Histoire morceaux choisis

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Histoire morceaux choisis
HISTOI
-RE
:
CHOISIS
MORCEAUX
INTRODUCTION
EDITO
Les journées européennes du Patrimoine sont un
excellent prétexte pour s’intéresser à l’histoire et
aux monuments historiques de la commune. Sous
l’intitulé « J’aime mon patrimoine », ces deux
journées de septembre invitent à une nécessaire
curiosité. L’église Saint-Pierre, la c hapelle SaintExupèr e, le monastèr e de Sainte-Cather ine de
Sienne et les visites guidées dans le centre ancien
constituent un beau programme découver te.
Ce recueil a donc été édité pour ces journées 2005
mais il va au-delà de la seule présentation de sites
historiques : il nous entraîne à la rencontre de la
Baronnie de Blagnac et de ses consuls, nous ramè ne au village gaulois, au domaine de Maniban…
Je salue le travail de mémoire effectué par l’asso ciation blagnacaise Histoire et Mémoire et par le
Service documentation et archives qui conserve
précieusement un fonds documentaire très ancien.
Bon voyage dans le passé de Blagnac !
Bernard Keller
Maire de Blagnac
Réalisée à l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine 2005, cette publication a vu le jour grâce
au travail commun de l'association " Blagnac Histoire et Mémoire " et des Archives Municipales.
Il nous a paru intéressant d'évoquer et de développer certains faits et lieux parmi les plus marquants de
l'histoire locale. L’histoire de l’aérogare a déjà fait l’objet d’un livret lors des Journées du Patrimoine 2004.
Notre choix s'est donc porté sur six grands thèmes : la période préhistorique et gallo-romaine, la vie
d'Exupère évêque du IVème siècle, l'église Saint-Pierre du XIème siècle, la communauté villageoise : de la
Baronnie à la Révolution Française, le domaine de Maniban, et enfin la Garonne et ses métiers.
Ce recueil vous aidera peut-être à découvrir le Blagnac d'autrefois.
Remerciements
aux membres de l’association Blagnac Histoire et Mémoire,
notamment Mesdames et Messieurs Suzanne Béret, Jeannette
Weidknnet, Lucien Alemanni, Georges Lapoutge, Jacques Sicart,
Daniel Bonzom, Philippe Garcia, Jean-Louis Rocolle,
Philippe Chapoton, prêtre à Blagnac,
Olivier Gayffe, archéologue régional,
Monseigneur Rocacher, Archevêché de Toulouse,
Robert Espanol, club de l’association des cartophiles,
Archives Départementales de la Haute-Garonne.
Certains termes, accompagnés d'un astérisque, sont définis dans un glossaire proposé en fin d'ouvrage.
Conception maquette : Ogham - Réalisation : Département Communication Mairie de Blagnac - Impression : Imprimerie Ménard - 3000 exemplaires
- Septembre 2005
3
De la
Préhistoire
à
l’Antiquité
Vestige d'un des chantiers de fouilles d'AéroConstellation,
vraisemblablement du 2ème Age du Fer (2ème ou 1er siècle avant JC).
DE
LA
PRÉHISTOIRE
À L
ANTIQUITÉ
Les recherches récentes ont mis en évidence la présence de peuplades paléolithiques* venues s'installer
près de la Garonne, sur l'actuel territoire de Blagnac. En effet, les fouilles archéologiques menées
préalablement aux travaux d'aménagement de la zone AéroConstellation, ont mis au jour la pratique d'une
industrie lithique (roches dures taillées pour confectionner des outils) caractéristique du Paléolithique
ancien ou moyen1.
Ferme gallo-romaine - Musée Saint-Raymond - Toulouse
Les "paléolithiques" sont des chasseurs-cueilleurs nomades qui, dans ce cas, ont profité de la
présence de la Garonne, bien qu'à cette époque lointaine, il y a environ 200 000 ans, le fleuve
devait avoir un cours et un aspect très différents.
Beaucoup plus tard, au Néolithique*, les hommes se sédentarisent tout en apprenant à cultiver des céréales
et élever du bétail. A Blagnac, plusieurs témoignages de la présence de ces agriculteurs-éleveurs ont été
découverts lors des fouilles récentes . Les habitations construites en matériaux périssables laissent peu de
traces (emplacement des poteaux creusés dans le sol).
Les fouilles ont également mis au jour, par endroits seulement, des aires de circulation que le temps n'avait
pas érodées ainsi que des puits. Ces derniers étaient indispensables sur ces terrains peu irrigués pour
l'approvisionnement en eau des hommes et du bétail.
L'occupation de ces espaces semble se renforcer à la fin du deuxième âge du Fer, en pleine époque
gauloise. Une importante "ferme indigène" a été fouillée, elle aussi, sur les terrains de la zone
AéroConstellation ; il s'agit d'une exploitation agricole du IIème siècle av. J.-C., non encore touchée
par la romanisation ; elle est composée d'un bâtiment d'habitation, de dépendances et d'un puits
regroupés dans un vaste enclos délimité par un fossé et une palissade. Le plan du bâtiment
principal était suffisamment précis et lisible pour qu'une reconstitution ait pu être proposée.
Cette découverte est devenue une référence pour l'étude des habitats de cette période dans le sud de la
France comme l'a montré la récente exposition du Musée Saint-Raymond "Gaulois des pays de Garonne".
Au fil des transformations du lit du fleuve, les hommes se sont déplacés sur le site actuel de Blagnac.
C'est pourquoi dans le centre ancien, il n'est pas rare de mettre à jour des fonds de cabanes, des éclats de
quartzite* provenant de la fabrication d'outils.
Avec l’aimable autorisation des Editions Milan - Illustration réalisée par Nathaële Vogel “Rome et
l’empire romain” de Francis Dieulafait, col. Les Encyclopes, éditions Milan (c) 2003
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DE
LA
PRÉHISTOIRE
À L
ANTIQUITÉ
Au lieu-dit " Les Peyrous ", nom dû à l'origine à la grande quantité de pierres trouvées dans ce secteur, la
découverte d'une villa gallo-romaine, avec ses thermes d'eau chaude et d'eau froide, ses amphores, ses
poteries et ses monnaies, révèle une occupation des lieux entre le Ier et IVème siècle après J.C.
Peut-être appartenait-elle à un ensemble de constructions (temple, thermes, arènes) de Lardenne haute,
actuelle cité Ancely.
Ont été découverts des murs, des fragments de
colonne en marbre, un soubassement de chapiteau en
pierre, une décoration de corniche en marbre blanc
représentant une croix grecque cerclée et de
nombreuses tesselles (petits cubes servant à réaliser
les mosaïques).
Des pièces de monnaie dont une de l'empereur
Décence, datée de 350 à 353 après J.C.
Des morceaux de vases finement décorés avec estampille des potiers provenant de Montans et de
Graufesenque de 300 à 360 après J.C.
Une empreinte de pied d'enfant sur une brique et un
morceau de canalisation en brique rouge.
Un petit dé en os...
De même, dans le périmètre des rues Sarrazinière, Bacquié-Fonade et de la place des Arts, tout un
appareillage de murs anciens d'une épaisseur de 80 à 85 cm a été mis à jour. Une salle de 90 m²
dallée de marbre montre l'importance de l'habitat. On peut voir dans les murs de certaines maisons
anciennes des dalles réutilisées.
Différentes couches de remblais ont été mises à jour. Dans certaines tranchées, de nombreux
morceaux de tegulae (tuiles à rebord), des morceaux d'amphores, dont une reconstituée aux troisquarts et d'origine andalouse, attestent déjà d’une activité commerciale avec l'Espagne.
La découverte de fragments de mosaïque révèle la richesse d’un bâtiment dont malheureusement
les débris ont servi de remblai lors de la construction d’une maison.
Comme dans bon nombre de demeures de cette période, les sols étaient décorés de mosaïques
représentant des scènes de la vie courante, de chasse, de loisirs, des scènes issues de la mythologie
ou simplement des dessins géométriques, ou animaliers.
Quelques tesselles colorées retrouvées ici indiquent qu'il s'agit d'un dessin de type géométrique.
Par ailleurs, les travaux successifs de restauration de l'église ont permis de dégager des murs, assise
probable d'un temple, peut-être dédié à Jupiter !…
L'histoire de Blagnac remonte aux temps les plus anciens, mais dévoilera peut-être d'autres secrets
lors des futurs travaux d'urbanisation de la zone Andromède.
Dès le Ier siècle après J.C., notre cité était en pleine activité de développement.
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Mosaïque typique de l’époque gallo-romaine Musée Saint-Raymond, Toulouse
saint
exupère
évêque du IV siècle
ème
Statue de saint Exupère : en pierre
dorée et polychrome, cette statue du
XVème siècle est classée comme
monument historique depuis 1922 photothèque municipale
SAINT
La bataille de Toulouse
Peinture à l’huile, 1793 - Photothèque municipale
EXUPÈRE
Le récit de la vie de saint Exupère, dans lequel se mêlent étroitement réalité et légende, s'étend de la fin
du IVème au début du Vème siècle.
Fils de paysans, Exupère serait né à Arreau (Hautes-Pyrénées). Très brillant, il poursuit des études à
Toulouse, puis entre dans les ordres.
Successeur de saint Sylve, il devient le sixième évêque de Toulouse. Il fait édifier ce qui sera la future
basilique* Saint-Sernin où seront conservées les reliques de saint Saturnin.
Son immense érudition, mais surtout son dévouement, son âme charitable et sa piété sans faille, l'ont
consacré de son vivant.
A l’époque des grandes invasions, les Vandales, arrivés devant Toulouse, assiègent la cité. Ils veulent la
mettre à sac comme les autres villes. Mais l'intervention de saint Exupère les oblige à y renoncer.
Comment : par des dons…, par des paroles pieuses…, par la persuasion… nul ne le sait vraiment.
La légende raconte que, debout sur les remparts de Toulouse, " la prière sur les lèvres ", il agite son
aspersoir* tuant à chaque goutte d'eau bénite un assaillant. Devant un tel prodige, les Vandales
prennent la fuite. Toulouse, à l'inverse des autres villes de la Gaule, et grâce à son saint Evêque,
ne subit pas leur rage dévastatrice.
Les Toulousains auraient dû alors montrer leur gratitude à saint Exupère, mais il n'en est rien. Ils n'écoutent
plus ses paroles. Découragé, il retourne à Arreau et s'adonne aux travaux des champs. Cependant quelques
temps après, une grande famine accable les peuples de la Gaule et n'épargne pas les Toulousains. Ceux-ci
se souviennent alors de leur évêque et de ses bienfaits. Ils envoient à Arreau une petite délégation chargée
de le ramener. Devant les malheurs qui s'abattent sur sa ville, il repart et se dépouille de ses biens pour
venir en aide aux Toulousains.
L'hagiographie*, une fois de plus, s'empare de cet épisode pour montrer la Toute Puissance de Dieu. Les
messagers toulousains trouvent saint Exupère en train de labourer un champ. Ils lui exposent leur requête.
Mais il dit qu'il ne reviendra à Toulouse que lorsque l'aiguillon, qu'il a en main pour stimuler ses bœufs,
fleurira. Aussitôt une fleur blanche apparaît sur le bâton, et Exupère s'inclinant devant la volonté divine,
revient à Toulouse.
La Croix blanche, dont la rue porte le nom, symbolise la colombe que la mère du saint vit s'envoler quand il mourut. Elle dit "mon fils vient de
mourir " - Photothèque municipale
Jeanne Françoise Lussan, bienfaitrice de la commune
Peinture à l’huile, début XIXème siècle
Photothèque municipale
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SAINT
LA
EXUPÈRE
CHAPELLE
Exupère venait se reposer à Blagnac des fatigues de son épiscopat. Il avait fait construire sa maison à
l'emplacement de la chapelle actuelle où il recevait les malades et les pauvres. Il aimait beaucoup, paraîtil, les habitants de ce petit village. Les Blagnacais le lui ont bien rendu en le vénérant et en le faisant Saint
Patron de leur village (fête locale le 28 septembre).
C'est dans ce lieu qu'il serait mort et aurait été inhumé au début du Vème siècle.
A l'époque, toute cette partie de Blagnac n'était que terres cultivées.
Une centaine d'années après son décès, la tradition raconte encore qu'un paysan qui habitait là, a été hanté
chaque nuit par le même rêve, celui qui lui annonçait que sa maison se trouvait sur l'emplacement du
tombeau du Saint. Il en avisa les religieux de Saint-Sernin qui trouvèrent en effet les restes du saint homme
et les emportèrent pour les déposer dans une châsse dans leur église. C'est la Translation* fêtée par les
Blagnacais le 14 juin. Un petit édifice religieux dont il ne reste rien, fut élevé sans doute à l'endroit de son
tombeau.
Société de Secours Saint-Exupère* - Archives départementales de la Haute-Garonne
Choeur de la chapelle Saint-Exupère - Photothèque municipale
Crypte de la chapelle Saint-Exupère Photothèque municipale
La chapelle, construite peut-être par les chanoines du chapitre de Saint-Sernin, date du XIVème
ou du XVème siècle. Elle était entretenue par la Confrérie de Saint-Exupère, établie à Blagnac.
Elle fut très endommagée en 1794 durant la période révolutionnaire.
Déclarée bien national, elle est vendue aux enchères en 1797 et acquise par Hilaire Bosc au profit
de la Confrérie. Elle sera par la suite revendue à la fabrique paroissiale* de Blagnac. Cette dernière
demandera au préfet de la Haute-Garonne de classer le bâtiment comme chapelle de secours afin
que les cérémonies puissent s'y dérouler et que les dons prévus pour son entretien puissent être
faits en toute légalité.
Grâce à la générosité des Blagnacais, sa restauration commence alors et s'achève en 1806. Depuis
elle fera l'objet de plusieurs consolidations et même de transformations.
La donatrice Jeanne Lussan, considérée alors comme bienfaitrice, est représentée sur un tableau
grandeur nature, classé à l'inventaire des monuments historiques en 1975 et restauré depuis.
Dans une lettre datée du 29 juillet 1841, à la suite d'une visite pastorale, les reliques de Saint
Exupère sont cataloguées. Elle dit ceci "Il y a une petite boite enchâssée dans la poitrine de la
statue du saint. Par devant, cette boite est munie d'un verre et par derrière elle est fermée avec
des cordons de soie qui couvrent une étoffe de soie verte et sur ces cordons est un sceau de cire
rouge…". Une attestation latine du père Hubert déclare qu'il a extrait cette relique des reliques de
ce saint.
Les peintures murales de la chapelle ont été classées monument historique le 20 mai 1922. La nef est
devenue une salle de spectacle en 1989. Proie d'un incendie en 1990, les peintures, véritable richesse de
ce lieu, n'ont subi aucun dommage.
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SAINT
LA
EXUPÈRE
FONTAINE
SAINT-EXUPÈRE
Avant de gravir la petite pente qui conduit à la Chapelle Saint Exupère, on rencontre sur la droite de la route une fontaine qui porte le nom de ce saint.
Chapelle Saint-Exupère : extrait du plan
cadastral du XVIIIème siècle Archives municipales
Elle alimentait un lavoir public. Cette fontaine mêle encore une fois réalité et légende.
Si les anciens disaient que les eaux mélangées à un peu de poussière prise du tombeau de
l'évêque ont très souvent guéri les malades dévorés par la fièvre, M. Baccalerie dans son ouvrage
sur l' " Histoire de saint Exupère ", dit que ces eaux n'ont jamais joui d'une vertu quelconque (le
clergé paroissial ne vint, d'ailleurs, jamais la bénir).
La tête sculptée du saint s'y trouvait encore au début du XXème siècle en demi relief au dessus
de la porte du réservoir.
OÙ
SONT PASSÉS LES
SARRASINS ?
Selon Bertrand Lavigne, auteur de l'ouvrage " Histoire de Blagnac ", " l'espace compris entre l'
église Saint-Exupère et le village de Blagnac, porte depuis un temps immémorial, le nom de
Sarrazinière . Il est coupé du Sud-Ouest à l'Est par un chemin du même nom. "
Il situe la grande bataille que se sont livrés Eudes, le comte de Toulouse et duc d'Aquitaine, et
El Samah, chef des Sarrasins à cet endroit en mai 721. Si l'existence même de ce combat désastreux pour les musulmans aux portes de Toulouse ne fait pas de doute, la thèse soutenue par
l'historien blagnacais repose sur une hypothèse de stratégie militaire encore à démontrer.
Cette bataille, dénommée " Bataille du plateau " par les chroniques arabes, se situe, selon l'historien toulousain S. Forado, sur la voie romaine en direction de Narbonne, peut-être dans la
région de Ramonville. Mais alors, que signifie la présence de cadavres armés dans les sous-sols
des champs jouxtant cette rue ? Le mystère reste entier. Laissons courir la légende comme dans
bien d'autres sites français. Car le territoire français est riche de cette appellation : mur des
Sarrasins dans le Vercors, grottes du même nom à Loverval, au sud de Charleroi (Meuse), fours
à Pouligny notre Dame, crêtes en Maurienne. Ces combattants ont, en tout cas, laissé des traces
terribles dans la mémoire de notre peuple.
Une seconde hypothèse sur la dénomination de cette rue serait peut-être tout simplement
d'origine …. botanique, et mettrait d'accord les deux historiens. Le blé noir, appelé aussi sarrasin, aurait été cultivé dans les champs alentour. Ceci n'empêche pas de penser également à
l'éventuelle présence en ces lieux de peupliers du Sud-Ouest, dénommés…peupliers sarrasins*,
au caractère très voisin de ceux d'Italie. Gageons que la rue Sarrazinière gardera encore longtemps le secret de son nom.
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Facture du XIXème siècle -pour acquisition de peupliers sarrazins Archives municipales
1
SAINT
LES
2
3
EXUPÈRE
PEINTURES MURALES
Sur les murs de cette chapelle, des peintures du XVIème siècle, œuvres de plusieurs artistes, illustrent la
vie et surtout la légende du saint, dans un style naïf, remarquable par le détail des costumes de l'époque.
Quelques anachronismes sont à noter (chanoines, archevêque, vêtements). Sous les panneaux disposés
sur deux registres, se lit une inscription dans la langue romane parlée au XVIème siècle. Seuls les dix premiers panneaux datent de cette époque. Les quatre derniers furent exécutés en 1886 par Bernard
Bénézet, également restaurateur des premiers, à l'initiative du curé Philippe Massot.
Ces travaux suscitèrent de nombreuses critiques. Ainsi, l'ouvrage d'un hagiographe datant de 1869 nous
fait penser que l'ordre chronologique primitif n'a pas été respecté. Cependant, en s'inspirant de l'œuvre
antérieure, l'artiste a enrichi l'ensemble par d'autres épisodes importants de la vie du saint. De malheureuses dégradations ont été causées par le temps et par d'inopportunes interventions humaines.
Une consolidation des peintures murales a été réalisée en 2001. Une protection étant désormais nécessaire, une vitre isolant la crypte, sera posée très prochainement. Et, une restauration ultérieure de cette
œuvre devrait rendre toute son authenticité à ce qui reste de l'histoire illustrée de ce grand homme.
Première série de peintures (XVIème siècle)
Premier panneau " L'élection fut faite "
Saint Exupère est nommé aux fonctions épiscopales, nomination consacrée par l'acclamation des fidèles,
selon la coutume des premiers temps chrétiens.
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Deuxième panneau " On vint le chercher au champ "
Une véritable atmosphère pittoresque se dégage de cette scène, animée par la présence des personnages
aux costumes stylisés et variés.
Troisième panneau " saint Exupère fut fait archevêque "
Cette scène a particulièrement marqué le curé Massot, auteur d'un ouvrage dédié à saint Exupère. Il fut
surpris par l'étrangeté des visages qui rappellent ceux des anciens peuples barbares établis dans le Midi,
après la chute des Romains, contrastant avec ceux de notre région.
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Quatrième panneau " Il garde Toulouse de périr "
La représentation de cette scène est considérée par les critiques de l'époque comme la plus médiocre de
toutes. En effet, nous pouvons noter la différence d'échelle des assiégeants, en comparaison de celle de
l'ensemble de cette œuvre.
Cinquième panneau " saint Exupère faisant communier le peuple "
Composition qui a beaucoup souffert, car seules la disposition générale et quelques têtes, comme celle
d'une femme blonde, ont pu être conservées de la peinture primitive.
Peintures murales de la chapelle Saint-Exupère –
photothèque municipale
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6
SAINT
7
EXUPÈRE
Sixième panneau « saint Exupère mourut »
Le saint assis sur son lit à baldaquin est entouré d’ecclésiastiques ou de médecins.
Septième panneau « On le mit en terre »
Saint Exupère, mitré et enveloppé dans un suaire, est entouré de plusieurs personnages. Sa mère, la tête
couverte d’un voile, se recueille sur son corps.
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Huitième panneau « On le porta à Toulouse »
Le corps du saint, recouvert d’un tissu de brocart, est transporté à Toulouse.
Neuvième panneau « On prie saint Exupère »
Nous distinguons, posée sur un autel, la châsse contenant les reliques du saint homme.
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Dixième panneau « Le feu fut éteint par saint Exupère »
La foule de fidèles invoque le saint afin qu’il éteigne un incendie à Toulouse.
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Peintures murales de la chapelle Saint-Exupère –
Photothèque municipale
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SAINT
EXUPÈRE
Deuxième série de peintures (1886)
Premier panneau « saint Exupère fait l’aumône »
Le saint, installé sur un piédestal, est représenté faisant la charité, comme il en avait l’habitude.
1
2
Peintures murales de la chapelle Saint-Exupère - photothèque municipale
Deuxième panneau « saint Exupère guérit les fiévreux »
Le saint homme remet à un chevalier un breuvage “miraculeux”, qui, selon certaines interprétations, devait
être apporté à Saint Ambroise.
Troisième panneau « saint Exupère poursuit les hérétiques »
Ici, il poursuit les hérétiques, représentés par le moine Vigilance, refusant l’autorité du Pape, et corrompu
dans ses moeurs comme dans sa doctrine.
3
4
Quatrième panneau « saint Exupère reçoit l’écrit de Saint Jérôme »
Cet écrit condamne de manière péremptoire les erreurs de Vigilance.
La voûte
Sur la voûte en arc brisé, nous pouvons observer les attributs de l’épiscopat, les initiales du saint, ainsi que
la croix de Lorraine épiscopale.
Cette dernière est une croix latine à laquelle s’ajoute un bras transversal.
Les attributs de l’épiscopat sont représentés par la mitre, la crosse et la croix de Lorraine sur la clé de voûte
principale.
A la croisée des ogives, des bandeaux décoratifs présentent alternativement initiales entrelacées du saint
et croix de Lorraine.
De nombreux ex-voto* (remerciements de Blagnacais à leur saint qu’ils ont prié dans les moments de
désespoir, de maladie ou pendant les deux guerres mondiales) étaient accrochés aux murs. Il n’en reste
plus que quelques-uns aujourd’hui.
Voûte de la chapelle Saint-Exupère - Photothèque municipale
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Eglise Saint-Pierre Projet Virebint – Archives municipales
EGLISE
SAINTPIERRE
EGLISE SAINT-PIERRE
Avec primitivement un clocher mur tourné vers la Garonne sur la façade Est (emplacement du choeur),
l’église Saint Pierre accueillait déjà des fidèles au XIème siècle. Ni la nef, ni le choeur n’étaient voûtés alors.
Ce n’est que dans un second temps que la construction de deux arcs brisés en brique divisera la nef en
deux travées, la séparant du choeur. Puis à la fin du XVème siècle sera réalisé le voûtement.
Ces dernières transformations seraient dues à la famille Devoisins qui remplaça l’ancien clocher par un
autre ressemblant à celui de la basilique Saint-Sernin.
De nombreux corps ont été dégagés à l’occasion de différentes fouilles. Un véritable lieu
d’inhumation se trouvait à l’intérieur de l’édifice.
En 1775, Monseigneur de Brienne interdira la pratique des inhumations dans les églises de France.
En 1840, l’accroissement de la population donne l’occasion de créer deux nouvelles chapelles, la
chapelle Notre-Dame et la chapelle du Sacré-Coeur.
Le savoir-faire de l’architecte Virebent transformera cet édifice pour lui donner finalement l’aspect
qu’il a aujourd’hui.
Eglise Saint-Pierre - Photographie Ph. Garcia, BH&M
L’église a subi au cours des siècles des outrages plus ou moins effacés par des restaurations.
Elle sera mutilée par l’installation du télégraphe Chappe sur sa flèche en 1834, frappée par la foudre
plusieurs fois, et en 1944 éventrée par un avion de chasse allemand, nécessitant la réfection de la nef.
Depuis, l’église a vu récemment son pavement remplacé à l’occasion de l’installation d’un chauffage au
sol (le carrelage précédent a été dégagé en 1826 mettant au jour des tessons de poteries du haut moyen
âge). Une deuxième tranche de travaux prévoit, après réalisation d’un diagnostic, la rénovation des
parements de briques et galets du choeur, ainsi que la réfection en teinte plus claire des enduits de la nef.
Sont prévues dans le même temps, la restauration et la création de vitraux. Enfin une autre tranche de
travaux prévoit le nettoyage des peintures et leur réfection ponctuelle, ainsi que le ravalement général des
façades.
PARTIE
EXTÉRIEURE
On devine en façade sur le clocher, cachée par la Vierge Immaculée, une pierre gravée au-dessus de l’entrée
principale. Elle représente probablement les armoiries de la communauté, avec d’un côté la croix dite de
Toulouse et de l’autre deux poissons affrontés surmontés de trois billettes.
La statue en fonte de la Vierge, datant de 1860, a repris dernièrement sa place d’origine.
Au-dessus de la 4ème fenêtre, sur une pierre encastrée, un bas relief représente une clé et une croix latine
pattée du XVème siècle.
Blason de Blagnac sur l’Eglise Saint-Pierre
Photographie D.Bonzom
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EGLISE SAINT-PIERRE
PARTIE
INTÉRIEURE
Dans le narthex* est scellé un Christ en bois qui date du 16ème siècle. Sont gravés sur du marbre, de part
et d’autre de la croix, les noms des soldats morts pour la France durant la première guerre mondiale.
La nef mesure 35 m de long, 12 m de large et 10,5 m de haut. Primitivement, elle mesurait 11,5 m de
large et 18 m de long.
A gauche, la première chapelle est consacrée à sainte Magdeleine et saint Blaise.
Y étaient présents les fonts baptismaux, cuve en plomb ciselé datant du XIIème siècle exposée
aujourd’hui au musée de Cluny à Paris. Les sculptures des quatre culots d’ogives sont difficilement
identifiables. On distingue toutefois deux têtes d’anges et deux animaux dos à dos.
La seconde est appelée Chapelle de la Vierge. Elle abrite la cuve baptismale en marbre rose des
Pyrénées.
La Vierge à l’Enfant qui soutient le monde, statue en bois doré (fin XVIIIème -début XIXème ), devait
tenir dans sa main un objet (sceptre, fleur de lys...).
Les peintures de la voûte représentent l’Assomption de Marie.
Elles sont bordées de visages en pierre sculptée, comme dans la chapelle qui fait face à celle-ci
L’église Saint-Pierre au début du XXème - Photothèque municipale
On doit cette partie de l’édifice au curé Alzieu qui la fit construire au milieu du XIXème, le trouvant trop
exigu.
Il fit transformer les croisées ogivales en plein cintre. L’architecte Virebent sera chargé bien plus tard de la
restaurer.
On peut admirer dans le Choeur l’autel en très beau marbre de style Louis XV, orné en son centre de la
tiare et des clefs de saint Pierre.
Sculptures de la chapelle de la
Vierge. Eglise Saint-Pierre –
Photothèque municipale
Christ en bois du XVI
ème
siècle. Eglise Saint-Pierre– Photothèque municipale
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EGLISE SAINT-PIERRE
Les vitraux datés de 1855 représentent de gauche à droite : sainte Germaine et la vierge Marie, les
évangélistes saint Marc et le lion, saint Matthieu et l’ange, saint Pierre et les clés, saint Paul et l’épée, les
évangélistes saint Jean et l’aigle, saint Luc et le taureau, enfin saint Exupère et saint Louis de Gonzague.
Médaillons Chapelle Saint-Jacques. Eglise Saint Pierre – Photothèque municipale
Attenante au choeur, la chapelle Saint-Jacques le Majeur, construite par Géraud Devoisins, baron de
Blagnac, servit de sépulture à sa famille. On trouve l’écusson de ces nobles sur les quatre culots des
arêtes de la voûte : trois losanges posés de face, surmontés d’un lambel* à trois pendants. Les
peintures de la voûte représentent des saints : saint François Xavier, saint Vincent de Paul, saint
Dominique, saint François d’Assise, saint Jacques apôtre, saint Jérôme, saint Louis de Gonzague et
saint Grégoire. Les quatre médaillons ont eu vraisemblablement pour modèles des membres de la
famille Devoisins ou peut-être des personnages importants de Blagnac. Les vitraux dédiés à saint
Jacques et saint Jérôme ont été restaurés en 1999.
La statue de Mère de Grâce en bois doré du XVIIème siècle, précède la chapelle du Sacré Coeur,
construite au début du XVIIIème siècle. Au sol, un chrisme* est représenté au centre d’une mosaïque
gallo-romaine, provenant d’un site proche. Les peintures de la voûte, oeuvre de Jules Garipuy,
représentent le Christ appelant à lui toutes les misères humaines.
Dans la nef, un grand tableau, oeuvre d’un artiste inconnu du XIXème siècle, représente saint Exupère,
vêtu de l’aube et de la chape, coiffé de la mitre, tenant la crosse et l’aspersoir. Au deuxième plan, on
aperçoit la basilique St-Sernin.
La visite se poursuit par les grandes orgues. L’instrument primitif construit par le facteur Poirier, fut détruit
lors de l’effondrement de la tribune en 1944. En 1952, un nouvel orgue est offert par la famille Marsan.
Sa restauration entreprise en 1998 par un jeune facteur d’orgues de Thonon-les-Bains, Sylvain Boudou, se
termine en 2001.
Saint Jérôme, vitrail. Chapelle Saint-Jacques.
Eglise Saint-Pierre –
Photothèque municipale
Ecusson de la famille Devoisins.
Chapelle Saint-Jacques. Eglise Saint-Pierre –
Photothèque municipale
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DE la
baronnie
à la
Révolution
Extrait du plan cadastral du XVIIIème siècle - Archives municipales
Française
... seigneurs et
Extrait du registre des délibérations : un des droits de la communauté blagnacaise
retranscrit au dos du registre des délibérations (1781-1790) - Archives municipales
villageois
DE
LA BARONNIE À LA
RÉVOLUTION
Les Blagnacais jouissent vraisemblablement pendant plusieurs siècles, d’avantages partiellement décrits
par Bertrand Lavigne, comme : « libertés, exemptions et coutumes du village Saint Pierre de Blagnac ».
Mais, à la veille de la Révolution, ne subsistent plus que les droits de pêche, de bac et de moulin.
Ces privilèges sont édictés dans 29 articles, dont seulement 7 sont parvenus jusqu’à nous, heureusement
retranscrits sur un registre de délibérations.
En 1098, Guillaume IX, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine, fait don du village Saint Pierre de
Blagnac, (ainsi était-il dénommé) aux chanoines de Saint Sernin. Il passe dans le domaine particulier
du Chapitre* de Saint Sernin au mois de décembre 1101. A cette époque est fondé un prieuré* qui
disparaîtra en 1789.
Le comte de Poitiers témoigne ainsi de sa reconnaissance aux chanoines qui l’avaient aidé à chasser
le comte Bertrand de Toulouse, lequel avait envahi l’abbaye et chassé ses occupants.
Nous ne savons pas à quel moment les chanoines furent dépossédés de Blagnac.
Le village connaît un autre sort à l’occasion d’un échange fait entre Philippe le Bel et le chevalier
Géraud Balène, surintendant* des finances dans la sénéchaussée* de Toulouse après la guerre des
Flandres en 1307. Ce dernier devant s’acquitter de ses importantes dettes envers le roi , se trouve
finalement créditeur en lui restituant plus qu’il n’était besoin. C’est alors que le roi décide de lui
octroyer « Blagnac avec son fait de la Mascotte, Cornebarrieu, Aussonne, Beauzelle, Seilh, Cluzel,
Lespinasse, Bruguières, Fontanes, Lalande, Lacourtensourt ainsi que des métairies (au fort rapport),
le pesquier de Blagnac et le cours de Garonne avec juridiction quant à la pêche… ».
Le chevalier est alors à la tête d’une importante châtellenie*.
Echange de la Baronnie de Blagnac entre Géraud Balène et
Philippe le Bel (XIVème siècle) – Archives municipales
LE
CHÂTEAU FORT
Il ne reste aujourd’hui aucune trace du château seigneurial construit probablement à l’initiative de
Géraud Balène au début du XIVème siècle. En effet, il aurait été détruit par un incendie perpétré par
les protestants au XVIème siècle. L’historien Bertrand Lavigne, s’appuyant sur une enquête réalisée
en 1321, le situe au sud-est du village, en dehors des fossés. Selon cette dernière, le château s’élevait sur plusieurs étages. Il était pourvu notamment d’une galerie, d’une chapelle, d’une salle de
réception et orné noblement. On y entrait par une porte à pont-levis, flanquée de deux grosses
tours. La rue du vieux château, située dans le vieux Blagnac, en garde le souvenir.
35
DE
LA BARONNIE À LA
RÉVOLUTION
Robert Balène, fils de Géraud Balène, cède la seigneurie* de Blagnac à Géraud Devoisins, baron d’Arques,
« seigneur de Blagnac, Bruguières et autres lieux dans un hommage rendu au roi de l’an 1383 ». Il est un
des descendants, de Pierre Devoisins, sénéchal* de Toulouse de 1251 à 1254 et lieutenant de Simon de
Montfort.
Son petit-fils Nicolas lui succède en 1467. Il dispute âprement les privilèges acquis par les consuls
et obtient satisfaction auprès du roi. Les consuls doivent s’incliner et lui prêter serment de fidélité.
En résumé, le baron a main mise sur la plupart des droits et revenus. Il agrandit son domaine en
devenant propriétaire de Pinot, grâce à son mariage. Il sera nommé Capitoul *en 1504.
Après la destruction du château féodal, la famille Devoisins fait alors construire une maison bien plus
modeste, ouverte sur la place de la Fontcouverte (actuelle place de l’Abbé Amouroux). Cette demeure,
occupée par les barons au cours des XVIIème et XVIIIème siècles, existe encore.
Cependant, la baronnie* s’appauvrit peu à peu, ne comprenant plus que le village de Blagnac.
Mais son véritable démantèlement commence lorsque Isabeau Devoisins vend sa part (le tiers de la
baronnie) à un Toulousain, Jean d’Aldéguier. Les deux autres tiers restent en possession de ses deux frères.
Pendant ce temps la communauté soutient son seigneur confronté à des difficultés financières.
Mais la détermination des consuls, qui entendent bien conserver leurs droits chèrement acquis, n’est pas
pour autant amoindrie.
Charles Dumont en achetant le nouveau château de Blagnac à François d’Aldéguier, construit par sa famille
vers 1650, reconstitue la baronnie de Blagnac. Son fils la cède cependant à Joseph d’Ysarny de Gargas qui
la vend à son tour rapidement à Jean et Claude Amieux.
En 1782, à la veille de la Révolution, le dernier dénombrement fait état de nombreux droits et privilèges
dont bénéficie le baron Amieux : droit de justice, droit de choisir les consuls, droit de sang, droit de pêche
(usurpé à la communauté), de chasse, droit exclusif d’avoir des moulins sur la Garonne…
Les événements auront raison de tous ces privilèges.
Extrait de l’ouvrage “La noblesse des Capitouls de Toulouse” - J.P. Buffelan
FONTAINE DES TROIS CANNELLES OU FONTCOUVERTE
Située place de l’Abbé Amouroux, et dissimulée au regard, la fontaine s’écoulait par trois petites sorties
à hauteur différente, d’où son appellation. On y accède par un escalier de pierre, usé par les allées et
venues. L’eau n’est plus potable de nos jours, mais elle a désaltéré les Blagnacais jusque dans les années
60. Sa récente restauration a révélé tout son charme bucolique. L’eau coule sous la maison construite
à l’emplacement de la demeure du baron Amieux ; elle alimentait plusieurs lavoirs.
Fontaine des 3 cannelles
ou Fontcouverte Photothèque municipale
37
DE
LA BARONNIE À LA
RÉVOLUTION
En 1782, le baron, Claude Amieux, affirme posséder en exclusivité le droit de pêche. Les Consuls et les
habitants protestent. Ils rappellent les droits et privilèges que Raymond, Comte de Toulouse, leur avait
octroyés et qui avaient été confirmés par le roi Philippe le Bel lorsqu’il céda la terre de Blagnac à Géraud
Balène, comme nous venons de le voir.
Il n’était pas le seul baron à vouloir récupérer ce droit.
Déjà, César Devoisin en 1667, puis sa fille Marguerite, dix ans plus tard, avait essayé.
Mais, grâce à un arrêt de la Cour, et à une transaction passée devant Me Sarlabous, notaire à Blagnac, les
Blagnacais gardent le privilège de pêcher gratuitement dans la Garonne ; les barons pouvant pêcher (ou
faire pêcher « leurs gens ») comme tous les autres habitants.
Le baron persiste et intente un procès à la communauté.
Au mois d’août 1785, une ordonnance des Grands Maîtres des Eaux et Forêts de Guyenne et du Languedoc,
stipule que, dans la huitaine, il doit être procédé au bail à ferme du droit de pêche à Blagnac annoncé par
affiches. Les revenus de ce bail seront partagés entre le baron et les villageois.
Après un refus catégorique, les consuls et le syndic des pêcheurs se résignent à se conformer à cette
ordonnance, en contestant toutefois la part attribuée au baron. Pourtant, avant de prendre une décision
définitive, ils sollicitent les conseils d’avocats. Ceux-ci leur affirment qu’avec les titres authentiques en leur
possession, ils peuvent ignorer cette ordonnance et garder le droit de pêche en l’état en attendant
sereinement l’issue du procès en cours.
Mais, d’après B. Lavigne, l’intendant de la province, par une lettre reçue à Blagnac le 21 juillet 1786, met
fin à la polémique, en rappelant que des ordonnances royales datant du règne de Louis XIV, interdisent
aux consuls de s’impliquer dans une affaire judiciaire sans sa permission.
Des ordonnances de la même époque, que les Blagnacais avaient réussi à ne pas appliquer grâce aux
avantages acquis depuis des siècles, obligent les communautés à affermer le droit de pêche.
Ainsi, début juillet 1788 a lieu le premier bail à ferme de la pêche sur la Garonne dans la juridiction de
Blagnac. Il n’est pas dit si le baron en retira un bénéfice.
Un an après, la Révolution le dépouillera de tous ses privilèges.
Procès Amieux, relatif au droit de pêche - Archives municipales
39
DE
LA BARONNIE À LA
RÉVOLUTION
Enlisé dans une grave crise financière, Louis XVI décide, le 5 juillet 1788, de convoquer les Etats Généraux
(qui ne s’étaient pas réunis depuis 1614). Les Français sont classés en trois ordres : le clergé, la noblesse et
le tiers état. Le 24 janvier 1789, un règlement précise les modalités de désignation des divers représentants.
Tous les français âgés de 25 ans, inscrits sur le rôle des impositions doivent désigner leurs délégués.
Dès le 15 février 1789, le conseil de la communauté de Blagnac qui compte alors 1 260 habitants répartis
en 283 feux*, prépare la réunion des habitants du lieu pour choisir les délégués à l’assemblée de Toulouse
(où seront élus les 8 députés aux Etats Généraux) et rédiger le cahier de doléances*. Deux rassemblements
seront nécessaires. Le 25 mars, 77 participants désignent François Cantayre, Jean-Paul Guion et JeanGabriel Delaux pour représenter la communauté à Toulouse et approuver le cahier de doléances. Le tout
signé «par ceux qui savent», 29 personnes seulement.
Extrait du cahier de doléances de Blagnac – Archives municipales
LES
CONSULS*
Résurgence du fonctionnement des institutions romaines, Blagnac, comme nombre de villages du
midi de la France, est représentée et administrée par des consuls jusqu’à la Révolution Française. Ils
sont au nombre de quatre dès le XVIIème siècle.
«Ils sont assistés du conseil des jurats*et prudhommes pour l’administration de la communauté». Ils
se réunissent à la maison commune et délibèrent sur toutes les questions qui leur sont soumises. Ils
gèrent les affaires de la communauté, la représentent en justice et ont seuls le droit de justice. Ils ne
reçoivent aucune indemnité, à part un défraiement des déplacements occasionnés.
Les consuls sont élus chaque année par leurs pairs à partir d’une liste composée de quatre classes de
citoyens. Sont donc représentés des notables, des bourgeois, des artisans et des pauvres. Les consuls
désignent chacun deux candidats de leur classe. Mais c’est au baron qu’il revient de choisir un consul
dans chaque catégorie.
Parallèlement, deux officiers du baron, le juge et le procureur juridictionnel sont chargés de faire respecter les droits et privilèges de ce dernier et de traduire les délinquants en justice.
Les Consuls ont, au travers des siècles, défendu avec acharnement les droits acquis de la communauté face aux velléités des barons successifs.
Dès 1729, ils sont assistés d’un conseil politique, formé de 8 à 12 membres choisis, en principe, équitablement parmi les différentes classes de citoyens. La réalité est tout autre.
C’est en 1749 que Louis XV nomme, pour la première fois, les 4 consuls et retire ce droit immémorial aux consuls et au baron, ceci en application de son édit de 1733.
En 1756, ce droit revient à nouveau à ces derniers, le roi étant revenu sur sa décision.
Le baron Claude Amieux, faisant fi des attributions légales des représentants de la communauté,
refuse de sanctionner les élections des consuls, et les nomme lui-même. Les consuls font appel de
cette prise de pouvoir. Nous sommes en 1777, la révolution n’est pas loin….
41
DE
LE
Registre des décrets de l’Assemble Nationale – Archives municipales
LA BARONNIE À LA
RÉVOLUTION
C AHIER DE DOLÉANCES DE L A COMMUNAUTÉ
Que pensaient les habitants de Blagnac de leurs conditions de vie ?
Souhaitaient-ils des changements et lesquels ?
La réponse à ces questions est donnée en partie dans les 15 articles de ce cahier. La vie est dure dans cette
commune agricole soumise aux aléas atmosphériques, sécheresse, hivers rigoureux, crues de la Garonne,
mais aussi aux redevances, impôts injustes, abus de pouvoir du baron « 62 personnes sont réduites à l’état
de misère». Envisage t-on pour autant une révolution ? Rien n’est moins sûr.
Catalogue des malheurs du temps, ce cahier consacre 11 articles sur 15 aux problèmes financiers, avec la
création d’un «impôt territorial» et l’assujettissement des capitalistes à un autre impôt… », obligation
pour le roi d’informer chaque année des progrès accomplis…, création d’un «bureau de charité» et
recrutement d’un maître d’école. Plusieurs articles traitent de la dîme*. Une synthèse des divers cahiers
de la sénéchaussée*, réalisée à Toulouse, cahier différent car il répond à des problèmes plus généraux,
«abolition des lettres de cachet, de la censure» sera apportée à la réunion des Etats Généraux, le 5 mai
1789.
Les événements qui suivent cette date symbolique constituent la «Révolution Française». Evénement
essentiellement parisien, dont les répercussions sont incroyablement présentes dans la vie quotidienne de
notre commune, comme en témoignent de très nombreux et très riches documents. Tous les textes des
lois votées par l’Assemblée Constituante sont recopiés dans un registre spécial, création de l’Etat Civil, de
municipalités élues, de la Déclaration des Droits de l’Homme.
Les cahiers de délibérations du Conseil Municipal nous font vivre au jour le jour, les événements qui
bouleversent la vie nationale et celle de notre petite commune : aménagement d’une prison, constitution
d’une Garde Nationale, achat d’une écharpe tricolore et de fusils… Il faut participer à la nouvelle
organisation du territoire en cantons, en départements, vivre avec le nouveau calendrier, le dimanche
n’étant plus un jour chômé.
Quand la « patrie est déclarée en danger », les volontaires dans la marine et dans l’armée de terre se
présentent. Les élus doivent assurer une permanence nuit et jour. Le pain rationné est de mauvaise qualité.
L’insurrection royaliste de 1799 n’épargne pas notre commune.
Grâce à tous les documents, témoins de cette période, on découvre à quel point la vie de notre commune
dans cette période révolutionnaire est riche, vivante et passionnante.
Conformément au décret de l’Assemblée Constituante du 18 décembre 1789, François Cantayre, maître
tisserand, a été élu premier maire de Blagnac le 8 février 1790 « par la majorité des citoyens actifs » de
la commune. Il était le descendant d’une longue lignée de tisserands blagnacais. Son mandat fut de courte
durée, suite au renouvellement du conseil municipal effectué le 8 novembre 1791.
43
DE
LA BARONNIE À LA
RÉVOLUTION
Le Conseil se réunissait à la maison commune située 12, rue du vieux Blagnac, achetée en 1777 à Jeanne
Barès, pour installer le boucher et l’abattoir. Les débats avaient lieu au premier étage, le rez-de-chaussée
abritant … la boucherie et ultérieurement la prison. La boucherie – abattoir fut transférée « dans un local
plus approprié en bas de la descente du Ramier en 1840 ».
Le premier étage fut endommagé par un incendie en 1836 qui ravagea en grande partie les Archives de
la ville.
A partir de 1865, un autre lieu est recherché. C’est en 1871 que la nouvelle mairie sera construite à
l’emplacement de l’hôtel de ville actuel.
La maison commune avant la Révolution de 1789
(11, place intérieure de l’Eglise) Photothèque municipale
La maison commune de 1790 à 1871
(12, rue du Vieux blagnac) Photothèque municipale
L’hôtel de ville construit en 1871, avant rénovations et extensions
Photothèque municipale
45
LE
MONASTÈRE
DES
DOMINICAINES
Le monastère “Notre Dame des Sept Douleurs et de Sainte Catherine de Sienne” en 2005 - Photographie Ph. Garcia BH&M
LE
MONASTÈRE DES DOMINIC AINES
A l’entrée de BLAGNAC, sur les bords de la Garonne, un imposant bâtiment, une chapelle et un château
du XVIIème viennent se mêler aux habitations contemporaines. Ce domaine recèle 4 siècles d’histoire…
Sur le cadastre de 1748, c’est une propriété d’environ 10 hectares.
Vers 1600, un incendie détruit le château seigneurial, situé dans le bourg, vers l’emplacement de la rue du
vieux château.
Vers 1650, Marc Antoine d’Aldeguier, issu d’une famille noble de Millau, achète des terrains à Blagnac en
bordure de Garonne au sud du village. Il y fait édifier un château. Cette famille occupe alors une place
importante dans la haute bourgeoisie toulousaine. Deux membres de cette famille furent capitouls,
conseillers du roi, trésorier général des finances… Leur nom apparaît dans les registres de délibérations
comme seigneur ou baron de Blagnac dont ils auraient acquis le titre.
La propriété s’étend du village à l’emplacement du pont actuel. Du coté du village, un jet d’eau
alimenté par les eaux de Malard se trouve au centre d’un magnifique jardin à la française. Le perron
du château était relié à la route de Toulouse par le pont du Touch.
Edifié selon un plan très classique de style Louis XIII, le château comprend « tour et offices, corps
de logis, deux pavillons en décrochement, cour, parterre, perron, orangerie, jardin potager, vignes...
le tout fermé de murailles et de haies ».
L’habitation est composée d’un sous-sol en brique, un rez-de-chaussée surélevé et un étage
mansardé.
Le perron de la façade sud a, au fil des années, été remplacé par un édicule* (démoli depuis quelques
années) permettant l’accès au cloître.
Plan cadastral du XVIIIème siècle – Archives municipales
En 1673, le château est vendu à Charles Dumont d’Attily, époux de la fille de César Desvoisins puis revendu
en 1702 à Thomas Morent chevalier du roy, premier président du parlement de Toulouse..
Toutefois il est précisé dans un additif à l’acte que :
« Le seigneur Morent premier président ne pourra prétendre au moyen de la dite acquisition à aucune
prérogative ni prééminence en qualité de seigneur de Blagnac que dans les biens à lui vendus, c’est-à-dire
il n’acquiert que sur ses terres le droit de haute et basse justice , tous les autres droits attachés au titre de
baron sont conservés par le sieur DUMONT ».
Le XVIIIème siècle sera marqué par une succession de propriétaires « bientenants* forains » tous issus de
la haute bourgeoisie et de la noblesse toulousaine (Jean Pierre Colomes, receveur général des finances en
1715, Guillaume de Castaigner, seigneur comte de Clermont et baron de Coufoulens en 1720…)
Joseph Gaspard Marquis de Maniban en fait l’acquisition pour 23 000 livres le 29 avril 1748 par acte
enregistré chez le notaire Forest.
49
LE
MONASTÈRE DES DOMINIC AINES
Il est précisé dans cet acte « qu’il s’agit d’un château seigneurial car ayant appartenu au baron de Blaignac
et qu’à sa propriété sont attachés les droit de haute, moyenne et basse justice dans l’enceinte des biens
compris dans la présente vente, colombier, bâtiments matériaux, glassiers, passages, jardins et eaux,
sources, fossés, , preds, vignes avec toutes les appartenances et dépendances » sans oublier « les orangers
au nombre de quarante-six, savoir trente-six avec leurs caisses et six dans des vazes »….
Joseph Gaspard est né le 2 juillet 1686 dans un hôtel situé dans le capitoulat de la DAURADE à
Toulouse. La famille, issue de la noblesse de robe, est originaire du Bas-Armagnac (elle possède le château Busca-Maniban près de Condom). Joseph Gaspard devient conseiller du parlement en 1705, président à mortier* en 1713, premier président en 1721, fonction qu’il doit plus à sa fortune et ses origines sociales qu’à sa formation.
Il manifeste la volonté de faire du château blagnacais une demeure confortable et simple et pour cela
entreprend des travaux d’aménagement, en faisant appel aux artisans locaux.
Il y édifie une allée bordée d’ormeaux (dans l’axe de l’actuelle rue de la Libération), un jet d’eau alimenté
par les eaux de Malard. Il embellit le jardin à la française, agrémenté de bosquets, d’une fontaine en rocaille,
d’une orangerie, de bancs de repos afin de profiter du charme de la Garonne. Un escalier est bâti.
Des dépenses considérables rendent le château magnifique et il y séjourne le plus souvent à partir de 1750,
son habitation toulousaine devenant essentiellement un logement de fonction.
Il décède en 1762. Son testament désigne comme « héritière universelle et générale sa fille, la Marquise
de Livry ». Cette dernière ne pourra empêcher la vente du château au Marquis de Sauveterre, Messire de
Boyer-Dudras, président du parlement de Toulouse.
Le propriétaire suivant Ambroise Dutrey possède des dons de joueur et aurait gagné le domaine au jeu. Le
château connaît encore son heure de gloire, avec de somptueuses réceptions, des banquets où se retrouve
l’aristocratie toulousaine qui prolonge ses soirées en jouant.
Portrait de Joseph Gaspard de Maniban
Huile sur toile, Anonyme, XVIIIème siècle - Musée des Augustins, Toulouse
A partir de 1789, au lendemain de la Révolution, le château est mis à disposition pour rassembler les
habitants. Le sieur Dutrey, avec un opportunisme certain, s’adapte aux événements. Il est nommé colonel
de la future garde nationale, élu juge de paix du canton lors de sa création en 1791, il prête serment et on
lui demande de fournir un local pour le tribunal.
La Révolution a contribué au déclin de la grande bourgeoisie et de ce fait tari les sources de la fortune de
ce joueur. Faute de moyens, il met le domaine en jeu et en perd une partie acquise par Louis Campistron
de Maniban.
Ce dernier en devient l’unique propriétaire à la mort de Dutrey. Il fait creuser le canal de fuite pour le
moulin.
En 1808, espérant recevoir Napoléon Ier à son retour d’Espagne (ce dernier ne viendra finalement pas), il
entreprend de grands travaux sans regarder à la dépense, ce qui le ruine et entraîne la vente du château
par expropriation forcée.
51
LE
MONASTÈRE DES DOMINIC AINES
En 1810, le château et ses dépendances sont vendus au Général Comte Jean Dominique Compans, venant
prendre une retraite paisible après sa brillante carrière militaire au sein des troupes napoléoniennes.
Portrait du Général Compans par Mallet, 1808
Portrait de la Comtesse Compans d’après Riesener
Le général recrute un jeune précepteur, Auguste Blanqui, qui deviendra plus tard célèbre et passera de
nombreuses années en prison pour ses idées révolutionnaires.
Le général, devenu veuf prématurément en 1816, se consacre à l’élevage et au négoce d’un important
haras dans le parc du château.
Homme de coeur, il ouvre sa belle demeure aux Blagnacais qui y organisent la fête du village et aux
Toulousains, souvent irrespectueux des lieux, saccageant fleurs et verdure.
Il décède le 10 novembre 1845. Sa mort marque la fin de l’ère de prestige du domaine car il sera
démantelé.
Dans un premier temps, la fille du Général, Madame Ternaux Compans, échange le domaine contre une
maison à Paris, mais en gardant la jouissance du moulin, de ses dépendances, du canalet et d’un grand pré
situé entre ce canalet et la Garonne.
Dame Azam, une « aventurière » selon B. Lavigne tenant un café à Toulouse, est la nouvelle propriétaire.
Elle détruit le parc, démolit les dépendances et construit une caserne.
Vendu une nouvelle fois par expropriation forcée en 1850, le château est acquis en 1852 par les Dames
de la Trappe.
Une nouvelle ère commence…
Un monastère est créé sur l’emplacement du domaine actuel accueillant la communauté des Trappistines,
membres de l’ordre de Citeaux venant de l’abbaye de Maubec.
La chronique du monastère rédigée à leur arrivée fait un descriptif des lieux peu attrayant. Aussi
s’attaquèrent-elles rapidement à la restauration du site, et dès 1854 une école gratuite de filles est ouverte.
La communauté se développe passant de 9 religieuses à 70 en 1859. Des bâtiments, une église et un petit
cimetière sont donc construits.
Avec la guerre franco allemande de 1870, le monastère est transformé en hôpital, puis en maison d’accueil
pour les orphelines toulousaines, victimes de la terrible crue de la Garonne qui dévasta Toulouse en 1875.
Il en sera de même lors de la grande guerre de 1914-1918 au cours de laquelle un hôpital temporaire est
implanté, accueillant notamment les soldats annamites enterrés au cimetière près de la chapelle SaintExupère.
En 1936, les trappistines quittent le site et vendent les terrains situés au sud du domaine.
Une communauté de moniales dominicaines les remplace à partir de 1939.
Extrait de l’ouvrage “Histoire de Blagnac” - B. Lavigne - 1875
53
LE
MONASTÈRE DES DOMINIC AINES
Durant la seconde guerre, les bâtiments, à l’exception du château, sont occupés par les militaires allemands.
L’occupation et les explosions provoquées par l’armée allemande en fuite endommagent le domaine.
Après la guerre, des travaux de rénovation sont entrepris. En 1949, les dominicaines accueillent Louis
Mazetier, célèbre peintre verrier qui réalise fresques et vitraux.
Depuis les années 50, le monastère a varié ses activités : tour à tour, fabrique de pâtes alimentaires, pension
de famille, maison de retraite, confection d’objets religieux, afin d’assurer la survie matérielle de la
communauté.
Depuis 1987, les dominicaines partagent la tranquillité du site avec la communauté des Béatitudes.
Si le château a gardé son aspect extérieur depuis 1650, le domaine a été morcelé au fil des années et les
terrains vendus en parcelles.
Peu de Blagnacais connaissent ce lieu qui n’est qu’en partie « visitable ».
Pourtant le 30 avril 2001 l’église du Couvent Sainte-Catherine de Sienne, les peintures murales du choeur
et de la nef des fidèles ainsi que l’ensemble des vitraux réalisés par Louis Mazetier et le maître verrier
Laurent Escap, ont été classés à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.
L’OEUVRE DE LOUIS MAZETIER
La Geste dominicaine
Cette peinture murale, qui se déploie dans le choeur, sous la fenêtre dédiée aux Mystères glorieux, est la
traduction en image de la devise des Frères prêcheurs : « Contemplari et aliis contemplata tradere »
(contempler et livrer aux autres le fruit de sa contemplation).
On y retrouve le double mouvement de l’Ordre, celui de concentration sur Dieu et de la contemplation.
Saint Dominique est représenté les bras étendus, soutenant son ordre dans un geste cruciforme. Le premier
mouvement est symbolisé par la spirale qui se replie sur elle-même, rassemblant les soeurs contemplatives
tout autour de l’Hostie.
Le second mouvement est occupé par les Saints de l’Ordre répartis autour de leur Père Dominique.
55
La Geste dominicaine - Photothèque municipale
LE
MONASTÈRE DES DOMINIC AINES
Le Chemin de Croix
Il représente les quatorze stations du Christ, lieux où il aurait fait halte, dans les rues de Jérusalem, au cours
du trajet vers le Golgotha, et qui aboutirent à sa Crucifixion.
Chaque scène est surmontée d’un épisode de l’Ancien Testament . L’histoire de la Passion se déroule de
droite à gauche sur le mur de gauche de la nef avant de se poursuivre sans discontinuer sur les deux autres
murs. Cette peinture violente et tourmentée oppose sans cesse de façon manichéenne le Bien et le Mal,
l’Innocence et la Perfidie.
Les vitraux
Pélican : symbole de l’Eucharistie
Photothèque municipale
Quelques unes des 14 stations du Chemin de Croix - Photothèque municipale
Vitraux - Les Mystères Douloureux
Photothèque municipale
Ils ont été réalisés avec le concours d’un maître verrier, Laurent Escap.
L’ensemble des verrières, divisées chacune en trois lancettes, est situé dans le choeur de l’église. Leur
programme iconographique célèbre les Mystères du Rosaire.
La première, située au-dessus du maître-autel, est consacrée aux Mystères douloureux, la deuxième, située
à gauche de celle-ci, sur le mur Est, est consacrée aux Mystères Glorieux.
Les Mystères joyeux n’ont pu être réalisés, l’artiste étant décédé prématurément.
A gauche des Mystères glorieux, au fonds du sanctuaire, une fenêtre, constituée d’une unique lancette,
représente l’arbre de Jessé, couronné par une Vierge à l’Enfant.
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BLAGNAC
ET LA
GARONNE
Allégorie de la Garonne, place Lafourcade à Toulouse – Photographie Ph. Garcia, BH&M
BLAGNAC
ET LA
GARONNE
Depuis son implantation à l'époque romaine, sur les hauteurs du fleuve, le fort de "Blaignac" a profité de
l'eau de ce dernier.
De mémoire de Blagnacais, les hommes ont toujours eu une certaine complicité avec la Garonne. Au fil
des ans, le dépôt d'alluvions a progressivement façonné le ramier* que nous connaissons aujourd'hui.
Au cours des siècles, diverses activités ont été liées au fleuve. La pêche, l'une des premières, donna
à l'homme sa principale nourriture, car le fleuve était très poissonneux. A partir d'une certaine
époque, les ''pescheurs de poissons'', devaient une redevance à la Couronne, ainsi qu'un service de
longue durée sur les bateaux du roi lors des guerres, en échange du droit de pêche. On trouve aussi
des "pescheurs de sable"; sable et galets (encore visibles de nos jours sur certaines demeures) sont
largement utilisés dans la construction des maisons, en fonction des moyens financiers de chaque
famille.
Le courant de l'eau était utilisé pour sa force afin d'entraîner les meules des moulins, soit à terre, soit sur
eau.
Le bac – Archives départementales de la Haute-Garonne
Parmi les métiers liés au fleuve, n'oublions pas les passeurs qui, de tout temps le traversèrent avec hommes,
animaux et marchandises. L'époque n'est pas tellement éloignée où le bac* assurait ce service régulier
plusieurs fois par jour, avant la construction du premier pont, en 1843.
LES
MOULINS FLOT TANTS SUR L A
GARONNE
La présence ancienne de moulins flottants sur la Garonne est attestée par de nombreux documents. Le
cartulaire* de Saint-Sernin signale l’existence de ces moulins à Toulouse et dans les environs, dès les XIème
et XIIème siècles. Il en existe à cette époque, un à Saint-Michel-du-Touch, c’est-à-dire sur la rive gauche
du fleuve, à proximité de l’embouchure du Touch, un autre à la hauteur du village de Blagnac. Ce dernier
moulin , ou en tout cas un moulin flottant rattaché à la paroisse, a fonctionné jusqu’au début du
XIXèmesiècle. On peut suivre sa trace grâce aux documents rapportant les litiges et les conflits ayant eu
lieu entre les divers acteurs de la vie sur le fleuve ou autour de celui-ci.
La lecture des divers documents d’archives montre que la vie sur la Garonne est loin d’être tranquille.
Ainsi, les querelles se succèdent, les pêcheurs, les bateliers, d’un côté qui trouvent que le moulin nuit à
leurs activités, les ‘’bientenants’’*, nobles ou gros propriétaires terriens, d’un autre côté, qui cherchent à
s’octroyer les droits sur la meunerie au détriment des meuniers; mais les acteurs de tous ces groupes
n’hésitent pas à s’allier dès que l’autorisation de fonctionnement du moulin est remise en cause.
Moulin à nef - Agenda Garonne 2004, Syndicat mixte
d’études et d’aménagement de la Garonne
61
BLAGNAC
Devis et plan des
travaux pour la
construction d’un mur de
soutènement Archives municipales
ET LA
GARONNE
Ainsi en 1321, à Toulouse, un certain Guillaume Tissandier, autrefois sergent du Roi, mandaté par les
habitants de Blagnac pour défendre leurs droits, est entendu par les membres d’une commission mise en
place à l’initiative de Philippe V (le créateur de la Cour des Comptes) et chargée de réformer les abus qui
s’étaient instaurés dans l’administration des domaines de la couronne. Il semblerait qu’un litige ait surgi
à propos du moulin entre les représentants du roi et les divers utilisateurs du fleuve, puisque leur porteparole, en compagnie des notables de Blagnac, déclare ‘’se rappeler qu’à l’époque de la translation (du
domaine du roi au domaine du seigneur de Blagnac), les stations de moulins flottants existaient sur la
Garonne, dans la juridiction de Blagnac.’’
Les querelles se poursuivent tout au long des siècles. Au milieu du XVIIIème siècle, le baron Amieux, par
exemple, se chamaille avec les Consuls de Blagnac à propos de l’implantation du bateau, à proximité de
la rive de la Garonne en contrebas du village. Le Baron avait fait descendre son moulin dans un lieu où le
courant plus fort, du fait d’une rupture de pente dans le lit du fleuve, apportait un meilleur rendement à
la meule. Un procès s’ensuivit qui donna sans doute gain de cause au Baron puisque le plan cadastral de
1780 porte le moulin à ce dernier emplacement.
En 1782 encore, le baron, faisant le dénombrement de ses droits déclare ‘’je jouis en outre….du droit
exclusif d’avoir des moulins sur la Garonne à l’exclusion de tout autre”. Ce qui était manifestement en
contradiction avec le privilège accordé de temps immémoriaux aux riverains du fleuve et en particulier
aux habitants de Blagnac d’implanter à leur convenance des moulins sur la rivière.
Cependant, il faut dire que quelques années auparavant, le Roi Louis XVI envisagea de supprimer les
moulins flottants au prétexte qu’ils gênaient la navigation, (peut-être sous la pression de Loménie
de Brienne). Alors, de nouveau, tous unis, habitants de Blagnac et bientenants, adressèrent une
supplique au roi pour que leur moulin soit maintenu.
Ce n’est qu’au milieu du XIXème siècle que, face à la concurrence de la meunerie industrielle, les moulins
bateau vont peu à peu disparaître.
LA GARONNE
N’A JAMAIS ÉTÉ UN LONG FLEUVE TRANQUILLE
Si nos aïeux n’eurent guère à souffrir physiquement des colères du fleuve, il leur fallut par contre mener
un combat incessant pour protéger les riches terres alluviales. A chaque crue, la Garonne emportait tout
ou partie des travaux entrepris (traînées, épis dans le fleuve).
Les archives sont une longue litanie de ces travaux : protection des chemins dès le XVIIIème, surélévation
de murs, construction de digues entre 1805 et 1808 …
En 1863 sera créé un syndicat réunissant les propriétaires intéressés par les travaux pour la conservation
des ramiers*. Il fonctionnera jusqu’en 1979.
Les vestiges d’un mur allant du pont de Blagnac au pont du Moulin sont encore visibles en aval du pont
de Blagnac.
63
BLAGNAC
ET LA
GARONNE
Le promeneur qui, de nos jours, voit la Garonne seulement parcourue par le va-et-vient des oiseaux d’eau,
peut difficilement imaginer que, durant les siècles passés, ce fleuve fut la principale voie de communication
entre Toulouse et Bordeaux.
La navigation commerciale sur la Garonne est attestée dès l’époque romaine où, déjà, vins et grains, étain
de l’Europe du Nord, bois et marbre des Pyrénées y transitaient.
De nombreux obstacles, tels que les filets des pêcheurs, les moulins à nef, les bacs… jalonnaient le fleuve,
lieu de vie intense, et augmentaient les dangers de la navigation. Le chenal navigable demandait un
entretien constant : dragage, construction d’épis pour canaliser le courant…
Ex-voto* à Notre Dame de l’Aouach au Fauga (vierge protectrice de la
Garonne) – Agenda garonne 2004, syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne
Ex-voto* à Notre Dame de l’Aouach au Fauga (une barque prise
dans les remous d’un moulin à nef) - Agenda Garonne 2004,
syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne
Les bateaux partant de Toulouse ne dépassaient guère Agen où les marchandises à destination de
Bordeaux étaient transbordées sur des embarcations plus importantes.
En effet, la faible profondeur du fleuve entre Toulouse et le confluent avec le Tarn n’autorisait que
des bateaux à faible tirant d’eau (0,60 m), les couraux, couralins ou miolles.
Le courau était un bateau à fond plat, de construction simple, démuni de pont, jaugeant de 20 à 40
tonneaux (1 tonneau = 2,83m3).
Il était manoeuvré à la descente par un équipage de 6 à 8 hommes avec 2 à 3 avirons et des perches
servant à pousser dans les hauts fonds.
Le mât, situé à l’avant, pouvait recevoir une voile mais il était surtout utilisé pour le halage à la
remontée.
En raison de son faible tirant d’eau, le courau était dépourvu de gouvernail ; un grand aviron de
poupe le remplaçait. Des grappins et des gaffes complétaient l’armement.
Chaque village riverain avait son port formé de simples cales empierrées descendant vers le fleuve.
Celui de Blagnac, d’abord situé à l’aplomb du couvent actuel, a été transféré, semble-t-il vers le XIVème
siècle, plus en amont près de l’embouchure du Touch, à l’extrémité de l’actuelle rue du Bac.
La navigation sur la Garonne exigeait une grande connaissance du fleuve et n’était pas exempte de
dangers; les naufrages étaient fréquents.
Chaque village riverain avait ses familles de « mariniers » : à Blagnac, les Bentabole, les
Delpont, les Debax…
Les tireurs de corde (10 à 20 hommes selon l’état du fleuve et la cargaison) nécessaires à la
remontée avaient besoin d’un chemin de halage sur une berge stable et dépourvue d’obstacles
(branches d’arbre, fossés…).
Ils tiraient à la bricole par l’intermédiaire d’une corde fixée en haut du mât.
Ils ne faisaient pas tout le parcours Toulouse-Agen, mais se louaient suivant les besoins dans les
nombreuses auberges qui jalonnaient le parcours.
Sainte Catherine, patronne des
marins - Agenda garonne 2005,
syndicat mixte d’études et
d’aménagement de la Garonne
65
BLAGNAC
ET LA
GARONNE
Cette population turbulente et difficile à gérer a été remplacée par la traction animale (boeufs ou chevaux)
à partir de 1840.
A la descente, depuis Toulouse, les bateaux transportaient les céréales, le vin, la farine, le chanvre, le liège,
l’huile d’olive venant des régions méditerranéennes par le Canal du Midi et durant le XVIème siècle le pastel;
à la remontée, les poissons séchés (morues, harengs), les épices, le sucre, les tissus, les huîtres, le vin de
Bordeaux, les minerais (plomb, étain, cuivre).
Toutes ces marchandises devaient subir la taxation des péages (supprimés à la Révolution) qui jalonnaient
le parcours (31 au total). Ce qui entraînait une fraude importante.
A partir du XVIIème siècle, fut établi un service de poste et de voyageurs. On allait de Toulouse à Bordeaux
les dimanches et jeudis sur « un bateau conduit et gouverné par un bon pilote et six rameurs ». En 1772,
105 mouvements par an étaient assurés par sept équipages.
Le 27 août 1818, a lieu à Bordeaux le premier essai du bateau à vapeur « La Garonne » destiné au transport
des voyageurs jusqu’à Toulouse. Malheureusement son tirant d’eau de 3 pieds (1,03 m) lui interdit de
dépasser Agen.
Navigation sur la Garonne(dessin couleur du XVIIIème) –
Archives départementales de la Haute-Garonne
Au mois de mai 1830 : La liaison est enfin réalisée par le vapeur « l’Omnibus » qui grâce à un tirant d’eau
de 22 pouces (0,60 m) peut remonter jusqu’à l’embouchure du Canal des Deux Mers.
La mise en service presque simultanée du canal latéral et du chemin de fer Bordeaux-Toulouse a
ruiné la navigation qui disparait à la fin du XIXème siècle.
LE RAMIER
Ile jusqu’au comblement en 1968 du bras de Garonne, appelé Canalet, ce ramier était une des principales sources de revenus de la commune avec la vente des peupliers et de l’herbe, et de la taxe payée par
les habitants du village y menant paître leurs bestiaux.
Sur un tout autre plan, c’était aussi un lieu de détente. Les Blagnacais appréciaient la fraîcheur de ses
ombrages, les joies de la baignade dans la Garonne ou de la promenade en barque. Les Toulousains
étaient attirés par ce coin de verdure, profitant de l’arrivée du tramway en 1914.
67
La descente du Ramier - Archives départementales de la Haute-Garonne
BLAGNAC
ET LA
LE
GARONNE
MOULIN
Du XIXème siècle à 1936, une très grande animation a régné autour du bâtiment sans prétention, appelé
« Le Moulin ».
Le fleuve, qui baignait le bas du talus sur lequel est construit le village, s’est déporté toujours vers la droite
en déposant des alluvions. Vers la fin du XVIIIème siècle, une île s’est formée (les Ramiers appelés à l’époque
l’île de l’Arigné, nom peut-être issu du latin arena signifiant le sable).
Au printemps de l’année 1802, Louis Marie Cécile de Campistron, marquis de Maniban, propriétaire du
château fait creuser ce bras de Garonne pour actionner un moulin à trois, puis quatre meules, face à sa
propriété.
A la mort du Général Compans, en 1845, sa fille vend tout le domaine. Jean-Michel Lavigne et Jean-Pierre
Debax, propriétaires du moulin en confient la bonne marche à Jacques et Raymond Richou, meuniers de
profession. Puis le leur vendent vers 1850. Ces derniers le déplaceront en aval, de façon à avoir une chute
d’eau plus importante.
Moulin - Photothèque municipale
En 1875, la crue le détruit en grande partie et les réparations l’immobilisent durant quelques mois.
En 1881, Raymond Richou décède, son frère Jacques quitte Blagnac et un autre meunier Guillaume
Marmont, venu de Lardenne, exploite le moulin. Cette « usine à farine » va, en 1887, grâce au
Canalet, fournir la force motrice pour amener l’eau de la Garonne jusqu’au premier château d’eau
construit dans le jardin de l’ancienne mairie.
LES
MEUNIERS
En 1897, Paul Gramont, ouvrier de Guillaume Marmont devient le nouveau propriétaire du moulin qui va
rester dans sa famille jusqu’en 1946.
Avec son gendre, Pierre Dejean, il ouvre, parallèlement, un magasin au bas de la rue Fonsorbes où les
Blagnacais peuvent acheter du grain, du son, de la farine.
Après la guerre de 1914-1918, l’électricité actionne les meules. Le Canalet, inutile, s’envase.
En 1936, un incendie dû à un court-circuit embrase le moulin qui cesse toute activité.
Le transport des grains et de la farine se faisait au début avec des charrettes tirées par trois chevaux,
remplacées bientôt par des camions. La manutention des sacs de 80 à 120 kg demandait beaucoup de
force. Le commerce s’étendait dans les marchés avoisinants (la halle aux grains, place Dupuy à Toulouse)
et jusqu’à Grenade.
Les ruines des quatre murs résistent à la crue de 1952.
Rebâti, réaménagé, le bâtiment de l’ancien moulin devient la propriété de la commune en 1979.
Aujourd’hui, il abrite plusieurs associations.
Les minotiers - Club des cartophiles (R. Espanol)
69
BLAGNAC
LES
ET LA
GARONNE
BRIQUETIERS DE
BLAGNAC
En l’absence de carrières dans le Midi toulousain, la brique est devenue le premier matériau de
construction. Dès l’Antiquité, l’argile jaune de Blagnac, que l’on trouve sous 50 centimètres de terre arable,
est exploitée pour sa qualité. Les briques confectionnées sur place vont être utilisées pour l’édification de
multiples constructions dont l’amphithéâtre romain de Purpan, des ouvrages d’art du canal du Midi, la
porte nord de la cathédrale Saint-Etienne ou encore la basilique Sainte-Germaine de Pibrac. Cette activité
artisanale décrite comme particulièrement harassante en raison des postures toujours courbées et de la
terre à charrier, va perdurer jusqu’en janvier 1941, date de la dernière fournée. L’extraction de l’argile se
faisait durant l’hiver et la fabrication des briques, trempage de la terre, moulage et cuisson, de mars à fin
octobre.
Après la guerre, la mécanisation sonnera le glas des petites exploitations familiales.
Au début du XXème siècle, on comptait 7 briqueteries à Blagnac ou à proximité. Celle dont seul le four
subsiste aujourd’hui avait été construite en 1868 par Bernard Gellé et est restée dans sa famille jusqu’à
ce que la ville de Blagnac en devienne propriétaire en 1979.
La briqueterie Darbas en 1899 - Collection privée, Famille Amiel
Sa production annuelle atteignait 1 000 000 de briques, le four pouvant en contenir 22 000 et même
23 000 à chaque cuisson.
La restauration réussie de ce four permet de voir en contrebas les ouvertures des foyers à charbon qui
fonctionnaient 72 heures non stop pour cuire les briques qui n’étaient évacuées encore chaudes qu’une
semaine plus tard. Sur le côté, on trouve l’entrée du four.
Plusieurs qualités de briques étaient extraites d’une fournée. La « taille » se reconnaissait à sa
couleur rose et au tintement qu’elle produisait. Relativement tendre, elle entrait dans la réalisation
des arcs et des voûtes. La « foraine » dont les dimensions (28x42) n’avaient pas changé depuis
l’Antiquité, plus rouge, cuite à la périphérie du four, très cotée, servait à édifier les murs extérieurs.
Enfin les briques les plus pâles étaient affectées aux cloisons intérieures.
Une briqueterie, plan cadastral du
XVIIIème siècle - Archives municipales
Ce four sauvegardé reste l’unique témoin d’une industrie disparue, mais profondément liée à notre terroir
et, à ce titre, il fait partie du patrimoine blagnacais et même régional.
71
BLAGNAC
LES
ET LA
GARONNE
MARAÎCHERS
Les terres alluvionnaires près de la Garonne se prêtent à la culture légumière.
Ce n’est qu’au milieu du XIXème que la dénomination de maraîcher voit le jour. Même si au début du XVIIIème
les paysans blagnacais vendent à Toulouse « toute sorte d’herbage et autre jardinage ».
Cette activité, certainement plus ancienne encore, comme la pêche et le blanchissage du linge (effectué
par les femmes), apportait un revenu supplémentaire non négligeable, surtout pour les familles les plus
modestes.
Le recensement de 1856 classe, pour la première fois, 355 maraîchers, 180 hommes et 175 femmes (aidant
sans nul doute leur mari) parmi les « industries de l’alimentation », comme les meuniers, boulangers,
pâtissiers, bouchers, charcutiers, restaurateurs et cafetiers. A cette date le village compte 1 652 habitants.
Une noria* – Fonds photographique BH&M
Le recensement de 1861 les classera définitivement dans la catégorie des « agriculteurs ».
Groupés en syndicat, leur influence est importante. Ils s’opposeront, par exemple, à l’implantation
de l’aéroport en 1920. Ce dernier et l’industrie aéronautique représentent pourtant l’avenir
économique de toute une région. Par ailleurs, on constate peu à peu la disparition des cultivateursmaraîchers et la mutation du bourg agricole à partir des années 50.
“ Tout le travail se faisait à la main et avec la traction animale, chevaux et mulets. L’activité était très
fatigante en particulier durant les hivers rigoureux et par temps de pluie…”
Il n’y avait pas de désherbant, l’arrachage des mauvaises herbes se faisait aussi à la main.
Les Blagnacais étaient fiers de leurs légumes si appréciés, en particulier les carottes et les choux-fleurs.
Les journées de travail pouvaient aller jusqu’à 20 heures avec la vente des légumes au marché d’Arnaud
Bernard », tels sont les propos d’un ancien maraîcher de notre village.
Juste après la Seconde guerre mondiale, 240 blagnacais vivent encore de l’agriculture sur une population
de 2 531 habitants. Aujourd’hui on les compte sur les doigts de la main.
73
BLAGNAC
LES
ET LA
GARONNE
BLANCHISSEUSES
Vers 1720, un document fiscal mentionne qu’à Blagnac « les femmes des paysans sont quasi toutes
occupées à blanchir la plus grande partie du gros linge des habitants de la ville de Toulouse, ce qui leur
procure une plus grande aisance ».
Ce dur travail, exclusivement féminin, bien antérieur au XVIIIème siècle, s’est perpétué jusqu’au XXème et a
définitivement disparu avec la machine à laver à la fin des années 1960.
Initialement, les blanchisseuses lavaient dans les Gourgues* de la Garonne toute proche. Les lavoirs à
domicile dans un local clos avec grands et petits bassins alimentés en eau par un puits, ne se sont vraiment
généralisés que vers le milieu du XIXème siècle. Le plus ancien, assez bien conservé et visible dans une
propriété privée place de l’abbé Amouroux, a été édifié vers 1800.
Les nombreuses manipulations du linge mouillé, très lourd, mettaient le dos des blanchisseuses à rude
épreuve. Le travail commençait par le tri du linge selon son degré de saleté et sa catégorie (draps, torchons,
mouchoirs…). Si la marque du propriétaire avait disparu il fallait la rebroder.
Blanchisseuses - Collection privée Mme Marty
Après 12 à 24 heures de trempage, les blanchisseuses le rangeaient soigneusement dans un cuvier en bois
ou en zinc pouvant contenir une centaine de draps. Puis, elles l’arrosaient plusieurs fois avec l’eau bouillante
savonneuse prise dans l’énorme chaudron, « la payrolle », à l’aide d’une grande louche munie d’un long
manche, « la casso ».
Le lendemain, les ouvrières ou laveuses procédaient au lavage proprement dit avec brosse et battoir en se
mettant à chaque extrémité de la planche à laver ou « banque » posée au-dessus du grand bassin et sur
laquelle était étalé le drap ou tout autre pièce.
Venaient ensuite le rinçage dans le petit bassin et l’étendage dans le jardin ou dans les ramiers sur de
grosses cordes. Quand le linge était sec, il était ramassé en enlevant les pinces en bois, les « badayols »,
mis sur des tables à l’intérieur, plié avec soin et enveloppé pour chaque propriétaire dans une grande toile.
La livraison se faisait le lundi ou le samedi selon un trajet bien défini alternant d’une semaine à l’autre.
Autrefois, les ânesses transportaient le linge propre et ramenaient le sale. Des chevaux tirant les charrettes
les ont remplacées, eux-mêmes détrônés par les camionnettes.
Le nombre de blanchisseuses n’a cessé de diminuer après la seconde guerre mondiale. On en
comptait plus d’une centaine au début du XXème siècle, 50 en 1945, 10 en 1959 et seulement une
en 1968.
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SOURCES
BIBLIOGRAPHIQUES
• Histoire de Blagnac – Bertrand LAVIGNE – Ed. Eché – 1978
• Deux jours pour découvrir le patrimoine religieux – Journées Européennes du Patrimoine 2003 - Service
documentation Archives et BHM
• Rapports de fouilles archéologiques - D. BONZOM
• Histoire, légende et iconographie de saint Exupère, Evêque de Toulouse – Imprimerie Hébrail, Durand – 1869
• Saint Exupère,Evêque deToulouse et patron de Blagnac – M.P.MASSOT – Imprimerie Catholique Saint-Cyprien – 1887
• Manuscrit anonyme - Bibliothèque Municipale de Toulouse
• La noblesse des Capitouls de Toulouse – J.P. BUFFELAN – Ed. l’Adret
• Revue « Blagnac questions d’histoire » - Association « Blagnac Histoire et Mémoire »
• Joseph Gaspard de Maniban - Thèse de Sylvie CLAIR
• Le Général Compans – M. TERNAUX – Carnot Compans – Ed. Plon – 1912
• Louis Mazetier : Eglise du Monastère des Dominicaines de Blagnac, fresques et vitraux – J. LE COUR
GRANDMAISON – Imprimerie Fournié – 1954
• Mémoires de Garonne – Syndicat Mixte d’Etudes et d’Aménagement de la Garonne - 1994
• Agendas de la Garonne 2004 et 2005 - Syndicat Mixte d’Etudes et d’Aménagement de la Garonne
• Documents iconographiques : Archives départementales de la Haute Garonne, Archives municipales de
Blagnac, photothèque municipale et collections particulières.
• Archives diocésaines
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GLOSSAIRE
Aspersoir : goupillon qui sert à jeter de l’eau bénite.
Bac : bateau à fond plat utilisé pour traverser un cours d’eau.
Baronnie : seigneurie, terre d’un baron.
En France, jusqu’à la Révolution, les barons, membres de la haute aristocratie, pouvaient se voir attribuer directement par le roi, un fief érigé en baronnie.
Basilique : titre conféré par le pape à certains sanctuaires qui deviennent sacrés.
Bientenant : détenteur de « bien-fonds », c’est-à-dire de terres labourables.
Bricole : courroie du harnais qu’on appliquait sur la poitrine d’un cheval, ou bien bretelles de porteurs.
Capitoul : corps municipal élu annuellement.
Les Capitouls étaient des magistrats municipaux touousains et avaient en charge l’administration de la
justice, de la police, des réparations des bâtiments publics, des hôpitaux, mais avaient aussi pour rôle
de gérer les finances de la ville. Jusqu’à la Révolution, ils avaient en charge l’armée, l’enseignement et
l’hygiène.
Cartulaire : recueil transcrivant les titres des droits temporels acquis par une église ou un monastère.
Cahier de doléances : lorsque le roi convoquait les Etat Généraux, il était d’usage que chaque paroisse,
communauté ou ville, rédige dans un cahier ses demandes, ses propositions ou plaintes : ses doléances.
Ce cahier était porté au roi par les représentants des trois ordres (noblesse, clergé, tiers-état) aux Etats
Généraux.
Châsse : coffre souvent en forme d'église où l'on garde les reliques d'un saint.
(syn. : reliquaire)
GLOSSAIRE
Feux : ensemble des personnes vivant dans un même foyer, utilisé dans le langage fiscal de
l’Ancien Régime.
Gourgues : mot employé dans notre région pour désigner une anse d’eau calme, oeuvre du fleuve.
Hagiographie : rédaction de la vie des saints.
Jurat : au Moyen Âge, nom de certains magistrats municipaux dans plusieurs villes du midi de la France.
Lambel : pièce d'armoiries composée d'une tringle d'où pendent trois gouttes, denticules ou pendants.
Mortier : toque ronde que portaient les Présidents, le greffier en chef du Parlement et le Chancelier de
France
Narthex : zone de l'entrée d’une église utilisée pour accueillir les personnes non baptisées.
Vestibule de l’église, souvent surmonté d’une tribune.
Néolithique : du grec neos (nouveau) et lithos (pierre).
Période de l'ère quaternaire située entre le mésolithique et l'âge du bronze. A cette époque, l'homme
invente le polissage de la pierre, l'agriculture, l'élevage et la céramique.
Au néolithique final l'homme découvre les premiers métaux : le cuivre et l'or.
Noria : machine hydraulique à godets servant à élever l’eau et qui fonctionne suivant le principe du
chapelet hydraulique.
Paléolithique : période située dans le quaternaire, à l’âge des glaciations. C’est la période culturelle la
plus longue de la préhistoire ; elle commence avec l’apparition de l’homme. Durant toute cette période
la technologie principale des hommes est celle des outils en pierre taillée.
Peupliers sarrasins : variété de peupliers venus d’Italie.
Chapitre : assemblée des religieux vivant sous une règle monastique autour de l'évêque et le secondant pour le service de la cathédrale.
Prieuré : monastère placé sous l'autorité d'un prieur, lui-même dépendant d'un abbé plus important.
Châtellenie : territoire sous la juridiction d’un seigneur châtelain.
Quartzite : cache massive constituée de quatz en agégat, utilisée pour la fabricationd’outils préhistoriques.
Chrisme : monogramme du Christ, formé des deux premières lettres grecques du mot Christ, qui s'écrivent X et P en majuscule. L'alliance XP correspond aux trois premières lettres de Christ en français.
C’est une façon de symboliser le Christ.
Ramier : parcelle de terre plantée de peupliers.
Consul : au Moyen Âge, magistrat municipal du midi du la France.
Dîme : impôt payable en nature à l'église (par toutes les classes sociales) correspondant au un/dixième
des récoltes et des troupeaux et servant au secours des pauvres et à l’entretien des prêtres, des bâtiments et fournitures du culte.
Edicule : petit temple, chapelle ou dépendance annexé à un édifice religieux.
Ex-voto : objet symbolique placé dans une église portant une formule de reconnaissance en accomplissement d’un voeu ou d’une grâce obtenue.
Fabrique paroissiale : à partir de 1311, une fabrique désigne un ensemble de personnes, élues par l'assemblée des paroissiens, pour administrer les biens d’une paroisse ou l’ensemble des biens reconnus
d’une église. Elle s’occupait de l’entretien de l'église, du cimetière, du presbytère; des dons, en fonction
jusqu'en 1905 .
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Seigneurie : territoire gouverné au nom du roi par un seigneur (qui n’est pas nécessairement noble).
Sénéchal : personnage important qui est toujours un juge et souvent un administrateur. On distingue
les sénéchaux royaux et les sénéchaux seigneuriaux.
Sénéchaussée : circonscription judiciaire à la tête de laquelle se place le sénéchal royal.
(syn. : bailliage).
Société de Secours Saint-Exupère : permettait, dès le XIXème siècle, de bénéficier de soins et d’indemnités en cas de maladie, à condition d’être membre de la Confrérie de Saint-Exupère.
Surintendant : vers 1680, les généralités (circonscriptions soumises à la juridiction des Trésoreries de
France) deviennent des circonscriptions territoriales dirigées chacune par un Intendant qui avait en
charge les finances, la police ainsi que la justice.
Translation : « transport » des restes du corps d’une personne.
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