Bio Yves Duteil par - Pole`n Productions

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Bio Yves Duteil par - Pole`n Productions
BIOGRAPHIE YVES DUTEIL par Jean THÉPHAINE
C'est à Paris que naît Yves Duteil, le 24 juillet 1949. Le troisième et
dernier enfant d'une famille qui compte déjà un garçon et une fille;
une aînée et un cadet qui travaillent aujourd'hui respectivement
dans la recherche scientifique et dans le marketing. Une « gentille
famille de bijoutiers », dit sa bio officielle, qui exerce dans le XIXe
arrondissement de Paris, « Au carillon d'or ».
Sur son enfance et son adolescence, Yves ne laisse filer que de rares
confidences. Une poignée de souvenirs esquissant la trame d'une vie
matériellement sans problème mais affectivement plutôt terne: «
Chez nous, on n'était pas très démonstratif au niveau des
sentiments. Comme j'étais d'un naturel sensible, je me suis très vite
senti en manque d'expression. »
Dans la famille Duteil, il y a d'abord Robert, le père, dont le
comportement, nourri de blessures apparemment inguérissables
(lire par ailleurs), va conditionner l'existence des siens et d'Yves
singulièrement: « C'était un être difficile d'accès, fermé, avec lequel
je n'ai jamais réussi à entrer en contact. C'est cette frustration et
cette douleur que j'ai essayé de traduire dans la chanson « Lettre à
mon père», qui figure sur l’album « Sans attendre ». »
L'amour des mots, qui vont devenir « ses compagnons de jeux et de
rêve », c'est à sa mère, « férue de langue française », qu'Yves Duteil
est censé le devoir. « C'est vrai », dit-il, avant de nuancer: « Je pense
aussi avoir hérité de mon grand-père paternel, qui écrivait des
poèmes et des petites saynètes. C'était un homme à la fois très
rigoureux et beaucoup plus fantaisiste que ma grand-mère qui, elle,
était très sévère; et que je redoutais! »
De sa mère, trop tôt disparue, en 1973, il revendique, autant que le
goût des mots, celui de la musique: « Elle avait appris le piano avec
un élève d'Alfred Cortot. J'avais 10 ans quand j'ai commencé à le
travailler à mon tour, mais je suis resté un autodidacte de cet
instrument. (Rire) Je suis toujours très mauvais en solfège, je ne sais
toujours pas lire une partition! D'un autre côté, ça m'a permis
d'évoluer en musique de façon particulière, un peu hors-normes. »
Au piano, Yves se souvient avoir « composé des petites choses »
mais c'est la guitare, apprise elle aussi au feeling, « à travers plein
de reprises », qui va faire basculer sa vie et devenir son inséparable
compagne. C'est sur ses six cordes qu'il brode, à 15 ans, ses
premières chansons. Chez lui, on écoute alors du classique, mais
surtout des variétés de l'époque: les Frères Jacques, Ray Ventura et
ses Collégiens, Aglaé, Brassens, Louis Armstrong... « Des 78 tours et
des 45 tours », raconte Yves, qui, de son côté, casse sa tirelire pour
Polnareff, Les Beatles, Hugues Aufray; avant d'avoir pour la musique
brésilienne « une prédilection effrénée » qui dure toujours.
On est en 1966. Notre héros a 17 ans. Au lycée Balzac, avec des
copains, il crée un premier orchestre dont il dit « On a beaucoup
répété et très peu joué! ». Dans la foulée, naissent les Marquis Five,
au sein desquels Yves joue de l'orgue farfisa et chante. « Ma
spécialité, c'était Polnareff (il esquisse « La poupée qui fait non », «
Dame dame », « Miss Blue Jeans »...) mais on reprenait aussi Hugues
Aufray et beaucoup de morceaux anglais, notamment de Dylan et de
Blood, Sweat and Tears ». Rire: « Il doit exister quelque part des
cassettes de ça, mais de là à les retrouver! »
Parallèlement à son activité au sein des Marquis Five, Yves Duteil
continue à écrire ses propres chansons: « Des trucs que j'ai gardés,
influencés par l'air du temps ou des rencontres professionnelles. Mes
premières maquettes, je les ai réalisées à domicile, sur des
magnétos Uher, un mono et un stéréo. Je faisais le pied de batterie
en tapant sur un annuaire; les percussions avec une boîte en carton
et les maracas avec une boîte d'allumettes. Chaque fois que je
rajoutais une piste, le souffle augmentait de façon pas possible! »
Cette passion dévorante pour la chanson inquiète papa Duteil, qui
rêve plutôt pour son fils d'une carrière commerciale. C'est ainsi
qu'Yves, que son père « ne trouve pas assez assidu », est retiré du
lycée Balzac et placé dans un cours privé: « Il voulait que j'assure le
coup; que j'aie mon bac; que je poursuive des études pour avoir un «
vrai » métier, quoi. Il était très soucieux de me voir partir dans
quelque chose qu'il désapprouvait profondément. Il imaginait le pire
pour moi. (Silence) J'ai dû me battre et louvoyer pour continuer à
faire de la musique. »
Quelque part, mai 68 (« Sur le coup, ça n'a pas signifié grand chose
pour moi. J'étais plus intéressé par le « Mai, Paris mai » de Nougaro
que par les événements et par mes études ») va changer le cours de
la vie d'Yves Duteil qui abandonne du même coup la fac, où il est en
première année de science-éco, et l'institut britannique, où il
peaufine son anglais. Vaguement, il ajoute: « Après, ça a été un peu
au petit bonheur. Une école de commerce, des choses comme ça... »
Des « choses comme ça », dont le service militaire, sur lequel il ne
s'étend pas, et des activités inattendues: « Après les événements de
mai, mes parents ont jugé bon de m'éloigner un peu. C'est ainsi que
je suis parti au club Med comme accompagnateur d'excursion. J'en ai
profité pour faire quelques spectacles. Tout en continuant à écrire
des chansons, ça m'a permis de découvrir vraiment ce que c'était de
se produire devant un public. Au début, j'interprétais des morceaux
des autres, puis j'ai rajouté quelques-uns des miens. Jusqu'à en faire
un premier récital entier, en 1969, à Porto Petro. »
Au retour du Club, c'est le désœuvrement pour Yves, en quête de
travail. Tout en fréquentant le Petit Conservatoire de Mireille, figure
légendaire de la chanson française, il se fait la voix et le style aux
terrasses des cafés et des restaurants, place de la Contrescarpe: «
D'où la Contrescarpe de « La langue de chez nous », qui me doit
toujours beaucoup de courrier car, à l'étranger, au Québec en
particulier, ils ne savent pas ce que c'est. »
Ce quartier parisien lui porte chance. C'est là qu'il décroche ses
premiers contrats dans des cabarets légendaires qui s'appellent
L'Écluse et l'Échelle de Jacob: « J'ai notamment remplacé Jacques
Debronckaërt et Henri Tachan. Quand ils ne pouvaient pas venir, on
m'appelait pour cinq chansons. »
Dans un autre lieu, La Resserre aux Diables (« Qui s'est ensuite
appelé le Coupe-Choux. Je ne sais même pas si ça existe encore »),
le jeune Duteil partage l'affiche avec Olivia Orlandi et Cléo Berger,
deux comédiennes issues de « La famille Hernandez » de Geneviève
BAÏLAC, une pièce de théâtre à l'ambiance pied-noir, qui vient
d'obtenir à Paris un immense succès. Pour Yves, comme pour les «
vedettes », ce n'est pas le même tabac: « Le mélange marchait très
bien, mais on ne se bousculait pas à l'entrée. Le seuil de remplissage
était loin d'être atteint! »
Un soir, au bar, il y a l'auteur-compositeur et producteur Frédéric
Botton: « Il me dit: montrez-moi vos chansons. Ce que je fais. Il me
dit: c'est formidable; finissez celle-là. C'était « Virages »: un couplet
et un début de refrain! Huit jours plus tard, la chanson est terminée.
Frédéric Botton me dit: bon, on enregistre. Et on a enregistré, au
studio Pathé! Avec 40 musiciens et une super rythmique; le tout
orchestré par Alain Goraguer! Au dos de ce premier 45 tours, sorti
presqu'aussitôt, figure un morceau dont j'avais demandé à Charles
Level de faire la musique. Ça s'appelle « Remets ta montre à l'heure
», mais la postérité n'en a pas gardé un grand souvenir! »
On est en 1972. Yves Duteil a 23 ans et un petit brin de notoriété
qu'il essaie d'asseoir en faisant notamment les premières parties de
Régine (à Bobino) et de Juliette Gréco (à l'Olympia, à la même
affiche que Philippe Chatel, resté un ami fidèle). On l'aperçoit même,
comme jeune espoir français, dans un concert new-yorkais. Quatre
autres 45 tours sortent chez Pathé, sans grand écho médiatique et
public. Le premier album, lui, voit le jour en 1974. Il s'appelle «
L'écritoire » et reçoit un bel accueil, sans pour autant faire exploser
les hit-parades. La même année, Yves est pourtant couronné au
festival de Spa: meilleure chanson ("Quand on est triste") et prix du
public.
Mais la consécration n'est pas encore là pour l'intéressé qui
accumule les premières parties: Nicoletta à Bobino, mais aussi, en
province, Claude François, Joe Dassin, Hugues Aufray, Thierry Le
Luron, Michèle Torr... « Les conditions étaient difficiles et, comme la
plupart du temps dans ce genre d'exercice, je passais complètement
inaperçu, le public attendant, bien sûr, la vedette. »
La rencontre d'Yves et de Noëlle, sa future femme, est déterminante
pour la suite: « On a commencé à s'organiser; à proposer des
récitals beaucoup plus modestes, où il y avait cinquante personnes,
mais qui venaient pour moi. Là, j'ai vraiment commencé à apprendre
mon métier. »
C'est l'époque où Joël Favreau embarque dans l'aventure avec une
deuxième guitare. Plus tard se joindront à l'équipée les
contrebassistes Benoît Charvet puis Bernard Teissier: « Pour nous,
les tournées étaient une fête. On a fait des périples mémorables. Par
exemple dans le Périgord; des endroits où il fait bon vivre, quoi! »
« J'attends », le second album, sort en 1976. Yves admet aujourd'hui
qu'à ce moment Noëlle et lui doutent: « On s'est dit: s'ils ne veulent
pas de ce que je fais, on va laisser tomber. » Le disque obtient le
prix Jeune Chanson décerné par le Haut Comité de la Langue
Française. Gérard Violette, qui dirige, à Paris, le Théâtre de la Ville,
propose alors à Yves de concevoir un spectacle, en tête d'affiche,
avec un quatuor à cordes, pour ses fameuses matinées de 18 h 30. «
On savait qu'on tenait là quelque chose de très important. Je me suis
mis à écrire comme un fou la matière d'un troisième album qui
sortirait en même temps que le spectacle. C'est ainsi que, dans la
foulée, sont nés « Le mur de la prison d'en face », « Le petit pont de
bois », « Les p'tites casquettes », « Prendre un enfant »...» L'opus,
publié en 1977, en pleine période disco/punk/new wave, s'appelle «
Tarentelle » et pulvérise les ventes: 1300 000 exemplaires écoulés
aujourd'hui, trois 45 tours dépassant chacun les 500 000 unités.
« Tarentelle », la chanson éponyme, « Le petit pont de bois » et, un
peu plus tard, « Le mur de la prison d'en face » squattent pendant
plusieurs mois les antennes des radios. Il n'en est pas de même pour
« Prendre un enfant », dont « le format et la couleur », comme on dit
aujourd'hui, semblent hors commerce aux décideurs. « Un an et
demi après la sortie de l'album, raconte Yves Duteil, Monique Le
Marcis, responsable des programmes à RTL, vient m'écouter au
Théâtre des Champs-Elysées. Elle voit la réaction du public sur «
Prendre un enfant » et me dit: « Je vais programmer ça comme une
chanson nouvelle ». En urgence, la maison de disques fait un 45
tours et là, succès énorme: le plus gros de tous! »
« Parce qu'on avait déjà une vie familiale très riche, on a assumé
sans problème la notoriété qui m'est tombée dessus, assure Yves
Duteil. Aussitôt après le Théâtre de la Ville, on a cherché à mettre
sur pied une tournée française. Encore une fois, la chance était là.
Sous la forme d'une malchance. Félix Leclerc est tombé malade et
on m'a proposé de le remplacer pour sa tournée française dans les
salles qui l'accepteraient. On a emmené avec nous le quatuor à
cordes et on a pu jouer dans les théâtres des plus grandes villes de
province. »
Scéniquement, Yves Duteil connaît ses temps forts en 1978 et 1979,
au prestigieux Théâtre des Champs-Elysées, puis dans les années
80: trois semaines à l'Olympia en 1982, un mois en 1984 (pour
accompagner la sortie de l'album « La statue d'ivoire »), trois
semaines en 1987 (avec un triple album live à la clé). Mais il faudrait
ajouter bien d'autres lieux et dates, comme le Zénith, en 1990, le
Casino de Paris en 1993 et 1997. Des centaines de « moments de
partage », comme il aime à les nommer, dont sa récente tournée
acoustique (devenue un double CD en 2001) avec le pianiste Michel
Précastelli n'est pas le moindre dans son panthéon personnel.
Dans la riche discographie d'Yves Duteil, l'album de 1985 tient une
place à part. Y figurent notamment « Jonathan » et « Les mots qu'on
n'a pas dit », mais aussi « La langue de chez nous »: « Depuis un an,
on essayait de promouvoir les deux premiers titres. C'est une fois
encore Monique Le Marcis, dont le flair était vraiment extraordinaire,
qui, un jour, nous a conseillé de choisir le troisième. C'est parti
aussitôt. » Tellement bien parti que, depuis, cette chanson limpide,
dédiée au maître Félix Leclerc, est devenue un hymne à la
francophonie bardé de récompenses.
Les récompenses, Yves Duteil en a collectionné beaucoup au fil de
sa carrière. Comme le prix de l'académie Charles Cros pour «
Tarentelle » (1978),; le prix de la plus exceptionnelle création
artistique au Festival d'art de Tokyo pour le disque « Yves Duteil
chante pour les enfants », illustré par Martine Delerm (1981); le
grand prix de la Sacem pour l'album « Pour les enfants du monde
entier » (1988); le titre de Chevalier des Arts et Lettres décerné par
François Mitterrand (1984); médaille d'argent de l'Académie
française pour « La langue de chez nous » (1986).
La fierté de l'artiste, c'est quand même « Prendre un enfant par la
main », un titre qui lui a valu une moisson de lauriers: première des
dix plus belles chansons de la décennie RTL (1979), première au
sondage Europe 1 des meilleures chansons et meilleure chanson du
siècle Notre Temps (1987), première au hit-parade du siècle sondage
RTL/Canal + (1988). La totale.
Commentaire de l'auteur: « C'est vertigineux, très lourd à porter.
Jamais, déjà, je n'aurais pu imaginer le dixième de ce qui m'est
arrivé, mais ça... Même si la chanson avait déjà dix ans quand ça
s'est passé, il a bien fallu que je m'interroge: quoi faire après? Je suis
arrivé au terme de quelque chose; soit j'arrête, soit je trouve la suite.
Ça a été le début d'une réflexion, d'un deuxième souffle; profitable
au bout du compte. Ça m'a permis de rebondir. J'étais perçu comme
un gentil troubadour bucolique, une image qui m'a beaucoup collé
aux baskets. Là, j'ai ressenti l'absolue nécessité de passer à un
braquet différent.»
En 1987, il y a bien eu l'album « Ton absence », disque d'or trois
semaines après sa sortie, mais c'est en 1990, dans « Blessures
d'enfance », qu'Yves commence à se découvrir vraiment. En 1993, il
récidive avec « Lignes de vie ». En 1994, histoire de démontrer que
sa « famille chanson » est éclectique, il se fait plaisir en enregistrant,
sous le titre « Entre elles et moi », une série de duos au féminin
(Jeanne Moreau, Véronique Sanson, Liane Foly, Enzo Enzo, Véronique
Rivière, Dee Dee Bridgewater, sont de la fête) que les radios
ignoreront superbement. En 1996, il publie « Touché ». L'opus du
grand virage, sur lequel figurent des titres particulièrement forts:
une chanson sur le leader israélien Yitzhak Rabin, mort assassiné;
une autre sur une jeune tibétaine victime du régime chinois; une
troisième, surtout, dans laquelle il évoque son arrière grand-oncle, le
capitaine Dreyfus, accusé à tort, à la fin du XIXe siècle, dans une
affaire d'espionnage dont il sera finalement blanchi, après avoir été
emprisonné en Guyane.
« Auparavant, je n'étais pas armé pour assumer des conflits, affirmer
des convictions. Je n'avais pas été vraiment coulé dans ce moule là
», explique Yves Duteil qui, avec « Sans attendre », son dernier
album, baisse la garde jusqu'à l'intime, sans jamais céder à
l'impudeur.
C'est qu'entretemps, il lui a fallu faire face à des blessures de vie qui
l'ont vu perdre ce père avec lequel il n'avait jamais pu dialoguer et
craindre pour celle qu'il appelle « ma Noëlle ». Sa femme d'épaule et
de cœur, tellement proche de lui qu'elle est adjointe dans le conseil
municipal de Précy-sur-Marne, une commune de 500 habitants, dans
la campagne de Seine-et-Marne, dont il est maire depuis 1989;
moins par sensibilité politique (même s'il revendique sa fidélité à
l'homme Chirac) que par une volonté d'engagement citoyen qui le
voit s'investir discrètement dans des associations (médecine,
justice...) dont l'enfance meurtrie est souvent le dénominateur
commun.
Bien placée dans ses préoccupations, il y a aussi la défense de
l'environnement, au premier rang de laquelle la lutte contre les
incendies de forêt. Un combat de douze ans qui l'a vu fonder
A.P.R.E.S. (Association pour le reboisement des espaces sinistrés);
conséquence d'un feu qui, en 1990, ravagea sous ses yeux 800
hectares de cette terre corse où sa fille Martine est née et où il se
ressource en famille dès qu'il le peut. De cette aventure est né un «
Livre blanc pour y voir plus vert dans les forêts », dont une partie
des 75 propositions a été intégrée, en juin 2001, dans la nouvelle loi
d'orientation forestière. Parallèlement, Yves Duteil - qui a également
signé plusieurs livres pour enfants - est l'auteur de « Ma France
buissonnière » (1998, Ed.La Martinière), un ouvrage superbement
illustré où il vagabonde de visions fugaces en couleurs alchimiques.
Si on demande à Yves Duteil pourquoi, en mars 1996, il a accepté
une « mission chanson » auprès de Philippe Douste-Blazy, alors
ministre de la culture, il répond simplement: « Je savais que, dans
cette affaire, il y avait des coups à prendre et pas grand chose à
attendre personnellement. Mais je l'ai fait dans le même esprit
citoyen qui m'anime par ailleurs. En réclamant, et obtenant, les
coudées franches. Mon objectif était de rassembler la profession
autour de ses intérêts communs. Je crois avoir été bien accueilli par
elle. Je souhaitais que la chanson, comme le cinéma, soit prise en
compte comme un art à part entière. Ma mission, qui a duré un an et
demi, a donné des fruits mûrs et des fruits un peu moins mûrs.
Certaines avancées ont été obtenues, comme la baisse de la TVA sur
les petites salles de spectacles, l'obligation pour les fournisseurs de
discuter en concurrence avec tous les disquaires et pas seulement la
grande distribution, la création et le développement des
"Résidences-chanson" sur des scènes nationales, la création d'un
hall de la chanson qui devrait bientôt être construit à la Villette... »
Aujourd'hui, Duteil le chanteur se heurte lui-même à un problème
qu'il connaît bien: un marché radio et TV où ce qu'il offre n'accroche
pas spécialement l'oreille des programmateurs. Il va donc prendre
son temps, monter une nouvelle tournée. Riant sous cape du bon
tour que son ami Henri Salvador a joué à tous les prévisionnistes en
propulsant vers les sommets sa « Chambre avec vue »: « Son succès
n'est pas surprenant, dans la mesure où il est totalement mérité. Si
vous regardez attentivement, aujourd'hui, le paysage français, vous
voyez dominer quoi? Des chansons de facture très classiques: celles
de Cabrel, Bruel, Véronique Sanson. Et celles de Salvador, bien sûr,
avec lequel, malgré la différence d'âge, j'ai en commun la culture de
la guitare, du blues, de la bossa. C'est rassurant, non? »
Jean THÉFAINE.
REPÈRES…
« Écrire...
Apprendre à écrire son histoire
À la plume et au crayon noir
En appliquant son écriture
Raconter sa propre aventure... »
Je n'ai pas choisi la chanson. Elle existe en moi comme un puzzle se
rassemble autour d'une idée, d'une émotion. Depuis l'enfance,
j'avais besoin de communiquer autrement, et faute d'avoir été
entendu, la musique est venue m'offrir le moyen d'être écouté... J'ai
fait mes gammes en chantant tous les tubes que j'entendais à la
radio, et à la grande frayeur de mes parents, j'ai prétendu « faire ce
métier »... Un peu par défi et pour prouver que je pourrais en vivre,
j'ai fait la manche ...
« Quand je jouais de la guitare
Par bonheur ou par désespoir
Rue du Four et rue Vaugirard
J'arrêtais vers onze heures du soir... »
Le Petit Conservatoire de Mireille était à cette époque, l'une des
rares portes ouvertes sur des studios de radio et de télévision, j'y ai
tenté ma chance et Mireille, séduite par une samba (« Le labyrinthe
»), a admis le « Petit Duteil »... Ce fut une école d'exigence. On était
interrompus, cueillis à chaud par une remarque cinglante sur la
justesse, la diction. Mais je chantais, et c'était précieux...
1972 . Frédéric Botton, auteur compositeur de chansons à succès «
La grande Zoa », (pour Régine), « Un petit poisson, un petit oiseau »
(pour Juliette Gréco) dîne à « La resserre aux Diables », café-théâtre
où je chante avec l'équipe de « La famille Hernandez » (Geneviève
Baïlac). Quelques semaines plus tard, c'est sous sa direction que
j'enregistre « Virages » aux studios Pathé Marconi. L'accueil est
prometteur... Mais il me faudra encore cinq années, trois 45 tours et
trois albums pour rencontrer le succès.
1977. Sortie de l'album « Tarentelle ». Je suis à l'affiche du Théâtre
de la Ville, à 18 heures 30 pour une heure pendant une semaine.
C'est à partir de là seulement que mon père avoue à ses amis que
son fils est chanteur. La salle est pleine, c'est la véritable rencontre
de mes chansons avec le grand public. Un rêve...
À ce moment, Félix Leclerc doit renoncer pour raison de santé à la
série de concerts qu'il devait donner dans les grandes villes de
France. Immédiatement, Jean Dufour, son agent, propose mon nom
aux directeurs des théâtres. Ce sera ma première vraie tournée en
province, avec le quatuor à cordes, Joël Favreau à la guitare, et
Bernard Teissier à la contrebasse. Félix veillait déjà sur ma route
avec bienveillance...
1979. Nous sommes au Théâtre des Champs Elysées pour trois
soirées exceptionnelles. Monique Lemarcis (RTL) remarque lors du
concert une chanson passée jusque-là inaperçue dans l'album de «
Tarentelle » : « Prendre un enfant ». Elle décide de la programmer
comme une nouveauté sur l'antenne. Un an et demi après sa sortie,
c'est le plus grand succès de l'album.
Ce succès semble un peu insolent pour des chansons qualifiées de «
bucoliques ». Guy Sylva ( « L'Humanité ») tempère cette caricature
en remarquant « Le mur de la prison d'en face ». Pendant ce temps,
je poursuis ma route de « Parc Monceau » (81) en « Statue d'ivoire »
(83) hors normes, hors mode, un peu dans ma bulle.
1983. Premier spectacle à Montréal, nous faisons connaissance avec
Félix Leclerc chez lui à l'Île d'Orléans (Québec). Je suis impressionné
par sa stature, et son engagement en faveur du français : « Ici nous
sommes 95 % de francophones et tu dois tout faire en anglais ! » .
1985. Seconde tournée québecoise, j'apporte dans mes bagages «
La langue de chez nous », inspirée par la rencontre avec Félix. Il
pleure en l'écoutant. À Montréal, ce soir-là le public debout m'offre la
plus belle ovation de ma vie.
Cette chanson a marqué un tournant dans ma vie d'auteur. J'ignorais
que j'allais rencontrer à travers elle autant de voix ignorées jusquelà, autour de l'idée neuve de la francophonie. Une chanson pouvait
donc agir en catalyseur et, sinon convaincre, du moins rassembler.
Je ne l'oublierai plus.
1987. L'Iran mobilise des enfants pour la guerre contre l'Irak.
Choqué, j'écris « Pour les enfants du monde entier ». Une prière
reprise quelques années plus tard lors des « marches blanches » en
Belgique.
Entre 86 et 88, les récompenses tombent en cascade sur mes
chansons. RTL et Canal + organisent un Hit Parade du siècle... «
Prendre un enfant » l'emporte... Je crois que j'ai franchi la ligne
blanche !... La dérision bat son plein, la caricature opère son
alchimie médiatique.
1990. L'Olympia m'avait accueilli successivement trois fois, pour
plusieurs semaines, et j'aspirais à passer de l'intimisme du quatuor à
cordes à un espace plus ambitieux. Le Zénith nous a offert cette
dimension supplémentaire. Malgré le succès du spectacle et du
disque « Blessures d'enfance », c'est la fin de vingt ans d'amitié avec
Pathé Marconi (EMI), qui vient de changer de président, et le début
de dix ans de conflit. Nous entrons dans une phase « artisanale » de
ma carrière, où il va falloir avancer à contre-courant, se battre pour
continuer à chanter.
1993. Un album plus intime, avec « Entre père et mari », « Bientôt
vingt ans », « Hommages », et le Casino de Paris pour maison
pendant trois semaines. Mais surtout en 94, une aventure musicale
et artistique passionnante : « Entre elles et moi... ». Huit duos avec,
parmi mes voix féminines préférées, des timbres de collection :
Jeanne Moreau, Dee Dee Bridgewater, Liane Foly, Enzo Enzo,
Véronique Rivière,, Rose Laurens, Fabienne Marsaudon et Véronique
Sanson, histoire d'effacer les frontières entre les styles, en m'invitant
dans leur propre interprétation de mes chansons.
1997. C'est le début d'une collaboration chaleureuse avec Hervé
Lasseigne (BMG), qui plutôt que de jouer la carte des succès passés,
va parier sur l'avenir. Dans la lignée des chansons nées de « La
langue de chez nous », l'album suivant rend hommage à une
résistante à l'oppression chinoise : Ngawang Sangdrol, « La tibétaine
», à un combattant pour la paix : Yitzhaak Rabin, « Grand-père
Yitzhaak » et à Alfred Dreyfus, (« Dreyfus »), pour perpétuer la
mémoire de son innocence. Tous trois ont en commun d'avoir été ou
d'être victimes de l'intolérance ou de l'injustice de leur époque. Ma
parenté avec Dreyfus m'a permis, au-delà de « l'Affaire », d'évoquer
l'Homme, à travers ceux qui l'ont connu et aimé.
C'est aussi au Casino de Paris que ces chansons vont éclore.
1999. De plus en plus séduits par l'idée d'un concert acoustique,
nous décidons avec Michel Précastelli de travailler sur une formule
guitare et piano, dépouillée et authentique. Ce sera l'un des
spectacles les plus attachants et difficiles de ma carrière, car dans la
fièvre des préparatifs de Bobino, la maladie fait son entrée chez
nous. Noëlle se bat avec courage et détermination. Dans ce
contexte, elle souhaite maintenir notre rentrée parisienne, et toute
l'équipe se rassemble pour relever le défi. La scène est toujours
restée mon véritable trait d'union avec le public. Elle nous a aidés à
traverser les périodes les plus difficiles, tant aux plans professionnel
que personnel. Cette fois encore, le public est au rendez-vous, le
spectacle est simple, mais précis et profond, nous sommes deux sur
scène, dans une complicité dont l'émotion est le fil rouge. Pendant
trois ans, nous sommes présents sur scène, et j'écris. Pour
témoigner, pour conjurer. Pour continuer. Dans la même période,
mon père nous quitte, un petit-fils nous arrive... La vie reprend.
2001. L'album « Sans attendre...» est le récit de ce temps parfois
lourd et pourtant ponctué de lumière. Très personnel et intime, je l'ai
vécu comme une plongée profonde vers des sommets intérieurs de
tendresse, d'émotion et d'amour. Avec « Pour que tu ne meures pas
», « Vivre sans vivre », « Les gestes délicats », « Lettre à mon père
», « l'île de Toussaint », je voulais exprimer toutes les nuances de
ces moments où la vie vous rattrappe et vous porte de la tempête
jusqu'à la rive, avec en cadeau des priorités nouvelles...
« Et je connais le prix
De chaque instant de paix que nous offre aujourd'hui
Et l'amour qu'il fallait pour que tu restes ici
Pour que tu ne meures pas
J'aurais donné ma vie. »
2002. L'Olympia, à nouveau.
Parce qu'après trente ans, la scène reste un des derniers espaces de
liberté.
2003. Sortie en France le 20 novembre 2003 de la chanson"Tous les
Droits des enfants", destinée à rendre plus accessible la Convention
Intenationale des Droits de l'Enfant aux enfants eux-mêmes. Le CD a
été distribué gratuitement à toutes les classes de CM1 de France à
l'initiative du Ministère de la Famille."
2004. Tournée (1 mois) de concerts à travers le Québec en février
Sortie le 1er mars 2004 au Québec de la chanson "Tous les Droits
des Enfants" avec le soutien du Ministère de la Famille du Québec,
de la FTQ (Fédération des Travailleurs du Québec), de la CSQ
(Centrale des Syndicats du Québec) et du"Club des Petits déjeûners
du Québec".
2005. Concerts, en France et à l'étranger.
Jean-Daniel Belfond, éditeur (L'Archipel) me propose un exercice de
style bien tentant. Écrire un livre de lettres adressées aux
destinataires de mon choix. À mon époque, à ceux que j'aime, à tout
ce qui m'importe, mais en toute liberté… Je relève le défi. Le livre
sort le 18 janvier. Quarante trois lettres, rassemblées sous le titre
"Les choses qu'on ne dit pas".

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