Tendre l`autre joue

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Tendre l`autre joue
HOMÉLIE du 18 février 2007 – 7° DTO C
Notre Dame 18h30 – Ste Catherine 9h – Ste Thérèse 10h30
Ces phrases de l'évangile sont célébrissimes et nous sont souvent jetées à la figure pour se
moquer de nous chrétiens : tends donc la joue gauche... Comme d'ailleurs les soldats qui frappent Jésus
après son arrestation et qui se moquent de lui. Donc, 7 consignes de Jésus, toutes plus impossibles les
unes que les autres et qui aboutissent à la règle d'or active : Faites aux autres ce que vous voulez qu'ils
fassent pour vous. Alors, qu'en est-il ? Sommes nous des benêts, des moutons qui devons nous laisser
faire et nous laisser maltraiter, tout en gardant un sourire béat sur la figure ?
La question est grave parce qu'il se joue là (sans mauvais jeu de mots !) quelque chose qui
dépasse la simple morale mais qui touche au plus profond de l'être chrétien concret : l'amour des autres,
de tous les autres. Pour bien comprendre, il faut regarder l'évolution de l'exigence de l'amour des autres.
D'abord, dans la première Alliance : à 3 reprises dans le Pentateuque, le législateur affirme « oeil pour
oeil, dent pour dent. » Il ne faut pas se tromper sur le sens : ce n'est pas une exigence mais une
limitation de la violence. Si l'autre t'a blessé un oeil, ne lui blesse pas plus qu'un oeil. Ne tue pas
quelqu'un qui te marche sur le pied. Première étape qui déjà, si elle était appliquée dans le monde,
arrangerait bien des conflits. Deuxième étape, la règle d'or de Matthieu : ne fais pas aux autres ce que
tu ne voudrais pas qu'ils te fassent. C'est-à-dire, abstiens-toi de faire du mal. Cette règle est un progrès
mais elle est passive : on ne doit pas faire. Dans Luc, la règle devient active : fais aux autres ce que tu
voudrais qu'ils fassent pour toi. Donc, aime en premier, même si c'est à perte. Le risque est faible à côté
de ce que le monde peut gagner. Et celui qui a porté à l'extrême cette règle d'or active est le Christ, tout
au long de sa vie et au plus haut point dans le don qu'il en fait sur la croix. Le mystère pascal est le
cœur de l'amour donné, l'amour vainqueur du mal et de la haine. En effet, seul l'amour qui pardonne
peut renverser l'injustice et toucher le cœur du méchant. Et c'est bien ce qui arrive lorsque le centurion
romain, celui qui a commandé les soldats pour l'exécution de Jésus, reconnaît en lui le Fils de Dieu.
Et nous alors ? Nous ne sommes pas Jésus, c'est vrai, mais nous devons l'imiter le plus possible.
Sans jamais renoncer à la vérité ni à la justice, parce qu'il ne peut pas y avoir d'amour authentique sans
vérité ni de paix durable sans justice, il nous faut quand même tendre l'autre joue. Pas pour se faire
frapper, évidemment, encore que le risque ne soit pas absent, mais bien pour donner la possibilité à
l'autre de pouvoir embrasser cette joue tendue et ainsi de demander pardon. C'est à cette condition et à
celle-ci seulement que la violence peut cesser.
Le chemin du mal et de la violence peut paraître parfois plus efficace, plus attrayant mais c'est
évidemment un leurre. Il se termine en impasse. Marchons donc, à la suite du Christ, sur celui de
l'amour et du pardon. Il est peut-être abrupt et difficile, mais l'arrivée vaut le coup. Laissons-nous
engendrer dans l'amour du Christ plein de miséricorde, unique source d'une humanité nouvelle. Amen.
P. Éric Lorinet