Immigration et identité dans le rap français

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Immigration et identité dans le rap français
 « Immigration et identité dans le rap français » Mémoire de Master Franse taal & cultuur Universiteit van Amsterdam Floor Ruygrok Prof. Dr. I.M. van der Poel Dr. S.M.E. Van Wesemael Juin 2010 0 Table des matières
Introduction
1. La question d’identité
1.1 Le débat sur l’identité française
1.2 Identité collective et nationale
1.2.1 Identité collective
1.2.2 Le communautarisme
1.2.3 Les identités nationales
1.3 Identité mouvante
1.4 La culture interstitielle
2. La banlieue
2.1 La définition d´une banlieue
2.2 L´histoire des banlieues
2.2.1 L´arrivée des immigrants: les foyers et les HLM
2.2.2 La banlieue actuelle
2.3 Les problèmes des banlieues
2.3.1 Les medias et les banlieues
2.4 Les côtés positives des banlieues
2.5 Les arts des banlieues
2.5.1 La culture hiphop
2.5.2 Le hiphop français.
3. L’analyse des textes de rap
3.1 Le rap et l’histoire
3.2 La colonisation dans le rap français
3.3 L’immigration dans le rap français
3.4 La banlieue dans le rap français
3.5 La France dans le rap français
3.6 L’engagement politique dans le rap français
3.7 L’analyse des textes de rap : conclusion
4. Conclusion générale
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1 Introduction
En 2006 la sortie du film Indigènes de Rachid Bouchared fit beaucoup de bruit en France.
Le film nous raconte l’histoire des Maghrébins et des Africains qui se sont battus pour la
libération de la France pendant la Deuxième Guerre mondiale. Beaucoup parmi eux
n’avaient jamais mis le pied sur la terre de la métropole, néanmoins ils se battaient
courageusement pour la France. Le film a dénoncé une histoire oubliée de France et il a
même influencé la politique française car il a poussé Jacques Chirac à dégeler les
pensions de retraite des anciens combattants. Ces pensions de retraite étaient gelées
depuis 1959. Là où un ancien combattant français gagnait quatre cents euro, un ancien
combattant algérien gagnait seulement soixante-quinze euro. Dans un discours Jacques
Chirac disait : «C’est un acte de justice et de reconnaissance pour tous ceux qui sont
venus de l’ex-empire français combattre sous notre drapeau ». 1
Ce sont des paroles étranges car en effet «notre drapeau » était en même temps
« leur drapeau », les combattants étant tous originaires d’une colonie française ou d’un
protectorat français, donc d’un territoire français.
Dans une interview publiée par journal Libération, le metteur-en-scène
Bouchared, d’origine algérienne, disait les mots suivants sur l’objectif du tournage du
film :
Mon premier besoin, c'était de comprendre ma propre histoire. Qu'avaient vécu
nos ancêtres à nous, enfants d'immigrés, sous la colonisation ? Quel rôle ont joué
nos grands-parents et nos parents dans la guerre et puis la reconstruction de la
France ? Je porte ce souci, et ce projet, depuis des années….C'est un acte général
d'affirmation de notre identité française, pour tous les fils de l'immigration ! 2
1
http://algerie.actudz.com/article1129.html site web consultée 12 mars 2010 2
http://www.liberation.fr/evenement/010161486‐l‐affirmation‐de‐notre‐identite‐francaise site web consultée 12 mars 2010
2 Nous constatons que le film a fonctionné comme une sorte de quête aux racines des fils et
filles d’immigrés de la deuxième ou même la troisième génération. Cette histoire oubliée
montre la légitimité de leur présence dans la France actuelle.
Comme nous venons de dire, Indigènes a fait beaucoup de bruit en France, les
médias ont prêté beaucoup d’attention au film. Mais il faut dire que le film n’a pas été le
premier qui ait dénoncé l’histoire oubliée. Il est clair qu’il y a aussi d’autres genres
artistiques qui ont parlé de la colonisation et de l’immigration, comme par exemple la
littérature beur. Parmi ces genres artistiques c’est surtout le rap français qui est un
élément intéressant à étudier car les rappeurs français sont dans la plupart des cas des
immigrants de la deuxième ou de la troisième génération. C’était dans les années quatrevingts que le rap a été introduit en France. Dès le début c’était un style de musique qui
parlait de l’inégalité des immigrants dans la société française; le rap français a toujours
été un genre artistique engagé. Il en témoigne le texte suivant :
J'manie la langue de Molière, j'en maîtrise les lettres
Français parce que la France a colonisé mes ancêtres
Mais mon esprit est libre et mon Afrique n'a aucune dette
Je suis parti de rien, les pieds entravés
Le système ne m'a rien donné, j'ai du le braver (Kery James, Banlieusards, 2005)
Au début le rap n’était pas connu du grand public, la musique était donc surtout un porteparole pour les immigrants entre eux. Progressivement la musique est devenue un style
artistique accepté qu’on voit à la télévision et qu’on écoute à la radio.
Nous avons vu que le film Indigènes a familiarisé le public français avec un
aspect de l’histoire coloniale largement inconnu. Le rap français parlait déjà de ces sujetslà depuis vingt ans. Cela nous mène au but de notre recherche. Nous aimerions savoir
comment l’immigration est représentée dans le rap français. Les rappeurs parlent de leur
vie et il est logique qu’ils parlent donc aussi de leur histoire et de leurs racines. Cette
recherche aux racines nous raconte comment les rappeurs vivent leur identité et comment
ils sont perçus par les autres. Pour savoir plus de la représentation l’immigration dans le
rap français nous avons fait un choix de plusieurs textes de rap qui couvrent un espace de
3 temps de 1990 jusqu’à 2010. Il existe évidemment aussi des raps français qui ne parlent
pas de l’immigration. Nous nous bornons donc seulement aux textes qui portent sur
l’immigration ou qui portent indirectement sur l’immigration.
Les thèmes que nous avons choisis sont en effet une sorte de résumé de l’histoire
coloniale: la colonisation, la décolonisation, l’arrivée des immigrants en France, la
situation nouvelle qui résultait de la construction des HLMs et des banlieues, la vie dans
les banlieues, les problèmes que posent l’immigration et la relation entre les rappeurs et
les hommes politiques.
Pour
avoir une réponse à notre question nous avons subdivisé ce mémoire dans de différentes
parties. Dans le premier chapitre nous parlerons de « la question d’identité », car les
rappeurs sont très souvent en train de chercher leur identité. Est-ce qu’ils adhèrent à
l’identité française ou plutôt à l’identité du pays originaire de leurs parents ? Nous
essayerons dans ce chapitre d’expliquer ce que c’est « d’être français » aujourd’hui et les
différentes identités qui existent et comment un être humain se construit une identité.
Dans le domaine de l’immigration et de l’identité « la banlieue » joue un rôle important.
Un être humain s’identifie surtout avec l’endroit où il habite. En plus la banlieue est
intéressante à étudier car c’était dans la banlieue que le rap français a été crée. Voilà,
donc les raisons pour lesquelles nous traiterons dans le deuxième chapitre la banlieue.
Depuis quelques années l’enseignement français prête un peu plus d’attention à l’histoire
du colonialisme français en prenant aussi en compte le point de vue des colonisés. Sur ce
point, nous partons de l’idée que les rappeurs ont en quelque sorte devancée cette
évolution, car le colonialisme français est déjà très présent dans leurs textes depuis 1990.
Le dernier chapitre sera consacré à l’analyse des textes de rap se rapportant aux thèmes
que nous avons déjà évoqués ci-dessus. Comme dernier point il faut noter que nous
utilisons les textes de rap d’internet et dans ces textes il y a des fautes de grammaire. Il
n’est pas clair si ce sont les erreurs ont été commises par les rappeurs eux-mêmes ou par
les personnes qui ont mis les textes dur internet. Commençons donc par le débat actuel
sur l’identité française.
4 Chapitre I : La question de l’identité
Comme nous recherchons « l’immigration dans le rap français », il est clair que le
problème de l’identité sera au centre de notre argument. Une personne de la deuxième ou
troisième génération d’immigration en France peut se poser la question : «Suis-je
français ? », «Est-ce que j’appartiens plutôt à la culture de mes parents ? » ou «Fais-je
partie d’une culture mélangée ? ». Pour savoir plus de l’identité des immigrants (et donc
des rappeurs) nous essayons dans ce chapitre d’expliquer ce que c’est « d’être français »
et les différents identités qui existent et comment un être humain vit son identité. Nous
avons subdivisé ce chapitre en différentes parties. Nous commençons par le débat actuel
sur l’identité française. Dans la deuxième partie nous faisons une comparaison entre
l’identité collective et l’identité nationale. La troisième partie portera sur « l’identité en
mouvement » évoquée par des critiques littéraires comme Alec Hargreaves et Tsvetan
Todorov. Ils sont d’avis que l’identité d’un individu n’est pas quelque chose de « fixe »
mais qu’elle est plurielle. La dernière partie portera sur la notion de « culture
interstitielle » telle que l’a formulée le sociolinguiste Louis-Jean Calvet. 3 Il voit la
culture interstitielle comme culture de base pour le rap français. Cette culture est un
mélange entre la culture française et la culture du pays des parents des rappeurs. Calvet
voit la culture interstitielle comme « mouvante » qui construit l’identité des rappeurs.
Nous commençons par le débat actuel sur l’identité française.
3
Calvet, L.‐J., (1994), Les voix de la ville ‐ Introduction à la sociolinguistique urbaine, Paris, Payot, p269‐289. 5 1.1 Le débat sur l’identité française
En 1721, dans ses Lettres Persanes Montesquieu se demandait déjà indirectement avec
sa phrase : « Comment peut-on être Persan ? », « Comment on peut être français ?» 4
La question de l’identité française ne se limite donc pas à l’heure présente.
Selon Eric Besson, ministre de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale au
gouvernement de Sarkozy depuis janvier 2009, le débat sur l’identité nationale est
permanent. Il insiste que l’Etat a créé la nation française. C’était l’Etat qui a obligé les
citoyens à utiliser la langue française avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539. En
1881 et 1882, l’Etat introduit l’école laïque et gratuite avec les lois de Jules Ferry. C’était
aussi lui qui prescrit la séparation entre l’Etat et l’église en 1905. Selon Besson, l’Etat a
fait de la nation l’échelon fondamentale de l’exercice des solidarités. Comme l’Etat
français a toujours été un créateur de Nation, il faut qu’elle débatte sur l’identité nationale
pour qu’elle soit fidèle à sa vocation. 5
Le gouvernement lançait donc un débat le 2 novembre 2009 sur l’identité
nationale qui se déroulait sur trois mois. Il y avait des débats dans chacun des quatrevingt-seize départements et dans les départements et territoires d’outre-mer. En plus tout
le monde pouvait participer au débat sur un site web. 6 Il faut noter qu’il y avait des
représentants de tous les groupes sociaux de France qui ont participé au débat et que,
selon Besson, toutes les tendances politiques étaient représentées pendant les réunions.
On peut se demander si c’était vraiment le cas car il y avait des parties politiques qui
étaient contre le débat et qui ne voulaient pas y assister. Il est clair que les hommes
politiques de droite, comme par exemple le parti politique gouvernant l’UMP, étaient en
faveur du débat. Mais leurs idées étaient complètement différentes de celles des parties
politiques de gauche. Cécile Duflot, le secrétaire national «des Verts », reproche Besson
de vouloir flirter avec l'électorat de l'extrême-droite. Elle dit le suivant sur l’identité
4
http://www.bacdefrancais.net/lettre‐30(2).htm site web consultée le 15 mars 2010 5
http://www.debatidentitenationale.fr/IMG/pdf/100205_‐_Debat_Identite_Nationale_‐_Conference_de_presse_‐_Discours.pdf site web consultée le 15 mars 2010 6
http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/11/02/le‐debat‐sur‐l‐identite‐nationale‐ouvert‐sur‐le‐net‐et‐dans‐les‐
prefectures_1261445_823448.html site web consultée le 15 mars 2010 6 nationale : « L'identité nationale, ce n’est pas de savoir si l'on mange du couscous, de la
choucroute ou du cassoulet. L'identité nationale, c'est savoir comment on vit ensemble
avec nos ressemblances bien qu'on ait des différences. » 7 Une opinion totalement
différente est celle du parti politique de l’extrême-droite : le Front National. Pour lui
l’identité française se définit comme suivante : « L’identité française se compose de son
histoire partagée, des normes et des valeurs partagées de la foi chrétienne et l’héritage des
Grecs et des Romains. » 8 Il est clair nous avons ici deux opinions qui sont tout à fait
divergentes et il est donc évident qu’on voit un grand abîme entre l’opinion de droite et
l’opinion de gauche. Les verts insistent sur une volonté de vivre ensemble quelles que
soient les origines tandis que le Front National met l’accent sur une histoire partagée qui
exclut les anciens colonisés pour la plupart. De cette manière « être français » ne révèle
plus d’un choix délibéré, mais du fait d’avoir des racines françaises. En plus ce que le
Front National dit sur « les valeurs partagées de la foi chrétienne » exclut la foi
musulmane et donc les musulmans. L’idéal des Verts, « vivre ensemble avec nos
ressemblances bien qu'on ait des différences », est un idéal irréalisable pour le Front
National.
L’organisation de ce débat constituait l’un des engagements auxquels avait
souscrit Nicolas Sarkozy pendant sa campagne présidentielle. Le débat avait pour but de
répondre aux préoccupations qui étaient soulevées par la renaissance de certains
communautarismes d’origine ethnique ou religieuse. Et le plus important était que le
débat devait favoriser la construction d'une vision mieux partagée de ce qu'est l'identité
nationale aujourd'hui.
Dans sa conférence de presse après les trois mois de débat Besson donnait les
conclusions du débat. Généralement les Français ont confirmé cinq convictions, à savoir :
Il existe bien une identité nationale. Elle se définit en premier lieu par l’adhésion à des
valeurs, elle évolue avec le temps, elle a tendance à s’affaiblir et chercher à la valoriser
est quelque chose d’important, voire de prioritaire. Nous voyons que les Français sont
7
http://www.lefigaro.fr/flash‐actu/2009/10/30/01011‐20091030FILWWW00308‐identite‐les‐verts‐contre‐le‐debat.php site web consultée 20 mars 2010 8
www.fontnational.com site web consultée le 20 mars 2010 7 d’avis que l’identité française a tendance à s’affaiblir. Cette conviction est partagée par
soixante-cinq pour cent des Français. La première raison qu’en donnent les Français n’est
pas l’immigration mais la perte des valeurs. 9 Mais ce que veut dire « la perte des
valeurs » ne devient pas très clair dans l’analyse du débat. La question de « ce que c’est
que d’être français » sera toujours là et restera difficile à répondre. Nous constatons aussi
que pour la plupart des Français le fait de partager la même histoire ne compte pas
beaucoup.
Après avoir analysé les résultats du début sur l’identité française organisé par le
gouvernement française et dont les résultats furent assez maigres, nous passerons à
l’argument mis en avant par les sociologues, les anthropologues et les historiens et dans
lequel des notions comme le communautarisme et l’identité ethnique et religieuse jouent
un rôle important.
9
http://www.debatidentitenationale.fr/IMG/pdf/100205_‐_Debat_Identite_Nationale_‐_Conference_de_presse_‐_Discours.pdf site web consultée 21 mars 2010 8 1.2 Identité collective et nationale
Dans cette section nous traiterons d’abord les notions générales sur l’identité collective et
dans le domaine de l’identité collective nous traiterons le communautarisme en France.
Pour finir avec une partie sur les identités nationales.
1.2.1 Identité collective
Pour un individu l’identité dans la forme la plus banale, c’est simplement être soi-même.
Une identité peut être basée sur la profession d’une personne, la grandeur de sa famille, le
sexe, l’âge, brièvement dit : Sur tout ce qu’on trouve que c’est une caractéristique
distinguée de lui-même. Au moment où une personne partage des caractéristiques avec
d’autres on peut dire qu’il existe une identité collective. Une identité collective est donc
l’identité d’un groupe spécifique. Selon le sociologue Uwe Becker, il y a dans une nation
de grandes identités collectives comme : l’identité nationale, l’identité religieuse et des
identités basées sur une hiérarchie sociale. A côté des grandes identités collectives, il y a
aussi d’autres identités collectives : les contre-cultures, par exemple : la culture
interstitielle. Dans la section qui suit nous parlerons en plus de détail de cette culture.
Nous donnons les caractéristiques d’une identité collective. C’est une description modèle
et les identités collectives concrètes peuvent différer de ce schéma :

Poursuivre les mêmes valeurs, normes et opinions qu’ont les membres du groupe.

Supposer que les autres du groupe partagent les mêmes valeurs, normes et
opinions.

Un lien proche avec ces valeurs, normes et opinions.

Les considérer comme naturelles

Une démarcation du groupe par rapport aux autres groupes. 10
10
Becker, U., Cultuur, « Collectieve Identiteit, Politieke Cultuur », in : Politicologie Basisthema’s & Nederlandse politiek, Apeldoorn, Het Spinhuis, 2006, p. 59‐61 Traduction francaise par l’auteur. 9 Quand une identité collective devient très forte dans une nation, il se peut qu’elle soit
considérée comme une menace. Quant à cela, il nous semble intéressant de parler du
communautarisme en France.
1.2.2 Le communautarisme
Le communautarisme est un terme de la sociopolitique qui désigne les aspirations des
minorités (ethniques, culturelles et religieuses). Nous pourrions considérer les identités
collectives comme des exemples du communautarisme ou bien comme une contreculture. De nos jours, le communautarisme en France est parfois considéré comme une
menace de la cohésion de la société nationale. Le dogme français dit le suivant :
L’intégration de certains groupes est seulement possible par assimilation et par
l’acceptation des normes et valeurs françaises. De cette manière le communautarisme en
France est souvent vu comme un élément qui empêche donc l’intégration des groupes. Il
faut d’abord qu’on se sente français et puis après il y a les autres identités comme :
musulmane, juive, catholique, etc. C’est aussi la raison pour laquelle la langue française
ne fait pas la distinction entre ‘autochtone’ ou ‘allochtone’, car pour la loi tout le monde
est français et on ne veut pas faire la distinction. Ceci est donc l’idéologie française mais
dans la réalité il en est tout autrement, car dans la vie de tous les jours, il existe bien une
différence entre ‘autochtone’ et ‘allochtone’. 11 A l’heure actuelle, la question du
communautarisme en France porte surtout sur l’existence d’une « communauté
musulmane » à côté de la « communauté nationale », le problème pour certains Français
est que l’appartenance religieuse risque de prévaloir sur la citoyenneté. 12 Le débat actuel
sur le port de la voile nous montre un problème direct de ce communautarisme, car la
voile est souvent considérée comme un élément avec lequel on essaye de se distinguer de
la culture française et de s’identifier plutôt avec l’identité musulmane.
11
http://www.volkskrant.nl/archief_gratis/article982954.ece/Het_falen_van_de_Republiek site de web consultée 1 avril 2010 12
Sfeir, A., Liberté, la république face égalité au communautarisme islam, Paris, Tallandier éditions, 2005, p11. 10 Sur internet nous avons trouvé une opinion de Georges Sarre dans un discours,
qui nous semble intéressant pour notre recherche. Georges Sarre, qui était secrétaire
d'État dans divers gouvernements socialistes entre 1988 et 1993 et qui est maintenant
adjoint du maire de Paris, en dit le suivant :
Le communautarisme réduit l'individu à son identité ethnique ou religieuse. C'est
le contraire de la citoyenneté républicaine. La citoyenneté ouvre sur l'universel, le
communautarisme enferme. La citoyenneté intègre et rassemble dans un projet
collectif. Le communautarisme divise, oppose, attise les conflits, mène au racisme
et à l'exclusion. La République est le destin commun de tous ceux qui ont choisi
la France, quelle que soit leur origine ou leur religion. C'est elle qui est la cible
des communautaristes et des intégristes qui veulent imposer une société
cloisonnée, fermée, à l'anglo-saxonne, où à chaque ethnie correspond un quartier,
où plus personne ne communique avec l'autre parce qu'il est différent. 13
Georges Sarre reproduit donc ici ce que nous avons défini ci-dessus comme le « dogme
français » Selon lui, le communautarisme réduit l'individu à son identité ethnique ou
religieuse. Le Front National va encore plus loin. Ainsi, Marine Le Pen, vice-présidente
du FN assure le suivant dans le Figaro d’avril 2010 concernant le portement de la voile :
Contre le communautarisme, il faut une loi intégrale, sous forme d’un principe
constitutionnel stipulant que la République ne reconnaît aucune communauté…le
débat sur cette atteinte intolérable à la dignité des femmes pose plus largement le
problème des revendications communautaristes et de l'affirmation de nos
valeurs. 14
Nous voyons qu’avec ses mots, Marine Le Pen essaye d’interdire tous les communautés
de France pour mettre fin au communautarisme. Il est clair qu’il y a aussi d’autres
opinions sur ce communautarisme, car l’idée qu’il constitue une menace pour la stabilité
13
http://www.toupie.org/Citations/Citoyennete.htm site web consultée le 5 mai 2010 14
http://www.lefigaro.fr/flash‐actu/2010/04/23/97001‐20100423FILWWW00489‐voile‐marine‐le‐pen‐reagit.php site web consultée le 5 mai 2010 11 d’un pays n’est pas partagée par tout le monde, en commençant par les sociologues Emile
Durkheim et, à notre époque, Esther Benbassa.
Durkheim voit le communautarisme comme un élément positif, selon lui un Etat
en tant que force collective aurait besoin de ces groupes secondaires qui jouent un rôle de
contrepoids et s’érigent en condition nécessaires de « l’émancipation individuelle ». Dans
le sens de Durkheim le communautarisme est donc un réseau de sociabilité entre
individus qui partagent les mêmes références. 15
Selon Esther Benbassa le terme de « communautarisme » fonctionne dans la
langue française plus au moins comme un équivalent du mot : « multiculturalisme ». Et
pour elle, le multiculturalisme ou communautarisme n’est en première vue pas vraiment
une menace pour la cohésion d’une nation, car c’est justement l’attachement à un certain
groupe. Pour donner des exemples du lien entre l’individu et la communauté Benbassa
donne l’exemple des minorités immigrées de l’étranger, mais aussi de certaines minorités
régionales, comme les Bretons et les Auvergnats. Un Breton fait partie de la communauté
des Bretons mais aussi de la nation française. Benbassa affirme aussi que, de nos jours, la
notion de communautarisme s’est élargie : car un musulman de France est non seulement
un musulman de France, il est musulman du monde. Il s’identifie avec tous les
musulmans du monde. Benbassa voit ce communautarisme comme une nouvelle forme
du communautarisme. 16 Nous pouvons appliquer cette idée du communautarisme
mondial aussi à notre recherche. Les rappeurs de France forment une communauté de
hiphop ou bien une contre-culture avec tous les autres rappeurs du monde. Nous en
parlerons plus tard.
Nous avons essayé de montrer de différentes opinions sur le communautarisme en
France. Il existe donc de nombreux communautés à part, on peut se demander s’ils
forment vraiment une menace pour la République ou qu’elles agrandissent la richesse
culturelle de la nation. Quoi qu’il en soit, les identités collectives ou bien les
communautés forment ensemble une nation. Mais est-ce qu’on peut vraiment parler d’une
15
Benbassa, B., La République face à ses minorités. Les Juifs hier, les musulmans aujourd’hui, Paris, Mille et une nuits, 2003, p. 36‐37. 16
Benbassa, B., La République face à ses minorités. Les Juifs hier, les musulmans aujourd’hui, Paris, Mille et une nuits, 2003, p. 39‐41. 12 nation avec tant de communautés et d’identités collectives qui diffèrent ? Dans la section
qui suit nous parlerons du rapport qu’entretiennent les différentes communautés avec
l’identité nationale.
1.2.3 Les identités nationales
Selon Becker les identités nationales sont les identités collectives les plus accentuées. Les
nations se caractérisent par la division culturelle, les ressemblances à d’autres nations et
les valeurs, normes et opinion spécifiques. Nous pouvons dire que les seules choses qui
soient vraiment fixes dans une nation ce sont la langue et le système politique. Dans les
contacts de tous les jours les individus sont, selon Becker, traités comme des
représentants d’une seule identité. Dans ce rôle un être humain a ses droits et ses
obligations. De cette manière la nation est créé comme collective et elle est maintenue
par les medias, la politique et l’enseignement. Les contacts et conflits internationaux sont
à la base de l’idée des caractéristiques nationales spécifiques. Les qualifications que
donnent les nations l’une de l’autre sont dans la plupart des cas pas forcement basées sur
la réalité, ils ont une valeur assez mythique, comme : tous les Néerlandais sont tolérants
et les Italiens sont chaotiques. 17 Ce sont en fait des stéréotypes. En parlant des identités
nationales il y a de nombreuses opinions, nous en traiterons deux qui nous semblent
intéressants pour la recherche.
Le politicologue et anthropologue Benedict Anderson considère les nations
comme «des communautés imaginaires » à cause de la croyance en quelque mythe
fondateur, que nous venons de noter et l’idée d’avoir une histoire en commun. Anderson
est d’avis que le nationalisme est une manière de construire une nation. Ce n’est pas
quelque chose de naturel mais plutôt une invention. Il voit une nation comme : « An
imagined political community and imagined as both inherently limited and sovereign.». 18
17
Becker, U., Cultuur, « Collectieve Identiteit, Politieke Cultuur », in : Politicologie Basisthema’s & Nederlandse politiek, Apeldoorn, Het Spinhuis, 2006, p. 59‐61 18
Anderson, B., Imagined Communities , New York, Verso, 1983, p. 5‐7 13 Un « imagined community » relève de l’imaginaire. Elle est une construction, car elle
n’est pas basée sur « face-to-face » contact entre les membres.
La publication de l’étude d’Anderson en 1983 a poussé des chercheurs à analyser
les différentes formes « de communautés imaginaires ». Dans son livre New Germans,
New Dutch Liesbeth Minnaard considère la production d’une identité nationale comme
une construction des frontières à l’intérieur et à l’extérieur de la nation. Une nation se
distingue d’une autre nation par l’exclusion des autres. Historiquement, une telle
exclusion se passait entre nations. A l’heure actuelle, nous voyons qu’en Europe la
tendance que « l’autre » peut aussi être quelqu’un qui vit à l’intérieur des frontières d’une
nation, semble s’accroître. « L’autre » fait partie d’une minorité ethnique ou religieuse, ce
sont souvent des immigrants ou des sans papiers. L’exclusion des minorités ethniques ou
religieuses a toujours existé. Sur ce point Minnaard constate qu’il existe une certaine
impassibilité des membres d’une nation l’un de l’autre. On exclut ceux qui ne sont pas
comme « nous ».
Dans le courant de l’histoire, tous ces flux immigrés en Europe ont modifié les
identités nationales. Il se peut que les immigrants soient considérés dans une nation
comme mettant en danger de la stabilité de la nation. Dans ce cas-là, la nation cause
l’exclusion de certains groupes sociaux. Comme nous avons vu dans la section sur le
communautarisme, le concept de l’identité nationale devient de plus en plus complexe
dans la société multiculturelle.
Dans une société multiculturelle il est donc devenu plus difficile de définir
l’identité nationale. Ceci est illustré par Gilane Tawadros qui dit ceci:
« National identities are in a state of constant turbulence, unsettled from below by the
complex, transnational identities of Europe’s shifting citizenship and, at the same time,
overshadowed from above by the forces of globalization that stride across the world’s
continents with little regard for the discrete borders of the nations states. » 19
Ce qui est nouveau dans l’opinion de Tawadros c’est qu’elle regarde d’une part la
société multiculturelle mais d’autre part elle regarde la mondialisation et la globalisation.
19
Gilaine Tawadros dans : Minnaard, L., New German, New Dutch , Litterary Interventions, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2008 p.17. 14 Tawadros est d’avis que de nos jours, l’identité nationale se trouve modifiée par la
mondialisation. Elle considère l’identité nationale telle que nous l’avons héritée du passé
comme un concept qui favorise la création d’une dichotomie entre « Eux » et « Nous »,
donc les gens qui appartiennent à la collectivité et les gens qui n’y appartiennent pas. 20
Il en ressort qu’une nation « en mouvement » est bien pour empêcher ces dichotomies.
Quant aux identités nationales nous ne partageons pas l’opinion de Becker qui dit
que chaque individu est traité comme un représentant d’une identité. En plus nous ne
sommes pas non plus d’accord avec Anderson qui dit que l’idée d’une identité nationale
est imaginée à cause du fait qu’on ne peut pas connaitre tous les membres « face-toface ». En revenant sur le communautarisme nous sommes d’avis que chaque individu
dans une nation peut s’identifier en même temps à une ou plusieurs communautés :
(musulmane, banlieusarde, juive, bretonne, etc) et on peut bien faire partie d’une
communauté sans connaitre vraiment tous ces membres. Pour nous l’identité collective
ou bien l’identité d’une communauté précède à l’idée d’une identité nationale. A cet
égard, nous sommes d’avis qu’une identité nationale est extrêmement difficile à définir.
Les seules choses qui soient vraiment fixes dans une nation sont : la langue, le système
politique et l’acceptation d’un passé en commun. Notre opinion est comparable à
l’opinion de Tawadros qui dit qu’il n’est pas possible d’avoir une seule identité dans une
nation. L’identité nationale est toujours en « mouvement » à cause des flux
d’immigration, la mondialisation et la globalisation. Pour l’instant, nous proposons l’idée
d’une identité nationale mouvante. Dans la section qui suit nous parlerons de l’identité
mouvante des immigrants et les jeunes issus de l’immigration.
20
Tawadros dans : Minnaard, L., New German, New Dutch , Litterary Interventions, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2008 p.17. 15 1.3 L’identité mouvante
Une culture migrante est souvent présentée comme une réalité homogène. Hafid Gafaїti
est d’avis que les mutations et mouvements tendent à être interprétées uniquement sous la
forme d’un conflit entre deux cultures, celle de la société d’origine et celle de la société
d’accueil. Pour préciser cela il écrit : « On parle souvent d’une jeunesse déchirée entre
deux univers culturels. En disant cela on occulte là toute une dynamique d’équilibres biréférentiels qui émergent dans les stratégies identitaires des jeunes d’issus de
l’immigration. » 21
Selon Hargreaves la question de l’identité des immigrants et des jeunes issus de
l’immigration ne relève par de la théorie mais fait plutôt partie de leur existence
quotidienne. Etant donné qu’un jeune de la banlieue est souvent considéré comme tel, il
va se comporter de cette manière. Hargreaves est d’avis que pour les jeunes d’issus
d’immigration il n’est pas question d’une recherche d’une identité collective mais plutôt
d’une identité personnelle. Pour expliquer cela Hargreaves nous donne la phrase
suivante : « How can I fit together into a coherent whole the different parts of my
experience, which often conflict with each other because of my participation in a mixture
of communities and cultures ? » 22
Le concept de l’identité personnelle/individuelle est un concept problématique.
Chaque identité subit tant de mouvements que cela n’est jamais « une chose fixe ». Mais
ce qui est sûr c’est qu’une identité d’un individu se construit par rapport aux autres. Il
existe des identités collectives auxquelles un individu s’identifie plus au moins ou
desquelles il cherche à se démarquer en revanche (les contre-cultures).
D’après Todorov nous possédons non pas une mais plusieurs identités culturelles.
On s’identifie à de différentes identités collectives. Pour expliquer cela, Hargreaves nous
donne l’exemple d’un Français d’origine de la banlieue parisienne, il est donc un
banlieusard, mais il partage aussi des traits avec des Européens : Il a au moins trois soi 21
Gafaiti, H., Migrances,Diasporas et Transculturalités Francophones, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 33. 22
Hargreaves, A., Immigration and identity in beur fiction , New York, Berg, 1991, p. 1‐3. 16 disant cultures : banlieusarde, française et européenne. Ces identités ne coïncident pas
entre elles. Selon Todorov chaque individu est pluriculturel, il partage des traits
constitutifs avec de différents groups mais il combine cela de sa propre manière. Nous
partageons l’opinion de Todorov sur la naissance des cultures. Selon lui, la culture d’un
groupe humain se compose de la rencontre avec des cultures antérieures, cela peut être
une interaction avec une culture voisine. De cette manière il n’existe pas de cultures fixes
et pures et chaque culture est une culture hybride ou métissée.
La France a toujours eu des rencontres avec d’autres populations, comme les
Gaulois, les Francs, les Romains, les Allemands, les Espagnols et bien les Maghrébins et
les Africains. Les derniers deux sont les plus récentes et un tel processus d’intégration
d’une culture peut prendre du temps. 23 Ceci est encore illustre par le passage suivant tiré
d’un texte écrit par Alec Hargreaves :
Today, the shift in media and political discourses from « immigration » to the
banlieues and the identification of the banlieues not only with the « beurs »
(natives of France, unlike their immigrant parents), but also with a broader mix of
ethnic groups symbolized in an ever more visible trio labeled « Black-BlancBeur » reflect the fact that ethnic diversity is now widely recognized as an integral
and growing part of French society and culture. 24
A cet égard, il nous semble intéressant de parler d’une partie de la culture française ou
bien la culture : « Black-Blanc-Beur ». Passons maintenant à un autre concept de
l’identité culturelle : La culture interstitielle.
23
Todorov, T., La peur des barbares. Au‐delà du choc des civilations, Paris, Robert Laffont, 2008, p. 84‐89. 24
Celestin, R., DalMolin, E., Hargreaves, A., “Introduction”, Contemporary French and Francophone Studies Volume 8 Nr 1 (2004), p. 4. 17 1.4 La culture interstitielle
La notion de la culture ou de l’identité interstitielle vient d’un sociologue américain,
Frederic Thrasher. Il a étudié «les gangs » de Chicago et il a publié ses résultats dans son
livre «The Gang ». Le concept « d’interstice » a l’explication suivante : Sociologue
Ernest Burgess a fait une ville théorique, une sorte de diagramme avec des cercles
concentriques qui correspondent à une gradation des situations sociales. Le centre du
cercle est le loop, c’est la partie de la ville la plus aisée. Plus on s’éloigne de ce loop, plus
les gens sont moins aisés. Thrasher propose le concept interstice pour la zone qui s’étend
entre le loop et le quartier résidentiel des classes moyens.
25
La zone est non seulement différente sur le plan géographique mais aussi sur le plan
social. La culture interstitielle ou l´identité interstitielle est donc une notion géographique
et sociale.
25
http://www.huzzam.com/etext/davmurbancont/dart.gif site web consultée 15 mai 2010 18 Le diagramme de Burgess qui était basé sur la ville de Chicago est, selon le
sociolinguiste Calvet, aussi applicable aux banlieues de France. En France on peut aussi
parler d´une zone ‘interstice’ qui s´est crée dans les banlieues de France, c´est la zone qui
s’étend entre le loop et le quartier résidentiel des classes moyens. 26
A l’heure actuelle les banlieues sont toujours considérées comme des endroits
dangereux et on peut dire qu´en même temps ils sont stigmatisés. Dans les banlieues de
France la population se compose pour une grande partie des immigrants ou des gens dont
les parents étaient des immigrants. Ces populations se sentent et sont souvent socialement
exclues. Esther Benbassa, que nous venons de citer plus haut, en dit le suivant : « En
France on n’oublie pas votre passé d’immigré. Ce label vous colle à la peau autant que
votre identité femme. La différence étant le plus souvent synonyme d’inégalité. » 27
En France il existe donc une certaine exclusion. Ce qui se passe quand un groupe
est socialement exclu, c’est qu’il se trouve marginalisé ou rejeté. Cette marginalisation
résulte parfois dans une glorification par soi-même de certaines spécificités d’un certain
groupe. On appelle un tel procédé : auto-exclusion, c’est en effet une réponse à
l’exclusion initiale. 28 Le résultat de cette auto-exclusion est la culture interstitielle qui
s’est crée dans les banlieues de France. Cette situation produit de différents
comportements. Sur le plan économique elle se montre sous la petite délinquance et sur le
plan culturel, elle se manifeste par la revendication d’identité dans plusieurs formes.
Calvet écrit que les «Blacks » et les « Beurs » développent leur culture interstitielle dans
quatre directions, à savoir : linguistique, vestimentaire, graphique et musicale.
Il est clair que dans notre recherche nous parlerons de la dernière. Ces gens qui
font partie d’une culture interstitielle sont, dans la plupart des cas, formés entre deux
cultures : celle de la France et la culture du pays d’origine de leurs parents, elle n’est pas
26
Calvet, L.‐J., (1994), Les voix de la ville ‐ Introduction à la sociolinguistique urbaine, Paris, Payot, p. 27‐30. 27
Benbassa, B., La République face à ses minorités. Les Juifs hier, les musulmans aujourd’hui, Paris, Mille et une nuits, 2003, p. 13 28
Calvet, L.‐J., (1994), Les voix de la ville ‐ Introduction à la sociolinguistique urbaine, Paris, Payot, p. 269‐289. 19 française mais elle n’est pas étrangère non plus. Ceci est illustré par Benbassa qui dit
ceci:
Nés en France ou en Europe, élevés dans le système occidental, avec en arrièreplan le bagage culturel emporté par la famille immigrée, nombre de ces jeunes ne
maitrisent bien souvent pas même l’arabe et n’ont l’islam qu’une connaissance
approximative. Retirant relativement peu de bienfaits de leur pays de naissance, et
peu enclins à « retourner » dans celui de leurs parents, ils se trouvent ainsi
doublement décalés. 29
La culture qui apparait de cette manière peut être vue en étant un élément d’une contreculture l’identité française. Mais comme elle se manifeste dans presque toutes les grandes
villes de France, il faut la considérer également comme l’un des éléments constituants de
l’identité française.
Dans ce chapitre nous avons essayé de traiter le problème de l’identité en rapport
avec l’immigration. Nous donnons brièvement un résumé de ce chapitre et les opinions
que nous utiliserons pour notre recherche. Comme Durkheim et Benbassa nous sommes
d’avis que le communautarisme est quelque chose de positif. L’existence de différentes
cultures au sein d’une nation fait agrandir la richesse et la mixité culturelle d’une nation.
Quant au communautarisme, on peut dire qu’un banlieusard fait partie de la communauté
des banlieusards mais aussi de la nation française. L’identité nationale est difficile à
définir, car selon nous les seules choses qui sont vraiment fixes dans une nation sont la
langue et le système politique et l’histoire partagée de ses citoyens. Ce qui est sûr c’est
une identité nationale est toujours en mouvement, à cause des flux d’immigration, de la
mondialisation et la globalisation. Le mouvement au sein d’une nation est causé par la
rencontre des cultures antérieures. De cette manière il n’existe pas de cultures fixes et
pures et chaque culture est une culture hybride ou métissée. La culture interstitielle est
l’exemple par excellence d’une contre-culture hybride ou métissée d’un pays. Concernant
l’identité française, nous sommes d’avis qu’elle se définit par son héritage commun.
L’héritage est : l’histoire partagée, la langue et la culture et le choix de respecter les
valeurs de la République : liberté, égalité et fraternité. Dans cet héritage commun, les
29
Benbassa, B., La République face à ses minorités. Les Juifs hier, les musulmans aujourd’hui, Paris, Mille et une nuits, 2003, p. 21‐
22. 20 immigrants, et donc les rappeurs dont nous allons parler font autant partie de la France
que les Français de souche. Car l’histoire coloniale telle qu’elle a été vécue par les
anciens colonisés fait, elle aussi, partie de cet héritage en commun.
En ce qui concerne l´identité nous sommes d´avis qu´un être humain s’identifie
surtout à l’endroit où il habite. Etant donné que la plupart des rappeurs sont originaires
des banlieues nous parlerons de la banlieue dans le chapitre qui suit.
21 Chapitre II : La Banlieue
Nous venons de dire que la plupart des rappeurs sont d´origine d´une banlieue. C’est là
aussi que la musique hiphop s’est crée. Dans la première partie nous parlerons de la
définition d’une banlieue, il parait que c’est devenu plutôt un terme sociologique qu’un
terme géographique. Dans la deuxième partie nous traiterons l’histoire des banlieues,
focalisée sur les immigrants. La troisième partie portera sur les problèmes que posent les
banlieues : La ségrégation, le chômage et sur l’image que donnent les medias de la
banlieue. Pour finir nous traiterons dans le dernier chapitre l’art des banlieues, dont la
musique hiphop est un élément. Commençons avec la définition de la banlieue.
2.1 La définition d’une banlieue
Le terme « banlieue » pose de différents problèmes. Est-ce un phénomène typiquement
français ou plutôt universel ? Dans son article Uprising in the Banlieues, Etienne Balibar
cherche des équivalents de la banlieue française dans le monde entier. Nous ne pouvons
pas considérer la banlieue comme l’équivalent d’un suburb américain, car ces suburbs se
caractérisent souvent par le luxe. Un équivalent sociologique sera plutôt : innercity, car
une banlieue est en effet une communauté particulière dans une ville. Les problèmes et
les exclusions raciales et sociales dans les banlieues françaises peuvent imposer
l’analogie banlieue-ghetto. Les banlieues de France ont une dimension postcoloniale, ce
qui veut dire qu’il y habite surtout des immigrants qui puisent leurs racines dans les excolonies de la France : L’Algérie, le Sénégal, le Mali, etc. De cette manière elle produit
une sorte d’apartheid. Cet apartheid est pour Balibar la raison pour laquelle nous pouvons
comparer la banlieue française aux townships en Afrique du Sud. Nous voyons que le
mot « banlieue » a des connotations positives mais aussi des connotions négatives. 30
Jean-Claude Boyer donne deux définitions du mot « banlieue » : la première
définition prend en compte le découpage communal, ce qui veut simplement dire
30
Balibar, E., ´´Uprising in the Banlieues´´, Constellations Volume 14 Nr 1 (2007), p. 47‐50. 22 l’urbanisation en dehors des limites de la ville-centre. C’est la première signification du
mot « banlieue ». La deuxième définition est née dans les années quatre-vingt du
vingtième siècle. La définition se fonde sur des caractéristiques sociales, des quartiers
populaires connaissant des difficultés socio-économiques. 31 Ces deux types de banlieues
sont très proches géographiquement, elles se trouvent à la même distance du centre-ville
mais elles se sont séparées par une grande abîme sociale et un antagonisme permanent. Il
existe des banlieues qui sont extrêmement riches, comme par exemple Neuilly-sur-Seine.
Mais il y en a aussi qui se caractérisent par la pauvreté, le chômage, la stigmatisation et
les tensions intercommunales. Dans ce qui suit, nous nous intéresserons surtout à la
banlieue pauvre et défavorisée, comme les rappeurs étant pour la plupart originaires des
banlieues défavorisées.
La dernière définition de « la banlieue » est pour nous la plus importante, comme
les rappeurs sont pour la plupart originaires des banlieues défavorisées. Quand un
Francais entend le mot banlieue il ne l’associe pas toute suite à une banlieue comme
Neuilly-sur-Seine, le mot «banlieue » a donc souvent un sens péjoratif.
Cette nouvelle image des banlieues s’est imposée à partir des années 80, on
pourrait dire après l’arrivée des immigrants. La banlieue créait donc une frontière avec la
ville, ou pour citer Balibar : « The ‘banlieue’ as such is a frontier, a border-area and a
frontline. It forms a periphery at the very center of the great metropolitan areas. It
materializes what I have elsewhere called the displacement of frontiers toward the center
» 32
Dans la France actuelle le mot «banlieue » a donc souvent une connotation
négative. Les médias d’aujourd’hui appellent tous les quartiers qui ont des problèmes
économiques et sociaux « une banlieue », dans la plupart des cas ces prototypes
franciliens sont situés hors de Paris. Géographiquement « une banlieue » signifie
seulement l’urbanisation en dehors des limites de la ville-centre. Mais les médias et la
politique et les problèmes mêmes dans les banlieues ont produit un changement de ce
31
Boyer, J., Les banlieues en France. Territoires et sociétés, Armand Collin, Paris, 2000, p. 7‐15. 32
Balibar, E., ´Uprising in the Banlieues´´, Constellations Volume 14 Nr 1 (2007), p. 47‐50. 23 terme d’un sens géographique à un sens social. 33
Après avoir donné quelques définitions de la banlieue, nous optons pour la
définition suivante : A l’heure actuelle, une banlieue a plutôt une signification sur le plan
social que sur le plan géographique. Elle se caractérise par la ségrégation sociale et les
difficultés sur le plan économique et social et la population est souvent constituée
d’immigrés ou de leurs enfants et petits enfants.
Pour mieux comprendre la situation actuelle dans les banlieues il nous semble
important de traiter l’histoire des banlieues. La section qui suit portera sur l’histoire des
banlieues, par rapport à l’arrivée des immigrés.
2.2 L’histoire des banlieues
La France a connu une explosion urbaine pendant la deuxième moitié du XIXe siècle.
Les causes pour cette explosion étaient la révolution industrielle, la baisse de la mortalité
et l’exode de la campagne. L’implantation d’industries dans les villes anciennes peut être
considérée comme la première raison pour laquelle la France construisait des banlieues.
Ce qui est frappant c’est que les villes-centres connaissent des réglementations publiques
très strictes en ce qui concerne la construction de nouveaux bâtiments. Mais les banlieues
ont été construites dans un esprit de laisser-faire. Dans ces premières banlieues habitaient
surtout des ruraux déracinés qui étaient attirés par la ville pour y travailler dans une usine
et des citadins qui ne voulaient plus habiter en ville et qui cherchaient un logement moins
cher. 34
Les deux guerres mondiales et la crise économique des années 30 marquent une
pause dans l’extension des villes. A la libération, le gouvernement avait comme priorité
la reconstruction du pays. On prêtait surtout attention aux industries et aux infrastructures
de transport, le gouvernement prêtait moins attention aux quartiers d’habitation. Mais à
33
Boyer, J., Les banlieues en France. Territoires et sociétés, Armand Collin, Paris, 2000, p. 28‐31 34
Boyer, J., Les banlieues en France. Territoires et sociétés, Armand Collin, Paris, 2000, p. 21 24 partir des années 60, la gravité de la crise du logement poussait le gouvernement de
s’orienter vers le logement. 35 Cette crise du logement était (toujours) causée par l’exode
rural, il y avait beaucoup de paysans qui quittaient leur province pour travailler dans les
usines des grandes villes. En plus, à cette époque, il était question de l’immigration
européenne et l’extra-européenne. 36 Tous ces gens cherchaient un logement. Dans ce qui
suit, nous insisterons sur l’immigration extra-européenne, à savoir celle des anciens
colonisés qui arrivaient en grand nombre autour de la fin de la Deuxième Guerre
mondiale.
2.2.1 L’arrivée des immigrants : Les foyers, les HLM et les bidonvilles
Dans les années soixante, il y avait surtout des hommes seuls, des anciens colonisés, qui
arrivaient en France. Le gouvernement avait construit des «foyers » pour ces immigrants,
mais il n’était guère possible de loger tous les hommes. 37 Dans ces « foyers »
l’environnement dans lequel les hommes vivaient était très mauvais. Je cite un rapport du
bureau municipal d’hygiène de Paris en date du 16 juillet 1948 : « Les chambres sont
dans un état de grande malpropreté, principalement la literie, envahie de parasites. Le
WC a été supprimé par le propriétaire. » 38
La situation pour ces immigrés était donc loin d’être confortable. La gravité de la
crise du logement poussait les pouvoirs publics à mettre l’accent sur une politique de
l’habitat. En 1958 le gouvernement faisait des ZUP (zones à urbaniser priorité) dans
lequel l’Etat oblige partout le modèle de la construction en hauteur industrialisée. Ce sont
les bâtiments qu’on appelle les HLM, l’habitation à loyer modéré ou bien les « grands
ensembles ». Ils devaient être spacieux, lumineux et confortables. La réalité était
autrement, nous citons les mots de l’architecte et militant politique français, Roland
35
Boyer, J., Les banlieues en France. Territoires et sociétés, Armand Collin, Paris, 2000, p. 31 36
http://pagesperso‐orange.fr/dole‐douz/ettaoun/immigration.htm site web consultée le 14 avril 2010 37
Boyer, J., Les banlieues en France. Territoires et sociétés, Armand Collin, Paris, 2000, p. 84‐85 38
Sayad, A., Un Nanterre algérien, terre de bidonvilles, Les Editions Autrement, Paris, 1995, p. 28‐29. 25 Castro : « On est tellement ébloui par la modernité de la chose, le confort, le luxe relatif
du logement que l’on ne fait pas attention. Pas attention aux mots : le logement s’appelle
une cellule. Pas attention au quartier : la rue est morte. Pas attention aux autres et à leur
regard. » 39
L’ampleur des flux d’immigration et les HLM, qui étaient toujours en plein
construction, étaient la cause pour la naissance des bidonvilles. Il est clair que la situation
dans les bidonvilles était encore pire que la situation dans les HLM. En 1965, le ministère
de l’Intérieur publie son premier recensement des bidonvilles en France : 136 sont
recensés en province et 119 en région parisienne, soit environ 75000 personnes vivant
dans les bidonvilles. 40 Dans la région parisienne il y avait des bidonvilles là où on trouve
à l’heure actuelle : les cités de Saint-Denis, La Courneuve, Aubervilliers et Nanterre. Au
début des années soixante-dix le regroupement familial commençait, donc la France avait
encore plus de personnes à héberger. Pour vous donner une idée de la situation dans les
bidonvilles, nous citons les mots d’un ancien résident du bidonville « La Folie » à
Nanterre, cité par le sociologue Abdelmalek Sayad:
On n’habite pas…on se tapit, on se terre. On est tels des rats, on rentre dans les
trous. Habiter, c’est être parmi des humains, c’est vivre avec eux et comme eux,
c’est vivre entre eux ; c’est vivre en hommes, vivre humainement, dans des
conditions normales des hommes, c’est vivre au milieu d’eux, de la même
manière qu’eux, donc dans des mêmes logements qu’eux. 41
Le sociologue et écrivain Azouz Begag a écrit un roman autobiographique dans lequel il
décrit la vie d’une famille algérienne dans un bidonville lyonnaise : Le gone du Chaâba
42
Au Chaâba, la vie suit les règles et le rythme que les adultes ont connus dans leur pays
d’origine. Mais la vie dans ce bidonville a des couleurs de misère. Il n’y a ni électricité,
ni eau courante et il y a de la boue partout. En voici un passage qui décrit ce bidonville :
39
Castro, R., Civilations urbaine ou barbarie, Plon, Paris, 1994, p22. 40
http://www.generiques.org/images/pdf/patrimoine_en_SSD_20.pdf 41
Sayad, A., Un Nanterre algérien, terre de bidonvilles, Les Editions Autrement, Paris, 1995, p. 41 42
Begag, A., Le gone du Chaâba, Editions du Seuil, Paris, 1986. 26 La grande allée centrale, à moitié cimentée, cahoteuse, sépare à présent deux
gigantesques tas de tôles et de planches pendent et s’enfuient dans tous les sens.
Au bout de l’allée, la guérite des WC semble bien isolée. La maison de béton
d’origine, celle dans la quelle j’habite, ne parvient plus à émerger de cette
géométrie désordonnée. Les baraquements s’agglutinent, s’agrippent les uns aux
autres, tout autour d’elle. 43
Cela n’empêche qu’il existe aussi une grande solidarité entre les habitants de « ce village
maghrébin transposé » à Lyon et qu’une fois dispersés dans de logements nouveaux, les
habitants se trouvent un peu perdus.
Dans les années soixante-dix le gouvernement voulait mettre fin aux bidonvilles.
Le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas déclare le 12 février 1970 à Aubervilliers :
«Dès maintenant, je fais prendre toutes les mesures nécessaires de tous ordres, pour
qu’on augmente la cadence cette année afin d’en finir dans le courant de 1972 avec les
bidonvilles». 44
Malgré les HLM que le gouvernement construisait dans les banlieues le problème
du logement ne disparaît pas. Les bidonvilles ont existé jusqu’à dans les 1980 car les prix
des HLM étaient assez élevés. Ils étaient moins visibles, plus banals, l’habitat principal
des étrangers pauvres et de leurs familles.
43
Begag, A., Le gone du Chaâba, Editions du Seuil, Paris, 1986, p11. 44
http://www.generiques.org/images/pdf/patrimoine_en_SSD_20.pdf site web concultée le 16 avril 2010 27 2.2.2 La banlieue actuelle
C’était entre 1980 et 1990 que les banlieues telles qu’on les connait maintenant se
formaient, ce sont les banlieues qu´on peut indiquer avec la définition qu’on a donnée
plus en haut. C’est une banlieue qui se caractérise par la ségrégation sociale et les
difficultés sur le plan économique et social. La population est souvent d’origine
maghrébine ou africaine. Comme nous venons de dire, la production en masse de
bâtiments (les grands-ensembles) avait comme conséquence que le gouvernement ne
pretait guère attention à l’infrastructure. Ils oubliaient totalement les transports publics,
les foyers socio-éducatifs et d’autres choses qui sont importantes pour un bon
environnement. Cela a créé des problèmes dès le début, et ce manque d’infrastructure
résonne encore à l’heure actuelle. 45 Dans la section qui suit nous parlerons des
problèmes que posent les banlieues et de la situation actuelle.
45
Armstrong, N., « Le français des banlieues. Uniformity and discontinuity in the French of the Hexagone » , French in and out of France(2002) p. 117 28 2.3 Les problèmes des banlieues
La plupart des cités d’aujourd’hui incarnent l’exclusion de la société française. Ce sont
des self-contained units qui sont isolés du centre-ville. En plus est dans la plupart des cas
question d’une ségrégation énorme. Le fait que les Français et les étrangers ou bien les
français immigrés n’habitent pas les mêmes voisinages représente ainsi aujourd’hui l’une
des formes les plus extrêmes de ségrégation. 46 Les banlieues se caractérisent souvent par
la criminalité, le chômage et l’échec scolaire. C’est surtout le chômage qui domine. En
2005 il y avait environ trente pour cent des jeunes des banlieues qui étaient au chômage,
dans les cités les plus pauvres le pourcentage est même de quatre-vingt-cinq. Mais ce ne
sont non seulement les jeunes qui sont touchés par le chômage. Dans la banlieue
parisienne, à la Courneuve, il y avait vingt huit pour cent des adultes au chômage. Les
problèmes qui sont créés par le chômage aboutissent souvent à la criminalité. Des
recherches ont montré que la criminalité est plus élevée dans les banlieues où les
immigrants dominent que dans les quartiers où il y a moins d’immigrants. 47
2.3.1 Les medias et les banlieues
Les médias français prêtent beaucoup attention aux problèmes des banlieues. Ce qui
aboutit à une image qui est souvent encore plus négative que la situation réelle. Pour
montrer cela le sociologue Patrick Champagne cite les paroles d’un banlieusard: « Pour
présenter les banlieues précarisées, ils vont mettre en avant « le spectaculaire » : « il faut
que ça brûle, il faut voir des jeunes bourrés de haine qui crachent sur les flics. » 48 Quant
aux médias on peut donc se demander si leur information peut être qualifiée d’objective.
Ce qu’on pourrait constater c’est que plus les médias parlent de la criminalité dans les
46
Maurin, E., Le ghetto français. Enquête sur le séparatisme social, Editions de Seuil, Paris, 2004, p.17 47
Haddad, Y., “The Failed Riots in France: A Failed Immigration Policy or the Empire Strikes Back?”, International Migration Vol. 44(2006), p. 27. 48
Stébé, J.,La crise des banlieues, Presses Universitaires de France, Paris, 1999, p72. 29 banlieues plus les gens deviennent anxieux. Et que cette peur s’oriente surtout vers les
jeunes d’issus de l’immigration de la deuxième ou troisième génération.
Il parait que ce sont souvent les jeunes minorités masculines qui sont vues comme
la cause du désordre (particulièrement les jeunes beurs). 49 Il y a dans la vie de ces jeunes
souvent question d’un effritement de la cellule familiale (des familles monoparentales ou
bien la perte d’autorité du père), il n’y a pas de perspective sur le plan de l’éducation et,
comme nous venons d’écrire, il y a des difficultés d’accès à l’emploi. Tout cela peut
conduire à un rejet de la société et de ses normes et valeurs.
Ce rejet par la société est parfois renforcée pas les médias, qui représentent les
jeunes comme des membres d’une culture de la rue, la soi-disant « culture de la racaille »,
qui portent des vêtements « ghetto », qui sont engagés dans des activités criminelles
comme vandalisme et le graffiti et qui s’occupent du trafic de la drogue. 50 L’identité
qu’on colle aux jeunes des banlieues est souvent celle « de la rue »Il se peut donc qu’il
est question d’un cercle vicieux. Les jeunes sont vus et représentés comme « des jeunes
de la rue » et ils vont se comporter de cette manière.
49
Doran, M., “Alternative French, Alternative Identities: Situating Langage in La Banlieue”, Contemporary French and Francophone Studies Vol 11 No. 4 (2007), p., 498. 50
Boyer, J., Les banlieues en France. Territoires et sociétés, Armand Collin, Paris, 2000, p. 94 30 2.4 Les côtés positifs des banlieues
Jusqu’à présent ce sont surtout les images négatives des banlieues qui prennent le dessus
en France. Dans un effort de changer les choses, le Premier ministre du gouvernement de
Sarkozy, François Fillon s’est exprimé ainsi devant un parterre des jeunes d'un
établissement public d'insertion de la défense (EPIDE) des banlieues nord de Marseille :
On parle beaucoup des banlieues et des quartiers quand ça va mal, on en parle
beaucoup moins lorsque la réussite et le civisme sont au rendez-vous…
Dix voitures brûlent: cinquante caméras. Des jeunes d'une cité se battent et
réussissent, ça n'intéresse pas grand monde", a-t-il appuyé. "Bien sûr il ne s'agit
pas d'être angélique. Il faut être juste et chasser certains clichés. A côté de ces
réalités difficiles il existe dans ces quartiers une énergie positive et une soif de
réussite qui ne demande qu'à trouver les chemins de la reconnaissance…Cette
énergie, c'est une chance pour notre pays, c'est une chance pour une France
audacieuse, une France ouverte, qui est celle que nous voulons, cette France où il
doit être possible de partir tout en bas de l'échelle pour se hisser au sommet. 51
Fillon essaye de montrer que la banlieue possède aussi des côtés positifs. Sur ce point,
nous partons de l’idée que la stigmatisation et la marginalisation entrainent un rejet de la
société chez les jeunes des banlieues mais en même temps elles provoquent aussi une
propension à s’exprimer autrement. Ils s’expriment dans ce qu’on appelle : « Les arts des
banlieues ». Comme nous analyserons les paroles des rappeurs il nous semble nécessaire
de parler de ses arts car il parait qu’on retrouve les données sociologiques que nous avons
montrées des banlieues dans ces paroles. Nous commençons avec un paragraphe sur les
arts des banlieues pour finir avec la culture de hiphop.
51
http://www.lefigaro.fr/flash‐actu/2009/12/17/01011‐20091217FILWWW00605‐fillon‐contre‐les‐cliches‐sur‐la‐banlieue.php site web consultée : le 4 avril 2010. 31 2.5 Les arts des banlieues
Le critique littéraire Alec Hargreaves décrit les arts des banlieues comme suivant:
Despite these exclusionary politics, the banlieues have also become one of the
most vibrant cultural spaces in contemporay France. This is the France of rap and
raї Music and of a burgeoning corpus of literary and cinematic work by the
“beurs” –a synonym for second-generation “Arabs” and other postcolonial
minorities. It is were France interfaces with the Third World, the Black Altantic
and a multitude of other cultural spaces mediated by global reach of
telecommunications. Rooted in decades of labor migration from North and West
Africa, the Carribean, and other former colonial spaces long relegated to the
margins of French society, these new cultural forces are now increasingly present
in mainstream cultural arenas. 52
D´après Hargreaves les arts des banlieues se caractérisent par l’interface du Tiers monde,
le Black Atlantic et d’autres espaces culturels qui sont transférés par les
télécommunications. Ce qu’on peut constater c’est que les banlieues de France font partie
de la grande culture mondiale « des ghettos », car nous retrouvons la même manifestation
de certains arts dans beaucoup d’autres « ghettos » du monde. Généralement, les
banlieues de France et « les ghettos » des Etats-Unis se ressemblent, mais il y a bien sûr
aussi des différences. Dans le domaine des caractéristiques des banlieues nous traiterons
seulement le rap français, il existe bien d’autres arts qu’on considère comme des arts des
banlieues comme : la littérature beur et le cinéma beur. Pour nous, le rap français est
vraiment une forme d’art de la banlieue. Car la musique est un porte-parole direct pour
« les banlieusards » . Là, où un film (cinéma beur) ou bien un livre (littérature beur) a
besoin d’un grand budget, la musique rap « nait » sans de grands investissements. Elle
est, si on pourrait le dire de cette manière, vraiment « de la rue ». Dans la partie qui suit
nous parlerons de la culture hiphop.
52
Hargreaves, A., “Introduction”, Contemporary French and Francophone Studies Vol.8, No 1,(2004), p1. 32 2.5.1 La culture hiphop
Le mouvement du Hiphop date du début des années soixante du vingtième siècle. Elle
venait du quartier New-yorkais ‘the Bronx’. A cette époque, la plupart des habitants de ce
quartier étaient des Afro-américains et des Latinos, qui vivaient sous de mauvaises
conditions de vie. Il existait déjà des genres de musique dans lesquels la population
s´exprimait comme : Le soul et le funk. Pendant des soi-disant blockparties il se
développait un nouveau genre de musique. Les textes que les artistes proclamaient
portaient surtout sur leur vie quotidienne et donc sur le traitement injuste des Afroaméricains aux Etats-Unis. C’est à l’aide du hiphop que les personnes économiquement
faibles pouvaient exprimer leur identité et c’est de cette manière qu’il n’était plus
possible pour le gouvernement de les ignorer. C’était le hiphop qui leur a donné une voix.
Cette culture hiphop ne contient non seulement la musique mais aussi d’autres
éléments. D’abord les éléments musicaux : Le DJing et le MCing. Le MC est le rappeur
et le DJ est celui qui fait les beats sur lesquels le rappeur proclame ses paroles. Les deux
éléments qui nous restent sont : la danse hiphop qu’on fait sur la musique et le graffiti.
Les membres de la culture de hiphop ou bien « les gangs » font du graffiti pour marquer
leur territoire. De cette façon les autres «gangs » voient qu’ils entrent dans un autre
territoire et plus ils peuvent montrer leur idéologie politique dans leur graffiti. 53 La
culture hiphop est une culture mondiale, dans chaque pays cette culture se compose de
ces quatre éléments. Dans le chapitre qui suit nous parlerons des caractéristiques de la
culture hiphop française.
53
Ruygrok, F., L’identité dans le rap francais, Mémoire de BA non‐publié, Amsterdam, Uva, 2009, p 5. 33 2.5.2 Le hiphop français
Comme nous avons déjà expliqué, c’est à l’aide de la musique hiphop que les personnes
économiquement faibles, qui habitaient dans « les ghettos » aux Etats-Unis pouvaient
exprimer leur identité. Le hiphop leur a donné une voix. Le sociologue Neil Armstrong
constate une création pareille du hiphop dans les banlieues de France. Pour lui, la création
de la culture hiphop va de pair avec la naissance des banlieues en France. 54 C’étaient ces
« endroits stigmatisés » qui étaient soi-disant « sensibles » à la culture hiphop. La
première chanson de rap français sortait en 1984, c’était Paname city rapping du rappeur
Dee Nasty. Il était le pionnier du rap en France et après lui suivaient de nombreux artistes
de hiphop. Au début, les artistes étaient seulement connus dans les banlieues des grandes
villes. André Prévost considère le vrai début de la culture hiphop en France l’année 1996.
En 1996 le gouvernement français appliquait « la loi des quotas ». Selon cette loi au
moins quarante pourcent de la musique diffusée par les stations radios devait être
francophone. De cette manière les stations étaient presque obligées de diffuser aussi
parfois du hiphop français. 55
Etant donné que la culture hiphop est d’origine américaine nous traiterons
brièvement les différences entre la culture hiphop de France et celle des Etats-Unis.
D’abord, les problèmes sociaux ou raciaux en France, ne semblent pas aussi graves que
ceux des Etats-Unis. Les cités de France ne sont pas de ghettos à l’américaine. Quant à
l’origine des rappeurs, il est important de noter qu’en France on retrouve des rappeurs de
différentes origines : africaines, arabes, italiennes, espagnoles. Le hiphop n’est donc pas
une affaire exclusive des noirs, il est plutôt multiethnique. La multiethnicité du rap n’est
pas seulement visible dans les origines des rappeurs mais aussi dans leurs influences
musicales, on y retrouve par exemple des tambours africains, des rythmes arabes ou
même des paroles dans la langue du pays d’origine. 56
54
Armstrong, N., « Le français des banlieues. Uniformity and discontinuity in the French of the Hexogone », dans K. Salhi(éd.) French in and out of France,(2002), p.117. 55
Ruygrok, F., L’identité dans le rap français, Mémoire de BA non‐publié, Amsterdam, Uva, 2009, p 8. 56
Martínez, I., Le rap français. Esthétique et poétique des textes, Peter Lang, Bern. 2008, p72. 34 La réaction des pouvoirs publics français vis-à-vis le rap est remarquable car ils
voulaient bien utiliser le rap comme moyen pour communiquer avec la jeunesse. Ces
autorités ont essayé à intégrer les jeunes des quartiers difficiles, ils voulaient récupérer le
rap au sein de la société. En plus ils aimeraient bien de le sortir de l’underground. Dans
son livre Le rap français, esthétique et poétique du texte Isabelle Martínez est d’avis que
de cette manière les instances politiques françaises indiquent bien l’importance du
phénomène hiphop en France. Selon elle, on confère même la légitimité culturelle au
mouvement. Pour renforcer cette idée Matínez cite les mots de Jack Lang, qui a été
pendant longtemps ministre de la Culture au gouvernement français : « Pour moi, cela
représente avant tout une expression vivante, à la fois vivante, à la foi musicale, poétique
et chorégraphiée. Un art venu de la rue pour la rue. L’expression d’un désir de vie. Ce
que je reconnais dans cette forme d’art, c’est une rythmique à la fois scandée, ordonnée et
pleine d’improvisation. » 57 Nous voyons que Jack Lang considère le rap comme un
élément de la culture plus générale mais en même temps le rap est pour lui « un art venu
de la rue pour la rue ».
Nous avons montré quelques aspects de la culture hiphop en France. Dans le
chapitre qui suit nous nous concentrerons sur l’analyse des textes de rap. Comme vous
avez pu lire dans l’introduction, nous traitons des thèmes suivants : La colonisation, la
décolonisation, l’arrivée des immigrants en France, la situation nouvelle qui résultait dans
la construction des HLMs et des banlieues, la politique et l’image des rappeurs de France.
Nous aimerons savoir comment l’immigration est représentée dans le rap français. Dans
les textes les rappeurs parlent de leur vie et il est logique qu’ils parlent donc aussi de leur
histoire et de leurs racines. Cette recherche aux racines nous raconte comment les
rappeurs vivent leur identité, qui, comme nous avons montré auparavant, est inhérent liée
au passé, à l’histoire et comment ils sont perçus par les autres. Nous avons fait un choix
de plusieurs textes de rap qui couvrent un espace de temps de 1990 jusqu’à 2010. Avant
57
Martínez, I., Le rap français. Esthétique et poétique des textes, Peter Lang, Bern. 2008, p74‐75. 35 que nous commencions avec l’analyse, il nous semble intéressant de traiter brièvement le
lien entre les rappeurs et leur histoire, étant donné que les sujets que nous traiterons
portent sur leur histoire.
36 Chapitre III L’analyse des textes de rap
3.1 Le rap et l’histoire
Etant donné que le chapitre présent porte sur la colonisation et l’immigration, il est
important de parler du lien entre le rap et l’histoire. La question qui sera posée ici est la
suivante : ‘ Les rappeurs entreprennent-ils une révision de l’histoire ? Il est probable que
les rappeurs entreprennent une révision de l’histoire française telle qu’elle est transmise
par les institutions républicaines. Par les grandes institutions républicaines nous
entendons, les écoles et les lycées. L’histoire qu’on enseigne en France est souvent celle
du pouvoir et des vainqueurs. 58 En témoigne par exemple la guerre d’Algérie. En France
on s’y référait pendant longtemps par l’euphémisme « les événements », tandis que du
point de vue des Algériens il s’agissait d’une vraie guerre coloniale. On peut s’imaginer
que, de cette manière, les enfants d’immigrés originaires des anciennes colonies
françaises ne se reconnaissent pas dans l’enseignement de l’histoire. C’est aussi la raison
pour laquelle, depuis cinq ans, l’histoire fait l’objet d’une puissante demande culturelle
de la part d’un public élargie. Nous citons les mots de Sandrine Lemaire, docteur en
histoire :
Il s’agit ici de renforcer leurs fondations, d’énoncer et d’analyser ce qui
permettrait de rapprocher les élèves aux parcours différents à travers des moments
forts de notre histoire, de l’histoire de leur famille, pour leur donner finalement
des racines leur permettant de mieux se construire une identité et une place de
citoyen. 59
Lemaire insiste sur le fait qu’une histoire plurielle prendra en compte aussi le point de
vue des anciens « colonisés ». En ce qui concerne l’enseignement français, Lemaire parle
encore de l’importance d’enseigner l’histoire commune. L’opinion suivante de Lemaire
58
Martínez, I., Le rap francais. Esthétique et poétique des textes, Peter Lang, Bern. 2008, p150. 59
Lemaire, S. dans : Bancel, N.,Blanchard, P., Lemaire, S., Culture coloniale en France. De la Révolution francaise à nos jours, CNRS éditions, Paris, 2008, p, 535. 37 nous semble aussi intéressant pour notre analyse : « Restituer une histoire commune sans
parti pris, ni critique ni nostalgique, mais qui relate la participation de chacun, telle
qu’elle fut, à la construction de la nation paraît être un des outils essentiels à l’évolution
de l’école dans le champ postcolonial ». 60
Le plus important c’est que Lemaire fait allusion à la participation de chacun.
Selon elle, il faut donc réécrire l’histoire d’une certaine façon. Nous allons voir si les
rappeurs, qui sont souvent d’origine de l’immigration, sont influencés par l’enseignement
de l’histoire française des écoles et lycées de France. Nous nous demandons si les
rappeurs réclament le droit de faire connaitre « l’autre histoire plurielle », ce qu’on peut
appeler : l’histoire cachée des vaincus ou bien des oubliés.
Dans son livre Le rap français, esthétique et poétique du texte Isabelle Martínez
est d’avis qu’un des thèmes majeurs du rap français est effectivement l’idée de revoir
l’histoire afin de débusquer le leurre de ses versions officielles. Dans ce domaine nous
voyons un lien entre la littérature et la musique. Dans la littérature postcoloniale on
retrouve le terme « writing back to the center », ce sont des écrivains d’origine des
anciennes colonies qui décrivent la colonisation et décolonisation de leur pays vues par
leurs propres yeux. Ainsi, et la littérature que et la musique essayent de débusquer le
leurre des versions officielles de l’histoire.
Selon Martínez, il y a des textes qui s’interrogent sur la validité des paradigmes
historiques qu’on enseigne en France. D’autres révisent l’histoire et donnent leur propre
vision du passé. 61 Pour illustrer cela nous citons les paroles du rappeur Assassin dans sa
chanson « A qui l’histoire ? ». Il s’adresse au pouvoir français : « Ton histoire n’est pas
forcement la mienne, connard ! Pourtant ton histoire fait que je me trouve dans ton
territoire ». 62 Assasin insiste sur le fait que sa présence dans la France actuelle est due à
l’histoire coloniale française et qu’il a, en étant un enfant d’issu de l’immigration, une
autre histoire que celle de l’histoire française. Son pays d’origine existait déjà avant la
60
Lemaire, S. dans Bancel, N., Blanchard, P., Lemaire, S., Culture coloniale en France. De la Révolution française à nos jours, CNRS éditions, Paris, 2008, p, 536 61
Martínez, I., Le rap français. Esthétique et poétique des textes, Peter Lang, Bern. 2008, p150. 62
Assasin, « A qui l’histoire? », Le futur que nous réserve‐t‐il ?, 1993. 38 colonisation française. La rappeuse Keny Arkana parle aussi de l’éducation française
dans sa chanson « Ils ont peur de la liberté ».
Ils voudraient nous éduquer, eux qui manque (sic) de sagesse
ceux qui sans intérêt ne savent pas faire un geste.
Ils nous parlent de respect mais ils flinguent notre terre
disent se battre pour la paix et pour ca (sic) font la guerre. 63
Un autre fragment fait aussi allusion au fait que l’histoire, telle qu’on l’enseigne dans les
écoles françaises, ignore largement celle des anciennes colonies. L’auteur en est le
rappeur Médine.
Voyager là où émigrent les oiseaux,
Besoin de visiter l'Afrique pour écraser mon ego
Besoin d'étudier notre histoire
Pour ne plus avoir besoin de bricoler dans notre histoire
Ou de l'entendre modifier par un autre 64
Le fragment suivant raconte l’histoire vue par les yeux du rappeur Algerino. Il ne parle
plus des gens qui « bricolent dans notre histoire » mais il nous donne son opinion sur
l’histoire des colonies : Algerino raconte « son histoire ». Le texte nous parle de
l’exploitation de l’Afrique par les Français et la fierté d´avoir ses origines en Afrique.
Algerino voit l’Afrique comme le berceau de l’humanité. A l´heure actuelle la France ne
prend pas la responsabilité de ses actes, elle ne se mêle pas des problèmes actuels de
l’Afrique. Le rappeur dit indirectement que presque toutes les guerres civiles en Afrique
sont causées par la colonisation. Il parle « des peuples déchirés pour des frontières », les
frontières faites par les colonisateurs posent de nos jours toujours des problèmes.
64
Médine, « besoin de résolution », Jihab, 2006 39 Ils redessinent le monde, des peuples déchirés pour des frontières,
c’était des anciennes colonisations
Ils ont piller (sic) l’Afrique, berceau de l’humanité et quand y a génocide
c’est pas grave on est pas concerné 65
Nous aimerons finir par une phrase de la rappeuse Keny Arkana qui résume bien
l´importance de l’engagement des rappeurs à l’égard de l’histoire : « La connaissance est
la force et la vie il faut connaitre le passé pour comprendre le présent et deviner
l'avenir ». 66 Après avoir décrit l’engagement du rap avec l’histoire, nous passons à la
représentation de la colonisation dans le rap français.
3.2 La colonisation dans le rap français
Nous commençons avec un extrait de la chanson Tam-Tam de l’Afrique du groupe de rap
IAM qui porte sur le premier événement de la colonisation française : La traite des
esclaves par les Français. La traite des esclaves pourrait être considérée comme le début
de l’oppression de l’Afrique par le monde occidental. Du point de vue musicologique,
nous voyons un lien entre les chants de révolte des esclaves et leurs descendants et le rap.
Les deux étaient et sont des genres de musiques engagés, les gens s´opposent à leur
mauvaise situation. Du point de vue textuel, le rap partage aussi des caractéristiques avec
la poésie nègre francophone en plus spécialement la Négritude.
65
Algerino, «Petit bateau » , Mentalité pirate, 2007. 66
Keny Arkana, « Ils ont peur de la liberté », Entre ciment et belle étoile, 2006 40 Ils sont arrivés un matin par dizaines par centaines
Sur des monstres de bois aux entrailles de chaînes.
Sans bonjours ni questions, pas même de présentations
Ils se sont installés et sont devenus les patrons,
Puis se sont transformés en véritables sauvages
Jusqu'à les humilier au plus profond de leur âme.
Enfants battus, vieillards tués, mutilés
Femmes salies, insultées et déshonorées.
Impuissants, les hommes enchaînés subissaient
Les douloureuses lamentations de leur peuple opprimé
Mais chacun d'entre eux en lui-même se doutait
Qu'il partait pour un voyage dont il ne rentrerait jamais,
Qu'il finirait dans un port pour y être vendu.
Il pleurait déjà son pays perdu.
Traité en inférieur à cause d'une différence de couleur, 67
Vous voyez qu’on commence au début de l’histoire de l’esclavage, IAM nous décrit la
brutalité des Français et leur sentiment de supériorité. Ils traitaient les gens noirs comme
des êtres inferieurs, à cause de la différence de couleur. Il faut noter que le groupe IAM
n’est pas un groupe « noir », mais qu’ils remémorent tout de même l’histoire de
l’Afrique. La chanson pourrait être considérée comme une sorte d’hommage à l’Afrique
et aux opprimés du monde.
Nous empruntons à Isabelle Martínez l’idée que les textes des rappeurs sont
imprégnés de Négritude. Dans les années trente la poésie de la Négritude naissait à Paris,
Léopold Senghor, Léon Damas et Aimé Césaire fondaient un journal, L’Etudiant Noir,
qui s’adressait à tous les étudiants de couleur. De cette manière une identité commune
commençait à se faire jour. Ils la donnaient le nom : la Négritude. La notion reposait sur
l’idée que l’identité noir est unique. La poésie est le premier moyen d’expression utilisé
par ces écrivains désireux de faire connaitre leur identité. 68 Le concept de la Négritude
n’est pas exclusivement historique. Selon Martínez, le concept couvre toutes les
67
IAM, «Tam‐tam de l’Afrique », De la planète de Mars, 1991. 68
Dévote, G., Itinéraires Littéraires, 1990/1950, Hatier, Paris, 1991, p454. 41 dimensions de l’être noir dans le monde. 69
Un exemple d’une telle dimension est le fait que ‘les Noirs’ sont obligés à
s’exprimer dans la langue des anciens colonisateurs. Les rappeurs ne peuvent s’expriment
qu’en français, la langue des colonisateurs. Quant à l’identité, nous voyons qu’IAM
s’adresse à la communauté des Noirs où bien à tous les opprimés du monde qui se
reconnaissent dans le texte.
Dans la chanson Tam-tam de l’Afrique nous retrouvons un lien intertextuel avec
Senghor qui parle dans son œuvre souvent de l’instrument du tam-tam, comme une sorte
de métaphore de la femme aimée. Nous citons un passage de la poème Femme Noire,
publié en 1945 : « Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du
vent d’Est. Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur. Ta
voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée. » 70 Ce lien intertextuel pourrait
être interprété comme une sorte d’hommage au « père de la Négritude », Léopold
Senghor. La chanson Tam-tam de l’Afrique date de l’année 1991, donc elle a été écrit 26
ans après la parution du poème de Senghor.
Le groupe Ministère AMER consacre aussi un passage à l’esclavage. Dans le
texte ils font allusion à Kunta Kinté, c’est un héro popularisé par la télévision qui
symbolise l’histoire honteuse de l’esclavage et la lutte des Noirs pour leur libération. 71
« Ai-je un droit sur les terres de chez moi nos ancêtres ont-ils eu des droits, ou le schéma
était-il encore une fois des damnés comme Kunta Kinté, devant vos lois ? » 72
Un autre exemple nous est fourni par la chanson La Fransse de Monsieur R. Cidessous nous en citons un extrait :
69
Martínez, I., Le rap français. Esthétique et poétique des textes, Peter Lang, Bern. 2008, p152. 70
Senghor, L., «Femme noir», Chant d’ombre, Paris, Planète Libre CNES éditions, 2007, (1945) 71
Martínez, I., Le rap français. Esthétique et poétique des textes, Peter Lang, Bern. 2008, p161. 72
Ministère AMER, «Damnés », L’intégrale, 1997. 42 Quand je parle de la France
Je parle pas du peuple français
Mais des dirigeants de l’Etat français
Ca fait longtemps qu’ils nous exploitent
De l’esclavage à la colonisation
Et aujourd’hui
Ce n’est que manipulation 73
Dans cet extrait, Monsieur R n’accuse pas le peuple français, mais il accuse les dirigeants
de l’Etat français. Pour lui, les fautes qu’a faites la France ne pouvaient être imputées
qu’à ses dirigeants. L’Etat a exploité les anciens colonisés depuis longtemps et cela
continue encore de nos jours. Vous avez pu lire que Selon Eric Besson insiste aussi sur le
fait que l’Etat a créé la nation française. Elle a, selon lui, toujours été un créateur de
nation. Nous remarquons que dans les opinions de Besson et Monsieur R, le peuple
français peut se détourner de leurs actes et qu’on peut accuser, ou bien, dans le cas de
Besson, glorifier, l’histoire de France. Les paroles de Monsieur R confirment l’idée que
l’histoire de France est faite par l’Etat.
Nous avons encore un extrait de la même chanson de Monsieur R.
En Afrique ils ont oublié
De croire à nos talismans
Et pour la France
Ils voudraient
Qu’jai des bons sentiments
La France est une de ces putes de mères
Qui t’a enfanté
Et qui aujourd’hui
Regrette qu’une chose
C’est de ne pas avoir avorté 74
73
Monsieur R., « La FranSSe », Politikement Incorrekt ,2005 74
Monsieur R., « La FranSSe », Politikement Incorrekt ,2005 43 Dans cet extrait Monsieur R fait allusion à la colonisation à l’aide d’une métaphore. La
France a enfanté les colonies mais elle regrette maintenant ses actes, car les colonies la
rapportent à l’heure actuelle des problèmes au lieu de l’argent à cause de la présence des
anciens colonisés. Monsieur R n’a aucune gratitude envers la France et il la considère
même comme une de ces putes de mères : une mauvaise mère. Ce que Monsieur R dit est
comparable à ce que dit le rappeur Algerino : « Ils ont piller (sic) l’Afrique, berceau de
l’humanité et quand y a génocide c’est pas grave on est pas concerné ». 75 Les deux
rappeurs insistent sur le fait que la France ne prend pas sa responsabilité par rapport aux
problèmes que pose l’héritage de la colonisation à l’heure actuelle. Pour finir nous
traiterons encore un fragment du rappeur Kery James tiré de la chanson Banlieusards.
Regarde moi, j’suis noir et fier de d’être
J'manie la langue de Molière, j'en maîtrise les lettres
Français parce que la France a colonisé mes ancêtres
Mais mon esprit est libre et mon Afrique n'a aucune dette
Je suis parti de rien, les pieds entravés
Le système ne m'a rien donné, j'ai du le braver
Depuis la ligne de départ, ils ont piégé ma course 76
Ce qui frappe d’abord est la phrase « Je suis noir et fier de d’être ». Dans la partie
précédente nous avons parlé de la Négritude. Ici, nous voyons une fois de plus que le
concept de Négritude est non seulement historique mais toujours d’actualité. Avec cette
phrase, Kery James veut aussi faire connaitre son identité noire. Ceci nous ramène à la
question de Alec Hargreaves citée à la page 16 : « How can I fit together into a coherent
whole the different parts of my experience, which often conflict with each other because
of my participation in a mixture of communities and cultures ? » 77
75
Algerino, «Petit bateau » , Mentalité pirate, 2007. 76
Kery James, « banlieusards », A l’ombre du show business, 2008. 77
Gafaiti, H., Migrances,Diasporas et Transculturalités Francophones, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 33. 44 Sur ce point, nous partons de l’idée que Kery James donne une réponse à cette
question. L’identification avec l’identité noire domine chez le rappeur. Il parle
notamment de « mon Afrique » et de « la France », en plus il renforce aussi l’idée de
penser dans des dichotomies : « Eux » et « Nous ». Il se distancie des Français (« Eux)
par le mot « ils » : « ils ont piégé ma course ». Ce qui étonne est aussi le fait que Kery
James ne parle pas « du français » mais qu’il parle « de la langue de Molière ». A cet
égard, nous pourrions dire que malgré son identification avec l’identité noire, le rappeur
s’identifie à la culture française. Kery James s’identifie à la grande littérature française,
en citant Molière. Dans la phrase « j’manie la langue de Molière » on retrouve l’attitude
par rapport à la langue française qui fait penser à celles des écrivains de la Négritude.
Les rappeurs revendiquent leur droits à la langue française. Bien que ce soit la langue de
l’ancien colonisateur, c’est la seule langue dont ils disposent. Ainsi, ils soulignent le fait
que « la langue de Molière » leur appartient aussi que celle-ci s’est colorisée en quelque
sorte.
Dans notre introduction nous avons parlé du film Indigènes de Rachid Bouchared.
Ce film nous raconte l’histoire des Maghrébins et des Africains qui se sont battus pour la
libération de la France pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les colonisés avaient
donné leur vie pour la France. Les textes suivants des rappeurs Al Peco et Kery James
nous décrivent aussi cette histoire.
T'as eu besoin d' chair à canon, t'as su ou venir chercher
Ils sont passé ou nos tirailleurs, nos alleux (sic)
Nos sages se tirent la gueule, quand tu veux qu'on s' tire ailleurs
marre de ouvrer pour la gaule (sic) 78
78
Al Peco, « Hey Marianne, ColonizaSon, 2008 45 La tête haute, le torse bombé, la poitrine gonflée de courage, prêt à tomber,
succomber
Au service des nôtres car c’est l’rap des sacrifices
Le tirailleur au front, face au rap des artifices
C’est le rap des vrais hommes, des guerriers valeureux. 79
Al Peco parle de la chair à canon, les colonisés, pendant la Première et la Deuxième
Guerre mondiale. Et dans le dernier fragment Kery James formule cela encore plus clair :
« La tête haute, le torse bombé, la poitrine gonflée de courage, prêt à tomber,
succomber ». Les deux rappeurs décrivent l’exploitation française des hommes de leurs
colonies. Mais Kery James parle aussi du courage exemplaire des tirailleurs sénégalais,
vénérés par tous les Français. « C’est le rap des vrais hommes, des guerriers valeureux ».
C’était surtout après la Première Guerre mondiale que les tirailleurs sénégalais étaient
glorifiés par les Français. Par ailleurs, les Sénégalais avaient une même idée positive de
la France. Nous citons les mots d’un tirailleur sénégalais interrogé en 1916 dans un
« camp d’hivernage » du midi de la France : « Avant j’étais nègre, maintenant je suis
français ». 80
Comme dans le texte de Kery James, Banlieusards, on retrouve dans le fragment
d’Al Peco l’idée de penser dans des dichotomies : « Eux » et « Nous ». Le rappeur Sefyu
parle du même événement, mais il n’en parle pas d’une manière négative, plutôt positive.
Il parle de « l’amour de ce pays » des colonisés et il n’y a presque pas de rappeurs
français qui prononcent de tels mots. Le mot le plus fréquemment employé est ‘la haine’,
mais nous avons vu qu’il y a des exceptions.
79
Kery James, « Retour du rap français », Réel, 2009. 80
Cousturier, L., Les tirailleurs sénégalais et la question coloniale, Paris, l’Harmattan, 2008, p 85. 46 Oooh 1962, la France est ravagée par la seconde guerre mondiale de 1945
La victoire a coûté cher en argent et en litre de sang, la chute des allemands (sic),
puis la fin de Hitler
Tirailleurs sénégalais épaulée par l'Algérie ont quittés leur petite chérie pour
l'amour de ce pays. 81
Les fragments qu’on a cités ci-dessus montrent que l’engagement des rappeurs envers
l’histoire coloniale est important. Ils essayent de changer la donne et de devenir les
protagonistes de leur propre histoire. Ils rejettent les leçons qui sont proposées par le
pouvoir français et ils veulent tirer au clair la vérité historique. Jusqu’ici nous avons traité
la façon dont l’histoire coloniale a été représentée dans les rap français. Maintenant nous
aimerons nous consacrer à l’immigration dans le rap français.
3.3 L’immigration dans le rap français
Comme il a été montré dans ce qui précède, après la libération, le gouvernement français
avait comme priorité la reconstruction du pays. Il est clair que le pays avait besoin de
main d’œuvre, ils la cherchaient dans les (anciennes) colonies. Dans les années soixante,
il y avait surtout des hommes seuls, des anciens colonisés qui arrivaient en grand nombre
en France. Pour illustrer la façon dont cette histoire a été représentée dans le rap français,
nous commençons par deux citations des rappeurs Sefyu et Al Peco. Le premier
fragment est de Sefyu qui nous raconte les premiers débuts l’histoire de l’immigration. Le
deuxième fragment est d’Al Peco.
La bataille est finie, c'est le début de la 3ème guerre
Des obus sont restés coincés dans les routes de Poitiers
La France doit reconstruire, rebooster son économie
Rembourser les milliard de l'américain (sic) son ami
A ce moment là, la France ne se sentait pas très forte
La guerre fut un gros choc, la capitale était morte
81
Sefyu, « 3eme Guerre », Suis‐je le gardien de mon frère ?, 2009. 47 Il fallait la relooker, au même titre qu'un mannequin
Car ses talons s'étaient cassés sur la route de Berlin
Pour ca, il fallait des hommes costauds robustes prêts à tout pour la famille restée
au bled dans la famine
C'est là qu'ils ont fait appels (sic) aux immigrés portugais, noirs, maghrébins,
ritals, espagnols
Tous avaient un point commun
Fuir la misère dans l'besoin
Tous prêts à travailler comme des dogs argentins
La main d'œuvre est humaine, les outils sont les hommes
Qui vendent corps et âmes, leur chaire pour pas cher
Dans l'bâtiment, la voirie, des mines de charbon, à l'usine, à la chaine, l'immigré
se déchaîne 82
Soixante-dix, fallait bien ces bras pour bâtir tous ces ponts et ces bâtiments,
soulever les sacs ciment
Construire les grat' ciel au ciel
Fallait bien faire appel aux enfants du Maghreb ou sael (sic)
Bien son aide d'avoir une main d'œuvre docile et productive 83
Nous retrouvons encore l’idée de l’exploitation des colonisés par (l’ancien) colonisateur.
La France fait appel aux colonies, seulement quand elle en a besoin. Les
colonisés vivaient souvent sous de mauvaises conditions de vie dans leur pays d’origine
et il y avait souvent du chômage. Cela les poussait à émigrer vers la France. Pour montrer
la misère dans laquelle les hommes vivaient en France, Sefyu se sert de cette phrase
« Les outils sont les hommes. Qui vendent corps et âmes, leur chair pour pas cher ». A la
fin de cet extrait nous lisons : « Dans l'bâtiment, la voirie, des mines de charbon, à l'usine,
à la chaîne, l'immigré se déchaîne ». Le mot ‘déchaîner’ signifie que c’est que
l’immigration est née avec l’appel à la main-d’œuvre. La chanson de Sefyu poursuit avec
l’histoire de l’émigration de deux hommes : Moussa, un Sénégalais, et Houssen qui est un
Algérien.
82
Sefyu, « 3eme Guerre », Suis‐je le gardien de mon frère?, 2009. 83
Al Peco, « Hey Marianne, ColonizaSon, 2008 48 Oooh 1963, l'arrivée de Moussa
1964, l'arrivée de Houssen
Moussa 23 ans, originaire de Dakar lorsqu'il débarque à Marseille
Inclandé dans des contenaires
Houssen a 24 ans quand il vient d'Alger
Fils d'ancien combattant harki réfugié politique
Il dépose ses valises sur la ville de Paris à Belleville, à l'Ouest (sic) de la belle vie
Moussa décroche un boulot dans la voirie
Il ramasse des déchets à mains nues, sans les gants
Houssen quand à lui travaille à l'usine
Il respire de l'amiante pour cracher son loyer
Crouille
Houssen et Moussa vivent dans des foyers pour jeunes travailleurs immigrés sans
moyens
Classé (sic) par communauté, par pays, par couleur
Moussa vit qu'avec des noirs et Houssen avec des beurs
La France n'avait pas l'intention de les dépayser
L'objectir (sic) était de bosser et de ne pas les intégrer
Les portugais mangeaient portugais, dormaient portugais
Les arabes parlaient qu'en arabe, marchaient qu'en arabe
Les noirs (sic) dans le noir, faisaient du travail au noir
Chacun vivait avec la personne qu'il y avait dans son miroir
La meilleure nourriture du monde
Pour Moussa était le riz
Les meilleurs plats de la terre
Pour Houssen la galète (sic) Kabyle
1980, 20 ans passés en France
Moussa et Houssen, à la chaine se déchaînent 84
Cet extrait illustre la mauvaise situation des premiers immigrants, logés dans des
« foyers » mais aussi le travail qu’ils devaient faire. Moussa qui a un travail dans la voirie
doit ramasser des déchets à mains nues, sans gants. Et Houssen qui travaille dans l’usine
et qui respire de l’amiante toute la journée. Comme vous avez pu lire auparavant,
l’environnement dans les foyers était très mauvais. Les chambres étaient dans un état de
grande malpropreté. Sefyu aborde encore le côté social aux foyers ; les hommes sont
classés par communauté, par pays et par couleur. Le fragment qui suit écrit par le rappeur
Algerino, nous raconte aussi l´histoire d´un travailleur immigré d´origine algérienne.
84
Sefyu, « 3eme Guerre », Suis‐je le gardien de mon frère?, 2009. 49 Nous pourrions dire que le portrait qu’il en fait est comparable à la description de Sefyu.
Comme lui, il parle « des hommes. Qui vendent corps et âmes, leur chair pour pas
cher » 85
Une famille des plus modeste à la rue Parmentières on était 7 à vivre dans une
pièce mon père travaillait 15 heures par jours et je le voyais que le soir le regard
marqué par le ciment et la routine bref après 4 ans passé dans ce taudis forcé de
déménage (sic) vu que la famille c’est agrandit (sic) 86
Vous voyez que le père de la famille est, soi-disant, exploité par la France. Il gagne sa vie
avec un travail extrêmement lourd. En même temps la famille habitait dans une HLM
dans laquelle les conditions de vie sont comparables à celles d’un taudis. Le fragment qui
suit de la main d’Al Peco, d’origine sénégalaise, celui-ci raconte aussi l’histoire de son
arrivée en France.
J'ai atterri en banlieue parisienne en 78 je crois.
Monsieur le ministre permettez moi de vous faire un petit cours d'histoire.
Mon pays le mali pendant longtemps a servi de colonie, la France s'y est servie.
Moi même à la France, j'ai temps servi je peux pas cracher sur ce pays.
Il m'a offert un travail au prix d'une ernie (sic) discale.
A part ça rien de grave sauf que j'essaie de tenter cette intégration mais bon!!
20 ans le même job, la routine et mon,..
mon patron écorche encore mon nom.
Tellement l'impression de n'être qu'un chiffre, un simple numéro de sécu sociale,
un numéro d'assedic, un numéro d'alloc familiale.
J'ai pas encore de numéro d'écrou mais c'est pas le cas de beaucoup d'entre nous.
Tellement l'impression de n'être que du bétail, un maillon de cette chaîne de
consommation interminable.
85
Sefyu, « 3eme Guerre », Suis‐je le gardien de mon frère?, 2009. 86
L’Algerino, « Enfant de Marseille », Mentalité pirate, 2007. 50 Dites moi je suis malade, je ne le pense pas.
Citoyen français mais ne le ressent pas. 87
Dans ce fragment Al Peco raconte l’histoire de son émigration, il arrivait en France en
1978. Il est parti de son pays d’origine pour travailler en France pour un prix « d’une
ernie discale ». Il ne se sent pas respecté par les Français. Le plus important dans ce
fragment est la fin : « Citoyen français mais ne le ressent pas ». Nous avons vu que le
communautarisme en France est souvent vu comme un élément qui empêche l’intégration
des groupes. Il faut d’abord qu’on se sent français et puis après il y a les autres identités
comme : musulmane, juive, catholique. Esther Benbassa insiste sur le fait qu’on peut
faire partie de plusieurs communautés. Dans le texte d’Al Peco c’est plutôt le contraire
qui se produit. L’ouvrier immigré a beau bosser jour et nuit, sans qu’on lui donne l’idée
d’être un vrai citoyen. Son patron « écorche » son nom et il n’est qu’un « numéro », au
lieu d’être traité comme un individu à part entière. Dans ce fragment le rappeur est
conscient du fait qu’il est un citoyen français mais il ne le sent pas. Il s’identifie plutôt à
l’identité des immigrés qu’à l’identité française.
Dans les sections qui suivent nous traiterons des manifestations de l’immigration
plus récente, nous commençons avec la représentation de la banlieue dans le rap français.
Al Peco, « Monsieur le ministre de l’intérieur », ColonizaSon. 2008 87
51 3.4 La banlieue dans le rap français
Comme il a été montré plus haut, en général les conditions de vie dans les banlieues ou
bien dans les cités sont loin d’être favorables pour ses habitants. Les rappeurs sont bien
conscients de cette situation et ils en parlent dans leurs textes. Leur cité est une sorte de
microcosme, ce microcosme est leur point de référence aussi bien du point de vue positif
que négatif. Le monde des rappeurs commence et finit à leur cité, il est soi-disant
autoréférentiel. 88 Comme dans le rap américain, dans le rap français il est question d’une
représentation de la cité comme « une jungle dans lequel il faut survivre ». Nous citons
deux extraits de la même chanson du rappeur MC Solaar dans lesquels il décrit « cette
jungle ».
Viens faire un tour dans ce que l'on appelle le ghetto,
D'la pisse dans l'ascenseur si tu daignes quitter ta Merco.
On a l'humeur foncée, j'vois des mecs foncer
Dans la nuit, pourchassés par des Peugeot bleu foncé (sic)
Là-bas le taux de chômage n'est pas truqué je vois
Tellement de gens qui ne font rien juste en bas de chez toi 89
Un peu comme si ici on ne faisait que souffrir
Pire que depuis des décennies y'avait pas eu un sourire
Sais-tu qu'ici un gros salaire c'est le SMIC
On peut même pas se payer un (sic) mort tragique sur le Titanic. 90
88
Martínez, I., Le rap français. Esthétique et poétique des textes, Peter Lang, Bern. 2008, p114. 89
MC Solaar, « Dégâts collatéraux », Cinquième As, 2001. 90
MC Solaar, « Dégâts collatéraux », Cinquième As, 2001. 52 Mc Solaar décrit cette cité comme un lieu extrêmement dangereux, dans lequel on craint
même de quitter sa voiture (merco). A côté du danger, il décrit la tristesse des
banlieusards mais aussi le chômage. Plus haut, nous avons donné la définition suivante
d’une « banlieue» : Une banlieue de caractérise par la ségrégation sociale et les difficultés
sur le plan économique et social. Le fait que MC Solaar parle du chômage et du SMIC,
« le plus gros salaire », renforce l’idée que notre définition est juste. Le fragment qui suit,
du groupe Ministère A.M.E.R, nous montre la ségrégation sociale, mais aussi la misère
et le chômage régnant dans la cité.
Il est midi, la chaleur fait monter chez moi l’odeur du "chep" et cantonnais du
deuxième, Le couscous et colombo du troisième mélange au saka saka du
quatrième. Comme le dit Jacques Chichi décontracté à chaque étage,
Ça sent la bouffe, une vie de louf. Dans mes escaliers tout le monde a signé,
d’autres ont pissé, Des chiens ont chié. Il n’y a plus de respect Donc la gardienne
gueule sa mère, fait des simagrées. Ma famille crie : trouve un métier. Je dois
m’évader. 91
Quant à la ségrégation; le rappeur parle des étages qui ont chacun pour soi, leur propre
odeur d’un plat étranger. Le chep (plat sénégalais), Le cantonnais (plat chinois), le
couscous (plat maghrébin), le colombo (plat indien) et le saka saka (plat congolais). Le
fait que le rappeur ne parle que des plats étrangers nous donne l’impression qu’il y a
seulement des immigrés dans son bâtiment et que les français de souche ne sont
absolument pas présent. Il faut noter que le mot « mélange » montre que les immigrants
ou les gens d’origine de l’immigration se mélangent bien entre eux. Brièvement dit, c’est
surtout la séparation « blanc » et « noir » qui pose un problème. Le rappeur continue à
décrire son bâtiment où il y a du graffiti partout et où ça sent l’urine et où il y a des
crottes de chiens. En plus, le rappeur est au chômage, sa famille lui pousse à trouver un
métier. A côté de la description de la misère, les rappeurs décrivent aussi la stigmatisation
du banlieusard par les médias.
91
Ministère A.M.E.R, « Une été à la cité », 95200, 1994. 53 Tous les jours j’entends à la radio, à la télévision
Tel ou tel sujet poussé jusqu`à la dérision
Mais tout le monde sait que les journaux ou chaînes de télé
Ont des partis pris politiques bien prononcés
Vous écrivez sur nous et bien j’écris sur vous,
Putains de journalistes à l’affût de gros coups. 92
Les jeunes des banlieues sont donc souvent représentés par les medias comme des
membres d’une culture de la rue, qui portent des vêtements « ghetto », qui sont engagés
dans des activités criminelles comme vandalisme et le graffiti et qui s’occupent du trafic
de la drogue. On colle souvent l’identité « de la rue » aux jeunes des banlieues. De cette
manière, il se peut qu’il soit question d’un cercle vicieux, les jeunes sont vus comme
« des jeunes de la rue » et ils vont se comporter de cette manière. Le fragment du groupe
Sniper nous montre un jeune banlieusard qui est jugé à cause de ses vêtements, qui
reflète, pour citer ses propres mots, la délinquance. Il finit par dire qu’il n’est pas la
cause des problèmes en France.
Je n'ai pas une tête de gangster, mais malheureusement
Jugé à ma tenue vestimentaire, insulté et salit (sic)
Je reflète peut-être la délinquance
Mais je ne suis pas la cause du chômage
Ni de l'insécurité en France 93
Les extraits qui suivent sont plus extrêmes, les jeunes des banlieues y sont même
désignés comme des tricards et des barbares. Ils reprennent à leur compte les insultes
qu’on leur adresse dans la rue.
92
Assasin, « L´éducation au travers des médias », Le futur que nous réserve‐t‐il ?, 1992. 93
Sniper, « Pris pour cible », Du rire aux larmes, 2001.
54 Quelle gratitude devrais-je avoir pour la France?
Moi Joey Starr qu’on considère comme un barbare 94
Ouais j'ai le look, typique, banlieusard.
On va pas cracher dans la soupe, avec notre dégaine on est tricard.
Nos têtes sont aigries car de l'étranger on se méfie.
C'est une mentalité de tocard qui dans le pays sévit
Bien souvent, j'ai ressenti dans le regard des gens
De la méfiance à mon égard, mis à l'écart et c'est vexant. 95
Nous reprenons les mots de Esther Benbassa, qui a écrit : « En France, on n’oublie pas
votre passé immigré. Ce label vous colle à la peau autant que votre identité femme. La
différence étant le plus souvent synonyme d’inégalité. » 96 Nous retrouvons ce que
Benbassa exprime dans les paroles des rappeurs qui se sentent stigmatisés. Ils ont
l’identité banlieusarde et il est extrêmement difficile de s’en sortir. Quant au
communautarisme, nous partons de l’idée que l’identification avec l’identité française est
guère possible pour ces banlieusards car il ssont déjà stigmatisés avant qu’ils n’aient
commis quelque acte criminel. Il s’agit donc en quelque sorte en une glorification de soimême. Un tel procédé porte le nom : auto-exclusion, c’est une réponse à l’exclusion
initiale. 97 Il est évident qu’on retrouve cela aussi dans les banlieues de France. Les
jeunes parlent de la misère de leur quartier mais en même temps la relation
qu’entretiennent les rappeurs avec leur « territoire » est extrêmement étroite. Presque
chaque rappeur évoque avec fierté son quartier d’origine dans ses morceaux.
L’image positive du quartier que donnent les rappeurs n’est pas liée à « une
structure géographique » mais plutôt à « une entité vivante ». 98 L’engagement pour le
94
NTM, « Quelle gratitude », Authentik, 1991. 95
Sniper, « Pris pour cible », Du rire aux larmes, 2001. 96
Benbassa, E., La République face à ses minorités. Les juifs hier, les musulmans aujourd’hui, Paris, Mille et une nuits, 2003, p. 13. 97
Calvet, L.‐J., (1994), Les voix de la ville ‐ Introduction à la sociolinguistique urbaine, Paris, Payot, p. 27‐30. 98
Ruygrok, F., L’identité dans le rap francais, Mémoire de BA non‐publié, Amsterdam, Uva, 2009, p 8. 55 quartier est plutôt le résultat d’une identification avec les gens qui y habitent qu’avec un
lieu fixe. Les quartiers des rappeurs deviennent dans leurs textes très souvent presque des
métonymies de leurs existences. Nous citons quelques fragments dans lesquels des
rappeurs parlent avec fierté de leur quartier ou ville et dans lesquels ils la nomment
spécifiquement. « J'suis du 91 mon frère et j'en suis fière. 9.1! Grâce à mon son j'ai fais
250 concerts. 9.1 ! » 99 , « Vitry 9-4 de ma ville j'veux être le prince » 100 , « Ici, on est
marseillais, bien avant d’être français » 101
Le block tout est de retour, Achtung!
C'est partit (sic) ça vient de Saint Denis,
Direct issu de la génération Fonky-Tacchini’
La Seine-Saint-Denis, C'est de la bombe baby
Et si t'as le pedigree ca se reconnaît au débit’
Cherche pas le 9.3., j'fille droit,
Avec un fond bestial, Seine-Saint-Denis Style! 102
Nous voyons que les rappeurs parlent d’une manière positive de leur quartier, cité ou bien
ville. Ce qui est frappant c’est que les rappeurs nomment le numéro de leur département :
le 91, le 93 et le 94. Ce sont tous des numéros des départements (et donc des banlieues)
autour de Paris. En plus les phrases comme : « J’suis du 91 mon frère et j’en suis fière »,
« La Seine-Saint-Denis, c’est de la bombe baby », renforcent l’idée d’une grande
identification avec leur lieu d’habitation.
La phrase « Ici, on est marseillais, bien avant d’être français » nous semble
intéressant. Pour traiter cette phrase nous reprenons les mots d’Alec Hargreaves qui
a écrit qu’un Français d’origine de la banlieue, est un banlieusard. En même temps, il
99
Diam’s, « Me revoilà », Dans ma bulle, 2006. 100
113, « Les princes de la ville », Les princes de la ville, 2000. 101
IAM, « Ombre est lumière », Ombre et lumière, 1993 102
NTM, « Seine‐Saint‐Denis style », Suprême NTM, 1998. 56 partage aussi des traits avec des Européens : Il a au moins trois soi-disant cultures :
banlieusarde, française et européenne. Ces identités ne coïncident pas entièrement. Sur ce
point, Tzvetan Todorov ajoute que chaque individu est pluriculturel, il partage des traits
constitutifs avec de différents groupes mais il combine cela de sa propre manière. Le
passage du groupe IAM, cité plus haut, semble confirmer cette idée. Les autres parlent de
leur identité banlieusarde et de leur identité française. La culture ou bien l’identité de la
banlieue précède l’identité française, ces identités ne se recouvrent par sur tous les points,
l’identification avec la banlieue prend le dessus. En témoigne Benbassa, qui écrit qu’une
vraie identification avec l’identité française est difficile, car certains Français de souche
n’oublient jamais « le passé immigré » des banlieusards. Dans les textes de rap nous
avons remarqué deux manières différentes de décrire la banlieue. La première se
caractérise par la description de la misère de la banlieue, l’autre insiste sur la grande
fierté qu’inspire le quartier d’origine. D’abord nous traiterons la description de la misère.
A côté des descriptions de la banlieue, les descriptions du microcosme des rappeurs, ils
parlent aussi de la France. Nous poursuivons notre recherche avec les descriptions du
macrocosme : la représentation de la France ou bien Marianne dans le rap français.
57 3.4 La France dans le rap français
Nous avons vu que les jeunes des banlieues sont souvent représentés par les medias et les
hommes politiques comme des membres d’une culture de la rue. Nous pourrions dire que
cette stigmatisation des jeunes cause une sorte d’interaction entre les jeunes et les
instances de la République. Les instances accusent les jeunes des banlieues, ils sont la
cause de leurs problèmes. A leur tour, les jeunes accusent les instances officielles, dans
leurs textes de rap, du fait qu’ils ne les aident pas à résoudre les problèmes et mettre fin à
la stigmatisation. Pour montrer cette interaction, nous traitons deux extrait qui traitent de
la France : Ma France à moi de Diams et Notre France à nous de Sinik. Les deux
rappeurs parlent de leur expérience personnelle de la France, c’est « leur »France qu’ils
décrivent.
C'est pas ma France à moi cette France profonde
Celle qui nous fout la honte et aimerait que l'on plonge
Ma France à moi ne vit pas dans l'mensonge
Avec le cœur et la rage, à la lumière, pas dans l'ombre. 103
Dans cet extrait Diam’s fait une distinction entre la France profonde et « sa France »,
cette France est probablement la France du département de l’Essonne, le département
d’où elle vient. Elle décrit les Français de souche comme des menteurs et les gens de « sa
France » comme des gens qui vivent avec « le cœur ». L’extrait suivant parle de la France
de Sinik, ce qui est intéressant à noter c’est qu’il dit que « sa France a vécu en Algérie ».
Cela signifie que les gens de « sa France » ont vécu en Algérie, il vit probablement dans
une banlieue où vivent beaucoup d’immigrés. En plus, Sinik pourfend avec « la
culture française », en disant : « Ma France à moi s’en balle les couilles de Claude
François ».
103
Diam’s, « Ma France à moi », Dans ma bulle, 2006. 58 Ma France a moi
S'en balle les couilles de Claude François et des Beatles
Elle fait ses courses dans les Carrefour, les Leaders price et les Lidl
Ma France a moi
Elle aime le Q de Albéri
Elle a vécu en Algérie 104
Les références à la France de Diam’s et Sinik sont déjà négatives mais il y en a qui sont
plus agressives. L’aversion envers La République peut amener certains rappeurs à tenir
des propos véhéments contre la France. Comme dans le passage suivant :
La France est une garce
N’oublie pas de la baiser
Jusqu’à l’épuiser
Comme une salope
Faut la traiter, Mec
Mais n’oublie pas qu’ici, c’est chez toi
Mets-toi à l’abri mets-toi 105
Le rappeur Monsieur R. décrit la France comme une prostituée qu’il faut baiser jusqu’à
l’épuiser en il finit par dire qu’il faut la traiter comme une salope. Dans ce fragment on
retrouve quand même une identification avec la France, le rappeur dit le suivant : « Mais,
n’oublie pas qu’ici, c’est chez toi ». De cela nous pouvons conclure le suivant : quoi qui
se passe et n’importe la manière que la France te traite, « elle restera ta maison » A côté
de cette phrase, on retrouve de la haine dans le fragment. « La France est une garce », en
plus il décrit que c’est le système qui pousse les jeunes à haïr la France. Le groupe Sniper
parle aussi de « niquer la France », mais ils « la niquent » avec leur musique et donc de
façon symbolique.
104
Sinik, « Notre France à nous », Le toit du monde, 2007. 105
Monsieur R., « La FranSSe », Politikement Incorrekt ,2005 59 La France est une garce et on s'est fait trahir
Le système voilà ce qui nous pousse à les haïr
La haine c'est ce qui rend nos propos vulgaires
On nique la France sous une tendance de musique populaire 106
Nous avons remarqué un dernier élément concernant les diatribes des rappeurs contre la
France. C’est la personnification de la France, de cette manière les rappeurs pourfendent
les institutions françaises, la personnification favorise la virulence des critiques. 107 Ils
tutoient ou vouvoient la France et parfois les rappeurs parlent de la Marianne au lieu de la
France. La Marianne est la figure allégorique représentant la France, elle incarne la
République française et représente les valeurs républicaines. En nommant la France
«Marianne », on se réfère du même coup aux trois valeurs qui fondent la République:
Liberté, Égalité, Fraternité, car c’est Marianne qui représente ces valeurs. Le fragment
que nous traitons est du rappeur Al Peco, dans son refrain il rappe le suivant :
Hey Marianne, tu m'as appris vos ancêtres les gaulois
J'suis venu te voir tu m'as dit pas d'visa retourne chez toi
Hey Marianne, dit moi de quoi t'as peur?
D'être victime d'une tournante par des black et des beurres ? (sic)
Hey Marianne, demande à tes copine (sic) Rama et Rachida
D'apprendre à t' préparer l' tajine et la sauce tigadigalia
Hey Marianne, et laissons les même madra sur la tête
J'veux pas devoir finir comme ta copine Marie Antoinette 108
106
Sniper, «France », Du Rire Aux Larmes, 2005. 107
Vicherat, M., Pour une analyse textuelle du rap français, Paris, L’Harmattan, 2005, p 96. 108
Al Peco, « Monsieur le ministre de l’intérieur », ColonizaSon. 2008 60 Dans le texte Al Peco fait semblant d’avoir une conversation avec « la France ». Il
l’appelle avec les mots : « Hey Marianne », il continue à la tutoier. Il parait presque que
le rappeur parle avec une vraie femme qui porte le nom Marianne. Nombreux de gens
sont venus la voir et quand « une personne n’a pas de visa, il faut retourner chez elle».
Néanmoins, Marianne a des contacts et même des amitiés avec des immigrés ou des fils
et filles d’immigrés, car Al Peco parle des copines de Marianne : Rama et Rachida.
En parlant de Rachida et Rama, Al Peco fait allusion à deux femmes politiques
bien connues : Rachida Dati et Rama Yada. Les deux sont les figures par excellence
d’une intégration heureuse. Rachida Dati est la fille d’un père marocain et d’une mère
algérienne, elle a grandi dans une famille de douze enfants dans un HLM à Chalon-surSaône. 109
Quant à sa carrière, Dati a été ministre de la Justice dans les gouvernements
François Fillon I et II. 110 A l’heure actuelle Richida Dati est une eurodéputée et maire du
7e arrondissement parisien. Rama Yada est née au Sénégal et sa famille immigrait quittait
le Sénégal pour la France en 1987, lorsqu’elle avait onze ans. Depuis juin 2009, Yade est
secrétaire d’Etat chargée des sports, aussi dans le gouvernement François Fillon II. 111
Dans sa chanson Al Peco parle aussi de la reine, Marie Antoinette, l’épouse de
Louis VXI. Comme Rachida et Rama elle est « une copine » de Marianne. Le rappeur est
bien conscient de l’histoire de France : Il sait que Marie-Antoinette fut une reine qui
trouva la mort sous la guillotine. En plus il est au courant de la politique actuelle.
Le dernier fragment est aussi du rappeur Al Peco. Il accuse La France directement
de son comportement vers les immigrés. La Marianne est ici une métaphore pour la
France qui pratique la politique de l’autruche, selon Al Peco elle doit enlever sa voile et
accepter le fait qu’il vit tant d’immigrés en France : « Pourquoi t’accepte pas ton
métissage ? ». « La voile » dont parle Al Peco a un double sens, il se peut qu’il parle de
109
http://www.liberation.fr/politiques/010191328‐rachida‐dati‐xavier‐bertrand‐les‐deux‐voix‐de‐sarkozy site web consultée le 15 juin 2010 110
http://www.metrofrance.com/info/rachida‐dati‐du‐parlement‐europeen‐a‐l‐assemblee‐nationale/mjfe!MejBgoulyQsr/ site web consultée le 15 juin 2010 111
http://artgoldhammer.blogspot.com/2007/07/rama‐yade‐guest‐post‐eloi‐laurent.html site web consultée le 15 juin 2010 61 « la Marianne standard » qui doit, au sens figuré accepter le métissage de la France. Ou il
se peut que la France et donc Marianne a changé d’une femme blanche dans une
musulmane qui porte une voile.
Hé Marianne, dis-moi de quoi t'as peur ?
D'être victime d'une tournante par des blacks et des beurs ?
Tchiiip ! Foutaise ! Oh ! Enlève ton voile !
Pourquoi t'as honte d'nous montrer ton nouveau visage, hein ?
Pourquoi t’accepte pas ton métissage ?
Pourquoi tu penses qu’immigrer rime avec foot et braquage
Dans cette partie sur la France dans le rap français nous avons remarqué trois manières de
la décrire. La première est la description du rappeur de sa France versus « votre France »,
ici nous retrouvons encore l’idée de penser en dichotomies : « Eux » et « Nous ». La
deuxième description est la description violente qui nous montre la France comme une
prostituée pour laquelle il ne faut pas avoir du respect. La dernière description nous
semble la plus intéressante. C’est la description d’une France plurielle qui se compose de
différentes cultures. Nous reprenons les mots de Todorov qui a écrit qu’il n’existe pas de
cultures fixes et pures et que chaque culture est une culture hybride ou métissée. La
France actuelle se compose des rencontres dans le passé avec d’autres populations,
comme les Gaulois, les Francs, les Romains, les Allemands, les Espagnols et plus
récemment les Maghrébins et les Africains. En parlant de Rachida Dati, Rama Yada,
Marianne, Marie-Antionette, le tajine, la sauce tigadigalia et la madra sur la tête le
rappeur nous montre une sorte de nouvelle identité. Cette diversité ethnique de France
doit être considérée comme une partie de la société et culture française.
62 3.6 L’engagement politique dans le rap français
Nous avons déjà constaté que le rapport de la plupart des rappeurs à l’autorité étatique est
ambigu. Les rappeurs se contentent d’exprimer leur colère, leur refus et le biais par leurs
chansons. Il est étonnant que l’engagement politique est aussi très présent dans le rap
français, souvent les rappeurs montrent leur conscience politique et donc leur conscience
de citoyennes. Nous constatons qu’en général presque tous les hommes politiques sont
considérés comme des personnes peu fiables.
Je n’aime ni Le Pen, ni Chirac c’est un fait mec
Tous les politico-mythos m’ennuient et je fais la tete
Quand je vois leurs faces qui passent, repassent
Et m’agacent à la télé que j’aime pas non plus…. 112
Il y a des exceptions, comme la référence positive d’Al Peco à Rachida Dati et Rama
Yade. Une autre est la suivante : Pendant les élections présidentielles de France en 2007
la rappeuse Diam’s s’est engagée pour Ségolène Royal et cette solidarité venait aussi de
la part de Royal. Pendant un discours à Villepinte, Royal reprenait même les paroles
d’une chanson de Diam’s : « Je veux une France qui entende ce que lui dit Diam's dans
"Ma France à moi" : « Il ne faut pas croire qu'on la déteste, mais elle nous ment (...) Ma
France à moi leur tiendra tête jusqu'à ce qu'ils nous respectent ». 113
Mais la plupart du temps l’attitude vers les hommes politiques et négative, ce qui
est logique quand on lit leur programme. Nous commençons avec la chanson Plus jamais
ça (1995) du groupe NTM. Dans cette chanson le groupe aborde l’essor du Front
National, la honte de la classe politique française républicaine et d’une large majorité de
Français. La phrase « plus jamais ça » fait référence à l’Holocauste, à volonté d’empêcher
112
Fabe, « Je n’aime pas », Befa surprend ses frères, 1995 113
http://societe.fluctuat.net/blog/14468‐discours‐de‐segolene‐royal‐ce‐a‐quoi‐vous‐avez‐echappe.html. site de web consultée: 9 juin 2010 63 les horreurs de la Deuxième Guerre mondiale. Dans le texte de NTM, la phrase fait
allusion aux résultats alarmants du Front National, dont la popularité augmente pendant
la période dans laquelle NTM sortait de cette chanson. 114
Ah non, non, plus jamais ça, seulement voila là
Il semblerait que des cas d'amnésie caractérisée soient relevés,
Tendant à prouver, qu'avec facilité
Les erreurs du passé peuvent se renouveler
Et faire l'affaire des supporters de la croix de fer
Le bras tendu en l'air, le sigle rebelle en bannière 115
Avec la comparaison entre les nazis et le FN, NTM essaye d’éviter l’ascension du
racisme et la xénophobie en France. La chanson de NTM n’est pas la seule qui se
prononce contre la politique du Front National, c’est un thème qu’on retrouve souvent.
Ainsi, la chanson suivante parlait-elle de Le Pen et « ses conneries ».
Tolérance zéro parait que c’est crédo
Noir, blanc et arabes fumant le bedo sous le même préau
Y’a trop d’escroc Chirac premier délinquant
France convoqué devant le juge n’y va pas arrogance de sa part
Mon rap un rempart face à Le Pen et ses conneries 116
Les rappeurs n’accusent non seulement le Front national ou Jean-Marie le Pen. La fille de
Le Pen, Marine Le Pen, qui a à l’heure actuelle a pris le relais du parti politique de son
père, est aussi un sujet fréquent du rap français. Nous citons un extrait de la chanson
Marine de la rappeuse Diam’s.
114
Martínez, I., Le rap français. Esthétique et poétique des textes, Peter Lang, Bern. 2008, p132. 115
NTM, Plus jamais ça, Paris sous les bombes, 1995. 116
Disiz la Peste, « C’est toujours ca la France », Jeu de société, 2003. 64 Marine, tu sais ce soir ça va mal,
J'ai trop de choses sur le cœur
Donc il faudrait que l'on parle,
Marine, si je m'adresse à toi ce soir
C'est que t'y es pour quelque chose,
T'as tout fait pour qu'ça foire.
Marine, dans le pays de Marianne,
Y'a l'amour,
Y'a la guerre,
Mais aussi le mariage.
Marine, pourquoi tu perpétues les traditions ?
Sais tu qu'on s'ra des millions à payer l'addition.
Ma haine est immense,
En ce soir de décembre.
Quand je pense à tous ces gens que tu rassembles.
Tu sais, moi j'suis comme toi,
J'veux qu'on m'écoute.
Et tout comme toi,
J'aimerais que les jeunes se serrent les coudes.
Marine, t'as un prénom si tendre,
Un vrai prénom d'ange,
Mais dis-moi c'qui te prend.
Marine, on ne sera jamais amies
Parce que ma mère est française
Mais qu'je ne suis pas née ici. 117
Pendant toute la chanson Diam’s s´adresse à Marine, c’est une sorte de lettre ouverte à
elle. Diam’s nous montre la méchanceté de Le Pen qui n’accepte que les gens qui ont du
sang « pur » français. « Marine, on ne sera jamais amies. Parce que ma mère est
française. Mais qu’je suis pas née ici ». Ce qui frappe en plus c’est que Diam’s tutoie Le
Pen, comme elles sont des camarades de classe qui se disputent. Il est clair que Le Pen
n’était pas très heureuse avec cette chanson, elle a été une vraie tube en France, ainsi
écrivait-elle une lettre ouverte à Diam’s. Ce qui frappe de cette lettre c’est que Le Pen la
vouvoie. Nous citons quelques phrases de la lettre :
117
Diam’s, « Marine », Dans ma bulle, 2006. 65 À la lecture des paroles de cette « ballade », je ne comprends pas ce que vous me
reprochez. Vous ne me connaissez pas et pourtant vous me prêtez des sentiments
qui n'ont jamais été les miens. Ainsi, votre argumentation tourne-t-elle toujours
autour de la couleur de peau et, après m'avoir accusé d'être trop pâle, vous
m'invitez à « venir faire un tour chez vous » ou « c'est coloré, c'est jovial. 118
Avec la chanson, Diam´s essaye de nous montrer le racisme du Front national. Marine Le
Pen insiste sur le fait que Diam´s parle de la couleur de peau qui lui dérangerait selon
Diam’s. Marine Le Pen veut montrer que la couleur d´une personne n´est pas importante
pour elle. Nous trouvons la lettre un peu ambiguë, car sur le site web du Front national
est écrit le suivant sur l´identité française : « L’identité française se compose de son
histoire partagée, des normes et des valeurs partagées de la foi chrétienne et l’héritage des
Grecs et des Romains ». 119 Quand Le Pen soutient son parti politique, sa lettre à Diam’s
n’est pas juste. L’opinion sur l’identité du Front national exclut bien les gens de couleur,
car les Arabes n’ont en général pas la foi chrétienne.
Le fait qu’on consacre une chanson à un homme politique n’est pas quelque chose
de nouveau. Il y a plus de cinquante ans que Boris Vian consacra une chanson, Le
Déserteur, au Président de la République. Avec cette chanson Vian protestait contre
l’effusion de sang des pauvres français. Le narrateur y explique qu’il ne souhaite pas
partir à la guerre, c’est une chanson antimilitariste. Boris Vian a publié sa chanson le 7
mai 1954, jour de la défaite de la France dans la bataille de Diên Biên Phu qui marque la
fin de la guerre d’Indochine. En plus c’était juste avant la guerre d’Algérie. 120
Monsieur le président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
118
http://forums.france2.fr/france2/avousdejuger/diam‐marine‐pen‐sujet_4593_1.htm site de web consultée le 15 juin 2010 119
www.fontnational.com site de web consultée le 15 juin 2010 120
http://www.swans.com/library/art7/xxx071.html . site de web consultée le 15 juin 2010 66 Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le président
Je ne veux pas la faire 121
Ceci montre donc que l’idée de s’adresser directement à des hommes politiques en
fonction n’est pas entièrement inédite dans l’histoire de la chanson française.
Passons du Front national à L’UMP, le parti politique de Nicolas Sarkozy. Le
parti politique et surtout Sarkozy figurent très souvent dans les paroles du rap français,
notamment à partir du moment où Sarkozy avait dit « qu’il aimerait bien nettoyer les
banlieues au kärcher ». Plus controversées encore étaient les paroles suivantes de Sarkozy
à France 2 : « Ce sont des voyous, des racailles, je persiste et je signe » 122 Il s’adressait
aux émeutiers des banlieues mais son expression perdait la nuance dans la cacophonie qui
suivait. Presque tous les hommes politiques lui reprochaient de verser de l’huile sur l’eau.
Depuis ce temps là, il y a déjà presque cinq ans, Sarkozy est devenu la cible de critique
pour les rappeurs, qui se sentent insultés et stigmatisés par lui. Voici un fragment de la
rappeuse Keny Arkana. Dans sa chanson Nettoyage au kärcher elle inverse les rôles,
selon Arkana les racailles se trouvent dans le gouvernement français: « Nettoyage au
karcher, Sortez les dossiers du placard, C'est à L'Elysée que se cachent les plus grands
des racailles ! Nettoyage au karcher, Gouvernement honteux, que rien n'amène à la
démission ». 123 Nous citons encore quelques extraits dans lesquels on parle d’une
manière négative de Sarkozy : « Sarko, Sarko, Sarko parle fragile comme du
placoplâtre » 124 et « Y a comme un goût d'église dans l'inceste et dans l'enfance Y a
comme un goût d'Afrique dans les caisses de la France. Y a comme un goût de démé-
121
http://www.slff.ch/09slff_F4.pdf site web consultée le 9 juin 2010 122
http://www.lemonde.fr/societe/article/2005/11/11/nicolas‐sarkozy‐persiste‐et‐signe‐contre‐les‐racailles_709112_3224.html site web consultée le 9 juin 2010 123
Keny Arkana, « Nettoyage au kärcher », Entre ciment et belle étoile, 2006. 124
Disiz la Peste, « C’est toujours ca la France », Jeu de société, 2003. 67 démago dans la bouche de Sarko » 125
A côté des hommes politiques et des rappeurs qui flirtent parfois entre eux, nous
avons pu voir qu’en général les hommes politiques sont perçus comme des êtres à la fois
incompétents, corrompus et presque pas représentatifs de la population. Les hommes
politiques sont généralement dénigrés, mais également les hommes politiques qui se sont
prononcés d’une manière négative des immigrés ou des enfants d’issus de
l’immigration. 126
Quant au communautarisme nous voyons que cette attitude et la réaction au
discours politique renforce le sentiment des communautés à parts, de nouveau c’est
vraiment « Nous » contre « Eux ». Il y aura toujours « un débat » entre le Front national
et les rappeurs, pour clarifier cela nous citons les mots de Marine le Pen : « Contre le
communautarisme, il faut une loi intégrale, sous forme d’un principe constitutionnel
stipulant que la République ne reconnaît aucune communauté… » 127 En disant cela, Le
Pen a certainement contribué à renforcer l’esprit communautaire de certains. Avec les
textes de rap, les rappeurs auront toujours une contre-réaction sur les discours politiques.
Nous finissons avec la chanson L’honneur d’un peuple de Diam’s, dans cette
chanson elle attaque la politique française de ne rien faire « pour les larmes de nos
mères », elle critique Sarkozy mais en même temps aussi Jean-Marie Le Pen.
Avec les politiques français, j’ai clairement lâché l’affaire, franchement qu’est ce
qu’ils vont faire pour sécher les larmes de nos mères ?
Le Président ne nous aime pas je l’ai lu dans ses vœux, d’ailleurs il ne s’aime pas
non plus ça se voit dans ses yeux, moi j’ai de l’amour en moi, et très très peu de
haine, je la réserve pour quelques journalistes de merde et pour Le Pen 128
125
Diam’s, « La Boulette », Dans ma bulle, 2006. 126
Vicherat, M., Pour une analyse textuelle du rap français, Paris, L’Harmattan, 2005, p 87. 127
http://www.lefigaro.fr/flash‐actu/2010/04/23/97001‐20100423FILWWW00489‐voile‐marine‐le‐pen‐reagit.php site web consultée le 5 mai 2010 128
Diam’s, «L’honneur d’un peuple », S.O.S, 2009. 68 3.7 L’analyse des textes de rap : conclusion
Commençons par reprendre les éléments les plus importantes de notre analyse. Quant à la
colonisation nous constatons que les rappeurs traitent déjà le début de la colonisation
française : la traite des esclaves. Dans ce chapitre nous avons remarqué que le rap partage
aussi des caractéristiques avec la Négritude. Le groupe IAM n’est pas un groupe noir
mais quand même ils se réfèrent à l’histoire de l’Afrique avec leur chanson Tam-Tam de
l’Afrique, qui réfère à son tour à Senghor. A côté de cette chanson il y a encore d’autres
textes qui nous montrent l’identification avec une identité noir unique: « Regarde moi,
j’suis noir et fier de d’être » 129
L’idée de l’exploitation française revient aussi à chaque fois dans les textes de
rap. Les rappeurs sont d’avis que la France n’utilisait les colonies que quand elle en avait
besoin, elle ne prend jamais la responsabilité de ses actes, car elle ne se mêle guère des
problèmes actuels de l’Afrique qui partiellement du moins, puissent leurs racines dans la
colonisation. L’exploitation française dans les textes de rap ne raconte non seulement
l’exploitation dans le passé mais aussi une exploitation plus actuelle : Pendant les
Guerres mondiales, la France a fait appel aux anciennes colonies. « T'as eu besoin d' chair
à canon, t'as su ou venir chercher 130 ». A côté de cette histoire négative qui parle de « la
chair à canon » on a trouvé aussi une référence positive aux tirailleurs sénégalais qui
étaient et sont pour les français de vrais guerriers valeureux. « C’est le rap des vrais
hommes, des guerriers valeureux ». 131
Un autre élément important est l’immigration, nous avons vu que les rappeurs
décrivent l’arrivée des immigrés en France et la manière dont ils étaient traités. Ils
racontent la mauvaise situation dans les foyers mais aussi la réalité cruelle dans les
usines, la voirie et des mines de charbon. Le lieu d’habitation de la plupart des immigrés
est aussi présent dans les textes de rap. Nous avons remarqué deux manières de décrire la
129
Kery James, « banlieusards », A l’ombre du show business, 2008. 130
Al Peco, « Hey Marianne, ColonizaSon, 2008 131
Kery James, «le retour du rap français », Réel, 2009. 69 banlieue, la première se caractérise par la description de la misère, l’autre est la
description de la grande fierté du quartier d’origine, il est clair que la grande fierté va de
pair avec une identification avec le quartier ou la ville. « Ici, on est marseillais, bien avant
d’être français ». 132 En ce qui concerne la misère, les rappeurs décrivent aussi souvent la
stigmatisation. On colle souvent « l’identité de la rue » aux jeunes des banlieues. De cette
manière, il se peut qu’il soit question d’un cercle vicieux, les jeunes sont vus comme
« des jeunes de la rue » et ils vont se comporter de cette manière.
Quant à la politique, nous voyons que les rappeurs sont politiquement engagés. Ils
témoignent de leur conscience politique et donc leur conscience de citoyennes. En
général l’attitude envers les hommes politiques est négative, ils sont perçus comme des
êtres à la fois incompétents, corrompus et presque par représentatifs de la population. Il
n’est pas étonnant que ce soit surtout le Front national qui est la cible de leurs
mécontentements. Mais Nicolas Sarkozy paye aussi les pots cassés après qu’il s’est
prononcé d’une manière négative sur les banlieusards : « Nettoyage au Kärcher » et les
banlieusards comme « des voyous ». Nous avons constaté que le président est vraiment
devenu un sujet populaire du rap français. Néanmoins, les hommes et les femmes
politiques flirtent aussi parfois avec les rappeurs. Comme la rappeuse Diam’s avec
Segolène Royal et le rappeur Al Peco qui traite d’une manière positive les femmes
politiques Rachida Dati et Rama Yade, toutes les deux issues de l’immigration.
Arrivons à la représentation de la France. D’abord il faut noter qu’on peut
remarquer une personnification de la France, on retrouve souvent la France représentée
comme une femme. Comme le rappeur Monsieur R. qui parle de la France comme une
mauvaise mère pour ses colonies. « La France est une de ces putes de mères. Qui t’a
enfanté. Et qui aujourd’hui regrette qu’une chose. C’est de ne pas avoir avorté. » 133 Ou
les rappeurs Monsieur R. et le groupe Sniper qui voient la France comme une prostituée.
« La France est une garce. N’oublie pas de la baiser jusqu’à l’épuiser. Comme une
132
IAM, « Ombre et lumière », Ombre et lumière, 1993. 133
Monsieur R., « La Fransse », Politikement Incorrekt, 2005. 70 salope » 134 et « La France est une garce et on s’est fait trahir » 135
La dénomination « Marianne », la figure allégorique de la France est aussi très présente.
Le rappeur Al Peco rappe de la Marianne, qui est une copine de Rama Yade, Rachida
Dati mais aussi de Marie-Antoinette. Le fragment nous a montré une France
pluriculturelle composée de différentes cultures : C’est une nouvelle culture française
métissée.
Nous pourrions dire que de cette manière le rappeur confirme la légitimité de son
existence en France, car il fait, étant issu de l’immigration sénégalaise, partie de cette
nouvelle France. En fait, toute la révision de l’histoire française dans le rap français est
une sorte de preuve pour la présence légitime des immigrés en France. Après l’analyse
des textes de rap nous pouvons conclure que les rappeurs entreprennent une révision de
l’histoire telle qu’elle est transmise par les institutions républicaines. Les rappeurs traitent
des aspects de leur histoire : La colonisation et l’immigration. Mais aussi des aspects plus
récentes : les banlieues et la politique actuelle. On peut dire que presque tout, donc aussi
les aspects de l’histoire contemporaine, sont focalisés sur leur histoire. Les rappeurs
montrent une soi-disant culture plurielle qui prend aussi en compte le point de vue des
anciens « colonisés ». Ils réclament donc le droit de faire connaitre « l’autre histoire »
plurielle : ce qu’on appelle : l’histoire cachée des vaincus ou bien des oubliés.
134
Monsieur R., « La Fransse », Politikement Incorrekt, 2005. 135
Sniper, «La France », Du Rire Aux Larmes, 2005. 71 IV La Conclusion générale
Nous avons commencé notre recherche en citant les paroles de l’ancien ministre président
Jacques Chirac sur le fait qu’il voulait dégeler les pensions de retraite des anciens
combattants la Deuxième Guerre mondiale. Concernant les pensions il disait : « C’est un
acte de justice et de reconnaissance pour tous ceux qui sont venus de l’ex-empire français
combattre sous notre drapeau ». Le fait qu’il parlait de « notre drapeau » était étrange, car
les combattants étaient tous originaires d’une colonie française ou d’un protectorat
français, donc un vrai territoire français. Avec ses paroles, Chirac niait en quelque sorte
l’existence de la France actuelle composée de plusieurs cultures. Le réalisateur Rachid
Bouchared, issu de l’immigration, décidait de réaliser un film là-dessus : Indigènes. Dans
ce film il voulait répondre à la question suivante :
Quel rôle ont joué nos grands-parents et nos parents dans la guerre et puis la
reconstruction de la France ? Je porte ce souci, et ce projet, depuis des
années….C'est un acte général d'affirmation de notre identité française, pour tous
les fils de l'immigration !
A l’aide de son film Bouchared voulait donc crée une sorte d’affirmation d’une identité
française des fils d’immigration. C’est aussi de nos jours que l’enseignement français a
commencé a prêter plus d’attention à l’histoire du colonialisme français et qu’on essaye
de prendre aussi en compte le point de vue des colonisés. Quant à cela nous avons vu que
les rappeurs ont en quelque sorte devancée cette évolution, l’histoire du colonialisme est
déjà présent dans les textes de rap depuis 1990.
Notre question principale était de savoir comment cette histoire coloniale et
l’immigration sont représentées dans le rap français et en plus nous voulions savoir
comment les rappeurs vivent leur identité et comment ils sont perçus par les autres.
Concernant la représentation de l’histoire coloniale et l’immigration nous avons
remarqué que les rappeurs sont bien au courant, sans qu’ils aient eu forcément des cours
sur ce sujet à l’école ou au lycée. Nous avons cité le groupe IAM qui parle de manière
profonde de la traite des esclaves, en plus il y a de nombreux rappeurs qui traitent du
colonialisme et de l’exploitation française qui y fut liée. Ainsi, nous retrouvons l’histoire
72 des (anciens) colonisés pendant de la Première et Deuxième Guerre mondiale. Et à ne pas
oublier, l’histoire de l’immigration des travailleurs immigrés. En plus les chansons de rap
portent sur l’actualité : La banlieue et la politique française. Nous constatons que même
la relation de la France actuelle et son histoire coloniale sont au centre des préoccupations
des rappeurs.
A propos de la manière dont les rappeurs vivent leur identité nous pouvons
conclure que les jeunes d’issus de l’immigration sont à la recherche d’une identité
collective mais aussi d’une identité personnelle. Dans les textes de rap nous pourrions
dire que les rappeurs essayent de répondre à la question soulevée par Alec Hargreaves :
«How can I fit together into a coherent whole the different parts of my experience, which
often conflict with each other because of my participation in a mixture of communities
and cultures ? »
Le concept de l’identité personnelle ou bien individuelle des jeunes d’issus de
l’immigration est un concept problématique. Chaque identité est plurielle, elle n’est
jamais « une chose fixe ». Mais ce qui est sur c’est que l’identité se construit par rapport
aux autres. En parlant « des autres » nous pouvons établir un lien au communautarisme
qui est en France en particulier souvent vu comme une menace de la société nationale. Le
dogme français dit que l’intégration de certains groupes est seulement possible par une
assimilation totale aux normes et valeurs françaises. D’abord il faut se sentir français et
puis après il y a les autres identités comme : musulmane, juive, catholique, etc.
Todorov partage un peu la même opinion ; il est d’avis qu’on s’identifie à de
différentes identités collectives. Une personne qui habite dans une banlieue parisienne,
est donc un banlieusard, mais il partage aussi des traits avec des Européens : Il a au moins
trois soi-disant cultures : banlieusarde, française et européenne. Ces identités ne
coïncident pas entre elles. Il faut dire qu’il y a toujours une identité qui prend le dessus
mais que les autres identités sont aussi présentes. Pour Todorov l’identité qui prend le
dessus n’est par forcément l’identité française.
73 Sur ce point nous pourrions dire que dans les textes de rap il y a surtout une
identification avec la culture banlieusarde mais que la conscience d’une « certaine »
identité française est également bien présente. Les textes de rap temoignent d’un grand
engagement vers l’histoire coloniale et cet engagement est donc une sorte d’affirmation
de posséder aussi une identité française, mais cette identité n’est pas l’identité francofrançaise, comme Marine Le Pen aimerait bien la voir, mais plutôt une nouvelle identité
française métissée. Pour clarifier cela nous donnons encore une fois une fois le fragment
du rappeur Al Peco qui résume bien notre recherche.
Hey Marianne, tu m'as appris vos ancêtres les gaulois
J'suis venu te voir tu m'as dit pas d'visa retourne chez toi
Hey Marianne, dit moi de quoi t'as peur?
D'être victime d'une tournante par des black et des beurres ? (sic)
Hey Marianne, demande à tes copine (sic) Rama et Rachida
D'apprendre à t' préparer l' tajine et la sauce tigadigalia
Hey Marianne, et laissons les même madra sur la tête
J'veux pas devoir finir comme ta copine Marie Antoinette
Le fragment nous montre la stigmatisation des jeunes des banlieues ou bien les jeunes
d’issus de l’immigration. En plus elle parle indirectement de l’enseignement français
« Hey Marianne, tu m’as appris vos ancêtres les gaulois ». Le rappeur dit qu’aux écoles et
lycées français on apprend seulement l’histoire franco-française aux enfants, on ne prête
pas attention à l’histoire coloniale. Le plus intéressant est la description de certains aspect
spécifiques de la France actuelle : Rama, Rachida, la sauce tigadigalia et la madra sur la
tête. Et les aspects historiques de la France : Marie-Antoinette et Marianne. Le fragment
nous montre une France pluriculturelle composée de différentes cultures. Une nouvelle
culture française hybride ou métissée. Encore un fragment d’Alec Hargreaves qui
confirme l’idée de l’existence d’une telle culture, il parle de la culture « Black-BlancBeur », la culture qui contient cette métissage: « Black-Blanc-Beur reflects the fact that
ethnic diversity is now widely recognized as an integral and growing part of French
society and culture. »
74 En guise de conclusion nous citons encore une fois les paroles de la rappeuse
Keny Arkana : « La connaissance est la force et la vie il faut connaitre le passé pour
comprendre le présent et deviner l'avenir ». La rappeuse insiste sur le fait qu’une bonne
connaissance du passé est indispensable pour les gens issus de l’immigration mais aussi
pour les Français de souche. « Chaque Français », doit être au courant de l’histoire
plurielle de son pays pour comprendre la situation actuelle en France. Nous sommes
d’avis que sans la connaissance du passé de tout un chacun, vivre ensemble dans une
société multiculturelle n’est guère possible.
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