lutte contre le charançon rouge du palmier

Commentaires

Transcription

lutte contre le charançon rouge du palmier
AFPP – COLLOQUE RAVAGEURS ET INSECTES INVASIFS ET ÉMERGENTS
MONTPELLIER – 21 OCTOBRE 2014
LUTTE CONTRE LE CHARANÇON ROUGE DU PALMIER, RHYNCHOPHORUS FERRUGINEUS, À L’AIDE
DU CHAMPIGNON ENTOMOPATHOGENE BEAUVERIA BASSIANA : RÉSULTATS DE 3 ANNÉES
D’ESSAIS EN CONDITIONS D’INFESTATION NATURELLE
S. BESSE (1) et K. PANCHAUD (2)
(1)
NATURAL PLANT PROTECTION (NPP) – Membre du groupe Arysta LifeScience – Parc d’Activités
Pau-Pyrénées – 35 Avenue Léon Blum – 64000 PAU – France – [email protected]
(2)
VEGETECH – 33 Chemin de la Source – 83260 LA CRAU – France – [email protected]
RÉSUMÉ
Dans le cadre du développement d’une méthode alternative de lutte contre le charançon rouge du
palmier, une expérimentation est menée depuis trois ans en conditions urbaines d’infestations
naturelles et sur grands sujets avec deux souches du champignon entomopathogène
Beauveria bassiana. L’efficacité de ces deux souches avait auparavant été démontrée en France et
en Espagne lors d’essais d’homologation BPE (Bonnes Pratiques d’Expérimentation) en conditions
semi-naturelles. Cet essai grandeur nature a pour but de mettre en œuvre en espaces verts urbains
des stratégies de lutte intégrée. La souche NPP111B005 confirme sa grande efficacité sur
Rhynchophorus ferrugineus et apparaît comme une vraie solution pour la gestion raisonnée des
espaces verts en zones non agricoles avant l’interdiction programmée de l’utilisation des produits
phytosanitaires chimiques à l’horizon 2020.
Mots-clés : Charançon rouge du palmier, Rhynchophorus ferrugineus, palmier, Beauveria bassiana,
Biocontrôle.
ABSTRACT
RED PALM WEEVIL CONTROL THANKS TO THE ENTOMOPATHOGENIC FUNGUS BEAUVERIA
BASSIANA : RESULTS OF 3 YEARS OF FIELD TRIALS IN NATURAL CONDITIONS OF INFESTATION
For the development of an alternative control method for the Red Palm Weewil, an trial has been
set up for three years in urban natural conditions of infestation and on big palm trees with two
Beauveria bassiana entomopathogenic fungus strains. The efficacy of these two strains has been
previously demonstrated in France and in Spain during GEP registration trials (Good Experimental
Practices) in semi natural conditions. This full-scale experiment aims for integrated strategies in
urban green spaces. The strain NPP111B005 confirms its important efficacy on
Rhynchophorus ferrugineus and appears as a real solution for the integrated management of green
spaces in non-farming areas before the scheduled use interdiction of chemical phytosanitary
products at the 2020 horizon.
Keywords: Red Palm Weevil, Rhynchophorus ferrugineus, palm tree, Beauveria bassiana, biological
control.
INTRODUCTION
Depuis 2006 et son apparition sur le territoire français, le charançon rouge du palmier,
Rhynchophorus ferrugineus (Olivier) (Coleoptera : Dryophthoridae), continue sa progression
inexorable le long du pourtour méditerranéen et a déjà fait disparaître du paysage une partie du
patrimoine végétal de palmiers. Cet organisme de quarantaine à lutte obligatoire a fait l’objet d’un
arrêté national de lutte publié en juillet 2010 définissant les mesures obligatoires de surveillance et
de lutte qui doivent être mises en oeuvre (Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, 2010). Les
moyens de contrôle autorisés sont encore aujourd’hui assez restreints et incorporent tous une
composante phytosanitaire chimique. Or, il est désormais essentiel, pour les collectivités, comme
pour les particuliers, de disposer de méthodes de biocontrôle efficaces puisque, récemment, le
Ministère de l’Agriculture a fait savoir que les produits phytosanitaires chimiques seraient interdits à
l’horizon 2020 en zones non agricoles puis en 2022 pour les jardiniers amateurs. D’autre part,
l’ensemble de nos concitoyens, de plus en plus attachés à la préservation de l’homme et de son
environnement, cherche à anticiper cette interdiction et à travailler avec des méthodes alternatives.
La société NPP, membre du groupe Arysta LifeScience, travaille depuis 10 ans sur la lutte contre les
ravageurs des palmiers à l’aide du champignon entomopathogène Beauveria bassiana. Depuis 2009,
l’OSTRINIL®, un produit de biocontrôle sous forme microgranulée, à base de spores du champignon
Beauveria bassiana souche 147, est commercialisé pour lutter efficacement contre le papillon
palmivore, Paysandisia archon (Millet et al., 2007). Ce produit est par ailleurs recommandé par les
autorités françaises pour la lutte contre le papillon palmivore (Ministère de l’Agriculture et de la
Pêche, 2009).
Des essais sur le charançon rouge du palmier ont été menés au laboratoire, puis en conditions seminaturelles, en France et en Italie (essais BPE) et ont démontré l’efficacité supérieure à la référence
chimique de deux souches de Beauveria bassiana, la 147 et la NPP111B005 (Besse et al., 2012 ; Besse
et al. , 2013). Leur utilisation dans les stratégies de lutte contre cet insecte ravageur revêt un
caractère primordial afin d’associer efficacité de la lutte et préservation de l’environnement, tout en
se conformant aux futures restrictions d’emploi des produits phytopharmaceutiques chimiques.
Afin d’appuyer les résultats obtenus en cages insect-proof, un essai en conditions d’infestations
naturelles sur grands palmiers a été mis en place, sous convention, sur le territoire de la ville de
Hyères-les-Palmiers.
MATERIEL ET MÉTHODE
L’essai a débuté en 2011 et se poursuit encore aujourd’hui. Soixante palmiers adultes du genre Phoenix
(52 Phoenix canariensis et 8 Phoenix dactylifera), d’une hauteur de stipe moyenne de 6 à 15 mètres,
répartis sur quatre secteurs du territoire communal, ont été sélectionnés pour entrer dans le dispositif
expérimental.
DISPOSITIF EXPERIMENTAL
Deux souches de Beauveria bassiana sous formulation microgranulée ont été testées : 30 palmiers ont
®
été traités à l’aide de la souche 147 (matière active de l’OSTRINIL ) et 30 palmiers avec la souche
NPP111B005 (Tableau I). Les palmiers environnants non traités et situés dans une même zone que celle
concernée par le dispositif expérimental sont considérés comme des palmiers témoins. Sur un des
secteurs, deux palmiers ont été traités à l’aide du support microgranulé sans spores du champignon
afin de servir eux aussi de témoin.
Tableau I :
Nombre de palmiers traités dans chaque modalité selon les secteurs de la ville
(Number of palm trees in each modality according to the town sectors)
Formulation microgranulée de Beauveria bassiana
souche 147
souche NPP111B005
Secteur 1
5
6
Secteur 2
11
10
Secteur 3
5
5
Secteur 4
9
9
Un réseau de piégeage des adultes de charançon rouge a été mis en place conjointement sur la
commune afin de suivre l’évolution des populations de l’insecte.
La dose de produit à appliquer a été déterminée en multipliant par 2 le diamètre du stipe du palmier
grâce à des essais antérieurs mis en œuvre en 2011 sur l’ajustement de la dose. Ainsi, une quantité de
200 à 300 g de formulation microgranulée a été appliquée sur le cœur du palmier à l’aide d’un
atomiseur dorsal équipé pour l’application spécifique de ce type de formulation ou, à partir de l’année
2013, à l’aide d’un pulvérisateur à air comprimé. La nacelle a été utilisée pour atteindre le cœur du
palmier sur ces sujets de grande hauteur de stipe.
Quatre traitements par an ont été réalisés : deux au printemps (avril/mai ou mai/juin) et deux à
l’automne (septembre/octobre ou octobre/novembre), suivant les captures réalisées au sein des
pièges et en fonction des contraintes d’accès et de circulation dans la ville.
SUIVI DE L’ESSAI
L’état sanitaire initial des palmiers a été noté au démarrage de l’essai et tout symptôme éventuel ou
traces d’attaque du charançon rouge ou d’un autre ravageur ont été enregistrés.
Avant chaque nouveau traitement, les palmiers du dispositif expérimental ont été inspectés
visuellement afin de constater la présence ou non de symptômes liés à des attaques de charançon
rouge du palmier ou encore l’évolution de l’infestation pour les palmiers déjà infestés au moment du
début de l’essai.
Au cours de l’essai, les palmiers infestés ont été assainis selon la méthode classiquement employée au
sein de la commune ou bien abattus si l’état sanitaire général du palmier était trop dégradé.
RÉSULTATS ET DISCUSSION
ETAT INITIAL DES PALMIERS DU DISPOSITIF EXPERIMENTAL
L’observation initiale des palmiers du dispositif expérimental a montré une situation très différente
selon les secteurs :




Dans le secteur 1, aucun palmier ne semble atteint par le charançon rouge et aucun symptôme
n’est visuellement décelable. Les traitements auront donc une visée purement préventive afin
d’éviter une attaque.
Dans les secteurs 2, 7 palmiers présentent des symptômes d’attaque (trous et encoches à la
base des palmes) et 1 palmier a subi un assainissement mécanique. Ainsi, 38% des palmiers de
ce secteur sont infestés par le charançon rouge.
Dans le secteur 3, sur 10 palmiers, 6 présentent des signes d’infestation, soit 60% des palmiers.
Enfin dans le secteur 4, trois palmiers montrent des symptômes d’attaque par les adultes et les
larves du charançon rouge, soit 17% des palmiers.
Sur ces trois derniers secteurs, les traitements auront une visée à la fois curative - afin de tuer
les insectes présents dans le palmier - et préventive, pour empêcher une nouvelle infestation.
RESULTATS DE L’ESSAI EN MAI 2014 (3 ANNEES DE TRAITEMENTS)
Évolution des infestations par secteur
En moyenne, 42% des palmiers du dispositif expérimental sont toujours non attaqués avec la souche de
Beauveria bassiana 147 (Tableau II) et 73% des palmiers avec la souche NPP111B005 (Tableau III).
Dans le secteur 1, où au début de l’essai, en 2011, aucun palmier n’était touché par le charançon rouge,
la totalité des palmiers présente toujours un bon état sanitaire sans symptômes apparents d’attaques,
et ce quelle que soit la souche utilisée pour le traitement (Tableau II et III). Ces résultats démontrent
l’excellente efficacité préventive des deux souches de Beauveria bassiana 147 et NPP111B005 afin
d’éviter l’infestation de palmiers par les adultes du charançon rouge.
Sur les secteurs 2, 3 ou 4, où de nombreux palmiers étaient déjà attaqués en 2011, il ne reste qu’en
moyenne 23% des palmiers avec la souche 147 et 64% avec la souche NPP111B005 (Tableau II et III).
Le secteur 3 a connu la plus forte mortalité de palmiers mais 60 % des palmiers traités dans le cadre de
cet essai étaient déjà infestés en 2011 sur cette zone. Or, il était impossible de connaitre la taille de
l’inoculum d’insectes présents dans le palmier initialement ni son degré d’infestation. La majorité des
ère
palmiers abattus (5) sur ce secteur l’ont été durant la 1 année de l’essai. Il y a ensuite eu une
stabilisation de leur état sanitaire, ce qui prouve l’intérêt curatif des deux souches de Beauveria sur le
charançon rouge. Il est aussi à noter que les deux palmiers traités avec la souche NPP111B005 et
abattus présentaient en fait des signes de reprise et auraient peut-être pu être sauvés s’ils étaient
restés en place. Enfin, les deux palmiers témoins traités avec du microgranulé sans spores ont été
abattus dès la première année de l’essai.
Sur le secteur 4, il est à noter que de nombreux palmiers de la modalité Beauveria souche 147 ayant
été abattus sont des palmiers présentant des restes de rachis important le long du stipe (dit « à
écailles »). Les attaques des adultes se sont alors faites par le pied du palmier au niveau du sol et non
par le cœur comme habituellement. Cette observation montre l’importance d’un nettoyage minutieux
des palmiers afin de « lisser » le stipe des Phoenix et ne pas laisser de grosses portions de rachis
dépasser pouvant alors devenir des portes d’entrée privilégiées pour les adultes du charançon rouge.
Tableau II :
Evolution des attaques de charançons rouges sur les palmiers traités à l’aide de la
formulation microgranulée de la souche Beauveria bassiana 147 selon le secteur
géographique.
Red Palm Weevil attacks evolution on palm trees treated with Beauveria bassiana
strain 147-based microgranular formulation according to the geographic sector.
Nombre de palmiers
Nombre initial de
% de palmiers
restant dans le
palmiers du dispositif restant en mai
dispositif en mai 2014 expérimental en 2011
2014
Tableau III :
Secteur 1
5
5
100%
Secteur 2
3
11
27%
Secteur 3
1
5
20%
Secteur 4
2
9
22%
Moyenne sur les 4
secteurs
42%
Evolution des attaques de charançons rouges sur les palmiers traités à l’aide de la
formulation microgranulée de la souche Beauveria bassiana NPP111B005 selon le
secteur géographique.
Red Palm Weevil attacks evolution on palm trees treated with Beauveria bassiana
strain NPP111B005-based microgranular formulation according to the geographic
sector.
Nombre de palmiers
Nombre initial de
% de palmiers
restant dans le
palmiers du dispositif restant en mai
dispositif en mai 2014 expérimental en 2011
2014
Secteur 1
6
6
100%
Secteur 2
8
10
80%
Secteur 3
1
3
33%
Secteur 4
7
9
78%
Moyenne sur les 4
secteurs
73%
Evolution des infestations au fil des années
Les pertes de palmiers infestés par le charançon rouge (Tableau IV) ont été constantes au cours des 3
années dans la modalité traitée avec la souche de Beauveria bassiana 147 avec une moyenne de 28%
de palmiers abattus par an. Avec la souche NPP111B005, les pertes se sont principalement concentrées
sur la première année d’essai (18% de mortalité) puis sont devenues quasi nulles les 2 années suivantes
(respectivement 0 et 4%).
Les palmiers non traités considérés comme témoins ont connu une mortalité allant de 50 à 90% selon
les secteurs.
Les résultats obtenus au cours de cet essai sur grands sujets en conditions d’infestation naturelle
confirment ceux obtenus au cours des essais menés en cage insect proof sur des palmiers de taille
moyenne (Besse et al., 2012 ; Besse et al. , 2013) avec :
 une efficacité annuelle de la souche de Beauveria bassiana 147 de l’ordre de 50 à 60%.
 une efficacité annuelle de la souche de Beauveria bassiana NPP111B005 sur les différents
stades du charançon rouge comprise entre 80 à 90 %. Dans cette modalité, 79% des palmiers
initiaux sont toujours indemnes de symptômes d’attaques.
Tableau IV :
Pourcentages annuels de mortalité des palmiers du dispositif expérimental suite aux
attaques du charançon rouge au cours des 3 années d’essai.
Annual palm trees mortality percentages due to Red Palm Weevil attacks during the
3-years trial.
Beauveria bassiana
souche 147
Beauveria bassiana
souche NPP111B005
2012
2013
2014
23%
26%
35%
18%
0%
4%
CONCLUSION
Cet essai confirme l’intérêt de la formulation microgranulée des souches de Beauveria bassiana dans la
mise en œuvre d’une lutte intégrée contre le charançon rouge du palmier. La souche NPP111B005, en
cours d’homologation, présente une forte efficacité sur ce ravageur et est un candidat de choix dans les
futurs programmes de lutte biologique en zones non agricoles afin de mener une gestion raisonnée des
palmiers des espaces verts urbains. La souche de Beauveria bassiana 147, déjà homologuée et
largement utilisée dans la lutte contre le papillon palmivore, présente une efficacité intermédiaire.
Il sera maintenant intéressant de rapprocher ces notations des résultats des piégeages d’adultes dans
les différents secteurs de la ville afin de corréler les infestations aux densités de piégeage et donc de
vol. D’autres essais vont être très prochainement lancés afin de tester l’approche d’une stratégie mixte
100% biologique Beauveria bassiana / nématodes Steinernema carpocapsae afin de tirer parti des
forces de chacune des substances actives et formulations.
REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier la municipalité de la ville d’Hyères-les-Palmiers ainsi que l’ensemble du
Service Agriculture - Espaces Verts participant à cet essai pour leur travail, leur implication dans la lutte
quotidienne contre les ravageurs des palmiers et leur soutien dans la recherche de méthodes de lutte
alternatives innovantes.
BIBLIOGRAPHIE
Besse, S. Crabos, L., Panchaud, K. 2013. Le champignon Beauveria bassiana : une solution biologique
contre le charançon rouge du palmier—Résultats d’efficacité de deux souches en France et en
Espagne. Annales du colloque méditerranéen sur les ravageurs des palmiers. Nice, 16 au 18 janvier
2013. 285-292.
Besse, S., Crabos, L., Bonhomme, A., Panchaud, K., Coutant, J., Ronco, L. 2012. Palmier, deux outils
biologiques testés contre le charançon rouge. Phytoma - la défense des végétaux. 655 : 23-27.
Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, 2009 – Arrêté du 5 juin 2009 relatif à l’utilisation de
traitements dans le cadre de la lutte contre […] Paysandisia archon. Journal Officiel de la République
Française, 17 juin 2009, texte 15 sur 106.
Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, 2010 - Arrêté du 21 juillet 2010 relatif à la lutte contre
Rhynchophorus ferrugineus (Olivier). Journal Officiel de la République Française, 22 juillet 2010, texte
35.
Millet-Besse S., Bonhomme A., Panchaud K., 2007 – Un champignon au secours des palmiers.
Phytoma, 604, 38-42.