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Numéro 53 - mai - juin 2009
Les NOUVELLES de ROUMANIE
L'histoire d'amour entre
la France et la Roumanie
pour les jeunes de 9 à 99 ans
Les
NOUVELLEs
ROUMANIE
L
52
e 1er décembre 1918, un général français entre triomphalement dans Bucarest aux côtés des souverains roumains
Ferdinand 1er et son épouse, la reine Marie. Des milliers de
Roumains acclament ainsi Henri Mathias Berthelot, qui, à la tête de l'armée alliée du Danube, vient de défaire les armées du général allemand
von Mackensen… Belle revanche pour celui qui avait conduit la reconstruction de l'armée roumaine entre 1916 et 1917 sur le front moldave.
Proclamée le même jour par l'assemblée d’Alba Iulia, la réunification des provinces roumaines qui étaient sous domination austrohongroise crée "la Grande Roumanie" dont le territoire sera confirmé par les actes du traité de Versailles.
Français et Roumains dans la Grande Guerre, album-texte réunissant 164 photographies inédites, permet de saisir toute
l'importance de l'évènement qui va donner une formidable impulsion aux relations entre les deux pays. Fruit de la volonté d'un collectif d'historiens français et roumains d'apporter un regard nouveau sur un théâtre méconnu de la Première Guerre mondiale, cet
ouvrage est un véritable petit bijou, indispensable pour comprendre les ressorts de l'amitié indéfectible que la France et la
Roumanie se vouent. Il a été publié récemment par l'ECPAD (Etablissement de Communication et de Production Audiovisuelle de
la Défense) qui, depuis 1915, date de la création des Sections cinématographiques et photographiques du ministère de la Défense, collecte, conserve,
décrit et enrichit ses archives audiovisuelles et photographiques.
On y apprend ainsi qu'en août 1914 le roi Carol 1er, un Hohenzollern
pure souche, avait demandé à ses ministres, en français - la seule langue
comprise par tous à l'époque en Roumanie - l'autorisation d'entrer en guerre aux côtés de Guillaume II… contre le France et les puissances de la Triple
Entente. Permission refusée par le Premier Ministre Ion Bratianu, soutenu
par tout son cabinet. Persuadé de la victoire de son pays natal, le vieux roi
ne s'en remettra pas et mourra autant de chagrin que de vieillesse quelques
semaines plus tard. En 1916, son successeur et neveux, Ferdinand Ier engagera la Roumanie aux côtés des Alliés, changeant le destin de son pays.
“Papa Berthelot” en album, bande dessinée, DVD… Un cadeaux de choix !
Dans la mission qu'il s'est fixé de rappeler qu'entre 1916 et 1919 s'est livré dans l'Est de l'Europe une guerre largement oubliée,
l'ECPAD vient aussi de produire un film documentaire de 52 minutes, d'une qualité exceptionnelle, à partir d'images d'archives
militaires françaises et roumaines, portant à l'écran pour la première fois le récit de l'aventure épique du général Berthelot, devenu
un héros national en Roumanie. Réalisé par Marcela Feraru, ce DVD présente indistinctement deux versions, l'une en français,
l'autre en roumain. Il illustre les luttes de pouvoir au plus haut niveau des monarchies européennes pour faire entrer la Roumanie
en guerre à leurs côtés. Le rôle essentiel tenu par la charismatique et très belle Reine Marie (en photo avec le général Berthelot).
afin que son pays ne tombe pas dans le camp des Austro-Hongrois et Allemands, jouant de l'influence qu'elle exerce sur son mari,
mais aussi transcendée par ses origines russe et anglaise ainsi que par sa profonde francophilie, apparaît de manière éclatante.
La détermination de la souveraine sera décisive quand la Révolution d'octobre frappera la Roumanie d'un coup de poignard
dans le dos, la laissant seule face à ses puissants ennemis. Sa sollicitude aidera le général Berthelot, homme de confiance de Joffre,
à conduire son armée de 1000 officiers et soldats français jusqu'à la victoire finale. Son charme vaincra également les fortes résistances de Clémenceau à la création de "la Grande Roumanie", lors des difficiles négociations du traité de Versailles.
L'ECPAD prépare par ailleurs un ouvrage consacré au général Berthelot - qui a donné son nom à un village roumain, situé
près de Hateg (Hunedoara) - et dont il annonce la parution prochaine. Il a également entrepris de raconter aux enfants l'histoire de
cette grande figure militaire et politique ainsi que celle de l'amitié franco-roumaine née à cette époque à travers une bande dessinée La mission Berthelot. Deux cahiers interactifs joints permettent de jouer en complétant des dessins ou en identifiant des personnages célèbres dont, bien sûr, "Papa Berthelot". Petits et grands trouveront leur bonheur dans ces différentes publications
cadeau de choix à faire aux amis roumains et auxamis de la Roumanie.
Français et Roumains dans la Grande Guerre, album en français de 224 pages et 164 photos, 25 €
Français et Roumains, la mission du Général Berthelot, DVD de 52 mn, en français et en roumain, 14,90 €
La mission Berthelot, la Roumanie dans la Grande Guerre, BD pour enfants en français, comportant deux cahiers interactifs ainsi qu'un DVD de 11 mn bilingue franco-roumain, 14 €. Commander: Internet www.boutique.ecpad.fr, par courrier:
ECPAD, département ventes, 2 à 8 route du Fort, 94 205 Ivry sur Seine Cedex, tel: 01 49 60 59 61, fax: 01 49 60 58 91.
de
SOMMAIRE
Lettre d’information bimestrielle
Une Moldavie qui rêve d'Europe
Actualité
Révolte en Moldavie
Politique, Economie
Tribune
Social
2à7
8 à 13
14 à 16
Société
Page photos
Evénements
Vie quotidienne
Faits divers
Enseignement
Minorités
Environnement
Emigration
Sports
Insolite
17
18 à 21
22 à 25
26 et 27
28 à 30
30 à 32
33
Connaissance
et découverte
Cinéma,
Expositions
Littérature, Cioran
Histoire
Révolution 1989
Maramures, Tourisme
Infos pratiques, Humour
Abonnements
Coup de coeur
34 à 36
37 à 41
42 à 45
46 à 50
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L
es Européens sont appelés aux urnes le 7 juin prochain. Enquêtes d'opinion
et médias pronostiquent une très forte abstention. Même en Roumanie, où
les électeurs désigneront eux-mêmes pour la première fois leurs représentants à Strasbourg, les observateurs s'attendent à une participation qui ne devrait pas
dépasser les 30 %. Pourtant les Roumains, membres de l'Union Européenne depuis
seulement 2007, ont piétiné à sa porte pendant près d'une quinzaine d'années, guettant
avec une impatience fébrile le feu vert à leur adhésion. Sont-ils aujourd'hui déçus par
leur qualité de membre à part entière de la Communauté Européenne? Non, leur ancrage au Vieux Continent les rassure, les rend fiers. Pour eux comme pour la grande
majorité des Européens, si on s'en réfère aux sondages, l'Europe est synonyme d'espoir. A tous, elle apparaît même comme la seule solution aux grands défis de notre
siècle. Mais pourtant, comme les Roumains déjà habitués au confort de leur récente
liberté, les citoyens européens n'iront pas non plus voter.
Justement… Voter, mais librement, pour décider de son avenir. Des milliers de
jeunes moldaves qui ne peuvent le faire l'ont crié, réclamé, dans les rues de Chisinau,
début avril, au lendemain d'élections largement truquées reconduisant au pouvoir une
oligarchie d'inspiration communiste, sans imagination, régnant par la coercition, la
corruption, la soumission. Rejoints par leurs aînés, ils ont fait flotter un air de révolution sur leur capitale, agitant des forêts de drapeaux étoilés aux couleurs de l'Europe.
Leur révolte traduisait le désespoir d'une jeunesse sans avenir qui ne supporte plus
les privations de liberté, ni la pauvreté et la précarité. Une jeunesse qui a vu partir ses
parents par centaine de milliers pour fuir la misère en allant travailler dans le reste du
continent ou en Russie. Une jeunesse qui ne s'est jamais sentie autant à l'étroit dans ce
petit pays abandonné, à la lisière de la riche Europe, mais une jeunesse qui a osé braver le climat de peur diffuse instauré par le pouvoir.
"Nous voulons l'Europe" scandaient les manifestants, comme hier en Ukraine ou
en Georgie. Aujourd'hui, répression aidant, tout est rentré dans l'ordre à Chisinau où
quelques optimistes s'évertuent à croire qu'ils viennent de vivre le début d'une
"Révolution orange", beaucoup d'autres craignant malheureusement plutôt de voir leur
pays s'acheminer vers un régime dictatorial à la biélorusse.
"J'aime mon pays, mais j'ai dû le quitter pour me donner une chance" se désolait
un étudiant moldave inscrit dans une université d'une Roumanie rendue plus attirante
depuis son entrée dans l' UE. Comme nombre de ses jeunes compatriotes qui rèvent
d’être Européens, il ne se pose même pas la question: il irait voter le 7 juin prochain.
Henri Gillet
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Moldavie
Entre Révolution orange
Chisinau prise de vertige
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La victoire écrasante
des communistes
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La jeunesse moldave en révolte
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Le Parti communiste moldave a
remporté une victoire écrasante aux
élections législatives du 5 avril, qui lui
permet d'obtenir la majorité absolue
au Parlement de cette ancienne république soviétique. Avec 50% des voix,
il devait obtenir 61 des 101 sièges de
l'assemblée, soit exactement la majorité des trois cinquièmes (61 députés)
requise pour élire un nouveau président d'ici le 8 juin. Mais un nouveau
décompte avait été décidé à la suite
des émeutes déclenchées dans la
capitale par les résultats; il les a confirmés à un siège prêt que les communistes ne devraient avoir aucun mal à
trouver. L'opposition a refusé de participer à ce recomptage et a décidé de
saisir la justice en raison des fraudes
massives qu'elle a constatées.
Arrivé au pouvoir en 2001, le PCM
apparaît ainsi en progression de près
de quatre points par rapport aux précédentes législatives de 2005, où il
avait recueilli 46,1% des voix (55
sièges). Loin derrière arrivent le Parti
libéral (12,75%), le Parti libéral-démocrate (12,26%) et Notre Moldavie
(9,82%). Ces trois formations de droite, pro-européennes comme le PCM
qui a effectué un virage voici deux
ans, se répartissent les 40 sièges restants. Les autres partis n'ont pas franchi le seuil de 6% pour entrer à l'assemblée.Le taux de participation aurait
été de 59,49%, chiffre très contesté.
L'Organisation pour la Sécurité et la
Coopération en Europe (OSCE) a estimé que ces élections avaient été dans
l'ensemble conformes aux normes
internationales, mais que des améliorations étaient nécessaires, déclenchant un beau tollé, tant la manipulation du scrutin a paru évidente.
e mardi 7 avril, à Chisinau, environ 20 000 jeunes, dont beaucoup
n'avaient pas encore le droit de vote, sont sortis sur le boulevard
Stefan Cel Mare, l'axe central de la capitale moldave, en signe de protestation contre des fraudes électorales survenues pendant les élections législatives du dimanche précédent, lesquelles ont reconduit les communistes au pouvoir à une majorité écrasante. La manifestation a pris l'allure d'une révolution
pendant quelques jours, face à des autorités déconcertées, voire désemparées, le
mouvement se calmant - momentanément ? - par la suite.
Le coup de colère de Chisinau recouvrait un cri de désespoir d'une jeunesse sans
avenir, qui ne supporte plus les privations de liberté ni la précarité et a vu partir ses
parents par centaines de milliers pour fuir la misère en allant travailler en Europe ou
en Russie. Une jeunesse révoltée qui se sent à l'étroit dans ce pays dont les dirigeants
ne savent pas s'il doit se tourner vers l'Europe ou la Russie et a perdu patience. Une
jeunesse qui ne peut plus supporter le régime et le système actuels, incarné par le
Président Vladimir Voronine, un ancien apparatchik âgé de 68 ans adepte des
méthodes autoritaires et proche de Moscou*.
L
"Il faut croire que 400 000 morts ont voté"
La campagne électorale avait été émaillée de fréquentes tentatives d'intimidations
d'électeurs et de candidats. Les communistes, contrôlant la grande majorité des médias
auxquels les autres partis avaient peu accès, tenaient si bien la situation en mains que
leur large victoire avait été claironnée à l'avance, conduisant à une forte abstention,
d'autant plus que l'opposition, ayant perdu sa crédibilité, n'avait pas réussi à mobiliser
l'opinion. Pourtant le Pouvoir, qui n'en n'avait nul besoin, a eu recours aux irrégularités de façon beaucoup plus importante que d'ordinaire. Arrogance, désir de tout
contrôler ? Bourrage des urnes, morts qui votent ont dominé le scrutin…
À son insu, le Bureau national
des statistiques a confirmé ces
fraudes: en deux ans, le nombre
d'électeurs aurait augmenté de
10% alors que le taux de natalité
est en chute libre et qu'un million
de Moldaves ont quitté le pays. "Il
faut croire que 400 000 morts ont
voté", ironisait un observateur
occidental dont l'un des amis moldaves avait découvert le jour du
scrutin que 5 personnes vivaient
Trois femmes sont allées voter... Deux mortes
et une vivante... Combien de voix cela fait au total ? dans son studio de 28 m²."
La première révolution en direct sur Internet
Le lendemain duvote, jamais la Moldavie ne s'était sentie aussi abandonnée. Cette
formalité accomplie, nombre d'observateurs estimaient qu'elle continuerait son chemin terne, sans espoir, accablée par la pauvreté et tiraillée entre son identité russoeuropéenne. C'était sans compter avec les jeunes Moldaves qui s'organisaient, bravant
le climat de peur passive et de soumission instauré par les autorités.
"Tout a été organisé par téléphone portable et Internet", expliquera plus tard
Victor, un étudiant de vingt ans en relations internationales. "Après l'annonce des premiers résultats de l'élection, on a évoqué l'idée de se rassembler, sur les blogs, sur les
sites de réseaux sociaux comme Facebook, par SMS. Le message s'est répandu à toute
vitesse", assurait-il, surpris lui aussi de l'ampleur des événements.
Infos pratiques
Les NOUVELLES de ROUMANIE
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31 447 = 3,14 RON
145 = 0,014 RON
(1 € = 289 forints)
*Au 30 avril 2009 ** 1 RON = 10 000 anciens lei
Les NOUVELLES
de ROUMANIE
Numéro 53, mai-juin 2009
Lettre d'information bimestrielle sur
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(Association pour le Développement
International, la Culture et l’Amitié)
association loi 1901
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8 Chemin de la Sécherie
44 300 Nantes, France
Tel. : 02 40 49 79 94
E-mail : [email protected]
Directeur de la publication
Henri Gillet
Rédactrice en chef
Dolores Sîrbu-Ghiran
Ont participé à ce numéro :
Laurent Couderc, Marion Guyonvarch,
Jonas Mercier, Dodo Nita, Vali
Gazdaru, Adela et Teofil Ivanciuc
Alexandre Billette, Julien Trambouze
Gabriela Dobos, Benoît Kubiak
Joëlle Kuntz, Jean-Luc Douin
Iris Gaillardet, Sébastien Lapaque
Marc Semo, Georges Mink
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Paiement
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Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
(suite de la page 49)
Autrefois, la deuxième communauté juive du pays
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Humour
Pénurie
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A l'école, l'institutrice interroge ses
élèves pour savoir s'il leur manque
quelque chose chez eux que l'Etat
providentiel ne leur aurait pas encore
apporté. Les enfants répondent à tour
de rôle:
- Moi, c'est une télévision, mais
Papa a dit que çà ne servait à rien
avec les coupures de courant.
- Moi, c'est un frigidaire, mais
maman dit que comme on n’a pas le
chauffage, ce n'est pas grave.
- Moi, c'est une machine à laver,
mais on n'a pas encore installé l'eau
à la maison.
- Et toi Bula, tu ne parles pas.
Qu'est-ce qui vous manque à la maison?
- Rien !
- Comment çà rien… Notre Parti
bien aimé vous a donc tout apporté?
- Non, mais l'autre jour, ma sœur a
annoncé qu'elle était enceinte et
Papa lui a crié dessus: "Il ne manquait plus que çà !"
Déduction
Gheorghe entrant dans la cuisine
voit Maria donnant furieusement des
coups de torchon.
- Qu'est ce que tu fais ?
- Je chasse les mouches
- Et tu en as tuées ?
- Oui, cinq ! Trois mâles et deux
femelles !
Intrigué, Gheorghe demande des
précisions
-C'est simple. Il y en avait trois sur
ta bière et deux au téléphone.
Les Juifs ont pratiquement disparu. On en compte une trentaine de familles à
Sighet et quelques centaines à travers le département. Dans certains villages, ils
étaient pourtant majoritaires entre les deux guerres, comme à Rozavlea où seule une
famille de sept nains a pu échapper dans des circonstances invraisemblables à
l'Holocauste après avoir été envoyée à Auschwitz, ainsi que le raconte l'extraordinaire livre de Yehuda Koren et Eilat Negev, Nous étions des géants *.
La communauté juive du Maramures, la deuxième de Roumanie, avait grossi lors
des pogroms** organisés en Pologne à la fin du XIXème siècle et au début du XXème
siècle, le judet accueillant alors de nombreux réfugiés. Plus proche de la culture hongroise que de la roumaine, elle s'était intégrée sans problème, se liant avec la population, tout en gardant une grande solidarité en son sein, et représentait une force économique de premier ordre, notamment dans le commerce. On estime à 39 000 le
nombre des Juifs du Maramures déportés pendant la Guerre par les Hongrois de l'amiral Horthy, qui occupaient la Transylvanie. Le prix Nobel Elie Wiesel, natif de Sighet,
était du nombre et, rescapé de cette terrible expérience, en témoignera dans plusieurs
de ses romans. Certains Juifs communistes choisirent l'exil en URSS. Le cinéaste
Radu Mihaileanu a adapté librement leur histoire dans son film "Le train de vie".
* Nous étions des géants, de Yehuda Koren et Eilat Negev, éditions Payot, 2005,
285 pages, 18,50 €
**Pogrom: vient du russe "po" (entièrement) et "gromit" (détruire)
Un sens de la propriété
que le communisme n'a pas réussi à briser
A
u Maramures, le sens de la
propriété est sacré. Pas tant
au plan économique qu'au
sens patrimonial. Il s'agit d'un transfert
d'une génération à l'autre. Ici, face à une
très forte résistance qui a pris des allures
de fronde, le pouvoir communiste n'a pu
mener à bien le processus de collectivisation, d'autant plus que le relief montagneux ne s'y prêtait pas.
Un paysage de bocage composé de
multiples exploitations morcelées a rendu
très difficile la tâche des autorités, les
contraignant à fermer les yeux.
D'ailleurs, Ceausescu ne s'est aventuré qu'à deux occasions dans les parages,
au début des années 70 et en mai 1986.
Pourtant, dans les années 50, le régime a bien tenté de mettre en place son
système. A Ieud, Dragomiresti, des
familles entières qui se refusaient à cour-
ber l'échine ont été déportées. Une
époque très sombre marquée aussi par la
répression des gréco-catholiques, néoprotestants. Malgré l'athéisme officiel,
les orthodoxes ont pu continuer leurs pratiques religieuses, beaucoup d'églises
étant même construites, les communistes
préférant pactiser avec des prêtres acceptant de collaborer, afin de ne pas se
mettre à dos une population fortement
pieuse.
Les tentatives de collectivisation se
sont traduites par un désastre, les coopératives agricoles (CAP) n'arrivant pas à
assurer la survie des familles. Celles-ci y
envoyaient travailler un ou deux
membres, souvent les plus âgés, les
jeunes partant à la ville pour servir de
force de travail au régime. Bien des
années plus tard, ils sont revenus au pays
et y ont construit leur maison.
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
et régime dictatorial à la biélorusse
après des élections suspectées de fraude
se sent abandonnée et en appelle à l'Europe
Le lundi, mille, cinq mille étudiants affluèrent dans le
centre, se retrouvant à 20 000 le mardi, rejoints par des adultes
et nombres de membres de l'opposition pour une immense
manifestation qui prit des allures de première révolution en
direct sur Internet - tout comme la révolution roumaine avait
été la première télévisée en direct - grâce aux images transmises par les portables, les autorités ayant coupé les autres
moyens de communication.
Les manifestants brandissaient des drapeaux européens,
roumains, moldaves, clamant et scandant leur immense désir
de rejoindre le destin de l'Europe, montrant que, comme
l'Ukraine ou la Géorgie, la petite Moldavie désespère de
rejoindre l'espace européen.
Parlement en feu, Présidence
saccagée… Provocation ou colère ?
Les forces de l'ordre furent vite débordées,
laissant cours à une violence inédite dans cette
ex-république soviétique, l'une des rares à ne pas
avoir connu de révolution post-communiste. Mal
équipés et très jeunes, les policiers ne purent
résister à la foule. Autodafés des portraits du
Président Voronine et de drapeaux communistes,
parlement moldave en feu, bâtiments administratifs de la Présidence de la République saccagés,
laissèrent croire un moment que le Pouvoir était à l'agonie.
La manifestation avait dégénéré en émeute. Elle fera deux
morts et une centaine de blessés. L'opposition démocratique
accusera des casseurs à la solde des services secrets russes ou
moldaves d'être à l'origine de provocations qui permirent à
Vladimir Voronine de justifier les mesures de répression prises
ensuite et destinées surtout à briser le mouvement de protestation.
Dans le plus
pur style soviétique, celui-ci affirma que les manifestants, des "fascistes ivres de colère" manipulés par
la Roumanie, avait
tenté de "commettre un coup
d'État". Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lui
apportait son soutien. L'ambassadeur roumain était sommé de
quitter le pays et, dans la foulée, Chisinau introduisait un régime de visas avec la Roumanie, tandis que des manifestations
de soutien aux révolutionnaires se déroulaient à Bucarest.
La frontière était fermée aux journalistes, les étudiants
moldaves des universités roumaines tentant de rentrer chez
eux, soumis à des interrogatoires aux postes frontaliers.
Environ 200 manifestants seront arrêtés, disparaîtront pour
certains pendant plusieurs jours, et remis en
liberté après avoir été
violemment battus et
sommés de se tenir
tranquilles s'ils tenaient la vie. L'UE, dans l'expectative, se
contentait d'appeler au dialogue.
Menaces à l'encontre des lycéens
Par ailleurs, les communications téléphoniques, et notamment par téléphone portable, avec la Moldavie devenaient de
plus en plus difficiles et la connexion à l'Internet demeurait
très instable, après
l'interruption de
l'accès au web via
la compagnie de
télécommunications
nationale,
Moldtelecom.
Plusieurs sites d'informations indépendants étaient
bloqués.
Les
médias
publics
rendaient très peu
compte des évènements, les télévisions présentant des programmes de divertissement et des dessins animés.
Cette répression portait ses fruits. Malgré les mots d'ordre,
le nombre des manifestants se réduisait comme peau de chagrin au cours des jours suivants. Deux jours après les émeutes,
les forces de police s'invitaient dans les lycées pour expliquer
aux élèves qu'ils n'hésiteraient pas à faire usage de la force en
cas de nouvelles manifestations. Les commissariats
relevaient les noms des lycéens absents le mardi.
Certains étaient interrogés. Le même jour, une vieille
camionnette arpentait les rues de Chisinau en diffusant un message à l'attention des parents: "Dites à
vos enfants de ne pas écouter les provocateurs qui
veulent déstabiliser la République de Moldavie. La
police prendra des mesures pour les en empêcher".
Chisinau retrouve ses airs
de petite ville de province
Tout rentrait alors dans l'ordre à Chisinau. Des orateurs
avaient beau continuer à se succéder devant les manifestants
face au bâtiment du gouvernement, tandis qu'une rangée de
policiers, plutôt débonnaires, protégeait l'accès principal de
l'édifice, le moral n'y était plus. Dans les ruelles adjacentes,
quelques dizaines d'entre eux, désoeuvrés, profitaient même
du soleil printanier, assis sur l'herbe ou se prenant en photos
avec leur uniforme anti-émeute.
(suite page 4)
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Les NOUVELLES de ROUMANIE
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Elu pour la première fois en 2001,
le président communiste, Vladimir
Voronine, ne peut plus se représenter,
ayant atteint la limite de 2 mandats de
4 ans. En 2005, il avait été réélu avec
les voix d'une partie de l'opposition.
Certains lui prêtent l'intention d'imiter
le scénario mis au point par Vladimir
Poutine pour rester aux commandes
en Russie, en se faisant nommer
Premier ministre. Mais il semble
contesté par une fraction du PCM qui,
échaudé par les évènements postélectoraux, lui reproche de s'être comporté comme un "potentat capitaliste", préoccupé avant tout de faire la
fortune de sa famille. Son fils, Oleg
Voronine, est à la tête d'une des principales firmes moldaves et est considéré comme ayant accumulé une des
plus grandes fortunes du pays.
Moscoutaires... pro-européens
Revenus au pouvoir il y a 8 ans sur
un programme pro-russe, les communistes ont opéré un virage radical en
se tournant vers l'UE, tout en continuant à ménager Moscou dont
Chisinau reste très dépendante,
notamment pour son gaz et le règlement du conflit dans la région séparatiste de Transnistrie, qui n'a pas organisé ces élections sur son territoire.
Les communistes, qui ne demandent pas l'adhésion à l'UE, se disent
pro-européens pour des raisons assez
pragmatiques, la Moldavie percevant
une aide assez importante de
Bruxelles pour son développement
économique. Fin 2008, la Commission
européenne s'était déclarée prête à
négocier avec Chisinau des accords
d'association et des zones de libreéchange approfondies.
(suite de la page 3)
Au-delà du quadrilatère central, Chisinau retrouvait ses airs de petite ville de province. Aucun policier n'était visible dans les rues, aucun contrôle d'identité n'était
effectué. Dans les commerces, sur les trottoirs, les passants restaient indifférents à la
petite foule qui s'agitait à quelques centaines de mètres de là. "Mardi, c'était la soirée
des casseurs… Ceux qui ont brûlé la présidence, c'était des ivrognes, des SDF… N'y
cherchez pas un geste politique", assurait Alexandre, un chauffeur de taxi.
"Cette
semaine,
c'est simplement un
coup de gueule", analysait Alexandre, un étudiant en économie de 19
ans présent dans le dernier carré et ne cachant
pas son amertume. "On
a des salaires ridicules
ou pas de boulot, il faut
se battre pour obtenir le
moindre visa, on s'ennuie. Et voilà!", ajoutaitil. Les manifestations de
cette semaine post-électorale marqueraient-elles le début d'une "révolution orange"
moldave, à l'instar de l'Ukraine en 2005, comme il l'espérait encore… ou s'acheminerait-elle vers un régime dictatorial à la biélorusse, comme le redoutait sa copine ?
région revêt ses habits de fête
se visite le dimanche
Le soin porté aux costumes en est l'expression la plus forte. Ils sont toujours
confectionnés à la maison, même si aujourd'hui on ne fabrique plus soi-même les
tissus, mais on les achète.
Des costumes si beaux qu'ils donneraient
vie même à des troncs d'arbres
Les femmes ont appris de leurs mères et enseignent à leurs petites filles à
broder les corsages. Leur valeur n'est pas seulement sentimentale. Ils coûtent jusqu'à huit millions de lei (plus de 250 €) et les vestes des hommes dépassent les
vingt millions, soit 600 €. Peu de gens ont les moyens de s'offrir ces tenues, véritables trésors, conservés précieusement et transmis d'une génération à l'autre.
"Elles sont si belles, qu'elles donneraient vie même à un tronc d'arbre" a-t-on
l'habitude d'entendre. Certains n'hésitent pas à vendre un lopin de terre, une vigne
ou un cochon pour se procurer une simple chemise en dentelle.
Paradoxalement, le Maramures n'a pas peur de perdre son âme avec l'Europe
et la mondialisation. Au contraire même. Sur place, on y voit une chance de promotion et de défense des minorités qui risquaient autrement de se dissoudre dans
l'indifférence. Pour peu que la population demeure persuadée que ses traditions et sa culture sont irremplaçables !
Une mosaïque de minorités malgré les exodes
Une Roumanie attirante pour les étudiants moldaves
A Bucarest, une bonne partie des étudiants moldaves venus étudier en Roumanie
s'étaient réunis pour apporter leur soutien à leurs camarades restés au pays, scandant
"A bas le communisme" et agitant les drapeaux étoilés de l'Union européenne. "Nous
ne sommes pas là pour demander une réunification avec la Roumanie, mais nous voulons
que la Moldavie fasse partie de cette Europe
à laquelle la Roumanie a adhéré il y a deux
ans", lançait Andreï, un jeune étudiant originaire de Chisinau, inscrit à l'Académie des
sciences économiques de Bucarest.
"J'aime mon pays et j'aimerais bien y
vivre, mais j'ai dû le quitter pour me donner
une chance en Roumanie. Tant que les communistes seront au pouvoir, la Moldavie n'a
aucun espoir d'évoluer", ajoutait-il. Le jeune
homme affirmait des convictions largement
partagées par les dizaines de milliers de ses
compatriotes qui ont émigré en Roumanie
devenu encore plus attirante depuis son adhésion à l'Union Européenne.
Séquence réalisée par Les Nouvelles de Roumanie à partir des reportages
parus dans la presse française et roumaine et sur les sites Internet moldaves
*En 2003, las des pressions de Moscou sur le statut de la république sécessionniste de Transnistrie, Vladimir Voronine avait affiché l'intégration européenne comme
une priorité. Mais la politique de voisinage mise en place par l'UE n'a pas fait le poids
face à la guerre du gaz et aux multiples embargos russes sur divers produits agricoles
moldaves, principales ressources de ce pays. Voronine a donc opéré en 2007 un nouveau virage en se rapprochant d'une Russie déterminée à reprendre le contrôle de ses
anciens satellites.
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
L
e Maramures compte aujourd'hui 515 000 habitants. Il a
subi une hémorragie d'au
moins 25 000 personnes ces dernières
années, auxquels il faut ajouter 35 à 40
000 travailleurs émigrés temporaires,
toujours enregistrés à l'état-civil, qui
reviennent régulièrement. Cette saignée
est particulièrement ressentie dans une
ville comme Borsa, appelée "le petit
Milan", dont la population est passée de 25 000 à 10 000 personnes,
15 000 de ses habitants s'étant installés dans la cité lombarde.
Si elle est formée aux trois
quarts de Roumains, la population
du Maramures n'en forme pas
moins une mosaïque de minorités,
avec 11 % de Hongrois, 5-6 %
d'Ukrainiens, 3-4 % de Tsiganes,
mais aussi des Souabes, d'origine
allemande, des Polonais. Des
minorités qui co-existent sans problèmes particuliers, ceux-ci ne
surgissant guère que lorsqu'ils sont créés
par des extrémistes.
L'émigration
des intellectuels hongrois
Aujourd'hui, les Hongrois sont
concentrés autour de Baia Mare, Viseu,
Sighet, Câmpulung, Coltau. En général
population plutôt riche, conservatrice,
elle forme une communauté assez repliée
sur elle-même, bien qu'elle se soit ouverte depuis la "Révolution", sa prépondérance rurale d'aujourd'hui la rapprochant
des Roumains. Cette époque récente a
conduit à un nouvel exode vers la
Hongrie de ses secteurs les plus cultivés,
après ceux de 1918, conséquence du rat-
tachement de la Transylvanie à la
Roumanie, et la période communiste qui
avait exacerbé le sentiment nationaliste
roumain, provoquant une désaffection
des Magyars.
Vers le milieu du XVIIIème siècle,
les Hongrois d'origine avaient reçu le renfort d'une immigration italienne qui
s'était magyarisée. Cette minorité entreprenante s'était retrouvée à la tête de l'exploitation des ressources naturelles de la
région, mines de sel, sources d'eau minérales…
Des ukrainiens mieux intégrés
Les Ukrainiens ont longtemps formé
population la plus pauvre du
Maramures. Peu revendicatifs,
s'intégrant mieux que les Hongrois
quant ils sont amenés à côtoyer les
Roumains, ils sont souvent regroupés dans des villages isolés pittoresques - Poieni, Repedea,
Ruscova - où leur culture a résisté
et où ils continuent à cultiver leurs
traditions, notamment religieuses,
utilisant aussi l'alphabet cyrillique.
Ces dernières années, cette
minorité a connu un développement économique sensible, autour
des mines de fer, de plomb, de la
sylviculture et de l'élevage. Les maisons
en dur ont poussé. Plusieurs villages ont
été classés en zone défavorisée, au même
titre que le judet, recevant des fonds européens pour la construction ou la modernisation des routes, l'aménagement des
rivières et la protection des berges pour
prévenir les inondations. (Suite page 50)
la
49
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Ce jour-là, toute la
Tourisme
l
l
CLUJ
l
l
TARGU
MURES
l
IASI
l
BRASOV
l
TIMISOARA
GALATI
l
Valea
Jiului
l
PITESTI
BRAILA
CRAIOVA
l
l
l
TULCEA
l
n
CONSTANTA
BUCAREST
l
(suite de la page 46)
Puis viennent les beaux jours et
l'été qui permettent d'assister dans la
montagne à des scènes rurales
comme la transhumance, ici locale,
les troupeaux ne se déplaçant guère
que d'une cinquantaine de kilomètres
car on trouve en abondance dans les
parages ce dont ils ont besoin. Bétail,
chevaux accompagnent les travaux
des champs encore faits à la main
avec les gestes augustes des paysans. Cette époque culmine avec le
grand pèlerinage de Moisei, le 15
août.
48
Des jours encore plus durs à venir
l
BACAU
l
ARAD
Le pays est menacé d'asphyxie économique
Moldavie
Le Maramures
SUCEAVA
SATU
MARE
ORADEA
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Pirita, le village qui n'existe pas
Le visiteur doit cependant faire
attention aux dates des festivités qui
changent chaque année. L'hiver, elles
sont plus stables. Ainsi peut-il assister
au remarquable festival de coutumes
et traditions populaires de Sighet, qui
se déroule les 25 et 26 décembre.
Toujours dans cette ville, il ne faut pas
manquer la foire qui se tient chaque
premier lundi du mois et permet de
côtoyer les paysans, leurs animaux,
leur étals de fruits et légumes, les
fabricants de palinka…
On peut aussi laisser guider ses
pas vers le vieux bac (trecere cu
bacu) sur la rivière Somes, près de
Circalau. Et, si on est intrépide, partir
à la découverte d'un village qui n'existe pas, Pirita, vers Bosanta, à 3 km à
la sortie de Baia mare, en direction de
Cluj. Son nom ne figure sur aucune
carte pour la bonne raison qu'il est
totalement clandestin. Des Tsiganes
pauvres s'y sont installés, sans autorisation, sur des terrains miniers abandonnés. Il n'y a pas d'église, pas
d'école, pas de magasins, pas d'eau,
pas d'électricité…
B
ien sûr, saisir le Maramures demande du temps. Toutefois, c'est le
dimanche qu'il se révèle de la manière la plus spectaculaire. Ce jour-là,
dans les villages, les femmes revêtent leurs costumes traditionnels - jupe
courte et fichu colorés, corsage en dentelle, bas -, les hommes arborent leur tenue des
grands jours, pantalon et gilet noir sur chemise blanche et petit chapeau conique.
Enfants, jeunes, parents avec leurs bébés dans les bras, grands parents, prennent
le chemin de l'église, cheminant en groupes sur des kilomètres. Il ne faut surtout pas
manquer la sortie de la messe. Tout au long de cette journée dominicale, le visiteur
croisera des rangées de vieux, sagement assis sur le pas de leur porte, appuyés sur une
canne et bavardant tranquillement, ou de femmes, filant leurs écheveaux de laine tout
en devisant avec leurs voisines.
Lors des fêtes religieuses, à Pâques, à la Pentecôte, à l'Assomption, le Maramures
prend un éclat encore plus intense. Processions, fêtes et festivals de danse s'enchaînent, réunissant les foules. Si on veut le rencontrer, il faut alors s'enfoncer dans le pays
car les villes sont désertées. Leurs habitants ont rejoint leurs familles, à moins qu'ils
ne soient partis faire des "gratar" (grillades) dans les forêts environnantes ou sur les
hauteurs de Cavnic et de sa montagne qui domine un superbe paysage.
Imagine-t-on des étudiants bretons
se promenant en coiffes, sabots et binious ?
Dans les campagnes, l'étranger ne cache pas sa surprise de découvrir une multitude de jeunes portant fièrement leur tenue traditionnelle. Imagine-t-on un instant des
étudiants bretons se promenant en coiffes, sabots et binious ? Ici, les jours de fête,
s'habiller
comme à la
ville est l'exception.
Voilà ce qui
fait la singularité du Maramures en
Europe.
Certes,
on
n'y
construit
plus
des
maisons en
bois, mais en
pierre ou en
brique. La
physionomie
des villages
a également changé au cours de la dernière décennie et le Maramures authentique
aurait tendance à ne plus se retrouver que dans les musées de plein air. La tradition qui
voulait que l'on affiche sa richesse en coiffant les branches des arbres de faitouts colorés ou d'indiquer qu'une fille était à marier en installant au sommet une casserole
rouge, n'a guère plus cours.
Mais cependant, ici, les valeurs ont encore du sens: la fête, la joie, le rituel, la
famille, les croyances et la religion. Elles se manifestent par une créativité populaire
qui ne s'est pas démentie au fil des années, revêtant souvent un caractère anonyme:
sculpture, poésie, métiers du bois, chants… Toutes relèvent du même fort désir de perpétuer les traditions. Une forme de spiritualité que chacun préserve et défend depuis
l'enfance.
D
ans Chisinau, capitale de la petite Moldavie, le
nombre de chantiers de maisons en construction
est trompeur. Loin de refléter la santé économique
réelle de ce pays - au bord de l'asphyxie -, les façades ravalées
indiquent seulement que le propriétaire
est parti travailler à l'étranger. Ce mouvement migratoire massif a maintenu la
Moldavie à flot depuis l'effondrement
de l'URSS en 1991. Pour combien de
temps encore?
Pays essentiellement agricole, l'ancien "grenier à fruits" de l'Union
Soviétique risque en effet de subir de
plein fouet les conséquences de la crise
économique mondiale. Car la Moldavie
souffre d'une hémorragie démographique. En 2008, faute d'emplois, au
moins 350 000 Moldaves sont allés gagner leur vie à l'étranger, soit 10 % de la population totale, 25 % des actifs. "L'année
passée, les virements bancaires en Moldavie des travailleurs à
l'étranger se chiffraient à 2,72 milliard d'euros; c'est 38 % du
PIB!", explique Ghenadie Credu, de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Dans le monde, seul le
Tadjikistan dépend davantage de ses travailleurs expatriés.
Le tiers des réserves de la banque centrale
aurait été dépensé pendant la campagne
Or, avec la crise économique, la diminution des transferts
de fonds, voire le retour des travailleurs migrants, pourraient
déstabiliser ce pays enclavé entre la Roumanie et l'Ukraine.
"C'est une bombe sociale à retardement, avertit Ghenadie
Credu. Les Moldaves qui ont pris la route de l'Europe vont
probablement y rester, mais 60 % des migrants travaillent en
Russie et en Ukraine, surtout dans le secteur de la construction. Ils sont revenus cet hiver, et avec la crise qui frappe làbas, ils risquent de rester ici, faute de mieux."
Mais inutile de chercher une référence à ce phénomène
durant la campagne électorale pour les législatives du 5 avril,
soldées par une écrasante victoire du Parti communiste moldave (PCM), au pouvoir à Chisinau depuis 2001. "Les autorités
ont fait mine d'ignorer la crise", remarque Vasile Botnaru,
rédacteur en chef de Radio Free Europe.
Le parti du président Voronine (en portrait sur notre
photo) a préféré vanter la "stabilité" de la Moldavie, "en route
vers l'intégration européenne". Une stabilité qui a un coût:
"Pour maintenir le leu (la monnaie nationale) stable jusqu'au
scrutin, les autorités puisent dans les réserves de devises",
explique Vasile Botnaru. En 3 mois, la Banque centrale aurait
dépensé le tiers de ses 100 millions de dollars; certains assurent même à Chisinau que la cessation de paiement menace.
L'opposition libérale aurait pu profiter de ce contexte économique dégradé. Elle s'est au contraire divisée, éclatée entre
une dizaine de formations différentes. Vasile Botnaru s'interro-
ge: "Et si l'opposition avait préféré laisser la main aux communistes pour ne pas devoir gérer les conséquences désastreuses de la crise ?"
En mal de projet et en l'absence de leader, l'opposition
libérale n'a pas su montrer sa différence. Tous les partis - y compris les communistes - sont en faveur de l'intégration européenne; tous plaident pour le
retour dans le giron moldave de la
Transnistrie, région séparatiste soutenue par Moscou depuis 1991. En
période de crise, la course électorale
avait donc pris une coloration populiste: les communistes ont promis une
hausse des retraites de 20 % dès le
mois d'avril; les libéraux ont répliqué
en annonçant un salaire moyen "de 500
euros par mois", contre 174 actuellement.
"La campagne la plus sale depuis dix ans"
Mais à ce jeu, les communistes ont été plus convaincants.
Résultat, l'opposition s'est retrouvée le soir des élections avec
moins de 35 % des voix. "Mieux vaut faire avec les communistes de Voronine et les pousser à ce qu'ils se rapprochent de
nous, petit à petit, plutôt que de se retrouver devant un interlocuteur incertain", reconnaissait un diplomate européen en
poste à Chisinau. L'éclatement de l'opposition n'est pas la seule
explication au raz-de-marée électoral des communistes.
L'utilisation des "ressources administratives" de l'Etat et l'emprise du PCM sur la plupart des médias lui a permis de dominer ses adversaires. "C'était la campagne la plus sale depuis
dix ans", lance une journaliste de Pro-TV, filiale d'une télévision roumaine et principale chaîne de l'opposition, dont la
licence d'exploitation a failli ne pas être renouvelée en
décembre 2008.
Dès l'annonce des résultats, le taux de participation de
60 % annoncé par les autorités lors du scrutin a d'ailleurs été
présenté comme une preuve de falsification. Des centaines de
milliers de Moldaves à l'étranger n'ayant pas pu voter, faute de
représentation diplomatique dans leur pays, la participation
annoncée signifierait que 80% des électeurs résidant en
Moldavie se seraient rendus aux urnes. Un taux jugé farfelu
par l'opposition.
Certes, l'électorat communiste traditionnel - notamment
les retraités et les ruraux - est resté fidèle à ses couleurs. Mais
l'intelligentsia de la capitale et les étudiants se sentent de plus
en plus à l'étroit dans la Moldavie de Vladimir Voronine,
déroutés par les louvoiements diplomatiques du régime entre
Bruxelles et Moscou. Pour eux, les promesses de "stabilité" du
PCM ne sont que synonyme d'inertie. Le lendemain des élections, ils ont fourni les bataillons de manifestants qui ont envahi les rues de Chisinau, mis à sac le Parlement et caillassé la
présidence.
Alexandre Billette (Le Monde)
5
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Moldavie
l
BAIA MARE
l
ORADEA
l
ARAD
l
JUCU
l
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SIBIU
TIMISOARA
IASI
TARGU
MURES
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CHISINAU
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BACAU
BRASOV
BRAILA
PLOIESTI
l
l
CRAIOVA
l
n
BUCAREST
CONSTANTA
l
Les Moldaves
pourront devenir plus
facilement Roumains
6
Connaissance et découverte
côté face ukrainien…
sépare les deux Maramures
l
l
PIATRA
NEAMT
l
La Moldavie est elle roumaine ?
BOTOSANI
l
SUCEAVA
l
La petite république comprend
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Après le discours du président
Traian Basescu devant le Parlement
roumain et son appel au gouvernement pour un changement de la loi
sur la citoyenneté, le Premier ministre
Emil Boc a annoncé une simplification
des procédures. Désormais, les
Moldaves d'origine roumaine pourront
obtenir la citoyenneté roumaine plus
facilement, et plus rapidement.
L'entretien, qui avait pour but de
vérifier la connaissance de la langue,
n'aura plus lieu pour ceux qui ont eu
par le passé la citoyenneté roumaine.
Et le degré de filiation nécessaire
pour prouver ses origines roumaines
a été étendu jusqu'au troisième degré
(arrières grands-parents). Par ailleurs,
le délai maximum de vérification du
dossier sera désormais de 5 mois à
partir de son enregistrement.
Ces mesures, qui ne sont pas
encore entrées en application,
concernent entre 800 000 et un million de Moldaves, soit le quart de la
population. Elles provoquent une
large inquiétude à Bruxelles et dans
plusieurs pays membres de l'UE qui
redoutent de voir affluer des immigrants dotés d'un passeport roumain
leur donnant libre accès à la
Communauté européenne et qu'elles
n'entraînent une déstabilisation de la
Moldavie.
a Moldavie est-elle roumaine? Vaste question a laquelle Marcelin,
retraité français vivant en Moldavie se garde bien d'apporter une
réponse tranchée sur son site Internet, repris par Rue 89
(http://www.rue89.com), tout en soulignant ci-dessous, qu'elle renferme l'origine
de tous les problèmes de la petite république (nos photos: les manifestations).
L
Ballottée au gré des appétits des voisins
"Un peu d'histoire. La République de Moldavie est composée des trois quarts de
ce qui était la Bessarabie (territoire compris entre le Prout à l'ouest et le Dniestr ou
Nistru à l'est) et un sixième de la Podolie (territoire ukrainien à l'est du Dniestr).
Le sud de la Bessarabie
appartient
à
l'Ukraine, ce qui prive la
Moldavie d'accès à la mer.
La partie "Podolie" de la
Moldavie est constituée
d'une bande de terre le
long du Dniestr, longue de
300 km et large de 30 km.
Pour l'heure, cette partie
est sécessionniste, sous le
nom de République de
Peridnistrova ou Transnistrie, sans aucune reconnaissance internationale.
Côté Histoire, les deux parties ont eu des destins très différents. Au XVe siècle, la
Podolie passe sous domination turque, et ce jusqu'à sa libération par les Russes en
1780. Elle finit rattachée à la Moldavie en 1945.
L'histoire de la Bessarabie est plus complexe: à l'origine peuplée par des Thraces
appelés Daces, les Romains ayant créé en Moldavie occidentale (aujourd'hui roumaine) la province de Dacie, les Bessarabiens seront connus comme les daces libres.
En 1350 est créée une principauté de Moldavie avec la Moldavie roumaine et la
Bessarabie. Pendant un siècle et demi elle résiste aux Tatars et aux Huns avant d'imploser et de tomber aux mains de l'empire ottoman. La Bessarabie deviendra russe
après une guerre turco-russe en 1812.
En 1918, la Roumanie entre en Bessarabie appuyée par des troupes du Général
Berthelot et l'annexe. En 1939 suite au pacte Molotov-Ribbentrop les troupes soviétiques l'occupent. En 1940 les troupes roumaines appuyées par les troupes nazies la
libèrent et vont jusqu'a Odessa.
Pendant cinq ans, la région servira à déporter les tsiganes et les juifs roumains
(400 000 personnes dont 230 000 juifs disparus). En 1948, les Russes réoccupent la
Moldavie. Depuis 1920, il a toujours existé une RSSM (République socialiste soviétique de Moldavie), de 1920 à 1939 sur le territoire de la Bessarabie, de 1939 à 1945
sur des territoires de Podolie (afin de montrer la persistance de la revendication soviétique), enfin de 1945 à 1991 sur le territoire de Bessarabie amputée au sud et une partie de la Podolie.
Sarmale, ail, huile et cognac pour les uns
pilmeni, crème fraîche et vodka pour les autres
A ce jour la Bessarabie est peuplée à 70% de roumanophones et de 30% de slaves
russophones, ce à condition de préciser que l'énorme majorité des roumanophones
parlent aussi russe alors que quasiment aucun russe ne parle correctement le roumain.
Enfin, dans la capitale, la répartition avoisinerait les 50-50. En Transnistrie, la
proportion est inversée: 60% de slaves et 40% de roumanophones.
Depuis sept-huit ans, Kiev a lâché du lest. Trois associations roumaines ont pu voir le jour. Les programmes de radio
et télévision comprennent quelques heures d'émission en roumain, mais il n'existe toujours pas de journal dans cette langue.
L'université d'Oujgorod forme des professeurs de roumain.
C'est un premier pas, même si on est loin des facilités accordées à ses minorités par Bucarest, avec un lycée ukrainien, des
lycées hongrois, des publications, des médias, des églises, etc.
D'ailleurs, et paradoxalement, puisque le Maramures historique est davantage ukrainien, c'est côté roumain que tout ce
qui a trait à l'ethnographie, l'expression culturelle de la province, est le mieux conservé, encouragé et développé. Car,
malgré sa résistance, le premier a dû subir le brassage de population inhérent à la période soviétique, accueillant des kazakhs, Ouzbeks, Russes, devenant une sorte de Babylone où il
n'est pas rare de rencontrer des gens parlant cinq langues.
Divorce sous la menace de l'Armée rouge
Lors de la conclusion
des traités de Versailles,
Saint-Germain en Laye et
du Trianon, en 1919-1920,
les Roumains ont vu s'envoler l'espoir soulevé lors de la
Grande Assemblée d'Alba
Iulia, le 1er décembre 1918,
de voir s'intégrer tout le
Maramures à la Grande
Roumanie qui naissait.
L'envoi d'une délégation
conduite par la reine Marie
pour plaider cette cause
auprès des Alliés fut vain.
Ceux-ci, sur les lambeaux de l'Empire austro-hongrois tout
juste démantelé, choisirent d'attribuer le nord de la région à la
Tchécoslovaquie qu'ils venaient de porter sur les fonds baptismaux.
Les circonstances d'une réunification étaient beaucoup
moins favorables en 1945. Sous la menace de l'Armée rouge,
les Soviétiques redessinant l'Europe à leur avantage, firent
pression sur la population et manipulèrent un référendum qui
leur attribua l'ensemble du Maramures via l'Ukraine. Une
révolte des paysans les amena cependant à revoir leur copie et
à le scinder en deux, suivant un découpage que l'on retrouve
pratiquement actuellement… Hormis pour la partie orientale
roumaine, au fort potentiel
économique, qui fut grignotée en 1950 au profit des
judets voisins, à la suite de
manœuvres orchestrées par
les dirigeants communistes
de Suceava.
Grande comme la
France (600 000 km2 et 50
millions
d'habitants),
l'Ukraine n'est pas prête à
renoncer à sa portion de
Maramures, laquelle constitue sa seule partie montagneuse avec la Crimée, fréquentée l'hiver par les touristes polonais et tchèques. Pile ou face, le Maramures doit
continuer à vivre comme les deux côtés d'une seule pièce,
condamnés à ne jamais se rencontrer. A moins que l'Europe,
dans vingt ou trente ans…
Dossier réalisé par Henri Gillet
avec la collaboration d'Adela et Teofil Ivanciuc
Kosmatch, village Houtsoul magique
K
osmatch est un village
Houtsoul de six mille
âmes, caché dans les
Carpates ukrainiennes. Divisé en 32
lieux-dits, il s'étale sur près de quatrevingt dix kilomètres carrés. C'est un
endroit magique imprégné de traditions ancestrales où chaque maison
renferme des secrets folkloriques.
Dans les années quarante jusqu'au
milieu des années cinquante Kosmatch
fut le centre de la résistance de "l'armée insurrectionnelle ukrainienne"
UPA (Ukraïnska Povstantcha Armia).
Cette armée (entre autres), a lutté
contre l'invasion soviétique en Ukraine
occidentale.
Ce n'est pas étonnant qu'aux dernières élections le Président pro-occidental Youchtchenko ait recueilli ici un
score de 4001 voix contre 40 pour son
adversaire pro-russe Yanoukovitch.
47
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Tourisme
l
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DEVA
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TIMISOARA
IASI
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SUCEAVA
TARGU
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PITESTI
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BUCAREST
CONSTANTA
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Le calendrier agricole
hors des sentiers
battus
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70 % de roumanophones et 30 % de russophones
Vaste question... et source de bien des problèmes
l
BRASOV
PETROSANI
l
Un pont loin sur la Tisa
l
l
BAIA MARE
ORADEA
Coté pile roumain,
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Le Maramures est un pays de fêtes
et traditions qui sont fort bien décrites
dans les guides "Lonely Planet" et "Le
Routard", deux ouvrages indispensables aux touristes et qui se complètent. Toutefois, hors des sentiers battus, il existe d'autres rendez-vous,
rarement évoqués, et qui donnent
pourtant toute sa mesure à la région.
Ils figurent à ce qu'on pourrait appeler
"le calendrier agricole", martelant le
rythme de la terre. Les premier et
deuxième dimanche de mai, les bergers se retrouvent dans les vallées
pour mesurer la quantité de lait de
brebis que chacun a produit et qui est
mise en commun. L'évènement est
d'importance car il décidera du quota
de fromage reçu. C'est l'occasion
d'une grande fête et le prêtre vient
bénir les hommes et leurs troupeaux.
Une semaine auparavant, on a procédé à la tonte des moutons donnant
lieu aussi à des réjouissances pittoresques, au son de la musique.
ertains de nos lecteurs s'apprêtent à prendre cet été le chemin de la
Roumanie et bon nombre feront un détour par le Maramures. Pour
guider leurs pas hors des sentiers battus, et les aider dans leur découverte de cette région, "Les Nouvelles de Roumanie" lui consacrent un dossier
dans les pages suivantes… destiné également à faire voyager en rêve ou à donner
des idées à ceux qui n'auront pas eu l'opportunité d'en prendre le chemin.
Si la dernière véritable culture paysanne d'Europe y est encore bien vivante, le
visiteur ne doit pas oublier que le
véritable Maramures historique se
trouve aujourd'hui aux deux tiers
en Ukraine. Sur les 10 300 km2
qui le forment, 3381 sont sous
administration de Bucarest et
7000 de Kiev. En Roumanie, son
caractère authentique n'éclate que
dans le nord du judet du même
nom, près de la frontière entre les
deux pays. Le sud s'apparente
davantage aux spécificités de la
région de Bistritsa-Nasaud.
Les méandres de l'histoire ont suivi ceux de la rivière Tisa qui séparent Roumanie
et Ukraine, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et auparavant Roumanie et
Tchécoslovaquie, entre les deux guerres. En fait, le Maramures ne connut son unité
que sous l'empire autrichien des Habsbourg.
Aujourd'hui, la Tisza est devenue la frontière extérieure de l'Union Européenne,
depuis que la Roumanie l'a rejointe, aggravant encore la séparation. Ukrainiens et
Roumains doivent montrer patte blanche et visas d'un coût de 30 € pour les premiers,
pour se rendre visite. Seul point de passage, le pont en bois de Sighet fait immanquablement penser à celui de Glienicke qui a longtemps séparé les deux Berlin en enjambant la Havel, auquel il ressemble beaucoup, et qui a été rendu célèbre pour avoir été
utilisé lors de la plupart des échanges d'espions capturés pendant la guerre froide.
Refait dernièrement grâce à des fonds de l'UE, il est emprunté quotidiennement
par 3000 personnes, lesquelles doivent patienter trois heures côté roumain pour le
franchir et cinq heures, côté ukrainien. Au-dessous, les 3-4 m de largeur de la rivière
font sérieusement douter qu'ils soient imperméables à l'immigration clandestine.
C
Après une tentative d'assimilation, Kiev lâche du lest
Toujours en mai et un dimanche,
on célèbre l'époque des semailles. A
Hoteni, près de Ocna Sugatag, à 20
km de Sighet, la population se retrouve pour une incantation très spectaculaire au soleil et au rythme de la terre,
au cours de laquelle un jeune garçon
est amené pour être lavé dans la
rivière.
(Suite page 48)
Le Maramures ukrainien forme un comitat, équivalent du judet roumain. On y
dénombre neuf communes et au total treize villages pour une population de 35 000
habitants d'après les autorités, chiffre plus proche de 40-42 000. Kiev a longtemps traîné les pieds avant de reconnaître officiellement cette entité et a tenté longuement l'assimilation de la population: école soviétique, enseignement de l'ukrainien, bannissement de la langue roumaine… remplacée par le moldave. Mais ce processus d'ukrainisation a renforcé par réaction le caractère roumain autochtone, armant cette communauté d'une psychologie de minorité, comme chez les Houtsouls, communauté plus
ancienne que les Ukrainiens du crû. Les fêtes traditionnelles, notamment celles de la
Pentecôte et l'Ascension, n'en ont été que davantage suivies.
La séparation physique en deux entités du Maramures n'a cependant pas altéré les
traits communs de ses habitants. De tout temps, de chaque côté de la frontière on s'est
montré dur à la besogne. Côté roumain, on louait ses bras pour aller travailler sur les
gros chantiers du Banat; côté ukrainien on prenait le chemin des combinats de
Novosibirsk, en Sibérie. Au retour, avec le pécule accumulé, chacun se faisait
construire une grosse maison, ce qui était inhabituel dans l'ex-URSS.
S'influençant l'une l'autre, les deux communautés gardent
encore des différences culturelles sur des points mineurs. Les
Slaves mangent volontiers des pilmeni (espèces de raviolis)
auxquels les roumanophones préfèrent les sarmale (feuilles de
vigne farcies).
De manière générale, la cuisine des roumanophones est
plus méditerranéenne (ail, huile et grillades) que celles des
slaves (à base de crème fraîche). De même, si l'on se retrouve
volontiers pour boire ce sera davantage du "cognac" pour les
roumanophones et de la vodka pour les slaves.
Enfin, si vous êtes invités a un mariage vous pouvez dire
sans hésiter à quelle communauté vous avez à faire. Cependant
ces différences (qui s'estompent) ne doivent pas cacher que les
slaves locaux ont acquis de nouvelles coutumes et que celles
des Moldaves sont différentes de celles de la Moldavie roumaine. Un seul exemple: la "ciorba
de burta" plat national roumain que
l'on trouve dans tous les restaurants
est introuvable en Moldavie.
Près de 80% des industries et
des sources d'énergie (barrage
hydro électrique sur le Dniestr) se
trouvent en Transnistrie. Le reste de
la Moldavie est essentiellement
agricole avec vignes et vergers, à
quoi on peut ajouter quelques industries agro alimentaires de transformation. L'explication du phénomène est simple: toute l'industrialisation a été le fait de l'Union
Soviétique qui a préféré la faire dans une région non contestée.
Deux langues et deux alphabets en concurrence
Aspect linguistique. Les roumanophones locaux parlent
ils le moldave ou le roumain ? En d'autres termes existe-t-il
une langue moldave ? Jusqu'en 1860, le parler roumain recouvrait le territoire de la Roumanie et de la Bessarabie, mais était
écrit en alphabet cyrillique. La Roumanie décida alors de passer à l'alphabet latin ce qui créa quelques divergences avec la
langue de la Bessarabie alors sous occupation russe.
A l'époque soviétique, l'alphabet cyrillique a été maintenu
en Moldavie, mais lors de l'indépendance, en 1991, l'alphabet
latin fut institué alors que la Transnistrie restait toujours à l'alphabet cyrillique. Enfin, plus récemment, le parlement moldave (contre l'avis de tous les linguistes) a décidé que la langue
officielle était le moldave régi par l'Assemblée des sciences de
Chisinau et non le roumain… bien qu'il s'agisse pour l'essentiel de la même langue.
Il faut aussi préciser que la Moldavie n'a qu'une langue
officielle d'état même si le russe est reconnu comme langue de
communication privilégiée, par contre la Transnistrie a pour
langues officielles le russe, l'ukrainien et le moldave.
Peurs croisées et spectre
d'un rattachement à la Russie
Tout se joue depuis quinze ans
sur l'opposition des deux communautés qui vivent dans un climat
paranoïde. La communauté slave
entretient sans trop de raison la
peur de ne pas être reconnue
comme étant moldave et de devoir
partir, la communauté roumanophone la peur d'être dominée par la
minorité slave comme cela a été le
cas pendant cinquante ans.
Cette dichotomie a culminé
dans les années 90 où certains
hommes politiques agitaient le chiffon rouge du rattachement
à la Roumanie et où le monolinguisme était voté. En réaction,
la Transnistrie faisait sécession et interdisait l'alphabet latin
pour le moldave !
Même si les populations dans leur majorité ne semblent
pas vouloir d'un rattachement, certains Moldaves continuent à
l'évoquer tandis que les autorités de Transnistrie demandent à
rejoindre la Russie. Cependant, il naît de plus en plus une
conscience de peuple moldave, les enfants des russophones
apprenant même tous maintenant la langue du crû. La population est aussi quasi unanime a vouloir se tourner vers l'UE tout
en gardant de bonnes relations avec Moscou, ce qui passe par
un refus d'une adhésion à l'Otan".
Voronine : "Lénine a été un leader génial"
L
e Président Vladimir Voronine
a rendu un vibrant hommage à
Lénine lors du 85ème anniversaire de sa mort, déposant une gerbe
devant l'imposant monument érigé à sa
mémoire à Chisinau. Ce même jour il
avait assisté aux funérailles nationales du
poète Grigore Vieru, incarnation de l'esprit de résistance aux Soviétiques.
"Nous ne devons pas renoncer à
notre histoire" a-t-il déclaré, "dans les
années qui ont suivi la fin de l'ère soviétique, beaucoup d'hommes ont voulu diffamer Lénine. Ils n'ont pas réussi et ne
réussiront pas. Lénine a été un "conducator" un organisateur génial".
Cet ancien secrétaire du Parti communiste moldave, formé à Moscou et nostalgique de l'époque où son pays était une
république de l'URSS, devenu président
de la Moldavie en 2001, a également
clamé que "les idées marxiste-léninistes
étaient toujours d'actualité et pourraient
devenir une feuille de route pour résoudre
les problèmes modernes", ajoutant
"Aujourd'hui, nous construisons en
Moldavie un Etat social où la prospérité
des citoyens est la priorité". La Moldavie
est considérée comme le pays européen le
plus pauvre.
7
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
La fille du Président
Politique
l
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SATU MARE
ORADEA
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ARAD
SUCEAVA
IASI
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CHISINAU
TARGU MURES
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DEVA
VASLUI
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Elena Basescu…
l
BAIA MARE
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TIMISOARA
BRAILA
BRASOV
PITESTI
CRAIOVA
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l
PLOIESTI
n
BUCAREST
GIURGIU
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TULCEA
CONSTANTA
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l
Le gendre du Roi
Michel en course
pour la présidentielle
8
Radu Duda, 49 ans, mari de la
princesse Margareta depuis 1996, fille
aînée du roi Michel, se présentera à
la prochaine élection présidentielle qui
aura lieu en fin d'année. Il a reçu le
soutien de son beau-père, aujourd'hui
âgé de 87 ans et qui est le doyen des
monarques ayant régné dans le
monde. Nommé par le roi Michel prince de Roumanie,
cet ancien comédien, né en 1960
à Iasi, a occupé
les fonctions de
représentant spécial du gouvernement roumain de
2002 à 2008,
date à laquelle il
y a renoncé,
recevant environ
un million d'euros pour financer les
différentes missions qu'il a eues à
mener sur les problèmes d'intégration
de la Roumanie à l'UE, de coopération et de développement durable.
En annonçant soutenir la candidature de son gendre, le roi Michel a
affirmé lors d'une conférence de presse qu'il était temps que "la famille
royale s'implique dans la marche du
pays (...) A travers la présence aux
élections démocratiques du chef de
l'Etat, ma famille essaie d'unir et d'assainir la Roumanie d'aujourd'hui.
Nous voulons montrer comment doit
être servi un vrai peuple", a-t-il déclaré. Après l'annonce de sa candidature, Radu Duda a été vu en compagnie
de Betsy Myers, une des stratèges de
la campagne de Barack Obama. Les
premiers sondages le créditaient de
3 % des intentions de vote.
lena Basescu avait jusqu'au 2 avril pour
rassembler 100 000 signatures et ainsi
se présenter aux élections européennes
le 7 juin prochain. Mission réussie. Gros plan par
Marion Guyonvarch sur son aventure en indépendante qui focalise l'attention.
Elle pourrait être l'héroïne d'une télénovela: la
fille du président de la République qui, décidée à
entrer dans l'arène politique, se heurte à l'opposition
des intellectuels de son parti et choisit donc de se lancer dans la course à l'élection en indépendante. Mais
le scénario est bien réel et fait d'Elena Basescu,
"Elena de Dorobanti" comme elle s'est elle-même
baptisée, la star avant l'heure de la campagne pour les Européennes. Depuis qu'elle a
démissionné du PD-L (Parti démocrate-libéral, au pouvoir avec le PSD) et annoncé sa
candidature en indépendante le 18 mars, la fille cadette de Traian Basescu, qui espère
briser un peu son image de fille à papa et de poupée jet-setteuse, a décrété la mobilisation générale pour collecter les 100 000 signatures nécessaires à sa candidature.
E
Figure de la jeunesse dorée bucarestoise
Via ses camarades de l'organisation des jeunes démocrates qui la soutiennent en
partie, une campagne de collecte a débuté à travers tout le pays. Sous le sigle "EBA",
l'ancienne mannequin de 28 ans a aussi investi le Net, en lançant son site et en prenant
d'assaut les réseaux sociaux type Facebook ou Twitter, où elle publie ses dernières
déclarations et recrute des volontaires.
Sans oublier bien sûr qu'elle fait jouer son important carnet d'adresses : des
membres du PD-L affichent leur soutien: Elena Udrea, la ministre du tourisme, proche
de son père, a mis son siège de campagne à sa disposition, la député Raluca Turcan a
offert sa signature et le fils de l'affairiste et politicien Silviu Prigoana fait partie des
bénévoles. Certains médias ont même lancé des campagnes de soutien, distribuant des
formulaires de collecte de signatures. D'autres, comme Academia Catavencu, la
Canard Enchaîné roumain le font aussi mais sur un ton bien plus moqueur.
Car la presse, bien sûr, se régale de ce nouvel épisode des péripéties d'Elena
Basescu - figure de la jeunesse dorée bucarestoise, connue pour ses gaffes verbales, sa
façon d'écorcher la langue roumaine, sa vie amoureuse agitée, sa fréquentation assidue des clubs et restaurants branchés de la capitale. Le soutien que lui apporte son
ancien petit ami, Andrei Hrebenciuc Jr, fait très souvent la Une. Les journaux se délectent notamment quand son père essaie de la défendre contre ceux qui la taxent d'incompétence, affirmant qu'elle a "tout de même terminé la James Madison University".
Alors qu'elle n'y a étudié que deux semestres… "Papa n'a pas menti", réplique aussitôt Elena. Qui ne joue pas vraiment les rebelles non plus: elle continue d'affirmer sa
fidélité sur la durée au PD-L et a nommé sa sœur, Ioana, chef de campagne.
La sexy-candidate fait merveille dans les sondages
Pour l'heure, pour convaincre, Elena Basescu utilise cette posture d'indépendante,
de militante fidèle qui n'a eu d'autre choix que de partir de sa formation politique,
notamment à cause du mépris affiché par les intellectuels. Elle a ainsi affirmé avoir
"décidé de faire le chemin jusqu'à Strasbourg à pied, tandis que les candidats des principaux partis s'y rendront eux en avion". Derrière cette posture, difficile de discerner
le programme politique de la candidate Elena. Reste que la stratégie semble payante.
Les campagnes de signatures fonctionnent bien, et, mieux, selon un sondage réalisé
par CCSB le 19 mars, "EBA" se classerait en troisième position le 7 juin prochain,
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Connaissance et découverte
un poker menteur, qui s'est transformé
avant de se terminer par un effet de dominos"
la chute des régimes communistes à l'Est
Le général Jaruzelski, artisan principal, côté communiste,
que l'opposition pouvait les gagner et plus encore que le poudes négociations en Pologne dira: "Pour Gorbatchev, l'issue de
voir tolère un tel résultat.
la table ronde polonaise pouvait rassurer les autres dirigeants
Le 4 juin, le jour même de la victoire électorale de
de l'Europe de l'Est en démontrant qu'on pouvait coopérer
Solidarnosc, les communistes conservateurs de l'Europe cenavec les forces de l'opposition sans que cela tourne à la terreur
trale s'accrochent encore à une alternative à la chinoise, en
blanche."
regardant les chars écraser sur la place Tienanmen le mouveLes Polonais essuient les plâtres, la suspicion mettra du
ment réformateur. Mais il n'y a plus de retour en arrière.
temps à se dissiper. Rien n'est joué d’avance. Le contexte
Les audaces à venir trouvent leur source à Varsovie. En
mérite d'être rappelé car
septembre est donné le signal le plus imporil montre aussi les frontant. Un Premier ministre non communiste,
tières cognitives à l'auTadeusz Mazowiecki, s'apprête à gouverner
dace et aux stratégies
dans un environnement encore largement
des acteurs.
soviétisé. Ainsi, le registre des possibles
Au milieu des
s'élargit-il de manère décisive avec le temps
années 80, on est dans
et les acteurs politiques de l'Europe centrale
une ambiance carrément
et orientale se radicalisent.
pessimiste. Les théories
de l'inévitable normaliConcurrence et compétition
sation soviétique sont
entre anciens "pays frères"
plus fréquentes que les
réflexions sur la fin du
Depuis quelques années déjà les anciens
communisme. Cela mal"pays frères" se livrent à une concurrence,
gré le gorbatchévisme,
plus ou moins explicite, sur qui est la plus
qui a du mal à se faire
La chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989. grande victime des vicissitudes de l'histoire,
passer pour autre chose
ou sur qui a vaincu le communisme. En
qu'une nième ruse du communisme.
2006, les Hongrois ont rappelé l'anniversaire de l'insurrection
Se souvient-on encore des mots de Jean-François Revel
de Budapest. L'année 2008 a fait monter au créneau les
qui, dans un best-seller, Comment les démocraties finissent, a
Tchèques pour remémorer la trahison occidentale de Munich
affirmé que "la démocratie aura été dans l'histoire un accien 1938, le putsch des communistes de février 1948, l'écrasedent, une brève parenthèse qui sous nos yeux se referme". Et
ment du printemps de Prague en 1968.
faut-il rappeler que Henry Kissinger est allé à Moscou en plei"Poland first to figth", ("La Pologne, première à se
ne débâcle des communistes polonais pour proposer, contre la
battre") est le slogan adopté par le gouvernement polonais
finlandisation de certains pays de l'Europe centrale, la propour contrecarrer les velléités de lui ravir ses mérites. Une
messe des Etats-Unis de ne pas chercher à les attidiplomatie mémorielle
rer dans l'orbite américaine. Le président Bush
sous-tend cette compépère, durant son voyage en Pologne et en Hongrie
tition commémorative
également en 1989, se place intellectuellement dans
qui s'annonce particule scénario des communistes, à savoir “le partage
lièrement rude en
bicéphale des pouvoirs".
2009, peu compatible
avec la prescription du
"La liberté est tolérable"
consensus mémoriel
de l'Union Euro-péenAinsi l'agenda polonais était d'une importance
ne. Mais rentable. Les
capitale pour "informer" les autres. L'exemple
politiciens, qui se
polonais vidait de son efficience l'argument légititransforment en vérimateur de la violence probable. La négociation
tables entrepreneurs de
polonaise avait déjà eu en avril un effet foudroyant,
commémoration,
Vaclav Havel, inspirateur la
de la “Révolution de velours” à Prague.
puisqu'elle disait aux pays voisins que la liberté
l'ont bien compris.
syndicale, le pluralisme syndical, la liberté d'association
Cependant, même s'il est juste de reconnaître aux Polonais
étaient tolérables. A cela s'ajouta la révélation qu'un journal
le mérite de la primauté et de l'exemplarité, la fête ne devraitindépendant (Gazeta Wyborcza) était admissible.
elle pas être universelle? Le monde entier était concerné par la
En juin, on note non seulement la possibilité d'organiser
disparition d'un régime honni.
les élections, un peu plus libres que d'habitude, mais surtout
Georges Mink, Directeur de recherche au CNRS
45
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Révolution an XX
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ORADEA
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CLUJ
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SIBIU
TARGU
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GALATI
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BRASOV
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BUCAREST
CONSTANTA
l
"Roumanie,
le pays du choix"
44
Printemps 1989... Commence
SUCEAVA
CHISINAU
l
BISTRITA
l
IASI
l
TIMISOARA
l
BAIA MARE
l
"Roumanie, le pays du choix"... Tel
est le nouveau slogan destiné à promouvoir la Roumanie sur le marché
touristique international au cours d'une
campagne de promotion bénéficiant
d'un budget de plusieurs millions d'euros et dont trois sportifs de réputation
mondiale seront les ambassadeurs,
Nadia Comaneci, l'ex-champion de
tennis Ilie Nastase et le "Maradonna
des Carpates" Gheorghe Hagi. Ce
slogan a été dévoilé à Pâques, à l'occasion d'un concert organisé à Mamaia. Il remplace le "Simplement surprenant" qui représentait le pays
depuis quelques années. Par ailleurs,
le nouvel hymne du tourisme roumain
- interprété entre autres par Gheorghe
Zamfir - qui sera diffusé à l'étranger
pour séduire les touristes, devait être
révélé le 1er mai. A noter aussi que la
ministre Elena Udrea s'est déclarée
très satisfaite de l'affluence sur le littoral pour les fêtes de Pâques et a souhaité que cela devienne une tradition.
Bucarest
bientôt en autobus
Les touristes devraient pouvoir bientôt visiter la Bucarest grace à un système d'autobus se succédant toutes les
25 minutes, chaque jour entre 9 h et
20 h. Le circuit passera par le monastère Casin, la place Victoria, le Palais
de la Caisse d'Epargne, le boulevard
Elisabeth, la place de l'Opéra, Cotroceni, le palais de Ceausescu, la Place
Unirii, l'Université, Foisorul de Foc,
Piata Romana, la place Charles De
Gaulle et Piata Presei. La mairie de
Bucarest a prévu d'affecter 4 autobus
Mercedes empuntés à la Régie des
Transports (RATB) de la capitale pour
assurer ce nouveau service.
"Cela a débuté par
en un jeu d'échecs,
eorges Mink, directeur de recherche au CNRS, enseignant à
Sciences-Po et au Collège de l'Europe évoque dans les colonnes de
Libération, l'année 1989 qui, voici vingt ans, a été marquée par l'explosion du bloc de l'Est, après 45 ans de dictature communiste pour les uns et 72
pour l'ex URSS.
"Dans les récits de l'année 1989, celle des révolutions de 1989, celle du démantèlement du totalitarisme soviétique, la métaphore des pièces de domino qui tombent,
une à une, s'est imposée avec une étonnante facilité. Elle est pourtant trompeuse. Cela
a commencé par un poker menteur, qui s'est transformé ensuite en un jeu d'échecs,
avant de se terminer par un effet des dominos. "N'est-il pas alors utile de rappeler ce
qui s'était passé en 1989 pour éviter d'escamoter l'histoire et en détourner sa représentation mémorielle ?" se demande ce spécialiste de l'Europe Centrale et de l'Est.
G
Passation des pouvoirs autour
de tables rondes… sauf en Roumanie
Le calendrier en
soi est déjà très parlant.
Tout commence par la
table ronde polonaise,
le 6 février, pour se
conclure par la signature d'un compromis historique entre les négociateurs communistes
et les représentants de
l'opposition le 5 avril
1989. Les Polonais
obtiennent la légalisation du syndicat Solidarnosc, des élections quasi libres au parlement et totalement
libres pour le Sénat, un journal hors censure, Gazeta Wyborcza (notre photo: Lech
Walesa porté en triomphe).
Puis vient la double table ronde hongroise en mars 1989 et de juin à septembre
1989. Les Hongrois, instruits par l'absence de la réaction soviétique, en veulent plus
et l'obtiennent: les élections libres et le référendum qui donnera la présidence du pays
à un représentant de l'opposition, l'écrivain Arpad Goncz.
La table ronde tchécoslovaque (ou plus exactement les) se déroule entre le 26
novembre et le 9 décembre; les opposants ne négocient plus que le changement du
personnel politique, la formation d'un gouvernement non communiste, la présidence
du pays pour Vaclav Havel et celle de l'Assemblée fédérale pour Alexandre Dubcek.
En RDA, les négociations ont lieu après l'ouverture du Mur, à partir du 7
décembre 1989, mais très vite on se focalise sur la gestion du processus de réunification. La métaphore mobilière n'a plus autant d'importance, les événements l'ont largement rendue caduque. Alors qu'en Roumanie la justice expéditive se substitue aux
négociations, seule encore la Bulgarie s'offre une vraie table ronde, relativement tardive, qui commence le 3 janvier 1990.
Entre "normalisation" à la soviétique et "terreur blanche"
De par sa précocité, la table ronde polonaise est soumise aux incertitudes du
contexte. Tout au long de son déroulement, l'argument de la violence probable subit
une lente érosion. Ce n'est pas seulement l'absence de réaction mais c'est surtout l'assentiment exprimé par Gorbatchev qui déstabilisera les conservateurs du Parti.
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
se rêve en députée européenne
de mannequin à femme politique
avec 16% des voix contre 35% pour le PD-L et 30% pour le PSD-PC. Selon
l'éditorialiste d'Evenimentul Zilei Andrei Craciun, le succès d'une candidate non
politicienne atteste de l'état de la politique en Roumanie. "Parce qu'elle n'est
pas politicienne, Elena Basescu reste une image construite selon les critères qui
consacrent toutes les vedettes actuelles. Elle est transformée en une espèce de
sexy-candidate-merveille qui attire comme un aimant la curiosité. Et les votes.
Probablement."
Marion Guyonvarch (www.lepetitjournal.com - Bucarest)
Maria, qu’est-ce qu’on fait avec la petite... On l’envoie
apprendre la grammaire ou à Bruxelles ? (Vali)?
Nouveau président du PNL, Crin Antonescu
s'entoure de figures impliquées dans des affaires
C
rin Antonescu, 50 ans, leader du groupe Libéral à la
Chambre des députés, a été
élu président du Parti national libéral
(PNL), fin mars, lors du congrès extraordinaire du parti. Professeur d'histoire, originaire de Tulcea, ancien
ministre de la Jeunesse et des Sports sous le Président
Constantinescu, il remplace Calin Popescu Tariceanu à la tête
du premier parti d'opposition qu’il a battu.
Ludovic Orban, l'ancien ministre des Transports, qui
s'était également présenté à cette fonction, avant de retirer sa
candidature pour soutenir Crin Antonescu, a été nommé viceprésident du parti. S'il a voulu apparaître comme l'homme du
changement, Crin Antonescu a pourtant utilisé une rhétorique
bien connue de la classe politique dans son discours précédent
le vote, celle du dénigrement. Sa principale cible: Traian
Basescu. Selon Antonescu, le Président de la République est
un "vieux maquereau", contrôlant les entrées du "bordel politique roumain…". "Bienvenue dans l'aquarium" peut déjà lui
rétorquer ce dernier, sans risque de se tromper.
Le nouveau président du PNL s'est en effet bien entouré.
On retrouve comme vice-présidents du Parti libéral, Cristian
Anghel, maire de Baia Mare depuis 16 ans, poursuivi pour
abus de pouvoir et préjudice de 400 000 € au détriment de sa
mairie, Mircea Muntean, maire de Deva depuis 13 ans, accusé
d'avoir vendu à un prix dérisoire un terrain public à un promoteur immobilier italien, Romeo Staravache, maire de Bacau,
soumis à enquête pour concussion au sujet de travaux publics.
Cette équipe pourra s'appuyer sur une base tout autant solide
dont fait partie Lucian Iliescu, maire de Giurgiu depuis 13 ans,
ancien du Parti Communiste Roumain (PCR), reconverti dans
l'ultra-libéralisme et quelques valeurs montantes prometteuses,
déjà dans le collimateur de la Justice. Le bailleur de fonds et
"faiseur de roi" du PNL, autrefois parti historique prestigieux,
n'est autre que l'affairiste milliardaire Dinu Patricu, première
fortune du pays d'après la revue américaine Forbes, ancien
propriétaire de Rompetrol, patron d'un groupe de presse, plusieurs fois inquiété par la Justice, suspecté de manipulations en
bourse, brièvement arrêté mais relâché.
Vasile Paraschiv : l'honneur d'un dissident
A
80 ans, il reste cet éternel
esprit libre qui a osé refuser,
le 1er décembre, la décoration suprême que voulait lui décerner le
président Traian Basescu: chevalier de la
Steaua României (Etoile de Roumanie).
"Je ne peux accepter une distinction de la
main d'un communiste", a-t-il asséné au
chef de l'Etat. Tour à tour arrêté et interné
en hôpital psychiatrique, Vasile Paraschiv
n'a pas seulement ferraillé, durant vingt
ans, contre le régime de fer de Ceausescu.
Depuis la chute du régime, en
décembre 1989, il a poursuivi son combat
par la voie judiciaire, pour devenir,
aujourd'hui, un autre symbole: celui de la
lutte des victimes contre l'Etat roumain.
Dure bataille... Signe que, près de vingt
ans après la "révolution", le pays peine
encore à digérer son passé.
Avec l'aide de l'Institut de recherche
et d'investigation des crimes du communisme (IICCR), créé en 2005, Vasile
Paraschiv a d'abord constitué un dossier,
accablant, sur la base des archives de la
police politique. Puis il a attaqué en justice 67 personnes, psychiatres et exmembres du Parti ou de la Securitate.
Mais, en 2008, le parquet annonce que les
faits sont prescrits... "Très peu de crimes
commis pendant la période communiste
ont fait l'objet de condamnations
pénales", confirme Raluca Grosescu, historienne et membre de l'IICCR. "Ils
devraient relever de crimes contre l'humanité, imprescriptibles... Les plaignants
ont déposé des recours auprès de la Cour
européenne des droits de l'homme".
L'espoir resurgit, néanmoins, dans
les tribunaux civils, où les victimes peuvent enfin voir leurs souffrances reconnues, à défaut de voir leurs tortionnaires
passer en jugement. Le 4 décembre 2008,
Vasile Paraschiv remporte sa première
victoire: l'Etat roumain est condamné à
lui verser 300 000 € de dommages et
intérêts pour les mauvais traitements
subis entre 1968 et 1989. Mais il en réclame un million. Le verdict est attendu en
appel.
Marion Guyonvarch
9
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Politique
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BUCAREST
GIURGIU
CONSTANTA
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Minériades:
Ion Iliescu "blanchi"
10
Le judet de Constantsa
mis en coupe réglée par ses élus
l
l
Une nouvelle taxe pour circuler
sur les routes départementales
Ion Iliescu ne sera pas poursuivi
pénalement dans le deuxième dossier
des minériades de 1990. Ainsi en ont
decidé les procureurs du Bureau d'investigation sur le crime organisé et le
terrorisme. Le président d'honneur du
Parti social démocrate, ainsi que 30
autres suspects, également accusés
de déstabilisation de l'Etat et d'actes
de diversion, ont été blanchis de toute
charge. Ion Iliescu était accusé d'avoir
fait descendre les mineurs sur
Bucarest pour mettre fin aux manifestations qui y avaient éclaté .
Securitate: Rodica
Stanoiu pointée du doigt
Une analyse graphologique confirme que des notes informatives pour la
Securitate ont été rédigées par Rodica
Stanoiu, ministre de la Justice dans le
gouvernement Nastase et proche de
Ion Iliescu. Sous le pseudonyme de
"Sanda" puis de “Gheorgeta”, elle
aurait fourni des informations à la
Securitate de 1983 à 1987. L'ancienne
parlementaire conteste ce verdict de
collaboration avec la police politique,
déjà énoncé en 2007 par le CNSAS
(Conseil National pour l'Etude des
Archives de la Securitate). L’analyse
sera versée au dossier.
… Et le maire de Iasi
Le maire PSD de Iasi, Gheorghe
Nichita, 53 ans, avait le nom de code
de "Mihai" à la Securitate avec laquelle il avait signé un engagement en
1978, alors qu'il avait 22 ans, afin de
surveiller ses camarades étudiants,
mais on ne peut cependant pas lui
attribuer le qualificatif de collaborateur
de la police de Ceausescu selon le
CNSAS.
A
la Rovinieta que les automobilistes doivent arborer sur leur pare-brise
quant ils circulent sur les routes nationales du pays, les propriétaires de
véhicules pouvant transporter plus de neuf personnes, de camionnettes et
de camions sont désormais dans l'obligation d'ajouter une vignette départementale
quant ils empruntent les routes départementales du judet de Constantsa. La décision a
été prise fin 2008, à l'initiative du président du Conseil judetean, Nicusor
Constantinescu, grand ami du maire de Constantsa, Radu Mazare, les deux affairistes,
élus du PSD (notre photo) fréquentant également assidûment les bancs de la DNA
(Direction Nationale Anti-corruption) qui les a soumis à diverses reprises à enquête.
Au début, les transporteurs n'ont pas pris au sérieux cette nouvelle forme de racket, censée aidée à réparer et à entretenir les routes du département, mais les amendes
commençant à pleuvoir - d'un montant de 350 à 600 € -, ils sont bien obligés de s'y
soumettre. Cette nouvelle taxe annuelle est pourtant plus importante que la Rovinieta,
en coûtant parfois le double et pouvant atteindre 1500 € pour les camions de plus de
20 tonnes. Les véhicules ne circulant pas régulièrement dans le judet peuvent acquitter une taxe à la journée (de un à 9 euros) ou mensuelle (de 20 à 85 €). Bien sûr, cette
vignette offre aux policiers la possibilité de recevoir de nouveaux bakchichs. C'est
notamment le cas pour les chauffeurs venant de Bulgarie et empruntant la route départementale 393, reliant la frontière à
Techirghiol, sur laquelle il n'existe
aucun endroit où on peut se la procurer.
Cette taxe départementale pourrait
fort bien se généraliser à travers le pays,
la loi sur les finances publiques permettant aux administrations locales d'introduire des impôts spéciaux permettant de
financer leurs budgets, sans en préciser
le niveau maximum autorisé. La disposition a déjà été utilisée par Radu Mazare qui a
introduit une taxe de visite pour les automobilistes entrant dans la station de Mamaia
pendant la saison. Une taxe de transit a également été instituée par la mairie de
Giurgiu, doublée par une taxe "écologique" à l'initiative de la préfecture.
Les automobilistes roumains sont sans-doute "bons à tondre", l'ancien Premier
ministre Tariceanu ayant montré l'exemple en instituant une taxe exorbitante sur les
véhicules d'occasion qu'il a triplé le jour même où il abandonnait ses fonctions pour
reprendre son tablier d'importateur de voitures neuves.
Des “requins” capitalistes menacent aussi les plages
Le nouveau gouvernement a également dans ses cartons un projet qui ravit le
maire de Cosntantsa. Un des ses lieutenants locaux du PSD, devenu ministre de
l'Environnement, Nicolae Nemirschi (il a aussi en charge le dossier Rosia Montana !)
prévoit de rétrocéder aux mairies la concession des plages du littoral de la Mer Noire.
20 % d'entre-elles auraient un statut communal, avec libre accès, le reste pouvant être
réparti entre les hôtels, les résidences, les clubs de sports nautiques, moyennant une
redevance qui était de 3,5 € le m2, l'an passé, transformée en taxe auprès des usagers.
Les fonds ainsi collectés seraient censés couvrir les frais d'entretien, de gardiennage,
d'assistance médicale et de surveillance des baigneurs. D'ores et déjà, il est prévu que
deux à trois sites de Mamaia deviennent des plages de luxe. Il est loin l'époque ou des
millions de Roumains pouvaient se rendre pour presque rien sur la mer Noire. Un des
rares bons côtés du communisme… Aujourd'hui, ce sont des “requins” convertis au
capitalisme qui les mettent en coupe réglée.
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
sous la dictature Antonescu
mais à la manière de là-bas… artisanale
Moldavie et Valachie - "le vieux royaume" ou au sud de la
Transylvanie -, le régime renforça les mesures d'humiliation et
de spoliation sur fond de violences sporadiques mais organisées. "Les Juifs pourront vivre, mais ils ne bénéficieront pas
des ressources et des richesses de ce pays", martelait le dictateur, qui renonça finalement à mettre en œuvre l'extermination
totale, voyant que le sort des armes tournait. Ainsi, à la fin de
la guerre, plus de 350 000 des 750 000 Juifs roumains avaient
survécu. Mais ceux qui furent tués le furent de façon artisanale et particulièrement atroce.
désordonnés. "Partout le joyeux et féroce labeur du pogrom
remplissait les rues et les places de détonations, de pleurs, de
hurlements terribles et de rires cruels", racontait, dans Kaputt,
l'écrivain journaliste italien Curzio Malaparte qui fut témoin
du grand massacre de Iasi, la capitale de la Moldavie roumaine.
Assimilés à des espions “rouges”
Cette tuerie massive qui précéda les grands carnages
effectués par les nazis en Ukraine a eu lieu au sein même de la
"Le sang servait à graisser les roues de charrette"
Roumanie, organisée par les autorités légales d'une ville où
près d'un habitant sur
"La Roumanie n'a
deux était juif. L'offensive
abrité sur son sol ni
contre la Russie venait de
chambre à gaz ni fours
commencer à une vingtaicrématoires, et elle n'a pas
ne de kilomètres au-delà
non plus procédé à l'exdu fleuve Prut. Les
ploitation industrielle des
rumeurs organisées par le
dents, des cheveux ou de
régime évoquaient la préla graisse des victimes.
sence de parachutistes
Ayant adopté des
soviétiques.
méthodes de tueries "clas"La population a été
siques", pratiquées depuis
conditionnée au point de
la nuit des temps, le fascroire avec une étonnante
cisme roumain s'est
facilité que l'intégralité de
cependant singularisé
Rafle des Juifs dans les rues de Iasi. Les malheureux vont être acheminés dans la population juive de la
des wagons à bestiaux vers les camps de Transnistrie où beaucoup mourront.
dans l'extermination des
ville s'était transformée en
Juifs par un certain nombre de techniques originales: “Des
population espionne au profit de l'armée rouge", relevait, indihommes battus à mort ou asphyxiés dans des wagons plombés,
gné, un ancien conseiller de la cour d'appel cité par Carp. On
d'autres vendus au beau milieu des colonnes des marches de la
tue et on pille. Des femmes et des couples participent activemort pour être tués et leurs vêtements vendus
ment aux violences. Les gendarmes massaau plus offrant; d'autres littéralement coupés
crent à la mitrailleuse les Juifs regroupés dans
en morceaux et dont le sang servait à graisser
la cour de la préfecture. Les survivants sont
les roues des charrettes", écrit Matatias Carp.
embarqués dans des wagons à bestiaux qui
L'extermination des Juifs en Roumanie
roulent des jours et des jours sans but, sans
ne fut pas la plus radicale, mais celle où la
ravitaillement, sans eau.
participation populaire fut la plus importante,
notamment dans des pogroms. Celui à
Tombeaux roulants
Bucarest en janvier 1941 lors du soulèvement
des miliciens de la Garde de fer, la frange la
Entre 5 000 et 6 000 Juifs sont morts dans
plus fanatisée du régime qui fut liquidée par
ces tombeaux roulants. "Par le nombre des
le dictateur avec le soutien allemand. Ou, survictimes, par la sauvagerie du crime, par
tout, celui de Iasi en juin 1941, qui fit entre 13
l'ampleur des pillages et des destructions
et 14 000 morts. Un mélange de cruauté délimais aussi par la participation des autorités
bérée et de désorganisation bureaucratique.
et des forces de l'ordre, le pogrom de Iasi
"Ce fonctionnement désordonné, spontamarque le point culminant d'un mal qui ronge
né et irrégulier, dispersé et fantasque résulla conscience roumaine depuis plus d'un
tait d'un opportunisme mêlé d'esprit destrucsiècle", note Matatias Carp.
teur, d'une léthargie périodiquement interMarc Semo (Libération)
rompue par des explosions de violence", notait déjà Raul
Matatias Carp, Cartea Neagra, le Livre noir de la desHilberg dans son livre fondamental, la Destruction des Juifs
truction des Juifs de Roumanie (1940-1944), traduit du roud'Europe, rappelant que, plusieurs fois, les Allemands intermain, annoté et présenté par Alexandra Laignel-Lavastine,
vinrent pour arrêter des massacres qui leur semblaient trop
Denoël, 706 pp., 27 €.
43
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Histoire
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Transnistrie
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"2000 Juifs, là où on
mettait 200 cochons"
42
La troisième partie de Cartea
Neagra est consacrée aux massacres
commis par les troupes roumaines en
Bessarabie et Bucovine, reconquises
à l'URSS en 1941, puis en Ukraine.
"Nous nous trouvons au moment historique le plus favorable et propice de
notre histoire pour procéder à un nettoyage ethnique total et à une purification de notre peuple", martelait le
ministre de l'Intérieur roumain.
Les tueries faites par les gendarmes roumains étaient aussi systématiques que celles des nazis. Ainsi à
Czernowitz, la petite Vienne de
Galicie, ville de naissance du poète
Paul Celan et du romancier Aharon
Appelfeld, qui assista tout gosse au
massacre dans son village: "Ils utilisèrent les vieilles méthodes, fusillant un
petit nombre et égorgeant les autres."
Les survivants sont déportés en d'interminables marches de la mort vers
les terribles camps de Transnistrie,
région d'Ukraine devenue "la poubelle
ethnique" de la Roumanie.
Beaucoup sont d'anciennes porcheries kolkhoziennes, comme
Bogdanovka, "là où on mettait 200
cochons on peut bien mettre 2 000
Juifs", éructait le patron du camp. On
y mourait de froid et de faim, ou dans
de régulières exécutions de masse
pour faire de la place aux nouveaux
arrivants.
Là confluèrent aussi les Juifs ukrainiens survivants des marches de la
mort et des massacres commis à
Odessa par les Roumains, fusillés
dans les faubourgs ou pendus par
milliers en pleine ville. Ce sont tous
ces aspects d'une Shoah oubliée que
fait ressurgir Cartea Neagra.
Economie
L'horreur a été aussi roumaine,
SUCEAVA
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ORADEA
La "solution finale"
C
artea Neagra, “Le livre noir de la destruction des Juifs de Roumanie" qui
vient de paraître chez Denoël a l'immense mérite de faire le point sur une
page sombre de la Roumanie, à l’époque où le fascisme régnait en maître
sur une grande partie de l’Europe, et occultée par nombre de Roumains qui attribuent
volontiers les nombreux crimes et leur cortège d'horreurs commis alors aux occupants
hongrois ou soviétiques. Mais l'histoire rattrape toujours les mémoires défaillantes qui
s'accrochent aux fables servies pour effacer ou justifier un passé détestable. Dans
"Libération", Marc Semo fait un retour cruel sur cet épisode peu glorieux de la dictature d'Antonescu.
"Livre de sang et de larmes écrit avec du sang et des larmes"
"C'est un texte doublement miraculé que
cette enquête sur l'extermination de plus de
350 000 Juifs roumains et ukrainiens par le
régime du dictateur Ion Antonescu pendant la
Seconde Guerre mondiale. Les éléments qui
nourrissent ce "livre de sang et de larmes
écrit avec du sang et des larmes", selon son
auteur, Matatias Carp, ont été recueillis au
jour le jour pendant la catastrophe elle-même,
au risque de sa vie, par cet avocat juif et
brillant pianiste à ses heures, fils d'une famille intellectuelle juive assimilée. Chroniqueur,
mémorialiste et archiviste, il voulait montrer
au quotidien la destruction de ce qui était
numériquement la troisième communauté
juive d'Europe. Publié juste après la guerre à
Bucarest, ce document de mille pages, qui
tient une place de choix dans "la bibliothèque
de la catastrophe" - récits et témoignages
écrits à chaud pendant la Shoah - avait été
oublié, enterré par le régime stalinien. Il le serait resté sans la constance du professeur
de médecine Gérard Saimot, neveu de l'auteur, et de l'historienne Alexandra LaignelLavastine, fascinée par "cette incroyable entreprise qui a consisté quatre années
durant à collecter matériaux, photographies et témoignages dans des conditions
extrêmement périlleuses surtout pour un Juif". Son impressionnant travail de notes et
présentation se réfère à de nombreux textes littéraires et documents sortis depuis.
La Roumanie obtient un prêt FMI-UE
et Banque mondiale de 20 milliards d'euros
L
a Roumanie est devenue le 25 mars le troisième
pays membre de l'Union Européenne à bénéficier
d'un plan de soutien des bailleurs de fonds face à la
crise économique en obtenant un prêt d'environ 20 milliards
d'euros sur deux ans du Fonds monétaire international, de l'UE
et de la Banque mondiale.
Sur ce montant, 12,9 milliards d'euros seront abondés par
le FMI, 5 milliards par l'UE, 1 à 1,5 milliard par la Banque
mondiale (BM) et le reste par plusieurs autres institutions,
dont la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). Avant la Roumanie, la Hongrie et la
Lettonie, également membres de l'UE, avaient obtenu un prêt
de ce type pour faire face à la crise.
L'argent du FMI devrait être utilisé pour couvrir les
réserves en devises de la Banque centrale roumaine, tandis que
le prêt de l'UE permettra de financer le déficit budgétaire.
Fonctionnaires et retraités
devront se serrer la ceinture
La réduction du déficit public (5,28% du PIB en 2008)
figure d'ailleurs parmi les conditions accompagnant ce prêt car
"le gouvernement roumain ne peut plus se permettre le luxe
d'un déficit important". Ce déficit devrait néanmoins rester
très supérieur au taux imposé par le traité de Maastricht, soit
5,1%, avant de descendre en dessous de 3% en 2011.
Le Fonds souhaite également une "réforme du système des
salaires dans le secteur public", dont la facture a doublé ces
quatre dernières années, ainsi que du système des retraites, qui
exerce une "pression énorme" sur le budget. Il faut donc s'attendre à des restrictions dans ces domaines au détriment des
fonctionnaires et des pensionnés.
Le FMI table sur une reprise du crédit, en forte baisse ces
derniers mois en raison d'un manque de liquidités et d'une prudence accrue des banques. Ce prêt permettra à la Banque centrale de relaxer sa politique monétaire, en réduisant graduellement le taux des réserves obligatoires, actuellement de 40%.
Face aux craintes des syndicats sur un coût social trop
élevé de cet accord, qui a provoqué la chute des gouvernements hongrois et lettons, le FMI a souligné que le "programme prévoit une hausse des allocations destinées aux programmes sociaux et des mesures de protection pour les retraités et les fonctionnaires les plus vulnérables".
La Berd, premier investisseur institutionnel en Roumanie,
s'est déclarée prête à contribuer au programme avec 500 millions à 1 milliard d'euros sur deux ans, la moitié devant aller
au système financier et le reste à l'économie, notamment
l'énergie et les infrastructures.
A savoir
Contraction du PIB de 4%
Le Fonds monétaire international
(FMI) table sur une contraction de 4% du
produit intérieur brut de la Roumanie, en
raison notamment de la baisse des exportations, et un déficit public atteignant de
3,5% à 4% du PIB. Le budget 2009 est
basé sur une croissance économique de
2,5% mais le ministre des Finances
Gheorghe Pogea a admis debut mars que
la Roumanie pourrait entrer en récession,
avec un recul du PIB de 1%.
Un peu moins de la moitié des Juifs survivront
Tarom se met au "low cost"
Les romans et surtout les journaux intimes de Mihail Sebastian évoquaient déjà le
fascisme à la roumaine, les Gardes de fer, avec leur mystique gueularde de la violence, du sol et du sang qui fascina dans leur jeunesse nombre d'intellectuels tels Emil
Cioran ou Mircea Eliade. Mais sur la guerre elle-même, surtout hors de Bucarest, il
n'y avait presque rien. Les persécutions contre les Juifs roumains puis l'extermination
d'une partie d'entre eux ont pourtant été à la fois précurseurs et différentes de la "solution finale" mise en œuvre par les nazis.
Allié de l'Allemagne, le régime du général Ion Antonescu mena sa propre politique antijuive, renforçant un antisémitisme d'Etat déjà virulent depuis des lustres. Les
troupes roumaines ont commis des massacres systématiques de Juifs dans les zones
reconquises de Bessarabie ou de Bucovine puis en Ukraine. Dans les régions roumaines placées sous administration hongroise (le nord de la Transylvanie) les Juifs
furent systématiquement déportés vers les camps de la mort. Ailleurs dans le pays, en
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
La compagnie aérienne roumaine
vient de lancer une nouvelle offre promotionnelle agressive pour contrer la
concurrence des compagnies "low cost".
L'opérateur aérien a mis en vente des
billets aller-retour à 50 € sur toutes ses
destinations internationales et des billets
aller à 24 € sur tous ses vols nationaux.
Ces tarifs ne comprennent cependant pas
les taxes d'aéroport et sont valables jusqu'à la fin de l'année. L'objectif de la
compagnie est d'augmenter le taux d'oc-
cupation de ses avions. Tarom a enregistré des pertes de 28 millions de dollars en
2008.
Explosion
du nombre de faillites
Neuf mille entreprises se sont déclarées en faillite sur l'ensemble du territoire
en 2008, un chiffre en augmentation de
65 % par rapport à l'année précédente.
Rien que pour janvier 2009, ce nombre
est passé à 1600, soit 600 de plus qu'en
janvier 2008. En 2008, 52 699 entreprises
avaient été rayées du registre du commerce (+ 4,7 %).
Patriciu, 397ème
fortune mondiale
L'homme d'affaires Dinu Patriciu,
président de Rompetrol, est le seul
Roumain présent dans le classement des
milliardaires 2009, établi par le magazine
américain Forbes. Il se classe à la 397ème
position (sur 739), avec une fortune estimée à 1,8 milliard de dollars, loin toutefois derrière Bill Gates, indétronable
numéro 1 avec plus de 50 milliards de
dollars. "Déception" par contre pour Ion
Tiriac, qui sort du classement. Selon le
magazine, en 2008, les milliardaires ont
vu leur fortune diminuer de 23% en
moyenne.
Auchan élargit son réseau
Le réseau d'hypermarchés Auchan
Romania (détenu par le groupe français
Auchan, depuis la fin de 2008) vise pour
2009 l'inauguration de 2 hypermarchés
nouveaux, dont un basé à Timisoara (au
sein du centre commercial "Iulius Mall").
Automobile:
la chute continue
Malgré la belle embellie du constructeur Renault-Dacia, les ventes de voitures
neuves en Roumanie ont chuté de 60 %
au mois de février. Seules 9.082 voitures
ont été vendues en février, contre 22.651
à la même période en 2008. Sur les deux
premiers mois de l'année 2009, les ventes
de voitures neuves enregistrent une baisse cumulée de 62% par rapport à 2008.
11
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Tribune
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Forums
sous influence
12
Comment devenir
Le sénateur du Parti social
démocrate (PSD) Miron Mitrea,
ancien ministre des Transports a
reconnu avoir organisé et payé des
personnes afin qu'ils postent des
commentaires sur les forums liés
aux articles politiques apparaissant
sur les sites Internet des journaux.
Lors d'une discussion en ligne
avec les lecteurs du site
Hotnews.ro, cet également ancien
secrétaire général du PSD a ainsi
dévoilé que le sous-sol du siège du
parti abrite une "cellule de réaction
rapide", dont les membres ont pour
mission de poster ces fameux commentaires, favorables au parti et/ou
critiques envers ses adversaires.
Une méthode également
employée en France par les partis
politiques qui abusent sans vergogne de la confiance des citoyens
internautes.
Droits de l'Homme:
la Roumanie
mauvais élève
En 2008, la Roumanie a été le
pays le plus lourdement condamné
par la Cour européenne des Droits
de l'Homme selon un rapport publié
par le Conseil de l'Europe. Les juges
européens ont condamné l'Etat roumain à verser au total 12,2 millions
d'euros de dommages et intérêts
pour des affaires où le pays n'avait
pas respecté la Convention européenne des Droits de l'homme. La
Roumanie est aussi le plus mauvais
payeur puisque, selon le même rapport, l'Etat n'a versé que 5% de la
somme due dans les délais impartis.
ans la nuit du mardi au mercredi 24 mars, deux hauts cadres du ministère
de l'Intérieur, Cornel Serban, directeur du service des informations et
Petre Pitcovi, chef de la division générale anti-corruption, ont été placés
en détention par les procureurs de la Direction nationale anti-corruption (DNA). Ils
sont soupçonnés d'être intervenus et d'avoir fait pression pour empêcher l'ouverture de
poursuites pénales contre l'affairiste Gabriel Popoviciu et le recteur de l'université
d'agronomie de Bucarest, Ioan
Alecu. L'association entre le
milliardaire et l'université - qui a
mis un terrain de 220 hectares à
sa disposition pour un projet
immobilier - faisait l'objet d'une
enquête de la DNA.
Contrairement à nombre de
nouveaux riches au train de vie
tapageur, à la fortune établie sur
le dos de leurs compatriotes,
Popoviciu essayait de se faire
discret. Qu'il ait réussi ses
Les députés viennent de voter le budget pour 2009:
“Je n’arrive pas bien à comprendre
affaires avec la complicité du
combien il se sont proposés de voler
en fixant un déficit de seulement 2 %? !” (Vali).
chef de la Direction nationale
anti-corruption - chargé justement d'enquêter sur les malversations faites au détriment de l'Etat! - en dit long sur la situation de délabrement moral de celui-ci.
Dans la tribune ci-dessous, notre correspondant Dodo Nita fait part de son écoeurement devant la déliquescence des mœurs de la vie publique dans son pays, un sentiment partagé par une écrasante majorité de Roumains.
Ah la belle vie… sur le dos du pays !
"Le gouvernement fait des gorges chaudes de l'affaire Popoviciu. "Regardez notre
Justice, comme elle est libre et indépendante - Si c'était vrai, çà se saurait ! - elle a
démasqué un escroc". Quel acte de bravoure… pour n'avoir fait que son boulot, surtout qu'en réalité il ne s'agit qu'un règlement de comptes entre mafieux. C'est çà la
Roumanie…et comment on y devient milliardaire.
La grande majorité d'entre eux ont commencé leur carrière sous Ceausescu. Si on
partait de rien ou qu'on voulait préserver ses quelques privilèges, la condition sine qua
non, c'était de se marier avec la fille d'un potentat du régime. On entrait ainsi dans la
"famille" et on était paré pour tout changement éventuel de pouvoir… la Securitate
était là pour veiller au grain en cas de coup dur. Il a suffi à la "Révolution" d'escamoter la première génération des apparatchiks, celle trop voyante des parents, beauxparents, grands parents, qui avaient construit le communisme en détruisant les valeurs
de tout un peuple, et de la remplacer par celle de ses enfants, gendres, neveux, plus
présentables*.
Le tour était joué ! Quelques uns ont donc été envoyés en prison deux ou trois
mois pour donner le change, mais heureusement, Iliescu et ses "mineurs" y ont mis
vite bon ordre, bastonnant ceux qui trouvaient à redire à leur méthode. La société civile était morte avant d'être née ! Dans cette période confuse, des petits malins bien placés avaient même trouvé là prétexte à s'installer en Amérique, y demandant parfois le
statut de réfugié politique. Ils préparaient "l'avenir" du pays, à la sauce communiste
reconverti. Pendant qu'on se demandait où Ceausescu avait pu planquer ses comptes
secrets, eux ils filaient mettre au frais l'argent du pays qu'ils avaient volé, dans des
sociétés offshore aux îles Caïmans et consort.
A cette descendance de construire le capitalisme… stade avancé du communisme
roumain pour garantir tous ses acquis. Les belles villas, les belles voitures, la bonne
bouffe... quand le peuple, ou plutôt les "mécréants" que nous étions - et sommes toujours - faisait d’interminables queues avec ses cartes de rationnement !…
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Alain Finkielkraut :
Cioran à se méfier de lui-même"
l'Histoire ait un sens et l'humanité un avenir. L'homme passera de difficulté en difficulté et il en sera ainsi jusqu'à ce qu'il
en crève". Par là, on voit que toute son œuvre est une méditation critique sur ce délire inaugural.
LFL: Comment expliquez-vous son acquiescement au
préjugé antisémite ?
A.F.: À l'origine de son antisémitisme, je vois d'abord la
mégalomanie du citoyen d'une petite nation, qui se dit: "Nous
ne sommes rien et nous allons être tout. Nous allons faire parler de nous à n'importe quel prix". Sans doute la mégalomanie
d'une petite nation reléguée dans la banlieue de l'Histoire nourrit-elle une jalousie à l'égard des Juifs, petit peuple placé en
pleine lumière. On sent cette jalousie à l'œuvre. Pour autant,
bien que Cioran soit alors sympathisant de cette organisation
monstrueuse qu'est la Garde de fer, il a une divergence fondamentale avec les légionnaires: il n'impute pas le marasme roumain aux Juifs. Il ne cède pas à la facilité de la paranoïa. C'est
un élément
très important pour le
comprendre.
Certains l'accusent pourtant
de
n'avoir pas
changé après
guerre.
Il
serait resté
obsédé par
les Juifs et se
La maison natale d’Emil Cioran serait contenà Rasinari, près de Sibiu.
té d'inverser
les signes en passant du négatif au positif. Cette inversion ellemême témoignerait de la survivance de son hostilité fondamentale. Je pense que ce n'est pas vrai. Je pense qu'il y avait
dans cette fascination pour les Juifs quelque chose qui pouvait
préparer Cioran à rendre hommage aux Juifs. C'est la persistance du nom juif qui nourrira sa fascination. Il dira: "Les Juifs
ne sont pas un peuple mais un destin".
"Les moralistes ne sont pas
les gens qui font la morale"
LFL: Contrairement aux accusateurs de Cioran, vous
croyez à sa conversion sincère et profonde. Comment expliquez-vous ce mouvement ?
A.F.: Cioran s'est arraché de la tentation totalitaire en
devenant un écrivain de langue française et en s'inscrivant en
plein XXe siècle dans la lignée des moralistes classiques. Les
moralistes ne sont pas des gens qui font la morale, ce sont des
gens qui divulguent une vérité douloureuse. Il rejoint leur
camp dès 1941, à travers le texte charnière intitulé Sur la
France, qu'on découvre également. C'est un livre écrit en rou-
main, mais le style est
déjà français, on le voit
merveilleusement dans la
traduction d'Alain Paruit.
Au fond, la réponse
des moralistes, c'est la
réponse de ceux qui ne
sont pas dupes de
Rousseau. D'un côté, il y
a l'idée d'établir un régime sans mal en trouvant une solution politique au problème
humain. Et de l'autre, une lucidité inquiète qui nous vaccine
contre cette tentation. Le désespoir de Cioran ne le conduit
d'ailleurs pas nécessairement à une vision noire de la nature
humaine. J'ai relevé un passage extraordinaire dans ses
Cahiers: "Haine et événement sont synonymes. Là où il y a
haine, quelque chose se passe. La bonté au contraire est statique. Elle conserve, elle arrête, elle manque de vertu historique, elle freine tout dynamisme. La bonté n'est pas complice
du temps alors que la haine en est l'essence". On n'imagine pas
Cioran faire cet éloge de la bonté. Et pourtant. Lorsque s'évanouit l'idée d'établir un régime sans mal, reste ce que Vassili
Grossman appelle la petite bonté, la bonté sans régime.
"L'anti-intellectualisme d'aujourd'hui
procède de la technologie"
LFL: Pour éclairer les délires de "Transfiguration",
vous avez évoqué la survalorisation de la jeunesse. Elle se
double d'anti-intellectualisme quand Cioran écrit dans une
lettre: "Aucun ne peut trouver son salut dans les bibliothèques". Au lieu de jouer les "rédempteurs du passé", ne
ferions-nous pas mieux de nous inquiéter de voir cet antiintellectualisme à nouveau à l'œuvre ?
A.F. : L'anti-intellectualisme est le grand mystère du XXe
siècle. L'apologie de l'action et de la force vitale, la vie comme
expansion, c'est le fascisme par excellence. Mais on retrouve
de l'autre côté la même forme d'hostilité à l'intellect, apparue
la première fois chez les populistes russes lorsqu'ils expliquaient: "Une paire de bottes vaut mieux que Shakespeare".
Cet anti-intellectualisme non pas féroce, mais en apparence
généreux, consiste à penser que l'Histoire n'est pas faite par les
intellectuels, mais par la lutte des hommes entre eux.
L'anti-intellectualisme contemporain est différent. Il
découle non plus de l'immédiateté de l'instinct, comme celui
du jeune Cioran, mais de l'immédiateté de la technique. Dans
l'univers médiatique du temps réel, nulle médiation n'est
nécessaire, nul effort non plus, nul savoir, nulle bibliothèque,
nulle ascèse. Tout est là, tout de suite. Cette forme d'anti-intellectualisme est particulièrement pernicieuse puisque ce n'est
pas une idéologie qui nous la propose, c'est une technologie
qui nous l'offre.
Propos recueillis par Sébastien Lapaque
(Le Figaro littéraire)
41
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Littérature
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PITESTI
PIELESTI
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BACAU
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TIMISOARA
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TULCEA
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BUCAREST
Le philosophe
"Ce livre a amené
CONSTANTA
l
CRAIOVA
O
n savait l'auteur de La Défaite de la pensée un lecteur passionné de
l'œuvre de Cioran. Alain Finkielkraut tient ce Roumain devenu apatride
pour l'un des plus grands écrivains de langue française du XXe siècle. À
l'occasion de la parution de Transfiguration de la Roumanie, livre sulfureux publié à
Bucarest en 1936 et traduit pour la première fois en français en intégralité, le philosophe éclaire les grandeurs et les contrariétés d'une œuvre en partie fondée sur la révocation d'une fascination initiale pour le totalitarisme.
"Cioran a choisi la France pour se délivrer de l'instinct"
Un thriller
pour Cristi Puiu
40
Après La Mort de Dante
Lazarescu, prix Un Certain Regard en
2005, le réalisateur roumain Cristi
Puiu prépare son troisième longmétrage, Aurora. Ce thriller suivra les
errances d'un homme de 42 ans,
divorcé et père de deux enfants.
Cristi Puiu jouera le rôle principal de
ce film, coproduit par la France, la
Suisse, l'Allemagne et la Roumanie
pour un budget de 1,5 M€. Le tournage se terminera jusqu'à la mi-mai
pour une sortie prévue en 2010.
Poésie balkanique
La ville d'Ardino, en Bulgarie du
Sud accueillera du 14 au 16 mai le
2e Forum littéraire international, partie intégrante des fêtes de la culture
du mois de mai, consacrées à la
Journée de l'alphabet slave et de la
culture bulgare.
Pendant trois jours, des poètes de
plusieurs pays balkaniques - la
Roumanie, la Serbie, la Macédoine,
la Grèce, la Turquie et la Bulgarie mesureront leur talent poétique. En
marge du forum littéraire sera organisé un concours de poésies, version
talents en herbe sur le thème "Mon
pays natal - une route vers l'avenir ".
L'espoir fait vivre
Parce qu'il est mécontent de la
façon dont les lois sont appliquées
en Roumanie, Mircea Vizitiu s'est inscrit en première année de Faculté de
Droit à l'université Danubius de
Galati, avec la ferme intention de
décrocher sa licence. En retraite
depuis 20 ans, l'étudiant a 76 ans.
Le Figaro Littéraire: Quelle a été votre réaction à la lecture de
"Transfiguration de la Roumanie"?
Alain Finkielkraut: J'en avais déjà lu quelques
extraits, notamment les plus redoutables, dans l'essai
très critique qu'Alexandra Laignel-Lavastine a
consacré à Cioran, Eliade et Ionesco. En découvrant
la traduction intégrale de Transfiguration de la
Roumanie, j'ai mieux compris le rôle de ce livre
dans l'œuvre de Cioran. Les rédempteurs du passé,
qui sont nombreux aujourd'hui, dénoncent une sorte
de camouflage. Cioran aurait dissimulé ce péché originel. Il l'aurait occulté pour vendre à un Occident
naïf une image acceptable. Personnellement, je
Alain Finkielkraut
pense qu'il ne s'agit pas d'un camouflage, mais plutôt
d'une conversion. Pour Cioran, ce livre de jeunesse et même d'adolescence - est une honte. C'est ainsi que Transfiguration de la
Roumanie l'a amené à se méfier de lui-même.
L'épigraphe du Traité de décomposition emprunté à Richard III de Shakespeare
est révélatrice: "Je prendrai contre mon âme le parti du désespoir et je deviendrai l'ennemi de moi-même". Cioran a expié ses enthousiasmes, il s'est converti à la forme élégante contre la force élémentaire, au scepticisme, au désespoir radical et a écrit en
français. Il a choisi la France non pas comme citoyenneté, mais comme langue, pour
se délivrer de l'instinct. Dans Transfiguration, il écrit: "Il faudrait supprimer les
hommes que ne dévore pas la conscience d'une mission". Dans Le Précis de décomposition, il montre ce que peuvent avoir de sanguinaire les hommes possédés par cette
croyance.
"Son péché de jeunesse… c'est la jeunesse comme péché"
LFL : Vous évoquez un péché de jeunesse. Quelle faute contre l'esprit l'a fait
céder à la tentation fasciste ? Le culte de l'irrationnel, le vitalisme nihiliste, l'antihumanisme, l'historicisme ? Ou peut-être le désespoir ?
A.F. : Pour reprendre le diagnostic de Cioran lui-même, je dirais que son péché
de jeunesse, c'est la jeunesse comme péché. Dans un texte du début des années 1950,
Cioran écrit: "À l'époque où j'étais jeune, toute l'Europe croyait à la jeunesse. Ce sont
les jeunes qui promeuvent les doctrines d'intolérance et les mettent en pratique, ce
sont eux qui ont besoin de sang, de cris, de tumulte et de barbarie". Il me semble que
Cioran met le doigt sur ce qu'a été le grand malheur du XXe siècle. Un malheur prophétisé par Dostoïevski dans cette conversation des Possédés où Piotr Verkhovensky
demande aux conjurés ce qu'ils préfèrent: patauger dans le marécage à une allure de
tortue ou le traverser à toute vapeur. Un "collégien enthousiasmé" lui répond: "Moi, je
suis pour le traverser à toute vapeur !".
Cioran a été ce collégien enthousiasmé. Il a également cédé à l'historicisme. Il
reviendra sur cette illusion dans ses Cahiers: "N'exigez pas de moi de croire que
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
milliardaire… ou se recycler depuis la "Révolution"
Ah la belle vie ! Mais si c’'était certes bien pour cette
nomenklatura de Ceausescu, elle n'en était pas propriétaire et
il suffisait d'une lubie du maître, d'un simple décret de "rotation des cadres" pour qu'il n'en reste rien.
Magouilles en tous genres
Devenu président, Iliescu clamant bien haut et fort qu'il ne
vendrait jamais la Roumanie aux capitalistes étrangers, pouvait alors demander à ces "exilés" de revenir pour investir au
pays avec des capitaux roumains, et l'aide de la branche de la
Securitate qui, depuis des lustres, avait la mainmise sur le
commerce extérieur du pays. Téléviseurs couleurs, chaînes hifi, ordinateurs, appareillage électronique, bureautique… tout
ce dont la Roumanie était dépourvue, aussi bien au niveau des
foyers que de son administration, constitua un fabuleux marché où se bâtirent les premiers empires financiers.
Le Président était fier de ses "entrepreneurs" les emmenait
dans son avion au
cours de ses voyages
en Inde, Indonésie,
etc., leur ouvrant
toutes grandes les
portes pour les privatisations à venir ... c'està-dire de tout le patrimoine économique du
pays. Naturellement, il
confia à ses économistes la tâche d'en
évaluer la valeur,
laquelle fut établie sur
la base des bilans
comptables des entreprises d'avant 1989.
Firmes, usines, commerces,
magasins,
hôtels,
restaurants
Après la remise en liberté furent vendus pour
du milliardaire Puiu (“Poussin”)
Popoviciu, propriétaire de la chaîne une bouchée de pain.
de fast-food KFC par la Direction
Finalement ce qui
Nationale Anti-corruption (DNA):
“On a arrêté pour rien Puiu de la KFC, coûta le plus cher à
on nous a dit de le laisser filer”.
“Vole mon poussin, continue à voler !!!” cette nouvelle caste
(Gazdaru)
qui a mis le pays en
coupe réglée ce sont les pots de vin qu'il a fallu verser aux
fonctionnaires pour qu'ils ferment les yeux sur ces magouilles
et aux politiciens pour s'assurer de leur complicité.
"Tractoristes" à la tête d'empire financiers
Bien sûr, pour ne pas éveiller la curiosité de quelques
journalistes ou, qui sait, du fisc, la prudence la plus élémentaire exigeait, par exemple, de mettre ces nouvelles fortunes au
nom de vieux parents dont le grand âge et les années d'expérience comme "tractoriste" dans les coopératives populaires…
garantissaient qu'ils avaient toutes les qualités pour gérer un
empire financier !
C'est ainsi que "Matusa Tamara" ("Tante Tamara"), brave
enseignante à la retraite dont la pension mensuelle ne dépassait pas 50 €, est devenue célèbre malgré elle en se retrouvant
soudain à la tête d'un patrimoine de plusieurs millions d'euros.
Se souvenant soudain d'elle, son neveu, Adrian Nastase,
Premier ministre, avait trouvé là le moyen de justifier l'existence de sa fortune - arguant qu'il s'agissait d'un héritage
qu’elle lui avait transmis - aux yeux de la DNA, qui n'a
d'ailleurs rien trouvé à redire et l'a finalement blanchi.
Vraiment on connaît une période bénie des dieux pour les
affaires en Roumanie ! Et il n'y a aucune raison pour que çà ne
dure pas. Nos anciens nomenklaturistes ont de moins en moins
à craindre les médias où ils se sont taillé des empires et, pour
peu que l'Etat assure un minimum de pain aux Roumains, ils
se chargent de leur fournir des jeux en rachetant par exemple
les uns après les autres les clubs de foot, s'affichant dans les
tribunes avec leur jeune maîtresse de 20 ans. Que demande de
plus le bon peuple?"
Dodo Nita
* Héritiers et progéniture
Actuellement, vingt ans après la "Révolution", on trouve
les "héritiers suivants" aux postes de commande politique ou
économique de la Roumanie,une liste loin d’être limitative:
- Traian Basescu (Président de la République): ancien
haut fonctionnaire en poste à Anvers sous Ceausescu, souvent
suspecté d'avoir entretenu des liens avec la Securitate
- Mircea Geoana (Président du Sénat): fils d`un général
de la Securitate
- Roberta Anastase (Présidente de la Chambre des
Députés): fille de l`ancien directeur d'une des plus grandes
entreprises de Roumanie sous Ceausescu, les usines 1er Mai
de Ploiesti
- Sorin Oprescu (maire de Bucarest): fils d`un général de
Ceausescu
Parmi les plus grosses fortunes du pays, on trouve Puiu
Popoviciu et Nicolae Badea (gendres de l`ex adjoint du premier ministre de Ceausescu, Ion Dinca), Gheorghe Copos,
(ancien dirigeant de l'Union des Etudiants Communistes), Dan
Voiculescu (ancien directeur d'une entreprise de commerce
extérieur dirigée par la Securitate dont il était informateur sous
le pseudonyme de Félix), etc, etc.
"Adrian… quelle malédiction
pour ce pauvre peuple roumain !”
Tous ces hiérarques ne cachent d'ailleurs pas leurs origines. Lors du débat télévisé précédant le second tour de l'élections présidentielle en 2004, Traian Basescu avait asséné avec
cynisme à son rival Adrian Nastase, alors Premier ministre :
"Adrian… quelle malédiction pour ce pauvre peuple roumain
qui a à choisir entre deux anciens communistes". Faute avouée
étant à moitié pardonnée, cette confession lui avait permis de
remporter un scrutin indécis.
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Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Social
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Le FMI préconise
la retraite à 70 ans en 2050
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TULCEA
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20 km d'autoroute
pour Colas
Colas Romania, filiale de Colas en
Roumanie, vient de signer le contrat
de conception-construction d'une section d'autoroute de 20 km entre
Cernavoda et Medgidia, incluant 3
ponts dont un viaduc de 840 m de
longueur. D'un montant de 150 millions d'euros, ce contrat complète la
branche sud du Corridor Paneuropéen IV reliant Bucarest à la Mer
Noire. Les travaux débuteront à l'été
2009 et dureront 24 mois.
14
Les Roumains devront
travailler jusqu'à la mort…
Routes saturées
Le nombre de voitures circulant sur
les routes roumaines a crû de 70 %
ces 4 dernières années, entraînant
une saturation de 1000 km de routes
nationales, plus d'un millier d'autres
étant fréquentées par environ 20 000
véhicules chaque jour, seuil qui devrait
entraîner le doublement des chaussées concernées ou leur élargissement. Mais les gouvernements successifs ont repoussé puis abandonné
les projets de construction de voies
expresses, promettant des autoroutes
qui n'ont toujours pas vu le jour.
Des trous sur
60 000 km de routes
Environ 60 000 km de routes sont
usagées et pleines de trous relève
l'Institut National de la Statistique roumain. Seulement 23 000 km sur les
82 000 que compte le pays, soit à
peine un quart, ont été modernisés,
souvent seulement pour recevoir un
nouveau revêtement, sans garantie de
qualité pour les automobilistes et de
durée. Plus de 60 % des routes ont un
revêtement dont la durée de service
est dépassée.
L
a Roumanie compte actuellement 4,69 millions de retraités et 4,7 millions
de salariés. Et ce rapport, presque à l'équilibre, va vite basculer en faveur
des retraités qui vont représenter une part de plus en plus importante de la
population dans les prochaines années. Une situation qui met en péril le système de
retraite roumain, que le FMI souhaite de toute façon voir réformé. La Banque mondiale a livré son diagnostic et proposé une solution: la retraite à 70 ans.
Le Fonds monétaire international (FMI) a prévenu Bucarest: l'emprunt accordé à
la Roumanie sera conditionné à la mise en place de réformes économiques, parmi lesquelles la réforme du système de retraite. Quelques jours à peine après la signature de
l'accord qui prévoit que la Roumanie recevra 19,95 milliards d'euros (tous prêts
confondus), la Banque mondiale, qui contribue à hauteur de un milliard d'euros, a déjà
livré ses premières recommandations au gouvernement. Des recommandations qui
pourraient bouleverser profondément le système social roumain.
Car le constat dressé par la Banque mondiale est pour le moins inquiétant : le déficit du système de retraite va dépasser 5% du PIB d'ici à 2020 et atteindre 6,2% en
2050, et ce alors que la proportion des retraités par rapport à la population active ne
va cesser d'augmenter; en 2050 le rapport entre les plus de 65 ans et les 20-64 ans sera
de 56, 6%...
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
sur les errements d'Emil Cioran à l'époque fasciste
ou le refus de la facilité d'une repentance publique
volume débordant d'inédits sur les différents aspects de
l'œuvre, du style et de la personnalité de Cioran. Ce projet
avait été ébauché encore de son vivant par Constantin Tacou,
cofondateur des "Cahiers de l'Herne", lui-même d'origine
roumaine, mais finalement il n'avait pas abouti.
"Nous sommes amis, vous ne pouvez pas me faire une
chose pareille !" s'indignait l'écrivain qui n'hésitait pas à comparer de tels volumes "à une dalle funéraire qu'on jette sur un
vivant […] C'est même pire qu'un Nobel". Mais l'absence d'un
"Cahier Cioran", si intimement lié à l'histoire de l'Herne,
devenait absurde. C'était aussi l'occasion de revenir sur sa vie
et surtout ce passé roumain, à la fois sulfureux et relativement
peu connu sinon dans le livre à charge Eliade, Cioran, Ionesco:
L'oubli du fascisme d'Alexandra Laignel-Lavastine (1).
Rien d'équivalent pourtant à la richesse de ce "Cahier".
"Nous avons voulu montrer ce Cioran préfrançais qui gênait,
afin que chacun puisse juger sur pièces et non pas sur des citations tronquées, ses engagements, y compris les plus affligeants, mais aussi ses contradictions, en les remettant dans
leur contexte", assure Laurence Tacou.
Se considérant comme un "Juif d'honneur"
Un déséquilibre remontant aux années 90
La Roumanie doit donc prendre des mesures urgentes pour sauver le fonds des
retraites qui risque de faire faillite du fait de la part toujours plus importante des retraités dans la population. La Commission européenne avait déjà tiré la sonnette d'alarme
dans une étude publiée mi-mars. "La Roumanie est confrontée à des défis majeurs
concernant la viabilité de son système de retraite, tant sur le court que sur le long
terme", notaient les experts européens. Qui ont notamment pointé du doigt la politique
de mise à la retraite anticipée adoptée dans les années 1990 pour faire face au fort chômage de l'époque, et le système de retraite mis en place pendant la transition.
Autre facteur explicatif de la mauvaise santé de ce système: la part importante du
travail au noir. "Il y a des problèmes dus au nombre relativement faible de contributeurs au système par rapport au nombre de bénéficiaires, ceci à cause de l'existence
d'un taux élevé de travail au noir (entre 20-50% du total de l'occupation de la main
d'oeuvre, en fonction des critères utilisées)", avancent les experts dans leur rapport.
L'espérance de vie des hommes est de 68 ans
Ce que recommande la Banque mondiale pour sortir de cette impasse ? Le recul
de l'âge du départ à la retraite. Actuellement, il est de 58 ans et demi pour les femmes
et de 63 ans et demi pour les hommes. L'organisation préconise qu'il atteigne 70 ans
d'ici à 2050 et que soit maintenu le niveau de contribution actuel. Un chiffre qui a provoqué un tollé dans la presse, qui s'est empressée de le comparer à l'espérance de vie
actuelle - 68 ans pour un homme - et de décréter que désormais, "il faut travailler jusqu'à la mort". Les Roumains qui ont aujourd'hui 30 ans seraient concernés.
La Roumanie, consciente de l'urgence de la situation - d'autant que les prévisions
démographiques et le recul des naissances ajoutent à l'inquiétude - a déjà pris des
mesures depuis son rentrée dans l'UE : les possibilités de retraites anticipées sont
désormais limitées et d'ici à 2014, l'âge de la retraite va augmenter à 60 ans pour les
femmes et 65 ans pour les hommes, comme le prévoit la loi 19/2000.
Marion Guyonvarch (www.lepetitjournal.com - Bucarest)
Dans la même logique, Laurence Tacou a décidé de
publier la Transfiguration de la Roumanie, son principal essai
politique d'alors, hymne à l'énergie de la jeunesse et à la violence rédemptrice pour une révolution sociale et nationale.
Ressorti à Bucarest avec une préface de l'auteur après la chute
du régime Ceaucescu, le livre avait été amputé de son chapitre
le plus violent contre les Hongrois, les Tsiganes et surtout les
Juifs.
Mais cet ouvrage aussi tumultueux que souvent nauséabond, aux influences complexes, annonce aussi les futurs
grands livres de Cioran à venir, y compris dans le rapport
ambivalent qu'il a toujours nourri vis-à-vis des Juifs.
Intellectuel frustré d'une petite nation de la périphérie de
l'Europe, il les hait autant qu'il les jalouse, eux "ce peuple éternel et errant […] qui survivra sans nul doute à l'Occident, haï
et méprisé par tous les autres peuples qui naissent et meurent".
La guerre et l'amitié pour l'écrivain juif roumain Benjamin
Fondane, ensuite mort en déportation, l'installation définitive à
Paris comme réfugié bouleversent son regard sur les Juifs. Il
est fasciné. "L'homme est un Juif qui n'a pas abouti", écrit-il,
et il se considère lui-même "un Juif d'honneur" vivant un éternel exil (Photo ci-dessous: Cioran, Ionesco, Eliade à Paris).
Chacune de ses lettres
était ouverte par la Securitate
Avec De la France, son dernier livre en roumain jusqu'ici
inédit, mélange de considérations sur le déclin de ce pays et
des Français "usés par excès d'être", le nouveau Cioran apparaît. L'expiation dure tout
le reste de sa vie. Mais la
Roumanie était encore en
lui. Il restait en contact
épistolaire avec des amis
restés là-bas, et surtout
avec son frère.
Chacune de ses lettres
était ouverte, copiée et
archivée par la Securitate,
la police politique. Le dossier de Cioran pesait
quelque 600 pages. A Paris,
il était épié et mis sous
pression par le régime qui
espérait le faire revenir au
moins pour un voyage, qui
serait un hommage aux époux Ceausescu. Toujours il refusa.
Cioran avait choisi le français et d'être un écrivain français, abandonnant pour toujours sa langue. "Mon père et lui
parlaient toujours français ensemble", dit Laurence Tacou. A
la fin de sa vie, frappé par la maladie d'Alzheimer et hospitalisé, il continuait à ne parler que français. Toujours, pourtant,
il restait hanté par son pays. La "révolution" de décembre 1989
le fascina comme "la résurrection tragique d'un peuple". Mais
il ne revit jamais la Roumanie et son village natal des contreforts des Carpates. Le passé devait rester le passé.
M. S. (Libération) (1)PUF 2002
"Sortez de l'armoire Monsieur Cioran !"
E
n 2008, le dramaturge d'origine roumaine Matei Visniec a interpellé le philosophe dans "Sortez de l'armoire, Monsieur Cioran" une pièce co-produite par le Théâtre d'Etat de Constantsa et la Compagnie du Grand Désherbage
(France), et mise en scène par Radu Dinulescu. Visniec y montre que la philosophie de
son compatriote se voulait être un regard toujours lucide sur le non-sens de l'existence
et l'absurdité de notre séjour sur la terre. Désireux d'aller au bout de ses réflexions,
Cioran a toujours refusé le suicide pour pouvoir toucher, au moment de la mort, le point
qui peut-être allait répondre à ses interrogations. La maladie d'Alzhzeimer l'en a empêché. Ce coup du destin est le moment qu'a choisi le dramaturge pour pénétrer la pensée
vacillante du philosophe. Perdu entre ses souvenirs, ses fantasmes et la réalité, il erre
entre deux mondes, deux langues, deux pays, la France et la Roumanie exécrée mais qu'il n'a jamais secrètement quittée.
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Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
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Littérature
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(suite de la page 36)
Trois jours intenses et
logement chez l'habitant
38
La crise pourrait faire
un million de nouveaux pauvres
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Social
Précis d'expiation
IPOTESTI
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SUCEAVA
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Pour leur quatorzième édition,
Claude Pernin a proposé aux
Rencontres de se décentraliser en
Roumanie, plus exactement à
Ipotesti, le village natal d'Eminescu,
à 7 km de Botosani, dans le nord de
la Moldavie. Du 7 au 9 août, de
nombreux artistes, écrivains et
autres intervenants qui ont contribué
au succès des éditions ultérieures
des Rencontres se retrouveront pour
un hommage exceptionnel au poète
national roumain. Causeries, conférences avec des spécialistes - toutes
en français - dont les thèmes ne se
limiteront pas à Eminescu mais
seront élargis à la Roumanie d'aujourd'hui, visites, se succèderont au
cours de ces trois journées ouvertes
au public franco-roumain et bien sûr
aux Français de passage qui auront
pris la précaution d'annoncer leur
présence.
Le programme n'est pas encore
définitivement arrêté, Claude Pernin
devant jongler avec les subventions
promises dont certaines se sont
rétrécies avec la crise. Le Sétois,
habitué à ce genre de péripéties,
s'est envolé dernièrement en
Roumanie pour y mettre la dernière
main. Tout devrait être réglé dans la
seconde quinzaine de mai. Il sera
alors très prudent de réserver sa
place, d'autant plus qu'un hébergement chez l'habitant est prévu.
Pour plus d'informations :
Association Dacia - Méditerranée
B.P. 353, 34204 SETE Cedex
Tél/rép/fax : 00 33 467 74 23 55
[email protected]
www.dacia-mediterranee.org
'était sa part maudite, la face longtemps cachée d'un philosophe d'origine
roumaine que sa maîtrise de la phrase française autant que sa misanthropie ont inscrit comme l'un des principaux héritiers des moralistes du grand
siècle. Le remord de ses égarements de jeunesse a sans cesse rongé Emil Cioran,
même s'il ne l'évoquait qu'à demi-mots dans sa correspondance ou ses cahiers par des
formules lapidaires - "la source d'un écrivain ce sont ses hontes" - ou des aphorismes
désabusés: "En tout homme sommeille un prophète et quand il se réveille il y a un peu
plus de mal dans le monde."
Fasciné par Spengler et Nietzsche, le jeune intellectuel complexé par sa petite
Roumanie natale - "une géographie et non pas une histoire" - s'enthousiasme pour le
nazisme à l'automne 1933 alors qu'il est étudiant boursier à Berlin, suivant les cours
de Heidegger. Il clame son "admiration" pour
Hitler. Il appelle à "une croisade terrible et impétueuse contre la pourriture humaine".
Cioran affiche ses sympathies pour les fascistes roumains, les "légionnaires" de la Garde de
fer, nervis ultranationalistes à l'antisémitisme virulent, unis par le culte de la violence et le dévouement fanatique pour leur chef, "le capitaine"
Corneliu Codreanu, finalement tué en 1938 par la
police. Dans un article accablant de bêtise dévote,
Cioran saluait "ce mort qui a répandu un parfum
d'éternité sur notre fange humaine".
C'était en 1940, les légionnaires étaient encore
Cioran, à droite, en tenue
de légionnaire, ici derrière tout puissants. Quelques semaines plus tard ils
“le capitaine” Corneliu Codreanu. furent écrasés par le dictateur Antonescu, allié des
nazis. Emil Cioran fuyait à l'ambassade roumaine auprès du régime de Vichy.
"Le malheur est le fait des jeunes"
Le philosophe avait toujours refusé la facilité d'une repentance publique, préférant
une longue expiation silencieuse. Quelques pages manuscrites, retrouvées après sa
mort par sa femme, Simone Boué, montrent comment il a disséqué sans complaisance ses errements passés. "Ainsi il m'advint bien avant la trentaine de faire une passion
pour mon pays, une passion désespérée, agressive, sans issue qui me tourmenta pendant des années. […] Je le voulais puissant, démesuré et fou comme une force
méchante, une fatalité qui ferait trembler le monde, et il était petit, modeste, sans
aucun des attributs qui constituent un destin", écrivait Cioran dans "Mon pays", texte
datant des années 50, peu après la sortie de son célèbre Précis de décomposition.
"Mon pays" est un soliloque implacable. "On n'est libéral que par fatigue, démocrate que par raison. Le malheur est le fait des jeunes. Ce sont eux qui promeuvent les
doctrines d'intolérance et les mettent en pratique ; ce sont eux qui ont besoin de sang,
de cris, de tumultes, de barbarie. A l'époque où j'étais jeune, toute l'Europe croyait à
la jeunesse, toute l'Europe poussait la jeunesse à la politique, aux affaires de l'Etat",
souligne Cioran dans ces notes restées jusqu'ici en grande partie inédites, et publiées
dans le magnifique numéro des "Cahiers de l'Herne" sur Cioran. Exilé à Paris l'écrivain a trouvé une nouvelle patrie dans la langue française, épurée et logique, pour
juguler ses pulsions et folies antérieures.
"Le Balkanique bouillait en lui, y compris pour le pire"
"S'il est un très grand auteur français, Emil Cioran est toujours resté roumain,
même si on veut trop souvent l'oublier, et le Balkanique bouillonnait en lui y compris
pour le pire", explique Laurence Tacou, maître d'œuvre avec Vincent Piednoir de ce
L
e nombre de personnes pauvres en Roumanie poursant temporairement à 20 % en 1996, reprenant son inexorable
rait doubler d'ici à la fin de la crise économique
ascension à plus de 30 % entre 1997 et 2000.
selon une étude de l'Institut de recherche sur la quaLa croissance économique des dernières années n'a pas
lité de vie de Bucarest. Actuellement, environ 50 000
pour autant fait disparaître les disparités de niveau de vie, bien
Roumains perdent leur emploi chaque
au contraire elle les a creusées au rythmois, les autorités prévoyant 800 000
me de 5 % l'an, si on compare les 20 %
chômeurs à la fin de l'année, certaines
des revenus en haut de l'échelles aux
sources parlant de un million. Ainsi,
20 % situés en bas. De même, les
400 000 Roumains pourraient voir leur
inégalités entre régions sont toujours
niveau de vie sérieusement affecté en
aussi marquées. La pauvreté est trois
2009 et passer sous le seuil de pauvrefois plus élevée en Moldavie (un quart
té et, au total, plus d'un million en
des pauvres) et en Olténie (la moitié)
2010. Le taux de pauvreté progresseque dans la capitale et dans les grandes
rait alors de 5,7% de la population en
villes où le revenu moyen est de 50 %
2008 à 7,4% en 2009 et à 9-10 % l'an
plus grand que la moyenne nationale.
prochain, un taux qui reste toutefois
D'après la Banque Mondiale, 80 %
“Voici les dernières consignes
largement inférieur à celui enregistré
pour ces temps de crise: tu manges de la population du globe vit avec
les jours pairs... et moi les jours impairs” (Vali). moins que le nécessaire, soit dix dolpendant la transition (35,9% en 2000).
En 2008, on dénombrait 1,25 million de personnes vivant
lars par jour, 3 milliards de personnes devant se débrouiller
sous le seuil de pauvreté*, leur nombre pourrait atteindre 1,65
avec moins de 2,5 dollars et 900 millions avec moins d'un dolmillion d'ici la fin de l'année et 2,25 millions en 2010. Malgré
lar, en Afrique sub-saharienne, Asie du Sud Est et Amérique
cette prévision pessimiste, le nombre de pauvres devrait être
latine. Les pays riches ne sont pas épargnés : une pauvreté quainférieur de 750 000 à celui de 2006 (13,6 %) époque où la
lifiée de sévère touche 20 % des Espagnols, 14 % des
Roumanie était pourtant en plein boom économique et où 3
Britanniques, 12 % des Américains, 11 % des Canadiens et des
millions de Roumains étaient classés dans cette catégorie. Le
Allemands, 6 % des Français et des Autrichiens, 4 % des
pourcentage des Roumains vivant sous le seuil de pauvreté,
Norvégiens.
estimé à 35,9 % de la population en 2000 - record absolu *Sont considérés comme vivant sous le seuil de pauvreté
soit 8 millions de personnes, était peu à peu descendu à 28,9
en Roumanie, les personnes seules disposant de moins de 65
% en 2002, et 18,8 % en 2004. A la chute du communisme, il
€/mois, les couples (120 €), les familles avec un enfant
était de 7 %, affectant un quart des Roumains en 1995, bais(145 €), avec deux enfants (170 €), etc.
A savoir
Un climat explosif à venir
Selon de nombreux experts, cités par
la revue britannique The Economist, la
Roumanie figure parmi les pays les plus
exposés à une instabilité sociale importante, du fait de la crise. Le ralentissement économique, la montée du chômage, ainsi que le contexte politique - 2009
est une année électorale avec les présidentielles en décembre prochain - pourraient déclencher des manifestations
spontanées et violentes. Les experts
appuient aussi leurs analyses sur le passé
roumain, mettant en avant les révoltes
politiques et manifestations violentes des
années 1990. L'insatisfaction croissante
de la population et l'absence totale de
confiance dans les institutions et les politiciens risqueraient également de favoriser des élans de colère, toujours selon
The Economist.
Des retraites
minimum de 350 lei en 2009
Le gouvernement s'est engagé à
garantir des retraites minimum de 300 lei
(70 €) par mois à partir d'avril et de 350
lei (80 €) dès le mois d'octobre de cette
année. Plus de 800.000 personnes
devaient bénéficier de cette mesure dès
mainteant, et un million en octobre, l'effort budgétaire étant chiffré à 200 millions d'euros.
Fonctionnaires: primes
limitées à 30 % du salaire
Le Premier ministre Emil Boc a
annoncé que la loi relative à la salarisation unique des fonctionnaires sera adoptée d'ici à la fin de l'année. Il a réaffirmé
que cette nouvelle loi allait limiter la part
des primes à 30% maximum du salaire;
les primes de nuit et d'ancienneté ne
seront pas affectées. Il a par ailleurs
déclaré que seuls les fonctionnaires ayant
de faibles salaires allaient bénéficier cette
année d'une augmentation salariale, les
autres vont voir leurs salaires gelés.
Enfin, Emil Boc a confirmé que des
réductions de personnel seraient bientôt
décidées, notamment dans les ministères
et les agences gouvernementales.
Les femmes
au four et au moulin
Une enquête révèle que les femmes
roumaines travaillent en moyenne 76
heures par semaine, contre 60 heures
pour leurs congénères européennes, ce
qui constitue le record dans l'UE. Les
Roumains, eux, travaillent 60 heures
contre 55 heures pour leurs homologues
du Vieux continent.
15
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Mesures en faveur
des chômeurs
Social
BAIA
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GALATI
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SIBIU
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BRAN
BRAILA
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TULCEA
l
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CONSTANTA
BUCAREST
l
Les chiffres
16
Littérature
Connaissance et découverte
"Transfiguration de la Roumanie" enfin traduit dans son intégralité
Le péché de jeunesse que Cioran préférait oublier
l
BACAU
l
l
ARAD
l
CHISINAU
l
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Population: 21 542 000 habitants
Superficie: 238 391 km 2
PIB estimé pour 2008: 139 milliards
d'euros (+5,8 %)
Croissance en % du PIB en 2008:
8,5 % (moyenne UE: 0,9 %)
Croissance estimée en 2009: - 4,5 %
PIB/habitant : 6465 € (indice: 44,3
sur la base UE de 100)
Production industrielle: +5,4 %
Déficit public en % du PIB en 200:
2,6 % (UE: 0,9 %)
Dette publique en % du PIB en
2007: 12,9 % (UE : 58,7 %)
Taux d'inflation en 2008: +7,9 %
(UE: 3,7 %)
Chômage en % de la population active en 2008: 5,8 % (UE: 7 %).
En janvier: 5,3 % (UE: 7,6 %)
Salaire moyen net: 320 € (+ 23,2 %)
-Le plus élevé (finances): 966 €
-Le plus faible (bois): 181 €
Salaire minimum net: 150 €
(employés), 285 € (cadres)
Retraite mensuelle moyenne: 150 €
Minimum vieillesse: 75 €
Espérance de vie
(hommes/femmes): 68-75 ans
Moldavie* :
Population: 4 350 000 habitants
Population émigrée: 25 %
Population sur place: 3 250 000
Superficie: 33 700 km 2
PIB: 7,2 milliards d'euros (+ 4 %)
PIB/habitant: 2110 €
Inflation: 12,7 %
Salaire minimum: 58 €
Salaire moyen: 170 € à Chisinau,
80 € dans le reste du pays
Chômage (chiffre officiel) : 8 %
Espérance de vie
(hommes/femmes): 62-70 ans
*Chiffres donnés sous réserves
P
ar ordonnance d'urgence, le gouvernement roumain a mis en place diverses
mesures pour les personnes directement affectées par la crise économique,
comme ceux qui ont déjà perdu leur emploi ou ceux qui risquent de le
perdre. L'indemnisation chômage : tous les chômeurs (actuels ou en devenir d'ici le 31
décembre 2009) vont pouvoir bénéficier d'une prolongation de 3 mois de leur indemnisation. Pour rappel, les indemnisations chômage sont calculées en fonction du temps
travaillé, comme suit :
- 6 mois pour les personnes ayant cotisé moins d'un an;
- 9 mois pour les personnes ayant cotisé moins de 5 ans ;
- 12 mois pour les personnes ayant cotisé plus de 10 ans.
Exonération partielle des contributions aux assurances sociales: certaines sociétés, affectées par la crise, vont devoir interrompre temporairement leur activité.
Pendant cette période, les salariés resteront chez eux mais pourront percevoir 75% de
leur salaire de base. Pour ces salariés, mais également pour leurs employeurs, le gouvernement a décidé d'accorder une exonération du paiement des cotisations aux assurances sociales (contribution pour les assurances sociales, l'assurance chômage, les
assurances en cas d'accident du travail, contribution au fonds de garantie pour le paiement des créances salariales et contribution pour les assurances de santé), sur une
période de maximum 3 mois. Cette exonération n'affectera en aucun cas la qualité
d'assurés des salariés visés par la mesure de l'exécutif roumain.
En ce qui concerne l'indemnisation de 75% du salaire de base accordée aux salariés dont le contrat de travail aura été temporairement interrompu, celle-ci sera exonérée d'impôts pour une somme correspondant à l'équivalent de 3 mois de suspension
d'activité.
Suppression des primes et autres gratifications des fonctionnaires publics: à noter
par ailleurs qu'étant donné la crise, pour 2009 le gouvernement envisage de supprimer
pour les salariés du secteur public les primes et autres gratifications salariales qui se
rajoutaient au salaire. Cette mesure regarde l'ensemble des fonctionnaires publics des
administrations centrales et locales, professeurs, médecins de l'assistance publique,
etc. En pratique, toutes ces primes pouvaient parfois doubler, tripler voire quadrupler
le salaire de base. Ces mesures, pas encore votées, créent actuellement de nombreuses
réactions négatives de la part des syndicats des salariés du secteur public.
Informations transmises par le cabinet d'avocats
Dana Gruia Dufaut; e-mail: [email protected]
Médicaments moins chers pour les retraités
D
epuis le 1er mars, les retraités les plus pauvres - disposant d'une retraite de 600 lei
(140 €) maximum - bénéficient d'un
remboursement de 90% sur le prix des
médicaments. Près de 3 millions de
retraités devaient ainsi payer beaucoup
moins chers les traitements dont ils ont
besoin qui jusqu'à présent étaient remboursés à 50% (ce qui reste le cas pour
les retraités bénéficiant d'une retraite
mensuelle supérieure).
Inspections en vue de Schengen
U
ne délégation d'experts européens a entamé le 23 mars la première visite
d'évaluation Schengen en Roumanie, alors que le pays espère rejoindre
cet espace de libre circulation en 2011. La Roumanie, qui a rejoint l'UE le
1er janvier 2007, doit accueillir plusieurs visites de ce genre en 2009 et 2010, pour des
évaluations dans les domaines de la protection des données privées, des visas, des
frontières et des collaborations entre polices. Un rapport doit être présenté devant le
Conseil de l'UE, l'organisme qui approuve l'élargissement de l'espace Schengen qui
inclut 25 pays où les contrôles d'identité aux frontières ont été supprimés.
ioran avait 22 ans lors de l'accession d'Hitler
au pouvoir. Un Cahier de l'Herne longtemps
attendu éclaire la personnalité de l'auteur de
Précis de décomposition. Marquant l'importance que l'écrivain et philosophe de langue française mais d'origine roumaine occupait dans la pensée du XXème siècle, Le Figaro
et Libération ont consacré une large place à cet évènement.
Notre dossier complet sur cet évènement littéraire.
"Certains esprits
délicats s'accordent
pour faire l'éloge des
petites nations, sûrs
que leurs proportions
empêchent leurs habitants de céder à la
volonté de puissance.
Au cœur des années
1930, alors que s'annonçait le choc des
empires, ce fut le cas
de jeunes fédéralistes
comme Denis de
Rougemont, Alexandre
Marc et d'un certain nombre de ceux que Jean-Louis Loubet
del Bayle a baptisé les "non-conformistes des années 1930".
Ces jeunes gens nés au début du XXe siècle qui animaient
des revues avec l'ambition de renouveler la pensée politique
française et européenne auraient été étonnés de savoir qu'ils
avaient un cousin des Carpates qui lisait Nietzsche, Bergson,
Spengler, Moeller van den Bruck, Ortega y Gasset et
Keyserling en se posant sensiblement les mêmes questions
qu'eux: Qu'est-ce que la culture?, Qu'est-ce que le nihilisme?,
L'Histoire a-t-elle un sens?, Le destin des empires est-il la
guerre?, Pourquoi les civilisations sont-elles mortelles? Ils
auraient été plus étonnés encore de savoir que la naissance
d'Emil Cioran dans un village de Transylvanie et son appartenance à la petite nation roumaine ne l'avaient pas rendu imperméable à l'idéologie de la démesure et de la destruction qui
sévissait alors en Allemagne.
C
"J'ai considéré de mon devoir
de supprimer certaines pages"
Cioran avait vingt-deux ans au moment de l'accession
d'Hitler au pouvoir. À l'automne 1933, une bourse d'étude lui
a permis de se rendre à Berlin. Étrangement, ce misanthrope
subtil, lecteur de Dostoïevski et des moralistes français cède à
la fascination. "Je m'enthousiasme même pour l'ordre politique ici", écrit-il à Mircea Eliade. Après un séjour à Munich
et un premier voyage en France, Cioran publie Sur les cimes
du désespoir en 1934 puis Le Livre des leurres et
Transfiguration de la Roumanie en 1936.
Repris dans le volume de ses Œuvres paru chez Gallimard,
les deux premiers livres étaient bien connus des amateurs du
vieil écrivain solitaire de la rue de l'Odéon. On y découvre les
fondations d'une œuvre que Cioran, exilé de Roumanie en
1941 et resté apatride jusqu'à sa mort, le 20 juin 1995 à Paris,
a donnée en français à partir du Précis de décomposition
(1949). Mais Transfiguration de la Roumanie est resté le péché
de jeunesse que Cioran préférait oublier. À Bucarest, une version expurgée a été rééditée en 1990, avec une préface de l'auteur: "J'ai considéré de mon devoir de supprimer certaines
pages prétentieuses et stupides".
Le livre de toutes les tentations: du fascisme
au collectivisme en passant par le désespoir
Grâce aux Éditions de l'Herne, animée pendant trente-cinq
ans par Constantin Tacou, auquel a succédé sa fille Laurence,
cet objet de scandale paraît aujourd'hui en français dans son
intégralité. C'est un document historique et littéraire de première importance.
Il faut le lire comme la confession brûlante d'un jeune
désespéré marqué par la lecture du Déclin de l'Occident
d'Oswald Spengler, à la fois révolté d'être né dans un pays sans
Histoire, aveuglé par le mirage totalitaire et contaminé par les
théories antisémites. Transfiguration de la Roumanie est le
livre de toutes les tentations: tentation fasciste, tentation anarchiste, tentation nihiliste, tentation collectiviste, tentation du
désespoir. Mais le jeune Cioran n'est pas Céline ou Rebatet et
Transfiguration de la Roumanie n'est pas Bagatelles pour un
massacre. C'est un livre traversé par des influences complexes
qui annonce les livres à venir tels que les rédacteurs du Cahier
de l'Herne se sont attachés à les éclairer.
Intitulé Collectivisme national, c'est le chapitre IV qui
témoigne de l'antisémitisme communément partagé dans la
Roumanie où paradait la Garde de fer de Corneliu Codreanu.
Antisémitisme que Cioran a révoqué avant la fin de la Seconde
Guerre mondiale, comme Maurice Blanchot et Claude Roy,
autres non-conformistes des années 1930 marqués par le préjugé antijuif. On ne peut pas lire Transfiguration… sans lire De
la France, texte rédigé par Cioran en roumain en 1941 (notre
photo: Cioran à cette époque) dans lequel il célèbre la mesure de la France et la France comme mesure.
Contre les sombres délices de la nuit de Walpurgis et les
bruyantes fureurs du nihilisme, Cioran choisit la clarté et la
sourdine classique. L'art de la conversation contre le génie de
la race, la culture contre la nature, la proportion contre la
démesure. Cioran a trente ans. Il a tranché le nœud de ses
contradictions".
Sébastien Lapaque (Le Figaro)
Transfiguration de la Roumanie d'Emil Cioran traduit
du roumain par Alain Paruit, L'Herne, 344 p., 19 €.
De la France d'Emil Cioran traduit du roumain par Alain
Paruit, L'Herne, 80 p., 9,50 €.
Cahier "Cioran" sous la direction de Laurence Tacou et
Vincent Piednoir, L'Herne, 540 p., 39 €. En librairie depuis
le 3 avril.
37
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Photos
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Napoléon III
et les Principautés Roumaines au
musée du château de Compiègne
Invitation au voyage
Exposition
l
BAIA MARE
l
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IASI
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CLUJ
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SUCEAVA
TARGU
MURES
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IPOTESTI
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SIBIU
TIMISOARA
GALATI
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BRAILA
PLOIESTI
CRAIOVA
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n
BUCAREST
l
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TULCEA
CONSTANTA
l
Du 7 au 9 août
hommage à Eminescu
chez lui, à Ipotesti
36
Depuis plus d'une décennie Claude
Pernin, l'organisateur des Rencontres
franco-roumaines de Sète, et ses
amis de l'association Dacia-Méditerranée, ont tenu la gageure de faire
mieux connaître la culture roumaine
contemporaine au public français,
jouant un rôle de précurseurs. Par leur
intermédiaire, de nombreux artistes,
écrivains, cinéastes, comédiens, tous
hommes et femmes de grand talent,
reconnus en Roumanie, mais méconnus, voire inconnus dans les pays
francophones, ont eu l'occasion de s'y
faire apprécier et d'être
découverts
par la suite
par un public
plus large.
Ces
Rencontres
ont offert des
moments
exceptionnels
et uniques en France par leur richesse
et leur variété permettant au public et
aux spectateurs d'approcher des
noms de la culture roumaine aussi
célèbres que les écrivains Dumitru
Tsepeneag, Jean Cuisenier, Mircea
Dinescu, Mircea Cartarescu, les
cinéastes Lucian Pintilie, Nae Caranfil,
et toute la nouvelle génération des
metteurs en scène roumains primés
de Cannes à Venise, les comédiens et
hommes de théâtre Dan Puric et
Matei Visniec. Mais aussi, elles ont
permis de partir à la découverte de la
culture de régions entières, comme le
Delta du Danube.
(Suite page 38)
A
l'occasion du 200ème anniversaire de la naissance de Napoléon III, le
Musée National d'Art de Roumanie et le Château de Compiègne organisent, en liaison avec l'Ambassade de France, l'Institut français de Bucarest
et le Ministère de la Culture et des Cultes, une exposition sur le thème "Napoléon III
et la Roumanie". Celle-ci qui s'est tenue à
Bucarest est visible au musée du château de
Compiègne, depuis le 20 mars dernier jusqu'au
29 juin.
Napoléon III a joué un rôle essentiel dans la
naissance de la Roumanie moderne. C'est en
1856, après la victoire de l'Empereur des
Français dans la guerre de Crimée, que le
Congrès de Paris a levé le protectorat russe sur
les principautés roumaines. Tout en reconnaissant la suzeraineté ottomane sur la Valachie et la
Moldavie, le traité de Paris plaçait les deux principautés sous protection des puissances européennes, et notamment de la France. En outre, la
Valachie et la Moldavie se voyaient reconnaître
le droit de convoquer des assemblées pour décider de leur organisation future. Il s'agissait du
premier pas vers l'Union de 1859 et la création
de la Roumanie moderne. L'exposition offre une
occasion unique de se pencher sur le rôle du souverain français dans l'unification des principautés roumaines et sur les débuts de l'histoire moderne de la Roumanie.
Elle s'articule autour de 5 thèmes principaux, en évoquant tout d'abord les occidentaux ayant voyagé en Moldavie et en Valachie aux XVIIIe et XIXe siècles; elle
rappelle ensuite la mobilisation des intellectuels français pour la question de l'union
des Principautés. L'implication personnelle de Napoléon III dans la question d'Orient
est illustrée par l'évocation de la guerre de Crimée et du Traité de Paris en 1856. La
francophilie des premiers dirigeants des principautés unies - Alexandru Ion Cuza et
Charles de Hohenzollern-Sigmaringen (le futur Carol Ier) - est illustrée par des objets
personnels et des témoignages de leurs séjours en France. L'exposition universelle de
1867 à Paris représente une étape décisive pour la reconnaissance des principautés
unies sur la scène internationale. Dans le domaine artistique aussi, les rapports entre
la Roumanie et la France sous le Second Empire sont explorés par des parallèles entre
tableaux roumains et tableaux français.
Sont ainsi réunies plus de 200 pièces provenant de collections publiques roumaines et françaises ainsi que de collectionneurs privés. De nombreuses œuvres attireront l'attention: les portraits de Napoléon III et Eugénie en tapisserie des Gobelins
d'après Winterhalter; des objets français ayant appartenu à Cuza et à Charles de
Hohenzollern, les séjours de ce dernier à Compiègne et à Paris avec la reconstitution
d'une partie de son appartement à Compiègne et sa visite à l'Opéra; l'affirmation des
principautés unies sur la scène internationale à l'exposition universelle de 1867 avec
plusieurs pièces du trésor de Pietroasa prêtées par le musée national d'histoire de
Roumanie; la confrontation entre artistes roumains et français notamment Grigorescu
et Millet; enfin, quelques personnalités roumaines acteurs de la vie artistique parisienne, notamment Georges de Bellio, qui acquit une importante toile de Monet, La
rue Montorgueil, fête du 30 juin 1878, prêtée par le musée d'Orsay.
Napoléon III et les Principautés Roumaines
au Musée du château de Compiègne, jusqu'au 29 juin
Nombre de nos
lecteurs auront la
chance de retrouver la Roumanie
cet été, certains
prenant le chemin
du Maramures.
Ils en trouveront
un avant-goût dans
notre dossier
spécial en fin de
numéro et pour
ceux qui restent,
cette invitation
au voyage...
17
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Evénements
l
BAIA MARE
l
SUCEAVA
ORADEA
l
TARGU
MURES
l
ZALAU
ARAD
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l
IASI
Gigi Becali met à mal
l'indépendance des juges
CHISINAU
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BACAU
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BRASOV
HUNEDOARA
l
FOCSANI
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PITESTI
CRAIOVA
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l
l
l
PLOIESTI TULCEA
n
BUCAREST
CONSTANTA
l
Séisme de 5,3 Richter
dans le Vrancea
18
Le milliardaire se fait justice
lui-même et se retrouve en prison
Une secousse tellurique d'une
mag-nitude de 5,3 sur l'échelle de
Richter a été enregistrée le samedi
25 avril vers 20 h 20 locales en
Roumanie, sans faire de victime ou
de dégâts, a indiqué l'Institut sismologique de Buca-rest. L'épicentre du
séisme a été localisé à 120 km de
profondeur, dans la zone à haute activité sismique de Vrancea (Focsani).
La secousse a également été fortement ressentie dans la capitale mais
aussi à Chisinau (République de
Moldavie) et au nord de la Bulgarie.
Le dernier tremblement de terre
enregistré par les sismogra-phes roumains a eu lieu le 2 mars dernier, toujours dans la région de Focsani (et a
atteint un degré de 3,6 sur l'échelle
de Richter. Un rapport de l'ONU,
rendu public juste après le terrible
tremblement de terre qui a frappé
l'Italie, classe la Roumanie parmi les
pays les plus exposés à un séisme
de grande ampleur. Selon les experts,
dans les 3 à 4 prochaines années, un
tremblement de terre supérieur à 7
sur l'échelle de Richter pourrait toucher le pays.
Incompréhension
Près de 2000 curieux, dont beaucoup d'anciens et actuels employés de
l'usine Dacia de Movieni-Pitesti, ont
assisté, ébahis, à la destruction par
implosion contrôlée du siège social
historique de l'entreprise pour faire
place à un parking d'une capacité de
600 véhicules. Le bâtiment de huit
étages avait été construit en 1973 et
nombre de Roumains n'ont pas compris la décision des patrons français
de Renault-Dacia de faire disparaître
ce qu'ils considèrent comme un symbole de leur industrie automobile.
L
e 2 avril dernier, la police a arrêté George "Gigi" Becali dans sa propriété
de Pipera (nord de Bucarest) ainsi que six autres personnes, pour une affaire de règlement de comptes. L'affairiste et patron du Steaua Bucarest soupçonné de "privation de liberté illégale" a été emprisonné pour 28 jours reconductibles,
dans l'attente de son procès, conformément à la législation roumaine. Fin janvier, il
aurait séquestré trois hommes durant plusieurs heures, enlevés au préalable par ses
gardes du corps, puis enfermés dans le coffre d'une voiture avant qu'ils ne soient
conduits dans un immeuble de son quartier. Becali les accusait de lui avoir volé sa voiture et, mortifié qu'on ose s'en prendre à lui, aurait voulu leur donner une leçon.
Double humiliation
pour le milliardaire: toutes
les caméras de télévision
étaient là pour filmer son
arrestation. L'affaire a
occupé pendant plusieurs
jours le devant de la scène
médiatique, conduisant à
des débordements, le
Conseil national de l'audiovisuel (CNA) envisageant
de sanctionner trois postes
de télévision. La justice et
le président Basescu - pourtant ami jusque là avec Becali - étaient montrés du doigt
pour avoir instrumentalisé toute l'affaire afin de faire oublier leurs insuffisances dans
la lutte contre la corruption ou de mettre un frein à ses ambitions politiques.
Rameutant ses supporters du fond de sa cellule
Du fond de sa prison, Gigi Becali a tout de suite rameuté les supporters du Steaua.
Des dizaines de personnes se sont réunis devant le tribunal pour demander sa libération. Deux autobus ont notamment amené une cinquantaine d'habitants de Vadu
Rosca, le village reconstruit par l'homme d'affaires à la suite des inondations de 2005.
Sur les pancartes, on pouvait lire "Qui va nous aider maintenant ? Les sinistrés". A
l'église de Pipera, les prêtres disaient prier pour le milliardaire.
Malgré cette pression médiatique et sociale, les juges ont décidé une semaine plus
tard de maintenir Becali en détention provisoire jusqu'au 2 mai, dans un premier
temps. Des magistrats de tout le pays ont exprimé leur solidarité avec leurs collègues
de Bucarest sur un forum Internet. Drapés dans leur dignité, tous ont souligné le fait
qu'une décision de justice ne doit pas être discutée, même si chaque inculpé a droit à
la présomption d'innocence.
Pendant deux semaines, le milliardaire a remué ciel et terre pour obtenir sa libération, dépensant sans compter. C'est surtout sur le ciel que misait l'ancien berger ne
pouvant imaginer que celui-ci abandonnerait une de ses brebis, alors qu'il a créé un
parti politique, le PNG (Parti de la Nouvelle Génération) directement inspiré par Dieu.
Plus l'échéance des fêtes de Pâques - le 19 avril - se rapprochait, plus sa colère
grandissait à la perspective de les passer derrière les barreaux… A en devenir pathétique. "Même Barrabas a été libéré par les Romains, alors que moi on me fait endurer le calvaire du Christ" s'indignait-il à la veille du vendredi Saint. Ses juges ont-il
été soudain touchés par la grâce divine du pardon ou bien faut-il chercher une raison
plus prosaïque ? En tous les cas, Gigi Becali est sorti libre de sa prison quelques
heures avant que ne commencent les cérémonies pascales.
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Connaissance et découverte
vraiment pas le moment de faire la noce
vive les mariés !"
Cette séquence pourrait rester mythique, comme celle
du Festin de Babette. Une ode au bien-manger et à la liberté de s'offrir un minimum de plaisir, parenthèse conviviale
dans une vie d'austérités. Bruits de bouche, gag de la
mouche, mimes d'engueulades et d'applaudissements, téléphone arabe, paillardises plus ou moins mal étouffées. La
tristesse de la mariée va transformer cette liesse furtive en
provocation et la noce en deuil.
Jean-Luc Douin (Le Monde)
Entraînés dans la vie simple d'un village roumain en 1953
R
oumanie, de nos jours. Une équipe de tournage
arrive dans un village isolé pour un reportage sur
des phénomènes paranormaux. A la surprise de
tous, seules de vieilles femmes en deuil habitent ce village.
Quelle est donc leur histoire ?
Roumanie, 1953. Ana et Iancu sont sur le point de se
marier. Tout le village s'atèle aux préparatifs de la noce. C'est
un véritable festin qui attend tous les convives. Alors que la
fête bat son plein dans le jardin de la maison, le maire du village et le commandant du régiment font irruption pour annoncer la mort de Staline ainsi qu'une semaine de deuil national
prenant effet sur le champ. Toutes les festivités sont interdites.
Malgré l'interdiction, les mariés et leurs invités feront preuve
d'ingéniosité
pour poursuivre
la
fête...
Ce film
est difficilement classable tant il
mélange les
genres: il est
aussi drôle
que violent,
aussi émouvant que grossier. Et pourtant, l'ensemble est cohérent: un village où chaque personnage joue un rôle bien précis. Nous
retrouvons donc la prostituée, le maire collabo, le nain, la belle
et le beau gosse suivis de près par les familles respectives.
Cette reconstitution peut paraître de prime abord un peu caricaturale.
Néanmoins, chacun prend sa place, la petite ville s'éveille
sous nos yeux, et on les suit de la maison où les femmes ne se
laissent pas bousculer par leurs hommes, au bistrot où chacun
se retrouve pour boire une tsuica dans la journée. Les deux
tourtereaux ont une belle fraîcheur et on croit à leur histoire et
à ce mariage décidé à la va vite.
D'ailleurs, la moitié du long métrage se situe avant la
noce. Le réalisateur nous entraîne dans cette vie simple d'un
village roumain en 1953. Bien que ce soit son premier film,
Horatiu Malaele est un artiste reconnu en Roumanie en tant
que comédien, metteur en scène de théâtre ou encore caricaturiste. On le sent ainsi plutôt à l'aise avec la caméra comme le
montre l'arrivée du cirque, un joli moment de poésie qui rappelle étrangement Big Fish de Tim Burton.
Poésie et résistance à l'ombre du totalitarisme
Horatiu Malaele a su distiller cette poésie tout au long de
la pellicule et l'une des dernières scènes, cet homme volant
enfin vers un monde meilleur est peut être le moment le plus
fort du film, celui où l'on se rend compte que dans une telle
dictature, on ne peut pas s'en sortir autrement qu'en fuyant ou
qu'en se soumettant. Le drame est là: ce contexte historique est
sans cesse rappelé par Malaele qui dans chaque phrase fait
sentir l'ombre du totalitarisme.
Pourtant, la résistance existe bel et bien: ces villageois qui
se voient refuser le bonheur de marier deux de leurs enfants
décident malgré tout de célébrer les noces. Et d'une bien
curieuse manière ! La scène du repas tient du burlesque. Elle
est vraiment réussie et nous ramène tous en enfance au temps
où on jouait au téléphone arabe en classe.
Mais la violence resurgit au moment où on s'y attend le
moins. Le film est ainsi émaillé de cet héritage bien réel que la
Roumanie tente d'oublier: la politique de l'URSS brisa les pays
de l'Est et Horatiu Malaele nous le remet en mémoire.
Iris Gaillardet (www.commeaucinema.com)
"Au diable Staline, vive les mariés !" Film roumain
d'Horatiu Malaele avec Meda Vic.
Né en 1952 à Târgu Jiu, Horatiu Malaele est l'un des
comédiens et metteurs en scène de théâtre les plus populaires
en Roumanie. Il travaille depuis plus de dix ans au sein du
prestigieux Théâtre Bulandra, de Bucarest, que l'on pourrait
comparer au Théâtre de l'Odéon à Paris. Il y a monté et interprété les grands auteurs, de Tchekhov à Goldoni, de Ionesco à
Molière. Il a également été l'interprète de plusieurs récitals
poétiques. Horatiu Malaele a tourné dans plus de 50 films roumains, apparaissant également dans Amen de Costa Gavras,
en 2002. Il est aussi caricaturiste: ses quelques 3000 portraits
ont été l'objet de plus de trente expositions en Roumanie
comme à l'étranger. Au diable Staline, vive les mariés ! est
son premier film comme réalisateur.
35
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Cinéma
SATUMARE
l
l
SUCEAVA
CLUJ
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TARGU
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TIMISOARA
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ROMAN
GALATI
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BRASOV
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BRAILA
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BUCAREST
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CONSTANTA
l
Lelouch
va tourner à Buftea
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A quatorze ans, après avoir vaincu
l'Aconcagua, "Coco" rêve d'Everest
l
BISTRITA
l
ARAD
La plus jeune championne mondiale
d’alpinisme s'entraîne dans les Carpates
Evénements
"Au diable Staline,
l
ORADEA
Le dictateur est mort et ce n'est
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Claude Lelouch a choisi de tourner
une partie de son prochain film, "Ces
amours-là", en Roumanie. Le tournage débutera au mois de juin prochain
et se déroulera dans les studios
Media Pro situés à Buftea, au nord de
Bucarest. Le reste du film de Claude
Lelouch sera tourné en France, à
Beaune, ville dans laquelle il a déclaré
récemment vouloir créer une école du
cinéma. De ce prochain long métrage,
le cinéaste a annoncé qu'il s'agira
d'une "histoire unique dans l'histoire
du cinéma", dans laquelle il intégrera
des scènes de ses anciens films.
Deux films
roumains à Cannes
"Souvenirs de l'époque dorée",
un film collectif écrit et produit par
Cristian Mungiu et "Policier, adjectif"
de Corneliu Porumboiu ont été sélectionnés pour participer au prochain
festival de Cannes, qui aura lieu du 13
au 24 mai. Les deux films vont
concourir dans la catégorie "Un certain regard".
Ionesco interdit
de version roumaine
A en croire Nicolae Manolescu,
représentant de la Roumanie à
l'Unesco, la fille du célèbre écrivain
Eugène Ionesco, Marie-France
Ionesco, refuse que les pièces de son
père soient jouées en roumain. Dans
un entretien accordé à Evenimentul
Zilei, il précise qu'elle "est arrivée à
l'idée que son père n'avait aucun lien
avec la Roumanie et était un écrivain
français". Le centenaire de Ionesco
sera célébré en Roumanie, à la mimai, par une représentation, en allemand, de "La cantatrice chauve".
L
e cinéma roumain vient de nous proposer un nouveau petit bijou qui a fait
sa sortie sur les écrans français en février. Nunta muta (La noce muette),
dont le titre s'est transformé en France, pour des impératifs commerciaux,
en Au diable Staline, vive les mariés, est le premier long métrage d'Horatiu Malaele,
l'un des comédiens et metteurs en scène les plus populaires de Roumanie. Non seulement son film ne dépare pas les dernières grandes réussites du cinéma roumain,
comme 4 mois, 3 semaines et 2 jours ou le magnifique California dreamin' de Cristian
Nemescu, mais on serait de dire qu'il les surpasse par son originalité, son romantisme
mêlé à son côté crû. Surtout, emprunté à un évènement authentique, il évoque l'une
des époques les plus tristes et méconnues vécues par les Roumains au cours de leur
histoire récente. Si ce film passe encore dans votre région, précipitez vous pour le voir.
Voici ci-dessous, l'avis de deux critiques de cinéma.
Truculences à la Kusturica sur l'occupation soviétique
Après le tonique coup de fouet donné au cinéma
roumain par “4 mois, 3 semaines et 2 jours”, de
Cristian Mungiu (Palme d'or à Cannes en 2007) et des
films comme “La Mort de Dante Lazarescu” ou
13h10 à l'est de Bucarest, "Au diable Staline, vive les
mariés!" fable antitotalitaire nous ramène quelques
années en arrière, à l'heure des chroniques de l'occupation communiste et des truculences à la Kusturica.
A 56 ans, Horatiu Malaele (notre photo) signe là
son premier film: c'est l'un des acteurs et metteurs en
scène de théâtre les plus populaires du pays, également
caricaturiste. Il travaille depuis dix ans au fameux
Théâtre Bulandra de Bucarest, une institution. Son projet n'est pas de s'interroger sur la situation actuelle de son pays et les traces des lâchetés d'hier dans la société d'aujourd'hui, comme ses jeunes compatriotes, mais de glorifier la résistance de ceux qui osèrent rester fidèles à leur culture sous le joug soviétique. Le reportage d'une équipe de télévision dans un village où ne subsistent que des
ruines et des vieilles apeurées est prétexte à un long flash-back, récit de ce qui arriva
jadis, en 1953, à ces gens que l'on extermina avant de raser leurs maisons.
A
14 ans, Crina
Popescu, "Coco"
pour son père,
est devenue une icône de l'alpinisme roumain. Son dernier exploit, repris abondamment par la presse, a impressionné ses compatriotes. En décembre dernier, elle a été la première Roumaine, mais aussi la plus jeune alpiniste du monde,
à gravir le Mont Ojos de Salado, plus haut volcan de la planète (6893 m), qui domine le désert d'Atacama au Chili.
L'expédition a duré plusieurs jours, les températures passant de 30° à -20° pendant la nuit. La fillette faisait partie d'un
groupe de quatre adultes, compatriotes aguerris à la montagne.
Son père, Ovidiu, fut le premier
à lâcher prise à 5200 m, n'arrivant
plus à respirer, craignant un oedème
pulmonaire et rejoignant finalement
le camp de base. Un autre membre
du groupe, Daniela, abandonnait peu
après.
Finalement Crina et son dernier
coéquipier, Radu, continuèrent seuls
la course, mais séparant leurs pas,
celui de la fillette étant moins rapide.
Dans son chemin solitaire, la jeune
Roumaine croisa un couple d'alpinistes allemands qui avait renoncé et
redescendait, puis ce fut au tour de
Radu, victime aussi de troubles respiratoires et jetant l'éponge.
"Papa, j'ai fait le sommet"
Il était une fois… en Roumanie
Il était une fois, donc, ce hameau peuplé de personnages à faconde, prompts à l'invective, en particulier au bistrot. Un cinéma ambulant s'installe sur la place, pour projeter un film à la gloire du camarade Staline. Les ventrus boivent sec, les volailles
piquent un sprint et les hâbleurs en font des tonnes pour faire sentir leur mépris au
maire collabo des Soviétiques pendant que les jeunes s'envoient en l'air dans les foins.
Cette peinture haute en couleur de la vigueur tonitruante des mâles locaux est assez
convenue, mais le film prend de l'intérêt quand il bascule dans le burlesque.
Au moment même où l'un des fermiers du coin s'apprête à fêter les noces de sa
fille avec un joli-cœur, un officier soviétique vient annoncer la mort de Staline et
imposer une semaine de deuil national. Toute liesse et festin sont interdits. Le morceau
de bravoure d'Au diable Staline, vive les mariés! est constitué par le banquet clandestin que les familles organisent en cachette, de nuit, dans une grange: une cène païenne où les musiciens sont condamnés au faire-semblant, les convives à la dégustation
discrète et à la conversation muette. L'intrigue est tirée d'un fait divers réel. Elle s'impose en métaphore d'une Roumanie réduite au silence par les communistes, mais qui,
si on l'empêcha de parler à haute voix, apprit à chuchoter pour rester elle-même et à
prendre son asservissement avec humour.
Laissée seule à elle-même à 6500 mètres d'altitude, dans
les nuages puis le brouillard, Crina ne se découragea pas. En
bas, le moral était tout autre. Ovidiu, bien que connaissant les
capacités de sa fille, était de plus en plus rongé par l'inquiétude, d'autant plus que les batteries de la radio s'étant déchargées
il n'arrivait plus à communiquer avec elle. Privée de conseils,
la fillette décida pourtant de continuer, bien qu'ayant à escalader des murs de glace et des surplombs impressionnants, dont
certains de plus de 50 m.
Finalement, la jeune Roumaine réussit à franchir les derniers obstacles, s'installant sur le toit du volcan, tout juste
quatre mètre carrés bordant un précipice vertigineux, pour
souffler un peu. Couronnant son effort, la liaison radio put
reprendre et Coco, annoncer triomphalement : "Papa, j'ai fait
le sommet". C'était le dixième en quatre ans, Coco ayant déjà
"vaincu" - entre autres - la Dent du Géant dans les Alpes
(4014 m), alors qu'elle avait dix ans, le Mont Blanc (4810 m),
le Mont Ararat en Turquie (5165 m), le Mont Kazbek au
Caucase (5047 m), le Mont Damavand (5671 m) en Iran, réalisant le plus souvent des premières en temps que Roumaine
ou plus jeune alpiniste du monde.
Prise dans la tourmente
A peine redescendue, et le temps de passer les fêtes, Coco
décidait de s'attaquer, début janvier, au plus haut sommet
d'Amérique, septième dans la hiérarchie mondiale,
l'Aconcagua (6963 m). Refusant la facilité, elle prit la voie la
plus dure, empruntant le passage du "Glacier polonais". La
fillette se battit pendant quatre jours contre des conditions
atmosphériques désastreuses, le massif étant balayé par des
vents de neige, étant encore la première Roumaine et le plus
jeune alpiniste mondiale à vaincre
cette montagne prestigieuse, éprouvant une grande fierté en y plantant
le drapeau de son pays (notre
photo). Au cours de cette période,
huit alpinistes argentins trouvèrent
la mort, dont un sous ses yeux, Coco
en découvrant un autre enfoui dans
la neige après avoir succombé au
froid quatre plus tôt. Ces drames ne
l'ont pas dissuadée de continuer sa
quête des sommets. Elle prépare
activement son premier 8000
mètres, le Cho Oyu (8201 m) dans
l'Himalaya.
Les Carpates sont le terrain d'entraînement de la jeune
Roumaine. Elle y parcourt au pas de course les neuf kilomètres
séparant Rasnov, où elle habite, de Poiana Brasov, nageant,
skiant, effectuant des parcours bi-cross, sans oublier les sept
heures quotidiennes consacrées à ses études. Cela a un prix:
Coco ne regarde jamais la télé, par contre elle dévore les livres
qui tombent sous sa main. Cela a aussi un coût, malgré la participation des sponsors. Pour pouvoir payer les droits d'escalade de la dernière expédition, son père a vendu sa voiture.
Mais à travers sa fille, Ovidiu Popescu réalise son rêve
d'une vie plus saine. Il a vendu tout ce qu'il possédait à
Bucarest voici une quinzaine d'années pour venir respirer l'air
la montagne avec sa femme, dénichant une maison dans un
journal de petites annonces. La venue au monde de Crina, en
décembre 1994, ancra la volonté du couple de fonder une
famille de montagnards. Le bébé apprenait à manier un piolet
en même temps que marcher. A six ans, inscrite dans un cours
d'alpinisme avec son père, les murs d'escalade et leurs prises
n'avaient plus de secrets pour elle. A dix ans, elle s'attaquait à
son premier sommet.
Crina "Coco" a aussi ses rêves de jeune fille. Ils l'emportent au-delà des nuages et portent un nom: l'Everest.
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Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Evénements
l
SATU MARE
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IASI
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TARGU
MURES
NADLAC
Sex call
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CRAIOVA
BUCAREST
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CONSTANTA
Le château de Bran
vidé de ses meubles
20
Les confessions d'Elena, étudiante
Dominique de Habsbourg, petit-fils
de la reine Marie de Roumanie, qui
doit récupérer le château de Bran le
18 mai prochain, a eu la mauvaise
surprise de découvrir fin mars que le
palais avait été vidé de son mobilier.
Un acte qu'il a qualifié de "vandalisme". Ion Narcis, directeur du château, a pour sa part expliqué que
cette "évacuation" s'était faite sur
ordre du ministère de la Culture, affirmant que toutes les pièces de mobilier appartiennent à l'Etat roumain.
Les grands perdants sont les touristes, qui peuvent accéder à un bâtiment désormais vide. Le château
restera ouvert au public après sa
rétrocession à Dominique de
Habsbourg.
Le Golden Blitz démoli
Le Golden Blitz, le célèbre restaurant de la capitale, du Boulevard
Razaore, à la fois snob et populaire
et où il était bon ton de se montrer, a
été démoli fin janvier, afin de le doter
de parkings. Il devrait rouvrir ses
portes à la fin de l'année. Propriété
des affairistes Sorin Volpescu et Dan
Besciu, l'établissement était fréquenté par des personnalités comme le
Président Basescu, sa "conseillèrevamp" devenue ministre du tourisme,
Elena Udrea - qui fut un temps une
de ses actionnaires par l'intermédiaire de son mari-, et l'ancien bergermilliardaire, propriétaire du Steaua,
Gigi Becali. Voici un an, il avait été
victime d'un incendie provoqué par
un "gratar de mici" (grillade de boulettes de viande hachée).
I
l existe des numéros surtaxés permettant de "faire l'amour" par téléphone.
Officiellement, les jeunes filles qui répondent sont des Françaises célibataires
qui cherchent un petit copain. Dans la réalité, ce sont des Roumaines qui travaillent pour un call center*, comme le révèle Julien Trambouze, reporter et pigiste à
Radio France International, et animateur sur le réseau local France Bleu. Arte Radio
vient de reprendre sur ses ondes une enquête du journaliste, spécialiste des pays
d'Europe centrale, qui explore et enregistre la Roumanie depuis plus de sept ans.
Oreilles chastes s'abstenir…
Pour payer ses études
"Le soir à la TV, il y a souvent ces publicités pour des N° de téléphone en 08 90
pour "sortir avec une fille chaude": "Viens je t'attends", "tu aimes mon petit minou"
et autres teasers assortis de mimiques vulgaires… Ni une ni deux, si vous composez
le N° vous tombez sur une jeune fille fraîche qui se met à causer de "cul".
Qui est-elle? Généralement, une étudiante vivant à Prague ou Bucarest et finançant ses études à l'aide d'un boulot d'appoint. Prenez Elena, par exemple. Etudiante en
sciences politiques, Elena a longtemps travaillé dans un centre d'appel pornographique
à Bucarest (Roumanie). Trois nuits par semaine, elle émoustillait ses clients français
via le téléphone ou le net. Et son témoignage en live, sidérant de bonne humeur, a été
enregistré sur Arte Radio qui dévoile les coulisses de cette étrange industrie.
L'auteur du reportage, Julien Trambouze, explique: "Elena était une amie d'ami.
A l'époque où elle a travaillé (quelques mois) dans le centre d'appel, elle ne se vantait pas trop de ce boulot. C'était pour payer ses études. J'ai mis plusieurs semaines à
la convaincre de s'enregistrer sur son lieu de travail. Elle ne se préoccupait pas de
l'image que ça renvoyait d'elle ("Un job un peu trashy dans un pays pourri", ce sont
ses mots), mais davantage de perdre son travail si on découvrait qu'elle était enregistrée. J'ai donc décidé de lui poser un micro-cravate très discret et un petit enregistreur
qu'elle devait glisser dans la poche."
Enregistrement clandestin
Plusieurs nuits de suite, Elena enregistre donc des bouts de dialogues "hot" qu'elle commente d'une voix flûtée. Son travail, essentiellement, consiste à flatter: "Je suis
sûre que tu es un gars plein de douceur qui sait bien faire jouir les filles." "Oh, j'adore ton prénom, Antoine, il est très classe". Après quoi, Elena encourage: "J'aimerais
bien que tu me dises comment tu caresses". Suivent des échanges aux propos crûs
dont la jeune femme, se prêtant au jeu, ne s'offusque pas, attisant les fantasmes de son
interlocuteur pour faire durer la conversation et son coût.
Parfois, s'il se montre trop exigeant, elle le rabroue, "Je suis pas extra-terrestre
moi", mais se rattrape aussitôt, l'entraînant dans des contrées étranges et prometteuses
d'une voix innocente.
Quand l'appel s'achève, Elena enchaîne sur un autre ou bien envoie des SMS.
Parfois les deux en même temps. Le centre d'appel porno pour lequel elle travaille possède aussi un système de dialogue "pour trouver ta petite copine", ainsi que des webcams permettant à la fois de voir et de parler à une beauté de rêve.
La plupart des webcams sont des montages habiles. La beauté, généralement, ne
sait pas parler Français. C'est Elena, hors champ, qui fait du doublage de voix. Tandis
que la strip-teaseuse se déshabille devant la caméra, elle traduit les messages du
voyeur - "Il veut voir tes fesses" -, puis répond à la place de la fille, afin que l'illusion
soit sauve: de l'autre côté de son écran, le client doit rester persuadé qu'il a affaire à
d'authentiques voisines de palier. Dans ce centre d'appel, une usine à gaz, les mâles en
chaleur font tourner la machine à raison de plusieurs centaines d'appel par jour. C'est
du sex call industriel.
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Savoir se faire respecter !
Insolite
F
in mars, à l'issue d'un match de ligue départementale dans le judet de Calarasi, remporté 2-1 par l'Unirea Dragalina sur
le terrain du Conpet Stefan cel Mare, un des deux juges de touche, tancé par les spectateurs mécontents de ses décisions,
a sorti un pistolet de son short et a tiré un coup de semonce en l'air ! Un des spectateurs a alors filmé la suite de son
retour aux vestiaires, puis l'a envoyé au journal Gazeta Sporturilor, qui diffuse la vidéo où l'on voit les arbitres revenir aux vestiaires sous les menaces et les insultes de la foule. Les problèmes de corruption sont importants dans le football roumain, même
dans les ligues inférieures, et les arbitres sont souvent victimes de représailles, parfois violentes, de la part des spectateurs voire
des joueurs, tandis que la police s'occupe de moins en moins de ce genre d'affaires.
Neuf joueurs aux urgences
et 81 matchs de suspension
pour une seule rencontre
L
a Fédération roumaine a infligé un total de 81
matches de suspension après les bagarres qui ont
entraîné le samedi 11 avril l'arrêt prématuré de la
rencontre Dinamo Bucarest-Constantsa. 7 joueurs du
Dinamo ont été chacun suspendus pour 10 matches au plus
et le club privé de deux matches à domicile. Le président du
Farul Constantsa a été sanctionné pour 12 matches et deux
joueurs georgiens du club pour respectivement 10 et 7 rencontres. Le match a tourné au pugilat après six minutes de
jeu, les Bucarestois semblant concentrer leur agressivité sur
les joueurs géorgiens de Constantsa. Six joueurs du Farul et
trois du Dinamo ont été transférés aux urgences.
Solution
M
aire d'Alexandru cel Bun (Alexandre le Bon),
bourgade de 3000 habitants du judet de
Neamt, Ion Rotaru pense avoir trouvé le
moyen de boucher le trou du budget communal. Dès le vote
de la loi dépénalisant la prostitution, il envisage de construire un "bordel" municipal, sur le modèle du quartier rouge
d'Amsterdam, où des femmes proposent leurs charmes dans
des vitrines, tirant le rideau dès qu'elles font affaire. L'édile
compte sur le passage de la DN 15, l'une des routes les plus
fréquentées du judet, conduisant de Bicaz à Piatra Neamt,
pour attirer un maximum de clients.
Huile de jambe
E
stimant que l'huile de jambe revenait moins cher
que l'électricité, deux administrations publiques
roumaines ont trouvé un nouveau moyen de
réduire leurs dépenses en cette période de crise économique:
limiter l'usage des ascenseurs à seulement quelques heures
dans la journée. Cristian Roman, préfet du judet de Botosani
(nord), a décidé que les ascenseurs ne fonctionneraient
qu'entre 7h et 9h et 15h et 17h au siège de la collectivité territoriale ainsi que dans ses locaux, qui sont situés dans le
même bâtiment. Le préfet a expliqué que la mesure permettrait de réduire la facture d'électricité. Environ 200 personnes travaillent dans l'immeuble de cinq étages. Le préfet
montre lui-même l'exemple… Son bureau se trouve au rez
de chaussée.
Villa du
quartier
ultra-chic
de Pipera
à Bucarest
... après la
crise !
Rendement
L
es 84 contrôleurs de bus de Iasi ont assigné en justice
leur direction pour abus de pouvoir et harcèlement
répressif. Ils lui reprochent de les obliger à faire du
chiffre en dressant au minimum 3360 contraventions par mois aux
fraudeurs, soit 40 chacun s'ils veulent toucher intégralement leur
salaire. Si les objectifs ne sont pas atteints, celui-ci est réduit de
25 %, et au bout de trois mois… c'est la porte !
Au parfum
D
eux fois par semaine, les rues du centre de Baia Mare
sont aspergées de solutions liquides lavantes parfumées, importées de Hollande. Au choix: pomme,
sapin, citron, lavande, muguet, lilas, magnolia ou pamplemousse.
Valer Simon, le gérant de la société qui a en charge le nettoyage
de la ville, a emprunté cette idée à Salzbourg où il passait ses
vacances voici deux ans. Il cherchait désespérément un moyen de
chasser les odeurs pestilentiels qui planaient sur Baia Mare, envahie chaque année par des monceaux de détritus après la fête des
châtaignes, l'emploi de l'eau de Javel se révélant inefficace.
Dispositif anti-pipi
U
n bricoleur du judet d'Alba, Ioan Holom, qui a déjà à
son actif plusieurs inventions brevetées, notamment
dans le domaine médical, a mis au point un appareil
anti-énurésie qui aide à résoudre le problème des enfants qui font
pipi au lit. Celui-ci contient un système de diagnostic basé sur la
mesure des bio-courants de l'organisme ainsi qu'une sonde que
l'on place dans le pyjama de l'enfant et qui se met à sonner ou à
vibrer dès les premières gouttes décelées.
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Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Sports
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BUCAREST
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Déjà sous
Ceausescu…
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Cible du parquet anti-corruption
(DNA), le football roumain vit les pires
heures de son histoire, ou les
meilleures pour ceux qui attendent
enfin un grand nettoyage. "Le pire,
c'était quand on devait se contenter
de rumeurs et soupçons sur les
arbitres et dirigeants, et le meilleur
c’est qu'on a désormais la chance de
faire la lumière sur des cas qui pourrissaient notre football", a déclaré
Radu Naum, rédacteur en chef de la
chaine sportive GSPTV, regrettant
"que le nettoyage ne soit pas fait de
l'intérieur mais par le DNA".
Au-delà des soupçons et accusations verbales presque quotidiennes,
rien n'avait vraiment abouti depuis
l'ère Ceausescu, lorsque la police politique de l'ex-dictateur avait mis des
arbitres derrière les barreaux, comme
l'ont rappelé certains medias roumains. "Le génie des Carpates" n'était
pourtant pas trop regardant en la
matière. Son fils adoptif et aîné,
Valentin, avait fait inverser le résultat
d'une finale de coupe de Roumanie
qui avait vu la défaite du Steaua, le
club de l'armée créé par son père,
face à son éternel rival de la police, le
Dinamo.
Cette fois-ci, les dossiers sont sortis au grand jour, la DNA tentant de
faire le ménage dans la corruption
pour répondre à la demande de l'UE.
D
es enquêteurs de la Direction Nationale anti-corruption (DNA) ont effectué le 13 avril une descente au siège de la Fédération Roumaine de
Football, visant le bureau du responsable de la commission d'arbitrage et
saisissant 250 pages de documents. L'enquête de la DNA porterait sur plusieurs
matches suspects de la saison impliquant le FC Arges (1re div.), dont le siège a également fait l'objet d'une descente des enquêteurs, et dont le patron, Cornel Penescu
(notre photo), a été retenu 24 heures par la DNA. Celui-ci est suspecté d'avoir versé
jusqu'à 125 000 € à plusieurs arbitres du championnat roumain, avec la complicité du
président de la Commission roumaine des arbitres de football, Gheorghe Constantin
auquel il aurait remis 70 000 € pour qu'il "désigne des arbitres agréés". Les deux
hommes ont été placés en état d'arrestation.
Les enquêteurs affirment en outre que, durant
la période octobre-décembre 2008, Penescu aurait
viré 54 000 dollars à plusieurs arbitres de première division afin de "bénéficier d'arbitrages favorables", ainsi que 3000 € à un observateur fédéral. Selon les procureurs, d'autres personnes font
l'objet d'enquêtes dans ce dossier.
Le football roumain est dans le collimateur du
DNA pour deux autres dossiers qui font l'objet de procès: le premier porte sur des transactions illégales dans le cadre d'une douzaine de transferts de joueurs suspects. Le 10
janvier 2008, des poursuites pénales ont été engagées pour escroquerie, évasion fiscale et blanchiment d'argent contre des agents de joueurs et des dirigeants de clubs
comme Gheorghe Copos (Rapid Bucarest) et Cristian Borcea (Dinamo Bucarest). Le
second porte sur une affaire de corruption impliquant le patron du Steaua Bucarest,
Gigi Becali, accusé - enregistrements téléphoniques à l'appui - d'avoir proposé 1,7
million d'euros à un adversaire afin d'influencer un match décisif pour le titre.
Champions du monde de la mafia sportive
Le président de la FRF, Mircea Sandu, s'est autorisé une comparaison avec l'Italie,
en déclarant que son pays pourrait "devenir le nouveau champion du monde de la corruption sportive, comme ce fut le cas pour l'Italie après le scandale du "Calciopoli",
une affaire de matches truqués qui avait éclaté dans la péninsule au printemps 2006.
Il a estimé que d'autres arrestations pourraient intervenir dans le milieu des paris sportifs. "Si les accusations sont confirmées, ce sera difficile de croire que tout ça fut possible sans qu'au moins un haut dirigeant ne soit pas au courant", lui a répliqué le journaliste sportif Adrian Soare. Sandu, à la réputation sulfureuse, a rejeté tout lien avec
le scandale, assurant qu'il avait tiré la sonnette d'alarme par le passé et promettant l'ouverture d'une enquête. Première décision positive: la désignation par tirage au sort des
arbitres pour les matches de première division et non plus sur choix du président et
d'autres membres de la Commission d'arbitrage. Une affaire à suivre à quelques
semaines des 100 ans de la FRF, anniversaire pour lequel sont annoncés les présidents
de la FIFA et de l'UEFA, Stepp Blatter et Michel Platini...
Ilie Nastase a été fait chevalier de la Légion d'honneur
L
qui téléphone de Bucarest en France et fait oublier son accent
les dessous du business
BACAU
l
ROVINARI
Des arbitres mis en cause
par le parquet anti-corruption
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
e célèbre tennisman Ilie Nastase, 62 ans, a été fait chevalier de la Légion d'honneur par l'ambassadeur de France en
Roumanie, Henri Paul. Celui qui fit, aux côtés de Ion Tiriac, les beaux jours du tennis roumain dans les années 1970, a
été récompensé pour sa francophilie et son impressionnant palmarès: numéro un mondial, vainqueur notamment de
Roland-Garros, il a remporté au total 87 tournois professionnels au cours de sa carrière. Plusieurs personnalités roumaines assistaient à la cérémonie, comme l'ex-étoile de la gymnastique Nadia Comaneci, la légende du football Gheorghe Hagi, et l'ancien président de la Roumanie Ion Iliescu. Nastase s'est retiré de la compétition en 1985 à l'âge de 39 ans. Il a ensuite été président de la
Fédération roumaine de tennis pendant 10 ans avant de démissionner l'an dernier.
"Le système est bien organisé, explique Julien Trambouze.
Il y a des postes de travail, style box. Sur l'ordinateur, les filles
reçoivent les SMS, et elles y répondent via l'interface d'un
logiciel. Au même moment elles peuvent dialoguer au téléphone, soit en laissant des messages par répondeur interposé
ou en dialoguant en direct. Les deux activités sont différentes,
et le but aussi, le SMS c'est pour des pseudos "relations
sérieuses", du genre on flirte par SMS en faisant connaissance, le client pense un jour rencontrer une vraie femme.
"Un film porno, çà ne donne pas de réponse"
Pour le téléphone c'est du sexe. Donc oui, d'une certaine
manière c'est une ambiance de rédaction. Pour la webcam,
c'est différent, c'est dans une pièce à part. Il y a un matériel
pour faire du direct sur Internet, Elena, elle, s'occupe de traduire en off, les désirs de l'homme derrière sa webcam. Elle
fait aussi de la post-synchronisation pour le direct ".
Les hommes qui appellent sont-il vraiment dupes de cette
grossière illusion? Pensent-ils vraiment qu'Elena s'est branchée sur les lignes chaudes parce qu'elle a très envie de sexe?
Qu'elle est Française, qu'elle habite Villeneuve sous bois et
qu'elle rêve de trouver un petit copain? Elena dit: "Ils m'appellent uniquement parce que c'est mieux que de regarder un
film porno parce que le film porno ça donne pas de réponse".
* (centre d'appel téléphonique commercial, souvent installé à l'étranger, d'où des opératrices démarchent des clients
ou répondent à leurs demandes)
"Les filles sont étudiantes, niveau maîtrise
et leur français doit être irréprochable"
A
la suite du reportage diffusé
par Arte Radio, Julien
Trambouze a répondu aux
questions suivantes du journaliste:
Arte Radio: Qui dirige ce genre de
business?
Julien Trambouze: Le patron de la
boîte en question a un parcours plutôt
insolite, je ne le connais pas directement,
mais il est connu à Bucarest. C'est un
Français qui a été pendant deux ans
volontaire international au SAMU social
de Bucarest. Il a décidé de rester sur place
pour monter sa boîte de Call Center
porno; il a dans la même branche un call
center de dépannage informatique, donc
pour lui c'est juste le moyen de faire de
l'argent. A priori les patrons de ce genre
d'entreprise sont des investisseurs lambdas qui n'ont pas de lien avec le monde de
la prostitution ou de la mafia en particulier. En tout cas pas à ma connaissance…
A.R: Qui sont les filles?
J.T.: Les filles sont étudiantes, souvent avec un très bon niveau scolaire,
l'équivalent de la maîtrise, car forcément
leur français doit être irréprochable. Il y a
des femmes au foyer qui arrondissent
leurs fin de mois (elles ne travaillent que
de deux à quatre soirées maximum par
semaine). Et plus, il y a des actrices pornos pour les web cam.
A.R.: Pourquoi Elena a-t-elle
accepté de témoigner?
J.T.: Elena était étudiante en dernière année en sciences politiques quand je
l'ai rencontrée et enregistrée. Elle a passé
un an en France (Montpellier) pendant
ses études, ce qui explique son niveau de
français et le fait qu'elle n'a pas d'accent.
Elle a accepté d'être enregistrée, je pense,
pour ne pas oublier ce moment de sa vie.
Elle avait une distance très particulière
avec son "travail", sans traumatisme particulier et, avec beaucoup de détachement. Elle acceptait d'en parler régulière-
ment, comme un ouvrier qui sort du boulot. Le seul risque était de se faire pincer
et de perdre son travail.
A.R.: Elle gagnait combien de
l'heure ?
J.T.: En gros de ce que j'en sais, elle
touchait pour 3 nuits par semaine environ
400 € par mois, soit g 4 € de l'heure.
A.R.: le client sait qu'il appelle
l'étranger quand il fait un numéro de
téléphone rose?
J.T.: Tout le business est sur ça ; les
appels viennent de France, et les gens qui
appellent pensent que ce sont des femmes
françaises à l'autre bout du fil. Je pense
que les lignes sont reliées par Internet ce
qui permet de faire des économies sur les
lignes téléphoniques. Je ne suis pas très
au courant du système. Les gens ne
savent pas qu'ils appellent à Bucarest, ils
doivent pouvoir le savoir avec les
annonces éditeurs obligatoires sur ce
genre de ligne.
Les enfants fans du Net
6
0% des enfants roumains âgés de moins de 14 ans utilisent quotidiennement Internet, selon une étude réalisée par Intuitext et Itsy Bitsy FM. Le
rapport révèle que 43% des enfants vont sur Internet pour jouer en ligne,
19% pour parler sur Messenger, des "chats" ou des forums, et seulement 23% pour
chercher des informations pour leurs devoirs scolaires.
L'étude met aussi en avant l'inquiétude des parents face à cette omniprésence
d'Internet dans la vie de leurs enfants: 40% craignent notamment les messages vulgaires et inadaptés et 37% ont peur de l'impact des jeux violents. Mais malgré ces
craintes, seuls 25% des parents surveillent leur enfant quand il surfe sur le Net,
47,4% ne le font qu'occasionnellement, les 26% restants jamais. L'étude a été réalisée auprès de 3559 parents.
21
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Vie quotidienne
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BAIA
MARE
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CLUJ
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TIMISOARA
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GALATI
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PLOIESTI
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BUCAREST
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TULCEA
CONSTANTA
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Palais de Tsiganes
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La Roumanie pratiquement éliminée du Mondial 2010 d'Afrique du Sud
Limogé, le sélectionneur Piturca
veut aussi son parachute doré
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SINAIA
CRAIOVA
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BRASOV
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PITESTI
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TARGU
MURES
Sports
Les paysans bretons ont
la cote auprès des Roumaines
SUCEAVA
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ORADEA
Crise et xénophobie en Italie aidant…
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Jumelée depuis seize ans avec
Timisoara, Mulhouse a fourni à sa
partenaire roumaine une liste de
mendiants tsiganes qui opèrent dans
la ville alsacienne et ont sollicité de
sa mairie une aide sociale, lui demandant de vérifier s'ils y possédaient
des biens immobiliers. En visite, des
élus mulhousiens s'étaient montrés
surpris de découvrir les palais kitsch
que certains s'étaient faire construire,
les comparant aux villas de "Beverly
Hills". La vérification n'est cependant
pas facile à faire, des propriétaires ne
les ayant pas déclarés sous leur nom
et les clans familiaux auxquels ils
appartiennent ayant de nombreuses
ramifications. Chaque mendiant peut
rapporter jusqu'à 3000 € par mois au
réseau auquel il appartient.
La "guinessite"
de Pâques
La Roumanie n'en finit pas avec sa
"guinessite". La fièvre d'entrer dans le
livre des records est devenu une
ambition nationale. C'est ainsi qu'à
l'occasion de la Pâque orthodoxe le
record du plus grand oeuf de Pâques,
qui mesure 7,25 m de haut et pèse
1,8 tonne, a été établi dans le centreville de Suceava. Construit en fibre de
verre et décoré d'autocollants, il présente un diamètre de 4,6 m, a été
béni par des prêtres, puis mesuré par
un représentant du Guinness Book,
qui a remis au maire de la ville un
diplôme. Dans ce même département,
les habitants de la ville de Radauti
espéraient en cette journée pascale
recevoir un document similaire, après
avoir préparé un cozonac, traditionnelle brioche au fromage, pesant 140
kilos et d'un diamètre de 2,5 m.
L
es agences matrimoniales du Banat (Timisoara) auprès desquelles s'inscrivent des jeunes femmes roumaines rêvant d'un avenir autre que dans leur
pays ont noté un net changement de tendance ces derniers mois. Le "prince charmant" rêvé n'est plus le riche Italien quadragénaire, propriétaire de son entreprise, portant beau des costumes Armani au volant de sa voiture de luxe… mais le paysan breton, vieux gars célibataire au maillot de corps trempé de sueur quant le soir il
rentre avec son tracteur son chargement d'artichauts et de choux-fleurs.
La crise est passée par là et l'Italie paraît un pays moins sûr que la France pour y
faire sa vie. Mais aussi, les Roumaines sont indignées à l'idée du sort que pourraient
leur réserver les Italiens, à la suite de la vague de xénophobie que connaît ce pays: "Je
ne veux pas me faire traiter sans arrêt de putain, de voleuse, qu'il y ait du scandale
dans la rue autour de moi, que ma belle
famille ait honte parce que je suis
Roumaine" se révolte Miruna, une professeur de 40 ans qui recherche toujours
l'âme sœur, concluant "je préfère aller
en France où c'est plus tranquille pour
nous, même si parler le français est plus
difficile… mais je me débrouillerai".
Alina est du même avis, tout en se
montrant beaucoup plus terre à terre :
"Si tu vis à la ferme, t'es sûre au moins
de manger. Une poule est une poule, les légumes poussent dans le jardin, les vaches
donnent du lait et se fichent bien de la crise". Dans les agences matrimoniales, on note
que les fermiers bretons sont de plus en plus une valeur recherchée : ils ont leur propre
affaire, agricole - et non pas des actions en bourse -, avec des vaches, moutons, des
hectares de terre cultivable ou de vergers, ce qui garantit une vie décente.
Laura, 35 ans, a décidé de franchir le pas, conseillée par une amie. "Celà n'a pas
été facile de prendre une décision parce que la vie à la campagne ici est misérable"
confie-t-elle, "mais j'ai vu des films, et en France on ne vit pas comme çà; les différences sont grandes. Tout est automatisé, on a les machines qu'on veut… on trait
même les vaches par ordinateur", avant de se convaincre "je crois que le fermier français est une variante très bonne. Surtout maintenant ! çà n'a rien à voir avec le tractoriste de chez nous".
Aujourd'hui, l'offre masculine sérieuse vient de France
Adriana, qui dirige une agence matrimoniale de Timisoara est formelle : "La peur
de la crise a changé radicalement le regard des Roumaines en quête d'un mari et sollicitant ses services. D'emblée, la majorité tourne leurs regards vers l'étranger et les
propositions viennent surtout d'Italie et de France. Si le partenaire présenté a une
maison et un travail, l'affaire est déjà bien engagée. En outre, s'il a une protection
sociale, c'est très sécurisant psychologiquement pour la jeune femme".
Adriana reconnaît qu'il y a peu de romantisme dans cette démarche, la motivation
étant maintenant surtout économique. Elle note aussi que les Roumaines du Banat se
sont un peu lassées des frimeurs italiens que l'on voit draguer au volant de leurs décapotables dans les rues de Timisoara ou d'Arad. Les pizzas, les pâtes, la canzonetta ou
la dernière mode de Milan ont moins d'attrait. "Aujourd'hui, l'offre masculine sérieuse vient de France" constate-t-elle. Adriana, qui n'a jamais entendu parler du film "Je
vous trouve très beau" (notre photo) a déjà formé quelques couples franco-roumains.
Plusieurs de ses clientes avaient effectué préalablement le déplacement en Bretagne
pour visiter la ferme de leur prétendant, lequel avait payé le voyage.
D
éfaite en mars 23 à Constantsa
devant la Serbie,
cinq jours avant un nouvel
échec devant l'Autriche (2-1)
à Klagenfurt, et ainsi prati“Le toupet de Piturca n’a pas de
limite” pour ce caricaturiste qui quement éliminée de la courn’apprécie pas ses prétentions. se à la qualification pour le
mondial 2010 en Afrique du Sud, l'équipe de football de
Roumanie fait pâle figure. Seule l'équipe finissant en tête du
groupe est qualifiée automatiquement, le second devant disputer des barrages. Avant dernière du groupe 7 à huit points de
la Serbie, la Roumanie en totalise seulement quatre, six points
derrière la France, deuxième, qu'elle doit rencontrer en septembre (2-2 à Constantsa l'an passé). Outre leur rencontre à
Paris, la suite du programme des Roumains prévoit des déplacements en Lituanie, en Serbie, et deux matches à domicile
contre l'Autriche puis les Iles Féroé.
"L'homme à abattre" en Roumanie
La première victime de ce parcours calamiteux a été le
sélectionneur Victor Piturca, limogé deux semaines plus tard,
et dont on attend de connaître son successeur qui devrait être
Gheorghe Hagi.
Le traitement réservé en France à son collègue Raymond
Domenech, lui aussi menacé, lui a semblé sans doute bien
doux en cette fin de mars, en comparaison de celui qui lui a été
accordé dans son pays, où il est devenu le véritable "homme à
abattre". Les médias roumains n'ont pas manqué de souligner
qu'il a fallu un cordon de gendarmes pour le protéger des supporters roumains, lors de sa sortie du stade en Autriche.
"Piturca a réussi à enterrer définitivement la Nationale",
titrait le quotidien Gazeta Sporturilor, dont un éditorialiste
estimait que le sélectionneur avait plongé l'équipe dans "le
noir total" et qu'il "était urgent de le remplacer". "Dehors
Piturca", clamait à la Une le quotidien Adevarul, considérant
que le football roumain n'a "jamais vécu une telle humiliation", en référence au parcours des qualifications (1 victoire, 3
défaites et 1 nul), et que "ce calvaire devait prendre fin".
Romania Libera allait même jusqu'à suggérer le lancement d'une "quête publique" pour réunir les 600 000 euros
figurant dans la clause de départ de Piturca avant la fin de son
mandat prévu au terme de ces qualifications. Car, sans-doute
inspiré par les stock-options et autres prébendes que se sont
accordés les banquiers de Wall Street, de la City ou de Paris et
les dirigeants de grandes entreprises, le sélectionneur s'est
accroché becs et ongles à son "parachute doré", clamant partout qu'il ne démissionnerait jamais.
De longues négociations avec sa fédération, pour l'amener
à raison, n'ont rien donné dans un premier temps. Piturca
menaçait de procès ses anciens employeurs, lesquels lui faisaient valoir que l'objectif de qualification fixé dans le contrat
n'avait pas été atteint. Finalement, les deux parties semblaient
s'être mises d'accord sur la somme de 300 000 €, mais Piturca
a ensuite démenti pour faire monter les enchères. La
Fédération a finalement désigné Razvan Lucescu, 40 ans,
entraîneur du FC Brasov pour lui succéder. Il s'agit du fils de
l'entraîneur des Ukrainiens du Shakhtar Donetsk Mircea
Lucescu. Il percevra 250 000 euros par an et, en cas de qualification pour l'Euro, un bonus de 500 000 euros.
Symbole de la dérive du football roumain
Outre son échec sportif dans la course à la qualification
pour 2010, Victor Piturca symbolise la dérive du football en
Roumanie. L'ex-sélectionneur est impliqué dans une affaire de
corruption remontant à l'an passé. Gigi Becali, le dirigeant du
Steaua, avait alors fait remettre à une équipe de Cluj une valise de billets d'un montant de 1,7 millions d'euros afin d'arranger le résultat d'un match et permettre ainsi à son club de remporter le championnat. Piturca avait servi de faux témoin à
Becali devant la Justice, affirmant que cette valise devait servir à acheter un terrain.
Lazlö Boloni, l'entraîneur roumain qui opère en France et
en Belgique ne s'est pas trompé sur l'état du football dans son
pays natal, en refusant sèchement la proposition de sa fédération d'origine de prendre la succession du sélectionneur.
Prostituées offertes à deux arbitres danois de hand-ball
D
eux arbitres danois ont refusé
une offre de 30 000 euros
chacun et les services de
deux prostituées pour favoriser la
Roumanie au détriment du Monténégro
en juin 2008, a annoncé le président de la
Fédération danoise, Per Rasmussen.
Selon le quotidien danois JyllandsPosten, les deux arbitres Martin Gjeding
et Mads Hansen, désignés pour ce match
de qualification au Mondial 2009, ont
ainsi été accueillis à l'aéroport d'Oradea
par le sélectionneur roumain, Omer
Aihan, et le vice-président de la
Fédération roumaine Paleu Petre.
Ces derniers leur auraient ensuite
proposé l'argent et les services de deux
jeunes femmes. Les arbitres ont immédiatement rejeté la tentative de corruption
et adressé un rapport à la Fédération
européenne de handball.
"Nous n'avons eu connaissance de
cette affaire que huit mois plus tard, ce
qui est très insatisfaisant car nous
aurions dû être informés depuis longtemps", a déclaré M. Rasmussen, ajoutant
qu'il avait ordonné une enquête. La
Roumanie avait finalement remporté le
match (29-24) et s'était qualifiée pour le
Mondial en Croatie.
31
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Les succès d'un paysan
roumain exilé sur YouTube
Emigration
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BAIA
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IASI
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MURES
ARAD
Adrian donne
de ses nouvelles sur Internet
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SIBIU
TIMISOARA
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CRAIOVA
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BUCAREST
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Solidarité
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Réagissant à la vague de xénophobie anti-roumaine qui déferle sur
l'Ita-lie, la maire de Milan, Letizia
Moratti, a acquitté sur ses propres
deniers l'amende de 100 € infligée
par la police à un artiste ambulant
roumain, dûment autorisé, qui proposait son spectacle de plein air dans
une rue du centre-ville, à quelques
dizaines de mètres en dehors du
périmètre réservé à cet effet.
Outré par ce comportement des
policiers locaux, le romancier et metteur en scène Dario Fo, lauréat du
prix Nobel de littérature, avait également offert de payer le PV.
10 à 15 000 Tsiganes
étrangers vivraient
en France
Entre 10 000 et 15 000 Tsiganes
étrangers vivraient en France, selon
les estimations. Dans leur très grande majorité, ils sont originaires de
Rou-manie et de Bulgarie et sont
donc devenus, le 1er janvier 2007,
citoyens européens. A ce titre, ils
bénéficient de la liberté de circulation. Mais ils de-meurent soumis à
des dispositions particulières en
matière d'emploi.
S'ils n'obtiennent pas l'autorisation
de travailler, ce qui est fréquent, ils
doivent justifier de "moyens de subsistance suffisants". Faute de quoi,
ils sont susceptibles d'être expulsés.
En 2008, sur les 29 796 étrangers
expulsés, 10 072 Roumains et
Bulgares ont été renvoyés dans leur
pays avec une aide au retour dite
"humanitaire" (300 euros par adulte
et 100 euros par enfant), développée
depuis l'été 2007.
A
drian Tudor raconte sur YouTube (site Internet d'hébergement de vidéos
sur lequel les utilisateurs peuvent envoyer, visualiser et se partager des
séquences vidéos) comment son émigration a réussi. Il vient de se payer
une Audi, "incredibil"! La séquence fait le tour du monde, créant du lien social entre
les Roumains en exil et leurs compatriotes restés au pays.
Adrian Tudor a émigré dans le sud de l'Espagne pour y cueillir les fraises. Il donne
de ses nouvelles chez lui par une vidéo postée sur YouTube. Il rassure tout de suite,
les nouvelles sont bonnes, son projet a réussi, il vient de se payer une Audi, oui, parfaitement, une Audi. Il la montre en commentant la sensation: le volant en cuir, les
jantes argentées, la place pour un siège d'enfant: "incredibil !", ("incroyable !"), dit-il
à tout bout de champ. Il fait le tour du véhicule, caresse le carénage, s'arrête devant la
plaque d'immatriculation authentique, "incredibil !". Il sort les papiers à son nom et à
chaque ligne s'exclame, "c'est à moi, c'est ma voiture… Incredibil !". A la fin, il se
moque: "Non, c'est une blague, l'Audi n'est pas à moi, elle est à la banque et les traites
sont chères… Ne m'enviez pas, soyez heureux !"
D’Espagne, du Canada, de Dubaï
Son village visionne le message qui fait rire tout le monde. Ses camarades montent à leur tour des vidéos pour se moquer. L'un d'eux présente sa charrette à bois
comme si c'était une Audi, sur le même ton, en ponctuant chaque détail par cet "incredibil !" qui a eu tant de succès. Un autre présente son motoculteur "décapotable". Un
autre encore la niche du chien "rouge Ferrari" dont il fait visiter l'intérieur et l'extérieur avec le même enthousiasme que celui d'Adrian Tudor.
Puis, comme on est sur YouTube, les immigrés roumains d'ailleurs entrent dans le
jeu: du Canada, des Etats-Unis, de Zurich, du Congo, de Dubaï, chacun en rajoutant
dans le dérisoire. Cent vingt répliques parodiques qui décrivent avec humour la situation plutôt précaire des migrants roumains et dénoncent métaphoriquement les clichés
qui leur collent à la peau… voleurs, menteurs, tricheurs. La série culmine par la vidéo
d'un immigré chinois en Roumanie, qui bien sûr est fier lui aussi de sa voiture, une
"bagnole" plutôt basique en réalité. "Taran in Spania" ("Paysan en Espagne") est
devenu le lieu de rencontre dans la dérision de milliers de Roumains de Roumanie et
d'ailleurs et son héros, Adrian Tudor, s'est fait une réputation.
Papy fait connaissance avec son petit fils sur le Web
Autre exemple d'usage du Web 2.0. Un grand-père resté en Roumanie joue tous
les soirs avec son petit-fils installé avec ses parents aux Etats-Unis. Ils ne se sont
jamais vus, leur relation s'est nouée grâce à Skype (logiciel qui permet de se téléphoner gratuitement entre deux ordinateurs, tout en se voyant à l'écran). Ils connaissent la
forme de leur corps, leurs gestes, leur voix. Mais pas l'odeur ni le toucher. L'histoire
dira de quel genre de relation il s'agira.
On connaît aussi des papis ou même des papas éloignés pour cause de travail qui
jouent aux échecs avec leurs enfants à travers la Toile, à l'image de ces innombrables
clubs de jeux qui se sont créés par Internet depuis quelques années.
A part cette communication privée sur le Web, on ne compte plus le nombre d'agoras électroniques créées par les migrants dans de nombreuses villes du monde, soit
pour s'entraider, soit pour fabriquer des liens, soit encore pour se faire connaître dans
la société d'accueil. Le Romanian Portal à Toronto, par exemple, véhicule toutes les
informations nécessaires à la vie des Roumains dans cette ville.
Joëlle Kuntz (Le Temps)
Les Roumains sont parmi les plus dépensiers du monde
Vie quotidienne
L'alimentation "mange" le budget des familles
SUCEAVA
l
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
L
e Département d'Etat américain pour l'agriculture a
publié une étude faisant le point sur le coût de l'alimentation dans 71 pays du monde. C'est aux USA
que celle-ci prend la place la moins importante dans le budget
familial, représentant 5,7 % des dépenses et une somme de
1935 dollars par an et par personne. L'Irlande figure en seconde position, loin derrière (8,2 %, 2160 dollars).
Ce classement permet aussi d'évaluer le niveau de vie des
populations dans la mesure où il détermine les ressources restant à leur disposition pour d'autres dépenses. La Roumanie se
retrouve au 56ème rang, avec 34,3 % (1834 dollars),
l'Azerbaïdjan occupant la dernière place (50 %).
Il apparaît donc que les Roumains dépensent pratiquement
autant pour manger que les Américains dont les revenus sont
entre 6 à 10 fois supérieurs. Cette différence se retrouve en
comparant avec les pays européens occidentaux où les salaires
sont également nettement plus élevés: Grande Bretagne, 2351
dollars, Pays Bas, 2224 dollars, Allemagne, 2500 dollars…
Les voisins de la Roumanie dépensent beaucoup moins en
étant plus riches: République Tchèque, 29ème (16,2 %, 1356
dollars), Hongrie, 30ème (17 %, 1508 dollars), Pologne,
37ème (20,6 %, 1375 dollars). Même la Bulgarie, considérée
comme plus pauvre fait mieux, 35ème (20 %, 735 dollars).
Les analystes mettent en cause deux facteurs pour expli-
quer la mauvaise situation roumaine: la carence de l'Etat qui
s'est désintéressée de l'agriculture depuis 20 ans et l'a laissée
péricliter, les pratiques archaïques des agriculteurs, incapables
de se moderniser, privilégiant une agriculture individuelle de
survie sur quelques hectares à un mode de production coopératif et professionnel.
Les paysans roumains produisent peu et cher
Il n'en fallait pas plus pour voir l'agriculture s'effondrer, la
Roumanie être obligée d'avoir recours à l'importation pour
assurer l'alimentation de sa population, phénomènes entraînant
l'explosion des prix. Les paysans roumains produisent peu,
cher et sans respecter les standards de qualité. Les distributeurs et les grandes surfaces préfèrent importer qu'avoir à
signer des contrats avec des milliers de petits producteurs.
C'est ainsi que les Roumains doivent se contenter de manger
les tomates sans goût des hypermarchés alors que celles des
jardins, gorgées de soleil, sont délicieuses… mais les paysans
préfèrent jeter leurs légumes que les vendre à bas prix.
Le rapport américain indique également qu'avec 5% de
leur budget familial consacré à la boisson et aux cigarettes, les
Roumains sont parmi ceux qui se laissent le plus tenter par les
"paradis" artificiels.
Le petit ramoneur fait école
M
ircea Balsoianu aime tout
ce qui est moderne et enrage de voir la Roumanie à la
traîne dans bien des domaines. Originaire
de Petelea, près de Pitesti, cet employé de
Distrigaz a décidé de se mettre à son
compte… en se faisant ramoneur. Un
métier qui n'existe pratiquement plus en
Roumanie, dont l'image renvoie aux
contes d'Andersen. Les installations de
chauffage d'aujourd'hui n'ont plus rien à
voir avec les cheminées pleines de suie
d'autrefois et on peut exercer cette profession sans rentrer chez soi en étant noir
des pieds à la tête, pour peu que l'on
s'équipe de manière adéquate.
Le Muresan s'est donc formé par luimême, en suivant des cours sur Internet et
a voulu parfaire sa formation en
Allemagne. Rétif à la mentalité d'OutreRhin, trop rigide à son goût, il a finalement émigré en Italie où le climat de dialogue et de convivialité lui convenaient
nettement mieux.
Depuis son retour, Mircea Balsoianu
ne manque pas de travail. Des administrations ont recours à ses services et il
doit faire la navette entre Brasov et
Bucarest où on fait souvent appel à lui.
Au point qu'il a dû embaucher une ramoneuse… qui n'est autre que sa femme.
Cette demande lui a donné l'idée de créer
une école de ramonage, en 2007, qui a
toute de suite rencontré un vif succès, 70
personnes s'inscrivant à la première session pour un coût de 110 €.
La formation est sanctionnée par un
diplôme qu'il délivre, reconnue par la
profession des chauffagistes, assurant un
débouché aux élèves.
Porte-bonheur
dans les mariages
Pour autant Mircea Balsoianu (notre
photo) n'échappe pas à la tradition collant
à la peau des ramoneurs et qui veut que
toucher leur main porte bonheur. Quelque
soit l'entreprise où il intervient, le patron
ne manque pas de venir le saluer.
Croisant sa camionnette lors de la dernière campagne électorale, le député sortant
de sa circonscription a fait demi-tour sur
la route… pour s'assurer de sa réélection.
L'an dernier, le capitaine de l'équipe
nationale de foot, Cristian Chivu, s'est
plié à la coutume avant une rencontre
internationale… et a marqué le but victorieux des Tricolores.
Cette notoriété fait l'affaire du ramoneur, de plus en plus demandé dans les
noces pour porter bonheur aux jeunes
mariés, ce qui est devenu un autre volet
de son activité.
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Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Récit d'une adoption
Vie quotidienne
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Calvaire
pour chameaux
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alouettes à Ploiesti, la cité du pétrole
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de consommation tend à être dupliqué à l'Est, avec les mêmes erreurs
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TIMISOARA
Dans le Gers, Ioan s'éclate
SUCEAVA
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MARE
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Un camion en provenance d'une
des 21 républiques russes, la
Kalmoutie, transportant 20 chameaux
à destination d'un cirque bulgare installé à Sofia, a été bloqué pendant 48
heures à la frontière entre la Moldavie
et la Roumanie, à Abita (judet de Iasi)
à la mi-février. Ses documents étant
en russe, la douane roumaine les a
envoyés à traduire avant de donner
son feu vert. Il s'agissait d'une étape
de plus dans le calvaire de ses animaux, partis un mois plus tôt de leur
république caucasienne (76 000 km
2, 300 000 habitants, capitale: Elista),
la seule faisant partie du continent
européen à avoir une population à
majorité boudhiste. La camion avait
déjà été bloqué pendant 15 jours à la
frontière entre la Russie et l'Ukraine,
les chameaux se trouvant dans des
conditions précaires, souffrant du
froid, l'un d'entre eux mourant d'asphyxie, d'autres se blessant.
Plus d'un million de
litres de vin confisqués
Les policiers ont saisi plus d'un million de litres de vin contrefait à la mimars dans le judets de Vrancea (Focsani). L'opération a été menée après
que du vin composé d'autres ingrédients que du raisin ait été découvert
dans des supermarchés de Bucarest.
Plus de 50 producteurs de Vrancea
ont été contrôlés et la majorité de leur
production ne répondait pas aux
normes. Ces vins sont faits avec de
l'eau, du sucre, des ferments sélectionnés et autres arômes et colorants.
Ces boissons ont été retirées du marché et des poursuites pénales ont été
lancées à l'encontre de 16 personnes
pour falsification et évasion fiscale.
L
'adoption d'enfants roumains a suscité de nombreuses controverses à la
suite de dérives et de trafics, entraînant sa quasi-interdiction. Il ne faut
pourtant pas oublier que dans l'immense majorité des cas, elle a apporté
d'immenses bonheurs aussi bien pour les enfants qui ont eu ainsi la chance de trouver
un foyer aimant et un avenir, qu'aux parents adoptifs. Le témoignage émouvant d'une
famille condomoise du Gers (notre photo) dans le quotidien La Dépêche du Midi est
là pour le rappeler. Récit d'une adoption réussie, il y a 8 ans, en Roumanie.
Tout n'est pas noir pour autant! Les initiatives pour préserver l'environnement existent même si elles sont difficiles à
mettre en place. J'ai rencontré Sabina et Lucian, les vice-présidents de la jeune association ZAPODIA. Ils développent la
sensibilisation auprès des jeunes et moins jeunes pour préserver le cadre de vie.
Des jeunes refusent de rester les bras croisés
"À 4 ans, j'ai commencé à avoir
beaucoup de questions sur ma naissance"
"Au récent carnaval de l'école, Ioan n'a pas eu à forcer le trait pour ressembler à
Harry Potter. Tout mignon derrière ses "binocles" rondes, Ioan Laborde, 10 ans et
demi, s'amuse de cette ressemblance autant qu'elle ravit Bernard et Dody, ses parents
adoptifs. "En avril 2001, 18 mois à peine après notre demande d'agrément, nous rentrions de Roumanie avec Ioan dans les bras" rappelle le couple.
C'est par hasard qu'il s'était tourné vers la Roumanie où, après avoir satisfait en
France aux différentes enquêtes psychologiques et sociales, il se rendit
pour la première fois en novembre
2000. Sans enfant, Bernard et Dody
souhaitaient en adopter un, de moins
de 4 ans, en bonne santé. Ce fut Ioan
alors âgé de 2 ans et demi et placé en
famille d'accueil par les autorités
roumaines qui géraient le cas de ce
bébé abandonné.
Son adoption plénière se fit en
Roumanie: Ioan est donc arrivé
"Laborde", à Condom. Malicieux, plein de vie, câlin, sportif (judo, tir à l'arc) et abonné à la ludothèque municipale, Ioan très prévenant pour les vieux os de Sam le "pépé"
chien (17 ans) de la maison, fait le bonheur de ses parents. Et tout indique que la réciproque est vraie. "À 4 ans, j'ai commencé à avoir beaucoup de questions sur ma naissance et sur mon pays d'origine", affirme le garçonnet qui annonce en s'esclaffant que
"grand, je serai banquier, trois jours par semaine à New York, les quatre autres à
Bucarest". Où il a séjourné l'été dernier ainsi qu'à Arad, la ville où il a vu le jour.
Rassuré sur son passé
"Très tôt Ioan a manifesté de l'intérêt pour son passé". Ses parents attendirent
qu'il soit "plus grand" pour satisfaire cette attente, comblée l'an passé. Quinze jours
en Roumanie avec la (bonne) surprise d'être attendu par la famille d'accueil à l'aéroport. "Heureusement qu'avec maman on a feuilleté l'album photos avant de partir
sinon je ne savais qui c'était", s'amuse le gamin qui retrouva de la sorte, "mon frère".
En l'occurrence un garçon de 8 ans, placé lorsqu'ils étaient bébés dans la même famille d'accueil et qui n'a jamais été adopté.
"J'aurai bien voulu qu'il devienne mon frère pour de bon", ajoute le petit
Condomois. Un frère ou une sœur pour Ioan ? Bernard et Dody y ont songé un temps.
Mais pour eux, ça n'aurait pu être qu'un autre enfant roumain "or, en matière d'adoption, ce pays s'est totalement fermé peu après, l'arrivée de Ioan". Il sera donc très vraisemblablement l'enfant unique des époux Laborde. Selon eux, ce retour en Roumanie
a "rassuré" Ioan moins en questionnement depuis qu'il a vu son pays", avec ses yeux
d'enfant de 10 ans. "Juste après la visite de château de Bran, celui de Dracula, j'ai
perdu une canine" se plaît à ajouter le sosie de Harry.
L'histoire débute il y a trois ans au lycée, où une bande de
copains (notre photo) décident qu'il n'est pas possible de rester les bras croisés face à toutes ces pollutions, et qu'ils ne doivent pas attendre que la municipalité ou le gouvernement agissent. Les premières actions se répandent d'un lycée aux autres
puis aux collèges. Le groupe grandis à une vingtaine de
membres actifs et sors des murs des établissements scolaires.
La première action du groupe sera de nettoyer les abords
de l'hôpital départemental. Situé à la limite de la ville, le terrain vague qui jouxte le bâtiment accueille toutes sortes de
déchets : plastique, textile, métal, gravats... Des semaines d'actions sont également organisées, par exemple à Poiana Brasov,
une station de ski réputé. Des messages incitant à ne pas jeter
les déchets dans
la nature sont
placardés le long
des pistes.
Peu à peu,
des partenariats
se créent. Des
séances de deux
cours d'éducation à l'environnement ont eu
lieu l'an dernier et un concours a été organisé entre les écoles
de Ploiesti. C'était une première pour les enfants qui pouvaient
de plus réagir sur un blog créé pour l'occasion. ZAPODIA a
également fait un sondage dans la rue pour demander à leur
concitoyen ce qu'ils connaissent des actions de leur mairie
dans les domaines de l'eau et des déchets par exemple.
Une société devenue méfiante
envers les campagnes de sensibilisation
Les freins à de telles initiatives sont cependant nombreux.
Le principal reste
l'héritage
communiste. La
dictature
réclamait
un quota
de verre et
de papier
à rapporter pour chaque habitant. Le mot recyclage n'existait
par, il s'agissait de réutiliser les ressources disponible dans un
pays fonctionnant en partie en autarcie. Les ressources étaient
utilisées pour des projets pharaoniques, comme le creusement
d'un canal reliant le Danube à la mer noire ou le palais de
Ceausescu.
La population était rationnée pour les produits alimentaires comme le pain, le sucre, l'huile, la viande etc... Le gouvernement menait des campagnes incitant à économiser l'eau
ou le gaz, des ressources disponibles seulement quelques
heures par jours. Cette époque pas si lointaine a laissé des
traces dans la mentalité roumaines. Les campagnes actuelles
de protection de l'environnement ont un but différent, mais le
message reste à peu près le même et il est difficile de le faire
passer.
On retrouve finalement la problématique du développement. Notre société occidentale est un miroir aux alouettes. La
prospérité de l'Ouest est déversée à l'Est par les médias. Notre
modèle polluant de société de consommation tend à être répliqué, avec les mêmes erreurs. Espérons que les roumains se
réveilleront plus tôt que nous et qu'ils arriveront à développer
leur bien être sans l'accompagner du pillage et de la destruction des ressources naturelles qui les environnent".
Benoît Kubiak (www.Médiaterre)
*Géographe de formation, originaire de Autun en
Bourgogne, Benoît Kubiak a 30 ans. Il a décidé de partir en
voyage et de présenter sur son site web www.avenirclimat.info
les témoignages de celles et ceux qui luttent quotidiennement
contre le changement climatique: Son périple l'emmène pendant 2 ans à travers une trentaine de pays sur deux continents:
plus de 40 000 km sans avion car "celui-ci est le mode de
déplacement le plus polluant par passager transporté". Taxi,
bus, bateau, cargo, train ou auto-stop, tous les moyens de
transports en communs sont utilisés.
Le manque de culture peut coûter cher
N
e pas connaître la Roumanie
peut coûter cher. Lors de
l'émission "Devenez millionnaire" de RTL Allemagne, un candidat
n'a pas su répondre à la question: "Quelle
capitale d'Europe de l'Est n'est pas traversée par le Danube?", perdant du coup
16 000 €. Il avait demandé le renfort de
sa mère qui lui avait soufflé Belgrade au
lieu de Bucarest et a dû se contenter de
500 €, se vengeant en lui confiant que s'il
avait eu la bonne réponse, il l’aurait l'emmener en vacances à Hawaï.
Quelques mois plus tôt, un autre can-
didat interrogé pour 32 000 € pour savoir
dans quel pays se situait actuellement
l'ancienne province de Dacie, et
conseillé… par un professeur de géographie, avait répondu le Maroc, ayant aussi
le choix entre Roumanie, Estonie et
Pakistan.
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Les NOUVELLES de ROUMANIE
Environnement
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Recyclage:
la Roumanie
peut mieux faire
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réussie, il y a 8 ans, en Roumanie
et fait le bonheur de ses parents
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Le modèle polluant des sociétés
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
En matière de recyclage, la
Roumanie se situe à l'avant dernière
place en Europe, juste devant la
Bulgarie, où l'on ne recycle aucun
déchet, selon une étude de l'Institut
des statistiques européen Eurostat,
effectuée sur des données récoltées
en 2007. Un roumain génère 379 kg
de déchets par an et n'en recyclerait
qu’environ 1%.
Les "restes" seraient directement
jetés dans les poubelles classiques.
Juste devant la Roumanie figure la
Lituanie, qui recycle annuellement
4% de ses déchets, puis Malte (7%)
et la Pologne (10%). Aux premières
places de ce classement, on trouve
l'Allemagne qui trie 99% de ses
ordures ménagères, les Pays-Bas
(97%), la Belgique et la Suède (96%)
et à la cinquième place le Danemark
(95%).
Le palais
de Ceausescu
plus écolo
Les députés ont voté la création
d'un groupe de travail pour l'élaboration d'un projet dont le but est de
rendre le Palais du Parlement (appelé aussi palais de Ceausescu) plus
écologique. L'idée: transformer le
plus gros consommateur d'énergie
électrique de Bucarest en une
construction 100% écologique à l'aide de panneaux solaires et photovoltaïques ou encore de petites
éoliennes.
Le Palais de Parlement ne devrait
plus fonctionner à terme que grâce à
l'énergie renouvelable.
loiesti, ville de 250 000 habitants à 50 km au nord de Bucarest n'a
assurément rien de touristique. Elle s'est développée autour de l'industrie du pétrole, ou plutôt l'inverse: puits de pétrole et raffineries
l’encerclent de toutes parts. Les maisons aux façades sculptées construites à l'âge
d'or rappellent que la région a été aussi riche que la Suisse. Quelle est la place de
l'écologie dans cette ville qui se relève tout juste de la période communiste ? De
son passage dans cette ville, Benoît Kubiak*, sur le site Internet www.Médiaterre
d'information mondiale pour le développement durable, tire des enseignements
tout aussi valables pour nombre de pays de l'Est qu'il a traversés.
P
Un air irrespirable un jour sur deux
"Certaines zones industrielles de Ploiesti sont maintenant abandonnées, laissant
des friches parcourus par les tsiganes à la recherchent de métal à revendre. Les raffineries en fonctionnement ont obtenu une dérogation jusqu'en 2012 pour se mettre aux
normes européennes.
Résultat: un air irrespirable un jour sur
deux lors de mon
séjour. Une odeur de
souffre et une poussière noire envahie la
ville jusqu'à l'intérieur
des appartements. L'or
noir pollue également
le sol. La zone Sud de
la ville repose sur une
couche de pétrole
enfouis à un mètre de profondeur. Une partie provient des bombardements américains
de 1943 qui visaient les raffineries, une autre provient des stocks déversés par les allemands pour éviter qu'il ne tombe aux mains de l'armé alliés qui progressait.
Un individualisme tape à l'oeil
Même si la Roumanie reste un pays pauvre par rapport à l'Europe de l'Ouest, les
salaires sont en hausse. Mon hôte français travaille depuis 5 ans dans le pays, le salaire moyen étaient de 150 € par mois et atteignent actuellement les 350 €. Débarrassé
de la dictature de Ceausescu et du collectivisme, les roumains sont passé dans un individualisme tape à l'oeil. En quelques années, les vieilles Dacia font places aux voitures
étrangères les plus grosses possible pour lesquelles les familles s'endettent sur des
dizaines d'années.
Les déchets sont collectés par une entreprise française en délégation de service
public. Le service fait ce qu'il peut face à l'indiscipline des habitants qui n'hésitent pas
à jeter leurs déchets un peu n'importe où. Mon immeuble a été construit à l'époque
communiste pour héberger les membres de la Securitate, la terrible police politique, et
bon nombre de policiers de la zone, et leur famille.
L'immeuble est prévu pour environs 600 habitants. Une ouverture par étage permet aux habitants de se débarrasser de leurs ordures qui atterrissent dans un local sans
poubelle dont la porte reste ouverte. Les tsiganes viennent effectuer leur activité traditionnelle de récupération des matériaux recyclables (métaux et bouteilles en PET),
et aussi les restes de nourriture qui peuvent servir aux cochons. On constate hélas que
des personnes très pauvres et même sans domicile viennent régulièrement y trouver de
quoi manger ou de quoi revendre. Enfin, les chiens viennent fouiller les restes à la
recherche de nourriture.
La Roumanie, "un beau pays" dit-il, "j'espère que la prochaine fois, je visiterai le delta du Danube avec sa plus grande variété de pélicans d'Europe". Une prochaine fois qui se
présentera sans doute bien avant que Ioan ne soit… banquier à
New York. Bernard et Dody Laborde ne veulent rien exclure
notamment pas qu'un jour l'appel de la Roumanie soit le plus
fort pour leur fils. Ils lui ont ouvert leur cœur pour son bonheur
et le leur. Quelque soit son destin, son bonheur fera le leur.
Les Laborde sont aujourd'hui engagés activement dans
l'association EFA 32 (Enfance et Famille d'Adoption du Gers)
où leur expérience leur permet d'écouter, conseiller les personnes qui souhaitent adopter. "Nous souhaitions rendre à EFA
32 ce qu'elle nous a donné, lorsque nous nous sommes trouvés
dans leur situation" confient-ils.
A savoir
La météo roumaine
prévoit un bel été
souriants et les vendeuses de magasins
n'oublient plus de rendre la monnaie…
Les températures pour le mois de mai
devraient osciller entre 12 et 16°, selon
les prévisions de l'Administration nationale de météorologie (ANM), rendues
publiques fin mars. Ce dernier mois du
printemps sera également marqué par des
envolées du mercure pouvant dépasser
30° et, dans certaines régions, par des
températures nocturnes très proches de
zéro, voire négatives. Pour les mois de
juin, juillet et août, le mercure sera audessus des normales saisonnières avec
des périodes de canicule très courtes. Mis
à part ces pics de chaleur, les moyennes
devraient se situer entre 18 et 22° en juin
et juillet, et entre 18 et 24° en août.
Qui est le débiteur roumain?
La crise joue
sur le psychisme
Depuis quelques mois et le début de
la crise financière, les Roumains sont de
plus en plus nombreux à souffrir de
troubles psychiques: le nombre de patients a augmenté de 30% en moyenne
dans les services de psychiatrie de Roumanie. Principaux maux: troubles dépressifs, attaques de panique et dépression
avec tendances suicidaires. Le nord est du
pays semble la région la plus affectée par
ce phénomène.
… Mais a de bons côtés
Le quotidien Adevarul note que la
crise a aussi des bons côtés. Il rapporte
que dorénavant les taxis de la capitale
acceptent de faire des petites courses,
comme se rendre de la place Victoria à la
Place Romana, les firmes de nettoyage ne
rechignent plus aux tâches modestes, les
serveurs de restaurant se montrent plus
C'est un homme, il a entre 18 et 20
ans, et vit dans le judets de Giurgiu. Tel
est le portrait robot du débiteur roumain,
en retard dans le paiement des traites de
son crédit à la banque. Selon l'étude réalisée par le Bureau du crédit, il doit généralement rembourser une somme restante
peu importante, qu'il a empruntée dans le
cadre d'un crédit à la consommation.
Hackers sous les barreaux
La police roumaine a arrêté 22 personnes à Timisoara, Caransebes, Lugoj,
Pitesti et Hunedoara. Elles sont soupçonnées d'avoir mis en ligne des pages
Internet "clones", copies-conformes de
sites officiels de banques afin de collecter
les informations confidentielles des
clients et de vider leurs comptes.
Cette cyber-fraude a fait des victimes
notamment en Italie et en Espagne et
aurait rapporté aux pirates plus de
350000 €, selon les estimations de la section contre le crime organisé de
Timisoara. Ces réseaux étaient surveillés
depuis près d'un an.
Par ailleurs un réseau de cinq hackers
roumains âgés de 20 à 32 ans qui ont
causé des préjudices d'un montant de 800
000 dollars à plusieurs compagnies pharmaceutiques aux Etats-Unis a été démantelé en collaboration avec le FBI, après
des perquisitions menées à Bucarest,
Constanta et Timisoara.
Arrêtée à 120 reprises
A 14 ans à peine, Nadia, une jeune
tsigane Roumaine qui vit en Espagne,
affiche un "palmarès" pour le moins
impressionnant: en un an, la jeune fille a
été arrêtée 120 fois par la police madrilène pour vol. Elle a également été placée
en centres pour adolescents en difficulté à
plusieurs reprises mais récidive à chaque
fois. Surnommée "la reine des pickpockets", elle est devenue le cauchemar des
policiers espagnols et surtout le symbole
de l'incapacité de la police et du système
social de prendre en charge les mineurs
sous la dépendance de réseaux criminels.
Plaques d'égout
Les riverains de la strada Viitorului
(rue de l'Avenir) de Buzau ont été réveillés le 31 mars dernier par une odeur
pestilentielle qui avait envahi leur quartier. Toutes les plaques en fonte des
bouches d'égout du secteur avaient disparu dans la nuit. Leurs soupçons se sont
portés vers certains Tsiganes, coutumiers
de ce genre de vols, qui opèrent avec des
charrettes tirées par des chevaux et vendent ensuite leur butin auprès des ferrailleurs. Fils électriques et traverses de
voies ferrées sont également l'objet de
leur attention.
280 millions
d'euros de bakchich
Une étude de la Banque mondiale
situe à 280 millions d'euros le total
annuel des sommes versées par les
malades hospitalisés en Roumanie sous
forme de bakchich. Elle précise qu'en cas
d'hospitalisation, le patient doit débourser
les trois quarts des revenus familiaux
pendant cette période et payer au moins
trois ou quatre dessous de table. Le document a été publié sous le titre "En
Roumanie, le bakchich est un problème
de santé.
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Les NOUVELLES de ROUMANIE
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ALEXANDRIA
L'homosexualité
a toujours
du mal à passer
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Minorités
Seuls 11% des Roumains (contre
82% des Hollandais ou 69% des
Danois) se déclarent en faveur du
mariage entre deux personnes du
même sexe, selon un rapport sur la
situation sociale des homosexuels et
transexuels dans l'UE.
Cette étude réalisée par l'agence
pour les droits fondamentaux constate, plus globalement, que la situation
reste très problématique dans les
pays de l'Est. Ainsi, 36% des
Roumains ne voient aucun problème
à avoir un voisin homosexuel, alors
que le pourcentage aux Pays-Bas,
pays le plus ouvert sur la question, est
de 91%.
Ce rapport, commandé par les institutions européennes, relève que l'homophobie et les pratiques discriminatoires sont plus importantes en
Europe de l'Est qu'ailleurs. Il rappelle
aussi que les manifestations comme
la Gay pride y sont interdites ou mal
tolérées, les participants pouvant être
attaqués, comme ce fut souvent le cas
en Roumanie.
Immigration:
restrictions en Belgique
Le gouvernement belge a annoncé
qu'il maintenait les restrictions d'immigration pour les travailleurs roumains
et bulgares pour une période de trois
ans, alors qu'il s'apprête à lever les
restrictions imposées aux citoyens de
huit pays membres, entrés dans l'UE
depuis cinq ans. La Belgique grossit
ainsi le rang des pays - 11 - qui ont
choisi de maintenir l'obligation de permis de travail et des restrictions pour
les Roumains et les Bulgares.
L
es "meditatii", ces cours particuliers dispensés par les professeurs à leur
domicile en marge des cours classiques, pourraient disparaître. C'est en
tout cas ce que souhaite la ministre de l'Education, Ecaterina Andronescu,
qui veut interdire la tenue de ces heures particulières payantes. Elle souhaite que l'aide éducative et le soutien scolaire soient dispensés au sein de l'école, après les cours,
dans le cadre du programme "After School" qu'elle compte mettre en place à la rentrée
prochaine.
Créant des inégalités dans un pays où les différences de revenus sont gigantesques, la pratique des "meditatii" est souvent contestée car elle génère bakchichs,
favoritisme, passe-droits, meilleurs classements, trucage d'examens au profit des
élèves ayant des parents fortunés, et au détriment des plus modestes qui, bien que souvent plus talentueux et méritants, passent derrière. Mais elle assure des revenus plus
confortables à des enseignants qui ont des salaires très bas… créant également des
inégalités entre eux: seuls les professeurs de disciplines importantes (maths, roumain,
anglais) sont assurés d'en bénéficier. Certains professeurs qui organisent des cours collectifs à leur domicile dès la fin de la journée scolaire, par vacations de plusieurs
heures successives le soir et le samedi, peuvent tripler, voire décupler leurs revenus,
l'heure étant facturée jusqu'à 8 €.
Plusieurs ministres successifs ont déjà claironné leur volonté de mettre un terme
aux "meditatii" en prenant leurs fonctions, n'allant pas plus loin que la déclaration
d'intention. Alors que les salaires sont bloqués à cause de la crise, que le climat social
menace de se dégrader, il serait étonnant, en cette veille d'élection présidentielle,
qu'Ecaterina Andronescu persévère dans son projet.
"Business is business"
Un lecteur du petitjournal.com donne son avis sur ce sujet :
"D'abord, les cours particuliers ne se font que dans les matières au Bac ou à la
Capacitate (brevet des collèges). Les professeurs qui font des cours particuliers ont
plusieurs techniques: ne pas faire de cours pour que les élèves soient obligés de rattraper leur retard par des cours particuliers, obliger leurs élèves à faire des cours
particuliers pour recevoir des bonnes notes et passer au niveau supérieur. Business is
Business. Comment sera-t-il possible de contrôler l'interdiction de ces heures particulières payantes ? Les professeurs accepteront-ils de faire ces heures à l'école, pour
une somme moins importante et payer des impôts sur ces heures? J'en doute. Certains
élèves, habitués à acheter les notes, puis les diplômes, ne préfèrent-ils pas cette solution de facilité ? Même s'il faut faire un crédit auprès de la banque.
Moralité: on peut acheter une note, un diplôme mais pas les connaissances ! Les
conséquences se verront plus tard, trop tard. Jusqu'à présent, l'emploi était très basé
sur le diplôme et les relations. Pour être compétitif et productif, il risque d'y avoir une
sélection naturelle au sein des entreprises".
Faux diplômes
C
inq personnes dont deux
anciens professeurs universitaires d'Alexandria ont été
inculpés pour avoir fabriqué et délivré
quelques 15 000 faux diplômes. Ils
avaient opéré au sein des universités privées Hyperion et Gheorghe Cristea de
Bucarest, mais aussi des universités
d'Etat, Pétrole et gaz de Ploiesti, Valahia
de Târgoviste, Université de l'Ouest de
Timisoara. Bénéficiant de complicités, ils
monnayaient leurs services entre 600 et
3500 €, et certains membres de leur
bande remplaçaient parfois des candidats
lors d'examens.
Le ministère de l'Education nationale
ne s'est pas prononcé sur la validité des
faux documents décernés, ni sur sa possibilité de pouvoir distinguer ceux qui
étaient authentiques.
La philosophie de Dimitrie Rachita, patriarche des Tsiganes de Dorohoi
"C'est à nous d'aider les Roumains à travailler
et pas à eux de nous aider à mendier"
l
BACAU
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DOROHOI
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SUCEAVA
La ministre de l'Education
promet la fin des "meditatii"
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
L
e leader de la communauté rom de Dorohoi, dans le
nord-est de la Roumanie, est devenu la coqueluche
de la presse. Rencontre. Etre tsigane n'est pas une
mauvaise chose. A condition d'en être un vrai: à savoir honnête, travailleur, respectueux." Qui le dit? Dimitrie Rachita, de
Dorohoi (Judet de Botosani), une
localité de 30 000 habitants, dans le
nord-est du pays. Joueur de cymbalum à l'origine, il a fait tous les
métiers: mécanicien dans l'aéronautique, ouvrier du BTP (il a travaillé
sur des chantiers de centrales électriques en Roumanie, en Syrie et en
Irak), patron de bar, administrateur
d'orphelinat… Aujourd'hui, en tant
que président du Parti rom de
Dorohoi, il jouit d'un prestige et d'une
autorité sans pareils dans la communauté. En 2005, il a réussi à négocier,
avec des fonds européens, le relogement de centaines de
Tsiganes du centre historique délabré de Dorohoi vers un beau
quartier de la périphérie, Drochia.
A 75 ans, marié à une femme de trente-quatre ans sa cadette, celui qu'on appelle "mos Rachita" (grand-père) ne chôme
pas: il sculpte (à commencer par son propre buste), peint, distille son eau-de-vie, décore des maisons et bricole toutes sortes
d'installations. Il est fier d'avoir élevé les huit enfants de ses
trois épouses… dont il n'est le père d'aucun. Il leur a construit
de ses propres mains une maison à chacun, pour qu'ils "se souviennent toujours" de lui.
Envoyé en stage à Marseille
Assis à même le sol près du poêle, il débite une bûche tout
en racontant des bribes de sa vie passée à Bella (en fait,
Daniela), sa dernière épouse. L'histoire commence invariablement avec ses parents, qui se sont démenés pour que leurs
enfants fassent des études. Son premier métier, joueur de cymbalum, il l'a hérité de son père: dès l'école élémentaire,
Dimitrie Rachita joue dans les fêtes, les bals et les mariages. A
sa mort, son père lui lègue l'instrument et des cordes de
rechange. Dimitrie entre ensuite à l'école des arts et métiers de
Târgoviste, où il apprend entre autres choses la mécanique, la
peinture et la couture.
Pendant son service militaire, effectué dans l'armée de
l'air, il se spécialise dans l'entretien des moteurs de Mig. A la
quille, il se fait embaucher dans une usine de verre et de porcelaine. L'Etat roumain ayant fait l'acquisition de machinesoutils françaises, Rachita est détaché pendant six mois à
Marseille pour apprendre leur fonctionnement. Parallèlement, il se spécialise dans les chaudières industrielles; le voilà travaillant sur le
chantier de la centrale thermique de
Holboca-Iasi. Une expérience qu'il
répétera en Irak et en Syrie, pour le
compte de l'Etat roumain. Avec l'argent qu'il a mis de côté, Dimitrie
ouvre, à la fin des années 1980, un
bar, "Chez Mitica", un des premiers à
Dorohoi. Il n'a alors plus besoin de la
musique pour vivre, mais chez lui il
frappe encore les cordes de son cymbalum en chantant : "Oy, oy ! je me meurs encore et encore /
Sur le sein de celle que j'adore".
"Un Tsigane sans chapeau
n'est pas vraiment un Tsigane"
Comme l'exige son statut de leader de la communauté tsigane de Dorohoi (qui compte plus de 430 familles), grand-père
Rachita soigne toujours son apparence: costume de gangster,
cravate, moustache à la Al Capone, pipe, lunettes et chapeau.
"Sans élégance, il n'y a pas de charme. Un Tsigane sans chapeau n'est pas vraiment un Tsigane", dit-il. "Nous sommes
minoritaires et si nous ne respectons pas ceux qui sont majoritaires, comment pouvons-nous exiger qu'ils nous respectent
? Le glaive ne tranche pas la tête baissée. C'est à nous de les
aider à travailler et pas à eux de nous aider à mendier. C'est
comme cela que nous nous rapprocherons les uns des autres",
poursuit-il.
Malgré son âge avancé, grand-père Rachita continue de
travailler. En un été, il peut même gagner quelques milliers
d'euros, en réparant des chaudières et en effectuant des travaux
de maçonnerie. Bella, qui l'aide souvent sur les chantiers, se
vante à qui veut l'entendre que son mari a bâti la moitié de
Dorohoi.
Gabriela Dobos
(Gândul, traduction Le Courrier International)
Emblèmes nationaux qui disparaissent
L
es autorités roumaines ont
remarqué que dans les judets à
majorité
hongroise,
les
emblèmes nationaux comme le drapeau
tricolore ou le sigle RO avaient disparu
des pancartes distinctives de la poste roumaine dans certaines communes. Elles
ont noté que cet "oubli" récent datait de
l'époque où le ministère de la communication était dirigé par un Magyar, Nagy
Zsolt, ministre du gouvernement de
Calin Popescu Tariceanu jusqu’en
décembre dernier, membre de l'UDMR
(Union Démocratique des Magyars de
Roumanie).
27
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Société
Enseignement
l
l
SATU
MARE
ORADEA
ARAD
CLUJ
l
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IASI
TARGU
MURES
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SIBIU
SF. GHEORGHE
l
TIMISOARA
PLOIESTI
TÂRGOVISTE
l
GALATI
l
n
CRAIOVA
BUCAREST
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TULCEA
CONSTANTA
l
ALEXANDRIA
L'homosexualité
a toujours
du mal à passer
26
Minorités
Seuls 11% des Roumains (contre
82% des Hollandais ou 69% des
Danois) se déclarent en faveur du
mariage entre deux personnes du
même sexe, selon un rapport sur la
situation sociale des homosexuels et
transexuels dans l'UE.
Cette étude réalisée par l'agence
pour les droits fondamentaux constate, plus globalement, que la situation
reste très problématique dans les
pays de l'Est. Ainsi, 36% des
Roumains ne voient aucun problème
à avoir un voisin homosexuel, alors
que le pourcentage aux Pays-Bas,
pays le plus ouvert sur la question, est
de 91%.
Ce rapport, commandé par les institutions européennes, relève que l'homophobie et les pratiques discriminatoires sont plus importantes en
Europe de l'Est qu'ailleurs. Il rappelle
aussi que les manifestations comme
la Gay pride y sont interdites ou mal
tolérées, les participants pouvant être
attaqués, comme ce fut souvent le cas
en Roumanie.
Immigration:
restrictions en Belgique
Le gouvernement belge a annoncé
qu'il maintenait les restrictions d'immigration pour les travailleurs roumains
et bulgares pour une période de trois
ans, alors qu'il s'apprête à lever les
restrictions imposées aux citoyens de
huit pays membres, entrés dans l'UE
depuis cinq ans. La Belgique grossit
ainsi le rang des pays - 11 - qui ont
choisi de maintenir l'obligation de permis de travail et des restrictions pour
les Roumains et les Bulgares.
L
es "meditatii", ces cours particuliers dispensés par les professeurs à leur
domicile en marge des cours classiques, pourraient disparaître. C'est en
tout cas ce que souhaite la ministre de l'Education, Ecaterina Andronescu,
qui veut interdire la tenue de ces heures particulières payantes. Elle souhaite que l'aide éducative et le soutien scolaire soient dispensés au sein de l'école, après les cours,
dans le cadre du programme "After School" qu'elle compte mettre en place à la rentrée
prochaine.
Créant des inégalités dans un pays où les différences de revenus sont gigantesques, la pratique des "meditatii" est souvent contestée car elle génère bakchichs,
favoritisme, passe-droits, meilleurs classements, trucage d'examens au profit des
élèves ayant des parents fortunés, et au détriment des plus modestes qui, bien que souvent plus talentueux et méritants, passent derrière. Mais elle assure des revenus plus
confortables à des enseignants qui ont des salaires très bas… créant également des
inégalités entre eux: seuls les professeurs de disciplines importantes (maths, roumain,
anglais) sont assurés d'en bénéficier. Certains professeurs qui organisent des cours collectifs à leur domicile dès la fin de la journée scolaire, par vacations de plusieurs
heures successives le soir et le samedi, peuvent tripler, voire décupler leurs revenus,
l'heure étant facturée jusqu'à 8 €.
Plusieurs ministres successifs ont déjà claironné leur volonté de mettre un terme
aux "meditatii" en prenant leurs fonctions, n'allant pas plus loin que la déclaration
d'intention. Alors que les salaires sont bloqués à cause de la crise, que le climat social
menace de se dégrader, il serait étonnant, en cette veille d'élection présidentielle,
qu'Ecaterina Andronescu persévère dans son projet.
"Business is business"
Un lecteur du petitjournal.com donne son avis sur ce sujet :
"D'abord, les cours particuliers ne se font que dans les matières au Bac ou à la
Capacitate (brevet des collèges). Les professeurs qui font des cours particuliers ont
plusieurs techniques: ne pas faire de cours pour que les élèves soient obligés de rattraper leur retard par des cours particuliers, obliger leurs élèves à faire des cours
particuliers pour recevoir des bonnes notes et passer au niveau supérieur. Business is
Business. Comment sera-t-il possible de contrôler l'interdiction de ces heures particulières payantes ? Les professeurs accepteront-ils de faire ces heures à l'école, pour
une somme moins importante et payer des impôts sur ces heures? J'en doute. Certains
élèves, habitués à acheter les notes, puis les diplômes, ne préfèrent-ils pas cette solution de facilité ? Même s'il faut faire un crédit auprès de la banque.
Moralité: on peut acheter une note, un diplôme mais pas les connaissances ! Les
conséquences se verront plus tard, trop tard. Jusqu'à présent, l'emploi était très basé
sur le diplôme et les relations. Pour être compétitif et productif, il risque d'y avoir une
sélection naturelle au sein des entreprises".
Faux diplômes
C
inq personnes dont deux
anciens professeurs universitaires d'Alexandria ont été
inculpés pour avoir fabriqué et délivré
quelques 15 000 faux diplômes. Ils
avaient opéré au sein des universités privées Hyperion et Gheorghe Cristea de
Bucarest, mais aussi des universités
d'Etat, Pétrole et gaz de Ploiesti, Valahia
de Târgoviste, Université de l'Ouest de
Timisoara. Bénéficiant de complicités, ils
monnayaient leurs services entre 600 et
3500 €, et certains membres de leur
bande remplaçaient parfois des candidats
lors d'examens.
Le ministère de l'Education nationale
ne s'est pas prononcé sur la validité des
faux documents décernés, ni sur sa possibilité de pouvoir distinguer ceux qui
étaient authentiques.
La philosophie de Dimitrie Rachita, patriarche des Tsiganes de Dorohoi
"C'est à nous d'aider les Roumains à travailler
et pas à eux de nous aider à mendier"
l
BACAU
l
l
l
DOROHOI
l
SUCEAVA
La ministre de l'Education
promet la fin des "meditatii"
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Les NOUVELLES de ROUMANIE
L
e leader de la communauté rom de Dorohoi, dans le
nord-est de la Roumanie, est devenu la coqueluche
de la presse. Rencontre. Etre tsigane n'est pas une
mauvaise chose. A condition d'en être un vrai: à savoir honnête, travailleur, respectueux." Qui le dit? Dimitrie Rachita, de
Dorohoi (Judet de Botosani), une
localité de 30 000 habitants, dans le
nord-est du pays. Joueur de cymbalum à l'origine, il a fait tous les
métiers: mécanicien dans l'aéronautique, ouvrier du BTP (il a travaillé
sur des chantiers de centrales électriques en Roumanie, en Syrie et en
Irak), patron de bar, administrateur
d'orphelinat… Aujourd'hui, en tant
que président du Parti rom de
Dorohoi, il jouit d'un prestige et d'une
autorité sans pareils dans la communauté. En 2005, il a réussi à négocier,
avec des fonds européens, le relogement de centaines de
Tsiganes du centre historique délabré de Dorohoi vers un beau
quartier de la périphérie, Drochia.
A 75 ans, marié à une femme de trente-quatre ans sa cadette, celui qu'on appelle "mos Rachita" (grand-père) ne chôme
pas: il sculpte (à commencer par son propre buste), peint, distille son eau-de-vie, décore des maisons et bricole toutes sortes
d'installations. Il est fier d'avoir élevé les huit enfants de ses
trois épouses… dont il n'est le père d'aucun. Il leur a construit
de ses propres mains une maison à chacun, pour qu'ils "se souviennent toujours" de lui.
Envoyé en stage à Marseille
Assis à même le sol près du poêle, il débite une bûche tout
en racontant des bribes de sa vie passée à Bella (en fait,
Daniela), sa dernière épouse. L'histoire commence invariablement avec ses parents, qui se sont démenés pour que leurs
enfants fassent des études. Son premier métier, joueur de cymbalum, il l'a hérité de son père: dès l'école élémentaire,
Dimitrie Rachita joue dans les fêtes, les bals et les mariages. A
sa mort, son père lui lègue l'instrument et des cordes de
rechange. Dimitrie entre ensuite à l'école des arts et métiers de
Târgoviste, où il apprend entre autres choses la mécanique, la
peinture et la couture.
Pendant son service militaire, effectué dans l'armée de
l'air, il se spécialise dans l'entretien des moteurs de Mig. A la
quille, il se fait embaucher dans une usine de verre et de porcelaine. L'Etat roumain ayant fait l'acquisition de machinesoutils françaises, Rachita est détaché pendant six mois à
Marseille pour apprendre leur fonctionnement. Parallèlement, il se spécialise dans les chaudières industrielles; le voilà travaillant sur le
chantier de la centrale thermique de
Holboca-Iasi. Une expérience qu'il
répétera en Irak et en Syrie, pour le
compte de l'Etat roumain. Avec l'argent qu'il a mis de côté, Dimitrie
ouvre, à la fin des années 1980, un
bar, "Chez Mitica", un des premiers à
Dorohoi. Il n'a alors plus besoin de la
musique pour vivre, mais chez lui il
frappe encore les cordes de son cymbalum en chantant : "Oy, oy ! je me meurs encore et encore /
Sur le sein de celle que j'adore".
"Un Tsigane sans chapeau
n'est pas vraiment un Tsigane"
Comme l'exige son statut de leader de la communauté tsigane de Dorohoi (qui compte plus de 430 familles), grand-père
Rachita soigne toujours son apparence: costume de gangster,
cravate, moustache à la Al Capone, pipe, lunettes et chapeau.
"Sans élégance, il n'y a pas de charme. Un Tsigane sans chapeau n'est pas vraiment un Tsigane", dit-il. "Nous sommes
minoritaires et si nous ne respectons pas ceux qui sont majoritaires, comment pouvons-nous exiger qu'ils nous respectent
? Le glaive ne tranche pas la tête baissée. C'est à nous de les
aider à travailler et pas à eux de nous aider à mendier. C'est
comme cela que nous nous rapprocherons les uns des autres",
poursuit-il.
Malgré son âge avancé, grand-père Rachita continue de
travailler. En un été, il peut même gagner quelques milliers
d'euros, en réparant des chaudières et en effectuant des travaux
de maçonnerie. Bella, qui l'aide souvent sur les chantiers, se
vante à qui veut l'entendre que son mari a bâti la moitié de
Dorohoi.
Gabriela Dobos
(Gândul, traduction Le Courrier International)
Emblèmes nationaux qui disparaissent
L
es autorités roumaines ont
remarqué que dans les judets à
majorité
hongroise,
les
emblèmes nationaux comme le drapeau
tricolore ou le sigle RO avaient disparu
des pancartes distinctives de la poste roumaine dans certaines communes. Elles
ont noté que cet "oubli" récent datait de
l'époque où le ministère de la communication était dirigé par un Magyar, Nagy
Zsolt, ministre du gouvernement de
Calin Popescu Tariceanu jusqu’en
décembre dernier, membre de l'UDMR
(Union Démocratique des Magyars de
Roumanie).
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Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Environnement
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Recyclage:
la Roumanie
peut mieux faire
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réussie, il y a 8 ans, en Roumanie
et fait le bonheur de ses parents
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TARGU
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DEVA
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Miroir aux
SUCEAVA
SATU
MARE
ARAD
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Le modèle polluant des sociétés
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
En matière de recyclage, la
Roumanie se situe à l'avant dernière
place en Europe, juste devant la
Bulgarie, où l'on ne recycle aucun
déchet, selon une étude de l'Institut
des statistiques européen Eurostat,
effectuée sur des données récoltées
en 2007. Un roumain génère 379 kg
de déchets par an et n'en recyclerait
qu’environ 1%.
Les "restes" seraient directement
jetés dans les poubelles classiques.
Juste devant la Roumanie figure la
Lituanie, qui recycle annuellement
4% de ses déchets, puis Malte (7%)
et la Pologne (10%). Aux premières
places de ce classement, on trouve
l'Allemagne qui trie 99% de ses
ordures ménagères, les Pays-Bas
(97%), la Belgique et la Suède (96%)
et à la cinquième place le Danemark
(95%).
Le palais
de Ceausescu
plus écolo
Les députés ont voté la création
d'un groupe de travail pour l'élaboration d'un projet dont le but est de
rendre le Palais du Parlement (appelé aussi palais de Ceausescu) plus
écologique. L'idée: transformer le
plus gros consommateur d'énergie
électrique de Bucarest en une
construction 100% écologique à l'aide de panneaux solaires et photovoltaïques ou encore de petites
éoliennes.
Le Palais de Parlement ne devrait
plus fonctionner à terme que grâce à
l'énergie renouvelable.
loiesti, ville de 250 000 habitants à 50 km au nord de Bucarest n'a
assurément rien de touristique. Elle s'est développée autour de l'industrie du pétrole, ou plutôt l'inverse: puits de pétrole et raffineries
l’encerclent de toutes parts. Les maisons aux façades sculptées construites à l'âge
d'or rappellent que la région a été aussi riche que la Suisse. Quelle est la place de
l'écologie dans cette ville qui se relève tout juste de la période communiste ? De
son passage dans cette ville, Benoît Kubiak*, sur le site Internet www.Médiaterre
d'information mondiale pour le développement durable, tire des enseignements
tout aussi valables pour nombre de pays de l'Est qu'il a traversés.
P
Un air irrespirable un jour sur deux
"Certaines zones industrielles de Ploiesti sont maintenant abandonnées, laissant
des friches parcourus par les tsiganes à la recherchent de métal à revendre. Les raffineries en fonctionnement ont obtenu une dérogation jusqu'en 2012 pour se mettre aux
normes européennes.
Résultat: un air irrespirable un jour sur
deux lors de mon
séjour. Une odeur de
souffre et une poussière noire envahie la
ville jusqu'à l'intérieur
des appartements. L'or
noir pollue également
le sol. La zone Sud de
la ville repose sur une
couche de pétrole
enfouis à un mètre de profondeur. Une partie provient des bombardements américains
de 1943 qui visaient les raffineries, une autre provient des stocks déversés par les allemands pour éviter qu'il ne tombe aux mains de l'armé alliés qui progressait.
Un individualisme tape à l'oeil
Même si la Roumanie reste un pays pauvre par rapport à l'Europe de l'Ouest, les
salaires sont en hausse. Mon hôte français travaille depuis 5 ans dans le pays, le salaire moyen étaient de 150 € par mois et atteignent actuellement les 350 €. Débarrassé
de la dictature de Ceausescu et du collectivisme, les roumains sont passé dans un individualisme tape à l'oeil. En quelques années, les vieilles Dacia font places aux voitures
étrangères les plus grosses possible pour lesquelles les familles s'endettent sur des
dizaines d'années.
Les déchets sont collectés par une entreprise française en délégation de service
public. Le service fait ce qu'il peut face à l'indiscipline des habitants qui n'hésitent pas
à jeter leurs déchets un peu n'importe où. Mon immeuble a été construit à l'époque
communiste pour héberger les membres de la Securitate, la terrible police politique, et
bon nombre de policiers de la zone, et leur famille.
L'immeuble est prévu pour environs 600 habitants. Une ouverture par étage permet aux habitants de se débarrasser de leurs ordures qui atterrissent dans un local sans
poubelle dont la porte reste ouverte. Les tsiganes viennent effectuer leur activité traditionnelle de récupération des matériaux recyclables (métaux et bouteilles en PET),
et aussi les restes de nourriture qui peuvent servir aux cochons. On constate hélas que
des personnes très pauvres et même sans domicile viennent régulièrement y trouver de
quoi manger ou de quoi revendre. Enfin, les chiens viennent fouiller les restes à la
recherche de nourriture.
La Roumanie, "un beau pays" dit-il, "j'espère que la prochaine fois, je visiterai le delta du Danube avec sa plus grande variété de pélicans d'Europe". Une prochaine fois qui se
présentera sans doute bien avant que Ioan ne soit… banquier à
New York. Bernard et Dody Laborde ne veulent rien exclure
notamment pas qu'un jour l'appel de la Roumanie soit le plus
fort pour leur fils. Ils lui ont ouvert leur cœur pour son bonheur
et le leur. Quelque soit son destin, son bonheur fera le leur.
Les Laborde sont aujourd'hui engagés activement dans
l'association EFA 32 (Enfance et Famille d'Adoption du Gers)
où leur expérience leur permet d'écouter, conseiller les personnes qui souhaitent adopter. "Nous souhaitions rendre à EFA
32 ce qu'elle nous a donné, lorsque nous nous sommes trouvés
dans leur situation" confient-ils.
A savoir
La météo roumaine
prévoit un bel été
souriants et les vendeuses de magasins
n'oublient plus de rendre la monnaie…
Les températures pour le mois de mai
devraient osciller entre 12 et 16°, selon
les prévisions de l'Administration nationale de météorologie (ANM), rendues
publiques fin mars. Ce dernier mois du
printemps sera également marqué par des
envolées du mercure pouvant dépasser
30° et, dans certaines régions, par des
températures nocturnes très proches de
zéro, voire négatives. Pour les mois de
juin, juillet et août, le mercure sera audessus des normales saisonnières avec
des périodes de canicule très courtes. Mis
à part ces pics de chaleur, les moyennes
devraient se situer entre 18 et 22° en juin
et juillet, et entre 18 et 24° en août.
Qui est le débiteur roumain?
La crise joue
sur le psychisme
Depuis quelques mois et le début de
la crise financière, les Roumains sont de
plus en plus nombreux à souffrir de
troubles psychiques: le nombre de patients a augmenté de 30% en moyenne
dans les services de psychiatrie de Roumanie. Principaux maux: troubles dépressifs, attaques de panique et dépression
avec tendances suicidaires. Le nord est du
pays semble la région la plus affectée par
ce phénomène.
… Mais a de bons côtés
Le quotidien Adevarul note que la
crise a aussi des bons côtés. Il rapporte
que dorénavant les taxis de la capitale
acceptent de faire des petites courses,
comme se rendre de la place Victoria à la
Place Romana, les firmes de nettoyage ne
rechignent plus aux tâches modestes, les
serveurs de restaurant se montrent plus
C'est un homme, il a entre 18 et 20
ans, et vit dans le judets de Giurgiu. Tel
est le portrait robot du débiteur roumain,
en retard dans le paiement des traites de
son crédit à la banque. Selon l'étude réalisée par le Bureau du crédit, il doit généralement rembourser une somme restante
peu importante, qu'il a empruntée dans le
cadre d'un crédit à la consommation.
Hackers sous les barreaux
La police roumaine a arrêté 22 personnes à Timisoara, Caransebes, Lugoj,
Pitesti et Hunedoara. Elles sont soupçonnées d'avoir mis en ligne des pages
Internet "clones", copies-conformes de
sites officiels de banques afin de collecter
les informations confidentielles des
clients et de vider leurs comptes.
Cette cyber-fraude a fait des victimes
notamment en Italie et en Espagne et
aurait rapporté aux pirates plus de
350000 €, selon les estimations de la section contre le crime organisé de
Timisoara. Ces réseaux étaient surveillés
depuis près d'un an.
Par ailleurs un réseau de cinq hackers
roumains âgés de 20 à 32 ans qui ont
causé des préjudices d'un montant de 800
000 dollars à plusieurs compagnies pharmaceutiques aux Etats-Unis a été démantelé en collaboration avec le FBI, après
des perquisitions menées à Bucarest,
Constanta et Timisoara.
Arrêtée à 120 reprises
A 14 ans à peine, Nadia, une jeune
tsigane Roumaine qui vit en Espagne,
affiche un "palmarès" pour le moins
impressionnant: en un an, la jeune fille a
été arrêtée 120 fois par la police madrilène pour vol. Elle a également été placée
en centres pour adolescents en difficulté à
plusieurs reprises mais récidive à chaque
fois. Surnommée "la reine des pickpockets", elle est devenue le cauchemar des
policiers espagnols et surtout le symbole
de l'incapacité de la police et du système
social de prendre en charge les mineurs
sous la dépendance de réseaux criminels.
Plaques d'égout
Les riverains de la strada Viitorului
(rue de l'Avenir) de Buzau ont été réveillés le 31 mars dernier par une odeur
pestilentielle qui avait envahi leur quartier. Toutes les plaques en fonte des
bouches d'égout du secteur avaient disparu dans la nuit. Leurs soupçons se sont
portés vers certains Tsiganes, coutumiers
de ce genre de vols, qui opèrent avec des
charrettes tirées par des chevaux et vendent ensuite leur butin auprès des ferrailleurs. Fils électriques et traverses de
voies ferrées sont également l'objet de
leur attention.
280 millions
d'euros de bakchich
Une étude de la Banque mondiale
situe à 280 millions d'euros le total
annuel des sommes versées par les
malades hospitalisés en Roumanie sous
forme de bakchich. Elle précise qu'en cas
d'hospitalisation, le patient doit débourser
les trois quarts des revenus familiaux
pendant cette période et payer au moins
trois ou quatre dessous de table. Le document a été publié sous le titre "En
Roumanie, le bakchich est un problème
de santé.
25
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Récit d'une adoption
Vie quotidienne
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BRASOV FOCSANI
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Calvaire
pour chameaux
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alouettes à Ploiesti, la cité du pétrole
IASI
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GIURGIU
de consommation tend à être dupliqué à l'Est, avec les mêmes erreurs
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TIMISOARA
Dans le Gers, Ioan s'éclate
SUCEAVA
SATU
MARE
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Un camion en provenance d'une
des 21 républiques russes, la
Kalmoutie, transportant 20 chameaux
à destination d'un cirque bulgare installé à Sofia, a été bloqué pendant 48
heures à la frontière entre la Moldavie
et la Roumanie, à Abita (judet de Iasi)
à la mi-février. Ses documents étant
en russe, la douane roumaine les a
envoyés à traduire avant de donner
son feu vert. Il s'agissait d'une étape
de plus dans le calvaire de ses animaux, partis un mois plus tôt de leur
république caucasienne (76 000 km
2, 300 000 habitants, capitale: Elista),
la seule faisant partie du continent
européen à avoir une population à
majorité boudhiste. La camion avait
déjà été bloqué pendant 15 jours à la
frontière entre la Russie et l'Ukraine,
les chameaux se trouvant dans des
conditions précaires, souffrant du
froid, l'un d'entre eux mourant d'asphyxie, d'autres se blessant.
Plus d'un million de
litres de vin confisqués
Les policiers ont saisi plus d'un million de litres de vin contrefait à la mimars dans le judets de Vrancea (Focsani). L'opération a été menée après
que du vin composé d'autres ingrédients que du raisin ait été découvert
dans des supermarchés de Bucarest.
Plus de 50 producteurs de Vrancea
ont été contrôlés et la majorité de leur
production ne répondait pas aux
normes. Ces vins sont faits avec de
l'eau, du sucre, des ferments sélectionnés et autres arômes et colorants.
Ces boissons ont été retirées du marché et des poursuites pénales ont été
lancées à l'encontre de 16 personnes
pour falsification et évasion fiscale.
L
'adoption d'enfants roumains a suscité de nombreuses controverses à la
suite de dérives et de trafics, entraînant sa quasi-interdiction. Il ne faut
pourtant pas oublier que dans l'immense majorité des cas, elle a apporté
d'immenses bonheurs aussi bien pour les enfants qui ont eu ainsi la chance de trouver
un foyer aimant et un avenir, qu'aux parents adoptifs. Le témoignage émouvant d'une
famille condomoise du Gers (notre photo) dans le quotidien La Dépêche du Midi est
là pour le rappeler. Récit d'une adoption réussie, il y a 8 ans, en Roumanie.
Tout n'est pas noir pour autant! Les initiatives pour préserver l'environnement existent même si elles sont difficiles à
mettre en place. J'ai rencontré Sabina et Lucian, les vice-présidents de la jeune association ZAPODIA. Ils développent la
sensibilisation auprès des jeunes et moins jeunes pour préserver le cadre de vie.
Des jeunes refusent de rester les bras croisés
"À 4 ans, j'ai commencé à avoir
beaucoup de questions sur ma naissance"
"Au récent carnaval de l'école, Ioan n'a pas eu à forcer le trait pour ressembler à
Harry Potter. Tout mignon derrière ses "binocles" rondes, Ioan Laborde, 10 ans et
demi, s'amuse de cette ressemblance autant qu'elle ravit Bernard et Dody, ses parents
adoptifs. "En avril 2001, 18 mois à peine après notre demande d'agrément, nous rentrions de Roumanie avec Ioan dans les bras" rappelle le couple.
C'est par hasard qu'il s'était tourné vers la Roumanie où, après avoir satisfait en
France aux différentes enquêtes psychologiques et sociales, il se rendit
pour la première fois en novembre
2000. Sans enfant, Bernard et Dody
souhaitaient en adopter un, de moins
de 4 ans, en bonne santé. Ce fut Ioan
alors âgé de 2 ans et demi et placé en
famille d'accueil par les autorités
roumaines qui géraient le cas de ce
bébé abandonné.
Son adoption plénière se fit en
Roumanie: Ioan est donc arrivé
"Laborde", à Condom. Malicieux, plein de vie, câlin, sportif (judo, tir à l'arc) et abonné à la ludothèque municipale, Ioan très prévenant pour les vieux os de Sam le "pépé"
chien (17 ans) de la maison, fait le bonheur de ses parents. Et tout indique que la réciproque est vraie. "À 4 ans, j'ai commencé à avoir beaucoup de questions sur ma naissance et sur mon pays d'origine", affirme le garçonnet qui annonce en s'esclaffant que
"grand, je serai banquier, trois jours par semaine à New York, les quatre autres à
Bucarest". Où il a séjourné l'été dernier ainsi qu'à Arad, la ville où il a vu le jour.
Rassuré sur son passé
"Très tôt Ioan a manifesté de l'intérêt pour son passé". Ses parents attendirent
qu'il soit "plus grand" pour satisfaire cette attente, comblée l'an passé. Quinze jours
en Roumanie avec la (bonne) surprise d'être attendu par la famille d'accueil à l'aéroport. "Heureusement qu'avec maman on a feuilleté l'album photos avant de partir
sinon je ne savais qui c'était", s'amuse le gamin qui retrouva de la sorte, "mon frère".
En l'occurrence un garçon de 8 ans, placé lorsqu'ils étaient bébés dans la même famille d'accueil et qui n'a jamais été adopté.
"J'aurai bien voulu qu'il devienne mon frère pour de bon", ajoute le petit
Condomois. Un frère ou une sœur pour Ioan ? Bernard et Dody y ont songé un temps.
Mais pour eux, ça n'aurait pu être qu'un autre enfant roumain "or, en matière d'adoption, ce pays s'est totalement fermé peu après, l'arrivée de Ioan". Il sera donc très vraisemblablement l'enfant unique des époux Laborde. Selon eux, ce retour en Roumanie
a "rassuré" Ioan moins en questionnement depuis qu'il a vu son pays", avec ses yeux
d'enfant de 10 ans. "Juste après la visite de château de Bran, celui de Dracula, j'ai
perdu une canine" se plaît à ajouter le sosie de Harry.
L'histoire débute il y a trois ans au lycée, où une bande de
copains (notre photo) décident qu'il n'est pas possible de rester les bras croisés face à toutes ces pollutions, et qu'ils ne doivent pas attendre que la municipalité ou le gouvernement agissent. Les premières actions se répandent d'un lycée aux autres
puis aux collèges. Le groupe grandis à une vingtaine de
membres actifs et sors des murs des établissements scolaires.
La première action du groupe sera de nettoyer les abords
de l'hôpital départemental. Situé à la limite de la ville, le terrain vague qui jouxte le bâtiment accueille toutes sortes de
déchets : plastique, textile, métal, gravats... Des semaines d'actions sont également organisées, par exemple à Poiana Brasov,
une station de ski réputé. Des messages incitant à ne pas jeter
les déchets dans
la nature sont
placardés le long
des pistes.
Peu à peu,
des partenariats
se créent. Des
séances de deux
cours d'éducation à l'environnement ont eu
lieu l'an dernier et un concours a été organisé entre les écoles
de Ploiesti. C'était une première pour les enfants qui pouvaient
de plus réagir sur un blog créé pour l'occasion. ZAPODIA a
également fait un sondage dans la rue pour demander à leur
concitoyen ce qu'ils connaissent des actions de leur mairie
dans les domaines de l'eau et des déchets par exemple.
Une société devenue méfiante
envers les campagnes de sensibilisation
Les freins à de telles initiatives sont cependant nombreux.
Le principal reste
l'héritage
communiste. La
dictature
réclamait
un quota
de verre et
de papier
à rapporter pour chaque habitant. Le mot recyclage n'existait
par, il s'agissait de réutiliser les ressources disponible dans un
pays fonctionnant en partie en autarcie. Les ressources étaient
utilisées pour des projets pharaoniques, comme le creusement
d'un canal reliant le Danube à la mer noire ou le palais de
Ceausescu.
La population était rationnée pour les produits alimentaires comme le pain, le sucre, l'huile, la viande etc... Le gouvernement menait des campagnes incitant à économiser l'eau
ou le gaz, des ressources disponibles seulement quelques
heures par jours. Cette époque pas si lointaine a laissé des
traces dans la mentalité roumaines. Les campagnes actuelles
de protection de l'environnement ont un but différent, mais le
message reste à peu près le même et il est difficile de le faire
passer.
On retrouve finalement la problématique du développement. Notre société occidentale est un miroir aux alouettes. La
prospérité de l'Ouest est déversée à l'Est par les médias. Notre
modèle polluant de société de consommation tend à être répliqué, avec les mêmes erreurs. Espérons que les roumains se
réveilleront plus tôt que nous et qu'ils arriveront à développer
leur bien être sans l'accompagner du pillage et de la destruction des ressources naturelles qui les environnent".
Benoît Kubiak (www.Médiaterre)
*Géographe de formation, originaire de Autun en
Bourgogne, Benoît Kubiak a 30 ans. Il a décidé de partir en
voyage et de présenter sur son site web www.avenirclimat.info
les témoignages de celles et ceux qui luttent quotidiennement
contre le changement climatique: Son périple l'emmène pendant 2 ans à travers une trentaine de pays sur deux continents:
plus de 40 000 km sans avion car "celui-ci est le mode de
déplacement le plus polluant par passager transporté". Taxi,
bus, bateau, cargo, train ou auto-stop, tous les moyens de
transports en communs sont utilisés.
Le manque de culture peut coûter cher
N
e pas connaître la Roumanie
peut coûter cher. Lors de
l'émission "Devenez millionnaire" de RTL Allemagne, un candidat
n'a pas su répondre à la question: "Quelle
capitale d'Europe de l'Est n'est pas traversée par le Danube?", perdant du coup
16 000 €. Il avait demandé le renfort de
sa mère qui lui avait soufflé Belgrade au
lieu de Bucarest et a dû se contenter de
500 €, se vengeant en lui confiant que s'il
avait eu la bonne réponse, il l’aurait l'emmener en vacances à Hawaï.
Quelques mois plus tôt, un autre can-
didat interrogé pour 32 000 € pour savoir
dans quel pays se situait actuellement
l'ancienne province de Dacie, et
conseillé… par un professeur de géographie, avait répondu le Maroc, ayant aussi
le choix entre Roumanie, Estonie et
Pakistan.
29
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Les succès d'un paysan
roumain exilé sur YouTube
Emigration
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Adrian donne
de ses nouvelles sur Internet
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BRAILA
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BUCAREST
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TULCEA
CONSTANTA
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Solidarité
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Réagissant à la vague de xénophobie anti-roumaine qui déferle sur
l'Ita-lie, la maire de Milan, Letizia
Moratti, a acquitté sur ses propres
deniers l'amende de 100 € infligée
par la police à un artiste ambulant
roumain, dûment autorisé, qui proposait son spectacle de plein air dans
une rue du centre-ville, à quelques
dizaines de mètres en dehors du
périmètre réservé à cet effet.
Outré par ce comportement des
policiers locaux, le romancier et metteur en scène Dario Fo, lauréat du
prix Nobel de littérature, avait également offert de payer le PV.
10 à 15 000 Tsiganes
étrangers vivraient
en France
Entre 10 000 et 15 000 Tsiganes
étrangers vivraient en France, selon
les estimations. Dans leur très grande majorité, ils sont originaires de
Rou-manie et de Bulgarie et sont
donc devenus, le 1er janvier 2007,
citoyens européens. A ce titre, ils
bénéficient de la liberté de circulation. Mais ils de-meurent soumis à
des dispositions particulières en
matière d'emploi.
S'ils n'obtiennent pas l'autorisation
de travailler, ce qui est fréquent, ils
doivent justifier de "moyens de subsistance suffisants". Faute de quoi,
ils sont susceptibles d'être expulsés.
En 2008, sur les 29 796 étrangers
expulsés, 10 072 Roumains et
Bulgares ont été renvoyés dans leur
pays avec une aide au retour dite
"humanitaire" (300 euros par adulte
et 100 euros par enfant), développée
depuis l'été 2007.
A
drian Tudor raconte sur YouTube (site Internet d'hébergement de vidéos
sur lequel les utilisateurs peuvent envoyer, visualiser et se partager des
séquences vidéos) comment son émigration a réussi. Il vient de se payer
une Audi, "incredibil"! La séquence fait le tour du monde, créant du lien social entre
les Roumains en exil et leurs compatriotes restés au pays.
Adrian Tudor a émigré dans le sud de l'Espagne pour y cueillir les fraises. Il donne
de ses nouvelles chez lui par une vidéo postée sur YouTube. Il rassure tout de suite,
les nouvelles sont bonnes, son projet a réussi, il vient de se payer une Audi, oui, parfaitement, une Audi. Il la montre en commentant la sensation: le volant en cuir, les
jantes argentées, la place pour un siège d'enfant: "incredibil !", ("incroyable !"), dit-il
à tout bout de champ. Il fait le tour du véhicule, caresse le carénage, s'arrête devant la
plaque d'immatriculation authentique, "incredibil !". Il sort les papiers à son nom et à
chaque ligne s'exclame, "c'est à moi, c'est ma voiture… Incredibil !". A la fin, il se
moque: "Non, c'est une blague, l'Audi n'est pas à moi, elle est à la banque et les traites
sont chères… Ne m'enviez pas, soyez heureux !"
D’Espagne, du Canada, de Dubaï
Son village visionne le message qui fait rire tout le monde. Ses camarades montent à leur tour des vidéos pour se moquer. L'un d'eux présente sa charrette à bois
comme si c'était une Audi, sur le même ton, en ponctuant chaque détail par cet "incredibil !" qui a eu tant de succès. Un autre présente son motoculteur "décapotable". Un
autre encore la niche du chien "rouge Ferrari" dont il fait visiter l'intérieur et l'extérieur avec le même enthousiasme que celui d'Adrian Tudor.
Puis, comme on est sur YouTube, les immigrés roumains d'ailleurs entrent dans le
jeu: du Canada, des Etats-Unis, de Zurich, du Congo, de Dubaï, chacun en rajoutant
dans le dérisoire. Cent vingt répliques parodiques qui décrivent avec humour la situation plutôt précaire des migrants roumains et dénoncent métaphoriquement les clichés
qui leur collent à la peau… voleurs, menteurs, tricheurs. La série culmine par la vidéo
d'un immigré chinois en Roumanie, qui bien sûr est fier lui aussi de sa voiture, une
"bagnole" plutôt basique en réalité. "Taran in Spania" ("Paysan en Espagne") est
devenu le lieu de rencontre dans la dérision de milliers de Roumains de Roumanie et
d'ailleurs et son héros, Adrian Tudor, s'est fait une réputation.
Papy fait connaissance avec son petit fils sur le Web
Autre exemple d'usage du Web 2.0. Un grand-père resté en Roumanie joue tous
les soirs avec son petit-fils installé avec ses parents aux Etats-Unis. Ils ne se sont
jamais vus, leur relation s'est nouée grâce à Skype (logiciel qui permet de se téléphoner gratuitement entre deux ordinateurs, tout en se voyant à l'écran). Ils connaissent la
forme de leur corps, leurs gestes, leur voix. Mais pas l'odeur ni le toucher. L'histoire
dira de quel genre de relation il s'agira.
On connaît aussi des papis ou même des papas éloignés pour cause de travail qui
jouent aux échecs avec leurs enfants à travers la Toile, à l'image de ces innombrables
clubs de jeux qui se sont créés par Internet depuis quelques années.
A part cette communication privée sur le Web, on ne compte plus le nombre d'agoras électroniques créées par les migrants dans de nombreuses villes du monde, soit
pour s'entraider, soit pour fabriquer des liens, soit encore pour se faire connaître dans
la société d'accueil. Le Romanian Portal à Toronto, par exemple, véhicule toutes les
informations nécessaires à la vie des Roumains dans cette ville.
Joëlle Kuntz (Le Temps)
Les Roumains sont parmi les plus dépensiers du monde
Vie quotidienne
L'alimentation "mange" le budget des familles
SUCEAVA
l
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
L
e Département d'Etat américain pour l'agriculture a
publié une étude faisant le point sur le coût de l'alimentation dans 71 pays du monde. C'est aux USA
que celle-ci prend la place la moins importante dans le budget
familial, représentant 5,7 % des dépenses et une somme de
1935 dollars par an et par personne. L'Irlande figure en seconde position, loin derrière (8,2 %, 2160 dollars).
Ce classement permet aussi d'évaluer le niveau de vie des
populations dans la mesure où il détermine les ressources restant à leur disposition pour d'autres dépenses. La Roumanie se
retrouve au 56ème rang, avec 34,3 % (1834 dollars),
l'Azerbaïdjan occupant la dernière place (50 %).
Il apparaît donc que les Roumains dépensent pratiquement
autant pour manger que les Américains dont les revenus sont
entre 6 à 10 fois supérieurs. Cette différence se retrouve en
comparant avec les pays européens occidentaux où les salaires
sont également nettement plus élevés: Grande Bretagne, 2351
dollars, Pays Bas, 2224 dollars, Allemagne, 2500 dollars…
Les voisins de la Roumanie dépensent beaucoup moins en
étant plus riches: République Tchèque, 29ème (16,2 %, 1356
dollars), Hongrie, 30ème (17 %, 1508 dollars), Pologne,
37ème (20,6 %, 1375 dollars). Même la Bulgarie, considérée
comme plus pauvre fait mieux, 35ème (20 %, 735 dollars).
Les analystes mettent en cause deux facteurs pour expli-
quer la mauvaise situation roumaine: la carence de l'Etat qui
s'est désintéressée de l'agriculture depuis 20 ans et l'a laissée
péricliter, les pratiques archaïques des agriculteurs, incapables
de se moderniser, privilégiant une agriculture individuelle de
survie sur quelques hectares à un mode de production coopératif et professionnel.
Les paysans roumains produisent peu et cher
Il n'en fallait pas plus pour voir l'agriculture s'effondrer, la
Roumanie être obligée d'avoir recours à l'importation pour
assurer l'alimentation de sa population, phénomènes entraînant
l'explosion des prix. Les paysans roumains produisent peu,
cher et sans respecter les standards de qualité. Les distributeurs et les grandes surfaces préfèrent importer qu'avoir à
signer des contrats avec des milliers de petits producteurs.
C'est ainsi que les Roumains doivent se contenter de manger
les tomates sans goût des hypermarchés alors que celles des
jardins, gorgées de soleil, sont délicieuses… mais les paysans
préfèrent jeter leurs légumes que les vendre à bas prix.
Le rapport américain indique également qu'avec 5% de
leur budget familial consacré à la boisson et aux cigarettes, les
Roumains sont parmi ceux qui se laissent le plus tenter par les
"paradis" artificiels.
Le petit ramoneur fait école
M
ircea Balsoianu aime tout
ce qui est moderne et enrage de voir la Roumanie à la
traîne dans bien des domaines. Originaire
de Petelea, près de Pitesti, cet employé de
Distrigaz a décidé de se mettre à son
compte… en se faisant ramoneur. Un
métier qui n'existe pratiquement plus en
Roumanie, dont l'image renvoie aux
contes d'Andersen. Les installations de
chauffage d'aujourd'hui n'ont plus rien à
voir avec les cheminées pleines de suie
d'autrefois et on peut exercer cette profession sans rentrer chez soi en étant noir
des pieds à la tête, pour peu que l'on
s'équipe de manière adéquate.
Le Muresan s'est donc formé par luimême, en suivant des cours sur Internet et
a voulu parfaire sa formation en
Allemagne. Rétif à la mentalité d'OutreRhin, trop rigide à son goût, il a finalement émigré en Italie où le climat de dialogue et de convivialité lui convenaient
nettement mieux.
Depuis son retour, Mircea Balsoianu
ne manque pas de travail. Des administrations ont recours à ses services et il
doit faire la navette entre Brasov et
Bucarest où on fait souvent appel à lui.
Au point qu'il a dû embaucher une ramoneuse… qui n'est autre que sa femme.
Cette demande lui a donné l'idée de créer
une école de ramonage, en 2007, qui a
toute de suite rencontré un vif succès, 70
personnes s'inscrivant à la première session pour un coût de 110 €.
La formation est sanctionnée par un
diplôme qu'il délivre, reconnue par la
profession des chauffagistes, assurant un
débouché aux élèves.
Porte-bonheur
dans les mariages
Pour autant Mircea Balsoianu (notre
photo) n'échappe pas à la tradition collant
à la peau des ramoneurs et qui veut que
toucher leur main porte bonheur. Quelque
soit l'entreprise où il intervient, le patron
ne manque pas de venir le saluer.
Croisant sa camionnette lors de la dernière campagne électorale, le député sortant
de sa circonscription a fait demi-tour sur
la route… pour s'assurer de sa réélection.
L'an dernier, le capitaine de l'équipe
nationale de foot, Cristian Chivu, s'est
plié à la coutume avant une rencontre
internationale… et a marqué le but victorieux des Tricolores.
Cette notoriété fait l'affaire du ramoneur, de plus en plus demandé dans les
noces pour porter bonheur aux jeunes
mariés, ce qui est devenu un autre volet
de son activité.
23
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Vie quotidienne
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TULCEA
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Palais de Tsiganes
22
La Roumanie pratiquement éliminée du Mondial 2010 d'Afrique du Sud
Limogé, le sélectionneur Piturca
veut aussi son parachute doré
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Sports
Les paysans bretons ont
la cote auprès des Roumaines
SUCEAVA
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ORADEA
Crise et xénophobie en Italie aidant…
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Jumelée depuis seize ans avec
Timisoara, Mulhouse a fourni à sa
partenaire roumaine une liste de
mendiants tsiganes qui opèrent dans
la ville alsacienne et ont sollicité de
sa mairie une aide sociale, lui demandant de vérifier s'ils y possédaient
des biens immobiliers. En visite, des
élus mulhousiens s'étaient montrés
surpris de découvrir les palais kitsch
que certains s'étaient faire construire,
les comparant aux villas de "Beverly
Hills". La vérification n'est cependant
pas facile à faire, des propriétaires ne
les ayant pas déclarés sous leur nom
et les clans familiaux auxquels ils
appartiennent ayant de nombreuses
ramifications. Chaque mendiant peut
rapporter jusqu'à 3000 € par mois au
réseau auquel il appartient.
La "guinessite"
de Pâques
La Roumanie n'en finit pas avec sa
"guinessite". La fièvre d'entrer dans le
livre des records est devenu une
ambition nationale. C'est ainsi qu'à
l'occasion de la Pâque orthodoxe le
record du plus grand oeuf de Pâques,
qui mesure 7,25 m de haut et pèse
1,8 tonne, a été établi dans le centreville de Suceava. Construit en fibre de
verre et décoré d'autocollants, il présente un diamètre de 4,6 m, a été
béni par des prêtres, puis mesuré par
un représentant du Guinness Book,
qui a remis au maire de la ville un
diplôme. Dans ce même département,
les habitants de la ville de Radauti
espéraient en cette journée pascale
recevoir un document similaire, après
avoir préparé un cozonac, traditionnelle brioche au fromage, pesant 140
kilos et d'un diamètre de 2,5 m.
L
es agences matrimoniales du Banat (Timisoara) auprès desquelles s'inscrivent des jeunes femmes roumaines rêvant d'un avenir autre que dans leur
pays ont noté un net changement de tendance ces derniers mois. Le "prince charmant" rêvé n'est plus le riche Italien quadragénaire, propriétaire de son entreprise, portant beau des costumes Armani au volant de sa voiture de luxe… mais le paysan breton, vieux gars célibataire au maillot de corps trempé de sueur quant le soir il
rentre avec son tracteur son chargement d'artichauts et de choux-fleurs.
La crise est passée par là et l'Italie paraît un pays moins sûr que la France pour y
faire sa vie. Mais aussi, les Roumaines sont indignées à l'idée du sort que pourraient
leur réserver les Italiens, à la suite de la vague de xénophobie que connaît ce pays: "Je
ne veux pas me faire traiter sans arrêt de putain, de voleuse, qu'il y ait du scandale
dans la rue autour de moi, que ma belle
famille ait honte parce que je suis
Roumaine" se révolte Miruna, une professeur de 40 ans qui recherche toujours
l'âme sœur, concluant "je préfère aller
en France où c'est plus tranquille pour
nous, même si parler le français est plus
difficile… mais je me débrouillerai".
Alina est du même avis, tout en se
montrant beaucoup plus terre à terre :
"Si tu vis à la ferme, t'es sûre au moins
de manger. Une poule est une poule, les légumes poussent dans le jardin, les vaches
donnent du lait et se fichent bien de la crise". Dans les agences matrimoniales, on note
que les fermiers bretons sont de plus en plus une valeur recherchée : ils ont leur propre
affaire, agricole - et non pas des actions en bourse -, avec des vaches, moutons, des
hectares de terre cultivable ou de vergers, ce qui garantit une vie décente.
Laura, 35 ans, a décidé de franchir le pas, conseillée par une amie. "Celà n'a pas
été facile de prendre une décision parce que la vie à la campagne ici est misérable"
confie-t-elle, "mais j'ai vu des films, et en France on ne vit pas comme çà; les différences sont grandes. Tout est automatisé, on a les machines qu'on veut… on trait
même les vaches par ordinateur", avant de se convaincre "je crois que le fermier français est une variante très bonne. Surtout maintenant ! çà n'a rien à voir avec le tractoriste de chez nous".
Aujourd'hui, l'offre masculine sérieuse vient de France
Adriana, qui dirige une agence matrimoniale de Timisoara est formelle : "La peur
de la crise a changé radicalement le regard des Roumaines en quête d'un mari et sollicitant ses services. D'emblée, la majorité tourne leurs regards vers l'étranger et les
propositions viennent surtout d'Italie et de France. Si le partenaire présenté a une
maison et un travail, l'affaire est déjà bien engagée. En outre, s'il a une protection
sociale, c'est très sécurisant psychologiquement pour la jeune femme".
Adriana reconnaît qu'il y a peu de romantisme dans cette démarche, la motivation
étant maintenant surtout économique. Elle note aussi que les Roumaines du Banat se
sont un peu lassées des frimeurs italiens que l'on voit draguer au volant de leurs décapotables dans les rues de Timisoara ou d'Arad. Les pizzas, les pâtes, la canzonetta ou
la dernière mode de Milan ont moins d'attrait. "Aujourd'hui, l'offre masculine sérieuse vient de France" constate-t-elle. Adriana, qui n'a jamais entendu parler du film "Je
vous trouve très beau" (notre photo) a déjà formé quelques couples franco-roumains.
Plusieurs de ses clientes avaient effectué préalablement le déplacement en Bretagne
pour visiter la ferme de leur prétendant, lequel avait payé le voyage.
D
éfaite en mars 23 à Constantsa
devant la Serbie,
cinq jours avant un nouvel
échec devant l'Autriche (2-1)
à Klagenfurt, et ainsi prati“Le toupet de Piturca n’a pas de
limite” pour ce caricaturiste qui quement éliminée de la courn’apprécie pas ses prétentions. se à la qualification pour le
mondial 2010 en Afrique du Sud, l'équipe de football de
Roumanie fait pâle figure. Seule l'équipe finissant en tête du
groupe est qualifiée automatiquement, le second devant disputer des barrages. Avant dernière du groupe 7 à huit points de
la Serbie, la Roumanie en totalise seulement quatre, six points
derrière la France, deuxième, qu'elle doit rencontrer en septembre (2-2 à Constantsa l'an passé). Outre leur rencontre à
Paris, la suite du programme des Roumains prévoit des déplacements en Lituanie, en Serbie, et deux matches à domicile
contre l'Autriche puis les Iles Féroé.
"L'homme à abattre" en Roumanie
La première victime de ce parcours calamiteux a été le
sélectionneur Victor Piturca, limogé deux semaines plus tard,
et dont on attend de connaître son successeur qui devrait être
Gheorghe Hagi.
Le traitement réservé en France à son collègue Raymond
Domenech, lui aussi menacé, lui a semblé sans doute bien
doux en cette fin de mars, en comparaison de celui qui lui a été
accordé dans son pays, où il est devenu le véritable "homme à
abattre". Les médias roumains n'ont pas manqué de souligner
qu'il a fallu un cordon de gendarmes pour le protéger des supporters roumains, lors de sa sortie du stade en Autriche.
"Piturca a réussi à enterrer définitivement la Nationale",
titrait le quotidien Gazeta Sporturilor, dont un éditorialiste
estimait que le sélectionneur avait plongé l'équipe dans "le
noir total" et qu'il "était urgent de le remplacer". "Dehors
Piturca", clamait à la Une le quotidien Adevarul, considérant
que le football roumain n'a "jamais vécu une telle humiliation", en référence au parcours des qualifications (1 victoire, 3
défaites et 1 nul), et que "ce calvaire devait prendre fin".
Romania Libera allait même jusqu'à suggérer le lancement d'une "quête publique" pour réunir les 600 000 euros
figurant dans la clause de départ de Piturca avant la fin de son
mandat prévu au terme de ces qualifications. Car, sans-doute
inspiré par les stock-options et autres prébendes que se sont
accordés les banquiers de Wall Street, de la City ou de Paris et
les dirigeants de grandes entreprises, le sélectionneur s'est
accroché becs et ongles à son "parachute doré", clamant partout qu'il ne démissionnerait jamais.
De longues négociations avec sa fédération, pour l'amener
à raison, n'ont rien donné dans un premier temps. Piturca
menaçait de procès ses anciens employeurs, lesquels lui faisaient valoir que l'objectif de qualification fixé dans le contrat
n'avait pas été atteint. Finalement, les deux parties semblaient
s'être mises d'accord sur la somme de 300 000 €, mais Piturca
a ensuite démenti pour faire monter les enchères. La
Fédération a finalement désigné Razvan Lucescu, 40 ans,
entraîneur du FC Brasov pour lui succéder. Il s'agit du fils de
l'entraîneur des Ukrainiens du Shakhtar Donetsk Mircea
Lucescu. Il percevra 250 000 euros par an et, en cas de qualification pour l'Euro, un bonus de 500 000 euros.
Symbole de la dérive du football roumain
Outre son échec sportif dans la course à la qualification
pour 2010, Victor Piturca symbolise la dérive du football en
Roumanie. L'ex-sélectionneur est impliqué dans une affaire de
corruption remontant à l'an passé. Gigi Becali, le dirigeant du
Steaua, avait alors fait remettre à une équipe de Cluj une valise de billets d'un montant de 1,7 millions d'euros afin d'arranger le résultat d'un match et permettre ainsi à son club de remporter le championnat. Piturca avait servi de faux témoin à
Becali devant la Justice, affirmant que cette valise devait servir à acheter un terrain.
Lazlö Boloni, l'entraîneur roumain qui opère en France et
en Belgique ne s'est pas trompé sur l'état du football dans son
pays natal, en refusant sèchement la proposition de sa fédération d'origine de prendre la succession du sélectionneur.
Prostituées offertes à deux arbitres danois de hand-ball
D
eux arbitres danois ont refusé
une offre de 30 000 euros
chacun et les services de
deux prostituées pour favoriser la
Roumanie au détriment du Monténégro
en juin 2008, a annoncé le président de la
Fédération danoise, Per Rasmussen.
Selon le quotidien danois JyllandsPosten, les deux arbitres Martin Gjeding
et Mads Hansen, désignés pour ce match
de qualification au Mondial 2009, ont
ainsi été accueillis à l'aéroport d'Oradea
par le sélectionneur roumain, Omer
Aihan, et le vice-président de la
Fédération roumaine Paleu Petre.
Ces derniers leur auraient ensuite
proposé l'argent et les services de deux
jeunes femmes. Les arbitres ont immédiatement rejeté la tentative de corruption
et adressé un rapport à la Fédération
européenne de handball.
"Nous n'avons eu connaissance de
cette affaire que huit mois plus tard, ce
qui est très insatisfaisant car nous
aurions dû être informés depuis longtemps", a déclaré M. Rasmussen, ajoutant
qu'il avait ordonné une enquête. La
Roumanie avait finalement remporté le
match (29-24) et s'était qualifiée pour le
Mondial en Croatie.
31
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Sports
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BAIA MARE SUCEAVA
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TG. JIU
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BUCAREST
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Déjà sous
Ceausescu…
32
Cible du parquet anti-corruption
(DNA), le football roumain vit les pires
heures de son histoire, ou les
meilleures pour ceux qui attendent
enfin un grand nettoyage. "Le pire,
c'était quand on devait se contenter
de rumeurs et soupçons sur les
arbitres et dirigeants, et le meilleur
c’est qu'on a désormais la chance de
faire la lumière sur des cas qui pourrissaient notre football", a déclaré
Radu Naum, rédacteur en chef de la
chaine sportive GSPTV, regrettant
"que le nettoyage ne soit pas fait de
l'intérieur mais par le DNA".
Au-delà des soupçons et accusations verbales presque quotidiennes,
rien n'avait vraiment abouti depuis
l'ère Ceausescu, lorsque la police politique de l'ex-dictateur avait mis des
arbitres derrière les barreaux, comme
l'ont rappelé certains medias roumains. "Le génie des Carpates" n'était
pourtant pas trop regardant en la
matière. Son fils adoptif et aîné,
Valentin, avait fait inverser le résultat
d'une finale de coupe de Roumanie
qui avait vu la défaite du Steaua, le
club de l'armée créé par son père,
face à son éternel rival de la police, le
Dinamo.
Cette fois-ci, les dossiers sont sortis au grand jour, la DNA tentant de
faire le ménage dans la corruption
pour répondre à la demande de l'UE.
D
es enquêteurs de la Direction Nationale anti-corruption (DNA) ont effectué le 13 avril une descente au siège de la Fédération Roumaine de
Football, visant le bureau du responsable de la commission d'arbitrage et
saisissant 250 pages de documents. L'enquête de la DNA porterait sur plusieurs
matches suspects de la saison impliquant le FC Arges (1re div.), dont le siège a également fait l'objet d'une descente des enquêteurs, et dont le patron, Cornel Penescu
(notre photo), a été retenu 24 heures par la DNA. Celui-ci est suspecté d'avoir versé
jusqu'à 125 000 € à plusieurs arbitres du championnat roumain, avec la complicité du
président de la Commission roumaine des arbitres de football, Gheorghe Constantin
auquel il aurait remis 70 000 € pour qu'il "désigne des arbitres agréés". Les deux
hommes ont été placés en état d'arrestation.
Les enquêteurs affirment en outre que, durant
la période octobre-décembre 2008, Penescu aurait
viré 54 000 dollars à plusieurs arbitres de première division afin de "bénéficier d'arbitrages favorables", ainsi que 3000 € à un observateur fédéral. Selon les procureurs, d'autres personnes font
l'objet d'enquêtes dans ce dossier.
Le football roumain est dans le collimateur du
DNA pour deux autres dossiers qui font l'objet de procès: le premier porte sur des transactions illégales dans le cadre d'une douzaine de transferts de joueurs suspects. Le 10
janvier 2008, des poursuites pénales ont été engagées pour escroquerie, évasion fiscale et blanchiment d'argent contre des agents de joueurs et des dirigeants de clubs
comme Gheorghe Copos (Rapid Bucarest) et Cristian Borcea (Dinamo Bucarest). Le
second porte sur une affaire de corruption impliquant le patron du Steaua Bucarest,
Gigi Becali, accusé - enregistrements téléphoniques à l'appui - d'avoir proposé 1,7
million d'euros à un adversaire afin d'influencer un match décisif pour le titre.
Champions du monde de la mafia sportive
Le président de la FRF, Mircea Sandu, s'est autorisé une comparaison avec l'Italie,
en déclarant que son pays pourrait "devenir le nouveau champion du monde de la corruption sportive, comme ce fut le cas pour l'Italie après le scandale du "Calciopoli",
une affaire de matches truqués qui avait éclaté dans la péninsule au printemps 2006.
Il a estimé que d'autres arrestations pourraient intervenir dans le milieu des paris sportifs. "Si les accusations sont confirmées, ce sera difficile de croire que tout ça fut possible sans qu'au moins un haut dirigeant ne soit pas au courant", lui a répliqué le journaliste sportif Adrian Soare. Sandu, à la réputation sulfureuse, a rejeté tout lien avec
le scandale, assurant qu'il avait tiré la sonnette d'alarme par le passé et promettant l'ouverture d'une enquête. Première décision positive: la désignation par tirage au sort des
arbitres pour les matches de première division et non plus sur choix du président et
d'autres membres de la Commission d'arbitrage. Une affaire à suivre à quelques
semaines des 100 ans de la FRF, anniversaire pour lequel sont annoncés les présidents
de la FIFA et de l'UEFA, Stepp Blatter et Michel Platini...
Ilie Nastase a été fait chevalier de la Légion d'honneur
L
qui téléphone de Bucarest en France et fait oublier son accent
les dessous du business
BACAU
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ROVINARI
Des arbitres mis en cause
par le parquet anti-corruption
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
e célèbre tennisman Ilie Nastase, 62 ans, a été fait chevalier de la Légion d'honneur par l'ambassadeur de France en
Roumanie, Henri Paul. Celui qui fit, aux côtés de Ion Tiriac, les beaux jours du tennis roumain dans les années 1970, a
été récompensé pour sa francophilie et son impressionnant palmarès: numéro un mondial, vainqueur notamment de
Roland-Garros, il a remporté au total 87 tournois professionnels au cours de sa carrière. Plusieurs personnalités roumaines assistaient à la cérémonie, comme l'ex-étoile de la gymnastique Nadia Comaneci, la légende du football Gheorghe Hagi, et l'ancien président de la Roumanie Ion Iliescu. Nastase s'est retiré de la compétition en 1985 à l'âge de 39 ans. Il a ensuite été président de la
Fédération roumaine de tennis pendant 10 ans avant de démissionner l'an dernier.
"Le système est bien organisé, explique Julien Trambouze.
Il y a des postes de travail, style box. Sur l'ordinateur, les filles
reçoivent les SMS, et elles y répondent via l'interface d'un
logiciel. Au même moment elles peuvent dialoguer au téléphone, soit en laissant des messages par répondeur interposé
ou en dialoguant en direct. Les deux activités sont différentes,
et le but aussi, le SMS c'est pour des pseudos "relations
sérieuses", du genre on flirte par SMS en faisant connaissance, le client pense un jour rencontrer une vraie femme.
"Un film porno, çà ne donne pas de réponse"
Pour le téléphone c'est du sexe. Donc oui, d'une certaine
manière c'est une ambiance de rédaction. Pour la webcam,
c'est différent, c'est dans une pièce à part. Il y a un matériel
pour faire du direct sur Internet, Elena, elle, s'occupe de traduire en off, les désirs de l'homme derrière sa webcam. Elle
fait aussi de la post-synchronisation pour le direct ".
Les hommes qui appellent sont-il vraiment dupes de cette
grossière illusion? Pensent-ils vraiment qu'Elena s'est branchée sur les lignes chaudes parce qu'elle a très envie de sexe?
Qu'elle est Française, qu'elle habite Villeneuve sous bois et
qu'elle rêve de trouver un petit copain? Elena dit: "Ils m'appellent uniquement parce que c'est mieux que de regarder un
film porno parce que le film porno ça donne pas de réponse".
* (centre d'appel téléphonique commercial, souvent installé à l'étranger, d'où des opératrices démarchent des clients
ou répondent à leurs demandes)
"Les filles sont étudiantes, niveau maîtrise
et leur français doit être irréprochable"
A
la suite du reportage diffusé
par Arte Radio, Julien
Trambouze a répondu aux
questions suivantes du journaliste:
Arte Radio: Qui dirige ce genre de
business?
Julien Trambouze: Le patron de la
boîte en question a un parcours plutôt
insolite, je ne le connais pas directement,
mais il est connu à Bucarest. C'est un
Français qui a été pendant deux ans
volontaire international au SAMU social
de Bucarest. Il a décidé de rester sur place
pour monter sa boîte de Call Center
porno; il a dans la même branche un call
center de dépannage informatique, donc
pour lui c'est juste le moyen de faire de
l'argent. A priori les patrons de ce genre
d'entreprise sont des investisseurs lambdas qui n'ont pas de lien avec le monde de
la prostitution ou de la mafia en particulier. En tout cas pas à ma connaissance…
A.R: Qui sont les filles?
J.T.: Les filles sont étudiantes, souvent avec un très bon niveau scolaire,
l'équivalent de la maîtrise, car forcément
leur français doit être irréprochable. Il y a
des femmes au foyer qui arrondissent
leurs fin de mois (elles ne travaillent que
de deux à quatre soirées maximum par
semaine). Et plus, il y a des actrices pornos pour les web cam.
A.R.: Pourquoi Elena a-t-elle
accepté de témoigner?
J.T.: Elena était étudiante en dernière année en sciences politiques quand je
l'ai rencontrée et enregistrée. Elle a passé
un an en France (Montpellier) pendant
ses études, ce qui explique son niveau de
français et le fait qu'elle n'a pas d'accent.
Elle a accepté d'être enregistrée, je pense,
pour ne pas oublier ce moment de sa vie.
Elle avait une distance très particulière
avec son "travail", sans traumatisme particulier et, avec beaucoup de détachement. Elle acceptait d'en parler régulière-
ment, comme un ouvrier qui sort du boulot. Le seul risque était de se faire pincer
et de perdre son travail.
A.R.: Elle gagnait combien de
l'heure ?
J.T.: En gros de ce que j'en sais, elle
touchait pour 3 nuits par semaine environ
400 € par mois, soit g 4 € de l'heure.
A.R.: le client sait qu'il appelle
l'étranger quand il fait un numéro de
téléphone rose?
J.T.: Tout le business est sur ça ; les
appels viennent de France, et les gens qui
appellent pensent que ce sont des femmes
françaises à l'autre bout du fil. Je pense
que les lignes sont reliées par Internet ce
qui permet de faire des économies sur les
lignes téléphoniques. Je ne suis pas très
au courant du système. Les gens ne
savent pas qu'ils appellent à Bucarest, ils
doivent pouvoir le savoir avec les
annonces éditeurs obligatoires sur ce
genre de ligne.
Les enfants fans du Net
6
0% des enfants roumains âgés de moins de 14 ans utilisent quotidiennement Internet, selon une étude réalisée par Intuitext et Itsy Bitsy FM. Le
rapport révèle que 43% des enfants vont sur Internet pour jouer en ligne,
19% pour parler sur Messenger, des "chats" ou des forums, et seulement 23% pour
chercher des informations pour leurs devoirs scolaires.
L'étude met aussi en avant l'inquiétude des parents face à cette omniprésence
d'Internet dans la vie de leurs enfants: 40% craignent notamment les messages vulgaires et inadaptés et 37% ont peur de l'impact des jeux violents. Mais malgré ces
craintes, seuls 25% des parents surveillent leur enfant quand il surfe sur le Net,
47,4% ne le font qu'occasionnellement, les 26% restants jamais. L'étude a été réalisée auprès de 3559 parents.
21
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Evénements
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CONSTANTA
Le château de Bran
vidé de ses meubles
20
Les confessions d'Elena, étudiante
Dominique de Habsbourg, petit-fils
de la reine Marie de Roumanie, qui
doit récupérer le château de Bran le
18 mai prochain, a eu la mauvaise
surprise de découvrir fin mars que le
palais avait été vidé de son mobilier.
Un acte qu'il a qualifié de "vandalisme". Ion Narcis, directeur du château, a pour sa part expliqué que
cette "évacuation" s'était faite sur
ordre du ministère de la Culture, affirmant que toutes les pièces de mobilier appartiennent à l'Etat roumain.
Les grands perdants sont les touristes, qui peuvent accéder à un bâtiment désormais vide. Le château
restera ouvert au public après sa
rétrocession à Dominique de
Habsbourg.
Le Golden Blitz démoli
Le Golden Blitz, le célèbre restaurant de la capitale, du Boulevard
Razaore, à la fois snob et populaire
et où il était bon ton de se montrer, a
été démoli fin janvier, afin de le doter
de parkings. Il devrait rouvrir ses
portes à la fin de l'année. Propriété
des affairistes Sorin Volpescu et Dan
Besciu, l'établissement était fréquenté par des personnalités comme le
Président Basescu, sa "conseillèrevamp" devenue ministre du tourisme,
Elena Udrea - qui fut un temps une
de ses actionnaires par l'intermédiaire de son mari-, et l'ancien bergermilliardaire, propriétaire du Steaua,
Gigi Becali. Voici un an, il avait été
victime d'un incendie provoqué par
un "gratar de mici" (grillade de boulettes de viande hachée).
I
l existe des numéros surtaxés permettant de "faire l'amour" par téléphone.
Officiellement, les jeunes filles qui répondent sont des Françaises célibataires
qui cherchent un petit copain. Dans la réalité, ce sont des Roumaines qui travaillent pour un call center*, comme le révèle Julien Trambouze, reporter et pigiste à
Radio France International, et animateur sur le réseau local France Bleu. Arte Radio
vient de reprendre sur ses ondes une enquête du journaliste, spécialiste des pays
d'Europe centrale, qui explore et enregistre la Roumanie depuis plus de sept ans.
Oreilles chastes s'abstenir…
Pour payer ses études
"Le soir à la TV, il y a souvent ces publicités pour des N° de téléphone en 08 90
pour "sortir avec une fille chaude": "Viens je t'attends", "tu aimes mon petit minou"
et autres teasers assortis de mimiques vulgaires… Ni une ni deux, si vous composez
le N° vous tombez sur une jeune fille fraîche qui se met à causer de "cul".
Qui est-elle? Généralement, une étudiante vivant à Prague ou Bucarest et finançant ses études à l'aide d'un boulot d'appoint. Prenez Elena, par exemple. Etudiante en
sciences politiques, Elena a longtemps travaillé dans un centre d'appel pornographique
à Bucarest (Roumanie). Trois nuits par semaine, elle émoustillait ses clients français
via le téléphone ou le net. Et son témoignage en live, sidérant de bonne humeur, a été
enregistré sur Arte Radio qui dévoile les coulisses de cette étrange industrie.
L'auteur du reportage, Julien Trambouze, explique: "Elena était une amie d'ami.
A l'époque où elle a travaillé (quelques mois) dans le centre d'appel, elle ne se vantait pas trop de ce boulot. C'était pour payer ses études. J'ai mis plusieurs semaines à
la convaincre de s'enregistrer sur son lieu de travail. Elle ne se préoccupait pas de
l'image que ça renvoyait d'elle ("Un job un peu trashy dans un pays pourri", ce sont
ses mots), mais davantage de perdre son travail si on découvrait qu'elle était enregistrée. J'ai donc décidé de lui poser un micro-cravate très discret et un petit enregistreur
qu'elle devait glisser dans la poche."
Enregistrement clandestin
Plusieurs nuits de suite, Elena enregistre donc des bouts de dialogues "hot" qu'elle commente d'une voix flûtée. Son travail, essentiellement, consiste à flatter: "Je suis
sûre que tu es un gars plein de douceur qui sait bien faire jouir les filles." "Oh, j'adore ton prénom, Antoine, il est très classe". Après quoi, Elena encourage: "J'aimerais
bien que tu me dises comment tu caresses". Suivent des échanges aux propos crûs
dont la jeune femme, se prêtant au jeu, ne s'offusque pas, attisant les fantasmes de son
interlocuteur pour faire durer la conversation et son coût.
Parfois, s'il se montre trop exigeant, elle le rabroue, "Je suis pas extra-terrestre
moi", mais se rattrape aussitôt, l'entraînant dans des contrées étranges et prometteuses
d'une voix innocente.
Quand l'appel s'achève, Elena enchaîne sur un autre ou bien envoie des SMS.
Parfois les deux en même temps. Le centre d'appel porno pour lequel elle travaille possède aussi un système de dialogue "pour trouver ta petite copine", ainsi que des webcams permettant à la fois de voir et de parler à une beauté de rêve.
La plupart des webcams sont des montages habiles. La beauté, généralement, ne
sait pas parler Français. C'est Elena, hors champ, qui fait du doublage de voix. Tandis
que la strip-teaseuse se déshabille devant la caméra, elle traduit les messages du
voyeur - "Il veut voir tes fesses" -, puis répond à la place de la fille, afin que l'illusion
soit sauve: de l'autre côté de son écran, le client doit rester persuadé qu'il a affaire à
d'authentiques voisines de palier. Dans ce centre d'appel, une usine à gaz, les mâles en
chaleur font tourner la machine à raison de plusieurs centaines d'appel par jour. C'est
du sex call industriel.
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Savoir se faire respecter !
Insolite
F
in mars, à l'issue d'un match de ligue départementale dans le judet de Calarasi, remporté 2-1 par l'Unirea Dragalina sur
le terrain du Conpet Stefan cel Mare, un des deux juges de touche, tancé par les spectateurs mécontents de ses décisions,
a sorti un pistolet de son short et a tiré un coup de semonce en l'air ! Un des spectateurs a alors filmé la suite de son
retour aux vestiaires, puis l'a envoyé au journal Gazeta Sporturilor, qui diffuse la vidéo où l'on voit les arbitres revenir aux vestiaires sous les menaces et les insultes de la foule. Les problèmes de corruption sont importants dans le football roumain, même
dans les ligues inférieures, et les arbitres sont souvent victimes de représailles, parfois violentes, de la part des spectateurs voire
des joueurs, tandis que la police s'occupe de moins en moins de ce genre d'affaires.
Neuf joueurs aux urgences
et 81 matchs de suspension
pour une seule rencontre
L
a Fédération roumaine a infligé un total de 81
matches de suspension après les bagarres qui ont
entraîné le samedi 11 avril l'arrêt prématuré de la
rencontre Dinamo Bucarest-Constantsa. 7 joueurs du
Dinamo ont été chacun suspendus pour 10 matches au plus
et le club privé de deux matches à domicile. Le président du
Farul Constantsa a été sanctionné pour 12 matches et deux
joueurs georgiens du club pour respectivement 10 et 7 rencontres. Le match a tourné au pugilat après six minutes de
jeu, les Bucarestois semblant concentrer leur agressivité sur
les joueurs géorgiens de Constantsa. Six joueurs du Farul et
trois du Dinamo ont été transférés aux urgences.
Solution
M
aire d'Alexandru cel Bun (Alexandre le Bon),
bourgade de 3000 habitants du judet de
Neamt, Ion Rotaru pense avoir trouvé le
moyen de boucher le trou du budget communal. Dès le vote
de la loi dépénalisant la prostitution, il envisage de construire un "bordel" municipal, sur le modèle du quartier rouge
d'Amsterdam, où des femmes proposent leurs charmes dans
des vitrines, tirant le rideau dès qu'elles font affaire. L'édile
compte sur le passage de la DN 15, l'une des routes les plus
fréquentées du judet, conduisant de Bicaz à Piatra Neamt,
pour attirer un maximum de clients.
Huile de jambe
E
stimant que l'huile de jambe revenait moins cher
que l'électricité, deux administrations publiques
roumaines ont trouvé un nouveau moyen de
réduire leurs dépenses en cette période de crise économique:
limiter l'usage des ascenseurs à seulement quelques heures
dans la journée. Cristian Roman, préfet du judet de Botosani
(nord), a décidé que les ascenseurs ne fonctionneraient
qu'entre 7h et 9h et 15h et 17h au siège de la collectivité territoriale ainsi que dans ses locaux, qui sont situés dans le
même bâtiment. Le préfet a expliqué que la mesure permettrait de réduire la facture d'électricité. Environ 200 personnes travaillent dans l'immeuble de cinq étages. Le préfet
montre lui-même l'exemple… Son bureau se trouve au rez
de chaussée.
Villa du
quartier
ultra-chic
de Pipera
à Bucarest
... après la
crise !
Rendement
L
es 84 contrôleurs de bus de Iasi ont assigné en justice
leur direction pour abus de pouvoir et harcèlement
répressif. Ils lui reprochent de les obliger à faire du
chiffre en dressant au minimum 3360 contraventions par mois aux
fraudeurs, soit 40 chacun s'ils veulent toucher intégralement leur
salaire. Si les objectifs ne sont pas atteints, celui-ci est réduit de
25 %, et au bout de trois mois… c'est la porte !
Au parfum
D
eux fois par semaine, les rues du centre de Baia Mare
sont aspergées de solutions liquides lavantes parfumées, importées de Hollande. Au choix: pomme,
sapin, citron, lavande, muguet, lilas, magnolia ou pamplemousse.
Valer Simon, le gérant de la société qui a en charge le nettoyage
de la ville, a emprunté cette idée à Salzbourg où il passait ses
vacances voici deux ans. Il cherchait désespérément un moyen de
chasser les odeurs pestilentiels qui planaient sur Baia Mare, envahie chaque année par des monceaux de détritus après la fête des
châtaignes, l'emploi de l'eau de Javel se révélant inefficace.
Dispositif anti-pipi
U
n bricoleur du judet d'Alba, Ioan Holom, qui a déjà à
son actif plusieurs inventions brevetées, notamment
dans le domaine médical, a mis au point un appareil
anti-énurésie qui aide à résoudre le problème des enfants qui font
pipi au lit. Celui-ci contient un système de diagnostic basé sur la
mesure des bio-courants de l'organisme ainsi qu'une sonde que
l'on place dans le pyjama de l'enfant et qui se met à sonner ou à
vibrer dès les premières gouttes décelées.
33
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Cinéma
SATUMARE
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CLUJ
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ROMAN
GALATI
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Lelouch
va tourner à Buftea
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A quatorze ans, après avoir vaincu
l'Aconcagua, "Coco" rêve d'Everest
l
BISTRITA
l
ARAD
La plus jeune championne mondiale
d’alpinisme s'entraîne dans les Carpates
Evénements
"Au diable Staline,
l
ORADEA
Le dictateur est mort et ce n'est
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Claude Lelouch a choisi de tourner
une partie de son prochain film, "Ces
amours-là", en Roumanie. Le tournage débutera au mois de juin prochain
et se déroulera dans les studios
Media Pro situés à Buftea, au nord de
Bucarest. Le reste du film de Claude
Lelouch sera tourné en France, à
Beaune, ville dans laquelle il a déclaré
récemment vouloir créer une école du
cinéma. De ce prochain long métrage,
le cinéaste a annoncé qu'il s'agira
d'une "histoire unique dans l'histoire
du cinéma", dans laquelle il intégrera
des scènes de ses anciens films.
Deux films
roumains à Cannes
"Souvenirs de l'époque dorée",
un film collectif écrit et produit par
Cristian Mungiu et "Policier, adjectif"
de Corneliu Porumboiu ont été sélectionnés pour participer au prochain
festival de Cannes, qui aura lieu du 13
au 24 mai. Les deux films vont
concourir dans la catégorie "Un certain regard".
Ionesco interdit
de version roumaine
A en croire Nicolae Manolescu,
représentant de la Roumanie à
l'Unesco, la fille du célèbre écrivain
Eugène Ionesco, Marie-France
Ionesco, refuse que les pièces de son
père soient jouées en roumain. Dans
un entretien accordé à Evenimentul
Zilei, il précise qu'elle "est arrivée à
l'idée que son père n'avait aucun lien
avec la Roumanie et était un écrivain
français". Le centenaire de Ionesco
sera célébré en Roumanie, à la mimai, par une représentation, en allemand, de "La cantatrice chauve".
L
e cinéma roumain vient de nous proposer un nouveau petit bijou qui a fait
sa sortie sur les écrans français en février. Nunta muta (La noce muette),
dont le titre s'est transformé en France, pour des impératifs commerciaux,
en Au diable Staline, vive les mariés, est le premier long métrage d'Horatiu Malaele,
l'un des comédiens et metteurs en scène les plus populaires de Roumanie. Non seulement son film ne dépare pas les dernières grandes réussites du cinéma roumain,
comme 4 mois, 3 semaines et 2 jours ou le magnifique California dreamin' de Cristian
Nemescu, mais on serait de dire qu'il les surpasse par son originalité, son romantisme
mêlé à son côté crû. Surtout, emprunté à un évènement authentique, il évoque l'une
des époques les plus tristes et méconnues vécues par les Roumains au cours de leur
histoire récente. Si ce film passe encore dans votre région, précipitez vous pour le voir.
Voici ci-dessous, l'avis de deux critiques de cinéma.
Truculences à la Kusturica sur l'occupation soviétique
Après le tonique coup de fouet donné au cinéma
roumain par “4 mois, 3 semaines et 2 jours”, de
Cristian Mungiu (Palme d'or à Cannes en 2007) et des
films comme “La Mort de Dante Lazarescu” ou
13h10 à l'est de Bucarest, "Au diable Staline, vive les
mariés!" fable antitotalitaire nous ramène quelques
années en arrière, à l'heure des chroniques de l'occupation communiste et des truculences à la Kusturica.
A 56 ans, Horatiu Malaele (notre photo) signe là
son premier film: c'est l'un des acteurs et metteurs en
scène de théâtre les plus populaires du pays, également
caricaturiste. Il travaille depuis dix ans au fameux
Théâtre Bulandra de Bucarest, une institution. Son projet n'est pas de s'interroger sur la situation actuelle de son pays et les traces des lâchetés d'hier dans la société d'aujourd'hui, comme ses jeunes compatriotes, mais de glorifier la résistance de ceux qui osèrent rester fidèles à leur culture sous le joug soviétique. Le reportage d'une équipe de télévision dans un village où ne subsistent que des
ruines et des vieilles apeurées est prétexte à un long flash-back, récit de ce qui arriva
jadis, en 1953, à ces gens que l'on extermina avant de raser leurs maisons.
A
14 ans, Crina
Popescu, "Coco"
pour son père,
est devenue une icône de l'alpinisme roumain. Son dernier exploit, repris abondamment par la presse, a impressionné ses compatriotes. En décembre dernier, elle a été la première Roumaine, mais aussi la plus jeune alpiniste du monde,
à gravir le Mont Ojos de Salado, plus haut volcan de la planète (6893 m), qui domine le désert d'Atacama au Chili.
L'expédition a duré plusieurs jours, les températures passant de 30° à -20° pendant la nuit. La fillette faisait partie d'un
groupe de quatre adultes, compatriotes aguerris à la montagne.
Son père, Ovidiu, fut le premier
à lâcher prise à 5200 m, n'arrivant
plus à respirer, craignant un oedème
pulmonaire et rejoignant finalement
le camp de base. Un autre membre
du groupe, Daniela, abandonnait peu
après.
Finalement Crina et son dernier
coéquipier, Radu, continuèrent seuls
la course, mais séparant leurs pas,
celui de la fillette étant moins rapide.
Dans son chemin solitaire, la jeune
Roumaine croisa un couple d'alpinistes allemands qui avait renoncé et
redescendait, puis ce fut au tour de
Radu, victime aussi de troubles respiratoires et jetant l'éponge.
"Papa, j'ai fait le sommet"
Il était une fois… en Roumanie
Il était une fois, donc, ce hameau peuplé de personnages à faconde, prompts à l'invective, en particulier au bistrot. Un cinéma ambulant s'installe sur la place, pour projeter un film à la gloire du camarade Staline. Les ventrus boivent sec, les volailles
piquent un sprint et les hâbleurs en font des tonnes pour faire sentir leur mépris au
maire collabo des Soviétiques pendant que les jeunes s'envoient en l'air dans les foins.
Cette peinture haute en couleur de la vigueur tonitruante des mâles locaux est assez
convenue, mais le film prend de l'intérêt quand il bascule dans le burlesque.
Au moment même où l'un des fermiers du coin s'apprête à fêter les noces de sa
fille avec un joli-cœur, un officier soviétique vient annoncer la mort de Staline et
imposer une semaine de deuil national. Toute liesse et festin sont interdits. Le morceau
de bravoure d'Au diable Staline, vive les mariés! est constitué par le banquet clandestin que les familles organisent en cachette, de nuit, dans une grange: une cène païenne où les musiciens sont condamnés au faire-semblant, les convives à la dégustation
discrète et à la conversation muette. L'intrigue est tirée d'un fait divers réel. Elle s'impose en métaphore d'une Roumanie réduite au silence par les communistes, mais qui,
si on l'empêcha de parler à haute voix, apprit à chuchoter pour rester elle-même et à
prendre son asservissement avec humour.
Laissée seule à elle-même à 6500 mètres d'altitude, dans
les nuages puis le brouillard, Crina ne se découragea pas. En
bas, le moral était tout autre. Ovidiu, bien que connaissant les
capacités de sa fille, était de plus en plus rongé par l'inquiétude, d'autant plus que les batteries de la radio s'étant déchargées
il n'arrivait plus à communiquer avec elle. Privée de conseils,
la fillette décida pourtant de continuer, bien qu'ayant à escalader des murs de glace et des surplombs impressionnants, dont
certains de plus de 50 m.
Finalement, la jeune Roumaine réussit à franchir les derniers obstacles, s'installant sur le toit du volcan, tout juste
quatre mètre carrés bordant un précipice vertigineux, pour
souffler un peu. Couronnant son effort, la liaison radio put
reprendre et Coco, annoncer triomphalement : "Papa, j'ai fait
le sommet". C'était le dixième en quatre ans, Coco ayant déjà
"vaincu" - entre autres - la Dent du Géant dans les Alpes
(4014 m), alors qu'elle avait dix ans, le Mont Blanc (4810 m),
le Mont Ararat en Turquie (5165 m), le Mont Kazbek au
Caucase (5047 m), le Mont Damavand (5671 m) en Iran, réalisant le plus souvent des premières en temps que Roumaine
ou plus jeune alpiniste du monde.
Prise dans la tourmente
A peine redescendue, et le temps de passer les fêtes, Coco
décidait de s'attaquer, début janvier, au plus haut sommet
d'Amérique, septième dans la hiérarchie mondiale,
l'Aconcagua (6963 m). Refusant la facilité, elle prit la voie la
plus dure, empruntant le passage du "Glacier polonais". La
fillette se battit pendant quatre jours contre des conditions
atmosphériques désastreuses, le massif étant balayé par des
vents de neige, étant encore la première Roumaine et le plus
jeune alpiniste mondiale à vaincre
cette montagne prestigieuse, éprouvant une grande fierté en y plantant
le drapeau de son pays (notre
photo). Au cours de cette période,
huit alpinistes argentins trouvèrent
la mort, dont un sous ses yeux, Coco
en découvrant un autre enfoui dans
la neige après avoir succombé au
froid quatre plus tôt. Ces drames ne
l'ont pas dissuadée de continuer sa
quête des sommets. Elle prépare
activement son premier 8000
mètres, le Cho Oyu (8201 m) dans
l'Himalaya.
Les Carpates sont le terrain d'entraînement de la jeune
Roumaine. Elle y parcourt au pas de course les neuf kilomètres
séparant Rasnov, où elle habite, de Poiana Brasov, nageant,
skiant, effectuant des parcours bi-cross, sans oublier les sept
heures quotidiennes consacrées à ses études. Cela a un prix:
Coco ne regarde jamais la télé, par contre elle dévore les livres
qui tombent sous sa main. Cela a aussi un coût, malgré la participation des sponsors. Pour pouvoir payer les droits d'escalade de la dernière expédition, son père a vendu sa voiture.
Mais à travers sa fille, Ovidiu Popescu réalise son rêve
d'une vie plus saine. Il a vendu tout ce qu'il possédait à
Bucarest voici une quinzaine d'années pour venir respirer l'air
la montagne avec sa femme, dénichant une maison dans un
journal de petites annonces. La venue au monde de Crina, en
décembre 1994, ancra la volonté du couple de fonder une
famille de montagnards. Le bébé apprenait à manier un piolet
en même temps que marcher. A six ans, inscrite dans un cours
d'alpinisme avec son père, les murs d'escalade et leurs prises
n'avaient plus de secrets pour elle. A dix ans, elle s'attaquait à
son premier sommet.
Crina "Coco" a aussi ses rêves de jeune fille. Ils l'emportent au-delà des nuages et portent un nom: l'Everest.
19
Société
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Evénements
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BAIA MARE
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Gigi Becali met à mal
l'indépendance des juges
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Séisme de 5,3 Richter
dans le Vrancea
18
Le milliardaire se fait justice
lui-même et se retrouve en prison
Une secousse tellurique d'une
mag-nitude de 5,3 sur l'échelle de
Richter a été enregistrée le samedi
25 avril vers 20 h 20 locales en
Roumanie, sans faire de victime ou
de dégâts, a indiqué l'Institut sismologique de Buca-rest. L'épicentre du
séisme a été localisé à 120 km de
profondeur, dans la zone à haute activité sismique de Vrancea (Focsani).
La secousse a également été fortement ressentie dans la capitale mais
aussi à Chisinau (République de
Moldavie) et au nord de la Bulgarie.
Le dernier tremblement de terre
enregistré par les sismogra-phes roumains a eu lieu le 2 mars dernier, toujours dans la région de Focsani (et a
atteint un degré de 3,6 sur l'échelle
de Richter. Un rapport de l'ONU,
rendu public juste après le terrible
tremblement de terre qui a frappé
l'Italie, classe la Roumanie parmi les
pays les plus exposés à un séisme
de grande ampleur. Selon les experts,
dans les 3 à 4 prochaines années, un
tremblement de terre supérieur à 7
sur l'échelle de Richter pourrait toucher le pays.
Incompréhension
Près de 2000 curieux, dont beaucoup d'anciens et actuels employés de
l'usine Dacia de Movieni-Pitesti, ont
assisté, ébahis, à la destruction par
implosion contrôlée du siège social
historique de l'entreprise pour faire
place à un parking d'une capacité de
600 véhicules. Le bâtiment de huit
étages avait été construit en 1973 et
nombre de Roumains n'ont pas compris la décision des patrons français
de Renault-Dacia de faire disparaître
ce qu'ils considèrent comme un symbole de leur industrie automobile.
L
e 2 avril dernier, la police a arrêté George "Gigi" Becali dans sa propriété
de Pipera (nord de Bucarest) ainsi que six autres personnes, pour une affaire de règlement de comptes. L'affairiste et patron du Steaua Bucarest soupçonné de "privation de liberté illégale" a été emprisonné pour 28 jours reconductibles,
dans l'attente de son procès, conformément à la législation roumaine. Fin janvier, il
aurait séquestré trois hommes durant plusieurs heures, enlevés au préalable par ses
gardes du corps, puis enfermés dans le coffre d'une voiture avant qu'ils ne soient
conduits dans un immeuble de son quartier. Becali les accusait de lui avoir volé sa voiture et, mortifié qu'on ose s'en prendre à lui, aurait voulu leur donner une leçon.
Double humiliation
pour le milliardaire: toutes
les caméras de télévision
étaient là pour filmer son
arrestation. L'affaire a
occupé pendant plusieurs
jours le devant de la scène
médiatique, conduisant à
des débordements, le
Conseil national de l'audiovisuel (CNA) envisageant
de sanctionner trois postes
de télévision. La justice et
le président Basescu - pourtant ami jusque là avec Becali - étaient montrés du doigt
pour avoir instrumentalisé toute l'affaire afin de faire oublier leurs insuffisances dans
la lutte contre la corruption ou de mettre un frein à ses ambitions politiques.
Rameutant ses supporters du fond de sa cellule
Du fond de sa prison, Gigi Becali a tout de suite rameuté les supporters du Steaua.
Des dizaines de personnes se sont réunis devant le tribunal pour demander sa libération. Deux autobus ont notamment amené une cinquantaine d'habitants de Vadu
Rosca, le village reconstruit par l'homme d'affaires à la suite des inondations de 2005.
Sur les pancartes, on pouvait lire "Qui va nous aider maintenant ? Les sinistrés". A
l'église de Pipera, les prêtres disaient prier pour le milliardaire.
Malgré cette pression médiatique et sociale, les juges ont décidé une semaine plus
tard de maintenir Becali en détention provisoire jusqu'au 2 mai, dans un premier
temps. Des magistrats de tout le pays ont exprimé leur solidarité avec leurs collègues
de Bucarest sur un forum Internet. Drapés dans leur dignité, tous ont souligné le fait
qu'une décision de justice ne doit pas être discutée, même si chaque inculpé a droit à
la présomption d'innocence.
Pendant deux semaines, le milliardaire a remué ciel et terre pour obtenir sa libération, dépensant sans compter. C'est surtout sur le ciel que misait l'ancien berger ne
pouvant imaginer que celui-ci abandonnerait une de ses brebis, alors qu'il a créé un
parti politique, le PNG (Parti de la Nouvelle Génération) directement inspiré par Dieu.
Plus l'échéance des fêtes de Pâques - le 19 avril - se rapprochait, plus sa colère
grandissait à la perspective de les passer derrière les barreaux… A en devenir pathétique. "Même Barrabas a été libéré par les Romains, alors que moi on me fait endurer le calvaire du Christ" s'indignait-il à la veille du vendredi Saint. Ses juges ont-il
été soudain touchés par la grâce divine du pardon ou bien faut-il chercher une raison
plus prosaïque ? En tous les cas, Gigi Becali est sorti libre de sa prison quelques
heures avant que ne commencent les cérémonies pascales.
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Connaissance et découverte
vraiment pas le moment de faire la noce
vive les mariés !"
Cette séquence pourrait rester mythique, comme celle
du Festin de Babette. Une ode au bien-manger et à la liberté de s'offrir un minimum de plaisir, parenthèse conviviale
dans une vie d'austérités. Bruits de bouche, gag de la
mouche, mimes d'engueulades et d'applaudissements, téléphone arabe, paillardises plus ou moins mal étouffées. La
tristesse de la mariée va transformer cette liesse furtive en
provocation et la noce en deuil.
Jean-Luc Douin (Le Monde)
Entraînés dans la vie simple d'un village roumain en 1953
R
oumanie, de nos jours. Une équipe de tournage
arrive dans un village isolé pour un reportage sur
des phénomènes paranormaux. A la surprise de
tous, seules de vieilles femmes en deuil habitent ce village.
Quelle est donc leur histoire ?
Roumanie, 1953. Ana et Iancu sont sur le point de se
marier. Tout le village s'atèle aux préparatifs de la noce. C'est
un véritable festin qui attend tous les convives. Alors que la
fête bat son plein dans le jardin de la maison, le maire du village et le commandant du régiment font irruption pour annoncer la mort de Staline ainsi qu'une semaine de deuil national
prenant effet sur le champ. Toutes les festivités sont interdites.
Malgré l'interdiction, les mariés et leurs invités feront preuve
d'ingéniosité
pour poursuivre
la
fête...
Ce film
est difficilement classable tant il
mélange les
genres: il est
aussi drôle
que violent,
aussi émouvant que grossier. Et pourtant, l'ensemble est cohérent: un village où chaque personnage joue un rôle bien précis. Nous
retrouvons donc la prostituée, le maire collabo, le nain, la belle
et le beau gosse suivis de près par les familles respectives.
Cette reconstitution peut paraître de prime abord un peu caricaturale.
Néanmoins, chacun prend sa place, la petite ville s'éveille
sous nos yeux, et on les suit de la maison où les femmes ne se
laissent pas bousculer par leurs hommes, au bistrot où chacun
se retrouve pour boire une tsuica dans la journée. Les deux
tourtereaux ont une belle fraîcheur et on croit à leur histoire et
à ce mariage décidé à la va vite.
D'ailleurs, la moitié du long métrage se situe avant la
noce. Le réalisateur nous entraîne dans cette vie simple d'un
village roumain en 1953. Bien que ce soit son premier film,
Horatiu Malaele est un artiste reconnu en Roumanie en tant
que comédien, metteur en scène de théâtre ou encore caricaturiste. On le sent ainsi plutôt à l'aise avec la caméra comme le
montre l'arrivée du cirque, un joli moment de poésie qui rappelle étrangement Big Fish de Tim Burton.
Poésie et résistance à l'ombre du totalitarisme
Horatiu Malaele a su distiller cette poésie tout au long de
la pellicule et l'une des dernières scènes, cet homme volant
enfin vers un monde meilleur est peut être le moment le plus
fort du film, celui où l'on se rend compte que dans une telle
dictature, on ne peut pas s'en sortir autrement qu'en fuyant ou
qu'en se soumettant. Le drame est là: ce contexte historique est
sans cesse rappelé par Malaele qui dans chaque phrase fait
sentir l'ombre du totalitarisme.
Pourtant, la résistance existe bel et bien: ces villageois qui
se voient refuser le bonheur de marier deux de leurs enfants
décident malgré tout de célébrer les noces. Et d'une bien
curieuse manière ! La scène du repas tient du burlesque. Elle
est vraiment réussie et nous ramène tous en enfance au temps
où on jouait au téléphone arabe en classe.
Mais la violence resurgit au moment où on s'y attend le
moins. Le film est ainsi émaillé de cet héritage bien réel que la
Roumanie tente d'oublier: la politique de l'URSS brisa les pays
de l'Est et Horatiu Malaele nous le remet en mémoire.
Iris Gaillardet (www.commeaucinema.com)
"Au diable Staline, vive les mariés !" Film roumain
d'Horatiu Malaele avec Meda Vic.
Né en 1952 à Târgu Jiu, Horatiu Malaele est l'un des
comédiens et metteurs en scène de théâtre les plus populaires
en Roumanie. Il travaille depuis plus de dix ans au sein du
prestigieux Théâtre Bulandra, de Bucarest, que l'on pourrait
comparer au Théâtre de l'Odéon à Paris. Il y a monté et interprété les grands auteurs, de Tchekhov à Goldoni, de Ionesco à
Molière. Il a également été l'interprète de plusieurs récitals
poétiques. Horatiu Malaele a tourné dans plus de 50 films roumains, apparaissant également dans Amen de Costa Gavras,
en 2002. Il est aussi caricaturiste: ses quelques 3000 portraits
ont été l'objet de plus de trente expositions en Roumanie
comme à l'étranger. Au diable Staline, vive les mariés ! est
son premier film comme réalisateur.
35
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Photos
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Napoléon III
et les Principautés Roumaines au
musée du château de Compiègne
Invitation au voyage
Exposition
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BUCAREST
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Du 7 au 9 août
hommage à Eminescu
chez lui, à Ipotesti
36
Depuis plus d'une décennie Claude
Pernin, l'organisateur des Rencontres
franco-roumaines de Sète, et ses
amis de l'association Dacia-Méditerranée, ont tenu la gageure de faire
mieux connaître la culture roumaine
contemporaine au public français,
jouant un rôle de précurseurs. Par leur
intermédiaire, de nombreux artistes,
écrivains, cinéastes, comédiens, tous
hommes et femmes de grand talent,
reconnus en Roumanie, mais méconnus, voire inconnus dans les pays
francophones, ont eu l'occasion de s'y
faire apprécier et d'être
découverts
par la suite
par un public
plus large.
Ces
Rencontres
ont offert des
moments
exceptionnels
et uniques en France par leur richesse
et leur variété permettant au public et
aux spectateurs d'approcher des
noms de la culture roumaine aussi
célèbres que les écrivains Dumitru
Tsepeneag, Jean Cuisenier, Mircea
Dinescu, Mircea Cartarescu, les
cinéastes Lucian Pintilie, Nae Caranfil,
et toute la nouvelle génération des
metteurs en scène roumains primés
de Cannes à Venise, les comédiens et
hommes de théâtre Dan Puric et
Matei Visniec. Mais aussi, elles ont
permis de partir à la découverte de la
culture de régions entières, comme le
Delta du Danube.
(Suite page 38)
A
l'occasion du 200ème anniversaire de la naissance de Napoléon III, le
Musée National d'Art de Roumanie et le Château de Compiègne organisent, en liaison avec l'Ambassade de France, l'Institut français de Bucarest
et le Ministère de la Culture et des Cultes, une exposition sur le thème "Napoléon III
et la Roumanie". Celle-ci qui s'est tenue à
Bucarest est visible au musée du château de
Compiègne, depuis le 20 mars dernier jusqu'au
29 juin.
Napoléon III a joué un rôle essentiel dans la
naissance de la Roumanie moderne. C'est en
1856, après la victoire de l'Empereur des
Français dans la guerre de Crimée, que le
Congrès de Paris a levé le protectorat russe sur
les principautés roumaines. Tout en reconnaissant la suzeraineté ottomane sur la Valachie et la
Moldavie, le traité de Paris plaçait les deux principautés sous protection des puissances européennes, et notamment de la France. En outre, la
Valachie et la Moldavie se voyaient reconnaître
le droit de convoquer des assemblées pour décider de leur organisation future. Il s'agissait du
premier pas vers l'Union de 1859 et la création
de la Roumanie moderne. L'exposition offre une
occasion unique de se pencher sur le rôle du souverain français dans l'unification des principautés roumaines et sur les débuts de l'histoire moderne de la Roumanie.
Elle s'articule autour de 5 thèmes principaux, en évoquant tout d'abord les occidentaux ayant voyagé en Moldavie et en Valachie aux XVIIIe et XIXe siècles; elle
rappelle ensuite la mobilisation des intellectuels français pour la question de l'union
des Principautés. L'implication personnelle de Napoléon III dans la question d'Orient
est illustrée par l'évocation de la guerre de Crimée et du Traité de Paris en 1856. La
francophilie des premiers dirigeants des principautés unies - Alexandru Ion Cuza et
Charles de Hohenzollern-Sigmaringen (le futur Carol Ier) - est illustrée par des objets
personnels et des témoignages de leurs séjours en France. L'exposition universelle de
1867 à Paris représente une étape décisive pour la reconnaissance des principautés
unies sur la scène internationale. Dans le domaine artistique aussi, les rapports entre
la Roumanie et la France sous le Second Empire sont explorés par des parallèles entre
tableaux roumains et tableaux français.
Sont ainsi réunies plus de 200 pièces provenant de collections publiques roumaines et françaises ainsi que de collectionneurs privés. De nombreuses œuvres attireront l'attention: les portraits de Napoléon III et Eugénie en tapisserie des Gobelins
d'après Winterhalter; des objets français ayant appartenu à Cuza et à Charles de
Hohenzollern, les séjours de ce dernier à Compiègne et à Paris avec la reconstitution
d'une partie de son appartement à Compiègne et sa visite à l'Opéra; l'affirmation des
principautés unies sur la scène internationale à l'exposition universelle de 1867 avec
plusieurs pièces du trésor de Pietroasa prêtées par le musée national d'histoire de
Roumanie; la confrontation entre artistes roumains et français notamment Grigorescu
et Millet; enfin, quelques personnalités roumaines acteurs de la vie artistique parisienne, notamment Georges de Bellio, qui acquit une importante toile de Monet, La
rue Montorgueil, fête du 30 juin 1878, prêtée par le musée d'Orsay.
Napoléon III et les Principautés Roumaines
au Musée du château de Compiègne, jusqu'au 29 juin
Nombre de nos
lecteurs auront la
chance de retrouver la Roumanie
cet été, certains
prenant le chemin
du Maramures.
Ils en trouveront
un avant-goût dans
notre dossier
spécial en fin de
numéro et pour
ceux qui restent,
cette invitation
au voyage...
17
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Mesures en faveur
des chômeurs
Social
BAIA
MARE
SUCEAVA
IASI
TARGU
MURES
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ORADEA
l
l
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BRASOV
l
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PITESTI
CRAIOVA
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FOCSANI
GALATI
l
SIBIU
TIMISOARA
l
BRAN
BRAILA
l
l
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TULCEA
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n
CONSTANTA
BUCAREST
l
Les chiffres
16
Littérature
Connaissance et découverte
"Transfiguration de la Roumanie" enfin traduit dans son intégralité
Le péché de jeunesse que Cioran préférait oublier
l
BACAU
l
l
ARAD
l
CHISINAU
l
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Population: 21 542 000 habitants
Superficie: 238 391 km 2
PIB estimé pour 2008: 139 milliards
d'euros (+5,8 %)
Croissance en % du PIB en 2008:
8,5 % (moyenne UE: 0,9 %)
Croissance estimée en 2009: - 4,5 %
PIB/habitant : 6465 € (indice: 44,3
sur la base UE de 100)
Production industrielle: +5,4 %
Déficit public en % du PIB en 200:
2,6 % (UE: 0,9 %)
Dette publique en % du PIB en
2007: 12,9 % (UE : 58,7 %)
Taux d'inflation en 2008: +7,9 %
(UE: 3,7 %)
Chômage en % de la population active en 2008: 5,8 % (UE: 7 %).
En janvier: 5,3 % (UE: 7,6 %)
Salaire moyen net: 320 € (+ 23,2 %)
-Le plus élevé (finances): 966 €
-Le plus faible (bois): 181 €
Salaire minimum net: 150 €
(employés), 285 € (cadres)
Retraite mensuelle moyenne: 150 €
Minimum vieillesse: 75 €
Espérance de vie
(hommes/femmes): 68-75 ans
Moldavie* :
Population: 4 350 000 habitants
Population émigrée: 25 %
Population sur place: 3 250 000
Superficie: 33 700 km 2
PIB: 7,2 milliards d'euros (+ 4 %)
PIB/habitant: 2110 €
Inflation: 12,7 %
Salaire minimum: 58 €
Salaire moyen: 170 € à Chisinau,
80 € dans le reste du pays
Chômage (chiffre officiel) : 8 %
Espérance de vie
(hommes/femmes): 62-70 ans
*Chiffres donnés sous réserves
P
ar ordonnance d'urgence, le gouvernement roumain a mis en place diverses
mesures pour les personnes directement affectées par la crise économique,
comme ceux qui ont déjà perdu leur emploi ou ceux qui risquent de le
perdre. L'indemnisation chômage : tous les chômeurs (actuels ou en devenir d'ici le 31
décembre 2009) vont pouvoir bénéficier d'une prolongation de 3 mois de leur indemnisation. Pour rappel, les indemnisations chômage sont calculées en fonction du temps
travaillé, comme suit :
- 6 mois pour les personnes ayant cotisé moins d'un an;
- 9 mois pour les personnes ayant cotisé moins de 5 ans ;
- 12 mois pour les personnes ayant cotisé plus de 10 ans.
Exonération partielle des contributions aux assurances sociales: certaines sociétés, affectées par la crise, vont devoir interrompre temporairement leur activité.
Pendant cette période, les salariés resteront chez eux mais pourront percevoir 75% de
leur salaire de base. Pour ces salariés, mais également pour leurs employeurs, le gouvernement a décidé d'accorder une exonération du paiement des cotisations aux assurances sociales (contribution pour les assurances sociales, l'assurance chômage, les
assurances en cas d'accident du travail, contribution au fonds de garantie pour le paiement des créances salariales et contribution pour les assurances de santé), sur une
période de maximum 3 mois. Cette exonération n'affectera en aucun cas la qualité
d'assurés des salariés visés par la mesure de l'exécutif roumain.
En ce qui concerne l'indemnisation de 75% du salaire de base accordée aux salariés dont le contrat de travail aura été temporairement interrompu, celle-ci sera exonérée d'impôts pour une somme correspondant à l'équivalent de 3 mois de suspension
d'activité.
Suppression des primes et autres gratifications des fonctionnaires publics: à noter
par ailleurs qu'étant donné la crise, pour 2009 le gouvernement envisage de supprimer
pour les salariés du secteur public les primes et autres gratifications salariales qui se
rajoutaient au salaire. Cette mesure regarde l'ensemble des fonctionnaires publics des
administrations centrales et locales, professeurs, médecins de l'assistance publique,
etc. En pratique, toutes ces primes pouvaient parfois doubler, tripler voire quadrupler
le salaire de base. Ces mesures, pas encore votées, créent actuellement de nombreuses
réactions négatives de la part des syndicats des salariés du secteur public.
Informations transmises par le cabinet d'avocats
Dana Gruia Dufaut; e-mail: [email protected]
Médicaments moins chers pour les retraités
D
epuis le 1er mars, les retraités les plus pauvres - disposant d'une retraite de 600 lei
(140 €) maximum - bénéficient d'un
remboursement de 90% sur le prix des
médicaments. Près de 3 millions de
retraités devaient ainsi payer beaucoup
moins chers les traitements dont ils ont
besoin qui jusqu'à présent étaient remboursés à 50% (ce qui reste le cas pour
les retraités bénéficiant d'une retraite
mensuelle supérieure).
Inspections en vue de Schengen
U
ne délégation d'experts européens a entamé le 23 mars la première visite
d'évaluation Schengen en Roumanie, alors que le pays espère rejoindre
cet espace de libre circulation en 2011. La Roumanie, qui a rejoint l'UE le
1er janvier 2007, doit accueillir plusieurs visites de ce genre en 2009 et 2010, pour des
évaluations dans les domaines de la protection des données privées, des visas, des
frontières et des collaborations entre polices. Un rapport doit être présenté devant le
Conseil de l'UE, l'organisme qui approuve l'élargissement de l'espace Schengen qui
inclut 25 pays où les contrôles d'identité aux frontières ont été supprimés.
ioran avait 22 ans lors de l'accession d'Hitler
au pouvoir. Un Cahier de l'Herne longtemps
attendu éclaire la personnalité de l'auteur de
Précis de décomposition. Marquant l'importance que l'écrivain et philosophe de langue française mais d'origine roumaine occupait dans la pensée du XXème siècle, Le Figaro
et Libération ont consacré une large place à cet évènement.
Notre dossier complet sur cet évènement littéraire.
"Certains esprits
délicats s'accordent
pour faire l'éloge des
petites nations, sûrs
que leurs proportions
empêchent leurs habitants de céder à la
volonté de puissance.
Au cœur des années
1930, alors que s'annonçait le choc des
empires, ce fut le cas
de jeunes fédéralistes
comme Denis de
Rougemont, Alexandre
Marc et d'un certain nombre de ceux que Jean-Louis Loubet
del Bayle a baptisé les "non-conformistes des années 1930".
Ces jeunes gens nés au début du XXe siècle qui animaient
des revues avec l'ambition de renouveler la pensée politique
française et européenne auraient été étonnés de savoir qu'ils
avaient un cousin des Carpates qui lisait Nietzsche, Bergson,
Spengler, Moeller van den Bruck, Ortega y Gasset et
Keyserling en se posant sensiblement les mêmes questions
qu'eux: Qu'est-ce que la culture?, Qu'est-ce que le nihilisme?,
L'Histoire a-t-elle un sens?, Le destin des empires est-il la
guerre?, Pourquoi les civilisations sont-elles mortelles? Ils
auraient été plus étonnés encore de savoir que la naissance
d'Emil Cioran dans un village de Transylvanie et son appartenance à la petite nation roumaine ne l'avaient pas rendu imperméable à l'idéologie de la démesure et de la destruction qui
sévissait alors en Allemagne.
C
"J'ai considéré de mon devoir
de supprimer certaines pages"
Cioran avait vingt-deux ans au moment de l'accession
d'Hitler au pouvoir. À l'automne 1933, une bourse d'étude lui
a permis de se rendre à Berlin. Étrangement, ce misanthrope
subtil, lecteur de Dostoïevski et des moralistes français cède à
la fascination. "Je m'enthousiasme même pour l'ordre politique ici", écrit-il à Mircea Eliade. Après un séjour à Munich
et un premier voyage en France, Cioran publie Sur les cimes
du désespoir en 1934 puis Le Livre des leurres et
Transfiguration de la Roumanie en 1936.
Repris dans le volume de ses Œuvres paru chez Gallimard,
les deux premiers livres étaient bien connus des amateurs du
vieil écrivain solitaire de la rue de l'Odéon. On y découvre les
fondations d'une œuvre que Cioran, exilé de Roumanie en
1941 et resté apatride jusqu'à sa mort, le 20 juin 1995 à Paris,
a donnée en français à partir du Précis de décomposition
(1949). Mais Transfiguration de la Roumanie est resté le péché
de jeunesse que Cioran préférait oublier. À Bucarest, une version expurgée a été rééditée en 1990, avec une préface de l'auteur: "J'ai considéré de mon devoir de supprimer certaines
pages prétentieuses et stupides".
Le livre de toutes les tentations: du fascisme
au collectivisme en passant par le désespoir
Grâce aux Éditions de l'Herne, animée pendant trente-cinq
ans par Constantin Tacou, auquel a succédé sa fille Laurence,
cet objet de scandale paraît aujourd'hui en français dans son
intégralité. C'est un document historique et littéraire de première importance.
Il faut le lire comme la confession brûlante d'un jeune
désespéré marqué par la lecture du Déclin de l'Occident
d'Oswald Spengler, à la fois révolté d'être né dans un pays sans
Histoire, aveuglé par le mirage totalitaire et contaminé par les
théories antisémites. Transfiguration de la Roumanie est le
livre de toutes les tentations: tentation fasciste, tentation anarchiste, tentation nihiliste, tentation collectiviste, tentation du
désespoir. Mais le jeune Cioran n'est pas Céline ou Rebatet et
Transfiguration de la Roumanie n'est pas Bagatelles pour un
massacre. C'est un livre traversé par des influences complexes
qui annonce les livres à venir tels que les rédacteurs du Cahier
de l'Herne se sont attachés à les éclairer.
Intitulé Collectivisme national, c'est le chapitre IV qui
témoigne de l'antisémitisme communément partagé dans la
Roumanie où paradait la Garde de fer de Corneliu Codreanu.
Antisémitisme que Cioran a révoqué avant la fin de la Seconde
Guerre mondiale, comme Maurice Blanchot et Claude Roy,
autres non-conformistes des années 1930 marqués par le préjugé antijuif. On ne peut pas lire Transfiguration… sans lire De
la France, texte rédigé par Cioran en roumain en 1941 (notre
photo: Cioran à cette époque) dans lequel il célèbre la mesure de la France et la France comme mesure.
Contre les sombres délices de la nuit de Walpurgis et les
bruyantes fureurs du nihilisme, Cioran choisit la clarté et la
sourdine classique. L'art de la conversation contre le génie de
la race, la culture contre la nature, la proportion contre la
démesure. Cioran a trente ans. Il a tranché le nœud de ses
contradictions".
Sébastien Lapaque (Le Figaro)
Transfiguration de la Roumanie d'Emil Cioran traduit
du roumain par Alain Paruit, L'Herne, 344 p., 19 €.
De la France d'Emil Cioran traduit du roumain par Alain
Paruit, L'Herne, 80 p., 9,50 €.
Cahier "Cioran" sous la direction de Laurence Tacou et
Vincent Piednoir, L'Herne, 540 p., 39 €. En librairie depuis
le 3 avril.
37
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
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Littérature
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(suite de la page 36)
Trois jours intenses et
logement chez l'habitant
38
La crise pourrait faire
un million de nouveaux pauvres
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Social
Précis d'expiation
IPOTESTI
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SUCEAVA
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Pour leur quatorzième édition,
Claude Pernin a proposé aux
Rencontres de se décentraliser en
Roumanie, plus exactement à
Ipotesti, le village natal d'Eminescu,
à 7 km de Botosani, dans le nord de
la Moldavie. Du 7 au 9 août, de
nombreux artistes, écrivains et
autres intervenants qui ont contribué
au succès des éditions ultérieures
des Rencontres se retrouveront pour
un hommage exceptionnel au poète
national roumain. Causeries, conférences avec des spécialistes - toutes
en français - dont les thèmes ne se
limiteront pas à Eminescu mais
seront élargis à la Roumanie d'aujourd'hui, visites, se succèderont au
cours de ces trois journées ouvertes
au public franco-roumain et bien sûr
aux Français de passage qui auront
pris la précaution d'annoncer leur
présence.
Le programme n'est pas encore
définitivement arrêté, Claude Pernin
devant jongler avec les subventions
promises dont certaines se sont
rétrécies avec la crise. Le Sétois,
habitué à ce genre de péripéties,
s'est envolé dernièrement en
Roumanie pour y mettre la dernière
main. Tout devrait être réglé dans la
seconde quinzaine de mai. Il sera
alors très prudent de réserver sa
place, d'autant plus qu'un hébergement chez l'habitant est prévu.
Pour plus d'informations :
Association Dacia - Méditerranée
B.P. 353, 34204 SETE Cedex
Tél/rép/fax : 00 33 467 74 23 55
[email protected]
www.dacia-mediterranee.org
'était sa part maudite, la face longtemps cachée d'un philosophe d'origine
roumaine que sa maîtrise de la phrase française autant que sa misanthropie ont inscrit comme l'un des principaux héritiers des moralistes du grand
siècle. Le remord de ses égarements de jeunesse a sans cesse rongé Emil Cioran,
même s'il ne l'évoquait qu'à demi-mots dans sa correspondance ou ses cahiers par des
formules lapidaires - "la source d'un écrivain ce sont ses hontes" - ou des aphorismes
désabusés: "En tout homme sommeille un prophète et quand il se réveille il y a un peu
plus de mal dans le monde."
Fasciné par Spengler et Nietzsche, le jeune intellectuel complexé par sa petite
Roumanie natale - "une géographie et non pas une histoire" - s'enthousiasme pour le
nazisme à l'automne 1933 alors qu'il est étudiant boursier à Berlin, suivant les cours
de Heidegger. Il clame son "admiration" pour
Hitler. Il appelle à "une croisade terrible et impétueuse contre la pourriture humaine".
Cioran affiche ses sympathies pour les fascistes roumains, les "légionnaires" de la Garde de
fer, nervis ultranationalistes à l'antisémitisme virulent, unis par le culte de la violence et le dévouement fanatique pour leur chef, "le capitaine"
Corneliu Codreanu, finalement tué en 1938 par la
police. Dans un article accablant de bêtise dévote,
Cioran saluait "ce mort qui a répandu un parfum
d'éternité sur notre fange humaine".
C'était en 1940, les légionnaires étaient encore
Cioran, à droite, en tenue
de légionnaire, ici derrière tout puissants. Quelques semaines plus tard ils
“le capitaine” Corneliu Codreanu. furent écrasés par le dictateur Antonescu, allié des
nazis. Emil Cioran fuyait à l'ambassade roumaine auprès du régime de Vichy.
"Le malheur est le fait des jeunes"
Le philosophe avait toujours refusé la facilité d'une repentance publique, préférant
une longue expiation silencieuse. Quelques pages manuscrites, retrouvées après sa
mort par sa femme, Simone Boué, montrent comment il a disséqué sans complaisance ses errements passés. "Ainsi il m'advint bien avant la trentaine de faire une passion
pour mon pays, une passion désespérée, agressive, sans issue qui me tourmenta pendant des années. […] Je le voulais puissant, démesuré et fou comme une force
méchante, une fatalité qui ferait trembler le monde, et il était petit, modeste, sans
aucun des attributs qui constituent un destin", écrivait Cioran dans "Mon pays", texte
datant des années 50, peu après la sortie de son célèbre Précis de décomposition.
"Mon pays" est un soliloque implacable. "On n'est libéral que par fatigue, démocrate que par raison. Le malheur est le fait des jeunes. Ce sont eux qui promeuvent les
doctrines d'intolérance et les mettent en pratique ; ce sont eux qui ont besoin de sang,
de cris, de tumultes, de barbarie. A l'époque où j'étais jeune, toute l'Europe croyait à
la jeunesse, toute l'Europe poussait la jeunesse à la politique, aux affaires de l'Etat",
souligne Cioran dans ces notes restées jusqu'ici en grande partie inédites, et publiées
dans le magnifique numéro des "Cahiers de l'Herne" sur Cioran. Exilé à Paris l'écrivain a trouvé une nouvelle patrie dans la langue française, épurée et logique, pour
juguler ses pulsions et folies antérieures.
"Le Balkanique bouillait en lui, y compris pour le pire"
"S'il est un très grand auteur français, Emil Cioran est toujours resté roumain,
même si on veut trop souvent l'oublier, et le Balkanique bouillonnait en lui y compris
pour le pire", explique Laurence Tacou, maître d'œuvre avec Vincent Piednoir de ce
L
e nombre de personnes pauvres en Roumanie poursant temporairement à 20 % en 1996, reprenant son inexorable
rait doubler d'ici à la fin de la crise économique
ascension à plus de 30 % entre 1997 et 2000.
selon une étude de l'Institut de recherche sur la quaLa croissance économique des dernières années n'a pas
lité de vie de Bucarest. Actuellement, environ 50 000
pour autant fait disparaître les disparités de niveau de vie, bien
Roumains perdent leur emploi chaque
au contraire elle les a creusées au rythmois, les autorités prévoyant 800 000
me de 5 % l'an, si on compare les 20 %
chômeurs à la fin de l'année, certaines
des revenus en haut de l'échelles aux
sources parlant de un million. Ainsi,
20 % situés en bas. De même, les
400 000 Roumains pourraient voir leur
inégalités entre régions sont toujours
niveau de vie sérieusement affecté en
aussi marquées. La pauvreté est trois
2009 et passer sous le seuil de pauvrefois plus élevée en Moldavie (un quart
té et, au total, plus d'un million en
des pauvres) et en Olténie (la moitié)
2010. Le taux de pauvreté progresseque dans la capitale et dans les grandes
rait alors de 5,7% de la population en
villes où le revenu moyen est de 50 %
2008 à 7,4% en 2009 et à 9-10 % l'an
plus grand que la moyenne nationale.
prochain, un taux qui reste toutefois
D'après la Banque Mondiale, 80 %
“Voici les dernières consignes
largement inférieur à celui enregistré
pour ces temps de crise: tu manges de la population du globe vit avec
les jours pairs... et moi les jours impairs” (Vali). moins que le nécessaire, soit dix dolpendant la transition (35,9% en 2000).
En 2008, on dénombrait 1,25 million de personnes vivant
lars par jour, 3 milliards de personnes devant se débrouiller
sous le seuil de pauvreté*, leur nombre pourrait atteindre 1,65
avec moins de 2,5 dollars et 900 millions avec moins d'un dolmillion d'ici la fin de l'année et 2,25 millions en 2010. Malgré
lar, en Afrique sub-saharienne, Asie du Sud Est et Amérique
cette prévision pessimiste, le nombre de pauvres devrait être
latine. Les pays riches ne sont pas épargnés : une pauvreté quainférieur de 750 000 à celui de 2006 (13,6 %) époque où la
lifiée de sévère touche 20 % des Espagnols, 14 % des
Roumanie était pourtant en plein boom économique et où 3
Britanniques, 12 % des Américains, 11 % des Canadiens et des
millions de Roumains étaient classés dans cette catégorie. Le
Allemands, 6 % des Français et des Autrichiens, 4 % des
pourcentage des Roumains vivant sous le seuil de pauvreté,
Norvégiens.
estimé à 35,9 % de la population en 2000 - record absolu *Sont considérés comme vivant sous le seuil de pauvreté
soit 8 millions de personnes, était peu à peu descendu à 28,9
en Roumanie, les personnes seules disposant de moins de 65
% en 2002, et 18,8 % en 2004. A la chute du communisme, il
€/mois, les couples (120 €), les familles avec un enfant
était de 7 %, affectant un quart des Roumains en 1995, bais(145 €), avec deux enfants (170 €), etc.
A savoir
Un climat explosif à venir
Selon de nombreux experts, cités par
la revue britannique The Economist, la
Roumanie figure parmi les pays les plus
exposés à une instabilité sociale importante, du fait de la crise. Le ralentissement économique, la montée du chômage, ainsi que le contexte politique - 2009
est une année électorale avec les présidentielles en décembre prochain - pourraient déclencher des manifestations
spontanées et violentes. Les experts
appuient aussi leurs analyses sur le passé
roumain, mettant en avant les révoltes
politiques et manifestations violentes des
années 1990. L'insatisfaction croissante
de la population et l'absence totale de
confiance dans les institutions et les politiciens risqueraient également de favoriser des élans de colère, toujours selon
The Economist.
Des retraites
minimum de 350 lei en 2009
Le gouvernement s'est engagé à
garantir des retraites minimum de 300 lei
(70 €) par mois à partir d'avril et de 350
lei (80 €) dès le mois d'octobre de cette
année. Plus de 800.000 personnes
devaient bénéficier de cette mesure dès
mainteant, et un million en octobre, l'effort budgétaire étant chiffré à 200 millions d'euros.
Fonctionnaires: primes
limitées à 30 % du salaire
Le Premier ministre Emil Boc a
annoncé que la loi relative à la salarisation unique des fonctionnaires sera adoptée d'ici à la fin de l'année. Il a réaffirmé
que cette nouvelle loi allait limiter la part
des primes à 30% maximum du salaire;
les primes de nuit et d'ancienneté ne
seront pas affectées. Il a par ailleurs
déclaré que seuls les fonctionnaires ayant
de faibles salaires allaient bénéficier cette
année d'une augmentation salariale, les
autres vont voir leurs salaires gelés.
Enfin, Emil Boc a confirmé que des
réductions de personnel seraient bientôt
décidées, notamment dans les ministères
et les agences gouvernementales.
Les femmes
au four et au moulin
Une enquête révèle que les femmes
roumaines travaillent en moyenne 76
heures par semaine, contre 60 heures
pour leurs congénères européennes, ce
qui constitue le record dans l'UE. Les
Roumains, eux, travaillent 60 heures
contre 55 heures pour leurs homologues
du Vieux continent.
15
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Social
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Le FMI préconise
la retraite à 70 ans en 2050
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20 km d'autoroute
pour Colas
Colas Romania, filiale de Colas en
Roumanie, vient de signer le contrat
de conception-construction d'une section d'autoroute de 20 km entre
Cernavoda et Medgidia, incluant 3
ponts dont un viaduc de 840 m de
longueur. D'un montant de 150 millions d'euros, ce contrat complète la
branche sud du Corridor Paneuropéen IV reliant Bucarest à la Mer
Noire. Les travaux débuteront à l'été
2009 et dureront 24 mois.
14
Les Roumains devront
travailler jusqu'à la mort…
Routes saturées
Le nombre de voitures circulant sur
les routes roumaines a crû de 70 %
ces 4 dernières années, entraînant
une saturation de 1000 km de routes
nationales, plus d'un millier d'autres
étant fréquentées par environ 20 000
véhicules chaque jour, seuil qui devrait
entraîner le doublement des chaussées concernées ou leur élargissement. Mais les gouvernements successifs ont repoussé puis abandonné
les projets de construction de voies
expresses, promettant des autoroutes
qui n'ont toujours pas vu le jour.
Des trous sur
60 000 km de routes
Environ 60 000 km de routes sont
usagées et pleines de trous relève
l'Institut National de la Statistique roumain. Seulement 23 000 km sur les
82 000 que compte le pays, soit à
peine un quart, ont été modernisés,
souvent seulement pour recevoir un
nouveau revêtement, sans garantie de
qualité pour les automobilistes et de
durée. Plus de 60 % des routes ont un
revêtement dont la durée de service
est dépassée.
L
a Roumanie compte actuellement 4,69 millions de retraités et 4,7 millions
de salariés. Et ce rapport, presque à l'équilibre, va vite basculer en faveur
des retraités qui vont représenter une part de plus en plus importante de la
population dans les prochaines années. Une situation qui met en péril le système de
retraite roumain, que le FMI souhaite de toute façon voir réformé. La Banque mondiale a livré son diagnostic et proposé une solution: la retraite à 70 ans.
Le Fonds monétaire international (FMI) a prévenu Bucarest: l'emprunt accordé à
la Roumanie sera conditionné à la mise en place de réformes économiques, parmi lesquelles la réforme du système de retraite. Quelques jours à peine après la signature de
l'accord qui prévoit que la Roumanie recevra 19,95 milliards d'euros (tous prêts
confondus), la Banque mondiale, qui contribue à hauteur de un milliard d'euros, a déjà
livré ses premières recommandations au gouvernement. Des recommandations qui
pourraient bouleverser profondément le système social roumain.
Car le constat dressé par la Banque mondiale est pour le moins inquiétant : le déficit du système de retraite va dépasser 5% du PIB d'ici à 2020 et atteindre 6,2% en
2050, et ce alors que la proportion des retraités par rapport à la population active ne
va cesser d'augmenter; en 2050 le rapport entre les plus de 65 ans et les 20-64 ans sera
de 56, 6%...
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
sur les errements d'Emil Cioran à l'époque fasciste
ou le refus de la facilité d'une repentance publique
volume débordant d'inédits sur les différents aspects de
l'œuvre, du style et de la personnalité de Cioran. Ce projet
avait été ébauché encore de son vivant par Constantin Tacou,
cofondateur des "Cahiers de l'Herne", lui-même d'origine
roumaine, mais finalement il n'avait pas abouti.
"Nous sommes amis, vous ne pouvez pas me faire une
chose pareille !" s'indignait l'écrivain qui n'hésitait pas à comparer de tels volumes "à une dalle funéraire qu'on jette sur un
vivant […] C'est même pire qu'un Nobel". Mais l'absence d'un
"Cahier Cioran", si intimement lié à l'histoire de l'Herne,
devenait absurde. C'était aussi l'occasion de revenir sur sa vie
et surtout ce passé roumain, à la fois sulfureux et relativement
peu connu sinon dans le livre à charge Eliade, Cioran, Ionesco:
L'oubli du fascisme d'Alexandra Laignel-Lavastine (1).
Rien d'équivalent pourtant à la richesse de ce "Cahier".
"Nous avons voulu montrer ce Cioran préfrançais qui gênait,
afin que chacun puisse juger sur pièces et non pas sur des citations tronquées, ses engagements, y compris les plus affligeants, mais aussi ses contradictions, en les remettant dans
leur contexte", assure Laurence Tacou.
Se considérant comme un "Juif d'honneur"
Un déséquilibre remontant aux années 90
La Roumanie doit donc prendre des mesures urgentes pour sauver le fonds des
retraites qui risque de faire faillite du fait de la part toujours plus importante des retraités dans la population. La Commission européenne avait déjà tiré la sonnette d'alarme
dans une étude publiée mi-mars. "La Roumanie est confrontée à des défis majeurs
concernant la viabilité de son système de retraite, tant sur le court que sur le long
terme", notaient les experts européens. Qui ont notamment pointé du doigt la politique
de mise à la retraite anticipée adoptée dans les années 1990 pour faire face au fort chômage de l'époque, et le système de retraite mis en place pendant la transition.
Autre facteur explicatif de la mauvaise santé de ce système: la part importante du
travail au noir. "Il y a des problèmes dus au nombre relativement faible de contributeurs au système par rapport au nombre de bénéficiaires, ceci à cause de l'existence
d'un taux élevé de travail au noir (entre 20-50% du total de l'occupation de la main
d'oeuvre, en fonction des critères utilisées)", avancent les experts dans leur rapport.
L'espérance de vie des hommes est de 68 ans
Ce que recommande la Banque mondiale pour sortir de cette impasse ? Le recul
de l'âge du départ à la retraite. Actuellement, il est de 58 ans et demi pour les femmes
et de 63 ans et demi pour les hommes. L'organisation préconise qu'il atteigne 70 ans
d'ici à 2050 et que soit maintenu le niveau de contribution actuel. Un chiffre qui a provoqué un tollé dans la presse, qui s'est empressée de le comparer à l'espérance de vie
actuelle - 68 ans pour un homme - et de décréter que désormais, "il faut travailler jusqu'à la mort". Les Roumains qui ont aujourd'hui 30 ans seraient concernés.
La Roumanie, consciente de l'urgence de la situation - d'autant que les prévisions
démographiques et le recul des naissances ajoutent à l'inquiétude - a déjà pris des
mesures depuis son rentrée dans l'UE : les possibilités de retraites anticipées sont
désormais limitées et d'ici à 2014, l'âge de la retraite va augmenter à 60 ans pour les
femmes et 65 ans pour les hommes, comme le prévoit la loi 19/2000.
Marion Guyonvarch (www.lepetitjournal.com - Bucarest)
Dans la même logique, Laurence Tacou a décidé de
publier la Transfiguration de la Roumanie, son principal essai
politique d'alors, hymne à l'énergie de la jeunesse et à la violence rédemptrice pour une révolution sociale et nationale.
Ressorti à Bucarest avec une préface de l'auteur après la chute
du régime Ceaucescu, le livre avait été amputé de son chapitre
le plus violent contre les Hongrois, les Tsiganes et surtout les
Juifs.
Mais cet ouvrage aussi tumultueux que souvent nauséabond, aux influences complexes, annonce aussi les futurs
grands livres de Cioran à venir, y compris dans le rapport
ambivalent qu'il a toujours nourri vis-à-vis des Juifs.
Intellectuel frustré d'une petite nation de la périphérie de
l'Europe, il les hait autant qu'il les jalouse, eux "ce peuple éternel et errant […] qui survivra sans nul doute à l'Occident, haï
et méprisé par tous les autres peuples qui naissent et meurent".
La guerre et l'amitié pour l'écrivain juif roumain Benjamin
Fondane, ensuite mort en déportation, l'installation définitive à
Paris comme réfugié bouleversent son regard sur les Juifs. Il
est fasciné. "L'homme est un Juif qui n'a pas abouti", écrit-il,
et il se considère lui-même "un Juif d'honneur" vivant un éternel exil (Photo ci-dessous: Cioran, Ionesco, Eliade à Paris).
Chacune de ses lettres
était ouverte par la Securitate
Avec De la France, son dernier livre en roumain jusqu'ici
inédit, mélange de considérations sur le déclin de ce pays et
des Français "usés par excès d'être", le nouveau Cioran apparaît. L'expiation dure tout
le reste de sa vie. Mais la
Roumanie était encore en
lui. Il restait en contact
épistolaire avec des amis
restés là-bas, et surtout
avec son frère.
Chacune de ses lettres
était ouverte, copiée et
archivée par la Securitate,
la police politique. Le dossier de Cioran pesait
quelque 600 pages. A Paris,
il était épié et mis sous
pression par le régime qui
espérait le faire revenir au
moins pour un voyage, qui
serait un hommage aux époux Ceausescu. Toujours il refusa.
Cioran avait choisi le français et d'être un écrivain français, abandonnant pour toujours sa langue. "Mon père et lui
parlaient toujours français ensemble", dit Laurence Tacou. A
la fin de sa vie, frappé par la maladie d'Alzheimer et hospitalisé, il continuait à ne parler que français. Toujours, pourtant,
il restait hanté par son pays. La "révolution" de décembre 1989
le fascina comme "la résurrection tragique d'un peuple". Mais
il ne revit jamais la Roumanie et son village natal des contreforts des Carpates. Le passé devait rester le passé.
M. S. (Libération) (1)PUF 2002
"Sortez de l'armoire Monsieur Cioran !"
E
n 2008, le dramaturge d'origine roumaine Matei Visniec a interpellé le philosophe dans "Sortez de l'armoire, Monsieur Cioran" une pièce co-produite par le Théâtre d'Etat de Constantsa et la Compagnie du Grand Désherbage
(France), et mise en scène par Radu Dinulescu. Visniec y montre que la philosophie de
son compatriote se voulait être un regard toujours lucide sur le non-sens de l'existence
et l'absurdité de notre séjour sur la terre. Désireux d'aller au bout de ses réflexions,
Cioran a toujours refusé le suicide pour pouvoir toucher, au moment de la mort, le point
qui peut-être allait répondre à ses interrogations. La maladie d'Alzhzeimer l'en a empêché. Ce coup du destin est le moment qu'a choisi le dramaturge pour pénétrer la pensée
vacillante du philosophe. Perdu entre ses souvenirs, ses fantasmes et la réalité, il erre
entre deux mondes, deux langues, deux pays, la France et la Roumanie exécrée mais qu'il n'a jamais secrètement quittée.
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Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Littérature
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BUCAREST
Le philosophe
"Ce livre a amené
CONSTANTA
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CRAIOVA
O
n savait l'auteur de La Défaite de la pensée un lecteur passionné de
l'œuvre de Cioran. Alain Finkielkraut tient ce Roumain devenu apatride
pour l'un des plus grands écrivains de langue française du XXe siècle. À
l'occasion de la parution de Transfiguration de la Roumanie, livre sulfureux publié à
Bucarest en 1936 et traduit pour la première fois en français en intégralité, le philosophe éclaire les grandeurs et les contrariétés d'une œuvre en partie fondée sur la révocation d'une fascination initiale pour le totalitarisme.
"Cioran a choisi la France pour se délivrer de l'instinct"
Un thriller
pour Cristi Puiu
40
Après La Mort de Dante
Lazarescu, prix Un Certain Regard en
2005, le réalisateur roumain Cristi
Puiu prépare son troisième longmétrage, Aurora. Ce thriller suivra les
errances d'un homme de 42 ans,
divorcé et père de deux enfants.
Cristi Puiu jouera le rôle principal de
ce film, coproduit par la France, la
Suisse, l'Allemagne et la Roumanie
pour un budget de 1,5 M€. Le tournage se terminera jusqu'à la mi-mai
pour une sortie prévue en 2010.
Poésie balkanique
La ville d'Ardino, en Bulgarie du
Sud accueillera du 14 au 16 mai le
2e Forum littéraire international, partie intégrante des fêtes de la culture
du mois de mai, consacrées à la
Journée de l'alphabet slave et de la
culture bulgare.
Pendant trois jours, des poètes de
plusieurs pays balkaniques - la
Roumanie, la Serbie, la Macédoine,
la Grèce, la Turquie et la Bulgarie mesureront leur talent poétique. En
marge du forum littéraire sera organisé un concours de poésies, version
talents en herbe sur le thème "Mon
pays natal - une route vers l'avenir ".
L'espoir fait vivre
Parce qu'il est mécontent de la
façon dont les lois sont appliquées
en Roumanie, Mircea Vizitiu s'est inscrit en première année de Faculté de
Droit à l'université Danubius de
Galati, avec la ferme intention de
décrocher sa licence. En retraite
depuis 20 ans, l'étudiant a 76 ans.
Le Figaro Littéraire: Quelle a été votre réaction à la lecture de
"Transfiguration de la Roumanie"?
Alain Finkielkraut: J'en avais déjà lu quelques
extraits, notamment les plus redoutables, dans l'essai
très critique qu'Alexandra Laignel-Lavastine a
consacré à Cioran, Eliade et Ionesco. En découvrant
la traduction intégrale de Transfiguration de la
Roumanie, j'ai mieux compris le rôle de ce livre
dans l'œuvre de Cioran. Les rédempteurs du passé,
qui sont nombreux aujourd'hui, dénoncent une sorte
de camouflage. Cioran aurait dissimulé ce péché originel. Il l'aurait occulté pour vendre à un Occident
naïf une image acceptable. Personnellement, je
Alain Finkielkraut
pense qu'il ne s'agit pas d'un camouflage, mais plutôt
d'une conversion. Pour Cioran, ce livre de jeunesse et même d'adolescence - est une honte. C'est ainsi que Transfiguration de la
Roumanie l'a amené à se méfier de lui-même.
L'épigraphe du Traité de décomposition emprunté à Richard III de Shakespeare
est révélatrice: "Je prendrai contre mon âme le parti du désespoir et je deviendrai l'ennemi de moi-même". Cioran a expié ses enthousiasmes, il s'est converti à la forme élégante contre la force élémentaire, au scepticisme, au désespoir radical et a écrit en
français. Il a choisi la France non pas comme citoyenneté, mais comme langue, pour
se délivrer de l'instinct. Dans Transfiguration, il écrit: "Il faudrait supprimer les
hommes que ne dévore pas la conscience d'une mission". Dans Le Précis de décomposition, il montre ce que peuvent avoir de sanguinaire les hommes possédés par cette
croyance.
"Son péché de jeunesse… c'est la jeunesse comme péché"
LFL : Vous évoquez un péché de jeunesse. Quelle faute contre l'esprit l'a fait
céder à la tentation fasciste ? Le culte de l'irrationnel, le vitalisme nihiliste, l'antihumanisme, l'historicisme ? Ou peut-être le désespoir ?
A.F. : Pour reprendre le diagnostic de Cioran lui-même, je dirais que son péché
de jeunesse, c'est la jeunesse comme péché. Dans un texte du début des années 1950,
Cioran écrit: "À l'époque où j'étais jeune, toute l'Europe croyait à la jeunesse. Ce sont
les jeunes qui promeuvent les doctrines d'intolérance et les mettent en pratique, ce
sont eux qui ont besoin de sang, de cris, de tumulte et de barbarie". Il me semble que
Cioran met le doigt sur ce qu'a été le grand malheur du XXe siècle. Un malheur prophétisé par Dostoïevski dans cette conversation des Possédés où Piotr Verkhovensky
demande aux conjurés ce qu'ils préfèrent: patauger dans le marécage à une allure de
tortue ou le traverser à toute vapeur. Un "collégien enthousiasmé" lui répond: "Moi, je
suis pour le traverser à toute vapeur !".
Cioran a été ce collégien enthousiasmé. Il a également cédé à l'historicisme. Il
reviendra sur cette illusion dans ses Cahiers: "N'exigez pas de moi de croire que
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
milliardaire… ou se recycler depuis la "Révolution"
Ah la belle vie ! Mais si c’'était certes bien pour cette
nomenklatura de Ceausescu, elle n'en était pas propriétaire et
il suffisait d'une lubie du maître, d'un simple décret de "rotation des cadres" pour qu'il n'en reste rien.
Magouilles en tous genres
Devenu président, Iliescu clamant bien haut et fort qu'il ne
vendrait jamais la Roumanie aux capitalistes étrangers, pouvait alors demander à ces "exilés" de revenir pour investir au
pays avec des capitaux roumains, et l'aide de la branche de la
Securitate qui, depuis des lustres, avait la mainmise sur le
commerce extérieur du pays. Téléviseurs couleurs, chaînes hifi, ordinateurs, appareillage électronique, bureautique… tout
ce dont la Roumanie était dépourvue, aussi bien au niveau des
foyers que de son administration, constitua un fabuleux marché où se bâtirent les premiers empires financiers.
Le Président était fier de ses "entrepreneurs" les emmenait
dans son avion au
cours de ses voyages
en Inde, Indonésie,
etc., leur ouvrant
toutes grandes les
portes pour les privatisations à venir ... c'està-dire de tout le patrimoine économique du
pays. Naturellement, il
confia à ses économistes la tâche d'en
évaluer la valeur,
laquelle fut établie sur
la base des bilans
comptables des entreprises d'avant 1989.
Firmes, usines, commerces,
magasins,
hôtels,
restaurants
Après la remise en liberté furent vendus pour
du milliardaire Puiu (“Poussin”)
Popoviciu, propriétaire de la chaîne une bouchée de pain.
de fast-food KFC par la Direction
Finalement ce qui
Nationale Anti-corruption (DNA):
“On a arrêté pour rien Puiu de la KFC, coûta le plus cher à
on nous a dit de le laisser filer”.
“Vole mon poussin, continue à voler !!!” cette nouvelle caste
(Gazdaru)
qui a mis le pays en
coupe réglée ce sont les pots de vin qu'il a fallu verser aux
fonctionnaires pour qu'ils ferment les yeux sur ces magouilles
et aux politiciens pour s'assurer de leur complicité.
"Tractoristes" à la tête d'empire financiers
Bien sûr, pour ne pas éveiller la curiosité de quelques
journalistes ou, qui sait, du fisc, la prudence la plus élémentaire exigeait, par exemple, de mettre ces nouvelles fortunes au
nom de vieux parents dont le grand âge et les années d'expérience comme "tractoriste" dans les coopératives populaires…
garantissaient qu'ils avaient toutes les qualités pour gérer un
empire financier !
C'est ainsi que "Matusa Tamara" ("Tante Tamara"), brave
enseignante à la retraite dont la pension mensuelle ne dépassait pas 50 €, est devenue célèbre malgré elle en se retrouvant
soudain à la tête d'un patrimoine de plusieurs millions d'euros.
Se souvenant soudain d'elle, son neveu, Adrian Nastase,
Premier ministre, avait trouvé là le moyen de justifier l'existence de sa fortune - arguant qu'il s'agissait d'un héritage
qu’elle lui avait transmis - aux yeux de la DNA, qui n'a
d'ailleurs rien trouvé à redire et l'a finalement blanchi.
Vraiment on connaît une période bénie des dieux pour les
affaires en Roumanie ! Et il n'y a aucune raison pour que çà ne
dure pas. Nos anciens nomenklaturistes ont de moins en moins
à craindre les médias où ils se sont taillé des empires et, pour
peu que l'Etat assure un minimum de pain aux Roumains, ils
se chargent de leur fournir des jeux en rachetant par exemple
les uns après les autres les clubs de foot, s'affichant dans les
tribunes avec leur jeune maîtresse de 20 ans. Que demande de
plus le bon peuple?"
Dodo Nita
* Héritiers et progéniture
Actuellement, vingt ans après la "Révolution", on trouve
les "héritiers suivants" aux postes de commande politique ou
économique de la Roumanie,une liste loin d’être limitative:
- Traian Basescu (Président de la République): ancien
haut fonctionnaire en poste à Anvers sous Ceausescu, souvent
suspecté d'avoir entretenu des liens avec la Securitate
- Mircea Geoana (Président du Sénat): fils d`un général
de la Securitate
- Roberta Anastase (Présidente de la Chambre des
Députés): fille de l`ancien directeur d'une des plus grandes
entreprises de Roumanie sous Ceausescu, les usines 1er Mai
de Ploiesti
- Sorin Oprescu (maire de Bucarest): fils d`un général de
Ceausescu
Parmi les plus grosses fortunes du pays, on trouve Puiu
Popoviciu et Nicolae Badea (gendres de l`ex adjoint du premier ministre de Ceausescu, Ion Dinca), Gheorghe Copos,
(ancien dirigeant de l'Union des Etudiants Communistes), Dan
Voiculescu (ancien directeur d'une entreprise de commerce
extérieur dirigée par la Securitate dont il était informateur sous
le pseudonyme de Félix), etc, etc.
"Adrian… quelle malédiction
pour ce pauvre peuple roumain !”
Tous ces hiérarques ne cachent d'ailleurs pas leurs origines. Lors du débat télévisé précédant le second tour de l'élections présidentielle en 2004, Traian Basescu avait asséné avec
cynisme à son rival Adrian Nastase, alors Premier ministre :
"Adrian… quelle malédiction pour ce pauvre peuple roumain
qui a à choisir entre deux anciens communistes". Faute avouée
étant à moitié pardonnée, cette confession lui avait permis de
remporter un scrutin indécis.
13
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Tribune
D
SUCEAVA
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BUCAREST
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Forums
sous influence
12
Comment devenir
Le sénateur du Parti social
démocrate (PSD) Miron Mitrea,
ancien ministre des Transports a
reconnu avoir organisé et payé des
personnes afin qu'ils postent des
commentaires sur les forums liés
aux articles politiques apparaissant
sur les sites Internet des journaux.
Lors d'une discussion en ligne
avec les lecteurs du site
Hotnews.ro, cet également ancien
secrétaire général du PSD a ainsi
dévoilé que le sous-sol du siège du
parti abrite une "cellule de réaction
rapide", dont les membres ont pour
mission de poster ces fameux commentaires, favorables au parti et/ou
critiques envers ses adversaires.
Une méthode également
employée en France par les partis
politiques qui abusent sans vergogne de la confiance des citoyens
internautes.
Droits de l'Homme:
la Roumanie
mauvais élève
En 2008, la Roumanie a été le
pays le plus lourdement condamné
par la Cour européenne des Droits
de l'Homme selon un rapport publié
par le Conseil de l'Europe. Les juges
européens ont condamné l'Etat roumain à verser au total 12,2 millions
d'euros de dommages et intérêts
pour des affaires où le pays n'avait
pas respecté la Convention européenne des Droits de l'homme. La
Roumanie est aussi le plus mauvais
payeur puisque, selon le même rapport, l'Etat n'a versé que 5% de la
somme due dans les délais impartis.
ans la nuit du mardi au mercredi 24 mars, deux hauts cadres du ministère
de l'Intérieur, Cornel Serban, directeur du service des informations et
Petre Pitcovi, chef de la division générale anti-corruption, ont été placés
en détention par les procureurs de la Direction nationale anti-corruption (DNA). Ils
sont soupçonnés d'être intervenus et d'avoir fait pression pour empêcher l'ouverture de
poursuites pénales contre l'affairiste Gabriel Popoviciu et le recteur de l'université
d'agronomie de Bucarest, Ioan
Alecu. L'association entre le
milliardaire et l'université - qui a
mis un terrain de 220 hectares à
sa disposition pour un projet
immobilier - faisait l'objet d'une
enquête de la DNA.
Contrairement à nombre de
nouveaux riches au train de vie
tapageur, à la fortune établie sur
le dos de leurs compatriotes,
Popoviciu essayait de se faire
discret. Qu'il ait réussi ses
Les députés viennent de voter le budget pour 2009:
“Je n’arrive pas bien à comprendre
affaires avec la complicité du
combien il se sont proposés de voler
en fixant un déficit de seulement 2 %? !” (Vali).
chef de la Direction nationale
anti-corruption - chargé justement d'enquêter sur les malversations faites au détriment de l'Etat! - en dit long sur la situation de délabrement moral de celui-ci.
Dans la tribune ci-dessous, notre correspondant Dodo Nita fait part de son écoeurement devant la déliquescence des mœurs de la vie publique dans son pays, un sentiment partagé par une écrasante majorité de Roumains.
Ah la belle vie… sur le dos du pays !
"Le gouvernement fait des gorges chaudes de l'affaire Popoviciu. "Regardez notre
Justice, comme elle est libre et indépendante - Si c'était vrai, çà se saurait ! - elle a
démasqué un escroc". Quel acte de bravoure… pour n'avoir fait que son boulot, surtout qu'en réalité il ne s'agit qu'un règlement de comptes entre mafieux. C'est çà la
Roumanie…et comment on y devient milliardaire.
La grande majorité d'entre eux ont commencé leur carrière sous Ceausescu. Si on
partait de rien ou qu'on voulait préserver ses quelques privilèges, la condition sine qua
non, c'était de se marier avec la fille d'un potentat du régime. On entrait ainsi dans la
"famille" et on était paré pour tout changement éventuel de pouvoir… la Securitate
était là pour veiller au grain en cas de coup dur. Il a suffi à la "Révolution" d'escamoter la première génération des apparatchiks, celle trop voyante des parents, beauxparents, grands parents, qui avaient construit le communisme en détruisant les valeurs
de tout un peuple, et de la remplacer par celle de ses enfants, gendres, neveux, plus
présentables*.
Le tour était joué ! Quelques uns ont donc été envoyés en prison deux ou trois
mois pour donner le change, mais heureusement, Iliescu et ses "mineurs" y ont mis
vite bon ordre, bastonnant ceux qui trouvaient à redire à leur méthode. La société civile était morte avant d'être née ! Dans cette période confuse, des petits malins bien placés avaient même trouvé là prétexte à s'installer en Amérique, y demandant parfois le
statut de réfugié politique. Ils préparaient "l'avenir" du pays, à la sauce communiste
reconverti. Pendant qu'on se demandait où Ceausescu avait pu planquer ses comptes
secrets, eux ils filaient mettre au frais l'argent du pays qu'ils avaient volé, dans des
sociétés offshore aux îles Caïmans et consort.
A cette descendance de construire le capitalisme… stade avancé du communisme
roumain pour garantir tous ses acquis. Les belles villas, les belles voitures, la bonne
bouffe... quand le peuple, ou plutôt les "mécréants" que nous étions - et sommes toujours - faisait d’interminables queues avec ses cartes de rationnement !…
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Alain Finkielkraut :
Cioran à se méfier de lui-même"
l'Histoire ait un sens et l'humanité un avenir. L'homme passera de difficulté en difficulté et il en sera ainsi jusqu'à ce qu'il
en crève". Par là, on voit que toute son œuvre est une méditation critique sur ce délire inaugural.
LFL: Comment expliquez-vous son acquiescement au
préjugé antisémite ?
A.F.: À l'origine de son antisémitisme, je vois d'abord la
mégalomanie du citoyen d'une petite nation, qui se dit: "Nous
ne sommes rien et nous allons être tout. Nous allons faire parler de nous à n'importe quel prix". Sans doute la mégalomanie
d'une petite nation reléguée dans la banlieue de l'Histoire nourrit-elle une jalousie à l'égard des Juifs, petit peuple placé en
pleine lumière. On sent cette jalousie à l'œuvre. Pour autant,
bien que Cioran soit alors sympathisant de cette organisation
monstrueuse qu'est la Garde de fer, il a une divergence fondamentale avec les légionnaires: il n'impute pas le marasme roumain aux Juifs. Il ne cède pas à la facilité de la paranoïa. C'est
un élément
très important pour le
comprendre.
Certains l'accusent pourtant
de
n'avoir pas
changé après
guerre.
Il
serait resté
obsédé par
les Juifs et se
La maison natale d’Emil Cioran serait contenà Rasinari, près de Sibiu.
té d'inverser
les signes en passant du négatif au positif. Cette inversion ellemême témoignerait de la survivance de son hostilité fondamentale. Je pense que ce n'est pas vrai. Je pense qu'il y avait
dans cette fascination pour les Juifs quelque chose qui pouvait
préparer Cioran à rendre hommage aux Juifs. C'est la persistance du nom juif qui nourrira sa fascination. Il dira: "Les Juifs
ne sont pas un peuple mais un destin".
"Les moralistes ne sont pas
les gens qui font la morale"
LFL: Contrairement aux accusateurs de Cioran, vous
croyez à sa conversion sincère et profonde. Comment expliquez-vous ce mouvement ?
A.F.: Cioran s'est arraché de la tentation totalitaire en
devenant un écrivain de langue française et en s'inscrivant en
plein XXe siècle dans la lignée des moralistes classiques. Les
moralistes ne sont pas des gens qui font la morale, ce sont des
gens qui divulguent une vérité douloureuse. Il rejoint leur
camp dès 1941, à travers le texte charnière intitulé Sur la
France, qu'on découvre également. C'est un livre écrit en rou-
main, mais le style est
déjà français, on le voit
merveilleusement dans la
traduction d'Alain Paruit.
Au fond, la réponse
des moralistes, c'est la
réponse de ceux qui ne
sont pas dupes de
Rousseau. D'un côté, il y
a l'idée d'établir un régime sans mal en trouvant une solution politique au problème
humain. Et de l'autre, une lucidité inquiète qui nous vaccine
contre cette tentation. Le désespoir de Cioran ne le conduit
d'ailleurs pas nécessairement à une vision noire de la nature
humaine. J'ai relevé un passage extraordinaire dans ses
Cahiers: "Haine et événement sont synonymes. Là où il y a
haine, quelque chose se passe. La bonté au contraire est statique. Elle conserve, elle arrête, elle manque de vertu historique, elle freine tout dynamisme. La bonté n'est pas complice
du temps alors que la haine en est l'essence". On n'imagine pas
Cioran faire cet éloge de la bonté. Et pourtant. Lorsque s'évanouit l'idée d'établir un régime sans mal, reste ce que Vassili
Grossman appelle la petite bonté, la bonté sans régime.
"L'anti-intellectualisme d'aujourd'hui
procède de la technologie"
LFL: Pour éclairer les délires de "Transfiguration",
vous avez évoqué la survalorisation de la jeunesse. Elle se
double d'anti-intellectualisme quand Cioran écrit dans une
lettre: "Aucun ne peut trouver son salut dans les bibliothèques". Au lieu de jouer les "rédempteurs du passé", ne
ferions-nous pas mieux de nous inquiéter de voir cet antiintellectualisme à nouveau à l'œuvre ?
A.F. : L'anti-intellectualisme est le grand mystère du XXe
siècle. L'apologie de l'action et de la force vitale, la vie comme
expansion, c'est le fascisme par excellence. Mais on retrouve
de l'autre côté la même forme d'hostilité à l'intellect, apparue
la première fois chez les populistes russes lorsqu'ils expliquaient: "Une paire de bottes vaut mieux que Shakespeare".
Cet anti-intellectualisme non pas féroce, mais en apparence
généreux, consiste à penser que l'Histoire n'est pas faite par les
intellectuels, mais par la lutte des hommes entre eux.
L'anti-intellectualisme contemporain est différent. Il
découle non plus de l'immédiateté de l'instinct, comme celui
du jeune Cioran, mais de l'immédiateté de la technique. Dans
l'univers médiatique du temps réel, nulle médiation n'est
nécessaire, nul effort non plus, nul savoir, nulle bibliothèque,
nulle ascèse. Tout est là, tout de suite. Cette forme d'anti-intellectualisme est particulièrement pernicieuse puisque ce n'est
pas une idéologie qui nous la propose, c'est une technologie
qui nous l'offre.
Propos recueillis par Sébastien Lapaque
(Le Figaro littéraire)
41
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Histoire
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Transnistrie
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CONSTANTA
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"2000 Juifs, là où on
mettait 200 cochons"
42
La troisième partie de Cartea
Neagra est consacrée aux massacres
commis par les troupes roumaines en
Bessarabie et Bucovine, reconquises
à l'URSS en 1941, puis en Ukraine.
"Nous nous trouvons au moment historique le plus favorable et propice de
notre histoire pour procéder à un nettoyage ethnique total et à une purification de notre peuple", martelait le
ministre de l'Intérieur roumain.
Les tueries faites par les gendarmes roumains étaient aussi systématiques que celles des nazis. Ainsi à
Czernowitz, la petite Vienne de
Galicie, ville de naissance du poète
Paul Celan et du romancier Aharon
Appelfeld, qui assista tout gosse au
massacre dans son village: "Ils utilisèrent les vieilles méthodes, fusillant un
petit nombre et égorgeant les autres."
Les survivants sont déportés en d'interminables marches de la mort vers
les terribles camps de Transnistrie,
région d'Ukraine devenue "la poubelle
ethnique" de la Roumanie.
Beaucoup sont d'anciennes porcheries kolkhoziennes, comme
Bogdanovka, "là où on mettait 200
cochons on peut bien mettre 2 000
Juifs", éructait le patron du camp. On
y mourait de froid et de faim, ou dans
de régulières exécutions de masse
pour faire de la place aux nouveaux
arrivants.
Là confluèrent aussi les Juifs ukrainiens survivants des marches de la
mort et des massacres commis à
Odessa par les Roumains, fusillés
dans les faubourgs ou pendus par
milliers en pleine ville. Ce sont tous
ces aspects d'une Shoah oubliée que
fait ressurgir Cartea Neagra.
Economie
L'horreur a été aussi roumaine,
SUCEAVA
l
ORADEA
La "solution finale"
C
artea Neagra, “Le livre noir de la destruction des Juifs de Roumanie" qui
vient de paraître chez Denoël a l'immense mérite de faire le point sur une
page sombre de la Roumanie, à l’époque où le fascisme régnait en maître
sur une grande partie de l’Europe, et occultée par nombre de Roumains qui attribuent
volontiers les nombreux crimes et leur cortège d'horreurs commis alors aux occupants
hongrois ou soviétiques. Mais l'histoire rattrape toujours les mémoires défaillantes qui
s'accrochent aux fables servies pour effacer ou justifier un passé détestable. Dans
"Libération", Marc Semo fait un retour cruel sur cet épisode peu glorieux de la dictature d'Antonescu.
"Livre de sang et de larmes écrit avec du sang et des larmes"
"C'est un texte doublement miraculé que
cette enquête sur l'extermination de plus de
350 000 Juifs roumains et ukrainiens par le
régime du dictateur Ion Antonescu pendant la
Seconde Guerre mondiale. Les éléments qui
nourrissent ce "livre de sang et de larmes
écrit avec du sang et des larmes", selon son
auteur, Matatias Carp, ont été recueillis au
jour le jour pendant la catastrophe elle-même,
au risque de sa vie, par cet avocat juif et
brillant pianiste à ses heures, fils d'une famille intellectuelle juive assimilée. Chroniqueur,
mémorialiste et archiviste, il voulait montrer
au quotidien la destruction de ce qui était
numériquement la troisième communauté
juive d'Europe. Publié juste après la guerre à
Bucarest, ce document de mille pages, qui
tient une place de choix dans "la bibliothèque
de la catastrophe" - récits et témoignages
écrits à chaud pendant la Shoah - avait été
oublié, enterré par le régime stalinien. Il le serait resté sans la constance du professeur
de médecine Gérard Saimot, neveu de l'auteur, et de l'historienne Alexandra LaignelLavastine, fascinée par "cette incroyable entreprise qui a consisté quatre années
durant à collecter matériaux, photographies et témoignages dans des conditions
extrêmement périlleuses surtout pour un Juif". Son impressionnant travail de notes et
présentation se réfère à de nombreux textes littéraires et documents sortis depuis.
La Roumanie obtient un prêt FMI-UE
et Banque mondiale de 20 milliards d'euros
L
a Roumanie est devenue le 25 mars le troisième
pays membre de l'Union Européenne à bénéficier
d'un plan de soutien des bailleurs de fonds face à la
crise économique en obtenant un prêt d'environ 20 milliards
d'euros sur deux ans du Fonds monétaire international, de l'UE
et de la Banque mondiale.
Sur ce montant, 12,9 milliards d'euros seront abondés par
le FMI, 5 milliards par l'UE, 1 à 1,5 milliard par la Banque
mondiale (BM) et le reste par plusieurs autres institutions,
dont la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). Avant la Roumanie, la Hongrie et la
Lettonie, également membres de l'UE, avaient obtenu un prêt
de ce type pour faire face à la crise.
L'argent du FMI devrait être utilisé pour couvrir les
réserves en devises de la Banque centrale roumaine, tandis que
le prêt de l'UE permettra de financer le déficit budgétaire.
Fonctionnaires et retraités
devront se serrer la ceinture
La réduction du déficit public (5,28% du PIB en 2008)
figure d'ailleurs parmi les conditions accompagnant ce prêt car
"le gouvernement roumain ne peut plus se permettre le luxe
d'un déficit important". Ce déficit devrait néanmoins rester
très supérieur au taux imposé par le traité de Maastricht, soit
5,1%, avant de descendre en dessous de 3% en 2011.
Le Fonds souhaite également une "réforme du système des
salaires dans le secteur public", dont la facture a doublé ces
quatre dernières années, ainsi que du système des retraites, qui
exerce une "pression énorme" sur le budget. Il faut donc s'attendre à des restrictions dans ces domaines au détriment des
fonctionnaires et des pensionnés.
Le FMI table sur une reprise du crédit, en forte baisse ces
derniers mois en raison d'un manque de liquidités et d'une prudence accrue des banques. Ce prêt permettra à la Banque centrale de relaxer sa politique monétaire, en réduisant graduellement le taux des réserves obligatoires, actuellement de 40%.
Face aux craintes des syndicats sur un coût social trop
élevé de cet accord, qui a provoqué la chute des gouvernements hongrois et lettons, le FMI a souligné que le "programme prévoit une hausse des allocations destinées aux programmes sociaux et des mesures de protection pour les retraités et les fonctionnaires les plus vulnérables".
La Berd, premier investisseur institutionnel en Roumanie,
s'est déclarée prête à contribuer au programme avec 500 millions à 1 milliard d'euros sur deux ans, la moitié devant aller
au système financier et le reste à l'économie, notamment
l'énergie et les infrastructures.
A savoir
Contraction du PIB de 4%
Le Fonds monétaire international
(FMI) table sur une contraction de 4% du
produit intérieur brut de la Roumanie, en
raison notamment de la baisse des exportations, et un déficit public atteignant de
3,5% à 4% du PIB. Le budget 2009 est
basé sur une croissance économique de
2,5% mais le ministre des Finances
Gheorghe Pogea a admis debut mars que
la Roumanie pourrait entrer en récession,
avec un recul du PIB de 1%.
Un peu moins de la moitié des Juifs survivront
Tarom se met au "low cost"
Les romans et surtout les journaux intimes de Mihail Sebastian évoquaient déjà le
fascisme à la roumaine, les Gardes de fer, avec leur mystique gueularde de la violence, du sol et du sang qui fascina dans leur jeunesse nombre d'intellectuels tels Emil
Cioran ou Mircea Eliade. Mais sur la guerre elle-même, surtout hors de Bucarest, il
n'y avait presque rien. Les persécutions contre les Juifs roumains puis l'extermination
d'une partie d'entre eux ont pourtant été à la fois précurseurs et différentes de la "solution finale" mise en œuvre par les nazis.
Allié de l'Allemagne, le régime du général Ion Antonescu mena sa propre politique antijuive, renforçant un antisémitisme d'Etat déjà virulent depuis des lustres. Les
troupes roumaines ont commis des massacres systématiques de Juifs dans les zones
reconquises de Bessarabie ou de Bucovine puis en Ukraine. Dans les régions roumaines placées sous administration hongroise (le nord de la Transylvanie) les Juifs
furent systématiquement déportés vers les camps de la mort. Ailleurs dans le pays, en
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
La compagnie aérienne roumaine
vient de lancer une nouvelle offre promotionnelle agressive pour contrer la
concurrence des compagnies "low cost".
L'opérateur aérien a mis en vente des
billets aller-retour à 50 € sur toutes ses
destinations internationales et des billets
aller à 24 € sur tous ses vols nationaux.
Ces tarifs ne comprennent cependant pas
les taxes d'aéroport et sont valables jusqu'à la fin de l'année. L'objectif de la
compagnie est d'augmenter le taux d'oc-
cupation de ses avions. Tarom a enregistré des pertes de 28 millions de dollars en
2008.
Explosion
du nombre de faillites
Neuf mille entreprises se sont déclarées en faillite sur l'ensemble du territoire
en 2008, un chiffre en augmentation de
65 % par rapport à l'année précédente.
Rien que pour janvier 2009, ce nombre
est passé à 1600, soit 600 de plus qu'en
janvier 2008. En 2008, 52 699 entreprises
avaient été rayées du registre du commerce (+ 4,7 %).
Patriciu, 397ème
fortune mondiale
L'homme d'affaires Dinu Patriciu,
président de Rompetrol, est le seul
Roumain présent dans le classement des
milliardaires 2009, établi par le magazine
américain Forbes. Il se classe à la 397ème
position (sur 739), avec une fortune estimée à 1,8 milliard de dollars, loin toutefois derrière Bill Gates, indétronable
numéro 1 avec plus de 50 milliards de
dollars. "Déception" par contre pour Ion
Tiriac, qui sort du classement. Selon le
magazine, en 2008, les milliardaires ont
vu leur fortune diminuer de 23% en
moyenne.
Auchan élargit son réseau
Le réseau d'hypermarchés Auchan
Romania (détenu par le groupe français
Auchan, depuis la fin de 2008) vise pour
2009 l'inauguration de 2 hypermarchés
nouveaux, dont un basé à Timisoara (au
sein du centre commercial "Iulius Mall").
Automobile:
la chute continue
Malgré la belle embellie du constructeur Renault-Dacia, les ventes de voitures
neuves en Roumanie ont chuté de 60 %
au mois de février. Seules 9.082 voitures
ont été vendues en février, contre 22.651
à la même période en 2008. Sur les deux
premiers mois de l'année 2009, les ventes
de voitures neuves enregistrent une baisse cumulée de 62% par rapport à 2008.
11
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Politique
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BAIA MARE
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GIURGIU
CONSTANTA
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Minériades:
Ion Iliescu "blanchi"
10
Le judet de Constantsa
mis en coupe réglée par ses élus
l
l
Une nouvelle taxe pour circuler
sur les routes départementales
Ion Iliescu ne sera pas poursuivi
pénalement dans le deuxième dossier
des minériades de 1990. Ainsi en ont
decidé les procureurs du Bureau d'investigation sur le crime organisé et le
terrorisme. Le président d'honneur du
Parti social démocrate, ainsi que 30
autres suspects, également accusés
de déstabilisation de l'Etat et d'actes
de diversion, ont été blanchis de toute
charge. Ion Iliescu était accusé d'avoir
fait descendre les mineurs sur
Bucarest pour mettre fin aux manifestations qui y avaient éclaté .
Securitate: Rodica
Stanoiu pointée du doigt
Une analyse graphologique confirme que des notes informatives pour la
Securitate ont été rédigées par Rodica
Stanoiu, ministre de la Justice dans le
gouvernement Nastase et proche de
Ion Iliescu. Sous le pseudonyme de
"Sanda" puis de “Gheorgeta”, elle
aurait fourni des informations à la
Securitate de 1983 à 1987. L'ancienne
parlementaire conteste ce verdict de
collaboration avec la police politique,
déjà énoncé en 2007 par le CNSAS
(Conseil National pour l'Etude des
Archives de la Securitate). L’analyse
sera versée au dossier.
… Et le maire de Iasi
Le maire PSD de Iasi, Gheorghe
Nichita, 53 ans, avait le nom de code
de "Mihai" à la Securitate avec laquelle il avait signé un engagement en
1978, alors qu'il avait 22 ans, afin de
surveiller ses camarades étudiants,
mais on ne peut cependant pas lui
attribuer le qualificatif de collaborateur
de la police de Ceausescu selon le
CNSAS.
A
la Rovinieta que les automobilistes doivent arborer sur leur pare-brise
quant ils circulent sur les routes nationales du pays, les propriétaires de
véhicules pouvant transporter plus de neuf personnes, de camionnettes et
de camions sont désormais dans l'obligation d'ajouter une vignette départementale
quant ils empruntent les routes départementales du judet de Constantsa. La décision a
été prise fin 2008, à l'initiative du président du Conseil judetean, Nicusor
Constantinescu, grand ami du maire de Constantsa, Radu Mazare, les deux affairistes,
élus du PSD (notre photo) fréquentant également assidûment les bancs de la DNA
(Direction Nationale Anti-corruption) qui les a soumis à diverses reprises à enquête.
Au début, les transporteurs n'ont pas pris au sérieux cette nouvelle forme de racket, censée aidée à réparer et à entretenir les routes du département, mais les amendes
commençant à pleuvoir - d'un montant de 350 à 600 € -, ils sont bien obligés de s'y
soumettre. Cette nouvelle taxe annuelle est pourtant plus importante que la Rovinieta,
en coûtant parfois le double et pouvant atteindre 1500 € pour les camions de plus de
20 tonnes. Les véhicules ne circulant pas régulièrement dans le judet peuvent acquitter une taxe à la journée (de un à 9 euros) ou mensuelle (de 20 à 85 €). Bien sûr, cette
vignette offre aux policiers la possibilité de recevoir de nouveaux bakchichs. C'est
notamment le cas pour les chauffeurs venant de Bulgarie et empruntant la route départementale 393, reliant la frontière à
Techirghiol, sur laquelle il n'existe
aucun endroit où on peut se la procurer.
Cette taxe départementale pourrait
fort bien se généraliser à travers le pays,
la loi sur les finances publiques permettant aux administrations locales d'introduire des impôts spéciaux permettant de
financer leurs budgets, sans en préciser
le niveau maximum autorisé. La disposition a déjà été utilisée par Radu Mazare qui a
introduit une taxe de visite pour les automobilistes entrant dans la station de Mamaia
pendant la saison. Une taxe de transit a également été instituée par la mairie de
Giurgiu, doublée par une taxe "écologique" à l'initiative de la préfecture.
Les automobilistes roumains sont sans-doute "bons à tondre", l'ancien Premier
ministre Tariceanu ayant montré l'exemple en instituant une taxe exorbitante sur les
véhicules d'occasion qu'il a triplé le jour même où il abandonnait ses fonctions pour
reprendre son tablier d'importateur de voitures neuves.
Des “requins” capitalistes menacent aussi les plages
Le nouveau gouvernement a également dans ses cartons un projet qui ravit le
maire de Cosntantsa. Un des ses lieutenants locaux du PSD, devenu ministre de
l'Environnement, Nicolae Nemirschi (il a aussi en charge le dossier Rosia Montana !)
prévoit de rétrocéder aux mairies la concession des plages du littoral de la Mer Noire.
20 % d'entre-elles auraient un statut communal, avec libre accès, le reste pouvant être
réparti entre les hôtels, les résidences, les clubs de sports nautiques, moyennant une
redevance qui était de 3,5 € le m2, l'an passé, transformée en taxe auprès des usagers.
Les fonds ainsi collectés seraient censés couvrir les frais d'entretien, de gardiennage,
d'assistance médicale et de surveillance des baigneurs. D'ores et déjà, il est prévu que
deux à trois sites de Mamaia deviennent des plages de luxe. Il est loin l'époque ou des
millions de Roumains pouvaient se rendre pour presque rien sur la mer Noire. Un des
rares bons côtés du communisme… Aujourd'hui, ce sont des “requins” convertis au
capitalisme qui les mettent en coupe réglée.
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
sous la dictature Antonescu
mais à la manière de là-bas… artisanale
Moldavie et Valachie - "le vieux royaume" ou au sud de la
Transylvanie -, le régime renforça les mesures d'humiliation et
de spoliation sur fond de violences sporadiques mais organisées. "Les Juifs pourront vivre, mais ils ne bénéficieront pas
des ressources et des richesses de ce pays", martelait le dictateur, qui renonça finalement à mettre en œuvre l'extermination
totale, voyant que le sort des armes tournait. Ainsi, à la fin de
la guerre, plus de 350 000 des 750 000 Juifs roumains avaient
survécu. Mais ceux qui furent tués le furent de façon artisanale et particulièrement atroce.
désordonnés. "Partout le joyeux et féroce labeur du pogrom
remplissait les rues et les places de détonations, de pleurs, de
hurlements terribles et de rires cruels", racontait, dans Kaputt,
l'écrivain journaliste italien Curzio Malaparte qui fut témoin
du grand massacre de Iasi, la capitale de la Moldavie roumaine.
Assimilés à des espions “rouges”
Cette tuerie massive qui précéda les grands carnages
effectués par les nazis en Ukraine a eu lieu au sein même de la
"Le sang servait à graisser les roues de charrette"
Roumanie, organisée par les autorités légales d'une ville où
près d'un habitant sur
"La Roumanie n'a
deux était juif. L'offensive
abrité sur son sol ni
contre la Russie venait de
chambre à gaz ni fours
commencer à une vingtaicrématoires, et elle n'a pas
ne de kilomètres au-delà
non plus procédé à l'exdu fleuve Prut. Les
ploitation industrielle des
rumeurs organisées par le
dents, des cheveux ou de
régime évoquaient la préla graisse des victimes.
sence de parachutistes
Ayant adopté des
soviétiques.
méthodes de tueries "clas"La population a été
siques", pratiquées depuis
conditionnée au point de
la nuit des temps, le fascroire avec une étonnante
cisme roumain s'est
facilité que l'intégralité de
cependant singularisé
Rafle des Juifs dans les rues de Iasi. Les malheureux vont être acheminés dans la population juive de la
des wagons à bestiaux vers les camps de Transnistrie où beaucoup mourront.
dans l'extermination des
ville s'était transformée en
Juifs par un certain nombre de techniques originales: “Des
population espionne au profit de l'armée rouge", relevait, indihommes battus à mort ou asphyxiés dans des wagons plombés,
gné, un ancien conseiller de la cour d'appel cité par Carp. On
d'autres vendus au beau milieu des colonnes des marches de la
tue et on pille. Des femmes et des couples participent activemort pour être tués et leurs vêtements vendus
ment aux violences. Les gendarmes massaau plus offrant; d'autres littéralement coupés
crent à la mitrailleuse les Juifs regroupés dans
en morceaux et dont le sang servait à graisser
la cour de la préfecture. Les survivants sont
les roues des charrettes", écrit Matatias Carp.
embarqués dans des wagons à bestiaux qui
L'extermination des Juifs en Roumanie
roulent des jours et des jours sans but, sans
ne fut pas la plus radicale, mais celle où la
ravitaillement, sans eau.
participation populaire fut la plus importante,
notamment dans des pogroms. Celui à
Tombeaux roulants
Bucarest en janvier 1941 lors du soulèvement
des miliciens de la Garde de fer, la frange la
Entre 5 000 et 6 000 Juifs sont morts dans
plus fanatisée du régime qui fut liquidée par
ces tombeaux roulants. "Par le nombre des
le dictateur avec le soutien allemand. Ou, survictimes, par la sauvagerie du crime, par
tout, celui de Iasi en juin 1941, qui fit entre 13
l'ampleur des pillages et des destructions
et 14 000 morts. Un mélange de cruauté délimais aussi par la participation des autorités
bérée et de désorganisation bureaucratique.
et des forces de l'ordre, le pogrom de Iasi
"Ce fonctionnement désordonné, spontamarque le point culminant d'un mal qui ronge
né et irrégulier, dispersé et fantasque résulla conscience roumaine depuis plus d'un
tait d'un opportunisme mêlé d'esprit destrucsiècle", note Matatias Carp.
teur, d'une léthargie périodiquement interMarc Semo (Libération)
rompue par des explosions de violence", notait déjà Raul
Matatias Carp, Cartea Neagra, le Livre noir de la desHilberg dans son livre fondamental, la Destruction des Juifs
truction des Juifs de Roumanie (1940-1944), traduit du roud'Europe, rappelant que, plusieurs fois, les Allemands intermain, annoté et présenté par Alexandra Laignel-Lavastine,
vinrent pour arrêter des massacres qui leur semblaient trop
Denoël, 706 pp., 27 €.
43
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Révolution an XX
l
ORADEA
ARAD
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CLUJ
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l
SIBIU
TARGU
MURES
GALATI
l
BRASOV
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BRAILA
PITESTI
CRAIOVA
l
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TULCEA
l
n
BUCAREST
CONSTANTA
l
"Roumanie,
le pays du choix"
44
Printemps 1989... Commence
SUCEAVA
CHISINAU
l
BISTRITA
l
IASI
l
TIMISOARA
l
BAIA MARE
l
"Roumanie, le pays du choix"... Tel
est le nouveau slogan destiné à promouvoir la Roumanie sur le marché
touristique international au cours d'une
campagne de promotion bénéficiant
d'un budget de plusieurs millions d'euros et dont trois sportifs de réputation
mondiale seront les ambassadeurs,
Nadia Comaneci, l'ex-champion de
tennis Ilie Nastase et le "Maradonna
des Carpates" Gheorghe Hagi. Ce
slogan a été dévoilé à Pâques, à l'occasion d'un concert organisé à Mamaia. Il remplace le "Simplement surprenant" qui représentait le pays
depuis quelques années. Par ailleurs,
le nouvel hymne du tourisme roumain
- interprété entre autres par Gheorghe
Zamfir - qui sera diffusé à l'étranger
pour séduire les touristes, devait être
révélé le 1er mai. A noter aussi que la
ministre Elena Udrea s'est déclarée
très satisfaite de l'affluence sur le littoral pour les fêtes de Pâques et a souhaité que cela devienne une tradition.
Bucarest
bientôt en autobus
Les touristes devraient pouvoir bientôt visiter la Bucarest grace à un système d'autobus se succédant toutes les
25 minutes, chaque jour entre 9 h et
20 h. Le circuit passera par le monastère Casin, la place Victoria, le Palais
de la Caisse d'Epargne, le boulevard
Elisabeth, la place de l'Opéra, Cotroceni, le palais de Ceausescu, la Place
Unirii, l'Université, Foisorul de Foc,
Piata Romana, la place Charles De
Gaulle et Piata Presei. La mairie de
Bucarest a prévu d'affecter 4 autobus
Mercedes empuntés à la Régie des
Transports (RATB) de la capitale pour
assurer ce nouveau service.
"Cela a débuté par
en un jeu d'échecs,
eorges Mink, directeur de recherche au CNRS, enseignant à
Sciences-Po et au Collège de l'Europe évoque dans les colonnes de
Libération, l'année 1989 qui, voici vingt ans, a été marquée par l'explosion du bloc de l'Est, après 45 ans de dictature communiste pour les uns et 72
pour l'ex URSS.
"Dans les récits de l'année 1989, celle des révolutions de 1989, celle du démantèlement du totalitarisme soviétique, la métaphore des pièces de domino qui tombent,
une à une, s'est imposée avec une étonnante facilité. Elle est pourtant trompeuse. Cela
a commencé par un poker menteur, qui s'est transformé ensuite en un jeu d'échecs,
avant de se terminer par un effet des dominos. "N'est-il pas alors utile de rappeler ce
qui s'était passé en 1989 pour éviter d'escamoter l'histoire et en détourner sa représentation mémorielle ?" se demande ce spécialiste de l'Europe Centrale et de l'Est.
G
Passation des pouvoirs autour
de tables rondes… sauf en Roumanie
Le calendrier en
soi est déjà très parlant.
Tout commence par la
table ronde polonaise,
le 6 février, pour se
conclure par la signature d'un compromis historique entre les négociateurs communistes
et les représentants de
l'opposition le 5 avril
1989. Les Polonais
obtiennent la légalisation du syndicat Solidarnosc, des élections quasi libres au parlement et totalement
libres pour le Sénat, un journal hors censure, Gazeta Wyborcza (notre photo: Lech
Walesa porté en triomphe).
Puis vient la double table ronde hongroise en mars 1989 et de juin à septembre
1989. Les Hongrois, instruits par l'absence de la réaction soviétique, en veulent plus
et l'obtiennent: les élections libres et le référendum qui donnera la présidence du pays
à un représentant de l'opposition, l'écrivain Arpad Goncz.
La table ronde tchécoslovaque (ou plus exactement les) se déroule entre le 26
novembre et le 9 décembre; les opposants ne négocient plus que le changement du
personnel politique, la formation d'un gouvernement non communiste, la présidence
du pays pour Vaclav Havel et celle de l'Assemblée fédérale pour Alexandre Dubcek.
En RDA, les négociations ont lieu après l'ouverture du Mur, à partir du 7
décembre 1989, mais très vite on se focalise sur la gestion du processus de réunification. La métaphore mobilière n'a plus autant d'importance, les événements l'ont largement rendue caduque. Alors qu'en Roumanie la justice expéditive se substitue aux
négociations, seule encore la Bulgarie s'offre une vraie table ronde, relativement tardive, qui commence le 3 janvier 1990.
Entre "normalisation" à la soviétique et "terreur blanche"
De par sa précocité, la table ronde polonaise est soumise aux incertitudes du
contexte. Tout au long de son déroulement, l'argument de la violence probable subit
une lente érosion. Ce n'est pas seulement l'absence de réaction mais c'est surtout l'assentiment exprimé par Gorbatchev qui déstabilisera les conservateurs du Parti.
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
se rêve en députée européenne
de mannequin à femme politique
avec 16% des voix contre 35% pour le PD-L et 30% pour le PSD-PC. Selon
l'éditorialiste d'Evenimentul Zilei Andrei Craciun, le succès d'une candidate non
politicienne atteste de l'état de la politique en Roumanie. "Parce qu'elle n'est
pas politicienne, Elena Basescu reste une image construite selon les critères qui
consacrent toutes les vedettes actuelles. Elle est transformée en une espèce de
sexy-candidate-merveille qui attire comme un aimant la curiosité. Et les votes.
Probablement."
Marion Guyonvarch (www.lepetitjournal.com - Bucarest)
Maria, qu’est-ce qu’on fait avec la petite... On l’envoie
apprendre la grammaire ou à Bruxelles ? (Vali)?
Nouveau président du PNL, Crin Antonescu
s'entoure de figures impliquées dans des affaires
C
rin Antonescu, 50 ans, leader du groupe Libéral à la
Chambre des députés, a été
élu président du Parti national libéral
(PNL), fin mars, lors du congrès extraordinaire du parti. Professeur d'histoire, originaire de Tulcea, ancien
ministre de la Jeunesse et des Sports sous le Président
Constantinescu, il remplace Calin Popescu Tariceanu à la tête
du premier parti d'opposition qu’il a battu.
Ludovic Orban, l'ancien ministre des Transports, qui
s'était également présenté à cette fonction, avant de retirer sa
candidature pour soutenir Crin Antonescu, a été nommé viceprésident du parti. S'il a voulu apparaître comme l'homme du
changement, Crin Antonescu a pourtant utilisé une rhétorique
bien connue de la classe politique dans son discours précédent
le vote, celle du dénigrement. Sa principale cible: Traian
Basescu. Selon Antonescu, le Président de la République est
un "vieux maquereau", contrôlant les entrées du "bordel politique roumain…". "Bienvenue dans l'aquarium" peut déjà lui
rétorquer ce dernier, sans risque de se tromper.
Le nouveau président du PNL s'est en effet bien entouré.
On retrouve comme vice-présidents du Parti libéral, Cristian
Anghel, maire de Baia Mare depuis 16 ans, poursuivi pour
abus de pouvoir et préjudice de 400 000 € au détriment de sa
mairie, Mircea Muntean, maire de Deva depuis 13 ans, accusé
d'avoir vendu à un prix dérisoire un terrain public à un promoteur immobilier italien, Romeo Staravache, maire de Bacau,
soumis à enquête pour concussion au sujet de travaux publics.
Cette équipe pourra s'appuyer sur une base tout autant solide
dont fait partie Lucian Iliescu, maire de Giurgiu depuis 13 ans,
ancien du Parti Communiste Roumain (PCR), reconverti dans
l'ultra-libéralisme et quelques valeurs montantes prometteuses,
déjà dans le collimateur de la Justice. Le bailleur de fonds et
"faiseur de roi" du PNL, autrefois parti historique prestigieux,
n'est autre que l'affairiste milliardaire Dinu Patricu, première
fortune du pays d'après la revue américaine Forbes, ancien
propriétaire de Rompetrol, patron d'un groupe de presse, plusieurs fois inquiété par la Justice, suspecté de manipulations en
bourse, brièvement arrêté mais relâché.
Vasile Paraschiv : l'honneur d'un dissident
A
80 ans, il reste cet éternel
esprit libre qui a osé refuser,
le 1er décembre, la décoration suprême que voulait lui décerner le
président Traian Basescu: chevalier de la
Steaua României (Etoile de Roumanie).
"Je ne peux accepter une distinction de la
main d'un communiste", a-t-il asséné au
chef de l'Etat. Tour à tour arrêté et interné
en hôpital psychiatrique, Vasile Paraschiv
n'a pas seulement ferraillé, durant vingt
ans, contre le régime de fer de Ceausescu.
Depuis la chute du régime, en
décembre 1989, il a poursuivi son combat
par la voie judiciaire, pour devenir,
aujourd'hui, un autre symbole: celui de la
lutte des victimes contre l'Etat roumain.
Dure bataille... Signe que, près de vingt
ans après la "révolution", le pays peine
encore à digérer son passé.
Avec l'aide de l'Institut de recherche
et d'investigation des crimes du communisme (IICCR), créé en 2005, Vasile
Paraschiv a d'abord constitué un dossier,
accablant, sur la base des archives de la
police politique. Puis il a attaqué en justice 67 personnes, psychiatres et exmembres du Parti ou de la Securitate.
Mais, en 2008, le parquet annonce que les
faits sont prescrits... "Très peu de crimes
commis pendant la période communiste
ont fait l'objet de condamnations
pénales", confirme Raluca Grosescu, historienne et membre de l'IICCR. "Ils
devraient relever de crimes contre l'humanité, imprescriptibles... Les plaignants
ont déposé des recours auprès de la Cour
européenne des droits de l'homme".
L'espoir resurgit, néanmoins, dans
les tribunaux civils, où les victimes peuvent enfin voir leurs souffrances reconnues, à défaut de voir leurs tortionnaires
passer en jugement. Le 4 décembre 2008,
Vasile Paraschiv remporte sa première
victoire: l'Etat roumain est condamné à
lui verser 300 000 € de dommages et
intérêts pour les mauvais traitements
subis entre 1968 et 1989. Mais il en réclame un million. Le verdict est attendu en
appel.
Marion Guyonvarch
9
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
La fille du Président
Politique
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SATU MARE
ORADEA
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ARAD
SUCEAVA
IASI
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TARGU MURES
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DEVA
VASLUI
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Elena Basescu…
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BAIA MARE
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TIMISOARA
BRAILA
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PLOIESTI
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BUCAREST
GIURGIU
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TULCEA
CONSTANTA
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Le gendre du Roi
Michel en course
pour la présidentielle
8
Radu Duda, 49 ans, mari de la
princesse Margareta depuis 1996, fille
aînée du roi Michel, se présentera à
la prochaine élection présidentielle qui
aura lieu en fin d'année. Il a reçu le
soutien de son beau-père, aujourd'hui
âgé de 87 ans et qui est le doyen des
monarques ayant régné dans le
monde. Nommé par le roi Michel prince de Roumanie,
cet ancien comédien, né en 1960
à Iasi, a occupé
les fonctions de
représentant spécial du gouvernement roumain de
2002 à 2008,
date à laquelle il
y a renoncé,
recevant environ
un million d'euros pour financer les
différentes missions qu'il a eues à
mener sur les problèmes d'intégration
de la Roumanie à l'UE, de coopération et de développement durable.
En annonçant soutenir la candidature de son gendre, le roi Michel a
affirmé lors d'une conférence de presse qu'il était temps que "la famille
royale s'implique dans la marche du
pays (...) A travers la présence aux
élections démocratiques du chef de
l'Etat, ma famille essaie d'unir et d'assainir la Roumanie d'aujourd'hui.
Nous voulons montrer comment doit
être servi un vrai peuple", a-t-il déclaré. Après l'annonce de sa candidature, Radu Duda a été vu en compagnie
de Betsy Myers, une des stratèges de
la campagne de Barack Obama. Les
premiers sondages le créditaient de
3 % des intentions de vote.
lena Basescu avait jusqu'au 2 avril pour
rassembler 100 000 signatures et ainsi
se présenter aux élections européennes
le 7 juin prochain. Mission réussie. Gros plan par
Marion Guyonvarch sur son aventure en indépendante qui focalise l'attention.
Elle pourrait être l'héroïne d'une télénovela: la
fille du président de la République qui, décidée à
entrer dans l'arène politique, se heurte à l'opposition
des intellectuels de son parti et choisit donc de se lancer dans la course à l'élection en indépendante. Mais
le scénario est bien réel et fait d'Elena Basescu,
"Elena de Dorobanti" comme elle s'est elle-même
baptisée, la star avant l'heure de la campagne pour les Européennes. Depuis qu'elle a
démissionné du PD-L (Parti démocrate-libéral, au pouvoir avec le PSD) et annoncé sa
candidature en indépendante le 18 mars, la fille cadette de Traian Basescu, qui espère
briser un peu son image de fille à papa et de poupée jet-setteuse, a décrété la mobilisation générale pour collecter les 100 000 signatures nécessaires à sa candidature.
E
Figure de la jeunesse dorée bucarestoise
Via ses camarades de l'organisation des jeunes démocrates qui la soutiennent en
partie, une campagne de collecte a débuté à travers tout le pays. Sous le sigle "EBA",
l'ancienne mannequin de 28 ans a aussi investi le Net, en lançant son site et en prenant
d'assaut les réseaux sociaux type Facebook ou Twitter, où elle publie ses dernières
déclarations et recrute des volontaires.
Sans oublier bien sûr qu'elle fait jouer son important carnet d'adresses : des
membres du PD-L affichent leur soutien: Elena Udrea, la ministre du tourisme, proche
de son père, a mis son siège de campagne à sa disposition, la député Raluca Turcan a
offert sa signature et le fils de l'affairiste et politicien Silviu Prigoana fait partie des
bénévoles. Certains médias ont même lancé des campagnes de soutien, distribuant des
formulaires de collecte de signatures. D'autres, comme Academia Catavencu, la
Canard Enchaîné roumain le font aussi mais sur un ton bien plus moqueur.
Car la presse, bien sûr, se régale de ce nouvel épisode des péripéties d'Elena
Basescu - figure de la jeunesse dorée bucarestoise, connue pour ses gaffes verbales, sa
façon d'écorcher la langue roumaine, sa vie amoureuse agitée, sa fréquentation assidue des clubs et restaurants branchés de la capitale. Le soutien que lui apporte son
ancien petit ami, Andrei Hrebenciuc Jr, fait très souvent la Une. Les journaux se délectent notamment quand son père essaie de la défendre contre ceux qui la taxent d'incompétence, affirmant qu'elle a "tout de même terminé la James Madison University".
Alors qu'elle n'y a étudié que deux semestres… "Papa n'a pas menti", réplique aussitôt Elena. Qui ne joue pas vraiment les rebelles non plus: elle continue d'affirmer sa
fidélité sur la durée au PD-L et a nommé sa sœur, Ioana, chef de campagne.
La sexy-candidate fait merveille dans les sondages
Pour l'heure, pour convaincre, Elena Basescu utilise cette posture d'indépendante,
de militante fidèle qui n'a eu d'autre choix que de partir de sa formation politique,
notamment à cause du mépris affiché par les intellectuels. Elle a ainsi affirmé avoir
"décidé de faire le chemin jusqu'à Strasbourg à pied, tandis que les candidats des principaux partis s'y rendront eux en avion". Derrière cette posture, difficile de discerner
le programme politique de la candidate Elena. Reste que la stratégie semble payante.
Les campagnes de signatures fonctionnent bien, et, mieux, selon un sondage réalisé
par CCSB le 19 mars, "EBA" se classerait en troisième position le 7 juin prochain,
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Connaissance et découverte
un poker menteur, qui s'est transformé
avant de se terminer par un effet de dominos"
la chute des régimes communistes à l'Est
Le général Jaruzelski, artisan principal, côté communiste,
que l'opposition pouvait les gagner et plus encore que le poudes négociations en Pologne dira: "Pour Gorbatchev, l'issue de
voir tolère un tel résultat.
la table ronde polonaise pouvait rassurer les autres dirigeants
Le 4 juin, le jour même de la victoire électorale de
de l'Europe de l'Est en démontrant qu'on pouvait coopérer
Solidarnosc, les communistes conservateurs de l'Europe cenavec les forces de l'opposition sans que cela tourne à la terreur
trale s'accrochent encore à une alternative à la chinoise, en
blanche."
regardant les chars écraser sur la place Tienanmen le mouveLes Polonais essuient les plâtres, la suspicion mettra du
ment réformateur. Mais il n'y a plus de retour en arrière.
temps à se dissiper. Rien n'est joué d’avance. Le contexte
Les audaces à venir trouvent leur source à Varsovie. En
mérite d'être rappelé car
septembre est donné le signal le plus imporil montre aussi les frontant. Un Premier ministre non communiste,
tières cognitives à l'auTadeusz Mazowiecki, s'apprête à gouverner
dace et aux stratégies
dans un environnement encore largement
des acteurs.
soviétisé. Ainsi, le registre des possibles
Au milieu des
s'élargit-il de manère décisive avec le temps
années 80, on est dans
et les acteurs politiques de l'Europe centrale
une ambiance carrément
et orientale se radicalisent.
pessimiste. Les théories
de l'inévitable normaliConcurrence et compétition
sation soviétique sont
entre anciens "pays frères"
plus fréquentes que les
réflexions sur la fin du
Depuis quelques années déjà les anciens
communisme. Cela mal"pays frères" se livrent à une concurrence,
gré le gorbatchévisme,
plus ou moins explicite, sur qui est la plus
qui a du mal à se faire
La chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989. grande victime des vicissitudes de l'histoire,
passer pour autre chose
ou sur qui a vaincu le communisme. En
qu'une nième ruse du communisme.
2006, les Hongrois ont rappelé l'anniversaire de l'insurrection
Se souvient-on encore des mots de Jean-François Revel
de Budapest. L'année 2008 a fait monter au créneau les
qui, dans un best-seller, Comment les démocraties finissent, a
Tchèques pour remémorer la trahison occidentale de Munich
affirmé que "la démocratie aura été dans l'histoire un accien 1938, le putsch des communistes de février 1948, l'écrasedent, une brève parenthèse qui sous nos yeux se referme". Et
ment du printemps de Prague en 1968.
faut-il rappeler que Henry Kissinger est allé à Moscou en plei"Poland first to figth", ("La Pologne, première à se
ne débâcle des communistes polonais pour proposer, contre la
battre") est le slogan adopté par le gouvernement polonais
finlandisation de certains pays de l'Europe centrale, la propour contrecarrer les velléités de lui ravir ses mérites. Une
messe des Etats-Unis de ne pas chercher à les attidiplomatie mémorielle
rer dans l'orbite américaine. Le président Bush
sous-tend cette compépère, durant son voyage en Pologne et en Hongrie
tition commémorative
également en 1989, se place intellectuellement dans
qui s'annonce particule scénario des communistes, à savoir “le partage
lièrement rude en
bicéphale des pouvoirs".
2009, peu compatible
avec la prescription du
"La liberté est tolérable"
consensus mémoriel
de l'Union Euro-péenAinsi l'agenda polonais était d'une importance
ne. Mais rentable. Les
capitale pour "informer" les autres. L'exemple
politiciens, qui se
polonais vidait de son efficience l'argument légititransforment en vérimateur de la violence probable. La négociation
tables entrepreneurs de
polonaise avait déjà eu en avril un effet foudroyant,
commémoration,
Vaclav Havel, inspirateur la
de la “Révolution de velours” à Prague.
puisqu'elle disait aux pays voisins que la liberté
l'ont bien compris.
syndicale, le pluralisme syndical, la liberté d'association
Cependant, même s'il est juste de reconnaître aux Polonais
étaient tolérables. A cela s'ajouta la révélation qu'un journal
le mérite de la primauté et de l'exemplarité, la fête ne devraitindépendant (Gazeta Wyborcza) était admissible.
elle pas être universelle? Le monde entier était concerné par la
En juin, on note non seulement la possibilité d'organiser
disparition d'un régime honni.
les élections, un peu plus libres que d'habitude, mais surtout
Georges Mink, Directeur de recherche au CNRS
45
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Tourisme
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Le calendrier agricole
hors des sentiers
battus
46
70 % de roumanophones et 30 % de russophones
Vaste question... et source de bien des problèmes
l
BRASOV
PETROSANI
l
Un pont loin sur la Tisa
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BAIA MARE
ORADEA
Coté pile roumain,
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Le Maramures est un pays de fêtes
et traditions qui sont fort bien décrites
dans les guides "Lonely Planet" et "Le
Routard", deux ouvrages indispensables aux touristes et qui se complètent. Toutefois, hors des sentiers battus, il existe d'autres rendez-vous,
rarement évoqués, et qui donnent
pourtant toute sa mesure à la région.
Ils figurent à ce qu'on pourrait appeler
"le calendrier agricole", martelant le
rythme de la terre. Les premier et
deuxième dimanche de mai, les bergers se retrouvent dans les vallées
pour mesurer la quantité de lait de
brebis que chacun a produit et qui est
mise en commun. L'évènement est
d'importance car il décidera du quota
de fromage reçu. C'est l'occasion
d'une grande fête et le prêtre vient
bénir les hommes et leurs troupeaux.
Une semaine auparavant, on a procédé à la tonte des moutons donnant
lieu aussi à des réjouissances pittoresques, au son de la musique.
ertains de nos lecteurs s'apprêtent à prendre cet été le chemin de la
Roumanie et bon nombre feront un détour par le Maramures. Pour
guider leurs pas hors des sentiers battus, et les aider dans leur découverte de cette région, "Les Nouvelles de Roumanie" lui consacrent un dossier
dans les pages suivantes… destiné également à faire voyager en rêve ou à donner
des idées à ceux qui n'auront pas eu l'opportunité d'en prendre le chemin.
Si la dernière véritable culture paysanne d'Europe y est encore bien vivante, le
visiteur ne doit pas oublier que le
véritable Maramures historique se
trouve aujourd'hui aux deux tiers
en Ukraine. Sur les 10 300 km2
qui le forment, 3381 sont sous
administration de Bucarest et
7000 de Kiev. En Roumanie, son
caractère authentique n'éclate que
dans le nord du judet du même
nom, près de la frontière entre les
deux pays. Le sud s'apparente
davantage aux spécificités de la
région de Bistritsa-Nasaud.
Les méandres de l'histoire ont suivi ceux de la rivière Tisa qui séparent Roumanie
et Ukraine, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et auparavant Roumanie et
Tchécoslovaquie, entre les deux guerres. En fait, le Maramures ne connut son unité
que sous l'empire autrichien des Habsbourg.
Aujourd'hui, la Tisza est devenue la frontière extérieure de l'Union Européenne,
depuis que la Roumanie l'a rejointe, aggravant encore la séparation. Ukrainiens et
Roumains doivent montrer patte blanche et visas d'un coût de 30 € pour les premiers,
pour se rendre visite. Seul point de passage, le pont en bois de Sighet fait immanquablement penser à celui de Glienicke qui a longtemps séparé les deux Berlin en enjambant la Havel, auquel il ressemble beaucoup, et qui a été rendu célèbre pour avoir été
utilisé lors de la plupart des échanges d'espions capturés pendant la guerre froide.
Refait dernièrement grâce à des fonds de l'UE, il est emprunté quotidiennement
par 3000 personnes, lesquelles doivent patienter trois heures côté roumain pour le
franchir et cinq heures, côté ukrainien. Au-dessous, les 3-4 m de largeur de la rivière
font sérieusement douter qu'ils soient imperméables à l'immigration clandestine.
C
Après une tentative d'assimilation, Kiev lâche du lest
Toujours en mai et un dimanche,
on célèbre l'époque des semailles. A
Hoteni, près de Ocna Sugatag, à 20
km de Sighet, la population se retrouve pour une incantation très spectaculaire au soleil et au rythme de la terre,
au cours de laquelle un jeune garçon
est amené pour être lavé dans la
rivière.
(Suite page 48)
Le Maramures ukrainien forme un comitat, équivalent du judet roumain. On y
dénombre neuf communes et au total treize villages pour une population de 35 000
habitants d'après les autorités, chiffre plus proche de 40-42 000. Kiev a longtemps traîné les pieds avant de reconnaître officiellement cette entité et a tenté longuement l'assimilation de la population: école soviétique, enseignement de l'ukrainien, bannissement de la langue roumaine… remplacée par le moldave. Mais ce processus d'ukrainisation a renforcé par réaction le caractère roumain autochtone, armant cette communauté d'une psychologie de minorité, comme chez les Houtsouls, communauté plus
ancienne que les Ukrainiens du crû. Les fêtes traditionnelles, notamment celles de la
Pentecôte et l'Ascension, n'en ont été que davantage suivies.
La séparation physique en deux entités du Maramures n'a cependant pas altéré les
traits communs de ses habitants. De tout temps, de chaque côté de la frontière on s'est
montré dur à la besogne. Côté roumain, on louait ses bras pour aller travailler sur les
gros chantiers du Banat; côté ukrainien on prenait le chemin des combinats de
Novosibirsk, en Sibérie. Au retour, avec le pécule accumulé, chacun se faisait
construire une grosse maison, ce qui était inhabituel dans l'ex-URSS.
S'influençant l'une l'autre, les deux communautés gardent
encore des différences culturelles sur des points mineurs. Les
Slaves mangent volontiers des pilmeni (espèces de raviolis)
auxquels les roumanophones préfèrent les sarmale (feuilles de
vigne farcies).
De manière générale, la cuisine des roumanophones est
plus méditerranéenne (ail, huile et grillades) que celles des
slaves (à base de crème fraîche). De même, si l'on se retrouve
volontiers pour boire ce sera davantage du "cognac" pour les
roumanophones et de la vodka pour les slaves.
Enfin, si vous êtes invités a un mariage vous pouvez dire
sans hésiter à quelle communauté vous avez à faire. Cependant
ces différences (qui s'estompent) ne doivent pas cacher que les
slaves locaux ont acquis de nouvelles coutumes et que celles
des Moldaves sont différentes de celles de la Moldavie roumaine. Un seul exemple: la "ciorba
de burta" plat national roumain que
l'on trouve dans tous les restaurants
est introuvable en Moldavie.
Près de 80% des industries et
des sources d'énergie (barrage
hydro électrique sur le Dniestr) se
trouvent en Transnistrie. Le reste de
la Moldavie est essentiellement
agricole avec vignes et vergers, à
quoi on peut ajouter quelques industries agro alimentaires de transformation. L'explication du phénomène est simple: toute l'industrialisation a été le fait de l'Union
Soviétique qui a préféré la faire dans une région non contestée.
Deux langues et deux alphabets en concurrence
Aspect linguistique. Les roumanophones locaux parlent
ils le moldave ou le roumain ? En d'autres termes existe-t-il
une langue moldave ? Jusqu'en 1860, le parler roumain recouvrait le territoire de la Roumanie et de la Bessarabie, mais était
écrit en alphabet cyrillique. La Roumanie décida alors de passer à l'alphabet latin ce qui créa quelques divergences avec la
langue de la Bessarabie alors sous occupation russe.
A l'époque soviétique, l'alphabet cyrillique a été maintenu
en Moldavie, mais lors de l'indépendance, en 1991, l'alphabet
latin fut institué alors que la Transnistrie restait toujours à l'alphabet cyrillique. Enfin, plus récemment, le parlement moldave (contre l'avis de tous les linguistes) a décidé que la langue
officielle était le moldave régi par l'Assemblée des sciences de
Chisinau et non le roumain… bien qu'il s'agisse pour l'essentiel de la même langue.
Il faut aussi préciser que la Moldavie n'a qu'une langue
officielle d'état même si le russe est reconnu comme langue de
communication privilégiée, par contre la Transnistrie a pour
langues officielles le russe, l'ukrainien et le moldave.
Peurs croisées et spectre
d'un rattachement à la Russie
Tout se joue depuis quinze ans
sur l'opposition des deux communautés qui vivent dans un climat
paranoïde. La communauté slave
entretient sans trop de raison la
peur de ne pas être reconnue
comme étant moldave et de devoir
partir, la communauté roumanophone la peur d'être dominée par la
minorité slave comme cela a été le
cas pendant cinquante ans.
Cette dichotomie a culminé
dans les années 90 où certains
hommes politiques agitaient le chiffon rouge du rattachement
à la Roumanie et où le monolinguisme était voté. En réaction,
la Transnistrie faisait sécession et interdisait l'alphabet latin
pour le moldave !
Même si les populations dans leur majorité ne semblent
pas vouloir d'un rattachement, certains Moldaves continuent à
l'évoquer tandis que les autorités de Transnistrie demandent à
rejoindre la Russie. Cependant, il naît de plus en plus une
conscience de peuple moldave, les enfants des russophones
apprenant même tous maintenant la langue du crû. La population est aussi quasi unanime a vouloir se tourner vers l'UE tout
en gardant de bonnes relations avec Moscou, ce qui passe par
un refus d'une adhésion à l'Otan".
Voronine : "Lénine a été un leader génial"
L
e Président Vladimir Voronine
a rendu un vibrant hommage à
Lénine lors du 85ème anniversaire de sa mort, déposant une gerbe
devant l'imposant monument érigé à sa
mémoire à Chisinau. Ce même jour il
avait assisté aux funérailles nationales du
poète Grigore Vieru, incarnation de l'esprit de résistance aux Soviétiques.
"Nous ne devons pas renoncer à
notre histoire" a-t-il déclaré, "dans les
années qui ont suivi la fin de l'ère soviétique, beaucoup d'hommes ont voulu diffamer Lénine. Ils n'ont pas réussi et ne
réussiront pas. Lénine a été un "conducator" un organisateur génial".
Cet ancien secrétaire du Parti communiste moldave, formé à Moscou et nostalgique de l'époque où son pays était une
république de l'URSS, devenu président
de la Moldavie en 2001, a également
clamé que "les idées marxiste-léninistes
étaient toujours d'actualité et pourraient
devenir une feuille de route pour résoudre
les problèmes modernes", ajoutant
"Aujourd'hui, nous construisons en
Moldavie un Etat social où la prospérité
des citoyens est la priorité". La Moldavie
est considérée comme le pays européen le
plus pauvre.
7
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Moldavie
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BAIA MARE
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ORADEA
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ARAD
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JUCU
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BUCAREST
CONSTANTA
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Les Moldaves
pourront devenir plus
facilement Roumains
6
Connaissance et découverte
côté face ukrainien…
sépare les deux Maramures
l
l
PIATRA
NEAMT
l
La Moldavie est elle roumaine ?
BOTOSANI
l
SUCEAVA
l
La petite république comprend
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Après le discours du président
Traian Basescu devant le Parlement
roumain et son appel au gouvernement pour un changement de la loi
sur la citoyenneté, le Premier ministre
Emil Boc a annoncé une simplification
des procédures. Désormais, les
Moldaves d'origine roumaine pourront
obtenir la citoyenneté roumaine plus
facilement, et plus rapidement.
L'entretien, qui avait pour but de
vérifier la connaissance de la langue,
n'aura plus lieu pour ceux qui ont eu
par le passé la citoyenneté roumaine.
Et le degré de filiation nécessaire
pour prouver ses origines roumaines
a été étendu jusqu'au troisième degré
(arrières grands-parents). Par ailleurs,
le délai maximum de vérification du
dossier sera désormais de 5 mois à
partir de son enregistrement.
Ces mesures, qui ne sont pas
encore entrées en application,
concernent entre 800 000 et un million de Moldaves, soit le quart de la
population. Elles provoquent une
large inquiétude à Bruxelles et dans
plusieurs pays membres de l'UE qui
redoutent de voir affluer des immigrants dotés d'un passeport roumain
leur donnant libre accès à la
Communauté européenne et qu'elles
n'entraînent une déstabilisation de la
Moldavie.
a Moldavie est-elle roumaine? Vaste question a laquelle Marcelin,
retraité français vivant en Moldavie se garde bien d'apporter une
réponse tranchée sur son site Internet, repris par Rue 89
(http://www.rue89.com), tout en soulignant ci-dessous, qu'elle renferme l'origine
de tous les problèmes de la petite république (nos photos: les manifestations).
L
Ballottée au gré des appétits des voisins
"Un peu d'histoire. La République de Moldavie est composée des trois quarts de
ce qui était la Bessarabie (territoire compris entre le Prout à l'ouest et le Dniestr ou
Nistru à l'est) et un sixième de la Podolie (territoire ukrainien à l'est du Dniestr).
Le sud de la Bessarabie
appartient
à
l'Ukraine, ce qui prive la
Moldavie d'accès à la mer.
La partie "Podolie" de la
Moldavie est constituée
d'une bande de terre le
long du Dniestr, longue de
300 km et large de 30 km.
Pour l'heure, cette partie
est sécessionniste, sous le
nom de République de
Peridnistrova ou Transnistrie, sans aucune reconnaissance internationale.
Côté Histoire, les deux parties ont eu des destins très différents. Au XVe siècle, la
Podolie passe sous domination turque, et ce jusqu'à sa libération par les Russes en
1780. Elle finit rattachée à la Moldavie en 1945.
L'histoire de la Bessarabie est plus complexe: à l'origine peuplée par des Thraces
appelés Daces, les Romains ayant créé en Moldavie occidentale (aujourd'hui roumaine) la province de Dacie, les Bessarabiens seront connus comme les daces libres.
En 1350 est créée une principauté de Moldavie avec la Moldavie roumaine et la
Bessarabie. Pendant un siècle et demi elle résiste aux Tatars et aux Huns avant d'imploser et de tomber aux mains de l'empire ottoman. La Bessarabie deviendra russe
après une guerre turco-russe en 1812.
En 1918, la Roumanie entre en Bessarabie appuyée par des troupes du Général
Berthelot et l'annexe. En 1939 suite au pacte Molotov-Ribbentrop les troupes soviétiques l'occupent. En 1940 les troupes roumaines appuyées par les troupes nazies la
libèrent et vont jusqu'a Odessa.
Pendant cinq ans, la région servira à déporter les tsiganes et les juifs roumains
(400 000 personnes dont 230 000 juifs disparus). En 1948, les Russes réoccupent la
Moldavie. Depuis 1920, il a toujours existé une RSSM (République socialiste soviétique de Moldavie), de 1920 à 1939 sur le territoire de la Bessarabie, de 1939 à 1945
sur des territoires de Podolie (afin de montrer la persistance de la revendication soviétique), enfin de 1945 à 1991 sur le territoire de Bessarabie amputée au sud et une partie de la Podolie.
Sarmale, ail, huile et cognac pour les uns
pilmeni, crème fraîche et vodka pour les autres
A ce jour la Bessarabie est peuplée à 70% de roumanophones et de 30% de slaves
russophones, ce à condition de préciser que l'énorme majorité des roumanophones
parlent aussi russe alors que quasiment aucun russe ne parle correctement le roumain.
Enfin, dans la capitale, la répartition avoisinerait les 50-50. En Transnistrie, la
proportion est inversée: 60% de slaves et 40% de roumanophones.
Depuis sept-huit ans, Kiev a lâché du lest. Trois associations roumaines ont pu voir le jour. Les programmes de radio
et télévision comprennent quelques heures d'émission en roumain, mais il n'existe toujours pas de journal dans cette langue.
L'université d'Oujgorod forme des professeurs de roumain.
C'est un premier pas, même si on est loin des facilités accordées à ses minorités par Bucarest, avec un lycée ukrainien, des
lycées hongrois, des publications, des médias, des églises, etc.
D'ailleurs, et paradoxalement, puisque le Maramures historique est davantage ukrainien, c'est côté roumain que tout ce
qui a trait à l'ethnographie, l'expression culturelle de la province, est le mieux conservé, encouragé et développé. Car,
malgré sa résistance, le premier a dû subir le brassage de population inhérent à la période soviétique, accueillant des kazakhs, Ouzbeks, Russes, devenant une sorte de Babylone où il
n'est pas rare de rencontrer des gens parlant cinq langues.
Divorce sous la menace de l'Armée rouge
Lors de la conclusion
des traités de Versailles,
Saint-Germain en Laye et
du Trianon, en 1919-1920,
les Roumains ont vu s'envoler l'espoir soulevé lors de la
Grande Assemblée d'Alba
Iulia, le 1er décembre 1918,
de voir s'intégrer tout le
Maramures à la Grande
Roumanie qui naissait.
L'envoi d'une délégation
conduite par la reine Marie
pour plaider cette cause
auprès des Alliés fut vain.
Ceux-ci, sur les lambeaux de l'Empire austro-hongrois tout
juste démantelé, choisirent d'attribuer le nord de la région à la
Tchécoslovaquie qu'ils venaient de porter sur les fonds baptismaux.
Les circonstances d'une réunification étaient beaucoup
moins favorables en 1945. Sous la menace de l'Armée rouge,
les Soviétiques redessinant l'Europe à leur avantage, firent
pression sur la population et manipulèrent un référendum qui
leur attribua l'ensemble du Maramures via l'Ukraine. Une
révolte des paysans les amena cependant à revoir leur copie et
à le scinder en deux, suivant un découpage que l'on retrouve
pratiquement actuellement… Hormis pour la partie orientale
roumaine, au fort potentiel
économique, qui fut grignotée en 1950 au profit des
judets voisins, à la suite de
manœuvres orchestrées par
les dirigeants communistes
de Suceava.
Grande comme la
France (600 000 km2 et 50
millions
d'habitants),
l'Ukraine n'est pas prête à
renoncer à sa portion de
Maramures, laquelle constitue sa seule partie montagneuse avec la Crimée, fréquentée l'hiver par les touristes polonais et tchèques. Pile ou face, le Maramures doit
continuer à vivre comme les deux côtés d'une seule pièce,
condamnés à ne jamais se rencontrer. A moins que l'Europe,
dans vingt ou trente ans…
Dossier réalisé par Henri Gillet
avec la collaboration d'Adela et Teofil Ivanciuc
Kosmatch, village Houtsoul magique
K
osmatch est un village
Houtsoul de six mille
âmes, caché dans les
Carpates ukrainiennes. Divisé en 32
lieux-dits, il s'étale sur près de quatrevingt dix kilomètres carrés. C'est un
endroit magique imprégné de traditions ancestrales où chaque maison
renferme des secrets folkloriques.
Dans les années quarante jusqu'au
milieu des années cinquante Kosmatch
fut le centre de la résistance de "l'armée insurrectionnelle ukrainienne"
UPA (Ukraïnska Povstantcha Armia).
Cette armée (entre autres), a lutté
contre l'invasion soviétique en Ukraine
occidentale.
Ce n'est pas étonnant qu'aux dernières élections le Président pro-occidental Youchtchenko ait recueilli ici un
score de 4001 voix contre 40 pour son
adversaire pro-russe Yanoukovitch.
47
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Ce jour-là, toute la
Tourisme
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Jiului
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CRAIOVA
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TULCEA
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n
CONSTANTA
BUCAREST
l
(suite de la page 46)
Puis viennent les beaux jours et
l'été qui permettent d'assister dans la
montagne à des scènes rurales
comme la transhumance, ici locale,
les troupeaux ne se déplaçant guère
que d'une cinquantaine de kilomètres
car on trouve en abondance dans les
parages ce dont ils ont besoin. Bétail,
chevaux accompagnent les travaux
des champs encore faits à la main
avec les gestes augustes des paysans. Cette époque culmine avec le
grand pèlerinage de Moisei, le 15
août.
48
Des jours encore plus durs à venir
l
BACAU
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ARAD
Le pays est menacé d'asphyxie économique
Moldavie
Le Maramures
SUCEAVA
SATU
MARE
ORADEA
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Pirita, le village qui n'existe pas
Le visiteur doit cependant faire
attention aux dates des festivités qui
changent chaque année. L'hiver, elles
sont plus stables. Ainsi peut-il assister
au remarquable festival de coutumes
et traditions populaires de Sighet, qui
se déroule les 25 et 26 décembre.
Toujours dans cette ville, il ne faut pas
manquer la foire qui se tient chaque
premier lundi du mois et permet de
côtoyer les paysans, leurs animaux,
leur étals de fruits et légumes, les
fabricants de palinka…
On peut aussi laisser guider ses
pas vers le vieux bac (trecere cu
bacu) sur la rivière Somes, près de
Circalau. Et, si on est intrépide, partir
à la découverte d'un village qui n'existe pas, Pirita, vers Bosanta, à 3 km à
la sortie de Baia mare, en direction de
Cluj. Son nom ne figure sur aucune
carte pour la bonne raison qu'il est
totalement clandestin. Des Tsiganes
pauvres s'y sont installés, sans autorisation, sur des terrains miniers abandonnés. Il n'y a pas d'église, pas
d'école, pas de magasins, pas d'eau,
pas d'électricité…
B
ien sûr, saisir le Maramures demande du temps. Toutefois, c'est le
dimanche qu'il se révèle de la manière la plus spectaculaire. Ce jour-là,
dans les villages, les femmes revêtent leurs costumes traditionnels - jupe
courte et fichu colorés, corsage en dentelle, bas -, les hommes arborent leur tenue des
grands jours, pantalon et gilet noir sur chemise blanche et petit chapeau conique.
Enfants, jeunes, parents avec leurs bébés dans les bras, grands parents, prennent
le chemin de l'église, cheminant en groupes sur des kilomètres. Il ne faut surtout pas
manquer la sortie de la messe. Tout au long de cette journée dominicale, le visiteur
croisera des rangées de vieux, sagement assis sur le pas de leur porte, appuyés sur une
canne et bavardant tranquillement, ou de femmes, filant leurs écheveaux de laine tout
en devisant avec leurs voisines.
Lors des fêtes religieuses, à Pâques, à la Pentecôte, à l'Assomption, le Maramures
prend un éclat encore plus intense. Processions, fêtes et festivals de danse s'enchaînent, réunissant les foules. Si on veut le rencontrer, il faut alors s'enfoncer dans le pays
car les villes sont désertées. Leurs habitants ont rejoint leurs familles, à moins qu'ils
ne soient partis faire des "gratar" (grillades) dans les forêts environnantes ou sur les
hauteurs de Cavnic et de sa montagne qui domine un superbe paysage.
Imagine-t-on des étudiants bretons
se promenant en coiffes, sabots et binious ?
Dans les campagnes, l'étranger ne cache pas sa surprise de découvrir une multitude de jeunes portant fièrement leur tenue traditionnelle. Imagine-t-on un instant des
étudiants bretons se promenant en coiffes, sabots et binious ? Ici, les jours de fête,
s'habiller
comme à la
ville est l'exception.
Voilà ce qui
fait la singularité du Maramures en
Europe.
Certes,
on
n'y
construit
plus
des
maisons en
bois, mais en
pierre ou en
brique. La
physionomie
des villages
a également changé au cours de la dernière décennie et le Maramures authentique
aurait tendance à ne plus se retrouver que dans les musées de plein air. La tradition qui
voulait que l'on affiche sa richesse en coiffant les branches des arbres de faitouts colorés ou d'indiquer qu'une fille était à marier en installant au sommet une casserole
rouge, n'a guère plus cours.
Mais cependant, ici, les valeurs ont encore du sens: la fête, la joie, le rituel, la
famille, les croyances et la religion. Elles se manifestent par une créativité populaire
qui ne s'est pas démentie au fil des années, revêtant souvent un caractère anonyme:
sculpture, poésie, métiers du bois, chants… Toutes relèvent du même fort désir de perpétuer les traditions. Une forme de spiritualité que chacun préserve et défend depuis
l'enfance.
D
ans Chisinau, capitale de la petite Moldavie, le
nombre de chantiers de maisons en construction
est trompeur. Loin de refléter la santé économique
réelle de ce pays - au bord de l'asphyxie -, les façades ravalées
indiquent seulement que le propriétaire
est parti travailler à l'étranger. Ce mouvement migratoire massif a maintenu la
Moldavie à flot depuis l'effondrement
de l'URSS en 1991. Pour combien de
temps encore?
Pays essentiellement agricole, l'ancien "grenier à fruits" de l'Union
Soviétique risque en effet de subir de
plein fouet les conséquences de la crise
économique mondiale. Car la Moldavie
souffre d'une hémorragie démographique. En 2008, faute d'emplois, au
moins 350 000 Moldaves sont allés gagner leur vie à l'étranger, soit 10 % de la population totale, 25 % des actifs. "L'année
passée, les virements bancaires en Moldavie des travailleurs à
l'étranger se chiffraient à 2,72 milliard d'euros; c'est 38 % du
PIB!", explique Ghenadie Credu, de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Dans le monde, seul le
Tadjikistan dépend davantage de ses travailleurs expatriés.
Le tiers des réserves de la banque centrale
aurait été dépensé pendant la campagne
Or, avec la crise économique, la diminution des transferts
de fonds, voire le retour des travailleurs migrants, pourraient
déstabiliser ce pays enclavé entre la Roumanie et l'Ukraine.
"C'est une bombe sociale à retardement, avertit Ghenadie
Credu. Les Moldaves qui ont pris la route de l'Europe vont
probablement y rester, mais 60 % des migrants travaillent en
Russie et en Ukraine, surtout dans le secteur de la construction. Ils sont revenus cet hiver, et avec la crise qui frappe làbas, ils risquent de rester ici, faute de mieux."
Mais inutile de chercher une référence à ce phénomène
durant la campagne électorale pour les législatives du 5 avril,
soldées par une écrasante victoire du Parti communiste moldave (PCM), au pouvoir à Chisinau depuis 2001. "Les autorités
ont fait mine d'ignorer la crise", remarque Vasile Botnaru,
rédacteur en chef de Radio Free Europe.
Le parti du président Voronine (en portrait sur notre
photo) a préféré vanter la "stabilité" de la Moldavie, "en route
vers l'intégration européenne". Une stabilité qui a un coût:
"Pour maintenir le leu (la monnaie nationale) stable jusqu'au
scrutin, les autorités puisent dans les réserves de devises",
explique Vasile Botnaru. En 3 mois, la Banque centrale aurait
dépensé le tiers de ses 100 millions de dollars; certains assurent même à Chisinau que la cessation de paiement menace.
L'opposition libérale aurait pu profiter de ce contexte économique dégradé. Elle s'est au contraire divisée, éclatée entre
une dizaine de formations différentes. Vasile Botnaru s'interro-
ge: "Et si l'opposition avait préféré laisser la main aux communistes pour ne pas devoir gérer les conséquences désastreuses de la crise ?"
En mal de projet et en l'absence de leader, l'opposition
libérale n'a pas su montrer sa différence. Tous les partis - y compris les communistes - sont en faveur de l'intégration européenne; tous plaident pour le
retour dans le giron moldave de la
Transnistrie, région séparatiste soutenue par Moscou depuis 1991. En
période de crise, la course électorale
avait donc pris une coloration populiste: les communistes ont promis une
hausse des retraites de 20 % dès le
mois d'avril; les libéraux ont répliqué
en annonçant un salaire moyen "de 500
euros par mois", contre 174 actuellement.
"La campagne la plus sale depuis dix ans"
Mais à ce jeu, les communistes ont été plus convaincants.
Résultat, l'opposition s'est retrouvée le soir des élections avec
moins de 35 % des voix. "Mieux vaut faire avec les communistes de Voronine et les pousser à ce qu'ils se rapprochent de
nous, petit à petit, plutôt que de se retrouver devant un interlocuteur incertain", reconnaissait un diplomate européen en
poste à Chisinau. L'éclatement de l'opposition n'est pas la seule
explication au raz-de-marée électoral des communistes.
L'utilisation des "ressources administratives" de l'Etat et l'emprise du PCM sur la plupart des médias lui a permis de dominer ses adversaires. "C'était la campagne la plus sale depuis
dix ans", lance une journaliste de Pro-TV, filiale d'une télévision roumaine et principale chaîne de l'opposition, dont la
licence d'exploitation a failli ne pas être renouvelée en
décembre 2008.
Dès l'annonce des résultats, le taux de participation de
60 % annoncé par les autorités lors du scrutin a d'ailleurs été
présenté comme une preuve de falsification. Des centaines de
milliers de Moldaves à l'étranger n'ayant pas pu voter, faute de
représentation diplomatique dans leur pays, la participation
annoncée signifierait que 80% des électeurs résidant en
Moldavie se seraient rendus aux urnes. Un taux jugé farfelu
par l'opposition.
Certes, l'électorat communiste traditionnel - notamment
les retraités et les ruraux - est resté fidèle à ses couleurs. Mais
l'intelligentsia de la capitale et les étudiants se sentent de plus
en plus à l'étroit dans la Moldavie de Vladimir Voronine,
déroutés par les louvoiements diplomatiques du régime entre
Bruxelles et Moscou. Pour eux, les promesses de "stabilité" du
PCM ne sont que synonyme d'inertie. Le lendemain des élections, ils ont fourni les bataillons de manifestants qui ont envahi les rues de Chisinau, mis à sac le Parlement et caillassé la
présidence.
Alexandre Billette (Le Monde)
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Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
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(suite de la page 2)
4
Elu pour la première fois en 2001,
le président communiste, Vladimir
Voronine, ne peut plus se représenter,
ayant atteint la limite de 2 mandats de
4 ans. En 2005, il avait été réélu avec
les voix d'une partie de l'opposition.
Certains lui prêtent l'intention d'imiter
le scénario mis au point par Vladimir
Poutine pour rester aux commandes
en Russie, en se faisant nommer
Premier ministre. Mais il semble
contesté par une fraction du PCM qui,
échaudé par les évènements postélectoraux, lui reproche de s'être comporté comme un "potentat capitaliste", préoccupé avant tout de faire la
fortune de sa famille. Son fils, Oleg
Voronine, est à la tête d'une des principales firmes moldaves et est considéré comme ayant accumulé une des
plus grandes fortunes du pays.
Moscoutaires... pro-européens
Revenus au pouvoir il y a 8 ans sur
un programme pro-russe, les communistes ont opéré un virage radical en
se tournant vers l'UE, tout en continuant à ménager Moscou dont
Chisinau reste très dépendante,
notamment pour son gaz et le règlement du conflit dans la région séparatiste de Transnistrie, qui n'a pas organisé ces élections sur son territoire.
Les communistes, qui ne demandent pas l'adhésion à l'UE, se disent
pro-européens pour des raisons assez
pragmatiques, la Moldavie percevant
une aide assez importante de
Bruxelles pour son développement
économique. Fin 2008, la Commission
européenne s'était déclarée prête à
négocier avec Chisinau des accords
d'association et des zones de libreéchange approfondies.
(suite de la page 3)
Au-delà du quadrilatère central, Chisinau retrouvait ses airs de petite ville de province. Aucun policier n'était visible dans les rues, aucun contrôle d'identité n'était
effectué. Dans les commerces, sur les trottoirs, les passants restaient indifférents à la
petite foule qui s'agitait à quelques centaines de mètres de là. "Mardi, c'était la soirée
des casseurs… Ceux qui ont brûlé la présidence, c'était des ivrognes, des SDF… N'y
cherchez pas un geste politique", assurait Alexandre, un chauffeur de taxi.
"Cette
semaine,
c'est simplement un
coup de gueule", analysait Alexandre, un étudiant en économie de 19
ans présent dans le dernier carré et ne cachant
pas son amertume. "On
a des salaires ridicules
ou pas de boulot, il faut
se battre pour obtenir le
moindre visa, on s'ennuie. Et voilà!", ajoutaitil. Les manifestations de
cette semaine post-électorale marqueraient-elles le début d'une "révolution orange"
moldave, à l'instar de l'Ukraine en 2005, comme il l'espérait encore… ou s'acheminerait-elle vers un régime dictatorial à la biélorusse, comme le redoutait sa copine ?
région revêt ses habits de fête
se visite le dimanche
Le soin porté aux costumes en est l'expression la plus forte. Ils sont toujours
confectionnés à la maison, même si aujourd'hui on ne fabrique plus soi-même les
tissus, mais on les achète.
Des costumes si beaux qu'ils donneraient
vie même à des troncs d'arbres
Les femmes ont appris de leurs mères et enseignent à leurs petites filles à
broder les corsages. Leur valeur n'est pas seulement sentimentale. Ils coûtent jusqu'à huit millions de lei (plus de 250 €) et les vestes des hommes dépassent les
vingt millions, soit 600 €. Peu de gens ont les moyens de s'offrir ces tenues, véritables trésors, conservés précieusement et transmis d'une génération à l'autre.
"Elles sont si belles, qu'elles donneraient vie même à un tronc d'arbre" a-t-on
l'habitude d'entendre. Certains n'hésitent pas à vendre un lopin de terre, une vigne
ou un cochon pour se procurer une simple chemise en dentelle.
Paradoxalement, le Maramures n'a pas peur de perdre son âme avec l'Europe
et la mondialisation. Au contraire même. Sur place, on y voit une chance de promotion et de défense des minorités qui risquaient autrement de se dissoudre dans
l'indifférence. Pour peu que la population demeure persuadée que ses traditions et sa culture sont irremplaçables !
Une mosaïque de minorités malgré les exodes
Une Roumanie attirante pour les étudiants moldaves
A Bucarest, une bonne partie des étudiants moldaves venus étudier en Roumanie
s'étaient réunis pour apporter leur soutien à leurs camarades restés au pays, scandant
"A bas le communisme" et agitant les drapeaux étoilés de l'Union européenne. "Nous
ne sommes pas là pour demander une réunification avec la Roumanie, mais nous voulons
que la Moldavie fasse partie de cette Europe
à laquelle la Roumanie a adhéré il y a deux
ans", lançait Andreï, un jeune étudiant originaire de Chisinau, inscrit à l'Académie des
sciences économiques de Bucarest.
"J'aime mon pays et j'aimerais bien y
vivre, mais j'ai dû le quitter pour me donner
une chance en Roumanie. Tant que les communistes seront au pouvoir, la Moldavie n'a
aucun espoir d'évoluer", ajoutait-il. Le jeune
homme affirmait des convictions largement
partagées par les dizaines de milliers de ses
compatriotes qui ont émigré en Roumanie
devenu encore plus attirante depuis son adhésion à l'Union Européenne.
Séquence réalisée par Les Nouvelles de Roumanie à partir des reportages
parus dans la presse française et roumaine et sur les sites Internet moldaves
*En 2003, las des pressions de Moscou sur le statut de la république sécessionniste de Transnistrie, Vladimir Voronine avait affiché l'intégration européenne comme
une priorité. Mais la politique de voisinage mise en place par l'UE n'a pas fait le poids
face à la guerre du gaz et aux multiples embargos russes sur divers produits agricoles
moldaves, principales ressources de ce pays. Voronine a donc opéré en 2007 un nouveau virage en se rapprochant d'une Russie déterminée à reprendre le contrôle de ses
anciens satellites.
Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
L
e Maramures compte aujourd'hui 515 000 habitants. Il a
subi une hémorragie d'au
moins 25 000 personnes ces dernières
années, auxquels il faut ajouter 35 à 40
000 travailleurs émigrés temporaires,
toujours enregistrés à l'état-civil, qui
reviennent régulièrement. Cette saignée
est particulièrement ressentie dans une
ville comme Borsa, appelée "le petit
Milan", dont la population est passée de 25 000 à 10 000 personnes,
15 000 de ses habitants s'étant installés dans la cité lombarde.
Si elle est formée aux trois
quarts de Roumains, la population
du Maramures n'en forme pas
moins une mosaïque de minorités,
avec 11 % de Hongrois, 5-6 %
d'Ukrainiens, 3-4 % de Tsiganes,
mais aussi des Souabes, d'origine
allemande, des Polonais. Des
minorités qui co-existent sans problèmes particuliers, ceux-ci ne
surgissant guère que lorsqu'ils sont créés
par des extrémistes.
L'émigration
des intellectuels hongrois
Aujourd'hui, les Hongrois sont
concentrés autour de Baia Mare, Viseu,
Sighet, Câmpulung, Coltau. En général
population plutôt riche, conservatrice,
elle forme une communauté assez repliée
sur elle-même, bien qu'elle se soit ouverte depuis la "Révolution", sa prépondérance rurale d'aujourd'hui la rapprochant
des Roumains. Cette époque récente a
conduit à un nouvel exode vers la
Hongrie de ses secteurs les plus cultivés,
après ceux de 1918, conséquence du rat-
tachement de la Transylvanie à la
Roumanie, et la période communiste qui
avait exacerbé le sentiment nationaliste
roumain, provoquant une désaffection
des Magyars.
Vers le milieu du XVIIIème siècle,
les Hongrois d'origine avaient reçu le renfort d'une immigration italienne qui
s'était magyarisée. Cette minorité entreprenante s'était retrouvée à la tête de l'exploitation des ressources naturelles de la
région, mines de sel, sources d'eau minérales…
Des ukrainiens mieux intégrés
Les Ukrainiens ont longtemps formé
population la plus pauvre du
Maramures. Peu revendicatifs,
s'intégrant mieux que les Hongrois
quant ils sont amenés à côtoyer les
Roumains, ils sont souvent regroupés dans des villages isolés pittoresques - Poieni, Repedea,
Ruscova - où leur culture a résisté
et où ils continuent à cultiver leurs
traditions, notamment religieuses,
utilisant aussi l'alphabet cyrillique.
Ces dernières années, cette
minorité a connu un développement économique sensible, autour
des mines de fer, de plomb, de la
sylviculture et de l'élevage. Les maisons
en dur ont poussé. Plusieurs villages ont
été classés en zone défavorisée, au même
titre que le judet, recevant des fonds européens pour la construction ou la modernisation des routes, l'aménagement des
rivières et la protection des berges pour
prévenir les inondations. (Suite page 50)
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Connaissance et découverte
Les NOUVELLES de ROUMANIE
(suite de la page 49)
Autrefois, la deuxième communauté juive du pays
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Humour
Pénurie
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A l'école, l'institutrice interroge ses
élèves pour savoir s'il leur manque
quelque chose chez eux que l'Etat
providentiel ne leur aurait pas encore
apporté. Les enfants répondent à tour
de rôle:
- Moi, c'est une télévision, mais
Papa a dit que çà ne servait à rien
avec les coupures de courant.
- Moi, c'est un frigidaire, mais
maman dit que comme on n’a pas le
chauffage, ce n'est pas grave.
- Moi, c'est une machine à laver,
mais on n'a pas encore installé l'eau
à la maison.
- Et toi Bula, tu ne parles pas.
Qu'est-ce qui vous manque à la maison?
- Rien !
- Comment çà rien… Notre Parti
bien aimé vous a donc tout apporté?
- Non, mais l'autre jour, ma sœur a
annoncé qu'elle était enceinte et
Papa lui a crié dessus: "Il ne manquait plus que çà !"
Déduction
Gheorghe entrant dans la cuisine
voit Maria donnant furieusement des
coups de torchon.
- Qu'est ce que tu fais ?
- Je chasse les mouches
- Et tu en as tuées ?
- Oui, cinq ! Trois mâles et deux
femelles !
Intrigué, Gheorghe demande des
précisions
-C'est simple. Il y en avait trois sur
ta bière et deux au téléphone.
Les Juifs ont pratiquement disparu. On en compte une trentaine de familles à
Sighet et quelques centaines à travers le département. Dans certains villages, ils
étaient pourtant majoritaires entre les deux guerres, comme à Rozavlea où seule une
famille de sept nains a pu échapper dans des circonstances invraisemblables à
l'Holocauste après avoir été envoyée à Auschwitz, ainsi que le raconte l'extraordinaire livre de Yehuda Koren et Eilat Negev, Nous étions des géants *.
La communauté juive du Maramures, la deuxième de Roumanie, avait grossi lors
des pogroms** organisés en Pologne à la fin du XIXème siècle et au début du XXème
siècle, le judet accueillant alors de nombreux réfugiés. Plus proche de la culture hongroise que de la roumaine, elle s'était intégrée sans problème, se liant avec la population, tout en gardant une grande solidarité en son sein, et représentait une force économique de premier ordre, notamment dans le commerce. On estime à 39 000 le
nombre des Juifs du Maramures déportés pendant la Guerre par les Hongrois de l'amiral Horthy, qui occupaient la Transylvanie. Le prix Nobel Elie Wiesel, natif de Sighet,
était du nombre et, rescapé de cette terrible expérience, en témoignera dans plusieurs
de ses romans. Certains Juifs communistes choisirent l'exil en URSS. Le cinéaste
Radu Mihaileanu a adapté librement leur histoire dans son film "Le train de vie".
* Nous étions des géants, de Yehuda Koren et Eilat Negev, éditions Payot, 2005,
285 pages, 18,50 €
**Pogrom: vient du russe "po" (entièrement) et "gromit" (détruire)
Un sens de la propriété
que le communisme n'a pas réussi à briser
A
u Maramures, le sens de la
propriété est sacré. Pas tant
au plan économique qu'au
sens patrimonial. Il s'agit d'un transfert
d'une génération à l'autre. Ici, face à une
très forte résistance qui a pris des allures
de fronde, le pouvoir communiste n'a pu
mener à bien le processus de collectivisation, d'autant plus que le relief montagneux ne s'y prêtait pas.
Un paysage de bocage composé de
multiples exploitations morcelées a rendu
très difficile la tâche des autorités, les
contraignant à fermer les yeux.
D'ailleurs, Ceausescu ne s'est aventuré qu'à deux occasions dans les parages,
au début des années 70 et en mai 1986.
Pourtant, dans les années 50, le régime a bien tenté de mettre en place son
système. A Ieud, Dragomiresti, des
familles entières qui se refusaient à cour-
ber l'échine ont été déportées. Une
époque très sombre marquée aussi par la
répression des gréco-catholiques, néoprotestants. Malgré l'athéisme officiel,
les orthodoxes ont pu continuer leurs pratiques religieuses, beaucoup d'églises
étant même construites, les communistes
préférant pactiser avec des prêtres acceptant de collaborer, afin de ne pas se
mettre à dos une population fortement
pieuse.
Les tentatives de collectivisation se
sont traduites par un désastre, les coopératives agricoles (CAP) n'arrivant pas à
assurer la survie des familles. Celles-ci y
envoyaient travailler un ou deux
membres, souvent les plus âgés, les
jeunes partant à la ville pour servir de
force de travail au régime. Bien des
années plus tard, ils sont revenus au pays
et y ont construit leur maison.
Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
et régime dictatorial à la biélorusse
après des élections suspectées de fraude
se sent abandonnée et en appelle à l'Europe
Le lundi, mille, cinq mille étudiants affluèrent dans le
centre, se retrouvant à 20 000 le mardi, rejoints par des adultes
et nombres de membres de l'opposition pour une immense
manifestation qui prit des allures de première révolution en
direct sur Internet - tout comme la révolution roumaine avait
été la première télévisée en direct - grâce aux images transmises par les portables, les autorités ayant coupé les autres
moyens de communication.
Les manifestants brandissaient des drapeaux européens,
roumains, moldaves, clamant et scandant leur immense désir
de rejoindre le destin de l'Europe, montrant que, comme
l'Ukraine ou la Géorgie, la petite Moldavie désespère de
rejoindre l'espace européen.
Parlement en feu, Présidence
saccagée… Provocation ou colère ?
Les forces de l'ordre furent vite débordées,
laissant cours à une violence inédite dans cette
ex-république soviétique, l'une des rares à ne pas
avoir connu de révolution post-communiste. Mal
équipés et très jeunes, les policiers ne purent
résister à la foule. Autodafés des portraits du
Président Voronine et de drapeaux communistes,
parlement moldave en feu, bâtiments administratifs de la Présidence de la République saccagés,
laissèrent croire un moment que le Pouvoir était à l'agonie.
La manifestation avait dégénéré en émeute. Elle fera deux
morts et une centaine de blessés. L'opposition démocratique
accusera des casseurs à la solde des services secrets russes ou
moldaves d'être à l'origine de provocations qui permirent à
Vladimir Voronine de justifier les mesures de répression prises
ensuite et destinées surtout à briser le mouvement de protestation.
Dans le plus
pur style soviétique, celui-ci affirma que les manifestants, des "fascistes ivres de colère" manipulés par
la Roumanie, avait
tenté de "commettre un coup
d'État". Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lui
apportait son soutien. L'ambassadeur roumain était sommé de
quitter le pays et, dans la foulée, Chisinau introduisait un régime de visas avec la Roumanie, tandis que des manifestations
de soutien aux révolutionnaires se déroulaient à Bucarest.
La frontière était fermée aux journalistes, les étudiants
moldaves des universités roumaines tentant de rentrer chez
eux, soumis à des interrogatoires aux postes frontaliers.
Environ 200 manifestants seront arrêtés, disparaîtront pour
certains pendant plusieurs jours, et remis en
liberté après avoir été
violemment battus et
sommés de se tenir
tranquilles s'ils tenaient la vie. L'UE, dans l'expectative, se
contentait d'appeler au dialogue.
Menaces à l'encontre des lycéens
Par ailleurs, les communications téléphoniques, et notamment par téléphone portable, avec la Moldavie devenaient de
plus en plus difficiles et la connexion à l'Internet demeurait
très instable, après
l'interruption de
l'accès au web via
la compagnie de
télécommunications
nationale,
Moldtelecom.
Plusieurs sites d'informations indépendants étaient
bloqués.
Les
médias
publics
rendaient très peu
compte des évènements, les télévisions présentant des programmes de divertissement et des dessins animés.
Cette répression portait ses fruits. Malgré les mots d'ordre,
le nombre des manifestants se réduisait comme peau de chagrin au cours des jours suivants. Deux jours après les émeutes,
les forces de police s'invitaient dans les lycées pour expliquer
aux élèves qu'ils n'hésiteraient pas à faire usage de la force en
cas de nouvelles manifestations. Les commissariats
relevaient les noms des lycéens absents le mardi.
Certains étaient interrogés. Le même jour, une vieille
camionnette arpentait les rues de Chisinau en diffusant un message à l'attention des parents: "Dites à
vos enfants de ne pas écouter les provocateurs qui
veulent déstabiliser la République de Moldavie. La
police prendra des mesures pour les en empêcher".
Chisinau retrouve ses airs
de petite ville de province
Tout rentrait alors dans l'ordre à Chisinau. Des orateurs
avaient beau continuer à se succéder devant les manifestants
face au bâtiment du gouvernement, tandis qu'une rangée de
policiers, plutôt débonnaires, protégeait l'accès principal de
l'édifice, le moral n'y était plus. Dans les ruelles adjacentes,
quelques dizaines d'entre eux, désoeuvrés, profitaient même
du soleil printanier, assis sur l'herbe ou se prenant en photos
avec leur uniforme anti-émeute.
(suite page 4)
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Actualité
Les NOUVELLES de ROUMANIE
Moldavie
Entre Révolution orange
Chisinau prise de vertige
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La victoire écrasante
des communistes
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La jeunesse moldave en révolte
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Le Parti communiste moldave a
remporté une victoire écrasante aux
élections législatives du 5 avril, qui lui
permet d'obtenir la majorité absolue
au Parlement de cette ancienne république soviétique. Avec 50% des voix,
il devait obtenir 61 des 101 sièges de
l'assemblée, soit exactement la majorité des trois cinquièmes (61 députés)
requise pour élire un nouveau président d'ici le 8 juin. Mais un nouveau
décompte avait été décidé à la suite
des émeutes déclenchées dans la
capitale par les résultats; il les a confirmés à un siège prêt que les communistes ne devraient avoir aucun mal à
trouver. L'opposition a refusé de participer à ce recomptage et a décidé de
saisir la justice en raison des fraudes
massives qu'elle a constatées.
Arrivé au pouvoir en 2001, le PCM
apparaît ainsi en progression de près
de quatre points par rapport aux précédentes législatives de 2005, où il
avait recueilli 46,1% des voix (55
sièges). Loin derrière arrivent le Parti
libéral (12,75%), le Parti libéral-démocrate (12,26%) et Notre Moldavie
(9,82%). Ces trois formations de droite, pro-européennes comme le PCM
qui a effectué un virage voici deux
ans, se répartissent les 40 sièges restants. Les autres partis n'ont pas franchi le seuil de 6% pour entrer à l'assemblée.Le taux de participation aurait
été de 59,49%, chiffre très contesté.
L'Organisation pour la Sécurité et la
Coopération en Europe (OSCE) a estimé que ces élections avaient été dans
l'ensemble conformes aux normes
internationales, mais que des améliorations étaient nécessaires, déclenchant un beau tollé, tant la manipulation du scrutin a paru évidente.
e mardi 7 avril, à Chisinau, environ 20 000 jeunes, dont beaucoup
n'avaient pas encore le droit de vote, sont sortis sur le boulevard
Stefan Cel Mare, l'axe central de la capitale moldave, en signe de protestation contre des fraudes électorales survenues pendant les élections législatives du dimanche précédent, lesquelles ont reconduit les communistes au pouvoir à une majorité écrasante. La manifestation a pris l'allure d'une révolution
pendant quelques jours, face à des autorités déconcertées, voire désemparées, le
mouvement se calmant - momentanément ? - par la suite.
Le coup de colère de Chisinau recouvrait un cri de désespoir d'une jeunesse sans
avenir, qui ne supporte plus les privations de liberté ni la précarité et a vu partir ses
parents par centaines de milliers pour fuir la misère en allant travailler en Europe ou
en Russie. Une jeunesse révoltée qui se sent à l'étroit dans ce pays dont les dirigeants
ne savent pas s'il doit se tourner vers l'Europe ou la Russie et a perdu patience. Une
jeunesse qui ne peut plus supporter le régime et le système actuels, incarné par le
Président Vladimir Voronine, un ancien apparatchik âgé de 68 ans adepte des
méthodes autoritaires et proche de Moscou*.
L
"Il faut croire que 400 000 morts ont voté"
La campagne électorale avait été émaillée de fréquentes tentatives d'intimidations
d'électeurs et de candidats. Les communistes, contrôlant la grande majorité des médias
auxquels les autres partis avaient peu accès, tenaient si bien la situation en mains que
leur large victoire avait été claironnée à l'avance, conduisant à une forte abstention,
d'autant plus que l'opposition, ayant perdu sa crédibilité, n'avait pas réussi à mobiliser
l'opinion. Pourtant le Pouvoir, qui n'en n'avait nul besoin, a eu recours aux irrégularités de façon beaucoup plus importante que d'ordinaire. Arrogance, désir de tout
contrôler ? Bourrage des urnes, morts qui votent ont dominé le scrutin…
À son insu, le Bureau national
des statistiques a confirmé ces
fraudes: en deux ans, le nombre
d'électeurs aurait augmenté de
10% alors que le taux de natalité
est en chute libre et qu'un million
de Moldaves ont quitté le pays. "Il
faut croire que 400 000 morts ont
voté", ironisait un observateur
occidental dont l'un des amis moldaves avait découvert le jour du
scrutin que 5 personnes vivaient
Trois femmes sont allées voter... Deux mortes
et une vivante... Combien de voix cela fait au total ? dans son studio de 28 m²."
La première révolution en direct sur Internet
Le lendemain duvote, jamais la Moldavie ne s'était sentie aussi abandonnée. Cette
formalité accomplie, nombre d'observateurs estimaient qu'elle continuerait son chemin terne, sans espoir, accablée par la pauvreté et tiraillée entre son identité russoeuropéenne. C'était sans compter avec les jeunes Moldaves qui s'organisaient, bravant
le climat de peur passive et de soumission instauré par les autorités.
"Tout a été organisé par téléphone portable et Internet", expliquera plus tard
Victor, un étudiant de vingt ans en relations internationales. "Après l'annonce des premiers résultats de l'élection, on a évoqué l'idée de se rassembler, sur les blogs, sur les
sites de réseaux sociaux comme Facebook, par SMS. Le message s'est répandu à toute
vitesse", assurait-il, surpris lui aussi de l'ampleur des événements.
Infos pratiques
Les NOUVELLES de ROUMANIE
ABONNEMENT
CHANGE*
(en lei et nouveaux lei, RON**)
Euro
Franc suisse
Dollar
Forint hongrois
41 835 = 4,18 RON
(1 RON = 0,24 €)
27 700 = 2,77 RON
31 447 = 3,14 RON
145 = 0,014 RON
(1 € = 289 forints)
*Au 30 avril 2009 ** 1 RON = 10 000 anciens lei
Les NOUVELLES
de ROUMANIE
Numéro 53, mai-juin 2009
Lettre d'information bimestrielle sur
abonnement éditée par ADICA
(Association pour le Développement
International, la Culture et l’Amitié)
association loi 1901
Siège social, rédaction :
8 Chemin de la Sécherie
44 300 Nantes, France
Tel. : 02 40 49 79 94
E-mail : [email protected]
Directeur de la publication
Henri Gillet
Rédactrice en chef
Dolores Sîrbu-Ghiran
Ont participé à ce numéro :
Laurent Couderc, Marion Guyonvarch,
Jonas Mercier, Dodo Nita, Vali
Gazdaru, Adela et Teofil Ivanciuc
Alexandre Billette, Julien Trambouze
Gabriela Dobos, Benoît Kubiak
Joëlle Kuntz, Jean-Luc Douin
Iris Gaillardet, Sébastien Lapaque
Marc Semo, Georges Mink
Abonnement aux Nouvelles de Roumanie, lettre d'information bimestrielle,
pour un an / 6 numéros, port compris
Entreprises, administrations : 100 € TTC / an
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Et si vous êtes quatre, (Multi-abonnement Formule 4, 170 €) elle passe à
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51
Numéro 53 - mai - juin 2009
Les NOUVELLES de ROUMANIE
L'histoire d'amour entre
la France et la Roumanie
pour les jeunes de 9 à 99 ans
Les
NOUVELLEs
ROUMANIE
L
52
e 1er décembre 1918, un général français entre triomphalement dans Bucarest aux côtés des souverains roumains
Ferdinand 1er et son épouse, la reine Marie. Des milliers de
Roumains acclament ainsi Henri Mathias Berthelot, qui, à la tête de l'armée alliée du Danube, vient de défaire les armées du général allemand
von Mackensen… Belle revanche pour celui qui avait conduit la reconstruction de l'armée roumaine entre 1916 et 1917 sur le front moldave.
Proclamée le même jour par l'assemblée d’Alba Iulia, la réunification des provinces roumaines qui étaient sous domination austrohongroise crée "la Grande Roumanie" dont le territoire sera confirmé par les actes du traité de Versailles.
Français et Roumains dans la Grande Guerre, album-texte réunissant 164 photographies inédites, permet de saisir toute
l'importance de l'évènement qui va donner une formidable impulsion aux relations entre les deux pays. Fruit de la volonté d'un collectif d'historiens français et roumains d'apporter un regard nouveau sur un théâtre méconnu de la Première Guerre mondiale, cet
ouvrage est un véritable petit bijou, indispensable pour comprendre les ressorts de l'amitié indéfectible que la France et la
Roumanie se vouent. Il a été publié récemment par l'ECPAD (Etablissement de Communication et de Production Audiovisuelle de
la Défense) qui, depuis 1915, date de la création des Sections cinématographiques et photographiques du ministère de la Défense, collecte, conserve,
décrit et enrichit ses archives audiovisuelles et photographiques.
On y apprend ainsi qu'en août 1914 le roi Carol 1er, un Hohenzollern
pure souche, avait demandé à ses ministres, en français - la seule langue
comprise par tous à l'époque en Roumanie - l'autorisation d'entrer en guerre aux côtés de Guillaume II… contre le France et les puissances de la Triple
Entente. Permission refusée par le Premier Ministre Ion Bratianu, soutenu
par tout son cabinet. Persuadé de la victoire de son pays natal, le vieux roi
ne s'en remettra pas et mourra autant de chagrin que de vieillesse quelques
semaines plus tard. En 1916, son successeur et neveux, Ferdinand Ier engagera la Roumanie aux côtés des Alliés, changeant le destin de son pays.
“Papa Berthelot” en album, bande dessinée, DVD… Un cadeaux de choix !
Dans la mission qu'il s'est fixé de rappeler qu'entre 1916 et 1919 s'est livré dans l'Est de l'Europe une guerre largement oubliée,
l'ECPAD vient aussi de produire un film documentaire de 52 minutes, d'une qualité exceptionnelle, à partir d'images d'archives
militaires françaises et roumaines, portant à l'écran pour la première fois le récit de l'aventure épique du général Berthelot, devenu
un héros national en Roumanie. Réalisé par Marcela Feraru, ce DVD présente indistinctement deux versions, l'une en français,
l'autre en roumain. Il illustre les luttes de pouvoir au plus haut niveau des monarchies européennes pour faire entrer la Roumanie
en guerre à leurs côtés. Le rôle essentiel tenu par la charismatique et très belle Reine Marie (en photo avec le général Berthelot).
afin que son pays ne tombe pas dans le camp des Austro-Hongrois et Allemands, jouant de l'influence qu'elle exerce sur son mari,
mais aussi transcendée par ses origines russe et anglaise ainsi que par sa profonde francophilie, apparaît de manière éclatante.
La détermination de la souveraine sera décisive quand la Révolution d'octobre frappera la Roumanie d'un coup de poignard
dans le dos, la laissant seule face à ses puissants ennemis. Sa sollicitude aidera le général Berthelot, homme de confiance de Joffre,
à conduire son armée de 1000 officiers et soldats français jusqu'à la victoire finale. Son charme vaincra également les fortes résistances de Clémenceau à la création de "la Grande Roumanie", lors des difficiles négociations du traité de Versailles.
L'ECPAD prépare par ailleurs un ouvrage consacré au général Berthelot - qui a donné son nom à un village roumain, situé
près de Hateg (Hunedoara) - et dont il annonce la parution prochaine. Il a également entrepris de raconter aux enfants l'histoire de
cette grande figure militaire et politique ainsi que celle de l'amitié franco-roumaine née à cette époque à travers une bande dessinée La mission Berthelot. Deux cahiers interactifs joints permettent de jouer en complétant des dessins ou en identifiant des personnages célèbres dont, bien sûr, "Papa Berthelot". Petits et grands trouveront leur bonheur dans ces différentes publications
cadeau de choix à faire aux amis roumains et auxamis de la Roumanie.
Français et Roumains dans la Grande Guerre, album en français de 224 pages et 164 photos, 25 €
Français et Roumains, la mission du Général Berthelot, DVD de 52 mn, en français et en roumain, 14,90 €
La mission Berthelot, la Roumanie dans la Grande Guerre, BD pour enfants en français, comportant deux cahiers interactifs ainsi qu'un DVD de 11 mn bilingue franco-roumain, 14 €. Commander: Internet www.boutique.ecpad.fr, par courrier:
ECPAD, département ventes, 2 à 8 route du Fort, 94 205 Ivry sur Seine Cedex, tel: 01 49 60 59 61, fax: 01 49 60 58 91.
de
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46 à 50
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L
es Européens sont appelés aux urnes le 7 juin prochain. Enquêtes d'opinion
et médias pronostiquent une très forte abstention. Même en Roumanie, où
les électeurs désigneront eux-mêmes pour la première fois leurs représentants à Strasbourg, les observateurs s'attendent à une participation qui ne devrait pas
dépasser les 30 %. Pourtant les Roumains, membres de l'Union Européenne depuis
seulement 2007, ont piétiné à sa porte pendant près d'une quinzaine d'années, guettant
avec une impatience fébrile le feu vert à leur adhésion. Sont-ils aujourd'hui déçus par
leur qualité de membre à part entière de la Communauté Européenne? Non, leur ancrage au Vieux Continent les rassure, les rend fiers. Pour eux comme pour la grande
majorité des Européens, si on s'en réfère aux sondages, l'Europe est synonyme d'espoir. A tous, elle apparaît même comme la seule solution aux grands défis de notre
siècle. Mais pourtant, comme les Roumains déjà habitués au confort de leur récente
liberté, les citoyens européens n'iront pas non plus voter.
Justement… Voter, mais librement, pour décider de son avenir. Des milliers de
jeunes moldaves qui ne peuvent le faire l'ont crié, réclamé, dans les rues de Chisinau,
début avril, au lendemain d'élections largement truquées reconduisant au pouvoir une
oligarchie d'inspiration communiste, sans imagination, régnant par la coercition, la
corruption, la soumission. Rejoints par leurs aînés, ils ont fait flotter un air de révolution sur leur capitale, agitant des forêts de drapeaux étoilés aux couleurs de l'Europe.
Leur révolte traduisait le désespoir d'une jeunesse sans avenir qui ne supporte plus
les privations de liberté, ni la pauvreté et la précarité. Une jeunesse qui a vu partir ses
parents par centaine de milliers pour fuir la misère en allant travailler dans le reste du
continent ou en Russie. Une jeunesse qui ne s'est jamais sentie autant à l'étroit dans ce
petit pays abandonné, à la lisière de la riche Europe, mais une jeunesse qui a osé braver le climat de peur diffuse instauré par le pouvoir.
"Nous voulons l'Europe" scandaient les manifestants, comme hier en Ukraine ou
en Georgie. Aujourd'hui, répression aidant, tout est rentré dans l'ordre à Chisinau où
quelques optimistes s'évertuent à croire qu'ils viennent de vivre le début d'une
"Révolution orange", beaucoup d'autres craignant malheureusement plutôt de voir leur
pays s'acheminer vers un régime dictatorial à la biélorusse.
"J'aime mon pays, mais j'ai dû le quitter pour me donner une chance" se désolait
un étudiant moldave inscrit dans une université d'une Roumanie rendue plus attirante
depuis son entrée dans l' UE. Comme nombre de ses jeunes compatriotes qui rèvent
d’être Européens, il ne se pose même pas la question: il irait voter le 7 juin prochain.
Henri Gillet