Tunisie: situation économique et financière.

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Tunisie: situation économique et financière.
Tunisie : situation
économique et financière
© DG Trésor
N° 07 Mai 2013
Le début de l’année 2013 a été marqué par les difficultés de formation d’un nouveau gouvernement du fait de
l’assassinat d’un leader d’extrême-gauche en février dernier. Le « temps politique » a comme en 2012 occupé
le devant de la scène, dans un contexte d’incertitudes sur les dates des prochaines échéances électorales et de
rédaction en cours de la Constitution. En 2012, l’économie tunisienne a fait preuve d’une certaine résilience
face aux chocs intérieurs (transition politique) et extérieurs (ralentissement économique mondial, crise de
l’euro et guerre en Libye). Toutefois, l’aggravation des déséquilibres commerciaux et budgétaires en 2012
ainsi que la dégradation de la notation souveraine tunisienne début 2013 ont incité la Tunisie à négocier un
accord de confirmation avec le FMI (1,75 Mds USD) qui permettrait de soutenir le programme économique du
gouvernement et de renforcer la stabilité budgétaire et extérieure du pays.
La croissance économique provient de secteurs spécifiques et reste dépendante du
climat politique et social.
Après avoir diminué de 1,8% en 2011, la croissance du PIB s’est élevée, au-delà des prévisions initiales, à 3,6% en
2012 et pourrait suivre la même trajectoire en 2013 (environ à 4% selon le FMI) et en 2014 (4,5%). Accentuée par un
rattrapage statistique par rapport à une année 2011 marquée par les évènements politiques, la reprise de la croissance
économique en 2012 provient d’une bonne campagne agricole et d’une consolidation de l’activité dans les services
marchands (+5,3% contre -3,6% en 2011) et, davantage, l’industrie manufacturière (+1,8% contre -4,2%). A l’inverse, on
observe une contraction de l’activité dans les industries non manufacturières (-2,1% contre -11,1%) et dans les principales
industries manufacturières orientées vers l’exportation, à l’instar du textile (-3,8% contre -1,7%) et les industries mécaniques
et électriques (-1,5% contre -12,6%).
La reprise de la croissance économique s’appuie sur un accroissement sensible des IDE entrant en 2012 (+85% par
rapport à 2011 et +38% par rapport à 2010) stimulé par les opérations de dégel des actifs confisqués, qui ont rapporté près
d’1,3 Mds TND –soit plus de 600 M €- à l’Etat en 2012 (équivalent à un tiers du total des IDE). Cette évolution conjoncturelle
semble marquer le pas début 2013 avec une baisse notable des IDE entrants au premier trimestre 2013 (-10,6% en
glissement annuel par rapport à début 2012). La résilience de la demande extérieure repose pour deux-tiers sur les
secteurs traditionnels du régime offshore (entreprises totalement exportatrices bénéficiant d’un régime fiscal avantageux). À
cet égard, les industries mécaniques et électriques (IME) et les secteurs du textile, de l’habillement et du cuir, représentent
respectivement 38,3% et 24,5% des exportations tunisiennes en 2012. Par ailleurs, du fait des mouvements sociaux, le
premier poste d’exportation hors off-shore en Tunisie, à savoir l’activité minière (phosphates), enregistre une diminution de
83% au cours du premier trimestre de 2013 comparé à 2010.
En particulier, le tourisme, qui représente 7% du PIB et 400.000 emplois, souffre du climat d’instabilité politique avec une
baisse de 14,2% du nombre d’entrées de non-résidents sur le territoire tunisien par rapport à 2010, année de référence dans
le secteur. Au premier trimestre 2013, les recettes touristiques ont chuté de 2,8% par rapport à la même période 2012 et de
plus de 7,6% par rapport à 2010. Hors Maghreb, la France demeure le principal pays d’origine des touristes qui
choisissent la Tunisie comme lieu de villégiature (environ 1 M de touristes contre 1,3 M avant la Révolution).
La consommation privée, historiquement dynamique en Tunisie, reste vive (deux tiers du PIB, soit 3 points de croissance):
elle demeure fortement tirée par la hausse des salaires, les recrutements dans la fonction publique, la politique de
subventions à travers la Caisse générale de compensation (CGC) et une politique monétaire relativement accommodante.
Dans un contexte inflationniste (6,4% en glissement annuel en avril 2013), la Banque centrale a toutefois décidé de porter
son taux d’intérêt directeur de 3,75 à 4% fin mars 2013 en vue d’enrayer la spirale inflationniste tout en stimulant l’épargne.
C’est dans ce contexte que le ministère du Commerce et de l’Artisanat a annoncé en avril 2013 une limitation des prix de 9
catégories de produits courants non subventionnés.
Ces décisions visent à atténuer les conséquences sociales de l’augmentation des prix qui rogne le revenu des ménages
tunisiens, déjà affecté par un taux de chômage officiel qui s’établit à 16,7% (contre 18,9% en 2011). Ces tensions sur le
marché du travail, notamment chez les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur (de plus de 30%), participent au
développement de mouvements sociaux d’envergure qui perturbent le bon fonctionnement de l’activité économique nationale.
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Situation économique et financière de la Tunisie
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La croissance économique pose des problèmes de soutenabilité à moyen terme.
Le déficit budgétaire pour 2012 s’élève à 5,1% du PIB et devrait croître à 5,9% du PIB en 2013 (contre 3,2% en 2011). En
2012, il a été entretenu par les dépenses de fonctionnement (quasi doublement des subventions en valeur absolue et hausse
des salaires) mais il semble avoir été limité, sur la fin de l’exercice budgétaire, par de moindres dépenses d’équipement et
l’accumulation d’arriérés. La dette publique totale est estimée à 43,8% PIB pour 2012 (44,4% en 2011). La Tunisie
semble toutefois en mesure de faire face à ses remboursements en 2013 (échéance majeure de 330 M EUR honorée en
février). Les décaissements de financements internationaux ont par ailleurs permis en fin d’année une augmentation des
réserves en devises, qui sont repassées au-dessus du seuil psychologique acceptable de 100 jours d’importations (102 jours
le 30 avril 2013 contre 94 en décembre 2012). La confiance des investisseurs a été affectée en février 2013 par la dégradation
de la notation souveraine de la Tunisie par les agences Standard and Poor’s et Moody’s. Ainsi, le déséquilibre des
comptes extérieurs ne peut être compensé de façon intégrale par les flux d’aides financières et les IDE.
Les chiffres du commerce extérieur tunisien pâtissent du ralentissement de la croissance au sein de l’UE (destination de
71,4% des exportations tunisiennes en 2012). , le déficit commercial s’est aggravé (5,8 Mds EUR contre 4,3 en 2011) en raison
d’une forte hausse des imports (+13,3%, soit un rythme de croissance de plus de deux fois supérieur à celui des exports). Au
premier trimestre 2013, on observe toutefois une embellie des exportations (+8,3% contre seulement +3,9% pour les
importations) et partant, une amélioration de la balance commerciale (+194 M TND –soit 100 M EUR- en mars) et du taux de
couverture (74,3% en mars contre 69,5% en 2012). L’élargissement du déficit commercial en 2012 a entretenu le déficit
courant qui a dépassé 8,1% PIB (7,3% en 2011). Depuis la conclusion du Partenariat de Deauville du G8 en mai 2011, les
bailleurs sont toutefois venus massivement combler, en 2012 comme en 2011, les besoins de financement extérieurs. Selon le
FMI, le déficit de la balance courante des paiements qui a atteint 8,1% du PIB en 2012 devrait baisser à 7,3% en 2013 et 6,6%
en 2014.
Politique économique : la nécessité d’une « bonne gouvernance » économique en 2013.
Soumis à l’approbation du Conseil d’administration du FMI, la conclusion de l’accord de confirmation entre la Tunisie et le
Fonds monétaire (1,75 Mds USD, soit 2,75 Mds TND) serait un signe positif pour soutenir les efforts du gouvernement
dans la mise en œuvre de réformes prioritaires et la consolidation des comptes extérieurs. En raison de la récession de
la zone euro et du ralentissement de la croissance française (premier partenaire commercial), les comptes extérieurs de la
Tunisie restent sous pression dans un contexte de recul des recettes touristiques (- 5,7% au premier trimestre 2013) non
compensé par l’augmentation des transferts des expatriés (+ 23,7% en 2012).
En 2013, les besoins en termes de financement extérieurs sont estimés à 5 Md TND, soit 19% du budget de l’Etat. 1,3
Md TND devrait provenir de l’appui budgétaire fourni par la Banque Africaine de développement (BAfD) et la Banque mondiale
ème
dans le cadre du 3
Programme d’appui à la relance (PAR) (respectivement 500 MDT et 800 MDT). Les marchés financiers
internationaux devraient apporter environ 2 Mds TND dont 800 M grâce une nouvelle garantie de l’agence US AID et deux
emprunts sur le marché Samouraï avec une garantie JBIC à hauteur de 400 M TND environ chacun, dont le premier a déjà été
réalisé. L’émission de sukuks devrait rapporter un milliard de TND alors que 700 M TND pourraient provenir de tirage sur des
prêts projets, incluant notamment des aides AFD et des aides régionales. Enfin, l’accord de confirmation du FMI en mai pourrait
conduire à la mise à disposition de 2.75 Md TND sur deux ans.
Les relations économiques bilatérales entre la France et la Tunisie restent denses. Début 2013, la France tend à renforcer
sa position historique de premier partenaire commercial de la Tunisie (+ 18,5% des exportations françaises tirées par
l’exportation des produits agricoles et matériels de transport) malgré la perte en 2012 de la première place d’investisseur en
flux, en raison d’une prise de participation conjoncturelle du Qatar (acquisition de 15% du capital de Tunisiana). La France
demeure le 1er pourvoyeur de touristes hors Maghreb en dépit d’une moindre attraction du marché. Elle reste également le
premier pourvoyeur d’aide publique au développement (50% de l’APD totale à destination de la Tunisie) et d’assistance
technique, marquée par une très forte remobilisation des différents opérateurs français.
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Version du 07 mai 2013
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