Momo - Causette

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Momo - Causette
bimestriel N°1 - Mars / Avril 2009
Plus
féminine du cerveau que du capiton
Momo :
femme, grand-mère
et putain
On nous prend pour
des quiches
Miss SDF :
l’écharpe est belle
Jacky Ido : à poiiiil !
La justice des mineurs
au broyeur
N#1
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« C’est juste marrant de se dire que, pendant la moitié de la course, on va s’éloigner de
l’arrivée ». Aujourd’hui, elle l’a fait. Pourtant, de l’aveu-même d’Erwan Lemeilleur, son
responsable technique, rencontré avant le départ, rien n’était joué. Il confiait alors,
inquiet : « Le but, déjà, c’est qu’elle revienne. Si elle finit dans les dix premiers, c’est génial,
mais vu les bonhommes qui sont sur la ligne… » Mais la petite Anglaise a surpris le
monde et, au long de cet hiver, est devenue la chouchoute de celui de la voile, par
cette improbable fraîcheur au cœur des mers les plus violentes du globe. Une fureur
d’avancer, dans la joie, quand les « Trentièmes Tempestants » tempêtaient et que les
« Cinquantièmes Hurlants » rugissaient, à danser sur le pont au rythme de « Girls just
want to have fun », seule et hors de portée de tout secours d’urgence.
Larguer un ris, empanner, changer le génois ou virer de bord, seule, sur un monocoque de soixante pieds – soit 18,28 mètres – est déjà une performance. Le faire
avec le sourire en est une autre. Parce que ça n’a pas été tous les jours rose comme
la coque de son navire. En dehors des dizaines de minutes tournées face caméra et
envoyées à terre, il y a eu des moments difficiles, elle le concède : « Le plus dur, ça
a été quand Yann (Eliès) a cassé sa jambe, ou quand un autre concurrent s’est trouvé en
danger de mort. Là, tu réalises que tu es toute seule ». Mais elle avait une devise, pour
ces instants de doute : « objectif zéro larme ». Avancer, toujours. Malgré son obsession
pour le contrôle et la peur qui découle de son éventuelle perte : « Roxy, c’est un
bateau qui a envie d’avoir le contrôle, alors c’est tout le temps la bagarre pour montrer que
c’est moi le boss. Et c’est moi le boss ! Les seules choses qui font peur, c’est ce qui est hors
contrôle : les icebergs, parce que tu te rends compte que tu es un petit peu en train de jouer
à la roulette russe, parce que s’il y a un iceberg devant toi, tu ne peux pas le voir ».
Les gens
Et tout au long de cette route qui traverse les mers du Sud il y avait aussi,
latente, cette autre appréhension : céder à nouveau face au Cap Horn dont les
abords, il y a dix ans, lors du Trophée Jules Verne, avaient coûté un démâtage à son
équipe. Depuis, la frustration la motivait : « Le Horn, je veux le voir ! Après, si on l’a passé,
c’est comme faire partie d’un club. Comme pour ceux qui ont fait un tour du monde en
solitaire, c’est un accomplissement. Quand on a démâté juste avant le Cap Horn, j’étais
tellement déçue. » Elle avait alors vingt-trois ans.
Causette • p 58

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