Inauguration de la statue de Jean

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Inauguration de la statue de Jean
Discours de Monsieur Gérard COLLOMB
Sénateur-Maire de Lyon
A l’occasion de l’inauguration de la statue de Jean-Paul II
Parvis de la Basilique de Fourvière – Lyon 5e
Mercredi 5 octobre 2011
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Monsieur le Président de la Fondation Fourvière,
Eminence, Monsieur le Cardinal Philippe Barbarin,
Excellence, Monseigneur le Nonce Apostolique,
Excellences, Monseigneur Defois, Archevêque émérite de Lille, ancien
Recteur de l’Université Catholique de Lyon, Monseigneur Joatton,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Vice-Président du Conseil Général du Rhône,
Monsieur le Consul Général de Pologne,
Madame le Maire du 5e arrondissement, Chère Alexandrine Pesson,
Monsieur le Grand Rabbin régional,
Monsieur le Président du Consistoire Israélite de la région Rhône-Alpes
Centre,
Monsieur le Président du Conseil Régional du Culte Musulman,
Monsieur le Recteur de la Grande Mosquée de Lyon,
Monsieur le Représentant de l’Eglise Arménienne Apostolique de Lyon,
Monsieur le Recteur de la Basilique Notre-Dame-de-Fourvière,
Messieurs les Représentants des Autorités religieuses,
Chère Madame Elisabeth Cibot,
Mesdames et Messieurs les Elus,
Mesdames et Messieurs,
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Peu de personnalités dans l’histoire ont autant suscité de ferveur que Jean-Paul
II. Peu de personnalités ont autant pesé sur le cours du monde par la seule
puissance de leur parole et la seule force de leurs messages.
C’est une figure majeure du 20e siècle que nous célébrons aujourd’hui.
Inaugurer cette statue de Jean-Paul II dans la Cité de Sainte-Blandine, de SaintPothin et de Saint-Irénée a une portée symbolique puissante. C’est une étape
importante de la vie de notre Cité, qui vient renforcer les liens ancestraux qui
l’unissent au catholicisme. Mais c’est aussi une façon, dans l’histoire de JeanPaul II, de s’adresser à toutes les religions.
Cette présence nouvelle sur ce parvis de la Basilique est aussi l’expression de
notre fidélité à son message : un message de liberté, un message de paix, un
message de tolérance qui fait profondément écho aux valeurs notre Cité.
Lyon, ville de foi et de révoltes, ville de brassages et de confluence, qui a si
bien, au cours de son histoire, fait converger des mondes différents, se devait de
rendre hommage à Jean-Paul II.
Je suis heureux de partager ce moment solennel avec l’ensemble des Lyonnais.
Heureux, bien évidemment, de le partager avec les Chrétiens de Lyon, en ce lieu
de Fourvière où bat le cœur de la famille catholique de notre Cité.
Vous avez, Madame, immortalisé ce sourire qui faisait partie intégrante de la
personnalité de Jean-Paul II ; ce sourire, ce regard et ce geste qui disaient tant sa
volonté de dialogue.
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Qui ne se souvient des premières paroles qu’il avait prononcées en cette journée
d’octobre 1978, alors que le monde découvrait son visage ?
Vous l’avez rappelé tout à l’heure… « N’ayez pas peur ! » avait-il lancé à la
foule amassée place Saint-Pierre de Rome, annonçant sa confiance profonde en
l’homme dans toute la diversité de ses appartenances. Il annonçait une vision
nouvelle du rôle et de la responsabilité des Chrétiens dans la marche du monde.
Ce jour-là, chacun avait compris que quelque chose était en train de changer.
Jamais peut-être avant lui parole pontificale n’avait eu une telle portée. Jamais
auparavant parole n’avait franchi autant de frontières, épousant la cause de tant
de femmes et d’hommes, se faisant partout la voix de leurs souffrances et de
leurs espérances.
Homme de son temps, Jean-Paul II fut le pape de la rencontre. Rencontre avec
les peuples du tiers monde dès son premier voyage, en Amérique latine.
Rencontre avec les jeunes du monde entier, quand, par le génie de son esprit
missionnaire, il inventa les JMJ, rassemblant chaque année des centaines de
milliers d’entre eux.
Rencontre avec les peuples opprimés d’Europe, alors que le rideau de fer avait
coupé en deux le vieux continent.
Premier Pape polonais de l’histoire chrétienne dans une Europe divisée,
conscient de sa responsabilité face à l’oppression subie par les peuples des pays
de l’Est, il s’était engagé tout entier pour faire avancer la cause de la liberté, la
cause de la justice.
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Avec pour seules armes sa vision, son énergie, son esprit d’ouverture, Jean-Paul
II réussit à modifier le cours de l’histoire.
Mikhaïl Gorbatchev, parlant récemment de Jean-Paul II, disait les mots
suivants : « Rien de ce qui est arrivé en Europe orientale au cours des dernières
années n’aurait été possible sans l’impulsion du Pape et sans le rôle
exceptionnel, y compris politiquement, qu’il a joué sur la scène mondiale ».
Pape de la rencontre, Jean-Paul II – vous l’avez évoqué Monsieur le Grand
Rabbin –, fut aussi le pape de la réconciliation, n’hésitant pas à endosser au nom
de l’Eglise les erreurs du passé. Il le fit partout : en Grèce devant les orthodoxes,
en Amérique latine auprès des Indiens, sur l’île de Gorée auprès des descendants
d’esclaves d’Afrique. Pape de la réconciliation, il le fut en Terre Sainte, au
Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, puis au moment où, revêtu du Talith, il
déposa – comme vous l’avez souligné – entre les pierres du Mur des
lamentations, une prière de pardon pour les souffrances infligées au peuple juif
dans l’Histoire.
Son message de réconciliation rencontra évidemment un fort écho à Lyon. Lyon
où s’étaient illustrés, aux heures sombres de la Seconde Guerre Mondiale, les
membres de l’Amitié chrétienne, avec les figures du Cardinal Gerlier, du Père
Chaillet, de l’Abbé Glasberg ou des pasteurs De Pury, Casalis et Boegner.
Lyon, ville du Cardinal Albert Decourtray, chantre du « respect à l’autre dans
sa différence », artisan avec le Docteur Marc Aron du rapprochement et de
l’amitié entre Juifs et Chrétiens.
Quand, le 4 octobre 1986, le Pape avait lancé depuis l’Amphithéâtre des Trois
Gaules un appel à la paix, évoquant la tenue, trois semaines plus tard, des
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rencontres d’Assise avec les chefs religieux du monde entier, il savait que dans
cette ville, il serait entendu.
Il avait alors fait référence aux grandes figures lyonnaises de l’œcuménisme et
du dialogue interreligieux, l’Abbé Paul Couturier, l’Abbé Jules Monchanin. Il
avait fait référence aux grandes figures du catholicisme social de notre Cité,
celles qui avaient été capables, disait-il, d’ « entraîner l’Eglise au service de la
société » : Marius Gonin, Joseph Folliet, Claudine Thévenet, Pauline Jaricot. Au
moment de béatifier Antoine Chevrier, fondateur du Prado, devant 350 000
fidèles au Parc des Expositions, il savait que les valeurs de justice qu’il était
venu défendre étaient chères aux cœurs de nos concitoyens.
Les Lyonnais avaient accueilli Jean-Paul II dans une extraordinaire ferveur
populaire.
Au moment d’inaugurer cette statue de Jean-Paul II, il faut aujourd’hui que nous
nous rappelions la portée de son message pour notre Cité. Nos idéaux ne valent
en effet que si nous sommes capables de les faire vivre dans notre temps.
C’est cette conviction, vous le rappeliez Monsieur le Grand Rabbin, qui nous a
inspiré, lorsqu’avec le Cardinal Barbarin, nous avons fondé Concorde et
Solidarité avec les responsables de tous les cultes de notre Cité.
C’est cette conviction qui est à la racine de notre action quotidienne au service
des Lyonnais. Cette éthique de la responsabilité est un héritage précieux, en
cette période difficile, dans la crise que nous traversons aujourd’hui.
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Déjà en son temps, Jean-Paul II avait dénoncé les dangers d’une société, d’une
économie qui oublieraient que ce qui doit être premier, c’est l’homme, son
travail, ses valeurs.
Nous ne pouvons plus désormais esquiver cette réflexion de fond sur ce que
doivent être les fondements de notre société. Je partage l’analyse du philosophe
Jean-Luc Marion, quand il affirme qu’« il faut de la morale en économie comme en politique » ; que « cette morale n'est plus un luxe facultatif
d'"humaniste", mais la seule et première ressource d'une démocratie digne et
vivable. »
Car nous savons à quel point cette crise peut déstructurer les femmes et les
hommes, leur faire perdre leurs repères et petit à petit les faire à nouveau glisser
vers les vieux démons qui emportèrent l’Europe du 20e siècle : le nationalisme,
la haine de l’autre, la xénophobie, l’antisémitisme.
Jean-Paul II défendait la solidarité des peuples d’Europe dans un continent
divisé et son engagement a contribué à faire tomber le rideau de fer. Des étapes
importantes ont été franchies depuis, mais l’Europe est aujourd’hui sans doute à
nouveau à un tournant majeur de son histoire. A nous de faire en sorte que son
avenir soit à la hauteur de son passé.
Le monde change. De nouvelles puissances émergent. Les révolutions des
peuples de la Méditerranée font se lever d’immenses espoirs, mais aussi des
questions profondes. Nous devons leur donner des perspectives d’avenir, ouvrir
de nouveaux horizons.
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Les mutations d’aujourd’hui, comme celles d’hier, en appellent à notre
responsabilité, à notre intelligence collective, pour mettre nos valeurs au service
du progrès de l’humanité.
C’est ainsi, Mesdames et Messieurs, que nous devons nous représenter je crois
l’héritage de Jean-Paul II : une confiance inébranlable dans notre capacité à
traduire des idéaux en actions.
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