Fiche de lecture : Geert HOFSTEDE, Vivre dans un monde

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Fiche de lecture : Geert HOFSTEDE, Vivre dans un monde
Fiche de lecture : Geert HOFSTEDE, Vivre dans un monde multiculturel, 1994
Extrait du LYCEE MARC BLOCH - Val-de-Reuil
http://lycee-marc-bloch.spip.ac-rouen.fr/spip.php?article1796
Fiche de lecture : Geert
HOFSTEDE, Vivre dans un
monde multiculturel, 1994
- Projets - Atelier Sciences Po - Fiches de lecture -
Date de mise en ligne : mercredi 13 janvier 2010
LYCEE MARC BLOCH - Val-de-Reuil
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Le monde est plein d'affrontements entre des personnes qui sont confrontées à des problèmes identiques, d'ordre
écologique, économique, militaire, sanitaire et météorologique qui ne s'arrêtent pas aux frontières nationales. Pour
trouver des solutions viables à l'échelle mondiale il est important de connaître les différences de pensée des
partenaires.
Postulats
La culture, une sorte de programmation mentale.
Chacun porte en lui des modes de pensée, de sentiment et d'action potentielle qui sont le résultat d'un
apprentissage continu, notre "programmation mentale", c'est à dire un conditionnement généralement inconscient.
Ces programmes mentaux trouvent leur origine dans les divers environnements sociaux rencontrés au cours d'une
vie (famille, quartier, école, groupe de jeunes, lieu de travail et milieu de vie). Si la programmation commence dans
l'environnement dans lequel grandit l'enfant, en général une famille, elle continue tout au long de la scolarité, et l'on
ne peut comprendre ce qui se passe dans les écoles que si l'on sait ce qui se passe avant et après l'école. La
programmation se poursuit dans le milieu de travail ; au comportement des cadres s'ajoute un effet de miroir du
comportement des subordonnés. La politique et les relations entre les citoyens et les autorités sont le prolongement
des relations vécues dans la famille, les études et le travail ; elles influent, à leur tour, sur ces autres sphères de la
vie.
Ces programmations sont couramment désignées par le terme de "culture" qui varie d'un groupe et d'une catégorie
de personnes à l'autre, selon des modalités rarement admises et souvent mal comprises.
Les niveaux de culture.
Hofstede distingue 2 sortes de cultures :
· La "culture 1" : le savoir, l'art, la littérature.
· La "culture 2 : inclut non seulement des activités censées raffiner l'esprit, mais toutes les activités simples et
ordinaires de la vie : "saluer, manger, exprimer, cacher ses sentiments, garder une certaine distance physique avec
autrui, faire l'amour, respecter les règles d'hygiène...". La culture 2 est définie comme la programmation collective de
l'esprit qui distingue les membres d'un groupe ou d'une catégorie de personnes par rapport à une autre. En cela, la
culture 2 ressemble au concept de "habitus" définit par Pierre BOURDIEU. Or, désapprendre est plus difficile
qu'apprendre. Peur, colère, amour, joie ou tristesse, le besoin de contact avec les autres, de jeux, d'exercice,
l'aptitude à observer l'environnement et à en parler avec d'autres, tout cela appartient à ce niveau de programmation
mentale. Mais, ce que chacun fait de ses sentiments, la façon dont il les exprime, dont il relate ses observations, est
modifiée par la culture.
La nature "humaine" n'est pas aussi humaine que le terme le laisse entendre et certains aspects sont partagés avec
le monde animal. La sociobiologie essaie de mettre en lumière les analogies de certains comportements humains
avec ceux du monde animal pour affirmer que les comportements sociaux sont biologiquement (génétiquement)
déterminés.
L'étude des différences de culture entre les groupes et les sociétés ne peut se faire qu'à partir d'une attitude de
"relativisme culturel ".
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Hypothèse
Les différences culturelles se manifestent au travers de quatre critères : symbole, héros, rituels et valeurs.
· Symboles : mots, attitudes, dessins ou objets (langage, jargon, vêtement, coiffure, Coca-Cola, marques de prestige
social...). De nouveaux symboles apparaissent alors que les anciens disparaissent et d'autres sont copiés
régulièrement.
· Héros : vivants, morts, réels ou imaginaires, les héros possèdent des caractéristiques hautement appréciées et
servent de modèles de comportement. Dans notre société, dominé par les images, l'importance des héros est plus
grande que par le passé.
· Rituel : activités collectives, techniquement superflues, mais considérées comme essentielles à l'intérieur d'une
culture : le salut, les formules de politesse, les cérémonies sociales et religieuses. Les réunions, politique ou de
travail, organisées pour des motifs apparemment rationnels sont une façon d'asseoir son autorité.
· Valeur : Les valeurs sont le coeur de la culture et la plupart des enfants ont un système de valeurs solidement
acquis. Du fait de cette acquisition précoce, elles forment un modèle de comportement indélébile qui s'imprime en
nous. Les valeurs définissent le bien et le mal, le propre et le sale, le beau et le laid, le naturel et ce qui est contre
nature, la norme et l'anormal, le rationnel et l'irrationnel, le cohérent et l'insensé. Valeurs désirables et valeurs
désirées... L'idéologie sert de compensation au quotidien d'une relation (par ex . : subordonné patron).
Chaque individu appartient à plusieurs groupes ou catégories et est donc porteur de différents niveaux de culture :
· national (pour celui qui a émigré),
· appartenance à un groupe (régional, ethnique, religieux,...). Les cultures régionales, ethniques et religieuses
transcendent les frontières politiques. Mais, l'appartenance à une religion est plus le résultat de systèmes de valeurs
culturels préexistants que la cause de différences culturelles.
· Appartenance à l'un des deux sexes. Les différences liées au sexe ne sont pas décrites en terme de culture. Les
femmes ne sont pas porteuses de symbole, ne correspondent pas aux figures héroïques, ne participent pas aux
rituels et n'adoptent pas les valeurs dominantes de la culture masculine. Les sentiments et les peurs concernant les
comportements de l'autre sexe sont du même ordre d'intensité que les réactions aux cultures étrangères.
· Appartenance à une génération. Souvent surestimés : les événements historiques ont des répercussions sur les
générations qui les vivent ainsi que le développement technologique.
· Appartenance à une origine sociale, à une organisation ou à une entreprise.
Les différences de culture nationale sont dues aux rythmes de développement différents : certains vivent encore de
la cueillette et de la chasse et d'autres dans des mégalopoles. Il y a plusieurs milliers d'années s'établissait le plus
ancien des empires, la Chine. D'autres depuis se sont effondrés : Maurya, Guptas, Moghols, Majapahit ou les
empires aztèque, maya et inca. L'invention des nations, unités politiques d'organisation de la planète, est un
phénomène récent qu'il ne faut pas confondre avec les sociétés, qui sont des formes structurées d'organisation
sociale : le concept de culture commune s'applique plus aux sociétés qu'aux nations. Chaque nation possède des
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éléments qui favorisent une intégration croissante : langue, éducation, armée, système politique, représentation
nationale aux compétitions sportives, marché... et sont à l'origine d'une très forte programmation mentale de leurs
citoyens.
L'enquête IBM a permis à Hofstede de déterminer des facteurs communs aux différentes cultures. Ces facteurs
unissent ou divisent ces nations, condamnées à survivre ou à périr ensemble :
*
les inégalités sociales, y compris le rapport avec l'autorité.
*
les relations entre l'individu et le groupe.
*
sexe.
les concepts de masculinité et de féminité : les conséquences sociales de l'appartenance à l'un ou l'autre
*
les façons de gérer l'incertitude, liées à la maîtrise de l'agression et à l'expression des émotions.
Ces catégories, identifiées par Inkeles et Levingson vingt ans auparavant, représentent les dimensions des
différentes cultures et permettent ainsi d'en définir les aspects qui peuvent être comparés :
1 - la distance hiérarchique.
2 - le degré d'individualisme ou de collectivisme.
3 - le degré de masculinité ou de féminité.
4 - le contrôle de l'incertitude.
Résumé
1 - LA DISTANCE HIERARCHIQUE (IDH) :
Plus égaux que d'autres : les inégalités dans la société.
Du groupe le plus primitif (la chasse et la cueillette) au système le plus complexe, on constate les inégalités : plus
forts ou plus robuste, plus intelligent, plus de pouvoir, plus de richesse que d'autres, ceux qui inspire plus de prestige
ou plus de respect etc.
Les capacités physiques et intellectuelles, le pouvoir, la richesse et le prestige ne vont pas obligatoirement de pair.
Les savants, les athlètes de haut niveau, les artistes jouissent d'un certain prestige, mais rare sont les sociétés où ils
parviennent à la richesse, encore moins au pouvoir politique. Dans certains pays les hommes politiques peuvent
accéder au prestige et au pouvoir sans la richesse, les hommes d'affaires à la richesse et au pouvoir, sans le
prestige.
L'absence de cohérence entre ces diverses formes d'inégalités est souvent ressentie comme problématique. Les
sportifs deviennent professionnels pour s'enrichir, les politiciens utilisent leur pouvoir pour en faire autant, les
hommes d'affaires entre en politique pour jouir du prestige...
Dans d'autres sociétés, au contraire, on apprécie que la réussite dans un domaine n'aille pas de pair avec la même
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réussite dans un autre. Les lois de nombreux pays ont été conçues pour répondre à cet idéal d'égalité en traitant tout
le monde de la même façon, sans considération pour la richesse, le pouvoir et le prestige.
Mesure du degré d'inégalité : l'indice de distance hiérarchique (IDH).
L'analyse factorielle des réponses a permis de classer les questions les plus étroitement liées et de calculer un
indice hiérarchique (IDH) par pays ; cet indice fournit des indications sur la programmation mentale qui va de pair
avec une nationalité plutôt qu'une autre.
Définition de la distance hiérarchique :
La distance hiérarchique peut donc être définie comme le degré d'inégalité attendu et accepté par les individus. La
distance hiérarchique est donc mesurée à partir des systèmes de valeur de ceux qui ont le moins de pouvoir. La
répartition du pouvoir est également expliquée à partir du comportement de ceux qui ont le plus de pouvoir, des
leaders plutôt que des suiveurs. L'autorité ne se maintient que si elle rencontre la soumission ; la fonction
d'encadrement n'existe que comme complément à une situation de subordination.
Les différences hiérarchiques à l'intérieur d'un pays :
classe sociale, niveau d'études et occupation professionnelle.
Si en France il est courant que le grand patron soit protégé par un rempart d'assistants, nombre de patrons
américains sont aussi accessibles que d'autres managers.
L'inégalité dans une société est visible à travers l'existence de classes sociales : supérieure, moyenne, ouvrière, qui
n'ont pas les mêmes facilités d'accès à certains avantages de la société dont l'éducation. On constate que, dans la
plupart des sociétés, classe sociale, niveau d'étude et profession sont étroitement liés. Ces trois facteurs, cités
comme sources de programmation mentale, sont interdépendants. Hofstede démontre que dans les pays à fort IDH
cela s'applique à toutes les catégories d'emplois, quelque soit leur statut ; dans le cas d'un indice faible, il ne
s'applique que dans les catégories moyenne ou élevée contrairement aux salariés du bas de l'échelle qui obtiennent
des scores de distance hiérarchique aussi élevés que leurs collègues. Le fait que les salariés occidentaux, occupant
le bas de l'échelle hiérarchique, aient des valeurs "autoritaires" se retrouvent également dans les relations familiales
où il a été démontré qu'ils exigent une plus grande obéissance de la part de leurs enfants. Il existe des corrélations :
les différences entre les IDH sont ainsi associées aux différents milieux (familial, scolaire, travail, gouvernement et le
domaine des idées répandues dans ce pays).
Familial : dans un environnement de distance hiérarchique élevé, les enfants doivent obéir aux parents, les plus
jeunes aux plus grands. L'indépendance n'est pas encouragée et le respect des parents est une vertu fondamentale
qui persiste jusqu'à l'âge adulte ; l'autorité parentale joue un rôle tant que les parents sont en vie : ce modèle de
dépendance, par rapport aux "aînés", imprègne tous les contacts humains et la programmation mentale reflète un
réel besoin de cette dépendance. Dans un contexte de faible distance hiérarchique, les enfants sont considérés
comme les égaux dès qu'ils sont capables d'agir ; l'éducation des parents a pour objectif de laisser l'enfant prendre le
contrôle de ses propres affaires, à faire ses propres expériences et à dire non. Quand les enfants grandissent, ils
remplacent la relation parent - enfant par une relation d'égalité. Les familles ont un idéal d'indépendance personnelle,
importante composante de la programmation mentale des adultes. La réalité se situe quelque part entre les deux
extrêmes et démontre l'impact de la famille sur notre programmation mentale
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Enseignement : l'école contribue à la programmation mentale de l'enfant et on peut se demander jusqu'à quel point
le système éducatif peut contribuer à modifier une société. La relation bilatérale "Professeur - Elève" remplace alors
la relation "Parent - Enfant".
Dans un contexte à forte distance hiérarchique, l'inégalité Parent - Enfant est perpétuée par l'inégalité ProfesseurElève qui répond au besoin de dépendance enraciné dans l'esprit de l'élève. Dans ce contexte, la qualité des
acquisitions dépend presque exclusivement de l'excellence des professeurs.
Dans un contexte à faible distance hiérarchique, le processus d'éducation est orienté vers les élèves, qui discutent
avec les professeurs, expriment leur désaccord et ne leur témoignent pas de respect particulier en dehors de l'école.
La qualité des acquisitions dépend dans une très large mesure de l'excellence des élèves.
Les châtiments corporels sont plus tolérés dans les cultures à distance hiérarchique importante car ils accentuent et
symbolisent l'inégalité entre enseignant et élève, tandis qu'ils sont considérés comme mauvais traitement à enfant
dans les pays à faible IDH. Dans certaines cultures à faible distance hiérarchique, mais forte masculinité, comme la
Grande Bretagne, le châtiment corporel ne soulève pas une indignation unanime.
Comme dans le cas précédent, la réalité se situe quelque part entre les deux extrêmes et c'est la capacité de
chaque élève qui est un important élément de variation.
Lieu de travail : Dans le cadre de pays à forte distance hiérarchique les supérieurs et les subordonnés se
considèrent comme inégaux par nature dans un système fondé sur une inégalité existentielle. Les relations entre
subordonnés et supérieurs sont souvent chargées d'affectivité. Les cultures à fort IDH assoient l'autorité d'un patron
tandis que patrons et subordonnés se considèrent comme égaux par nature dans un contexte à faible IDH où les
rôles peuvent être modifiés : un subordonné peut devenir demain un patron. Les signes extérieurs de pouvoir sont
d'ailleurs suspect.
La distance hiérarchique et l'état :
La relation entre l'autorité et le citoyen est gérée différemment selon les pays. L'éventail politique des pays à fort
IDH est caractérisé par des ailes droites et gauches très forte et un centre faible ; ce qui reflète la polarisation entre
dépendance et contre dépendance. Tandis que les pays à faible IDH ont des gouvernements pluralistes et peuvent
passer, de façon pacifique, d'un parti de coalition à l'autre selon le résultat d'élection démocratique.
Les institutions de pays à faible IDH sont copiées par des pays à fort IDH car les idées politiques voyagent au-delà
des frontières. Mais, instaurer des élections ne va pas changer du jour au lendemain les moeurs politiques d'un pays
si elles sont profondément ancrées dans la programmation mentale d'une grande partie de la population.
La distance hiérarchique et les idées :
Parents, enseignants, cadre et leaders politiques sont tous les enfants de la culture. Leur comportement ne se
comprend que si l'on connaît la programmation mentale de leurs enfants, élèves, subordonnés ou administrés. Les
comparaisons de dimensions, comme la distance hiérarchique, permettent d'évaluer les théories, conçues ou
adoptées, dans ces pays pour expliquer ou prescrire les modes de pensée et de comportement. Les philosophes se
sont toujours penchés sur les questions d'inégalité et cela imprègne encore les cultures : sous l'influence chinoise
(Singapour, Hong Kong, Corée du Sud, Taiwan et Japon) les populations acceptent et apprécient l'inégalité, mais
elles pensent que l'usage du pouvoir doit être modéré par le sens des responsabilités. Platon, dans la Grèce
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ancienne, jouait sur les deux acceptations du mot "égalité" : l'une quantitative et l'autre qualitative. Il reconnaissait le
besoin d'égalité, mais le pouvoir devait être exercé par une élite. L'italien Machiavel distingue deux modèles : le
renard et le lion. Pour lui, le dirigeant prudent sait les utiliser alternativement. La ruse du renard lui permettra d'éviter
les pièges et la force du lion fera fuir les loups. Mais, le modèle animal suivi par les dirigeants dépend fortement du
fait que ses administrés sont eux-mêmes des lions ou des renards. Karl Marx s'intéressait au pouvoir pour le donner
à ceux qui en étaient écartés et semblait supposer que l'exercice du pouvoir pouvait être transférer de personnes
physiques à un système. En fait, à la lumière de ce que nous savons de la tendance humaine à l'inégalité, une
dictature du prolétariat est une contradiction dans les termes.
L'exportation d'idées vers d'autres pays, sans prise en compte du contexte culturel d'origine de ces idées, et de leur
importation par des adeptes crédules n'est pas limitée au domaine politique ; on en voit également des exemples
dans les domaines de l'éducation du management et de l'organisation.
Les origines des différences de distances hiérarchiques :
L'appartenance à un groupe de langues découle de l'histoire d'un pays ; certaines racines de notre programme
mental sur la distance hiérarchique plongent deux mille ans en arrière ou quatre mille ans dans le cas de la culture
chinoise (confucéenne). Les pays de langue romane (espagnol, portugais, italien, français) ont un IDH relativement
élevé contrairement aux pays germanique (allemand, anglais, néerlandais, danois, norvégien, suédois) qui ont un
IDH plutôt bas. Mais, on peut raisonnablement estimer que les premières expériences en matière de gouvernement
ont contribué à développer chez ces peuples les programmes mentaux communs nécessaires à la survie de leur
système social et politique. Trois critères permettent d'estimer assez justement l'IDH d'un pays
· la latitude (plus les pays sont éloignés de l'équateur plus l'IDH est faible). A des faibles latitudes, les sociétés
agricoles trouvent une nature abondante et généreuse et la menace vient de la concurrence d'autres groupes. Les
sociétés qui ont la meilleure chance de survie sont celles qui se sont organisées de façon hiérarchique et dépendent
d'une seule autorité centrale qui fait régner l'ordre et l'équilibre. Aux latitudes plus élevées, la nature est le premier
ennemi auquel il faut s'affronter et tout encourage l'homme à créer des industries parallèlement à l'agriculture ; les
membres de ces sociétés ne sont pas trop dépendants des puissants et n'éduquent pas leurs enfants dans la
dépendance.
· la taille de la population : une forte population correspond à un IDH élevé car les citoyens d'un pays très peuplé
doivent accepter un pouvoir politique plus distant et moins accessible que celui d'un petit pays. On pourrait avancer
une relation causale inverse : certains peuples qui ont une forte volonté d'indépendance lutteront durement pour ne
pas être intégrés dans une nation plus grande.
· la richesse : plus un pays est riche plus son IDH est faible. Les facteurs associés à une plus grande richesse
nationale et une plus faible dépendance sont les suivants : une agriculture moins traditionnelle, une technologie plus
moderne, un développement de l'urbanisme, une plus grande mobilité sociale, un meilleur système d'éducation, un
accroissement de la classe moyenne : un ensemble de facteurs dont la causalité est le plus souvent circulaire.
Les perspectives de l'évolution future des différences de distance hiérarchique :
Nous vivons une époque d'intensification sans précédent des communications internationales : cela va-t-il amener
une norme mondiale ? Dans ce cas la norme sera-t-elle une distance hiérarchique faible, moyenne ou forte ? Si on
constate une augmentation mondiale du désir d'indépendance, sans doute sous l'influence de la circulation des
idées, on constate que ce désir n'a été accompagné d'une évolution que dans des pays où la distance hiérarchique
était faible.
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2 - INDIVIDUALISME ET COLLECTIVISME (IND) :
Les rôles respectifs de l'individu et du groupe.
L'origine des différences d'attitudes, l'individuel et le collectif dans la société, tient à un élément fondamental des
sociétés humaines : les rôles respectifs de l'individu et du groupe.
Une large majorité des habitants de notre planète vit dans des sociétés où l'intérêt du groupe prime l'intérêt
individuel (société collectiviste). Le premier groupe auquel nous appartenons est la famille, ou famille élargie en
anthropologie culturelle. Une relation de dépendance, à la fois pratique et psychologique, s'instaure entre le groupe
et chacun de ses membres.
Une minorité de personnes vit dans des sociétés ou l'intérêt individuel passe avant l'intérêt général, on parle de
famille nucléaire. Dans ces sociétés individualistes, l'individu en bonne santé n'est censé dépendre d'un groupe, ni
pratiquement, ni psychologiquement. A noter la situation du Japon où seul le fils aîné continue à vivre avec ses
parents créant ainsi une structure linéale, qui se situe entre la famille élargie et la famille nucléaire.
Mesurer le degré d'individualisme d'une société :
L'extrême collectivisme comme l'extrême individualisme sont les pôles opposés de la seconde dimension des
cultures nationales. Il est important d'établir des indices à partir d'échantillons comparables d'un pays à l'autre. Les
indices ont été établis à partir de quatorze questions portant sur les caractéristiques du travail idéal.
Dans les pays riches, la formation, de bonnes conditions matérielles et la pleine utilisation des capacités sont faciles
à obtenir, ce qui leur enlève beaucoup d'importance comme facteurs d'un travail idéal. Dans les pays pauvres, où
elles sont beaucoup plus difficiles à obtenir, ce sont, au contraire, des éléments essentiels de différenciation entre un
bon et un mauvais travail. Elles deviennent des facteurs importants. L'indice de degré d'individualisme (IND) est
élevé dans les pays riches mais faibles dans les pays pauvres (l'Arabie Saoudite avec un indice faible met en
lumière l'incidence des racines culturelles). L'enquête démontre qu'il existe une relation très étroite entre la richesse
nationale d'un pays et le degré d'individualisme de sa culture.
Collectivisme et distance hiérarchique :
Une corrélation négative semble exister entre les deux dimensions IDH et IND. Les pays à fort indice de distance
hiérarchique seraient plus collectivistes et les pays à faible distance hiérarchique plus individualiste. L'une des
raisons de cette corrélation entre distance hiérarchique et collectivisme tient à un troisième facteur : le
développement économique. Ceci conforte l'idée que la distance hiérarchique et le degré
d'individualisme/collectivisme ne sont pas une dimension unique.
Degré d'individualisme et occupation professionnelle :
Dans une sélection par occupation professionnelle, l'importance accordée au challenge va de pair avec celle
accordée à l'utilisation des capacités. Dans une sélection par pays, ces degrés d'importance sont inversés ; dans
une sélection par emploi "temps personnel" et "challenge" obtiennent des scores inverses alors que ces facteurs se
renforcent mutuellement par pays.
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Individualisme et collectivisme dans la famille :
La relation entre l'individu et le groupe, comme les autres éléments fondamentaux de la culture, s'apprend d'abord
dans le cadre familial. Il existe une corrélation entre le degré de collectivisme et la probabilité qu'un fils ait le même
métier que sont père alors que dans les sociétés plus individualistes, les probabilités qu'un fils de travailleur manuel
accède à une profession non manuelle (ou l'inverse) sont plus forte. Dans la plupart des cultures collectivistes,
l'affrontement direct avec une autre personne est considéré comme grossière car il s'agit de savoir maintenir
l'harmonie dans son environnement. Dans les cultures individualistes, l'affrontement peut être salutaire, car la
confrontation des opinions est considérée comme un des chemins vers la vérité ; le conflit est un élément normal de
la vie familiale qu'il faut apprendre à gérer. Dans la famille collectiviste, les enfants apprennent à calquer leurs
opinions sur celles des autres, les idées sont prédéterminées par le groupe. Dans la famille individualiste, on
encourage les enfants à se faire leurs propres opinions et l'enfant qui ne fait que refléter les opinions des autres est
considéré comme d'un tempérament faible.
La loyauté du groupe est un élément essentiel de la famille collectiviste et implique un partage des ressources
tandis qu'une famille individualiste verra d'un bon oeil que les enfants fassent des petits boulots pour se payer ce
qu'ils souhaitent. Les Pays-Bas ont modifié le système pour que l'aide versée pour les études le soit directement aux
étudiants considérés comme des agents économiques indépendant dès l'âge de dix-huit ans.
Les obligations envers une famille collectiviste sont aussi rituelles ; la présence aux fêtes familiales est d'une
extrême importance.
Dans une culture individualiste la communication est verbale, même si les conversations sociales sont d'une
banalité affligeante, elles sont obligatoires. Dans une culture collectiviste, le fait d'être ensemble est suffisant en soi,
il n'est pas absolument nécessaire de parler. Les contrats d'affaire américains sont beaucoup plus longs que ceux
des japonais.
Un autre concept des familles collectivistes est celui de la honte qui est un sentiment de nature sociale
contrairement à la culpabilité qui est un sentiment de nature individuelle. En effet, si un membre d'un groupe a
enfreint les règles, c'est le groupe tout entier qui aura un sentiment de honte, par le fait que cette infraction soit
connue par l'extérieur du groupe. La culpabilité est elle, ressentie par l'intéressé, que son acte soit connu ou non. La
famille collectiviste accorde une grande importance à la notion de face, ce qui est révélateur d'une société qui est
très consciente des contextes sociaux. C'est le respect de soi qui caractérise la société individualiste.
Les sociétés collectivistes créent des liens pseudo-familiaux, comme jadis au Japon où les cadets des familles
devenaient apprentis chez des artisans par le biais d'une forme d'adoption.
L'individualisme et le collectivisme dans l'enseignement :
Dans la classe de type collectiviste les vertus de l'harmonie et la nécessité de garder la tête haute règne en maître.
Il suffit de faire honte, d'invoquer l'honneur du groupe : les élèves sont traités comme faisant partie d'un groupe,
jamais comme individu isolé. Dans la classe individualiste, les élèves s'attendent à être traités de façon individuelle
et impartiale, les confrontations et les conflits réglés au grand jour sont souvent considérés comme salutaires. Le but
étant de préparer l'individu à prendre sa place dans la société composée d'autres individualités ; il n'a jamais fini
d'apprendre, cela continu après l'école par l'université, le recyclage et la formation continue. On lui apprend comment
apprendre alors que la société collectiviste considère qu'apprendre n'a qu'un temps, celui de la jeunesse, qui doit
apprendre comment faire les choses pour participer à la vie en société.
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Le rôle des diplômes et des certificats comme sanction des études est, lui aussi, différent : dans la société
individualiste, il augmente la valeur économique de son détenteur, mais également sa fierté. Dans une société
collectiviste, le diplôme est un honneur pour celui qui le reçoit et pour le groupe auquel il appartient. Ce diplôme
permettra de frayer avec des membres d'un groupe au statut plus élevé et par exemple d'y trouver un conjoint.
L'individualisme et le collectivisme sur le lieu de travail :
Dans une culture collectiviste, un employeur embauche une personne qui appartient à un groupe, à sa famille, aux
familles des salariées. Le lieu de travail peut, à son tour, devenir un groupe auquel on s'identifie ; les mauvaises
performances d'un salarié ne sont pas une raison suffisante pour le mettre à la porte : on ne renvoie pas son
enfant... Ce sont parfois les syndicats qui font office de groupe d'appartenance.
Dans la culture individualiste, on n'aime pas embaucher dans la famille, cela peut engendrer du népotisme.
L'embauche est considérée comme une relation commerciale sur le "marché du travail". Le management est
individualisé, incitation et prime sont liées aux performances. Dans une société collectiviste, au contraire, il s'agit d'un
management de groupe ; les facteurs qui permettent une bonne intégration à une équipe de travail, les origines
ethniques, par exemple, jouent un rôle important. Dans des pays où la culture dominante est celle de la classe
moyenne individualisée, des sous cultures régionales ont parfois conservé des éléments fortement collectivistes. Les
ouvriers immigrés font partie d'une minorité collectiviste dans une culture individualiste et forment une majorité dans
la main d'oeuvre de certaines industries. Un conflit culturel est alors possible. Les techniques de management et les
programmes de formation professionnelle sont presque exclusivement élaborés dans des pays individualistes et les
hypothèses risquent de ne pas s'appliquer à des sociétés collectivistes. Les entretiens d'évaluation sont considérés
comme l'une des aptitudes clés du cadre performant mais discuter des résultats franchement avec un subordonné
reviendrait à rompre avec l'harmonie : le subordonné aurait le sentiment de perdre la face. Dans ce cas, on préfère
utiliser des moyens détournés, supprimer un avantage normal et faire appel à un intermédiaire, par exemple un
membre de sa propre famille.
Les groupes de sensibilisation des années 60, les groupes de rencontre des années 70 et l'analyse transactionnelle
des années 90 sont tous venus des Etats-Unis et ne conviennent évidemment pas à une culture collectiviste où ce
genre de sensibilisation fait preuve d'insensibilité : la vie quotidienne est faite de rencontres, on ne voit pas l'utilité de
former des groupes spéciaux pour se rencontrer...
Dans une société collectiviste la relation personnelle l'emporte sur l'affaire à traiter et doit être établie prioritairement
; dans la société individualiste l'affaire à traiter est censée l'emporter sur toutes les relations personnelles.
L'individualisme, le collectivisme et l'état :
Moins le programme mental personnel est individualiste, plus il y a de chances que l'état joue un rôle dominant dans
le système économique. L'indice de la liberté de la presse, établi par des politologues, est parfaitement corrélé avec
l'IND.
L'individualisme, le collectivisme et les idées :
Les Américains sont persuadés que l'individualisme est une valeur positive alors que Mao y voyait le mal absolu.
Adam Smith (1723-1790), un des fondateurs de l'économie en tant que discipline, était persuadé que la recherche
par chacun de son intérêt personnel conduirait à la richesse des nations. Mais, du fait des hypothèses individualistes
sur lesquelles elles sont fondées, les théories économiques occidentales ne s'appliquent probablement pas dans les
sociétés où l'intérêt collectif l'emporte sur l'intérêt individuel.
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Plus un pays est individualiste, plus ses citoyens préfèrent la liberté à l'égalité. Par contre, ce ratio n'est pas du tout
corrélé avec la distance hiérarchique.
Le degré d'individualisme ou de collectivisme d'une société a des répercussions sur la conception que cette société
a de la nature humaine. Abraham MASLOW (1908-1970) a formulé sa théorie sur les "besoins humains" : la
réalisation de soi-même figure en haut de la pyramide de Maslow, ce qui reste la motivation suprême d'une société
individualiste ; c'est un concept de personnalité familier à la pensée occidentale mais pas universelle. Dans une
société collectiviste, on réalisera ce qui est dans l'intérêt du clan, ce qui demandera un effacement de la part de
nombreux membres du clan.
L'anthropologue sino-américain, Francis HSU, explique que la langue chinoise n'a pas de terme équivalent au mot
"personnalité" au sens occidental du terme, le "jen" est le mot le plus approchant et il veut dire "personne" en tant
que constante humaine ce qui inclut la personne, son environnement social et culturel direct qui donne un sens à son
existence.
Les origines des différences entre individualisme et collectivisme :
Les anthropologues ont pu établir que de la société la plus primitive à la société la plus moderne la complexité des
familles s'est d'abord accrue puis a diminué. Modernisation rime avec individualisation ; exception faite de l'Asie de
l'Est ou du Japon et des nouveaux pays industriels, la Corée, Taiwan, Hong Kong et Singapour, qui ont gardé un fort
collectivisme en dépit de leur industrialisation. Il y a une relation entre la richesse nationale et le degré
d'individualisme, la richesse engendrant l'individualisme. Quand la richesse d'un pays augmente, ses citoyens ont
accès à des ressources qui leur permettent de "faire chacun son truc personnel". Le conteur du village est, peu à
peu, remplacé par des postes de télévision, la caravane du désert fait place aux autocars, la cabane du village est
remplacée par une maison avec des pièces communes et privées, et dans d'autres civilisations chaque membre
adulte d'une famille conduit sa propre voiture. Mais, la corrélation négative, entre individualisme et croissance
économique pour les pays très riches, suggère que ce développement contient en lui-même sa destruction. Quand la
richesse atteint un niveau tel que chacun peut vivre comme il l'entend, on voit apparaître des déperditions dues aux
frictions, car l'économie nationale croît moins que dans les pays où les gens ont encore l'habitude de faire un certain
nombre de choses ensemble. La latitude géographique est le premier indice de distance hiérarchique. Dans les pays
froids ou tempérés, il y a souvent une culture individualiste car la survie de chacun dépend davantage de son
initiative personnelle. Si la taille de la population est liée à la distance hiérarchique elle n'a pas de lien avec le
collectivisme. Mais la croissance de la population est liée au collectivisme car elle est le résultat d'un taux de natalité
élevé, valeur inculquée par des familles collectivistes plus qu'individualiste.
Les facteurs historiques comme l'influence de Confucius sur tous les pays d'Asie orientale, joue en faveur du
maintien du collectivisme. Les immigrants européens qui ont peuplé l'Amérique du nord, l'Australie et la Nouvelle
Zélande étaient suffisamment individualistes pour quitter leur ancien environnement et s'installer où chacun était
obligé de compter sur lui-même.
Individualisme et collectivisme dans l'avenir :
Les cultures nationales ont de profondes racines et évolueront très lentement dans le domaine de l'individualisme
tout comme dans celui de la distance hiérarchique. Le lien entre richesse nationale et individualisme est indéniable.
Les pays qui ont connu un développement économique (comme le Japon) conservent des aspects nettement
collectivistes dans la vie familiale, scolaire ou de travail. Il en va de même pour les différences entre les pays
occidentaux : parallèlement à une convergence notable vers l'individualisme, les relations entre l'individu et le groupe
restent différentes dans les pays comme la suède, la Grande Bretagne et l'Allemagne. Les cultures évoluent
ensemble si bien que les différences perdurent.
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Les différences entre les valeurs associées au collectivisme et à l'individualisme vont continuer à jouer un grand rôle
dans les affaires internationales. Ces différences sont à l'origine de nombreuses incompréhensions mutuelles dans
les rencontres internationales.
3 - FÉMINITÉ ET MASCULINITÉ :
Référence au rôle social attribué à chaque sexe suivant la culture.
L'appartenance à un sexe et les rôles qui en découlent sont des éléments incontournables de l'existence humaine.
Le masculin et le féminin représentent les deux extrêmes d'un continuum définissant l'importance accordée aux
valeurs de réussite et de possession (valeurs masculines) et à l'environnement social ou à l'entraide (valeurs
féminines).
Si les différences biologiques et statistiques entre les deux sexes sont les mêmes partout, les rôles sociaux ne sont
que partiellement déterminés par les contraintes biologiques. Chaque société assigne des comportements, non
directement liés à la procréation, plus volontiers à un sexe qu'à un autre. Les secrétaires sont souvent des hommes
au Pakistan et l'on trouve aux Pays-Bas une forte proportion d'infirmiers. Il n'y a pratiquement pas de femmes Chef
d'entreprise au Japon alors que c'est fréquent aux Philippines et en Thaïlande.
Le rôle assumé par le père et la mère (et les autres membres dans une famille élargie) a un impact profond et
indélébile sur la programmation mentale du petit enfant. Il n'est donc pas étonnant qu'une des dimensions des
systèmes de valeurs nationaux soit liée aux modèles de rôles proposés par les parents.
La masculinité / féminité en tant que dimension d'une culture.
Le choix d'intituler cette seconde dimension "degré de masculinité/féminité" est venue du fait que c'est la seule
dimension où les réponses des hommes et des femmes étaient différentes systématiquement.
Les choix associés au pôle masculin sont les suivants : la rémunération, être reconnu, l'avancement, le challenge.
Les choix associés au pôle féminin sont les suivants : la hiérarchie (avoir de bonne relation), la coopération, le cadre
de vie, la sécurité de l'emploi. Seront "masculine" les sociétés où les rôles sont nettement différenciés (où l'homme
doit être fort, s'imposer et s'intéresser à la réussite matérielle tandis que la femme est censée être plus modeste,
tendre et concernée par la qualité de la vie) ; sont "féminine" les sociétés où les rôles sont interchangeables
(hommes et femmes sont supposées être modestes, tendres et préoccupés de la qualité de la vie). Dans les pays les
plus féminins (Suède, Norvège, Pays-Bas, Danemark, Costa Rica, Yougoslavie, Finlande, etc.), il n'y a pas de
différence entre les scores des hommes et des femmes qui expriment les mêmes valeurs de tendresse et de
générosité. Dans les pays les plus masculins, (Japon, Autriche, Venezuela, Italie, Suisse, Mexique, etc.) hommes et
femmes ont des valeurs 'dures' (masculines).
Les cultures des deux sexes :
Comme la nationalité, le sexe est une donnée involontaire et son effet sur notre programmation mentale est
largement inconscient. Les éléments culturels dus au sexe ou à la nationalité ne sont pas innés, mais leur acquisition
commence si tôt dans la vie que nous avons toujours vécue avec et n'imaginons pas d'alternative possible. Des
femmes prises individuellement peuvent apprendre à se comporter comme des hommes et inversement. Donner à
ces différences l'appellation de "cultures" accentue leur nature profonde et émotionnelle. La culture féminine est
étrangère à la plupart des hommes et inversement. Le contact avec une culture étrangère déclenche souvent un
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choc culturel, qui est une réaction viscérale irrationnelle. Si les autres cultures nous semblent parfois, à première
vue, ridicule, inquiétantes ou erronées, ce type d'impression peut exister entre les sexes à l'intérieur d'une même
société.
La masculinité, la féminité et l'occupation professionnelle :
L'indice de masculinité/féminité peut s'appliquer aux occupations professionnelles. Cependant, les différences entre
les valeurs associées à ces occupations ne proviennent pas du sexe de ceux qui les exercent. Les salariés d'IBM
occupant des postes "féminins" ont exprimé des valeurs plus féminines que les salariés occupant des postes
masculins.
La masculinité et la féminité dans la famille :
La famille, lieu des premières programmations culturelles, offre deux types de relations bilatérales : la relation parent
- enfant et relation mari - femme. Les effets des différents degrés d'inégalité dans la relation parent - enfant ont été
reliés à la distance hiérarchique. La répartition des rôles entre mari et femme, habituelle dans une société, se traduit
par la position du pays sur l'échelle de masculinité/féminité. Par exemple, dans les pays d'Amérique Latine (inégal et
dur), la norme est un "père dominant et dur " et une "mère soumise ". Le terme de "machisme" est universellement
connu, mais on connaît moins le terme de "marianisme" qui est un mélange de quasi-sainteté, de soumission et de
frigidité. Dans le cadre d'une distance hiérarchique élevée et culture féminine (inégal et tendre), on a les deux
parents dominants partageant les mêmes soucis de la qualité de la vie et des relations. Dans les pays de culture non
dominante (égal et dur) c'est le père, plutôt dur, qui s'occupe des faits et la mère moins dure ; le modèle devient que
les garçons doivent s'affirmer, rendre les coups et surtout ne pas pleurer ; les filles doivent plaire et être satisfaites,
elles ont le droit de pleurer mais pas celui de se battre. Enfin la partie égale et tendre, correspond à des sociétés où
les deux parents sont non dominants et donnent l'exemple d'une relative égalité dans la répartition des rôles.
Dans la vie réelle, cette typologie dépend de la position du pays concerné sur l'échelle de
l'individualisme/collectivisme. Dans une société collectiviste, le modèle d'autorité peut être le grand-père et le père
devient modèle d'obéissance. Les sociétés ultra-individualistes abritent des familles monoparentales dont les
modèles de rôles sont incomplets ou tenus par des personnes extérieures. Cette typologie permet d'insister sur
l'importance de la répartition, par la société, des rôles dans la famille pour les valeurs qui sont transmises de
génération en génération. Ces valeurs et comportement liés au sexe sont programmés dès notre plus jeune âge et
son principalement dus au conditionnement de l'enfant par la mère, différent selon le sexe de l'enfant et la nationalité
de la mère. Le degré de masculinité ne concerne pas uniquement la répartition des rôles dans la famille, mais
démontre que les hommes et les femmes ont des valeurs plus dures dans les pays masculins, et plus tendres dans
les pays féminins.
Dans les pays masculins, les filles sont, comme les garçons, ambitieuses même si cette ambition est parfois
orientée vers la réussite de leurs frères, de leur mari ou de leur fils ; les films américains montrent fréquemment les
filles dans le rôle de "cheeleaders". Les films populaires sont aux sociétés modernes ce que les mythes religieux
étaient aux sociétés anciennes : ils reflètent des modèles de comportement. Les enfants apprennent à admirer les
forts (Rambo et Batman).
Dans les pays féminins, les garçons comme les filles apprennent à être modestes : les comportements assurés et la
recherche de l'excellence, tant appréciée des cultures masculines, sont ici facilement ridiculisés ; d'où cet adage :
"comportez-vous comme tout le monde, vous êtes déjà ridicule de toute façon". On apprend aux enfants la
sympathie pour l'opprimé, l'antihéros (Petzi et Mr Bumble). La répartition des rôles dans la famille n'a pas de
répercussions directes sur la répartition des rôles selon le sexe dans la société. La grande liberté de choix entre
différents rôles sociaux, dont jouissent les femmes dans de nombreux pays industrialisés, est un phénomène récent.
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Son impact sur la répartition des rôles à l'extérieur du foyer ne s'est pas encore complètement fait sentir. C'est
pourquoi le degré de masculinité ou de féminité d'un pays n'est pas lié au taux d'activité des femmes en dehors du
foyer. Ce taux dépend d'ailleurs plus des possibilités économiques et de la nécessité de travailler.
La masculinité et la féminité dans l'enseignement :
On transfère facilement au milieu scolaire les modèles de comportement appris dans la famille. Dans les cultures
féminines, l'échec scolaire est un incident mineur et les suicides sont plus liés à un isolement relationnel ; l'étudiant
moyen est considéré comme la norme et la solidarité entre élèves est une règle tacite ; le choix du métier se fait par
rapport à l'intérêt qu'il porte à un domaine particulier.
Dans les cultures masculines (comme les Etats Unis), l'échec scolaire est un désastre et provoquent des suicides ;
ce sont les meilleurs qui deviennent la norme et essaient de se faire remarquer en entrant en compétition ; le choix
du métier se fait surtout par rapport aux possibilités de choix de la carrière.
Les cultures masculines et féminines n'ont pas les mêmes critères d'évaluation de leurs enseignants et de leurs
élèves. Pour les cultures masculines, c'est le brio pour les professeurs et les résultats pour les étudiants ; les
châtiments corporels (comme, par exemple, en Grande Bretagne) sont considérés comme bénéfiques au
développement des garçons, moins à celui des filles. Dans les cultures féminines, c'est la gentillesse du professeur
et l'adaptation sociale des étudiants qui sera pris en compte.
Il y a un indice de ségrégation, dans les études supérieures, lié statistiquement à l'indice de masculinité, au moins
pour les pays industrialisés : la ségrégation est plus forte dans les cultures riches et masculines que dans les
cultures riches et féminines. Un autre aspect de la ségrégation est lié au fait que les enseignants sont des hommes
ou des femmes.
La masculinité et la féminité sur le lieu de travail :
Outre la différence d'appréciation entre assurance et modestie déjà évoquée, il existe des façons différentes de
régler les conflits. Aux Etats-Unis et dans d'autres cultures masculines comme la Grande Bretagne et l'Irlande, on
pense souvent que les conflits doivent se résoudre par une bonne bagarre et que le meilleur va gagner. Le monde
industriel est régulièrement le théâtre de tels affrontements. L'encadrement évite, dans la mesure du possible, d'avoir
affaire aux syndicats et le comportement de ces derniers justifie souvent cette aversion. Dans les cultures féminines,
comme aux Pays Bas, on préfère venir à bout des conflits par le compromis et la négociation ; chaque pays a pour
cela des outils institutionnels différents. Un autre domaine, dans lequel le contraste est frappant entre sociétés
masculines et féminines, est celui de la place accordée au travail dans la vie personnelle. Une des devises des pays
"masculins" pourrait être "vivre pour travailler", alors que les cultures féminines préféreraient l'expression "travailler
pour vivre". Dans une culture masculine, la famille apprend aux enfants l'assurance, l'ambition, la compétition et les
organisations mettent l'accent sur les résultats. Dans une société féminine, la famille enseigne aux enfants la
modestie et la solidarité ; les organisations préfèrent récompenser sur une base égalitaire.
L'expression "humanisation du travail" consiste à offrir du respect et de l'avancement, d'être confronté à des
challenges. C'est le principe de l'enrichissement des tâches, défendu par Frederick Herzberg (1966). Dans une
société féminine, humaniser un travail consiste à procurer plus d'occasions d'aide mutuelle et de contacts.
Le manager d'une société masculine est sûr de lui et prompt à décider et agressif ; les réunions sont l'occasion pour
les participants de s'affirmer, de montrer combien ils avaient de qualités et les décisions sont prises par ailleurs
individuellement. Dans une société féminine, le manager est moins voyant, plus intuitif et habitué à rechercher le
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consensus ; les réunions permettent de discuter des problèmes et d'y trouver des solutions communes.
Du fait de leurs caractéristiques culturelles, les pays masculins et féminins ne réunissent pas les mêmes secteurs
d'activité. L'industrie, en particulier la production d'équipements lourds, la chimie lourde (tout ce qui demande
efficacité, qualité et rapidité) sont un avantage concurrentiel dans les cultures masculines, tandis que les cultures
féminines sont plus performantes dans les services de conseil, de transport ou la fabrication sur mesure de tout ce
qui traite de la matière vivante, comme l'agriculture ou la biochimie. Il existe une réputation internationale suivant les
préférences culturelles des populations.
Si toutes les sociétés industrielles ont connu ces dernières décennies une augmentation régulière du travail féminin,
on note que cette évolution s'est faite indépendamment du type de culture, bien qu'on trouve plus de femmes
ambitieuses dans les sociétés masculines.
La masculinité, la féminité et l'état :
Les modes de pensée des citoyens ordinaires se retrouvent, bien sûr, chez les leaders politiques qui sont les
enfants de leurs pays. Les politiciens traduisent les valeurs dominantes de leur pays en priorité politiques, qui sont
elles-mêmes reflétées par les budgets. Selon la dimension de masculinité/féminité, seront privilégiés la rétribution
des forts ou la solidarité avec les faibles, la croissance économique ou la protection de l'environnement, les
dépenses d'armement ou l'aide aux pays pauvres. Les pays masculins privilégient une société de la réussite, les
pays féminins une société de partage. En suède, il est considéré comme important d'assurer une qualité de vie
minimum pour chacun. Aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, nombreux sont ceux qui estiment que les pauvres
n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes pour la dureté de leur sort. Les cultures masculines sont moins permissives
que les cultures féminines.
La masculinité, la féminité et les idées :
Dans l'histoire de la pensée humaine, le problème de l'égalité ou de l'inégalité des sexes est aussi vieux que la
religion, l'éthique et la philosophie. Platon, propose dans La République un état idéal gouverné par une élite
composée d'hommes et de femmes. Dans la réalité des faits, l'état grec était dominé par les hommes, tout comme
l'empire romain. Dans les pays majoritairement chrétiens, le pourcentage de catholiques romains est corrélé avec
l'indice de degré de masculinité. L'Eglise catholique romaine maintient fermement la prérogative masculine sur la
prêtrise. Platon et Rufus étaient plus proches des positions féministes modernes que l'Eglise d'aujourd'hui. Dans les
pays masculins, Dieu est plus important. Il est le Père, Il est masculin. L'importance de Dieu et de la masculinité sont
tous deux corrélés avec l'affirmation du respect des Dix Commandements purement religieux (pas d'autre Dieu,
honorer le nom de Dieu, respecter le repos hebdomadaire) plutôt qu'avec les commandements d'ordre sexuel (pas
d'adultère ou de convoitise de la femme du voisin) et encore moins avec les commandements moraux (honorer ses
parents, ne pas tuer, ne pas voler, ne pas faire de faux témoignage, ne pas convoiter les biens du voisin). C'est donc
essentiellement la signification émotionnelle du nom de Dieu qui est fortement marquée dans les cultures
masculines. Cette étude révèle que les femmes de tous les pays sont plus religieuses que les hommes, surtout les
femmes qui n'ont pas de travail rémunéré. La relation entre l'ampleur du féminisme dans un pays et le degré de
masculinité de ce pays est complexe et ambiguë.
Les origines des différences de masculinité / féminité :
L'histoire et la tradition sont à l'origine de la survivance de rôle très divers. Les cultures féminines sont plus
fréquentes dans les climats tempérés ou froids, ce qui laisse supposer qu'une association entre hommes et femmes
améliore les chances de survie et de croissance. La concentration de cultures féminines dans le Nord-Ouest de
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l'Europe renvoie à des facteurs historiques communs. Les élites de ces pays étaient des marchands et des marins
professions qui nécessitent de bonnes relations interpersonnelles ; la période Viking a correspondu à une gestion
des villages par les femmes pendant les longs voyages.
Les pays d'Amérique latine ont des degrés de masculinité très différents : les petits pays d'Amérique centrale sont
féminins, tandis que le Mexique, le Venezuela, la Colombie et l'Equateur sont très masculins ; le Pérou et le Chili
sont plus féminins. Cela s'explique par l'héritage des différentes civilisations indiennes qui ont précédé la domination
hispanique. Le Mexique aurait hérité de la rude culture aztèque, tandis que le sud du pays et l'Amérique centrale
seraient les héritiers de la culture maya, plus tendre. le Pérou et le nord du Chili refléteraient l'héritage inca, proche
de l'héritage maya.
L'évolution future des différences de masculinité/féminité :
La relation entre le degré de masculinité et l'âge est assez élevée et universelle. Les jeunes hommes, entre vingt et
vingt-neuf ans, ont des valeurs fortement masculines, tandis que les jeunes femmes modérément. Les hommes plus
âgés (cinquante à cinquante-neuf ans) ont des valeurs nettement féminines. Entre vingt-cinq et cinquante-cinq ans,
hommes et femmes abandonnent leurs valeurs masculines. Cette tendance générale concorde avec la constatation
que les jeunes ont des centres d'intérêt plus technique (plus masculins) alors que leurs aînés ont des centres
d'intérêt plus sociaux. Le vieillissement de la population va entraîner une féminisation des valeurs. L'accroissement
du nombre de femmes à des postes jusqu'ici tenus par des hommes devrait également contribuer à une évolution
des sociétés vers des valeurs plus féminines. L'automatisation des tâches va encore progresser et ne resteront que
les emplois qui ne peuvent pas être automatisés : les postes de décideurs, les emplois qui font appel à la créativité,
et tous ceux qui ont trait à la sécurité, la défense et l'entretien. Ceux dont l'essence tient aux contacts humains
(encadrer, divertir, tenir compagnie, soigner, aider matériellement et spirituellement, motiver pour apprendre, etc...).
Le développement des techniques favorise une augmentation du besoin des valeurs féminines dans la société.
4 - L'INDICE DE CONTROLE DE L'INCERTITUDE (ICI) :
Ce qui est différent est dangereux.
Une trop grande incertitude engendre une anxiété intolérable et chaque société a élaboré des moyens d'alléger
cette anxiété, par la technologie, les lois et la religion. La technologie aide à pallier les incertitudes causées par la
nature. Les règles et les lois cherchent à éviter les incertitudes liées au comportement d'autrui. La religion aide à
accepter les incertitudes face auxquelles nous sommes désarmés. Malgré la disponibilité des mêmes informations,
presque partout dans le monde, les technologies, les lois et les religions sont toujours différentes. Le sentiment
d'incertitude est acquis et résulte d'un apprentissage. Puis, il est transmis et renforcé par les institutions de base de
la société que sont la famille, l'école et l'état. Ses racines plongent dans l'irrationnel.
Mesure du degré de tolérance de l'ambiguïté : l'indice de contrôle de l'incertitude :
L'indice de contrôle d'incertitude d'un pays est l'expression du niveau d'anxiété qui existe dans une société donnée
face à un avenir incertain. Ce niveau d'anxiété fait partie de la programmation mentale des membres de cette société
dans leur famille, à l'école, puis dans leur vie d'adulte. Le degré de contrôle d'incertitude d'un pays mesure donc le
degré d'inquiétude de ses habitants face aux situations inconnues ou incertaines. Ce sentiment s'exprime, entre
autres, par le stress et le besoin de prévisibilité : un besoin de règles, écrites ou non.
Contrôle de l'incertitude et anxiété :
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L'anxiété ne doit pas être confondue avec la peur qui a un objet bien précis (on a peur de quelque chose mais
l'anxiété n'a pas d'objet). Emile Durkheim avait observé que les taux de suicide étaient étonnamment stables, dans
un même pays ou une même région, d'une année à l'autre. Un taux de suicide élevé est l'une des conséquences
d'un taux d'anxiété élevé dans une société. Richard Lynn, psychologue irlandais, a mené une enquête dans dix-huit
pays sur les phénomènes liés à l'anxiété. Il a découvert une corrélation entre un certain nombre d'indicateurs : le
taux de morts par suicide, l'alcoolisme, le taux d'accidents mortels et le pourcentage de prisonniers, ou d'autres
indicateurs comme la consommation de caféine, la ration moyenne de calories absorbées, le taux de décès par
maladies coronariennes et la fréquence de psychoses chroniques. Lynn a calculé un indice d'anxiété pour chacun
des dix-huit pays. Les indices les plus élevés étaient ceux de l'Autriche, du Japon et de la France ; les plus faibles
ceux de la Nouvelle-Zélande, de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. Certaines cultures sont plus anxieuses que
d'autres.
Les cultures les plus anxieuses sont souvent les plus expressives ; seul, le Japon semble être une exception à la
règle. Mais les Japonais ont un exutoire dans les beuveries, entre collègues, qui sont une façon, tout à fait
institutionnalisée, de libérer l'anxiété. Dans les pays à faible contrôle de l'incertitude, le niveau d'anxiété est
relativement bas. Selon l'étude de Lynn, on y constate plus de morts par maladies coronariennes. Cela peut
s'expliquer par un degré d'expressivité moins élevé : le stress ne peut pas s'exprimer extérieurement, il est intériorisé
ce qui peut déclencher des problèmes cardio-vasculaires. Lynn explique le grand nombre de patients atteints de
psychoses, dans les pays à faible taux d'anxiété, par l'absence de stimuli mentaux dans ces sociétés : des stimulants
comme le thé et le café y sont consommés en quantité, la consommation moyenne d'alcool (effet de relâche) est
faible. Dans les pays scandinaves, beaucoup d'hommes s'adonnent à la boisson de façon périodique et restent
sobres entre ces courtes périodes où l'alcool tient lieu de stimulant ;
Dans les pays à fort contrôle de l'incertitude, les gens sont plutôt remuants, émotifs, agressifs et actifs. Dans les
pays à faible contrôle de l'incertitude, ils donnent l'impression d'être calmes, décontractés, retenus, indolents.
L'étude réalisée sur les systèmes de valeurs des Européens (1981), a utilisé l'échelle d'équilibre de l'affect de
Bradburn, un indicateur général du bien-être subjectif. Dans les pays à fort contrôle d'incertitude, les gens se sentent
en moyenne moins bien, ce qui est une façon d'exprimer l'élément d'anxiété présent dans le contrôle de l'incertitude.
Contrôle de l'incertitude et contrôle du risque :
Il ne faut pas confondre contrôle de l'incertitude et contrôle du risque : l'incertitude est au risque ce que l'anxiété est
à la peur. Le risque, comme la peur, se rattache à quelque chose de précis. L'incertitude et le risque sont des
sentiments diffus. Plus qu'à réduire le risque, le contrôle de l'incertitude cherche à diminuer l'ambiguïté. Les cultures
à fort indice de contrôle de l'incertitude cherchent à structurer leurs institutions, leurs entreprises et même les
relations humaines.
Le contrôle de l'incertitude dans la famille :
Les cultures qui ont un fort degré de contrôle de l'incertitude ont besoin de catégories de gens dangereux contre
lesquelles elles ont à se défendre. Leurs enfants apprennent que certaines idées sont bonnes et d'autres tabous. Les
sociétés modernes sont pleines de tabous qui se transmettent de génération en génération par la famille.
Dans les cultures à faible ICI, les normes sont exprimées en termes simples : être poli et être honnête ; les
comportements déviants ne sont pas nécessairement ressentis comme menaçants. Les normes en matière de
coiffure, vêtement et langage sont peu contraignantes et les enfants doivent traiter tout le monde sans tenir compte
de l'apparence. La tendance à un degré élevé de contrôle de l'incertitude peut se résumer à ce qui fait le credo de la
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xénophobie : "ce qui est différent est dangereux" et pour les cultures dont le besoin de contrôle de l'incertitude est
faible à "ce qui est différent est curieux" ; entre les deux la moyenne pourrait être 'ce qui est différent est ridicule". Si
les enfants apprennent dans leur famille que les autres sont dangereux, cela peut se retourner contre la famille
elle-même. Les enfants peuvent plus tard avoir des sentiments négatifs envers leur famille.
Le contrôle de l'incertitude dans l'enseignement :
La plupart des Allemands souhaitaient, conformément aux pays à fort ICI, des situations d'apprentissage
structurées, avec des objectifs précis, des sujets détaillés et un emploi du temps strict. Ils aiment les situations dans
lesquelles il n'y a qu'une seule réponse correcte à trouver ; ils souhaitent que l'on récompense l'exactitude. Les
Britanniques par contre, aiment les situations d'enseignement ouvertes avec des objectifs vagues, des sujets
généraux et pas d'horaires stricts. Ils sont incapables d'envisager qu'il n'y ait qu'une seule réponse correcte et
souhaitent que l'on récompense l'originalité (faible ICI).
Les étudiants à fort ICI attendent de leurs professeurs qu'ils soient des experts, munis de toutes les réponses. Les
étudiants n'expriment pas leur désaccord intellectuel avec leur professeur. Les étudiants à faible ICI préfèrent les
professeurs qui utilisent un langage aisément compréhensible et les ouvrages qui expliquent les sujets difficiles en
termes simples. Les différences d'opinion sur des sujets académiques sont considérées comme des exercices
stimulants.
Dans les cultures à fort ICI, les parents sont parfois convoqués par les enseignants, rarement consultés : les
enseignants sont censés savoir, pas les parents. Dans les pays à faible ICI, certains enseignants essaient
d'impliquer les parents dans le processus d'apprentissage des enfants et leur demandent de donner leurs idées.
Le contrôle de l'incertitude sur le lieu de travail :
Dans les pays à faible contrôle de l'incertitude, comme les Etats Unis, la Grande-Bretagne ou la Suède, cadre et
non cadre sont tous mal à l'aise face aux règles rigides. Dans les pays à fort contrôle de l'incertitude, comme les
pays latins, c'est l'absence de règles qui est déstabilisante. Dans les deux cas, les attitudes découlent d'un besoin
psychologique profond lié au contrôle de l'agression et à la sécurité face à l'inconnu.
Dans les pays à fort ICI, de nombreuses lois, formelles et informelles, contrôlent les droits et devoirs des
employeurs et des salariés. De nombreux règlements internes contrôlent le processus de travail. Ce besoin de lois et
de règles n'est pas fondé sur une logique formelle mais émotionnelle, d'ordre psychologique. Les membres de ces
sociétés ont été programmés, depuis leur petite enfance, à se sentir à l'aise dans des environnements structurés : ce
qui se passe réellement est moins important que la satisfaction de ce besoin. Par contre, les pays à faible ICI, ont
une aversion émotionnelle pour les règles formelles. Les règlements ne sont établis qu'en cas d'absolue nécessité,
comme par exemple déterminer si on circule à droite ou à gauche de la chaussée. Le comportement est fondé sur
une habitude collective renforcée par le contrôle social.
Dans le monde du travail, le degré d'anxiété conduit à des différences notoires de comportement. Dans les pays à
fort ICI, les gens aiment travailler dur : on se presse car le temps c'est de l'argent. Dans les pays à faible ICI, les
gens sont capables de travailler dur s'il le faut, mais ils aiment se détendre et le temps est le cadre qui permet de
s'orienter.
Le besoin émotionnel de règles, typique des sociétés à fort contrôle de l'incertitude, peut déboucher sur des qualités
de précision et de ponctualité.
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Le contrôle de l'incertitude et l'état :
Dans les pays à fort ICI, les lois sont plus précises et plus nombreuses que dans ceux à faible ICI. L'Allemagne, par
exemple, a prévu des lois pour le cas où toutes les autres lois ne peuvent être appliquées, tandis que la
Grande-Bretagne n'a même pas de constitution écrite. Dans les pays à fort ICI, les citoyens se révèlent pessimistes
quant à leurs possibilités d'influer sur les décisions prises par les autorités et n'envisagent que des moyens
conventionnels pour protester. Les actions les plus extrêmes doivent être sévèrement réprimées par le
gouvernement. Les fonctionnaires des pays à fort ICI ont une vision souvent négative de la politique et des
politiciens. Les citoyens de ces pays sont obligés d'avoir leur carte d'identité sur eux, pour pouvoir en permanence
justifier leur identité. Ces pays ont tendance à être plus conservateurs, même au sein de partis qui se disent
progressistes et comptent plus de partisans du maintien de l'ordre ; leur paysage politique contient plus souvent des
minorités extrémistes et ils ont tendance à interdire les groupes politiques dont les idées sont considérées comme
dangereuses.
Les citoyens de pays à faible ICI pensent qu'ils sont capables de participer aux décisions politiques au niveau local.
Ils se disent prêts à protester contre les décisions gouvernementales, et à employer les grands moyens en cas
d'échec d'actions modérées. Ils se sentent plus compétents et accordent plus de confiance à leurs institutions. La
charge de la preuve de l'identité d'un citoyen incombe aux autorités.
Le sentiment d'une population, par rapport aux autres, découle d'un certain nombre de facteurs historiques, mais ils
ont aussi une composante de confiance ou de méfiance. Les pays à fort ICI font plutôt preuve de méfiance et les
pays à faible ICI font preuve de confiance.
Les pays qui ont constitué l'Axe pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne, l'Italie et le Japon ont tous trois
un fort ICI, plus un fort indice de masculinité. Le fascisme et le racisme trouvent un terrain plus fertile dans les pays à
fort degré de contrôle de l'incertitude et de masculinité. Paradoxalement, cette même combinaison de valeurs a
contribué après-guerre au miracle économique du redressement. Les faiblesses d'une culture peuvent, dans
certaines situation faire sa force.
Les conséquences du degré de contrôle de l'incertitude sur une société dépendent aussi de son degré
d'individualisme ou de collectivisme. Les pays individualistes à fort ICI ont besoin de lois explicites et écrites, tandis
que les pays collectivistes à fort ICI ont souvent des règles implicites, enracinées dans la tradition.
La façon dont une population ou un gouvernement gère les conflits est un phénomène d'ordre culturel. Les pays
avec un fort ICI et un fort collectivisme (ex : pays arabes, Iran, Turquie, l'ex-Yougoslavie, Israël et les pays d'Afrique)
auront tendance à éliminer les conflits intergroupes en les niant et en essayant soit d'assimiler les minorités, soit de
les réprimander. Les pays à fort ICI et individualiste sont souvent le théâtre d'un antagonisme considérable entre les
groupes ethniques, religieux ou linguistiques, mais l'universalisme de l'Etat individualiste essaie de garantir les droits
de chacun. Les pays à faible ICI et individualistes essaient d'intégrer activement les minorités et leur garantir des
droits égaux, exception faite de l'Afrique du Sud.
Le contrôle de l'incertitude, la religion et les idées :
Les croyances religieuses aident à accepter des incertitudes. Les pays orthodoxes et catholiques romains ont un
indice ICI élevé. Les pays juifs et musulmans ont des indices moyens, et les pays protestants un indice faible ; les
religions orientales un indice allant de moyen à faible.
La différence entre les sociétés à fort et faible degré de contrôle de l'incertitude réside dans le degré de certitude
exigé par rapport à cette Vérité. Dans les cultures à fort ICI, le credo est "il n'y a qu'une seule Vérité et nous la
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possédons" alors que dans les cultures à faible ICI on croit aussi à la Vérité mais le besoin d'être seul à la détenir
n'est pas aussi fort "Il n'y a qu'une seule Vérité et nous la cherchons". La confession est une pratique des cultures à
fort degré de contrôle de l'incertitude.
Dans les sociétés à faible ICI, on aura plutôt tendance à modifier une règle s'il est évident qu'elle ne peut être
respectée. Dans le domaine de la philosophie et des sciences, les pays à fort ICI donneront naissance à des
systèmes philosophiques universalistes : en Europe, la France et l'Allemagne ont produit plus de grands philosophes
que la Grande-Bretagne et la Suède. Les pays à faible ICI ont su tirer des conclusions de l'observation et de
l'expérimentation plutôt que de la réflexion.
Les origines des différences de contrôle de l'incertitude :
Les pays qui ont connu la domination romaine ont tous un indice de contrôle de l'incertitude élevé ; par contre, les
pays de langue chinoise ont un ICI beaucoup plus faible. Ces deux empires étaient des Etats forts, mais très
différents sur le chapitre des lois. L'empire romain avait élaboré un système de lois très codifié. L'empire chinois n'a
jamais connu le concept de loi, mais un gouvernement par les hommes, que l'on peut opposer au système romain de
"gouvernement par la loi".
L'évolution future des différences de contrôle de l'incertitude :
Quand le niveau d'anxiété monte dans un pays, le contrôle de l'incertitude augmente ; cela se traduit par une
montée de la xénophobie, de l'intolérance des fanatismes religieux et politiques. Le gouvernement passe aux mains
de fanatiques qui peuvent entraîner le pays dans la guerre qui va concerner d'autres pays qui n'avaient peut-être pas
le même fanatisme mais où le degré d'anxiété va monter du fait de la guerre. Après la guerre le degré d'anxiété va
baisser, alors la tolérance s'accroît et ensuite au bout de quelques années le processus s'inverse.
Les processus économiques jouent aussi leur rôle : les pays dont l'économie fonctionne bien génèrent moins
d'anxiété que ceux qui perdent du terrain sur le plan économique ou sont lourdement endettés.
Contrôle de l'incertitude, distance hiérarchique et motivation :
Frederick Herzberg oppose la motivation et l'hygiène : toute situation de travail contient des éléments qui ont un
potentiel de motivation positif et d'autres dont le potentiel est négatif. Parmi les facteurs motivants on peut citer le
travail, le besoin de réussite, de reconnaissance de ses mérites par les autres, de responsabilité, d'avancement : soit
les éléments "intrinsèques" du travail. Les facteurs d'hygiène, qui doivent exister pour empêcher la démotivation : la
politique de l'entreprise, l'encadrement, le salaire et les conditions de travail, soient les éléments extrinsèques. Pour
Herzberg c'est le contenu du travail, et non le contexte qui incite l'homme à agir.
Pour Sigmund Freud, l'homme est poussé à agir par le subconscient. Le moi essaie de contrôler ces forces. Mais, il
est lui-même soumis à l'influence d'un censeur interne et inconscient. Ce sur-moi se développe au cours de l'enfance
essentiellement sous l'influence des parents. Freud était autrichien et l'Autriche conjugue une faible distance
hiérarchique et un fort degré de contrôle de l'incertitude, autrement dit un fort besoin de règle, mais pas de
dépendance psychologique par rapport à un supérieur. Ce concept reflète un modèle culturel particulier et n'aurait pu
apparaître aux Etats-Unis où le degré de contrôle de l'incertitude est moins élevé. Le sur-moi n'est jamais devenu un
concept très populaire auprès des psychanalystes américains.
Conclusion :
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G. Hofstede montre l'importance de l'origine culturelle et à quel point la culture est un phénomène fondamental. Elle
imprègne le quotidien : la façon dont nous vivons, dont nous avons été élevés et élevons nous même nos enfants,
dont nous nous dirigeons et sommes dirigés, jusqu'à notre façon de mourir. Elle affecte aussi les théories que nous
élaborons pour expliquer nos habitudes. Rien dans nos vies n'échappe à l'influence de la culture.
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