Festivals et Saisons nouvelles

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Festivals et Saisons nouvelles
42
Du 15/06/11 au 13/07/11 | un gratuit qui se lit
Festivals
et Saisons
nouvelles...
Festivals
Avignon, le Off
Théâtre
Danse
Musique lyrique
Musique classique, plurielle
Jazz
Actuelle
7, 8, 9
10, 11
12, 13
14, 15
16 à 19
20, 21
22 à 27
Saisons
Gap
Grasse
Draguignan, Sainte-Maxime
Durance, Cavaillon
Scènes et Cinés, Port-de-Bouc, Arles
Le Merlan, les Salins
Le Toursky, le Gyptis
La Criée
Le Gymnase, le Jeu de Paume, le GTP
Opéra de Marseille
Pavillon Noir
28
29
30
31
32, 33
34
36
37
38, 39
40
41
Théâtre/Danse
Au programme
Fins de saisons
42
43
Musique
Au programme
44, 45
Critiques Théâtre
Avignon, Gap
Cavaillon, Marseille, Avignon
Les Informelles, Sirènes et midi net
Marseille, Miramas
Saison régionale rue et cirque, Piste d’azur
46
48
49
50
51
Danse
Château-Arnoux, Marseille, Nîmes
Marseille, Aix, Avignon, Nîmes
52
53
Musique
FAIL 13, Trets, Le Panier
Jazz, du monde
Ollioules, MIM, GRIM, Autour des claviers, Festes d’Orphée
GTP, Avignon, Festival de musique sacrée, OpéraBulles
54
55 à 57
58, 59
60, 61
Cinéma
FID, Judaïcité, Rendez-vous d’Annie
Alhambra, AFLAM, Cannes
62, 63
64, 65
Rencontres
Au programme
66, 67
Philosophie
La religion
68
Littérature
Prix littéraire des lycéens et apprentis, Contes et jardins
À vous de lire
Festival du livre de la Canebière
69
70
71
Arts visuels
Photomed, Innov’art
Spécial photographie
Arts éphémères, Sm’art
Châteauneuf-le-Rouge, les Alpilles
Les Baux-de-Provence, Gageron, Barjols
Marseille, Silvacane
Marseille
Au programme
72
73
74
76
78
79
80
82, 83
Patrimoine
Musée Calvet, Licra
Châteauneuf-les-Martigues, Pont du Gard, Arles, La Celle
Mécénat
Adhérents
Supplément
Les Ateliers de l’EuroMéditerranée
Festival du livre de la Canebière
84
86
87
88
Aliénation
Les réjouissances de l’été et les programmations des saisons prochaines confirment nos inquiétudes. Partout, plus
ou moins nettement, les ambitions sont élimées, les rêves
ravalés, les révoltes éteintes. Dans les scènes et les musées
subventionnés on cesse de produire, on renonce aux commandes publiques, on entérine la misère. Ou pire encore,
on remplit les salles à coup de stars et comiques en guise
de théâtre, de produits de tourneurs en guise de musique,
et les cimaises avec des photos amateur, de l’interactif
digne de Disneyland, des maîtres archi connus d’un autre
temps.
Quand vous le soulignez les programmateurs répondent, avec
raison, que cela seul attire les visiteurs. Et que les tutelles
exigent désormais du rendement, comme dans tous les
services publics. De la démocratisation aussi : il faut offrir
à chaque spectateur un produit culturel qui le concerne !
C’est-à-dire en clair ce qui passe à la télé : cela seul aujourd’hui remplit les salles sans médiation. L’estampille
télé, le 20h, ou à défaut Arte ou Mezzo, voire LCM ou FR3
région. Alors les programmateurs renoncent, tentent le
compromis, et glissent à contrecœur hors du service public.
Les artistes vivent une véritable arnaque : l’échec prétendu
de la démocratisation culturelle n’est pas de leur fait.
L’accès à la culture doit s’envisager, aujourd’hui, en termes
de désaliénation : ce n’est pas «l’intimidation» ressentie
par le public populaire qui le maintient hors des lieux de
culture. C’est la télé, ses normes imbéciles, abrutissantes,
vulgaires, pitoyables. C’est l’excitation de la course à la
consommation, le satisfait ou remboursé, l’impérieux besoin de «se vider la tête», de «s’éclater», «se lâcher». Sans
«se prendre la tête» surtout, mais en offrant à leurs messages notre temps de cerveau disponible.
La même aliénation mine le monde culturel et celui de
l’éducation. Les artistes et les professeurs résistent, mais
ils ne tiendront plus longtemps, avec leurs seules armes,
contre l’entreprise d’abrutissement commun dont, comble
d’ironie cynique, on les accuse d’être responsables. Le
démantèlement de la pensée critique est en route depuis
longtemps et relève d’une volonté, tout à fait consciente
chez les décideurs et leurs idéologues, d’étouffer le
sentiment de révolte, en prétendant que l’art est dans le
divertissement, et le bonheur dans l’apaisement de la pulsion de consommation.
AGNÈS FRESCHEL
RetrouveZ nos éditions précédentes
sur www.journalzibeline.fr
AVIGNON
FESTIVALS 07
En défiance
du théâtre ?
un bon endroit pour créer de l’art, continuer à rechercher et à apprendre», avec des batailles d’artistes
dans des Sessions Posters, des expositions, des
installations vidéo.
tres retours encore avec Roméo Castellucci pour la
première partie de son diptyque autour de la figure
de Jésus, Jean-Michel Bruyère dans une installation en 3D au Gymnase Giera dans le quartier
Monclar, en face de la prochaine Fabrique à spectacles. Un nouveau lieu de travail aux dimensions du
plateau de la Cour d’Honneur, dont le projet
d’architecte sera validé en septembre, qui signe une
nouvelle aventure pour le Festival, devenant un
«habitant du quartier».
Enfance et mouvement
Levee des conflits © Caroline Ablain
Le 65e Festival d’Avignon suivra sa route estivale
du 6 au 26 juillet : une quarantaine de spectacles
programmés par Vincent Baudriller et Hortense
Archambault qui poursuivent leur mandat, la nomination surprise, et pour le moins inélégante, d’Olivier
Py à la tête de la manifestation n’étant effective
qu’à partir de 2013 (voir calendrier p.42).
Une édition particulière, puisque l’artiste associé
au plus grand festival de théâtre du monde est un
chorégraphe, directeur du Musée de la danse de
Rennes, fougueux défenseur de la non-danse dans
les années 90 : est-ce dans cette négation que le
théâtre pourra trouver sa place ? Quoi qu’il en soit,
avec Boris Charmatz, la thématique mettant l’enfance et la danse en résonance n’a rien d’un hasard :
il joue sa pratique entre expérimentation et transmission, s’impliquant autant sur le plateau que dans
sa pédagogie. À Avignon il confirme cet engagement
en renforçant l’ancrage à L’École d’Art du Festival,
«un lieu ressource de pratiques et de transmission,
Préoccupé par l’éducation et la place sociale de l’enfant, il présentera en ouverture à la Cour d’Honneur
la création Enfant avec 27 écoliers de Rennes et reprendra sur l’herbe du stade de foot Bagatelle, de
l’autre côté du Pont, le canon chorégraphique Levée
des Conflits dans «une version woodstock et sauvage.»
Côté danse, une programmation de choix avec William Forsythe, François Verret, Rachid Ouramdane,
Xavier Le Roy, Meg Stuart, Cecilia Bengolea et
François Chaignaud ! Anne Teresa De Keersmaeker
offrira un spectacle au lever du jour, Cesena, un
dialogue entre la musique polyphonique de l’ars
subtilior et l’architecture de la Cour. Seize enfants
avignonnais seront seuls en scène dans une reprise
du Petit projet de la matière d’Anne Karine Lescop,
danseuse dans le projet initial d’Odile Duboc. Dans
Sun, Cyril Teste et le Collectif MxM se pencheront
également vers l’enfance pour relater un fait divers
peu ordinaire, la cabale de trois gamins partis en
Afrique «pour aller se marier au plus proche du soleil.»
…et création dramatique
Performances, installation…
Mais du théâtre il y aura ! Celui qui regarde du côté
de la performance : Vincent Macaigne dans Au moins
j’aurai laissé un beau cadavre, propose «une version
d’Hamlet qui crie, hurle et fait beaucoup de bruit.»
L’espagnole Angélica Liddell, qui avait bouleversé
l’édition 2010, revient avec Maudit soit l’homme qui
se confie en l’homme, un projet d’alphabétisation. D’auEnfant, photo de repetitions © Boris Brussey
Et puis des textes, contemporains pour la grande
majorité, mis en scène par des hommes (pour la
grande majorité…) confirmés : même si l’attention
médiatique n’a pas toujours porté vers eux durant
les dernières éditions d’Avignon, les deux directeurs
en ont toujours programmé, et persistent… Avec
Guy Cassiers dans la Cour, qui met en scène Sang
& Roses, un texte bouleversant de Tom Lanoye (ed.
actes sud papiers, 2011) sur Jeanne d’arc et Gilles
de Rais, Patrice Chéreau sera là, dans sa seconde
mise en scène de Jon Fosse I am the wind (voir p
48). Et Wajdi Mouawad adaptera à la Carrière de
Boulbon Les Trachiniennes, Antigone et Electre de
Sophocle. Une attention aux Femmes comme sujet
tragique, qui ne vient pas compenser l’écrasante
majorité de créateurs et auteurs masculins…
Ainsi Mademoiselle Julie de Strindberg sera l’objet
de deux interprétations. La première, qui s’étend
sur toute la durée du Festival, est signée Frédéric
Fisbach avec Juliette Binoche (à l’initiative du
projet) et Nicolas Bouchaud. La seconde, par Katie
Mitchell avec la Schaubühne de Berlin, s’intéresse
au portrait du 3e personnage de la pièce, Kristine,
la fiancée du valet Jean.
Auparavant, en (ré)ouverture de la Carrière, Patrick
Pineau accompagné d’Anne Alvaro jouera Le Suicidé de Nicolaï Erdman, une pièce sur l’imposture,
censurée par Staline en 1932. Arthur Nauzyciel
adaptera l’histoire du résistant polonais Jan Karski
(Mon nom est une fiction) d’après le roman de Yannick
Haenel avec le génial Laurent Poitrenaux. Les
tunisiens Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi présenteront la pièce prémonitoire Amnesia.
Jeanne Moreau et Etienne Daho reprendront dans
la Cour Le Condamné à mort, un concert-lecture en
hommage à Jean Genet. Puis, pendant presque
tout le Festival, les 40 ans du Théâtre Ouvert seront
fêtés à la Chapelle des Pénitents Blancs.
DELPHINE MICHELANGELI ET AGNÈS FRESCHEL
Festival d’Avignon
Du 6 au 26 juillet
ouverture de la billetterie le 13 juin
(le 11 juin pour les avignonnais)
- voir le programme p42
04 90 14 14 14
www.festival-avignon.com
08
FESTIVALS
OFF
Le barouf
du Off
du 8 au 31 juillet
Les vrais théâtres
Trois lieux permanents d’Avignon commenceront avec un jour d’avance. Au
Balcon, Serge Barbuscia propose Bats
l’enfance, un huis clos entre une mère
et sa fille. Se joueront également Bric
à Brac de la Cie Marie-Lune et Métronome par le quintet musical Cinq de
Cœur. Le Chêne Noir enchainera 11
spectacles dont Eclats de vie, un seulen-scène de Jacques Weber ; une
ode à la liberté sexuelle des femmes
Alaska Forever © Olivier Baco
Que d'espoir © Delphine Michelangeli
avec Pierre Santini et Julie Judd
dans Ovide était mon maitre ou l’art
d’aimer et Si Siang Ki ou l’histoire de
la Chambre de l’Ouest, la dernière
création de Gérard Gélas à Shangai.
Aux Halles, Alain Timar reprend Rhinocéros de Ionesco monté avec une
troupe de coréens, beau succès 2010.
Agnès Régolo nous plongera dans un
cabaret expressionniste avec l’excellent et jubilatoire Que d’Espoir de
Hanokh Levin.
Jean-François Matignon, dans son
nouveau lieu partagé avec Inoui
Productions à La Manutention (exHivernales), présente Forever young
du 12 au 22, un montage d’œuvres qui
raconte le parcours politique et
amoureux d’une génération.
Aux Carmes, du Benedetto bien sûr :
Le Off © Delphine Michelangeli
Pour communiquer sur le Off, Avignon
Festival & Cie qui gère le «plus grand
festival de théâtre du monde» selon
son président Greg Germain, proclame les chiffres : 1143 spectacles,
6000 artistes, 969 compagnies (147 en
PACA), 116 lieux, 3000 programmateurs, 30 millions d’euros de contrats.
Le festival autofinancé, toujours sans
direction artistique (théâtre, cirque,
danse, concert, jeune public, marionnette, conte, humour…), ne cesse de
«grandir» en quantité. Pas forcément
en qualité, le tout venant étant par
principe accepté. Un «eldorado» pour
Marie-Josée Roig, maire d’Avignon,
qui ne le dissocie d’ailleurs pas du In,
reconnaissant qu’une harmonisation
de dates serait souhaitable (du 8 au
31 juillet pour le Off, du 6 au 26 pour
le In). Un «marché» pour son président, qui veut mettre en place un
centre de ressources des lieux, une
meilleure visibilité des régions et une
ouverture à l’international (cette année, des échanges ont lieu avec la
Chine) et s’insurge lorsqu’il entend le
mot «trop». «Trop de quoi ? De pauvres, de chômeurs, d’artistes ? Le rôle
de la culture est d‘interroger le monde
et d’en repousser les horizons.» Mais la
question du choix se pose avec acuité
pour le public et les programmateurs,
les compagnies mal préparées y perdent beaucoup d’argent tandis que
restaurateurs, hôteliers et loueurs dégagent un chiffre d’affaire hallucinant.
Mais si certains lieux d’accueil restent
dans leurs pratiques en deçà de l’acceptable, d’attirantes propositions ressortent
de ce magma gargantuesque.
Urgent Crier par Philippe Caubère et
Lear et son fou avec Jean-Claude
Drouot. La Cie On est pas là pour se
faire engueuler ouvrira la journée
avec Les règles du savoir vivre de Lagarce et Les Carboni la clôtureront
en musique avec Sarvil, l’oublié de la
Canebière.
La Manufacture propose une édition
nourrie de théâtre documentaire (Faits
divers à la recherche de Jacques B. et
Julie telle que de Nadia Xerri L), de
forme engagée (Un homme debout
sur la réinsertion carcérale) ou mobile
(performance Drive In, en voiture. On
pourra y voir en particulier Alaska Forever de la Cie Artefact, création
collective mise en scène par Philippe
Boronad sous forme de «reality show
stellaire et déjanté» qui dissèque les
mécanismes du pouvoir et leur dérive
écologique…
Les Doms promettent une édition
chaleureuse pour fêter leurs 10 ans
et leur changement de «capitaine».
Ne pas manquer, entre autres, Trop de
Guy Béart tue Guy Béart, une visite
déambulatoire dans la ville (jusqu’au
22). Bouffée d’oxygène sur la Barthelasse au Chapiteau théâtre fou
des Onstap avec 25 spectacles en
alternance sur le thème de la folie.
Théâtre, danse, jeune public, scènes
ouvertes, concerts, humour, débats,
guinguette gourmande.
Les attentifs
D’autres lieux méritent toujours une
attention particulière, parce qu’ils programment en leurs murs sur des
critères esthétiques plutôt qu’au plus
offrant : le Chien qui Fume, le BourgNeuf, Golovine, l’Entrepôt, la
Fabrik’Théâtre, Au Bout là bas (ex
la Poulie), les Béliers, l’Etincelle, le
THÉÂTRE
DELPHINE MICHELANGELI
Festival Off d’Avignon
Du 8 au 31 juillet
Le programme papier
sortira le 1er juillet
Consultable en ligne
à partir du 15 juin
www.avignonleoff.com
Le Village du Off se tiendra
rue des Ecoles
09
L’itinérance à la croisée des chemins
Huit ans que Villeneuve-lez-Avignon est le territoire
d’accueil privilégié des artistes en itinérance. Chaque été
le meilleur des compagnies nomades se produit devant des
milliers de spectateurs (16 000 en 2010). Un Festival forain
à part entière qui s’est monté en association en 2011, pour
gagner en autonomie et élargir les financements. La région Languedoc-Roussillon met ainsi pour la première fois
la main à la pâte. Une vraie satisfaction pour Frédéric Poty,
le directeur artistique de Villeneuve en Scène, qui confirme : «aujourd’hui on a le plein de partenaires. Grâce à eux,
on a réussi à exister au milieu du Festival d’Avignon, sinon
on retombait dans la foire.» Moteur affirmé de l’économie
locale, cette manifestation -l’une des rares dont les finances
augmentent- se trouve à la croisée des chemins entre Midi
Pyrénées et Provence, «à une marche du royaume», en face
du géant avignonnais. 22 spectacles, dont 4 jeunes publics,
rythmeront les 359 représentations du 5 au 27 juillet avec
200 artistes et techniciens qui prennent le risque de jouer
à la recette.
On pourra apprécier dans la plaine de l’Abbaye la reprise
de la cie Tandaim, la Seconde surprise de l’amour, dans laquelle Alexandra Tobelaim, inspirée par l’introspection
de Sophie Calle, enferme les amoureux de Marivaux dans
une scénographie de mises en boîtes. Dans une très belle
adaptation de l’Inconnu de Tod Browning, la cie Pile ou Versa revient cette fois au Clos de Villeneuve pour une tragédie
au cirque digne de Shakespeare. Deux formes seront itinérantes : une balade sonore dans la ville proposée par le Begat
Theater d’après les Diablogues de Dubillard, une visite
guidée au cœur du Fort Saint André par les Cies A l’Abordage et l’Art mobile. Les Six Faux Nez raconteront dans
l’Arnaque l’histoire vraie d’un clown roi d’Albanie. En partenariat avec le In et l’ISTS, dirigés par Matthias Langhoff,
les étudiants de la 70e promotion de l’Ensatt et les artistes
du Théâtre Aftaab formés à Kaboul par Mnouchkine, joue-
La seconde surprise de l'amour par la Cie Tandaim © X-D.R.
ront chacun leur version d’Œdipe dans Lyon Kaboul Thèbes,
Aller retour.
Et puis des artistes historiques de l’itinérance avec l’Agit, la
Fabrique des Petits Utopies, la cie Conduite intérieure, le
Théâtre Mu avec Molière2, une création franco-burkinabé.
Le 15 juillet, la journée de l’itinérance animée par Emile
Lansman abordera les problématiques du nomadisme en
tables rondes participatives et le soir venu, un feu d’artifice,
forcément théâtral et drôle, sera proposé par l’Agence de
Voyages Imaginaires.
Dans l’élan de la manifestation, pour la seconde édition,
Pujaut sous Chapiteau accueille 4 compagnies. 23 jours
dans un écrin de bonheur !
DELPHINE MICHELANGELI
Villeneuve en Scène
Du 5 au 27 juillet
04 32 75 15 95
www.villeneuve-en-scene.com
Programmer les siens
Depuis quatre ans le conseil général de
Vaucluse soutient ses compagnies avec
le dispositif Vaucluse en Scène organisé par Arts Vivants en Vaucluse. Du
1er au 7 juillet le festival investit la
cour de la Chapelle Saint-Charles à
Avignon mais aussi, et c’est une nouveauté, part en vagabondage dans le
département. La cour de la Chapelle
accueillera la soirée d’ouverture et le
bal guinguette de Manu & Co qui marie le flamenco, le jazz manouche, la
valse, le tango…, la soirée slam avec
Dizzylez & Skub et R.A.P.H & John
Valdez (le 2), le quintet Aksak et sa
musique créative des Balkans (le 3),
la cie ONSTAP avec Parce qu’on va pas
lâcher, un spectacle qui mêle la danse
à la percussion corporelle (le 4), le
ciné-concert Maciste, super héros du
cinéma muet italien des années 20
qu’accompagne le duo ArchiPass (le
5), une mise en lecture musicale des
Effrayants de et par Jean-Yves Picq au
son de la batterie de Guigou Chenevier (le 6) et la soirée jazz qui réunit
le Kami quintet et Melc (le 7). En
Et il me mangea de la cie Velo Theatre © X-D.R.
Grenier à Sel, le Musée Fujak, le
Verbe fou, la Tache d’encre et l’Espace Roseau qui programme, entre
autres, La Vie de Galilée de Brecht,
mis en scène par Antonia Malinova, un
succès du festival 2010 dans lequel
notre collaborateur Régis Vlachos
incarne le scientifique et ses révolutions… À ne pas rater dans un tout
petit lieu : la Storie di Italo, un solo
émouvant de Marco Bocherini qui
mêle mémoire intime et histoire italienne, au Laurette Théâtre à partir
du 6 juillet.
Certaines régions offrent à leurs compagnies une vraie visibilité au Off. Un
soutien technique et financier, dans
des lieux désormais repérés. Dans le
cadre de l’opération Midi-Pyrénées fait
son cirque en Avignon du 8 au 24 juillet, la cie Sacékripa présentera sous
chapiteau Coulisses, un spectacle de
haute volée à l’Espace Vincent de
Paul sur l’Île Piot. Soutenu par le
théâtre des Doms, le Théâtre d’un
jour y présentera l’Enfant qui… (déconseillé aux jeunes enfants), un
univers poétique pour un rituel circassien. Dans la Région Nord-Pas de
Calais, six compagnies ont été sélectionnées et accompagnées dans un
dispositif qui se tiendra à Présence
Pasteur du 8 au 31, avec une programmation pluridisciplinaire. La cie
Melting Pot présentera Hip Hop Aura,
une revisitation humoristique des origines du hip hop par Farid Berki.
Idem pour la Région Alsace qui soutient trois compagnies, les Méridiens
au Théâtre Essaion, Jamaux-Jacquot à l’Espace Pasteur et la Cie les
Zanimos aux Ateliers d’Amphoux.
La Caserne des Pompiers est investie depuis les années 90 par la Région
Champagne Ardenne, précurseur dans
l’accompagnement des artistes dans
le Off, qui y installe des jeunes compagnies et d’autres plus confirmées.
Si la Région Paca pouvait en faire autant, cela limiterait d’autant les
pertes sèches de nos compagnies les
plus fragiles…
FESTIVALS
vagabondage le Vélo Théâtre, à Apt,
accueille la cie Théâtre de l’Entrouvert pour des Traversées basées sur
des extraits du livre Seuils de Patrick
Kermann (les 8 et 9) et Il me mangea,
dernière création de la cie résidente
du lieu autour d’une déclinaison particulière du Petit chaperon rouge (les
8 et 9). Enfin, dans les carrières de
Gargas découvrez la dernière création
de la chorégraphe Françoise Murcia,
Les Tangos (les 8 et 9), à Beaumes de
Venise le Théâtre rural d’animation
culturelle qui joue Caligula de Camus
(le 3), et à Lourmarin, place Henri Barthélemy, la même cie dans Révolte dans
les Asturies de Camus aussi (le 10).
DO.M.
Vaucluse en Scène
Arts Vivants en Vaucluse
Du 1er au 10 juillet
06 07 50 94 84
www.artsvivantsenvaucluse.fr
10
FESTIVALS
THÉÂTRE
Nomade si j'veux du Bouffou Theatre © Bouffou Theatre
Sur mesure
À la Maison du théâtre pour Enfants, tous les
jours (sauf le dimanche) du 7 au 26 juillet, les
enfants sont au paradis. La 29e édition du Festival
Théatr’enfants leur est à nouveau entièrement
dédiée, avec un accueil spécifique, une exposition
interactive, des ateliers d’éveil artistique, un stage
Jeune acteur/spectateur animé par Claire Massabo
(du 18 au 22 juillet) et des rencontres avec les
artistes. Plus besoin de courir dans la moiteur du
centre ville, les parents pourront au fil de la
journée, juste derrière la gare centrale, se détendre
et profiter des 12 spectacles triés sur le volet par
l’équipe de l’Eveil Artistique, très attentive au
respect des tranches d’âge prescrites. Le rendezvous théâtral des tout petits (dès 10 mois) et des
plus grands pour découvrir tranquillement les arts
vivants. Réveil en musique à 9h30 avec Veillée
douce de la cie FA7 suivi des Petites Fabulettes.
Théâtre dansé avec la cie Piccola Velocita puis
récité avec Mildiou, l’enfant du champ de patates.
Contes traditionnels touaregs avec le Bouffou
Théâtre, marionnettes avec Debout de la cie
Arketal, gourmandise avec Gâteau 1, 2, 3 d’Hélice
Théâtre. La cie aixoise Débrid’arts tricotera sur les
histoires de Bernard Friot et Luigi Rignanese,
magnifique conteur, présentera Knup, un conteconcert certainement squatté par les parents…
DELPHINE MICHELANGELI
Festival Théâtr’Enfants et tout public
Monclar, Avignon
Du 7 au 26 juillet
04 90 85 59 55
www.festivaltheatrenfants.com
La magie du château
Louis Jouvet à l’occasion du 60e anniversaire de sa mort, et dont l’action se
situe en 1951 à Avignon. Avec Francis
Perrin (Sganarelle) et la Troupe de
France (le 9 juillet) ; enfin, en clôture, une comédie policière, tirée d’un
chef-d’œuvre d’Alfred Hitchcock et
qu’adapte Gérald Sibleyras, Les 39
marches. La mise en scène d’Eric
Métayer est à l’image du comédien,
rythmée, déjantée, drôle et bourrée
de trouvailles ! (le 11 juillet).
Divertir avec qualité, c’est toujours
l’objectif du festival Théâtre Côté Cour
qui se déroule au château salonnais
de l’Emperi (dont la sonorisation, il
faut le souligner, a été améliorée). Un
bel esprit éclectique parcourt la
programmation de cette 22e édition :
ouverture du festival avec une mise
en scène enlevée des Misérables de
Victor Hugo signée Philippe Person,
et «seulement» trois comédiens pour
endosser la totalité des personnages
(le 5 juillet) ; une évocation juste et
poétique d’une jeunesse passée dans
le quartier du Panier, la sienne en
l’occurrence, de et par Ali Bougheraba
dans Ali au pays des merveilles (le 7
juillet) ; le très attendu Dom Juan de
Molière mis en scène par Francis Huster,
qui endosse le rôle, en hommage à
DO.M.
les 39 marches © Lot
Festival Théâtre Côté Cour
Les 5, 7, 9 et 11 juillet
Théâtre Armand,
Salon-de-Provence
04 90 56 00 82
www.theatre-cote-cour.fr
Terre d’aventures technologiques
Le Centre national des écritures du spectacle présente, du 6 au 25 juillet, ses 38e Rencontres d’Eté.
Un prolongement des aventures artistiques, culturelles, expérimentales menées pendant l’année à la
Chartreuse. L’objectif pour son directeur, François
de Banes Gardonne, étant de transmettre au public les enjeux spécifiques des scènes, confrontées
aux autres pratiques culturelles, aux arts et technologies de son époque. Du 6 au 14, la cie Crew
propose 2 rendez-vous journaliers avec Terra Nova,
une démarche théâtrale inédite dans laquelle le
spectateur se transforme en protagoniste d’une
expérience multisensorielle rendue possible par la
maîtrise et l’adaptation à la scène des technologies
immersives les plus pointues. Une création qui s’appuie sur une complicité au travers des résidences et
des Sondes conduites à la Chartreuse. Puis du 15 au
18, un spectacle multimédia conçu par Véronique
Caye, où des illusions sonores et visuelles, dans
une temporalité flottante, rendent à l’Eglise de la
Chartreuse son Genius Loci, l’esprit du lieu. Finalement déprogrammé du Festival In, le spectacle Sur
le concept du visage du fils de Dieu de Romeo Castellucci est remplacé par la projection du film
Parsifal, dans le Tinel le 22 juillet (2 séances). Quand
Genius Loci © Veronique Caye
l’opéra de Wagner est mis en scène par Castellucci,
attendons-nous à quelques déménagements poétiques. Autre partenariat avec le Festival d’Avignon,
du 18 au 24, avec l’Indestructible Madame Richard
Wagner, du théâtre performance par l’auteur
metteur en scène Christophe Fiat.
DE.M.
Les 38e Rencontres d’été de la Chartreuse
Du 6 au 25 juillet
Centre national des écritures du spectacle,
Villeneuve-lez-Avignon
04 90 15 24 24
www.chartreuse.org
http://sondes.chartreuse.org
Cap sur l’Égypte
Un peu en avance cette année (du 7
au 9 juillet), le festival Caressez le
potager initié par le Centre culturel
itinérant SAREV, poursuit son exploration du «Continent Méditerranée»
et s’attache toujours à mettre en
avant les résultats de l’action de
développement culturel mené toute
l’année sur la vallée de l’Huveaune.
Une nouveauté pour l’édition 2011,
un regard complice avec AFLAM, as-
sociation marseillaise qui s’emploie à
faire connaître les cultures arabes au
travers de l’image et du cinéma, pour
l’Egypte (Aflam proposera Cinéma(s)
d’Egypte en novembre). Outre une
sélection de longs métrages, deux
événements sont prévus en ce sens :
une carte blanche donnée à l’Union
des Familles Musulmanes des Bouches-du-Rhône (le 7 de 18h30 à 22h)
avec notamment un spectacle de
danse orientale, des tatouages au henné, des
contes… ; une création
d’Amélie Duval de la cie
Hélas !, Souvenez-vous
de moi, pour tenter de
raconter autrement, loin
des clichés, la danse
orientale (le 8 juillet). Et
puis bien sûr, comme
chaque année, des
contes, de la musique,
un potager bio… dans
le parc apaisant de la
Mirabelle dont chaque
brin
d’herbe
sera
occupé !
DO.M.
Caressez le potager
Du 7 au 9 juillet
Parc de la Mirabelle,
Marseille 12e
04 91 42 20 50
www.caressezlepotager.net
Djamila Hannan,
le 9 juillet
© X-D.R.
Théâtre itinérant
Actualité chargée pour la troupe des
Carboni en ce début d’été ! Posée sur
l’esplanade de la Major, à Marseille, leur
Posada participant à la 6e édition des
13 Paniers, festival de théâtre forain
qui se tient deux jours durant, les 17
et 18 juin. Au programme : après l’ouverture en fanfare à 19h le 1er soir,
place au Cabaret des années 30 dans
lequel les standards de ces années-là
sont revisités, chantés et joués par
Cristos Mitropoulos, Marc Pistolesi,
Benjamin Falletto et Mathieu
Becquerelle, membres de l’Orchestre
Formidable des Carboni. Le lendemain soir changement de décor avec
le théâtre d’Agit-Prop de Philippe
Fenwick et son Est ou Ouest -entendez par là réunification des deux
Allemagne et avènement du capitalisme- sous forme de procès d’intention.
Puis la Posada prend la route jusqu’à
Noves où a lieu Off in Noves (du 29
juin au 2 juillet), festival interdisciplinaire où se mêlent théâtre et
musique. On retrouve là leur Cabaret,
mais aussi Est ou Ouest de la cie de
l’Escale, les impros des Bonimenteurs, le Coin de la rue du groupe Vis
à Vies… En août, après la longue
escale au Off à Avignon (ils jouent
Sarvil, l’oublié de la Canebière aux
Carmes), la Posada reprend la route
pour sillonner le Queyras (05) dans
le cadre des Queyrascènes, festival
itinérant qui se pose cette année à
Abriès (le 2 août).
DO.M.
Les Tréteaux du Panier/Les Carboni
04 91 90 35 52
www.lescarboni.com
12
FESTIVALS
DANSE
À l’unisson
Ce que l'Amour me dit © BBL Francois Paolini
Le Nouveau Festival 2011 de Châteauvallon se
glisse dans les habits de la saison avec l’objectif
de rassembler un vaste public dans le grand amphithéâtre… L’été, l’esprit est à la fête et aux têtes
d’affiche internationales et intergénérationnelles.
Après avoir ouvert le bal le 1er juin avec la grande
figure malienne Salif Keita, la musique prend des
accents ibériques : d’abord pendant La Nuit du Fado
(1er juillet) qui révèle la jeune scène du blues
portugais, Cristina Branco et Antonio Zambujo à
la voix originale et à la sensualité «à fleur de cordes». Ensuite Luz Casal -découverte dans Talons
aiguilles d’Almodovar- offrira un show cinématographique baigné de cuivres et de cordes… Et, en
clôture, Les Nuits Flamenca (29 et 30 juillet)
véritable trait d’union entre la musique et la danse :
pour la 5e édition Juan Carmona convie Dorantes
Trio et Manuela Rios, Fuensanta la Moneta, Nino de
Los Reyes, Amador Rojas.
La danse tient le haut du pavé du festival qui programme The Alwin Nikolais Centennial Show (17
et 18 juin), le Malandain Ballet Biarritz de retour
à Châteauvallon avec Roméo et Juliette (8 juillet)
et le Béjart Ballet Lausanne avec Ce que l’amour
me dit, Mephisto Walzer et la nouvelle création de
son successeur Gil Roman, Syncope (22 juillet). En
première partie de soirée, le public le plus audacieux pourra découvrir le solo de l’Irlandais Colin
Dunne dans Out of Time (24 juin) et les deux pièces
sensuelles du tandem Fattoumi-Lamoureux : Walsa (solo)… ce qui relie et La danse de Pieze (1er juillet).
Théâtre et cirque, mais à dose homéopathique !
Création en résidence de la Cie du Zerep, Oncle
Gourdin, en avant-première du Festival d’Avignon
(8 juillet) et, familial et festif, le Nouveau cirque
vietnamien qui fait de Lang Toi un village universel
grâce à ses prouesses acrobatiques et musicales, et
son décor exotique (24 juin).
M.G-G.
Nouveau Festival 2011
Jusqu’au 30 juillet
Châteauvallon, Ollioules
04 94 22 02 02
www.chateauvallon.com
La matière et les corps
Comme chaque année le Centre de Développement
Chorégraphique offre, durant toute la durée du off,
une visibilité exceptionnelle aux compagnies
d’alentour : Avignon est un carrefour artistique et
géographique, et le dispositif Quand les Régions
s’en mêlent allie les financements et les énergies
de trois Régions -Rhône-Alpes, PACA, LanguedocRoussilon- et de leur DRAC respective. Ainsi des
compagnies de ces trois régions se succèdent chaque jour sur le plateau et cette année la Collectivité
territoriale de Corse et la région Piémont sont
également invitées.
Au programme, des pièces n’excédant pas une heure,
pour un à quatre danseurs. Dès 10h un trio sur le
la matière, le son et le paysage (Cie Art Mouv’,
Corse) puis à 11h30 un très beau duo masculin inspiré par une Mémoire pour l’oubli de Darwich (Kawa,
solo à deux, Rhône-Alpes), deux courts solos féminins à 13h15 (Daniele Ninarello, Piémont), et
à 14h45 un couple mixte qui travaille sur le souffle,
l’union et l’absence (Teatri del Vento, Rhône-Alpes).
La région PACA programme quant à elle deux très
belles pièces : Temps d’arrêt de Miguel Nosibor, où
il invente un hip hop d’une intelligente et intime
virtuosité (16h30) et un quatuor de Samir El Yamni,
Cyclus, joliment entrainé par la pulsion vitale de
Vivaldi (18h).
C’est la Cie Vilcanota de Bruno Pradet (Languedoc
Roussillon), familier des lieux, qui conclura chaque
Art Mouv' © Ronan Lietar
soir la programmation à 20h, avec un quatuor intitulé Des cailloux sous la peau. Pour clore une journée
de souffle, de vent, de cercles et de pierre.
AGNÈS FRESCHEL
Quand les Régions s’en mêlent
Du 10 au 23 juillet
relâches 13 et 18 juillet
04 90 82 33 12
www.hivernales-avignon.com
Voyage
en première
classe
Maria pages - Autorretrato © Hiroyuki Kawashima
Le festival de danse de Vaison-la-Romaine, pour satisfaire chaque année un
public nombreux et divers, fait appel à des valeurs sûres de la danse : le festival
aime l’excellence technique, point commun des compagnies de tous horizons
invitées à se produire dans son sublime, et immense, amphithéâtre. Virtuosité
des danseurs, et des conditions dans lesquelles ils se produisent : les lumières
et le son, malgré les aléas du plein air, sont toujours parfaits…
Le voyage autour du monde commence avec la danse d’Alvin Ailey, qui savait
évoquer la mémoire du peuple afro américain sans folklore, grâce à la légèreté
rythmée des négros spirituals, et la flamme du gospel, la nostalgie du blues.
Le Ailey II, énergique et subtil, perpétue la révolte et la perfection de sa danse
(les 8 et 9 juillet). Abou Lagraa quant à lui, avec 10 danseurs hommes du
Ballet National d’Alger, métisse son univers contemporain de hip hop sur le
lancinant Boléro, et des chants des Aurès (le 12 juillet). Sylvie Guilhem et
Akram Khan entraînent quant à eux au pays de la rencontre et de la grâce
absolue, entre Inde et Occident, mythe et modernité, accompagné par un
quintet tout aussi métissé d’excellence classique, et de voix du monde (le 16
juillet). C’est le Ballet Biarritz qui enchaînera avec le Roméo et Juliette de
Thierry Malandain : le chorégraphe perfectionniste s’est attaché à donner
corps à la passion et à la violence à travers la musique de Berlioz, exactement
là où l’amour fait mal (le 19 juillet). Après l’autoportrait flamenco de la divine
Maria Pagès, accompagnée de ses neuf musiciens (le 22 juillet), Vaison danses
se conclura avec un spectacle exceptionnel du Nouveau Cirque du Vietnam :
un pays où danse, théâtre et acrobatie ne font qu’un, et qui a su produire avec
Lang Toï un art contemporain arraché à ses rituels ancestraux, mais puisant
dans sa culture pour la donner à voir au monde, en un ballet acrobatique et
musical époustouflant (le 26 juillet).
AGNÈS FRESCHEL
Vaison danses
Du 8 au 26 juillet
Vaison la romaine (84)
04 90 28 74 74
www.vaison-danses.com
14
FESTIVALS
MUSIQUE
Vingt jours à Aix
Un point d’interrogation médiatico-lyrique plane sur
la Cour de l’Archevêché : que vaudra la prestation
de la diva française Natalie Dessay pour sa première
Violetta européenne, après Santa Fe et Tokyo où sa
prise de rôle a divisé la critique ? On ne doute pas
que sur le plan théâtral elle procurera au public du
Festival d’Aix les frissons attendus dans l’incarnation de la demi-mondaine inspirée de Dumas. On
espère seulement que ses cordes auront acquis la
«pâte» vocale attendue pour offrir à La Traviata
aixoise, en compagnie du London Symphonic Orchestra (dir. Louis Langrée), les ors espérés. À ses
côtés (elle alternera avec Irina Lungu), on entendra
l’un des meilleurs barytons français dans le rôle
paternel de Germont : Ludovic Tézier.
En parallèle au Verdi populaire, cette même prestigieuse phalange britannique, qui succède à Aix
depuis l’an dernier à la résidence du Berliner Philharmoniker, occupera la fosse pour un opus tardif de
Mozart, compositeur omniprésent à l’Archevêché
depuis la création du festival : La Clémence de Titus
sera dirigée par le chef attitré du «LSO» Sir Colin
Davis et mis en scène par David McVicar.
L’Académie Européenne de Musique servira la part
baroque de la programmation de Bernard Foccroulle
avec l’opéra pastoral Acis et Galatée (1718) d’Haendel
mis en scène au Grand St-Jean par le chorégraphe
Saburo Teshigawara (dir. Leonardo Garcia Alarcon).
Puis on entrera de plain pied dans la musique du XXe
siècle avec Le Nez (d’après Gogol) formidable opéra
de Chostakovitch mis en scène au Grand Théâtre
de Provence par William Kendridge. L’Orchestre de
l’Opéra de Lyon sera dirigé par Kazushi Ono.
Des créations
Des concerts
Le festival d’Aix propose une vingtaine de concerts
fort attractifs, balayant de nombreux genres et
styles musicaux à travers différents lieux de la ville
et alentour. On butine dans le Slam et le Groove
(mais oui !) ou les sonorités suaves du Quintette
à vent du Berliner Philharmoniker, Chostakovitch
et les cordes expertes du Jerusalem Quartett, dans
les «airs d’opéras français» chantés par Véronique
Gens avec Les Talent Lyriques de Christophe
Festival d’Aix-en-Provence
Du 5 au 25 juillet
08 20 922 923
www.festival-aix.com
L’autre rive
Le 24 juin 21h30
La Vieille charité, Marseille
04 91 00 91 31
www.musicatreize.org
JACQUES FRESCHEL
Élévations de juillet
Après ses stations initiales à la Tour Royale, le Festival estival de musique prend de la hauteur en
juillet. On grimpe à la Collégiale de Six-Fours pour
entendre le Requiem de Cimarosa et tout un programme varié par des musiciens locaux jouant «Au
profit de Pharmacie Humanitaire Internationale Var»
(1er juillet), une mise en miroir baroque des compositeurs Telemann et Vivaldi par le Florilegium de
Le poeme Harmonique © Guy Vivien
Joël Pommerat portera sur la scène du Jeu de Paume
son propre livret, Thanks to my eyes, une commande du festival dont la musique, signée Oscar Bianchi,
sera jouée en création mondiale.
On peut regretter cette création d’un auteur français en anglais… Mais comme souvent à Aix, on a
peu confiance dans le lyrisme de la langue française
alors que la manifestation, largement subventionnée par les deniers de l’État, devrait permettre
l’éclosion d’un répertoire également francophone.
On aurait pu se réjouir de l’annonce de deux représentations au Jeu de Paume d’Austerlitz, pièce
musicale et théâtrale de Jérôme Combier, mise en
scène par le vidéaste Pierre Nouvel d’après le
roman de W.G. Sebald. Cependant, cette seconde
commande aixoise (également en création mondiale)
s’annonce, a priori, plus théâtrale que lyrique.
Le Nez de Chostakovitch © Ken Howard
Rousset, chez Andreas Staier (clavecin) et Alexander
Melnikov (piano) pour des Préludes et fugues de
Bach et Chostakovitch en miroir, avec Musicatreize dans L’Autre Rive de Zad Moultaka à Sylvacane
(que l’on pourra entendre également le 24 juin à la
Vieille Charité, Marseille)…
Comme l’an passé, le LSO fera salle comble au GTP
avec Sir Colin Davis à la baguette dans la 6e symphonie de Nielsen en compagnie de Nelson Freire
au piano pour le 20e concerto de Mozart. Valery
Gergiev prendra aussi les commandes pour diriger
La Mer de Debussy et la 8e Symphonie de Chostakovitch. Compositeur décidément en exergue à Aix
en 2011, en dehors de tout anniversaire !
Londres (5 juillet), des Splendeurs du baroque
mexicain par Françoise Atlan (chant – 7 juillet), Les
Sept dernières paroles du Christ en croix de Haydn
avec Michael Lonsdale (texte de Michel Serre) et le
Quatuor Ysaÿe (9 juillet), le Poème harmonique
dirigé par Vincent Dumestre sous la direction scénique de Benjamin Lazar qui célèbrent l’esprit vénitien
au temps de Monteverdi (11 juillet), et l’on finit
avec le Chœur du Monastère Saint Alexandre Nevsky
de St-Petersbourg dans des pièces religieuses de la
tradition monastique et des œuvres sacrées de
compositeurs russes (29 juillet).
J.F.
61e Festival Estival de musique de Toulon
et sa Région
Jusqu’au 29 juillet
Collégiale St-Pierre, Six-Fours
Concerts à 21h
04 94 18 53 07
www.festivalmusiquetoulon.com
FESTIVALS 15
Philémon au cloître
Sarah Lavaud © Balazs Borocz
Depuis 7 ans le très beau cloître du Couvent des
Minimes à Pourrières (Var) accueille avec succès,
grâce à une poignée de bénévoles ardents, des
œuvres lyriques peu jouées portées par des artistes
prometteurs. Sous les marronniers séculaires se
dressent des tables pour des repas à thème, avec
vins du terroir offerts par les vignerons locaux. Un
cadre idyllique pour écouter Sarah Lavaud, pianiste
prodige née en 1982, dans un programme Beethoven,
Liszt, Janáček : le 19 juin à 19h. Le 6 juillet à 18h,
une conférence à la médiathèque de Pourrières :
Philémon et Baucis, l’archétype de l’amour éternel,
d’Ovide à La Fontaine, par Laurent Melin et Georges
Lalanne, précédera les soirées opéra des 16, 18, 20,
22 et 24 juillet sur l’ouvrage de Gounod Philémon
et Baucis. Du conte mythologique d’Ovide et de la
fable de La Fontaine, Barbier et Carré ont tiré un
livret léger et comique. Cette Production de l’Opéra
au Village permettra d’entendre des chanteurs talentueux (Bertrand di Bettino, ténor, Cyril Costanzo,
Vive la voix !
Cette 7e édition du Festival De Vives
Voix sera riche, pluriethnique, ouverte
et chaleureuse
Le 1er juillet à 20h30, les Voix citoyennes d’Alain
Aubin, contre-ténor, et de Marie Démon, contrealto, rencontrent Purcell et Dalida, Ramona et Verdi
dans l’intimité d’un salon, à la Maison du chant,
pour un cabaret lyrique émouvant.
Les 4 et 5 juillet, au Parc Longchamp à 20h, le
groupe Enco de Botte nous invite à comprendre les
chants d’amour polyphoniques de la Méditerranée.
À 20h30 le 4 juillet, compositions personnelles de
deux sœurs argentines, Las Hermanas Caronni,
entre tango chaloupé et mélodies classiques. À 22h,
Rassegna au fil du temps : chants corses, algériens,
égyptiens, napolitains… : 50 ans de chansons
revisitées.
Le 5 juillet : les Gitans Dhoad du Rajasthan, spectacle puissant au pays des Maharadjas à 20h30, et
à 22h les Chants sacrés des gitans de Provence :
guitare, chants et danse… réjouissant !
Ces vives voix finiront à la cave… à Jazz, le 7 juillet
à 20h30 (Cité de la Musique). Les Dissonantes, trio
féminin décapant, tisseront voix populaires et
contemporaines. Des stages de techniques vocales,
improvisation, chants hispaniques, latinos, corses,
occitans, diphoniques, polyphonies, polyrythmies
du Monde… seront proposés pendant le Festival
à la Maison du chant.
Voix soliste, voix plurielle,
a cappella, accompagnée,
la meilleure voie contre
l’intolérance !
Y.B.
La Maison du chant,
Marseille 1er
Du 1er au 7 juillet
04 91 62 78 57
www.lesvoiesduchant.org
basse, Jean Vendassi, baryton). Une histoire d’amour
où les amants ne sont plus transformés en arbre
comme dans le mythe, et qui renferme de belles
surprises : les deux pauvres vieillards ayant accueilli
Zeus et Vulcain sur terre retrouvent leur jeunesse…
Un couple mythique, dans lequel Baucis (Élisabeth
Aubert, soprano) est le moteur essentiel de l’intrigue. L’orchestration réduite de Frédéric Carenco
collera parfaitement au plateau. Le maître des lieux
depuis 1966, le peintre Jean de Gaspary, le chef
Luc Coadou, le metteur en scène Bernard Grimonet,
et les danseurs de la Compagnie la Parenthèse ont
hâte de partager leur passion et leurs découvertes…
YVES BERGÉ
L’Opéra au Village
Du 19 juin au 24 juillet
Couvent des Minimes Pourrières
06 98 31 42 06
www.loperaauvillage.fr
Dhoad © X-D.R.
16
FESTIVALS
MUSIQUE
Musique plectrale !
e
Le 11 Festival de guitare de Lambesc ouvrira ses
portes dans le cadre superbe du château de Pontet
Bagatelle pour une série de concerts hauts en
couleurs. Sept jours rythmés par le feulement du
médiator des plus grands artistes internationaux !
Marilyse Florid © X-D.R
Le concertiste argentin, directeur artistique, Jorge
Cardoso, personnage emblématique du festival, que
l’on pourra entendre en première partie du duo composé par Dominique Phillot et la chanteuse aux
accents slaves Severina Stozanova (le 6 juillet),
sera également à l’honneur pour le concert d’ouverture dans la Misa Criolla avec Sylvie Dagnac et la
chorale Evasion (dir. Florence Blanc - le 3 juillet).
Changement d’intonation et de territoire avec deux
soirées cadencées par des rythmes slovaques portés
par le duo flûte-guitare de Dagmar & Joseph Sapkal
avant d’apprécier le jeu de l’artiste marseillaise Marylise Florid (les 5 et 8 juillet), concerts en
alternance avec les guitaristes Eugenio Becherucci
et María Esther Guzmán (les 4 et 7 juillet). Tous les
artistes se donneront rendez-vous pour le concert
de clôture (le 9 juillet) : un beau feu d’artifice en
perspective !
CHRISTOPHE FLOQUET
11e Festival de guitare
Du 3 au 9 juillet
Lambesc
04 42 92 44 51
www.festivalguitare-lambesc.com
Une larme furtive…
Lors de la 5e édition des Nuits Musicales Sainte Victoire, on assiste derechef à la représentation d’un
opéra populaire. Après La Bohème, Madame Butterfly,
Tosca, ou La Traviata, c’est au tour de L’Elixir d’amour
de Donizetti de tenir l’affiche au pied de la SainteVictoire, au théâtre de verdure de Peynier ou vers
les Carrières de Rognes. L’orchestre, les chœurs de
l’Opéra National d’Ukraine-Lviv y sont toujours
dirigés par Grigori Penteleïtchouk, la mise en espace est signée par la basse Jean-François Vinciguerra
Pastoral
(Dulcamara) quand le casting vocal est sélectionné
par Eve Ruggieri : Sonya Yoncheva (Adina), Domenico
Menini (Nemorino), Alexandre Duhamel (Belcore)
et Yuree Jang (Gianetta).
Dame Ruggieri présente également une soirée consacrée à La Fabuleuse histoire des Castrats en compagnie
du sopraniste Fabrice di Falco et de son alter-ego
féminin, la soprano Mélanie Boisvert. Une Soirée
Tchaïkovski (Concerto pour violon, Roméo et Juliette,
Hamlet) complète la programmation.
J.F.
Grigori Penteleïtchouk © Pixeo Media
L’Elixir d’amour. Peynier, les 23 et 25 juin
et Rognes le 29 juin
Soirée Tchaïkovski. Peynier, les 24 et 26 juin
et Rognes le 30 juin
La Fabuleuse histoire des Castrats. Mimet,
le 27 juin et Vauvenargues le 28 juin
Spectacles à 21h
04 77 61 26 40
www.nuits-sainte-victoire.com
Vanessa Wagner © Balazs Borocz
e
Pour sa 4 saison, Musique à la ferme reçoit une
pléiade d’instrumentistes, pas tous en herbe… En
ces temps de sécheresse où le foin vient à manquer,
on se réjouit d’ouïr, dans la grange de la Chèvrerie
Honnoré à Lançon-de-Provence, quelques jeunes
pointures chevronnées comme les pianistes Vanessa Wagner, Hervé Billaut, le Quatuor Voce, le Trio
Karénine (avec Paloma Kouider au piano), Amanda
Favier au violon…
On retrouve l’écurie de talents des sessions précédentes, la flûtiste Emmanuelle Calà, Isabelle Durin,
Anne Gökel, Alexandre Lacour au violon, Robin
Paillette au cor, le violoncelliste Louis Rodde ou
les pianistes Jérémie Honnoré (directeur artistique), Camille Jauvion, Marina Milinkovitch, Iren
Seleljo dans de belles pièces de musique de chambre balayant différents styles : de Piazzolla à Fauré,
de Schubert à Villa-Lobos… Deux soirées sont
gratuites : Tangos par le SpiriTango Quartet (le 13
juillet - 04 90 45 47 47) dans le jardin de la maison
de retraite Saint-Jean à La Fare-les-Oliviers et Les
songes de Hialmar, conte d’Andersen, raconté par
François Castang à la médiathèque du Roulage,
d’après une œuvre de Florent Schmitt pour piano à
quatre mains (le 15 juillet - 04 90 42 98 30)
J.F.
Musique à la Ferme
Du 12 au 19 juillet
Lançon-de-Provence
06 49 87 22 63
www.musiquealaferme.com
L’esprit Mozart
La Tournée d’été de l’Orchestre Philharmonique du
Pays d’Aix, propose, sous la direction de Jacques
Chalmeau, une série de dix concerts à travers les
cités du Pays de Cézanne. Au dessus de l’incipit
Mozart for ever plane l’esprit de Wolfgang : un
souffle qui devrait migrer des pupitres instrumentaux
vers un public friand de manifestations estivales
gratuites.
Le programme s’articule autour de la Symphonie n°41
«Jupiter» modèle de classicisme, solaire et brillant,
éminemment architecturé, mais dont le style conserve son absolue évidence, accessible et puissant. On
sait la passion qu’éprouvait Tchaïkovski pour la
musique de l’époque classique et en particulier de
Mozart. Son influence est flagrante dans ses Variations
Rococo, cheval de bataille virtuose des violoncellistes.
La phalange méridionale s’étant tournée vers l’Est… y
reste avec Dvorak et sa Suite Tchèque. Une musique
slave qui mêle adroitement divers thèmes de cette
Europe centrale proche du cœur du Salzbourgeois !
L’élégance s’y double d’une rigueur, d’une l’harmonie emprunte également au classicisme mozartien.
J.F.
AIX. Le 21 juin Théâtre de Verdure
JOUQUES. Le 22 juin Cour de l’Ecole Maternelle
MIMET. Le 25 juin Château-Bas
LA ROQUE D’ANTHERON. Le 26 juin Cour de l’Ecole
BOUC-BEL-AIR. Le 29 juin Jardins d’Albertas
CABRIÈS. Le 30 juin La Trébillane
LE THOLONET. Le 2 juillet Château du Tholonet
COUDOUX. Le 3 juillet Château de Garidel
TRETS. Le 6 juillet Cour du Château
Concerts à 21h30
www.legrandtheatre.net
FESTIVALS 17
Mémoire vive
Le VIe Festival des Musiques Interdites investira début
juillet le superbe château de la campagne Pastré,
lieu emblématique de résistance face aux régimes
totalitaires. En partenariat avec l’Opéra municipal
de Marseille et le Forum Culturel Autrichien à Paris,
la programmation concoctée par Michel Pastore
s’annonce passionnante et singulière. Du 7 au 9
juillet seront mis à l’honneur des œuvres de compositeurs «bannis» par le régime nazi comme Mahler,
Glanzberg et Weill. En ouverture du festival, les
Kindertotenlieder et l’adagio de la 10e symphonie
célèbreront le centenaire de la disparation de Mahler.
Accompagnés par l’Orchestre Symphonique de Marseille dirigé par Johan Farjot, la mezzo Marie-Ange
Mathias Hausmann © Wilfried Hosl, 2010
Todorovitch, le baryton Mathias Hausmann et le
slameur Abd Al Malik croiseront le verbe chanté ou
récités en se jouant des frontières artistiques (le 7
juillet à 21h45). Exilés sous le IIIe Reich, Glanzberg
(dont le fils est invité d’honneur du festival) et Weill
seront à l’affiche le lendemain dans les très émouvantes Paroles d’exil (dir. Antoine Marguier). La soprano
Emilie Pictet donnera le change à la spécialiste du
genre Ute Gfrerer au cœur des textes déclamés par
Anouk Grinberg (le 8 à 21h45).
Le festival se conclura par une nocturne, dédiée à
Lili Pastré, mécène et protectrice des arts qui a tant
œuvré «pour que l’esprit vive», et régulée par Frédéric Lodéon. Sous sa gouaille appréciée des mélomanes,
de nombreux pianistes et chambristes de grande
qualité se succèderont jusqu’à l’aube dans des
pièces de Denisov, Schnittke, Korngold, Schreker,
Antheil, Hindemith, Messiaen… De quoi faire perdurer cette mémoire jusqu’au bout de la nuit à la
découverte de pièces surprenantes dans un lieu
d’exception.
FRÉDÉRIC ISOLETTA
Préparez
vos cimes !
S’il vous prend l’envie de vous acheminer cet été
vers les vallées alpines, prévoyez de faire un tour au
festival de Chaillol. Avec neuf programmes et 28
concerts, ce festival de toutes les musiques, classiques, du monde, jazz, anime le territoire du
Champsaur et des Écrins de concerts variés. Si
Julien Dieudegard et Laurent Wagschal s’attaquent à l’intégrale des sonates violon piano de
Beethoven, on écoutera aussi de la musique argentine (Alter Quintet), du tango traditionnel (Flor
de Lines), de la musique orientale (Ahmad AlKhatib et Youssef Hbeisch, oud et percussions),
Tribute to Bill Evans par le trio Manuel Rocheman… Et une jeune génération de musiciennes
classiques plus que prometteuses sera également
présente : Hélène Tysman pour un récital (piano)
et le formidable Quatuor Ardeo…
Nous reviendrons sur ce festival original, mais préparez d’ores et déjà vos destinations de vacances…
A.F.
Festival des Musiques Interdites
Du 7 au 9 juillet au Château Pastré
09 62 61 79 19
www.musiques-interdites.eu
Espace culture
04 96 11 04 61
Festival de Chaillol
Du 17 juillet au 12 août
04 92 50 48 19
http://festivaldechaillol.billet-web.com
18
FESTIVALS
MUSIQUE
Balade provençale en musiques
Du 29 juin au 16 octobre, un festival
riche et de qualité mêle concerts et
gastronomie locale dans toute la région : plus de 20 concerts, classique,
jazz, musiques du monde, et une
démarche créative permanente : les
Floraisons Musicales offrent de surcroît
aux jeunes vainqueurs de prestigieux
Concours l’occasion de débuter leur
carrière dans les meilleures conditions.
Un survol pour aiguiser des envies de
belles rencontres ? Le 29 juin à Châteauneuf-du Pape le Quatuor Ludwig
accompagne Alain Carré en récitant
pour une lecture de Dernière lettre à
Théo, immersion visuelle et auditive
dans l’univers du peintre Vincent Van
Gogh. Le 2 juillet à 18h un programme Autour du piano. Le 9 juillet c’est
à Boulbon que se produira, à 21h30
au Parc de la Révolution, l’Orchestre
Symphonique de Louvain La Neuve,
direction Philippe Gérard, avec Antonio
Di Cristofano au piano. Le 11 juillet à
21h30 à Moustiers-Sainte-Marie du
Jazz manouche avec le Harp’s Wings
Trio. Le 16 juillet, à 21h30, Pierre Hommage au violon et Daniele Alberti au
piano interprèteront Les grandes
sonates de Beethoven… Puis les Floraisons reprendront en septembre avec
des Chansons espagnoles et Zarzuela,
un récital de Nemanja Radulovic…
Car exigence et convivialité semblent
être un leitmotiv pour le directeur
artistique Pierre Hommage !
YVES BERGÉ
© Charlotte Coudert
Les Floraisons Musicales
04 90 303 600
www.lesfloraisonsmusicales.com
Comme des Pros !
Francois-Xavier Roth © Celine Gaudier
Depuis 2010 le Festival d’Aix-en-Provence, en collaboration avec le London Symphony Orchestra (LSO),
a créé une Académie d’Orchestre pour accueillir les
musiciens de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée. Initiative qui ouvre de nouveaux horizons
dans le cadre d’un dialogue interculturel entre les
pays du Bassin méditerranéen et même au-delà puis-
s’associe à la transmission des connaissances et aux
actions de médiation. Cette année l’Académie
d’Orchestre va plus loin en proposant à 13 membres
de l’OJM d’intégrer l’ensemble qui interprète la
musique de scène de La Traviata : 10 répétitions et
10 représentations seront données et les jeunes
interprètes ont pour cela un contrat de travail !
que quelques jeunes viennent des États-Unis : l’OJM,
depuis qu’il collabore avec le LSO, recrute de jeunes
instrumentistes méditerranéens d’un très bon niveau,
attiré par ce tutorat prestigieux, et par la direction
de François-Xavier Roth.
Pour la session de l’été 2011, 93 jeunes musiciens
recrutés dans les conservatoires de 16 pays sont
réunis pour une expérience unique : vivre la vie
d’un orchestre symphonique avec répétitions et
représentations. L’orchestre sera encadré par 9
musiciens du LSO. Lors de la conférence de presse,
Bernard Foccroulle, directeur du Festival d’Aix,
évoque avec plaisir un autre tutorat : les actions
d’insertion professionnelle menées par des membres de l’OJM en direction des juniors. Une dizaine
de musiciens-relais, ayant déjà une solide pratique
orchestrale grâce aux sessions de répétitions
intensives de l’OJM, jouent le rôle de tuteurs auprès
des musiciens-juniors qui n’ont pas encore 4 ans
d’expérience. Ainsi, l’excellence de la pratique
CHRIS BOURGUE
Orchestres des jeunes
de la méditerranée
Le 25 juillet
GTP - Festival d’Aix-en-Provence
Le 26 juillet
Palais Princier de Monaco
Le 27 juillet
Théâtre Sylvain – Marseille
La représentation de La Traviata (voir p 14)
sera retransmise en direct au Théâtre Sylvain
sur écran géant le 16 juillet
La musique parle
Côté Cour : cinq spectacles en juillet
pour un pèlerinage essentiel sur l’harmonie des sons et du texte
Carla Pires © Alexandre Almeida - kameraphoto
Le 9 juillet, Musée Granet : l’Ensemble des Pays
catalans de François Ragot -7 violoncelles, 1 contrebasse, et Lucie Roche, mezzo-soprano- voyage de
l’unisson syllabique médiéval à la vocalité baroque,
Tutti Bassi. Le 17 juillet, DjazzOratorio, une création
au Cloître des Oblats. Sudameris de Robert Rossignol, l’Ensemble vocal de Marylène Olivier et le
slameur Aïssa Malouk pour une féérie soul, gospel,
jazz, avec et clins d’œil classiques.
Le 19 juillet, La lettre dans l’art lyrique, une autre
création aux Oblats : les solistes du Cnipal et JeanClaude Nieto, comédien explorent la lettre chantée,
du XIIIe au XXe.
Le 24 juillet, Récital de Fado aux Oblats. Carla
Pires offre sa voix aux multiples couleurs, accompagnée d’un trio de guitares.
Le 27 juillet, A Shakespeare Fantaisy, création
dans la Cour de l’hôtel de Ville. Le comédien Jacques Chambon, la voix de Théophile Alexandre, et
les musiciens baroques croisent les itinéraires
passionnés de Purcell et Shakespeare.
Ce jeune Festival déploie une programmation
intéressante : les places à 22€ et la dialectique
Parole et Musique brassant les époques et les
genres, sont l’assurance d’un beau succès.
Y.B.
Festival Côté Cour
Aix-en-Provence
Du 9 au 27 juillet
concerts à 21h15
06 83 60 19 80
www.festival-cotecour.org
FESTIVALS
MUSIQUE
Plus gros que le bœuf
Le festival Jazz des 5
continents n’a plus rien
de la petite grenouille !
Désormais aussi grosse que les plus prestigieux festivals jazz de la région, sa douzième édition s’impose
avec 8 jours de concerts. En douze ans le festival
est passé de 5000 spectateurs en 5 concerts à 25
000 spectateurs l’an dernier, à guichets fermés sur
le site de Longchamp, limité à 4000 personnes. Le
tout pour des soirées qui alignent deux, voire trois
concerts, avec des pass et des tarifs très abordables, une gratuité pour les enfants et un tram
qui cette année restera en service toute la nuit…
Ainsi, grâce à ce succès et malgré un prix des places modique par rapport aux festivals de Juan les
Pins ou Nice, le FJ5C aligne 52% de recettes propres en billetterie (430 000 €) et partenariats (140
000€) sur 1.1 Md’€ de budget (520 000 € de
subventions dont 470 000 de la Ville de
Marseille).
Au programme !
Une nouveauté cette année : un concert «assis»
dans l’auditorium du Pharo :
David Murray et le Cuban
Ensemble jouent du Nat King
Cole le 19 juillet. Avant
cela, le 18 juillet,
comme lors des dernières éditions,
un concert
gratuit
.
R
D.
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ille
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ar
M
sur le Cours d’Estienne D’Orves, avec deux formations marseillaises, Macadam Transfert en ouverture
et les Accoules sax pour finir la nuit… Entretemps,
Virginie Teychené, une des très belles jeunes voix
du jazz français, qui a déjà fait vibrer Juan les Pins
et Marciac… Puis le festival s’installe dans les
Jardins du Palais Longchamp, avec une pléiade
d’événements : Herbie Hancock, Wayne Shorter
et Marcus Miller, le 20 juillet, rendront hommage
à Miles Davis… précédé du jazz africain du Ray
Lema trio… Le 21 deux quartet de rêve : la musique éclectique d’Erik Truffaz ouvrira la soirée à
Ahmad Jamal… Le 22 David Krakauer pour une
session klezmer, avant le jazz jamaïcain de Monty
Alexander, accompagné par l’orchestre HarlemKingston express. Le 23 on retrouvera la liberté
d’Ahmad Compaoré en trio, avec un guitariste et
un bassiste américains : Marc Ribot et Jamaaladeen Tacuma, avant la formation sax trombone and
drums des Trombone Shorty, venus de la
Nouvelle Orléans, pour finir, troisième concert en ce samedi,
par la basse magique de Larry Graham.
Le festival persiste et signe
en deuxième semaine,
avec le 25 juillet la
chanteuse coréenne
Youn Sun Nah
accompagnée par son
guitariste puis la trompette de légende de Wynton
Marsalis, accompagné par le Lincoln
Center orchestra. Pour finir le 26, un
jazz mâtiné de tradition méditerranéenne, avec Dhafer Youssef et Tigran
Hamasyan puis… Return Forever 4, avec les
retrouvailles exceptionnelles d’une formation
qui inventa puis mythifia le jazz-rock fusion dans
les années 70 : Chick Corea, Stanley Clarke,
Lenny White, Jean-Luc Ponty et Franck Gambale ! Le concert à ne pas manquer, si vous avez
la légèreté de manquer les autres…
Le festival organise également une kyrielle d’événements périphériques, conférences musicales,
projections et expositions à l’Alcazar, bornes
d’écoute chez les commerçants du centre-ville, bœufs
au Radisson Blue hôtel…
AGNÈS FRESCHEL
Festival de Jazz
des 5 continents
Du 18 au 26 juillet
04 95 09 32 57
www.fj5c.com
Ahmad Jamal
© X-D.R.
Signe de
connivence
Joachim Kuhn, Ramon Lopez et Majid Bekkas © Lutz Voigtlaender
20
C’est l’association Charlie Free qui
envoie les premiers signes annonciateurs des festivals de jazz dans notre
région. De nombreux concerts en trois
soirées pleines d’excellentes surprises.
Au tout début de juillet, au Domaine
de Fontblanche à Vitrolles, on pourra d’abord entendre le saxophoniste
légendaire Charles Lloyd et son New
Quartet qui apportera l’expérience de
sa longue carrière avec des ballades
issues de son dernier enregistrement,
Mirror. Puis un trio aussi improbable
que magique avec l’immense pianiste
Joachim Kühn, le percussionniste
Ramon Lopez, et Majid Bekkas au
chant, au oud et au guembri. Enfin
l’Orchestre National de Jazz. Fanfares et compagnies seront aussi là
pour une mise en oreilles ludique ou
sensible d’avant concerts : les soirées
chez Charlie commencent tôt, et ne
finissent plus… D’autres talents seront
présents dont l’excellente formation
Méandres ainsi que Sidony Box, Musica Nuda ou encore Retroviseur. Le
festival allie également les charmes
d’une vraie convivialité et les efforts
réitérés d’une organisation bien huilée, inscrite depuis l’an passé sous le
label du développement durable.
Claude Gravier, président de l’association, ne manquera pas d’ajouter sa
note d’ambassadeur des connivences
entre artistes et public. Trois soirées
d’émotions intenses garanties... Qui
prétendra encore que le jazz est
élitiste ?
DAN WARZY
Charlie Jazz Festival
Du 1er au 3 juillet
Vitrolles
04 42 796 360
www.charliejazzfestival.com
FESTIVALS
21
Navette pour le Paradis
Le Fort Sainte Agathe sera le point chaud des soirées
de concert de la 10e édition de Jazz à Porquerolles
Le festival accueillera cette année
Archie Shepp, Charles Lloyd, Chucho
Valdès, Louis Sclavis, Aldo Romano,
Henri Texier, André Minvielle et encore Marion Rampal, Sarah Quintana,
les Krakens, Los Gojats... Ces artistes
de la scène internationale ouvriront
la route de cet espace paradisiaque
vers le ciel étoilé pour marquer notre
mémoire d’un merveilleux moment de
jazz. À vivra également durant la
journée au travers de rencontres avec
les artistes, des sirènes, une exposition, des lectures, un bain en fanfare,
ou encore une jam-session…
Ca-nonge & Michel Zenino / Alain
Jean Marie Biguine, Reflections
invite Ju-lien Lourau (11/7)
Gnawa Fire Music avec Archie Shepp
(12/7)
Charles Lloyd 4tet (13/7)
Chucho Valdès & Archie Shepp
Afro-cuban Project (14/7)
André Minvielle & Lionel Suarez duo /
La vie d’Issiba par André Minvielle
6tet (15/7)
DAN WARZY
La traversée en bateau
est comprise dans le prix du billet.
Au programme
Kempachy 6tet / Stefano Bollani
Ciné-concert (9/7)
Aldo Romano, Danilo Rea, Rosario
Bonaccorso Trio / Sclavis, Texier,
Le Querrec, Romano Quartet (10/7)
Nuit du piano antillais avec Mario
Tous les concerts au Fort Ste Agathe
sont à 21h
Jazz à Porquerolles
Du 9 au 15 juillet
0631 798 190
www.jazzaporquerolles.org
Romano, Sclavis, Texier, Le Querrec © Sergine Laloux
et après…
Avant Jazz à Tout Var en août, les
Varois pourront aussitôt enchainer
avec le festival Jazz à Toulon :
Rhoda Scott, Lavelle / Soul sisters
(15/7), China Moses & Raphaël
Lemonnier (16/7), Sweet System
(18/7), Deborah Seffer Group (19/7,)
Florence Fourcade 4tet (20/7), Sarah
Murcia/Caroline (21/7), Ana Popovic
(22/7), Liz McComb (23/7).
Apéro-Jazz en divers point de la Ville
du 16/7 au 24/7 à 17h30 ou 18h30.
Tous les concerts à 21h30.
D.W.
Jazz à Toulon
Du 15 au 24 juillet
04 94 09 71 00
www.jazzatoulon.com
22
FESTIVALS
MUSIQUE
Frioul Party
The Vegetable Orchestra © Zoe fotografie
Hors du temps et en pleine mer, voici les caractéristiques premières du Festival MIMI qui égrènera du
7 au 10 juillet sa 26e édition ! Et si vous n’avez jamais
osé sauter dans la navette du vieux port en direction des Îles du Frioul pour y passer une partie de
la nuit, il est temps de profiter de ce moment unique
où se côtoient culture et site d’exception. Durant
ces quatre nuits aussi étranges qu’attirantes, les
vieilles pierres de l’Hôpital Caroline ne vont pas
aller jusqu’à se trémousser mais… la Nuit Rouge
et Noir (7) commence avec les britanniques Chris
& Cosey, réminiscences provocatrices sadomaso-
Renaissance
Le Théâtre Silvain niché dans le Vallon de la Fausse Monnaie affiche de
faux airs tragiques : dans l’amphithéâtre faussement antique, les pins
abritent à peine du soleil brûlant et
de la fraîcheur vespérale de la Corniche, à deux pas. Mais non pas de ses
voisins, célèbres autrefois pour balan-
cer leurs sonos à fond durant les
spectacles… Depuis trois ans, le lieu
magique sort de sa Sylve dormante
pour proposer concerts et projections :
«Nous programmons en concertation
avec les habitants, en leur offrant des
soirées gratuites, qui ne finissent pas
trop tard, sans musique amplifiée, et
chistes des années 70, mais pour que la nuit soit
complètement noire il faudra compter sur l’hétéroclite Sarangy Strings Soundsystem. Autour des
compétences de l’Ensemble Musiques Nouvelles
et du violoncelliste Jean-Paul Dessy (récemment
entendu avec l’ensemble Télémaque aux ABD) s’agrège
un maître de violon indien, un as de l’électronique…
Après cette première nocturne, place à la Nuit des
Belles Plantes (8) où dialogueront la marseillaise
Emilie Lesbros, la harpiste Rafaëlle Rinaudo et la
violoncelliste Julia Kent avant de laisser la place
à l’improbable Vegetable Orchestra.
La Nuit contre le Truc Bidon (9) s’illuminera de la
présence de la sirène post-folk Emmanuelle Parrenin et du spoken-words des Last Poets. Quant à la
Nuit des Fondus (10), c’est le Congo qui est à l’honneur avec Faustin Linyekula et Flamme Kapaya
(chorégraphie et guitare) pour un «more, more,
more… future» à ne pas rater. Avant de rejoindre la
dernière navette, Secret Chiefs 3 et ses multiples
influences rock & ’n roll aura clôturé ce festival
insulaire, qui s’annonce explosif.
FRÉDÉRIC ISOLETTA
Festival Mimi
du 7 au 10 juillet
04 95 04 95 50
http://mimifestival2011.amicentre.biz
Richard Galliano © Emmanuel Ducoulombier
pour lesquelles nous organisons des
transports pour éviter les problèmes de
garage», explique Patrick Mennucci,
maire de ce secteur marseillais qui
aime sa tranquillité. Effectivement
des navettes sont prévues au retour,
des trajets en bateau depuis le Vieux
Port, des parkings deux roues… et
pour la tranquillité de tous l’essentiel
de la programmation reste du cinéma
(voir p 62). Avec quelques temps forts
musicaux, en acoustique ou peu s’en
faut : l’accordéon de Richard Galliano (le 11 juillet), la nuit de la guitare
de Bireli Lagrene et Sylvain Luc (le 4
août), le violon d’Ivry Gitlis qui vibre
plus que jamais (le 10 août), La
Traviata d’Aix-en-Pce en retransmission gratuite (le 16 juillet). À ne pas
rater : l’Orchestre des Jeunes de la
Méditerranée (voir p18) et Le grand C
de la Cie XY, un spectacle de portés
acrobatiques absolument époustouflant, le 18 juin. Les pique-niques sont
bienvenus, et la buvette est
abordable !
AGNÈS FRESCHEL
Saison du Théâtre Silvain
Marseille 7e
www.capsur2013.fr
Signes
de Fête
Chaque année en juin les villes et leurs
quartiers organisent des fêtes populaires, plus ou moins participatives,
offrant aux habitants des moments à
partager culturelles… Depuis 5 ans
la Fête Bleue est un signe de l’arrivée de l’été : durant trois jours les
Marseillais sont conviés à produire et
consommer… du bleu ! Ce qui peut
paraître un signe de ralliement un
peu vain, symbole d’une identité qu’on
ne sait définir… mais qui donne
chaque année lieu à des initiatives
citoyennes, et à quelques spectacles
de qualité diverse sur la Place Bargemon. Au menu cette année, la Soirée
Bleue Podium FG avec Dj’s de qualité
aux platines, Bob Sinclar en tête, la
Guinguette moderne du Cours Julien,
de la danse avec la cie Acontretemps
et ACODanse, les visites de l’Office de
tourisme de Marseille avec dress code
bleu obligatoire, parcours pedestre
sur le thème du développement
durable organisé par la Jeune
Chambre Economique de Marseille
dans le Parc Borely…
La Fête bleue
Du 24 au 26 juin
04 91 31 49 79
www.fetebleue.com
En chanté
Swing Singers © La Musique Enchantée
Nouvelle édition du festival Est’ival les
Musicales de la Moline, où la diversité
est au rendez vous dans le site paysager champêtre de 11 hectares du Parc
de la Moline. En après-midi ou soirée, petits et grands y trouveront des
violoncellistes (avec l’école de violoncelle de La Valentine, le 18 juin), du
jazz (avec le Garfield High School
Jazz Band le 2 juillet), l’Orchestre
philharmonique de Provence (le 1er
juillet), des groupes folkloriques (du
Népal, de Finlande et de Moldavie)
lors du 47e festival international de
folklore de Château Gombert (le 4
juillet) et du gospel, en clôture, avec
le Très grand groupe de gospel dirigé par Cyrille Martial (le 8 juillet). A
noter, le 20 juin à 20h30, l’associa-
tion La Musique Enchantée dispose
d’une carte blanche avec 4 ensembles
vocaux dont les Swing Singers, un
groupe peu ordinaire : dirigé depuis
10 ans par Fabienne Zaoui et Didier
Normand, cet ensemble vocal de
Marseille permet à un public amateur
de s’initier à la pratique vocale du jazz,
très agréable. En accès libre entièrement gratuit, cet «accès à la culture
pour tous» est soutenu par la mairie
des 11e et 12e arrondissements.
DE.M.
Est’ival Les Musicales de la Moline
Jusqu’au 8 juillet
Parc de la Moline, Marseille 12e
04 91 14 62 78
www.marseille.fr
En langue d’Oc
À l’occasion du dernier week-end de
juin (25 et 26), la régie culturelle PACA
organise une manifestation nouvelle
dans un lieu connu de tous dans le
cadre de la Fête bleue : dans les jardins du Palais Longchamp, Marseille
sonnera occitan avec L’Assemblade !
Quatorze ensembles musicaux se croiseront dans une ambiance très festive
et conviviale pour dire, chanter, et
danser la Provence aujourd’hui. Mais
une Provence qui ne serait pas cantonnée à ses frontières administratives, un
pays d’Oc retrouvé au sens large, géographiquement et artistiquement :
Rhodanienne, Piémontaise et traversant même la Méditerranée pour
naviguer des chants de troubadours
aux musiques d’aujourd’hui.
Deux soirées de 18h à minuit pour retrouver la vocation marseillaise de
traditions occitanes et méditerranéennes aux sons d’ensembles d’aujourd’hui,
reconnus ou à découvrir : Lo Cor de la
Plana, Nekouda, Moussu T e Lei Jovents, Lou Dalfin, Lo Cepon…
FRÉDÉRIC ISOLETTA
L’Assemblade
les 25 et 26 juin
www.laregie-paca.com
© Lo Cor de la Plana
24
FESTIVALS
MUSIQUE
Richesses musicales
La 6e édition des Musicales s’est installée sur les
places et parvis et dans les théâtres de verdure du
territoire d’Agglopole Provence, en partenariat avec
le café-Musiques le Portail Coucou et l’Institut
musical de formation professionnelle (IMFP) à
Salon. Rendez-vous gratuits, en fin d’après-midi ou
soirée, qui permettent à des artistes régionaux de
se produire, et parmi eux quelques artistes locaux
qui pour certains ne vous sont plus inconnus : Toko
Blaze, l’«urban griot» marseillais mêlera son raggareggae bondissant à l’électro rock chanté en
Bambara du groupe Electro Bamako (le 17 juin à la
Barben), l’IMFP Big Band dans un répertoire jazz
marseillaises, jazz blues et swing manouche (le 1er
juillet à Lançon et le 2 juillet à Velaux)… Mais
aussi la musique brésilienne de Paolo Da Luz (le 25
juin à Pelissanne et le 1er juillet à Vernègues), la
salsa de La Guagua (le 2 juillet à Aurons), le jazz
manouche de Tzwing (le 2 juillet à Salon)…
des années 50 à nos jours (le 24 juin à Alleins),
Les Chapacans, quintet jazz qui mélange opérettes
Electro Bamako © X-D.R.
DO.M.
Jours de fête
En juillet, à Port-Saint-Louis, les mercredis sont
animés ! Initiés par le Centre national des arts de
la rue Le Citron Jaune en partenariat avec la Ville,
les Mercredis du port proposent une programmation
éclectique qui mêle théâtre de rue, musique et arts
Les Musicales d’Agglopole Provence
Jusqu’au 12 juillet
Divers lieux
04 90 44 77 41
www.agglopole-provence.fr
Musique
en plein air
circassiens, et, pour des à-côtés tout aussi agréables, de quoi se sustenter entre les spectacles. Entre
autres réjouissances, les réunionnais de Cirquons
Flex proposent d’aller voir De l’autre côté avec trapèze, mât chinois, roue Cyr accompagnés de Fred
Nevchehirlian ; le Cirque Inextremiste emporte tout
le monde dans son délire acrobatique avec sauts
aériens sur trampoline et marche verticale… ; le
petit cirque sans chapiteau de Makadam Kanibal ;
la musique colombienne de la Cumbiamba Parrandera ; la fanfare indienne Jaipur Kawa Brass Band ;
sans oublier l’installation monumentale faite de
bois de La générale des feux, Pharos, dressée tel
un phare dès le premier mercredi, et qui, en clôture,
s’embrasera lors d’une «mise en pyrographie»
majestueuse…
Pharos © X-D.R.
Deux grandes dates à retenir pour la version 2011 de
Musiques à Gardanne : le 25 juin avec Abd Al Malik
et le 1er juillet avec Nicolas Peyrac. C’est le grand
écart proposé cette année, qui a le mérite de rassembler deux générations de chanteurs français,
deux styles très différents mais qui devraient attirer
les foules. D’autant que les soirées (toutes deux
gratuites !) en question accueillent aussi d’autres
artistes : le 25 juin, dès 19h15, l’ensemble Les
Festes d’Orphée ouvriront les festivités sur le Parvis
de l’église, précédant Yusik, duo pop / reggae,
Aéroplane et son blues rock au service de reprises
des années 70 à nos jours et le groupe sOLAt, vainqueur du Tremplin local Courte-échelle, en 1re partie
d’Abd Al Malik que l’on ne présente plus (sur le
parking Savine). Le 1er juillet, le duo Soul Stuff
chauffera la scène avant l’arrivée de Nicolas Peyrac,
en grande forme depuis la sortie de son dernier
album, Case départ, en 2009 (à Biver).
Les Mercredis du Port
Les 6, 13, 20 et 27 juillet
Le Citron Jaune / Ilotopie, Port-Saint-Louis
04 42 48 40 04
www.lecitronjaune.com
Musiques à Gardanne
Les 25 juin et 1er juillet
04 42 51 79 00
www.ville-gardanne.fr
L’Association Méditerranéenne d’Echanges Internationaux (AMEI) organise depuis 1996 le Festival
Musique en Vacances à la Ciotat. L’objectif est de
favoriser la diffusion musicale et de permettre aux
plus démunis de participer à l’événement grâce à
une politique tarifaire sociale et des concerts sous
invitations. Ainsi, 10 concerts sur 17 seront accessibles gratuitement dans une grande diversité lieux
(théâtres, églises, salle des fêtes mais également
squares, places et rues). Un festival qui réunit des
artistes du grand répertoire classique mais également contemporain, du jeune lauréat à la grande
Opera Molotov © Aliette Cosset
formation symphonique. Plusieurs temps forts
rythmeront cette 16e édition avec notamment des
soirées consacrées à l’année du Mexique en France,
une conférence concert d’Hervé Deroeux, une
soirée de prestige dans le cadre du bicentenaire de
la naissance de Franz Liszt et la très belle pièce de
Frédéric Flamand, Métamorphoses, interprétée par
Ballet National de Marseille. Récitals classiques,
voire «lyrico-déjanté-allumé» avec le duo de l’Opéra
Molotov, musique de chambre mais également jazz,
polyphonies corses et bulgares, gospel et musiques
du monde animeront les soirées. La guitare sera
mise à l’honneur avec le spectacle Etat d’âme de la
guitare. Une programmation «off», pendant la journée, proposera des animations, parades et apéritifs
concerts dans les rues et places et le traditionnel
Feu d’artifice musical clôturera les festivités.
DE.M.
XVIe Festival Musique en Vacances
Du 13 au 26 juillet
La Ciotat
04 42 83 08 08
http://amei-festival-laciotat.com
Abd Al Malik © BFC
La Ciotat bat la musique
26
FESTIVALS
MUSIQUE
Arles à la folie
Pendant une semaine,
quelques 60 000
festivaliers s’invitent
à la rencontre de 200
artistes, pour un moment
unique de musiques
du monde !
Que ce soit au Théâtre Antique, à
l’espace Van Gogh, la cour de l’Archevêché, au parc des Ateliers… chaque
programme est pensé avec soin pour
l’échelle de chaque lieu, et toute la
cité arlésienne, de 10h à 4h du matin,
vit au rythme de cette grande fête populaire qui sait être artistique. Et
complète parfaitement les Rencontres
Internationales de la Photographie
et les Voies Off qui occupent les journées arlésiennes (voir p 73).
Cette 16e édition du festival Les Suds
se dirigera à la fois vers l’Orient et
l’Occident, en s’affranchissant de toute
frontière. Beirut, folk rock américain
et musiques balkaniques, SoCalled,
hip hop Yiddish, les cordes rock de
Rodolph Burger, l’oud électrique de
l’excellent Medhi Haddab, le trio
Théron-Chemirani-Abdallah (Provence-Iran-Egypte)… Le menu est
incroyablement appétissant et offre
une diversité singulière alliée à une
très grande qualité.
Beirut
© Samuel
Kirszenbaum
Le
dialogue
des
cultures
Bien sûr, la Méditerranée est toujours
au cœur d’un propos qui n’a pas attendu les récentes modes, et sait ne
pas s’y restreindre, offrant de nouvelles perspectives plus attrayantes
les unes que les autres.
Les Suds
Du 11 au 17 juillet
Arles
04 90 96 06 27
www.suds-arles.com
FRÉDÉRIC ISOLETTA
Watcha Clan © X-D.R.
What
do you
want ?
Beat Assaillant © Vincent Catala
Dans le cadre d’exception de l’Étang
des Aulnes, à deux pas de SaintMartin-de-Crau, la première édition
du festival Want en terre camarguaise verra le jour les 8 et 9 juillet. Assis
dans l’herbe au bord de l’eau ou au
pied de la scène, chacun vivra à sa
façon une programmation variée de
grande qualité. Fred Nevchehirlian,
bien connu dans la région, croisera
lors de la première soirée le folk
d’Herman Düne alors que le lendemain sera rythmé par la pulse intense
de Beat Assaillant, à redécouvrir
après le succès de Marsatac, sans
compter Tiken Jah Fakoly, Deluxe…
Le magnifique écrin de verdure
camarguais s’attend à une naissance
festive et jubilatoire !
F.I
Herman Dune © Estelle Hanania
Festival Want
8 et 9 juillet
Saint-Martin-de-Crau
04 96 17 57 26
www.want-festival.fr
18e édition pour le festival des Nuits
Métis du 17 au 21 juin, accueilli depuis 2009 par la Ville de Miramas, et
du beau monde sur le plateau ! Entre
autres, les grenoblois de Sinsemilia
(18/6), les membres de Massilia Moussu T é lei Jovents (19/6), les toujours
appréciés, forts de leur succès à Babel
Med Music, Watcha Clan Méditerranée (20/6). Et les déjantés Sergent
Garcia, de retour sur la scène nationale (21/6), animeront un intense
vivier culturel autour de contributions
algériennes, suédoises et ougandaises. Entre le plan d’eau Saint-Suspi
et le centre ville, il fera bon tisser à
l’envie les croisements endiablés d’un
métissage toujours plus fort et
exigeant, et surtout incroyablement
festif.
FI
Les Nuits Métis
du 17 au 21 juin
Miramas
04 90 17 48 38
www.nuitsmetismiramas.fr
Place aux Escapades
Amsterdan Klezmer Band © Amsterdam Klezmer Band
Après les Festives de Font Robert, voici
un nouveau rendez-vous estival de
musiques d’ici et d’ailleurs avec Les
Escapades. Le concept de l’événement
festif et populaire, revu en profondeur par les élus et les organisateurs,
dont le Théâtre Durance, repose sur un
itinéraire au cœur du territoire pour
faire connaître les artistes émergents
de la musique actuelle, en programmant sur 3 jours des concerts de
qualité gratuits. Le 7 juillet, au cœur
du village de Peyruis, la fanfare balkano-turque Haïdouti Orkestar ouvre
le festival avec une déambulation
explosive et jubilatoire sous le signe
du partage et de la fête pour finir par
un concert place de la République. Le
8 juillet à Château-Arnoux, place aux
musiques d’Europe de l’Est avec Amsterdam Klezmer band, un mélange
éclatant des sons d’Europe de l’Est et
de cuivres de fanfares balkaniques.
Auparavant, le folk rock de Melchior
Liboà et les trois énergumènes de
Ioanes Trio rempliront la scène de
poésie, chanson, slam, musiques des
Roms et des Balkans. La dernière soirée accueillera la chanson rock world
de Macadam Bazar et le groove malien
de Mamani Keita, entre instruments
traditionnels mandingues et sonorités rock, dub ou afrobeat. Charmante
escapade !
DE.M.
Les Escapades
Du 7 au 9 juillet
Peyruis et Château-Arnoux
Théâtre Durance
04 92 64 27 34
Office de tourisme du Val
de Durance
04 92 64 02 64
Istres
la Nuit
Cyndi Lauper © X-D.R.
Entre le 3 et le 12 juillet, le
festival des Nuits d’Istres
illuminera le magnifique
Pavillon Grignan autour
de cinq soirées à retenir.
Les Brian Setzer’s Rocka-billy Riot ouvriront le bal (3/7), Anne Roumanoff (6/7) et la toute jeune et
déjà célèbre Zaz (7/7), applaudie récemment à l’espace Julien complèteront un
plateau éclectique. Après leur succès à la dernière Fiesta des Suds, Gotan Project
rythmera à n’en pas douter la belle façade du XVIe siècle (9/7) qui n’en croira pas
ses yeux, et ses oreilles à l’écoute des tubes de Cyndi Lauper (12/7). Avec l’exchanteur et guitariste du groupe mythique Stray Cats en ouverture et une icône
de la pop aux 30 millions d’albums vendus en clôture de festival, Istres continue
de grandir. Formule repas + concert possible.
FRÉDÉRIC ISOLETTA
Les Nuits d’Istres
04 42 81 76 00
www.istres.fr
SAISONS
GAP
Salves de Maguy Marin © Christian Ganet
28
La maison dans la vallée
La Scène nationale de Gap
vit un moment de transition
difficile : son compagnonnage
avec le théâtre de Briançon
s’est achevé dans la douleur,
et Pierre-André Reiso, qui
dirige La Passerelle depuis
sa création, s’en va…
L’occasion pour Alain Neddam,
directeur adjoint du théâtre,
et Catherine Marnas artiste
associée, de parler des
particularités de cette Scène
Zibeline : Pourquoi a-t-on l’impression que la Passerelle n’est pas tout à fait un théâtre comme les
autres ?
Catherine Marnas : On se disait avec des collègues
qu’on devrait établir un guide Michelin des théâtres,
avec des critères objectifs sur la qualité de l’accueil,
la compétence des équipes, mais aussi l’écoute du
public, l’investissement financier… À Gap toutes
ces choses là sont exceptionnelles : les techniciens
sont des artistes, des musiciens, et tout le monde,
les relations publiques, regarde réellement les spectacles, des coulisses ou de la salle, et vous en parle
avec pertinence.
Alain Neddam : François Cervantès dit que c’est
une maison. Ici on s’occupe des artistes. C’est lié
sans doute au caractère insulaire des Hautes-Alpes
qui concrètement nous amène à prévoir des transports, à réserver des restaus. Mais cette chaleur
relève surtout de la personnalité de Pierre-André
Reiso. C’est un honnête homme, un humaniste, en
23 ans il n’y a pas eu un conflit social.
C.M. : Il dit que son boulot consiste simplement à
réunir les conditions pour que les artistes s’expriment au mieux sur le plateau. C’est devenu rare…
Son départ à la retraite, qui est un renoncement en
fait face à des difficultés politiques à Briançon puis
à Gap, a une valeur d’alerte : le sens de ces formidables outils de diffusion est perdu, des élus gâchent
cette chose-là par ignorance de ce qui s’y passe
vraiment. De la magie et de la fragilité du lien créé
avec un public.
Vous en parlez en connaissance de cause !
C.M. : Oui, c’est la plus longue association entre un
artiste et un équipement national. Ma première
création à Gap date de 1992, Pierre-André était
persuadé que seules des créations pouvaient donner une âme à ce lieu. Alors il les a coproduites.
Toutes, depuis.
Combien ?
C.M. : Une quinzaine…
A.N. : Plus que ça.
(Ils énumèrent, je compte) Cela fait 23 créations
de Catherine Marnas à Gap ! À ce point-là, cela a dû
influencer votre esthétique…
C.M. : Oui, certainement. Cela correspondait à cette
idée de partage avec le public que Vitez m’avait
transmise. À mon souci de lisibilité d’un spectacle,
pour que personne ne soit laissé à la porte, même
s’il n’a pas toutes les références culturelles qui lui
permettent de comprendre chaque allusion. Ce qu’il
y a de magnifique dans l’histoire de ma compagnie
à Gap, c’est notre relation avec le public. La moitié
nous connaît, nous fait la bise en entrant, nous
parle du spectacle en sortant. À Paris j’ai retrouvé
récemment un jeune comédien qui venait de Gap,
et avait attrapé son virus à la Passerelle. Comment
aurait-il fait sans la Scène nationale ?
A.N. : Depuis que je suis arrivé il y 6 ans à la direction adjointe, j’ai pris la mesure de ce qui se passait
ici. Rendez-vous compte ! Ici on vend entre 25 000
et 30 000 billets par saison pour une ville de 40
000 habitants. À Briançon le ratio était encore plus
étonnant : 11 000 billets vendus pour 11 000 habitants. Le tout dans un département à peine peuplé
comme un arrondissement marseillais.
C.M. : Et avec une programmation sans concession
au goût supposé du public, sans spectacle d’humour,
sans tête d’affiche…
A.N. : Oui. Parfois on s’est laissé prendre à programmer un spectacle à succès… le public n’a pas
suivi ! Il s’attend à trouver ici quelque chose d’exceptionnel, pas ce qui passe à la télé. Le théâtre
est si loin parfois, en hiver…
À quoi sont dues les difficultés politiques ?
A.N. : C’est difficile à préciser. Un ressentiment vague
des deux villes, des reproches quant au léger déficit
que nous avons eu ces dernières années après 20
ans de gestion sans faille, à cause d’un défaut imprévu de mécénat… Et aussi, de la part du nouveau
maire de Briançon, l’impression d’être satellisé par
Gap, sans doute.
Vous avez pourtant établi un système de circulation
qui fonctionne, et allez dans les communes voisines, avec les tournées excentrées.
A.N. : Oui. Depuis 1995. La Passerelle était un pionnier, à présent de nombreux théâtres pratiquent
cette décentralisation dans les petites communes.
Aujourd’hui la Passerelle aurait besoin d’une petite
salle, qui permettrait de programmer des spectacles
différents que dans une salle de 820 places. Notre
projet de l’Usine Badin va voir le jour, une véritable
fabrique de spectacles qui pourra peut-être accueillir
de petites formes.
Le nouveau directeur sera nommé bientôt ?
A.N. : Début juillet. Il reste une short list de 7
personnes.
Dont vous faites partie.
A.N. : Oui, j’ai postulé pour être directeur, en espérant pouvoir poursuivre le travail que j’ai mené ici
depuis 6 ans avec Pierre-André.
Et la saison qui s’annonce ?
A.N. : Elle est bouclée, mais ne sera révélée au public que le 18 juin. Je peux vous dire d’ores et déjà
que Renaud-Marie Leblanc, nouvel artiste associé,
viendra créer le Malade Imaginaire et reprendre sa
Conférence, que le BNM dansera Moving Target, que
Catherine et Raoul Lay collaborent à nouveau pour
créer une forme de théâtre musical jeune public, à
partir du Jekyll de Stevenson… et qu’il y aura
Olivier Cadiot, Maguy Marin, Camille Boitel…
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL
La Passerelle, Gap
04 92 52 52 52
www.theatre-la-passerelle.eu
GRASSE
Vers
l’État de
Grasse ?
Avec deux lieux permanents de création et de diffusion dans les Alpes-Maritimes -le Théâtre de Grasse
et le CDN de Nice- l’offre théâtrale paraît réduite
au regard de sa démographie : 1 million d’habitants
environ. «Une situation particulière qu’il faut prend
en compte» selon Jean Flores, directeur du Théâtre de Grasse, qui alerta Frédéric Mitterrand en mai
2010 «sur la nécessité d’une labellisation du théâtre
en scène nationale afin de prolonger le développement
constant de son projet artistique et culturel». Mais la
réponse du ministère reste floue : «il nous attribuerait le label s’il pouvait établir un rapprochement avec
Cannes et/ou Antibes sur le projet d’une scène
nationale territoriale, à l’instar de Toulon/Ollioules
ou Beauvais/Compiègne». Du coup l’ouverture du
Théâtre d’Antibes en 2013 (1300 places) n’apaise
pas la situation. «La programmation devrait être assurée à titre personnel par Daniel Benoin (directeur
du CDN de Nice, ndlr) commente Jean Flores. On a
entendu dire que son projet artistique serait musical
et qu’il accueillerait des orchestres en résidence». Et
d’ajouter : «on va essayer de s’approcher du projet
antibois mais la difficulté actuelle est liée à la
reconfiguration des communautés de communes»…
Pour l’heure le Théâtre de Grasse espère toujours
une labellisation qui, par l’augmentation des subventions de l’État (de 170 000 € à plus 500 000 €/an)
lui permettrait de proposer plus de créations, plus
de coproductions et plus de résidences. Et il est
clair que le Théâtre de Grasse a d’ores et déjà, depuis plusieurs années, le budget (hors l’État !), la
programmation, en termes de volume et de qualité,
et le public d’une scène nationale.
Nomade en son pays
Play © Koen Broos
Sur le chemin d'Antigone © Elian Bachini
Avec un financement accru du Département, de la
Communauté d’agglomération Pôle Azur Provence
et du Club des partenaires désireux d’associer l’image de leur entreprise à celle du théâtre, plus de 35
spectacles sont programmés, sans compter l’ouverture champêtre à St Vallier avec Les Gandinis,
experts en illusion, et les 2e Rencontres des musiques
sacrées du monde. Autour d’un seul mot d’ordre,
l’éclectisme, et d’un objectif : toucher un public familial ! Pari tenu puisque «depuis 15 ans nous avons
des générations complètes et même des familles
recomposées qui s’abonnent» s’enthousiasme Jean
Flores. Depuis les tout-petits dès 18 mois avec une
saison jeune public riche de propositions (Comment
ai-je pu tenir là-dedans ?, théâtre visuel inventif et
élégant de Jean Lambert-Wild et Stéphane
Blanquet ; Le Chagrin des ogres, premier opus de
Fabrice Murgia repris à l’Odéon à Paris l’an prochain ; la nouvelle création d’Olivier Letellier La
Scaphandrière après l’admirable Oh, boy !…) jusqu’aux adultes amateurs de têtes d’affiches au service
de très beaux textes : Catherine Frot et Beckett
(Oh les beaux jours), Annie Duperey et Anouilh
(Colombe), Bruno Abraham-Kremer et Romain
Gary (La promesse de l’aube), Jean-Claude Dreyfus
et Emmanuel Darley (Le mardi à Monoprix), Marilu
Marini et Jean Genet (Les bonnes) au plus inattendu Éric Cantona et Alfred Jarry (Ubu enchaîné)…
Amateurs d’artistes internationaux aussi : Wajdi
SAISONS
29
Mouawad et son Temps aussi mythique que messianique, Sidi Larbi Cherkaoui en duo avec Shantala
Shivalingappa dans Play dédié à Pina Bausch…
Le théâtre fait aussi la part belle à la découverte de
jeunes talents (la Cie Timbre 4 et son jeune metteur
en scène Claudio Tolcachir, Julie Bérès…) et aux
compagnies régionales (Castafiore, du Dire-Dire, Humaine, Yann Le Meignen, Vol plané…), s’engageant
le plus souvent possible dans des coproductions. Il
tente aussi les aventures nomades dans les collèges
et les villages grâce à la Communauté d’agglomération Pôle Azur Provence, en compagnie d’Alexis
Moati et de son fameux Malade imaginaire et de la
Cie Circ’ombelico. Enfin, il s’engage auprès du
Dynamo Théâtre durant 2 ans pour monter Jusqu’à
la mer, financé à 90% par la Société Lyonnaise des
Eaux. Projet qui introduit la pratique amateur, un
travail de collectage de la parole des grassois, des
ateliers d’écriture, une dramaturgie et une mise en
scène : «un vrai propos sur le théâtre, et une grande
humilité» qui ont séduit Jean Flores.
M.G.-G.
Théâtre de Grasse
Saison 2011 2012
04 93 40 53 00
www.theatredegrasse.com
30
SAISONS
DRAGUIGNAN | SAINTE-MAXIME
Une
saison
pour
tous
Le Grand C © Christophe Raynaud de Lage
C’est en dessinant un grand C que Théâtres en
Dracénie lancera sa saison avec les acrobatesporteurs-voltigeurs de la Cie XY, aussi alertes dans
les airs que sur terre ! Une entrée vertigineuse donc,
pour une saison ouverte à 360 degrés sur la musique
insolente version Philippe Katerine ou version
festival avec Le Nom Commun (conférence chantée
entre polyphonies contemporaines et traditionnelles),
Liu Fang (jeune virtuose de pipa et de guzheng), le
trompettiste libanais Mazen Kerjab et Miqueu Montanaro, Catherine Jauniaux, Carlo Rizzo, Niké
Nagy pour un G musical et poétique décliné en 7
thèmes. Autres sonorités avec Yael Naïm (Victoire
de la musique 2011), A Filletta, Paolo Fresu et Daniele di Bonaventura pour une soirée spéciale
Mistico Mediterranéo, Angélique Ionatos et Katerina Fotinaki, le groupe Bratsch (Bruno Girard) qui
soufflera sur le pays dracénois la musique des Bal-
kans et tzigane…
Le cirque s’immisce avec éclat dans une programmation théâtrale et chorégraphique très «dense» : on
retrouvera Foté Foré aussi vibrionnant que contorsionniste, on découvrira l’alliance inattendue de
Rialto Fabrik Nomade et de la Cie L’Autra Main
à l’occasion des Attractions extraordinaires de la femme chapiteau tout autant que les créations 2011 de la
Cie Les Choses de rien, Les Fuyantes, curiosité
visuelle mêlant danse acrobatique, cirque aérien,
musique et technologie et de la Cie Yoann Bourgeois, L’art de la fugue, avec Bach pour complice de
ses petites danses spectaculaires.
Très «danse» aussi avec Folavi du Ballet d’Europe, le
retour attendu de la Cie Sankai Juku, les nouveaux
opus événements de Maguy Marin (Salves), Raphaëlle Delaunay (Eikon), Akram Khan (Vertical
Road), Shantala Shivalingappa et Sidi Larbi
Cherkaoui (Play). Quant à la création théâtrale, elle
flirte avec la marionnette (Cie Flash Marionnettes,
Yeung Faï et Yoann Pencolé, Dominique Pitoiset), et joue son propre tempo entre têtes d’affiche
et talents émergents (Wajdi Mouawad, Panchika
Velez, Eric Vigner, Théâtre Nouvelle Génération,
Cie Hors Champ, Fadhel Jaïbi, Cie Sirènes, Cie
Lacascade…).
M.G.-G.
Théâtres en Dracénie, Draguignan
Saison 2011 2012
04 94 50 59 59
www.theatresendracenie.com
De la curiosité comme leitmotiv
Avec 93% de remplissage pour sa deuxième saison (16 000 personnes dont
1200 abonnés), Le Carré à SainteMaxime réussit son pari : être un lieu
de création pluridisciplinaire, de croisements et de vie (200 000 personnes
circulent dans le complexe Léon Gaumont), avec 5600 participants aux
ateliers, répétitions publiques, débats,
stages et autres Rings qui font dialoguer artistes et chercheurs autour de
la création numérique (cette année La
Scaphandrière de Daniel Danis et la
création en 3D musique-dessin avec
Archie Shepp et le dessinateur Wosniak). Toute la spécificité du Carré est
là : il montre au public le processus de
fabrication des œuvres, lui dévoile les
enjeux. Et ça marche !
Le festival d’automne Itinérances ouvrira les festivités, délaissant les ardeurs
du soleil de la saison dernière pour les
«Fragments de désir», avec la complicité de la compagnie associée Artefact :
«trois opus qui placent le désir au cœur
de la relation artiste/œuvre/public»
selon Valérie Boronad, directrice du
Carré, intitulés Corps à corps, Sans
corps ni tête et À corps perdu où l’on
retrouvera Boxe Boxe de Käfig, Le cirque invisible de Victoria Chaplin et
Jean-Baptiste Thiérrée ou Jean-Claude
Dreyfus dans Le mardi à Monoprix…
Non seulement la programmation
dessine un trait d’union entre les genres
(théâtre et arts numériques principaleBoxe boxe © M. Cavalca
ment), mais également entre les
générations : Nuits singulières invitent le jeune public et leur famille à
découvrir, entre autres, «une nouvelle
génération d’artistes généreux comme
Renaud Cojo» qui, dans Ziggy Stardust,
interroge la notion du double et des
avatars. Le public pourra même se
déguiser, se masquer et jeter le trouble
autour de lui…
Les artistes circassiens (le Circus
Cirkör…), les chorégraphes (Cherkaoui,
Delaunay, Momboye, Egea…), les
acteurs et metteurs en scène (Pommerat, Podalydès, Arstrup, Philippe
Berling…), les orchestres (Quatuor
Debussy, Raoul Lay, Orchestre régional
de Cannes…) marqueront le réel
ancrage dans le Var de cette «jeune
scène» qui n’hésite pas à amplifier ses
rendez-vous.
M.G.-G.
Le Carré, Sainte-Maxime
Saison 2011 2012
04 94 56 77 77
www.carreleongaumont.com
CHÂTEAU-ARNOUX | CAVAILLON SAISONS 31
La maison Durance
Moins visible aux yeux du public que sa
programmation, l’accompagnement des
artistes tient une place importante dans
la vie du Théâtre Durance qui accueille
en résidence de créations Thierry Baë
(Je cherchai dans mes poches / Cie Traits
de ciel), Maurizio Lupinelli (Appassionatamente / Nerval Teatro), Béatrice
Massin (Fantaisies / Cie Fêtes galantes),
Pierre Laneyrie et Thierry Raynaud
(Une petite randonnée / Cie la Marche
à suivre). Et innove avec la présence
d’un «artiste associé», l’écrivain Sonia
Chiambretto, dont on découvrira à
l’occasion de plusieurs cartes blanches
des textes achevés ou en devenir, des
œuvres adaptées à la scène comme
Une petite randonnée… L’écrivain participera également à des ateliers
d’écriture, des apéros poétiques, des
lectures publiques et d’autres rendezvous imaginés en chemin !
La programmation, ouvertement familiale, trouve un bel équilibre entre le
théâtre de répertoire, l’écriture contem-
Rage © Passerini
poraine (Cet Enfant de Joël Pommerat),
les compagnies régionales (Molière expliqué aux jeunes par la Cie Vol plané,
le cabaret capillaire d’Eva Doumbia,
Hubert Colas et sa prédilection pour
les textes de Sonia Chiambretto 12
Sœurs slovaques et Mon képi blanc),
osant même l’improbable rencontre
entre l’écrivain Erri de Luca et l’auteur-compositeur Gianmaria Testa,
l’adaptation de Casanova, Requiem for
Love par la Bulgare Diana Dobreva
d’après Kierkegaard et le rêve éveillé
de La Fabrique imaginaire (Voyage,
premier épisode). Bel équilibre encore
entre la danse (Ballet national de Mar-
Sur la route
La Scène nationale de Cavaillon poursuit sa route dans la continuité, la fleurissant de quelques
aventures nouvelles. Le directeur Jean-Michel
Grémillet note avec regret une légère baisse de
fréquentation (presque 20 000 spectateurs tout de
même !) qu’il situe en début de saison, «peut être
parce que le public du théâtre était mobilisé par les
mouvements sociaux». C’est qu’avec ses 89 représentations de 38 spectacles, la plus petite Scène
nationale de la région, en termes de budget, affiche
de grandes ambitions.
Cette nouvelle saison verra un renforcement de
Sun © Patrick Laffont
certaines lignes artistiques. Un nouvel artiste associé, Cyril Teste, que l’on pourra découvrir lors du
Festival d’Avignon. Plus de danse contemporaine
encore, et très féminine : Maguy Marin, A. T. de
Keersmaeker, Odile Duboc, Nacera Belaza…
Toujours beaucoup d’artistes d’ici : Catherine
Marnas et ses Lignes de faille, Germaine Tillion de
Xavier Marchand, La Veillée singulière de Christian Carrignon destiné au jeune public, et une
musique de Raoul Lay, Nokto, pour les tout-petits…
Car une attention spéciale sera portée au jeune public : «on se rend compte qu’il y a une vraie demande
de spectacles jeune public spécifiques, et nous
avons donc augmenté sensiblement le nombre de
nos rendez-vous.»
Une nouveauté de la saison, des temps forts culturels : le premier autour de la folie, avec en particulier
la bouleversante exposition de Makhi Xenakis sur
Les folles d’enfer de la Salpétrière, des films, des débats, des ateliers de création à l’hôpital de Montfavet,
et bien sûr des spectacles. Le deuxième, pour
commémorer les 50 ans des Accords d’Évian et la
fin de la colonisation française (vraiment ?), une
exposition photo sur la révolution tunisienne du collectif Dégage !, un texte de Benfodil, Amnésia, qui
sera également passé par le Festival d’Avignon…
Bref une saison résolument contemporaine, et
heureusement militante !
AGNÈS FRESCHEL
Scène Nationale de Cavaillon
saison 2011 2012
04 90 78 64 64
www.theatredecavaillon.com
seille, Anthony Egea), le cirque (version
conte de fées moderne avec Akoreakro ou jubilatoire avec la Cie XY) et la
musique (Titi Robin, Cristina Branco).
Qui dit familles dit jeune public, et le
Théâtre Durance se fait un plaisir de le
gâter en lui offrant Nokto, spectacle
musical de Jean-Pascal Viault et Raoul
Lay (présent également avec Télémaque et La mort marraine), Macbett, farce
tragique de Ionesco par la Cie des
Dramaticules, Ooorigines, fresque
philosophique par la Cie Tourneboulé,
Traverse, dialogue danse-musique de
la Cie Arcosm, et Qui dit gris ?, fantaisies poétiques de la Cie Jardins
insolites. Leurs futurs «grands»
spectateurs…
M.G.-G.
Théâtre Durance, Château Arnoux
Saison 2011 2012
04 92 64 27 34
www.theatredurance.fr
32
SAISONS
SCÈNES ET CINÉS | PORT-DE-BOUC | ARLES
Exigeante et accessible
La 6e saison concoctée par Scènes et Cinés Ouest
Provence - qui regroupe les 5 théâtres et les 5 cinémas d’Istres, Miramas, Fos, Grans et Port-Saint-Louis,
et le café-musique l’Usine- permet plus que jamais
aux structures de rayonner sur le territoire et aux
publics de s’approprier les propositions où qu’elles
soient. Une formule ancrée dorénavant dans les habitudes des spectateurs, avec un taux de fréquentation
en hausse (74% pour 2010-2011) même si que le
nombre de spectateurs est en légère baisse en l’absence des Elancées, festival qui draine à lui seul plus
de 12 000 spectateurs.
Une saison qui est justement marquée par le retour
des Elancées, un abondement supplémentaire ayant
été obtenu de la part de Ouest Provence pour donner
«un véritable ballon d’oxygène qui permet de maintenir
la qualité de la programmation» explique Jean Hetsch,
vice-président délégué à la Culture. On peut d’ores et
déjà noter de belles propositions en cirque : Foté Foré,
cirque mandingue, Psy de la cie Les 7 doigts de la
main, Murmures des murs de Victoria ThierréeChaplin… Du cirque présent par ailleurs avec le
retour de Madona Bouglione et de son Petimento
créé l’an dernier à l’Olivier, Emma la clown et sa
mauvaise foi sans limite…
Le théâtre, qui représente 60% de la programmation,
réserve quelques belles surprises avec les têtes d’affiche (Catherine Frot, Julie Depardieu, Judith Magre,
Philippe Torreton, Jean-François Balmer…), mais aussi,
entre autres, Le Suicidé de Nicolaï Erdman mis en
scène par Patrick Pineau, Une Île des esclaves nourrie
de vidéo par Paulo Correia, l’adaptation de Godefroy Ségal de Quatrevingt-treize de Victor Hugo dans
une forme étonnante, le retour d’Hala Ghosn (Bey-
Germaine Tillion mis en scène par Xavier Marchand…
En danse aussi le programme est fourni, avec Mourad Merzouki et son Boxe Boxe, Hervé Koubi avec
El Din, le Ballet de Biarritz qui danse Roméo et Juliette ou encore la rencontre entre Sidi Larbi
Cherkaoui et Shantala Shivalingappa pour Play,
pièce dédiée à Pina Bausch qui en était à l’origine.
Enfin le jeune public, particulièrement choyé, y compris les tout-petits (dès 18 mois), se régalera avec du
théâtre de marionnette lors d’une semaine «coup de
projecteur» (avec le Tara Théâtre, Johnny d’après
Jack London, Madame Bovary mise en scène par
Agnès Limbos, une belle réflexion sur la maladie
d’Alzheimer avec la cie Les Voisins du Dessus, Je
me rappelle à toi), la cie Anima Théâtre avec Ikare et
Le Rêve de la Joconde, une jeune cie italienne à
suivre, Teatropersona et son Prince minuit…
Tout ceci n’étant qu’un aperçu, il y a plus de 120
propositions cette année !
DOMINIQUE MARÇON
Foté Foré aux Élancées © M. Szypura
routh adrénaline) dans une adaptation des Identités
meurtrières d’Amin Maalouf, Apprivoiser la panthères, et de nombreuses propositions de cies et metteurs
en scène de la région : Immenses et minuscules de
Bernard Colmet, La Farce de maître Pathelin d’Agnès
Régolo, L’Avare de la cie Vol Plané, Il était une fois
Scènes et Cinés
Saison 2011 2012
Théâtre, Fos
04 42 11 01 99
L’Olivier, Istres
04 42 56 48 48
La Colonne, Miramas
04 90 58 37 86
Espace Gérard Philippe, Port-St-Louis
04 42 48 52 31
Espace Robert Hossein, Grans
04 90 55 71 53
www.scenesetcines.fr
Fidélités et découvertes
Le Sémaphore garde le cap contre vents
et marées : à l’heure actuelle, la DRAC
n’a encore donné «aucune réponse écrite
quant au renouvellement de la convention qui prend fin le 31 décembre, explique
Pierre Grafféo, directeur du lieu, mais
n’a pas non plus laissé entendre l’inverse. Une incertitude qui pèse forcément
lourdement sur l’avenir du théâtre, de
même que le non engagement de la
CAPM» (communauté d’agglomération
du pays de Martigues qui comprend
Martigues, Port-de-Bouc et Saint-Mitreles-Remparts). «La CAPM est la seule
communauté d’agglomération du département qui n’a pas pris la compétence
culturelle. Or le Sémaphore ne peut perdurer que si elle entre en scène» Pour
l’heure, la CAPM y réfléchit…
Ceci étant la programmation de la saison prochaine s’annonce alléchante,
avec à peine moins de spectacles que
les années précédentes, 22 annoncés,
et, comme chaque année, une attention
particulière apportée aux compagnies
théâtrales de la région : le Malade ima-
ginaire mis en scène par Renaud Marie
Leblanc, la Veillée singulière du Théâtre de cuisine, la cie Clandestine qui
revient avec Quoi ? C’est quoi ? créé
cette année au Théâtre Durance, le
cabaret capillaire d’Eva Doumbia, Moi
et mon cheveu, le Poucet mis en scène
par Jeanne Béziers, La Farce de maître Pathelin d’Agnès Régolo… Temps
fort dans le cadre de la célébration du
50e anniversaire de l’indépendance de
l’Algérie, la pièce que met en scène
Moi et mon cheveu © Migué Mariotti
Xavier Marchand à partir de l’œuvre
de Germaine Tillion, et Le Café du bonheur du Gosto Théâtre (Algérie) mis
en scène par Ziani-Chérif Ayad. La
cie avignonnaise Mises en scène, en
résidence au Sémaphore durant toute
la saison, animera l’ensemble des ateliers de théâtre sur la ville et proposera
Bon appétit ! dans les quartiers, et La
Répartition des mouches un peu plus
tard au théâtre. Enfin la manifestation
Artistes aux collèges se fera avec l’Agence de voyages imaginaires et leur
Antigone, tandis qu’Artistes aux lycées
poursuit son aventure avec Philippe
Delaigue et un Cahier d’histoires #2
créé au Maroc et en Algérie. Les abonnements sont d’ors et déjà possibles,
faites vos choix !
DO.M
Théâtre du Sémaphore,
Port-de-Bouc
Saison 2011 2012
04 42 06 39 09
www.theatre-semaphoreportdebouc.com
Souffle et vitalité
Vivre sans but transcendant est devenu possible © X-D.R.
10 ans après sa réouverture, le Théâtre
d’Arles affiche une santé éclatante.
Avec un taux de fréquentation de 91%,
la saison «est de loin la meilleure qu’a
connue le théâtre» affirme Valérie Deulin qui en est la directrice, avec 11 600
spectateurs ayant répondu présent pour
les spectacles, et les rencontres avec les
artistes organisées ponctuellement durant
l’année. De quoi aborder sereinement
cette nouvelle saison enthousiasmante
placée notamment sous le joug de la
jeunesse -au travers de spectacles, montés ou joués par de jeunes équipes, qui
interrogent les legs transmis, les limites
qu’on s’impose ou qu’on nous imposeet du lien intergénérationnel.
La programmation de cette scène
conventionnée pour les écritures
d’aujourd’hui aborde les formes d’écriture les plus diverses, croisant souvent
les arts, et permet d’aborder des
œuvres du répertoire revisitées, comme
des propositions contemporaines plus
intrigantes : Un Ivanov de Tchekhov monté par Jean-Pierre Baro dans lequel le
corps des comédiens prend parfois le
relais du texte ; Woyzeck de Büchner
mis en scène par Marie Lamachère
traité comme un drame d’aujourd’hui
dans un dispositif circulaire ; Yvonne
princesse de Bourgogne de Gombrowicz par le collectif lyonnais nÖjd ; Les
Clowns de Cervantès placés au cœur
du Roi Lear ; un dyptique d’Antoine
Lemaire : Vivre sans but transcendant
est devenu possible et Vivre est devenu
difficile mais souhaitable abordent, à
une semaine d’intervalle, les ambitions
de la jeunesse et la mise à nu de la
vieillesse ; le retour de l’argentin Claudio Tolcachir dans une comédie folle,
El viento en un violin, qui dresse le portrait de familles indomptables ; la
promesse d’une vision implacable avec
la nouvelle création de Joël Pommerat, La grande et fabuleuse histoire du
commerce…
La danse avec Les Fauves de Michel
Shweizer, adolescents en proie à
leurs limites qui réinventent leur vie ; le
Ballet Cullberg qui rend hommage à
Janis Joplin dans JJ’s Voices ; un projet
de Virgilio Sieni, Mères et filles, une
création de chorégraphies basées sur
les gestes du quotidien conçue dans le
cadre d’une des résidences de création (les 2 autres sont la cie Choses de
rien avec Les Fuyantes dans une mise
en scène de Camille Boitel et la réjouissante cie Le Boustrophédon, dont le
Théâtre accompagne le travail, avec
leur nouvelle création Camélia). Enfin,
l’ouverture de la saison, toujours ancrée
dans les arts du cirque, est renommée
Cirques indisciplinés et fera la part
belle aux petites formes transdisciplinaires, entre cirque, danse, musique…
Sans oublier une soirée anniversaire
spéciale, et pleine de surprises, en octobre, pour les 10 ans de la réouverture…
Tout vous sera dévoilé lors de 3 soirées
hautes en couleurs, les 15, 16 et 17 juin
au Théâtre !
DOMINIQUE MARÇON
Théâtre d’Arles
Saison 2011 2012
04 90 52 51 51
www.theatre-arles.com
34
SAISONS
LE MERLAN | LES SALINS
Le Merlan ne fait rien comme les autres ! La Scène Nationale avance un pré-programme, sans campagne
d’abonnement, et sans cérémonie de dévoilement de
la saison, celle-ci ne s’annonçant pour lors que jusqu’en
mars… Mais n’est-ce pas dans le demi-dévoilement que
les promesses sont les plus belles ? En attendant
septembre, une quarantaine de représentations sont
annoncées, pour quatorze spectacles. Avec quelques
événements très attendus, comme le passage de la
création de Maguy Marin, Salves, celui du dernier
spectacle de la Cie les 7 doigts de la main (cirque
québécois issu du Cirque du Soleil), le passage de
Gemelos de la cie chilienne Teatrocinema (d’après
le Grand cahier d’Agota Kristof), la venue du bouleversant Gardénia d’Alain Platel (en co-accueil avec
le Gymnase).
De la cuvée Avignon 2010 on retrouvera aussi ChoufOuchouf, la belle incursion en terre marocaine de
Zimmerman & De Perrot. Plus quelques autres fidélités : avec les interrogations humaines de la danse
de Virgilio Sieni (Dans les visages, L’Art du geste),
avec la force de Seydou Boro (Le tango du cheval),
les questions inattendues du GdRA (Nour), la folie
renversante de Ildi ! Eldi !, l’impressionnant mentalisme illusionniste de Thierry Collet. D’autres traversées
encore : avec le collectif Berlin, Mathias Poisson
et le collectif SAFI autour d’une interrogation commune sur la ville, avec actOral (qui sans lieu devient
miraculeusement doué d’une formidable ubiquité !)
qui programme François Chaignaud et Cécilia
Bengolea. C’est Hubert Colas qui cette année
jouera le rôle de l’artiste «local» en création, avec
STOP «tout est bruit pour qui a peur». Car le Merlan,
fidèle à ses principes, soutient et finance la création
contemporaine…
AGNÈS FRESCHEL
Le Merlan
Scène nationale à Marseille
Saison 2011 2012
04 91 11 19 20
www.merlan.org
Psy, cie les 7 doigts de la main © X-D.R
À demi dévoilée
Le succès modeste
Avec ses 34 000 billets payants émis au long de la
saison, soit plus de 40 000 spectateurs, la Scène
Nationale de Martigues affiche, malgré une légère
baisse de fréquentation, des résultats plus que positifs en termes comptables. Mais Annette Breuil, la
directrice, semble à peine consciente de la belle
santé des Salins dans la morosité, voire le désespoir,
qui règne dans la région… Et si elle prévoit «un peu
moins de représentations» pour la saison prochaine,
elle affiche toujours autant de spectacles, de coproductions et d’artistes associés. C’est que depuis
des années Les Salins accueillent et choient 1/3
d’enfants et d’adolescents, 45% de Martégaux : un
public se fabrique dans la fidélité et Martigues bénéficie de «la synergie d’une vie culturelle exceptionnelle,
ponctuée d’événements puissants pour une commune
de cette taille» (45 000 hab.).
La programmation est volontairement très pluridisciplinaire : «Je dis souvent à mes collègues directeurs de
scènes nationales qu’ils ont tendance à être trop
théâtraux», explique Annette Breuil. Pourtant, sur 53
spectacles la saison affiche 21 propositions théâtrales ou croisées, dont quelques belles promesses :
Oncle Vania mis en scène par Serge Lipszyc, Tartuffe par Eric Lacascade, Les femmes savantes par
Marc Paquien, La Fausse Suivante par Nadia Vonderheyden se partageront le répertoire, à côté d’écritures
contemporaines (Dans la compagnie des hommes de
Bond mis en scène par Selim Alik), de nombreux
spectacles jeune public (Mon petit poucet écrit et mis
en scène par José Pliya, Moby Dick par les marionnettes de la cie Morisse). La création de Jekyll, opéra
terrifiant tout public de Raoul Lay mis en scène par
Catherine Marnas (artiste associée), sera un des
temps fort d’une saison ponctuée par les interventions de Jean-Claude Berrutti (artiste associé)
autour d’un texte de Carole Fréchette en particulier,
et les soirées Incisifs initiées par le slameur
Frédéric Nevchehirlian (artiste associé).
Il y aura aussi 8 propositions de danse, dont les 20
ans de Grenade, et un chorégraphe à découvrir
absolument : la danse d’Hofesh Schechter, israélien vivant et créant en Angleterre, est l’une des plus
inventives, combattives, charnelles et puissantes du
moment… Dans un autre genre le Ballet National
de Lyon vient danser un programme Forsythe, Chicos Mambos s’amuse dans un registre plus léger…
La musique aussi balaiera tous ses genres avec Bertrand Chamayou qui joue (si parfaitement !) Liszt,
Thomas Dutronc, de la musique orientale, pas mal
de jazz, un big band, de l’opérette… On peut regretter
quelques propositions plus consensuelles, visant
davantage à divertir qu’à donner à penser, et ressentir
le monde. Les spectacles d’humour, en particulier,
sont nombreux, de Fellag au Quatuor, d’Emmanuel Vérité à Cédric Marchal. Sont-ils opportuns
sur une scène nationale, dans un Pôle Régional de
Création relevant du service public ? Tant que les
tutelles exigeront du rendement, pourra-t-il en être
autrement ?
A.F.
Les Salins
Scène Nationale de Martigues
Saison 2011 2012
04 42 49 02 00
www.theatre-des-salins.fr
Les Femmes Savantes © B. Enguerand
36
SAISONS
LE TOURSKY | LE GYPTIS
Stars,
humour
et fidélité
Le crepuscule du Che © Manuel Pascual
Les saisons se succèdent au Toursky, et se ressemblent. Il y en a pour tous les goûts divers, et
pléthore, afin que chacun y guette quelques-uns
de ses amours : dans la famille fidélité on retrouve
la danse de Marie Claude Pietragalla et le piano
de Michel Bourdoncle, et Richard Martin lui-même
bien sûr, qui sera cette fois accompagné par Michael Lonsdale pour une confrontation poétique
entre un athée et un croyant. Gérard Gélas vient
reprendre Le Crépuscule du Che, Edmonde Franchi
ouvre la saison avec sa nouvelle création… qui sera
par ailleurs marquée par la présence de l’humour.
Avec deux escales de Festifemmes dont le récital
déjanté Bizet était une femme, le nouveau spectacle de Fellag, le déliré musical des Cinq de cœur,
Christophe Alévêque et son reste de Super Rebelle, l’humour politico marseillais de Kamel et le
récital moins politico mais tout aussi marseillais de
Quartiers Nord.
Et puis quelques têtes d’affiche : Anny Duperey,
Astrid Veillon dans une création de Michel Dossetto, Didier Lockwood, Marina Vlady, Jacques
Weber… Philippe Torreton dans le Hamlet mis en
scène par Jean-Luc Revol, Jean-Claude Dreyfus
dans un Mardi à monoprix subtil et sensible (Emmanuel Darley mis en scène par Michel Didym)…
Une autre très bonne surprise également : le Britannicus mis en scène par Tatiana Stepantchenko,
virtuose des lumières et des contrastes…
De la danse et de la musique des plus variés animeront la saison, depuis les claquettes jaillissantes de
Shoebiz jusqu’au concert/monologue de Claire
Diterzi (mes Marcial di Fonzo Bo), en passant par
le récital de Jacques Mandréa, un très beau moment musical de tango, la Fanfare Vagabontu,
deux grandes divas arabe et berbère (Dorsaf Hamdani et Houria Aichi)… Le festival de Flamenco
réunira Maria et Ana Perez, plus belle l’une que
l’autre… et on n’oubliera pas le Festival russe, ses
cabarets, son cinéma, Ostrovsky et Gogol… et
l’Opéra de Pékin en début de saison…
Pour tous les goûts on vous disait !
AGNÈS FRESCHEL
Le Toursky
Saison 2011 2012
04 91 02 58 35
www.toursky.org
Défendre la création théâtrale
«C’est bien beau de construire des bâtiments mais si on laisse mourir les
artistes on va mettre quoi dedans ?
Des enfants avec un nez rouge, des
moutons avec une clochette, et on
appellera ça démocratisation culturelle ?»
Ils ne mâchent pas leurs mots Andonis Vouyoucas et Françoise Chatôt
en présentant leur saison. Fondée
comme toujours sur des créations
d’artistes d’ici, qu’ils produisent, coproduisent ou soutiennent. Et qui en
ont besoin ! Quel choc d’entendre des
metteurs en scène aussi doués
qu’Alexandra Tobelaim, Alexis Moati
ou Charles-Éric Petit déclarer que
cette année, vraiment, ils ont été à
deux doigts d’arrêter. De renoncer.
Qu’ils étaient au bord du gouffre, que
les joies du plateau ne compensaient
plus les affres des recherches de financement, et qu’ils en avaient assez
d’être appelés jeunes metteurs en
scène à plus de quarante ans !
Le théâtre est un combat, dit la brochure de saison. Certainement, en ces
temps de disette. Mais un plaisir aussi :
on retrouvera avec joie le Malade
Imaginaire si malicieux d’Alexis Moati,
le Roméo et Juliette judicieusement
repris par Françoise Chatôt, le beau
texte de Mustafa Benfodil mis en
scène par Julie Kreztschmar. Et Agnès
Régolo viendra jouer, juste après sa
création au Jeu de Paume (voir p 38),
La Farce de Maître Pathelin. On verra
également l’aboutissement du Quadrille amoché de Charles-Éric Petit
-quatuor de trentenaire inspiré par
Shakespeare- et du solo de Solal
Bouloudnine sur un match de foot
mythique Italie Brésil 3 à 2 mis en
scène par Alexandra Tobelaim : deux
textes qui avaient fait l’objet de lectRomeo et Juliette © Mathieu Bonfils
ures mises en espace que Zibeline
avait particulièrement appréciées.
On aura aussi la joie de retrouver
Alain Aubin dans les deux programmes musicaux de fin de saison, qui
commencera par deux créations : un
Bérénice mis en scène par JeanClaude Nieto, et le Journal d’un fou
par Andonis Vouyoucas. Quelques
spectacles d’ailleurs ? Un Ivanov qui
a fait grand bruit à Paris, mis en scène
par le «jeune» Jean-Pierre Baro avec
une troupe de «jeunes» acteurs, et une
pièce «à l’esthétique de happening»
inspirée par la novlangue qu’Orwell
inventa dans son 1984. Un texte écrit
et mis en scène par la «jeune» Julie
Timmerman. Qui n’est pas tout à fait
une parisienne puisqu’elle sort de
l’ERAC, mais qui y réussit très bien.
Faudra-t-il choisir l’exil pour parvenir
à s’exprimer sur les planches ?
A.F.
Le Gyptis
Saison 2011 2012
04 91 11 41 50
www.theatregyptis.com
À noter
Les abonnements souscrits
avant le 30 juin donneront droit
à 4 spectacles au lieu de 3 !
LA CRIÉE
SAISONS 37
Au centre la question
du texte
Notre Centre Dramatique National sera
dès septembre dirigé par Macha Makeïeff, mais c’est Jean-Louis Benoit
qui a entièrement conçu et programmé la prochaine saison de La Criée…
Une situation paradoxale qui ne semble pas poser de problèmes majeurs, «le
relais est heureux et fraternel» déclare
la nouvelle directrice qui veut cependant infléchir la programmation en
2012 : «Je suis là pour défendre le patrimoine théâtral mais je veux déplacer
les lignes, mélanger les genres. Je suis
hantée par le burlesque et le non
textuel… Durant cette transition j’accompagnerai la saison de Jean-Louis,
mais avec des images et des couleurs
différentes. Il faut casser le côté intimidant des théâtres, et proposer aux 42
communautés dénombrées à Marseille
des spectacles qui puissent aussi les concerner, tisser des liens nouveaux avec
d’autres maisons d’art dans la ville.
Pour aller vers 2013 dans le plaisir et la
complicité.»
Pour l’heure, avec 27 spectacles programmés, La Criée retrouve le niveau
d’avant le désamiantage : le grand et
le petit théâtre proposent 125 représentations, soit une soixantaine dans
chaque salle. En pariant que le nombre
de spectateurs va retrouver les seuils
atteints avant l’interminable fermeture,
ce qui se profile au vu de l’excellente
fréquentation de la grande salle ces
derniers mois.
La nouvelle saison s’annonce très attachée au théâtre de texte, mais le
répertoire dit classique est loin d’être
dominant : L’île des esclaves (Marivaux) mis en scène par Paulo Correia,
Hamlet par Daniel Mesguish, la Place
Royale (Corneille) par Eric Vigner,
côtoieront le Dindon de Feydeau mis en
scène par Philippe Adrien, et la création de Jean-Louis Benoit, Courteline
amour noir, sa dernière coproduction
dans la maison. Un auteur qu’il veut
défendre contre sa mauvaise réputation dans le milieu professionnel :
«Courteline est un anti vaudeville, il est
d’une cruauté qui l’opposait violemment
à Feydeau en son temps, il écrivait des
saynètes sans anecdote qui lui ont valu
d’être considéré comme un auteur d’avant
garde.»
Le répertoire du XXe siècle sera défendu par Dominique Pitoiset qui met
en scène Mort d’un commis voyageur
d’Arthur Miller, par Laurent Fréchuret qui crée L’Opéra de Quat’sous (1928)
de Brecht (et Kurt Weill !) et Yves
Beaunesne qui choisit de mettre en
scène un des chefs-d’œuvre de celle
qui fut sa compagne (et son nègre…)
durant ces mêmes années : Pionniers à
Ingolstadt de Marieluise Fleisser (1928).
En dehors de cela beaucoup d’écritures
très récentes : le début de saison accueille actOral avec trois propositions
de choix d’Hubert Colas, Nicolas Bouchaud et Dieudonné Niangouna, Selim
Alik met en scène Dans la compagnie
des hommes de Bond (coproduction),
Claudia Stavisky continue son exploration
du théâtre de Roland Schimmelpfennig
(dramaturge allemand lié à la Schaubuhne), Didier Bezace celle de Daniel
Keene, tandis que Michel Didym met
en scène Invasion ! de Jonas Hassen
Khemiri, jeune auteur suédois d’origine tunisienne, que Denis Podalydès
poursuit sa quête solitaire du Cas Jekyll
sur le texte de Christine Montalbetti,
Le Dragon d'or © Christian Ganet
que Claude Régy s’attache aux superbes brumes de Tarjei Vesaas, et que
Daniel Benoin raconte Le roman d’un
trader de Jean-Louis Bauer. Frédéric
Belier Garcia, quant à lui, met en scène
des textes malicieux de Christian Oster,
pour jeune public.
Autre proposition jeune public, musicale cette fois, l’opéra de Raoul Lay sur
un livret d’Olivier Py, mis en scène par
Catherine Marnas : La jeune fille aux
mains d’argent. D’autres spectacles musicaux seront présents : Il n’y a pas de
cœur étanche sur des textes d’Arnaud
Cathrine (mise en scène Ninon Bretécher), et Par hasard et pas rasé un
spectacle de Philippe Duquesne sur
Gainsbourg. La danse fera un passage
rapide sur ce magnifique plateau qui
lui convient tant, avec la recréation de
Moving Target dans le décor reconstruit
après l’incendie.
Un autre théâtre sera donc présent,
qui se nourrit d’écriture de plateau : la
Trilogia degli occhiali, de la formidable
auteur/metteur en scène sicilienne Emma Dante, et La Omisión de la familia
Coleman, du non moins formidable Argentin Claudio Tolcachir, tandis que
Jean François Peyret et Alain Porchaintz tissent ensemble les liens de
la science et du théâtre (Ex vivo in
vitro).
Quant à Macha Makeïeff, elle viendra
créer dans son théâtre Les Apaches, un
spectacle sur le Gang de paris de la belle
époque et comment les voyous sont
liés, en terme de déclassement social,
avec les artistes (Colette et Casque
d’or !). Un spectacle in(ter)disciplinaire,
pour comédiens, danseurs et acrobates.
AGNÈS FRESCHEL
La Criée
Centre Dramatique National,
Marseille
Saison 2011 2012
04 96 17 80 00
www.theatre-lacriee.com
38
SAISONS
LE GYMNASE | LE JEU DE PAUME | LE GTP
In Acte we Trust
Ça y est, ou presque.
La fusion est opérée,
et le Grand Théâtre
de Provence, le Gymnase
et le Jeu de Paume font
programmation commune !
Du spectacle pour tous
Comme toujours on trouve donc au Gymnase de quoi
satisfaire tous les goûts théâtraux : des stars de plus
ou moins bon aloi, de Julie Depardieu à Eric Cantona en passant par Anny Duperey, Sophie Marceau,
Marina Fois, Jean-Louis Trintignant, Frédéric
Beigbedder et Thierry Lhermitte. Trois pièces de
Molière, et quelques textes contemporains. Des
metteurs en scène qu’on attend avec impatience tels
Michel Fau, Anne Laure Liégeois, Michel Didym,
Emilie Valantin, Joel Pommerat, Lagarde pour le
Mage en été de Cadiot… Martinelli monte Ibsen, et
Marcel Bozonnet un texte édifiant de l’historien
Gérard Noiriel sur le Clown nègre Chocolat.
Sans compter la collaboration avec Hubert Colas
pour son actOral malheureusement totalement hors
ses murs, le Gymnase/Jeu de Paume coproduit quatre
créations de metteurs en scène du territoire qui promettent de très beaux moments de théâtre : Le
Malade Imaginaire par Renaud Marie Leblanc,
Alexis Moati qui poursuit sa déconstruction mutine
de Molière (voir p 36) avec L’Avare, la Farce de maître
Pathelin par Agnès Régolo, et Poucet par Jeanne
Béziers.
Car le jeune public est choyé : on lui consacre sur les
La Courtisane amoureuse © cie Emilie Valentin
Le partenariat avec Radio France (Orchestre, Chœur
et Maîtrise) se pérennise autour d’un projet sur la voix
trois scènes 16 vraies propositions sans rabais, des
créations pour la plupart, théâtrales, musicales, circassiennes. Avec en particulier la coproduction des
spectacles Pinkpunkcirkus de Joel Jouanneau et
Murmures des murs de Victoria Thiérrée-Chaplin.
Et les 20 ans de Grenade (Josette Baïz). Car la danse
sera sublime et drôle, noire et colorée, intime et
spectaculaire, puisqu’elle embrassera du Lac des
Cygnes (Ballet national de Perm) à Abou Lagraa,
des Ballets de Nice dansant Béjart et Gene Kelly
au délire trans des Ballets Trockadéro, de la dernière création de Platel à celle de Decouflé, en passant
par Preljocaj, bien sûr : le plateau du GTP est magique pour la danse !
Musique : intorno al prete rosso !
La quatrième saison musicale du GTP, établie en liaison avec les théâtres du Jeu de Paume et, dans une
moindre mesure, du Gymnase à Marseille, décline la
liste des compositeurs dont le nom seul évoque, pour
un large public, la musique classique.
Après Mozart, Beethoven et Bach, c’est vers le sud
de l’Europe que se tournent les oreilles de la région.
Du Prêtre Roux vénitien, pôle baroque de l’affiche,
on entend quelques-uns de ses concertos pour violoncelle (Jean-Guilhen Queyras), pour flûte (Philippe
Bernold) ou des pièces moins courues par Concerto Soave… à côtés des incontournables Quatre
saisons (c’est bien de Vivaldi dont il s’agit !) aux
mélodies universellement fredonnées.
Une collaboration avec les orchestres d’opéras de la
région semble s’instaurer pour Marseille (Concerto
de Barber avec le violoncelliste Marc Coppey), Avignon (avec la mezzo-soprano Stéphanie d’Oustrac)
et Toulon qui coproduit un double opéra mozartien :
Le Directeur de Théâtre et Bastien et Bastienne mis
en scène par Frédéric Bélier Garcia.
Un mage en ete © Marthe Lemelle
Dominique Bluzet semble à la tête d’un consortium… qui n’a pas tout à fait les budgets à la hauteur
cependant ! Voyez un peu : le Grand Théâtre avec
ses 7.7 Md’€ de budget (dont 5M des Pays d’Aix) a
trois fois moins d’argent que l’Opéra de Marseille… Le
Gymnase a 2 petits millions de subventions, quand
la Criée en affiche près du double. Quant au Jeu de
Paume, il reste financièrement un théâtre municipal
de taille modeste (1.376 Md’€ de subventions, dont
915 000 € de la seule Ville d’Aix, et 250 000 de la CPA).
Bref, le trust Bluzet est condamné au succès, et son
équilibre repose plus qu’ailleurs sur les recettes des
spectacles : la fréquentation des trois maisons, en
cette saison difficile, tourne autour de 90%.
Le secret ? Ils sont multiples : une gestion de chef
d’entreprise réaliste, qui fait appel aux fonds privés
(même si ceux-ci s’avèrent timides…), ne produit
qu’une création lyrique quand il n’a pas les moyens
d’en faire davantage, et pratique une mutualisation
intelligente des équipes ; moins remarqué sans doute,
mais qui lui vaut l’estime de la profession, une attention militante, et un véritable soutien financier de
coproducteur, aux artistes qui créent ici ; enfin un
indéniable savoir-faire de programmateur, qui connaît
ses publics et sait les satisfaire.
Shigeko Hata © X-D.R.
et la pratique amateur. On attend la venue de l’Orchestre de
Paris (Concerto de Brahms avec la violoniste Viktoria Mullova)
et le retour des Siècles dirigé par F.-X. Roth (La Mer de Debussy,
Harold en Italie de Berlioz avec l’altiste Antoine Tamestit). Également en résidence, s’installent en 2011-2012 l’Orchestre Français
des Jeunes (Petrouchka de Stravinsky, Don Quichotte de Strauss),
celui des Jeunes Baroque («Italie et Europe baroque») que le public aixois commence à bien connaître, ainsi que l’ensemble Café
Zimmermann, créé par le violoniste Pablo Valetti et la claveciniste Céline Frisch («Cantates comiques», «Tout sauf Vivaldi»,
Gloria avec Accentus).
Parmi les artistes invités, certains remplissent les salles à
l’annonce de leur seul patronyme, comme les violoncellistes
Sonia Wieder-Atherton, Gautier Capuçon (Concerto de SaintSaëns avec l’Orchestre National de Lyon), les violonistes
Anne-Sophie Mutter, Fabio Biondi, le pianiste Boris Berezovsky ou le contre-ténor Philippe Jaroussky… Mais d’autres
comme Jorge Luis Prats, depuis que le Cubain a quitté son île où
il était politiquement confiné, l’ensemble Voces8, la soprano
Shigeko Hata ou le Ricercar Consort méritent une attention
particulière.
On cherche sans conteste du côté «jazz» (Michel Portal, Patricia
Barber ou les «Leçons» d’Antoine Hervé…), «musique de chambre» (Quatuors Borodine, Diotima, Vlach de Prague) et «jeune
public» (Jean-Francois Zygel, Opéra pour un flipper, Offenbach
et la mouche enchantée, Le petit chaperon rouge d’Aperghis…)
quelque perle à dénicher, histoire d’élargir encore le public de la
musique. La (toute) petite tétralogie, quadruple opéra de chambre
composé par Stéphane Collin, Raoul Lay, Jean-Paul Dessy et
Pascal Charpentier, ose même de la musique contemporaine,
cinq soirs, au Gymnase : mais c’est un «opéra drôle» sacrément
réjouissant !
AGNÈS ET JACQUES FRESCHEL
Gymnase, Marseille
Jeu de Paume, Aix
0820 000 422
www.lestheatres.net
Grand Théâtre de Provence, Aix
08 2013 2013
www.legrandtheatre.net
40
SAISONS
OPÉRA DE MARSEILLE
Grand
répertoire lyrique
Sur les sept opéras annoncés, cinq sont
issus du romantisme musical et trois
sculptés au fronton universel du genre :
Le Trouvère de Verdi, La Bohème de
Puccini et Roméo et Juliette de Gounod. On y attend Adina Aaron qui, après
Aida en 2008, incarnera Leonora aux
côtés de Guiseppe Gipali (Manrico),
Carlos Almaguer (Conte di Luna)… Une
prise de rôle pour Nathalie Manfrino
dans Mimi et, après sa folie d’Ophélie
en 2010, la diva Patrizia Ciofi dans
l’aérienne Juliette.
Le tableau dix-neuvième est complété
par Roberto Devereux, splendeur belcantiste signée Donizetti (en version
de concert) avec des spécialistes du
genre : Mariella Devia, Béatrice UriaMonzon, Stefano Secco et Fabio Maria
Capitanucci. Le Comte Ory, ouvrage en
français, rare et cocasse de Rossini,
mis en scène par Frédéric Bélier-Garcia, présente une distribution non moins
relevée : Annick Massis, Stéphanie
d’Oustrac, Marie-Ange Todorovitch,
Olga Borodina © Marty Umans
Le comte Ory © Angers-Nantes Opera - Vincent Jacques
Fort d’une
fréquentation
et d’un nombre
d’abonnés
en hausse,
Marc Laho, Jean-François Lapointe.
du soutien
Enfin, le chef-d’œuvre universel de
Mozart La Flûte enchantée clôturera
indéfectible
la saison lyrique. On y entendra, pour la
première fois à Marseille, Sandrine
de la Ville,
Piau chanter la sensible Pamina.
le directeur
artistique de l’Opéra L’événement
Un évènement devrait attirer, en février,
médias nationaux : c’est l’exhude Marseille Maurice les
mation annoncée de La Chartreuse de
Xiberras s’appuie, Parme d’Henri Sauguet. En effet, la
partition (disparue et restaurée à partir
pour sa saison
d’une version piano-chant et de la copie du conducteur original) n’a plus été
2011-2012,
jouée depuis sa création en 1939.
C’est Renée Auphan qui signera la mise
sur un diptyque
qui a fait ses preuves
Place Reyer :
de grandes voix
dans de grands
ouvrages populaires,
et aucun opéra
d’après guerre…
François Heisser, à la soprano Maria
Bayo, aux violoncellistes Anne
Gastinel et Henri Demarquette, au
violoniste David Grimal dans des
opus plutôt familiers. On regrettera
bien entendu l’absence d’incursion
dans le répertoire contemporain, si ce
n’est une unique commande au compositeur marseillais Régis Campo,
dont on se réjouit, mais qui ressemble
fort à un dédouanement.
Une saison à Marseille c’est est aussi
des récitals, des concerts de musique
de chambre, des représentations «hors
les murs» (festivals de Musique sacrée,
Musiques interdites, Fête de la musique…), des hommages, des conférences
et tout un volet pédagogique, culturel
en direction des écoles et jusque dans
les maisons de retraite, voire pénitentiaires... afin que la «grande» musique
résonne pour tous.
JACQUES ET AGNÈS FRESCHEL
Programmes détaillés
et informations pratiques
disponibles sur le nouveau site
opera.marseille.fr.
Abonnements
à partir du 14 juin
et réservations
à partir du 24 juin.
04 91 55 11 10
La Boheme © Stefan Flament
en scène, Katia Duflot les costumes.
Lawrence Foster dirigera un plateau
royal avec Nathalie Manfrino, MarieAnge Todorovitch, Sophie Pondjiclis,
Sébastien Guèze, Nicolas Cavallier,
Jean-Philippe Lafont…
Neuf concerts
On n’oublie pas qu’à côté des productions lyriques, neuf grands concerts
symphoniques sont à l’affiche avec, en
sus, un récital exceptionnel de la grande soprano russe Olga Borodina.
L’Orchestre Philharmonique de
Marseille, doté du premier chef invité
Fabrizio Maria Carminati, sera dirigé
par d’éminentes baguettes à l’instar de
Jean-Claude Casadesus… La phalange municipale sera associée aux
pianistes Cyprien Katzaris, Jean-
Romeo et Juliette © Opera de Lausanne
Concert inaugural
de la nouvelle salle du Silo
avec Adina Aaron, Patrizia Ciofi,
Béatrice Uria-Monzon,
Vladimir Galouzine,
Marc Barrard le 21 sept à 20h.
Entrée gratuite sur réservation
à partir du 6 sept.
au 04 91 14 66 76
PAVILLON NOIR
SAISONS
41
Une saison
de danse
Lalala Gershwin / José Montalvo - Dominique Hervieu © Laurent Paillier
Sakhozi says «NON» to the Venus / Nelisiwe Xaba © Suzy Bernstein
Comment faisait-on quand le Pavillon Noir n’existait
pas ? Où s’abreuvait-on de danse ? Les 16 spectacles
proposés durant la saison prochaine traversent les
continents et les esthétiques, en un panorama varié
de la danse d’aujourd’hui. Il y a donc fort à parier que
les 56 représentations, mais aussi les répétitions
publiques, feront comme les saisons précédentes
salle comble…
Quelques tendances ? Une attention redoublée à la
nouvelle danse africaine : quelque chose se passe làbas, explique Angelin Preljocaj, qui programme les
lauréats de la Biennale Danse l’Afrique danse ! qui
a eu lieu à Bamako en novembre 2010. «Cette nouvelle
danse africaine s’est totalement affranchie, en l’assimilant, de l’influence européenne mais aussi de ses
propres traditions, qu’elle ne renie pas mais qu’elle ne
prend plus comme la marque de son style. Il n’y a pas
longtemps, on voyait de la danse africaine contemporaine lors de ces biennales. Aujourd’hui c’est de la
danse contemporaine africaine qui s’invente, dans une
grande liberté…» Au programme donc en avril un duo
violent entre le Malien Aly Karembé et le malgache
Junior Zafialison (Danse esprit, danse en corps et
encore), et dès novembre les trois pièces lauréates à
Bamako, pour 5, 6 et 1 danseurs. Mais c’est Nelisiwe
Xaba qui ouvrira la saison africaine avec un solo hilarant et féroce : Sakhozi says «NON» to the Venus rapporte
l’histoire extravagante de Saartjie Baartman, Vénus
Hottentote (et callipyge) qui s’exhiberait aujourd’hui
au Musée du quai Branly…
Un autre voyage sera proposé par les six danseuses
(et 5 musiciens) de Madhavi Mudgal, ambassadrice
absolue da la danse indienne académique, et par
Carlotta Ikeda, dans un solo exceptionnel : à l’invita-
tion des écritures croisées on pourra la voir interpréter
Médée sur les mots de Pascal Quignard, qui dira
lui-même son texte… Un autre spectacle amoureux
des mots, Dans le ventre du loup, un quatuor jeune
public coécrit par la chorégraphe Marion Lévy et
l’écrivain metteur en scène Marion Aubert, qui
revisite malicieusement les Trois petits cochons.
Vous pourrez voir également une pièce à l’esthétique
très léchée, en trois couleurs, de l’italien Matteo
Levaggi, et beaucoup de danse française : d’Alain
Buffard à Maguy Marin, en passant par le joyeux La
la la Gershwin de Montalvo/Hervieu ; la création du
trop rare Georges Appaix, celle d’Hervé Chaussard, ex danseur du Ballet Preljocaj (entre autres !),
qui seront tous deux en résidence durant la saison ;
et la pièce de hip hop que Mickael le Mer est allé
créer avec des danseurs russes, Na Grani. Sans oublier la reprise de Suivront mille ans de calme au
Grand Théâtre voisin, et les magnifiques duos d’Angelin Preljocaj qui ouvrent la saison : Annonciation
et Centaures sont des pièces majeures, et les duos
amoureux de Blanche Neige sont des bijoux chorégraphiques. Enfin, une pièce vraiment magnifique
d’Emanuel Gat : ses Brilliants Corners sont lumineux…
AGNÈS FRESCHEL
La Pavillon Noir
Centre chorégraphique national, Aix
Saison 2011 2012
0811 020 111
www.preljocaj.org
42
THÉÂTRE
AU PROGRAMME
MARSEILLE
FESTIVAL de Marseille – 04 91 99 00 20
Salle Vallier :
Ailey II, dir. artistique Sylvia Waters (16 au 18 juin)
/ Mues chor. de Nicole et Norbert Corsino (16 juin)
La danse noire américaine : rencontre-débat avec
Claire Rousier (17 juin)
Family day, cie Merce Cunningham (19 juin)
Présentation de l’installation Merce-Art Forever !
par Foofwa d’Imobilité (21 juin)
Nearly 902 chor. de Merce Cunningham
(21 et 22 juin)
Rencontre autour de Merce Cunningham avec
David Vaughan et Foofwa d’Imobilité (22 juin)
Vertical Road, chor. d’Akram Kham (+ rencontre
avec les danseurs) (24 et 25 juin)
Mission, mes de Raven Ruëll (27 et 28 juin)
Rencontre avec Rocio Molina (28 juin)
Oro viejo, chor. de Rocío Molina (30 juin)
Rencontre autour de Moi et mon cheveu (2 juillet)
Southern Bound Comfort, chor. de Sidi Larbi
Cherkaoui (Bound) et Gregory Maqoma (Southern
Comfort) (2 et 3 juillet)
Révolution, chor. d’Olivier Dubois (+ rencontre avec
Olivier Dubois et les danseuses de la compagnie)
(6 juillet)
Amour, acide et noix, chor. de Daniel Léveillé
(8 et 9 juillet)
Studio la Friche la Belle de Mai :
Master Class avec la Compagnie Merce
Cunningham (19 et 20 juin)
Théâtre du Centaure :
Flux, dir. artistique de Camille & Manolo
(19 au 21 et 23 au 26 juin)
Place Bargemon :
Dolorès, chor. de Jomar Mesquita (29 juin)
Théâtre des Bernardines :
On t’appelle Vénus, chor. de Chantal Loïal (1er juillet)
GMEM :
Présentation publique de l’Opéra Slam (25 juin)
Théâtre du Gymnase :
Moi et mon cheveu, mes d’Eva Doumbia
(7, 8, 9 juillet)
Cloître des Carmes :
Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, mes de
Vincent Macaigne (9 au 13 et 15 au 19)
Danses libres, chor. de François Malkovsky
(22 au 26)
Cloître des Célestins :
Life and times : épisode 1, mes de Kelly Copper
et Pavol Li ka (9, 10, 12, 13, 14, 15)
Life and times : épisode 2, mes de Kelly Copper
et Pavol Li ka (9, 10, 12, 13, 14, 15)
Exposition universelle, chor. de Rachid Ouramdane
(19, 20 et 22 au 24)
Opéra-Théâtre :
Jan Karski (Mon nom est une fiction),
mes d’Arthur Nauzyciel (6 au 9 et 11 au 16)
Sur le concept du visage du fils de Dieu
de Romeo Castellucci (20 au 23 et 25, 26)
Gymnase Aubanel :
Mademoiselle Julie, mes de Frédéric Fisbach
(8, 9, 11 au 16, 18 au 23 et 25, 26)
Salle Benoît-XII :
Sun, mes de Cyril Teste (7 au 9 et 11 au 13)
Clôture de l’amour, mes de Pascal Rambert
(17, 18 et 20 au 24)
Gymnase du lycée Mistral :
Petit projet de la matière, mes de François Berreur
(6 au 8)
Oncle Gourdin, mes de Sophie Perez
(12 au 14 et 16, 17)
Low Pieces de Xavier Le Roy (19 au 21 et 23 au 25)
Salle de spectacle de Vedène :
L’Entêtement, mes d’Elise Vigier
et Marcial Di Fonzo Bo (8 au 11 et 13 au 15)
La Paranoïa, mes de Marcial Di Fonzo Bo
et Elise Vigier (9 au 11 et 13 au 15)
Violet, chor. de Meg Stuart (19 au 22 et 24, 25)
Auditorium du Grand Avignon-Le Pontet :
Le Cabaret discrépant d’Olivia Grandville (8 au 11)
(M)imosa de Cecilia Bengolea, François Chaignaud,
Trajal Harrell et Marlene Monteiro Freitas (14 au 17)
Ébauche d’un portrait, mes de François Berreur
(20 au 23)
AVIGNON
FESTIVAL – 04 90 14 14 14
Du 6 au 26 juillet
Cour d’honneur :
Enfant, chor. de Boris Charmatz (7, 8 et 10 au 12)
Cesena, chor. de Anne Teresa De Keersmaeker
(16 au 19)
Le condamné à mort avec J. Moreau et E. Daho (18)
Sang et Roses, mes de Guy Cassiers (22 au 26)
Carrière de Boulbon :
Le Suicidé, mes de Patrick Pineau
(6 au 10 et 12 au 15)
Des Femmes, mes de Wajdi Mouawad
(20, 21 et 23 au 25)
Cour du lycée Saint-Joseph :
Je suis le vent, mes de Patrice Chéreau (8 au 12)
Courts-Circuits, mes de François Verret
(16 au 19 et 21, 22)
Fase, chor. de Anne Teresa De Keersmaeker
(24 au 26)
Salle de Montfavet :
«Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme» :
un projet d’alphabétisation, mes d’Angélica Liddell
(8 au 10 et 12, 13)
Yahia Yaïch – Amnesia, mes de Fadhel Jaïbi
(15 au 17)
Scène nationale de Cavaillon
(initialement prévu à la Salle de Montfavet) :
Christine, d’après Mademoiselle Julie,
mes de Katie Mitchell et Leo Warner (22 au 24)
Chartreuse de Villeneuve :
Terra Nova – Compagnie Crew d’Eric Joris
(6, 7 et 9 au 14)
L’Indestructible Madame Richard Wagner,
mes de Christophe Fiat (18 au 21 et 23, 24)
Stade de Bagatelle :
Levée des conflits, chor. de Boris Charmatz
(16 au 18)
Jardin de la vierge du lycée Saint-Joseph :
Sujets à vif (huit rencontres entre interprètes
et auteurs pour huit créations) :
Trente-trois tours de David Lescot avec DeLaVallet
Bidiefono (8 au 10 et 12 au 14)
Voyage Cola de Bouchra Ouizguen
avec Alain Buffard (8 au 10 et 12 au 14)
Terre/Cri/Effarement de Guy Régis Jr
avec Alain Mahé (8 au 10 et 12 au 14)
How to become invisible d’Eduard Gabia
avec Rui Catalão et Minus (8 au 10 et 12 au 14)
Contes tordus de Julie Nioche
avec Christophe Huysman (19 au 21 et 23 au 25)
Sous les feux de Pedro Pauwels avec Jörg Müller
(19 au 21 et 23 au 25)
Nature aime à se cacher de Jacques Bonnaffé
avec Jonas Chéreau (19 au 21 et 23 au 25)
Still / Life de Qidus Onikeku avec Damien Jalet
(19 au 21 et 23 au 25)
École d’art :
La Vingt-cinquième heure (rendez-vous des
formes atypiques ou performatives du Festival) :
Produits d’autres circonstances de Xavier Le Roy
(8 et 9)
Et nous brûlerons une à une les villes endormies
de Sylvain George (11 et 12)
Faire mettre (acte 2) (15) et Ecarte la gardine,
tu verras le proscénium (17) de Sophie Perez
et Xavier Boussiron
Gonzo conférence de Fanny de Chaillé (17)
Forecasting (21 et 22) et Tracks (22)
de Barbara Matijevic et Guiseppe Chico
Batailles (duos ou duels proposés par
la Vingt-cinquième heure) entre : Erwan Keravec
et Daniel Linehan (nuit du 13 au 14) ; Simone Forti
et Benoît Lachambre (nuit du 16 au 17) ;
Jeanne Balibar et Marlène Saldana (nuit du 18 au
19) ; Eleanor Bauer et François Chaignaud (nuit du
20 au 21) ; Alex Baczynski-Jenkins, Brendan
Dougherty et Meg Stuart (nuit du 23 au 24) ; Boris
Charmatz et Médéric Collignon (nuit du 24 au 25).
Gymnase Saint-Joseph :
Le Théâtre des idées (interventions dialoguées
d’intellectuels, modération de Nicolas Truong) :
L’enfance, sacrée ou sacrifiée ? avec l’essayiste
et critique théâtral Georges Banu
et la pédopsychiatre Marie-Rose Moro (9)
Quel féminisme aujourd’hui ? avec la sociologue
Dominique Méda et l’écrivaine Joy Sorman (10)
Comment sortir de la catastrophe ?
avec le philosophe Slavoj Zizek (11)
Peut-on réinventer l’école ? avec l’historien Marcel
Gauchet et le pédagogue Philippe Meirieu (13)
Comment penser le commun aujourd’hui ?
avec le philosophe Antonio Negri (16)
Révolution et démocratie : la nouvelle méditerranée
avec l’auteure et comédienne Jalila Baccar
et le politologue Gilles Kepel (18)
L’autre voie : comment lutter contre la tentation
réactionnaire ? avec l’écrivain Stéphane Hessel
et le sociologue et philosophe Edgar Morin (19)
Dates du Festival de Marseille
voir Zib 41 page 15
et Festival d’Avignon voir page 7.
FIN DE SAISONS
Ouverture
THÉÂTRE/DANSE
43
Lumineux
Stravinsky
Fin de saison en déambulations théâtrales nocturnes Deux pièces majeures de Preljocaj sur la musique
Andromaque © Christophe Raynaud de Lage - col.comedie-francaise
En ouverture de la 40e édition des Chorégies, la
Comédie Française fait son grand retour, après 60
ans d’absence, sur la scène du Théâtre Antique avec
une représentation exceptionnelle d’Andromaque de
Racine, mise en scène par Muriel Mayette.
Andromaque
Le 17 juin à 21h45
Théâtre Antique d’Orange
04 90 34 24 24
www.choregies.com
Contemporain
Le Théâtre Nô, à Aix-en-Provence, accueille une
chorégraphie de Yasuyuki Endo, danseur et
chorégraphe japonais, soliste du Ballet National de
Marseille. Inspirée d’une légende du Théâtre Nô, le
duo Dojyoji + symbolise une relation obsessionnelle
qui conduit à une folie destructrice. Sur une musique
de Charles, Grydeland, Wallumrod et Zach.
Dojyoji +
Les 24 et 25 juin
Théâtre Nô, Aix-en-Provence
04 91 32 72 72
www.ballet-de-marseille.com
© X-D.R.
et amoureuses pour la Scène nationale de Cavaillon
avec la cie Skappa !, artistes associés depuis trois
saisons, qui propose des Sérénades cinq soirs de
suite dans le centre-ville de Cavaillon. Une nouvelle
œuvre chaque soir, au gré des événements incongrus
qui naîtront lors du parcours jusqu’à une fenêtre éclairée… Chaque soirée sera précédée d’un pique-nique,
histoire de vous mettre l’eau à la bouche avec le menu
des spectacles 2011-2012 !
Sérénades
Le 15 juin, départ à 21h45 place Cabassole
Le 16 juin, départ à 21h45 devant le théâtre
Le 17 juin, départ à 23h parking Verdun
Le 18 juin, départ à 21h45 place Bouchet
Scène nationale de Cavaillon
04 90 78 64 64
www.theatredecavaillon.com
Ça
bouillonne
L’idée est née peu à peu chez une bande de copains
artistes (Olivier Pauls, Alain Aubin…) qui en avaient assez
d’entendre que Marseille ne savait pas faire la fête !
Alors ils ont décidé de demander à leurs pairs de présenter, comme ça, des numéros autour d’un thème. Et
avant après pendant de causer, chanter, danser, échanger.
Pour participer il faut donc un peu ou beaucoup se déguiser, se rendre au point de rendez-vous et se laisser
guider. Cette fois-ci ce sera à 18h30 Gare de l’estaque,
pour 1 heure de jeux, 2 heures de spectacles, et à
partir de 22h, la fête ! Belladonna 9ch, Irina Popovska, Drôle de Drame, Tchoune, Djam Deblues,
Leda Atomica, Lison David, Mathieu Jacinto Red
& Yellow Bikini, Dance Collect Club, Les murmureurs de l’entonnoir, Christine Fricker et Robin
Jacquet vous présenteront gracieusement leurs numéros les plus Gypsy : les 5 euros de participation
servent juste à couvrir les frais…
Vos Itsy Bitsy Gypsy Days
4e Bouillon Marseillais
Le 18 juin à 18h30
Lieu surprise à l’Estaque
06 20 55 43 69
www.bouillonmarseillais.org
Ça
bourdonne
Il a remporté la mention spéciale du jury de la Biennale africaine «Danse l’Afrique Danse !» à Bamako en
2010, est en résidence au Pavillon Noir depuis 3 mois,
y créera un spectacle l’an prochain, et offre pour l’heure
un solo. 20 minutes pour découvrir ce jeune Malgache surdoué, qui danse La politique de l’autre ruche,
refuse de mettre la tête dans le trou, et bourdonne d’idées
et d’humour. Il s’appelle Junior Zafialison, un nom
à retenir.
La politique de l’autre ruche
Le 24 juin à 19h
Pavillon Noir, Aix
0811 020 111
www.preljocaj.org
savamment sauvage du compositeur russe : Noces, qui
a plus de 20 ans et n’a rien perdu de sa brutalité
nuptiale et balkanique, Le sacre du printemps qui a
tout juste 10 ans et affiche un vocabulaire chorégraphique plus étiré, mais tout aussi tellurique. Et un propos
plus cynique, mais tout aussi féministe, sur le voyeurisme et le désir. Il n’y a que quatre soirées au Pavillon
Noir, avant que le programme s’exile pour un long
voyage vers d’autres théâtres.
Noces. Le sacre du printemps
Du 28 juin au 1er juillet
Pavillon Noir, Aix
0811 020 111
www.preljocaj.org
Noces © JC Carbonne
44
MUSIQUE
AU PROGRAMME
AIX
Centre Franco-Allemand de Provence : concert du groupe vocal Deutscher Frauenchor dans un répertoire de
musiques profanes et sacrées du XVIe au XXIe siècle (17/6
à la chapelle des Oblats), concert Oratorio, le zapping
de l’ensemble Ad Fontes (28/6 aux Jardins d’Albertas
à Bouc-Bel-Air, le 10/7 dans le parc du Château de
Châteauneuf-Le-Rouge, résas au 04 42 93 22 98)
04 42 21 29 12
www.cfaprovence.com
Théâtre et Chansons : Soirées Cabaret (23 au 26/6)
04 42 27 37 39
www.theatre-et-chansons.com
ARLES
Cargo de nuit : Richard Manetti trio (23/6), Bushman
et No More Babylon (24/6)
04 90 49 55 99
www.cargodenuit.com
AUBAGNE
MJC L’Escale : Fête de la MJC avec Libre Mesure, soirée
dansante avec Dj Izem… (18/6)
04 42 18 17 17
http://mjcaubagne.free.fr
AVIGNON
Théâtre des Doms : fête de la musique avec Violon
Nomade (21/6)
04 90 14 07 99
www.lesdoms.eu
CHÂTEAUNEUF-DE-GADAGNE
Akwaba : The Celtic Scooter Club organise le Celtic
Run Ready Steady Go ! (17 et 18/6)
04 90 22 55 54
www.akwaba.coop
ISTRES
Centre d’art contemporain : dans le cadre de Images
transversales et à l’occasion de la fête de la musique,
hommage sonore et visuel à François de Roubaix avec
Number 9 et Pompidou (19/6)
04 42 55 17 10
LYYNES
Le Korigan : Dornenreich, Aabsinthe, Sounds of the,
Continuum et Xciii (25/6), Monarque, Svart Crown,
Nuit Noire, Aorlhac, Sektarism et Esus (26/6)
06 50 77 51 77
www.lekorigan.fr
MARSEILLE
Association Le Mille Pattes : Place au soleil : soirée de
concerts gratuits avec la fanfare Vagabontu, Afrah, EFA,
Shankara Gna, Eternal Erection (25/6 place des Halles
Delacroix, quartier de Noailles)
04 91 55 70 60
www.lemillepattes.net
Cabaret Aléatoire : Bring me the horizon (23/6), Digikid
84, French Fries, Manaré, Bambounou, Chaos in the CBD,
Alan Gay (2/7)
04 95 04 95 09
www.cabaret-aleatoire.com
Dan Racing : Blue’s on (17/6), PoNTyPOol (18/6), GoodHell
(21/6), Insight (24/6), Middle Think, Nereïds (25/6),
Stormy Monday (1er/7), First Day et Limited Edition (2/7)
06 09 17 04 07
http://guitarjacky.free.fr
Dôme : Calogero (15/6), Eddy Mitchell (30/6), ZZ Top
et Thin Lizzy (12/7)
04 91 12 21 21
Enthropy : Duo Abela & Merlo, Kadinsky, Léon & Andrea
Parkins (15/6), Never Slave, Ladea, Ghost dog, Tim (16/6),
Kêtu Records Sound System (17/6), La cumbiamba
Parrandra (18/6), MonomaniaX (21/6), Alerta Kamarada
(22/6), The Morrigans, The Magnets, Ultrateckel (25/6),
Filthy Charity, Hard Charger (28/6), Sound of Town (30/6)
http://enthropy.fr
Espace Julien : Markovo (17/6), Flow Motion (15/6), Original Borojo (16/6), Markovo, Alcaline (17/6), Abdelkader
Secteur (18/6), Destroyer (22/6), Das Simple, Jean Louis
(24/6), Metigane (30/6), Phosphene, Edgar Pilot (2/7)
04 91 24 34 10
www.espace-julien.com
La Cité de la musique : Les Belsunciades (du 14 au 17/6),
récital La voie nomade (17/6), duo de oud Charbel Rouhana et Elie Khoury (24/6), Cuarteto Mondo Yengue (29/6),
04 91 39 28 28
www.citemusique-marseille.com
La Machine à Coudre : Le syndicat du Chrome (17/6),
Almereyda (18/6), Antonio Negro (23/6), Angry Dead
Pirates, Devilish (24/6), Big in Japan (25/6), The
Tundra Fucks, Johnny Division, Modern Pets (4/7)
04 91 55 62 65
www.lamachineacoudre.com
La Meson : Josele Miranda Y Su Grupo (25/6), Flamenco fait Meson avec tous les élèves et les professeurs de
danse (26/6), Alpha Petulay & Sit Jean (29/6), apéro
de clôture de saison avec Giloo & Tribaloya (30/6), Sam
Karpienia & Ahmad Compaoré (3/7)
04 91 50 11 61
www.lameson.com
Le Paradox : The Louisiana Funky Butts Brass Band,
Wonderbrass (16/6), Paco Diola-Bi & Beguefall (17/6),
la compagnie Cuanol (18/6), La Villa Ginette, Timek
(19/6), Boolumbal (22/6), Fanta Mara (23/6), Diho &
Dj Tony (26/6), Plastic Bag (28/6), Around the Funk (30/6)
04 91 63 14 65
www.leparadox.fr
Le Poste à Galène : Nuit années 90 (18/6), U.S Bombs
(20/6), nuit années 80 (25/6)
04 91 47 57 99
www.leposteagalene.com
L’Intermédiaire : Poupa Seone, Hilyle, Konee7, King
Milouz (25/6)
04 91 47 01 25
www.myspace.com/intermediaire
Lollipop Music Store : Isaya (17/6), tribute Fridays :
back to the 60’s (24/6)
04 91 81 23 39
http://lollipopstore.free.fr
Planet Mundo Kfé : Tumbao Mapanare (17/6), Red Corner
(18/6), Alerta Kamarada (24/6), Brk (25/6)
04 91 92 45 72
ORANGE
Chorégies : Musiques en fête pour fêter leur 40 ans avec
de nombreux artistes (20/6)
04 90 34 24 24
www.choregies.asso.fr
SIX-FOURS
Espace Malraux : Gente D’zona (13/7)
04 94 74 77 79
www.espace-malraux.fr
VERS-PONT-DU-GARD
Pont-du-gard : Lives au Pont, festival de musiques
soul, électro, pop, rock… (8 et 9/7)
0 820 903 330
www.pontdugard.fr
AGEND’JAZZ
ARLES
Cargo de Nuit : Richard Manetti Trio (23/6)
04 90 495 599 www.cargodenuit.com
AUBAGNE
MJC L’Escale : Nougarotrement trio (16/6) Travaux
des Ateliers (18/6)
Les Jeudis de L’Escale : Café-Jazz avec le trio LaDiMa
tous les 3ème Jeudis du mois et Soirée-Boeuf tous les
2è jeudis du mois
04 42 181 717 www.mjcaubagne.fr
BERRE L’ETANG
Forum des Jeunes et de la Culture : Scène musicale
concert des écoles et ateliers (20/6), Menu cabaret des
bouches et concert des Ateliers / We used to have a
Band avec MarionRampal et François Richez (25/6)
0442 102 360 et www.forumdeberre.com
EMBRUN
Jardin du Roc : Festival Trad’In, Compaoré, Karpienia
et Friends (7/7)
Espace Delaroche 04 92 43 72 72
MARSEILLE
Cabaret Aléatoire : Musique Rebelle Round 10 «My
Cabaret goes jazz» avec Ahmad Compaoré et 50
musiciens (18/6)
04 95 049 509 www.cabaret-aleatoire.com
Centre Edmond Fleg
Fiesta Latina avec Rico Naca y su tropical combo (30/6)
04 91 735 781 www.jazzclubprovence.com
Cité de la Musique - Auditorium : Jazz en Cité (20/6)
Electrochoc (21/6) Charbel Rouhana & Elie Khoury
(24/6) Jazz et Musiques improvisées avec Raphaël
Imbert, Gérald Cleaver, William Parker, Craig Taborn
(27/6) Cuarteto Mundo Yengue (29/6)
04 91 392 828
Cité de la Musique - La Cave
Bartokantes (30/6)
Cité de la Musique – La Magalone
La voix nomade (17/6)
04 91 392 828 www.citemusique-marseille.com
Fnac
Tête à tête avec Ahmad Compaoré (2/7)
Inga des Riaux : AJ5 (17/6) Nadine Cohen Middle
Jazz trio (24/6) Godfathers (30/6)
Plage de l’Estaque 06 07 575 558
www.inga-des-riaux.fr/music.html
Roll’ Studio : Hommage à JJ Johnson et Bud Powell
(17/6) Monique Zuppardi trio (18/6) Yadès 4tet (25/6)
Henri Florens (2/7) Takae Bouyssi-Kanaoka (9/7)
04 91 644 315 www.rollstudio.fr
OLLIOULES
Chateauvallon
Luz Casal (17/6) Nuit du Fado avec Antonio Zambujo
& Cristina Branco (1/7)
04 94 22 02 02 www.chateauvallon.com
VITROLLES
Moulin à Jazz
Fête de la Musique : Concert de la classe de jazz suivi
de Yakamoz 5tet (21/6)
Voir également les festivals p. 20 et 21
MUSIQUE
As-tu du cœur ?
Mozart charitable
Récital spectacle autour d’opéras de Mozart par Cyril
Rovery (baryton) et Charles Bonnefon (piano) au
bénéfice d’une association d’aide à Tchangué (Cameroun) pour soigner une petite fille handicapée.
MARSEILLE. Le 18 juin à 21h.
Eglise St-Cannat des Prêcheurs
Espace culture 04 96 11 04 61
www.operatheatrepourtous.com
O.L.R.A.P
Le vieil hangar superbement ressuscité, ex-gare de
triage d’une huilerie centenaire (sa charpente métallique est attribuée à Gustave Eiffel) accueille,
pour la clôture de la saison de l’espace culturel du
14e arrondissement marseillais, l’Orchestre Lyrique
de Région Avignon Provence dans Honegger (Pastorale d’été), Mozart (Concerto n°5 pour violon et
orchestre) et Saint-Saëns (Symphonie n°2).
Roberto Alagna © Alix Laveau
En 1885, Massenet est le seul véritable héritier de
l’opéra français. On a longtemps eu tendance à sousestimer une œuvre qui opère pourtant une symbiose
naturelle entre la langue française et la ligne du
chant, qui allie une orchestration virtuose, une
harmonie sophistiquée et limpide à un sens aigu
du théâtre. Le Cid pourrait être le chef-d’œuvre d’un
compositeur de moindre envergure. Les productions
récentes (rares !) de l’ouvrage ont buté sur l’impossibilité d’en distribuer les emplois dits héroïques,
typiques de l’école française du Grand-Opéra, quasiment disparue. On pouvait difficilement rêver mieux
aujourd’hui que d’entendre cette magnifique partition avec Roberto Alagna (Rodrigue) et Béatrice
Uria-Monzon (Chimène). Ce sera à guichet fermé
mais la première est retransmise sur grand-écran,
en (quasi) direct, le 17 juin à 21h, Place Bargemon
(gratuit).
MARSEILLE. Les 17, 20, 23 juin
à 20h et le 26 juin à 14h30. Opéra de Marseille
04 91 55 11 10 www.opera.marseille.fr
Piano marathon
Pour l’ultime manifestation de la saison au Théâtre
de Nîmes, René Martin propose de partir sur les
traces de Chopin à travers «ses influences, ses
œuvres de jeunesse, ses œuvres de maturité.» Cinq
concerts en plein air pour deux soirées dans les
cours nîmoises en compagnie des pianistes Anne
Queffélec, Momo Kodama, Philippe Giusiano et
du Quatuor Renoir.
NÎMES. Le 17 juin à 19h, 21h et le 18 juin à 17h,
19h, 21h. Club de l’Imperator, Cour de l’hôtel Boudon
et Cloître des Jésuites.
04 66 36 65 00 www.theatredenimes.com
MARSEILLE. Le 18 juin à 21h. Station Alexandre
04 91 00 90 00 www.station-alexandre.org
Durance Luberon
45
L’Autre rive
L’œuvre de Zad Moultaka s’organise de part et d’autre
d’une ligne de haine, d’espaces gémellaires démarqués par les origines et la langue, invente une
improbable migration… L’opus contemporain est
chanté par l’ensemble Musicatreize (dir. Roland
Hayrabedian) dans la foulée de la visite de l’exposition L’Orientalisme en Europe de Delacroix à
Matisse à la Vieille Charité.
MARSEILLE. Le 24 juin : l’entrée à l’exposition
se prolonge jusqu’à 21h.
Concert à 21h30 (billetteries indépendantes)
04 91 00 91 31 www.musicatreize.org
Reprise au Festival d’Aix le 21 juillet à Sylvacane
Chambre en Cité
Concert Schubert avec Alain Pelissier (alto), Benoît
Salmon (violon), Elisabeth Guironnet (piano – le
24 juin), Festival de Musique de Chambre «Autour
de la Hongrie» (les 28 juin, 1er et 5 juillet) et Récital
Nathalia Romanenko (piano - le 8 juillet - entrée libre)
MARSEILLE. Concerts à 20h30 à La Magalone.
04 91 39 28 28 www.citemusique-marseille.com
En prélude au festival d’été : De Corette à Gainsbourg
par les bois (bassons et hautbois) du Conservatoire d’Aix.
MEYRARGUES. Le 19 juin à 18h. Eglise (Entrée libre)
Petits chanteurs
«L’heure de musique sacrée» par Les Petits Chanteurs de la Major (dir. Rémy Littolff)
CASSIS. Le 19 juin à 17h. Eglise St-Michel (Entrée libre)
Quai des brunes
Jazz vocal années 30, piano, claquettes…
MARSEILLE. Le 21 juin à 18h30
sur la goélette Liberté 3 dans le Vieux Port
AIX. Le 23 juin à 20h30 au Drôle d’Endroit
04 42 38 95 54
Quatuor Renoir © Lyodo Kaneko
Anches
L’Arbre d’Ebène (anches, clarinettes…) et la Chorale
Amadeus mêlent des musiques de films, classiques
et tangos…
MARSEILLE. Le 25 juin à 17h.
Chapelle St-Joseph du Redon
Aix en baroque
Comme chaque été, Guy Laurent propose d’explorer le patrimoine musical d’«Aix-la-Baroque… siège
de l’une des grandes maîtrises du Royaume de France».
Œuvres religieuses à grand chœur d’Audiffren (Requiem), Jean-Baptiste Vallière (Magnificat) et
Félicien David (Motets… Le 2 juillet). Suites instrumentales et cantate Les femmes de Campra,
Symphonies de Pierre Gautier, Suite d’Alexandre
Villeneuve (le 7 juillet). Polyphonies françaises du
Moyen-Age au XXe siècle : Elégie & Psaume 51 de
Darius Milhaud, Strophes sur le «Veni Creator» de
Pierre Villette, Rondeaux d’Adam de la Halle / Chansons et motets de Machaut et Dufay, Chansons de
Debussy, Ravel, Poulenc (le 3 juillet). Autour de Monteverdi : Lauda Jerusalem, Orfeo (extraits), Jephte
(final) de Carissimi… (le 5 juillet).
AIX. Du 2 au 7 juillet. Concerts à 18h Chapelle du Sacré-Cœur
04 42 99 37 11 www.orphee.org
46
THÉÂTRE
AVIGNON | GAP
Leçon de bonheur
C’est quoi le bonheur ? Cette question,
posée lors d’une conférence du philosophe Robert Misrahi au Théâtre des
Halles, inspire à Alain Timar le thème
de son prochain spectacle, Penser
bonheur. Le spécialiste de Spinoza a
consacré l’essentiel de ses recherches
à ce questionnement et le metteur en
scène veut les partager sous forme
d’expérience théâtrale, étape après
étape. Les écrits et paroles de Misrahi
se distillent comme des devinettes
porte-bonheur pour inciter la réflexion
et le dialogue entre les deux comédiens aussi géniaux et charismatiques
qu’en totale roue libre… se délectant
d’être là visiblement. Paul Camus, le
fidèle pilier des créations d’Alain Timar
et la petite nouvelle, Pauline Méreuze,
tout juste sortie de l’ERAC, absolument
remarquable, donnent à voir la quête
du bonheur, de sa désolation enfantine
soupe au lait «tu crois que c’est facile
de mourir» aux fous rire irrésistibles de
son partenaire «mais tout ce qu’on veut
c’est être heureux», des tentatives de
définition «nous ne combattons le mal
que parce que nous nous référons implicitement à la plénitude de l’existence
humaine, et nous ne savons pas le dire»,
auxquelles se mêlent les mots de
Koltès ou Claudel, aux témoignages
d’inconnus, fameux, enregistrés au
coin de la rue. Présenté comme un
premier chantier de travail (le second
aura lieu en septembre, la création en
avril 2012), l’essai est un acte de joie
bien maitrisé sous ses faux airs d’improvisation. Même l’ébauche de
non-scénographie avec son tapis sans
teint et ses tréteaux en bois signe le
style Timar. Une plongée au cœur de
la quête infinie du bonheur à laquelle
on participe volontiers. DE.M.
Penser bonheur © X-D.R.
Le premier chantier public de Penser
bonheur s’est joué du 26 au 29 mai au
Théâtre des Halles, Avignon
La compagnie Parnas a adapté son Banquet fabulateur pour lui faire traverser les Alpes. Il Convivio, qui
a été créé à Gap du 19 au 22 mai, sera cet été à Turin.
La version bilingue, parfaitement compréhensible
grâce à des traductions en direct des passages en
Italien (la gymnastique sera inversée en Italie), prend
des tonalités différentes : Francesco Gargiulo ponctue le trajet de l’histoire de Pinocchio, remplaçant les
dérisoires ponctuations de Cyrano du Banquet Fabulateur par une jolie naïveté de lutin. Ophélie disparaît,
remplacée par une Lucrèce Borgia qui promet aux
convives buvant tranquillement leur verre un lent
empoisonnement, et quelques scènes demeurent,
Platonov hurlant son torturant adieu à sa Anna
Petrovna, et Olivier Pauls développant son hilarant
numéro de close-up pitoyable… L’ancrage dans la
mémoire archaïque des Fables est moins évidente
que dans la version unilingue, mais les acteurs
prennent visiblement plaisir à échanger leur culture
littéraire et dramatique. Plaisir partagé, comme lors
d’un toast commun.
A.F.
Il Convivio, Catherine Marnas © X-D.R
Variation italienne
Le vieux psy et la jeune fille
Monsieur j'ai deux mots à te dire © Delphine Michelangeli/Zibeline
Bertrand Hurault et Jane Bréduiliard ont présenté en toute discrétion,
voire timidement, le premier acte de la
pièce Monsieur, j’ai deux mots à te dire.
Le co-fondateur du Théâtre des Carmes,
avec André Benedetto, a accepté l’invitation de la jeune comédienne qui
souhaitait travailler depuis longtemps
avec lui, sur un texte qu’elle signe et
met en scène, très sobrement, avec
Alain Ubaldi. Le comédien ne cachait
pas son émotion en présentant cette
création en cours de la Nouvelle Compagnie, qui fête ses 50 ans et dont
l’objectif était de mettre en lumière les
textes de jeunes auteurs. Un travail en
chantier suffisamment ouvragé pour
donner l’envie d’en savoir plus et
d’entendre l’épilogue de ce huis clos :
ces deux êtres que tout semble opposer, un psychanalyste à la retraite et
une jeune éditrice qui le convainc de
lui dicter son autobiographie, s’y réconcilieront vraisemblablement avec
leur passé… Un passé qui pourrait les
relier davantage que le premier acte
n’aura laissé entendre. Après des tergiversations et autres hésitations à
ressasser ses fantômes intérieurs, le
vieil homme abandonné soldera-t-il les
comptes ? La jeune femme, «une pluie
d’été» selon le psychanalyste qu’ellemême traite de «drôle de bonhomme»,
se trouveront-ils des points communs ?
Des personnages à la Pagnol, entre
bouquet d’anémones et omelette aux
herbes, pour une histoire qui reflète
l’âme humaine.
DELPHINE MICHELANGELI
Monsieur, j’ai deux mots à te dire
s’est joué au Théâtre des Carmes,
Avignon les 20 et 21 mai
48
THÉÂTRE
CAVAILLON | MARSEILLE | AVIGNON
Le plaisir des imbroglios
dans un jeu d’enfants. Le tout sous l’œil d’un groin (si
si) forcément rose, bruyant et goguenard. Bref du
plaisir, du rire franc, sans jamais l’impression de se
moquer salement ou de s’enliser dans une soupe
Le propre des vaudevilles, surtout lorsqu’ils sont
comme ici poussés tout au fond ultime de leurs derniers retranchements, est d’être inracontables. Le
texte de Catherine Zambon est en tous cas
délicieux, fusant à toute allure et regorgeant de clins
d’œil hilarants. La mise en scène ne l’est pas moins,
rythmée, osant les gadgets les plus kitchs, fignolant
jusqu’à l’obsession les accessoires, les couleurs
forcément saturées, et un décor qui n’en finit pas de
receler des surprises et des détournements. Alexandra Tobelaim fait preuve ici d’un sacré métier ! Elle
dirige au millimètre un quatuor d’acteurs d’exception,
qui s’amuse comme rarement sur scène à emprunter
l’accent russe ou corse, à tituber sous l’effet d’un
calmant, à se méprendre, à désirer, jalouser, aimer,
protéger, tromper, turgescer, démiurger, mentir sans
jamais trahir, et puis à mourir pour de faux, comme
grasse, juste parce que c’est astucieux, rythmé, que
ça pastiche gentiment le vaudeville, les soaps policiers, et caricature les mœurs étranges des riches de
la Côte : la Cie Tandaim est basée à Cannes, et
connaît l’abondance et l’absurde de ses faits divers…
Villa Olga © X-D.R
AGNÈS FRESCHEL
Villa Olga, pièce de plage, a été jouée en tournée
Nomades autour de la scène nationale
de Cavaillon du 19 au 25 mai
À noter
La Cie Tandaim jouera la Seconde surprise de l’amour
de Marivaux du 5 au 27 juillet (21h15) dans
le cadre de Villeneuve en scène (voir p10)
04 32 75 15 95
www.villeneuve-en-scene.fr
noue est celle d’une coupure et tous les hommes y
succombent, le fils, le mari et le père, tandis que les
femmes, la mère et les deux épouses, se déchirent,
mortes déjà de tous les cordons qu’elles ont dû rompre pour donner la vie ou l’amour. Alors le temps
s’écoule. Lent. Avec de brutales ellipses, des raccourcis qui proscrivent le réalisme, et jouent magistralement
avec les conventions dramatiques. Les femmes y
règnent, insupportables, hystériques, possessives, et
les hommes subissent, résignés, leur loi. Valeria
Bruni Tedeschi compose une nerveuse maladroite
souvent trop appuyée, tandis que Bulle Ogier dose
et maitrise, jusqu’à l’insupportable, ses débordements assassins, et que Marie Brunel passe, superbe,
délaissée, triomphante : Chéreau et Jon Fosse
semblent partager la même méfiance envers les
femmes…
Patrice Chéreau a mis en scène les Rêves d’automne de Jon Fosse dans un cadre génialement
inadéquat : la pièce de l’auteur norvégien, traversée
de fantômes oniriques aux allures de personnages
bergmaniens, se perd dans son décor surdimensionné, sous les tableaux et les murs monumentaux
du Louvre. Les personnages isolés dans l’immensité
cérémonieuse et glaçante y laissent leur chair…
retrouvant ainsi l’exacte étrangeté du cimetière où
sont censés se dérouler ces Rêves. C’est que la pièce
de Jon Fosse parle de cet espace intermédiaire, celui
où les vivants croient rendre visite aux morts. Dans
ce musée les vivants sont aussi étrangers que dans
les travées peuplées de fleurs coupées et de pierres
gravées d’épitaphes muettes. Les corps s’y croisent,
fantômes sans voix d’une grand-mère disparue, d’un
fils fragile. Fantôme d’un amour aussi, qui croit
pouvoir renaître, et qui entraîne vers le désespoir de
tous et la mort de chacun. L’histoire de désir qui s’y
AGNÈS FRESCHEL
Scintillements
fugaces
Cabaret NoNo © Agnès Mellon
Le Cabaret Nono, pièce maitresse et fondatrice de
l’esprit de la compagnie, a toujours autant de charme : réunis au centre et encerclés d’artistes, les
spectateurs sont des convives et partagent des
numéros d’une qualité visuelle tout à fait hors du
commun… Assumant et transcendant leurs physiques de freaks sublimés par des costumes délirants,
et des lumières et effets spéciaux au cordeau, les
acteurs enchainent de courts numéros entrecoupés
de moments de groupe où ils jouent et chantent, et
se révèlent des musiciens sacrément en place,
encadrés qu’ils sont par le petit orchestre qui les suit
tout au long du spectacle. Tout cela reluque avec une
joie carnavalesque du côté de la mort, version zombie
joyeux mais quand même, parfois un peu glaçant,
comme une Famille Adams qui aurait fait un tour
dans la poésie surréaliste et en serait revenue chargée de perles noires en formes de lapsus. Et cela fuse
sans répit, enchainant tableaux vivants sur scène,
numéro de vélo sur la piste colorée qui pour une fois
encercle, chant commun, apostrophe oulipienne au
centre du cirque, sans regarder à la dépense, avec
Reves d'automne © Pascal Victor/ArtComArt
Bergman au Louvre
Rêves d’automne s’est joué à la Criée du 6 au 11 juin
À noter
Patrice Chéreau met en scène un autre texte de Jon
Fosse lors du Festival d’Avignon (voir p7)
force comédiens, danseuses, musiciens, costumes…
On y plonge sans songer, attendant cependant un
plat de résistance, un moment moins fugace qui nous
amènerait vers un sentiment plus consistant, un
moment esthétique plus bouleversant. Les délicieuses mignardises se succèdent jusqu’au bout, puis on
rentre chez soi, les yeux encore remplis d’images et
de musique, mais sans trop savoir, au fond, ce que
l’on a vécu.
AGNES FRESCHEL
À noter
Le Cabaret Nono se tient
jusqu’au 25 juin
Campagne Pastré, Marseille 9e
04 91 75 64 59
www.theatre-nono.com
LES INFORMELLES | SIRÈNES ET MIDI NET
Haut Bas Fragile
1 et 2
Burn out, Pascale Bongiovanni © Erik Damiano/le petit cowboy
Quoi de neuf au théâtre ? L’omme sans h qui aurait
avalé ses histoires pour mieux les recracher, comme
celui de Jacques Rebotier face au poulailler de la
Gare Franche. «Paraissez! Disparaissez!» dit le poète
aux bêtes qui encombrent la terre et cette injonction
dramatique pourrait finalement illustrer ces Informelles 2011 (on ne les décompte plus, on les millésime)
déployées en deux semaines, articulées autour d’un
dimanche de réflexion. Ce nouveau Discours aux Animaux de toutes espèces aura donné du poids au
premier volet expatrié dans l’ancienne fabrique de
fûts métalliques et le jardin attenant ; proférant avec
une virtuosité égale de la langue et des pieds, sans
cesse virevoltant aphorismes, imprécations et autres
perles langagières, Rebotier dans un dialogue impromptu avec une oie de hasard, livre matière à rire
haut de l’essentiel.
Essentiel, dont tente aussi de nous parler mais en
bafouillant encore La Maison, création de Marie Lelardoux, si sérieuse et si sévère, si dépouillée (belles
ombres, cadres vides, espace morcelé, table survivante) que s’y déchiffre avec peine dans ces ruines
de l’humain un tragique trop grand pour une scène
que personne ne s’approprie vraiment, qui reste vide
et génère bien vite ennui et agacement.
La soirée s’était pourtant ouverte sur du bel canto
sans façon a cappella, histoires sur le fil du rasoir vaguement cousues main par Christian Mazzuchini
et ses compères de tchatche ; toutes choses plutôt
sympathiques… mais que venaient faire là ces hommes à bois de cervidés, ces femmes aux corps écrits
se terrant sous les fourrés ou traversant l’espace en
patins à roulettes, sortis tout droit des happenings
du vieux 20e siècle ? On les retrouve la semaine
suivante tentant de semer le trouble sur un boulevard
Garibaldi qui en a vu d’autres... puis sur la scène partagée des Bernardines qui accueille de nouveau
Jacques Rebotier sans son oie mais avec de malicieuses compagnes : la grande Elise Caron fredonnant
divinement sa petite musique de vie et la violoncelliste Adeline Lecce, peinant davantage à articuler
cordes et voix, à trouver sa place tout simplement .
On y retrouve aussi Christian Mazzuchini sans son
chien, des plumes de poule plein les poches, modelant gentiment dans son costume de (r)om(me) la
pâte-mot / la pâte-moi de Christophe Tarkos ; ten-
Le doigt sur la couture ?
Nouvel appel de la sirène : une musique tonitruante accompagne le surgissement
de mannequins vêtus de vêtements disparates, bleus de travail, blouses de ménage - coiffés de sachets de papier ou de plastique, chaussés de brodequins ou de
talons aiguilles. Une voix off monocorde parle d’un monde envahi par les images
qui gère les rapports entre des gens préoccupés par leur seul reflet dans le miroir.
Comment dépasser le monde des apparences ? C’est la question que nous pose
Matthieu Bouchain avec ses 40 bénévoles que l’aventure semble réjouir, et qui
portent des jambes sur leur tête en guise de parure ou une chaussure en couvre-chef.
Le dernier tableau tient à la fois du défilé contestataire et de la procession ! Habillés de blanc après quelques esquisses de striptease, ils se rassemblent sous des
étendards, dans des mouvements amples proches de l’aïkido. On se prend alors
à rêver à une marche libératrice qui nous embarquerait pour un monde meilleur !
Le défilé des Marques
par la Cie T.Public s’est donné le 1er juin
sur le parvis de l’Opéra
© Vincent Lucas
CHRIS BOURGUE
THÉÂTRE
49
dresse, émotion qui se nourrit des maladresses ; c’est
toujours bon à prendre! Et tant qu’à parler de soi
autant ne rien laisser dans l’ombre ; Pascale Bongiovanni fait exploser son métier et sa personne
(éclairagiste ou créatrice lumière selon l’humeur) en
éclats de voix ou stridences euphorisantes ; corps
jeté dans l’arène elle s’expose jusqu’à l’épuisement
de ses 400 000 volts avec beaucoup de générosité.
Et le dimanche alors? Repos dans la création? Pas
vraiment ! comme on le sait, c’est le jour du Philosophe : Heinz Wismann au centre du dispositif avec
à sa droite des gens très bien, à sa gauche des gens
très bien, suscite et conceptualise - terme fâcheux la parole des uns et des autres face à deux documentaires tout aussi nécessaires : Les Roses Noires
d’Hélène Milano et Holunderblüte de Volker Koepp,
l’un dévoilant à travers le choix d’un langage identitaire et réactif les difficultés de jeunes filles de
banlieue à habiter leur sexe et à sortir d’un isolement
mortifère ; intelligence des images et leçon de vie
parfaitement universelle ; l’autre, tourné dans l’«exclave» russe de Kaliningrad, redonnant une histoire à des
enfants emprisonnés dans le cycle des quatre
saisons d’une nature impériale, victimes de l’incurie
des adultes, sauvés par leur imagination et leur créativité ; comment oublier les aquarelles de la jeune fille
muette commentée par sa sœur qui a tout compris
de l’éternité qu’offre l’œuvre d’art? Alors quoi de neuf
au théâtre ?
MARIE-JO DHÔ
Les Informelles se sont déroulées
du 16 au 28 mai
Holunderblute,
film de Volker Koepp
© Volker Koepp
50
CIRQUE
MARSEILLE | MIRAMAS
Ça commence par des tonnerres et des éclairs. Frissons parmi les enfants de
grande maternelle et de CP. Un morceau d’arbre occupe le petit espace délimité
sur la scène. Et voilà que déboule un énergumène qui trébuche, glisse sur le tronc,
l’embrasse. Sans paroles, avec quelques borborygmes de temps en temps, un
apprivoisement réciproque s’installe avec cabrioles et sauts qui défient la pesanteur. D’autres morceaux de bois de longueur et d’épaisseur différentes surgissent,
parfois suspendus dans l’espace, manipulés à vue par une créatrice-régisseuse
dans l’angle de la scène. Une musique électroacoustique participe à l’étrange ballet
qui se déroule alors, entraînant le spectateur dans un univers à la fois proche du
cirque et de la poésie. Sébastien Dault est d’une agilité déconcertante mêlée à
cette pincée de gaucherie qui caractérise le burlesque ! Avec Katerini Antonakati il a su créer un spectacle étonnant, bel exemple du travail de recherches de
l’association La Main d’oeuvres.
CHRIS BOURGUE
Debout de bois s’est joué
au Massalia du 23 au 25 mai
Nuit et lumière
Tragédie ordinaire
nés qui plongent d’entrée le spectateur
dans un autre monde. Yaga’s fire est
l’histoire d’une petite fille qui entreprend avec sa poupée un long périple
initiatique à travers des forêts sombres.
Leur route croise celle de personnages
hallucinants : champignons géants, bêtes
à plumes de toutes sortes, plantes carnivores, et surtout la sorcière hideuse
Baba Yaga de la mythologie slave, qui
habite une maison montée sur d’énormes pattes de coq. Un magnifique loup
murmure les seules paroles audibles
du spectacle avec un accent de cowboy ! Borborigmes, cris, mais aussi sons
réels captés, musique originale accompagnent le voyage. Les marionnettes
sont guidées par des manipulateurs
masqués de noir qu’on oublie tout à fait.
L’illusion est parfaite !
Les spectacles destinés au jeune public
ménagent parfois des surprises immenses ! Le sujet traité par le Bouffou
Théâtre dans La Mer en pointillé est
éminemment sensible : un homme d’un
pays de l’Est fuit pour aller voir la mer,
qu’il n’a jamais vue, et traverse des
contrées en vélo jusqu’à être arrêté
sans papiers et renvoyé chez lui en
avion alors que le but était presque
atteint… En s’adressant aux enfants de
La Mer en pointillé © Ouvrard
Yaga's Fire, duo © Mafalda Camara
Créée en 2004 à Barcelone la Compagnie Buchinger’s Boot est désormais
installée à Marseille. Elle a développé
un style très personnel, étrange et captivant, créant des marionnettes hybrides
d’animal et de végétal, fabriquées à
partir d’éléments hétéroclites et détour-
Debout de bois © Mickael Troivaux
Drôle de cirque
3 ans et plus, Serge Boulier prend le
parti de la poésie, faisant du décor et
de l’histoire un tout indissociable qui
déroule, avec force rouages, manivelles, pluie de fourchettes et petit train, la
candeur et l’émerveillement de ce cycliste pas comme les autres. Il ne parle
pas français, mais son sabir est compréhensible, comme son raisonnement,
si simple qu’il devrait le mettre à l’abri
de toutes ces contingences administratives. Mais l’ordre est là qui règne,
personnalisé par une douanière-partenaire de jeu finalement inflexible…
Expliquer, autrement que par le seul
verbe, les règles à suivre, c’est donner
les outils nécessaires à la compréhension d’une lourde réalité… Lumineux !
DO.M.
La Mer en pointillé a été jouée
le 24 mai à la Colonne, à Miramas
CHRIS BOURGUE
Ce spectacle s’est joué au Massalia
du 7 au 11 juin
Tous les enfants grandissent...
Alexis Moati a voulu «rendre Peter Pan aux enfants».
Non pas les cinq petits Davies qui ont inspiré James
Matthew Barrie, mais d’autres, des gosses d’aujourd’hui. Un travail effectué avec la complicité d’Aline
Soler, réalisatrice sonore, et une classe de CM2 de
l’école Cadenat. Les enfants sont sur scène comme
dans leur école : derrière leurs pupitres, des chamailleries en sourdine avant de faire le silence et de
commencer à dire chacun son texte. Et là, chapeau.
Ils ont bossé ces minots, ça se voit. Ça s’entend surtout : ce sont bien leurs propres mots, leurs histoires
farfelues et poignantes. On les entend même lorsqu’ils se taisent pour rejoindre les bancs du public,
parce que la pièce est radiophonique et continue de
résonner dans la salle. Leurs fraîches voix se mêlent,
accents chantants, notes de musique... Peter Pan
doit écouter dans les solives. Une demi-heure passe
en un souffle, puis une rafale d’applaudissements
explose. La Fondation de France qui a soutenu le projet est tellement ravie du résultat qu’une représentante
est là avec un gros diplôme, qu’elle remet à la classe
à titre exceptionnel. Bon pour passer en 6ème !
GAELLE CLOAREC
Tous les enfants grandissent a été créé
au Massalia le 31 mai
Peter Pan (©
James Matthew
Barry), dont est
inspirée la pièce
radiophonique
Tous les enfants
grandissent
SAISON RÉGIONALE RUE ET CIRQUE | PISTE D’AZUR
CIRQUE 51
Cirque au kiosque
grinçant, le duo titille nos nerfs ; il nous emporte aussi
sur les ailes de la nostalgie, grâce aux bulles de
savons, plumes, boîtes à musique et autres coiffures
délirantes, comme ce casque orné de coquillages et
surmonté d’un dinosaure en plastique ou ce sombrero-manège… Un univers singulier, plus adapté aux
grands enfants qu’aux très jeunes.
FRED ROBERT
Llenties i Marabu a été joué par Jordi Aspa et Bet
Miralta dans le kiosque à musique de La Canebière,
à Saint-Rémy, Martigues et Salon
À venir
Saison régionale Rue & Cirque
Le grand C, par la Cie XY
Théâtre Silvain le 18 juin
La Valette du Var (83) le 23 juin
Pernes les Fontaines (84) le 24 juin
Spectacle précédé le 17 des Impromptus
de la compagnie XY dans les rues de Marseille
www.karwan.info
Llenties i Marabu, Escarlata Circus © Carles Castro
Depuis peu, le haut de la Canebière voit fleurir un
bouquet de spectacles gratuits. Une jolie éclosion,
culturelle et festive, qui, on l’espère, survivra aux beaux
jours et rendra à cet espace ses couleurs. C’est dans
ce cadre qu’ont eu lieu les représentations de Llenties i Marabu, spectacle poétique et décalé mené en
30 minutes chrono par les Catalans de choc d’Escarlata circus. Après avoir reçu son ticket d’entrée,
contre «un euro ou un grand sourire» (devinez ce qu’ont
fait la plupart des gens), le public grimpe les marches
et se juche sur les gradins d’un petit cirque qui épouse tout juste la rondeur du kiosque. Paille sur le sol,
rideaux cramoisis et panthère, le décor est planté.
Débute alors ce qui pourrait n’être qu’une sorte de
revue parodique et cocasse… sauf que ce n’est pas
tout. Ce bref spectacle met en scène nos représentations de la représentation circassienne. Rien
d’étonnant alors que ce soient surtout les adultes qui
se délectent des numéros ringards d’Alfonso, hercule
de foire sur le retour, avec rouflaquettes, pantalon
bouffant et bedaine triomphante, ou des coups de
fouet et du rire menaçants d’une Ludmilla-Cruella à
cheveux rouges et bottes compensées. De son humour
Surtout pas lénifiant
Le Bonheur est dans le chant, Les Grooms © Guillaume Baptiste
Le Bonheur est dans le chant de la Cie
les Grooms revient aux fondamentaux du spectacle de rue. Surprenant,
participatif, festif, il n’en est pas moins
militant… Commençant comme une
cérémonie officielle accompagnée par
une harmonie tout aussi (peu) municipale, le spectacle se présente comme
une apologie du bonheur de vivre, rapidement interrompu par un horrible
grincheux fascisant, un rasta béat qui
aimerait connaître la saveur du malheur,
un couple adultère, et quelques surprises de taille portées par des chorales
de choc dissimulées… La petite fanfare
des Grooms est excellente, s’amuse à
danser, pince sans rire, participant
pleinement à la théâtralité que les comé-
C’est sous un ciel d’orage éclairci par les accords
tonitruants de la fanfare du pays de Grasse 12°5 à
l’ombre que le public fut invité à découvrir les Demoiselles en piste croisées, spectacle de la promotion
2009/2011 du centre régional des arts du cirque
Piste d’Azur proposé par le Théâtre de Grasse en
clôture de saison. Un «spectacle» qui n’en est pas un
faute d’une mise en scène, d’une direction d’acteurs
et d’une chorégraphie consistantes, et se perd dans
une succession d’historiettes incompréhensibles et
finalement pas très utiles. Car l’essentiel des Demoiselles en piste croisées n’est pas là, mais bien dans
l’énergie et la générosité des jeunes artistes en formation, leur envie sincère de rencontrer le public, leur
indéniable talent à passer d’une technique à l’autre
en un tour de piste : fil d’équilibre, mât chinois, tra-
pèze ballant… Sans compter que tous ou presque
chantent (l’absence de sonorisation de la chanteuse
est pénalisante), composent à la guitare et à l’accordéon, jouent la comédie avec un égal plaisir. Là
encore la comédie se dilue : on aurait préféré que
les situations cocasses, équivoques, voire absurdes
se racontent à travers le jeu des corps prêts à en
découdre avec l’équilibre, le vertige ou la contorsion…
Bref, à force de trop vouloir nous raconter d’histoires,
les numéros ont perdu un peu de leur saveur.
M.G.-G.
Demoiselles en piste croisées
a été joué les 7 et 8 juin
sous le chapiteau Piste d’Azur
à La Roquette/Siagne
Demoiselles en piste croisees © Piste d'Azur
12°5 à l’ombre
diens/chanteurs pratiquent avec brio.
Enfin se pose, pertinemment, la question du bonheur aveugle qui peut abolir
la révolte. Rire et chanter dans le plaisir
partagé de la surprise, sous le soleil, a
entrainé au long de la promenade un
public nombreux et complice. Mais qui
à la fin prend l’allure d’une manif contre la consommation, les Rollex et la
réussite : si Le Bonheur est dans le
chant, il s’entonne aussi le poing levé.
A.F.
Le Bonheur est dans le chant
s’est joué à Marseille et dans le Var
du 31 mai au 7 juin dans le cadre
de la tournée RIR et de Reg’arts
52
DANSE
CHÂTEAU ARNOUX | MARSEILLE | NÎMES
La Ville, le Virtuel,
et le bel
aujourd’hui
Château Arnoux a eu le privilège
de voir la concrétisation d’une année
de recherches, de tâtonnements
du collectif Nomade Village
Une place, la nuit. Des colonnes de cartons, immeubles lumineux, écrans sur lesquels les villes s’animent,
Savigliano, Marseille, Osaka… Les images débordent
des écrans, superposent d’autres villes d’autres lieux
sur les façades, les cartons constituent de nouveaux
supports aux images des danseurs, comme défragmentées, étirant leurs bras vers d’inatteignables
horizons… Les foules tournoient entre des lignes de
béton abstraites, la musique émerge des bruits de la
foule, gestes, simples, répétés, qui s’emportent soudain jonglant entre le dérisoire de la condition humaine,
et ses aspirations à survivre dans des lieux qui la nient.
La musique de Philippe Domengie, de Timbre Timbre ou de Lounge Lizzard, enveloppe tout cela, tisse
de nouvelles correspondances. Quelques spectateurs
s’intègrent à la chorégraphie, on se déplace au gré
des évolutions, l’appréhension du spectacle est
dynamique, vivante. Nous sommes tous des corps
de ville, évoluant dans le prisme des informations des
panneaux publicitaires, des lumières, des architectures. Les danseurs grimpent à l’assaut des murs,
émergent du béton, soulignent la dichotomie irréductible entre l’humain et le monde minéral dans lequel
il évolue. Le monde contemporain lui échappe, la ville
dédaigne ces corps qui ne savent même plus trouver
le confort d’un fauteuil, le cheminement d’une route,
la main tendue d’un ami.
Des corps de ville © Le Nomade Village
où la place de la danse s’était comme dissoute dans
la fascination de l’outil vidéo, avec un propos éloigné
du spectacle présenté en danse de rue dès juillet
2010. Aussi est né un diptyque, Des corps de ville
et Ubik, qui sera plus axé sur la performance multimédia et qui verra le jour à Martigues au printemps
prochain (voir p 34). Il sera monté en collaboration
avec le collège Wallon et le lycée Lurçat. Le collectif
Nomade Village réalise ici un projet d’une belle
envergure qui concernera ensuite trois capitales culturelles Maribor (Slovénie) Guimarães (Portugal) et
Marseille Provence. Mais, parler d’achèvement est
réducteur pour cette troupe polymorphe, chaque
spectacle étant conçu comme une étape dans la réflexion, sur le monde ses rapports avec l’art, la vie.
Aboutie, cependant…
Les moments chorégraphiques, fragmentés dans les
différents lieux, virtuels et réels, trouvent ici une unité
profonde qui interroge le public, à la fois spectateur
et acteur, qui constate le non sens de l’individualisme
que la ville induit par sa nature même. Intéressante
parabole que la reprise du thème des chaussons rouges par un danseur aux castagnettes qui l’entraînent
dans un mouvement sans échappatoire… Parfois le
propos se teinte d’humour, joue sur la polysémie des
clichés, ce qui ajoute au charme de ce spectacle
dans lequel 5 danseurs venus d’horizons différents,
cirque, acrobatie, danse classique, contemporaine,
croisent leurs techniques en un travail très maîtrisé.
En fait, ce projet, qui chemine depuis avril 2010 à
Savigliano, dans le cadre du projet transfrontalier
CAT, est d’une si grande richesse qu’il n’arrivait pas
à tout rassembler, comme on avait pu le voir lors de
la représentation du 9 octobre dernier à Savigliano,
MARYVONNE COLOMBANI
Dernier hommage au mythe
La musique ouvrait la manifestation le 16 mai au Carré
d’Art avec les prestations sonores des alchimistes
du son : David Berham (QSRL 2), Jesse Stiles (For
Scutopus, on the Rooftop) et Kosugi (Cycles), précédés de Four (Cage), œuvre dans laquelle la clarinettiste
Carol Robinson, fidèle à l’esthétique de Cage, rajoute une touche électro-acoustique dans ses
interventions aléatoires. Les élèves auraient-ils dépassé le maître en produisant une ambiance sonore
saisissante, générée par une installation électronique
interactive relayée par une amplification polyphonique exemplaire ? De quoi ouvrir nos sens à des
créations sonores insoupçonnées dans des conditions optimales de sonorisation : Event, création
commune, le confirmait.
Les 17 et 18 mai, la MCDC faisait revivre l’esthétique
Pondway, Merce Cunningham Dance Company © Carol Pratt
Le duo Cage-Cunningham a revécu au
Théâtre de Nîmes, pour un spectacle
d’autant plus émouvant qu’il marque
une des dernières représentations de la
Merce Cunningham Danse Company
de l’enfant chorégraphique du Black Mountain
College : Pond Way sur un fond sonore minimaliste
de Brian Eno évoquait une plastique sensuelle et
collective par ses déséquilibres récurrents, adoucis
par des costumes blancs évanescents. Plus centré
sur l’individu et ses dédoublements, Quartet faisait
renaître la présence du chorégraphe sous les traits
de l’un des danseurs au mimétisme frappant catalysé
par la bande son de David Tudor. Sur fond de scène
baroque matérialisé par des drapés savamment
plissés, c’est à nouveau une musique puissante de
Tudor aux allures de volière buissonnante qui générait des envolées finement combinées. Cette dernière
chorégraphie de 1975, nous faisait mesurer l’évolution
de notre perception et soulevait à nouveau, ne serait-ce
que par son titre Sounddance, les rapports musique/
dance remis en question par Cage et Cunningham.
PIERRE ALAIN HOYET
À noter
Le MCDC dansera Nearly 902 lors
du Festival de Marseille (voir p 42)
MARSEILLE | AIX | AVIGNON | NÎMES
DANSE 53
Comme on ne la verra plus…
Martine Pisani, as far as the eye can hear, Friche Belle de Mai 2011 © Francis Blaise
et cette inscription en néons écrite en majuscules,
V.I.D.E., qui résonna étrangement…
ligne en se focalisant sur la construction de l’espace.
Après une rencontre-repas aux Grandes Tables de la
Friche avec Patrick Bouchain et Jean-Luc Brisson en
maîtres de cérémonie, les plus intrépides et les moins
affamés se retrouvèrent sur le toit-terrasse avec le
Groupe Dunes. Car la friture d’épluchures en
apéritif, la soupe de légumes bue à même la feuille de
chou et le breuvage servi dans la brouette ne pesèrent guère sur leur estomac… Bref, la fin de soirée fut
calme sur les hauteurs de la Belle de Mai, entre jardins minimalistes, vague lumineuse, installation sonore,
Barbara éternelle
Solo danse autour des chansons de Barbara, Marie-Helene Desmaris © X-D.R
Gageure que de rendre hommage à Barbara, l’indéfinissable… Les chansons de
la dame en noir ne passent guère sur les ondes. L’oubli insidieux guette les enfants
de Göttingen, la pluie qui tombe toujours sur Nantes, l’aigle noir et ses yeux couleur
rubis, le mal de vivre, la légèreté de l’amoureuse et de la malheureuse… MarieHélène Desmaris se laisse porter par les mots, les rythmes… ses immobilités se
nourrissent de sens, puis le corps s’emporte soudain, quand Barbara interprète
Sur la place de Brel. Grâce à la mise en lumière, le regard accroche les spectateurs,
les interroge, anime les textes de tensions nouvelles. Puis la voix parlée de la
chanteuse évoque son travail, ses aspirations… Il y a quelque chose de profondément vrai dans ce spectacle, avec le choix d’interviews, d’enregistrements en
public, dans lesquels la voix se développe avec son grain, son épaisseur
humaine. Dimension que la semaine
de résidence à Théâtre et chansons a
permis de peaufiner, même si la danse
pourrait gagner à s’affranchir du minimalisme.
MARYVONNE COLOMBANI
Spectacle donné à Théâtre et chansons,
Aix les 28 et 29 mai
À venir
Festival off
du 8 au 31 juillet à 21h15
(relâche les 19 et 24 juillet)
Théâtre Isle 80, Avignon
04 88 07 91 68
http://isle80.wordpress.com
M.G.-G.
Le temps fort Entrez c’est le chantier !
se déroula du 21 au 25 mai
Le nouveau directeur de Système friche Théâtre
vient d’être nommé, il s’agit d’Alain Arnaudet.
Portrait de l’homme et du lieu dans le prochain
numéro de Zibeline.
Le corps, l’image
et le discours
Le duo théâtre et danse
de Yan Gilg et Hamid
Ben Mahi relève d’une
entreprise édifiante plus
que nécessaire : joué à
l’Espace Busserine au
cœur des HLM du Merlan
devant un public de jeunes des cités, il porte une
parole documentaire historiquement juste et
intimement sensible, sans agressivité ni dérive, avec ce qu’il faut de révolte et de
distance. Le travail sur les images documentaires est parfait, la musique passe
avec pertinence du souvenir traditionnel au rap qui, en France, est né de
l’immigration. Yan Gilg slame et joue avec l’histoire de la décolonisation algérienne,
disant avec une belle sensibilité l’humiliation des «indigènes», et toutes celles qui
ont suivi. Mais trop de faits tuent l’effet, et il perd parfois son public dans ces
énumérations successives qui toutes disent le même besoin de reconnaissance.
Hamid Ben Mahi, avec sa danse toujours aussi magique, si fluide, précise et
virtuose, attrape aux corps ces jeunes plus efficacement. Entraînés par cette
souffrance et cette révolte incarnées, assimilées, réfléchies, apaisées sans
reniement, il est le portrait vivant, en mouvement, de l’histoire de leurs pères.
Visible soudain, et acceptable, comme une filiation enfin possible.
© X-D.R
La Friche la Belle de Mai rivalisait d’imagination en
ces temps d’au-revoir, comme ce 25 mai où le public
courut le marathon à l’invitation de Système Friche
Théâtre, du Groupe Dunes et de Marseille Objectif
Danse ! D’abord «dedans» avec MOD pour découvrir
l’installation vidéo de Daniel Larrieu, Ice Dream, prétexte à une expérience de la marche silencieuse. Une
parenthèse de zenitude sur cette planète affolée, sur
les traces d’un chorégraphe-arpenteur des paysages
de la côte Est du Groenland où toute présence humaine pourrait paraître comme une odieuse faute de
goût. Sauf que Daniel Larrieu est homme des
espaces vierges, que sa caméra caresse l’herbe et la
glace sans les déflorer et que sa danse se fond dans
l’immensité : il dérive, seul, sans jamais bousculer
l’ordre naturel des choses. L’ex-directeur du CCN de
Tours s’offre une virée au pays de la lenteur, de la
contemplation, tel une vigie inattendue : son travail,
scénographié avec soin pour la Friche, en laissa plus
d’un décontenancé : tant de silence, tant d’images
simples, de mouvements imperceptibles…
Ensuite «dehors», toujours avec MOD, mais de manière
plus bruyante et chaotique : le public s’amusa dans
un premier temps des pérégrinations du trio performatif de Martine Pisani, as far as the eye can hear,
rencontre improbable sur le parking de la Friche entre
les Pieds Nickelés et un Buster Keaton désorienté,
avant de réaliser que cette proposition qui «ambitionne la construction du temps» avait dévié de sa
A.F.
Beautiful Djazaïr a été dansé à l’Espace Busserine, Marseille 15e,
le 28 mai
54
MUSIQUE
FAIL 13 | TRETS | LE PANIER
Tournée générale !
Ils sont jeunes, ils sont fougueux, ils ont senti
l’appel des planches, mais c’est dans la rue qu’ils
ont crié à pleins poumons les textes choisis d’un
répertoire urbain. Élèves du Conservatoire d’art
dramatique de Marseille, encadrés par le Théâtre de
la Mer, les Crieurs Publics se sont emparés du fruit
de trois ans d’ateliers d’écriture à La Joliette. Sur
le parvis de l’Hôpital Desbief, dans la cour de l’école
Vincent Leblanc, on a pu les entendre clamer les mots
des habitants du 2e arrondissement.
Aucune structure sociale dans le quartier d’Euroméditerranée, qui abrite pourtant, une fois les
costumes-cravates enfermés pour la nuit dans leurs
résidences, une population qui en aurait besoin.
Qu’à cela ne tienne ! La culture résiste encore, ici
comme ailleurs à Marseille, grâce à l’œuvre de fond
menée par les artistes avec l’équipe du Contrat
urbain de cohésion sociale. Au programme de la
Tournée des arts, une magnifique exposition de
sténopés (toute une réflexion sur la thématique de
l’enfant dans la ville), des projections, des installations, et une qualité d’écriture travaillée sur le long
terme. Les textes criés à l’école ont ainsi été retenus par des comités de sélection composés de
représentants des élèves, des parents, des instituteurs. Tout le monde a participé, et le résultat
est frappant : voir une fillette oser déclamer son
texte devant une assemblée d’adultes attentifs
alors qu’elle ne parlait peut-être pas français il y a
seulement un an, c’est non seulement touchant,
mais c’est beau.
GAËLLE CLOAREC
La Tournée des arts s’est déroulée les 24 et 25 mai
dans les quartiers Joliette-Pelletan
Crieurs publics à l’école Vincent Leblanc © Laura Cardile
Fous d’équilibre
Le service culturel de Trets organisait
pour la troisième année une journée
Perform’Art, consacrée cette fois à
l’équilibre. Les installations dans la
salle voûtée du château évoquent par
leurs architectures les équilibres délicats de la lumière, des formes ou des
sons. Les fiches de commentaires conduisent à de délicieuses dérives vers
le Tétraktys de Pythagore, l’harmonie
des sphères platonicienne ou à la linguistique structurale… sans pédantisme
cependant, seulement l’invite provocatrice à penser plus loin que le
Equilibre © X-D.R.
regard… Équilibre aussi avec une
initiation au slackline, un sport neuf
ludique entre deux arbres. La population participe à la fête, chorégraphies
répétées par des primaires, promenade avec la cie Tutti Frutti entre les
averses… Et le clou de la journée, le
spectacle Ivre d’équilibre de Pascal
Rousseau sur des compostions originales d’Éric Bono. Poésie puissante du
texte (Anne de Commines), souplesse, élégance de chaque geste, inscrit
dans l’espace comme une évidence.
Maîtrise, délicatesse du rapport aux
choses. Le corps devient une sculpture vivante, dont chaque pose s’accorde
au souffle et au monde. Le minéral
dessine de nouveaux symboles, sable
qui s’écoule indéfiniment, pierres qui
s’équilibrent : le temps, l’immobilité…
entre les deux, la quête peut commencer, rythmée par les sages paroles
du grand-père. La vie est une montagne qu’il faut escalader, marche
difficile, mât, rouleaux, fil… au sommet,
il faut encore grimper… dépassement
de soi pour se connaître enfin… Le
public participe à cette élévation, les
gros bras tendent les cordes, portent
la planche d’équilibre… Magique, à
la fois beau et intelligent !
MARYVONNE COLOMBANI
Perform’Art a animé la journée
du 4 juin à Trets
Plein Panier
18 ans, la majorité : on est encore très naïf, mais on entre dans l’âge adulte. Pour
une fête de quartier, c’est très honorable, on a fait ses preuves, ça ne vaut pas
les vingt ans mais on y est presque. Alors cette édition 2011, qu’a-t-elle donné ?
De la procession religieuse aux saucisses grillées, en passant par la fanfare, le
bal des enfants et les concerts nocturnes, on peut dire que les traditions ont
été respectées !
Les associations du Panier, parfois plus vieilles que la fête elle-même (comme
la fameuse SA du Raï, pour «Smala Active du Rayon Animat Incolore», qui fête
ses 20 ans d’actions dans les rues, elle), entendaient bien ne pas laisser leur
territoire aux hordes de touristes assoiffés. «On a bloqué la place du Refuge complètement. Les jeunes préparent les sardinades, on a invité la population. Ça fait
trois mois qu’on est dessus, les enfants ont participé, les adultes, les papys, les
mamies.» Et la présidente de râler : «Puisqu’on y est, on peut parler du quartier ? Ils
sont en train de nous le changer, et on en a marre parce qu’il n’y a que les gens
qui ont des sous qui viennent, et nous on n’en a pas. On est un peu regardés de
travers. Mais on tiendra le coup, on ne partira pas de notre quartier parce qu’il
est à nous !»
Fete du panier 2010 © Mathieu Mangaretto
Ah ça, on peut dire qu’il
a un peu changé : entre
la boutique de Plus belle
la vie et les boouh-rgeois
bohèmes qui s’installent
à tour de bras... mais
sous les flon-flons de la
Fête, et tous les jours de
l’année, la résistance
s’organise. Ils ne laisseront pas les riches tenir
le haut du Panier !
GAELLE CLOAREC
La Fête du Panier
s’est tenue
les 10 et 11 juin
JAZZ
MUSIQUE 55
Wesley se la joue jazz
Le tromboniste acolyte de feu James Brown était l’un des invités du festival
Tighten up, à Marseille
délicatesse. À bientôt 70 ans, Fred Wesley garde le
sourire ébahi d’un enfant lorsqu’il écoute les solos
de ses complices ou qu’il engage avec eux quelques
pas de danse, sur la scène d’un Cabaret aléatoire
insuffisamment garni pour l’événement. Inventeur
d’un phrasé au trombone reconnaissable entre tous,
celui qui travailla également au côté de Maceo
Parker, Pee Wee Ellis puis avec la grande tribu de
George Clinton, sait aussi se distinguer par ce qu’on
appellerait de nos jours un flow, qui en fait le
modèle de toute une génération de hip-hop comme
de R’n B. Ce qu’il confirma sur un de ses tubes : We
gonna have a funky good time. L’apothéose d’une
Il aura fallu attendre la dernière demi-heure de
concert pour replonger dans la grande époque où il
dirigeait les JB’s. Ces années où son compagnon
de route, le parrain de la soul en personne, l’avait
déclaré «tromboniste le plus funky de tous les temps».
Mais c’était oublier que Fred Wesley, qui entra à la
fin des années 50 dans le Count Basie Orchestra,
était capable d’assumer la double casquette du jazz
et du funk. Que ce soit avec ses New JB’s qui l’accompagnent aujourd’hui ou les anciens, il n’a perdu ni
la main, ni le souffle. Et encore moins le nez de dénicher des musiciens d’exception pour former un
jazz-funk band qui fait monter le mercure, tout en
Fred Wesley © X-D.R.
soirée qu’il allait finir assis derrière une table, à
dédicacer son dernier album. Difficile de résumer
un demi-siècle de légende en une heure et demie.
THOMAS DALICANTE
Progressif du Nord
Douzième édition pour Prog’Sud, festival dynamique qui s’inscrit dans la
grande lignée du rock progressif né
dans les années 60. Une soirée supplémentaire -le festival s’étale sur quatre
soirées au lieu de trois- et une pléiade
de groupes internationaux, venus pour
une fois plutôt de notre Nord (Belgique, Pays-Bas, Finlande, Hongrie, Cuba
et France) à raison de trois groupes par
soir. Jeunes et moins jeunes, mais
avec la même énergie, se retrouvent
sur scène comme dans la salle. Le public est au rendez-vous, l’ambiance
bon enfant, on vient pour écouter une
musique de qualité que les ondes
ignorent. Le 3 juin a vu un bel enchaî-
rock symphonique et progressif : hormis la belle prestation des différents
solistes, on avait plaisir à entendre la
voix du chanteur du groupe, son
ample tessiture et son interprétation
nuancée. Enfin, Pat O May conjugue
rock prog et musiques ethniques, le
celte s’envole en superbes riffs de
guitare, la batterie crée des ponts
entre les genres… Une énergie communicative !
M.C.
The black noodle project © X-D.R.
nement des groupes, chacun avec son
timbre propre : classique avec une tonalité psychédélique pour The Black
Noodle Project (France), de bons solos
Le chant
profond de
la mémoire
de guitare, un sacré tempo, un enthousiasme juvénile ; Anima Mundi
apportait la preuve que Cuba ne danse
pas que la salsa et la samba, avec un
Fuensanta La Moneta © Luca Fiaccavento
Le VIIe festival international de Flamenco a donné
des accents de Jerez, le berceau du flamenco. Le public amateur souligne les voltes, les solos de guitare,
la justesse des palmas de Fuensanta «La Moneta»,
toute de tensions, corps arqué à l’extrême, doigts
modelant l’air, visage expressif. Intériorité des
gestes, élans sauvages. Une danse comme un exercice de tauromachie, précise et emportée. La Moneta
emplit l’espace avec puissance, portée par le jondo,
le chant profond du flamenco superbement interprété par Enrique «El Extremeño», et à la guitare
par Miguel Iglesias et Miguel «EL Cheyenne» aux
percussions.
La qualité des musiciens se retrouvait aussi pour le
spectacle Los puertos de mi memoria, qui retrace
l’évolution du danseur Juan Ogalla, son esthétique
d’arrêts sur image, avec des variations soudaines de
vitesse. On retrouve dans ses pas la belle influence
d’Antonio Gades pour lequel il dansa à maintes reprises. Almudena Serrano apportait par ses sa
vivacité un certain humour, ah ! ce geste précis du
pied renvoyant la traîne ! Un soupçon de légèreté
face aux chants tragiques…
MARYVONNE COLOMBANI
Ces spectacles se sont déroulés
les 19 et 21 mai au Toursky
Le Festival Prog Sud a eu lieu
du 1er au 4 juin à la salle Jas Rod
(Les Pennes Mirabeau)
56
MUSIQUE
JAZZ | DU MONDE
Jazz /
Découvertes
Avec des cris d’oiseau
DAN WARZY
À l’initiative de l’équipe du Cri du
Port, le premier tremplin-jazz est tout
d’abord un moyen pour les formations musicales de partager un travail
collectif et de rencontrer un public.
Trois lauréats pour la finale. Le trio
de Félix Marret démarre et produit
un set plein d’énergie avec d’excellentes parties improvisées ; le trio
toulonnais One Step envoie un très
bon programme de standards. Le
quartet d’Elsy Fleriag donne par la
voix de la chanteuse quelques beaux
scats, parfois en créole de Martinique, avec une batterie toute en
finesse à l’écoute de cette voix. La
robe d’Elsy est rouge et verte, couleurs complémentaires qui lui ont
porté chance au final, puisqu’elle a
remporté ce Tremplin. Une mention
spéciale est attribuée par le jury, au
contrebassiste Adrien Coulomb du
One Step pour sa présence, et son
intuition créative.
Emilie Lesbros © Dan Warzy
Nous invitions nos lecteurs, après
l’écoute du CD d’Émilie Lesbros, à
son concert au Cri du Port le 24 mai
(Zib’41). Ayant encore en mémoire
auditive les diverses pistes musicales,
certains ont ainsi pu assister à la
cuisine visuelle de la chose. La
chanteuse les entraîne dans son
monde à coup d’archet déglingué en
guise de baguette magique : une
guitare basse est jouée avec des
percussions ou bien à l’archet ; penchée, la tête dans le piano, Emilie
Lesbros fait résonner une petite
musique mécanique qui évoque de
lointains moments de l’enfance. Ou
lance un cri d’oiseau, Fruiti-ti-ti-ti-ti !
L’utilisation détournée des instruments accentue l’effet d’irréalité. Le
concert se termine dans l’intensité et
la concentration, Emilie accompagnant elle même son chant au violon,
et emportant l’adhésion du public
subjugué.
D. W.
Poétique du subconscient
Raulin, pianistes à la longue connivence, ont invité Christophe Monniot
aux saxophones, Jean-Marc Folz aux
clarinettes et Sébastien Boisseau à
la contrebasse dans un projet musical
et visuel sur le petit personnage de
Little Nemo © Dan Warzy
Nemo et de ses folles aventures. C’est
lors du festival Jazz in Arles que ce
dispositif d’images animées par Fred
Ladoué, à la fluidité relativement
étrange, est projeté au public. Le
talent des musiciens est en parfaite
symbiose avec l’imaginaire fantastique de Winsor McCay. Ce dialogue
inspiré se construit avec de belles
évasions en improvisations ayant
pour fil conducteur les pérégrinations
de ce héros de BD qui finissent
toujours par le réveil brutal de Little
Nemo au pied de son lit.
Un très beau voyage musical.
D.W.
Ce concert a eu lieu au Méjan
le 18 mai
Little Nemo réalisé par Orietta
Garzanti en 1969 et édité
par Pierre Horay en 1974
So many splendid sundays
– Sunday Press Book
maquette de Philippe Ghielmetti
Elsy Fleriag 4tet © Dan Warzy
Winsor McCay est l’auteur de la bande
dessinée Little Nemo in Slumberland :
le grand livre des rêves qui paraissait
épisodiquement dans deux journaux
new-yorkais durant les années 1905 à
1914. Stephan Oliva et François
Le 1er Tremplin Jazz 2011 a eu lieu le
26 mai au Cri du Port, Marseille
Voyages
afghans
En ouverture d’un nouveau festival
de musique indo-persane, Marseille
accueillait deux légendes vivantes
d’Afghanistan
Un maître de la musique traditionnelle afghane en
lancement de saison. La mairie du premier secteur
de Marseille n’a pas choisi la facilité en entamant
la programmation de l’été au Théâtre Silvain par la
soirée d’ouverture du premier Festival de musique
et contes indo-persan, proposé par l’association
Ushpizin. Le site en plein air, jusque là sous-exploité bien qu’à deux pas de la Corniche, s’est
pourtant révélé en écrin idéal pour accueillir Door
Mohammad Keshmi. Virtuose du ghishak, vièle
originaire de la province du Badakhan, au nord-est
de l’Afghanistan, maître d’un chant porté par sa
voix pénétrante, il est accompagné de Gada
Mohammad, autre référence, mais du dotâr cette
fois, luth à deux cordes.
Puisant alternativement dans les répertoires savant
et populaire, les deux mémoires vivantes de la musique afghane entourées d’autres musiciens de
renom, ont vite fait oublier les clichés dont souffre
depuis trop d’années leur pays, et ont permis
d’entrevoir la réalité de son histoire et de sa
culture : un carrefour de civilisations où se croisent
et s’entremêlent les influences persanes, indiennes
ou d’Asie centrale.
Dans le public, de nombreux membres de ces communautés ont envahi à plusieurs reprises la piste
pour y danser leur joie…
THOMAS DALICANTE
Door Mohamad Keshmi © Kamrouz show
58
MUSIQUE
OLLIOULES | MIM | GRIM | AUTOUR DES CLAVIERS | LES FESTES
Poétique du Oud
Mahmoud Darwich, le poète engagé
pour la cause palestinienne, reste après
sa disparition le ferment d’inspiration
de nombreux artistes, dont les trois
frères Joubran, joueurs d’oud issus
d’une longue lignée de luthiers et
musiciens de Palestine. Leur collaboration avec Darwich était toute
naturelle, et aujourd’hui encore ils
donnent leur voix, «douleur du cœur
et de l’âme» pour la Palestine : l’aîné
et initiateur Samir, Adnan, le cadet,
et Wissam, formé à l’école de lutherie Stradivarius de Crémone est celui
qui crée de ses mains les instruments
que le trio utilise. Aujourd’hui, un
nouvel hommage est rendu au poète
avec ce spectacle qui rencontre un
grand succès. Le dialogue des trois
ouds s’établit par des motifs et dans
les modes de la musique tradition-
d’amour à la femme aimée et à la Palestine qui se confondent : «...Je suis
le voyageur et le chemin... J’exerce
mon cœur pour qu’il contienne les
roses. Avec sept coussins remplis de
nuée légère. Attends-la...» Le trio
Joubran entre alors en conversation
musicale et en communion parfaite
avec un extraordinaire percussionniste Youssef Hbeisch. Un spectacle
envoûtant !
DAN WARZY
Trio Joubran © X-D.R.
nelle arabe, retrouvant ses rythmes et
ses mélodies qui s’agrémentent sans
rupture de modernité, pendant que
s’élève la voix retrouvée de Mahmoud
Darwich, dont la traduction est assurée par Elias Sanbar. Comme un poème
Ce concert a été donné au CNCDC de
Chateauvallon à Ollioules le 21 mai
CD+DVD A l’ombre des mots
Le concert de Ramallah 2009
CD AsFâr 2011 Label World Village /
Harmonia Mundi
MIM. Sous l’acronyme un laboratoire, un groupement d’artistes mus par une même fièvre créatrice
à la recherche d’un ailleurs. Derrière le palindrome,
l’expression et le désir de mettre en regard, en
écho, différentes formes d’expression artistique. Le
thème du concert : l’attente. Six pièces pour symboliser cet arrêt du temps, frontière invisible entre
un passé révolu et un futur à venir. Deux œuvres
pour piano, Cinque variazione de Berio et Ballade
de Frémiot servirent de marqueur temporel à la
soirée. Souvenirs du geste musical des années
soixante : éclats de notes, fragmentation de l’espace, temps éclaté, musique plastique sous les doigts
agiles de Jacques Raynaut. Entre ces brisures du
temps, Immémorial de Pascale Weber pour dispositif
multimédia ; l’enfance : scories d’un monde évanoui, échographie de moments lointains, mémoire
individuelle de chacun sous fond d’images floutées.
Régression totale avec Dolomythe de Nicolas Bauffe :
immersion dans le monde sonore, entre ordre et chaos,
dans un temps avant l’Histoire. Stance. Contresens
de Claude et Jean-Pierre Moreau : instant de poésie
pure où le texte se dépouille de son signifié, formant
avec la vidéo la bande et l’accordéon un univers
syncrétique concrétion d’images de verbe et de son.
Puis S’en va le temps, création de Lysey et Solange
Baron, univers nostalgique bercé par le souffle
d’une éolienne. Puis le Théâtre et chansons (Aix)
qui servit pour l’occasion de salle «d’attentes» put
reprendre le cours normal de son existence…
CHRISTOPHE FLOQUET
Concert donné le 30 mai par le laboratoire
de Musique et Informatique de Marseille
Immemorial de Pascale Weber © X-D.R
L’intuition de l’instant
Des Skeletons de l’espace
Invité par le Grim, le trio new-yorkais a offert
aux Marseillais une part de sa créativité
© Pierre Gondard
On ne s’étonne plus des audacieuses
surprises de la programmation du
Grim, à Marseille. Fermé pour travaux,
c’est donc hors les murs, au Poste à
Galène, que la scène musicale de
Montévidéo, a exporté le concert des
Skeletons. Le trio new-yorkais y a
offert un concert racé, poly-rythmé
où afro-funk, free jazz, grunge, électro
et autres bruitages domestiques ont
rivalisé dans un univers fantastique
aux effluves psychédéliques. C’est
lorsqu’ils étaient encore étudiants que
le chanteur Matt Mehlan et les multiinstrumentistes Jason McMahon et
Jonathan Leland ont rassemblé leurs
ossements pour former ces squelettes
aux mélodies défragmentées.
Le vaisseau Skeletons a le gaz à tous
les étages et plane dans une atmosphère déjantée, où la notion d’espace
et de temps n’a plus lieu d’être. Et
même lorsqu’un de leurs morceaux
dure vingt minutes, comme c’est le
cas sur leur dernier album People, ils
ne prévoient pas d’escale.
Une soirée à la palette sonore infinie,
qui avait d’ailleurs bien commencé
avec les riffs électriques au goût de
sable du phocéen Johnny Hawaï,
avec en guest Kid Francescoli aux
claviers et Oh ! Tiger Mountain à la
guitare.
THOMAS DALICANTE
Le poète parle…
Duchâble au sommet de son art, dans un lieu d’exception…
C’est dans une ancienne
église reconvertie en
atelier de peinture par
l’artiste François Aubrun,
que s’ouvrit le 5e festival Autour des claviers.
Dans ce lieu englouti par
les collines boisées du
Tholonet, François-René
Duchâble et Alain Carré
proposèrent un concert
épistolaire autour d’œuvres et écrits de Franz
Liszt. Plus de deux heures d’immersion dans le
XIXe, entre lettres, poèmes de Lamartine et
musique de Chopin,
Schumann, Beethoven ! Sous le regard des toiles de
lumière, le temps se mua en instant, métamorphose
du verbe en son et du son en verbe. Les premières
notes liquides de l’étude Les gammes de Liszt,
distillées par le pianiste, perlèrent sur l’auditoire
médusé, prodrome d’un concert à venir d’anthologie. Sans rupture, les mots s’enchaînèrent aux sons
pour ne plus former qu’une guirlande de signes. Le
comédien, tantôt assis à son bureau éclairé par un
candélabre ou debout, jetant des éclats de vers à
l’assemblée, habita l’espace de sa présence. Et que
dire de ce moment de poésie pure, hymen d’un
extrait de texte de Lamartine et d’une pièce
empreinte de mysticisme du maître hongrois ? Rien
Airs de Festes
L’ensemble baroque Les Festes d’Orphée livre un
programme éclectique en ces mois de mai juin : le
31 mai, des œuvres de Monteverdi pour Grand
chœur, solistes et basse continue, donné en l’église
du Saint-Esprit. Expressivité de la soprano Laure
Bonnaure dans les plaintes de la fille de Jephté
(Carissimi), souples enchaînements des «lamentamiGrand choeur des Festes d'Orphee © X-D.R
Francois-Rene Duchable et Alain Carre © X-D.R.
de l’ordre du dicible, juste l’expression de l’ataraxie
de la solitude. Violenté par la musique dionysiaque
de la Méphisto Valse ou cajolé par la douceur apollinienne de La Lorelei, le public ressortit du lieu
envoûté par la prestation de Duchâble, la tête dans
les étoiles et le corps en lévitation à l’image de la
dernière pièce du concert Saint François de Paul
marchant sur les flots. Unique !
CHRISTOPHE FLOQUET
À noter
Autour des claviers se poursuit jusqu’au 19 juin
04 42 96 96 96
www.autourdesclaviers.com
ni» de la déploration du chœur… Belles articulations,
diction juste, délicatesse du Pianto della Madonna, entrain du Venite e videte. Un Jacques Losse
en grande forme, un chœur enthousiaste, avec une
circulation fluide des thèmes entre les pupitres, une
vraie fête baroque où l’on goûte avec plaisir le
Grand Motet (Lauda Jerusalem) et des extraits du
premier acte de l’Orfeo de Monteverdi…
Le 4 juin, place était laissée à la société de Musique Ancienne de Nice en la Chapelle du Sacré
Cœur pour un concert dédié à Jean Sébastien
Bach. Alternance de concertos (Brandebourgeois,
BWV 1052), extraits de la messe en la majeur et de
passages solistes avec des Cantates. Les célèbres
Ich habe genug ou Deine Sachsen, dein bestürztes
Meißen étaient portées par la voix bien placée,
toute de nuances de Claire Gouton, flûtes au jeu
délié et aérien, violon virtuose de Flavio Losco qui
dirige aussi l’ensemble. Un spectacle d’une grande
qualité.
M.C.
Concerts donnés le 31 mai par les Festes d’Orphée,
dirigée par Guy Laurent et le 4 juin par la Société
de Musique ancienne de Nice
60
MUSIQUE
GTP | AVIGNON | FEST. DE MUS. SACRÉE | OPÉRABULLES
L’Opéra façon «world»
© Piero Tauro
Prenez une flûte, de préférence enchantée, un Orchestra di Piazza
Vittorio (ensemble cosmopolite mêlant
le trombone, la flûte des Andes, le
djembe, la kora…), quelques chanteurs, indiens, anglais… et un montage
vidéo (dessins, peintures…). Brisez
l’œuvre de Mozart en petits morceaux,
incorporez un narrateur et faites
fondre l’histoire. Ajoutez un Papageno, grand, noir, treillis, rangers, gibus
rouge vermeil, une Pamina, type
chanteuse hippie pieds nus sortie
tout droit du concours de l’Eurovision
1978, une Reine de la nuit hystérique
mi Nina Hagen mi Edith Piaf , un
Tamino et un Sarastro c’est trop ! Reconstituez une trame à grands coups
de pinceau en éludant toute la
dimension symbolique et ésotérique.
Constituez différentes couches à partir de chansons variétés, pop, choral
à la manière de Kurt Weill et jazz
métissé façon Uri Caine. Liez l’ensemble avec des arrangements de Leandro
Piccioni mâtinés de synthétiseur et
cordes à la Morricone. Saupoudrez
abondamment de rythmiques afrocubaines, mélodies arabo-andalouses
et arrosez le tout voluptueusement
de pastiche. Laissez le dernier zeste
au chef Marion Tronco et dégustez.
Un dessert de fin de saison à
consommer sans modération.
CHRISTOPHE FLOQUET
La Flûte enchantée
a été réinterprétée au GTP
les 24 et 25 mai
Heureuse relecture !
Bulles de Champagne
D’emblée, dans un décor aux murs tagués, quelques enfants gitans sur scène
maîtrisent guitare et chant et ajoutent un prologue à l’Ouverture. Plus de
soldats courtois, de jupes affriolantes et de couleurs vives, d’affectations
hispanisantes : c’est d’une vieille voiture parquée dans un hangar, visité pour
l’occasion par une foule populaire, que sort Beatrice Uria-Monzon, superbe
Carmen, vêtue d’une simple robe noire. Dès les premières notes de la Habanera,
la magie opère : sa voix chaude, profonde et très sensuelle, colle merveilleusement au personnage !
Tous les airs et duos sont applaudis avant qu’au dernier acte, la mise en scène
ne bouleverse le dénouement traditionnel : Micaëla (Sophie Marin-Degor), si
discrète d’ordinaire, assistant à la dispute entre Carmen et Don José (merveilleux
Jean-Pierre Furlan) sort
un revolver d’une de ses
poches et tue Carmen
d’une balle…
Du début à la fin, il semble qu’on n’ait jamais vu
Carmen auparavant, l’œuvre lyrique pourtant la
plus jouée dans le monde depuis plus d’un siècle.
«Apprendre et réapprendre la liberté de Carmen,
voilà une rude tâche» dit
Nadine Duffaut. Malgré
quelques «sifflets» discrets en fin de spectacle,
le public a salué vivement et longuement les
chanteurs, chef d’orchestre et metteure en scène
qui souhaitent «ne jamais
oublier que ce chefd’œuvre de Bizet doit
continuer de vivre».
Vivre en Champenois accorde sans doute certaines prédispositions, le sens de
l’humour, de la fête, de la légèreté… C’est ce que tendrait à démontrer l’ensemble vocal OpéraBulles, sous la direction de Cyrille Serio. Appréhension
gourmande du chant pour un concert d’une grande qualité. Les six voix sonnent
comme un chœur, le Lacrimosa du Requiem de Mozart emplissent de leurs
harmoniques les voûtes de l’église Saint Esprit, et offrent un festival de solos,
duos, scènes de groupe, avec un allant et un enthousiasme communicatif. Pas
de partitions, qui rendent les représentations statiques, mais une mise en scène
pleine de fantaisie, agrémentée de commentaires riches et drôles, cultivant le
goût de l’anecdote. Comme celle de la partition de César Frank perdue 50 ans
sous la masse immobile d’un harmonium… De la Séguedille de Carmen à Over
the rainbow, l’Ave Maria de Donizetti ou Harry Potter, les morceaux populaires
se succèdent, avec des voix bien placées, de superbes pianissimi… Une
capacité d’émerveillement d’une délicieuse fraîcheur, le tout accompagné avec
brio par le piano.
© Cedric Delestrade
La mise en scène osée du chef-d’œuvre de Bizet signée
Nadine Duffaut a fait sensation fin mai en Avignon
CHRISTINE REY
M.C.
Le concert d’Opérabulles s’est donné à Aix,
Salon et Arles du 9 au 11 juin
OperaBulles © X-D.R.
Oratorios
sacrés
The King's Consort © Keith Saunders
L’Oratorio sacré constitue la forme par
excellence de la dramatisation d’événements religieux. Proche de l’Opéra,
il s’en distingue par son exécution sans
décor ni action scénique : une sorte
d’opéra de concert sur un sujet religieux. Ces ouvrages constituent les
piliers des Festivals de Musique Sacrée qui fleurissent partout. Pour la
clôture de sa 16e édition, le 1er juin
à St-Michel, celui de Marseille programmait un oratorio de jeunesse de
Haendel, représenté en italien à Rome
en 1708, une bonne trentaine d’années avant les fresques qui firent son
succès à Londres et dont Le Messie
(1741) demeure l’archétype.
La Resurrezione fait revivre deux actions du Vendredi Saint et du jour de
Pâques, Marie-Madeleine et MarieCléophas pleurant la mort de Jésus,
consolées par Saint-Jean, et le combat
symbolique de l’Ange et de Lucifer
précédant la «Bonne Nouvelle». Le
célèbre et trentenaire King’s Consort
(l’ensemble britannique compte une
centaine d’enregistrements !) a servi
cet ouvrage rare avec métier. Au hautbois baroque, à la viole de gambe ou
au théorbe, sur l’orgue, le clavecin ou
à la trompette naturelle, les instrumentistes ont révélé les talents de
coloriste du jeune Haendel, de superbes contrastes sonores et dynamiques,
quand les cinq solistes ont rivalisé en
vocalises furieuses, en expressions
tendres ou tristes au service d’une
écriture «symboliste». On regrette
cependant l’absence d’un sur-titrage
qui aurait permis de mieux comprendre le sens des récits et des airs.
Le Festival de Musique Sacrée de
Marseille offre aussi des concerts
gratuits donnés par les élèves du
Conservatoire de Marseille. Ainsi le
programme d’Airs sacrés romantiques, présenté par la Classe de Chant
d’Isabelle Vernet, a fait se lever d’un
bond l’auditoire (venu en foule le 30
mai à la Basilique du Sacré-Cœur) aux
derniers accords tonitruants de Gallia,
oratorio composé par Gounod en
1871. Cette élégie biblique, tirée de
Lamentations de Jérémie, mêle les
sentiments religieux et patriotique
après la défaite de 1870. L’effet
produit à l’époque fut considérable et
aujourd’hui l’œuvre, servie par une
superbe phalange vocale, conserve
tout son apparat.
JACQUES FRESCHEL
Concert donné en clôture du festival
de musique sacrée le 1er juin
62
CINÉMA
FID | JUDAÏCINÉ | RENDEZ-VOUS D’ANNIE
Marseille,
en prise réelle
avec le monde
Depuis le 8 juin, l’Institut de l’Image à Aix propose,
comme chaque année, une programmation de
rééditions : Bloody Mama de Roger Corman ; Je
veux seulement que vous m’aimiez de Fassbinder ; Le Guépard de Visconti ; trois films rares de
David Lean en copies neuves : Brève rencontre,
Oliver Twist et L’Esprit s’amuse ; La Main au collet
d’Hitchcock ; The Swimmer de Frank Perry ;
Nathalie Granger de Marguerite Duras.
Institut de l’Image, Aix
04 42 26 81 82
www.institut-image.org
United red army de Koji Wakamatsu, selection Ecrans paralleles © Wakamatsu Production, Inc.
Vidéochroniques (voir p80), l’Aspas, Reflets… Se
déroulera aussi la 3e édition de FIDLAB, un dispositif qui permet d’aider à la production de 11 projets
de films sélectionnés sur les 320 reçus.
Cette 22e édition donnera lieu à des nouveautés :
la mise en place du Prix Renaud Victor attribué par
un jury de détenus des Baumettes en partenariat
avec Lieux fictifs ; l’invitation d’étudiants de 5 écoles d’art et de cinéma de la Méditerranée avec MP
2013 et l’accueil des Rencontres nationales de
lycéens et apprentis au cinéma avec Cinémas du
Sud.
La grande salle étant rouverte, le FID revient enfin
à la Criée où aura lieu l’ouverture, le 6 juillet, avec
Poussières d’Amérique d’Arnaud des Pallières
qui, à partir d’histoires réelles ou fantasmées,
extraites d’un vivier d’images d’amateurs, compose
un voyage à travers les États-Unis.
Des projections auront aussi lieu au cinéma Variétés, à la Maison de la Région, à l’Alcazar, au
Théâtre Silvain ainsi que des installations et
expositions dans d’autres lieux de la ville. Plus de
130 films à découvrir !
De grandes lettres blanches sur fond rouge : «22e
Festival International de CINEMA» apparaissent
dans Marseille, annonçant l’édition du FID Marseille du 6 au 11 juillet et confirmant la ligne
artistique prise il y a trois ans par Jean-Pierre Rehm
et son équipe : accueillir des documentaires ET
des fictions en prise avec le réel.
«Malgré les moyens modestes de la manifestation, le FID a acquis une réputation internationale
et est devenu un modèle pour d’autres festivals.
La preuve : la confiance que nous font les réalisateurs.» En effet, le FID a reçu plus de 2500 films
venant de 94 pays. Parmi eux 19 premières mondiales, dont 7 premiers films, sont en Compétition
Internationale dont le jury est présidé par Julio
Bressane, réalisateur et producteur brésilien. Le
travail sur la mémoire, sur les images du passé et
leurs échos au présent semble être un des
thèmes récurrents de cette sélection. C’est Luc
Moullet qui préside le jury de la Compétition Française comportant 10 films en première mondiale,
dont 3 premiers films.
À côté des compétitions, des Écrans parallèles :
Une autre histoire du cinéma mexicain, Souffrance et cruauté, Portraits croisés, Conversations
secrètes (le son dans tous ses états), En chantier
et les Sentiers avec Fotokino. Des Séances spéciales également, en partenariat avec l’ACID,
ANNIE GAVA
La main au collet d'Alfred Hitchcock
Du 15 au 25 juin, The B-Side présente Se révolter,
filmer, une rétrospective des films de JeanPierre Thorn : au CRDP, le 15 juin à 20h, Faire
kiffer les anges, et le 22 Le dos au mur.
Au Polygone Etoilé, le 16 à 19h, Oser lutter, oser
vaincre et Les ouvriers de la Margoline ; le 18,
Allez yallah ! et le 23, Je t’ai dans la peau.
Au Merlan, le 17 à 19h, On n’est pas des marques
de vélo et au Centre social La Busserine, le 24 à
22h, 93 La belle rebelle. Toutes les projections
sont suivies d’un débat en présence du
réalisateur.
The B-Side, Marseille
04 84 25 04 02
www.thebside.org `
FID Marseille
04 95 04 44 90
www.fidmarseille.org
Films d’Israël à Marseille
Du 15 au 21 juin, Judaï Ciné organise les 12e Regards
sur le cinéma israélien de Marseille au cinéma Le
César : une semaine de projections, d’échanges
et de rencontres avec des invités. Au programme,
huit longs métrages dont Hearat Shulayim (Footnote) de Joseph Cedar, prix du scénario à Cannes,
Footnote de Jeseph Cedar
présenté en ouverture le 15 juin à 20h30. Le
lendemain, Naomi, en présence du réalisateur
Eitan Zur et du producteur Elie Meirovitz. Il y aura
aussi Andante d’Assaf Tager en présence de l’actrice Sarah Adler, The Matchmaker d’Avi Nesher,
Infiltration de Dover Kosashvili, et Gei Oni en
présence de Dan Wolman, auteur aussi du documentaire, Yolande, une héroïne méconnue.
Le Livre de la grammaire intérieure de Nir Bergman et les huit courts métrages par des cinéastes
palestiniens et israéliens de la jeune génération,
Café entre réalité et imagination, projet initié par
Yael Perlov, seront présentés en clôture le 21 juin
au cinéma Les Variétés.
A.G.
04 91 37 40 57
www.judaicine.fr
Je t'ai dans la peau de Jean-Pierre Thorn
Le 16 juin à 20h30, en partenariat avec l’Association France Amérique Latine, au cinéma Renoir à
Martigues, Les Couleurs de la montagne de
Carlos César Abélaez : dans un village colombien
Manuel et Julian envoient leur ballon neuf sur un
champ de mines, et malgré le danger toute la
bande de gamins veut le récupérer coûte que
coûte…
Cinéma Jean Renoir
04 42 44 32 21
http://cinemajeanrenoir.blogspot.com
CINÉMA
Du 24 juin au 29 juillet, l’Alhambra Cinémarseille
propose Ecrans sous les étoiles, 13 séances de
cinéma en plein-air dans les 15e et 16e arr. de
Marseille et à Septèmes-les Vallons : Adèle blanc
Sec de Luc Besson, Tout ce qui brille de Géraldine
Nakache… Le 15 juillet, projection du premier film
de Guédiguian, Dernier été.
Alhambra Cinémarseille
04 91 46 02 83
63
Dans le cadre du 3e Festival Les Nouveaux mondes
qui se déroule à Cassis du 6 au 14 juillet, projection de documentaires à 16h : entre autres, le 7,
Waste land de Lucy Walker ; le 9, Lumière de P.A.
Straubinger ; le 10, Severn de Jean Claude
Jaud…
Centre Culturel de Cassis
04 42 01 77 73
www.associationlesnouveauxmondes.com
Adele Blanc-Sec de Luc Besson © Europacorp
Matrimonio all'italiana de Vittorio de Sica
L’Institut Culturel Italien continue sa rétrospective sur les divas italiennes des années 50 et 60
avec Sofia Loren dans Matrimonio all’italiana de
Vittorio de Sica le 16 juin à 18h et La Ciociara de
Mario Soldati, le 23 juin à 18h, pour lequel elle a
reçu l’Oscar de la meilleure actrice en 1961.
Institut Culturel Italien, Marseille
04 91 48 51 94
www.iicmarsiglia.esteri.it
Le 20 juin à 20h30, à l’Alhambra Cinémarseille
dans le cadre du Festival de Marseille, en partenariat avec le Festival Reflets, quatre courts films
de l’artiste sud-africain Steven Cohen, en sa présence. Réservation nécessaire au 04 91 99 00 20.
Le 23 juin à 19h, en partenariat avec Couleur Cactus,
un long métrage du cinéaste burkinabé S. Pierre
Yaméogo, Delwende, lève-toi et marche, en sa
présence.
Alhambra Cinémarseille
04 91 03 84 66
www.alhambracine.com
Du 24 au 26 juin, l’association Planète Honnête
propose aux Gardis à Cadenet la 3e édition du Festival International du Documentaire et Rencontres
sur la Biodiversité et les Peuples Premiers : des
conférences, des concerts, des films autour du
thème l’éco-féminin ! De l’espoir pour notre terre
à chercher du côté des femmes ! Véronique Jannot présentera Dakinis, des portraits de femmes
bouddhistes ; en avant-premières nationales, Pink
Saris, une œuvre féministe engagée contre les
injustices et les inégalités de sexes et de castes
de Kim Longinotto et Super mémés de Magnus
Isacsson…
Association Planète Honnête
04 90 08 88 08
www.planetehonnete.org
Dans le cadre de la conférence internationale
Religion et économie dans un monde global qui
aura lieu à Aix du 30 juin au 3 juillet (voir p 66),
projection de documentaires, en présence des
réalisateurs, sur le thème du religieux dans la
salle vidéo de Sciences Po Aix : Les Chemins de la
Baraka de Khamis Mesbah et Manoël Penicaud,
Les porteurs de la Vierge de Miguel Ángel
Rodríguez Lizana…
Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence
Durant tout l’été, TILT propose la 16e édition de
Ciné plein air : pas moins de 30 soirées de projections dans 9 lieux de Marseille… Les mairies
de secteur (1er/7e, 2e/3e, 13e/14e), la bibliothèque
départementale, les centres sociaux de Bois
Lemaître et de la Capelette s’associent à Tilt pour
proposer des séances à entrée libre, à la tombée
de la nuit… L’occasion de voir ou revoir classiques
du cinéma comme Le diable au corps de Claude
Autant-Lara, ou des films plus récents comme
Séraphine de Martin Provost, Million Dollar Baby
de Clint Eastwood, Alice au pays des merveilles
de Tim Burton, Welcome de Philippe Lioret,
Volver de Pedro Almodóvar, The Ghost Writer de
Roman Polanski…
Jusqu’au 13 août
TILT
04 91 91 07 99
http://cinetilt.blogspot.com
www.sisr.org/0117/fr/Conference
Du 6 au 12 juillet passera la Caravane des cinémas arabes en Région : projections en plein air
de films venant d’Irak, d’Egypte, de Palestine et
d’Algérie. Ainsi pourra-t-on voir Coup d’envoi de
Shawkat Amin Korki aux Mées ; Femmes du
Caire de Yousry Nasrallah à Gap, au Luc-en-Provence et à Arles ; Le temps qu’il reste d’Elia
Suleiman à Nice ; Voyage à Alger d’Abdelkrim
Bahloul à Apt et au Théâtre Silvain à Marseille.
Aflam
04 91 47 73 94
www.aflam.fr
The ghost writer de Roman Polanski
Attac Pays d’Arles et le Festival Les Suds organisent un 14 juillet Internationaliste à l’Espace
Van Gogh, à Arles : à 10h, projection de Le Chaos
de Youssef Chahine et Khaled Youssef ; à 17h,
débat animé par Gus Massiah sur le thème
Peuples en Révolution. Entrée libre et gratuite
dans la limite des places disponibles.
local.attac.org/13/arles
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CINÉMA
ALHAMBRA | AFLAM
Sept ans
de projections
Corpo celeste d'Alice Rohrwacher
Comme depuis sept ans, deux jours seulement
après la clôture du festival cannois, l’AlhambraCinéMarseille a projeté douze films de la Quinzaine
des réalisateurs. Ouverture en numérique -une
première à St Henri- avec El Velador, documentaire mexicain de Natalia Almada et Après le sud
de J.-J. Jauffrey, long métrage soutenu par la
Région PACA. Deux mises à nu qui osent prendre
le temps. Le premier immerge le spectateur jour
après nuit dans le quotidien répétitif du baroque
narco-cimetière de Culiacan. Des maçons posent
le dôme d’une chapelle, une jeune femme lave
névrotiquement le prétentieux mausolée d’un caïd,
le veilleur arrose la terre rouge, pulvérulente et
assoiffée, des bougies vacillent dans la nuit pourvoyeuse des morts du lendemain tandis que la
vieille télé crachotante énumère les victimes d’une
guerre hors champ. Le second, based on true
story, autopsie avec la précision du légiste un fait
divers banal. Excédé par le bruit, un retraité a tiré
sur un jeune homme et l’a tué. Jauffrey déconstruit le drame, croise les itinéraires spatiaux et
psychologiques de chaque protagoniste, différant
l’instant tragique vers lequel ils convergent inéluctablement.
Face à tant de noirceur, tendres et décalés, deux
films belges offrent des contes à sourire assis.
Résolument rétro, tourné au Havre, La Fée du trio
burlesque Abel, Gordon et Romy, enchaîne les
gags visuels, hommages à la maladresse, au bancal, à l’inachevé, au déséquilibre, à la persévérance
des rêves qui donnent la force de transformer la
vie. Les géants de Bouli Lanners, récompensé par
l‘Art Cinema Award et le prix SACD, suit la fugue
initiatique de trois adolescents livrés à eux-mêmes
dans l’immensité paradoxale des forêts luxembourgeoises. Pas de services sociaux, d’adultes
responsables pour ces trois petits cochons dont les
abris s’effondrent. Ces Poucets sans cailloux qui
coupent les ponts, dérivent au fil de l’eau, fument
de l’herbe, se teignent en blond, font leurs quatre
cents coups, rencontrant un grand méchant loup
dealer et une fée providentielle.
Plus réaliste et satirique, mais tout aussi initiatique, le premier film d’Alice Rohrwacher Corpo
Celeste met en scène une ado à peine pubère
qu’on prépare à sa confirmation. Croire au miracle,
s’intégrer, grandir, la jeune fille le voudrait bien
mais la Calabre catéchisante qu’à son arrivée de
Suisse elle découvre, sale, laide, glorifiant les
simagrées religieuses de directeurs de conscience
qui ont perdu la leur, ne l’aide guère.
Mention spéciale pour La nuit elles dansent d’Isabelle Lavigne et Stéphane Thibault, documentaire
québécois tourné au Caire. Un nocturne d’une
vitalité folle qui met en lumière à travers les
portraits croisés de quatre danseuses de baladi peu avant l’éclosion des printemps arabes- les
contradictions de la société égyptienne. Quand la
vie nourrit le cinéma, qui le lui rend bien.
ÉLISE PADOVANI
Printemps arabe
Du 23 au 31 mai, AFLAM a présenté à la lumière du
printemps arabe, films longs et courts très divers,
venus d’une dizaine de pays. Heureuse initiative qui
permet de voir des films dont certains n’ont pas de
distributeurs en France. C’est le cas du deuxième
long métrage d’Ahmed Abdallah, Microphone, qui
devait sortir sur les écrans du Caire… le 25 janvier
2011 ! Les Egyptiens n’étaient pas dans les salles
obscures mais sur la place Tahrir, comme l’a rappelé l’acteur principal, coproducteur, le charmant
Khaled Abou Nadja, invité le 27 mai au cinéma
Variétés. Le film, au départ, devait être un documentaire ; Khaled retourne à Alexandrie après des
années d’absence et découvre les graffitis de la
jeune Aya Tarek qui lui présente des artistes underground, musiciens et chanteurs de hip hop, de
rock, de métal rock. Cela devient un film de fiction
où chacun joue son propre rôle. Khaled s’intéresse
à ces artistes qui n’ont pas de scène et envisage
d’organiser un grand concert qui n’aboutit pas. De
son côté, la fille qu’il aime décide d’aller poursuivre
ses études à l’étranger et les liens qu’il crée avec
les quatre troupes, Massar Egbari, Y Crew, Mascara et Sout fil zahma lui permettent de surmonter
cette déception. On le suit dans les dans les salles
de répétition, dans la rue, dans leurs locaux exigus,
filmé par deux jeunes cinéastes, film dans le film.
Cette œuvre à l’écriture particulière, dense, au
montage et au rythme saccadés, qui se regarde à
la manière d’un puzzle qu’on reconstitue, a obtenu
Le Tanit d’Or à Carthage «pour son audace, sa
jeunesse, l’efficacité de sa musique et la richesse
Microphone d'Ahmad Abdalla
de ses personnages dans une société qui refuse
d’octroyer à des jeunes musiciens la place qu’ils
revendiquent» ainsi que prix du meilleur film arabe
à la 34e édition du Festival international du film du
Caire.
Microphone est sur le catalogue de la nouvelle société de distribution panarabe de films indépendants,
Pacha Pictures, (www.pachapictures.com) lancée
au festival de Cannes : souhaitons qu’il soit bientôt
distribué dans les salles !
ANNIE GAVA
Aflam
04 91 47 73 94
www.aflam.fr
À venir
Du 6 au 12 juillet, la Caravane des cinémas arabes
en Région (voir p. 62)
CANNES
CINÉMA 65
On y court
toujours !
Ils ont bien de la chance
les «marathoniens» de Cinécole !
Point d’attente pendant des heures, dans des queues,
sous le soleil, aucun problème de choix de films,
d’horaires ! Le Festival de Cannes dans un (seul)
fauteuil ! La commission Cinécole, composée de
six enseignants, a sélectionné -particulièrement
bien cette année- 14 films de toutes les sections
du Festival, que les 350 enseignants et étudiants,
dont 32% d’Aix-Marseille, ont regardés les 21 et
22 mai, durant une trentaine d’heures, dans la
salle du Miramar, prenant la suite des spectateurs de la Semaine de la Critique.
Leur première étape, un voyage en utopie, les a
conduits à Lorient où s’est déroulé un événement
encore plus étonnant qu’une invasion de coccinelles : 17 filles, enceintes en même temps. Inspiré
d’un fait divers, en 2008, dans le Massachussetts,
le premier long métrage de Delphine et Muriel
Coulin, qui brossent ici un portrait de l’adolescence et de son désir de liberté et de responsabilité,
est très maîtrisé, bien construit et lumineux.
Deuxième étape, un retour dans l’histoire du cinéma, au moment où il devient parlant, avec le
brillant The Artist de Michel Hazanivicius, où Jean
Dujardin incarne une vedette du cinéma muet,
dépassé par cette «révolution» et… sauvé par
l’amour. Un film en noir et blanc, truffé de trouvailles scénaristiques et de clins d’œil.
Les étapes se sont succédé jusqu’au matin, emmenant les marathoniens cinéphiles au Havre -un
havre de paix- en compagnie d’un ex-écrivain
cireur de chaussures (André Wilms) qui soigne
sa femme, Arletty (Kati Outinen, la muse de Kaurismaki), et a décidé de sauver un jeune immigré
clandestin. Kaurismaki filme le port, les containers, les rues avec le talent qu’on lui connaît ;
chaque plan est un tableau. Le Havre a reçu le
Michel Vauzelle et les lyceens marseillais du lycee Diderot, à Cannes le 21 mai lors de la montee des marches © X-D.R.
Prix de la Critique internationale.
Autre conte filmé au Havre, La Fée, dont les auteurs interprètes, le trio Abel-Gordon-Rémy, sont
venus rencontrer le public… juste après les derniers coups de minuit ! Un moment très agréable
avant les deux heures et demie d’horreur du film
The Murderer du Coréen Na Hong-jin que seuls
les amateurs de cinéma d’action, de courses-poursuites, d’explosions de violence sanguinolente
auront apprécié.
Vers 6 heures du matin, la centaine de spectateurs encore éveillés ont accompagné dans une
Vienne pâle et triste la quête de Roman Kogler
(excellent Thomas Schubert) abandonné à sa
naissance, meurtrier par colère à 15 ans, côtoyant
quotidiennement la mort et le chagrin de par son
emploi aux pompes funèbres, qui veut retrouver
sa mère… Atmen, un premier film de l’acteur autrichien Karl Markovics, sobre, réaliste et plein
d’humanité auquel le Jury de la Quinzaine des
réalisateurs a attribué, à juste titre, le Label Europa Cinemas, visant à développer la promotion
des films européens dans les salles.
Dimanche matin, l’ultime étape s’est faite à bord
d’un vieux camion rouge qui transporte des troncs
d’acacias en compagnie de Rubén, Germán De
Silva, blindé dans la douleur d’une perte, qui
emmène, de Puerto Falcon au Paraguay jusqu’à
Buenos-Aires, une mère et sa fille, un bébé de
quelques mois. Ils ne se parlent pas ou très peu ;
il ne se passe pas grand-chose ; le voyage est long
mais on ne s’ennuie pas. Le talent de Pablo Giorgelli est de nous faire participer à ces échanges
de regards, à ces changements presque imperceptibles, à l’ouverture de cet homme au monde.
Et le bébé est formidable ! Sélectionné à la Semaine de la Critique, Las Acacias a obtenu la
Caméra d’Or qui a pour objet de mettre en valeur
un premier film.
Point de Prix Éducation Nationale cette année à
Cannes, mais encore le Coup de Cœur du public
de cette manifestation organisée par Cannes
Cinéma et la Délégation académique à l’éducation artistique et culturelle (DAAC) de Nice : le film
de Nadine Labaki (voir ci-dessous).
ANNIE GAVA
www.ac-nice.fr/daac/cinema
www.cannes-cinema.com
Livrer la cité aux femmes
Une première séquence d’une grande beauté :
des femmes vêtues de noir, certaines portant un
crucifix, d’autres un voile, dans la poussière d’une
plaine désertique, s’avancent vers nous en
dansant puis s’arrêtent, se divisent ; les unes vont
vers un cimetière chrétien, les autres vers les
sépultures musulmanes. Dès cette image, on
sent la détermination de ces femmes, placées au
centre de l’histoire, qui vont tout faire pour que la
guerre ne se rallume pas dans ce village isolé de
la montagne libanaise- mais le pays n’est pas
précisé- pour éviter qu’il y ait à nouveau violence,
mort et douleur. Saboter le téléviseur, recruter de
jeunes danseuses ukrainiennes aguichantes pour
divertir les hommes, se «convertir» à la religion
de l’autre, elles ne reculent devant rien pour
Et maintenant on va ou de Nadine Labaki
empêcher les mâles de reprendre le combat devant
les incidents qui se multiplient : invasion d’animaux dans la mosquée, croix brisée, sang de
poule dans le bénitier. Elles sont brillantes, ma-
lignes et drôles. Car vous l’aurez compris, ce thème
grave de la guerre, Nadine Labaki l’a traité en
s’appuyant sur le désir de paix des femmes,
comme dans Aristophane dans Lysistrata, et avec
humour mélangeant les genres: comédie à l’italienne avec les personnages du curé et de l’imam,
comédie musicale, fable, conte. Comme dans
Caramel elle interprète une des protagonistes, la
superbe Amal (la Paix, en arabe) alors que la
majorité des interprètes du film sont des acteurs
non professionnels, formidables, recrutés à Taibe
où ce film, plein d’émotion a été tourné.
Un vrai Coup de cœur pour Et maintenant on va
où? présenté dans la sélection Un certain Regard.
A.G.
66
RENCONTRES
Libraires du sud /Libraires à Marseille 04 96 12 43 42
Rencontres : avec Geneviève Roux le 16
juin à 18h30 à la librairie Saint-Paul (Marseille) ; avec Martine de Nardi pour La
gymnastique sensorielle périnatale (Le souffle
d’or) le 16 juin à 19h à la librairie La Carline
(Forcalquier) ; avec Eugène Nicole, animée
par Pascal Jourdana, pour la sortie de son dernier ouvrage L’œuvre des mers (L’Olivier) le
18 juin à 18h à la librairie Apostille (Marseille) ; avec Antonio Altarriba pour sa
bande dessinée L’Art de voler (Denoël Graphic) le 18 juin de 14h à 16h à la librairie
Maupetit (Marseille) ; avec Mary Lou
Longworth pour Death at the Chateau
Bremont le 23 juin à 17h et L. John Harris
pour Foodoodles le 28 juin à 17h30 à la
librairie Book in Bar (Aix) ; avec Jacques
Abeille pour la sortie de son roman Les
Barbares (Attila) le 24 juin à 19h à la
librairie Masséna (Nice).
Escales en librairies : rencontre avec Delphine Chedru, auteure illustratrice des
livres à jouer L’Arbrier (Albin Michel) et Le
Chevalier courage (Hélium), le 15 juin à 10h
à la librairie L’Etoile Bleue (Aubagne) et à
16h à la librairie Histoire de l’œil (Marseille).
AIGUILLES
Association Les Passeurs de mots –
04 92 46 82 55
3e édition des Passeurs de mots : rencontres
d’auteurs et d’illustrateurs, les 16 et 17 juin.
AIX
Centre Franco-Allemand de Provence –
04 42 21 29 12
Exposition de l’artiste allemande Lotte
Reiniger, jusqu’au 3 octobre au musée des
Tapisseries. Vernissage le 23 juin à 18h30
en présence d’Evamarie Blattner, Conservatrice du Stadtmuseum de Tübingen.
Rencontres franco-allemande avec Cordula Bardtke au café de la Mairie, le 20 juin
et le 11 juillet de 18h à 20h.
Voyons Voir – [email protected]
Des pliages : Présentation des travaux d’ateliers réalisés par les stagiaires en formation
au Centre de rééducation professionnelle
Richebois sous la conduite de l’artiste
Arnaud Vasseux, jusqu’au 30 juillet au
Centre Richebois (Marseille).
Cité du livre – 04 42 91 98 88
Conférence Education et Habitat des architectes Fabienne Magnan et Guy Antonietti
du cabinet Archipel ; ils interviennent sur
leurs réalisations des Cités Universitaires de
l’Arc de Meyran et du Lycée Cézanne, le
23 juin à 18h30.
Journées Soljénitsyne organisées par l’association Datcha Kalina : débats, témoignages,
tables rondes, les 17 et 18 juin.
Rencontre avec Dominique Sampiero,
écrivain et poète, Prix du roman populiste
pour son livre Le Rebutant (Gallimard,
2003), précédée d’une lecture de ses textes
par les membres de l’association Histoire
d’écrire et par l’auteur lui-même. Le 5
juillet à partir de 16h. Le lendemain à 10h
rencontre avec les enfants autour de deux
de ses livres : P’tite mère et Le Jeu des 7 cailloux.
Galerie La Non-Maison – 06 29 46 33 98
Exposition inédite du photographe John
Cohen, du 29 juin au 24 septembre.
Exposition de Jeremy Laffon, Le trésor de
Mexico, réalisée dans le cadre de la résidence de l’artiste au lycée militaire d’Aix avec
le soutien de la Drac. Du 15 au 18 juin.
Groupement des galeries indépendantes
d’Aix – 04 42 24 03 03
2e édition de la nuit des musées : les galeries Alain Paire, Ardital, Vincent Bercker,
Imbert, Art Top Gallery, Franck Marcelin,
La Non Maison, Carré d’artistes, Atelier
de Conti, du Lézard Serpentine, La Fontaine obscure, CMJN design, Atelier
Nicolas Lahaye, Eric du Maroussem, La
Maison de Dora Maar, Portalis, 200 RD,
Regard Contemporain, Susini NM, des 3
Ormeaux, Saltiel, Fondation Blachère,
200RD10 Arteum, Atelier des épinaux
Manuela Noble sont ouvertes de 10h à
23h le 7 juillet.
Sciences Po – 04 42 16 95 45
31e conférence de la Société Internationale
de Sociologie des Religions : Religion et
Economie dans un monde global : session
d’ouverture avec Raphaël Liogier, Sciences
Po Aix, et Philippe Portier, groupe Sociétés-Religions-Laïcité du CNRS ; session
plénière I avec Marion Maddox de la Victoria University de Wellington et Nicolas
De Bremond D’ars, EHESS ; session
plénière II avec Peter Van Der Veer de
l’University of Utrecht et Marika Viczian
du Monash University. Du 30 juin au 3
juillet. Exposition photos Des Dieux, des
lieux, des hommes au Centre de documentation recherche de Sciences Po.
Corsica Calling – 06 88 80 62 83
L’association vise à promouvoir les œuvres
artistiques et littéraires corses, hors de l’île.
Le 15 juin à 20h30, à l’Institut de l’image,
projection du documentaire de José
Cesarini et M. Duffau, Paroles sur images.
avec Elisabeth Cestor, auteur du texte, et
Inaki Martin Diez, fondateur de Carnets
méditerranéens qui l’éditent. Exposition
du 12 au 23 juillet.
AVIGNON
Collection Lambert – 04 90 16 56 20
Exposition de photographies de Cy
Twombly et artistes invités, Le Temps
retrouvé. Jusqu’au 2 octobre.
BOLLÈNE
Association café littéraire – 04 90 40 46 17
Rencontre-débat avec Thomas B. Reverdy
autour de son livre L’Envers du monde
(Seuil, 2010), le 17 juin à 18h30 au restaurant La Belle écluse.
BRIGNOLLES
Pôle culturel du Palais des comtes de
Provence – 04 94 86 22 14
Exposition de Jean-Claude Meynard,
Babel, utopie en marches. Du 8 juillet au 3
septembre.
CABRIÈRES D’AVIGNON
Association Culture au soleil –
06 81 27 03 32
3e fête du livre sur le thème Le goût du
voyage en présence d’auteurs, d’éditeurs,
de libraires, d’artistes, de conteurs, de
conférenciers... le 2 juillet sur la place du
marché de Coustellet.
CARPENTRAS
Association Lire ensemble – 09 64 39 45 61
4e fête du livre jeunesse sur le thème des
Droits de l’enfant, jusqu’au 18 juin.
FORCALQUIER
Forcalquier des livres – 04 92 75 09 59
Atelier de lithographie animé par Philippe
Moreau, les 25 et 26 juin.
ALLAUCH
Musée – 04 91 10 49 00
Exposition Petits miracles à Mexico, ex-voto
mexicains et contemporains, jusqu’au 30
octobre.
GINASSERVIS
Association Sans Tambours ni Trompettes
– [email protected]
3e festival Bons baisers d’Espigoule : concerts,
projections, expositions, ateliers et animations, sur la place de Ginasservis, renommé
Espigoule le temps d’un week-end. Les 8 et
9 juillet.
ARAMON
Office de la culture et du patrimoine 04 66 62 97 28
12e Festival de théâtre, danse et musique
avec le Cuedro flamenco de Luis de la
Carrasca, ateliers gladiateurs aux arènes,
fête romaine… Les 25 et 26 juin.
JOUQUES
Quartier boisé de Citrani (195 chemin
Saint Julien)
Balade art et nature : 50 artistes peintres,
sculpteurs… exposent leurs œuvres dans 5
lieux sur 2 km. Circuit balisé. Le 19 juin de
10h à 19h.
ARLES
Atelier Archipel – 06 21 29 11 92
Exposition vidéo, sculpture et photo de
Pierre-Yves Freund, C’est Ainsi, jusqu’au 26
juin.
Salle Jean et Pons Dedieu – 04 90 96 59 93
À l’occasion de la parution du livre La Vie
en Oc, musique !, exposition des photographies d’Augustin Le Gall. Inauguration le
12 juillet à 10h30 en présence de l’artiste et
LA SEYNE-SUR-MER
Galerie 1/52 – 06 81 31 78 98
Exposition de carnets de croquis et dessins
de Fabrice Violante, jusqu’au 2 juillet.
Dojo-Théâtre – 06 89 90 93 48
9e Conviviales des Arts : parcours artistique
de porte en porte, dans les rues de La Seyne ;
danse, théâtre, musique, performances,
expositions… Le 25 juin, départ du DojoThéâtre à 14h30.
LA TOUR D’AIGUES
Château – 04 90 07 50 33
Exposition Un territoire et des hommes,
photographies de David Simon, jusqu’au
18 septembre.
LE LAVANDOU
Ville – 04 94 00 41 72
Prix de la création peinture contemporaine : vernissage et remise des prix le 8
juillet à 18h30. Exposition du 9 juillet au
31 août dans la salle d’honneur de l’Hôtel
de Ville.
LES BAUX
Château - 04 90 54 55 56
Les Médiévales : le tournoi des Chaëls ( 25
et 26 juin), les montreurs d’ours (2,3 et 14
au 17 juillet), les aigles (9 et 10 juillet), tirs
à l’arbalète, à la catapulte...
LE THORONET
Abbaye – 06 89 33 01 93
Dans le cadre des Leçons du Thoronet, le
Centre des monuments nationaux invite
l’architecte portugais Eduardo Souto de
Moura, prix Pritzker 2011. Conférence le
30 juin à 18h.
MARSEILLE
Association Passage & Co –
04 42 29 34 05
Balades littéraires à Marseille sur les traces
d’Antonin Artaud : départ sur la place
Edmond-Audran devant l’église des
Chartreux le 19 juin à 10h. Durée 2 heures
environ.
BMVR Alcazar – 04 91 55 90 00
Exposition de photos de jazz de Jean-Pierre
Leloir, Objectif Leloir. Du 5 juillet au 26
août.
Exposition de vinyles Les Métamorphoses de
Miles, du 5 juillet au 12 août.
Dans le cadre du cycle L’information : une
nouvelle culture, conférence d’Alexandre
Coutant, maître de conférence en ciences
de l’information et de la communication à
l’université de Franche Comté sur l’identité numérique, le 23 juin à 18h30.
Conférence de Stany Cambot initiateur du
projet et fondateur d’Echelle inconnue :
Comment le projet Re-dessiner le plan de la
Smala d’Abd El Kader a-t-il résonné dans une
ville comme Marseille ?. Le 30 juin à 17h.
Conférence de Franck Frégosi ; L’Islam au
prisme de la République : entre libre exercice
du culte et domestication de la religion. Le
1er juillet à 17h.
Conférence musicale de François Billard :
le jazz, un couple à trois ? suivie d’une rencontre avec Ahmad Jamal, le 19 juillet à
17h.
ABD Gaston Deferre - 04 91 08 61 00
Exposition de Thérèse Le Prat, photographe exploratrice des années 30 : Visages
Outre Mer, jusqu’au 13 juillet.
Théâtre du Petit Matin – 04 91 48 98 59
Les Mots à l’air avec le performeur poète
Railtiss, la cie Le Coq est mort et le violoniste Pascal Delallée. Les 17, 20 et 30
juin.
Librairie Apostille –
09 51 83 15 27
Rencontre-lecture avec Eugène Nicole,
animée par Pascal Jourdana, le 18 juin à 18h
La Mer parle – 06 07 36 91 98
Voyage à Epicure en compagnie du poète
Gorelli, le 19 juin (embarquement navette
Vieux-Port à 9h).
Institut Culturel Italien –
04 91 48 51 94
Cours d’italien intensifs d’été : du 20 juin
au 1er juillet de 18h à 21h (pour débutants
et personnes ayant acquis les bases élémentaires de l’italien) ; du 16 au 29 août de
9h30 à 12h30 (idem) ; spécial enfant : stage de 5 à 10 ans du 4 au 8 juillet de 10h à
12h ; stage de remise à niveau lycéens et
étudiants, du 22 au 26 août de 10h à 12h.
Atelier Juxtapoz – 06 63 82 00 76
Zamartelier fête ses 10 ans. Vernissage et
séance de dédicace le 17 juin à partir de
17h. Exposition du 17 juin au 30 juillet.
Passage de l’art – 04 91 31 04 08
Résidence d’artiste Ecriture de lumière de
Jean Daviot au lycée du Rempart : projet
pour le parc du palais du Pharo, Lieu Lien.
Vernissage sur la pelouse du Palais du
Pharo le 9 juin à partir de 18h.
Maison de l’Architecture et de la Ville –
04 96 12 24 10
2e édition de l’expo Les villes en mouvement
– Vers une ville en mutation (2011-2014) :
expo itinérante où entreprises, organisations
professionnelles et collectivités présentent
leurs innovations et réponses à l’évolution
du cadre de vie, du 15 juin au 1er juillet ;
débat sur la thématique Marseille, une
dimension nouvelle pour la nature en ville,
le 22 juin de 19h à 20h30.
Espace Leclere – 04 91 50 00 00
Conférence de Laurent Le Bon, son directeur,
sur Le Centre Pompidou Metz, présentée
par Jean-Noël Bret, le 27 juin à 18h.
Présentée par Jean-Noël Bret, rencontre
avec Michel Guérin autour de son ouvrage
La peinture effarée. Rembrandt et l’autoportrait. Le 4 juillet à 18h.
Galerie Françoise Estran – 04 88 04 59 37
Exposition d’Olivier Charlot, Japanese
conjecture, jusqu’au 25 juin.
Galerie Fabrik 89 – 04 91 55 58 29
Exposition collective Bulles temporelles :
sélection de planches originales d’auteurs du
9e art à l’occasion de l’ouverture de La
Gallery Marseille. Du 23 juin au 23 juillet.
Galerie du Tableau – 04 91 57 05 34
Exposition de dessin de Yifat Gat. Jusqu’au
25 juin.
AtelieRnaTional – 09 52 63 54 58
99 balloons : exposition-performance de
Mehdi A. et du public. Du 24 juin au 5
juillet.
MuCEM - 04 96 13 80 90
Les mardis du MuCEM : Tunisie, le temps
des libertés ? par Sana Benachour, Lina Ben
Mhenni et Yves-Aubin de la Messuzière
CCI Marseille Provence – 0810 113 113
Exposition Sur tous les océans… Pour tous les
continents. Publicités des Messageries Maritimes, jusqu’au 31 août au Palais de la Bourse.
Place pour le rajout Mardis du Mucem
dont tu as la pub et moi aucune info
MARTIGUES
Musée Ziem – 04 42 41 39 60
Exposition Les Ziem du Petit Palais, Paris,
du 29 juin au 30 octobre.
SAINT-REMY-DE-PROVENCE
Musée Estrine – 04 90 92 34 72
Exposition rétrospective Lucio Fanti
Peinture et Théâtre, jusqu’au 19 juin.
SAINTE-CECILE-LES-VIGNES
Association Lire entre les vignes –
04 90 70 78 78
4e édition de Lire entre les vignes, salon
pluridisciplinaire de l’édition indépendante :
sous le parrainage de Franz Olivier Gisberg,
rencontres avec les auteurs et éditeurs,
lectures, rencontre-débats entre éditeurs,
atelier d’écriture… Le 19 juin de 10h à
18h en plein air.
SAUSSET-LES-PINS
Hôtel restaurant Le Paradou –
04 42 45 18 79
L’association Regards sur la peinture organise une conférence-débat d’Olivier Bernex
sur L’exécution de la peinture. Le 24 juin à
19h.
SEPTÈMES-LES-VALLONS
Jardin des arts – 04 91 96 31 83
Exposition d’instruments de musique d’Asie,
collection André Gabriel, jusqu’au 12 juillet.
Conférences d’André Gabriel : Imaginaire
chinois : contes, croyances et légendes, le 28
juin à 18h. Soirée de clôture animée par
André Gabriel le 12 juillet à 18h autour
des arts du son.
TOULON
Espace Castillon – 04 94 93 47 33
Exposition Autour du végétal avec les
œuvres de P. Dourry, C. Donjerkovic, Bernard, S. Ginoux, N. Rodriguez, A. Foret,
A. Sernis et C. Colombo. Jusqu’au 30 juin.
VERDON
Parc naturel régional – 04 92 74 68 00
Stage de formation aux techniques de restauration en pierre sèche, avec le concours
de René Sette de l’école d’Avignon : pierre
sèche, calade et maçonnerie à la chaux sur
le chantier de la chapelle Notre-Dame de
Châteauneuf-les-Moustiers, du 17 au 19
juin.
VERS-PONT-DU-GARD
Pont du Gard – 0 820 903 330
Mémoires de garrigue : atelier familial Pif et
Peinturlure pour découvrir les odeurs, les
textures et les couleurs de la nature méditerranéenne, le 12 juillet à 10h30 ; atelier
familial Des plantes pour écrire et teindre
à l’époque romaine, les 19 juillet et 2 août
à 14h30 ;
Visites théâtralisées du Musée, à 18h les 13
juillet et 10 août ; atelier Bricol’eau avec
réalisation d’un petit moulin, le 26 juillet à
14h30.
68
PHILOSOPHIE
LA RELIGION
La philosophie appartient-elle au philosophe ? Comment se fait-il que le professeur
de philosophie soit le premier à demander à ses élèves si les mathématiques sont vraies ?
Si l’utilité d’une discipline est sa seule légitimité ? Pourquoi l’histoire n’est pas objective ?
Comment on l’écrit d’ailleurs ? Et à expliquer que la science contredit frontalement
la Bible et le Coran ? Point n’est besoin de faire de la philosophie
pour aborder ces questions-là. Et pourtant…
Il y a un malaise diffus dont on ne sait que faire : une
pratique baroque de l’Islam s’impose dans les banlieues ; les élèves des classes défavorisées, ghettoïsés
souvent, sont croyants, et de plus sont livrés à des courants extrémistes. Le plus souvent sur internet et par
le ouï dire qui s’en suit.
Pour combattre ce fait il faut poser la religion comme
un phénomène social et politique. Si on continue à la
présenter comme un enjeu métaphysique il ne faut pas
s’étonner que des jeunes refusent la théorie de Darwin
et se bouchent les oreilles en cours de philo, quand le
prof émet des réserves sur la toute puissance de Dieu
et la non scientificité du Coran.
La religion est aujourd’hui un phénomène politique :
notre système économique ne peut fonctionner que
sur la ségrégation sociale, et l’affaiblissement des valeurs politiques ouvre des boulevards aux valeurs
religieuses. L’école reste dans ces lieux le seul ferment
social, le lien républicain si l’on veut, la marque matérielle d’une société civilisée dans un environnement
de misère. Les professeurs se battent avec leur moyen :
apprendre, toujours apprendre, et surtout calmer les
tensions ; et ne pas froisser.
Car pour les quelques jeunes des cités qui arrivent en
terminale, la philosophie est un choc. Un manuel de
combat d’athéologie s’impose pour le professeur, et pour
l’instant il n’en existe pas : la philosophie a des racines
chrétiennes dans son institutionnalisation française.
Alors chacun bricole. Onfray est pour le coup une
bouffée d’air frais à défaut de mieux ; mais il énerve,
et s’y prend mal.
Apprendre
à penser
Appel aux professeurs !
C’est toute la connaissance qu’il faut apprendre à
repenser à ces élèves, et bien avant la Terminale. Commençons par la science. Il faudrait que les professeurs
de biologie arrêtent de dire que l’homme descend du
singe ; c’est stupide puisque le singe existe et cela revient à se prêter au ridicule de nos jeunes croyants. Le
vivant subit des modifications génétiques aléatoires et
certaines sont conservées qui présentent un avantage.
L’homme est une espèce du hasard.
Mais il faudrait surtout que les profs de maths arrêtent
de présenter leur matière comme vraie et utile : a-t-on
vérifié expérimentalement la racine carrée de neuf ?
est-elle plus vraie que la couleur de ciel ou le sentiment
amoureux ? Par ailleurs les mathématiques ne servent
à rien, comme la musique, et c’est tant mieux !
Mais peut-on passer sur l’Histoire et son écriture ?
Que le professeur de philosophie soit le premier à dire
que son écriture est subjective est catastrophique…
d’autant que les jeunes issus d’autres cultures le savent
d’expérience ! Bref les élèves devraient faire plus de
philosophie, mais dans les autres matières.
Et dieu et le Coran dans tout ça ? ils devraient être affrontés bien avant la philosophie et le cours sur la
croyance et la religion ; peut-on supporter qu’un élève
sorte du lycée en pensant, littéralement, que Dieu a créé
Adam et Eve il y a 5000 ans ? En France aussi le
créationnisme gagne…
© 2010-2011 *TsaoShin
Rappel historique
Faut-il rappeler que le dieu monothéiste est l’invention
d’un peuple il y a plus de 3500 ans, peuple qui décréta
au passage qu’il les avait élus ? Moment historique de
la fin des polythéismes que Nietzsche décrit ainsi : « les
dieux sont morts à cet instant là, mais ils sont morts
de rire, en entendant l’un d’eux dire qu’il était le seul ».
Faut-il mentionner encore qu’un type bien plus tard
a prétendu un jour qu’il était littéralement le fils de
Dieu fait homme, et qu’on l’a cru ? et qu’un autre en
700 a affirmé que Dieu lui avait parlé à l’oreille grâce
à l’ange Gabriel ? Cette historicisation des légendes
religieuses les démystifie plus efficacement que toute
dialectique sur la nature de vérité… qui somme toute
se dissout très bien dans le Coran ou la Bible.
On peut aussi continuer et rappeler que le monothéisme
fut un fléau, dans le prosélytisme qui lui est consubstantiel et amène forcément à des affrontements. Et
que ses formes douces demeurent dangereuses, en par-
ticulier quant à la contraception, l’avortement, la
ségrégation des sexes, le rejet de l’homosexualité. Car
la religion, au sens étymologique, est ce qui relie :
chaque peuple a donc sa religion, c’est à dire son histoire et ses valeurs propres. Vouloir que le peuple
voisin ait la même histoire-religion que soi est une
aberration, historiquement meurtrière.
Les professeurs de philo peuvent continuer à se réconcilier avec leurs élèves musulmans en leur rappelant
que la pratique religieuse est le fait des catégories
sociales défavorisées, ce qu’ils ne vont pas nier… Car
la nouvelle laïcité prônée par l’Etat français dissimule
mal son calendrier, ses références, son substrat catholiques : Saint Thomas, Pascal, Descartes, Kant demeurent
des vaches sacrées. Tandis qu’Averroès, Avicenne et
surtout les matérialistes sont encore perçus comme des
philosophes à la marge !
Comment apprendre à penser dans ces conditions ?
RÉGIS VLACHOS
PRIX DES LYCÉENS ET APPRENTIS
| CONTES
ET JARDINS
LITTÉRATURE
69
Livres à dévorer !
Le 7ème Prix Littéraire des Lycéens
et des Apprentis de la Région Paca
a été décerné dans l’allégresse
C’est une tradition désormais : les Docks de Marseille
ont accueilli un millier d’élèves venus de 29 établissements de la Région Paca pour cette Fête des
auteurs. Ils les avaient vus déjà au cours des Forums
organisés dans l’année, mais aussi rencontrés de façon
plus intime dans leurs établissements au cours d’échanges fructueux, pertinents, dont les auteurs se réjouissent.
Durant cette journée chaque établissement a proposé
un retour en images ou en mots, théâtre, projections...
autour des 6 romans et des 6 BD de la sélection. Inventivité assurée ! Le CFA hôtelier d’Avignon a réalisé
un grand livre en chocolat : couverture en chocolat noir,
feuilles en chocolat blanc, motifs en pâte d’amandes et
impressions avec des colorants alimentaires ; le but :
donner envie de «dévorer les vrais livres». Des sculptures
en carton ont été proposées par le lycée Méditerranée
de La Ciotat mettant en volumes des objets-phares
des ouvrages. Très remarqués : une immense chaussure
rouge à talon, un bouzouki géant, un cercueil...
Des ateliers d’écriture ont proposé des suites aux différents récits et des travaux autour de la BD témoignaient
de la précision des apprentissages. L’ensemble a été
actions culturelles en milieu scolaire, tant au
niveau du Ministère de
l’Education que de celui
de la Culture, le Prix Régional continue d’établir
un lien essentiel, et direct,
entre auteurs et lycéens.
Dès septembre 12 nouveaux livres seront soumis
à leur choix souverain. Et
une fois encore, sacrément pertinent !
Gregoire Hervier (roman) et Alfred (BD), laureats du Prix autour de Patrick Menucci © Marina Pollas
installé par Annabelle Arnaud, du FRAC, chargée de
Projets en milieu scolaire. Les auteurs distribuaient autographes et dessins sur la musique d’un tout nouveau
groupe, Teental Project, avec zarb iranien, tablas, sitar
et violon, puis se sont livrés à des prestations musicales :
Maël (guitare et chant), Philippe Carrese et Grégoire
Hervier (guitare), Ahmed Kalouaz ont repris Brassens
puis un succès des Rolling Stones. L‘ambiance était
chaude à l’arrivée de Patrick Mennucci, Vice-Président
de la Région venu remettre les Prix de 3000 € à Grégoire Hervier et Alfred.
En ces contextes de fortes restrictions budgétaires des
Le jardin des fables
Contes & Jardins a battu son record de
fréquentation avec 7000 spectateurs en
4 jours ! Il faut dire que la 9e édition
réunissait tous les ingrédients : le parc
des Troènes inondé de soleil, les spectacles gratuits, les animations abondantes
et la programmation de qualité. De
quoi faire de La Valette du Var «LA»
destination préférée des enfants et des
familles ce long week-end du 19 au 22
mai pour savourer un conte. Non, un
bouquet de contes puisque 3 spectacles
étaient offerts simultanément chaque
jour sans discontinuer (sauf pause pique-nique), y compris en soirées. Sans
relâche donc, 6 conteurs colportaient
leurs histoires : Sylvie Vieville et sa drôle
de petite souris Cacahuète ; Jean-Claude
Contes & Jardins © X-D.R
Botton hilarant dans l’histoire (presque)
improvisée de La mobylette de ma grandmère qui mêle passé et présent,
autobiographie et délire imaginaire ; à
l’ombre de la yourte marocaine, l’écossaise Fiona Macleod chantait une douce
musique à l’oreille des tout-petits et entraînait les parents dans son jeu ; dans
un jeu très physique Anne Deval et ses
deux musiciens interprétaient une succession d’historiettes jubilatoires à la
manière d’un slam ; Serge Valentin invitait dans ses balades contées occitanes le
facteur-conteur québécois Pierre Labrèche pour une rencontre «au sommet» ;
encore une fois la souris s’est taillé la part
du lion avec Catherine Caillaud et sa petite
Lili sortie de son panier à histoires…
Les contes, c’est la parole libre, les mots
biscornus, tordus, ceux que l’on invente
ou que l’école interdit ! Les conteurs
s’en donnèrent donc à cœur joie et les
enfants aussi qui répondirent du tac au
tac et inventèrent la fin d’une intrigue…
entre deux tours de piste sous les chapiteaux, ils se répandirent dans les espaces
ludiques aménagés, prirent place sur les
manèges animés ou découvrirent avec
étonnement le Parc des Nains de jardins
et son écriteau : «Il est interdit de donner à manger aux nains» ! Mais ça c’est
pour les plus grands.
M.G.-G.
Contes & Jardins s’est déroulé
du 19 au 22 mai à La Valette-du-Var
CHRIS BOURGUE
Zen City, Grégoire Hervier, Au diable Vauvert,
18,50 € (voir Zib’38)
Je mourrai pas gibier, Alfred, Delcourt, 15 €
(voir Zib’40)
Tous les ouvrages de la sélection ont été chroniqués
dans Zibeline
70
LITTÉRATURE
À VOUS DE LIRE
Correspondance
en gare de Marseille
Salle fervente, voire fébrile ; il fait chaud
au Conservatoire en ce 26 mai et le
maître, penché encore sur les élèvescomédiens de Jean Pierre Raffaeli
auxquels il fait la classe, tarde à se
manifester. Ce fut bien sûr comme une
apparition et, Michael Lonsdale a déjà
ouvert de son pas mesuré un sentier de
murmures et de frissons avant de s’asseoir à la table de lecture. Se saisissant
du micro («j’ai l‘impression de manger
une glace») la voix des voix évoque doucement un souvenir lié à Marseille : un
paquebot en partance pour le Maroc
avec des serviteurs en turban... Auditoire acquis, un brin déçu bientôt par
la lecture des quelques lettres tirées de la
correspondance fleuve (520 lettres retrouvées dans un sens, 270 dans l’autre)
entre Stefan Sweig et Romain Rolland ;
19 octobre 1914, la barbarie a commencé et nos deux pacifistes démènent
leur plume pour se prouver mutuellement que leur confiance en l’homme
n’est pas entamée ; la voix fatiguée,
lointaine, un peu sourde, très au-dessus
de la mêlée file parfois dans une accélération inattendue vers d’autres horizons
comme pour signifier que c’est bien de
lecture qu’il s’agit et qu’elle n’incarne
personne... Murmures appuyés, accentuations murmurées laissent l’auditeur
un peu seul à tenter de ne pas trop
s’affranchir du sens. Respiration puis
plongée dans la Lettre d’une inconnue,
glaçante nouvelle de Stefan Sweig ; le
détachement du lecteur fait tourner les
mots en circuit fermé, à l’intérieur de la
voix même, avec soupirs, césures et syncopes, suspensions du souffle qui peu à
peu agissent en rendant paradoxalement
toute son énergie à ce texte dévastateur.
Et le charme agit au moment même où
la voix se tait : secret des dieux !
À quai
Deux jours plus tard les étudiants du
Conservatoire, soulevés par l’enthousiasme festif de la fanfare Vagabontu,
emmenaient leur fraîcheur de lecteurs
de l’Alcazar à Saint Charles, lisant
quelques textes à l’oreille des passants
dont certains s’accrochaient au wagon,
ramassant les salves de mots propulsés
par les canons de Générik Vapeur sur
l’escalier monumental. Récoltant en
approchant des quais les regards de sup-
Michael Lonsdale © X-D.R
lectures… Dont une très émouvante
d’Agnès Regolo, Stefan Zweig encore,
un peu plus tardif, quand les nazis brûlent ses livres sous ses fenêtres, quand il
découvre les vertus du voyage (forcé !)
À Vous de Lire 2011 © Patrick Bedrines
pièces rarissimes, inestimables, tablettes
d’argiles, papyrus, parchemins, premiers
manuscrits papier, incunables et leurs
enluminures, tapuscrit original et illustré du Petit Prince… le tout déroulant
une histoire limpide, superbement scénographiée, de l’objet livre, jusqu’aux
rotatives, et au numérique. Trois wagons passionnants qui ont fait le tour
de France, mais qui auraient dû s’attarder davantage à chaque étape pour que
les «provinciaux» puissent un peu approcher ces pièces parisiennes, enfermées
d’ailleurs le plus souvent loin des vitrines publiques, dans le cœur saint de la
BNF…
D’autres lectures en sortant de ce précieux
voyage : Anne Alvaro qui déambulait,
Vénus Khoury-Ghata, Agnès Régolo
encore, attiraient passants et voyageurs
hors des salles d’attente vers un temps
peuplé de mots lus, caresses inattendues
de l’esprit… Plus de mille personnes y
sont passées, paraît-il !
MARIE-JO DHÔ ET AGNÈS FRESCHEL
porters de Rugby rentrant chez eux, de
supporters de Football attendant le
match du soir, tous attentifs à ce surgissement de jeunes illuminés des mots de
blanc vêtus… qui montèrent dans
l’Orient Express entendre d’autres
Denis Lavant © Delphine Michelangeli/Zibeline
Liberté
obsessionnelle
en exil à Londres. Ou quand il vante,
ému, le plaisir (déjà !) disparu de la
pratique épistolaire…
Dans les autres wagons, une exposition
exceptionnelle descendue de Paris pour
un tout petit jour ! Quel dommage ! des
Inscrite dans le cadre d’À vous de Lire ! et organisée par
Les Nouvelles Hybrides, la manifestation Le Bruit
des mots a offert une journée de parcours littéraire sur
le thème de la correspondance. Des lettres d’amour et
de résistance, réelles ou imaginaires, distillées dans les
villages de La Bastidonne, Mirabeau et La Tour
d’Aigues, avec des invités-lecteurs de marque :
Nathalie Quintane, Marie-Noëlle Viviani, Sarah
Dropsy et Denis Lavant. Ce dernier, installé dans la
petite cour à ciel ouvert de la mairie de la Tour
d’Aigues, s’est transformé en Mikhaïl Boulgakov, cet
auteur russe censuré par le pouvoir soviétique. Spolié,
confronté à la misère, désespéré, détruit, il relate dans
Les Lettres à Staline sa longue descente aux enfers,
pendant laquelle il envoya cinq lettres à Staline pour
qu’il intervienne en sa faveur, oscillant entre espoir,
soumission, fascination, courage et lâcheté. Qualifié
«d’auteur satirique portant atteinte au régime
Ces lectures, cafés littéraires
et exposition ont eu lieu
dans le cadre
de la manifestation nationale
A vous de lire coordonnée à Marseille
par Les Écritures Croisées
soviétique», il n’aura de cesse de réclamer l’exil, qui ne
lui sera jamais accordé. «Un écrivain qui se tait est
condamné à périr» hurle Denis Lavant, formidable,
incandescent, animal poétique aussi violent que
tendre. Un comédien rare, à couper le souffle par sa
vérité et son énergie communicative, qui tire de sa
poche un pipeau ou un bandonéon pour exprimer,
entre rire et colère, sa révolte ou sa résignation. Un
rebelle brisé qui plaidera, avant d’abandonner, pour le
retour au pays de son ami exilé, le dramaturge
Erdman.
DELPHINE MICHELANGELI
Les Lettres à Staline ont été lues le 28 mai
à la Tour d’Aigues
FESTIVAL DU LIVRE DE LA CANEBIÈRE
LITTÉRATURE71
Des
mots pour
la route
Durant trois jours, le Festival du livre
de la Canebière a investi le square Léon
Blum
Fete du Livre de la Canebiere © Agnes Mellon
gistralement interprété par Virginie Aimone. Quant
aux rencontres littéraires, de qualité, elles ont permis
cette année encore d’entendre de nouvelles voix venues
d’ailleurs, entre autres de Tunisie, avec l’historienne et
romancière Sophie Bessis et son éditrice Elizabeth
Daldoul. La discussion, animée par notre collaboratrice Aude Fanlo, a bien sûr fait la part belle aux récents
événements et à tous les espoirs que la liberté d’écrire
et de parler suscite là-bas aujourd’hui.
Le dernier soir, le festival a embarqué au Vieux-Port
sur le Don du vent, afin de célébrer l’année des Outremers au son de la littérature et de la poésie antillaises
et des tambours de Massilia Ka. De belles rencontres et
de beaux voyages donc, au fil des mots, au cœur des livres.
Le Festival du livre de la Canebière
s’est déroulé à Marseille les 10, 11 et 12 juin.
Comme l’année dernière, Zibeline, partenaire
de la manifestation, publie la nouvelle et l’illustration
lauréates du concours (voir en dernières pages)
À lire
Sophie Bessis, Dedans Dehors
(Elyzad, coll. Eclats de vie)
Joëlle Sambi, Le monde est gueule de chèvre
Wilfried N’sondé, Le silence des esprits (Actes Sud)
Lémy Lémane Coco, Grand Café (Ibis rouge)
Alexandre Clément, Sournois (L’Ecailler
et depuis peu en version audio chez Porte-Voix).
FRED ROBERT
Lecture poétique
Courte mais intense rencontre avec Hélène Sanguinetti. Elle rappelle qu’elle habitait au 47 avenue de la
Libération, anciennement Bd de la Madeleine, quand
elle a écrit son premier poème à l’âge de 12 ans, à
quelques pas du 135 où avait habité Artaud. Émotion
à l’évocation du port, de sa lumière, ce «caillou». Sa
voix s’élève avec assurance malgré la rumeur de fond,
et séduit d’emblée. Le regard bleu vous traverse et vous
séduit. Battant parfois la mesure d’une main, tapant
un coup sonore de l’autre, Hélène Sanguinetti fait
vibrer les différentes voix qui traversent ses textes,
échanges familiers ou mots de la chair et des larmes, et
les personnages qu’elle évoque surgissent, fulgurants.
Elle a choisi de nommer ces moments «Vivances»,
néologisme qui souligne son plaisir au partage de sa
parole.
CHRIS BOURGUE
À lire
D’ici, de ce berceau, Flammarion 2003
Le héros, Flammarion 2008
Helene Sanguinettil Lecture Festival du Livre La Canebiere © Dan Warzy/Zibeline
Cette 3ème édition, intitulée Carnets de route, a invité
les enfants des écoles d’abord puis le public en général
aux voyages, dans le temps, l’espace, l’imagination.
Avec la volonté affichée de multiplier les approches et
les rencontres sous le signe de la diversité et de l’altérité, deux notions chères à l’association Couleurs
Cactus, organisatrice de l’événement. Un festival qui,
au fil des ans, gagne en profondeur littéraire et sait se
renouveler.
Fidèles au poste, les nombreuses associations parmi
lesquelles Cultures du Cœur 13, qui animait cette
année 2 ateliers d’écriture pour adultes sous la houlette
de l’écrivaine Elise Blot ou Peuple et Culture Marseille, dont 5 membres du Cabinet des lecteurs ont lu
des extraits de Joëlle Sambi et de Wilfried N’sondé,
en ouverture de la rencontre avec les deux auteurs.
Fidèles aussi les libraires du secteur, les éditeurs indépendants et les auteurs, qui dédicacent, discutent avec
leurs lecteurs et leurs collègues, à l’ombre des micocouliers, en toute simplicité. Fidèle enfin François
Thomazeau et sa presque légendaire balade culturelle
sur la Canebière.
Parmi ces invariants, qu’on regretterait bien de ne pas
retrouver, quelques innovations 2011. Ainsi cette autre
balade le long de la Canebière, au fil des lectures nomades
que la comédienne Bénédicte Sire a concoctées. Emmenant le public dans des endroits insolites de part et
d’autre de la célèbre avenue (salon de coiffure en étage,
salle de PMU, chambre d’hôtel ou hall de théâtre…),
elle lui offre des extraits littéraires, de Stendhal à Sarah
Vidal en passant par Seghers ou Cendrars, en résonance avec les lieux choisis. Une très jolie façon de
faire entendre les voix des écrivains et découvrir le
quartier selon un angle inattendu.
Autre nouveauté du côté des animations littéraires, le
Café nomade, sorte de bistrot où l’on vous saoule de
mots. Vous vous asseyez à une table, un lecteur de la
Cie Orphéon théâtre intérieur vous y rejoint et vous
y propose une lecture à la carte ; lecture pour vous seul,
murmurée les yeux dans vos yeux, délicieux voyage
sur les mots des autres. Entre deux déambulations
littéraires, on a aussi pu découvrir la poésie d’Hélène
Sanguinetti (voir ci-dessous) et de nouvelles maisons
d’édition, telles Elan Sud venue d’Orange ou PorteVoix, créée à Marseille par la comédienne de la lecture
Anne-Marie Mancels. Celle-ci, qui dit avoir été inspirée par le film La lectrice, a choisi de mettre sa voix
au service de textes essentiellement marseillais et à
destination d’un public de non-voyants ainsi qu’aux
jeunes que la lecture rebute.
On a également vu avec grand plaisir le spectacle Le
massacre des Italiens, mis en scène par Jérémy Beschon
à partir du texte de l’historien Gérard Noiriel et ma-
72
ARTS VISUELS
PHOTOMED | INNOV’ART
Boy diving into the water at the Playa de la Caleta beach © Richard Kalvan/magnum Photos
Coup de chapeau !
Ceci n'est pas une cité méditerranéenne, Angel Albarran et Anna Cabrera © Barcelone
Lancer un festival de la photographie méditerranéenne à Sanary, Six-Fours, La Cadière, les
Embiez et Bendor était un projet ambitieux (Zib
41) ! Mais les attentes ont été comblées grâce à la
direction artistique de Jean-Luc Monterosso de la
Maison européenne de la photographie, et la vingtaine d’expositions agit comme un formidable
kaléidoscope sur les cultures, le patrimoine, l’environnement, les sociétés, les générations.
La diversité thématique et stylistique de Photomed 2011 - hors workshops, lecture de portfolios
et prises de vue de cabanes éphémères par Nicolas Henry - est un atout de taille, comme l’invitation
faite à la Turquie, riche de talents. À l’Espace
Saint-Nazaire, à côté des célèbres clichés du non
moins célèbre Martin Parr, la photographie stambouliote fait des ravages avec les regards
croisés d’Ara Güler, âgé de 83 ans et surnommé
«l’œil d’Istanbul», sa fresque humaniste d’un
peuple en noir et blanc, figé pour l’éternité dans
des perspectives saisissantes, et de Bruno Bar-
bey qui traque en couleurs la ville et la vie aujourd’hui. Place aussi à la nouvelle génération qui
appréhende le médium «tantôt comme un relais
d’émotions, tantôt comme un outil de dénonciation» : Ali Taptik (dont on découvre sur le port
de grandes bâches Sur les traces de Pacha), les
portraits de femmes noires et blanches affublées
d’entrailles fraîches de Pinar Yolacan ou le reportage de Kürsat Bayhan sur les dernières élections
irakiennes.
Autres rives méditerranéennes avec Grand hôtel
Villa de France à Tanger du libanais Alain Kantarjian qui emprunte à Matisse le cadrage, l’utilisation
de la couleur dans une photographie plasticienne ;
avec le duo barcelonais Angel Albarran et Anna
Cabrera qui pointe les contradictions de la ville à
travers des tirages au platine (vision patrimoniale)
et argentiques (vision acerbe et réaliste) dans Ceci
n’est pas une cité méditerranéenne. Ce même
tandem qui révèle à la Maison du Cygne la série
Blow up inspirée du film d’Antonioni. La Maison
Flotte aborde les rivages de l’Adriatique en croisant l’œuvre de la dynastie albanaise Les Marubi
avec Stratos Kalafatis, Manca Juvan ou Marie
Bovo…
Philippe Ramette encore dont une vidéo révèle le
making off de ses troublantes postures sous-marines prises dans des conditions extrêmes ; Carolle
Benitah, l’une des trois femmes réunies à l’Atelier des Artistes autour du travail de mémoire, ses
photos brodées, perlées, découpées, recomposées à partir de son album de famille. Et tant
d’autres qui nous font souhaiter longue vie à
Photomed.
M.G.-G.
Photomed
jusqu’au 19 juin
Sanary, Six-Fours, La Cadière,
Bendor, Les Embiez
www.phestivalphotomed.com
La couleur c’est pas du sport ?
Démocratisée par les technologies
numériques, la photographie se positionne aujourd’hui comme une des
premières pratiques culturelles des
Français. Dans ce domaine la région
Paca possède une offre importante
et diversifiée tant pour les activités
régulières que pour la fréquentation
évènementielle. Chaque année voit
de nouveaux évènements qui lui
consacrent leurs cimaises. Photomed, et encore tout récemment
Innov’Art Festival qui se positionne
comme le festival de la photogra-
phie noir et blanc numérique. Un
choix évident pour son initiateur,
Jean-Marc Veillon pour qui «le noir
et blanc c’est la base, l’essence
même de la photographie» d’autant
qu’ «aujourd’hui, photographier en
noir et blanc est devenu abordable».
Innov’art est conçu pour s’adresser
© Francois Flamand
Première pour Innov’art,
festival pour la photographie numérique
en noir et blanc.
Pas de couleur mais
du sport de haut niveau
à tous les publics amateurs et professionnels. Pour cette première
édition sur le thème du sport, des
photographes amateurs de l’association Creapassion ont été associés
à des reporters spécialistes venant
du journal L’Équipe et l’agence
DPPI. Ils exposeront en binômes en
divers lieux du territoire de Barbentane et de la communauté de
communes Rhône Alpilles Durance.
Des rencontres sont prévues en
accès libre comme pour les expositions tout au long du festival.
Vernissage le 25 juin 17h, salle de la
Salamandre de Barbentane.
C.L.
Innov’Art Festival
du 25 juin au 3 juillet
Barbentane et autres lieux
www.innovart-festival.com
SPÉCIAL PHOTOGRAPHIE
ARTS VISUELS 73
RAP tout et les autres
Les Rencontres d’Arles
Photographie, les Voies Off,
les «petites» structures
arlésiennes et d’ailleurs font,
montrent, pensent la photo,
toutes les photos, et les autres Étendues plus encore cette année en temps et
espace les Rencontres d’Arles (pour les retardataires les RIP c’était hier ! voici les RAP deuxièmes
du nom !) se veulent le lieu des découvertes. En
récupérant in extremis les expositions de l’Année
du Mexique annulées en France, les RAP nous
offrent quelques cerises dans leurs bagages dont
la mythique «valise mexicaine» de Robert Capa,
égarée pendant la guerre civile espagnole et retrouvée en 2007 au Mexique. Des 126 pellicules
représentant 4500 clichés pris par Capa, Gerda
Taro sa compagne, Chim (alias David Seymour) et
Fred Stein, le musée de l’Arles antique expose
100 planches contact, 70 tirages encadrés, 60
issues de magazines, deux films et la projection du
documentaire de Trisha Ziff le 5 juillet au Théâtre
antique. À l’autre extrémité esthétique, l’art du
numérique et Internet continuent sur leur lancée
singulière dans le domaine de l’image. Le vétéran
Chris Marker se connecte sur Second Life. Et le
peintre Cy Twombly qui fait de la photo depuis 60
ans est à Avignon chez Yvon Lambert.
Faites donc aussi un crochet !
Converse Ballerina, aux Ateliers Agora, Eyguieres © Cedric Migroyan
À Arles, l'Atelier du midi, Nihad allongée © Romain Carreau
AIX ARLES
Rencontres d’Arles Photographie
www.rencontres-arles.com
Voies Off Festival, du 4 au 7/07
www.voies-off.com, Le coureur, Gilles Gerbaud,
Raphaël Chipault, du 4 au 9/07, La Vitrine
http://lavitrinearles.tumblr.com
Le temps retrouvé /Douglas Gordon
jusqu’au 18/09, Chapelle du Méjean, Arles
www.lemejan.com,
voir aussi Collection Lambert en Avignon
Entrevues # 2 : Maia Flore et Adrian Woods,
jusqu’au 17/09, Le Magasin de Jouets
www.lemagasindejouets.fr
La Fiancée du Nord, Romain Carreau,
jusqu’au 18/09, L’Atelier du Midi
www.atelierdumidi.com
Espace vital, Laura Jonneskin et Ondes de rives,
Marc Limousin, à partir du 3 juillet, galerie
Archipel en Arles www.archipelenarles.com
Portrait, M. Olmeta, G. Chamahian, R.
Schumacher, M. Lafille, L. Luce
du 04/07 au 20/08, L’Hoste art contemporain
www.lhosteart.blogspot.com
Objectifs Camargue, photographies en 3D de
Gaston Bouzanquet, Musée de la Camargue
www.parc-camargue.fr
AVIGNON
Le temps retrouvé, Cy Twombly photographe
et artistes invités, jusqu’au 02/10,
Collection Lambert www.collectionlambert.fr ,
voir aussi à Arles Le Méjan
Degas, Bonnard, Vuillard photographes, jusqu’au
18/09, Musée Angladon www.angladon.com
The Little Red Something, à la Fontaine obscure, Aix © Pascale Peyret
John Cohen «There is no eye», Bob Dylan et
les poètes de la Beat Generation, jusqu’au 24/09,
La Non-Maison www.galerielanonmaison.com
The Little Red Something, Pascale Peyret,
du 06 au 26/07, La Fontaine Obscure
www.fontaine-obscure.com
Autres
Festival d'Avignon, Stéphane Couturier à la Maison des vins
© Stéphane Couturier
MARSEILLE
Hors Série, collectif de photographes,
jusqu’au 01/07, La Poissonnerie
http://lapoissonnerie.free.fr
Visions d’un Orient méditerranéen,
Fernand Detaille, Michèle Maurin,
Edwin Fauthoux-Kresser, jusqu’au 29/07,
Galerie Detaille www.galeriedetaille.com
Des artistes à l’école, jusqu’au 01/07, Les Ateliers
de l’Image-La Traverse www.ateliers-image.fr
Faces, F. Semiramoth et F. Donadieu,
du 07/07 au 06/08, galerie Saffir
www.saffirgalerienomade.com
Visages outre-mer, Thérèse Le Prat,
une exploratrice des années 30, jusqu’au 13/07,
ABD Gaston-Deferre www.archives13.fr
Cambodge 1958-1964 de Micheline Dullin,
photographe attitrée du prince Norodom
Sihanouk, jusqu’au 23/09, Martigues,
salle de l’Aigalier. www.martigues.fr
Wall For, Yann Arthus-Bertrand et Nicolas Henry,
diaporama géant sur les falaises de Cassis le
02/07 et Sous les pas, expo des 4 lauréats du
concours Talents Européens des Ecoles de la
photo-Wallfor 2011, jusqu’au 04/07
www.wallfor.fr
Cédric Migroyan, jusqu’au 30/07, Ateliers Agora,
Eyguières http://ateliers-agora.fr
Nîmes : La photographie chilienne
contemporaine, jusqu’au 17/07, galerie Negpos
et autres lieux http://negpos.fr
La photographie continue avec les mêmes, et prend
aussi le plaisir du nouveau : nouveaux projets des
artistes reconnus, singularité des photographes
émergents, explorations des nouvelles technologies,
élargissement du champ amateur via le numérique et les réseaux sociaux, nouveaux lieux et
évènements comme Innov’Art et le très prometteur Photomed. À l’heure de la culture pour chacun
faut-il rêver à cette réclame pour Kodak des établissements Nadar au début du siècle dernier: la
photographie par tous et pour tous ?
CLAUDE LORIN
74
ARTS VISUELS
ARTS ÉPHÉMÈRES | SM’ART
Le Bel éphémère
La 3ème édition du festival des Arts éphémères
a pris ses aises
à Maison Blanche
Guillaume Gattier, Pour une etincelle d'Éternité dans
un Bûcher de durée, 2011 © X-D.R
frappante ; de même que la violence
de l’œuvre d’Anita Molinero, ses
garde-corps de chantier attaqués au
chalumeau évoquant la fusion monstrueuse d’un paysage post-nucléaire.
D’autres attirent le regard, comme
ce zèbre Vague à l’âme qui, mélancolique, fait du surf sur le lac
(Victoria Klotz), ou cette expansion
rouge de Jean-François Roux, burlesque chewing-gum qui déborde de
la blessure d’un arbre, et mettant en
doute la nature (chimique ?) de sa
sève…. Puis les flûtes d’Erik Samakh
chantent au gré du vent dans les
Anita Molinero, Sans titre, 2011 © X-D.R
Avec 14 plasticiens, un duo du Ballet
National, et les nombreux amateurs
des ateliers de l’École des BeauxArts (Esbam), le Parc de la mairie
des 9/10e s’est transformé en un
lieu d’art fort couru… tout en continuant de célébrer des mariages et
d’accueillir familles et enfants ! Une
rencontre des publics et des pratiques
qui, sous le commissariat renouvelé
de Thierry Ollat le directeur du [MAC],
s’est révélée esthétiquement remarquable. Parce que cette année
les artistes ont pris la dimension du
Parc et du projet, et qu’ils ont conçu
leurs œuvres pour habiter cette
enclave verte dans la ville, ses dimensions et ses recoins, et répondre à
cette thématique de l’éphémère.
Non que les œuvres soient toutes destinées à disparaître… mais toutes
parlent du travail du temps. La forêt
calcinée de Guillaume Gattiez, avec
ses squelettes d’arbres debout comme autant d’ossements noirs dressés
vers le ciel, est particulièrement
arbres, Pascale Stauth et Claude
Queyrel déploient de grandes lettres insensées et plastiques autour
des mariés de passage qu’ils photographient, dans la Spirale végétale
dessinée et plantée par le Service
des espaces verts. Destinée à durer,
quant à elle ! Dans la mairie Susanne Strasmann propose aux visiteurs
de les peindre en couple avec la star
de leur choix, mariages d’un jour
qu’elle interroge de son hyper réalisme. Et dans les recoins du Parc
les Ateliers de l’Esbam exposent de
très belles œuvres parfois, et toujours exigeantes. Les ex-voto dédiés
aux arbres osent avec talent la couleur et l’anecdote (Atelier Codaccioni),
tandis que les constructions fragiles
des ateliers de Christiane Parodi
accrochent leur légèreté aux arbres,
non loin d’une superbe naïade en
argile crue qui se dissout dans l’humidité sombre du sous bois (atelier
la Rouvière).
Décidément, ces amateurs-là ont
bien du talent, et les Arts éphémères
savent conjuguer exigence artistique
et pratique démocratique des Arts !
AGNÈS FRESCHEL
Le festival des Arts
Ephémères s’est déployé
du 19 au 29 mai
Il court, il court…
Pour sa 6e édition, le Sm’art entraîne avec lui 170
artistes et 14 galeristes ! Pas de comité de sélection artistique mais un comité d’organisation, d’où
un éclectisme inégal, et un coût locatif élevé (de
1155 à 1725 euros/stand, de 2880 à 3110 euros
l’espace galeristes) : mais que diable vont-ils faire
au Domaine de la Baume ?
Alain Paire, galeriste et critique d’art invité, estime que toutes les opportunités sont bonnes pour
que l’art existe : «À Aix, les musées et les galeries
ont fait des progrès. Si le Sm’art en fait aussi c’est
bien, je ne vais pas bouder mon plaisir». Même
s’il a du changer in extremis sa programma-
tion en raison de la météo, préférant aux peintres
paysagistes les sculptures de Georges Guye
«d’une rigueur et d’une beauté fabuleuse» et de
Myriam Paoli, qui donne du fil à retordre à des
saynètes dessinées dans l’espace. Alfons Alt
figure en bonne place, désolé «de ne pas exposer
plus souvent dans la région» et avide «de rencontrer un autre public, de le fidéliser en lui montrant
son travail, sa technique et partager les réflexions
qui le traversent depuis 2007». Son stand, conçu
comme un tableau dont on découvre les détails
en s’approchant au plus près, est le fruit de sa
rencontre avec son mécène, l’assureur Frédéric
Blanchard, qui vit le Sm’art «comme un challenge
et un plaisir du cœur partagé». Autre point de vue
avec l’Artistic Agency Liom’s - présente en Chine
et à Paris - qui a fait le pari du Sm’art pour pénétrer le marché du sud et trouver une vitrine à ses
artistes chinois. Bref, autant de raisons de croire
à des lendemains qui chantent.
M.G.-G.
Le Sm’art s’est tenu du 3 au 6 juin
au Domaine de la Baume
à Aix-en-Provence
Les Boxeurs, 2010, Myriam Paoli © Elodie Perriot
© Alfons Alt, 1960.2009 De Leonis
76
ARTS VISUELS
CHÂTEAUNEUF-LE-ROUGE | LES ALPILLES
Grandeur nature
Installation de Jean-Marc Lefevre dans les jardins d'Arteum, 2011© JML
Là où le marcheur averti découvre les fabrications
in situ de Max Sauze issues de sa cueillette
d’escargots «défunts bouffés par les vers, les
fourmis et les araignées» ; coquilles vides
nettoyées, triées, rangées, alignées selon sa
logique poétique, en résonance avec les
contreforts de la montagne Sainte-Victoire.
Christophe Péron, lui, a pour matériau de
prédilection la pierre qu’il ramasse, numérote,
assemble en tas improbable ou suspend ; cailloux
funambules parfois photographiés en plein vol.
Minutieux travail sur la fragmentation minérale et
aquatique (il réalise aussi des trous dans l’eau…)
peaufiné à longueur de marche.
Si toutes ces œuvres caressent la nature dans le
sens du feuillage, Aporie relative de Thomas
Sabourin s’impose à elle avec une certaine
violence : sa cabane en planches recouverte de
bâches imprimées dénonce l’idée de la copie, de
l’artifice et de l’usage de la nature comme une
vulgaire tromperie. Un travail radical «métaphore
de la perte de sens et de repères» selon
Christiane Courbon, commissaire de l’exposition.
Tous investissent le parc et le musée dans un jeu
de miroir, sauf Bernard Pourrière qui installe à
l’intérieur son labyrinthe sonore interactif : une
cage vide en métal qui fait entendre le chant des
oiseaux. Seule présence d’une nature occultée.
Deuxième édition du festival Apart pour six semaines de déambulations
estivales dédiées à l’art contemporain sur le territoire des Alpilles.
Incontournable, contemporain et festif
shida, une sélection d’artistes
belges (dont Ann Veronica Janssens) proposée par la Fondation
Hippocrène ; les ouvertures d’ateliers d’artistes installés dans les
Alpilles (Marc Nucera, Gérard
Drouillet…) ; sont aussi attendus
Bertrand Lavier pour le discours
d’ouverture (Maussane le 7 juillet),
Gérard Fromanger (expo au
musée Estrine) et Michel Onfray
le 10 juillet pour un débat sur l’art
contemporain, lecture de J.L.
Parant le 13 juin, la nuit Apart le
21 juin interventions de J. Blaine,
M. Couturier, J. Daviot, J.B. Gaubert, N. Pasquier, F. Turpin et
Skall… La programmation peut
subir quelques variations mais
l’accès pour l’ensemble de la
manifestation est indéfectiblement
gratuit.
Des fenêtres d’Arteum, on aperçoit le labyrinthe
de buis dans le parc du château. Le regard s’y
perd, attiré par quelques «accidents» de paysage.
Comme le fil plastique tendu depuis le musée
jusqu’à la prairie, prenant la pose dans une
condensation nuageuse, avant son retour d’entre
les branches, visible à l’œil ou noyé dans la
feuillure. L’œuvre-parcours est signée Jean-Marc
Lefèvre - repéré au Domaine d’Avignon à
l’occasion de Aire de repos -, l’un des six artistes
invités à interroger la nature, le labyrinthe et notre
imaginaire. Comme l’installation de Daniel Van
de Velde à l’entrée de l’allée de platanes qui
recompose l’arbre, réinvente ses formes par
segmentation du tronc, rondins évidés et bûches
polies agencés comme un puzzle, et offre une
autre expérience visuelle de la forêt. Deux signes
extérieurs qui conduisent au cœur du labyrinthe.
M.G.-G.
Le labyrinthe et notre imaginaire
jusqu’au 18 septembre
Arteum-Centre d’art contemporain,
Châteauneuf-le-Rouge
04 42 58 61 53
www.mac-arteum.net
Un cas Apart
La première édition en 2010 avait
déjà dépassé les premières
espérances que confirme la
programmation de cette année.
Initiatrice du projet, Leïla Voight a
souhaité partager avec Christine
Blanchet (historienne de l’art et
curatrice d’expositions) le com-
Paca Sanchez, Projet in situ pour le Festival Apart, Serre du chateau de Roussan,
St-Remy-de-Provence, 2011 © Paca Sanchez
missariat de ce festival appelé
sans doute à être un des évènements incontournables pour l’art
contemporain dans la région.
Festival Alpilles-Provence’Art se
structure pour 2011 autour de cinq
itinéraires de Saint-Rémy à Tarascon (nouveau venu) et des
horaires aménagés notamment
pour les rencontres avec les artistes, les intervenants et lors des
soirées dans plusieurs domaines
privés. En effet depuis l’origine la
majorité des propositions consiste
en des créations spécifiques, in
situ, éphémères ou parfois pérennes (George Rousse, Miguel
Chevalier…) rendues possibles par
les partenariats publics et privés.
Les artistes de renom côtoieront
de moins connus : Jean-Michel
Othoniel, Ben, Jean-Luc Parant,
Jean Daviot (Lien/Lieu actuellement au Pharo, Marseille), Yazid
Oulab, Fred Perié, Kimiko Yo-
C.L.
Festival Apart
du 7 juillet au 17 août
Saint-Rémy-de-Provence
et autres lieux
www.festival-apart.com
78
LES BAUX DE PROVENCE | GAGERON | BARJOLS
ARTS VISUELS
Baux gestes
S’inscrivant dans l’actualité de Paris et Bâle, les Baux
de Provence proposent un projet original autour de
l’œuvre d’Arman. Une visite estivale pour amateur et
en famille
Si l’artiste n’avait aucune attache
particulière avec la cité baussenque «nous voulions poursuivre
l’expérience de l’art contemporain
dans la suite de l’exposition Combas de 2010, qui avait eu du succès
auprès de nos visiteurs» indique le
maire des Baux, Michel Fenard. La
carte blanche a été confiée à la
Fondation A.R.M.A.N. qui a conçu un
parcours s’adressant à l’amateur
d’art et au visiteur patrimonial. À la
fois didactique et artistique, Arman
s’installe aux Baux de Provence
propose plusieurs niveaux d’accès.
Au Musée Brayer, une exposition
chronologique en forme de best of
rassemble une soixantaine d’œuvres des premières peintures,
Cachets et Allures puis Accumulations (libres et fixes), Colères,
Inclusions, Combustions ou Shooting color… comme autant de
gestes caractéristiques de l’artiste. Des scénarisations évoquent
les ateliers (dont celui de Bidonville, maison de famille à Vence) et
Arman au travail. À destination des
enfants des ateliers sont assurés
par deux assistants de la fondation. Une intéressante sélection de
films documentaires complète la
présentation de l’artiste et des projections nocturnes terminent les
soirées. Le catalogue Arman, au
boulot ! contient tous les détails
utiles à la visite.
Au lieu de commettre une énième
grande exposition, la commune
des Baux a fait le pari d’un projet
portant au-delà de l’évènement
estival. D’un montant représentant
20% du budget annuel communal
le projet vise selon l’élu «…à étendre la fréquentation des Baux à
des visiteurs plus culturels que
Arman, La chute des courses, accumulation de caddies, 1996 © C. Lorin/Zibeline
touristiques, avec un évènement
fort, en alliant patrimoine et modernité. Si cet essai est réussi nous
pensons à une biennale d’art contemporain pour les années à venir».
On l’espère !
Arman s’installe aux Baux
de Provence
jusqu’au 16 octobre
Les Baux de Provence
04 90 54 55 56
www.lesbauxdeprovence.com
C.L.
Gageure à Gageron Extinction des feux
Chaque fin de printemps l’association Cultures Nomades Production
propose des rencontres autour du
Land Art. Avec les rizières de Camargue comme horizon In Situ
accueille une dizaine d’artistes suite
à appel à projets puis résidences.
Avec des hauts et des bas. Finances
et météo n’ont pas favorisé cette
sixième édition placée sous le joug
des aléas budgétaires et des envolées météorologiques. Avec regret :
la thématique - œuvres mobiles et
bioénergies - laissait imaginer des
propositions jouissives. Passée la
palissade de photos de Paula BiLuciano Di Rosa, La lecon de Boockchin, sculpture, In
situ 03, 2011 © C. Lorin/Zibeline
reche, dans les rizières les Cubes
lumineux d’Elsa Massari et l’Ecran
de lumière d’Audrey Dumont sont
prévus pour utiliser la lumière et
l’énergie solaire (mais qui s’aventurerait là nocturnement ?) et jouer
avec le site tandis que des patates
produisent le courant nécessaire à
la lumière fatale aux moustiques pour
Christine Boillat. Dans le champ,
les Corps Humains de Cicero, le
Cocon de moisissures de Mourad
Messoubeur (protégé dans la bergerie), la Leçon de Bookchin de Luciano
Di Rosa en forme de toupie réfléchissante, les moustiques géants
d’Anne Sarda, le Mobile de Sandrine
Deumier comme les frêles girouettes de Reeve Schumacher (canne
locale, bouchon, plumes) ont dû subir les bourrasques fantasques. In
Situ 2012 se fera sous le signe du
son, pourvu qu’il ne soit pas réduit
au silence.
C.L.
In Situ 0.6
6ème Rencontre Land Art,
Arts Visuels en Camargue
jusqu’au 15 juillet
Mas du Grand Arbaud, Gageron
04 90 49 89 10
www.culturesnomades.com
Le 17 juin, ce qui
aurait dû être un
nouveau rendezvous de printemps
avec un résident
sera finalement le
chant du cygne
pour La Tannerie,
l’espace d’explorations culturelles
et artistiques sis à
Barjols depuis 2002
à l’initiative de Caroline Brotons et
René
Sacchini.
Dans cet espace
blanc, tout en
La Tannerie © X-D.R
voûtes, propice à
d’audacieux compagnonnages, il revient à Sébastien Ly (Cie Kerman) de
donner le clap de fin à l’occasion de la présentation de sa prochaine création,
Contes Éphémères, au titre funestement prémonitoire… Barjols, commune
rurale du Var, sera ainsi privée de l’une des rares structures culturelles à
offrir toute l’année aux habitants des spectacles, des concerts, des
rencontres. Faute de soutien financier pérenne, sans ronds de jambes ni
grands pliés, La Tannerie tirera sa révérence. Et le dialogue artiste-œuvrepublic sera rompu.
M.G.-G.
Contes Éphémères
17 juin à 19h30
La Tannerie, Barjols
04 94 59 74 60
www.latannerie.fr
MARSEILLE | SILVACANE
ARTS VISUELS
LIVRES 79
79
La tête haute
Déjà en 2008 à l’Atelier de Visu l’Autrichien Peter
Granser avait fait sensation avec son reportage
Sun City sur un village de riches retraités américains. D’un univers clos à l’autre, il s’est intéressé
aux malades atteints d’Alzheimer puis aux aliénés
mentaux dans J’ai perdu ma tête. Enfermement
physique ou psychique, Peter Granser pose la
question de la frontière entre «eux» et «nous» pas
si nette que ça… Un titre magnifique pour dire la
blessure de l’âme, la perte du moi, la différence,
la solitude, l’oubli. Portraits solo ou en groupe, de
face ou de dos, visages dissimulés maladroitement ou en gros plan, le regard inquiet ou perdu
dans le vague : chaque cliché respecte l’intégrité
des personnes pour lesquelles le photographe a une
empathie manifeste. Une seule immersion lui aura
d’ailleurs suffi pour sonder leur fragilité et, sans
exhibitionnisme, capter leur intimité quotidienne :
des verres alignés sur un plateau annonciateur d’un
plaisir partagé ; un ballon oublié près de matelas
épars ; des cœurs graffités sur le mur. Et toujours
des couleurs pastel, une lumière enveloppant de
douceur un état d’être dramatique. Scotchée en
haut de l’escalier, une vidéo déroule à l’infini le mouvement obsessionnel d’un plafonnier clignotant :
imperceptiblement on lève les yeux au ciel et le
ciel est bouché. Leur univers est irrémédiablement
clos.
L’Atelier de Visu accompagne cette «personnalité
sérieuse et attachante qui ne porte aucun jugement» comme il accompagne Antoine d’Agata,
qui dirige depuis 2008 des workshops avec des
étudiants en 3ème année d’écoles de photographie
internationales. Le projet Studio Vortex, réalisé
avec l’ESBAM et la galerie Montgrand, est un
tremplin à la professionnalisation et à l’émergence de jeunes artistes. On peut suivre leur itinéraire
à travers trois Journaux, mais il faudra attendre
2013 pour découvrir tous les travaux et le livre
collectif publié sous la houlette d’Antoine d’Agata.
M.G.-G.
J’ai perdu ma tête
Peter Granser
jusqu’au 2 juillet
Atelier de Visu, Marseille
04 91 47 60 07
www.atelierdevisu.fr
L’exposition Studio Vortex 2 s’est déroulée
du 12 mai au 4 juin à la galerie Montgrand.
© Peter Granser, Portrait
Saintes ampoules
Christophe Berdaguer et Marie Pejus, Jardin d'addiction (2009). Abbaye de Silvacane, install. transept droit de l’église, 2011 © D. Lorin/Zibeline
Avant le musée du Quai Branly, l’Abbaye
de Silvacane accueille une création de Berdaguer
et Péjus peu montrée à ce jour.
Un jardin de verre malheureusement privé
de ses parfums
Déposée dans le transept droit de l’abbaye cistercienne l’œuvre est d’une
transparence captivante. Visuellement, Marie Péjus et Christophe Berdaguer
ont réussi une pièce exceptionnelle commandée en 2009 par le Musée
International de la Parfumerie de Grasse, en partenariat avec le FRAC Paca.
La virtuosité de la réalisation a été rendue possible par les ateliers du Cirva1 :
un écheveau complexe de tubes et tiges de verre translucides appuyés les
uns sur les autres installés sur quelques mètres carrés, à hauteur moyenne
d’homme. Vient ensuite sa puissance d’évocation : formes synaptiques (c’est
le rapport voulu par les artistes), biomorphiques, végétales aussi rappellent
l’effusion décorative des enluminures ou bien les mises en scènes baroques.
La matière verre capte la lumière, évoque la transcendance divine des
vitraux, les multiples reliquaires sous cloche de verre, la Sainte Ampoule car
plusieurs efflorescences se terminent par un bulbe contenant des exhalaisons particulières conçues par Les Christophs parfumeurs créateurs.
Celles des addictions humaines : whisky, tabac, café, héroïne… Pour des
raisons de sécurité, les bouchons ont été fixés au silicone, privant le visiteur
de sa relation corporelle. Doit-on s’en étonner lorsqu’on sait comment la
chrétienté a malmené la part charnelle de la création divine, et exacerbé la
méfiance envers nos sens ? Rompu aussi le lien puissant de cet objet
contemporain avec la liturgie ancestrale s’accompagnant d’encens
purificateur : le rituel comme remède au mal de l’addiction n’a pu malheureusement avoir lieu. L’oeuvre perd ici finalement une part de charge
symbolique au profit du ravissement visuel. Qu’en sera-t-il au musée du Quai
Branly ? Qu’on se rappelle les polémiques sur la dépréciation des objets
rituels par l’espace muséal. Le jardin retrouvera-t-il ses addictifs effluves ?
C.L.
Jardin d’addiction
jusqu’au 27 juillet
Abbaye de Silvacane
04 42 50 41 69
www.abbaye-silvacane.com
voir aussi à la Galerie of Marseille
jusqu’au 16 juillet
www.galerieofmarseille.com
CIRVA : Centre International de Recherche sur le verre
et les Arts plastiques, Marseille
1
80
ARTS VISUELS
MARSEILLE
Auberge orientale
Après l’Orient des Provençaux en
1982, Marseille se rappelle aux rivages de l’Afrique du Nord. À la
Vieille Charité, l’Orient est peint,
mis en scène ou fantasmé par les
européens du XIXe siècle
Alors que l’exposition de Lyon1 s’ouvre aux différentes expressions des arts plastiques et décoratifs
de l’Orient, à Marseille le choix s’est orienté vers
la picturalité dans la lignée des expositions précédentes2. Heureusement, malgré les enfilades et
cheminements forcément monotones de la Vieille
Charité, les œuvres nous transportent en des
contrées parfois dramatiques, tantôt exquises,
ethnocentriques ou ethnologiques, furieusement
exotiques, hormis lorsque la modernité s’annonce
avec quelques Matisse, Renoir, Klee ou Macke.
Les 114 œuvres s’ordonnent selon différentes
thématiques des campagnes napoléoniennes à
l’égyptomanie, le harem, les religions, le désert…
Le visiteur peut ainsi confronter les variations de
regards, de style, de facture mises en œuvre par
les peintres orientalistes européens (exit Ziem ?)
et les rares locaux (le Turc Osman Hamdi Bey) et
plusieurs sculptures au réalisme typologique confondant de Charles-Henri-Joseph Cordier. Aussi
ces œuvres nous en disent-elles plus sur les
visions d’artistes happés à la suite de la colonisation entre romantisme, réalisme, naturalisme
et affabulations d’atelier (d’après photo souvent)
que sur l’Orient lui-même. Quels écarts entre Le
Rêve d’un croyant selon Achille Zo, la Bataille
d’Héliopolis vue par Léon Cogniet, Une rue de
l’oasis de Chetma par Bompard, La mort de Sardanapale enlevée par Delacroix ! De cette période
il aurait pu être instructif de présenter en contrepoint le regard de photographes (Du Camp,Le Gray,
Harnoux…) même si leurs objectifs subjectifs
n’échappent pas non plus au pittoresque.
Kandinsky, Ville arabe, tempera sur carton, 1905. Coll. Centre Pompidou-musee national d'art moderne/CCI © Adagp, Paris 2011
Goûtons donc l’orient photographié en 1900 par
Fernand Detaille et celui revu par Michèle Maurin
dans les années 2000, à la galerie Detaille3.
Pour Hugo, l’Orient était «une préoccupation
générale». Il l’est encore aujourd’hui.
C.L.
L’Orientalisme en Europe :
de Delacroix à Matisse
jusqu’au 28 août
Centre de la Vieille Charité, Marseille 2e
04 91 14 58 80
www.vieille-charite-marseille.org
Concert L’autre rive Zad Moultaka
par Musicatreize le 24 juin à 21h30
Pour le jeune public au Préau des Accoules
L’Orient en tapis volant, prolongée
jusqu’au 13 septembre
1
Le génie de l’Orient, jusqu’au 4 juillet,
Musée des Beaux-Arts de Lyon,
www.mba-lyon.fr
2
L’exposition étant réalisée par les musées
de Bruxelles, Munich et Marseille/Rmn-Grand
Palais, certaines œuvres n’apparaissent pas
d’une ville à l’autre ; voir le catalogue réalisé
avec la Réunion des Musées Nationaux.
3
Visions d’un Orient méditerranéen,
jusqu’au 29 juillet, www.galeriedetaille.com
À la bonne distance
Malgré un deuxième cambriolage en
février, Vidéochroniques ne baisse
pas les bras : «On ne va pas abandonner le projet aujourd’hui ! Surtout
avec l’installation de Marseille Expos
dans les anciens locaux de Red District et la redynamisation du quartier
de Lorette». Du coup, l’exposition
Penchants, Glissements, Dérives de
Jérôme Dupin est maintenue.
Pour la première fois l’artiste opère
des entrecroisements entre vidéos
inédites et peintures - le Musée de
Toulon en 2005 et l’Hôtel des arts en
2010 exposèrent exclusivement ses
peintures - et prend le risque de montrer de la vidéo de peintre. Un choix
expérimental que Vidéochroniques
rend accessible par une démonstration pédagogique : ici la scénographie
invite le visiteur à poursuivre le geste
imaginaire du pinceau à la caméra
leurs. Son œuvre interroge : «que
reste-t-il de la peinture quand on a
tout enlevé ?». Réflexion réinvestie
par ses réalisations in situ sous
forme de signes apposés sur le mur.
Dans ses vidéos, le monochrome
s’impose par l’utilisation du plan fixe :
il ne se passe rien d’extraordinaire,
seulement des variations infimes
comme une fragmentation du temps,
des images aspirées par un déroulement hypnotique. Si son œuvre
penche, glisse, dérive, elle bascule
aussi, se distord, voire se désintègre…
M.G.-G.
Exposition Jérôme Dupin à Vidéochroniques, 2011 © Vidéochroniques
et inversement, à découvrir deux manières différenciées d’appréhender la
couleur, la matière, la distance. Dans
sa peinture analytique («il peint la
peinture»), Jérôme Dupin annihile
toutes traces, tronque parfois les
châssis jusqu’à déséquilibrer les
lignes de force et les aplats de cou-
Penchants, Glissements, Dérives
Jérôme Dupin
jusqu’au 9 juillet
Vidéochroniques, Marseille
09 60 44 25 58
www.videochroniques.org
82
ARTS VISUELS
AU PROGRAMME
Grands desseins
Des Cézanne, Dufy, Picasso, Monet, Dubuffet, Léger, Aloïse, Klee, Tàpiès,
Tobey, Clavé et… Jean Planque. Agent d’art, collectionneur et peintre
aussi. Après de nombreuses expositions en France et à l’étranger, sa
collection comme ses propres œuvres sont désormais déposées au musée
Granet pour quinze ans. Sur les 300 peintures, dessins, sculptures qui
devraient être réunis dans la chapelle des Pénitents Blancs rénovée
et scénographiée pour 2013, près de 120 œuvres sont à découvrir
cet été au musée.
C.L.
Collection Planque, l’exemple de Cézanne
jusqu’au 2 octobre
Musée Granet, Aix
04 42 52 88 32
www.museegranet-aixenprovence.fr
Paul Klee, Mit der rotierenden schwarzen Sonne und dem Pfeile,
1919 Gouache et tempera,
24,5 x 31,5 cm, Fondation Jean et Suzanne Planque
© Luc Chessex
Comme à la maison
L’artiste Martine Cazin reçoit chez elle, à La Maison de Brian, des artistes dont elle se sent proche. Et
comme l’été est propice aux douces conversations, deux temps forts rythment la saison :
du 1er au 31 juillet dialogue entre Anny Bareilles (voyage pictural et sensoriel), la céramiste Agathe
Larpent (pierres de nuit, pierres de jour) et la sculptrice Claudine Meyer
(le fil de fer comme armature du corps) ; puis du 2 au 31 août
entre Jacqueline Duperrex, Alix Paj et Dominique Soussi-Roth.
M.G.-G.
La Maison de Brian, Simiane-la-Rotonde
04 92 75 91 49
www.lamaisondebrian.fr
Claudine Meyer, sculpture © X-D.R
Bargème sur la carte du monde
Bargème, village médiéval du Haut Var, magnifié par l’un des maîtres actuels du paysage
photographique l’Anglais Michael Kenna : tourmenté dans le ciel d’orage, invincible aux
assauts du temps, dressé fièrement sur son piton rocheux, et toujours révélé dans un puissant
duel de gris, de noirs et de blancs. Pourtant aguerri aux paysages les plus invraisemblables,
Michael Kenna y revient sans cesse depuis 1995, pris dans les mailles de la magie des lieux…
Le Souffle des arts l’accueille en retour comme pour le remercier de son attachement.
M.G.-G.
Bargème
Michael Kenna
jusqu’au 10 octobre
Galerie Le Souffle des arts, Bargème
06 50 18 51 55
www.michaelkenna.com
Amandier de nuit, Bargème © Michael Kenna
Corps à corps
Déjà en 2004, N + N Corsino présentait Amorces intimes au Festival de Marseille. Titre prémonitoire
puisque, aujourd’hui, Mues est une installation inédite composée de cinq écrans et d’un face à face
sensuel des corps nus… Se mouvoir, changer de peau, se matérialiser, tels sont quelques-uns
des questionnements abordés par ces «chorégraphes de l’image et réalisateurs du mouvement»
qui atomisent la notion de frontière entre le corps et le paysage.
M.G.-G.
Mues
Nicole et Norbert Corsino
du 16 juin au 9 juillet
Palais Longchamp-muséum d’histoire naturelle, Marseille
04 91 99 00 20
www.festivaldemarseille.com
Mues, N + N Corsino
© N + N Corsino
Miriam Pranti
© X-D.R
Réel/Abstraits
En 1930, Théo Van Doesburg, un des théoriciens de l’abstraction, déclarait
que «rien n’est plus concret, plus réel qu’une ligne, qu’une couleur,
une surface». Existe-t-il pour autant une dimension spirituelle de l’Art
Concret qui nous permette une meilleure appréhension du réel ?
Les œuvres de Miriam Prantl, Michael Fagerlund et Wolfram Ullrich
l’expérimentent. Être abstrait, rien de plus concret aujourd’hui.
C.L.
Interférences
jusqu’au 31 août
Fondation Vasarely, Aix
04 42 20 01 09
www.fondationvasarely.org
Bernar Venet, Gold Triptych with Two Saturations, 2009, Acrylique sur toile, 247 x 592.5 cm © ADAGP, Paris 2011
La belle image
À l’heure où Bernar Venet tend ses arcs de fer et d’acier dans les allées
des jardins du Château de Versailles et de la Fondation Salinger au Thor,
l’Hôtel des arts de Toulon révèle son œuvre peint. Moins connu mais tout
autant radical dans sa rigueur conceptuelle et son élégance formelle.
Sauf que ces dernières années la couleur a fait son entrée dans ses toiles
saturées de sigles et d’équations, et que l’artiste assume de faire
une «belle image»…
M.G.-G.
Peintures 2001-2011
Bernar Venet
jusqu’au 18 septembre
Hôtel des arts, Toulon
04 94 91 69 18
www.hdatoulon.fr
84
PATRIMOINE
MUSÉE CALVET | LICRA
L’Egyptologie à portée de main
Cet été, la ville d’Avignon
sera égyptienne !
Sarcophage (détail) issu de l'exposition Fabuleuse Égypte
au musée Calvet Avignon © Delphine Michelangeli/Zibeline
Conçue à l’occasion du bicentenaire de la création
du Musée Calvet et initiée par Sylvain Boyer,
conservateur en chef du patrimoine et directeur du
musée, l’exposition Fastueuse Egypte ouvre ses
portes dès le 25 juin. Et revêt pour l’occasion ses
plus beaux atours, après la rénovation de 5 salons
classés et d’une vaste campagne de restauration des
œuvres (94 pièces restaurées sur les 400 présentées). 5 ans de travaux, pour un coût total d’1,3 M€
(avec l’ambitieuse muséographie de l’architecte
Philippe Pumain, la menuiserie, le catalogue etc…).
Ces travaux auront permis également de faire des
avancées scientifiques importantes, grâce aux
études anthropologiques réalisées notamment sur
la pièce phare de l’exposition, la momie d’enfant.
Une fillette romaine morte à deux ans et demi (il y
a près de 3000 ans) d’un traumatisme crânien et dont
«le soin apporté à la momification est exceptionnel»
selon la commissaire d’exposition Odile Cavalier.
Parmi les pièces majeures et les restaurations les
plus marquantes, figurent un médaillon hémisphérique en pierre à l’effigie d’Ammon (inv G 155), des
papyrus reconstitués, un ensemble de 18 tissus
coptes, des statuettes antiques. Les sarcophages,
dont le cercueil féminin «d’une honorable maitresse
de maison du 6e siècle avant J.C.» illustre l’affiche
de l’exposition, font référence à la place importante
tenue par le culte des morts dans la société de
l’Egypte ancienne. Des figures centrales du mobilier
égyptien, en sycomore stuqué et peint, dévoilées
dans leur totalité (mais dont les momies sont
absentes, en raison de pillages réguliers), dans un
état de conservation exceptionnel.
Dans un décor de boiseries sculptées, dorées et
peintes, à travers un parcours thématique et chronologique, neuf sections retracent un pan de l’histoire
«de la plus vénérable de toutes les civilisations qui
se sont succédé autour de la Méditerranée». Les 400
pièces égyptiennes, pharaoniques, grecques, romaines et musulmanes ont été sélectionnées dans
le legs d’Esprit Calvet, médecin et érudit avignonnais de l’époque des Lumières, auxquelles se
rajoutent des prêts de musées parisiens (le Louvre,
la Malmaison), de musées régionaux (Orléans, Moulins,
Gap) et de bibliothèques (BNF, Institut Catholique
de Paris).
À l’issue de l’exposition, le 14 novembre, deux salles
resteront permanentes. Une occasion pour la ville
d’Avignon de renouer avec les expositions de
prestige…
DELPHINE MICHELANGELI
Fastueuse Egypte
du 25 juin au 14 novembre
Ouvert tous les jours (sauf mardi)
de 10h à 13h et de 14h à 18h.
Musée Calvet, Avignon
04 90 86 33 84
www.avignon-egypte.com
Le monstre
n’est pas mort
L’obscurantisme gagne à nouveau. Il faut rappeler,
inlassablement, ce qu’inlassablement on cherche à
nous faire oublier. La remarquable exposition de la
Licra évoquant L’antisémitisme du Moyen Âge à
nos jours fait partie de ces outils de résistance
salutaires. En trente panneaux, une terrible fresque
historique se développe. Cela commence aux croisades, avec les persécutions à l’encontre des Juifs,
considérés comme infidèles, obligés de vivre dans
des ghettos sans droit de séjour permanent dans les
villes, limités aux métiers du commerce du colportage et du prêt sur intérêt… qui génère un motif
de ressentiment. Les mythes antijuifs naissent, de
la profanation d’hostie aux enlèvements d’enfants,
à la propagation de la peste ! L’antisémitisme perdure, s’enracine dans l’imagerie populaire, se voit
ravivé par la montée des nationalismes, explose
avec l’affaire Dreyfus, se nourrit de la publication
des «Protocoles de Sion» (abominables faux, copie
de pamphlets édités contre Napoléon III en 1864)
qui étayent la thèse d’un complot des dirigeants
juifs pour dominer le monde, débouche enfin sur
l’horreur de la Shoah…
Horreur si absolue qu’on pensait qu’elle signait la
fin de l’histoire, de celle-là du moins… Mais l’hydre
obscure ne connaît pas de repos : propagande antijuive dans les pays musulmans, négationnisme en
Europe, publications racistes et antisémites dans
Vue de l’exposition à l’I.P.S.A.A © X-D.R
les pays de l’ancien bloc soviétique, avec la reprise
de motifs iconographiques des siècles derniers, jusqu’au Brésil où certains rendent un nouveau culte
au nazisme. La toile Internet dans son infinie variété permet aussi à ces mouvements de diffuser.
L’exposition s’appuie sur des reproductions de documents, photographies, affiches, journaux, fresques,
tableaux, gravures, des commentaires riches et précis. Les écoles, les collèges et lycées en sont d’assidus
visiteurs. Présentée dans le monde entier, elle apporte par la présentation de faits concrets les
moyens d’une prise de conscience et lutte avec
intelligence pour la défense des droits de l’homme.
Un seul regret : la durée très brève de son passage
à Aix-en-Provence....
MARYVONNE COLOMBANI
Cette exposition a été visible à Aix
du 23 au 25 mai à l’I.P.S.A.A.
86
PATRIMOINE
Le patrimoine s’anime
Il y a tant et tant d’activités !
Allez sur les sites des musées,
prenez le temps de vous glisser
dans les conférences
La région regorge de sites, et ces lieux sont animés
d’une vie passionnante par l’accroissement régulier
des collections, leur rénovation et leur sauvegarde.
C’est le musée bleu d’Arles qui pérennise certaines
pièces majeures de ses expositions en les incluant
dans leur fond propre, comme le célébrissime buste
de César, c’est l’abbaye de La Celle qui connaît un
programme de restauration (de 2010 à 2012), ce sont
les opérations de restauration régulières sur le Pont
du Gard ou les Antiques de Saint-Rémy-de-Provence. Projets, dossiers, réalisations s’enchaînent…
À cet intérêt patrimonial s’ajoutent avec imagination des actions variées, expositions temporaires qui
viennent donner de nouveaux prétextes pour retourner au musée, conférences, visites guidées,
spectacles… et permettent aux habitants de la
région et aux touristes des approches renouvelées.
Musée de Castrum Vetus
De petits trésors, souvent en dehors des grands passages, recèlent d’étonnantes richesses. Ainsi, le
petit musée de Castrum Vetus à Châteauneuf-lesMartigues. Imaginez une bâtisse en ruines, ancien
hôtel des marquis de Caumont (XVIIème), un groupe d’amis, fous de préhistoire… Conjonction des
volontés, aujourd’hui le bâtiment, debout dans sa
parure de calcaire tendre, est dédié aux collections,
géologie, archéologie (matériel provenant en grande partie de la Font aux Pigeons, du camp de Laure
ou de l’oppidum de Fourques), réparties en 7 salles
d’exposition. Si vous avez la bonne idée de demander les conseils du médiateur Toomaï Boucherat vous
aurez une foule de renseignements sur la composition des poteries, mélange d’argile et de dégraissant,
sur la colle préhistorique, largement aussi résistante que n’importe quelle colle néoprène dérivée
de pétrole (60% de résine, 40% de cire d’abeille),
la fabrication des perles - les hommes du néolithique
aimaient eux aussi les bijoux - le tannage des peaux,
la fabrication de la corde … Puis il vous guidera à la
Font aux Pigeons, l’un des plus anciens sites préhistoriques connus du pourtour de l’étang de Berre,
et qui marque une étape décisive dans le passage
de la civilisation nomade à la sédentarisation. Il
suffit de prendre rendez-vous…
Quelques choix…
et pyrotechnie se conjuguent pour l’émerveillement
des spectateurs. Un autre évènement passera par le
pont, Total Festum, le 24 juin, qui permet de valoriser les cultures catalanes et occitanes. Concerts
joyeux et festifs pour la fête de la Saint-Jean…
Une autre manière d’envisager l’été !
MARYVONNE COLOMBANI
Musée de Castrum Vetus,
Chateauneuf les Martigues
04 42 79 81 56
www.documentation-provence.org/1375
Pont du Gard
0 820 903 330
www.pontdugard.fr
Musée départemental de l’Arles Antique
04 90 18 89 08
www.arles-antique.cg13.fr
Abbaye de la Celle
08 99 23 04 48
www.gralon.net/tourisme/a-visiter/info-abbayede-la-celle-la-celle-19114.htm
Un pont de lumière
Plus à l’Ouest encore le Pont du Gard sera mis en
lumière tous les soirs, du 1er juillet au 20 août, par
une féerie de couleurs et de lignes qui souligneront
les caractéristiques de son architecture, dans une
mise en lumière poétique et symbolique par Claudette Viguier. Auparavant, les vendredis et samedis
de juin auront connu le nouveau spectacle du
Groupe F, où composition musicale et flammes, vidéo
© X-D.R
Dans le Var, le patrimoine se met en scène : à l’abbaye de la Celle, avec, après les concerts de mai des
Nine Spirit (de Bach à Coltrane), une conférence au
titre paradoxal, Le monastère comme expression de
la liberté pour les femmes au Moyen-Âge, le 26 juin
à 16h. Puis le 3 juillet à 15h30 Le conte de Troie,
spectacle de marionnettes par Massimo Schuster.
À la chapelle de l’Observance du côté de Draguignan, le 18 juin à 20h30 les poèmes d’Omar
Khayyam chantés par Alireza Ghorbani et Dorsaf
© T.Nava Groupe F
Hamdani, une magnifique fusion entre le chant
Arabe et Persan ; à l’abbaye du Thoronet, le 26 juin
à 17h, concert de Chant Byzantin par Dvina et le
chœur Mélodi…
À l’ouest de la Provence, les Suds pour leur 16e édition s’invitent au Musée départemental de l’Arles
Antique, avec des projections de films dans l’auditorium, du 11 au 17 juillet (Benda Bilili, Le premier
rasta, Bodega Buf de vida, Zanzibar, l’extraordinaire
leçon de Ravi Shankar), des salons de musique, le
11 le lundi de Mediapart avec Edwy Plenel, le 12
Mercedes Péon, le 13, Kimmo Pohjonen le 14
Socalled, le 15 Ahmad al Khatib… enfin, le 15
de 10h30 à 12h, le spectacle le Rhône dans la cité
fait escale dans le jardin Hortus et s’achève sur le
parvis du musée. Des archéologues, des slameurs,
des danseurs hip hop sont réunis pour une promenade atypique au fil du Rhône… À noter : une
superbe exposition a commencé depuis le 4 juin
autour de l’épave du chaland gallo-romain (1er
siècle), expliquant le contexte de la fouille et
interprétant ses résultats ainsi que de nombreux
objets mis au jour. Tous les premiers dimanches du
mois à 11h, des conférences illustrées : le 3 juillet
elle conduit dans le Saint-Tropez de l’Antiquité,
Baïes (baie de Naples), le 7 août elle évoque Auguste, le nom du mois y invite ! Des sujets spécialisés
sont abordés simplement, comme Le mécanisme
d’Anticythère, un ordinateur antique ? le 9 juin, la
conservation in situ des mosaïques le 23 juin, La
navigation antique le 30 juin (de 18h 30 à 19h30)…
MÉCÉNAT87
Faut-il croire au
mécénat culturel ?
Nous posions la question dans notre numéro précédent, après la convention d’Admical qui avait mis
au jour sans détour les faiblesses d’un mécénat
culturel en berne, qui répercute et amplifie le désengagement de l’État, et concentre ses quelques restes
sur des manifestations prestigieuses, ou des actions
de diffusion plus sociales qu’artistiques. Le tout en
privant l’État d’une part de ses recettes fiscales (60%
des dons se déduisent directement de l’impôt sur
les sociétés). Mais ce constat global et ponctuel
est-il inéluctable, ou peut-on imaginer un mécénat
culturel intelligent et efficace ?
L’exemple des Mécènes du Sud
Les Mécènes du Sud commencent une nouvelle
mandature qui les mènera jusqu’en 2013, occasion
pour eux de revenir sur leurs actions, et leurs ambitions. Fondé en 2003, le collectif compte aujourd’hui
32 entreprises adhérentes1 qui cotisent selon leur
nombre de salariés (5000 € pour une entreprise
de moins de 500 salariés). Leurs moyens en mécénat restent très limités, mais ils consacrent environ
100 000 € à financer directement des projets d’artistes et des compagnies. Une contribution négligeable
face aux subventions publiques, ou à certaines actions
de mécénat prestigieuses, mais qui a une véritable
force d’exemplarité.
Tout d’abord parce que ces fonds vont exclusivement
à la création artistique contemporaine du territoire,
dans les domaines du spectacle et des arts plastiques. Les Mécènes du Sud ont d’ores et déjà aidé
à la naissance de 70 projets d’artistes émergents,
qui pour certains ont connu ensuite un bel avenir,
soutenus conjointement par d’autres financements :
on peut ainsi citer dans le domaine du spectacle
France do brasil d’Eva Doumbia, Evelyn House of
Shame de Christophe Haleb, tous deux programmés par exemple au Festival de Marseille. Ou Le
cabaret discrépant d’Olivia Grandville, programmé
cette année au Festival d’Avignon. Pour les arts
plastiques la pertinence est encore plus nette puisque Marie Reinert, Vincent Beaurin, Suzanne
Hetzel, Mathieu Clainchard, Karine Rougier ont
bénéficié de leur soutien ces dernières années.
Cette pertinence est due à la totale indépendance
du comité de sélection auquel aucune entreprise
ne participe, et qui est composé de professionnels
parfaitement souverains. Pour plus de visibilité cependant, et d’efficacité, les Mécènes du Sud ont
décidé d’attribuer désormais non plus une dizaine
d’aides par an, mais de répartir leur 100 000 € sur
5 projets annuels, qu’ils pourront suivre plusieurs
années, afin d’en être réellement les moteurs.
Les projets
En dehors de ce soutien au projet, Mécènes du Sud,
initiateurs dès 2006 des Ateliers de l’EuroMéditerranée (voir pages suivantes), organise des résidences
d’artistes du territoire en entreprise, en accom-
It's like a jungle sometimes, Mathieu Clainchart © X-D.R
rant nettement les cotisations…
Car aujourd’hui, avec environ
50% de frais de fonctionnement
et de communication, les MDS
investissent moins dans l’artistique (50% de leur budget global)
que leur ristourne fiscale (60%
de leur IS). Pour modifier cet
équilibre, des recettes complémentaires qui n’alourdiraient pas
les frais de fonctionnement sont
nécessaires.
Car ce mécénat est exemplaire
sans aucun doute. Mais est-il
pour l’heure efficace ?
AGNÈS FRESCHEL
Evelyn House of Shame, Cie Christophe Haleb © X-D.R
pagnant les artistes dans leur démarche. Leurs
ambitions ? favoriser l’émergence d’un label MDS et
ouvrir un lieu, être un véritable acteur de MP2013,
et poursuivre au-delà une véritable association
entre artistes et entreprises, en associant en particulier les salariés lors des résidences.
Ambitions louables pour un projet esthétiquement
et éthiquement irréprochable ! Mais la hauteur du
financement de Mécènes du Sud reste dérisoire :
avec un budget artistique de 100 000 €, comment
espérer compter sur le territoire ? Les 32 entreprises s’engagent actuellement dans MDS pour des
sommes modiques… qui ne permettent au collectif que d’avoir des orientations indicatives pour la
politique de mécénat de chaque entreprise. Ainsi,
c’est pour 1,5 Md’€ que la SMC, un des Mécènes du
Sud, s’engage à titre personnel dans MP2013…
MDS, qui défend l’idée d’un financement autonome
exclusivement privé, ne pourra «être un partenaire
financier déterminant» qu’avec des moyens nettement
plus importants. En augmentant spectaculairement
le nombre d’entreprises adhérentes, ou en majo-
1
Altergis, Astime, axa Art, Axe Sud, Beau Monde,
Bleu Ciel, Cabinet Phocéen d’Assurances, Cabus &
Raulot, Caisse d’Epargne P.A.C, Christian CarassouMaillan, Laurent Carenzo, Courtage de France
Assurances, Dial Invest, Féraud CFM Entreprises,
Anthony Ginter, High Co, IBS group, IDM,
Joaillerie Frojo, Le Péron, Mc Donald’s B.I.,
Marbour, Marfret, MGM, Olympique de Marseille,
Pébéo, Pullman Palm Beach, Ricard, Safim, Scotto
Musique, SMC, Vacances Bleues
Les Ateliers de l’EuroMé
Cela agace certains, en inquiète d’autres : Marseille Provence 2013
travaille dans l’ombre et n’attire pas forcément l’attention sur ses
actions souterraines. Pourtant, l’un des dispositifs les plus novateurs
de la capitale européenne de la culture est opérationnel depuis 2008,
avant même la nomination marseillaise : les Ateliers de la candidature,
puis les Ateliers de l’EuroMéditerranée, ont bel et bien commencé sur
le territoire, installé des artistes dans de nombreuses entreprises, et
produit des œuvres. Mais pas seulement…
Zibeline
a décidé de
rendre compte
régulièrement
des avancées et
résultats de ces
Ateliers.
Sandrina
Martins,
responsable
du projet,
nous explique
leur fonctionnement et leurs
ambitions.
En quoi consistent ces Ateliers ?
Il s’agit de soutenir des artistes, et plus largement
la création contemporaine, en mettant en place des
résidences d’artistes dans des espaces non dédiés
à l’art. C’est-à-dire des entreprises, privées ou
publiques, du territoire : le monde économique, mais
aussi de la santé, de l’enseignement, des services
publics. Au début nous avions fixé l’objectif de 200
ateliers d’ici à 2013. Mais nous modulons en avançant :
par exemple nous nous sommes rendu compte que
les ateliers dans des entreprises en lien avec l’art avaient
moins d’intérêt. Aujourd’hui on pense plutôt à une centaine : une cinquantaine sont d’ores et déjà prévus,
une douzaine d’autres sont réalisés, cinq sont actuellement en cours, et plusieurs vont débuter cet été.
Comment sont-ils financés, et quelle est leur durée ?
Il n’y a pas de format prédéfini, chaque atelier génère
sa forme… ce qui est passionnant, et difficile à mettre
en place ! Une résidence peut durer de 6 mois à 3 ans,
en continu ou discontinu, et peut coûter selon son
ampleur quelques milliers d’euros, ou beaucoup plus.
Qui finance ?
Là encore c’est variable : Marseille Provence 2013
peut prendre en charge jusqu’à 50 %, surtout s’il s’agit
de services publics par exemple qui ne bénéficient pas
des avantages fiscaux du mécénat. Les entreprises
privées financent environ 70 % des ateliers.
Mais chacun fonctionne selon des modalités et
une convention particulière, tripartite, est signée soit
directement entre l’entreprise, MP2013 et l’artiste,
soit avec un opérateur culturel qui représente l’artiste
et fait office de production déléguée.
1
Et comment sont choisis les artistes ?
Il n’y a pas eu d’appel à candidatures, contrairement
aux autres projets de Marseille Provence 2013.
Mais nous recevons des suggestions de ces opérateurs
culturels, des propositions directes aussi émanant
des artistes, et nous en sollicitons d’autres avec lesquels
nous avons envie de travailler. En fait il y a deux prospections : celle du projet artistique, et celle de
l’entreprise. À ce niveau-là nous sommes très
pragmatiques. Ainsi un artiste peut arriver avec
un projet pour lequel on va chercher une entreprise :
Anne-Valérie Gasc, qui filme des explosions, devait
trouver une entreprise comme CEBTP Démolition.
En revanche Vacances bleues est arrivé avec
une culture d’entreprise, un centre d’intérêt pour
lequel nous avons cherché des artistes.
Tandis que certains projets conceptuels pourraient voir
le jour dans un grand nombre d’entreprises, d’autres
doivent être adaptés à un environnement particulier
et l’intégrer dans leurs œuvres. La Logirem, par exemple,
propose des résidences à La Bricarde,
dans ses logements sociaux, ce qui suppose des
projets tournés vers les habitants.
Les artistes sont essentiellement des plasticiens ?
Oui, les arts du spectacle étant plus difficiles à installer
en entreprise que les arts visuels. Il y a donc des
cinéastes, vidéastes, photographes, des plasticiens
et sculpteurs. Quelques résidences d’écriture, moins
nombreuses parce que des dispositifs existent déjà
dans la région. Mais des résidences de compositeurs
sont prévues également : il s’agit dans tous les cas
de créer des œuvres.
Quels sont vos critères de choix de ces artistes ?
Comme leur nom l’indique le but de ces ateliers est
de créer des liens entre Europe et Méditerranée.
Donc nous avons choisi un certain nombre d’artistes
du pourtour méditerranéen, en particulier de la rive sud,
où les conditions de production des œuvres sont plus
que précaires. Offrir à un artiste Égyptien un lieu de
résidence, un salaire et le matériel pour produire son
projet, lui donner les moyens concrets de travailler,
contribue sans conteste au rapprochement durable
entre Nord et Sud. Notre second vivier est tout
simplement ici : nous avons sélectionné plusieurs
très bons artistes locaux. Et puis nous faisons venir
également quelques artistes du reste du monde…
Est-il prévu un temps de restitution publique
de ces œuvres ?
Il n’y aura pas d’exposition collective globale,
et les œuvres produites par ces ateliers seront visibles,
ou audibles, d’une manière ou d’une autre au cours
de 2013. Nous réfléchissons aux modalités.
Il n’est pas question en tous les cas qu’elles restent
dans les entreprises, ce n’est pas le but.
Justement, quel est le but ?
Ils sont multiples. Le premier est de produire des
œuvres contemporaines, et de donner pour une fois
aux artistes, qui souvent ne sont pas des plus reconnus,
de bonnes conditions de production : un atelier doit
prendre en charge les honoraires de l’artiste, ses frais
de logement, de repas, de voyage, et ses frais de
production. Les frais de médiation également
de la production déléguée.
diterranée
C’est-à-dire ?
Les artistes ne sont pas généralement, en tant
que personnes, reconnus d’utilité publique,
ce qui est nécessaire pour mettre en place
un mécénat. Sextant et Plus, Triangle, le Bureau des
Compétences et Désirs, l’ensemble Télémaque,
Le Citron Jaune par exemple qui sont signataires
des conventions, proposent et suivent des
artistes dans leur processus de création
au cœur des entreprises. Ils mettent en place
aussi des plans de médiation à l’intention des
salariés, des publics. Car un de nos objectifs
principaux est que ces ateliers puissent fonctionner après 2013, sans nous, et que
les opérateurs culturels puissent signer des
conventions directement avec les entreprises.
Et les entreprises, dans quel but participent-elles
à l’aventure ?
Ce sont généralement les chefs d’entreprise
eux-mêmes qui sont au départ les plus
convaincus. Ils redoutent parfois que les salariés
trouvent cela inutile… et on ne peut envisager
un Atelier que dans une entreprise qui va bien,
sans tension sociale. Mais on peut déjà mesurer
l’impact à l’intérieur des entreprises de la présence d’un artiste : les dirigeants vous en
parleraient mieux que moi, mais visiblement
ils ressentent une envie, pas forcément formulée,
qu’un ailleurs de l’ordre du rêve pénètre dans
leurs murs. Ils cherchent bien sûr à bénéficier
d’un impact à l’extérieur, en terme d’image,
mais ils comprennent assez vite que ce n’est
pas l’essentiel : l’un d’entre eux m’a confié que
la présence d’artistes au cœur de son entreprise
lui avait fait économiser un an de management !
Les salariés quant à eux sont souvent surpris de
voir que les artistes travaillent. Qu’ils assemblent,
font des plans, des prises de vues, de sons.
Qu’ils répètent, matériellement.
Cela dissipe donc des malentendus.
Certainement, cela crée indéniablement
des liens inédits. Parfois aussi les ateliers parlent
de la vie de l’entreprise. Ce qui peut la faire
avancer, mais nourrit aussi leur production
artistique. Sonia Chiambretto va faire
une résidence dans les Bureaux Municipaux
de Proximité qui alimentera certainement son
écriture à la fois poétique et documentaire.
À La Tour du Valat Les Pheuillus participent
à leur manière à l’étude de la biodiversité…
Mais au-delà de ces motivations, pragmatiques
ou relationnelles, notre idée est d’inventer
un nouveau mode de production de l’art.
Que d’autres pourront appliquer ailleurs,
et qui perdurera ici. Et puis l’ensemble du
territoire doit s’impliquer dans la Capitale
Culturelle. Parce que le monde économique
va bénéficier des retombées, mais aussi
parce que plus globalement Marseille Provence
2013 veut concerner chacun, et que
tous les lieux deviennent les lieux de l’art.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL
Quadrissimo © Stephan Muntaner
De perceptions en impressions
Ils sont grapheurs, graphistes et performers. Robert Bilbil, Vincent Castellin, Guillaume
Vinrich et Guillaume Kaercher sont revenus de leurs périples dans les futures capitales
européennes de la culture et de Gdansk dans le cadre du projet Marseille Téléport
avec l’envie de traduire leurs perceptions en impressions. Les Ateliers de
la candidature ont transformé leur projet en réalité : grâce à ses toutes dernières
techniques de reproduction numérique, la société Quadrissimo leur a donné
la possibilité de réaliser des tirages très grand format sur support aluminium à partir
de la matière compilée (photographie et vidéo). Résultat ? Un atelier Quadrissimo
transformé en lieu de production et en galerie d’art, exposant le fruit des échanges
et des expérimentations entre les artistes et ses créatifs, techniciens, reprographes
et opérateurs.
M.G.-G.
Dans le secret de Pascal Martinez
Repéré en 2009 parmi les artistes
du Show Room d’Art-O-Rama, Pascal
Martinez est en 2010 l’artiste invité du
salon international d’art contemporain
de Marseille avec une œuvre en lien avec
l’idée d’écriture : Hortus conclusus, installation composée de 100 pavés de verre
moulés (avec feuille d’argent et feuille de
mika), structure métallique et documentation (les pavés enferment les secrets
livrés par ses amis). Pièce réalisée
à l’occasion d’une collaboration entre
Art-O-Rama et le Centre international
de recherche sur le verre, dans le cadre
des Ateliers de l’EuroMéditerranée.
Pièce qui a permis à l’artiste d’entrer
«dans le secret de l’atelier du Cirva» pour
travailler avec les techniciens, «dans
la concentration de son idée et des efforts
mis à sa concrétisation» : de là est née
une bibliothèque de l’intime où l’écriture
est bijou, et chose précieuse à protéger…
M.G.-G.
www.pascalmartinez.net
© Pascal Martinez
2
Les Ateliers
de la candidature
Le point de vue de
l’entrepreneur
Raymond Vidil est président
de Marfret, compagnie
maritime familiale fondée
en 1951, aujourd’hui
un des armateurs et
transporteurs maritimes les
plus actifs du Port de
Marseille. Mais Raymond
Vidil est également Vice
Président de Mécènes du
Sud, et aime à se définir
comme «un armateur
d’art» ! Il pense qu’une
entreprise ne peut «se
définir par son seul objet
social», et qu’elle doit
«participer à l’attractivité de
son territoire, tout en
apportant de la créativité à
ses collaborateurs». Ainsi il
s’est engagé très tôt dans
la candidature de Marseille
Provence 2013, accueillant
dès 2008 Marie Reinert
dans son entreprise. Où
elle a pu prendre le pouls
des machines, et en
restituer les vibrations
mécaniques.
En y apportant
un supplément d’âme !
Précurseur des Ateliers de l’EuroMéditerranée,
le projet des Ateliers de la candidature a été
profondément déterminant dans le choix de la ville
lauréate car il garantit la pérennité, au-delà de 2013,
des réalisations engagées dès 2008 et que son concept
original s’appuie sur une idée forte, sans équivalent
en Europe : l’affirmation et le développement
de la dimension nord-sud des échanges culturels
et artistiques, des rencontres des créateurs, de leurs
projets et de leurs œuvres grâce à la mobilisation
du monde économique. Dès 2008, avec le concours
de leurs salariés, des entreprises se sont engagées
auprès des artistes en leur proposant in situ des lieux
de résidence, des studios de travail et de répétition ;
entreprises auxquelles se sont ajoutés, en 2009,
des laboratoires de recherche et des pôles
de compétitivité. Si le projet initial a évolué (dimension
workshop accrue), les fondamentaux demeurent
identiques ; l’artiste invité au cœur de l’entreprise est
soutenu dans la production et la création
d’une œuvre qui, selon sa nature et sa pertinence,
pourra être présentée dans la programmation 2013.
Les premières expériences témoignent par leur diversité,
justement, de cette politique spécifique de commandes
dédiées aux nouvelles écritures artistiques :
entre l’ensemble Symblêma Percussions qui pose
ses instruments chez Cabus & Raulot pour faire jouer
ses salariés, Suzanne Hetzel qui photographie
le personnel de l’Hôtel Pullman pendant que
Tanguy Moyet lui dispense des cours de magie ;
entre Michèle Sylvander qui réinvente la vie d’Isadora
Duncan sur pellicule à l’invitation de la boutique
Marianne Cat et le studio Quadrissimo qui partage
son savoir-faire avec Robert Bilbil, Vincent Castellin,
Guillaume Vinrich et Guillaume Kaercher. Ou encore
Marie Reinert immergée dans la société de transport
maritime Marfret pour des traversées au long cours…
MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Extrait de Roll-On, Roll-Off © Marie Reneirt
Marie Reinert, lauréate 2008 Mécènes du Sud, vit à Berlin ; de 2008 à 2010
elle fut accueillie en résidence par Marfret pour des périodes de 4 à 6 semaines.
Repérages, exploration de la réalité portuaire et de l’entreprise, expérimentation de
4 traversées Marseille-Alger, rencontres avec les salariés hors de l’entreprise : après
sa longue immersion dans l’univers clos des navigants, la plasticienne a réalisé le film
Roll-On, Roll-Off, plongée poétique aux mouvements obsessionnels qui collent
à la respiration mécanique des porte-containers Ro-Ro et à la rudesse du travail
de l’équipage. Roll-On, Roll-Off a été présenté au Festival de Marseille 2010
en collaboration avec le FRAC Paca.
M.G.-G.
www.mariereinert.com
3
Percussif et festif
L’ensemble Symblêma Percussions (lauréat 2007
Mécènes du Sud) a été la première structure culturelle
à participer au dispositif des Ateliers de la Méditerranée
lancé dans le cadre de la candidature de Marseille
en 2008. Le cadre : l’entreprise Cabus & Raulot.
L’objectif : faire découvrir aux salariés inscrits à l’atelier
les différentes façons d’aborder les percussions dans
toute leur diversité (instruments à peau, claviers
et autres objets usuels détournés de leur fonction
première pour devenir instruments de musique).
Le tempo : un atelier hebdomadaire de mai
à novembre animé par deux percussionnistes.
Cette expérience inédite et ludique autour
de la découverte et de la pratique de la musique
contemporaine a entrainé les salariés à devenir
eux-mêmes les acteurs d’une performance musicale
et publique au cœur de l’entreprise. Au vu du succès
remporté par cette double aventure humaine
et artistique, l’ensemble Symblêma Percussions était
invité en novembre 2010 à «rythmer» la signature
d’une convention de partenariat entre la Société
Marseillaise de Crédit, l’association Marseille-Provence
2013 et la CCIMP… au siège de la SMC !
Symblêma chez Cabus & Raulot © MP2013
M.G.-G.
www.symblema.free.fr
Contes des marais
Le Phun, compagnie toulousaine d’arts de la rue,
a été accueillie en résidence de longue durée par
Le Citron Jaune/Ilotopie Centre des arts de la rue pour
la réalisation d’un projet croisant installation plastique
et spectacle/rencontre publique dans le cadre de l’un
des premiers Ateliers de l’EuroMéditerranée.
C’est le domaine de La Tour du Valat, organisme
scientifique pour la préservation des zones humides,
qui en est le terrain d’expérimentation depuis une année
et demie. La création contemporaine s’est emparée
depuis bien des années de la nature et des questions
environnementales. Land Art, art des jardins,
éco-conception architecturale, les créateurs Hans
Haacke, Andy Goldsworthy, Nils Udo, Erik Samakh,
Gilles Clément entre autres... Les collaborations entre
les artistes et les institutions scientifiques mènent
aussi à des projets originaux comme ces Pheuillus
venus d’un autre monde en Camargue.
Mannequins anthropomorphes constitués de feuilles
séchées contenues dans une structure de grillage,
les quatre vingt Pheuillus valent moins par leurs
qualités plastiques que par leur rôle de drôles d’objets
transitionnels. Disséminées en différents points du
domaine, dans l’étang du Verdier près du Sambuc
et laissées aux aléas naturels, ces sculptures d’apparence primitive font partie d’une mise en parcours
théâtralisée par les comédiens de la compagnie.
Support d’échanges ouverts avec des publics variés,
visiteurs occasionnels, habitants alentour, jeunes
scolaires, scientifiques, ils sont les sujets de fictions
amenées et construites avec l’auditoire dans
la spontanéité du moment. Entre affabulations
et vérités scientifiques, rien n’est vraiment sûr.
L’incertitude, c’est justement le thème générique
des Envies Rhônements 2011. Les Pheuillus y font
escale pour trois dates de rencontres insolites
théâtralisées. Chaque soirée sera suivie d’une
conférence «Ciel ! Ma Camargue» de Jean Roché
qui a photographié la Camargue vue d’en haut,
et pourra être prolongée avec les installations
de Jean-Pierre Brazs au domaine de la Palissade
aux Salins de Giraud et Guillaume Laidain
dans les marais du Vigueirat près de Mas Thibert.
La Tour du Valat :
Centre de recherche pour
la conservation des zones
humides méditerranéennes,
fondation privée créée
en 1954 par Luc Hoffmann.
Réservée à la communauté
scientifique, la Tour du Valat
ouvre ponctuellement
ses portes au public extérieur
lors de journées particulières.
Les Pheuillus en Camargue
les 28, 29, 30 juillet en soirée
Tour du Valat, Le Sambuc
04 90 97 20 13
www.tourduvalat.org
www.lephun.net
Le Citron Jaune
04 42 48 40 04
www.lecitronjaune.com
CLAUDE LORIN
Cie Le Phun, Les Pheuillus,
Tour du Valat, Camargue,
2010/2011 © Jean E. Roché
4
Comme l’an dernier Zibeline s’associe au Festival du livre de la Canebière
(voir p71) et publie la nouvelle de Dominique Pion, lauréate du concours
de la Bonne Nouvelle de la Canebière ouvert à des auteurs n’ayant jamais
publié. Cette nouvelle a été écrite, en l’occurrence, en écho avec
une photographie de Zineb Sedira.
Retour aux sources
Enfin ! Elle l’avait retrouvée. De la maison, il ne restait que la terrasse, surplombant la
falaise où la mer bat sans fin les rochers.
Certes, elle est en ruine. Le carrelage autrefois si chatoyant est terni, et par endroits
complètement arraché. Pourtant, face à ce décor majestueux, le regard embrasse la
mer à perte de vue, et elle retrouve son âme d’enfant quand, insouciante et heureuse,
elle jouait avec ses sœurs et frères sous le regard attendri de sa grand-mère. Combien
de fois, assise aux pieds de la vieille femme, elle demandait :
- Mémé, raconte-moi quand tu étais jeune !
Alors, d’une voix douce et voilée, la vieille femme lui racontait son enfance, les
jouets désuets qui la faisaient rire, la rencontre avec grand-père qu’elle n’a pas connu,
mais dont la photo orne le buffet : avec ses grosses moustaches, il l’impressionnait.
Et aussi la guerre avec son lot de souffrances.
Elle était la dernière de la fratrie. Celle que l’on
n’attendait pas. Le cadeau. Elle fut gâtée, choyée,
aimée par toute la famille. Ses frères s’érigèrent
en protecteurs - ils le sont toujours - ses sœurs
furent ses mamans - cela n’a pas changé.
Au fur et à mesure de sa déambulation, ses
souvenirs affluent. Elle se revoit adolescente,
échangeant son premier baiser, cachée dans un
recoin de la terrasse, tremblant de peur d’être
surprise. Fermant les yeux, elle retrouve le goût
du plaisir défendu.
Puis il y eut ce jour funeste où ils durent quitter leur terre.
Elle se souvient de la force de ses mains
agrippant le rebord de la terrasse quand son
père l’arracha à son sanctuaire.
POURQUOI ?
Pourquoi devaient-ils partir ? Ils n’avaient rien fait.
C’est vrai qu’elle n’allait plus au lycée à cause des attentats. Les volets de la maison
étaient constamment fermés. Elle ne jouait plus sur la terrasse, même Mémé ne
racontait plus d’histoires. On entendait le bruit des bombes, les rafales des mitraillettes. Pourtant, papa allait toujours travailler. Alors pourquoi partir ?
- C’est la guerre dit papa.
Sur le pont, elle regarde s’éloigner sa terre. Ses sanglots sont déchirants. Il lui semble
que son cœur explose. Elle tombe à genoux. La tête entre les mains, elle pleure à en
mourir. La main de sa grand-mère se pose sur sa tête «Chut ma douceur, ma lumière
chut».
Entre ses bras, elle la berce.
ARRIVÉE MARSEILLE.
La ville est sale. Éclatée de soleil. Sur le quai, les bagages à leurs pieds, ils attendent
de passer la douane. C’est long. Il fait chaud. Les relents lui donnent mal au cœur.
Enfin ils peuvent partir. Direction un hôtel rue Thubaneau. Ils vont y rester deux
mois, avec interdiction pour les filles de sortir seules. Elle ne comprend pas pourquoi. Elle les trouve belles les femmes avec leur maquillage.
Septembre 62. Direction La Rose. Ils vont habiter dans un H.L.M. C’est un grand
appartement avec toutes les commodités. C’est aussi la rentrée. Pour la première
fois, mais non la dernière, elle entend le mot «pied-noir». C’est une fille qui l’appelle
comme ça.
Là encore elle ne comprend pas pourquoi. Mes pieds sont propres. Et d’autres
insultes. Que nous venons manger le pain des vrais Français, prendre leur travail.
Que nous aurions dû rester dans notre pays.
On se moquait de mon accent. De ma façon de parler. Sous prétexte que là-bas
nous ne suivions pas le même programme j‘ai même dû redoubler ma troisième.
C’était faux. Alors, j’ai mis les bouchées doubles. J’allais leur montrer que la «piednoir» était la meilleure.
Ce fut une année solitaire. Je n’avais pas
Zineb Sedira Framing-the-view III
d’amies. Même les profs étaient différents
avec moi.
PUIS, LE TEMPS A PASSÉ.
On m’oublia. Je me fis même deux amies.
Après le bac, je choisis le droit. Je rêvais de la
magistrature. Mes amies prirent le même
chemin et nos parents nous trouvèrent une
pension de famille à Aix-en-Provence. Ma
première année fut studieuse. Je sortais peu.
J’avais toujours la rage de réussir. Cet été-là,
pour la première fois, je partis en vacances,
seule avec mes deux amies. Quinze jours de
randonnées dans les gorges du Verdon. Ma
récompense.
Ce fut en Décembre, que mon frère présenta
à la famille son ami Antoine - ils avaient fait
leur service militaire ensemble dans les chasseurs alpins. Il avait 27 ans, il était grand, brun,
les cheveux coupés court… Ses yeux noisette paraissaient presque d’or dans son
visage encore hâlé par le soleil de la montagne. Une bouche bien dessinée, le rire
toujours au bord des lèvres. Je le trouvais séduisant et sympathique. Mes parents
l’appréciaient.
Nous avons commencé à sortir, cinéma, théâtre, bal, toujours accompagnés d‘un
de mes frères. En août 1973, nous nous sommes mariés. À la rentrée, je n’ai pas
repris mes études. Puis les enfants sont arrivés : quatre nous comblant de bonheur.
Ma vie était bien remplie, pleine de vie et de joie. Avec bien sûr des moments
difficiles, auxquels nous avons su tous les deux faire face. Les enfants grandirent
sans difficulté. Et petit à petit prirent leur envol. Des petits-enfants sont venus,
nous apportant tellement de joie. Pendant les vacances, la maison se remplissait de
vie, de rires, de fête.
En 2006, Antoine nous a quittés. Pour la première fois en 33 ans il me faisait de la
peine.
Malgré les enfants et les petits-enfants, j’éprouvais un grand vide. Et doucement,
l’idée a germé. Je voulais, non je devais retourner chez moi, de l’autre côté de la Mé-
Zibeline publie également l’illustration de Sebastian Sarti,
lauréat du Prix du Jury d’une valeur de 400 € attribué à une illustration
de la nouvelle Yanvalou de l’auteur haïtien Lyonel Trouillot
© S. SARTI
Aujourd’hui, je suis devenu comme la ville où je suis né.
La ville où je suis né était un bord de mer composé de maisons droites et étroites soudées par des murs mitoyens.
Les murs y avaient des oreilles.
C’était une ville aveugle.
On n’y cultivait pas le regard.
Je suis devenu comme la ville où je suis né.
diterranée. Je ressentais ce besoin comme une urgence.
Les enfants essayèrent de m’en dissuader. Étrangement
mes petits-enfants eux m’approuvaient, comprenant
mon désir, et m’encourageaient.
En juillet 2008, quarante-six ans après, je prenais le
bateau me ramenant à Alger. Sur le pont, je voyais la
ville blanche s’offrir à moi, étincelante de lumière.
ALGER
À peine est-elle débarquée que les souvenirs surgissent
pêle-mêle comme un kaléidoscope créant une kyrielle
d’images. La chaleur est étouffante et bénéfique. Ins-
tinctivement, elle retrouve la marche lente de sa mère
se rendant au marché sous un soleil de plomb. Soleil
qui rend la lumière si blanche.
Elle ôte ses lunettes noires, buvant de tous ses yeux
cette ville qui lui a tant manqué. Jamais elle n’a vraiment parlé à sa famille de sa vie ici. Juste quelques
bribes. Comment leur raconter les odeurs des épices ?
le parfum lourd des femmes ? de la mer ? Comment
leur faire partager les soirées sur la terrasse avec les femmes, partageant mille secrets. Comment leur dire cette
luminescence de l’air ? Comment leur raconter le
premier plongeon dans cette mer si bleue, si chaude ?
Comment leur faire sentir les nuits parfumées par le
jasmin en fleur?
Comment expliquer cette tristesse qui parfois voilait
son regard?
Comme un cheval elle s’ébroue, chassant ses pensées.
Elle veut être seule, pour mieux se retrouver.
Pour la première fois, depuis ces années passées loin de
sa terre, elle savait qu’elle était en paix. Elle avait retrouvé son sanctuaire.
DOMINIQUE PION
88
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Maquettiste
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06 23 00 65 42
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Jeunesse, livres et arts visuels
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Histoire et patrimoine
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Philosophie
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Sciences et techniques
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Ont également participé à ce numéro :
Yves Bergé, Émilien Moreau, PierreAlain Hoyet, Gaëlle Cloarec,
Christophe Floquet, Christine Rey,
Thomas Dalicante
Photographe
Agnès Mellon
095 095 61 70
photographeagnesmellon.blogspot.com
Directrice commerciale
Véronique Linais
[email protected]
06 63 70 64 18
Chargée de développement
Nathalie Simon
[email protected]
06 08 95 25 47