J`ai (très) mal au travail – Un film de JM Carré – 90`

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J`ai (très) mal au travail – Un film de JM Carré – 90`
J’ai (très) mal au travail – Un film de JM Carré – 90’
Eliminer la concurrence, exiger la qualité totale, travailler dans l’urgence,
voilà le vocabulaire qui envahit tous les jours l’univers du salarié moderne.
Le documentaire de Jean-Michel Carré "J’ai très mal au travail", donne le
ton : « Nous sommes tous dopés au travail, avec le management érigé en
idéologie ». La mode dans les entreprises ? Le TTU : le très très urgent. Et
les Français en redemandent : ah que c’est bon d’être sous-pression !, on
en oublierait même de se poser les vraies questions. Une enquête menée
auprès de six mille personnes révèle que le travail arrive en deuxième
position comme condition du bonheur, après la santé mais devant la famille, l’argent et
l’amour, nous confie Jean-Michel Carré dans son film. On se donne à fond pour son travail
jusqu’au malaise. Tous les secteurs d’activité sont touchés par le mal-être, dans les usines
mais aussi dans le secteur tertiaire chez les cadres. L’entreprise moderne marque les
salariés au fer rouge, ses valeurs envahissent la sphère privée. « On vous donne un
ordinateur, on vous paye l’Internet, on vous achète » témoigne un cadre d’une entreprise
d’informatique, à visage couvert. « Avec le mail on exige de vous une réponse immédiate ».
Nous sommes passés de la solidarité paternaliste d’autrefois à la solitude et à la peur . Peur
de ne pas être à la hauteur, d’être licencié et peur que l’on attise entre les salariés (« je dois
être meilleur que mon collègue »). « Les cadres ont découvert qu’ils sont interchangeables,
aussi Kleenex que les autres salariés, analyse Jean-Michel Carré. Le Pdg a peur de son
actionnaire, le cadre de son supérieur hiérarchique et chacun rejette sa peur sur l’autre. »
Christophe Dejours psychanalyste, interviewé dans le film parle de « servitude volontaire qui
va de paire avec le zèle dont fait preuve le salarié ».
Et puis, un jour le corps dit stop ! Il casse d’un coup comme une machine. Dépression,
tentative de suicide, repli sur soi, les médecins du travail témoignent de la dérive des
travailleurs qui n’assument plus. Troubles musculo-squelettiques en hausse, mal de
dos...quelquefois on continue quand même de travailler pour exister, payer ses crédits, faire
semblant d’être heureux.
Les entreprises qui ont eu le courage d’ ouvrir les portes à jean-Michel Carré pour son
documentaire se comptent sur les doigts d’une seule main. « Je me suis heurté à un gros
blocage des conseillers en communication. On a mis six mois pour tourner un plan dans la
grande distribution », précise le réalisateur. Rares sont aussi les salariés, victimes ou
témoins de violences infligées à des confrères, qui osent raconter face à la caméra. Malgré
des ouvrages chocs comme Bonjour paresse, écrit par une ex-cadre à Edf, ou Flics de
supermarché, rédigé par un ancien agent de sécurité, qui parlent dans le film, le sujet
demeure tabou.
Selon la psychanalyste Marie Pezet, expert près la cour d’appel, les femmes seraient plus
touchées « parce qu’elles tiennent plus longtemps face au harcèlement et subissent par
conséquent des dégâts plus importants » que leurs collègues masculins. Il y a dix ans, Marie
Pezet fut la première à ouvrir une consultation « Souffrance et travail » à l’hôpital. Depuis,
elle constate qu’« il en existe une trentaine à Lyon, Toulouse, Montpellier, qui accueillent de
plus en plus de patients ». Succès ou constat d’échec ?
Marilyn Perioli
Source : http://www.viva.presse.fr/J-ai-tres-mal-au-travail-le-film.html