Nitrites (Nitrite d`amyle, nitrite de sodium)

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Nitrites (Nitrite d`amyle, nitrite de sodium)
Nitrites (Nitrite d’amyle, nitrite de sodium) Version decembre 2014 H. Kupferschmidt Description: Nitrite d’amyle Formule brute: C5H11NO2 Poids moléculaire: 117 daltons. Synonymes: Amyl nitrite, n‐amyl nitrite, n‐pentyl nitrite, 1‐nitropentane. Identification: No.CAS 463‐04‐7, no. ONU 1113 Propriétés physiques: Liquide clair jaunâtre. Odeur éthérique fruitée singulière, goût piquant, aromatique. P.F: ‐‐‐ , P.E: 104°C. Pression de vapeur (20°C): 49 mbar. Densité 0.8817. Température d’inflammation 205°C. Le nitrite d’amyle est très volatil (même à de basses températures) et facilement inflammable. Phrases R: 11, 20/22. Phrases S: (2), 16, 24, 46. Code ATC: V03AB22 Nitrite de sodium Formule brute: NaNO2. Poids moléculaire: 69 daltons. Synonymes: Sodium nitrite. Identification: No. CAS 7632‐00‐0, no. ONU 1500 Propriétés physiques: Sous forme de sel. Densité 2.17, P.F. 284°C, P.E. 320°C. Phrases R: 8, 25, 50. Phrases S: (1/2), 45, 61. Code ATC: V03AB08 Effets principaux: Le nitrite mène à la formation de méthémoglobine, qui lie le ion cyanure. Ceci mène à une diminution de l’exposition cyanurique „interne“. Indications: (comme antidote) Les nitrites sont indiqués dans les intoxications aux cyanures mettant la vie en danger. Lors de perturbations du transport d’oxygène (p.ex. par le monoxide de carbone dans les intoxications par les fumées), ils sont contre‐indiqués (d’autres antidotes sont à préférer). Disponibilité: Hôpitaux de soins aigus (liste suisse des antidotes: assortiment de base pour hôpitaux). Le nitrite de sodium n’est pas disponible en Suisse. Monographie antidotes: Nitrite d’amyle/nitrite de sodium
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Physiologie: Mécanisme de la toxicité de l’intoxication aux cyanures: Les cyanures inhibent les enzymes les plus différents. Du point de vue pathophysiologique, le processus principal est l’inhibition de la cytochromoxydase mitochondriale ferrugineuse, un enzyme essentiel à la phosphorylation oxidative et donc à la production d’énergie cellulaire (ATP). Cela mène à un blocage du transport de l’oxygène dans les tissus et à une acidose lactique par glycolyse anaérobe. Les tissus fortement dépendants d’énergie sont les premiers touchés (SNC). Les cyanures mènent dans le cerveau à une libération accrue de neurotransmetteurs excitatoires. Une augmentation de l’activité des récepteurs NMDA mène à une libération accrue de glutamate et à l’augmentation de la concentration calcique intraneuronale. Présence: Cyanure d’hydrogène (HCN), cyanogène, sels de cyanures simples et complexes (p.ex. cyanure de potassium et de sodium), glycosides cyanogènes (des plantes), médicaments (nitroprusside de sodium). Pharmacodynamique: Mécanisme de l’effet antidotal1: Les nitrites agissent par formation de méthémoglobine (oxidation du fer de l’hémoglobine Fe2+ en Fe3+). Le cyanure se lie rapidement et de manière réversible au Fe2+ de la cytochromoxydase et bloque par là la production mitochondriale d’énergie. L’affinité du ion cyanure à la méthémoglobine est plus élevée, il y a formation de cyanométhémoglobine et la cytochromoxydase est libérée du cyanure. D’autres méthémoglobinisants aussi (p.ex. le 4‐diméthylaminophénol et l’hydroxylamine) sont des antidotes du cyanure efficaces. Chez l’adulte sain, l’administration intraveineuse de 300 mg de nitrite de sodium engendre une méthémoglobinémie maximale de 10‐18%2. L’inhalation de nitrite d’amyle d’ampoules à casser ne provoque pas de méthémoglobinémie significative, mais des effets indésirés tels que céphalées, fatigue, vertige et hypotension3‐6. Les nitrites sont employés depuis plus de 100 ans comme antidotes des intoxications aux cyanures. Les résultats expérimentaux chez le chien avaient montré que l’inhalation de nitrite d’amyle protège de l’effet létal d’une dose 4 fois mortelle de cyanure de sodium (et même, en connexion avec le thiosulfate de sodium, d’une dose 10‐18 fois mortelle de cyanure de sodium2,7,8). Des rapports d’emploi chez l’homme en démontrent l’efficacité2,9‐11. L’apparition de l’effet des nitrites dans l’intoxication aux cyanures est rapide, même lorsque la concentration de méthémoglobine est encore faible. On ne recherche donc pas une méthémoglobinémie précise à atteindre, mais une méthémoglobinémie maximale ne doit pas être dépassée12. Ensuite, on administrera toujours du thiosulfate de sodium, qui livre l’atome S pour la formation de thiocyanate (enzymes: rhodanase, mercaptopyruvate sulfurtransférase). Le thiocyanate est beaucoup moins toxique que le cyanure et est éliminé par voie rénale. Pharmacocinétique: On ne dispose pas de données concernant la pharmacocinétique du nitrite d’amyle ou de sodium. Emploi comme antidote: Indications • Intoxication aux cyanures grave. 2/4
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Contre‐indications Si la saturation en oxygène de l’hémoglobine est compromise, par exemple par la carboxyhémoglobine dans les intoxications par le monoxide de carbone, ou lors d’une sulfhémoglobinémie, d’une anémie grave, la plus grande prudence est de rigueur dans le dosage des nitrites. Ne donner dans de telles situations que du thiosulfate de sodium, ou de l’hydroxocobalamine suivi de thiosulfate de sodium. Emploi • Nitrite d’amyle: Comme mesure d’urgence (si le nitrite de sodium ou d’autres antidotes ne sont pas encore disponibles), verser le contenu d’une ampoule à casser de nitrite d’amyle (0.3 mL) dans un mouchoir et le faire respirer au patient pendant 30 secondes. Chez le patient ventilé, donner le nitrite d’amyle dans le sac respiratoire. Répéter toutes les 2 minutes, jusqu’à ce que d’autres antidotes puissent être donnés par voie intraveineuse. • Nitrite de sodium: 300 mg (10 mL d’une solution à 3%) i.v., vitesse de perfusion 2.5 à 5.0 mL par minute. Si les signes de l’intoxication au cyanure s’aggravent à nouveau, répéter à demi‐dose. Immédiatement après la perfusion de nitrite de sodium, administrer du thiosulfate de sodium! Chez les enfants: 6‐8 mL d’une solution à 3% (env. 0.2 mL/kg), max. 300 mg. Effets indésirables: • Méthémoglobinémie • Vasodilatation avec hypotonie, céphalées. • Nausée, vomissements. Interactions: Les nitrites mènent aussi en présence de bleu de méthylène à la formation de méthémoglobine13,14. Cave: Des nitrites volatils sont employés de manière abusive comme aphrodisiaques („Poppers“). Produits en Suisse: Amyl Nitrite Inhalant USP 0.3 mL, 12 amp./emballage. Source: voir Liste des Antidotes (Annexe F). Traduction J.P. Lorent Référence bibliographiques: 1. Howland MA. Sodium and amyl nitrites. In: Goldfrank LR et al. (eds.): Goldfrank's Toxicologic Emergencies. 8th Ed. McGraw‐Hill, New York 2006. pp. 1725‐7. 2. Chen KK, Rose C. Nitrite and thiosulfate therapy in cyanide poisoning. JAMA 1952; 149: 113‐9. 3 Paulet G. Sur la valeur du nitrite d’amyle dans le traitement de l’intoxication cyanhydrique. C R Soc Biol 1954; 148: 1009‐14. 4. Paulet G. L’intoxication cyanhydrique et son traitement. Masson, Paris1960. 5 Bastian G, Merker H. Zur Frge der Zweckmässigkeit der Inhalation von Amylnitrit in der Behandlung der Cyanidvergiftung. Naunyn‐Schmiedebergs Arch Exp Pathol Pharmakol 1959; 237: 285‐68. 6. Klimmek R, Krettek C, Werner HW. Ferrihaemoglobin formation by amyl nitrite and sodium nitrite in different species in vivo and in vitro. Arch Toxicol 1988; 62: 152‐60. 7. Chen KK, Rose C, Clowes G. Amyl nitrite and cyanide poisoning. JAMA 1933; 100: 1921‐2. 3/4
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8. Chen KK, Rose C, Clowes G. Methylene blue, nitrites, and sodium thiosulphate against cyanide poisoning. Proc Soc Exp Biol Med 1933; 31: 250‐2. 9. Hall AH, Doutre WH, Ludden T et al. Nitrite/thiosulfate treated acute cyanide poisoning: Estimated kinetics after antidote. J Toxicol Clin Toxicol 1987; 25: 121‐33. 10. Hall AH, Linden CH, Lulig KW et al. Cyanide poisoning from laetrile ingestion: Role of nitrite therapy. Pediatrics 1986; 78: 269‐72. 11. Wurzburg H. Treatment of cyanide poisoning in an industrial setting. Vet Hum Toxicol 1996; 38: 44‐7. 12. Johnson WS, Hall AH, Rumack BH. Cyanide poisoning successfully treated without therapeutic methemoglobin levels. Am J Emerg Med 1989; 7: 437‐40. 13. Marrs TC. The choice of cyanide antidotes. In: Ballantyne B, Marrs TC (eds.): Clinical and experimental toxicology of cyanides. Bristol, Wright 1987. pp. 383‐401. 14. Way JL. Cyanide intoxication and its mechanism of antagonism. Annu Rev Pharmacol Toxicol 1984; 24: 451‐81. 4/4