Fiches Compagnonnage (953Ko)

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Fiches Compagnonnage (953Ko)
Qu'est-ce que
le Compagnonnage ?
1
LE MUSÉE
Il a été inauguré en 1968. Il se situe dans l’ancien dortoir des moines
de l’abbaye Saint Julien qui comprend encore la salle capitulaire et le
cellier.
La grande salle du musée comporte une belle voûte en forme de coque
de bateau renversée, restaurée par des Compagnons charpentiers en
1955.
Les Compagnons d’aujourd’hui, répartis en une trentaine de métiers, y
sont regroupés en 4 familles :
> les métiers du bâtiment : tailleurs de pierre, couvreurs,
peintres-vitriers, charpentiers, menuisiers, maçons,
plombiers.
> les métiers du cuir : cordonniers-bottiers, bourreliersharnacheurs, selliers et maroquiniers.
> les métiers du métal : ferronniers d’art, serruriers,
chaudronniers, mécaniciens outilleurs, maréchaux-ferrants.
Les charrons se sont transformés en carrossiers.
> les métiers de bouche qui s’organisent en tant que sociétés
compagnonniques en 1811 avec les boulangers. Au début du
XXème siècle, ils seront suivis des cuisiniers, des pâtissiers et
des confiseurs.
> les métiers du textile : les tisseurs, les cordiers, les
tapissiers…
Certains de ces métiers ont disparu, d’autres sont présents
aujourd'hui, comme les prothésistes dentaires ou les électriciens.
Chacun de ces métiers est évoqué par des chefs-d'œuvre, des outils,
des attributs compagnonniques (cannes, rubans appelés "couleurs"),
des pièces d’archives, des tableaux peints...
2
LE COMPAGNONNAGE
C’est un ensemble de sociétés rassemblant des ouvriers qui
exercent des métiers d’artisanat.
Il apparaît à la fin du Moyen-âge, vers 1420 sur une ordonnance
de Charles VI citant des Compagnons cordonniers.
Il existait certainement avant cette date, notamment pendant la
construction des grandes cathédrales, mais nous n’en avons pas
de traces.
Le Compagnonnage serait né d’une aspiration à la liberté des
ouvriers du Moyen-âge, de quitter leur maître à leur guise, de
s’embaucher où ils le souhaitent, de fixer leur salaire. Cela va
créer une mobilité géographique et une solidarité entre ouvriers
itinérants. Ainsi naissent des sociétés réglementées par des
« Devoirs » (ensemble de symboles, de règlements, de rituels qui
régissent chaque société).
Sous l’Ancien Régime et jusqu’au milieu du XIXème siècle, les
sociétés de Compagnonnage s’opposent fréquemment aux maîtres
des corporations. Le Compagnonnage apparaît alors comme
l’ancêtre des syndicats et des sociétés de secours mutuels. Plus
pacifique après 1850, il connaît un déclin relatif puis une
réorganisation profonde en 1889 : c’est la fondation de l’Union
Compagnonnique des Devoirs Unis. En 1941 est fondée
l’Association Ouvrière des Compagnons du Devoir et en 1953 la
Fédération Compagnonnique des Métiers du Bâtiment.
> Il y a actuellement environ 12 000 Compagnons en France; on en
comptait entre 150 000 et 200 000 au XIXème siècle. A l’origine de
cette diminution : l’industrialisation, le progrès technique (donc le
remplacement de l’homme par la machine), la guerre de 1914-1918 et
l’évolution des mentalités ouvrières.
3
LA LÉGENDE DES TROIS FONDATEURS
SALOMON ET HIRAM
La Bible rapporte que lorsqu’il décida de construire le temple de
Jérusalem, le roi Salomon fit appel à un architecte du nom d’Hiram.
Les ouvriers travaillant sur le site étant de plus en plus nombreux, il
devint nécessaire de distinguer les hommes habiles des hommes
sans qualification. Aussi confia-t-on aux premiers un mot de passe
qui leur permettrait de se faire payer selon leur dû.
Les trois apprentis, furieux qu’Hiram ne les ait pas distingués,
voulurent obliger le maître à révéler le mot de passe. Armés d’un
maillet, d’une règle et d’un levier, ils frappèrent Hiram qui préféra
la mort à la révélation du secret.
Salomon est le fondateur des Compagnons tailleurs de pierre,
surnommés les " Etrangers " et des autres sociétés du Devoir de
Liberté : les menuisiers et serruriers " Gavots ".
Au XIXème siècle, des tonneliers, des charpentiers les " Indiens ",
des cordonniers et des boulangers du Devoir de Liberté se dirent
également " Enfants " du roi Salomon.
4
MAÎTRE JACQUES
Maître Jacques était un collègue de Maître Hiram. Il œuvra au
temple de Jérusalem et fut nommé maître des tailleurs de pierre,
des menuisiers et des serruriers.
Après que le temple fut édifié, Maître Jacques quitta la Judée en
compagnie du Père Soubise, un autre architecte. Ce dernier
débarqua à Bordeaux tandis que le premier demeura à Marseille
avec ses disciples, mais le père Soubise était jaloux de Maître
Jacques... Dès ce moment, la guerre larvée entre les partisans de
Soubise et ceux de Maître Jacques domine la légende.
LE PÈRE SOUBISE
Le Père Soubise aurait été l’un des architectes du Temple de
Jérusalem sur l’ordre du Roi Salomon. Il aurait été le maître
d’œuvre des travaux de charpente.
Il aurait noté en un lieu secret les plans d’architecture du temple
idéal qui, au treizième siècle, auraient été retrouvés dans la tombe
d’un moine bénédictin portant le même nom que lui.
Depuis des siècles les Compagnons du Devoir s’appuient sur l’un ou
l’autre de ces trois fondateurs mythiques qui les relie à ce qui leur
paraît essentiel : Salomon et le Temple.
Ils sont les Enfants de Salomon, de Maître Jacques,
et du Père Soubise.
5
LE DEVOIR
Le Devoir est l’ensemble des règlements, des rites, légendes et
symboles adopté par les sociétés de divers métiers. En ce sens
chaque métier possède son propre « Devoir ». Mais au sens large,
le terme est synonyme de Compagnonnage et fédère plusieurs
sociétés ayant des références légendaires, des usages et
traditions communes.
Ainsi existe-t-il des Compagnons du Devoir, enfants de Maître Jacques
et du Père Soubise, des Compagnons du Devoir de Liberté, enfants de
Salomon et des Compagnons des Devoirs Unis.
Tous jeunes désireux de tenter l’expérience du Compagnonnage
peuvent être admis sur le tour de France. Il doivent pour cela
être motivés par l’apprentissage et le perfectionnement d’un
métier, et être prêts à voyager. Après avoir pris contact avec un
siège compagnonnique et passé avec succès les tests de
sélection, les futurs artisans peuvent se lancer vers l’aventure
compagnonnique.
Ce n’est qu’après quatre, cinq ans (ou plus) de perfectionnement
par le voyage, que le jeune aspirant peut prétendre au titre de
Compagnon du tour de France. Il doit présenter son travail de
réception : son chef-d'œuvre. Une assemblée de Compagnons
décide alors de la réception du nouveau Compagnon, en fonction
de son travail et de son comportement.
Lors de la cérémonie de Réception, il reçoit sa canne, ses
couleurs et son surnom, qui associe le plus souvent sa région
d’origine et de sa principale qualité morale (par exemple :
Tourangeau la Persévérance).
6
LES MÉTIERS DE BOUCHE :
boulangers, pâtissiers, confiseurs et cuisiniers
Les boulangers ont pratiqué le tour de France au moins depuis le
XVIIIème siècle, mais ils sont véritablement entrés dans
l’histoire du Compagnonnage en 1811..
Cette année-là, à Beaune en Bourgogne, un Compagnon doleur
(tonnelier) livra son Devoir à des ouvriers boulangers qui l’avaient
secouru lorsqu’il était malade. En d’autres termes, il leur livra les
mots et les signes secrets qui leur permettent de se constituer
en société compagnonnique.
Les Compagnons boulangers s’établirent ensuite à Blois puis
fondèrent rapidement des
cayennes
(des centres
d'hébergement) sur l’ensemble du tour de France.
L’admission des pâtissiers au sein des Compagnons du Devoir n’a
lieu qu’en 1939. Quant aux Compagnons cuisiniers, ils sont
représentés depuis environ 1910 à l’Union Compagnonnique. Ils
comptent aujourd’hui de célèbres « toques » dans leurs rangs.
Les Compagnons des métiers de bouche ont su s’adapter à
l’évolution des habitudes culinaires et diététiques. Ils ont
également tenu compte de la découverte de nouveaux produits et
de la mécanisation sans rien altérer de leur savoir-faire.
Vous pouvez voir dans le musée :
- Les œufs en sucre décorés de l’image des trois fondateurs du
compagnonnage
- Le "Grand château en sucre" composé de cinq sucres différents
- La "Pagode japonaise" en sucre pastillage
- "L’Hôtel-Dieu de Beaune" qui a nécessité 20kg de pâte à nouilles
Etc.
7
LES VANNIERS
L’art du vannier s’apparente à celui du tisserand mais les fils de
chaîne et de trame sont ici constitués par des tiges végétales
entrecroisées. L’osier qui croît partout en France sur sol
humide, constitue le matériau le plus employé. Il est coupé à
l’entrée de l’hiver, au ras de la souche, puis lentement séché au
soleil. Le vannier tresse aussi le saule, le châtaignier, la
bourdaine, le jonc, selon les régions et les éléments fabriqués.
Le rotin et le raphia, végétaux exotiques, sont également
utilisés.
Les outils du métier sont : la serpette pour le couper et le
tranchet, l’écorçoir, la batte pour serrer les brins, le fendoir
pour diviser la tige en deux, trois ou quatre brins et le rabot.
Le van en osier a donné son nom au métier : ce panier en forme
de coquille à deux anses, était employé autrefois pour nettoyer
le grain de ses impuretés.
Le vannier fabrique également des corbeilles, paniers, nasses,
des habillages de bouteilles, des coffres, sièges et objets
décoratifs.
Les Compagnons vanniers du Devoir auraient été fondés en 1409
à Orléans. Leur existence est attestée au XVIIIème siècle mais,
réputés isolés, ils ont laissé peu de souvenirs de leur société,
qui s’est éteinte au début du XXème siècle.
Ils fêtaient la Saint Antoine le 17 janvier.
Vous pouvez voir dans le musée :
- Le "cheval chef-d'œuvre"
- Le buste dit "du Prince impérial"
- Le règlement des Compagnons Vanniers du Devoir (1854)
8
LES CORDIERS
Le cordier travaille les fibres du chanvre, dont la culture était
autrefois très répandue en Val de Loire.
Le « rouissage » est l’opération qui consiste à immerger les
tiges dans l’eau pour séparer la filasse du bois. Les bottes de
chanvre sont ensuite écrasées entre les mâchoires d’une broye
puis passées entre les pointes d’un grand peigne de fer, le
sereau.
Le cordier accroche ensuite les mèches de filasse à des
molettes munies de crochets, qui sont entraînées par une roue.
Son mouvement permet la torsion de la filasse qui deviendra
ficelle, cordage ou câble selon leur grosseur.
Les Compagnons cordiers du Devoir auraient été fondés au
XVème siècle. Leur production s’écoulait sur les chantiers navals
du bord de mer ou étant destinée à la navigation fluviale, d’où
l’implantation de leurs sièges à Toulon, Rochefort, Angers, La
Rochelle, Nantes.
Ils fêtaient la Saint Pierre, lequel, selon les Écritures, aurait
miraculeusement brisé ses liens lors de sa captivité à Rome.
Ce compagnonnage s’est éteint au début du XXème siècle. La
mécanisation des techniques, la régression de la marine à voile
et l’apparition des fibres exotiques et plastiques ont entraîné sa
disparition.
Vous pouvez voir dans le musée :
- Le «triptyque en forme de temple» encadrant les
lithographies des trois fondateurs du Compagnonnage
- Les anneaux sans fin
- La canne couverte de corde tressée
9
LES SELLIERS-BOURRELIERS
Le bourrelier confectionne le collier de cuir ainsi que les
éléments du harnais destinés aux chevaux de labour et de trait.
Le mot « bourrelier » vient de « bourre », nom donné aux poils
des bovins que le tanneur conservait après l’épilage des peaux
dans les bains d’eau de chaux. La bourre, ainsi que le crin, sont
tassés dans le corps du collier qui sera placé au poitrail du
cheval.
Le métier de bourrelier exige une bonne connaissance de la
morphologie de l’animal.
Le sellier-carrossier, pour sa part réalise les selles, brides, mors
des chevaux destinés à être montés. Il garnit également les
sièges des voitures attelées.
L’outil le plus caractéristique est le couteau à pied, dont une lame
en demi-lune, découpe et amincit le cuir. Les autres outils comme
la griffe à molette, les alènes, les passe-corde et les aiguilles
sont essentiels pour la couture.
Ils travaillent aujourd’hui auprès des haras et des amateurs
d’équitation ou encore à la confection de sièges de voiture.
Il existe aussi des Compagnons maroquiniers du Devoir.
Vous pouvez voir dans le musée :
- Un faucon naturalisé équipé pour la chasse
- Un petit cheval harnaché
- Une maquette de voiture décapotable
- Des colliers d'harnachement en cuir, œuvres de "Tourangeau
l’estimable"
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LES CORDONNIERS-BOTTIERS
Le cordonnier est l’artisan qui fabrique entièrement la
chaussure, en assemblant par coutures toutes les parties qui la
composent.
Les principaux outils utilisés par le cordonnier sont : le tranchet
et les marteaux pour clouer et battre le cuir, la pince à monter,
les alènes, les fers et l’astic pour polir la semelle.
Leur présence sur le tour de France est attestée dès le XVème
siècle, mais poursuivies par l’Eglise et la police, ils se
marginalisent au XVIIIème siècle. Ce n’est qu’en 1808 qu’un
Compagnon tanneur livre les secrets de sa société à des
ouvriers cordonniers. Ainsi renaissent les Compagnons
cordonniers-bottiers du Devoir. Ils ne seront reconnus qu’à la
fin du XIXème siècle.
Leurs protecteurs sont les saints Crépin
cordonniers de Soissons, fêtés le 25 octobre.
et
Crépinien,
Aujourd’hui, le métier est toujours transmis par les Compagnons
aux jeunes qui apprennent non seulement à réparer mais aussi à
concevoir des modèles de chaussures. Leur expérience est mise
aussi au profit de l’orthopédie.
Vous pouvez voir dans le musée :
- Les bottes dites « Napoléon », sans couture visible.
- Trois bottes dites « sans coutures » brodées de soie.
- Les escarpins de mariée de Mme Méliès, épouse du cinéaste
(1885), etc.
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LES TISSEURS-FERRANDINIERS ET TAPISSIERS
Les étoffes comprennent toujours deux séries de fils : le "fil de
chaîne" parallèle aux lisières du tissu et le "fil de trame",
perpendiculaire.
Le tissage comprend une minutieuse préparation des fils, la
conception des dessins et de l’étoffe, la mise en carte, puis le
lisage et le piquage, c’est à dire la fabrication des cartons
représentant le dessin. Le tissage s’effectue au moyen d’un
métier à tisser dont le modèle le plus perfectionné fut inventé
en 1807 par un lyonnais, Joseph-Marie Jacquard.
Cette mécanique permet de réaliser une grande variété d’étoffes
façonnées, présentant des dessins ou des effets de reliefs.
La "ferrandine" est une étoffe à chaîne de soie et trame de
laine, inventée au XVIIème par le lyonnais Ferrand.
Les Compagnons tapissiers sont intégrés depuis 1958 au sein de
l’Association Ouvrière des Compagnons du Devoir et depuis le
début du XXème siècle à l’Union Compagnonnique.
Le Compagnonnage comprenait autrefois d’autres métiers du
textile comme les teinturiers, les tondeurs de draps, les toiliers,
les bonnetiers, les tailleurs d’habits et les chapeliers, qui ont
disparu au XIXème siècle, la machine ayant remplacé la main de
l’homme.
Vous pouvez voir dans le musée :
- "A la mémoire de Jacquard ", tableau tissé en soie (1850)
- L’allégorie des Compagnons tisseurs, lithographie (1878)
- Un tablier brodé de Compagnon teinturier du Devoir (1834)
- Le temple à quatre colonnes torsadées, œuvre d’un compagnon
tapissier (1994)
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LES MARÉCHAUX-FERRANTS ET FORGERONS
Il y a une trentaine d’années, le maréchal-ferrant était encore
présent dans les villages, lorsque le cheval apportait sa force. Grâce
aux fers, les sabots étaient renforcés et protégés.
Le ferrage s’effectue à deux : un ouvrier tient le pied du cheval
tandis que le maréchal enlève les vieux fers avec les tricoises,
grosses tenailles coupantes. Le sabot est nettoyé au rogne-pied et
la corne soigneusement rabotée au boutoir. Le pied est alors prêt à
recevoir le fer. Huit clous, le maintiennent au sabot.
Les maréchaux-ferrants se sont constitués en Compagnonnage au
XVIIIème siècle.
Leur protecteur est Saint Eloi, fêté le 26 juin l’été, et le 1er décembre
l’hiver.
Les Compagnons forgerons travaillent les grosses pièces de fer à
l’enclume et au marteau-pilon. La fabrication d’outils, de grilles,
d’objets de la vie quotidienne ou d’éléments mécaniques entrant
dans leurs compétences. Ils ont donné naissance en 1924 aux
Compagnons mécaniciens.
Les métiers du métal sont aussi représentés par les compagnons
chaudronniers, qui travaillent la tôle, le fer, le cuivre, l’aluminium au
marteau. Ils se sont tous adaptés aux techniques modernes.
Vous pouvez voir dans le musée :
- Le chef-d'œuvre à automates
- Le temple-atelier du Compagnon Bernadet
- Le cygne en laiton
- La statuette du Compagnon sur le tour de France, chef-d’œuvre de
"Tourangeau Cœur fidèle" etc.
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LES SERRURIERS
Travaillant à la forge, le serrurier est souvent amené comme le
maréchal et le forgeron, à fabriquer des outils, des pièces de
machines agricoles et d’une façon générale, tous les accessoires
en métal.
Il confectionne non seulement les serrures et les clefs mais tous
les éléments destinés à "serrer", c’est à dire à enfermer et
protéger : grilles, balustrades, balcons, etc.
Les Compagnons serruriers constituent une société établie
historiquement dès le début du XVIIème siècle. Ils sont
généralement associés aux Compagnons menuisiers. Dans les
grandes villes ils étaient souvent en concurrence et c’est
pourquoi, au XIXème siècle, lassées des trop fréquentes rixes, les
autorités organisèrent des concours pour laisser le monopole de
l’embauche aux vainqueurs.
Ils honorent Saint Pierre le 29 juin, détenteur des clés du
paradis.
Aujourd’hui, leurs activités se sont étendues à la construction
métallique. Ce sont des "métalliers", qui réalisent tous les
ouvrages en acier, aluminium, P.V.C. et vitrerie lors de la
construction d’édifices contemporains.
Vous pouvez voir dans le musée :
- La serrure à pièges et à secrets d’ "Émile le Tourangeau"
- La grille de parc miniature (2325 pièces, 14 ans de travail), de
Léopold Habert
- L’enseigne du Compagnon serrurier Meniot
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LES COUVREURS
C’est en Anjou, à Trélazé, que d’énormes quantités de schiste
ardoisier ont été extraites pour les besoins du bâtiment.
Répandue dans tout le Val de Loire, notamment pour les
châteaux, puis acheminée dans la France entière dès le Moyenâge, l’ardoise est le matériau de base des Compagnons Passants
Couvreurs Bons Drilles du Devoir.
Le métier de couvreur demande courage, audace, endurance aux
intempéries et beaucoup d’habileté. Souvent vêtu de larges
pantalons de velours noir, pour faciliter ses déplacements entre
ciel et terre, le couvreur travaille avec le marteau à couper
l’ardoise et l’enclumette, dont la pointe se fixe dans la charpente.
Les Compagnons couvreurs, surnommés "chats" ou "coucous", ont
été fondés en 1759 par les Compagnons charpentiers.
Les plombiers et les zingueurs se sont joints à eux en 1911.
Ils fêtent l’Ascension car "Ils montent toujours".
Vous pouvez voir dans le musée :
- Une flèche d’église, une tour Eiffel et un châtelet en ardoises
découpées
- Un casque de pompier couvert d’ardoises
- Le grand chef-d'œuvre de couverture des Compagnons de Tours
- L’avion de Blériot, en tubes de cuivre, chef-d’œuvre d’un Compagnon
plombier (2000)
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LES MENUISIERS
Le menuisier travaille le bois en menus ouvrages, d’où son nom.
Son activité nécessite des connaissances en géométrie.
Il emploie de nombreux outils adaptés à tous les stades du
travail et propres à chaque ouvrage réalisé, pour couper (des
scies à refendre, à chantourner); pour aplanir et donner leur
forme aux pièces de bois (varlopes, rabots, bouvets,
mouchettes); pour creuser et percer (ciseau, gouge, bédane,
vilebrequin); pour mesurer et tracer (compas, règle, niveau,
sauterelle)
Les Compagnons menuisiers apparaissent avec certitude dans
les archives au début du XVIIème siècle.
Dès cette époque ils sont divisés en "Compagnons du Devoir" et
"Compagnons du Devoir de Liberté". Dans le passé les deux
sociétés se sont souvent affrontées violemment. Au XIXème
siècle, pour les départager, les pouvoirs publics ont favorisé les
concours de chefs-d'œuvre. Les vainqueurs pouvaient alors
demeurer seul dans une ville, pour un siècle.
Leur fête patronale est la Sainte Anne, mère de la Vierge
Marie, car elle construisit le premier tabernacle en la mettant
au monde.
Vous pouvez voir dans le musée :
- Des escaliers de styles divers (XIXème et XXème siècles)
- Un portique de temple
- Le temple du Devoir, en noyer, à colonnes torsadées
- La Chaire à prêcher (1804), sujet d’un concours entre sociétés
rivales.
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LES TONNELIERS - DOLEURS
Un tonneau se compose de douves (ou douelles) cintrées et de
planchettes pour les fonds. Des cercles de métal ou de bois de
châtaignier maintiennent l’ensemble hermétiquement afin de
conserver le vin, les alcools, l’huile, la bière et bien d’autres
substances en poudre ou en grains.
Un foudre est un fût renfermant plus de 115 hectolitres.
Le chêne, l’acacia et le châtaignier sont les essences de bois les
plus souvent employées.
La découpe des douelles s’effectuait à la doloire, la hache de
forme particulière qui a donné son nom au doleur. Intervient
ensuite le travail du tonnelier. Il assemble les douelles
maintenues par des cercles de fer au moyen du chasse et du
maillet. Le cintrage du fût, à l’intérieur duquel on a allumé un
feu de copeaux, s’achève au bâtissoir et au cabestan. Le
tonnelier construit ensuite les fonds.
Les Compagnons tonneliers-doleurs du Devoir existent depuis
1702. Leur saint protecteur est Saint Jean-Baptiste qui aurait
été décapité par une doloire.
En petit nombre aujourd’hui, ils forment toujours des jeunes
attirés par le travail d’un matériau que rien n’a remplacé pour la
conservation des vins et des alcools.
Vous pouvez voir dans le musée :
- Cinq tonnelets de formes différentes, de plusieurs essences
- Des règlements illustrés d’allégories et de sentences rimées
- La reconstitution au 1/12ème du plus grand foudre du monde
- Un double fût en chêne
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LES CHARRONS
Le charron construit non seulement les roues mais aussi tous les
éléments des véhicules liés à la traction animale et au
déplacement des personnes.
Métier difficile, exigeant force et habileté, le charronnage
associe le travail du bois à celui du fer. La roue se compose d’un
moyeu percé en son centre à l’aide de cuillers ou tarots. Le
moyeu reçoit douze à quatorze rais ou rayons. La circonférence
de la roue est composée de jantes sur lesquelles s’adaptent les
rais.
Pour la fabrication des autres éléments du véhicule, le charron
utilise des outils analogues à ceux du menuisier.
Les Compagnons charrons du Devoir se disent fondés en 1706.
Leur fête patronale est la Sainte Catherine (25 novembre)
laquelle fut martyrisée sur une roue hérissée de pointes.
Les Compagnons charrons sont devenus des carrossiers et ils
perpétuent leur savoir-faire dans le domaine des transports, en
travaillant les tôles d’acier, d’aluminium, de plastique armé, dans
la construction des automobiles et en aéronautique.
Vous pouvez voir dans le musée :
- Le grand chef-d'œuvre des Compagnons charrons de Tours (1888)
- Les chefs-d'œuvre de Ferdinand Flouret, dont la roue à 504 rais
- Des roues à multiples rais, cerclées de fer ou de cuivre, parfois en
bois précieux, de 24, 200 rais et jusqu’à 1000 rais.
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LES SABOTIERS
En fonction de la qualité à donner aux sabots et de l’usage
auquel ils sont destinés (sabots de ville ou de travail), le
sabotier utilise des bois d’essences diverses.
Il travaille aussi bien le bouleau que le pin, le hêtre, l’aulne ou
encore le noyer.
Le bois est d’abord débité à la hache dont la large lame, dite en
épaule de mouton et le manche fini en boule, sont
caractéristiques. Ainsi dégrossi, le bois est travaillé
successivement à l’herminette, au paroir et à la talonnière, longs
couteaux à un manche, fixés par un anneau sur un gros établi à
quatre pieds ou chèvre. Le racloir et la rainette servent à polir
et sculpter la surface du sabot.
Les sabotiers-formiers du Devoir sont apparus à Blois au début
du XIXème siècle. Les vanniers ont été les premiers à les
"reconnaître" en 1849. Ils ne sont plus représentés dans le
Compagnonnage d’aujourd’hui.
Ils fêtaient la Saint René le 12 novembre, en souvenir de
l’évêque d’Angers devenu ermite, qui façonnait des sabots dans
la solitude des forêts.
Vous pouvez voir dans le musée :
- Une paire de sabots enchaînés en noyer, taillés dans la masse
- Les grands sabots unis par la pointe (2,40 m de longueur)
- Un grand sabot en forme de berceau
- Douze sabots fantaisie ( à doigts de pied, en faux cuir …)
- La canne sculptée du Compagnon Clément (7 ans de travail)
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LES TAILLEURS DE PIERRE
MAÇONS - PLÂTRIERS
Les tailleurs de pierre ont laissé depuis des siècles de
prestigieux témoignages de leur art. La stéréotomie (coupe des
matériaux) exige de sérieux acquis en géométrie (le Trait), ainsi
que la connaissance des matériaux.
Les principaux outils servent à découper la pierre tendre, à la
dégrossir sur toutes ces faces, à ciseler et à creuser, à raboter
et à polir ou encore à tracer et mesurer.
Les Honnêtes Compagnons Passants Tailleurs de pierre du Devoir,
faisaient remonter l’origine de leur société en l’an 558 avant J.C.
et se plaçaient à la tête de tous les autres corps du Devoir.
Ils fêtent l’Ascension en souvenir du maçon et du tailleur de
pierre, qui, selon la légende descellèrent le tombeau du Christ
pour permettre sa résurrection.
Les maçons, longtemps associés aux tailleurs de pierre, forment
une corporation indépendante chez les Compagnons du Devoir
depuis 1955. Quant aux plâtriers, ils seraient apparus au
XVIIIème siècle au sein du Compagnonnage.
Vous pouvez voir dans le musée :
- Une maquette de kiosque (grandeur nature au château de Rochecorbon)
- Un temple en pierre de taille, roman et gothique
- Une voûte tournante, travail de stéréotomie
- Un portique en plâtre, avec le moulage des mains du Compagnon
- Une colonne dorique
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LES CHARPENTIERS
Le charpentier achève l’œuvre du tailleur de pierre et précède le
travail du couvreur. Il surmonte les édifices d’un savant
assemblage de pièces de bois.
L’art du Trait (dessin) et la stéréotomie (coupe des matériaux)
jouent ici un rôle primordial et leur parfaite connaissance a
permis la construction des dômes, clochers et flèches des
églises, des charpentes de halles, des maisons à pans de bois, des
ponts, des moulins, des escaliers et des coques de navires, etc.
Les Compagnons Passants Charpentiers Bons Drilles du Devoir
constituent l’une des plus anciennes sociétés du Compagnonnage.
En concurrence avec eux sur les chantiers du XIXème siècle : les
Compagnons charpentiers du Devoirs de Liberté ou "Indiens". Ils
ont fusionné en 1945 avec leurs rivaux pour devenir les
charpentiers des Devoirs.
Les Compagnons charpentiers fêtent la Saint Joseph le 19 mars.
Vous pouvez voir dans le musée :
- Le grand chef-d'œuvre de prestige des Compagnons charpentiers
du Devoir de Tours (1843)
- Le grand chef-d'œuvre de prestige des Compagnons charpentiers
du Devoir de Liberté (1869)
- Une pyramide triangulaire, savant assemblage de bois coupé en
biais, etc.
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LES MAÎTRES VERRIERS
Les premiers documents attestant du travail du verrier datent
de l’an mille. Très liés à l’orfèvrerie, les peintres verriers de
cette époque était aussi des ouvriers du métal.
Au XIIIème siècle, les ateliers de peintres verriers étaient
installés autour des chantiers des grandes cathédrales. Très
vite la valeur de leur travail est reconnue, en partie en raison du
pouvoir mystique attribué à cet art de la lumière.
Entre le XVIIème et le XIXème siècle le vitrail n’est plus à la
mode, les verreries "ne s’amusent plus à faire des verres de
couleurs ", on leur préfère les vitres blanches.
Le renouveau du vitrail est associé aux formes de l’Art
Nouveau, en particulier ceux des architectes Horta à Bruxelles,
Gaudi à Barcelone, Guimard à Paris.
Les artistes contemporains comme Chagall ou Matisse sont
intervenus dans différents édifices religieux, donnant ainsi une
impulsion nouvelle au travail des maîtres verriers.
Le Compagnonnage des vitriers apparaît en 1703. Ce sont les
serruriers qui leur ont transmis leur Devoir. Au XIXème siècle,
ils recrutent surtout des peintres.
Vous pouvez voir dans le musée :
- Des vitraux représentant les trois fondateurs légendaires du
Compagnonnage , réalisés par le Compagnon Pierre Petit,
« Tourangeau le disciple de la lumière » en 1976.
- Des vitraux illustrant les métiers d’horloger et de serrurier.
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LEXIQUE
Adoption : cérémonie au cours de laquelle un jeune est reconnu
aspirant sur le tour de France.
Aspirant : premier état du Compagnonnage conféré au jeune adopté
par une société compagnonnique pour effectuer son tour de France en
vue de devenir Compagnon.
Bons Drilles : surnom donné aux Compagnons du rite du Père Soubise
(charpentiers, couvreurs, plâtriers…)
Chef-d’œuvre : avant d’accepter de nouveaux membres, le
Compagnonnage juge nécessaire d’apprécier en plus des qualités
morales du candidat ses capacités techniques et professionnelles par
le biais du chef-d'œuvre. C’est une preuve de l’attachement de
l’aspirant au métier qu’il a choisi. Il est examiné attentivement par un
jury, qui étudie détail après détail le fruit de l’expérience acquise
après plusieurs années passées sur le tour de France. S’il ne
correspond pas à l’attente des Compagnons, la réception du nouveau
membre sera retardée.
Compagnon reçu : deuxième état conféré par le Compagnonnage après
celui d’aspirant. Tout itinérant qui, après avoir présenté son chefd'œuvre et satisfait aux épreuves rituelles de la cérémonie de
réception est déclaré Compagnon reçu.
Couleurs : nom donné aux rubans de soie ou de velours sur lesquels
sont frappés les emblèmes du Compagnonnage (équerre, compas,
temple de Jérusalem, outils…). Les couleurs varient selon le métier et
le rite pratiqué.
Elles sont portées à chaque réunion et lors des manifestations
compagnonniques.
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Devoir : terme recouvrant plusieurs significations. Il désigne en premier lieu le Compagnonnage lui-même ainsi que l’ensemble de ses règles, rites et traditions. Historiquement, ce mot est l’ancêtre de
"Compagnonnage".
Devoir de Liberté : rite dont l’émergence se situe en XVIIème siècle
et dont l’origine résulte probablement des guerres de religion qui divisèrent les sociétés compagnonniques. Revendiquant Salomon comme
fondateur, le Devoir de Liberté regroupe les "Loups" (tailleurs de
pierre), les "Indiens" (charpentiers) et les "Gavots" (menuisiers et
serruriers).
Gavot : surnom des Compagnons menuisiers et serruriers du Devoir de
Liberté.
Indiens : surnom réservé aux Compagnons charpentiers du Devoir de
Liberté.
Joints : anneaux d’or que les Compagnons après un certain temps d’ancienneté peuvent porter aux oreilles.
Mère : nom donné à la femme qui, après avoir été dame hôtesse, gère
et anime un siège compagnonnique.
Passant : qualificatif utilisé à l’égard des Compagnons tailleurs de
pierre, charpentiers, couvreurs, plombiers, plâtriers du devoir.
Réception : nom de la cérémonie rituelle qui confère à l’aspirant le titre de Compagnon.
Trait : désigne l’art de dessiner, de tracer les volumes en pénétration.
L’enseignement du trait est une des particularités du Compagnonnage.
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