuré : la tendance écologiste à l’inculpation du genre humain, les mouvements de libération animale, la deep ecology
– qui est dans le collimateur du FBI depuis une
dizaine d’années –, la préférence des urbains
pour les animaux domestiques et le développement des salons de beauté pour chiens et chats
ne conduisent pas forcément au malthusianisme
des écoterroristes radicaux. La belle théorie de
Gaïa, développée par Lovelock il y a tout juste
trente ans, dans le sillage des enfants hippies
de Mother Earth, n’a pas produit une génération
antihumaniste. Juste un peu plus narcissique.
« Mon chien », écrivait Malaparte, « représente la
partie la meilleure de moi, la plus humble, la plus
pure, la plus secrète. Je n’ai jamais aimé autant
une femme, un frère, un ami que Febo. C’était
un chien comme moi… C’était un être noble,
la créature la plus noble que j’avais rencontrée
dans ma vie. »
Mathias Ohrel
MAGAZINE N 51, PAGE 68
PLAYBOB
Voici quelques équations que nous allons bientôt
pouvoir mettre à la poubelle : magazine = information, magazine de marque = catalogue de
produits, biographie = livre. En quelques années,
ces frontières ont volé en éclats et parfois pour le
meilleur, comme quand certaines marques comme Acne, Mini ou American Apparel livrent des
magazines plus intéressant que les « vrais ».
Mais voilà, le blog est passé par là. Pas un « minipeople », pas un pseudo-activiste, pas un clubber,
pas un simili-artiste qui n’ait le sien, le plus souvent
pour dire « j’ai vu ça et ça et ça », à la manière de
post-it visuels. Car le seul sujet d’un blog est son
auteur. Même si son contenu montre des paysages,
du graphisme, de la mode, le sujet est le regardeur
et ce regard à travers lequel je regarde à mon tour
le monde. Je ne me moque pas. Si Olivier Zahm
vient de signer une campagne de publicité en tant
que photographe, son blog-journal intime, souvent
en noir et blanc, n’y est certainement pas étranger.
Ce petit programme informatique aurait donc fait
mieux que douze ans de magazine de mode…
Cette longue introduction pour vous parler de
Monsieur Bob, qui a 40 ans et beaucoup plus
de disques, qui aime les filles nues et le potentiel évocateur de son année de naissance. Donc,
Monsieur Bob va éditer un magazine à sa gloire :
comment Bob a commencé ; le dernier album de
Monsieur Bob ; ses amis ; ses collègues de travail ; ses clips ; et même ses fausses pubs. Certes, ça fait un « objet promo » qui a de la gueule :
96 pages de faux Playboy (avec son accord), le
tout gratuit et même avec une certaine sincérité
dans la démarche.
On sait bien les sommets atteints par le personal
branding et l’importance prise par les personnes
au détriment de leur production, y compris dans
d’autres domaines que ceux de la création. Mais il
faut certainement avoir une double dose de méga-
lomanie pour penser pouvoir intéresser, avec sa
petite personne, le lecteur lambda croisé au hasard
de la rue des Archives. Il y a une politesse que
j’aime dans la presse : celle de s’effacer devant
le monde pour le raconter, et n’apparaître que
discrètement, de sa signature. Alors, je n’ai pas
résisté, j’ai compté : 23 apparitions de Bob dans
les 96 pages du magazine. Heureusement, Playbob présente aussi l’actualité de 1969 en cinéma,
musique, graphisme, etc. Sans oublier la playmate
en poster central, puisqu’on fait dans le régressif…
Il y a de quoi être dérouté, à moins que Playbob ne
soit le dossier de presse, maquetté, imprimé et prêt
à l’emploi à l’usage de la presse…
France, one shot, 100 p., 210 x 280 mm, gratuit.
Chef de projet, rédactrice en chef : Carole Thomé
Directrice artistique : Stéphanie Buisseret
Directeur de la publication : Bob Sinclar
Production : Danielle Verheul & Famke Visser
Éditeur : Yellow productions
MAGAZINE N 51, PAGE 70
à la différence de l’artiste ou
de l’écrivain, le designer se voit
dénié le droit à la méchanceté.
pour aller vite, sa posture doit
nécessairement être généreuse.
-Beau et bien ?
-Ou affreux,
sale et méchant.
Réanimer le design, voilà l’affaire. Le cabinet de curiosités est-il l’horizon indépassable
de l’avenir domestique ? Du plaidoyer pour un nouvel enchantement du monde (Andrea
Branzi) à la transformation de l’exception en système (Li Edelkoort), quelques pistes
d’actualité et autant d’interrogations sans fond – pas sans fondements.
Andrea Branzi : « Le rapport entre l’homme et
les objets est un rapport opaque, tout n’apparaît
pas à la lumière du jour. Certains objets portent
bonheur, d’autres non. La culture du projet a
perdu cette capacité charismatique et, en présence d’un milieu de plus en plus aseptisé et anonyme, ce sont les objets qui se chargent de ce
témoignage, grâce à leur fonction chamanique de
connexion de la réalité quotidienne à une dimension plus profonde et inexplorée. » Cette proposition accompagne l’exposition (1) de quelques
pièces, essentiellement en bois, recourant aux
assemblages et recyclage de matériaux anciens,
de grillage à poule et de divers autres signaux de
nature moins physique. Mystère, magie, mystique
et techno 3M associées : histoire, mythologie et
animismes sont injectés par Branzi dans ses piè-
ces comme le xylophène par le restaurateur dans
sa lutte contre le termite. Il agit en technicien.
Tandis que s’achève la décennie qui a vu le design
entrer dans la galerie avec un lustre inédit, d’autres
sorciers du design s’agitent dans leur laboratoire.
La galerie Kréo fête en septembre l’anniversaire
d’un phénomène qu’elle a mené tout ce temps ;
Li Edelkoort sélectionne 149 pièces à l’occasion
d’une vaste vente aux enchères (2), célébration
hors normes du chaudron néerlandais remué sans
retenue pendant ces mêmes dix années tandis
qu’elle dirigeait la Design Academy d’Eindhoven.
Et où sommes-nous parvenus ? On commence
avec la dame (n’oubliez pas le guide). La transformation de l’exception en système, de l’anomalie
en procédé, du bizarre en principe de clonage,
génère un vertige. Un sentiment étrange d’étouffement face à ce qui se lit comme l’étalage des
panoplies issues d’une lecture mécaniquement
altérée des fiches de cuisine du design. Durcir le
mou, ramollir le rigide, le petit démesuré, le grand
microbe, le tank porcelaine : un bréviaire de postures surréalistes devenu exhausteur de goût.
L’absurde posé en dogme n’est pas moins une
plaie que le mobilier de bureau d’un open space
de télémarketing. Répandu partout, il est aplatissement des excroissances de l’esprit. Dans cette
nouvelle soupe ou bouillon d’inculture, où l’ignorance est posée en gage de liberté, les objets
s’entre-dévorent d’autant plus férocement que
la majorité sont des monstres. La lampe d’une
demoiselle Karin Frankenstein entamant la sélec-
tion de Li Edelkoort nous ravit forcément. C’est
aussi l’effet catalogue, inévitable ; la succession
folle devient orgie nauséeuse. Bref, on s’ennuie à
nouveau là où l’excitation devait renaître. L’intrépide
tentative de fuite du champ de ruines fonctionnalistes est devenue caricature, un slogan rebelle de
Ben sur la couverture du cahier de textes.
Essayer de comprendre les motifs de la grande
fatigue : pourquoi si peu de productions du design
susceptibles d’éveiller la curiosité ? de donner à
nouveau l’envie de rencontrer celui ou celle qui se
tient derrière ? de sauter avec lui sur des ressorts
de création ? Trop de design redondant, anecdotique, maniéré. Chaises stériles, canapés mortels,
électroménager ignoble. Les galeries de design
se disputent encore une majorité d’artifices où
le précieux le dispute à la prétention. Démagogie
et vulgarité, entrechats de vénalité. Comme cela
arrive parfois, une citation se pose alors, même
pas convoquée, de celles qui s’attrapent comme
l’organisme affaibli embrasse en octobre tous les
virus à portée. Elle ouvre une nouvelle perspective, d’emblée splendide.
Simone Weil : « Dans la vie, le bien est beau et
toujours nouveau, le mal ennuyeux et toujours
le même. Dans la littérature, au contraire, le
bien est plat et fastidieux, le mal, intéressant et
varié. La raison à cela est la présence dans la
réalité d’une nécessité qui est absente dans la
fiction. » (3) La simplicité de la proposition est
troublante. Sa dernière partie exige un peu plus
de concentration. Pour peu que l’on considère
effectivement cette « nécessité », c’est bien
d’elle dont le design se ferait l’écho, puisque
c’est dans la vie qu’il envisage son ancrage et
sa destination. On se dit, tiens, voilà une clé
pour comprendre l’ennui. Le design, voué à ce
service qu’est celui de l’accomplissement d’une
fonction, se trouve évidemment préoccupé de
bien. A la différence de l’artiste ou de l’écrivain,
le designer se voit dénié le droit à la méchanceté. Pour aller vite, sa posture doit nécessairement être généreuse. Mais le design a su y être
intéressant et varié, n’envisageant que cette fin.
Jusqu’à ce qu’il se trouve un peu trop adapté
aux grands bureaux et aux grandes prisons,
motifs de la haine farouche que vouaient Debord
et consorts au Corbusier, pour l’exemple, et à
tous les bâtisseurs de cimetières verticaux et
de garrots de chaise. Le designer contemporain,
lorsqu’il s’enduit d’altruisme et de perspective
sociale, ressemble à un adolescent plongeant
sa main dans le gel capillaire « saut du lit ».
Son discours d’autant moins inspiré qu’il n’est
évidemment pas sincère, malheureux perroquet
modèle Gropius. Son problème majeur : il ne sait
plus comment rendre service, mais il n’a pas
non plus le talent à la production de quoi que ce
soit d’autre, parce qu’on ne lui a appris que ça.
Ce qui lui manque, simplement, c’est le style,
et ça ne s’est jamais vraiment appris dans les
écoles. Le design, comme la littérature, ne peut
s’en passer (en a-t-il jamais été autrement, au
fond ?) – ce n’est pas une question de bien ou
de mal, mais d’écriture. Où l’on retrouve assez
fatalement Céline : « Je crois que le rôle documentaire et même psychologique du roman est
terminé, voilà mon impression, eh bien, qu’est-ce
qu’il lui reste ? eh bien, il ne lui reste pas grandchose : il lui reste le style. » (4)
Avec Andrea Branzi et la possibilité d’un objet
qui ne porte pas bonheur, ou Hella Jongerius et
ses cauchemardesques pièces de mobilier aux
accouplements animaux contre-nature (dernières importantes propositions chez Kréo), nous
retrouvons quelque chose de « sale ». L’objet
prend le risque littéraire, avec l’argument mystique/animiste (Branzi) ou décoratif/narratif (Jongerius). Il pourrait pénétrer aussi le territoire du
mal, sans pour autant avoir vocation à étrangler
son utilisateur ou castrer celui invité à s’y asseoir.
Il faudra donc, décidément, apprendre à distinguer d’entre les foules (encore prospères) quels
sont les avortons trop vite échappés des éprouvettes et où se dressent des chimères envoûtées.
Quel est le mobilier du prince Malko et à partir de
quel moment la décoration devient-elle légitime ?
Il y a encore tant de possibilités. Et c’est toujours
sur nous que ça retombe. Tant mieux.
Pierre Doze
(1) Grandi Legno, galerie Azzedine Alaïa, du
10 décembre 2009 au 10 janvier 2010. Voir aussi
l’exposition « Les années Staudenmeyer, 25 ans
de design en France » au Passage de Retz, à
partir du 3 décembre et à l’occasion de la parution d’un livre consacré à Pierre Staudenmeyer.
(2) Pierre Bergé & associés, 13 septembre.
(3) Morale et Littérature, 1944, publié sous le
pseudonyme d’Emile Novis.
(4) Cité dans Dieu, qu’ils étaient lourds !!! ,
monologue adapté et mis en scène par Ludovic Langelin (2009), fondé sur des entretiens
radiophonique de Louis-Ferdinand Céline entre
1955 et 1959.
MAGAZINE N 51, PAGE 72
Quant à savoir pourquoi
l’électricité s’est arrêtée…
On a beaucoup parlé, et puis on
s’est tu, et il a fallu se résoudre
à ne jamais savoir pourquoi.
Les résilients
Déchets et décomposition prolifèrent, accompagnant comme son ombre la fièvre
consommatrice. Mais l’Histoire opère un renversement et transforme le rebut en signe
d’une époque révolue.
La lumière s’est éteinte progressivement, par
plaques, comme dans un dernier et fantastique
remake de Billie Jean. Ceux qui habitaient sur les
hauteurs ont dû assister à un sacré spectacle. On
dit que tout est parti de la côte est de l’Empire,
mais comme personne ne peut rien affirmer…
De toute façon, maintenant, c’est la nuit. Et en
Occident comme dans toutes les grandes villes du
monde, il n’y a plus de survivants. Il n’y aura plus
jamais de clip vidéo, de G8, ni d’i-Phone. Plus
jamais de Coupe du Monde, d’Audi A4, d’écran
plat, ni de G20. C’est à cause de la lumière.
Quand elle s’est éteinte, la moisissure noire s’est
développée en quelques heures, anéantissant
toute forme de vie humaine citadine. Il paraît que
c’étaient des spores qui s’étaient accumulées là
depuis des années, à l’insu de tous, parce que
la lumière les empêchait d’éclore. C’étaient des
spores qui aimaient le propre, le rangé. Des spores qui aimaient la vie confinée, les rituels de
bureau, la consommation de masse. Des spores
qui aimaient l’énergie nucléaire, l’industrie chimique et agro-alimentaire, les loisirs organisés et
la substitution de la vie par sa représentation
orchestrée selon les lois du désir organisé. Des
spores qui s’accommodaient des relations sociales qui prévalaient en ce temps-là. Bref des spores qui proliféraient agréablement à l’ombre de ce
qui avait été appelé alors un choix de société.
Quant à savoir pourquoi l’électricité s’est arrêtée… On a parlé d’OVNI, de conspiration, de
l’axe du mal, de barbus fanatiques, de hackers
boutonneux. On a parlé de surcharge, de risque
de système, de choc exogène, d’équilibre de
Nash. On a parlé d’allocation sous-optimale au
sens de Pareto, d’asymétrie informationnelle et
de contrats de second rang. On a beaucoup parlé,
et puis on s’est tu, et il a fallu se résoudre à
ne jamais savoir pourquoi. Mais le mystère de
la naissance, de l’étincelle première, de la cause
dont elle est la conséquence n’est-il pas le lot de
toute civilisation, même post-humaine ?
C’est marrant de penser que ceux qui avaient
tant voulu se protéger du risque de vivre avaient
fini par en mourir. C’est un peu triste pour les
médecins, les architectes, les psychanalystes et
autres apôtres de la survie. Mais, après tout, ils
connaissaient sans doute la formule selon laquelle
« il n’est pas donné à tout le monde d’avoir une
mort heureuse ». Ils avaient bien dû se rendre à
l’évidence du désintérêt profond que leur accordait le pouvoir, et de la compromission fatale à
laquelle ils avaient été contraints. Ils avaient bien
dû imaginer que leurs stratégies de survie déguisées en espérance ne laissaient guère de place
à l’idée de liberté. Et sinon, c’est qu’ils méritaient
de crever. Et puis, ils nous ont tout de même
laissé un nom, à nous, les Résilients. Et ce n’est
pas si mal. C’est comme un lien ténu, un petit
fil conceptuel qui nous rattache au passé et au
prodigieux destin de l’espèce précédente.
C’est marrant de penser que nous, qui avions été
rejetés dans les décharges, qui avions été cir­
conscrits, placés à la périphérie de la joie, sommes aujourd’hui les seuls héritiers du sommet de
la création, ce que l’on appelait avant l’humanité.
On nous avait baptisés les réprouvés, les clandestins, les pauvres. Mais, en fait de conditionnement, celui des ordures s’était avéré moins
létal que celui des humains ! De l’autre côté de
la consommation, la fange nous avait mis à distance, l’excrément nous avait accordé sa grâce, la
souillure nous avait préservé des foudres de l’apocalypse. Nous sommes la Nouvelle Jérusalem.
Bien au chaud dans les dédales d’immondices
rejetées par le centre, dans ces cités cyclopéennes qui poussèrent aux bordures de l’Occident,
nous avions regardé s’écrouler cet édifice qu’on
disait là pour mille et mille ans. Aménagées au
creux des tonnes de couches pour bébé, entre
les ruisseaux de mercure, au pied des collines
de sacs plastiques, en bordure des forêts de
carcasses de voitures, à l’aplomb des falaises
d’électroménager pourrissant, au bord des lacs
d’acide de batterie, nos maisons s’organisaient
autour d’un bonheur réel qui s’était frayé un chemin dans l’immondice. Contraints à la solidarité
par la toxicité, nous avions survécu quand tout
semblait devoir s’arrêter. Pasteur l’avait bien dit :
le microbe n’est rien, le terrain est tout.
Et nous étions là, hésitant entre science-fiction
et préhistoire, sous le grand dôme des excré-
ments du monde disparu ; sondant la matière
molle et chaude, seul héritage de la civilisation
précédente. Interrogeant l’ordure dans l’espoir de
comprendre ce qui avait bien pu se passer. Cette
question, on ne pouvait jamais l’occulter, à cause
de l’odeur, la chaude puanteur de la décomposition. La décomposition, le dernier trésor du
monde libre. Cette providentielle source d’énergie
qui nous avait maintenus en vie quand le monde
précédant s’était écroulé. Avant que finalement
nous mutâmes. Elle était partout, elle était nous,
on lui devait tout. Entièrement coupés de toute
autre mémoire, la puanteur était devenue peu à
peu le seul vrai lien qui nous unissait encore aux
hommes et à leur souvenir. Un lien ténu mais réel,
d’autant plus vivant et universel qu’il s’adressait
à chacun, sans distinction de milieu, d’origine ou
de capital culturel. Car tous les esprits et tous
les cœurs s’animent au secret de l’arôme. Car
toutes les mauvaises odeurs nous concernent et
semblent nous révéler quelque chose sur nousmêmes. Car tous les parfums obligent à la vérité
du souvenir. Et quand notre histoire devint finalement une archéologie du déchet, l’odeur prit la
place centrale et délicate de la mémoire vivante.
Les générations se succédant, il fallut transmettre ce pouvoir d’évocation mnésique. C’était un
exercice quotidien pour les familles, comme une
sorte de devoir de mémoire, d’éducation pratiquée sans y penser. Au gré des promenades
dominicales sur les grands plateaux de fange, au
détour des sentiers serpentant dans la vidange,
quand un fumet caractéristique se détachait de
la puanteur totale, le bon père de famille évoquait
alors le souvenir du mot associé à l’odeur, comme
autrefois on faisait réciter les départements. Bien
sûr, la généalogie de la pourriture n’échappait pas
aux approximations immanquables que le temps
apporte, mais même lorsqu’un mot s’était peu à
peu substitué à un autre, la force d’évocation de
l’odeur faisait jaillir dans l’imagination des images
semblables à aucune autre. Et c’est comme ça
que, bien des années après l’an zéro, alors que
l’enseigne à l’arche d’or n’était plus qu’un concept,
celui qui n’avait rien connu de cet ancien monde
était capable de parler d’un cheeseburger.
Sylvain Ohrel
MAGAZINE N 51, PAGE 75
L a fragilité du vide
Elle s’était retrouvée à travailler dans cette galerie d’art par hasard, pour payer le
loyer. Après tout, une assistante était une assistante et il ne fallait pas être plus
débrouillarde que dans la banque ou l’assurance.
« Aaaah, et voici la merveille, le
clou (...) pu tout aussi bien la
rater (...) un défi au principe
de l’exposition – l’artiste a
voulu la situer précisément,
hors de la scénographie »
La fragilité du vide,
six sacs plastiques, 2008,
Kader Attia.
première édition
FOIRE D’ART CONTEMPORAIN
Bourse du Commerce, Paris
22-25 octobre 2009
—
cutlog.org
Le premier jour, le galeriste, pressé, l’envoya
repérer la dernière curiosité de son écurie dans
une grande exposition ministérielle : « C’est huit
sacs en plastique, de couleurs vives, posés à
même le sol, à gauche en entrant, ils ne sont
même pas sur la scéno, il y a seulement une
bande de gaffer qui délimite l’espace, tu ne peux
pas les rater. »
Elle aperçut l’un des trois commissaires de
l’exposition qui était déjà là, en compagnie d’un
groupe de collectionneurs allemands : « Aaaah, et
voici la merveille, le clou (...) pu tout aussi bien
la rater (...) un défi au principe de l’exposition
– l’artiste a voulu la situer, précisément, hors de
la scénographie (...) excellente notice en donne
d’ailleurs quelques (...) entre l’espace visuellement scénographié et le reste de (...) situe entre
le visible et l’invisible, entre (...) et (...) et l’infiniment (...) entre-deux de l’exposition traduit bien
toute l’ambiguïté (...) banals et (...) ne peuvent
laisser indifférent. L’artiste Kader Attia (...) vision
très pessimiste de la société actuelle, en convoquant le signe le plus quotidien de la pollution, le
sac plastique, (...) plastique peut être entendu
comme la matière issue du pétrole, un autre symbole (...) grandes considérations écologiques (...)
donner une forme, créer par la simple mise en
espace, par le modelé le plus minimal. (...) On
peut aborder cette œuvre comme une mise en
garde, un signal (...) dramatique à l’échelle de
la planète. Les sacs plastiques, effectivement,
sont le symbole de la société de (...) toute la
complexité de notre système (...) richesses
absurdes (...) s’effondrer à tout moment (...) tant
de richesses et de pouvoir qui reposent sur (...)
formes minimales. Et (...) tout à fait intéressant.
Le sac (...) plastiquement contradictoire : léger
et fragile (...) garde la trace (...) parlait d’une
anecdote – qui ne peut, certainement, rendre
compte de toute la complexité de l’œuvre, mais
qui mérite que l’on s’y attarde – autour d’une
vision, dans la rue, d’un (...) de ce qu’il avait
contenu (...) des volumes, du poids, par le seul
effet du vide. La métonymie plastique que (...)
paradoxe de la sculpture ici résumé : donner du
volume en enlevant de la matière. »
L’assistante ne traîna pas et partit déjeuner avec
une amie, chargée de com chez Fauchon :
« Et alors, c’est une installation minimaliste, un
peu dans l’exposition et un peu invisible, ça
représente le paradoxe entre le vide et le plein,
c’est comme, tu sais, les start-up et tout ça, des
grandes entreprises, des trucs de fou créés en
un rien de temps, et pouf ! à la première crise, ça
lâche. Et aussi, les sacs plastiques qui gardent
la forme de ce qu’ils ont contenu, c’est comme
un peu l’expression du plein et du vide à la fois,
comme les vides et les pleins en sculpture, et
aussi la pollution, parce que les sacs poubelles,
on commence seulement à s’en rendre compte,
mais ça représente des tonnes de plastiques qui
ne se biodégradent jamais et ça, ça pollue à une
vitesse folle. Alors, c’est le parti pris de la vie quotidienne dans sa fragilité, au point de ne montrer
que ce que nous considérons comme de la poubelle. Enfin, en tout cas, c’est une œuvre balèze
qui pose les questions de l’œuvre, de l’exposition,
de l’art dans les expositions, du rôle de l’artiste
du plastique et des tas de questions comme ça,
hyper importantes au jour d’aujourd’hui.
— Oui, mais quand même, c’est surtout une
énorme arnaque à la production, non ? Et le
public marche ? Vraiment, personne n’a pensé à
jeter un déchet dans les sacs ?! »
L’artiste, pensif, fit aussi sa visite, avant celle de
la presse : « Ce gaffer au sol, c’est n’importe
quoi, en deux deux ça va être noir de poussière
avec ce béton pourri. C’est quand même un sacré
cadeau à la prod, s’il y a le moindre truc au
retour, je leur fais payer plein pot. Et vu la notice
de pacotille que je me tape, ils n’ont pas intérêt à
louper leurs visites. »
Géraldine Miquelot
les personnages de ce texte sont fictionnels.
MAGAZINE N 51, PAGE 76
L’œil Neuf
Quels furent les débuts d’un grand éditeur de la photographie contemporaine ?
Dans les années 50, Robert Delpire, alors directeur technique, met en place les
formules de Neuf et de L’œil.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale,
en France, la société civile se mobilise pour la
reconstruction du pays. Le secteur des industries graphiques, qui a souffert du pillage et de
la répression pendant l’Occupation, est particulièrement sollicité pour y contribuer. De nombreuses initiatives, productions et réalisations
voient le jour dans le champ du graphisme et de
la typographie. Le nouvel Etat, qui a nationalisé
l’ensemble des grandes entreprises de service
public, doit emprunter et lance de vastes campagnes publicitaires pour financer la « reconstruction ». Des commandes sont passées à
quelques figures de l’affiche des années 30,
comme Paul Colin, Jean Carlu ou Raymond Gid,
mais c’est la nouvelle génération, souvent issue
de l’école Estienne, à Paris, qui profite de cet état
de fait pour s’affirmer. Les murs des administrations, des bâtiments publics, des écoles s’ornent
des visuels de Jacques Nathan-Garamond, Jean
Colin, Guy Georget, Villemot et quelques autres.
Le ministère des Finances constitue une commission de l’imprimé pour redéfinir les normes en
usage dans l’administration.
Il est fait appel au typographe Maximilien Vox,
bien que celui-ci ait mis son savoir-faire au service du régime de Vichy. Vox assisté d’Henri Jonquières et de Marcel Jacno s’attèlent à la charge
et, en 1952, le typographe publie une nomen-
clature de caractères, la célèbre « classification
Vox ». Néanmoins, la modernité française ne
se reflète pas dans des recherches graphiques
d’avant-garde. Le ton est plutôt à une effervescence néo-classique. Peut-être le résultat de
positions protectionnistes et idéologiques prises,
dès les années 20-30, par les grandes fonderies
comme Deberny & Peignot, face aux théories de
la Nouvelle typographie développées par l’Allemand Jan Tschichold.
Début des années 50, le design éditorial, lui aussi,
fait l’objet d’une refonte en profondeur. Un design
qui profite de l’invention des ingénieurs français,
René Higonnet et Louis Moyroud, la photocomposeuse. Un prototype, nommé Photon, est fabriqué
en 1946 avec le soutien d’industriels américains
et, en 1954, un premier modèle, baptisé Lumitype, débarque chez Deberny & Peignot. Cette
nouvelle évolution technologique et les recherches de l’architecte Pierre Faucheux, passé au
graphisme, annoncent par ailleurs la réinvention
du livre-objet, dont les clubs de livres, organismes de vente par correspondance inspirés des
systèmes allemand et américain, s’emparent. Le
travail de Faucheux ne se limite pas au seul livre.
En 1950, il est sollicité par un jeune étudiant en
médecine, Robert Delpire qui, féru de journalisme
et un peu malgré lui, a pris la direction d’une
nouvelle revue, Neuf. Neuf est l’organe de presse
de la Maison de la médecine qui regroupe les
activités culturelles et sportives des étudiants.
Pour Delpire, il ne s’agit pas de faire un simple
bulletin d’association mais une vraie revue avec
de « bons » textes et des illustrations de qualité.
Tout manque, surtout l’argent, mais pas le culot.
Robert Delpire s’adresse aux artistes, photographes,
écrivains et illustrateurs de renom. La une du numéro
un, qui paraît en juin 1950, propose la photographie
d’un masque « Haïda » de la collection d’André Breton prise par Facchetti. André Breton participe à ce
premier sommaire avec une « Note sur les masques
à transformation de la côte pacifique Nord-Ouest »,
qui révèle la particularité de certains masques possédant un élément capable de pivoter sur lui-même.
Le numéro deux, en date de Noël 1950, offre sa
une à Brassaï. Le sommaire s’ouvre sur des articles
médicaux puis des articles aux signatures prestigieuses : « De la vocation d’écrivain » par Jean-Paul Sartre ; « Marc Chagall, peintre de l’amour heureux » par
Michel Ragon ; « Brassaï » par Henry Miller ; « Extraits
de l’Histoire de Marie » par Brassaï ; « Izis » par Marc
Bernard ; « La jeune fille brune » par Marcel Mouloudji.
En tout : 82 pages de textes, d’illustrations en noir
et blanc et en couleur tirées à 5 000 exemplaires,
vendues essentiellement par abonnement. Le comité
de rédaction est composé d’internes des hôpitaux et
de la collaboration, en tant que directeur technique,
de Pierre Faucheux.
Pour Delpire, il ne s’agit pas
de faire un simple bulletin
d’association mais une vraie
revue avec de « bons » textes
et des illustrations de qualité.
Tout manque, surtout l’argent,
mais pas le culot.
Robert Delpire dit de cette collaboration : « J’ai
rencontré Pierre Faucheux à une époque où
je ne savais rien d’un métier qui me fascinait,
celui d’éditeur. Je n’avais que des intentions, des
envies, des aspirations : publier des livres, créer
une revue. Pierre Faucheux m’a apporté ce que je
n’aurais pu faire sans lui : une parfaite connaissance des techniques mais surtout une liberté
d’esprit, une fantaisie, une aisance exceptionnelle
à manipuler la lettre et l’image dans un constant
refus des conventions et des habitudes. Pendant
un temps, j’ai tout appris de lui et je lui en suis
encore très reconnaissant. » Si la maquette reste
sage et relativement classique, Neuf devient une
revue de référence pour la nouvelle avant-garde
photographique qu’incarnent Cartier-Bresson,
Doisneau, Werner Bischof, Robert Frank et
William Klein. Mais l’originalité de Neuf tient
aussi dans le mélange des genres et un certain
éclectisme illustratif.
Robert Delpire rencontre le dessinateur André François, à qui il confie la une du numéro six, Spécial
dessin humoristique. Instinctivement, Delpire donne
un nouveau statut au dessin dit « de presse ». Des
artistes et dessinateurs, inclassables, interviennent
dans les pages de la revue comme Mose, Chaval
ou Steinberg. Cette ligne éditoriale va conditionner
et affirmer l’originalité de son travail d’éditeur. En
1955, la collaboration avec Pierre Faucheux se
poursuit avec la conception de la maquette d’une
nouvelle revue d’art, « L’Œil ». Editée en Suisse
mais conçue rue des Saints-Pères à Paris, la revue
propose un autre regard sur la peinture. Directeur
technique (on ne parle pas encore de directeur
artistique) du magazine, Robert Delpire porte, avec
une maquette sobre, un œil neuf sur la création
contemporaine. Une démarche et une posture qui
définissent, depuis une cinquantaine d’années, l’un
des grands éditeurs d’images contemporaines.
Pierre Ponant
Van Leo - Sherihan actrice égyptienne - Le Caire, Egypte, 1976 - Collection Fondation Arabe pour l’Image - © Fondation Arabe pour l’Image
19-22 NOV. 09 - Carrousel du Louvre, Paris - www.parisphoto.fr
Photographie arabe et iranienne à l’honneur
MAGAZINE N 51, PAGE 79
Je 1. 10
Cinéma
Festival du cinéma allemand
Coloration politique pour cette
14 e édition, 20e anniversaire de la
chute du Mur oblige.
L’Arlequin, >6/10
Edition
Les plus beaux livres suisses
Si ce concours existe depuis deux ans
en France, il a beaucoup à apprendre
de son pendant suisse, dont les
lauréats 2008 seront ici présentés.
Centre culturel suisse, >19h, >12/12
Ve 2.10
Magazine
Sang Bleu
Ouverture de la galerie 12 Mail, avec
l’helvétique magazine Sang Bleu
comme premier guest. Bichromie,
dessins et tatoos au programme.
12 Mail, 18h, >20/12
Marché
Hôtel bohème #4
34 créateurs indépendants de
bijoux, mode, déco et accessoires se
réunissent dans un hôtel particulier
pour présenter leur production.
6 rue Beauregard (2e), 12>20h,
>4/10
Sa 3.10
Art
Nuit Blanche
De la rue Sedaine (Malte Martin) à
l’école des Arts déco, en passant par
les Buttes-Chaumont.
En ville, 19>7h
Performance
Frasq
Premières rencontres de la
performance, organisée dans 7 lieux
d’Ile-de-France, dont Betonsalon,
Glassbox, Immanence. Paroles et
performances pendant 3 semaines.
Infos sur frasq.com
En ville, >25/10
Le programme de Paris Photo dans
l’édition parisienne du 11 nov. de
Di 4.10
Mode
Les sœurs (ou la méthode)
Des séries mode en forme de tableaux
vivants – composés d’images fixes et
animées – projetées dans la vitrine de
la librairie Artazart.
Artazart, >19h, >28/11
Lu 5.10
Anniversaire
Point Ephémère
Pour fêter ses 5 ans, le lieu
multiculturel au bord du canal propose
une multitude de fêtes (donc deux
anniversaires les 16 et 31), des
concerts et une exposition des artistes
passés en résidence depuis 2004.
Infos sur pointephemere.org
Point Ephémère, >31/10
Littérature
Jean Echenoz
Rencontre avec l’un des plus grands
auteurs français contemporains, qui
viendra répondre à cette question :
« Ecrire, pourquoi écrire ? »
Centre Pompidou, 19h
Visite
Soirée nomade
En marge de l’exposition « Né dans
la rue », le philosophe Alain Milon et
l’artiste Jean Faucheur proposent une
promenade entre les 11e et 20e arrondissements, guidée par les graffitis.
Fondation Cartier, sur réservation
Ve 9.10
Photo
« August Sander »
Le maître allemand (1876-1964), qui
a saisi les visages comme les paysages ou les fleurs fera l’objet d’une
rétrospective avec tirages d’époque.
Fondation HCB, >18h30, 3/6 e.,
>20/12
Ma 6.10
Graphisme
« Double vie »
Une exposition personnelle consacrée
au graphiste Malte Martin, qui investit
souvent l’espace public avec des
typographies choisies.
Galerie Anatome, >19h, >23/12
Design
« Mobi-boom, le mobilier de 1945
à 1975 »
Invention de la scène française et
démocratisation du mobilier contemporain, une tranche d’histoire et
d’industrie à travers des objets.
Les Arts décoratifs, >18h, 6,50/8 e.,
>2/01
Me 7.10
Art
« La subversion des images »
L’image dans toutes ses acceptions
par le mouvement qui l’a le plus
expérimentée : le Surréalisme.
Centre Pompidou, >21h, 10/12 e.,
>11/01
Sa 10.10
Art
Vernissages
Rue Louise-Weiss puis dans le Marais,
où Karsten Greve fête ses 20 ans,
où Valentin présente George Henry
Longly.
En ville
Je 8.10
Mode
Festival Asvoff
Asvoff, pour « A shaded view
on fashion film », imaginé par
Diane Pernet et rassemblant les
films de mode les plus créatifs.
Centre Pompidou, 20h, 4/6 e.
Di 11.10
Art
« La confusion des sens »
Exposition articulée autour du
corps et de ses sensations, avec
Renaud Auguste-Dormeuil, Berdaguer
& Péjus, Céleste Boursier-Mougenot,
Didier Fiuza Faustino, Laurent Grasso,
Véronique Joumard et Laurent Saksik.
Espace Louis-Vuitton, >19h, 10/01
Design
Puces du design
Nuova Italia est le mot d’ordre de
cette nouvelle édition des puces
auxquelles Sam Baron et sa Fabrica
ainsi que Secondome sont invités.
Quai de Loire, >11/10
Cinéma
Fémis
Journée de projection des films de
fin d’études d’étudiants de la Fémis,
promo 2008.
Cinémathèque, 11>18h30, 5/6,50 e.
Cinéma
Master Class
Jacques Audiard remplace
Isabelle Huppert au pied levé pour
présenter, commenter et interroger
quelques images de son choix.
Forum des images, 15h30, 4/5 e.
Ma 13.10
Art
« Erwin Olaf »
Derniers jours de l’exposition du
photographe néerlandais qui rend
hommage à la peinture classique
espagnole (Zurbarán, Velázquez,
El Greco).
Galerie Magda Danysz, >19h, >17/10
Me 14.10
Art
« Les archipels réinventés» /
« Soulages »
Exposition réunissant les œuvres
lauréates des dix Prix Ricard. Pour
mémoire : Tatiana Trouvé, Boris Achour,
Loris Gréaud, Berdaguer & Péjus,
Didier Marcel, Natacha Lesueur,
Matthieu Laurette, Mircea Cantor,
Vincent Lamouroux et Raphaël Zarka.
Plus haut, l’expo « Soulages », le
maître du noir.
Centre Pompidou, >21h, 10/12 e.,
>11/01
Photo
« Voyages »
Les regards de cinq photographes et
d’un vidéaste japonais sur l’archipel et
sur d’autres pays. Villes, campagnes
et même constructions imaginaires.
Maison de la culture du Japon, >19h
>23/01
Cinéma
Kino Polska
Festival de cinéma polonais, qui présentera un panorama des réalisateurs
contemporains, une rétrospective
Wajda et une sélection de courts
d’écoles de cinéma.
Reflet Médicis, >20/10
Je 15.10
Art
« Chasing Napoleon »
Confrontation de travaux d’artistes,
de scientifiques et d’activistes à la
poursuite d’une utopie mise en œuvre
par une traque incessante. Vernissage.
Palais de Tokyo, >17/01
Performance
« Grand Magasin »
Une performance conçue pour
l’exposition « Planète des signes » et
qui combinera probablement danse,
théâtre et performance.
Le Plateau, 19h30, 4 e., sur
réservation
Ve 16.10
Art
Storyboard
Quatre rendez-vous, qui combineront
événements, performances et projections, avec des artistes de la galerie
mais pas seulement. Vernissage.
Gb agency, 18h, >7/11
Cinéma
Avant-garde
Films sur et de Dalí, reportages,
fictions et expérimentations.
Cinémathèque, 19h30+21h30,
5/6,50 e.
Art
« Deadline »
La dernière production, ou 12 artistes
confrontés à une mort imminente et
qui ont continué à créer : Absalon,
Gilles Aillaud, James Lee Byars,
Chen Zhen, Willem de Kooning,
Felix Gonzalez-Torres, Hans Hartung,
Jörg Immendorff, Martin Kippenberger,
Robert Mapplethorpe, Joan Mitchell,
Hannah Villiger.
Musée d’Art moderne, >18h,
4,50/6 e., >10/01
Lu 19.10
Cinéma
Michael Haneke
Ouverture de l’hommage au cinéaste
autrichien, qui présentera ses films
de cinéma et de télévision inédits en
France.
Cinémathèque, 18h, 5/6,50 e.
Ma 20.10
Cinéma / Art
« Federico Fellini / Francesco Vezzoli »
Images et documentation du cinéaste
en regard d’une installation de l’artiste
italien et d’un chapiteau mimant un
cirque.
Jeu de Paume, >19h, 4/6 e., >17/01
Art
« Antidote »
5e édition de cette exposition qui
vise à mettre en avant la jeune
scène française. Cette année :
Dove Allouche, Pierre-Olivier Arnaud,
Etienne Chambaud, Isabelle Cornaro,
Aurélien Froment, Laurent Montaron et
quelques autres.
Galerie des Galeries, >19h, >9/01
Me 21.10
Art
Fiac + Slick + Show Off + Cutlog
C’est donc la saison des foires d’art
contemporain : la Fiac au Grand Palais
et au Louvre, Slick au 104, Show Off
au port des Champs-Elysées et Cutlog
à la Bourse du commerce. Vernissage
ce soir.
En ville, >25/11
Histoire
« Berlin, l’effacement des traces
1989-2009 »
De la disparition des signes de
l’ancienne RDA noyés dans la nouvelle
identité germanique à leur réapparition
inopinée ; photos, documents, objets
quotidiens…
Musée d’Histoire contemporaine,
>17h30, 3/5 e., >31/12
Cinéma
Le Ruban blanc
De Michael Haneke, 2009, 144’.
Le dernier Haneke, en noir et blanc,
qui se déroule pendant la Première
Guerre mondiale et met aux prises les
différents habitants d’un village.
En salles
Je 22.10
Art
Vernissages
La contiguïté des foires a donné des
idées : Saâdane Afif chez Michel Rein,
Delphine Coindet chez Laurent Godin,
Jean-Michel Othoniel chez Emmanuel
Perrotin…
En ville
Photo
Prix Pictet
12 photographes internationaux,
dont Nadav Kander et Darren Almond,
sur un même thème : la Terre.
Passage de Retz, >19h, >22/11
Concert dessiné
Soirée nomade
Un concert de Rodolphe Burger, accompagné par le duo de dessinateurs
Dupuy & Berberian ; ou l’inverse du
film muet accompagné au piano.
Fondation Cartier, 20h30,
4,50/6,50 e., sur réservation
Performance
« Drama Queens »
Conçue par les plasticiens Elmgreen &
Dragset (qui ont commis les pavillons
scandinaves de la dernière Biennale
de Venise), une performance sans
acteurs, dans laquelle des sculptures
règlent leur compte aux utopies qui
les ont vu naître.
Centre Pompidou, 20h30, 10/14 e.,
>23/10
Ve 23.10
Art
« Arche 2009 »
L’artiste chinois Huang Yong Ping
propose une installation dont l’idée a
germé suite à l’incendie du magasin
parisien de taxidermie Deyrolle.
Beaux-Arts de Paris, >19h, >5/12
Sa 24.10
Art
« Habiter 2050 »
L’artiste Alain Bublex installe un
paysage mystérieux dans la Galerie
des enfants, qui projette ce que sera
la réalité quotidienne en 2050.
Centre Pompidou, >19h, >8/03
Cinéma
Le Joli Mai
De Chris Marker, 1963, 150’.
Printemps 62, le cinéaste enquête sur
la France d’alors, au beau milieu des
Trente Glorieuses. Eclairant.
Cinémathèque, 20h30, 5/6,50 e.
Di 25.10
Art
« Soulèvements »
Exposition consacrée à Jean-Jacques
Lebel autour d’écrits, d’objets et de
pièces d’autres artistes avec lesquels
il dialogue ; dans le cadre du Festival
d’automne.
Maison Rouge, >19h, 5/7 e. >17/01
Lu 26.10
Photo
« Printemps new-yorkais »
Un séjour que le photographe
Fred Lebain a ponctué de clichés en
forme de carte postale qui interrogent
la ville comme décor.
Les Prairies de Paris, >19h, >28/12
Me 28.10
Photo + graphisme
« Delpire »
L’exposition arlésienne monte à
Paris : photographies, publications et
films pour rendre compte du travail
de Robert Delpire, des années 50 à
aujourd’hui.
MEP, >19h, >24/01
Cinéma
Irène
D’Alain Cavalier, 2008, 85’. Le dernier
Cavalier, présenté à Cannes dans « Un
certain regard », intimiste et économe
de moyens mais pas de regards.
En salles
Je 29.10
Mode
« Dysfashional »
Exposition consacrée à la mode mais
pas axée sur le vêtement. Les univers,
inspirations et expérimentations auront
plutôt la vedette. Avec, entre autres :
Hussein Chalayan, Raf Simons,
Bless, Maison Martin Margiela,
Gaspard Yurkievich, Antonio Marras,
Bernhard Willhelm, Pierre Hardy,
Kostas Murkudis.
Passage du Désir, >19h >29/11
Cinéma
La Faim
De Henning Carlsen, 1966, 111’.
Film danois d’après le roman de Knut
Hamsun qui mêle rêve et drame social.
Maison du Danemark, 20h
Ve 30.10
Cinéma
« Avant-garde »
L’aventure prodigieuse de la
dentelière et du rhinocéros de Dalí et
Robert Descharmes + un portrait de
Dalí par Jean-Christophe Averty.
Cinémathèque, 19h30+21h30,
5/6,50 e.
A venir
Cinéma
Avant-première
Les Herbes folles d’Alain Resnais,
2009, 104’.
Cinémathèque, 20h, 5/6,50 e., sur
réservation
Edition
Salon light
6e édition de ce salon d’éditeurs
indépendants internationaux réunis par
le Cneai, avec à la clé une table ronde,
une conférence et même un bal.
Point Ephémère, 6>8/11
Art
Roman Ondak
Dans le cadre du Festival d’automne,
l’artiste slovène présente « Here or
Elsewhere », une installation qui
interroge le rapport réalité/fiction et
sculpture/performance.
Espace topographique de l’art, >19h,
7/11 > 20/12
Photo
« Glissement de terrains »
Variations autour du paysage,
jusqu’à la nature morte, pour sept
photographes, dont Charlotte Leduc et
Aude Buttazzoni. Une exposition mais
deux vernissages !
Galerie Vieille-du-Temple, 19h.
Vernissages 7 + 10/11, >28/11
Design
Salon du vintage
4e édition qui rassemble mode, design
et accessoires sur les trois étages d’un
immeuble le temps d’un week-end.
180A bd Saint-Germain, 10>20h,
14 > 15/11
Art
« Variations continues »
Quatre artistes turcs invités à présenter leurs travaux à Paris, l’occasion
de découvrir la scène contemporaine
turque.
Crédac, 20/11 > 17/01
M° Richelieu-Drouot 01 53 79 37 29
/IFM 36, qu. d’Austerlitz - 13e
M° Gare-d’Austerlitz 01 70 38 89 89
/Institut finlandais
60, r. des Ecoles - 5e
M° Saint-Michel 01 40 51 89 09
/Institut culturel mexicain
119, r. Vieille-du-Temple - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 44 61 84 44
/Institut néerlandais
121, r. de Lille - 7e
M° Assemblée Nationale 01 53 59 12 40
/Jeu de Paume
62, r. Saint-Antoine - 4e
M° Saint-Paul 01 47 03 12 50
/Kadist Art Foundation
19 bis, r. des Trois-Frères - 18e
M° Abbesses 01 42 51 83 49
/Le Laboratoire 4, r. du Bouloi - 1er
M° Louvre 01 78 09 49 50
/Lafayette Maison
35, bd Haussmann - 9e
M° Opéra 01 42 82 34 56
/The Lazy Dog 25, r. de Charonne - 11e
M° Bastille 01 58 30 94 76
/Maison de la culture du Japon
101, q. Branly - 15e
M° Bir-Hakeim 01 44 37 95 01
/Maison du Danemark
142, av. des Champs-Elysées - 8e
M° Etoile 01 56 59 17 40
/Maison Rouge
10, bd de La Bastille - 12e
M° Quai-de-la-Rapée 01 40 01 08 81
/Musée d’Art moderne
11, av. du Président-Wilson - 16e
M° Iéna 01 53 67 40 00
/Musée d’histoire contemporaine
129, r. de Grenelle - 7e
M° Invalides 01 44 42 54 91
/MEP 5-7, r. de Fourcy - 4e
M° Pont-Marie 01 44 78 75 00
/Mk2
Quai de Seine 14, q. de la Seine - 19e
M° Jaurès
/Musée d’art moderne
11, av. du Pdt-Wilson - 16e
M° Iéna 01 53 67 40 00
/Naço gallery 38, r. de Citeaux - 12e
M° Faidherbe-Chaligny 01 40 09 17 69
/New Galerie de France
54, r. de la Verrerie - 4e
M° Hôtel-de-Ville 01 42 74 38 00
/Palais de Tokyo 13, av. du Pdt-Wilson
- 16e M° Iéna 01 47 23 54 01
/Passage du Désir
85/87, r. du Faubourg-Saint-Martin - 10e
M° Château-d’eau 01 56 41 36 04
/Passage de Retz 9, r. Charlot - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 48 04 37 79
/Le Plateau 33, r. des Alouettes - 19e
M° Jourdain 01 53 19 84 10
/Point éphémère
200, q. de Valmy - 10e
M° Jaurès 01 40 34 02 48
/Les prairies de Paris
23, r. Debelleyme - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 48 04 91 16
/Reflet Médicis 3, r. Champollion - 5e
M° Saint-Michel 01 43 54 42 34
/Spree 16, r. La Vieuville - 18e
M° Abbesses 01 42 23 41 40
/Surface to air 68, r. Charlot - 3e
M° République 01 49 27 04 54
© STUDIOPIU’ Communication S.r.l / MAGIS, Voido (design Ron Arad) © DR
/12 Mail 12, r. du Mail - 2e
M° Etienne-Marcel
/104 104, r. d’Aubervilliers - 19e
M° Riquet 01 53 35 50 00
/Agnès b. 1, r. Dieu - 10e
M° République 01 42 03 47 99
/L’Arlequin 76, r. de Rennes - 6e
M° Saint-Sulpice 01 45 44 28 80
/Artazart 83, q. de Valmy - 10e
M° République 01 40 40 24 00
/Les Arts décoratifs
107, r. de Rivoli - 1er
M° Palais-Royal 01 44 55 57 50
/Art Process 52, r. Sedaine - 11e
M° Voltaire 01 47 00 90 85
/Atelier Cardenas-Bellanger
43, r. Quincampoix - 4e
M° Rambuteau 01 48 87 47 65
/La Bank 42, r. Volta - 3e
M° Arts-et-Métiers 01 42 72 06 90
/Beaux-arts de Paris
13, q. Malaquais - 6e
M° Saint-Germain 01 47 03 54 58
/Bourse du commerce 2, r. Viarmes
- 1er M° Halles 01 44 76 06 37
/Bétonsalon 9, espl. Pierre Vidal-Naquet
- 13e M° Bibliothèque 01 45 84 17 56
/Centre culturel suédois 11, r. Payenne
- 3e M° Saint-Paul 01 44 78 80 20
/Centre culturel suisse
32 + 38, r. des Francs-Bourgeois - 3e
M° Rambuteau 01 42 71 44 50
/Centre Pompidou
piazza Beaubourg - 4e
M° Rambuteau 01 44 78 12 33
/Centre Wallonie-Bruxelles
127, r. Saint-Martin - 4e
M° Rambuteau 01 53 01 96 96
/Chambre avec vues
3, r. Jules-Vallès - 11e
M° Charonne 01 40 52 53 00
/Cinémathèque 51, r. de Bercy - 12e
M° Bercy 01 71 19 33 33
/Cité de l’Architecture
1, pl. du Trocadéro - 16e
M° Trocadéro 01 58 51 52 00
/Cneai Ile des impressionnistes 78400 Chatou 01 39 52 45 35
/Colette 213, r. Saint-Honoré - 1er
M° Tuileries 01 55 35 33 90
/Crédac
93, av. Georges-Gosnat - 94 Ivry
M° Mairie d’Ivry 01 49 60 25 06
/De la Ville Café 34, bd de BonneNouvelle - 2e
M° Bonne-Nouvelle 01 48 24 48 09
/Ecole du Louvre pl. du Carrousel - 1er
M° Palais-Royal 01 55 35 19 24
/Esag 29, r. du Dragon - 6e
M° Saint-Sulpice 01 42 22 55 07
/Espace Louis Vuitton 60, r. de Bassano - 8e M° George-V 01 55 80 33 80
/Espace topographique de l’art
15, r. de Thorigny - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 40 29 44 28
/Fat galerie 1, r. Dupetit-Thouars - 3e
M° Temple - 01 44 54 00 84
/Fondation Cartier
261, bd Raspail - 14e
/Galerie Eva Hober
9, r. des Arquebusiers - 3e
M° St-Sébastien-Froissart 01 48 04 78 68
/Galerie du Jour
44, r. Quincampoix - 4e
M° Rambuteau 01 54 54 55 90
/Galerie Jousse Entreprise
24/34, r. Louise-Weiss - 13e
M° Bibliothèque 01 45 83 62 48
/Galerie Yvon Lambert
108, r. Vieille-du-Temple - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 42 71 09 33
/Galerie Serge Le Borgne
108, r. Vieille-du-Temple - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 42 74 53 57
/Galerie LHK 6, r. Saint-Claude - 3e
M° St-Sébastien-Froissart 01 42 74 13 55
/Galerie Loevenbruck
40, r. de Seine - 6e
M° Saint-Germain 01 53 10 85 68
/Galerie Madé 48, r. de Lancry - 10e
M° République 01 53 10 14 34
/Galerie Kamel Mennour
47, r. Saint-André-des-Arts - 6e
M° Saint-Michel 01 56 24 03 63
/Galerie de Multiples
17, r. Saint-Gilles - 3e
M° Saint-Paul 01 48 87 21 77
/Galerie Nuke
11, r. Sainte-Anastase - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 42 78 36 99
/Galerie Emmanuel Perrotin
76, r. de Turenne - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 42 16 79 79
/Galerie Praz-Delavallade
28, r. Louise-Weiss - 13e
M° Bibliothèque 01 45 86 20 00
/Galerie Vanessa Quang
7, r. des Filles-du-Calvaire - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 44 54 92 15
/Galerie Almine Rech
19, r. de Saintonge - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 45 83 71 90
/Galerie Michel Rein
42, r. de Turenne - 3e
M° Chemin-Vert 01 42 72 68 13
/Galerie Thaddaeus Ropac
7, r. Debelleyme - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 42 72 99 00
/Galerie Claude Samuel
69, av. Daumesnil - 12e
M° Gare-de-Lyon 01 53 17 01 11
/Galerie Léo Scheer
14-16, r. de Verneuil - 7e
M° Saint-Germain 01 44 55 01 90
/Galerie Schleicher + Lange
12, r. de Picardie - 3e
M° République 01 42 77 02
/Galerie Vallois 36, r. de Seine - 6e
M° Saint-Germain 01 46 34 61 07
/Galerie Vieille du Temple
23, r. Vieille-du-Temple - 3e
M° Saint-Paul 01 40 29 97 52
/Galerie Anne de Villepoix
43, r. de Montmorency - 3e
M° Arts-et-Métiers 01 42 78 32 24
/Galerie Xippas
108, r. Vieille-du-Temple - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 40 27 05 55
/Grand Palais
3, av. du Général Eisenhower - 8e
M° Champs-Elysées-Clémenceau
01 44 13 17 17
/Hôtel Drouot 9, r. Drouot - 9e
preview, femme/woman: © Jupiterimages / chaise/chair: EMU, Re-Trouvé (design Patricia Urquiola)
ADRESSES
M° Denfert-Rochereau 01 42 18 56 50
/Fondation HCB 2, imp. Lebouis - 14e
M° Gaité 01 56 80 27 00
/Fondation Ricard 12, r. Boissy-d’Anglas - 8e M° Concorde 01 53 30 88 00
/Forum des images porte Saint-Eustache - 1er M° Halles 01 44 76 63 00
/French Trotters 30, r. de Charonne 11e M° Bastille 01 47 00 84 35
/Galerie Martine Aboucaya
5, r. Sainte-Anastase - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 42 76 92 75
/Galerie Anatome 38, r. Sedaine - 11e
M° Bastille 01 48 06 98 81
/Galerie Air de Paris 32, r. LouiseWeiss - 13e
M° Bibliothèque 01 44 23 02 77
/Galerie Eric Allart 8, r. de Beaune - 7e
M° Rue-du-Bac 01 42 61 17 50
/Galerie Art Concept
16, r. Duchefdelaville - 13e
M° Bibliothèque 01 53 60 90 30
/Galerie d’architecture 11, r. des
Blancs-Manteaux - 4e
M° Saint-Paul 01 49 96 64 00
/Galerie E.L Bannwarth
68, r. Julien-Lacroix - 20e
M° Belleville 01 40 33 60 17
/Galerie Anne Barrault
22, r. Saint-Claude - 3e
M° St-Sébastien-Froissart 01 44 78 91 67
/Galerie M & T de La Châtre
4, r. Saintonge - 3e
M° St-Sébastien-Froissart 01 42 71 89 50
/Galerie Philippe Chaume
9, r. de Marseille - 10e
M° République 01 42 39 12 60
/Galerie Chez Valentin
9, r. Saint-Gilles - 3e
M° Chemin-Vert 01 48 87 42 55
/Galerie Lucile Corty 2, r. Borda - 3e
M° Arts-et-Métiers 01 44 78 91 14
/Galerie Crèvecœur
30, r. de Malte - 11e
M° République 01 43 38 80 17
/Galerie Chantal Crousel
10, r. Charlot - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 42 77 38 87
/Galerie Magda Danysz
78, r. Amelot - 11e
M° Filles-du-Calvaire 01 45 83 38 51
/Galerie Patricia Dorfmann
61, r. de la Verrerie - 4e
M° Hôtel-de-Ville 01 42 77 55 41
/Galerie Les Filles du Calvaire
17, r. des Filles-du-Calvaire - 3e
M° Filles-du-Calvaire 01 42 74 47 05
/Galerie Paul Frèches
12, r. André-Barzacq - 18e
M° Abbesses 01 53 90 21 12
/Galerie des Galeries
40, bd Haussmann - 9e
M° Chaussée-d’Antin 01 42 82 34 56
/Galerie gb agency 20, r. Louise-Weiss
- 13e M° Bibliothèque 01 53 79 07 13
/Galerie Laurent Godin
5, r. du Grenier-Saint-Lazare - 3e
M° Rambuteau 01 42 71 10 6
/Galerie Marian Goodman
79, r. du Temple - 3e
M° Rambuteau 01 48 04 70 52
/Galerie Alain Gutharc
7, r. Saint-Claude - 3e
M° St-Sébastien-Froissart 01 47 00 32 10
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22-26 janvier 2010. salon international du design pour la maison
January 22-26, 2010. international home design exhibition
Paris Nord Villepinte. www.nowdesignavivre.com
Salon réservé aux professionnels. Trade only. Organisation SAFI, filiale des Ateliers d’Art
de France et de Reed Expositions France - SAFI - 4, passage Roux. 75850 Paris Cedex 17. France.
Tel. +33 (0)1 44 29 02 00. Fax. +33 (0)1 44 29 02 01. [email protected]
Carrés surteints
“Brides de Gala”
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