Libreto - Gran Teatre del Liceu

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Libreto - Gran Teatre del Liceu
Libreto
Carmen
Opéra comique en cuatro actos
Libreto de Henri Meilhac y Ludovic Halévy
basado en la novela de Prosper Mérimée
Música de Georges Bizet
Estrenada en la Opéra Comique de París
el 3 de marzo de 1875
Personajes:
Zuniga, lugarteniente (bajo)
Andrès, lugarteniente (tenor)
Moralès, sargento (barítono)
Don José, cabo (tenor)
Escamillo, torero (bajo / barítono)
Dancaïre, contrabandista (tenor / barítono)
Remendado, contrabandista (tenor)
Un gitano (bajo)
Un soldado (rol hablado)
Lillas Pastia, tabernero (rol hablado)
Un guía de montaña (rol hablado)
Frasquita, gitana (soprano)
Mercédès, gitana (soprano)
Carmen, gitana (mezzosoprano)
Micaëla, campesina (soprano)
Una vendedora de naranjas (alto)
Coro y ballet
Soldados, jóvenes, cigarreras, cortejo de Escamillo, gitanos, gitanas,
vendedoras de abanicos y naranjas, vendedores de programas, bebidas, vino y tabaco,
policías, toreros, pueblo, niños de la calle, el alcalde
La acción transcurre en Sevilla hacia 1830
78 Libreto
Prélude
Preludio
PREMIER ACTE
ACTO I
Une place à Séville. À droite, la porte de
la manufacture de tabac. Au fond, face au
public, pont praticable traversant la scène
dans toute son étendue. De la scène on arrive
à ce pont par un escalier tournant qui fait sa
révolution à droite au-dessus de la porte de
la manufacture de tabac. Le dessous du pont
est praticable. A gauche, au premier plan, le
corps de garde. Devant le corps de garde, une
petite galerie couverte, exhaussée de deux
ou trois marches; près du corps de garde,
dans un râtelier, les lances des dragons avec
leurs banderolles jaunes et rouges. Au lever
du rideau, une quinzaine de soldats (Dragons
du régiment d’Alcalá) sont groupés devant
le corps de garde. Les uns assis et fumant,
les autres accoudés sur la balustrade de la
galerie. Mouvement de passants sur la place.
Des gens pressés, affairés vont, viennent, se
rencontrent, se saluent, se bousculent, etc.
Una plaza de Sevilla. A la derecha, la puerta
de la fábrica de tabaco. Al fondo, de cara al
público, un puente practicable que atraviesa
todo el escenario. Desde la escena se llega
al puente por una escalinata que gira a la
derecha, sobre la puerta misma de la fábrica.
La parte de abajo es accesible. A la izquierda,
en primer plano, el cuerpo de guardia; delante,
una pequeña galería cubierta, elevada por
dos o tres escalones; cerca del cuerpo de
guardia, en un armero, las lanzas de los
dragones con sus banderolas amarillas y
roja. Al levantarse el telón, una quincena de
soldados (dragones del regimiento de Alcalá)
están agrupados ante el cuerpo de guardia,
unos sentados, otros fumando, otros apoyados
en la balaustrada de la galería. Movimiento de
transeúntes por la plaza. Gente apresurada,
atareada, que van y vienen, se encuentran, se
saludan, se entorpecen el paso, etc.
Choeur
Sur la place chacun passe,
Chacun vient, chacun va;
Drôles de gens que ces gens-là.
Drôles de gens! Drôles de gens!
Coro
Por la plaza, todos pasan,
unos vienen, otros van,
¡vaya una gente curiosa!
¡Que gente tan curiosa y divertida!
Moralès
A la porte du corps de garde,
Pour tuer le temps,
On fume, on jase, l’on regarde
Passer les passants.
Sur la place, etc.
Moralès
En la puerta del cuerpo de guardia,
para matar el tiempo,
fumamos, charlamos, miramos
a los transeúntes que pasan.
Por la plaza, etc.
Choeur
Sur la place, etc.
(Depuis quelques minutes Micaëla est entrée.
Jupe bleue, nattes tombant sur les épaules,
hésitante, embarrassée, elle regarde les
soldats, avance, recule etc.)
Coro
Por la plaza, etc.
(Micaëla ha entrado unos minutos antes. Lleva
falda azul y largas trenzas que le caen sobre
los hombros. Llega indecisa, como vacilando,
mira a los soldados, avanza, retrocede, etc.)
Libreto 79
Moralès
(aux soldats)
Regardez donc cette petite
Qui semble vouloir nous parler.
Voyez, voyez, elle tourne, elle hésite.
Moralès
(a los soldados)
Mirad a esa muchacha
que parece querer hablarnos.
Mirad, se da la vuelta, duda.
Choeur
À son secours il faut aller.
Coro
Es preciso ir en su auxilio.
Moralès
(à Micaëla)
Que cherchez-vous, la belle?
Moralès
(a Micaëla)
¿Qué buscas, preciosa?
Micaëla
Moi! Je cherche un brigadier.
Micaëla
¿Yo? Busco a un cabo.
Moralès
Je suis là, voilà!
Moralès
Aquí me tienes. Ya lo ves.
Micaëla
Mon brigadier, à moi, s’appelle Don José ... le
connaissez-vous?
Micaëla
El cabo que busco se llama Don José… ¿Le
conocen?
Moralès
Don José, nous le connaissons tous.
Moralès
A Don José le conocemos todos.
Micaëla
Vraiment? Est-il avec vous, je vous prie?
Micaëla
¿De veras? ¿Está con ustedes, por favor?
Moralès
Il n’est pas brigadier dans notre compagnie.
Moralès
No es cabo de nuestra compañía.
Micaëla
(désolée)
Alors il n’est pas là.
Micaëla
(desolada)
Así que no está aquí.
Moralès
Non, ma charmante, il n’est pas là,
Mais tout à l’heure il y sera.
Oui, tout à l’heure il y sera.
Il y sera quand la garde montante
Remplacera la garde descendante.
Moralès
No, preciosa, no está aquí,
pero pronto estará,
sí, muy pronto va a estar aquí.
Cuando la guardia entrante
releve a la guardia saliente.
80 Libreto
Tous
Il y sera quand la garde montante
Remplacera la garde descendante.
Todos
Estará aquí cuando la guardia entrante
releve a la guardia saliente.
Moralès
Mais en attendant qu’il vienne,
Voulez-vous, la belle enfant,
Voulez-vous prendre la peine
D’entrer chez nous un instant?
Moralès
Pero mientras esperamos que venga,
¿no querrás, niña bonita,
no querrás tomarte la molestia
de entrar un momento en nuestra casa?
Micaëla
Chez vous!
Micaëla
¿En vuestra casa?
Choeur
Chez nous.
Coro
Aquí, en el cuartel.
Micaëla
Non pas, non pas.
Grand merci, messieurs les soldats.
Micaëla
¡No, no!
Muchas gracias, señores soldados.
Moralès
Entrez sans crainte, mignonne,
Je vous promets qu’on aura
Pour votre chère personne
Tous les égards qu’il faudra.
Moralès
Entra sin miedo, jovencita,
te prometo que tendremos
para con tu grata persona
todos los respetos necesarios.
Micaëla
Je n’en doute pas;
Cependant je reviendrai,
Je reviendrai, c’est plus prudent.
(Reprenant en riant la phrase du sergent.)
Je reviendrai quand la garde montante
Remplacera la garde descendante.
Micaëla
No lo dudo. sin embargo
ya volveré más tarde,
ya volveré, es más prudente.
(retomando la frase del sargento)
Volveré cuando la guardia entrante
releve a la guardia saliente.
Moralès, le Choeur
(entourant Micaëla)
Il faut rester, car la garde montante
Va remplacer la garde descendante.
Moralès, Coro
(rodeándola)
Te quedarás, pues la guardia entrante
está a punto de relevar a la guardia saliente.
Moralès
Vous resterez!
Moralès
¡Quédate!
Micaëla
(cherchant à se dégager)
Non pas! Non pas!
Micaëla
(intentando apartarse)
¡No, no!
Libreto 81
Moralès, Le Choeur
Vous resterez, vous resterez, vous resterez.
Oui vous resterez, vous resterez.
Moralès, Coro
¡Claro que te quedarás!
¡Te quedarás, sí, sí!
Micaëla
Non pas! Non pas! Non! Non! Non! Non! Au
revoir, messieurs les soldats.
(Elle s’échappe et se sauve en courant.)
Micaëla
¡No, no! No lo creo.
¡Adiós, señores soldados!
(Se libra de ellos y huye corriendo.)
Moralès
L’oiseau s’envole,
On s’en console.
Reprenons notre passe-temps,
Et regardons passer les gens.
Moralès
El pájaro alzó el vuelo,
¡qué le vamos a hacer!
Volvamos a nuestro pasatiempo,
miremos como pasa la gente.
Choeur
Sur la place, etc.
(Le mouvement des passants qui avait cessé
pendant la scène de Micaëla a repris avec une
certaine animation. Parmi les gens qui vont et
viennent, un vieux monsieur donnant le bras à
une jeune dame... Le vieux monsieur voudrait
continuer sa promenade, mais la jeune dame
fait tout ce qu’elle peut pour le retenir sur la
place. Elle paraît émue, inquiète. Elle regarde
à droite, à gauche. Elle attend quelqu’un et
ce quelqu’un ne vient pas. - Cette pantomime
doit cadrer très exactement avec le couplet
suivant.)
Coro
Por la plaza, etc.
(El movimiento de los transeúntes que había
cesado durante la escena de Micaëla s eha
reanudado con cierta animación. Entre la
gente que va y viene, hay un viejo que lleva
del brazo a una muchacha, él quiere continuar
el paseo, ella intenta retenerlo en la plaza.
Parece emocionada, inquieta. Mira a uno y
otro lado, espera a alguien que no llega. Esta
pantomima debe cuadrar exactamente con el
siguiente cuplé.)
Moralès
Attention! Chut! Taisons-nous!
Voici venir un vieil époux,
Œil soupçonneux, mine jalouse!
Il tient au bras sa jeune épouse;
L’amant sans doute n’est pas loin;
Il va sortir de quelque coin.
(En ce moment un jeune homme entre
rapidement sur la place.)
Ah! Ah! Ah! Ah! Le voilà.
Voyons comment ça tournera.
(Le second couplet continue et s’adapte
fidèlement à la scène mimée par les trois
personnages. Le jeune homme s’approche du
vieux monsieur et de la jeune dame, salue et
Moralès
¡Atención! ¡Silencio!
Aquí tenemos a un marido viejo,
ojo desconfiado, aspecto de celoso.
Lleva del brazo a su joven esposa,
el amante no debe estar lejos,
de algún rincón va a salir.
(En este momento un joven entra en la plaza.)
¡Ah! Ah, ah, ah!
¡Aquí lo tenemos!
Veamos cómo acaba todo.
(El segundo cuplé continua y se adapta
fielmente a la escena mimada por los tres
personajes. El joven se acerca a la pareja,
saluda e intercambia unas palabras en voz
82 Libreto
échange quelques mots à voix basse, etc.)
(imitant le salut empressé du jeune homme)
Vous trouver ici, quel bonheur!
(prenant l’air rechigné du vieux mari)
Je suis bien votre serviteur.
(reprenant l’air du jeune homme)
Il salue, il parle avec grâce.
(puis l’air du vieux mari)
Le vieux mari fait la grimace;
(imitant les mines souriantes de la dame)
Mais d’un air très encourageant
La dame accueille le galant.
(Le jeune homme, à ce moment, tire de sa
poche un billet qu’il fait voir à la dame.)
Ah! Ah! Ah! Ah! L’y voilà.
Voyons comment ça tournera.
(Le mari, la femme et le galant font tous les
trois très lentement un petit tour sur la place.
Le jeune homme cherchant à remettre son
billet doux à la dame.)
Ils font ensemble quelques pas;
Notre amoureux, levant le bras,
Fait voir au mari quelque chose,
Et le mari toujours morose
Regarde en l’air ... Le tour est fait,
Car la dame a pris le billet.
(Le jeune homme, d’une main, montre quelque
chose en l’air au vieux monsieur et, de l’autre,
passe le billet à la dame.)
Ah! Ah! Ah! Ah! Et voilà,
On voit comment ça tournera.
baja, etc.)
(imitando el saludo apresurado del joven)
¡Qué alegría encontrarles aquí!
(adoptando la cara de malhumor del viejo)
¡Su seguro servidor!
(retomando el aire.
Saluda, habla con gracejo.
(otra vez adoptando el aspecto del marido)
El viejo marido hace una mueca.
(imitando la afable conducta de la dama)
Pero con talante prometedor
acoge la dama al galanteador.
(El joven se saca ahora del bolsillo un papel
que enseña a la dama.)
¡Ah, ah, ah, ah! ¡Ya lo ha hecho!
Veamos cómo acaba todo.
(El marido, la mujer y el galanteador dan los
tres una vuelta por la plaza. El joven intenta
pasar la nota a la muchacha.)
Dan los tres algunos pasos;
el enamorado, alzando el brazo,
distrae al marido con alguna cosa,
y el marido, aún moroso,
mira hacia arriba… ¡Jugada hecha!
La dama ya tiene el papel.
(El joven con una mano indicaba algo hacia
arriba al viejo marido, y con la otra ha pasado
el papel a la dama.)
¡Ah, ah, ah, ah! ¡Ya está!
Veamos cómo acaba todo.
Tous
(riant)
Ah! Ah! Ah! Ah! Et voilà,
On voit comment ça tournera.
(On entend au loin, très au loin, une marche
militaire, clairons et fifres. C’est la garde
montante qui arrive. Le vieux monsieur et le
jeune homme échangent une cordiale poignée
de main. Salut respectueux du jeune homme
à la dame. Un officier sort du poste. Les
soldats du poste vont prendre leurs lances et
se rangent en ligne devant le corps de garde.
Todos
(riendo)
¡Ah, ah, ah, ah! Ya está!
Veamos cómo acaba todo.
(Se oye a lo lejos, muy lejos, una marcha
militar, con clarines y pífanos. Es la guardia
entrante que llega. El viejo y el joven
intercambian un cordial apretón de manos.
Salutación respetuosa del joven a la dama.
Un oficial sale del puesto. Los soldados
cogen sus lanzas y forman ante el cuerpo de
guardia. Los transeúntes a la derecha forman
Libreto 83
Les passants à droite forment un groupe pour
assister à la parade. La marche militaire se
rapproche, se rapproche ... La garde montante
débouche enfin venant de la gauche et
traverse le pont. Deux clairons et deux fifres
d’abord. Puis une bande de petits gamins qui
s’efforcent de faire de grandes enjambées
pour marcher au pas des dragons. - Aussi
petits que possible les enfants. Derrière les
enfants, le lieutenant Zuniga et le brigadier
Don José, puis les dragons avec leurs lances.)
un grupo para asistir al cambio de guardia. La
marcha militar se acerca y se oye más y más
cerca. La guardia entrante aparece finalmente
por la izquierda y atraviesa el puente. Dos
cornetas y dos pífanos van delante. Luego les
siguen un grupo de niños que intentan dar
grandes zancadas para marchar al paso de los
soldados, son niños muy pequeños. Tras ellos
va el lugarteniente Zuniga y el cabo Don José.
Luego siguen los dragones con sus lanzas.)
Choeur des gamins
Avec la garde montante
Nous arrivons, nous voilà
Sonne, trompette éclatante,
Ta ra ta ta, ta ra ta ta;
Nous marchons la tête haute
Comme de petits soldats,
Marquant sans faire de faute,
Une ... deux ... marquant le pas.
Les épaules en arrière
Et la poitrine en dehors,
Les bras de cette manière
Tombant tout le long du corps;
Avec la garde montante
Nous arrivons, nous voilà!
Sonne, trompette éclatante,
Ta ra ta ta, ta ra ta ta.
(La garde montante va se ranger à droite en
face de la garde descendante. Dès que les
petits gamins qui se sont arrêtes à droite
devant les curieux ont fini de chanter, les
officiers se saluent de l’épée et se mettent à
causer à voix basse. On relève les sentinelles.)
Coro de niños
Con la guardia entrante
llegamos, ya estamos aquí,
suena, trompeta estridente,
taratatá, taratatá.
Marchamos con la cabeza erguida
como soldaditos,
marcando sin fallo alguno,
uno, dos, marcando el paso.
Hombros hacia atrás,
y sacando pecho,
los brazos de esta manera,
a lo largo del cuerpo.
Con la guardia entrante
llegamos, ya estamos aquí,
suena, trompeta estridente,
taratatá, taratatá.
(La guardia entrante se coloca a la derecha,
frente a la guardia saliente. Cuando los niños
han dejado de cantar, a la derecha, delante
de los curiosos, los oficiales se saludan con
la espada y empiezan a charlar en voz baja.
Relevo de los centinelas.)
Moralès
(à Don José)
Il y a une jolie fille qui est venue te demander.
Elle a dit qu’elle reviendrait
Moralès
(a Don José)
Una muchachita linda acaba de preguntar por
ti. Ha dicho que volvería.
José
Une jolie fille?
José
Una muchacha linda?
84 Libreto
Moralès
Oui, et gentiment habillée, une jupe bleue, des
nattes tombant sur les épaules ...
Moralès
Sí, y vestida con gracia, falda azul y trenzas
largas sobre los hombros.
José
C’est Micaëla. Ce ne peut être que Micaëla.
José
Es Micaëla. Sólo puede ser ella.
Moralès
Elle n’a pas dit son nom.
(Les factionnaires sont relevés. Sonneries
des clairons. La garde descendante passe
devant la garde montante. - Les gamins en
troupe reprennent derrière les clairons et les
fifres de la garde descendante la place qu’ils
occupaient derrière les tambours et les fifres
de la garde montante.)
Moralès
No ha dicho su nombre.
(Cambio de la guardia. Suenan los cornetines.
La guardia saliente pasa por delante de la
guardia entrante. Los niños vuelven a ocupar,
tras los cornetas y los pífanos de la guardia
saliente, el lugar que ocupaban detrás de los
tambores y pífanos de la guardia entrante.)
Choeur de gamins
Et la garde descendante
Rentre chez elle et s’en va.
Sonne, trompette éclatante,
Ta ra ta ta, ta ta ta ta.
Nous marchons la tête haute
Comme de petits soldats,
Marquant sans faire de faute,
Une ... deux ... marquant le pas.
Ta ta ta ta, ta ta ta ta, etc.
(Soldats, gamins et curieux s’éloignent par le
fond; Choeur fifres et clairons vont diminuant.
L’officier de la garde montante, pendant ce
temps, passe silencieusement l’inspection de
ses hommes. Quand le Choeur des gamins
et les fifres ont cessé de se faire entendre,
le lieutenant dit : «Présentez lances ... Haut
lances ... Rompez les rangs». Les dragons vont
tous déposer leurs lances dans le râtelier, puis
ils rentrent dans le corps de garde. Don José
et Zuniga restent seuls en scène.)
Coro de niños
Y la guardia saliente
vuelve a casa y se va.
Suena, trompeta estridente,
taratatá, taratatá.
Marchamos con la cabeza erguida
como soldaditos,
marcando sin fallo alguno,
uno, dos, marcando el paso.
Taratatá, taratatá, etc.
(Soldados, chavales y curiosos se alejan por
el fondo; el Coro de pífanos y cornetas se va
apagando. El oficial de la guardia entrante,
durante este tiempo, pasa silenciosamente
revista a sus hombres. Cuando no se oye más
el Coro de niños y de pífanos, el teniente dice:
«Presenten lanzas… lanzas arriba… rompan
filas». Los dragones van a colocar las lanzas
en el armero y luego entran en el cuerpo de
guardia. Don José y Zuniga se quedan solos
en escena.)
Zuniga
Dites-moi, brigadier?
Zuniga
Y dime, cabo…
José
(se levant)
Mon lieutenant.
José
(levantándose)
Teniente…
Libreto 85
Zuniga
Je ne suis dans le régiment que depuis deux
jours et jamais je n’étais venu à Séville. Qu’estce que c’est que ce grand bâtiment?
Zuniga
Sólo hace dos días que estoy en el regimiento
y nunca había venido a Sevilla. ¿Qué es ese
edificio tan grande?
José
C’est la manufacture de tabacs …
José
La fábrica de tabaco.
Zuniga
Ce sont des femmes qui travaillent là?
Zuniga
¿Allí trabajan sólo mujeres?
José
Oui, mon lieutenant. Elles n’y sont pas
maintenant; tout à l’heure, après leur dîner;
elles vont revenir. Et je vous réponds qu’alors il
y aura du monde pour les voir passer.
José
Sí, teniente. Ahora no están, pero volverán
enseguida, en cuanto hayan comido. Y os aviso
que habrá gente entonces en la plaza para
verlas pasar.
Zuniga
Elles sont beaucoup?
Zuniga
¿Son muchas?
José
Ma foi, elles sont bien quatre ou cinq cents qui
roulent des cigares dans une grande salle…
José
A fe que sí, hay entre cuatrocientas y
quinientas que enrollan cigarros den una gran
sala.
Zuniga
Ce doit être curieux.
Zuniga
Debe resultar curioso.
José
Oui, mais les hommes ne peuvent pas entrer
dans cette salle sans une permission …
José
Sí, pero los hombres no pueden entrar en la
sala sin permiso.
Zuniga
Ah!
Zuniga
¡Ah!
José
Parce que, lorsqu’il fait chaud, ces ouvrières se
mettent à leur aise, surtout les jeunes.
José
Porque cuando hace calor las obreras van
ligeras de ropa, especialmente las jóvenes.
Zuniga
Il y en a des jeunes?
Zuniga
¿Hay jóvenes entre ellas?
José
Mais oui, mon lieutenant.
José
Claro, teniente.
86 Libreto
Zuniga
Et de jolies?
Zuniga
¿Y son guapas?
José
(en riant)
Je le suppose ... Mais à vous dire vrai, et bien
que j’aie été de garde ici plusieurs fois déjà, je
n’en suis pas bien sûr, car je ne les ai jamais
beaucoup regardées…
José
(riéndose)
Supongo que sí… Pero para ser sincero, y
aunque llevo muchas guardias aquí mismo, no
estoy muy seguro, nunca las he observado con
detenimiento.
Zuniga
Allons donc!
Zuniga
¡Vamos, hombre!
José
Que voulez-vous? ... Ces Andalouses me
font peur. Je ne suis pas fait à leurs manières,
toujours à railler ... jamais un mot de raison …
José
¿Qué quiere usted? Estas andaluzas me dan
miedo, no estoy hecho a sus maneras, siempre
están burlándose, nunca dicen una palabra
sensata…
Zuniga
Et puis nous avons un faible pour les jupes
bleues et pour les nattes tombant sur les
épaules…
Zuniga
Y además tenemos debilidad por las faldas
azules y las trenzas largas, ¿no?
José
(riant)
Ah! Mon lieutenant a entendu ce que me disait
Moralès?…
José
(riendo)
¡Ah, teniente! Usted ha oído lo que me decía
Morales.
Zuniga
Oui
Zuniga
Sí.
José
Je ne le nierai pas ... la jupe bleue, les nattes,
c’est le costume de la Navarre ... ça me
rappelle le pays .
José
No lo negaré… las faldas azules y las trenzas
son el atuendo usual de Navarra, me recuerdan
a mi tierra.
Zuniga
Vous êtes Navarrais?
Zuniga
¿Sois de Navarra?
José
Et vieux chrétien. Don José Lizarrabengoa, c’est
mon nom ... On voulait que je fusse d’église, et
l’on m’a fait étudier. Mais je ne profitais guère,
j’aimais trop jouer à la paume ... Un jour que
j’avais gagné, un gars de l’Alava me chercha
José
Y cristiano viejo. Don José Lizarrabengoa es
como me llamo. Querían que fuese capellán y
me hicieron estudiar, pero no sacaba provecho,
me gustaba demasiado jugar a pelota vasca.
Un día que gané, un chico de Álava me buscó
Libreto 87
querelle; j’eus encore l’avantage, mais cela
m’obligea de quitter le pays. Je me fis soldat! Je
n’avais plus mon père; ma mère me suivit et vint
s’établir à dix lieues de Séville ... avec la petite
Micaëla ... c’est une orpheline que ma mère a
recueillie, et qui n’a pas voulu se séparer d’elle.
pelea; fui más fuerte yo, pero ello me obligó
a abandonar el país y me hice soldado. Ya no
tenía padre, mi madre me siguió y se estableció
acá, a diez leguas de Sevilla, con la pequeña
Micaëla, una huérfana que mi madre recogió y
que no ha querido separarse nunca de ella.
Zuniga
Et quel âge a-t-elle, la petite Micaëla?
Zuniga
¿Qué edad tiene la pequeña Micaëla?
José
Dix-sept ans…
José
Diecisiete años.
Zuniga
Il fallait dire cela tout de suite ... Je comprends
maintenant pourquoi vous ne pouvez pas me
dire si les ouvrières de la manufacture sont
jolies ou laides…
(La cloche de la manufacture se fait entendre.)
Zuniga
Eso se dice enseguida… Ahora entiendo que
no podáis decirme si las obreras de la fábrica
son bonitas o feas…
(Suena la campana de la fábrica.)
José
Voici la cloche qui sonne, mon lieutenant,
et vous allez pouvoir juger par vous-même
... Quant à moi je vais faire une chaîne pour
attacher mon épinglette.
(La place se remplit de jeunes gens qui
viennent se placer sur le passage des
cigarières. Les soldats sortent du poste. Don
José s’assied sur une chaise, et reste là fort
indifférent à toutes ces allées et venues,
travaillant à son épinglette.)
José
Ahora suena la campana, teniente, podrá juzgar
usted mismo. Yo voy a hacerme una cadenita
para colgar mi agujeta.
(La plaza se llena de jóvenes que vienen a ver
pasar las cigarreras. Los soldados salen del
puesto de guardia. Don José se sienta en una
silla y se queda del todo indiferente a todas
esas idas y venidas, ocupado en su agujeta.)
Choeur
La cloche a sonné, nous, des ouvrières
Nous venons ici guetter le retour;
Et nous vous suivrons, brunes cigarières,
En vous murmurant des propos d’amour.
(A ce moment paraissent les cigarières, la
cigarette aux lèvres. Elles passent sous le pont
et descendent lentement en scène.)
Voyez-les ... Regards impudents,
Mine coquette
Fumant toutes du bout des dents
La cigarette.
Coro
La campana ha sonado, nosotros venimos
a acechar la vuelta de las obreras.
Y os seguiremos, morenas cigarreras,
murmurando requiebros de amor.
(Aparecen en este instante las cigarreras, un
cigarrillo en los labios. Pasan por el puente y
bajan lentamente a escena.)
Vedlas… Miradas desvergonzadas,
aire de coquetas,
fumando todas, con un cigarrillo
entre los dientes.
88 Libreto
Les Cigarières
Dans l’air, nous suivons des yeux
La fumée,
Qui vers les cieux
Monte, monte parfumée.
Cela monte gentiment
À la tête;
Tout doucement
Cela vous met l’âme en fête.
Le doux parler des amants
C’est fumée;
Leurs transports et leurs serments
C’est fumée.
Oui c’est fumée,
C’est fumée.
Cigarreras
Por el aire seguimos con la vista,
seguimos el humo, el humo
que sube hacia el cielo
y sube perfumado.
Se sube suavemente
a la cabeza, y sube
lentamente
y alegra el espíritu.
Las dulces palabras de los amantes
son humo, humo;
sus pasiones y juramentos
son humo,
¡sí, humo, humo!
¡Son humo!
Les jeunes gens
(aux cigarières)
Sans faire les cruelles,
Écoutez-nous, les belles
Vous que nous adorons,
Que nous idolâtrons.
Coro
(a las cigarreras)
No os hagáis las crueles,
escuchadnos, preciosas,
las que nosotros adoramos,
¡las que idolatramos!
Les Cigarières
Dans l’air,
Nous suivons des yeux la fumée,
La fumée.
Dans l’air, nous suivons des yeux
La fumée
Qui monte en tournant vers les cieux!
La fumée! La fumée!
Cigarreras
Por el aire
seguimos con la vista el humo,
el humo,
por el aire seguimos con la vista,
el humo, el humo
que sube caracoleando hacia el cielo,
¡el humo, el humo!
Choeur
Mais nous ne voyons pas la Carmencita.
Coro
Pero no vemos a la Carmencita.
Les Cigarières et les jeunes gens
La voilà, La voilà,
Voilà la Carmencita.
(Entre Carmen. Absolument le costume et
l’entrée indiqués par Mérimée. Elle a un
bouquet de cassie à son corsage et une fleur
de cassie dans le coin de la bouche. Trois ou
quatre jeunes gens entrent avec Carmen. Ils
Cigarreras, Jóvenes
¡Aquí llega, mirad, mirad!
¡Aquí está la Carmencita!
(Entra Carmen. Vestida exactamente como
dice Mérimée, lleva un ramito de casias en el
corpiño y una flor también en la boca. Con
ella entran tres o cuatro jóvenes que la siguen,
la rodean y le hablan. Ella sólo coquetea con
Libreto 89
la suivent, l’entourent, lui parlent. Elle minaude
et caquette avec eux. Don José lève la tête.
Il regarde Carmen, puis se remet à travailler
tranquillement à son épinglette.)
ellos. Don José levanta la cabeza, mira a
Carmen y luego vuelve a su tarea.)
Les jeunes gens
(entrés avec Carmen)
Carmen, sur tes pas, nous nous pressons tous;
Carmen, sois gentille, au moins réponds-nous
Et dis-nous quel jour tu nous aimeras.
Carmen, dis-nous quel jour tu nous aimeras!
Jóvenes
(que han entrado con Carmen)
Carmen, detrás de ti venimos todos;
Carmen, sé gentil, respóndenos al menos,
y dinos qué día nos amarás.
¡Carmen, dinos cuándo nos amarás!
Carmen
(les regardant)
Quand je vous aimerai, ma foi, je ne sais pas.
Peut-être jamais, peut-être demain;
Mais pas aujourd’hui, c’est certain.
L’amour est un oiseau rebelle
Que nul ne peut apprivoiser,
Et c’est bien en vain qu’on l’appelle
S’il lui convient de refuser.
Rien n’y fait; menace ou prière,
L’un parle bien, l’autre se tait;
Et c’est l’autre que je préfère,
Il n’a rien dit, mais il me plaît.
L’amour est enfant de Bohème,
Il n’a jamais, jamais connu de loi;
Si tu ne m’aimes pas, je t’aime;
Si je t’aime,
Prends garde à toi!
L’oiseau que tu croyais surprendre
Battit de l’aile et s’envola
L’amour est loin, tu peux l’attendre
Tu ne l’attends plus ... il est là
Tout autour de toi, vite, vite,
Il vient, s’en va, puis il revient
Tu crois le tenir, il t’évite,
Tu crois l’éviter, il te tient.
L’amour est enfant de Bohème,
Il n’a jamais connu de loi;
Si tu ne m’aimes pas, je t’aime;
Si je t’aime,
Prends garde à toi!
Carmen
(mirándoles)
¿Cuándo os amaré? A fe que no lo sé..
Puede que nunca, puede que mañana,
pero hoy no, seguro que no.
El amor es un pájaro rebelde
que nadie puede domesticar;
en vano le llamas,
si le conviene rehusar.
De nada sirven amenazas o ruegos,
uno habla bien, el otro calla,
y es al otro al que prefiero,
no ha dicho nada, pero me gusta.
El amor es un niño gitano
que jamás ha conocido ley alguna;
si tú no me quieres, yo te quiero,
y si te quiero,
¡ten cuidado!
El pájaro que creías tener apresado
batió sus alas y voló.
El amor está lejos, ya puedes esperar;
y cuando no lo esperas… ¡ahí lo tienes!
A tu alrededor, rápido, rápido
viene y se va y luego vuelve.
Crees que es tuyo y te evita;
crees que lo evitas y te tiene.
El amor es un niño gitano
que jamás ha conocido ley alguna;
si tú no me quieres, yo te quiero,
y si te quiero,
¡ten cuidado!
90 Libreto
Les jeunes gens
Carmen, sur tes pas, nous nous pressons tous;
Carmen, sois gentille, au moins réponds-nous!
Réponds-nous! Réponds-nous!
O Carmen! Sois gentille, au moins répondsnous!
(Moment de silence. Les jeunes gens
entourent Carmen, celle-ci les regarde l’un
après l’autre, sort du cercle qu’ils forment
autour d’elle et s’en va droit à Don José, qui
est toujours occupé de son épinglette.)
Jóvenes
Carmen, detrás de ti venimos todos;
Carmen, sé gentil, respóndenos al menos,
¡danos una respuesta, responde!
¡Oh, Carmen, sé amable, responde al menos!
(Momento de silencio. Los jóvenes rodean
a Carmen. Ella les mira, uno tras otro, sale
del círculo que forman a su alrededor y va
directamente hacia Don José, que aún está
atareado con su agujeta.)
Carmen
Eh! compère, qu’est-ce que tu fais là ?
Carmen
Compadre, ¿qué haces?
José
Je fais une chaîne avec du fil de laiton, une
chaîne pour attacher mon épinglette.
José
Una cadenita de latón para colgar mi agujeta.
Carmen
(riant)
Ton épinglette, vraiment! Ton épinglette,
épinglier de mon âme...
(Elle arrache de son corsage la fleur de cassie
et la lance à Don José. Il se lève brusquement.
La fleur de cassie est tombée à ses pieds.
Eclat de rire général.)
Carmen
(riendo)
¡Vaya, tu agujeta! ¡Tu agujeta, alfiletero de mi
alma!
(Arranca de su corpiño una flor de casia
y la lanza a Don José. Éste se levanta
bruscamente, la flor cae a sus pies. Se
produce un estallido de risas general.)
Choeur
L’amour est enfant de Bohème,
Il n’a jamais, jamais connu de loi,
Si tu ne m’aimes pas, je t’aime!
Si je t’aime, prends garde à toi!
(La cloche de la manufacture sonne une
deuxième fois. Sortie des ouvrières et des
jeunes gens. Carmen sort la première en
courant et elle entre dans la manufacture.
Les jeunes gens sortent à droite et à gauche.
Zuniga qui, pendant cette scène bavardait
avec deux ou trois ouvrières, les quitte et
rentre dans le poste après que les soldats y
sont rentrés. Don José reste seul.)
Coro
El amor es un niño gitano
que jamás ha conocido ley alguna;
si tú no me quieres, yo te quiero,
y si te quiero, ¡ten cuidado!
(La campana de la fábrica vuelve a sonar. Las
cigarreras entran en el edificio y los jóvenes
se van por la derecha y la izquierda. Carmen
sale la primera corriendo y entra en la fábrica.
Zuniga, que durante la escena hablaba con
dos o tres obreras, las deja y entra en el
puesto de guardia detrás de los soldados.
Don José se queda solo.)
Libreto 91
José
Qu’est-ce que cela veut dire, ces façons-là? ...
Quelle effronterie! ...
(en souriant)
Tout ça parce que je ne faisais pas attention à
elle! Alors, suivant l’usage des femmes et des
chats qui ne viennent pas quand on les appelle
et qui viennent quand on ne les appelle pas,
elle est venue …
(Il regarde la fleur de cassie qui est par terre, à
ses pieds. Il la ramasse.)
Avec quelle adresse elle me l’a lancée, cette
fleur ... là, juste entre les deux yeux ... ça m’a fait
l’effet d’une balle qui m’arrivait ...
(Il respire le parfum de la fleur.)
Comme c’est fort! ... Certainement s’il y a des
sorcières, cette fille-là en est une.
(Entre Micaëla.)
José
¿Qué significa esto? ¡Hay que ver!
¡Qué desvergüenza!
(sonriendo)
Y todo porque no le hacía caso. Como ocurre
con las mujeres y los gatos, que no vienen
cuando llamas y vienen cuando no llamas, ella
ha venido…
(Mira la flor caída en el suelo, a sus pies. La
recoge.)
Con que destreza me ha lanzado esta flor, justo
entre los ojos… Me he hecho el efecto de una
bala que me hubiera tocado…
(Huele la flor.)
¡Qué fuerte es su perfume, y qué bonita!... Si
hay brujas, ésta es una de ellas.
(Entra Micaëla.)
Micaëla
Monsieur le brigadier?
Micaëla
Señor cabo…
José
(cachant précipitamment la fleur de cassie)
Quoi?… Qu’est-ce que c’est?… Micaëla!
…C’est toi…
José
(ocultando precipitadamente la flor)
¿Qué? ¿Qué ocurre? ¡Micaëla! Eres tú…
Micaëla
C’est moi!
Micaëla
Soy yo.
José
Et tu viens de là-bas?
José
¿Vienes de allí?
Micaëla
Et je viens de là-bas ... C’est votre mère qui
m’envoie…
Micaëla
Vengo de allí, sí… Me envía vuestra madre.
José
Parle-moi de ma mère! Parle-moi de ma mère!
José
Háblame de mi madre, ¡háblame de mi madre!
Micaëla
J’apporte de sa part, fidèle messagère, cette
lettre.
Micaëla
Traigo de su parte, fiel mensajera, esta carta.
92 Libreto
José
(regardant la lettre)
Une lettre.
José
(mirando la carta)
Una carta.
Micaëla
Et puis un peu d’argent
(elle lui remet une petite bourse)
Pour ajouter à votre traitement,
Et puis
Micaëla
Y además, un poco de dinero
(Le entrega una bolsa.)
para añadir a vuestra paga.
Y además…
José
Et puis?
José
Además ¿qué?
Micaëla
Et puis? ... Vraiment je n’ose,
Et puis ... encore une autre chose
Qui vaut mieux que l’argent et qui,
Pour un bon fils,
Aura sans doute plus de prix.
Micaëla
Además… No sé si debo…
Y además… otra cosa
que vale más que el dinero
y que, para un hijo, seguro
que tiene mucho más valor.
José
Cette autre chose, quelle est-elle? Parle donc.
José
Y eso, pues, ¿qué es? Anda, dime.
Micaëla
Oui, je parlerai;
Ce que l’on m’a donné,
Je vous le donnerai.
Votre mère avec moi sortait de la chapelle,
Et c’est alors qu’en m’embrassant,
Tu vas, m’a-t-elle dit, t’en aller à la ville:
La route n’est pas longue,
Une fois à Séville,
Tu chercheras mon fils,
Mon José, mon enfant
Et tu lui diras que sa mère
Songe nuit et jour à l’absent
Qu’elle regrette et qu’elle espère,
Qu’elle pardonne et qu’elle attend;
Tout cela, n’est-ce pas? mignonne,
De ma part tu le lui diras,
Et ce baiser que je te donne
De ma part tu le lui rendras.
Micaëla
Sí, os lo voy a decir,
y lo que me ha dado,
os daré yo.
Vuestra madre, al salir conmigo
de la ermita, dándome un beso, me ha dicho:
Te vas a ir a la ciudad,
el camino no es largo,
y una vez en Sevilla,
busca a mi hijo,
a mi José, mi niño,
y le dices que su madre
piensa día y noche en el ausente,
y que le echa en falta,
que le perdona y le espera.
Todo eso, ¿verdad, chiquilla?,
se lo dirás de mi parte,
y este beso que te doy
de mi parte le darás.
Libreto 93
José
(très ému)
Un baiser de ma mère?
José
(emocionado)
¿Un beso de mi madre?
Micaëla
Un baiser pour son fils.
Micaëla
Un beso para su hijo.
José
Un baiser de ma mère?
José
¿Un beso de mi madre?
Micaëla
Un baiser pour son fils!
José, je vous le rends, comme je l’ai promis.
(Micaëla se hausse un peu sur la pointe des
pieds et donne à Don José un baiser bien
franc, bien maternel. Don José très ému la
laisse faire. Il la regarde bien dans les yeux. Un moment de silence.)
Micaëla
Un beso para su hijo.
José, yo os lo doy como prometí hacer.
(Micalea se pone de puntillas y le da a Don
José un beso franco y maternal. Don José,
emocionado, le deja hacer, mientras la mira
fijamente a los ojos. Un instante de silencio.)
José
(continuant de regarder Micaëla)
Ma mère, je la vois
Oui je revois mon village!
O souvenirs d’autrefois,
Doux souvenirs du pays!
Doux souvenirs du pays!
O souvenirs chéris!
Vous remplissez mon coeur
De force et de courage.
O souvenirs chéris!
Ma mère je la vois, je revois mon village!
José
(todavía mirando a Micaëla)
Mi madre, la veo, sí…
¡Vuelvo a ver mi pueblo!
¡Oh, recuerdos de otros tiempos,
dulces recuerdos de mi tierra!
¡Dulces recuerdos de la tierra!
¡Oh, recuerdos queridos!
Me llenáis el corazón
de fuerza y de valor.
¡Oh, recuerdos queridos!
¡Veo a mi madre, sí, veo mi pueblo!
Micaëla
Sa mère, il la revoit!
Il revoit son village!
Ô souvenirs d’autrefois!
Souvenirs du pays!
Vous remplissez son cœur
De force et de courage.
O souvenirs chéris!
Sa mère il la revoit, il revoit son village!
Micaëla
¡Ve a su madre, sí!
Vuelve a ver su pueblo.
¡Oh, recuerdos de otros tiempos!
¡Recuerdos de la tierra!
Llenáis su corazón
de fuerza y de valor.
¡Oh, recuerdos queridos!
¡Ve a su madre. sí, ve su pueblo!
94 Libreto
José
(les yeux fixés sur la manufacture)
Qui sait de quel démon
J’allais être la proie!
Même de loin,
Ma mère me défend,
Et ce baiser qu’elle m’envoie,
Ce baiser qu’elle m’envoie
Ecarte le péril et sauve son enfant.
José
(con los ojos fijos en la fábrica)
¡Quién sabe de qué demonio
iba yo a ser la presa!
Incluso de lejos,
mi madre me protege
y este beso me envía,
este beso que me llega,
aleja el peligro y salva a su hijo.
Micaëla
Quel démon, quel péril? Je ne comprends pas
bien. Que veut dire cela?
Micaëla
¿Qué demonio, qué peligro? No entiendo
nada, ¿qué significa todo esto?
José
Rien! Rien! Parlons de toi, la messagère. Tu vas
retourner au pays…
José
¡Nada, nada! Hablemos de ti, la mensajera, vas
a volver al pueblo…
Micaëla
Oui, ce soir même,
Demain je verrai votre mère.
Micaëla
Sí, esta misma tarde.
Mañana veré a vuestra madre.
José
Tu la verras! Eh bien tu lui diras:
Que son fils l’aime et la vénère,
Et qu’il se repent aujourd’hui.
Il veut que là-bas sa mère
Soit contente de lui!
Tout cela, n’est-ce pas? mignonne,
De ma part, tu le lui diras;
Et ce baiser que je te donne,
De ma part tu le lui rendras.
(Il l’embrasse.)
José
¡La verás! Pues le dirás
que su hijo la quiere y la venera,
y que hoy se arrepiente.
Quiere que allí su madre
esté contenta de él.
Todo esto, ¿verdad, chiquilla?,
se lo dirás de mi parte,
y este beso que te doy
de mi parte le darás.
(La besa.)
Micaëla
Oui, je vous le promets
De la part de son fils
José, je le rendrai
Comme je l’ai promis.
Micaëla
Sí, os lo prometo,
de parte de su hijo José,
le devolveré el beso
tal como he prometido.
José
Ma mère, je la vois! etc.
José
Mi madre, sí, la veo. etc.
Libreto 95
Micaëla
Sa mère, il la revoit! etc.
Micaëla
Ve a su madre, etc.
José
Attends un peu maintenant ... je vais lire sa
lettre…
José
Espera un poco… voy a leer la carta.
Micaëla
J’attendrai, monsieur le brigadier, j’attendrai…
Micaëla
Esperaré, señor cabo, esperaré.
José
(embrassant la lettre avant de commencer à
lire)
Ah!
(lisant)
«Continue à te bien conduire, mon enfant !
L’on t’a promis de te faire maréchal des logis,
peut être alors pourras-tu quitter le service,
te faire donner une petite place et revenir
près de moi ? Je commence à me faire vieille.
Tu reviendras près de moi et tu te marieras,
nous n’aurions pas, je pense, grand’peine à te
trouver une femme, et je sais bien, quant à moi,
celle que je te conseillerais de choisir : c’est
tout justement celle qui te porte ma lettre… Il
n’y en a pas de plus sage et de plus gentille…»
José
(besando la carta antes de empezar a leer)
¡Ah!
(leyendo)
«¡Continúa portándote bien, hijo mío! Te han
prometido hacerte inspector de vivienda,
entonces podrás quizás abandonar el servicio,
obtener una plaza y volver a mi lado. Ya estoy
envejeciendo. Volverás a mi lado y te casarás,
creo que no va a ser difícil encontrarte esposa,
y bien sé yo a quien te aconsejaría escoger:
justo la que te ha traído la carta… ninguna
encontrarás más sensata y dulce…»
Micaëla
(l’interrompant)
Il vaut mieux que je ne sois pas là!…
Micaëla
(interrumpiéndole)
Es mejor que me vaya.
José
Pourquoi donc?…
José
Pero ¿por qué?
Micaëla
(troublée)
Je viens de me rappeler que votre mère m’a
chargé de quelques petits achats: je vais m’en
occuper tout de suite.
Micaëla
(turbada)
Ahora recuerdo que vuestra madre me encargó
unas compras: voy a ocuparme de ello ahora
mismo.
José
Attends un peu, j’ai fini…
José
Espera un poco, ya termino…
96 Libreto
Micaëla
Vous finirez quand je ne serai plus là…
Micaëla
Ya acabaréis cuando no esté.
José
Mais la réponse?
José
¿Y la respuesta?
Micaëla
Je reviendrai la prendre avant mon départ et je
la porterai à votre mère ... Adieu!
Micaëla
Volveré a buscarla antes de irme y la llevaré a
vuestra madre… ¡Adiós!
José
Micaëla!
José
¡Micaëla!
Micaëla
Non, non ... je reviendrai, j’aime mieux cela ... je
reviendrai, je reviendrai ...
(Elle sort.)
Micaëla
No, no… ya volveré, lo prefiero… ya volveré,
volveré…
(Se va.)
José
(lisant)
«Il n’y en a pas de plus sage, ni de plus gentille
... il n’y en a pas surtout qui t’aime davantage
... et si tu voulais ...» Oui, ma mère, oui, je ferai
ce que tu désires… J’épouserai Mïcaëla, et
quant à cette bohémienne, avec ses fleurs qui
ensorcellent …
(Au moment où il va arracher les fleurs de sa
veste, grande rumeur dans l’intérieur de la
manufacture. Entre Zuniga suivi des soldats.)
José
(leyendo)
«Ninguna encontrarás más sensata y dulce,
ni que te quiera más… I si tu quisieras…» Sí,
madre, haré lo que deseas, me casaré con
Micaëla, y en cuanto a esa gitana, con sus
flores embrujadoras…
(Justo cuando va a arrancarse la flor de la
casaca, se oye gran rumor en el interior de la
fábrica. Entra Zuniga seguido de soldados.)
Zuniga
Que se passe-t-il donc là-bas?
(Les ouvrières sortent rapidement et en
désordre.)
Zuniga
¡Qué ocurre allí?
(Las obreras salen corriendo y en desorden.)
Choeur des cigarières
Au secours! N’entendez-vous pas?
Au secours, messieurs les soldats!
Coro de Cigarreras
¡Socorro! ¿Que no oís?
¡Socorro, señores soldados!
Premier groupe de femmes
C’est la Carmencita.
Primer grupo de mujeres
¡Es la Carmencita!
Deuxième groupe de femmes
Non, non, ce n’est pas elle.
Segundo grupo
¡No, no, no es ella!
Libreto 97
Premier groupe
C’est la Carmencita.
Primer grupo
¡Es la Carmencita!
Deuxième groupe
Non, non, ce n’est pas elle! Pas du tout!
Segundo grupo
¡No, no es ella! ¡En absoluto!
Premier groupe
C’est elle! Si fait, si fait c’est elle!
Elle a porté les premiers coups.
Primer grupo
¡Es ella, pues claro que sí!
¡Ha empezado ella, ya lo creo!
Toutes les femmes
(entourant le lieutenant)
Ne les écoutez pas, monsieur, écoutez-nous,
Ecoutez-nous, monsieur, écoutez-nous!
Todas las mujeres
(rodeando al teniente)
No las escuchéis, señor, escúchanos a
nosotras.
¡Escúchanos, señor, escúchanos a nosotras!
Premier groupe
(elles tirent l’officier de leur côté)
La Manuelita disait
Et répétait à voix haute
Qu’elle achèterait sans faute
Un âne qui lui plaisait.
Primer grupo
((tirando del teniente hacia ellas)
La Manuelita decía,
y lo repetía en voz alta,
que se compraría sin falta
un burro que le gustaba.
Deuxième groupe
(même jeu)
Alors la Carmencita
Railleuse à son ordinaire,
Dit: Un âne, pour quoi faire?
Un balai te suffira.
Segundo grupo
(haciendo lo mismo)
Y entonces la Carmencita,
burlona como es habitual,
le dice: ¿Un burro? ¿Y para qué?
Con una escoba tienes bastante.
Premier groupe
Manuelita riposta
Et dit à sa camarade:
Pour certaine promenade
Mon âne te servira.
Primer grupo
La Manuelita responde
y le dice a su compañera:
Para según qué paseo
mi burro te servirá.
Deuxième groupe
Et ce jour-là tu pourras
A bon droit faire la fière;
Deux laquais suivront derrière
T’émouchant à tour de bras.
Segundo grupo
Y ese día podrás
hacerte la altiva con todo derecho;
dos lacayos tendrás detrás
espantándote las moscas.
Toutes les femmes
Là-dessus toutes les deux
Se sont prises aux cheveux.
Todas las mujeres
Y dicho lo cual, las dos
anduvieron a la greña.
98 Libreto
Zuniga
Au diable tout ce bavardage.
(à Don José)
Prenez, José, deux hommes avec vous
Et voyez là-dedans qui cause ce tapage.
Zuniga
¡Al diablo el parloteo!
(a Don José)
José, tomad a dos hombres
e id a ver quién causa ese alboroto.
Premier groupe
C’est la Carmencita!
Primer grupo
Es la Carmencita.
Deuxième groupe
Non, non ce n’est pas elle!
Segundo grupo
No, no, no es ella.
Premier groupe
Si fait, si fait c’est elle!
Primer grupo
Ya lo creo que sí.
Deuxième groupe
Pas du tout!
Segundo grupo
¡Que no!
Premier groupe
Elle a porté les premiers coups!
Primer grupo
Ella ha empezado.
Zuniga
Holà!
Eloignez-moi toutes ces femmes-là.
Zuniga
¡Basta!
¡Quitádmelas de la vista!
Toutes les femmes
Monsieur! Monsieur!
Ne les écoutez pas!
Monsieur, écoutez nous!
Todas las mujeres
Señor, señor,
¡no las escuchéis!
¡Escuchadnos a nosotras!
Premier groupe
C’est la Carmencita qui porta les premiers
coups!
Primer grupo
Ha empezado la Carmencita.
Deuxième groupe
C’est la Manuelita qui porta les premiers
coups!
Segundo grupo
Ha empezado la Manuelita.
Premier groupe
La Carmencita!
Primer grupo
¡La Carmencita!
Deuxième groupe
La Manuelita!
Segundo grupo
¡La Manuelita!
Libreto 99
Premier groupe
Si! Si! Si! Si! Elle a porté les premiers coups!
C’est la Carmencita!
Primer grupo
¡Sí, sí, sí, sí! Ella ha empezado,
la Carmencita.
Deuxième groupe
Non! Non! Non! Non! Elle a porté les premiers
coups! C’est la Manuelita!
(Les soldats réussissent enfin à repousser
les cigarières. Les femmes sont maintenues
à distance autour de la place par une haie
de dragons. Carmen paraît, sur la porte de la
manufacture, amenée par Don José et suivie
par deux dragons.)
Segundo grupo
¡No, no, no, no!
Ha empezado ella, la Manuelita.
(Los soldados consiguen mantenerlas a
distancia; una hilera de dragones las mantiene
a raya en torno a la plaza. Aparece Carmen
en la puerta de la fábrica, conducida por Don
José y seguida por dos dragones.)
Zuniga
Voyons, brigadier ... Maintenant que nous avons
un peu de silence ... qu’est-ce que vous avez
trouvé là-dedans?
Zuniga
¡Veamos, cabo, ahora que tenemos un poco de
silencio! ¿Qué habéis encontrado allí dentro?
José
J’ai d’abord trouvé trois cents femmes, criant,
hurlant, gesticulant, faisant un tapage à ne
pas entendre Dieu tonner ... D’un côté il y en
avait une, les quatre fers en l’air, qui criait:
Confession! Confession! ... Je suis morte…
Elle avait sur la figure un X qu’on venait de lui
marquer en deux coups de couteau ... en face
de la blessée j’ai vu ...
(Il s’arrête sur un regard de Carmen.)
José
Para empezar, trescientas mujeres gritando,
aullando, gesticulando, en medio de un
alboroto que no se habría oído a Dios tronar.
A un lado estaba una, boca arriba, gritando:
«¡Confesión, confesión! Muerta soy.» Tenía
en la cara una X acabada de hacer con dos
cuchilladas, y delante de la mujer herida he
visto a…
(Se detiene por la mirada de Carmen.)
Zuniga
Eh bien?
Zuniga
¿Y qué?
José
J’ai vu mademoiselle ...
José
He visto a la señorita…
Zuniga
Mademoiselle Carmencita?
Zuniga
¿La señorita Carmencita?
José
Oui, mon lieutenant
José
¡Sí, teniente!
Zuniga
Et qu’est-ce qu’elle disait, Mademoiselle
Carmencita?
Zuniga
¿Y qué decía la señorita Carmencita?
100 Libreto
José
Elle ne disait rien, mon lieutenant, elle serrait
les dents et roulait des yeux comme un
caméléon.
José
Nada decía, teniente, apretaba los dientes y
hacía rodar los ojos como un camaleón.
Carmen
On m’avait provoquée... je n’ai fait que me
défendre… Monsieur le brigadier vous le dira ...
(à José)
N’est-ce pas, monsieur le brigadier?
Carmen
Me habían provocado, no hice sino
defenderme… El señor cabo os lo dirá.
(a Don José)
¿No es cierto, señor cabo?
José
(après un moment d’hésitation)
Tout ce que j’ai pu comprendre au milieu du
bruit, c’est qu’une discussion s’était élevée
entre ces deux dames, et qu’à la suite de cette
discussion, mademoiselle, avec le couteau
dont elle coupait le bout des cigares, avait
commencé à dessiner des croix de saint André
sur le visage de sa camarade .
(Zuniga regarde Carmen; celle-ci, après un
regard à Don José et un très léger haussement
d’épaules, est redevenue impassible.)
Le cas m’a paru clair. J’ai prié mademoiselle de
me suivre…Elle a d’abord fait un mouvement
comme pour résister ... puis elle s’est résignée
... et m’a suivi, douce comme un mouton!
José
(tras un momento de vacilación)
Todo lo que pude oír en medio del alboroto es
que se había elevado una discusión entre estas
dos damas, y que, resultado de tal discusión, la
señorita, con el cuchillo de cortar el extremo de
los cigarros, se había puesto a dibujar cruces
de San Andrés en la cara de su compañera.
(Zuniga mira a Carmen, la cual, tras una
mirada a Don José y encogerse de hombros,
se ha quedado impasible.)
El caso me parece claro. He rogado a la
señorita que me acompañara… Primero se ha
resistido un poco, pero luego se ha resignado,
y me ha seguido mansa como un corderito.
Zuniga
Et la blessure de l’autre femme?
Zuniga
¿Y la herida de la otra mujer?
José
Très légère, mon lieutenant, deux balafres à
fleur de peau.
José
Muy leve, teniente, dos rasguños más bien.
Zuniga
(à Carmen)
Eh bien! La belle, vous avez entendu le
brigadier? ...
(à José)
Je n’ai pas besoin de vous demander si vous
avez dit la vérité.
Zuniga
(a Carmen)
Muy bien, ya has oído al cabo, preciosa.
(a Don José)
No es preciso que pregunte si decís la verdad.
Libreto 101
José
Foi de Navarrais, Mon lieutenant!
(Carmen se retourne brusquement et regarde
encore une fois José.)
José
¡Palabra de navarro, teniente!
(Carmen se vuelve bruscamente y mira de
nuevo a Don José.)
Zuniga
(à Carmen)
Eh bien! ... Vous avez entendu? ... Avezvous quelque chose à répondre? ... Parlez,
j’attends…
(Carmen, au lieu de répondre se met à
fredonner.)
Zuniga
(a Carmen)
¿Lo has oído? ¿Tienes algo que decir? Habla
pues…
(Carmen en lugar de responder se pone a
canturrear.)
Carmen
Tra la la la la la la la
Coupe-moi, brûle-moi,
Je ne te dirai rien,
Tra la la la la la la la
Je brave tout, le feu, le fer
Et le ciel même.
Carmen
Tra la la la la la la.
Córtame, quémame,
nada voy a decir,
tra la la la la la la,
todo lo desafío, el fuego,
el hierro e incluso el cielo.
Zuniga
Ce ne sont pas des chansons que je te
demande, c’est une réponse.
Zuniga
No te pido canciones, sino respuestas.
Carmen
Tra la la la la la la la
Mon secret je le garde et je le garde bien:
Tra la la la la la la la
J’en aime un autre et meurs en disant que je
l’aime.
Carmen
Tra la la la la la la la,
mi secreto me guardo,
y lo guardo bien,
tra la la la la la la la,
quiero a otro y moriré diciendo que le amo.
Zuniga
Ah! Ah! Nous le prenons sur ce ton-là ...
(à José)
Ce qui est sûr, n’est-ce pas, c’est qu’il y eut
des coups de couteau, et que c’est elle qui les
a donnés .
(En ce moment cinq ou six femmes à droite
réussissent à forcer la ligne des factionnaires
et se précipitent sur la scène en criant: «Oui,
oui, c’est elle! ... Une de ces femmes se
trouve près de Carmen. Celle-ci lève la main
Zuniga
¡Ah, ah! Así que esas tenemos…
(a Don José)
Lo que es seguro es que hubo cuchilladas y
que ella las dio.
(En este momento, cinco o seis mujeres
consiguen forzar el cordón de soldados y
se precipitan gritando: «¡Sí, sí, ha sido ella!»
Una de estas mujeres se halla cerca de
Carmen, que levanta la mano para echársele
encima. Don José detiene a Carmen. Los
102 Libreto
et veut se jeter sur la femme. Don José arrête
Carmen. Les soldats écartent les femmes, et
les repoussent cette fois tout à fait hors de
la scène. Quelques sentinelles continuent à
rester en vue gardant les abords de la place.)
soldados apartan a las mujeres y las obligan
a abandonar incluso la escena. Algunos
centinelas continúan vigilando los accesos a
la plaza.)
Zuniga
(à Carmen)
Eh! Eh! Vous avez la main leste décidément.
aux soldats trouvez-moi une corde.
(Moment de silence pendant lequel Carmen
se remet à fredonner de la façon la plus
impertinente en regardant l’officier.)
Zuniga
(a Carmen)
¡Eh! Tienes rápida la mano en verdad.
(a los soldados)
Traedme una cuerda.
(Silencio, Carmen vuelve a canturrear de
forma muy impertinente, mirando al oficial.)
Un soldat
(apportant une corde)
Voilà, mon lieutenant.
Soldado
(llevando la cuerda)
Aquí la tenéis, teniente.
Zuniga
(à Don José)
Prenez et attachez-moi ces deux jolies mains.
(Carmen, sans faire la moindre résistance,
tend en souriant ses deux mains à Don José.)
C’est dommage vraiment, car elle est gentille ...
Mais si gentille que vous soyez, vous n’en irez
pas moins faire un tour en prison. Vous pourrez
y chanter vos chansons de bohémienne. Le
porte-clefs vous dira ce qu’il en pense.
(Les mains de Carmen sont liées, on la fait
asseoir sur un escabeau devant le corps de
garde. Elle reste là immobile, les yeux à terre.)
Je vais écrire l’ordre.
(à Don José)
C’est vous qui la conduirez …
(Il sort.)
(Un petit moment de silence. Carmen lève
les yeux et regarde Don José. Celui-ci se
détourne, s’éloigne de quelques pas, puis
revient à Carmen qui le regarde toujours.)
Zuniga
(a Don José)
Tomad y atad esas bellas manos.
(Carmen, sin ofrecer resistencia, tiende
sonriendo sus manos hacia Don José.)
Y es una lástima, realmente, porque es
preciosa. Pero aunque lo seas vas a dar un
paseo por la cárcel. Allí podrás cantar esas
canciones gitanas. El carcelero te dirá lo que
piensa de ellas.
(Una vez atadas las manos, la sientan en un
taburete ante el cuerpo de guardia. Ella se
queda inmóvil, con la mirada hacia el suelo.)
Voy a escribir la orden.
(a Don José)
Usted la llevará…
(Sale.)
(Un instante de silencio. Carmen levanta la
vista y mira a Don José. Este aparta la mirada
y se aleja unos cuantos pasos, luego vuelve a
donde está Carmen, que sigue mirándole.)
Carmen
Où me conduirez-vous?...
Carmen
¿A dónde me vais a llevar?
Libreto 103
José
À la prison, ma pauvre enfant ...
José
A la prisión, pobre muchacha.
Carmen
Hélas! que deviendrai-je? Seigneur officier,
ayez pitié de moi ... Vous êtes si gentil ...
(José ne répond pas, s’éloigne et revient,
toujours sous le regard de Carmen.)
Cette corde, comme vous l’avez serrée…
J’ai les poignets brisés.
Carmen
¡Ay de mí! ¿Qué me va a pasar? Señor oficial,
tened piedad de mí… sois tan amable…
(Don José no responde, se aleja y vuelve,
siempre bajo la mirada de Carmen.)
Habéis estrechado demasiado la cuerda… me
lastima las muñecas.
José
(s’approchant de Carmen)
Si elle vous blesse, je puis la desserrer ... Le
lieutenant m’a dit de vous attacher les mains ...
il ne m’a pas dit…
(Il desserre la corde.)
José
(acercándose a Carmen)
Si os daña la piel, puedo aflojarla. El teniente
ha dicho que os ate las manos… no que…
(Afloja la cuerda.)
Carmen
(bas)
Laisse-moi m’échapper, je te donnerai un
morceau de la bar lachi, une petite pierre qui te
fera aimer de toutes les femmes.
Carmen
(en voz baja)
Déjame escapar y te daré un poco de bar lachí,
una piedra que hará que todas las mujeres se
enamoren de ti.
José
(s’éloignant)
Nous ne sommes pas ici pour dire des
balivernes ... Il faut aller à la prison. C’est la
consigne, et il n’y a pas de remèdes.
(Silence.)
José
(alejándose)
No estamos aquí para bobadas… A la cárcel
directamente. Son las órdenes, y no hay
manera de evitarlo.
(Silencio.)
Carmen
Tout à l’heure vous avez dit: foi de Navarrais ...
vous êtes des Provinces? …
Carmen
Hace un instante habéis dicho: palabra de
navarro. ¿Sois de provincias?
José
Je suis d’Elizondo…
José
Soy de Elizondo…
Carmen
Et moi d’Etchalar…
Carmen
Y yo de Echalar.
José
(s’arrêtant)
José
(sorprendido)
104 Libreto
D’Etchalar! ... c’est à quatre heures d’Elizondo,
Etchalar.
¿De Echalar?... ¡Si está a sólo cuatro horas de
Elizondo, Echalar!
Carmen
Oui, c’est là que je suis née… J’ai été
emmenée par des bohémiens à Séville. Je
travaillais à la manufacture pour gagner de
quoi retourner en Navarre, près de ma pauvre
mère qui n’a que moi pour soutien ... On m’a
insultée parce que je ne suis pas de ce pays de
filous, de marchands d’oranges pourries, et ces
coquines se sont mises contre moi parce que
je leur ai dit que tous leurs Jacques de Séville
avec leurs couteaux ne feraient pas peur à un
gars de chez nous avec son béret bleu et son
maquila. Camarade, mon ami, ne ferez-vous
rien pour une payse?
Carmen
Sí, allí nací. Unos gitanos me trajeron a Sevilla.
Trabajaba en la fábrica para pagarme el viaje
de vuelta a Navarra, al lado de mi madre,
que no tiene otro sostén. Me han insultado
porque no soy de esta tierra de estafadores,
de vendedores de naranjas podridas. Y esas
bribonas me tienen ojeriza porque les he
dicho que todos sus machos sevillanos con
sus navajas no dan miedo a un mozarrón de
los nuestros con su boina azul y su maquila.
Camarada, amigo mío, ¿no vais a hacer nada
por una paisana vuestra?
José
Vous êtes Navarraise, vous?
José
¿Sois de Navarra?
Carmen
Sans doute.
Carmen
Pues claro.
José
Allons donc ... il n’y a pas un mot de vrai ... vos
yeux seuls, votre bouche, votre teint ... Tout
vous dit bohémienne…
José
¡Vamos, anda! No hay ni un ápice de verdad en
eso… Los ojos, la boca, el tono de piel, todo
os descubre como gitana.
Carmen
Bohémienne, tu crois?
Carmen
Gitana, ¿tú crees?
José
J’en suis sûr…
José
Estoy seguro.
Carmen
Au fait, je suis bien bonne de me donner la
peine de mentir ... Oui, je suis bohémienne,
mais tu n’en feras pas moins ce que je te
demande ... Tu le feras parce que tu m’aimes…
Carmen
Bueno, no voy a ganar nada, tomándome la
molestia de mentir. Sí, soy gitana, pero no por
eso dejarás de hacer lo que te pido… Y lo
harás porque me quieres.
José
Moi!
José
¿Yo?
Libreto 105
Carmen
Eh! oui, tu m’aimes ... ne me dis pas non, je
m’y connais! Tes égards, la facon dont tu me
parles. Et cette fleur que tu as gardée. Oh! Tu
peux la jeter maintenant ... cela n’y fera rien.
Elle est restée assez de temps sur ton coeur; le
charme a opéré ...
Carmen
Pues claro que me quieres, no digas que no.
Bien lo sé yo. Tus delicadezas, tu manera de
hablarme y la flor que te has quedado. ¡Oh, sí,
ya puedes tirarla ahora, ya! De nada sirve, ya
la has tenido lo bastante sobre el corazón, el
embrujo se ha producido.
José
(avec colère)
Ne me parle plus, tu entends, je te défends de
me parler…
José
(montando en cólera)
No digas nada más, ¿lo oyes? ¡Te prohíbo que
me hables!
Carmen
C’est très bien, seigneur officier. Vous me
défendez de parler, je ne parlerai plus.
Près des remparts de Séville,
Chez mon ami Lillas Pastia,
J’irai danser la séguedille
Et boire du Manzanilla!
J’irai chez mon ami Lillas Pastia.
Oui, mais toute seule on s’ennuie,
Et les vrais plaisirs sont à deux .
Donc pour me tenir compagnie,
J’emmènerai mon amoureux
Mon amoureux! ... Il est au diable
Je l’ai mis à la porte hier.
Mon pauvre cœur très consolable,
Mon cœur est libre comme l’air.
J’ai des galants à la douzaine,
Mais ils ne sont pas à mon gré;
Voici la fin de la semaine,
Qui veut m’aimer je l’aimerai.
Qui veut mon âme ... elle est à prendre.
Vous arrivez au bon moment,
Je n’ai guère le temps d’attendre,
Car avec mon nouvel amant
Près des remparts de Séville.
Chez mon ami Lillas Pastia,
J’irai danser la séguedille
Et boire du Manzanilla.
Oui, j’irai chez mon ami Lillas Pastia!
Carmen
Muy bien, señor oficial, muy bien.
Si no puedo hablar, cantaré.
Cerca de los muros de Sevilla,
en casa de mi amigo Lillas Pastia,
iré a bailar la seguidilla
y a beber manzanilla.
¡Iré a casa de mi amigo Lillas Pastia!
Sí, pero sola me aburro
y los auténticos placeres son cosa de dos.
Y para que me haga compañía
voy a llevar a mi enamorado,
mi enamorado… ¡Se ha ido al diablo!
Le puse de patitas en la calle ayer…
Mi pobre corazón tan consolable,
mi corazón es libre como el aire.
Tengo galanteadores por docenas,
pero no son de mi agrado.
Se está terminando la semana,
voy a amar a quien quiera amarme,
quien quiera mi alma… sólo tiene que cogerla.
Llegáis en buen momento,
no tengo a penas tiempo de esperar,
porque con mi nuevo amante
cerca de los muros de Sevilla,
en casa de mi amigo Lillas Pastia,
iré a bailar la seguidilla
y a beber manzanilla.
¡Sí, iré a casa de mi amigo Lillas Pastia!
106 Libreto
José
Tais-toi, je t’avais dit de ne pas me parler.
José
¡Cállate, te había dicho que no me hablaras!
Carmen
Je ne te parle pas ... je chante pour moi-même,
Et je pense ... il n’est pas défendu de penser,
Je pense à certain officier qui m’aime,
Et qu’à mon tour, oui qu’à mon tour
Je pourrais bien aimer!
Carmen
No hablo contigo… canto para mí,
y pienso… No está prohibido pensar.
Y pienso en cierto oficial que me ama
y que incluso yo misma, yo, sí,
podría a mi vez amar mucho.
José
Carmen!
José
¡Carmen!
Carmen
Mon officier n’est pas un capitaine,
Pas même un lieutenant,
Il n’est que brigadier.
Mais c’est assez pour une bohémienne,
Et je daigne m’en contenter!
Carmen
Mi oficial no es capitán,
ni es teniente,
no es más que un cabo.
Pero basta para una gitana
y me digno contentarme con ello.
José
(déliant la corde qui attache les mains de
Carmen)
Carmen, je suis comme un homme ivre,
Si je cède, si je me livre,
Ta promesse, tu la tiendras.
Ah! Si je t’aime, Carmen,
Carmen tu m’aimeras.
José
(desatando la cuerda que ata las manos de
Carmen)
Carmen, soy como un hombre ebrio,
si cedo, si me entrego,
vas a mantener tu promesa.
¡Ah, si te amo, Carmen,
Carmen me amarás tú!
Carmen
Oui…
Carmen
Sí…
José
Chez Lillas Pastia.
José
En casa de Lillas Pastia.
Carmen
Nous danserons la séguedille en buvant du
manzanilla.
Carmen
Bailaremos la seguidilla, bebiendo manzanilla.
José
Tu le promets! Carmen! Tu le promets!
José
Me lo has prometido.
Libreto 107
Carmen
Ah! Près des remparts de Séville
Chez mon ami Lillas Pastia,
Nous danserons la séguedille
Et boirons du Manzanilla.
Tra la la la la la la la la la la!
Carmen
¡Ah! Cerca de los muros de Sevilla,
en casa de mi amigo Lillas Pastia,
bailaremos la seguidilla
y beberemos manzanilla.
¡Tra la la la la la la!
José
Le lieutenant! ... Prenez garde.
(Carmen va se replacer sur son escabeau, les
mains derrière le dos. Rentre Zuniga.)
José
¡El teniente! ¡Cuidado!
(Carmen vuelve a sentarse en el taburete, con
las manos detrás de la espalda. Entra Zuniga.)
Zuniga
Voici l’ordre, partez et faites bonne garde…
Zuniga
Aquí está la orden, id y buena guardia.
Carmen
(bas, à José)
En chemin je te pousserai, je te pousserai
Aussi fort que je le pourrai
Laisse-toi renverser ... le reste me regarde!
(Elle se place entre les deux dragons. José
à côté d’elle. Les femmes et les bourgeois
pendant ce temps sont rentrés en scène
toujours maintenus à distance par les dragons.
Carmen traverse la scène de gauche à droite
allant vers le pont...)
L’amour est enfant de Bohème,
Il n’a jamais connu de loi;
Si tu ne m’aimes pas, je t’aime,
Si je t’aime, prends garde à toi.
(En arrivant à l’entrée du pont à droite,
Carmen pousse José qui se laisse renverser.
Confusion, désordre, Carmen s’enfuit. Arrivée
au milieu du pont, elle s’arrête un instant, jette
sa corde à la volée par-dessus le parapet du
pont et se sauve pendant que sur la scène,
avec de grands éclats de rire, les Cigarières
entourent le lieutenant.)
Carmen
(en voz baja, a Don José)
Por el camino te daré un empujón,
un empujón tan fuerte como pueda,
¡tú déjate caer… el resto es cosa mía!
(Se sitúa entre dos dragones, con Don José
al lado. Las mujeres y los burgueses mientras
han ido volviendo a escena, pero los dragones
aún les mantienen a distancia. Carmen
atraviesa la escena de izquierda a derecha y
va hacia el puente.)
El amor es un niño gitano
que jamás ha conocido ley alguna;
si tú no me quieres, yo te quiero,
y si te quiero, ¡ten cuidado!
(Al llegar a la entrada del puente a la derecha,
Carmen da un empujón a Don José, que se
deja caer. Confusión y desorden. Carmen
huye. Cuando está a medio puente, se
detiene, lanza su cuerda por encima del
parapeto y desaparece, mientras en escena,
con grandes risotadas, las cigarreras rodean al
teniente.)
108 Libreto
Entracte
Entreacto
DEUXIÈME ACTE
ACTO II
La taverne de Lillas Pastia. Tables à droite et
à gauche. Carmen, Mercédès, Frasquita, le
lieutenant Zuniga, Moralès et un lieutenant.
C’est la fin d’un dîner. La table est en
désordre. Les officiers et les bohémiens
raclent de la guitare dans un coin de la taverne
et deux bohémiennes, au milieu de la scène,
dansent. Carmen est assise regardant danser
les bohémiennes, le lieutenant lui parle bas,
mais elle ne fait aucune attention à lui. Elle se
lève tout à coup et se met à chanter.
La taberna de Lillas Pastia. Mesas a izquierda
y derecha. Carmen, Mercédès, Frasquita, el
lugarteniente Zuniga, Morales y otro teniente.
Al final de la cena, con la mesa desordenada.
Los oficiales y los gitanos tocan la guitarra en
un rincón de la taberna y dos gitanas, en mitad
de la escena, bailan. Carmen está sentada,
viéndolas bailar, el teniente le habla en voz
baja, pero ella no le hace el menor caso. Se
levanta de repente y se pone a bailar.
Carmen
Les tringles des sistres tintaient
Avec un éclat métallique.
Et sur cette étrange musique
Les zingarellas se levaient.
Tambours de basque allaient leur train.
Et les guitares forcenées
Grinçaient sous des mains obstinées,
Même chanson, même refrain.
Tra la la la la la la, Tra la la la la.
(Sur ce refrain, les bohémiennes dansent.)
Carmen
Las barritas de los sistros tintineaban
con un sonido metálico
y con esta extraña música
se levantaban la gitanillas.
Las panderetas no cesaban
y las guitarras descontroladas
rechinaban bajo manos obstinadas,
la misma canción, el mismo estribillo.
Tra la la la la, tra la la la la la
(Con este estribillo bailan las gitanas.)
Carmen, Frasquita et Mercédès
Tra la la la la, Tra la la la la.
Carmen, Frasquita, Mercédès
Tra la la la la la, tra la la la la la la.
Carmen
Les anneaux de cuivre et d’argent
Reluisaient sur les peaux bistrées;
D’orange ou de rouge zébrées
Les étoffes flottaient au vent:
La danse au chant se mariait
D’abord indécise et timide.
Plus vive ensuite et plus rapide,
Cela montait, montait, montait!
Tra la la la la la la la, Tra la la la la la.
Carmen
Los anillos de cobre y de plata
relucían sobre las pieles morenas,
de naranja o de rojo listadas,
los mantones al viento flotaban;
la danza al canto se unía,
al principio indecisa y tímida,
luego más vivaz y más rápida,
iba subiendo, subiendo, subiendo…
Tra la la la la la la la, tra la la la la la.
Carmen, Frasquita et Mercédès
Tra la la la la, Tra la la la la.
Carmen, Frasquita, Mercédès
Tra la la la la la, tra la la la la la la.
Libreto 109
Carmen
Les bohémiens à tour de bras,
De leurs instruments faisaient rage,
Et cet éblouissant tapage,
Ensorcelait les zingaras!
Sous le rythme de la chanson,
Ardentes, folles, enfiévrées,
Elles se laissaient, enivrées,
Emporter par le tourbillon!
Tra la la la la la la, Tra la la la la.
Carmen
Los gitanos con todas las fuerzas
furiosamente tocaban sus instrumentos
y ese alboroto deslumbrador
¡embrujaba a las gitanas!
Al ritmo de la canción,
ardientes, locas, enfebrecidas,
se dejaban llevar,
embriagadas, por el torbellino.
Tra la la la la la, tra la la la la la la.
Carmen, Frasquita et Mercédès
Tra la la la la, Tra la la la la.
(Mouvement de danse très rapide, très violent.
Carmen elle-même danse et vient, avec
les dernières notes de l’orchestre, tomber
haletante sur un banc de la taverne. Après la
danse, Lillas Pastia se met à tourner autour
des officiers d’un air embarrassé.)
Carmen, Frasquita, Mercédès
Tra la la la la la, tra la la la la la la.
(Movimiento de danza muy rápido, incluso
frenético. Carmen también baila y termina, con
las últimas notas de la orquesta, dejándose
caer en uno de los bancos. Tras el baile, Lillas
Pastia da vueltas, incómodo, alrededor de los
oficiales.)
Zuniga
Vous avez quelque chose à nous dire, maître
Lillas Pastia?
Zuniga
¿Queréis decirnos algo, maese Lillas Pastia?
Pastia
Mon Dieu, messieurs…
Pastia
Por Dios, señores…
Moralès
Parle, voyons…
Moralès
Anda, dinos…
Pastia
Il commence à se faire tard ... et je suis,
plus que personne, obligé d’observer les
règlements. Monsieur le corrégidor étant assez
mal disposé à mon égard ... je ne sais pas
pourquoi il est mal disposé ...
Pastia
Se va haciendo tarde, y estoy obligado, más
que otros, a observar los reglamentos.
El señor corregidor no me tiene ninguna
simpatía… no sé porque la toma conmigo.
Zuniga
Je le sais très bien, moi. C’est parce que ton
auberge est le rendez-vous ordinaire de tous
les contrebandiers de la province.
Zuniga
Yo sí que lo sé. Es porque en vuestro
local se dan cita habitualmente todos los
contrabandistas del lugar.
Pastia
Que ce soit pour cette raison ou pour une
Pastia
Sea por esta o por otra razón, debo ir con
110 Libreto
autre, je suis obligé de prendre garde ... or, je
vous le répète, il commence à se faire tard.
cuidado… Os lo repito, se está haciendo tarde.
Moralès
Cela veut dire que tu nous mets à la porte!…
Moralès
¿Eso significa que nos echas de aquí?
Pastia
Oh! non, messieurs les officiers ... oh! non ... je
vous fais seulement observer que mon auberge
devrait être fermée depuis dix minutes …
Pastia
¡Oh, no, señores oficiales, no! Sólo os hago
saber que mi local debería estar cerrado desde
hace diez minutos.
Zuniga
Dieu sait ce qui s’y passe dans ton auberge
une fois qu’elle est fermée…
Zuniga
Dios sabe lo que ocurre en tu local una vez
cerrado.
Pastia
Oh! mon lieutenant …
Pastia
¡Oh, teniente!
Zuniga
Enfin, nous avons encore, avant l’appel, le
temps d’aller passer une heure au théâtre ...
vous y viendrez avec nous, n’est-ce pas, les
belles?
(Pastia fait signe aux bohémiennes de refuser.)
Zuniga
Bueno, queda tiempo antes del toque de
retreta para ir al teatro… Venid con nosotros,
¿os apetece, no es cierto, guapas?
(Pastia hace señal a las gitanas para que se
nieguen a ir.)
Frasquita
Non, messieurs les officiers, non, nous restons
ici, nous.
Frasquita
No, señores oficiales, nosotras nos quedamos
aquí.
Zuniga
Comment, vous ne viendrez pas
Zuniga
¿Cómo, no vais a venir?
Mercédès
C’est impossible ...
Mercédès
Es imposible.
Moralès
Mercédès!
Moralès
¡Mercédès!
Mercédès
Je regrette …
Mercédès
Lo siento.
Moralès
Frasquita! …
Moralès
¡Frasquita!
Libreto 111
Frasquita
Je suis désolée…
Frasquita
Me sabe mal.
Zuniga
Mais toi, Carmen, je suis bien sûr que tu ne
refuseras pas …
Zuniga
¿Y tú, Carmen, supongo que no te vas a
negar?
Carmen
C’est ce qui vous trompe, mon lieutenant ... Je
refuse et encore plus nettement qu’elles deux
si c’est possible …
(Pendant que le lieutenant parle à Carmen,
Moralès et les deux autres lieutenants
essayent de fléchir Frasquita et Mercédès.)
Carmen
Pues estáis muy equivocado, me niego e
incluso más que ellas, si fuera posible.
(Mientras el lugarteniente habla con Carmen,
Morales y el otro teniente intentan convencer a
Frasquita y Mercédès.
Zuniga
Tu m’en veux?
Zuniga
¿Estás molesta conmigo?
Carmen
Pourquoi vous en voudrais-je?
Carmen
¿Por qué motivo?
Zuniga
Parce qu’il y a un mois, j’ai eu la cruauté de
t’envoyer à la prison …
Zuniga
Porque hace un mes cometí la crueldad de
enviarte a la cárcel.
Carmen
(comme si elle ne se rappelait pas)
A la prison?
Carmen
(como si no lo recordara)
¿A la cárcel?
Zuniga
J’étais de service, je ne pouvais pas faire
autrement.
Zuniga
Estaba de servicio, no podía hacer otra cosa.
Carmen
(même jeu)
A la prison ... je ne me souviens pas d’être allée
à la prison …
Carmen
(igual)
A la cárcel, no recuerdo haber ido a la cárcel…
Zuniga
Je sais pardieu bien que tu n’y es pas allée ... le
brigadier qui était chargé de te conduire ayant
jugé à propos de te laisser échapper ... et de se
faire dégrader et emprisonner pour cela ...
Zuniga
Bien lo sé que no fuiste. El cabo encargado
de llevarte creyó oportuno dejarte escapar…
y conseguir que le degradaran y que le
encarcelasen por ello.
112 Libreto
Carmen
(sérieuse)
Dégrader et emprisonner? ...
Carmen
(seria)
¿Degradado y encarcelado?
Zuniga
Mon Dieu oui ... on n’a pas voulu admettre
qu’une aussi petite main ait été assez forte
pour renverser un homme...
Zuniga
¡Rediez, pues claro! No se tragaron que una
mano tan pequeña fuera tan fuerte como para
derribar a un hombre.
Carmen
Oh!
Carmen
¡Oh!
Zuniga
Cela n’a pas paru naturel …
Zuniga
No pareció en absoluto natural.
Carmen
Et ce pauvre garçon est redevenu simple
soldat?
Carmen
¿Y el pobre chico vuelve a ser soldado raso?
Zuniga
Oui ... et il a passé un mois en prison …
Zuniga
Sí, y se ha pasado un mes en prisión.
Carmen
Mais il en est sorti?
Carmen
¿Pero ya ha salido?
Zuniga
Depuis hier seulement!
Zuniga
Ayer mismo.
Carmen
(faisant claquer ses castagnettes)
Tout est bien, puisqu’il en est sorti, tout est
bien.
Carmen
(haciendo sonar las castañuelas)
Pues mejor, si ya ha salido, todo está bien.
Zuniga
À la bonne heure, tu te consoles vite …
Zuniga
¡Vaya, si que te consuelas rápido!
Carmen
(à part)
Et j’ai raison ...
(haut)
Si vous m’en croyez, vous ferez comme moi,
vous voulez nous emmener, nous ne voulons
pas vous suivre ... vous vous consolerez …
Carmen
(aparte)
Y tengo motivos.
(en voz alta)
Hacedme caso, y haced como yo: vosotros
queréis que os acompañemos, nosotras no: ¡a
consolarse tocan!
Libreto 113
Moralès
Il faudra bien.
(La scène est interrompue par un choeur
chanté dans la coulisse.)
Moralès
¡Qué remedio queda!
(La escena queda interrumpida por un coro
entre bastidores.)
Choeur
Vivat! Vivat le torero!
Vivat! Vivat Escamillo!
Jamais homme intrépide
N’a par un coup plus beau
D’une main plus rapide
Terrassé le taureau!
Vivat! Vivat! Vivat!
Coro
¡Viva! ¡Viva el torero!
¡Viva, viva Escamillo!
Nunca un hombre intrépido
abatió a un toro
con un golpe más bello
ni con mano más rápida.
¡Viva, viva, viva!
Zuniga
Qu’est-ce que c’est que ça?
Zuniga
¿Qué es eso?
Mercédès
Une promenade aux flambeaux …
Mercédès
Un paseo a la luz de las antorchas.
Moralès
Et qui promène-t-on?
Moralès
¿Y a quién pasean?
Frasquita
Je le reconnais ... c’est Escamillo ... un torero
qui s’est fait remarquer aux dernières courses
de Grenade et qui promet d’égaler la gloire de
Montes et de Pepe Illo …
Frasquita
Le conozco, es el Escamillo. Un torero que
destacó en la últimas corridas de Granada y
que promete igualar la gloria de Montes o de
Pepe Illo.
Zuniga
Pardieu, il faut le faire venir... nous boirons en
son honneur!
Zuniga
Caramba, es preciso que venga… ¡Beberemos
en su honor!
Moralès
C’est cela, je vais l’inviter.
(Il va à la fenêtre.)
Monsieur le torero ... voulez-vous nous faire
l’amitié de monter ici? Vous y trouverez des
gens qui aiment fort tous ceux qui, comme
vous, ont de l’adresse et du courage …
(Quittant la fenêtre.)
Il vient …
Moralès
Bien, voy a invitarle.
(Se acerca a la ventana.)
Señor torero, ¿queréis hacer el favor de venir
acá? Vais a encontrar gente que aprecia a
quien, como vos, tiene destreza y valor.
(Se separa de la ventana.)
Ya viene…
114 Libreto
Pastia
(suppliant)
Messieurs les officiers, je vous avais dit …
Pastia
(suplicando)
Señores oficiales, os había dicho que…
Zuniga
Ayez la bonté de nous laisser tranquilles, maître
Lillas Pastia, et faites-nous apporter de quoi
boire ...
Zuniga
Tened la bondad de dejarnos en paz, maese
Lillas Pastia, y que nos traigan de beber.
Choeur
Vivat! Vivat le torero!
Vivat! Vivat Escamillo!
Vivat! Vivat! vivat!
(Paraît Escamillo.)
Coro
¡Viva, viva el torero!
¡Viva, viva Escamillo!
¡Viva, viva, viva!
(Aparece Escamillo.)
Zuniga
Ces dames et nous, vous remercions d’avoir
accepté notre invitation; nous n’avons pas
voulu vous laisser passer sans boire avec vous
au grand art de la tauromachie.
Zuniga
Esas señoras y nosotros mismos os
agradecemos que hayáis aceptado la
invitación, queremos brindar con vos por el arte
poderoso de la tauromaquia.
Escamillo
Messieurs les officiers, je vous remercie.
Votre toast ... je peux vous le rendre,
Señors, Señors, car avec les soldats
Oui les toreros peuvent s’entendre,
Pour plaisirs ils ont les combats.
Le cirque est plein, c’est jour de fête,
Le cirque est plein du haut en bas.
Les spectateurs perdant la tête,
Les spectateurs s’interpellent à grands fracas:
Apostrophes, cris et tapage
Poussés jusques à la fureur.
Car c’est la fête du courage,
C’est la fête des gens de cour.
Allons en garde! Allons! Allons! Ah!
Toréador, en garde,
Toréador, toréador,
Et songe bien, oui songe en combattant
Qu’un œil noir te regarde
Et que l’amour t’attend.
Toréador, l’amour,
L’amour t’attend!
Escamillo
Señores oficiales, os lo agradezco.
Vuestro brindis… os lo devuelvo,
señores, señores, pues con los soldados
los toreros pueden entenderse, ya lo creo:
también placeres consideran los combates.
La plaza está llena, es día de fiesta,
la plaza revienta de tan llena.
Perdiendo las formas, los espectadores
se interpelan a grandes gritos:
hay insultos, gritos, alboroto
llevado todo hasta la ira.
Pues es la fiesta del valor,
es la fiesta de los valientes.
¡Vamos, en guardia, torero!
¡Ah! Toreador, en guardia,
toreador, toreador,
y piensa al torear, sí,
que un ojo negro te mira
y que el amor te espera.
Toreador, el amor,
el amor te espera.
Libreto 115
Tous
Toréador en garde,
Toréador, toréador
En combattant songe
qu’un œil noir te regarde
Et que l’amour t’attend,
Toréador, l’amour, l’amour t’attend!
Todos
Toreador, en guardia,
toreador, toreador,
y piensa al torear, sí,
que un ojo negro te mira
y que el amor te espera.
Toreador, el amor, el amor te espera
Escamillo
Tout d’un coup on fait silence;
On fait silence. Ah que se passe-t-il?
Plus de cris; c’est l’instant
Le taureau s’élance en bondissant hors du toril
…
Il s’élance, il entre, il frappe, un cheval roule
Entraînant un picador.
«Ah bravo toro!», hurle la foule.
Le taureau va ... il vient ... il vient et frappe
encor!
En secouant ses banderilles,
Plein de fureur, il court!
Le cirque est plein de sang;
On se sauve, on franchit les grilles;
C’est ton tour maintenant.
Allons en garde! Allons! Allons! Ah!
Toréador, en garde!
Toréador, toréador!
Et songe bien, oui songe en combattant
Qu’un oeil noir te regarde
Et que l’amour t’attend.
Toréador, l’amour,
l’amour t’attend!
Escamillo
De repente se hace el silencio,
todos callan, ¿qué sucede?
Nada de gritos, es el instante
en que el toro sale saltando del toril…
Se arranca, entra, embiste, un caballo
ha derribado y éste arrastra al picador.
«¡Ah, bravo, toro!», grita la multitud
El toro va y viene, y vuelve a embestir.
Sacudiendo las banderillas,
¡lleno de furor, corre!
El ruedo está lleno de sangre,
la gente se pone a salvo, salta la barrera;
entonces es tu turno.
¡Vamos, en guardia!
¡Ah! Toreador, en guardia,
toreador, toreador,
y piensa al torear, sí,
que un ojo negro te mira
y que el amor te espera.
Toreador, el amor,
el amor te espera.
Tous
Toréador en garde!
Toréador! Toréador!
En combattant songe qu’un oeil noir te regarde,
Et que l’amour t’attend.
Toréador, l’amour, l’amour t’attend!
Todos
Toreador, en guardia,
toreador, toreador,
y piensa al torear, sí, que un ojo negro te mira
y que el amor te espera.
Toreador, el amor, el amor te espera.
Mercédès
L’amour!
Mercédès
¡El amor!
116 Libreto
Escamillo
L’amour!
Escamillo
¡El amor!
Frasquita
L’amour!
Frasquita
¡El amor!
Escamillo
L’amour!
Escamillo
¡El amor!
Carmen
L’amour!
Carmen
¡El amor!
Escamillo
L’amour!
Escamillo
¡El amor!
Tous
Toréador, Toréador!
L’amour t’attend!
(On boit, on échange des poignées de main
avec le toréador.)
Todos
¡Toreador, toreador,
el amor, el amor te espera!
(Beben, estrechan la mano del torero.)
Pastia
Messieurs les officiers, je vous en prie.
Pastia
Señores oficiales, les ruego…
Zuniga
C’est bien, c’est bien, nous partons.
(Les officiers commencent à se préparer à
partir. - Escamillo se trouve près de Carmen.)
Zuniga
Muy bien, ya nos vamos.
(Los oficiales se disponen a marchar.
Escamillo se encuentra cerca de Carmen.)
Escamillo
Dis-moi ton nom, et la première fois que je
frapperai le taureau, ce sera ton nom que je
prononcerai.
Escamillo
Dime tu nombre y lo pronunciaré en la primera
estocada.
Carmen
Je m’appelle la Carmencita.
Carmen
Me llamo Carmencita.
Escamillo
La Carmencita?
Escamillo
¿Carmencita?
Carmen
Carmen, la Carmencita, comme tu voudras.
Carmen
Carmen, Carmencita, como queráis.
Libreto 117
Escamillo
Eh bien! Carmen ou la Carmencita, si je
m’avisais de t’aimer et d’être aimé de toi,
qu’est-ce que tu me répondrais?
Escamillo
Pues bien, Carmen o Carmencita, si te dijera
que quiero amarte y que me ames, ¿qué me
dirías?
Carmen
Je répondrais que tu peux m’aimer tout à ton
aise, mais que quant à être aimé de moi pour le
moment, il n’y faut pas songer!
Carmen
Contestaría que puedes amarme, si te place;
pero que yo te ame, de momento ni lo sueñes.
Escamillo
Ah!
Escamillo
¡Ah!
Carmen
C’est comme ça.
Carmen
Así es.
Escamillo
J’attendrai alors et je me contenterai d’espérer
…
Escamillo
Bien, pues me contentaré con esperar.
Carmen
Il n’est pas défendu d’attendre et il est toujours
agréable d’espérer.
Carmen
Esperar no está prohibido y siempre es
agradable.
Moralès
(à Frasquita et à Mercédès)
Vous ne venez pas décidément?
Moralès
(a Frasquita y Mercédès)
¿Seguro que no queréis venir?
Mercédès et Frasquita
(sur un nouveau signe de Pastia)
Mais non, mais non …
Mercédès, Frasquita
(ante las nuevas señas de Pastia)
Pues no, no.
Moralès
(à Zuniga)
Mauvaise campagne, lieutenant.
Moralès
(a Zuniga)
¡Mala compañía, teniente!
Zuniga
Bah! La bataille n’est pas encore perdue ...
(bas à Carmen)
Ecoute-moi, Carmen, puisque tu ne veux pas
venir avec nous, c’est moi qui dans une heure
reviendrai ici.
Zuniga
¡Bah! La batalla aún no está perdida.
(en voz baja, a Carmen)
Escúchame, Carmen, ya que no quieres venir,
seré yo quien vuelva dentro de una hora.
118 Libreto
Carmen
Ici?
Carmen
¿Aquí?
Zuniga
Oui, dans une heure ... après l’appel.
Zuniga
Sí, dentro de una hora, después de retreta.
Carmen
Je ne vous conseille pas de revenir …
Carmen
No te lo aconsejo.
Zuniga
(riant)
Je reviendrai tout de même.
(haut)
Nous partons avec vous, torero, et nous nous
joindrons au cortège qui vous accompagne.
Zuniga
(riéndose)
De todas formas volveré.
(en voz alta)
Nos vamos contigo, torero, y nos unimos al
cortejo que te acompaña.
Escamillo
C’est un grand honneur pour moi, je tâcherai
de ne pas m’en montrer indigne lorsque je
combattrai sous vos yeux.
(Tout le monde sort, excepté Carmen,
Frasquita, Mercédès et Lillas Pastia.)
Escamillo
Es un gran honor, procuraré no mostrarme
indigno cuando toree ante vosotros.
(Todos se van, menos Cramen, Frasquita,
Mercédès y Lillas Pastia.)
Frasquita
(à Pastia)
Pourquoi étais-tu si pressé de les faire partir
et pourquoi nous as-tu fait signe de ne pas les
suivre?
Frasquita
(a Pastia)
¿Por qué tenías tanta prisa en echarles?
¿Por qué nos hacías señal de quedarnos?
Pastia
Le Dancaïre et Le Remendado viennent
d’arriver ... ils ont à vous parler de vos affaires,
des affaires d’Egypte.
Pastia
El Dancaïre y el Remendado acaban de llegar.
Tienen que hablar de negocios con vosotras,
de los negocios de Egipto.
Carmen
Le Dancaïre et le Remendado?
Carmen
¿El Dancaïre y el Remendado?
Pastia
(ouvrant une porte et appelant du geste)
Oui, les voici ... tenez …
(Entrent Le Dancaïre et le Remendado. Pastia
ferme les portes, met les volets, etc.)
Pastia
(abriendo una puerta y haciéndoles pasar)
Sí, helos aquí. ¡Mirad!
(Entran el Dancaïre y el Remendado. Pastia
cierras puertas y contraventanas.)
Frasquita
Eh bien, les nouvelles?
Frasquita
¿Y cuáles son las noticias?
Libreto 119
Le Dancaïre
Pas trop mauvaises, les nouvelles; nous
arrivons de Gibraltar …
Dancaïre
No muy malas, justo llegamos de Gibraltar.
Le Remendado
Jolie ville, Gibraltar! ... On y voit des Anglais,
beaucoup d’Anglais, de jolis hommes les
Anglais; un peu froids, mais distingués.
Remendado
¡Bella ciudad, Gibraltar! Allí viven ingleses,
muchos ingleses; son bien parecidos esos
ingleses, un poco fríos, pero distinguidos.
Le Dancaïre
Remendado!
Dancaïre
¡Remendado!
Le Remendado
Patron?
Remendado
¿Patrón?
Le Dancaïre
(mettant la main sur son couteau)
Vous comprenez?
Dancaïre
(con la mano en la navaja)
¿Comprendes?
Le Remendado
Parfaitement, patron …
Remendado
Perfectamente, patrón.
Le Dancaïre
Taisez-vous, alors. Nous arrivons de Gibraltar,
nous avons arrangé, avec un patron de navire,
l’embarquement de marchandises anglaises.
Nous irons les attendre près de la côte, nous
en cacherons une partie dans la montagne
et nous ferons passer le reste. Tous nos
camarades ont été prévenus ... ils sont ici,
cachés, mais c’est de vous trois surtout dont
nous avons besoin ... vous allez partir avec
nous...
Dancaïre
Pues cállate. Ahora llegamos de Gibraltar,
hemos arreglado con un capitán de bajel el
embarque de mercancías inglesas.
Iremos a esperarles cerca de la costa,
ocultaremos una parte en la montaña e
introduciremos el resto. Los camaradas ya
están avisados… están aquí, escondidos, pero
tenemos necesidad de vosotras… así que vais
a venir con nosotros.
Carmen
(riant)
Pour quoi faire? Pour vous aider à porter des
ballots?…
Carmen
(riendo)
¿Para hacer qué? ¿Para ayudaros con los
bultos?
Le Remendado
Oh! Non ... faire porter des ballots à des dames
... ça ne serait pas distingué.
Remendado
¡Oh, no! Hacer cargar con los bultos a las
damas no sería distinguido.
Le Dancaïre
(menaçant)
Remendado?
Dancaïre
(amenazando)
Remendado…
120 Libreto
Le Remendado
Oui, patron.
Remendado
Sí, patrón…
Le Dancaïre
Nous ne vous ferons pas porter de ballots,
mais nous avons besoin de vous pour autre
chose. Nous avons en tête une affaire.
Dancaïre
No os haremos llevar los fardos, os
necesitamos para otra cosa.
Tenemos pensada una idea.
Mercédès et Frasquita
Est-elle bonne, dites-nous?
Mercédès, Frasquita
¿Y es buena?
Le Dancaïre
Elle est admirable, ma chère
Mais nous avons besoin de vous.
Dancaïre
Es admirable, preciosa,
pero por eso os necesitamos.
Le Remendado
Oui, nous avons besoin de vous!
Remendado
Sí, claro que os necesitamos.
Carmen
De nous?
Carmen
¿A nosotras?
Le Dancaïre
De vous!
Dancaïre
¡A vosotras!
Frasquita
De nous?
Frasquita
¿A nosotras?
Le Remendado
De vous!
Remendado
¡A vosotras!
Mercédès
De nous?
Mercédès
¿A nosotras?
Frasquita, Mercédès et Carmen
Quoi! Vous avez besoin de nous?
Frasquita, Mercédès, Carmen
¡Qué! ¿Tenéis necesidad de nosotras?
Le Remendado et Le Dancaïre
Oui, nous avons besoin de vous!
Car nous l’avouons humblement,
Et fort respectueusement,
Oui nous l’avouons humblement:
Quand il s’agit de tromperie,
De duperie, de volerie,
Il est toujours bon, sur ma foi,
Remendado, Dancaïre
¡Sí, os necesitamos!
Pues confesamos humildemente
y muy respetuosamente,
sí, con toda humildad confesamos
que, cuando se trata de engañar,
burlar o robar,
siempre es bueno, a fe,
Libreto 121
D’avoir les femmes avec soi,
Et sans elles,
Mes toutes belles,
On ne fait jamais rien de bien.
tener a las mujeres al lado.
Y sin ellas,
preciosas mías,
nunca se hace nada bueno.
Frasquita, Mercédès et Carmen
Quoi! Sans nous jamais rien de bien?
Frasquita, Mercédès, Carmen
¡Qué! ¿Sin nosotras no se hace nada bueno?
Le Dancaïre et Le Remendado
N’êtes vous pas de cet avis?
Dancaïre, Remendado
¿No estáis de acuerdo?
Frasquita, Mercédès et Carmen
Si fait, je suis de cet avis.
Si fait vraiment je suis de cet avis.
Frasquita, Mercédès, Carmen
¡Oh, claro que sí!
Por supuesto que estamos de acuerdo.
Tous les cinq
Quand il s’agit de tromperie,
De duperie, de volerie
Il est toujours bon sur ma foi
D’avoir les femmes avec soi.
Et sans elles,
les toutes belles,
On ne fait jamais rien de bien.
Los cinco
Cuando se trata de engañar,
burlar o robar,
siempre es bueno, a fe,
tener a las mujeres al lado.
Y sin ellas,
esas preciosas,
nunca se hace nada bueno.
Le Dancaïre
C’est dit alors, vous partirez.
Dancaïre
Dicho está, vendréis con nosotros.
Mercédès et Frasquita
Quand vous voudrez.
Mercédès, Frasquita
Cuando queráis.
Le Remendado
Mais tout de suite.
Remendado
Ahora mismo.
Carmen
Ah! Permettez, permettez.
(à Mercédès et à Frasquita)
S’il vous plaît de partir, partez.
Mais je ne suis pas du voyage;
Je ne pars pas ... je ne pars pas.
Carmen
¡Ah, por favor, un momento!
(a Mercédès y Frasquita)
Si queréis marcharos, marchaos,
pero yo no soy de la partida;
yo no me voy, no me voy.
Le Remendado et Le Dancaïre
Carmen, mon amour, tu viendras,
Et tu n’auras pas le courage
De nous laisser dans l’embarras.
Remendado, Dancaïre
Carmen, amor mío, ya lo creo que vendrás,
y no vas a tener el valor
de dejarnos en la estacada.
122 Libreto
Carmen
Je ne pars pas, je ne pars pas.
Carmen
Yo no me voy, no, no me voy.
Frasquita et Mercédès
Ah! Ma Carmen tu viendras!
Frasquita, Mercédès
¡Ah, Carmen, claro que vendrás!
Le Dancaïre
Mais au moins la raison, Carmen tu la diras?
Dancaïre
¿Se puede saber al menos la razón?
Frasquita, Mercédès, Le Dancaïre
et Le Remendado
La raison! La raison! La raison! La raison!
Frasquita, Mercédès, Remendado,
Dancaïre
¿Por qué razón? ¿Cuál es la razón?
Carmen
Je la dirai certainement.
Carmen
Ahora os lo digo.
Le Dancaïre, Le Remendado, Frasquita
et Mercédès
Voyons! Voyons! Voyons! Voyons!
Frasquita, Mercédès, Remendado,
Dancaïre
¡Veamos, veamos, veamos, veamos!
Carmen
La raison c’est qu’en ce moment ...
Carmen
La razón es que en este momento…
Le Dancaïre et Le Remendado
Eh bien?
Dancaïre, Remendado
¿Qué?
Frasquita et Mercédès
Eh bien?
Frasquita, Mercédès
¿Qué?
Carmen
Je suis amoureuse.
Carmen
Estoy enamorada.
Le Dancaïre et Le Remendado
Qu’a-t-elle dit? Qu’a-t-elle dit?
Dancaïre, Remendado
¿Qué ha dicho, qué ha dicho?
Frasquita et Mercédès
Elle dit qu’elle est amoureuse!
Frasquita, Mercédès
¡Que está enamorada!
Le Dancaïre, Le Remendado, Frasquita
et Mercédès
Amoureuse! Amoureuse!
Frasquita, Mercédès, Remendado,
Dancaïre
¡Enamorada, enamorada!
Le Dancaïre
Voyons, Carmen, sois sérieuse.
Dancaïre
Veamos, Carmen, un poco de seriedad.
Libreto 123
Carmen
Amoureuse à perdre l’esprit.
Carmen
Locamente enamorada.
Le Dancaïre et Le Remendado
La chose certes nous étonne,
Mais ce n’est pas le premier jour
Où vous aurez su, ma mignonne.
Faire marcher de front le devoir et l’amour.
Dancaïre, Remendado
La cosa ciertamente nos asombra,
pero no es la primera vez
que has sabido, preciosilla,
compaginar el deber y el amor.
Carmen
Mes amis, je serais fort aise
De pouvoir partir avec vous ce soir,
Mais cette fois, ne vous déplaise,
Il faudra que l’amour passe avant le devoir.
Carmen
Amigos míos, ya me gustaría
poder partir con vosotros esta noche,
pero esta vez, si no os molesta,
el amor va a pasar delante del deber.
Le Dancaïre
Ce n’est pas là ton dernier mot?
Dancaïre
¿Es tu última palabra?
Carmen
Absolument.
Carmen
Absolutamente.
Le Remendado
Il faut que tu te laisses attendrir.
Remendado
Deberías dejarte ablandar.
Tous les quatre
Il faut venir, Carmen, il faut venir.
Pour notre affaire,
C’est nécessaire,
Car entre nous ...
Los cuatro
¡Tienes que venir, Carmen, tienes que venir!
Para nuestro negocio
nos es preciso,
pues entre nosotros…
Carmen
Quant à cela, je l’admets avec vous.
Carmen
Eso lo admito.
Tous les cinq
Quand il s’agit de tromperie,
De duperie, de volerie, etc.
Los cinco
Cuando se trata de engañar,
burlar o robar, etc.
Le Dancaïre
En voilà assez; je t’ai dit qu’il fallait venir, et tu
viendras … je suis le chef …
Dancaïre
¡Basta ya! Te he dicho que vengas y vendrás,
yo soy quien manda aquí.
Carmen
Comment dis-tu ça?
Carmen
¿Qué has dicho?
124 Libreto
Le Dancaïre
Je te dis que je suis le chef …
Dancaïre
Digo que soy yo quien manda.
Carmen
Et tu crois que je t’obéirai?
Carmen
¿Y piensas que voy a obedecerte?
Le Dancaïre
(furieux)
Carmen! …
Dancaïre
(furioso)
¡Carmen!
Carmen
(très calme)
Eh bien!
Carmen
(con mucha calma)
¿Qué?
Le Remendado
(se jetant entre Le Dancaïre et Carmen)
Je vous en prie ... des personnes si distinguées
…
Remendado
(interponiéndose entre ellos)
Por favor, unas personas tan distinguidas…
Le Dancaïre
(envoyant un coup de pied que Le Remendado
évite)
Attrape ça, toi …
Dancaïre
(dándole un puntapié que Remendado evita)
¿Qué te parece esto?
Le Remendado
(se redressant)
Patron
Remendado
(enderezándose)
Patrón…
Le Dancaïre
Qu’est-ce que c’est?
Dancaïre
¿Qué?
Le Remendado
Rien, patron!
Remendado
Nada, patrón.
Le Dancaïre
Amoureuse ... ce n’est pas une raison, cela.
Dancaïre
¡Enamorada! ¡Esto no es una razón!
Le Remendado
Le fait est que ce n’en est pas une ... moi aussi
je suis amoureux et ça ne m’empêche pas de
me rendre utile.
Remendado
La verdad es que no es razón, yo también estoy
enamorado y esto no me impide ser útil.
Carmen
Partez sans moi … j’irai vous rejoindre demain,
mais pour ce soir je reste…
Carmen
Partid sin mí. Ya vendré a buscaros mañana.
Pero esta noche me quedo.
Libreto 125
Frasquita
Je ne t’ai jamais vue comme cela; qui attends-tu
donc?…
Frasquita
Nunca te había visto así. ¿A quién esperas?
Mercédès
Ce soldat qui était en prison?
Mercédès
¿Al soldado que estaba en prisión?
Carmen
Oui
Carmen
Sí.
Frasquita
Et à qui, il y a quinze jours, le geôlier a remis de
ta part un pain dans lequel il y avait une pièce
d’or et une lime?
Frasquita
¿El que hace dos semanas recibió del
carcelero de tu parte un pan que dentro llevaba
una moneda de oro y una lima?
Carmen
(remontant vers la fenêtre)
Oui.
Carmen
(acercándose a la ventana)
Sí.
Le Dancaïre
Il s’en est servi de cette lime?
Dancaïre
¿Y al final la usó, esa lima?
Carmen
Non.
Carmen
No.
Le Dancaïre
Tu vois bien! Ton soldat aura eu peur d’être
puni plus rudement qu’il ne l’avait été; ce soir
encore il aura peur … tu auras beau entr’ouvrir
les volets et regarder s’il vient, je parierais qu’il
ne viendra pas.
Dancaïre
Ya ves, tu soldado tuvo miedo de ser castigado
más severamente. Y esta noche también tendrá
miedo y no vendrá, por mucho que abras las
contraventanas y espíes su llegada. Me juego
lo que quieras a que no vendrá.
Carmen
Ne parie pas, tu perdrais …
Carmen
No apuestes, que vas a perder.
José
(la voix très éloignée)
Halte-là!
Qui va là?
Dragon d’Alcala …
José
(voz lejana)
¡Alto!
¿Quién va?
Dragón de Alcalá.
Carmen
Écoutez! Le voilà!
Carmen
¿Habéis oído? Ya viene.
José
Où t’en vas-tu par là,
José
¿A dónde vas por estos andurriales,
126 Libreto
Dragon d’Alcala!
Moi je m’en vais faire
Mordre la poussière
À mon adversaire.
S’il en est ainsi,
Passez mon ami.
Affaire d’honneur,
Affaire de cour,
Pour nous tout est là.
Dragon d’Alcala!
(Carmen, Le Dancaïre, le Remendado,
Mercédès et Frasquita, par les volets
entr’ouverts, regardent venir Don José.)
dragón de Alcalá?
¿Yo? Voy a hacer
que muerda el polvo
mi adversario.
Si es así,
pasad, amigo mío,
asunto de honor,
asunto del corazón,
para nosotros eso lo es todo,
¡dragones de Alcalá!
(Carmen, el Dancaïre, Remendado, Mercédès
y Frasquita por las contraventanas medio
abiertas ven acercarse a Don José.)
Mercédès
C’est un dragon, ma foi.
Mercédès
¡Es un dragón, a fe mía!
Frasquita
Et un beau dragon.
Frasquita
Un guapo dragón.
Le Dancaïre
(à Carmen)
Eh bien, puisque tu ne veux venir que demain,
sais-tu au moins ce que tu devrais faire?
Dancaïre
(a Carmen)
Bien, puesto que no vendrás hasta mañana,
¿sabes al menos qué tienes que hacer?
Carmen
Qu’est-ce que je devrais faire?
Carmen
¿Qué debería hacer?
Le Dancaïre
Tu devrais décider ton dragon à venir avec toi
et à se joindre à nous.
Dancaïre
Convencer a tu dragón para que venga contigo
y se nos una.
Carmen
Ah! ... Si cela se pouvait! ... mais il n’y faut pas
penser ce sont des bêtises . . . il est trop niais.
Carmen
¡Ah, si fuera posible! Pero no vale la pena
pensarlo, es demasiado ingenuo.
Le Dancaïre
Pourquoi l’aimes-tu puisque tu conviens toimême …
Dancaïre
¿Y por qué le amas, si tú misma consideras…?
Carmen
Parce qu’il est joli garçon donc et qu’il me plaît.
Carmen
Porque es muy guapo y me gusta.
Libreto 127
Le Remendado
(avec fatuité)
Le patron ne comprend pas ça, lui … qu’il
suffise d’être joli garçon pour plaire aux femmes
…
Remendado
(con fatuidad)
El patrón eso no lo entiende… que baste ser
guapo para gustar a las mujeres…
Le Dancaïre
Attends un peu, toi, attends un peu …
(Le Remendado se sauve et sort. Le Dancaïre
le poursuit et sort à son tour entraînant
Mercédès et Frasquita qui essaient de le
calmer.)
Dancaïre
¡Espera y verás, tú!
(El Remendado se escabulle y sale. El
Dancaïre le persigue y también sale, con
Mercédès y Frasquita detrás, que intentan
calmarle.)
José
(la voix beaucoup plus rapprochée)
Halte-là!
Qui va là?
Où t’en vas-tu par là,
Dragon d’Alcala?
Exact et fidèle,
je vais où m’appelle
L’amour de ma belle.
S’il en est ainsi,
Passez mon ami,
Affaire d’honneur,
Affaire de coeur,
Pour nous tout est là.
Dragons d’Alcala!
José
(voz más próxima)
¡Alto!
¿Quién va?
¿A dónde vas por estos andurriales,
dragón de Alcalá?
Exacto y fiel,
voy a donde me llama
el amor de mi guapa moza.
Si es así,
pasad, amigo mío,
asunto de honor,
asunto del corazón,
para nosotros eso lo es todo,
¡dragones de Alcalá!
Carmen
Enfin ... te voilà ... C’est bien heureux!
Carmen
¡Por fin aquí! ¡Eso sí que es una alegría!
José
Il y a deux heures seulement que je suis sorti
de prison.
José
Sólo hace dos horas que he salido de la
prisión.
Carmen
Qui t’empêchait de sortir plus tôt? Je t’avais
envoyé une lime et une pièce d’or ... avec la
lime il fallait scier le plus gros barreau de ta
prison ... avec la pièce d’or il fallait, chez le
premier fripier venu, changer ton uniforme pour
un habit bourgeois.
Carmen
¿Qué te impedía salir antes? Te hice llegar
una lima y una moneda de oro. La lima para
el barrote más grueso de la celda; la moneda
para que el primer chamarilero que encontraras
te cambiara el uniforme por un traje de
burgués.
128 Libreto
José
En effet, tout cela était possible.
José
Sí, todo eso era posible.
Carmen
Pourquoi ne l’as-tu pas fait?
Carmen
¿Y por qué no lo hiciste?
José
Que veux-tu? J’ai encore mon honneur de
soldat, et déserter me semblerait un grand
crime ... Oh! Je ne t’en suis pas moins
reconnaissant... Tu m’as envoyé une lime et une
pièce d’or ... La lime me servira pour affiler ma
lance et je la garde comme souvenir de toi.
(Lui tendant la pièce d’or.)
Quant à l’argent …
José
¿Qué quieres? Aún conservo mi honor de
soldado, desertar me parecería un gran
crimen… ¡Oh, no es que no lo agradezca! Me
enviaste una lima y una moneda de oro… La
lima me servirá para afilar mi lanza y la voy a
guardar como recuerdo tuyo.
(dándole la moneda de oro)
En cuanto al dinero…
Carmen
Tiens, il l’a gardé … Ça se trouve à merveille …
(criant et frappant)
Holà! … Lillas Pastia, holà! … nous mangerons
tout, tu me régales ... Holà! Holà!
(Entre Pastia.)
Carmen
¡Vaya, la conserva! Nos irá de perilla.
(gritando y dando golpes)
¡Eh! ¡Lillas Pastia! Vamos a comer de todo, tú
invitas… ¡Eh! ¡Vamos!
(Entra Pastia.)
Pastia
(l’empêchant de crier)
Prenez donc garde …
Pastia
(impidiéndole gritar)
¡Más cuidado!
Carmen
(lui jetant la pièce)
Tiens, attrape ... et apporte-nous des fruits
confits; apporte-nous des bonbons, des
oranges, apporte-nous du Manzanilla ...
apporte-nous de tout ce que tu as, de tout, de
tout …
Carmen
(tirándole la moneda)
¡Tómala! Y tráenos fruta confitada, trae dulces,
naranjas, trae manzanilla… todo lo que tengas,
trae de todo, ¡de todo!
Pastia
Tout de suite, Mademoiselle Carmencita.
Pastia
En seguida, señorita Carmencita.
Carmen
(à José)
Tu m’en veux alors et tu regrettes de t’être fait
mettre en prison pour mes beaux yeux?
Carmen
(a Don José)
¿Me reprochas que te hayas visto encerrado
en la cárcel por mis bellos ojos?
Libreto 129
José
Quant à cela non, par exemple.
José
No, en absoluto.
Carmen
Vraiment?
Carmen
¿De veras?
José
L’on m’a mis en prison, l’on m’a ôté mon grade,
mais ça m’est égal.
José
Me metieron en prisión, me han degradado,
pero da igual.
Carmen
Parce que tu m’aimes?
Carmen
¿Es porque me amas?
José
Oui, parce que je t’aime, parce que je t’adore.
José
Sí, porque te quiero, porque te adoro.
Carmen
(mettant ses deux mains dans les mains de
José)
Je paie mes dettes ... c’est notre loi à nous
autres bohémiennes ... Je paie mes dettes, je
paie mes dettes …
(Rentre Lillas Pastia apportant sur un plateau
des oranges, des bonbons, des fruits confits,
du Manzanilla.)
Mets tout cela ici … un seul coup, n’aie pas
peur …
(Pastia obéit et la moitié des objets roule par
terre.)
Ça ne fait rien, nous ramasserons tout cela
nous-mêmes. Sauve-toi maintenant, sauve-toi,
sauve-toi.
(Pastia sort.)
Mets-toi là et mangeons de tout! De tout! De
tout!
(Elle est assise; Don José s’assied en face
d’elle.)
Carmen
(con las manos entre las de Don José)
Yo pago mis deudas, es la ley de las gitanas…
Pago mis deudas ¿sabes?
(Vuelve Lillas Pastia con una bandeja de
naranjas, dulces, frutas, manzanilla.)
Ponlo todo aquí. Todo de una vez, sin miedo.
(Pastia obedece y la mitad de las cosas caen
al suelo rodando.)
No importa, ya lo recogemos nosotros,
ya te puedes ir, vamos, ¡vete!
(Pastia se va.)
Tú siéntate aquí y comamos. Nos lo
comeremos todo.
(Está sentada y Don José se sienta enfrente.)
José
Tu croques les bonbons comme un enfant de
six ans …
José
Comes los dulces como una niña de seis años.
Carmen
C’est que je les aime ... Ton lieutenant était ici
Carmen
Es que me gustan… Tu teniente ha estado aquí
130 Libreto
tout à l’heure, avec d’autres officiers, il nous ont
fait danser la Romalis …
hace poco con otros oficiales, nos han hecho
bailar la romalí…
José
Tu as dansé?
José
¿Y tú has bailado?
Carmen
Oui; et quand j’ai eu dansé, ton lieutenant s’est
permis de me dire qu’il m’adorait ...
Carmen
Sí, y cuando terminé tu teniente se permitió
decir que me adoraba.
José
Carmen!
José
¡Carmen!
Carmen
Qu’est-ce que tu as? ... Est-ce que tu serais
jaloux, par hasard?
Carmen
¿Qué te pasa? No me digas que estás
celoso…
José
Mais certainement, je suis jaloux …
José
Pues claro que lo estoy.
Carmen
Ah bien! Canari, va! Tu es un vrai canari d’habit
et de caractère ... allons, ne te fâche pas ...
pourquoi es-tu jaloux? Parce que j’ai dansé tout
à l’heure pour ces officiers ... Eh bien, si tu le
veux, je danserai pour toi maintenant, pour toi
seul.
Carmen
¡Vamos, tontorrón! Mira que eres bobo, vamos,
no te enfades. ¿Por qué estás celoso? Porque
ha bailado hace un rato para los oficiales…
Bueno, pues si quieres ahora bailaré sólo para
ti.
José
Si je le veux, je crois bien que je le veux …
José
Si lo quiero… ¡pues claro que sí!
Carmen
Où sont mes castagnettes? ... Qu’est-ce que
j’ai fait de mes castagnettes?
(en riant)
C’est toi qui me les a prises, mes
castagnettes?
Carmen
¿Dónde están mis castañuelas?
¿Dónde las he dejado?
(riendo)
¿Me has quitado tú las castañuelas?
José
Mais non!
José
¡Claro que no!
Carmen
(tendrement)
Mais si, mais si ... je suis sûre que c’est toi ... ah
bah! En voilà des castagnettes.
Carmen
(tiernamente)
Sí, sí, seguro que has sido tú… Bueno, pues
aquí tenemos otras.
Libreto 131
(Elle casse une assiette, avec deux morceaux
de faïence se fait des castagnettes et les
essaie.)
Ah! Ça ne vaudra jamais mes castagnettes …
Où sont-elles donc?
(Rompe un plato y con dos trozos de
porcelana se hace unas castañuelas y las
prueba.)
¡Ah, no serán para nada como las mías! Pero
¿dónde están?
José
(trouvant les castagnettes sur la table à droite)
Tiens, les voici.
José
(encontrándo las castañuelas sobre la mesa
de al lado)
Toma, aquí las tenías.
Carmen
(riant)
Ah! Tu vois bien ... c’est toi qui les avais prises
...
Carmen
(riendo)
¡Ah, lo ves! Me las habías quitado tú.
José
Ah! Que je t’aime, Carmen, que je t’aime!
José
¡Ah, cómo te quiero! ¡Carmen, te amo!
Carmen
Je l’espère bien.
Je vais danser en votre honneur
Et vous verrez, seigneur,
Comment je sais moi-même accompagner ma
danse,
Mettez-vous là, Don José, je commence.
La la la la la la la la la la la la …
(Elle fait asseoir Don José dans un coin du
théâtre. Petite danse. Carmen du bout des
lèvres fredonne un air qu’elle accompagne
avec ses castagnettes. Don José la dévore
des yeux. On entend au loin, très loin, des
clairons qui sonnent la retraite. Don José prête
l’oreille. Il croit entendre les clairons, mais
les castagnettes de Carmen claquent très
bruyamment. Don José s’approche de Carmen,
lui prend le bras, et l’oblige à s’arrêter.)
Carmen
Eso espero.
Bailaré en tu honor,
y ya verás, señor mío,
cómo me sé acompañar yo solita;
poneos allí, Don José, que empiezo.
La la la la la la la la…
(Le hace sentar en un rincón de la sala.
Pequeña danza. Carmen tararea una
melodía entre dientes que acompaña con
las castañuelas. Don José la devora con los
ojos. Lejos, muy lejos, se oyen los cornetines
que tocan a retreta. Don José le presta
atención. Cree oír el toque de retreta, pero las
castañuelas de Carmen suenan ardientemente.
Don José se acerca a Carmen, la toma del
brazo y la obliga a detener el baile.)
José
Attends un peu, Carmen, rien qu’un moment,
arrête.
José
Espera un poco, Carmen, sólo un momento.
Carmen
Et pourquoi, s’il te plaît?
Carmen
¿Y para qué, si se puede saber?
132 Libreto
José
Il me semble, là-bas …
Oui, ce sont nos clairons qui sonnent la retraite.
Ne les entends-tu pas?
José
Me parece que allí fuera…
Sí, son los cornetines del toque de retreta.
¿No los oyes?
Carmen
Bravo! Bravo! J’avais beau faire …
Il est mélancolique de danser sans orchestre.
Et vive la musique qui nous tombe du ciel!
La la la la la la la la la la …
(Elle reprend sa chanson qui rythme sur la
retraite sonnée au dehors par les clairons.
Carmen se remet à danser et Don José se
remet à regarder Carmen. La retraite approche,
approche... approche... passe sous les fenêtres
de l’auberge … puis s’éloigne … Le son des
clairons va s’affaiblissant. Nouvel effort de Don
José pour s’arracher à cette contemplation de
Carmen ... Il lui prend le bras et l’oblige encore
à s’arrêter.)
Carmen
¡Bravo! Ya puedo esforzarme, ya…
Resulta triste bailar sin orquesta,
así que ¡viva la música que nos cae del cielo!
La la la la la la la la la…
(Retoma la canción acompasándola al toque
de retreta que fuera tocan los cornetines. Se
pone a bailar de nuevo y Don José la mira
otra vez embelesado. La retreta se acerca,
se acerca más y más, pasa bajo las ventanas
del local, luego se aleja. El son de clarines
se aleja. Nuevo esfuerzo de Don José para
sustraerse a la contemplación de Carmen.
La toma del brazo y la obliga a detenerse de
nuevo.)
José
Tu ne m’a pas compris … Carmen, c’est la
retraite ...
Il faut que, moi, je rentre au quartier pour
l’appel.
(Le bruit de la retraite cesse tout à coup.)
José
No me has entendido, Carmen, es la retreta…
Debo volver al cuartel para pasar lista.
(El toque de la retreta cesa de repente.)
Carmen
(regardant Don José qui remet sa giberne et
rattache le ceinturon de son sabre)
Au quartier! Pour l’appel!
Ah! j’étais vraiment trop bête!
Je me mettais en quatre et je faisais des frais
Pour amuser monsieur, je chantais ... je dansais.
Je crois, Dieu me pardonne,
Qu’un peu plus, je l’aimais
Ta ta ta ta, c’est le clairon qui sonne!
Il part! Il est parti!
Va-t’en donc, canari.
(Avec fureur, lui envoyant son shako à la
volée.)
Prends ton shako, ton sabre, ta giberne.
Et va-t’en, mon garçon,
Carmen
(mirando a Don José, que se está poniendo la
cartuchera y el cinturón de su sable)
¡Al cuartel!
¿Para pasar lista?
¡Ah, pero que tonta que soy!
Me desvivo para distraer al señor
cantando y bailando para él…
¡Incluso creo, Dios me perdone,
que estaba a punto de amarle!
¡Ta ra ta ta, suena la corneta!
¡Y se va, ya se ha ido!
¡Anda, pues, vete, idiota!
(con furia, lanzándole el chacó)
Toma tu chacó, el sable y la cartuchera
y vete, mozuelo,
Libreto 133
Va-t’en,
Retourne à ta caserne.
anda, vete,
vuelve al cuartel.
José
C’est mal à toi, Carmen, de te moquer de moi;
Je souffre de partir ... car jamais,
Jamais femme,
Jamais femme avant toi
Non, non jamais, jamais femme avant toi
Aussi profondément n’avait troublé mon âme.
José
No está bien, Carmen, que te burles de mí;
me disgusta partir, porque nunca,
nunca mujer alguna,
ninguna mujer antes que tú,
nunca mujer alguna antes que tú
había perturbado mi alma tan hondamente.
Carmen
Il souffre de partir
Car jamais femme avant moi
Aussi profondément
N’avait troublé son âme!
Ta ta ta ta, mon Dieu ... c’est la retraite.
Ta ra ta ta, je vais être en retard,
Ô mon Dieu, ô mon Dieu c’est la retraite!
Je vais être en retard. Il perd la tête.
Il court, et voilà son amour.
Carmen
Le disgusta partir,
porque ninguna otra mujer antes que yo
había perturbado su alma
tan hondamente.
¡Ta ra ta ta, Dios mío, la retreta!
¡Ta ra ta ta, voy a llegar tarde!
¡Dios mío, es la retreta!
Llegaré tarde. Pierde la cabeza,
corre, ¡hete aquí su amor!
José
Ainsi tu ne crois pas à mon amour?
José
¿Acaso no crees en mi amor?
Carmen
Mais non!
Carmen
¡Claro que no!
José
Eh bien! Tu m’entendras.
José
Pues ahora me vas a escuchar.
Carmen
Je ne veux rien entendre …
Carmen
No quiero escuchar nada.
José
Tu m’entendras!
José
¡Me escucharás!
Carmen
Tu vas te faire attendre!
Non! Non! Non! Non!
Carmen
Vas a hacer tarde.
¡No, no, no y no!
José
(violemment)
Tu m’entendras! Oui, tu m’entendras!
José
(violentamente)
¡Me escucharás! ¡Ya lo creo!
134 Libreto
Je le veux, Carmen, tu m’entendras!
(De la main gauche il a saisi brusquement
le bras de Carmen; de la main droite, il va
chercher sous sa veste d’uniforme la fleur de
cassie que Carmen lui a jetée au premier acte.
Il montre cette fleur à Carmen.)
La fleur que tu m’avais jetée,
Dans ma prison m’était restée,
Flétrie et sèche, cette fleur
Gardait toujours sa douce odeur;
Et pendant des heures entières,
Sur mes yeux fermant mes paupières
De cette odeur je m’enivrais
Et dans la nuit je te voyais.
Je me prenais à te maudire
À te détester, à me dire:
Pourquoi faut-il que le destin
L’ait mise là sur mon chemin?
Puis je m’accusais de blasphème
Et je ne sentais en moi-même
Qu’un seul désir, un seul espoir,
Te revoir, ô Carmen, oui te revoir! …
Car tu n’avais eu qu’à paraître,
Qu’à jeter un regard sur moi
Pour t’emparer de tout mon être,
Ô ma Carmen.
Et j’étais une chose à toi.
Carmen, je t’aime!
¡Quiero que me escuches, Carmen, y lo harás!
(Con la mano izquierda le coge bruscamente
el brazo; con la derecha, busca debajo de la
casaca la flor de casia que Carmen le había
lanzado en el primer acto. Le muestra la flor.)
La flor que me lanzaste
tuve en la cárcel junto a mí,
marchita y seca, esta flor
ha conservado, su dulce olor;
durante horas enteras
sobre mis ojos, cerrando los párpados,
con su perfume me embriagaba
y en la noche te veía.
Y entonces te maldecía,
te detestaba y me decía a mí mismo:
¿Por qué razón el destino
la ha puesto en medio de mi camino?
Luego me acusaba de blasfemo
y sólo sentía en mí
un único deseo, una sola esperanza,
¡volverte a ver, Carmen, sí, verte de nuevo!
Porque en cuanto apareciste
y me lanzaste una mirada,
te apoderaste totalmente de mí,
¡oh, Carmen!
Y ya soy parte de ti,
¡Carmen, te quiero!
Carmen
Non, tu ne m’aimes pas.
Carmen
No, tu no me quieres.
José
Que dis-tu?
José
¿Qué dices?
Carmen
Non, tu ne m’aimes pas, non!
Car si tu m’aimais,
Là-bas, là-bas tu me suivrais.
Carmen
¡No, tú no me amas! ¡No!
Porque si me quisieras,
vendrías conmigo allí abajo.
José
Carmen!
José
¡Carmen!
Libreto 135
Carmen
Oui! Là-bas, là-bas dans la montagne …
Carmen
Sí, allí, a la montaña…
José
Carmen!
José
¡Carmen!
Carmen
Là-bas, là-bas tu me suivrais,
Sur ton cheval tu me prendrais,
Et comme un brave à travers la campagne,
En croupe, tu m’emporterais.
Là-bas, là-bas dans la montagne …
Carmen
Me seguirías hasta allí,
me subirías a tu caballo,
y como un valiente campo a través
me llevarías en la grupa,
allí, a la montaña…
José
Carmen!
José
¡Carmen!
Carmen
Là-bas, là-bas tu me suivrais.
Tu me suivrais, si tu m’aimais.
Tu n’y dépendrais de personne,
Point d’officier à qui tu doives obéir,
Et point de retraite qui sonne
Pour dire à l’amoureux qu’il est temps de partir.
Le ciel ouvert, la vie errante,
Pour pays l’univers, et pour loi ta volonté,
Et surtout la chose enivrante,
La liberté! La liberté!
Carmen
Hasta allí me seguirías,
me seguirías, si me amaras.
Sin depender de nadie,
sin tener que obedecer a ningún oficial,
y no habría toque de retreta que sonara
para decir al enamorado que debe marcharse.
El cielo abierto, la vida errante,
por país el universo, por ley la libertad,
y ante todo la cosa más embriagadora,
la libertad, ¡la libertad!
José
Mon Dieu!
José
¡Dios mío!
Carmen
Là-bas, là-bas dans la montagne …
Carmen
Allí, allí, a la montaña…
José
Carmen!
José
¡Carmen!
Carmen
Là-bas, là-bas, si tu m’aimais …
Carmen
Allí, si me amaras…
José
Tais-toi!
José
¡Cállate!
136 Libreto
Carmen
Là-bas, là-bas tu me suivrais!
Sur ton cheval tu me prendrais,
Et comme un brave à travers la campagne,
Oui, tu m’emporterais
Si tu m’aimais!
Carmen
Allí me seguirías,
me subirías a caballo,
y como un valiente, campo a través,
te me llevarías,
si me quisieras…
José
Ah! Carmen, hélas, tais-toi! Tais-toi!
Mon Dieu! Hélas! Hélas! Pitié! Carmen!
Pitié! Ô mon Dieu! Hélas!
José
¡Ah, Carmen! ¡Ay, calla! ¡Calla! ¡Dios mío!
¡Ay! ¡Ay, piedad! ¡Carmen! ¡Piedad!
¡Oh, Dios mío! ¡Ay!
Carmen
Oui, n’est-ce pas?
Là-bas, là-bas tu me suivras.
Là-bas, là-bas tu me suivras.
Tu m’aimes et tu me suivras.
Là-bas, là-bas emporte-moi!
Carmen
Sí, ¿verdad?
Me vas a seguir hasta allí, ¿verdad?
Me seguirás a la montaña,
me quieres y me seguirás.
¡Llévame allí!
José
Ah! Tais-toi! Tais-toi!
(S’arrachant brusquement des bras de
Carmen.)
Non, je ne veux plus t’écouter
Quitter mon drapeau ... déserter
C’est la honte, c’est l’infamie,
je n’en veux pas!
José
¡Ah, cállate! ¡Calla!
(Deshaciéndose bruscamente del abrazo de
Carmen.)
¡No, no quiero escucharte más!
Abandonar mi bandera, desertar,
es la vergüenza, es la infamia.
¡No, no quiero!
Carmen
Eh bien, pars!
Carmen
Pues vete.
José
Carmen, je t’en prie.
José
¡Carmen, te lo ruego!
Carmen
Non, je ne t’aime plus, va! Je te hais!
Carmen
No, ¡ya no te quiero, vete! ¡Te odio!
José
Écoute! Carmen!
José
¡Escucha, Carmen!
Carmen
Adieu! Mais adieu pour jamais.
Carmen
¡Adiós! ¡Adiós para siempre!
Libreto 137
José
Eh bien, soit! ... Adieu, adieu pour jamais.
José
Muy bien, pues ¡adiós para siempre!
Carmen
Va-t’en!
Carmen
¡Vete!
José
Carmen! Adieu, adieu pour jamais!
José
¡Adiós, Carmen! ¡Adiós para siempre!
Carmen
Adieu!
(Il va en courant jusqu’à la porte... Au moment
où il y arrive, on frappe... Don José s’arrête.
Silence. On frappe encore.)
Carmen
¡Adiós!
(Va corriendo hacia la puerta, al llegar a ella,
llaman. Don José se detiene. Silencio, Vuelven
a llamar.)
Zuniga
Holà! Carmen! Holà! Holà!
Zuniga
¡Eh, Carmen! ¡Hola, hola!
José
Qui frappe? Qui vient là?
José
¿Quién llama? ¿Quién viene?
Carmen
Tais-toi! ... Tais-toi!
Carmen
¡Calla! ¡Calla!
Zuniga
(faisant sauter la porte)
J’ouvre moi-même et j’entre.
(II entre et voit Don José. A Carmen.)
Ah fi! Ah! Fi la belle,
Le choix n’est pas heureux; c’est se mésallier
de prendre le soldat quand on a l’officier.
(à Don José)
Allons! Décampe.
Zuniga
(haciendo saltar la puerta)
Abro yo mismo y entro.
(Entra y ve a Don José. A Carmen.)
¡Ah, vaya, vaya! Bien, preciosa,
la elección no es muy acertada, mala cosa
quedarse con el soldado teniendo al oficial.
(a Don José)
¡Y tú, lárgate!
José
Non.
José
No.
Zuniga
Si fait, tu partiras.
Zuniga
¡Oh, ya lo creo que te irás!
José
Je ne partirai pas.
José
Yo no me muevo de aquí.
138 Libreto
Zuniga
(le frappant)
Drôle!
Zuniga
(golpeándole)
¡Tunante!
José
(sautant sur son sabre)
Tonnerre! Il va pleuvoir des coups.
(Zuniga dégaine à moitié.)
José
(cogiendo el sable)
¡Rayos, va a haber batalla!
(Zuniga desenvaina a medias.)
Carmen
(se jetant entre eux deux)
Au diable le jaloux!
(appelant)
À moi! À moi!
(Le Dancaïre, Le Remendado et les bohémiens
paraissent de tous les côtés. Carmen d’un
geste montre Zuniga aux bohémiens; Le
Dancaïre et Le Remendado se jettent sur lui, le
désarment.)
Carmen
(interponiéndose)
¡Al diablo con el celoso!
(gritando)
¡A mí! ¡A mí!
(El Dancaïre y el Remendado y las gitanas
aparecen por todas partes. Carmen con
un gesto muestra Zuniga a los gitanos; el
Dancaïre y el Remendado se lanzan sobre él y
lo desarman.)
Carmen
Bel officier, bel officier, l’amour
Vous joue en ce moment un assez vilain tour,
Vous arrivez fort mal et nous sommes forcés,
Ne voulant être dénoncés,
De vous garder au moins pendant une heure.
Carmen
Guapo oficial, guapo oficial, el amor
os juega ahora una mala pasada,
llegáis en mal momento y nos vemos obligados,
no queriendo ser denunciados,
a reteneros al menos durante una hora.
Le Dancaïre et Le Remendado
Mon cher monsieur, mon cher monsieur,
Nous allons s’il vous plaît quitter cette
demeure.
Vous viendrez avec nous?
Vous viendrez avec nous?
Dancaïre, Remendado
Querido señor, querido señor,
ahora dejaremos, si no os importa, este local.
¿Vendréis con nosotros, no es cierto?
Vendréis, sí.
Carmen
C’est une promenade.
Carmen
Será un paseo.
Le Dancaïre et Le Remendado
Consentez-vous? Consentez-vous?
Répondez camarade!
Dancaïre, Remendado
Vais a consentir, ¿verdad?
Responded, camarada.
Zuniga
Certainement,
D’autant plus que votre argument
Zuniga
Pues claro,
dado que sus argumentos
Libreto 139
Est un de ceux auxquels
On ne résiste guère.
Mais gare à vous plus tard.
son de los que es mejor
no contrariar. Pero después
¡id con mucho cuidado!
Le Dancaïre
(avec philosophie)
La guerre, c’est la guerre.
En attendant, mon officier,
Passez devant sans vous faire prier.
Dancaïre
(con filosofía)
La guerra es la guerra.
Mientras tanto, oficial,
pasad delante sin haceros rogar.
Le Remendado et le Choeur
Passez devant sans vous faire prier.
(L’officier sort, emmené par quatre bohémiens,
le pistolet à la main.)
Remendado, Coro
Pasad delante sin haceros rogar.
(El oficial sale, entre cuatro gitanos con la
pistola en mano.)
Carmen
(à Don José)
Es-tu des nôtres maintenant?
Carmen
(a Don José)
Y ahora ¿eres de los nuestros?
José
Il le faut bien.
José
¡No hay más remedio!
Carmen
Ah! Le mot n’est pas galant,
Mais qu’importe, va, tu t’y feras
Quand tu verras
Comme c’est beau la vie errante,
Pour pays l’univers,
Pour loi ta volonté,
Et surtout la chose enivrante:
La liberté! La liberté!
Carmen
La respuesta no es muy galante,
pero qué importa, ya te acostumbrarás
cuando veas allí
lo buena que es la vida errante,
por país el universo,
por ley tu voluntad,
y sobre todo lo más embriagador,
¡la libertad, la libertad!
Frasquita, Mercédès, Carmen
Frasquita, Mercédès, Carmen,
Mujeres
Síguenos campo a través,
ven con nosotras a la montaña,
síguenos, ya te acostumbrarás,
cuando veas allí
lo buena que es la vida errante,
por país el universo,
por ley tu voluntad,
y sobre todo lo más embriagador,
¡la libertad, la libertad!
et les femmes
Suis-nous à travers la campagne,
Viens avec nous dans la montagne,
Suis-nous et tu t’y feras, tu t’y feras
Quand tu verras, là-bas,
Comme c’est beau la vie errante,
Pour pays l’univers;
Et pour loi sa volonté!
Et surtout la chose enivrante:
La liberté!
140 Libreto
Le Remendado, Le Dancaïre
et les Hommes
Ami, suis-nous dans la campagne,
Viens avec nous à la montagne, etc.
Remendado, Dancaïre, Hombres
Amigo, síguenos al campo,
ven con nosotros a la montaña, etc.
José
Ah!
José
¡Ah!
Tous
Le ciel ouvert, la vie errante,
Pour pays tout l’univers
Pour loi ta volonté,
Et surtout la chose enivrante:
La liberté! La liberté!
Todos
El cielo abierto, la vida errante,
por país el universo,
por ley tu voluntad,
y sobre todo lo más embriagador,
¡la libertad, la libertad!
Libreto 141
Entr’acte
Entreacto
TROISIÈME ACTE
ACTO III
Le rideau se lève sur des rochers ... site
pittoresque et sauvage ... Solitude complète
et nuit noire. Prélude musical. Au bout de
quelques instants, un contrebandier paraît au
haut des rochers, puis un autre, puis deux
autres, puis vingt autres çà et là, descendant et
escaladant des rochers. Des hommes portent
de gros ballots sur les épaules.
Se levanta el telón. Se ven unas rocas, en
un paisaje pintoresco y agreste. Completa
soledad y negra noche. Preludio musical.
Al cabo de unos instantes, aparece un
contrabandista sobre una peña, luego otro, y
a continuación veinte más por aquí y por allá,
bajando y escalando las peñas. Hay hombres
que llevan enormes fardos sobre los hombros.
Choeur
Écoute, écoute, compagnon, écoute,
La fortune est là-bas, là-bas,
Mais prends garde pendant la route,
Prends garde de faire un faux pas.
Coro
Escucha, compañero, escucha,
la fortuna está allá abajo,
pero ten cuidado en el camino,
que sea que des un mal paso.
Frasquita, Mercédès, Carmen, José,
Le Remendado et Le Dancaïre
Notre métier est bon, mais pour le faire il faut
Avoir une âme forte,
Et le péril, le péril est en haut,
Il est en bas, il est en haut,
Il est partout qu’importe!
Nous allons devant nous, sans souci du torrent,
Sans souci de l’orage,
Sans souci du soldat, qui là-bas nous attend,
Et nous guette au passage.
Sans souci, nous allons en avant!
Écoute, compagnon, écoute,
La fortune est là-bas, là-bas ...
Mais prends garde pendant la route,
Prends garde de faire un faux pas.
Prends garde! Prends garde!
Frasquita, Mercédès, Carmen, José,
Remendado, Dancaïre
Nuestro oficio es bueno, pero para hacerlo
hay que tener fuerte el espíritu.
Y el peligro viene de arriba
y viene de abajo, está por todas partes,
¡pero qué importa!
Seguimos adelante, no nos asustan
ni torrentes ni tormentas,
ni el soldado que allá abajo nos espera
y acecha nuestro paso.
Sin desfallecer, seguimos adelante.
Escucha, compañero, escucha,
la fortuna está allá abajo,
pero ten cuidado en el camino,
que sea que des un mal paso.
¡Ve con cuidado!
Le Dancaïre
Halte! Nous allons nous arrêter ici ... ceux qui
ont sommeil pourront dormir pendant une demiheure …
Dancaïre
¡Alto! Nos quedamos aquí… los que tengan
sueño, podrán dormir una media hora.
Le Remendado
(s’étendant avec volupté)
Ah!
Remendado
(echándose con voluptuosidad)
¡Ah!
142 Libreto
Le Dancaïre
Je vais, moi, voir s’il y a moyen de faire entrer
les marchandises dans la ville ... une brèche
s’est faite dans le mur d’enceinte et nous
pourrions passer par là; malheureusement on a
mis un factionnaire pour garder cette brèche.
Dancaïre
Voy a ver si hay manera de hacer entrar las
mercancías a la ciudad, hay una brecha en
la muralla y podríamos pasar por allí; por
desgracia han puesto a un centinela para
vigilar.
José
Lillas Pastia nous a fait savoir que, cette nuit,
ce factionnaire serait un homme à nous …
José
Lillas Pastia nos hizo saber que esta noche el
centinela será de los nuestros.
Le Dancaïre
Oui, mais Lillas Pastia a pu se tromper ... le
factionnaire qu’il veut dire a pu être changé ...
Avant d’aller plus loin je ne trouve pas mauvais
de m’assurer moi-même ...
(appelant)
Remendado!
Dancaïre
Sí, pero Lillas Pastia puede haberse
equivocado, podrían haber cambiado al
centinela. Antes de ir más lejos, no estaría de
más asegurarse.
(gritando)
¡Remendado!
Le Remendado
(se réveillant)
Hé?
Remendado
(despertando)
¿Qué?
Le Dancaïre
Debout, tu vas venir avec moi …
Dancaïre
Arriba, vas a venir conmigo.
Le Remendado
Mais, patron …
Remendado
Pero, patrón…
Le Dancaïre
Qu’est-ce que c’est?
Dancaïre
¿Qué problema tienes?
Le Remendado
(se levant)
Voilà, patron, voilà! …
Remendado
(levantándose)
Nada, no es nada, patrón.
Le Dancaïre
Allons, passe devant.
Dancaïre
Vamos, ve tú delante.
Le Remendado
Et moi qui rêvais que j’allais pouvoir dormir …
C’était un rêve, hélas! C’était un rêve! ...
(Il sort suivi du Dancaïre.)
(Pendant la scène entre Carmen et José,
Remendado
Y yo que soñaba que podría dormir… ya se ha
visto que era sólo un sueño y nada más.
(Sale con Dancaïre detrás.)
(Durante la escena entre José y Carmen,
Libreto 143
quelques bohémiens allument un feu près
duquel Mercédès et Frasquita viennent
s’asseoir, les autres se roulent dans leurs
manteaux, se couchent et s’endorment.)
algunos gitanos encienden una hoguera, cerca
de la cual se sientan Frasquita y Mercédès; los
demás se envuelven en sus capas, se tumban
y se duermen.)
José
Voyons, Carmen ... si je t’ai parlé trop durement,
je t’en demande pardon, faisons la paix.
José
Mira, Carmen, si te hablé duramente, te pido
perdón, hagamos las paces.
Carmen
Non.
Carmen
No.
José
Tu ne m’aimes plus, alors?
José
¿Es que ya no me quieres?
Carmen
Ce qui est sûr, c’est que je t’aime beaucoup
moins qu’autrefois ... et que si tu continues
à t’y prendre de cette façon-là, je finirai par
ne plus t’aimer du tout ... Je ne veux pas être
tourmentée ni surtout commandée. Ce que je
veux, c’est être libre et faire ce qui me plaît.
Carmen
Lo que está claro es que te quiero menos que
antes, y que si sigues por este camino, al final
ya no te querré en absoluto. No quiero que
nadie me moleste y me diga qué debo hacer,
lo que quiero es ser libre y hacer lo que me
plazca.
José
Tu es le diable, Carmen?
José
¿Eres un demonio, Carmen?
Carmen
Oui. Qu’est-ce que tu regardes là, à quoi
penses-tu?
Carmen
Sí, ¿qué miras? ¿En qué piensas?
José
Je me dis que là-bas ... à sept ou huit lieues
d’ici tout au plus, il y a un village, et dans ce
village une bonne vieille femme qui croit que je
suis encore un honnête homme...
José
Me digo que ahí abajo, a siete u ocho leguas
de aquí, hay un pueblecito, y en él hay una
viejecita que aún piensa que soy una persona
honesta.
Carmen
Une bonne vieille femme?
Carmen
¿Una viejecita?
José
Oui; ma mère.
José
Sí, mi madre.
Carmen
Ta mère ... Eh bien là, vrai, tu ne ferais pas mal
Carmen
¿Tu madre? Caramba, pues no estaría mal que
144 Libreto
d’aller la retrouver, car décidément tu n’es pas
fait pour vivre avec nous ... chien et loup ne font
pas longtemps bon ménage …
fueras a verla, porque ciertamente no estás
hecho para vivir con nosotros… perros y lobos
no congenian durante mucho tiempo.
José
Carmen …
José
Carmen…
Carmen
Sans compter que le métier n’est pas sans
péril pour ceux qui, comme toi, refusent de se
cacher quand ils entendent des coups de fusil
... plusieurs des nôtres y ont laissé leur peau,
ton tour viendra.
Carmen
Sin contar con que el oficio tiene sus peligros
para quien, como tú, se niega a esconderse
cuando se oyen disparos… algunos de
nosotros están muertos, ya te llegará el turno.
José
Et le tien aussi ... si tu me parles encore de
nous séparer et situ ne te conduis pas avec
moi comme je veux que tu te conduises…
José
Y el tuyo también, si sigues hablando de
separarnos y si no te portas conmigo como
quiero que te portes.
Carmen
Tu me tuerais, peut-être?
(José ne répond pas.)
A la bonne heure … j’ai vu plusieurs fois dans
les cartes que nous devions finir ensemble.
(Faisant claquer ses castagnettes.)
Bah! Arrive qui plante …
Carmen
¿Acaso me vas a matar?
(José no contesta.)
Bien, bien, ya vi en las cartas muchas veces
que teníamos que acabar juntos.
(tocando las castañuelas)
¡Bah! Que sea lo que tenga que ser.
José
Tu es le diable, Carmen? ...
José
Eres el demonio, Carmen.
Carmen
Mais oui, je te l’ai déjà dit …
(Elle tourne le dos à José et va s’asseoir
près de Mercédès et de Frasquita. - Après un
instant d’indécision, José s’éloigne à son tour
et va s’étendre sur les rochers. Pendant les
dernières répliques de la scène, Mercédès et
Frasquita ont étalé des cartes devant elles.)
Carmen
Sí, ya te lo he dicho.
(Le vuelve la espalda y va a sentarse cerca
de Mercédès y de Frasquita. Después de un
momento de indecisión, José se aleja y va a
tumbarse sobre una peña. Durante las últimas
réplicas, Mercédès y Frasquita han colocado
las cartas ante ellas.)
Mercédès
Mêlons!
Mercédès
¡Barajemos!
Frasquita
Mêlons!
Frasquita
¡Barajemos!
Libreto 145
Mercédès
Coupons!
Mercédès
¡Cortemos!
Frasquita
Coupons.
Frasquita
¡Cortemos!
Mercédès
Bien, c’est cela.
Mercédès
Ya está bien.
Frasquita
Bien, c’est cela.
Frasquita
Ya está bien.
Mercédès
Trois cartes ici…
Mercédès
Tres cartas aquí.
Frasquita
Trois cartes ici…
Frasquita
Tres cartas aquí.
Mercédès
Quatre là!
Mercédès
Cuatro allí.
Frasquita
Quatre là.
Frasquita
Cuatro allí.
Mercédès et Frasquita
Et maintenant, parlez, mes belles,
De l’avenir donnez-nous des nouvelles;
Dites-nous qui nous trahira,
Dites-nous qui nous aimera.
Parlez, parlez!
Parlez, parlez!
Dites-nous qui nous trahira,
Dites-nous qui nous aimera.
Mercédès, Frasquita
Y ahora hablad, preciosas mías,
habladnos del porvenir.
Decidnos quién nos traicionará.
Decidnos quién nos amará.
Hablad, hablad.
decidnos, decidnos,
quién nos amará,
quién nos traicionará.
Frasquita
Parlez! Parlez!
Frasquita
¡Hablad, hablad!
Mercédès
Parlez! Parlez!
Mercédès
¡Hablad, hablad!
Frasquita
Moi, je vois un jeune amoureux
Qui m’aime on ne peut davantage.
Frasquita
Yo veo a un joven enamorado
que me ama a más no poder.
146 Libreto
Mercédès
Le mien est très riche et très vieux
mais il parle de mariage.
Mercédès
El mío es muy rico y viejo,
pero habla de casarse.
Frasquita
Il me campe sur son cheval,
et dans la montagne il m’entraîne.
Frasquita
Me hace subir a su caballo
y me arrastra a la montaña.
Mercédès
Dans un château presque royal,
Le mien m’installe en souveraine.
Mercédès
En un castillo casi real
me instala el mío como soberana.
Frasquita
De l’amour à n’en plus finir,
Tous les jours nouvelles folies.
Frasquita
Un amor que nunca acaba,
cada día nuevas locuras.
Mercédès
De l’or tant que j’en puis tenir,
Des diamants ... des pierreries.
Mercédès
Tanto oro como quiera,
diamantes, piedras preciosas…
Frasquita
Le mien devient un chef fameux,
Cent hommes marchent à sa suite.
Frasquita
El mío se convierte en jefe famoso,
con cien hombres que les siguen.
Mercédès
Le mien, en croirai-je mes yeux
Oui ... Il meurt! Ah je suis veuve
Et j’hérite.
Mercédès
El mío… no me lo puedo creer,
¡sí, se muere! ¡Ah! Soy viuda
y heredo.
Frasquita et Mercédès
Parlez encor, parlez, mes belles,
De l’avenir donnez-nous des nouvelles;
Dites-nous qui nous trahira,
Dites-nous qui nous aimera.
Parlez encor! Parlez encor!
(Elles recommencent à consulter les cartes.)
Mercédès, Frasquita
Y ahora hablad, preciosas mías,
habladnos del porvenir.
Decidnos quién nos traicionará.
Decidnos quién nos amará.
vamos, volved a hablar.
(Vuelven a consultar las cartas.)
Mercédès
Fortune!
Mercédès
¡Fortuna!
Frasquita
Amour!
(Carmen depuis le commencement de la
Frasquita
¡Amor!
(Carmen desde el principio ha seguido con la
Libreto 147
scène suivant du regard le jeu de Mercédès et
de Frasquita.)
mirada el juego de Mercédès y Frasquita.)
Carmen
Voyons, que j’essaie à mon tour.
(Elle se met à tourner les cartes.)
Carreau, pique ... la mort!
J’ai bien lu ... moi d’abord.
(Montrant Don José endormi.)
Ensuite lui ... pour tous les deux la mort.
(À voix basse, tout en continuant à mêler les
cartes.)
En vain pour éviter les réponses amères,
En vain tu mêleras,
Cela ne sert à rien, les cartes sont sincères
Et ne mentiront pas.
Dans le livre d’en haut,
Si ta page est heureuse,
Mêle et coupe sans peur,
La carte sous tes doigts
Se tournera joyeuse
T’annonçant le bonheur.
Mais si tu dois mourir, si le mot redoutable
Est écrit par le sort,
Recommence vingt fois
La carte impitoyable
Répétera: la mort!
Oui, si tu dois mourir,
Recommence vingt fois
La carte impitoyable
Répétera: la mort.
Encor! Encor! Toujours la mort.
Carmen
Veamos, dejadme probar.
(Se dispone a girar las cartas.)
Oros, espadas… ¡la muerte!
Lo he leído bien… yo primero.
(señalando a Don José dormido)
Después él… para los dos la muerte.
(En voz baja, mientras continúa barajando las
cartas.)
En vano para evitar respuestas amargas,
en vano barajas las cartas,
no sirve de nada, las cartas son sinceras
y no mienten.
En el libro de ahí arriba,
si tu página es feliz,
baraja y corta sin miedo,
la carta en tus dedos
se volverá afortunada,
te anunciará felicidad.
Pero si has de morir, si la palabra temida
ya está escrita por el destino,
ya puedes empezar veinte veces,
que la carta despiadada
lo repetirá: ¡la muerte!
Sí, si has de morir,
ya puedes empezar veinte veces,
que la carta despiadada
lo repetirá: ¡la muerte!
¡Una y otra vez, siempre la muerte!
Frasquita et Mercédès
Parlez encor
Parlez, mes belles,
De l’avenir donnez-nous des nouvelles;
Dites-nous qui nous trahira,
Dites-nous qui nous aimera.
Fortune! Amour!
Frasquita, Mercédès
Y ahora volved a hablar,
hablad, preciosas mías,
habladnos del porvenir.
Decidnos quién nos traicionará.
Decidnos quién nos amará.
¡Fortuna! ¡Amor!
Carmen
Encor! Encor!
Carmen
¡Una y otra vez!
148 Libreto
Le désespoir!
La mort, la mort. Encor!
La mort. Toujours la mort.
¡El desespero!
¡La muerte, otra vez la muerte!
¡Siempre la muerte!
Mercédès
Fortune!
Mercédès
¡Fortuna!
Frasquita
Amour!
Frasquita
¡Amor!
Carmen
Toujours la mort!
Carmen
¡Siempre la muerte!
Toutes les Trois
Encor! Encor! Encor! Encor!
(Rentrent Le Dancaïre et le Remendado.)
Las tres
¡Una y otra vez, y otra!
(Vuelven el Dancaïre y el Remendado.)
Carmen
Eh bien?
Carmen
¿Qué?
Le Dancaïre
Eh bien, j’avais raison de ne pas me fier aux
renseignements de Lillas Pastia; nous n’avons
pas trouvé son factionnaire, mais en revanche
nous avons aperçu trois douaniers qui
gardaient la brèche et qui la gardaient bien, je
vous assure.
Dancaïre
Bien hacía yo de no fiarme de la información
de Lillas Pastia, no hemos visto a su centinela,
pero sí que hemos encontrado a tres
aduaneros que custodian la brecha y la vigilan
muy bien.
Carmen
Savez-vous leurs noms à ces douaniers?
Carmen
¿Sabéis el nombre de esos aduaneros?
Le Remendado
Certainement nous savons leurs noms; qui
est-ce qui connaîtrait les douaniers si nous ne
les connaissions pas? Il y avait Eusebio, Perez
et Bartolomé.
Remendado
Por supuesto que sí. Quién los va a conocer,
sino nosotros. Eran Eusebio, Pérez y
Bartolomé.
Frasquita
Eusebio …
Frasquita
Eusebio…
Mercédès
Perez …
Mercédès
Pérez…
Libreto 149
Carmen
Et Bartolomé ...
(en riant)
N’ayez pas peur, Dancaïre, nous vous en
répondons de vos trois douaniers …
Carmen
Y Bartolomé…
(riendo)
No temas, Dancaïre, esos tres aduaneros son
cosa nuestra.
José
(furieux)
Carmen!
José
(furioso)
¡Carmen!
Le Dancaïre
Ah! toi, tu vas nous laisser tranquilles avec ta
jalousie … le jour vient et nous n’avons pas de
temps à perdre... En route, les enfants .
(On commence à prendre les ballots.)
Quant à toi …
(s’adressant à José)
je te confie la garde des marchandises que
nous n’emportons pas ... Tu vas te placer là,
sur cette hauteur ... tu y seras à merveille pour
voir si nous sommes suivis ... dans le cas où tu
apercevrais quelqu’un, je t’autorise à passer ta
colère sur l’indiscret. Nous y sommes?
Dancaïre
¡Ah, basta! Déjanos en paz con tus celos.
Pronto va a ser de día y no hay tiempo que
perder. ¡Vamos, muchachos!
(Empieza a coger los fardos.)
Y tú…
(a Don José)
…quedas encargado de vigilar la mercancía
que no nos llevemos. Te colocas ahí arriba y
podrás ver perfectamente si alguien nos sigue.
En caso de que veas que alguien nos sigue, te
autorizo a descargar tu ira sobre el indiscreto.
¿Preparados?
Le Remendado
Oui, patron.
Remendado
Sí, patrón.
Le Dancaïre
En route alors ...
(aux femmes)
Mais vous ne vous flattez pas, vous me
répondez vraiment de ces trois douaniers?
Dancaïre
¡En marcha, pues!
(a las mujeres)
Veremos si es verdad que respondéis de esos
tres aduaneros.
Carmen
N’ayez pas peur, Dancaïre.
Carmen
No temas, Dancaïre.
Frasquita, Mercédès et Carmen
Quant au douanier c’est notre affaire,
Tout comme un autre il aime à plaire,
Il aime à faire le galant.
Ah! Laissez-nous passer en avant.
Frasquita, Mercédès, Carmen
El aduanero es cosa nuestra,
como cualquier otro quiere agradar,
le gusta hacerse el galante.
¡Ah! Dejadnos pasar delante.
Tous
Il aime à plaire!
Todos
¡Quiere agradar!
150 Libreto
Mercédès
Le douanier sera clément!
Mercédès
¡El aduanero será clemente!
Tous
Il est galant!
Todos
¡Es galante!
Carmen
Le douanier sera charmant!
Carmen
¡El aduanero será encantador!
Tous
Il aime à plaire!
Todos
¡Le gusta agradar!
Frasquita
Le douanier sera galant!
Frasquita
¡El aduanero será galante!
Mercédès
Oui le douanier sera même entreprenant!
Mercédès
¡Sí, incluso será atrevido!
Tous
Oui le douanier c’est notre/leur affaire!
Tout comme un autre
il aime à plaire,
Il aime à faire le galant.
Laissez-nous/les passer en avant!
Todos
El aduanero es cosa nuestra/suya,
como cualquier otro
quiere agradar,
y le gusta hacerse el galante.
Dejadnos/Dejadlas pasar delante.
Frasquita, Mercédès et Carmen
Il ne s’agit plus de bataille,
Non, il s’agit tout simplement
De se laisser prendre la taille
Et d’écouter un compliment.
S’il faut aller jusqu’au sourire,
Que voulez-vous? on sourira,
Et d’avance je puis le dire,
La contrebande passera.
Frasquita, Mercédès, Carmen
Ya no se trata de batallar,
no, simplemente se trata
de dejarse coger por la cintura
y de escuchar un requiebro.
Si hay que llegar hasta la sonrisa,
¿qué pasa?, sonreiremos,
y de antemano podemos decir
que el contrabando pasará.
Choeur
Et d’avance je puis le dire
La contrebande passera!
Coro
Y de antemano podemos decir
que el contrabando pasará.
Frasquita, Mercédès et Carmen
En avant! Marchons! Allons! En avant!
Le douanier c’est notre affaire! etc.
(Tout le monde sort. - José ferme la marche
et sort en examinant l’amorce de sa carabine;
Frasquita, Mercédès, Carmen
¡Adelante, en marcha! ¡Vamos, adelante!
El aduanero es cosa nuestra, etc.
(Salen todos. José cierra la marcha y se va
examinando el fulminante de su trabuco; al
Libreto 151
un peu avant qu’il soit sorti, on voit un homme
passer sa tête au-dessus du rocher. C’est un
guide.)
cabo de unos instantes, se ve a un hombre
que saca la cabeza por encima de una roca,
es un guía.)
Le Guide
(il s’avance avec précaution, puis fait un signe
à Micaëla que l’on ne voit pas encore)
Nous y sommes.
Guía
(avanza con precaución, luego hace una señal
a Micaëla, aún no visible)
Ya hemos llegado.
Micaëla
(entrant)
C’est ici?
Micaëla
(entrando)
¿Es aquí?
Le Guide
Oui, vilain endroit, n’est-ce pas, et pas
rassurant du tout?
Guía
Sí, mal lugar éste, y nada tranquilizador.
Micaëla
Je ne vois personne.
Micaëla
No se ve a nadie.
Le Guide
Ils viennent de partir mais il reviendront
bientôt, car ils n’ont pas emporté toutes leurs
marchandises ... je connais leurs habitudes
… Prenez garde … un des leurs doit être
en sentinelle quelque part et si l’on nous
apercevait …
Guía
Acaban de irse, pero pronto volverán, porque
no se han llevado toda la mercancía. Conozco
sus costumbres, id con mucho cuidado, uno de
ellos debe de estar al acecho en alguna parte y
si nos vieran…
Micaëla
Je l’espère bien qu’on m’apercevra ... puisque
je suis venue ici tout justement pour parler à ...
pour parler à un de ces contrebandiers …
Micaëla
Espero que me vean, porque, si he venido
hasta aquí, es precisamente para hablar con…
con uno de esos contrabandistas.
Le Guide
Eh bien là, vrai, vous pouvez vous vanter d’avoir
du courage ... tout à l’heure quand nous nous
sommes trouvés au milieu de ce troupeau de
taureaux sauvages que conduisait le célèbre
Escamillo, vous n’avez pas tremblé … Et
maintenant venir affronter ces bohémiens
Guía
¡Bien podéis decir que sois valiente! Hace
un momento, cuando nos hemos topado con
el rebaño de toros salvajes que conducía el
célebre Escamillo, no habéis temblado… Y
ahora queréis veros con esos gitanos.
Micaëla
Je ne suis pas facile à effrayer.
Micaëla
No me asusto fácilmente.
152 Libreto
Le Guide
Vous dites cela parce que je suis près de vous,
mais si vous étiez toute seule .
Guía
Eso lo decís porque yo estoy cerca, pero
sola…
Micaëla
Je n’aurais pas peur, je vous assure.
Micaëla
Tampoco tendría miedo, os lo aseguro.
Le Guide
Bien vrai?
Guía
¿De veras?
Micaëla
Bien vrai ...
Micaëla
De veras.
Le Guide
(naïvement)
Alors je vous demanderai la permission de m’en
aller. - J’ai consenti à vous servir de guide parce
que vous m’avez bien payé; mais maintenant
que vous êtes arrivée ... si ça ne vous fait rien,
j’irai vous attendre là, où vous m’avez pris . . . à
l’auberge qui est au bas de la montagne.
Guía
(ingenuamente)
Pues os pido permiso para irme. He consentido
en haceros de guía porque me habéis pagado
bien, pero ya habéis llegado, y si no os
molesta, iré a esperaros allí donde me habéis
encontrado, la posada al pie de la montaña.
Micaëla
C’est cela, allez m’attendre!
Micaëla
De acuerdo, esperadme allí.
Le Guide
Vous restez décidément?
Guía
¿Pensáis quedaros?
Micaëla
Oui, je reste!
Micaëla
¡Pues claro que sí!
Le Guide
Que tous les saints du paradis vous soient en
aide alors,mais c’est une drôle d’idée que vous
avez là.
Guía
¡Pues que todos los santos del paraíso os
acompañen! ¡Qué ocurrencia, venir aquí!
Micaëla
Je dis que rien ne m’épouvante,
Je dis hélas que je réponds de moi,
Mais j’ai beau faire la vaillante,
Au fond du cour, je meurs d’effroi
Seule, en ce lieu sauvage
Toute seule, j’ai peur,
Mais j’ai tort d’avoir peur,
Micaëla
Dije que nada me da miedo,
que respondo de mí, ¡ay!
Pero por mucho que me haga la valiente,
en el fondo del corazón estoy muerta de miedo.
Sola, en este lugar salvaje,
completamente sola, tengo miedo,
pero no debería tenerlo,
Libreto 153
Vous me donnerez du courage,
Vous me protégerez, Seigneur .
Je vais voir de près cette femme
Dont les artifices maudits
Ont fini par faire un infâme
De celui que j’aimais jadis;
Elle est dangereuse, elle est belle,
Mais je ne veux pas avoir peur,
Non, non je ne veux pas avoir peur!
Je parlerai haut devant elle,
Ah! Seigneur ... Vous me protégerez.
Ah! Je dis que rien ne m’épouvante, etc.
Protégez-moi! O Seigneur!
Donnez-moi du courage!
Protégez-moi! O Seigneur!
Protégez-moi! Seigneur!
Mais ... je ne me trompe pas ... à cent pas d’ici
... sur ce rocher, c’est Don José.
(appelant)
José, José!
(Avec terreur.)
Mais que fait-il? ... Il ne regarde pas de mon
côté ... il arme sa carabine, il ajuste ... il fait feu
…
(On entend un coup de feu.)
Ah! Mon Dieu j’ai trop présumé de mon
courage …j’ai peur … j’ai peur.
(Elle disparaît derrière les rochers. Au même
moment entre Escamillo tenant son chapeau
à la main.)
vos me daréis coraje,
¡vos me protegeréis, Señor!
Veré de cerca a esta mujer
cuyos malditos artificios
han convertido en infame
aquel que yo antes amaba.
Es peligrosa y bella,
pero no voy a tener miedo,
¡no quiero tener miedo!
Hablaré alto y claro con ella.
¡Ah, Señor, vos me protegeréis!
¡Ah, dije que nada me asusta, etc.
¡Protegedme, Señor!
¡Dadme coraje!
¡Protegedme, oh, Señor!
¡Protegedme!
Pero no me equivoco… a cien pasos de aquí…
sobre la roca…es Don José.
(gritando)
¡José, José!
(con terror)
Pero ¿qué hace? No mira hacia aquí, arma su
trabuco, apunta, dispara…
(Se oye un disparo.)
¡Ah, Dios mío! ¡Y yo que presumía de valiente!
Tengo miedo, mucho miedo…
(Desaparece tras las rocas. Al mismo tiempo
aparece Escamillo, con el sombrero en la
mano.)
Escamillo
(regardant son chapeau)
Quelques lignes plus bas ... et ce n’est pas moi
qui, à la course prochaine, aurais eu le plaisir
de combattre les taureaux que je suis en train
de conduire.
Escamillo
(mirando el sombrero)
Un poco más abajo y ya no sería yo quien, en la
próxima corrida, tendría el placer de matar los
toros que llevo.
José
(son couteau à la main)
Qui êtes-vous? Répondez.
José
(navaja en mano)
¿Quién sois? Responded.
Escamillo
(très calme)
Escamillo
(con mucha calma)
154 Libreto
Eh là ... doucement! Je suis Escamillo, torero de
Grenade.
¡Eh, tranquilo, amigo! Soy Escamillo, torero de
Granada.
José
Escamillo!
José
¡Escamillo!
Escamillo
C’est moi.
Escamillo
El mismo.
José
(remettant son couteau à sa ceinture)
Je connais votre nom, soyez le bienvenu; mais
vraiment, camarade, vous pouviez y rester.
José
(guardando la navaja en el fajín)
Conozco vuestro nombre. Bienvenido. Pero,
camarada, podía haberse quedado en el sitio.
Escamillo
Je ne vous dis pas non,
Mais je suis amoureux, mon cher, à la folie,
Et celui-là serait un pauvre compagnon
Qui, pour voir ses amours,
Ne risquerait sa vie.
Escamillo
No digo que no,
pero es que estoy enamorado, amigo,
y no sería buen compañero
quien, para ver a su amor,
no arriesgase la vida.
José
Celle que vous aimez est ici?
José
¿La que amáis está aquí?
Escamillo
Justement.
C’est une zingara, mon cher.
Escamillo
¡Justamente!
Es una gitana, amigo mío.
José
Elle s’appelle?
José
¿Y cómo se llama?
Escamillo
Carmen.
Escamillo
Carmen.
José
Carmen!
José
¡Carmen!
Escamillo
Carmen! Oui, mon cher.
Elle avait pour amant
Un soldat qui jadis
A déserté pour elle.
Escamillo
¡Carmen! Sí, amigo mío.
Tenía un amante que era soldado
y que hace un tiempo desertó
para ir detrás de ella.
Libreto 155
José
Carmen!
José
¡Carmen!
Escamillo
Ils s’adoraient,
Mais c’est fini, je crois.
Les amours de Carmen
Ne durent pas six mois.
Escamillo
Se adoraban,
pero creo que ya terminó.
Los amores de Carmen
no duran ni seis meses.
José
Vous l’aimez cependant …
José
¿Pero la amáis?
Escamillo
Je l’aime. Je l’aime, oui, mon cher je l’aime à la
folie!
Escamillo
La amo, claro que la amo, amigo, ¡la amo con
locura!
José
Mais pour nous enlever nos filles de Bohème,
savez-vous bien qu’il faut payer?
José
Pero ¿ya sabéis que hay que pagar para
arrebatarnos a nuestras gitanas?
Escamillo
Soit, on paiera.
Escamillo
Pues pagaré.
José
Et que le prix se paie à coups de navaja.
José
¿Y que el precio se paga a navajazos?
Escamillo
(surpris)
A coups de navaja?
Escamillo
(sorprendido)
¿A navajazos?
José
Comprenez-vous?
José
¿Lo habéis comprendido?
Escamillo
Le discours est très net.
Ce déserteur, ce beau soldat qu’elle aime
Ou du moins qu’elle aimait,
C’est donc vous?
Escamillo
Está muy claro. El desertor,
el buen soldado que ella ama,
o que amaba, mejor dicho,
¿eres tú, pues?
José
Oui, c’est moi-même.
José
Yo mismo, sí.
Escamillo
J’en suis ravi, mon cher, et le tour est complet.
Escamillo
¡Me alegro, amigo, jugada completa!
156 Libreto
(Tous les deux, la navaja la main, se drapent
dans leurs manteaux.)
(Los dos, navaja en mano, se envuelven el
brazo en la capa.)
José
Enfin ma colère
Trouve à qui parler.
Oui, le sang, je l’espère,
Va bientôt couler.
José
Por fin mi ira
encuentra con quien hablar.
Sí, espero que la sangre
brote pronto ya.
Escamillo
Quelle maladresse;
J’en rirais vraiment!
Chercher la maîtresse
Et trouver l’amant.
Escamillo
¡Qué mala suerte!
¡Es para reírse!
Buscar a la querida
y encontrarse al amante.
José et Escamillo
Mettez-vous en garde
Et veillez sur vous.
Tant pis pour qui tarde
A parer les coups.
En garde, allons!
Veillez sur vous! Veillez sur vous!
(Ils se mettent en garde à une certaine
distance.)
José, Escamillo
En guardia, amigo,
y tened cuidado.
Será peor para quien
tarde en parar sus golpes.
¡En guardia, vamos!
¡Y tened cuidado!
(Se ponen en guardia a cierta distancia.)
Escamillo
Je la connais,
Ta garde navarraise,
Et je te préviens en ami,
Qu’elle ne vaut rien …
(Sans répondre, Don José marche sur
Escamillo.)
A ton aise.
Je t’aurai du moins averti.
(Combat; Escamillo très calme cherche
seulement à se défendre.)
Escamillo
Ya la conozco,
tu guardia navarra,
y te advierto como amigo
de que no te va a servir.
(Sin responder, Don José carga contra
Escamillo.)
Como quieras.
Yo ya te he avisado.
(Combaten; Escamillo, con calma, sólo
procura defenderse.)
José
Tu m’épargnes, maudit.
José
Te escabulles, cobarde.
Escamillo
A ce jeu de couteau
Je suis trop fort pour toi.
Escamillo
En el juego de la navaja
soy mucho mejor que tú.
Libreto 157
José
Voyons cela.
(Rapide et très vif corps à corps. José se
trouve à la merci d’Escamillo qui ne le frappe
pas.)
José
Ya lo veremos.
(Rápido y vivo enzarzarse. José queda a la
merced de Escamillo, que sin embargo no le
hiere.)
Escamillo
Tout beau.
Ta vie est à moi, mais en somme
J’ai pour métier de frapper le taureau,
Non de trouer le cour de l’homme.
Escamillo
Ya está.
Tu vida es mía, pero al fin y al cabo
soy torero, yo mato toros,
no agujereo el corazón de un hombre.
José
Frappe ou bien meurs
Ceci n’est pas un jeu.
José
Mata o muere,
esto no es un juego.
Escamillo
(se dégageant)
Soit, mais au moins respire un peu.
Escamillo
(separándose)
Sea, pero respira un poco por lo menos.
José
En garde!
José
¡En guardia!
José et Escamillo
Mettez-vous en garde
Et veillez sur vous!
Tant pis pour qui tarde
A parer les coups.
En garde, allons!
Veillez sur vous! Veillez sur vous!
(Après le dernier ensemble, reprise du combat.
Escamillo glisse et tombe. - Entrent Carmen
et Le Dancaïre; Carmen arrête le bras de Don
José. - Le Remendado, Mercédès, Frasquita et
les contrebandiers rentrent pendant ce temps.)
José, Escamillo
En guardia, amigo,
y tened cuidado.
Será peor para quien
tarde en parar sus golpes.
¡En guardia, vamos!
¡Y tened cuidado!
(Después del último conjunto, retoman el
combate. Escamillo resbala y cae. Entran
Carmen y el Dancaïre; Carmen detiene el
brazo de José. Entran Remendado, Frasquita,
Mercédès y los demás contrabandistas.)
Carmen
Holà! Holà! José! …
Carmen
¡Eh, eh! ¡José!
Escamillo
(se relevant)
Vrai, j’ai l’âme ravie
Que ce soit vous, Carmen,
Qui me sauviez la vie.
Escamillo
(levantándose)
De verás, estoy encantado
de que seas tú, Carmen
quien me ha salvado la vida.
158 Libreto
Quant à toi, beau soldat,
Nous sommes manche à manche
Et nous jouerons la belle
Le jour où tu voudras
Reprendre le combat.
En cuanto a ti, buen soldado,
estamos empatados,
y tendremos el desquite
el día que quieras
reanudar el combate.
Le Dancaïre
C’est bon, c’est bon, plus de querelle,
Nous, nous allons partir.
(à Escamillo)
Et toi ... et toi, l’ami, bonsoir.
Dancaïre
¡Bien, pues basta de peleas!
Vamos a marcharnos.
(a Escamillo)
Y tú, tú, amigo, ¡buenas noches tengas!
Escamillo
Souffrez au moins
Qu’avant de vous dire au revoir,
Je vous invite tous aux courses de Séville.
Je compte pour ma part y briller
De mon mieux,
Et qui m’aime y viendra.
(regardant Carmen)
Et qui m’aime y viendra!
(à Don José qui fait un geste de menace)
L’ami, tiens-toi tranquille, j’ai tout dit, oui, j’ai
tout dit et je n’ai plus ici qu’à faire mes adieux
…
(Jeu de scène. Don José veut s’élancer sur
le torero. Le Dancaïre et Le Remendado le
retiennent. Escamillo sort très lentement.)
Escamillo
Permitidme al menos
que antes de deciros adiós,
os invite a todos a las corridas de Sevilla.
Espero lucirme allí
tanto como pueda,
y quien me quiere, vendrá seguro.
(mirando a Carmen)
Y quien me quiere, vendrá seguro.
(a Don José, que hace un gesto de amenaza)
Y tú, tranquilo, amigo, ya está todo dicho.
Sí, ya lo he dicho todo, sólo resta decir adiós.
(Juego escénico. Don José quiere lanzarse
sobre el torero. Dancaïre y el Remendado le
retienen. Escamillo se va lentamente.)
José
(à Carmen)
Prends garde à toi, Carmen ... je suis las de
souffrir …
(Carmen lui répond par un léger haussement
d’épaules et s’éloigne de lui.)
José
(a Carmen)
Ve con cuidado,
Carmen, estoy harto de sufrir…
(Carmen le responde encogiéndose de
hombros ligeramente y se aleja de él.)
Le Dancaïre
En route ... en route … Il faut partir
Dancaïre
¡Vamos, vamos! Hay que irse.
Tous
En route ... en route … Il faut partir.
Todos
¡Vamos, vamos! Hay que irse.
Le Remendado
Halte! ... Quelqu’un est là qui cherche à se
Remendado
¡Alto! Allí hay alguien
Libreto 159
cacher.
(Il amène Micaëla.)
que intenta esconderse.
(Trae a Micaëla.)
Carmen
Une femme!
Carmen
¡Una mujer!
Le Dancaïre
Pardieu, la surprise est heureuse.
Dancaïre
¡Pardiez, qué sorpresa tan curiosa!
José
(reconnaissant Micaëla)
Micaëla!
José
(reconociendo a Micaëla)
¡Micaëla!
Micaëla
Don José!
Micaëla
¡Don José!
José
Malheureuse! Que viens-tu-faire ici?
José
¡Desgraciada! ¿Qué vienes a hacer aquí?
Micaëla
Moi, je viens te chercher.
Là-bas est la chaumière
Où, sans cesse priant,
Une mère, ta mère,
Pleure hélas sur son enfant …
Elle pleure et t’appelle,
Elle pleure et te tend les bras;
Tu prendras pitié d’elle, José,
Ah! José, tu me suivras, tu me suivras.
Micaëla
He venido a buscarte.
Allá abajo está la choza
donde, sin dejar de rezar,
una madre, la tuya, llora,
¡ay, por su hijo adorado!
Llora y te llama,
llora y te tiende los brazos.
Ten piedad de ella, José,
¡y vente conmigo, vente conmigo!
Carmen
Va-t’en! Va-t’en! Tu feras bien,
Notre métier ne te vaut rien.
Carmen
¡Vete, anda! Harás bien,
nuestro oficio no es para ti.
José
(à Carmen)
Tu me dis de la suivre?
José
(a Carmen)
¿Tú me dices que me vaya con ella?
Carmen
Oui, tu devrais partir.
Carmen
Sí, deberías hacerlo.
José
Tu me dis de la suivre
Pour que toi tu puisses courir
José
Me dices que me vaya con ella,
para poder correr
160 Libreto
Après ton nouvel amant.
Non, vraiment,
Dût-il m’en coûter la vie,
Non, je ne partirai pas,
Et la chaîne qui nous lie
Nous liera jusqu’au trépas ...
Dût-il m’en coûter la vie
Non, non, non je ne partirai pas!
en pos de tu nuevo amante.
No, de ninguna manera,
aunque me cueste la vida,
no me voy a ir de aquí.,
y la cadena que nos une
hasta la muerte nos unirá…
Aunque me cueste la vida,
¡no me voy a ir, no!
Micaëla
Écoute-moi, je t’en prie,
Ta mère te tend les bras,
Cette chaîne qui te lie,
José, tu la briseras.
Hélas, José!
Micaëla
Escúchame, te lo ruego,
tu madre te tiende los brazos,
esta cadena que te ata,
José, debes romperla.
¡Ay, José!
Tous
Il t’en coûtera la vie,
José, si tu ne pars pas,
Et la chaîne qui vous lie
Se rompra par ton trépas.
Todos
Te costará la vida,
José, si ahora no te vas,
y la cadena que os ata
se romperá con tu muerte.
José
Laisse-moi, car je suis condamné!
José
¡Déjame, porque estoy condenado!
Tous
José, prends garde!
Todos
¡José, ten cuidado!
José
Ah! Je te tiens, fille damnée,je te tiens,
Et je te forcerai bien
À subir la destinée
Qui rive ton sort au mien.
Dût-il m’en coûter la vie,
Non, non, non je ne partirai pas!
José
¡Ah! Eres mía, mujer maldita,
eres mía y te obligaré
a aceptar el destino
que ha unido tu suerte a la mía.
Aunque me cueste la vida,
no voy a irme de aquí.
Tous
Ah! Prends garde, prends garde Don José!
Todos
¡Ah, ten cuidado, José, cuidado!
Micaëla
Une parole encor! ...
Ce sera la dernière.
Ta mère, hélas, ta mère se meurt,
Micaëla
Una palabra más…
y será la última.
¡Tu madre, ay, se está muriendo,
Libreto 161
Et ta mère
Ne voudrait pas mourir
Sans t’avoir pardonné.
y tu madre
no quisiera morirse
sin haberte perdonado!
José
Ma mère ... elle se meurt …
José
Mi madre… se está muriendo…
Micaëla
Oui, Don José.
Micaëla
Sí, Don José.
José
Partons ... Ah! Partons!
(à Carmen)
Sois contente, je pars, mais nous reverrons.
(Il entraîne Micaëla.)
José
¡Marchemos, marchemos!
(a Carmen)
Puedes estar contenta, me voy, pero
volveremos a vernos.
(Se lleva a Micaëla.)
Escamillo
(au loin)
Toréador, en garde,
Toréador, Toréador
Et songe bien, oui songe en combattant
Qu’un œil noir te regarde
Et que l’amour t’attend.
Toréador, l’amour t’attend.
(José s’arrête au fond dans les rochers ... Il
hésite, Carmen écoute et se penche sur les
rochers.)
Escamillo
(a lo lejos)
Toreador, en guardia,
toreador, toreador,
y piensa, al torear,
que un ojo negro te mira
y que el amor te espera.
¡Toreador, el amor te espera!
(José de detiene entre las rocas del fondo…
vacila; Carmen escucha y se apoya en una
roca.)
162 Libreto
Entr’acte
Entreacto
QUATRIÈME ACTE
ACTO IV
Une place à Séville. Au fond du théâtre les
murailles de vieilles arènes. L’entrée du cirque
est fermée par on long velum. C’est le jour
d’un combat de taureaux. Grand mouvement
sur la place. Marchands d’eau, d’oranges,
d’éventails etc.
Una plaza en Sevilla. Al fondo, los muros de
las viejas arenas. La entrada se cierra con
una larga cortina de poco peso. Es el día
de la corrida, gran animación por la plaza.
Aguadores, vendedores de naranjas, de
abanicos, etc.
Choeur
A deux cuartos,
Des éventails pour s’éventer,
Des oranges pour grignoter,
Le programme avec les détails!
Du vin! De l’eau!
A deux cuartos!
Voyez! À deux cuartos!
Señoras et Caballeros.
(Pendant ce premier Choeur sont entrés les
deux officiers du deuxième acte, ayant au bras
les deux bohémiennes Mercédès et Frasquita.)
Coro
A dos cuartos,
abanicos para abanicarse,
naranjas para refresco,
¡el programa con los detalles!
¡Vino! ¡Agua!
¡A dos cuartos!
¡Mirad, mirad! ¡A dos cuartos,
señoras y caballeros!
(Durante este primer coro han entrado los dos
oficiales del segundo acto, llevando del brazo
a las dos gitanas Mercédès y Frasquita.)
Zuniga
Des oranges, vite.
Zuniga
¡Naranjas, rápido!
Plusieurs Marchands
(se précipitant)
En voici. Prenez, prenez, mesdemoiselles.
Varios vendedores
(precipitándose)
Aquí tiene. Tomen, tomen, señoritas.
Un Marchands
(à l’officier qui paie)
Merci, mon officier, merci.
Vendedor
(al oficial que paga)
Gracias, señor oficial, gracias.
Les autres Marchands
Celles-ci, señor, sont plus belles ...
Des éventails pour s’éventer!
Des oranges pour grignoter!
Le programme avec les détails!
Du vin! De l’eau!
Des cigarettes!
Otros vendedores
Éstas, señor, son más hermosas…
Abanicos para abanicarse,
naranjas para refresco,
¡el programa con los detalles!
¡Vino! ¡Agua!
¡Cigarrillos!
Libreto 163
Zuniga
Holà! Des éventails.
Zuniga
¡Vaya, abanicos!
Un Bohémien
(se précipitant)
Voulez-vous aussi des lorgnettes?
Gitano
(precipitándose)
¿Quiere también gemelos?
Choeur
A deux cuartos,
À deux cuartos,
Voyez à deux cuartos,
Senoras et Caballeros!
Voyez! Voyez!
Coro
¡A dos cuartos,
a dos cuartos!
¡Mirad, mirad! ¡A dos cuartos,
señoras y caballeros!
¡Mirad, mirad!
Zuniga
Qu’avez-vous fait de la Carmencita? Je ne la
vois pas.
Zuniga
¿Qué ha sido de Carmencita? No la veo.
Frasquita
Nous la verrons tout à l’heure … Escamillo est
ici, la Carmencita ne doit pas être loin.
Frasquita
Pronto la veremos… Si Escamillo está aquí,
Carmencita no puede estar lejos.
Zuniga
Ah! C’est Escamillo, maintenant? …
Zuniga
¡Ah! ¿Ahora es Escamillo?
Mercédès
Elle en est folle …
Mercédès
Está locamente enamorada de él.
Frasquita
Et son ancien amoureux José, sait-on ce qu’il
est devenu?
Frasquita
Y de su antiguo amor, Don José, ¿qué se
sabe?
Zuniga
Il a reparu dans le village où sa mère habitait …
ordre avait même été donné de l’arrêter, mais
quand les soldats sont arrivés, José n’était plus
là ...
Zuniga
Apareció por el pueblo de su madre. Había
una orden de arresto contra él, pero cuando
llegaron los soldados, ya no estaba.
Mercédès
En sorte qu’il est libre?
Mercédès
Así que corre por ahí libre.
Zuniga
Oui, pour le moment.
Zuniga
De momento, sí.
164 Libreto
Frasquita
Hm! je ne serais pas tranquille à la place de
Carmen, je ne serais pas tranquille du tout.
(On entend de grands cris au dehors, des
fanfares, etc. C’est l’arrivée de la Cuadrilla.)
Frasquita
¡Ya! Pues, si yo fuera Carmen, no andaría
tranquila.
(Se oye un gran griterío, con fanfarrias, etc. Es
la llegada de la cuadrilla.)
Enfants
Les voici! les voici! Voici la quadrille!
Niños
¡Ya vienen, ya vienen! Ya llega la cuadrilla.
Choeur
Les voici! Les voici! Oui les voici!
Voici la quadrille!
La quadrille des toreros,
Sur les lances le soleil brille,
En l’air toques et sombreros!
Les voici, voici la quadrille,
La quadrille des toreros,
Les voici! Les voici! Les voici!
(Défilé de la Cuadrilla. Pendant ce défilé, le
Choeur chante le morceau suivant.)
Coro
¡Ya vienen, ya vienen!
Ya llega la cuadrilla.
La cuadrilla de los toreros,
brilla el sol en los aceros,
vuelan tocas y sombreros.
¡La cuadrilla de los toreros!
¡Ya está aquí, ya llega!
(Desfila la cuadrilla. Mientras pasa el desfile,
el coro canta la siguiente estrofa.)
Enfants et Choeur
Voici, débouchant sur la place,
Voici, d’abord, marchant au pas,
L’alguazil à vilaine face,
À bas! À bas! À bas! À bas!
À bas l’Alguazil! À bas!
À bas! À bas! À bas! À bas!
Niños, Coro
¡Mirad, ya entran en la plaza!
Delante va, caminando al paso,
el alguacil de mala cara,
¡fuera, fuera!
¡Fuera el alguacil!
¡Fuera, fuera!
Choeur
(entrée des chulos et des banderilleros)
Et puis saluons au passage,
Saluons les hardis chubs,
Bravo! Viva! Gloire au courage.
Voici les hardis chubs!
Voyez les banderilleros,
Voyez quel air de crânerie!
Voyez! Voyez! Voyez!
Quels regards et de quel éclat
Étincelle la broderie
De leur costume de combat!
Voici les banderilleros!
(Entrée des picadors.)
Coro
(entran los chulos y los banderilleros)
Y ahora saludamos a su paso,
saludamos a los valientes chulos.
¡Bravo, viva! ¡Gloria al valor!
¡Mirad a los valientes chulos,
mirad a los banderilleros,
mirad que aires de fanfarrones!
¡Mirad, mirad!
¡Qué miradas! ¡Y cómo brillan
los bordados que adornan
sus trajes de luces.
¡Ahí están los banderilleros!
(Entran los picadores.)
Libreto 165
Une autre quadrille s’avance,
Voyez les picadors! Comme ils sont beaux!
Comme ils vont du fer de leur lance
Harceler le flanc des taureaux.
L’Espada! L’Espada!
Otra cuadrilla se acerca.
¡Mirad a los picadores! ¡Qué guapos!
¡Cómo clavarán sus picas de hierro
en el flanco de los toros!
¡El espada! ¡El espada!
Enfants et Choeur
Escamillo!
(Paraît enfin Escamillo, ayant près de lui
Carmen radieuse et dans un costume
éclatant.)
Escamillo! Escamillo!
Escamillo! Escamillo!
C’est l’Espada, la fine lame,
Celui qui vient terminer tout,
Qui paraît à la fin du drame
Et qui frappe le dernier coup.
Vive Escamillo! Vive Escamillo!
Ah! Bravo!
Les voici! Voici la quadrille,
La quadrille des toreros!
Sur les lances le soleil brille.
En l’air, en l’air, en l’air
toques et sombreros!
Vive Escamillo!
Bravo! Viva! Bravo!
Niños, Coro
¡Escamillo!
(Aparece finalmente Escamillo, y a su lado
camina una Carmen radiante en su vistoso
vestido.)
¡Escamillo! Escamillo!
¡Es el espada, el matador,
el que pondrá fin a todo,
el que aparece al final del drama
y da la estocada final.
¡Viva Escamillo! ¡Viva!
¡Ah, bravo!
¡Ya vienen, aquí está la cuadrilla!
La cuadrilla de los toreros,
brilla el sol en los aceros,
vuelan por los aires,
tocas y sombreros.
¡Viva Escamillo!
¡Bravo, viva, viva!
Escamillo
(à Carmen)
Si tu m’aimes, Carmen,
Tu pourras tout à l’heure
Etre fière de moi.
Si tu m’aimes! Si tu m’aimes!
Escamillo
(a Carmen)
Si me amas, Carmen,
pronto podrás estar
orgullosa de mí.
¡Si me amas, si me amas!
Carmen
Ah! Je t’aime, Escamillo,
je t’aime et que je meure
Si j’ai jamais aimé quelqu’un
Autant que toi.
Carmen
¡Ah. claro que te amo, Escamillo!
Te amo, y que me muera ahora mismo
si nunca he amado a otro hombre
tanto como te amo a ti.
Carmen et Escamillo
Ah! Je t’aime. Oui je t’aime.
Carmen, Escamillo
¡Ah, te amo! ¡Sí, te amo!
166 Libreto
Quatre Alguazils
Place! Place! Place au seigneur alcade!
(Petite marche à l’orchestre. Sur cette
marche défile très lentement au fond l’alcade
précédé et suivi des alguazils. Pendant ce
temps Frasquita et Mercédès s’approchent de
Carmen.)
Cuatro alguaciles
¡Paso, paso! ¡Dejen paso al señor alcalde!
(Pequeña marcha orquestal. Con la marcha
desfila muy lentamente por el fondo el alcalde
precedido y seguido por los alguaciles.
Mientras, Frasquita y Mercédès se han
acercado a Carmen.)
Frasquita
Carmen, un bon conseil, ne reste pas ici.
Frasquita
Carmen, un buen consejo, no te quedes aquí.
Carmen
Et pourquoi, s’il te plaît?
Carmen
¿Y por qué, si se puede saber?
Mercédès.
Il est là.
Mercédès
Está aquí.
Carmen
Qui donc?
Carmen
¿Quién?
Mercédès
Lui, Don José ... dans la foule il se cache;
regarde.
Mercédès
Él, Don José... oculto entre la gente. Mira.
Carmen
Oui, je le vois.
Carmen
Sí, ya le veo.
Frasquita
Prends garde.
Frasquita
¡Anda con cuidado!
Carmen
Je ne suis pas femme a trembler devant lui ... je
l’attends ... et je vais lui parler.
Carmen
No soy mujer que tiemble ante él… Le espero,
y voy a hablarle.
Mercédès
Carmen, crois-moi, prends garde!
Mercédès
Carmen, créeme, anda con cuidado.
Carmen
Je ne crains rien!
Carmen
No temo nada.
Frasquita
Prends garde!
(L’alcade est entré dans le cirque. Derrière
l’alcade, le cortège de la quadrille reprend sa
Frasquita
¡Ándate con ojo!
(El alcalde ha entrado en la plaza. Tras el
alcalde, el cortejo de la cuadrilla se pone de
Libreto 167
marche et entre dans le cirque. Le populaire
skit. La foule en se retirant a dégagé Don
José ... Carmen reste seule au premier plan.
Tous deux se regardent pendant que la foule
se dissipe et que le motif de la marche va
diminuant et se mourant l’orchestre. Sur les
dernières notes, Carmen et Don José restent
seuls, en présence l’un de l’autre.)
nuevo en marcha y también entra al ruedo, el
populacho va detrás. Cuando la multitud se
retira Don José queda visible. Carmen queda
sola en primer término. Los dos se miran
mientras la muchedumbre se disipa y el tema
de la marcha se apaga. Con las últimas notas,
Carmen y Don José se quedan solos, cara a
cara.)
Carmen
C’est toi?
Carmen
¿Eres ú?
José
C’est moi.
José
Soy yo.
Carmen
L’on m’avait avertie
Que tu n’étais pas loin,
Que tu devais venir,
L’on m’avait même dit
De craindre pour ma vie,
Mais je suis brave
Et n’ai pas voulu fuir.
Carmen
Me habían advertido
que no estabas lejos,
que habías venido;
incluso me han dicho
que mi vida corre peligro,
pero soy valiente
y no he querido huir.
José
Je ne menace pas, j’implore, je supplie;
Notre passé, Carmen,
Notre passé je l’oublie,
Oui, nous allons tous deux
Commencer une autre vie,
Loin d’ici, sous d’autres cieux.
José
No amenazo, imploro, suplico;
nuestro pasado, Carmen,
olvido, todo el pasado,
sí, los dos debemos empezar
otra vida lejos de aquí,
bajo otro cielo.
Carmen
Tu demandes l’impossible,
Carmen jamais n’a menti,
Son âme reste inflexible,
Entre elle et toi, tout est fini.
Jamais je n’ai menti;
Entre nous tout est fini.
Carmen
Pides lo imposible.
Carmen no ha mentido nunca,
su alma es inflexible.
Entre ella y tú, todo se terminó.
Nunca digo mentiras,
entre nosotros todo se ha terminado.
José
Carmen, Il en est temps encore,
Oui, il est temps encore …
O ma Carmen, laisse-moi
José
Carmen, aún estamos a tiempo,
sí, todavía es posible…
¡Oh, Carmen, deja
168 Libreto
Te sauver, toi que j’adore,
Et me sauver avec toi.
que te salve, pues te adoro,
y que me salve contigo!
Carmen
Non, je sais bien que c’est l’heure,
je sais bien que tu me tueras.
Mais que je vive ou que je meure
Non! Non! Non! Je ne céderai pas.
Carmen
No, sé muy bien que llegó la hora,
ya sé que vas a matarme.
Pero tanto si vivo como si muero,
¡no voy a ceder, no, no!
José
Carmen! Il est temps encore.
Oui, il est temps encore …
Ô ma Carmen, laisse-moi te sauver,
Toi que j’adore!
Ah laisse-moi te sauver
Et me sauver avec toi,
O ma Carmen, il est temps encore …
Ah! Laisse-moi te sauver, Carmen,
Ah laisse-moi te sauver, toi que j’adore!
Et me sauver avec toi!
José
Carmen, aún estamos a tiempo,
sí, todavía es posible…
¡Oh, Carmen, deja
que te salve, pues te adoro!
¡Déjame salvarte
y que me salve contigo!
¡Oh, Carmen mía todavía es posible!
¡Ah, Carmen, deja que te salve,
que te salve, pues te adoro,
y que me salve contigo!
Carmen
Pourquoi t’occuper encore
D’un cour qui n’est plus à toi?
Non, ce cour n’est plus à toi.
En vain, tu dis «Je t’adore»!
Tu n’obtiendras rien, non rien de moi,
Ah! C’est en vain …
Tu n’obtiendras rien de moi!
Carmen
¿Por qué vas a preocuparte aún
de un corazón que ya no es tuyo?
No, este corazón no te pertenece.
En vano dices “te adoro”.
No obtendrás nada de mí
¡Ah, es en vano!...
No obtendrás nada de mí.
José
Tu ne m’aimes donc plus?
(Silence de Carmen et Don José répète.)
Tu ne m’aimes donc plus?
José
¡Ya no me quieres, pues!
(Silencio de Carmen, José repite.)
¿Entonces ya no me quieres?
Carmen
Non, je ne t’aime plus.
Carmen
No, ya no te quiero.
José
Mais moi, Carmen, je t’aime encore;
Carmen, Carmen, moi je t’adore.
José
Pero yo, Carmen, aún te amo.
¡Carmen, Carmen, yo te adoro!
Carmen
A quoi bon tout cela?
Que de mots superflus!
Carmen
¿A qué viene eso?
¡Cuántas palabras superfluas!
Libreto 169
José
Carmen, je t’aime, je t’adore!
Eh bien, s’il le faut, pour te plaire,
Je resterai bandit, tout ce que tu voudras,
Tout, tu m’entends, tout,
Mais ne me quitte pas,
O ma Carmen.
Ah! Souviens-toi, souviens-toi du passé!
Nous nous aimions naguère!
Ah! Ne me quitte pas, Carmen,
Ah ne me quitte pas!
José
¡Carmen, te quiero, te adoro!
Y si es preciso, para complacerte,
continuaré siendo un bandido,
lo que quieras, todo, ¿oyes? ¡Todo!
Pero no me dejes,
¡oh, Carmen,
recuerda nuestro pasado!
¡Nos queríamos hasta hace poco!
¡Ah, no me dejes, Carmen,
no me dejes!
Carmen
Jamais Carmen ne cédera,
Libre elle est née
Et libre elle mourra.
Carmen
Carmen nunca cederá.
Libre nació,
libre morirá.
Choeur
(dans le cirque)
Viva! Viva! La course est belle.
Sur le sable sanglant
Le taureau, qu’on harcèle
S’élance en bondissant
Viva! Bravo! Victoire!
(Pendant ce Choeur, silence de Carmen et de
Don José. Tous deux écoutent. En entendant
les cris de «Victoire, victoire», Carmen a laissé
échapper un «Ah!» d’orgueil et de joie ...
Don José ne perd pas Carmen de vue ... Le
Choeur terminé, Carmen fait un pas du côté
du cirque.)
Coro
(en la arena)
¡Viva, viva! ¡Qué corrida!
Sobre la arena cubierta de sangre,
el toro, castigado,
embiste con furia.
¡Bravo! ¡Viva! ¡Victoria!
(Durante este coro, silencio de Don José
y de Carmen. Los dos escuchan. Al oír los
gritos de «Victoria», Carmen deja escapar un
«¡Ah!» de orgullo y de alegría. Don José
no la pierde de vista. Acabado el coro,
Carmen da un paso hacia la arena.)
José
(se plaçant devant elle)
Où vas-tu?
José
(cerrándole el paso)
¿A dónde vas?
Carmen
Laisse-moi.
Carmen
Déjame…
José
Cet homme qu’on acclame, c’est ton nouvel
amant!
José
El hombre al que aclaman ¡es tu nuevo amante!
Carmen
(voulant passer)
Laisse-moi ... Laisse-moi .
Carmen
(queriendo pasar)
¡Déjame, déjame!
170 Libreto
José
Sur mon âme, tu ne passeras pas,
Carmen, c’est moi que tu suivras!
José
Por mi alma que no vas a pasar,
Carmen, ¡me seguirás a mí!
Carmen
Laisse-moi, Don José! … je ne te suivrai pas.
Carmen
¡Déjame, Don José! No voy a seguirte.
José
Tu vas le retrouver, dis … tu l’aimes donc?
José
¿Vas a buscarle, eh? ¿Le quieres, pues?
Carmen
Je l’aime, je l’aime, et devant la mort même,
je répéterai que je l’aime.
Carmen
Le quiero, e incluso ante la muerte repetiré que
le quiero.
Choeur
(dans le cirque)
Viva! Bravo! Victoire!
Frappé juste en plein coeur!
Le taureau tombe!
Gloire au Toréador vainqueur!
Victoire!
Coro
(en la arena)
¡Viva! ¡Bravo! ¡Victoria!
¡Se la clavó en pleno corazón!
¡El toro cae!
¡Gloria al torero vencedor!
¡Victoria!
José
Ainsi, le salut de mon âme,
Je l’aurai perdu pour que toi,
Pour que tu t’en ailles, infâme!
Entre ses bras, rire de moi.
Non, par le sang, tu n’iras pas,
Carmen, c’est moi que tu suivras!
José
Así que he perdido la salvación
de mi alma para que tú
te vayas corriendo, infame,
a sus brazos a reírte de mí.
¡No, por la sangre que no vas a ir!
¡Carmen vendrás conmigo y basta!
Carmen
Non! Non! Jamais!
Carmen
¡No, no, nunca!
José
Je suis las de te menacer.
José
Estoy cansado de amenazarte.
Carmen
Eh bien! Frappe-moi donc
Ou laisse-moi passer.
Carmen
Pues entonces mátame
o déjame pasar.
Choeur
(dans le cirque)
Victoire!
Coro
(en la arena)
¡Victoria!
Libreto 171
José
Pour la dernière fois, démon, veux-tu me
suivre?
José
Por última vez, demonio, ¿vas a venir conmigo
o no?
Carmen
Non! Non! Cette bague autrefois tu me l’avais
donnée, tiens.
(Elle la jette à la volée.)
Carmen
¡No, no! Y este anillo que entonces me diste,
toma, te lo devuelvo.
(Se lo lanza.)
José
(le poignard à la main, s’avancant sur Carmen)
Eh bien, damnée …
(Carmen recule... José la poursuit... Pendant
ce temps fanfares et chœur dans le cirque.)
José
(avanzando hacia Carmen con la navaja en la
mano)
Está bien, maldita…
(Carmen retrocede, José la persigue, mientras
se oyen fanfarrias y coros en la arena.)
Choeur
(dans le cirque)
Toréador, en garde, Toréador, Toréador,
Et songe bien, oui songe en combattant
Qu’un œil noir te regarde
Et que l’amour t’attend,
Toréador, l’amour
L’amour t’attend!
(José a frappé Carmen… Elle tombe morte…
Le velum s’ouvre. La foule sort du cirque.)
Coro
(en la arena)
Toreador, en guardia, toreador, toreador,
y piensa, si, piensa, al torear,
que un ojo negro te mira
y que el amor te espera.
¡Toreador, el amor,
el amor te espera!
(José le clava la navaja, ella cae muerta. La
cortina se abre y sale la muchedumbre de la
arena.)
José
Vous pouvez m’arrêter
C’est moi qui l’ai tuée.
(Escamillo paraît sur les marches du cirque...
José se jette sur le corps de Carmen.)
Ah! Carmen! Ma Carmen adorée!
José
Ya podéis arrestarme,
soy yo quien la ha matado.
(Escamillo aparece en los escalones de la
plaza… José se lanza sobre el cuerpo de
Carmen.)
¡Ah, Carmen! ¡Carmen adorada!
Traducción de Jaume Creus i del Castillo