Notre histoire - Mandelieu-La Napoule Office de tourisme

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Notre histoire - Mandelieu-La Napoule Office de tourisme
Illustration Nexus Communication d’après Alphonse MUCHA
Sommaire
ACTES
I - LES ORIGINES D’UNE VILLE
4
II - LE « PAGUS AVINIONENSIS »
6
III - DE TERRIBLES FLÉAUX
8
IV - LES TEMPS FÉODAUX
10
V - LA DYNASTIE DES VILLENEUVE
12
VI - LES DROITS SEIGNEURIAUX
14
VII - LA RENAISSANCE NAPOULOISE
16
VIII - RUINE ET DÉSOLATION
19
IX - LA GENÈSE DU QUARTIER DE CAPITOU
20
X - LA NAPOULE CHANGE DE SEIGNEUR
22
XI - LES PRÉMICES D’UNE RÉVOLUTION
24
XII - LA FIN DES PRIVILÈGES
28
XIII - UNE GOUVERNANCE MOUVEMENTÉE
32
XIV - DE NOUVELLES PRÉOCCUPATIONS
APPARAISSENT
36
XV - UNE BIEN « BELLE ÉPOQUE »
38
XVI - UNE « CITÉ D’OR »
42
XVII - LA GRANDE GUERRE
46
XVIII - NOS « ANNÉES FOLLES »
48
XIX - LE DEUXIÈME CONFLIT MONDIAL
51
XX - LA PROMESSE D’UN BEL AVENIR
52
XXI - PORTRAITS DE MAIRES
56
CONCLUSION
58
REMERCIEMENTS
59
Votre hors-série municipal est imprimé sur
papier recyclé par un imprimeur Imprim’vert.
Conformément aux engagements écologiques
pris par votre ville, et qui s’inscrivent dans la
démarche « Agenda 21 », toutes les publications
municipales seront progressivement imprimées
sur papier recyclé.
ÉDITION : Directeur Publication : Mme Claude Caron, Conseillère Municipale subdéléguée à la Communication
Rédaction en chef : Thérèse Sine, Directrice du service Documentation et Archives - Direction de la Communication
Conception et réalisation : Nexus Communication - Crédits photos : DV Sud, OTA Imprimeur : Imprimerie Trulli - Vence - Dépôt Légal I.S.S.N. : 1268-4686
-2
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
ÉDITO DE M. LE MAIRE
UNE VILLE FIÈRE DE SON PASSÉ
ET TOURNÉE VERS L’AVENIR
E
ntourée par une nature exceptionnelle, marquée par une forte
tradition de solidarité et résolument tournée vers l’avenir, la ville de
Mandelieu-La Napoule a toujours su,
au fil de son histoire, préserver son
environnement et son identité d’une
ville à dimension humaine.
et tournée vers l’avenir ? Aujourd’hui,
l’ambition de mon équipe municipale
est d’aller encore plus loin. La Maison
des Quartiers, le Centre d’Animations
Eden Parc sont autant de lieux citoyens
où les Mandolociens-Napoulois se
retrouvent pour faire vivre leur ville avec
passion et générosité.
Un patrimoine naturel exceptionnel.
De la naissance du village de La
Napoule au XIVe siècle, en passant
par la création officielle du village de
Capitou en 1706, jusqu’à l’arrivée
au XIXe siècle du chemin de fer et
l’implantation de l’industrie du mimosa,
notre ville a toujours protégé son
patrimoine naturel. Son passé et son
présent le prouvent : baignée par la
Méditerranée et surplombée par les
massifs forestiers du Tanneron et
de l’Estérel, Mandelieu-La Napoule
s’est développée tout en respectant
un environnement fragile mais d’une
extraordinaire beauté. Aujourd’hui, avec
la mise en œuvre de son AGENDA 21,
notre commune poursuit cette tradition
environnementale fortement ancrée
dans l’esprit de ses habitants. Elaboré
dans la concertation, ce plan d’actions
global prépare l’avenir de notre territoire
et répond concrètement aux enjeux
d’un développement durable.
Une tradition de vitalité et de
solidarité. Au fil des siècles, les
Mandolociens-Napoulois ont toujours
fait preuve d’une grande solidarité. Dans
les temps d’exception, je pense aux
temps de guerre et d’occupation mais
aussi aux fléaux comme les incendies
et les inondations qui ont ravagé notre
territoire, l’histoire de notre commune
s’enorgueillit du comportement de
nombre de ses habitants dont les rues
de notre ville portent souvent les noms.
Des habitants fiers de leurs racines.
Grands moments de partage, d’amitié
et de réjouissances populaires, la
Saint-Pons, la Saint-Fainéant et la
Saint-Louis sont directement issues de
la riche histoire de notre ville. Chaque
année, ces fêtes patronales nous
rappellent avec force l’importance de
notre mémoire commune. Je n’oublie
pas notre Fête du Mimosa, devenue
la troisième manifestation hivernale
de la Côte d’Azur. N’est-elle pas le
symbole d’une ville fière de ses racines
Riche de son histoire
et de son dynamisme,
Mandelieu-La Napoule
s’inscrit résolument dans
la modernité avec son
originalité : une ville
à dimension humaine.
Ce sont ces images de dignité et de
solidarité qui ont définitivement marqué
notre passé et qui expliquent notre présent. Solidaire, dynamique et intergénérationnelle, notre ville développe une
réelle vitalité municipale et associative.
Une ville tournée vers l’avenir.
Avec l’ouverture, en septembre
2009, de son nouveau Centre Expo
Congrès, Mandelieu-La Napoule écrit
une nouvelle page de son histoire
en axant son développement sur le
tourisme d’affaires.
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Cet ambitieux projet fait aussi partie
intégrante de la rénovation globale de
notre centre-ville. Car Mandelieu-La
Napoule dessine aujourd’hui la ville de
demain. Redonner un véritable centreville à tous ses habitants, améliorer et
diversifier le logement dans la ville, le
doter d’espaces publics de qualité respectant la norme HQE (Haute Qualité
Environnementale) : voilà les objectifs
majeurs de notre futur cœur de ville.
Le récit de l’histoire de Mandelieu-La
Napoule, de la préhistoire à nos jours,
justifiait pleinement les 60 pages de ce
hors-série du MLN Magazine que j’ai le
plaisir de vous faire découvrir. Réalisé par
le service Archives, en partenariat avec
le service Communication, cet ouvrage
de référence vous aidera à mieux comprendre notre ville et son identité. C’est
aussi un merveilleux voyage au centre
de notre mémoire collective.
Bonne lecture à toutes et à tous.
Henri LEROY
Maire de Mandelieu-La Napoule
Vice-Président du Conseil Général
des Alpes-Maritimes
Chevalier de la Légion d’Honneur
3-
ACTE I
LES ORIGINES D’UNE VILLE
LES TEMPS PRÉHISTORIQUES ET
LA CONQUÊTE GRECQUE,
PUIS ROMAINE DE NOTRE RÉGION
Pic Saint-Martin
D
ifférentes traces archéologiques permettent
de faire remonter l’aventure humaine de notre
territoire aux temps lointains de la préhistoire.
Une balade sur le Pic Saint-Martin, qui domine
le cirque de Maure Vieil, vous fera découvrir les
vestiges d’un oppidum1 d’époque pré-romaine.
Un outillage de silex taillés d’époque néolithique
fut découvert par M. Paul de Quay sur les hauteurs du domaine de Saint-Hubert, à Théoule.
De fait, en ces temps reculés, toute la région
s’étendant de Marseille à Monaco était occupée par les Celto-ligures. Ces peuples vivaient
paisiblement de chasse et de pêche et commerçaient avec les Phéniciens… Ils étaient plus particulièrement appelés « Oxybiens » dans la contrée
de Cannes-Mandelieu, « Décéates » vers Antibes
et « Suelteri » vers Fréjus. Ces derniers légueront
d’ailleurs leur nom au massif de l’Estérel.
Opérées d’urgence, lors de travaux sur l’aérodrome de Cannes-Mandelieu, les fouilles de
M. Maurice Sechter ont livré un mobilier de
céramiques protohistoriques témoignant d’une
présence humaine au pied de la butte de SaintCassien dès l’âge du bronze. C’est sur ce site
que se développeront plus tard le petit village
d’Arluc et son prieuré.
-4
Six siècles av. J.-C., les Phocéens créent
Massalia (Marseille) et implantent progressivement
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
leur commerce sur toute la côte. Ils aménagent
des ports à Antipolis (Antibes) et Nikaïa (Nice).
Repoussés à l’intérieur des terres, les Celto-ligures vont dès lors mener une véritable guérilla,
cherchant par tous les moyens à chasser l’occupant grec.
À la suite d’une plainte des Marseillais en 154
av. J.-C., un général romain du nom d’Opimus
débarque avec son armée près de l’embouchure
de la Siagne pour réprimer une action des
Oxybiens et des Décéates sur Antibes. Il s’ensuit
un combat sanglant dans la plaine de Laval2.
Battus, les survivants sont chassés… et les
Romains occupent les lieux durant cinq siècles.
La légende attribue l’origine du nom de Lérins à « Léro »,
chef ligure célèbre pour ses actions de brigandage dans la
contrée. Lancé, avec sa horde, à l’abordage des vaisseaux de
commerce lourdement chargés qui se rendaient à Massalia,
Léro capturait l’équipage et s’emparait des cargaisons avant
de mettre le cap sur les îles de Lérins pour y cacher son
précieux butin. Il s’en retournait ensuite festoyer avec ses
congénères sur les collines de Maure Vieil, livrant les pauvres
marins au triste sort d’esclaves ou, pire encore, d’offrandes au
dieu Mars Olloubo… !
1 - Oppidum = lieu fortifié en hauteur.
2 - Plaine de Laval = entre la Siagne et le Béal.
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Vue sur Lérins depuis l’Estérel
5-
ACTE II
I er au Ve siècle
LE « PAGUS AVINIONENSIS »
TOUTE LA RÉGION SE LATINISE…
PUIS SE CHRISTIANISE
A
Pagus Avinionensis
de Jean Aulas
l’époque gallo-romaine, notre territoire
est connu sous le nom de Pagus Avinionensis, c’est-à-dire « Pays d’Avinionet »
ou d’Avignonet en provençal. Cette appellation
s’est localement perpétuée dans le vocable
« Vignette » ou « Vigneron ».
Il est divisé en plusieurs domaines appelés
« castrum » :
A = Avinionetum (Minelle)
T = Théole (Théoule)
E = Epulia (La Napoule)
M = Mandolocum (Mandelieu)
Les recherches archéologiques ont révélé l’existence d’au moins deux « villas1 » gallo-romaines
au Ier siècle de notre ère.
La première a été localisée à « Mandolocum »,
étymologiquement « lieu de mandement » (ou
commandement). Elle se trouve au quartier de
la Tour, sur la route de Pégomas (fouilles de M.
Hubert DHUMEZ en 1941).
Dans les années 1970, un autre site intéressant
est découvert sous les « Jardins de Minelle », le
long de l’antique « via Aurélia » qui reliait Rome à
Fréjus (Forum Julii) en passant par l’Estérel.
Sous les ruines d’une chapelle médiévale dédiée à « Notre-Dame d’Avinionet » et d’une nécropole utilisée jusqu’au XIVe siècle, l’équipe de
Michel Fixot met au jour les restes d’un complexe architectural antique, constitué d’un habitat,
de thermes et d’un ensemble cultuel païen de
type « Mythraeum2 ». Le matériel archéologique
trouvé sur les lieux comporte de belles céramiques, des statuettes, des lampes ainsi qu’une
précieuse collection de monnaies antiques, té-
Fouilles Dhumez
-6
Fouilles Fixot
Fouilles Fixot
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
moins de cette riche époque. Il est conservé et
étudié au musée archéologique de Cimiez.
Mais le territoire va bientôt connaître une période trouble, subissant la lente décadence
de l’empire romain et les premières invasions germaniques.
Parallèlement, le rayonnement de la religion
chrétienne et le développement du mouvement monastique s’amplifient sur l’Europe.
Vers l’an 410, Honorat fonde l’abbaye de Lérins.
Eucher, aristocrate gaulois, était son ami et son
disciple. C’est aussi le premier Seigneur connu
de notre territoire.
Saint-Eucher
Hilaire, successeur d’Honorat, écrit de lui :
« Eucher, gentilhomme de Provence était Seigneur de Mandoloco et de Théole, face au rivage de la mer où sont les îles de Lérins. Émulateur de la vertu d’Honorat, il vint s’établir à Lero
(Sainte-Marguerite) ».
Île St-Honorat
Exemple de générosité et d’humilité, il libère ses
esclaves et donne la moitié de ses biens aux
paysans et affranchis de son domaine.
Par la suite, Eucher décide de renoncer au monde
et s’isole dans une grotte au Cap Roux d’où il sera
enlevé par les lyonnais pour conduire leur diocèse.
Évêque malgré lui, il meurt à Lyon en 450, nous
laissant de célèbres homélies et traités.
Vers 430, sa fille Consorce fonde un couvent
pour jeunes filles, dédié à Saint-Etienne, ainsi
qu’un hôpital sur le modèle des hôpitaux de
Palestine. Il est destiné à soigner les malades
et les vieillards, tout comme à recevoir les
pèlerins qui se rendent à Lérins ou à Rome. Ce
« xenodochium3 », premier hôpital des Gaules,
était vraisemblablement situé à Mandelieu,
dans le domaine des « Vaqueries », à l’extrémité
nord-ouest de l’actuel Riviera Golf (fouilles de
M. Pierre Cosson en 1999).
1 - Villa = domaine rural avec bâtiments d’habitation et
d’exploitation.
2 - Mythraeum est une divinité perse figurant le Soleil-roi.
3 - Xenodochium = hôpital, hospice, maison d’accueil pour
les étrangers, les pèlerins, les pauvres…
Grotte Cap Roux
Sainte-Consorce
Ferme des Vaqueries (Riviera Golf)
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ACTE III
VI e au X e siècle
DE TERRIBLES
FLÉAUX
LE TERRITOIRE
ENTRE DANS
L’OBSCURITÉ
DU MOYEN-ÂGE,
PROPICE AUX
LÉGENDES
M
Saint-Mayeul
aintes calamités telles la
peste, les sauterelles et
les multiples invasions barbares vont déferler sur l’antique
territoire d’Avinionet, comme sur
toute la Provence.
Le Comte Guillaume Ier de Provence s’allie au
Prince Gibalin de Monaco pour attaquer les
bandits et délivrer l’abbé de Cluny. Ensemble, ils
parviennent à tuer leur terrible chef Al-Mansour
et chassent les Sarrasins de l’Estérel, libérant
ainsi le territoire de ce triste fléau.
Lors des invasions sarrasines1, les différents hameaux de
l’ancien domaine d’Eucher vont
être détruits à plusieurs reprises.
L’hôpital et le couvent, créés par
Consorce, sont brûlés. La poSarrasins (miniature médiévale)
pulation est réduite à l’esclavage
ou massacrée et, chaque fois,
les survivants tentent de reconstruire au mieux.
Mayeul meurt paisiblement le 11 mai 994. Le
roi de France, Hugues Capet, assiste à ses
funérailles.
Le Fraxinet
Certains historiens font de Mayeul un lointain
descendant d’Eucher et situent sa naissance
en 906 à Mandelieu. Fils d’un grand seigneur
et guerrier provençal qui possédait de vastes
biens dans le Vaucluse et les Alpes de HauteProvence, Mayeul devient l’abbé général et réformateur du monastère de Cluny. Il est aussi le
conseiller et l’ami d’Othon Ier et Othon II, empereurs de Germanie et d’Italie.
Revenant de Rome avec des pèlerins, Mayeul
est fait prisonnier par les Sarrasins en l’an 973.
Il est détenu dans leur repaire des Maures, au
Fraxinet (La Garde-Freinet). Les Sarrasins monnayent la liberté de ce grand personnage contre
une forte rançon.
1 - Sarrasins = dénomination des peuples de confession
musulmane en Europe au cours de l’époque médiévale.
-8
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Pont sarrasin à Maure Vieil
C’est durant cette sombre époque que vont naître, chez nous, plusieurs légendes.
On peut citer celle de la fée « Diane
d’Estérel », fille du seigneur des Baux
qui, fuyant son riche palais pour éviter un
mariage forcé, trouva refuge dans nos
montagnes verdoyantes qu’elle hanterait
toujours suivie d’une escorte de biches,
sangliers, loups, renards et autres
animaux peuplant nos forêts. Certains
racontent qu’elle protège, aujourd’hui
encore, les voyageurs qui traversent son
domaine.
L’histoire locale rapporte une autre fable,
celle des « amants de Maure Vieil ».
Nous sommes au temps des invasions
mauresques… Une noble demoiselle
du pays, parcourant son domaine, fit
la rencontre d’un beau chevalier à la
peau mate. Ils tombèrent éperdument
amoureux mais cette idylle était
impossible. Désespérés, ils préférèrent
se jeter du haut d’un rocher plutôt que
de renoncer à leur amour… Les lieux,
dit-on, en auraient gardé la mémoire.
Rochers de
Maure Vieil
Ainsi, planent sur les bois de Maure Vieil d’étranges mystères. D’aucuns prétendent encore y
croiser quelque fantôme…
Bois de
Maure Vieil
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ACTE IV
XI e et XII e siècle
LES TEMPS FÉODAUX
NOTRE TERROIR EST FRACTIONNÉ
LA NOBLESSE ET L’ÉGLISE SE DISPUTENT
LES BIENS ET LES PRIVILÈGES
O
n sait qu’en remerciement de sa libération,
Mayeul avait fait don de ses terres d’Avinionet au Comte de Provence. Ce vaste territoire s’étendait de Fréjus (rivière de l’Argens) à la
Siagne et à Cannes (butte de Saint-Cassien).
Face à cette confusion du temporel et du spirituel, différents cartulaires1 des abbayes de
Lérins, Marseille ou Antibes vont nous aider à
suivre, sur plusieurs siècles, les multiples aléas
de propriété que va vivre notre territoire.
L’an 990, Guillaume de
Provence donne le fief à
l’abbaye de Lérins qui l’offre, quelques années plus
tard, à l’évêque Riculfe de
Fréjus dont le domaine
épiscopal a été entièrement ruiné par les Sarrasins.
L’an 1030, l’abbaye Saint-Victor de Marseille
devient propriétaire de l’église Saint-Martin
de Mala Veila (Maure Vieil) offerte par l’évêque
Gancelme de Fréjus.
En ces temps féodaux,
les droits de propriété
connaissent un véritable enchevêtrement de
tutelles, tant administratives que religieuses et
seigneuriales.
Il est probable que la construction d’un premier
château, sur le mont San-Peyre, remonte à cette époque.
De même, à peu près à la même date, Lambert
Barbeta, Seigneur de Vence, construit l’église
Notre-Dame d’Avinionet et fait don à Marseille
du terroir qu’il possède en ces lieux.
L’an 1094, l’évêque Bérenger de Fréjus cède
aux moines de Lérins le pouvoir de prélever, à
perpétuité, la dîme « dans la manse2 du bon
castel d’Avinio ».
Cartulaire de Lérins
Cartulaire
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Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Chanoines
L’an 1134, l’évêché d’Antibes ajoute à ses biens
le castrum de Mandelieu, alors complètement
détruit, ainsi que celui d’Epulia, et toutes les dépendances.
Dans un diplôme solennel daté de 1188, le
pape Clément III confirme les biens de l’église
d’Antibes en mentionnant « le domaine du castrum d’Avinionet et le castrum que l’on appelle
Mandelieu ».
L’an 1224, un échange entre le Chapitre de
Fréjus et le monastère de Saint-Honorat cède à
Lérins l’église Saint-Martin de Maure Vieil, l’église
Saint-Pierre du San-Peyre, l’église Notre-Dame
d’Avinionet et les biens qui en dépendent.
Enfin, il est attesté le 19 juillet 1244 qu’Antibes
est privée du siège épiscopal au profit de
Grasse.
Dès lors le territoire de Mandelieu tombe
dans les biens du Chapitre3 de l’Église
Cathédrale de Grasse. Il en sera ainsi jusqu’à
la Révolution.
Le domaine conserve cependant les abbés
de Lérins comme seigneurs décimateurs4.
Par la suite, cette « double tutelle » sera
source de moult procès entre Grasse et
Lérins. L’extrait ci-contre en est un exemple
significatif.
« Comme ce terroir est important, le droit de disme est aussi
considérable, car il rend toutes les années 1 500 livres au monastère
de Saint Honoré, auquel ce prieuré est uni. Les religieux sont bien
aises de retirer la rente du prieuré ; mais ils ne veulent pas supporter
la despence du service à laquelle ils sont obligés, et refusent de faire
la saincte messe, les dimanches et festes de commandement, à ceux
qui résident dans le terroir de Mandelieu, dans lequel est la chapelle
de Nostre Dame d’Avignonnet, qui est le primordial et principal de ce
prieuré… »
Extrait d’un procès entre l’économe du chapitre de Grasse et
l’économe de l’abbaye de Lérins - 1665 à 1670 - G0776
Archives Départementales des Alpes-Maritimes.
1 - Cartulaire = recueil de chartes et titres relatifs aux droits temporels de l’Église.
2 - Manse = habitation rurale médiévale avec champs et exploitation agricole.
3 - Chapitre = assemblée de chanoines.
4 - Décimateur = qui perçoit la dîme ecclésiastique.
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11 -
ACTE V
XIII e et XIVe siècle
LA DYNASTIE DES VILLENEUVE
NAISSANCE DE LA NAPOULE
U
n certain Raymond de Fayence s’empare
du domaine d’Avinionet en 1272. Il s’agit du
premier membre de la famille des Villeneuve
à régner sur notre territoire.
De fait, la lutte entre les familles nobles pour la
possession des terres fait rage en ce début de
XIVe siècle (époque où se situe le célèbre récit
des « Rois Maudits »).
Tandis que les Valois règnent sur la France et
provoquent la fameuse « Guerre de Cent ans »
contre l’Angleterre, le territoire de Provence
est disputé par deux grandes familles : les
Ducs de Savoie et les Comtes de Provence
de la maison d’Anjou.
Cette rivalité durera des siècles et notre ville en
subira les ravages destructeurs.
En 1387, après avoir dévasté Mandelieu, un
certain Raymond de Turenne s’acharne sur le
domaine des Villeneuve, réduisant à néant le
château, le prieuré et le village… Ce farouche
guerrier est un ennemi de la maison d’Anjou à
laquelle la famille de Villeneuve est restée fidèle.
En 1399, Guillaume de Villeneuve reconstruit
son château, mais il choisit cette fois le bord
de mer. Il décide de bâtir sa demeure sur les
rochers d’Epulia et, bien vite, les villageois se
regroupent alentour. Ainsi naît le village de La
Napoule.
Sceau
des Villeneuve
Les Villeneuve voient leurs privilèges confirmés
par Marie de Blois, Reine de Jérusalem et Comtesse de Provence, puis par ses successeurs
tel Louis II d’Anjou, roi de Naples.
Miniature de batailles
En 1284, l’abbaye de Lérins cède officiellement le castrum aux Villeneuve-Tourettesles-Fayence qui deviennent ainsi les seigneurs légitimes d’Avinionet.
Le domaine sera cependant détruit peu de
temps après, lors d’hostilités entre le Seigneur
des Baux et le Comte de Provence. Les Villeneuve sont contraints de rebâtir leur forteresse
du mont San-Peyre.
- 12
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Ruines
du San-Peyre
(Donjon)
Archives des Villeneuve-Beauregard (Château de Mons)
Chapelle Saint-Pierre
Scène d’adoubement
Cet extrait d’un « Inventaire et Précis des Titres et
Documents de Messire de Villeneuve », dressé
en 1601 par César Augustin Laugier, atteste la
légitimité des privilèges des Villeneuve :
« 1387 - pièce importante. Coté n° 19 ».
Confirmation des privilèges en faveur de
Guilhaume de Villeneuve à Tourettes, Mons,
La Napoule, Esclapon.
Sur la requête présentée par Noble Guillaume de Villeneuve, Conseigneur de Tourettes à Marie Aleya Reine de Jérusalem,
Comtesse de Provence, Tutrice et administratrice de Louis son fils, étant seulement âgé de 3 ans. Il déclare foi et
obéissance à ladite Reine et à son dit fils Louis, aussi Comte de Provence. Divers privilèges particuliers qu’il demande
par sa requête lui sont accordés, pour qu’il s’en serve et ses successeurs à perpétuité, et premièrement il lui est donné
Mère et mixte Impère1 et toute sorte de juridiction dans les villages de Tourettes, Mons, La Napoule et Esclapon, et leurs
terroirs, sur les hommes qu’il a auxdits villages ; à savoir que lesdits villages lui appartiennent « in solidum »… »
Extrait de la confirmation des privilèges accordés par les Comtes de Provence aux Seigneurs de Villeneuve – 1387 - Archives du château de Mons,
fonds privé de la famille de Beauregard.
1 - Mère et mixte Impère = droit d’exercer toute Justice, haute, moyenne et basse.
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ACTE VI
XVe siècle
LES DROITS SEIGNEURIAUX
UNE CHARTE DE FRANCHISE :
DES ITALIENS PARTICIPENT AU
REPEUPLEMENT DE NOTRE TERROIR
A
près avoir subi tant de fléaux, la population est décimée et les bras vaillants
manquent.
Antoine de Villeneuve décide de repeupler le village de La Napoule en ayant recours à 20 familles originaires de la Rivière de Gênes en Italie.
Le 20 mai 1461, il conclut avec ses anciens
et nouveaux sujets une charte de franchise1
comportant 29 articles.
Moyennant certaines charges, taxes et corvées,
le seigneur accorde la protection à ses sujets,
s’obligeant « à faire le guet, la nuit et le jour, sur
les tours de son château ».
Il leur donne la permission de chasser les sangliers, les cerfs, les lapins ou les perdrix, à charge pour eux de donner au seigneur la tête du
sanglier et le cuissot du cerf.
Il leur donne également l’autorisation de pêcher
aux lieux choisis, avec « un droit de préférence
aux napoulencs… »
Une clause anecdotique de cette charte stipule
que « les femmes bavardes ne seront pas poursuivies en justice pour des paroles injurieuses
prononcées au four, à moins qu’elles ne fassent
l’objet de plainte » !
À droite du village s’étendait le quartier de la
Roubine et son étang. Celui-ci était relié à la
mer par un canal creusé dans l’ancien lit de
la Siagne qu’on appelait « Maire Vieille ». Les
habitants y pratiquaient la pêche à la « bourdigue2 ».
Durant plusieurs siècles, les Villeneuve et le
Chapitre de Grasse se disputeront au sujet
du partage du territoire et du droit de pêche,
s’intentant mutuellement de longs procès.
L’un d’entre eux opposa le « Magnifique et très
généreux » Seigneur Andronic de Villeneuve
aux chanoines du Chapitre de la Cathédrale de
Grasse entre 1490 et 1513.
Ainsi, pour justifier ses prétentions sur le domaine de La Napoule, le fils d’Antoine de Villeneuve
évoque, entre autres, les frais que sa famille a
engagé pour la construction d’un nouveau château sur l’ordre du Comte René de Provence,
l’ancienne forteresse étant devenue le repaire
de pirates de terre et de mer. Or, le Chapitre de
Grasse n’aurait apporté aucune contribution à
ces travaux, le Prévôt et les chanoines ayant, au
contraire, produit des actes de propriété falsifiés
pour étayer leur action en justice. Ces derniers
seront effectivement déboutés !
En 1515, après de multiples litiges, Honoré de
Villeneuve abandonne cependant aux chanoines de Grasse La Grande Roubine et l’Estang,
ainsi que le droit de pêche sur la rivière de Siagne, se réservant l’usage exclusif de la mer et
de ses revenus.
Ce privilège seigneurial des Villeneuve sur
les « pêcheries de La Napoule », ainsi que
le très lucratif droit de naufrage3, seront souvent contestés par les Cannois mais toujours
confirmés par les tribunaux.
1 - Charte de franchise = acte d’habitation comportant un certain nombre de droits et de devoirs.
2 - La bourdigue ou bordigue est une enceinte de claies, faites de « cannes » ou roseaux, qui permet la capture des poissons venus frayer et cherchant à regagner la mer.
3 - Le droit de naufrage, dont le produit figure de manière constante dans les revenus des seigneurs féodaux, était exercé
par les habitants des côtes et consistait à s’approprier tous les biens des bateaux échoués, l’appât du gain incitant les
plus mal intentionnés à saborder les navires en péril, au prix de malfaisances.
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Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Scène de chasse
Scène de pêche
Extrait d’un procès entre Grasse et La Napoule-FF1-XVe - Archives Municipales de Mandelieu
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ACTE VII
XVI e siècle
LA RENAISSANCE NAPOULOISE
DÉVELOPPEMENT D’UNE SOCIÉTÉ
« FÉODO-MARCHANDE »
V
Barberousse
ers 1537, toute la contrée
subit la terrible incursion du
grand Turc Barberousse.
Sa flotte, aux ordres de l’Empire
Ottoman, est tristement célèbre
pour ses attaques et ses razzias
sur toute la côte méditerranéenne. Le village est assiégé, brûlé et
saccagé.
Dans cette première moitié du XVIe siècle,
notre territoire est le théâtre des combats
acharnés que se livrent François Ier et
Charles-Quint. Ils rêvent, tous deux, de
conquérir l’Italie et de bénéficier ainsi de sa
richesse et de sa culture renaissante.
C’est probablement de cette époque sanglante que date une épée médiévale gracieusement offerte à notre ville par M. François Jacquin. Celle-ci fut découverte dans les terres
qui entourent la ferme abritant aujourd’hui les
Épée
Conservée aux Archives
Municipales de Mandelieu
Archives Municipales. Il s’agit d’une épée de
corps à corps, longue d’environ 70 cm, appelée « Katzbalger » (ou « étripe-chat »). Elle se
caractérise par sa garde cruciforme, constituée
de 2 branches de fer formant un S.
Elle fut, sans doute, abandonnée sur le champ
de bataille par un « lansquenet », mercenaire
d’origine allemande. Ces farouches fantassins
étaient à la solde des souverains européens, et
plus particulièrement de Charles-Quint. Leur réputation était terrifiante auprès de la population :
massacres, pillages, incendies, vols et viols.
Mais, ni les guerres, ni les attaques des corsaires n’entraveront l’essor économique de
La Napoule. Le pays va bien au contraire
connaître un prodigieux développement
dans le courant du XVIe.
Les actes d’un notaire napoulois, Maître Jehan
Antoine Giraud, permettent de reconstituer la vie
du village en 1566.
À cette époque, La Napoule est en pleine prospérité et compte quelques 450 maisons et
Lansquenet
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Miniatures médiévales représentant différents métiers
2 000 habitants vivant principalement de la pêche, mais aussi du commerce, de l’élevage, de
l’exploitation des terres et des forêts…
Différents métiers sont ainsi répertoriés dans
les actes notariés : marchands, maçons, bouchers, maréchaux, bourreliers, mariniers, médecins, charpentiers, chirurgiens, meuniers,
cordonniers, barilliers, tisseurs à toile, ménagers
ou encore bourgeois rentiers1.
La chasse est une autre source importante de
revenus. Le seigneur autorise les habitants à
chasser le gibier au moyen de flèches empoisonnées ! D’importantes battues sont fréquemment organisées dans l’Estérel et le Tanneron qui
regorgent de cerfs, de chevreuils, de chamois et
de sangliers mais aussi d’ours et de loups.
Deux siècles plus tard, une lettre circulaire d’Aix,
retransmise à Mandelieu le 21 avril 1762 par le
consul de Grasse, nous indique que le loup
était encore bien présent et pourchassé dans
nos contrées. Elle donne la recette du « Nux
Vomica » ou noix vomique qui, broyée et enveloppée de saindoux, sous la forme de petites
ballottes empoisonnées, est répandue tous les
matins au lever du soleil et doit contribuer à la
destruction des loups.
Scène de Chasse
Extrait d’une lettre-circulaire - HH1 - 1762 - Archives Municipales de Mandelieu
Les sujets des Villeneuve ont
également le droit de tenir
taverne et celui, très jalousé, du
transport des pèlerins à SaintHonorat.
Transport de pèlerins
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17 -
ACTE VII
XVI e siècle
La renaissance napouloise
Le commerce de Grasse est alors très florissant. La ville exporte principalement ses cuirs,
peaux brutes et tannées, ainsi que des tissus
et du vin… Le trafic se fait par le port de La Napoule où transitent également les bois coupés
et exploités dans nos forêts…
En collaboration avec un fabricant marseillais, le
seigneur Gaspard de Villeneuve entreprend la
construction d’une savonnerie dans la baie
de Théoule en 1630.
Plan de La Napoule
Archives d’État
Turin - 1589
Extrait du Registre
des Délibérations
du Conseil Municipal
BB1 - 1593
Archives Municipales
de Mandelieu
Le dessin ci-dessus représente le village en
1589. On y distingue nettement ses trois rues
(Droite, du « Mittan » et Basse) ainsi que la place
dite « des quatre Cantons ». On y voit encore, sur
le mont San-Peyre, les ruines du premier château
partiellement détruit à la fin du XIVe siècle.
Nos archives détiennent un registre des délibérations du Conseil de la Communauté de La
Napoule, entre 1591 et 1606. À cette époque,
seuls quelques notables savaient écrire. Les
autres conseillers traçaient, sous le texte, un
dessin identifiable en guise de signature.
L’usine est monumentale et conçue de façon
techniquement « moderne » : manutention minimale pour une sécurité maximale ! Elle est censée
épargner « le travail de cent hommes par jour »…
Édifiée sur deux étages, elle est complétée par
une « darce2 fermée par deux digues » : les bateaux y amènent directement la soude3 et repartent avec leur cargaison de savons.
Mais les industriels de Grasse voient d’un mauvais œil cette concurrence directe, néfaste à leur
commerce. Ils parviennent à s’entendre avec les
marseillais… et leur connivence provoquera la
fermeture de la savonnerie des seigneurs de Villeneuve quelques soixante années, seulement,
après sa mise en œuvre.
Sur l’ordre de Richelieu, deux tours avaient été
construites à l’extrémité des digues. Elles avaient
pour but de défendre l’accès du port de Théoule
aux troupes espagnoles qui s’étaient emparées
des îles de Lérins en 1635. Celui-ci abritait, en
effet, les vaisseaux et galères du Roi.
Ces tours seront cependant démolies dès 1646,
sur décision des communautés de Provence, afin
d’épargner les frais d’entretien d’une garnison.
Progressivement, les ports de Théoule et de La
Napoule vont être délaissés au profit de celui
de Cannes.
Plan savonnerie de Théoule
livre Raymond Herment
« Au royaume de la fée Diane d’Estérel »
1 - Marchand = en milieu rural, ce nom désignait le marchand de bestiaux.
Maréchal = forgeron qui fabriquait les outils tranchants.
Bourrelier = artisan qui fabriquait les harnais et autres pièces de cuir.
Chirurgien = barbier qui pratiquait les saignées.
Barillier = un des noms médiévaux du tonnelier (fabricant et marchand de tonneaux).
Ménager = paysan cultivant un domaine et y habitant
Bourgeois = personne aisée vivant de ses rentes.
2 - Darce = port
3 - Soude = à l’époque, le mot « soude » désigne le mélange d’eau et de carbonate de
sodium issu des cendres provenant de la combustion de plantes telles les fougères.
La soude (solution basique) mélangée à l’huile d’olive, ou tout autre corps gras,
(solution acide) provoque une réaction chimique, la « saponification », produisant le
« savon », la glycérine et l’eau.
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ACTE VIII
XVII e siècle
RUINE
ET DÉSOLATION
L’INSALUBRITÉ GAGNE L’ENSEMBLE DU
TERRITOIRE QUI SE RETROUVE DÉSERTÉ
L
a période suivante est synonyme de nombreuses difficultés pour les villages de Mandelieu et La Napoule.
catholique lui valut la colère papale et entraîna
l’excommunication de l’ensemble de la communauté napouloise.
Les guerres de religion, le conflit espagnol,
les épidémies et les attaques ravageuses du
Duc de Savoie vont fragiliser un bassin de
vie déjà bien déstabilisé…
La « Grande Peste », qui bientôt sévira sur toute la région, sera perçue comme un signe du
courroux divin et ramènera au catholicisme les
quelques ouailles survivantes.
Les rares habitants du
village de Mandelieu,
affermés par le Chapitre
de Grasse, vivent misérablement de culture
et d’élevage, subissant
régulièrement l’acharnement des armées
de passage.
Enfin, le manque d’entretien du canal et l’ensablement qui en résulte, provoquent la fermeture
de l’étang. Les inondations de la Siagne rendent
les deux Roubines marécageuses et le croupissement des eaux génère l’insalubrité des
lieux, entraînant ainsi leur désertification.
Des documents du
XVIe siècle précisent
qu’il y avait toujours sur
Miniature
la route de Pégomas,
Travail des champs
au quartier de La Tour
et des Bons Pins, une maison seigneuriale appelée « château de Mandelieu », ainsi que deux
chapelles. L’une est privée et se trouve dans l’enceinte du château, l’autre est réservée aux villageois et dédiée à Saint-Pons. Malgré son état de
délabrement, le culte y sera célébré jusqu’à la
construction de l’église de Capitou en 1764.
Le reste de l’habitat se résume à quelques bastides et granges isolées.
La Réforme protestante avait rencontré un
écho particulièrement fanatique en Provence.
Sous l’influence de son épouse Pierrette d’Oraison, calviniste1 convaincue et prosélyte, Jean de
Villeneuve s’était converti à la nouvelle religion
en 1555. Cette « trahison » envers l’orthodoxie
Gaspard de Villeneuve, opiniâtre, s’était pourtant employé à repeupler son domaine de La
Napoule. Le nouvel acte d’habitation de 1623
indiquait que « depuis que la peste de 1580 de
laquelle moururent la plupart des habitants et
depuis les guerres qui commencèrent en 1589,
le lieu de La Napoule se trouvait dépourvu d’habitants,
toutes les maisons ruinées
et les biens sans culture. »
Détail de la Carte
de la Seigneurie
de La Napoule
dédiée à
Pierre de Villeneuve
1696
Archives Nationales
Détail « ville ruinée »
Mais cette démarche demeura infructueuse, preuve
en est que le curé de La
Napoule dénombre à peine
une cinquantaine d’âmes au
village en 1659.
Notons qu’un détail de la
carte de la Seigneurie de
La Napoule, représentant
le village avant son déclin,
permet effectivement d’y lire
« ville ruinée ».
1 - Calvin = réformateur français (Noyon 1509 – Genève 1564) partisan des idées protestantes du suisse Luther, prônant le
retour aux sources du christianisme et invitant à une autre lecture de la Bible, ne faisant référence ni aux Saints,
ni à la Vierge, ni au Purgatoire. La Réforme protestante, amorcée dès le XVe siècle et culminante au XVIe siècle,
dénonce également la « corruption » de l’Église catholique et son commerce des « indulgences ».
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19 -
ACTE IX
1706
LA GENÈSE
DU QUARTIER DE CAPITOU
UN BAIL PRÉCISE LES DROITS ET
LES MULTIPLES OBLIGATIONS DES
« EMPHYTÉOTES » MANDOLOCIENS
R
égulièrement et pour éviter la perte du
moindre revenu assuré par la « taille1 » et la
« capitation2 », l’Intendant Royal ordonnait la
rédaction d’un « état » dénombrant, par « feu »,
les habitants des villes et communautés de chaque Viguerie.
Cet extrait, daté de 1702, nous éclaire sur la
teneur de ces « ordres de dénombrement ».
Les personnes chargées de cette tâche délicate étaient priées de « travailler avec une extrême application et toute la diligence possible…
s’agissant de l’exécution des Ordres précis du
Roy » s’ils ne voulaient pas risquer de « tomber
dans de grands inconvénients » !
Le recensement des habitants devait être une
opération très rapide à Mandelieu ! Le village
était en effet quasiment dépeuplé par les guerres et les épidémies.
En 1706, le Chapitre de Grasse estime qu’il
n’est plus d’un rapport intéressant et décide
d’octroyer un bail emphytéotique3 à six familles de fermiers originaires de localités voisines : Grasse, Cannes, Mouans, Tourettes-lesFayence, Nice et Le Luc.
Ce contrat est signé le 27 février 1706 au
château de Mandelieu, en présence de deux
notaires royaux, l’un de Grasse, Maître Joseph
Houley, l’autre de Cannes, Maître Jean Peire.
L’acte comprend 31 clauses. Toutes préservent
indubitablement les droits féodaux du Chapitre,
Seigneur de ce lieu.
Il donne les terres en emphytéose perpétuelle aux
habitants de Mandelieu, mais ceux-ci paieront
en échange une série de taxes en nature : droit
de tasque de un dixième sur les récoltes ; droit
de caucade de un vingtième sur le foulage des
grains ; droit de fournage sur la cuisson du pain.
Ordre dénombrement - CC3-1702
Archives Municipales de Mandelieu
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Miniatures médiévales : labour, élevage, apiculture.
Tous les hommes et femmes, âgés de 16 à 60
ans, veilleront à l’entretien du canal, consacrant
6 jours de « corvée » par an au curage des fossés. Il est autorisé de tenir des ruches, sous la
clause de un dixième par livre de cire… Il est, par
contre, interdit de tenir un pigeonnier ainsi que
de « faire des rizières dans le territoire » ou « des
cloaques contre les maisons » !
Le chapitre se réserve le droit de chasse et de
pêche.
La clause numéro 8 précise les conditions dans
lesquelles un nouveau village sera construit :
les habitants devront « … aligner les maisons
par des rues commodes et laisser des places
publiques là où le Chapitre le désignera… ».
Ainsi naît l’actuel Capitou dont l’appellation
dérive probablement du mot latin « capitum »
ou provençal « capito » signifiant « chapitre ». Il
demeurera le centre administratif de Mandelieu
jusqu’à la construction d’une mairie aux Termes
en 1929.
1 - Taille = impôt direct levé sous l’Ancien Régime.
2 - Capitation = impôt public par « tête » fondé théoriquement sur la richesse, mais qui frappait surtout les non
privilégiés.
3 - Bail emphytéotique = bail de longue durée qui confère
au preneur un droit réel.
La clause numéro 15 précise l’organisation
communale : « …les habitants se constitueront en communauté dont le conseil, présidé
par deux consuls élus chaque année, pourra se
réunir avec l’autorisation du juge et lieutenant du
juge établis par le Chapitre… »
Extrait d’une délibération du Conseil Municipal de Mandelieu
faisant mention du bail du 27 février 1706-BB1-29 juin1760
Archives Municipales de Mandelieu
Transcription
« …En second lieu ledit Sre Mauran a dit que
par l’acte du nouveau bail du 27 février 1706,
notaires Mes Houley et Peire, le Vénérable
Chapitre de l’église cathédrale de la ville de
Grasse, seigneur de ce lieu, donnerait à titre de nouveau bail et emphytéose perpétuel aux particuliers y dénommés
acceptant tant pour eux que pour les autres absents et leurs successeurs, les terres de Mandelieu et de La Roubine, sous
la réserve du château, des terres joignant icelui ; qui confrontent du Levant, la Maire, de midi la Vigne, vallon entre deux,
de couchant le quartier des Maures réservées au Chapitre, et de Septentrion le fossé des Arnaves, de même que les prés
au-dessus de la maire qui seront désignés en faisant (la séparation des portions de ladite terre donnée audit quartier)… »
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21 -
ACTE X
1719
LA NAPOULE
CHANGE DE SEIGNEUR
Château de La Napoule
en ruines
LA FAMILLE DE MONTGRAND
ACHÈTE UN FIEF DÉVASTÉ
E
n 1707, le duc Amédée de Savoie, surnommé « le fléau de Dieu », ravage à nouveau la région. Le château de La Napoule
est détruit de même que celui de Mandelieu et
sa petite église dédiée à Saint-Pons. La plupart
des habitations sont saccagées.
En 1709, le Chapitre de Grasse confirme l’acte
de 1706 aux emphytéotes qui se sont installés à
Capitou. La même année, à La Napoule, les Villeneuve passent un nouvel acte d’habitation avec
des paysans de la contrée. Cette ultime tentative
de repeuplement échouera et le 23 mars 1719,
Pierre-Jean de Villeneuve se résigne à vendre sa
seigneurie de La Napoule, devenue improductive.
L’acquéreur en est Dominique de Montgrand,
Seigneur de Mazade, « receveur général des
gabelles1 et conseiller du Roi en la chancellerie
près la Cour des Comptes d’Aix ».
- 22
L’achat du fief a été consigné dans une Convention enregistrée chez Maître Cuzin, notaire à
Marseille, au prix de 153 541 livres, 13 sols et
4 deniers.
Dominique de Montgrand en reçoit l’investiture
et prête « foi et hommage » au Roi Louis XV
(sous la régence du Duc Philippe d’Orléans), le
31 mars 1719.
Cette investiture accorde au seigneur du fief les
mêmes droits féodaux de « haute, moyenne et
basse justice ; le droit d’institution et de destitution des officiers pour l’administration d’icelle ; le
droit de tasque sur toutes les récoltes ; le droit de
cavalcade2… ; le droit de passage, d’herbage,
de breuvage et de pâturage pour tous les bestiaux ; la banalité3 des fours et celle des moulins à
farine et à huile… et généralement tous les autres
droits procédant de l’hommage des vassaux… »
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Extrait de l’acte d’achat de la terre et seigneurie de La
Napoule - 1719 - 197J95.2 - AD 69
Archives personnelles de la famille de Montgrand, déposées
aux Archives Départementales des Bouches-du-Rhône.
Tout comme les Villeneuve, le seigneur de
Montgrand jouit de la propriété de la mer « à
la hauteur de cent libans4, tout le long de la
coste, avec faculté d’affermer la pesche dans
ledit destroit et prohiber icelle suivant l’arrest du
Conseil d’État du 20 octobre 1684 ».
Il possède également le droit de « faire conduire
par un canal l’eau de la rivière de Siagne au terroir dudit La Napoule… »
L’acte d’achat signale que « le seigneur de La
Napoule était autorisé à avoir dans son château six
pièces de canon pour la défense des bâtiments de
mer qui venaient y mouiller… ». Il y est encore précisé que « le port de Théoule dépendait de la terre
de La Napoule et n’était éloigné du château que
de deux mille. C’était dans ce port que se faisaient
autrefois les embarquements pour le commerce
de Grasse et de Cannes. Le mouillage y était très
bon… Les galères du Roi vinrent souvent y mouiller.
Ce port servait aussi d’asile aux frégates et aux barques garde-côtes en temps de guerre… »
Dominique de Montgrand et ses héritiers vont
s’attacher à reconstruire et faire revivre le village
désolé de La Napoule.
1 - Gabelle = impôt sur le sel.
2 - Cavalcade = aide militaire due pour la défense du territoire, s’appliquant aussi bien aux « gens de pieds » qu’aux « gens de cheval ».
3 - Banalité = servitude consistant dans l’usage obligatoire et public d’un bien appartenant au seigneur.
4 - Liban = mesure marine correspondant à la « corde » ou « amare » utilisée pour maintenir le lest au pied d’un filet. Frédéric Mistral l’estime à 40 mètres.
Brevet don de retrait féodal - 197J95.3 - AD 69 (Archives Départementales des Bouches du Rhône)
Transcription
Louis par la Grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre,
Comte de Provence, Forcalquier et Terres adjacentes, à nos aimés et féaux conseillers, les gens tenant notre Cour de
Parlement d’Aix, Chambre de nos Comptes audit lieu et à tous autres nos officiers et justiciers qu’il appartiendra, salut. Désirant
gratifier et favorablement traiter le Sr Dominique de Montgrand de Mazade, notre conseiller secrétaire, en considération de
ses services, Nous, de l’avis de notre très cher et très aimé Oncle le Duc d’Orléans Régent, lui avons fait et faisons don par
ces présentes signées de notre main, du droit de retrait féodal qui nous est échu et avenu à cause de la vente qui lui a été
faite par acte sous seing privé du vingt un mars dernier, enregistré chez Cuzin notaire à Marseille le vingt trois du dit mois, de la
Terre et Seigneurie de la Napoule, située en Provence, ses appartements et dépendances retenantes de nous, ainsi qu’il paraît
par l’extrait dudit acte cy attaché, sous le contre scel de notre chancellerie, lequel Sr de Montgrand de Mazade, nous avons
subrogé et subrogeons en notre lieu et place pour la jouissance du susdit droit, à condition toutefois de nous rendre les foy et
homages qui nous appartiennent pour raison de ladite terre et de satisfaire aux autres charges ordinaires et accoutumées, si
vous mandons d’enregistrer ces présentes et de leur contenu faire jouir et user ledit Sr Montgrand de Mazade, pleinement et
paisiblement, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchements contraires, car tel est notre plaisir. Donné à Paris, le
quatrième jour d’avril, l’an de grâce mil sept cent dix-neuf et de notre règne le quatrième.
Louis
Par le Roy Comte de Provence
Le Duc d’Orléans Régent présent
Phélypeaux
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ACTE XI
XVIII e siècle
LES PRÉMICES
D’UNE RÉVOLUTION
PARTICIPATION DES HABITANTS AUX
EFFORTS DE GUERRE
INTENSIFICATION ET MODERNISATION
DE L’AGRICULTURE
S
i les chanoines de Grasse et les seigneurs
de La Napoule gouvernent notre territoire en maîtres féodaux, le Royaume de
France n’en accable pas moins les habitants
d’une lourde fiscalité et leur réclame une solide
contribution aux « efforts de guerre ».
Ainsi trouve-t-on, dans nos archives, diverses
missives intéressantes et significatives.
Elles renferment notamment des ordres de réquisition de foin et autres « denrées » pour ravitailler les régiments cantonnés dans la région.
Elles contiennent encore des ordres d’enrôlement par tirage au sort !
Il y est stipulé que les habitants doivent « donner
des preuves de leur zèle au service de sa Majesté ». Et nul n’a intérêt à « défaillir », comme on
peut le lire dans cet extrait adressé au 1er Consul
de Mandelieu !
« Il vous est ordonné d’amener le jour dit, à
Mougins, à 9 heures du matin, tous les garçons
de votre communauté depuis l’âge de 16 ans
jusqu’à 45 exclusivement et à leur défaut, les
jeunes hommes mariés du même âge pour subir le sort… Pour qu’il n’y ait pas de revêches,
je vous enverrai un cavalier de maréchaussée
pour faire obéir ceux qui pourraient regimber
aux ordres que vous donnerez… Pour ôter aux
défaillants tout prétexte d’excuse, il faut donner
l’avertissement ci-dessus dès la réception de la
présente… »
« Remplacement d’un milicien garde-côte » - extraits - EE1
1753 - Archives Municipales de Mandelieu.
Même l’accouplement des chevaux est réglementé comme l’indique cette ordonnance de
1754 !
Monte des cavales - CC3 - 1754
Archives Municipales de Mandelieu
Le « Service de l’État » exige aussi la mise en
œuvre d’une agriculture spécifique, capable de
rivaliser avec l’Empire de Chine ou La Mérique
(l’Amérique !), en évitant l’importation onéreuse
de certaines marchandises.
- 24
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Ainsi engage-t-on fermement les habitants à la
culture intensive du chanvre… :
« La France est obligée, Messieurs, de tirer annuellement de l’étranger une grande quantité
de chanvre, ce qui fait sortir beaucoup d’argent du Royaume. Le gouvernement, occupé
plus que jamais des moyens de remèdes aux
inconvénients de l’exportation du numéraire, a
pensé qu’il était possible d’augmenter la culture
de cette plante au point de ne plus recourir à
l’étranger. Pour juger de l’augmentation dont
cette production est susceptible, le Roi a déterminé de faire constater de la manière la plus
précise la quantité de terrain qui est propre au
chanvre dans chaque province, ce d’après les
ordres de M. l’Intendant. Je vous prie de me
donner très exactement et le plus tôt possible
les éclaircissements ci-après… »
« Culture du chanvre » - extrait - 1779 - HH1 - Archives Municipales de Mandelieu
C’est avec autant d’énergie qu’on les engage à
l’élevage du ver à soie, afin d’approvisionner
les troupes en « soye blanche de marin » rendue extrêmement rare et excessivement chère
« par les défenses que l’empereur de Chine a
fait de sortir cette soye de ses états et les circonstances de la guerre… ».
Un courrier de M. de La Tour, adressé à la communauté de Mandelieu, accompagnait les instructions de sériciculture édictées par le Sieur
Riouffe de Thorenc.
car, le 27 août 1763, le Sieur Riouffe lui envoyait
cette lettre de reproche, plutôt sèche :
« Je vous ai prévenu… que pour le profit de
cette ouverture, il était nécessaire d’engager tous les particuliers de votre lieu élevant
des vers à soie à séparer les cocons blancs
pour en avoir de la graine et je vous ai prié
de m’adresser un état… Il n’y a que la communauté de Biot qui a fourni le sien. Je vous
recommande d’être exact à m’envoyer le vôtre
que M. de La Tour attend avec impatience. Ce
n’est pourtant pas ma faute s’il s’impatiente.
Cependant, il n’est pas gracieux pour moi de
recevoir de sa part des reproches là-dessus,
que vous auriez pu éviter si vous vous étiez
conformés à ma première dépêche. J’espère
que vous aurez plus d’égard à celle-ci…, sans
quoi je me plaindrai à M. de La Tour de votre
négligence dans l’exécutif… » !
« Commerce du ver à soie » - Extrait - 1763 - HH1 - Archives Municipales de Mandelieu
Depuis le Moyen-Âge, un « relais de Poste
aux chevaux » existait au quartier des Termes, offrant une halte aux voyageurs et aux
militaires. Il succédait peut-être à l’un des
nombreux greniers romains qui jalonnaient la
« voie aurélienne »…
Un autre relais est
également attesté à
Minelle, quartier du
Tremblant.
Château Vieux
rénovation actuelle
Mais il faut croire que le 1er consul de Mandelieu manqua d’empressement dans sa réaction
Château Vieux
XIXe siècle
(ancien relais
des Postes)
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25 -
ACTE XI
XVIII e siècle
Les prémices d’une révolution
En 1762, la chapelle Saint-Pons, face aux ruines du château de Mandelieu, est tellement délabrée que l’Évêque de Fréjus exige l’édification,
au nouveau village de Capitou, « d’une église
décente, convenable et assez spacieuse pour
contenir le nombre des habitants, laquelle sera
placée à la portée et à la plus grande commodité du peuple… ».
« Procès-verbal de visite de la chapelle St-Pons » Extrait GG2 – 1762 – Archives Municipales de Mandelieu.
Maintes querelles vont survenir entre la communauté de Mandelieu et Dom Moricaud, l’abbé
de Lérins, qui refuse de payer le tiers des frais
réclamés pour la construction de l’église.
Celle-ci est finalement confiée à Hubert Gigot,
maçon de la ville de Cannes.
Achevée en 1764, l’église est dédiée à SaintHubert, patron des chasseurs, auquel SaintPons demeure associé par tradition. Un tableau
les représentant tous deux, au côté de SaintPierre et de la Vierge Marie, orne l’intérieur de
l’édifice.
Les conseillers municipaux l’ont commandé au
Sieur Marolle, artiste peintre parisien séjournant
à Grasse, pour la somme de 100 livres, la communauté de Mandelieu se chargeant de fournir
la toile et le châssis de bois… !
Un an plus tard, les habitants sollicitent une
cure. Ils se plaignent en effet du mauvais service assuré par le curé de La Napoule, François
Gonelle, dont la paroisse est très éloignée de la
nouvelle église.
Cependant, cette requête demeurera longtemps vaine…
Église de Capitou
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Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
« Requête à l’Évêque de
Fréjus pour l’érection d’une
cure »
extrait-GG2 - 1767
Archives Municipales
de Mandelieu
Transcription
« …tant de difficultés
qui deviennent dans
de certains temps
insurmontables
obligèrent cette
communauté de demander l’érection d’une cure à votre Grandeur par requête du 21 octobre 1763, les habitants animés
par les exemples frappants qu’ils ont vu et qu’ils voient tous les jours ; tels que la mort sans sacrement de leurs parents ;
les transports indécents de leurs cadavres sur des charrettes de Mandelieu à La Napoule qui, dans certaines occasions,
ne pouvant plus faire le trajet très long à cause des débordements et des inondations, sont nécessité de garder les
cadavres trois ou quatre jours ; des enfants morts sans baptême ; n’étant plus question de faire des relevées de couches ;
aucune instruction aux enfants, soit pour la confirmation, soit pour la première communion… »
Le 7 février 1757, le roi Louis XV est victime
d’un attentat. Cette lettre devait rassurer tous
ses sujets de la Province !
L’auteur du coup de couteau porté contre Sa Majesté était le fils d’une famille de fermiers ruinés.
Il voulait rappeler au Roi ses devoirs envers son
peuple. Condamné pour régicide, Robert François Damien aura la main brûlée par du plomb
fondu, avant d’être écartelé en place de Grève.
Extrait d’une lettre adressée à la communauté de Mandelieu - CC3 - 1757 - Archives Municipales de Mandelieu
Transcription
« …Copie de la lettre de Monsieur l’Intendant du 16 février 1757 audit Sieur Riouffe de Thorenc.
Vous avez su, Monsieur, l’attentat affreux qui a été commis contre la personne du Roy. Le bruit qui s’en est répandu dans
la province a porté la consternation et l’effroi, mais plus la nouvelle est accablante, plus je m’empresse d’adoucir et calmer
les justes alarmes qu’elle a causées. La blessure, quoiqu’assez profonde, n’a point été dangereuse. Les symptômes sont
favorables et Sa Majesté est aussi bien qu’elle peut être dans l’état où elle se trouve. Je ne doute pas que vous n’ayez
soin de répandre cette consolante circonstance dans tous les lieux de votre subdélégation afin de dissiper les inquiétudes
et rassurer les esprits. Je suis,
Monsieur, votre humble et dévoué
serviteur. Signé La Tour, à l’original. »
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
27 -
ACTE XII
1789
LA FIN DES PRIVILÈGES
EXILS ET CONFISCATION DES BIENS
DE LA NOBLESSE ET DU CLERGÉ
E
n 1789, la Révolution apporte la liberté à
Mandelieu et La Napoule qui souffraient
de trop lourdes impositions et d’une
autorité souvent arbitraire.
Le 23 mars 1789, à défaut d’Hôtel de Ville, c’est
dans la maison du premier consul, Boniface
Ardisson, que se réunit l’assemblée communale pour rédiger « le cahier des doléances,
plaintes et remontrances », des habitants de
Mandelieu.
La liberté guidant le peuple (Eugène Delacroix)
Ils réclament à Sa Majesté Louis XVI que les
droits de « dixme », de « tasque » et autres
impôts ou corvées, soient supprimés et que
les biens des privilégiés deviennent « biens
nationaux ».
Extrait du cahier des doléances des habitants de MandelieuBB1 - 1789 - Archives Municipales de Mandelieu
Transcription
« …de leurs doléances, plaintes et
remontrances, lesquels ont fait ainsi et de la
manière qui suit.
Doléances
Il a été arrêté par tous les susdits habitants et
possédant biens au présent lieu de Mandelieu
que les Srs députés qu’auront élus l’Ordre du
Tiers pour attester et voter aux États généraux
de France, seront expressément chargés d’y
solliciter
1° - La réformation du Code Civil et Criminel
2° - La suppression de tous les tribunaux
inutiles et onéreux… »
3° - Une attribution à ceux des
arrondissements de souveréneté jusques
au concurrent d’une somme déterminée
4° - L’abrogation de toute lettre attentatoire à
la liberté des citoyens de tout… ministériel
5° - La faculté au Tiers État de concourir pour tous les emplois militaires, grades, bénéfices et
charges
6° - La vénalité des officiers sera supprimée… »
- 28
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
C’est ainsi que la municipalité se porte acquéreur
du château et des terres de Mandelieu, jusquelà possédées par les chanoines du Chapitre de
Grasse.
Intention d’acquisition de biens seigneuriaux - BB4 - 1790
Archives Municipales de Mandelieu
Transcription
« Département du Var, District de Grasse, Canton
de Cannes, Municipalité de Mandelieu.
Nous Maire et officiers municipaux de la
municipalité de Mandelieu, en exécution de la
délibération prise par le Conseil Général de la
commune le premier août mil sept cent nonante
et conformément à l’autorisation qui nous en
est donnée : déclarons que nous sommes dans
l’intention de faire, au nom de notre commune,
l’acquisition des domaines nationaux dont la
désignation suit.
Premièrement, du château, chapelle, four, parc,
le tout attenant, terres labourables, vignes, prés,
bois, étang et dépendance.
De même que des droits ci-devant seigneuriaux
consistant à une tasque sur tous les grains, foins,
à raison du dixième ; droit de caucade ; droits de
lods1 sur les ventes et mutations, et autres petits
droits mentionnés dans l’acte du nouveau bail de
ladite terre du 27 février 1706, de même que des
capitaux en bestiaux, grains, foins et pailles, et
attraits de ménage mentionnés au rapport dont le
fermier est chargé… »
Accompagnant la copie de la « soumission » faite
par notre communauté à l’Assemblée Nationale
pour l’acquisition des domaines, cette plainte
est adressée aux administrateurs du Directoire
du département du Var. Elle décrit la triste situation des habitants de Mandelieu et supplie
« ces Messieurs » de bien vouloir appuyer leur
démarche et leur accorder l’aide nécessaire à
l’assèchement des marais.
« …Nous avons l’honneur de vous observer,
Messieurs, que notre commune est sûrement la
plus pauvre et la plus petite commune du district,
inhabitée à cause de l’intempérie de l’air par les
marais, et de l’étang que nous confrontons avec
La Napoule, ce qui nous donne beaucoup de
maladies et surtout de fièvres ; d’un autre côté,
nous avons la rivière de Siagne qui nous occasionne de temps en temps des débords qui
nous emportent bien souvent nos semis, lorsque les grains sont semés, qui les noient et que
la continuation des pluies pendant les semences nous empêche de ressemer quelques fois
jusqu’à la récolte des blés et des foins, qui sont
les deux seules denrées que nous ayons… »
« Plainte des habitants de Mandelieu » - extrait - BB4 1790- Archives Municipales de Mandelieu
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
29 -
ACTE XII
1789
La fin des privilèges
La municipalité de Mandelieu ne pourra cependant réunir la somme exigée pour l’achat de
l’ancienne seigneurie des chanoines et c’est au
dernier enchérisseur, Sieur Jean-Joseph Court
(de Fontmichel), que les terres seront finalement
adjugées le 26 mai 1791.
Le sort des pauvres paysans capitoulans ne
changera donc guère. Ils devront se contenter, comme auparavant, de cultiver les terres
les moins riches et continueront de lutter pour
maintenir un droit de parcours pour leur bétail.
Le rapport d’un certain Jean-François Fabre,
Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées du
Var, décrit la plaine de la Siagne en 1799 : « les
émanations de cet étang sont tellement pestilentielles que, dans l’espace de trente années, il
a dépeuplé les villages de Mandelieu et La Napoule, une demi-lieue carrée autour de l’étang ;
et telle est l’intensité actuelle de ce foyer de
méphitisme qu’il est inouï qu’un fermier ait survécu à la deuxième année de son bail. ».
Aubin-Louis Millin, naturaliste français, dépeint
le territoire en 1807 : « … il est si malsain que selon une expression populaire les poules y ont la
fièvre… Il n’y a qu’un petit nombre d’habitations,
on y cultive les orangers pour les fleurs dont la
récolte est très abondante et que l’on vend aux
parfumeurs de Grasse et de Nice. » !
Extrait d’une délibération
du Conseil Municipal
1D25-1798
Archives Municipales
de Mandelieu.
Transcription
« …(Du deux ventôse an VI de la République française, une et indivisible, nous agent et adjoint) de la commune de
Mandelieu, en conformité de la loi du 23 nivôse an VI relative aux arbres de la liberté et de l’arrêté de l’administration
centrale du département du Var du 15 pluviôse même année, avons fait renouveler l’arbre de la liberté par un arbre vivace
dit ormeau, et conformément aux dispositions de la même loi, avons fait inhibitions et défenses à tout individu de le mutiler
ou abattre, sous peine d’être puni de quatre années de détention.
À Mandelieu, le jour, mois et an que dessus. Caire, agent municipal. »
Plantation de l’arbre liberté
Cependant, l’insalubrité du territoire n’empêchera
pas les Mandolociens et les Napoulois de fêter dignement la nouvelle « République » et de planter
l’arbre de la liberté. La « souveraineté du peuple »
est célébrée au son des fifres et des tambours.
On procède à l’établissement du cadastre… Le
relevé des parcelles est fait par un « Ingénieur
Vérificateur du Cadastre » et se base sur les titres de « propriété ou de jouissance de trente
années sans interruption ». En effet, l’opération
ne se passe pas sans heurt, plusieurs individus
revendiquant parfois le même terrain, certains
- 30
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
l’ayant acquis très récemment et d’autres l’ayant
même, tout simplement, usurpé à la commune.
Ainsi trouve-t-on, dans les archives de la ville,
un « Rapport Descriptif des carrières communales2, des biens usurpés à la commune et des
empiétations faites sur les droits communaux »
daté du 12 octobre 1819 !
À La Napoule, comme tous les biens des nobles
émigrés et de l’Église, le château est confisqué
avec les terres attenantes. Mis en adjudication,
le domaine est vendu comme « bien national ».
Il est acquis par un certain Joseph Coudemon.
La famille de Montgrand s’exile en Italie.
Dans les archives personnelles des de
Montgrand se trouve un inventaire des meubles
et du linge de maison. Il a été dressé en 1781
par le Marquis Joseph Jean-Baptiste de
Montgrand, Brigadier d’infanterie, Maréchal des
camps et armées du Roi, Chevalier de SaintLouis. Voir un extrait ci-contre.
Celles réservées aux ouvriers et domestiques
sont plus modestement meublées d’une paillasse et d’un matelas de laine, de couvertures et
de traversins.
Jean-Baptiste de Montgrand signale la présence au château de 4 ballots étiquetés et d’une
malle contenant ses vêtements d’hiver et ceux
de ses domestiques.
Voici ses instructions « poivrées » les concernant : « Nota : Il faut de temps en temps visiter
si les vers ne les gagnent pas, et en ce cas les
secouer, les battre et les vergeter, et y parsemer
chaque fois quelques pincées de poivre en poudre du paquet de poivre que j’y laisse avec. »
197J97 - Fonds privé de Montgrand déposé aux Archives
Départementales Bouches du Rhône
Cadastre napoléonien
section A,
1ère feuille - 1809
Archives Municipales
de Mandelieu
Extrait de
l’inventaire de
J.B. de Montgrand
197J97 - 1781
Archives
Départementales
Bouches du Rhône
On y découvre avec intérêt la description du
riche et précieux mobilier des appartements
de son père, dit « Rouge » et de sa mère, dit
« Bleu ». Les autres chambres du château portent les noms évocateurs de « Madame Fleurie », « Madame Sophie », « Madame Bibi » ou
encore « Madame Flore »…
1 - Lods = taxe sur les ventes immobilières
2 - Les mots « carrières » ou « carraires » désignent les routes en Provence.
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
31 -
ACTE XIII
XIX e siècle
UNE GOUVERNANCE
MOUVEMENTÉE
Entête 1D1 - 8 nivôse,
an 9 de la République
(1800)
Archives Municipales
de Mandelieu
MANDELIEU ET LA NAPOULE
VIVENT AU RYTHME DES CHANGEMENTS
DE RÉGIME
D
urant ces quelques dizaines d’années, les français vivent une véritable alternance de pouvoirs,
passant successivement du Directoire au Consulat et à l’Empire, puis
de la Restauration de la Royauté à la
Deuxième République, et enfin, du
Second Empire à l’installation définitive de la République…
Mandelieu et La Napoule vont ainsi
progressivement se transformer.
Nos archives conservent la trace de
ce siècle mouvementé sur de multiples documents, telles les nominations du maire et des adjoints, dont
l’entête change et témoigne du régime du moment.
Entête 1D1 - 20 janvier 1808
Archives Municipales de Mandelieu
Entête 1D1 - 24 mai 1807
Archives Municipales de Mandelieu
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Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Entête 1D25 - 20 juin 1851
extrait du registre des délibérations du Conseil Municipal
Archives Municipales de Mandelieu
Archives
privées
M. Merle
18 juin 1855
Entête 1D1 - 28 septembre 1840
Archives Municipales de Mandelieu
La société va connaître de profondes mutations au cours de cette période qui constitue, tant sur le plan économique que politique, une phase de transition entre ce qu’on
appelle « l’Ancien Régime » et une nouvelle
ère, industrielle et commerciale.
Notre commune vivra tranquillement, mais
sûrement, cette métamorphose…
Archives
privées
M. Merle
11 janvier 1861
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
33 -
ACTE XIII
XIX e siècle
Une gouvernance mouvementée
UNE VERRERIE
DANS UN CHÂTEAU…
ET DES « FAINÉANTS » EN FÊTE !
Château de La Napoule en ruines
À son retour d’exil, après le
rétablissement de la royauté, JeanBaptiste de Montgrand s’engage dans
la vie politique. Il devient conseiller
municipal, puis est élu maire de
Marseille de 1813 à 1830. Louis XVIII
le nomme préfet des Bouches-duRhône en 1815, « Chevalier de l’Ordre
Royal Constantinien des Deux Siciles »
et « Officier de la Légion d’Honneur ».
Les marseillais doivent à ses 17 ans de magistrature l’édification de l’Arc de triomphe de la
porte d’Aix, la création du Musée d’Histoire naturelle, la construction de l’Hôpital Caroline ainsi
que plusieurs écoles et fontaines.
Le château de La Napoule lui est restitué, dévasté. Il s’emploie à racheter les terres de l’ancienne seigneurie, vendues pendant l’époque
révolutionnaire.
J.B. de Montgrand
Intallation gobeletterie - 1B1 - 1837
Archives Municipales de Mandelieu
Transcription
Préfecture du Département du Var
Louis Philippe, Roi des Français
À tous, présents et à venir, Salut,
Sur le rapport de Notre Ministre Secrétaire
d’État des travaux publics, de l’agriculture et
du commerce,
Vu la demande du Sieur Louis Barthélemy,
tendant à obtenir l’autorisation d’établir deux
fours de verrerie pour la fabrication de la
Gobeletterie et des bouteilles de capacités
diverses dans la propriété du Sieur Montgrand,
au quartier de Napoule, commune de
Mandelieu (Var) ;
Les certificats d’apposition d’affiches dans
les diverses communes intéressées ;
Le procès-verbal d’enquête de commodo
et incommodo duquel il résulte que ladite
demande n’a fait naître aucune opposition ni
réclamation ;
L’avis du conservateur des forêts ;
L’avis du préfet ;
Vu le décret du 19 octobre 1810 et
l’ordonnance réglementaire du 14 janvier 1819 ;
Notre Conseil d’État entendu ;
Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
art. 1er Le Sieur Louis Bathélemy est autorisé…
- 34
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Chapelle Notre-Dame
de l’Assomption - La Napoule
Durant toute cette période, le territoire de La
Napoule avait été rattaché à la ville de Fréjus. Une
loi du 6 juillet 1836 rend officielle sa réunification
à Mandelieu. En 1860, les deux villages seront
dissociés du Var et rejoindront le département
des Alpes-Maritimes, tout fraîchement créé
avec l’ancien Comté de Nice.
Les de Montgrand, accaparés par leur vie
marseillaise, délaissent leur domaine napoulois.
Le château est en ruine et un certain Louis
Barthélémy, maître verrier, obtient l’autorisation d’y
installer sa fabrique en 1837. Plus tard, la famille
s’établira à Cannes-La Bocca, dans le quartier
qui porte encore le nom de la « Verrerie ».
C’est à cette époque que naît la fête de la
Saint-Fainéant : une fois l’an, il était nécessaire
de nettoyer les fours qui servaient au fonctionnement de l’usine. On les sortait sur la place
pour les récurer.
Pendant ce temps, les ouvriers de la verrerie
étaient de repos. Ils chantaient et dansaient au
quartier.
Le château est finalement vendu, en 1876, à la
famille Charrier qui le restaure dans un style très
« bourgeois », avec petites tourelles et tuiles rouges qui détonnent sur l’ensemble moyenâgeux.
Fête de la Saint-Fainéant - 1960
Château
fin XIXe siècle
Pêcheurs
Sur le bord de mer, les pêcheurs ne chômaient
pas et tiraient inlassablement leurs filets, criant
« les fainéants » devant les farandoles des
ouvriers verriers en fête !
Pendant la période révolutionnaire, la chapelle
Notre-Dame de l’Assomption, située dans l’enceinte du château de La Napoule, avait été dévastée et servait de bergerie. Elle ne sera rendue au culte qu’après 1831.
Lors de travaux de réfection, on a découvert des
greniers à fourrage au-dessus de la sacristie et
des mangeoires dans le mur « Est » de l’église.
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
35 -
ACTE XIV
1830-1883
DE NOUVELLES
PRÉOCCUPATIONS
APPARAISSENT…
PREMIERS PAS VERS UNE INSTRUCTION
GÉNÉRALISÉE
UN PROBLÈME DE CIMETIÈRE…
E
n 1830 se pose, pour la première fois, la
question de l’instruction primaire dans
la commune. En effet, le gouvernement a
décidé d’étendre l’enseignement public jusque
dans les plus petits villages ruraux. À cette date,
seuls quelques enfants privilégiés fréquentaient
les écoles de Grasse ou de Cannes.
Il faudra pourtant patienter plusieurs années
avant que ne s’ouvre une école à Mandelieu. De
toute évidence, la question ne semble pas prioritaire au Conseil Municipal qui, réuni à ce sujet
en 1831, et « considérant que, la population
de la commune étant de moins de 200 âmes,
n’est pas en mesure d’entretenir un instituteur
primaire et que, d’autre part, le peu d’enfants de
la commune étant occupé quotidiennement à
des travaux agricoles, décide qu’il n’y a pas lieu
de créer une école publique » !
Pendant trente ans, les sept instituteurs successifs vont rencontrer bien des difficultés, liées
tant au manque d’assiduité des élèves qu’aux
problèmes récurrents de budget communal
et de local scolaire. Ainsi, l’école déménagera
souvent… Elle est finalement installée aux Termes, dans un bâtiment délabré, loué 180 francs
l’année au fermier de M. de Montgrand.
L’intérêt pour l’instruction se généralise et
le 9 février 1862, le maire exposait à son
Conseil que « l’école primaire ayant besoin
d’être répandue afin d’éclairer le peuple, il était
Manuel scolaire, fond privé Giordanengo
Le Préfet mettra pourtant la commune en demeure six ans plus tard. Après bien des péripéties pour trouver un local et les fonds nécessaires à l’ouverture d’une classe, M. Depierre
prend enfin ses fonctions d’instituteur au début
de l’été 1841. C’est l’époque des moissons et
il n’y aura que trois enfants pour suivre ses premières leçons !
Les cours ne sont pas gratuits. Il en coûte aux
parents la modique somme de 1 franc pour apprendre l’alphabet ; 1,50 francs pour les leçons
d’écriture et de lecture, et 2 francs pour celles
d’arithmétique ! Cette école, d’abord située à
Capitou, n’est destinée qu’aux seuls garçons.
Ils s’y rendent depuis les différents hameaux de
Mandelieu, La Napoule et Théoule.
- 36
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
nécessaire d’avoir un local convenable pour
recevoir une école mixte ». Les filles vont enfin
pouvoir accéder au savoir ! L’école des Termes
devient une école publique mixte.
Mais la mixité scolaire ne convient guère à la
mentalité puritaine de l’époque. Quelques
« personnes charitables » s’en émeuvent, à tel
point que la commune décide, le 2 mai 1868,
la mise à disposition d’une maison pour l’école
« congréganiste des filles ». Il s’agit d’une pièce, adossée au mur de l’église de Capitou, et
d’un petit jardin attenant.
Cette division de l’enseignement, nécessitant la
rémunération d’une maîtresse « pour les travaux
d’aiguille » et celle d’un instituteur, est onéreuse.
Elle n’incitera pas la commune à s’endetter davantage pour l’instruction publique.
Il faudra donc attendre l’année 1874 pour que soit
votée la construction d’une nouvelle école pour les
garçons. Elle sera édifiée aux Termes en 1877. Le
budget communal prévoit même l’achat d’un poêle
(quel luxe !) et l’installation d’une bibliothèque.
Le maire propose bientôt d’y créer un pensionnat
ainsi que des cours pour adultes, et la première
distribution des prix est organisée en 1880.
Réclamé depuis un siècle, un presbytère est
finalement élevé à Capitou en 1865. Il est toutefois partagé en deux, un côté étant réservé à
Monsieur le curé, l’autre à Monsieur le maire !
Ils vivront ainsi en bonne entente jusqu’à la
construction d’une mairie aux Termes en 1929.
Grand-mère de Maurice Muller
Capitou - École des filles
Cependant, depuis quelque temps, Mandelieu
n’a étrangement plus de cimetière. Les morts
du village sont enterrés au cimetière de Pégomas, tandis que les « étrangers » sont inhumés
dans les champs.
Le Conseil Municipal s’inquiète de cette situation dans sa délibération du 10 mai 1840 :
«...la commune de Mandelieu est encore privée
de cimetière ; les cadavres portés précédemment
à celui de Pégomas… mais lorsque les étrangers
sont morts dans son territoire, on les a souvent
enterrés en plein champ, ce qui représente un
danger qu’il convient d’éviter ; par quoi, le Conseil
Municipal a délibéré d’affecter la somme de
150 francs à la construction d’un cimetière, clos
de murs de deux mètres de hauteur, qui sera
d’une contenance de 64 mètres carrés et placé sur le terrain communal, au Nord-Ouest du
village, à une distance d’environ 200 mètres, le
terrain étant trop rocailleux au-delà de cette distance pour pouvoir servir à cette destination… ».
Ainsi est créé le cimetière de La Napoule qui
devient très vite trop exigu. Il sera progressivement agrandi… jusqu’à ce que son transfert
et la construction d’un nouveau cimetière à
Capitou soient décidés en 1883.
Quant au cimetière Saint-Jean, il ne verra le
jour qu’un siècle plus tard, en 1985.
Capitou
église et
presbytère
Une autre question délicate se pose à la commune durant ces années, celle de l’inhumation
de ses morts.
En effet, les fouilles archéologiques ont bien révélé
l’existence de plusieurs nécropoles sur le territoire
dont l’une à Saint-Cassien et une autre à Minelle.
Leur utilisation est d’ailleurs attestée depuis les
temps préhistoriques jusqu’au Moyen-Âge (vases
cinéraires, sépultures à coffrage…).
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
37 -
ACTE XV
1880-1914
UNE BIEN
« BELLE ÉPOQUE »
MANDELIEU,
LA VILLE
DE L’ÉLÉGANCE
À
la fin du XIXe siècle, la Côte d’Azur, reliée à Paris par le chemin de fer depuis 1864, devient
le salon de l’aristocratie internationale.
La ligne du PLM (Paris-Lyon-Méditerranée) longe la baie de La Napoule et le conseil municipal
de Mandelieu réclame aussitôt une gare… Une
halte ferroviaire ne sera cependant accordée et
créée à La Napoule qu’en 1889.
Notre ville devient « la cité des sports élégants ». C’est sous l’égide du Grand Duc
Affiche « belle époque » PLM
Michel de Russie, l’oncle du tsar Nicolas II,
que seront créés à Mandelieu le premier golf
de la Côte d’Azur, puis le polo et le champ de
courses.
De riches hivernants y construisent de belles
demeures où sont organisées de fastueuses
réceptions…
Château neuf (Termes)
Gare et voie ferrée
Gd Duc Michel de Russie
et la comtesse Torby
Pavillon des sports
(restaurant de l’aviation)
en face de l’hippodrome
Waldorf Hôtel
(actuelle mairie)
- 38
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Maison du Grand Duc Michel de Russie
Tour du château
et villa Rochebelle
(La Napoule)
Toute la « Gentry » européenne se retrouve sur
le parcours du Golf Club de Cannes-Mandelieu
et dans les tribunes du Champ de courses…
En 1892, le prestigieux chef-cuisinier César
Ritz, fondateur de la fameuse chaîne d’hôtels,
concocte un menu « pantagruélique » au banquet offert au Golf Club en l’honneur du Prince
de Galles, le futur Edouard VII.
Élégantes devant le
champ de courses
Golf, Polo,
Hippodrome…
e
Au début du XX siècle, le « Waldorf Hôtel « (actuelle mairie) devient « l’École de l’Estérel »,
collège privé, dans le style des universités britanniques, « fondé par des pères de famille, en
vue de donner aux enfants la meilleure, la plus
complète, la plus rationnelle éducation française ». Les parents des pensionnaires sont issus
du monde des diplomates et des hauts fonctionnaires. Le règlement intérieur, daté de 1903,
nous en rappelle les principes essentiels :
«…au lieu d’une geôle urbaine, une maison familiale à la campagne ; au lieu du système dis-
ciplinaire militaire, le développement de l’initiative individuelle contenue, bien entendu, dans
les limites au-delà desquelles elle dégénère en
désordre ; au lieu de la compression qui, en les
abaissant, dénature les caractères, la persuasion qui, en les relevant, les ennoblit ; au lieu des
anciennes méthodes traditionnelles, des procédés nouveaux qui, permettant une meilleure répartition du travail, assurent un plus juste équilibre entre les diverses études, et donnent, sans
en perdre, un peu plus de temps à l’hygiène
corporelle qui est en définitive celle de la santé.
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
La grande
duchesse Cyrille
au Golf-Club
39 -
ACTE XV
1880-1914
Une bien « belle époque »
Tel est, en quelques mots l’esprit de l’institution… C’est surtout dans un collège comme
celui de l’Estérel qui emprunte au voisinage de la
mer et à sa ceinture forestière, une atmosphère
d’une pureté exceptionnelle, que les conditions
scientifiques indispensables aux exercices méthodiques se trouvent réalisées dans leur plus
haute portée physiologique… »
Collège de l’Estérel
actuel Hôtel de ville
Règlement du collège de l’Estérel - 1903-1R1
Archives Municipales de Mandelieu
Envisagé depuis le début du siècle, un « port »
est enfin construit à La Napoule. Le 1er mai
1909, le Grand-duc Michel de Russie pose la
première pierre de ce qui n’est, en fait, qu’une
« jetée-embarcadère » pour les pêcheurs et
les hivernants, à la plage de La Raguette. La
construction du port de plaisance actuel débutera seulement en 1967.
Dans l’intérêt du développement touristique de
la commune, le conseil municipal demande et
obtient la création d’un bureau téléphonique
aux Termes.
Passionné d’aéronautique, le Grand Duc
organise en avril 1910, au Port-Aviation de La
Napoule, la « Grande semaine de l’aviation » où
le célèbre Popoff réussit l’aller-retour aux îles de
Lérins ! Quelques têtes couronnées assistent à
ce grand événement.
Aérodrome de Mandelieu
Délibération du Conseil Municipal - 1906 - 1D28 - Archives Municipales de Mandelieu
Délibération du Conseil Municipal - 1902 - 1D28 - Archives Municipales de Mandelieu
Dès 1903, la ville réclame le prolongement jusqu’à La Napoule de la ligne de tramway reliant
Cannes à La Bocca. Le conseil municipal de
Mandelieu argumente le projet en indiquant :
«…les mouvements de voyageurs qu’attireraient
certainement :
1. le tir aux pigeons très fréquenté dans la saison d’hiver.
2. le Gracieux Ermitage de St Cassien… Le jeu
de Foot-Ball qui vient d’y être créé et enfin les
nombreuses fêtes champêtres qui s’y donnent pendant l’été.
3. La nouvelle école de l’Estérel dont la réputation va en s’étendant…
4. Le Golf-Club, où chaque jour pendant la saison des étrangers, les membres… emprunteraient certainement le tramway.
Si on y ajoute à ces divers éléments le mouvement local de La Napoule et de Théoule, deux
hameaux fréquentés en hiver par les étrangers
- 40
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Terminus du tramway avenue de Fréjus
Tramway avenue de Cannes
et l’été par les Cannois et encore le développement que ne manquera pas de produire la mise
prochaine en service de la nouvelle route, la
Corniche de l’Estérel, on est forcément amené
à conclure que l’opération du prolongement du
tramway est une bonne affaire… ».
Délibération du Conseil Municipal – 1D28 – 1903 – Archives
Municipales de Mandelieu
En 1910, le nouveau tronçon de la ligne est
inauguré. Mandelieu est dès lors reliée à Cannes, le tramway s’arrêtant à l’hippodrome.
La célèbre « Corniche d’Or » va bientôt relier
Théoule à Saint-Raphaël, par le bord de mer. La
route emprunte l’ancien chemin des douaniers,
appelé « La Pentière »… En remerciement, le
Conseil Municipal décide, par une délibération
du 2 juin 1901, de dénommer cette « belle et
superbe » route « Boulevard du Touring Club
de France » qui en est l’initiateur et dont les larges subventions ont permis sa construction.
Corniche d’or
La Napoule, Hôtel des Bains
Délibération du Conseil Municipal du 2 juin 1901
1D28 - Archives Municipales de Mandelieu
Durant cette « Belle époque », plusieurs
artistes vont venir chercher l’inspiration à
Mandelieu…
Guy de Maupassant aimait particulièrement se ressourcer l’hiver
dans notre région. On pouvait souvent le voir escalader le mont SanPeyre pour y admirer le paysage.
Au cours de ses promenades, il fit
la rencontre d’un ermite qui vivait
dans la petite chapelle en ruine au
sommet de la colline. Leur amitié
durera plusieurs années et inspirera
l’écrivain. En 1886, il publiera une nouvelle intitulée « l’Ermite »…
Guy de Maupassant
Sur l’invitation de son ami Frank
Harris, Oscar Wilde viendra passer l’hiver 1898 à l’hôtel des Bains
de La Napoule (actuelle Résidence Estérel). Déprimé par 2 ans
d’emprisonnement, l’écrivain est
en panne d’inspiration poétique. Il
est conquis par la symphonie des
couleurs et des parfums de notre
cité méditerranéenne où il aime
se promener. Aucune œuvre de
cette époque napouloise ne sera
cependant publiée. Il meurt à Paris en 1900.
Oscar Wilde
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
41 -
ACTE XVI
1860-1970
UNE « CITÉ D’OR »
Usine Nicolas
QUAND NOS COLLINES
SE COUVRENT DE MIMOSA…
L
e Hameau des Termes, commerçant et
industrieux, va progressivement prendre le
pas sur les autres quartiers, devenant ainsi
le cœur actif de la ville.
Il s’y installe notamment deux tuileries et une
manufacture de bouchons occupant jusqu’à
300 ouvriers.
Centre-ville - Les Termes
- 42
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Capitou, Place centrale
La culture et le commerce du mimosa vont
faire la gloire de la cité. Cet arbre, apparenté à
l’acacia, est originaire d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Importé par les hivernants anglais,
il s’acclimate merveilleusement sur nos collines
capitoulanes. Clément Nabonnand, fils du célèbre horticulteur botaniste de Golfe-Juan, Gilbert
Nabonnand, s’installe à Mandelieu où il organise
la culture intensive de cette fleur et crée de nouvelles variétés. Bien vite, d’autres mimosistes
prennent la relève.
Usine Nicolas
Étiquette
savon mimosa
Greffage du mimosa
Parmi les mimosistes qui ont marqué l’histoire de notre ville, on évoquera la famille
de Maurice Muller, sympathique et emblématique figure du quartier de Capitou auquel il voue une véritable passion… Organisateur de réceptions,
élu municipal et mimosiste depuis plusieurs générations, il est le digne petit-fils de Marius Martin qui contribua à
l’essor de notre cité dès 1888 en tant
qu’adjoint aux maires Ludovic Guize
et Laurent Gandolphe.
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
43 -
ACTE XVI
1860-1970
Une « cité d’or »
Vannier
de Capitou
Forcerie
de mimosa
À cette époque, les bouquets de mimosa étaient
conditionnés dans des paniers tressés que fabriquaient les vanniers de Capitou. Ils étaient ensuite expédiés aux quatre coins de l’Europe. La
création d’une halte ferroviaire à La Napoule, en
1889, avait en effet facilité la commercialisation
de cette fleur d’or qui, rentrant également dans
la composition des parfums de Grasse, devint
légitimement le symbole de la commune.
Baptisée « Capitale du Mimosa », notre ville célèbre sa floraison chaque année en février, au
cours d’une fête joyeuse où défilent en fanfare
les chars décorés de mille pompons jaunes.
Affiche mimosa
Fête du mimosa - 1967
Char des mineurs 1966
Guy Lux et Hervé Villard 1970
Péage autoroute
1966
- 44
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Le Président Armand FALLIERES
et son ministre de l’Intérieur
Georges CLÉMENCEAU
UNE VISITE
PRÉSIDENTIELLE
À CAPITOU !
En 1897, une société composée de Lorrains et
d’Alsaciens acquiert une grande partie de la « carraire » communale pour y construire un boulevard.
Ils offrent aux capitoulans la statue de leur Sainte
Patronne, Jeanne d’Arc, à la condition toutefois
qu’elle demeure à cet endroit qui domine le village… En remerciement, la municipalité baptisera la
place et la rue du nom de Jeanne d’Arc !
Le 28 avril 1909, Capitou est en effervescence !
Le presbytère-mairie reçoit la visite du Président
de la République Française, Armand Fallières,
accompagné de son ministre de l’Intérieur,
Georges Clémenceau. De ce passage, le registre
des délibérations du Conseil municipal garde la
trace des signatures au bas d’une page.
Place Jeanne d’Arc
Délibération du
Conseil Municipal
1909 - 1D28
Archives Municipales
de Mandelieu
Église
et presbytère
mairie de Capitou
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
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ACTE XVII
1914-1918
LA GRANDE
GUERRE
LE PREMIER CONFLIT MONDIAL SIGNE
LA FIN D’UNE ÉPOQUE FASTUEUSE
L
a première guerre mondiale va mettre un
brusque frein aux fastes de cette glorieuse
époque.
C’est avec émotion que, le 2 août 1914, le maire
de Mandelieu, Laurent Gandolphe, appelle les
hommes de la commune à se mobiliser, les encourageant à faire leur « devoir de bon patriote ».
Mais notre armée va vite s’enliser. Les troupes
méridionales du XVe Corps sont injustement accusées d’avoir fui devant l’ennemi en Lorraine les 19
et 20 août 1914, entraînant la retraite générale.
Les plus braves se mettent à douter et la suspicion s’installe. Le Ministère de la guerre traque
les insoumis et les déserteurs. Il charge la Gendarmerie de retrouver, au moyen d’ordres de
route adressés aux maires, la trace des hommes manquant à l’appel !
Sus au découragement ambiant… ! Le Préfet met
en garde les « propagateurs de fausses nouvelles
pessimistes qui tendent, par des propos mensongers relatifs à l’état de la guerre, à semer le
découragement ». Il demande à ce que ces détracteurs soient « déférés aux Parquets » et invite
Soldats devant Hôpital Libéria - Actuelle mairie
les élus locaux à « maintenir partout une atmosphère de confiance », en jouant de leur influence
morale et patriotique sur la population. Il cite pour
cela les paroles mêmes du Gouvernement :
« …Il faut qu’à l’heure où nos soldats donnent
sur le front l’exemple admirable du courage, de la
confiance et de la patience que met en eux la certitude de la victoire, il faut que tous les concitoyens
comprennent que c’est une trahison véritable que
de contribuer à énerver et à inquiéter le pays. »
Archives de Mandelieu - 4H1 - 17 juillet 1915.
Réquisitionné durant ces sombres années, le collège de l’Estérel se transforme en « Hôpital complémentaire n° 68 » ou Hôpital Libéria. N’y sont reçus
que de grands malades atteints de tuberculose.
Ordre de route - 1915
Archives Municipales
de Mandelieu
- 46
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Hippodrome et box
L’hippodrome devient le terrain d’atterrissage et
d’entraînement des avions de combat. Derrière
celui-ci, la ferme Jacquin, qui abrite aujourd’hui les
Archives Municipales, sert d’atelier de réparation
aux avions. Georges Clémenceau l’avait baptisé
« Champs Elysées ». L’inscription était encore visible avant la restauration du bâtiment en 2002.
Paul Tarascon est l’un des valeureux pilotes héros de la Grande guerre. Bien qu’amputé accidentellement d’une jambe en 1911, il s’illustre
dans les combats aériens, remportant quelques
17 victoires sur l’ennemi dont 12 seront homologuées. Lors du second conflit mondial, sa maison « les Ailes », construite en 1931 sur les hauteurs de Mandelieu, servira de refuge clandestin
aux agents de renseignements anglais, recherchés par la Gestapo entre 1942 et 1943.
Paul Tarascon
Lettre du Parc d’Artillerie de Place de Nice - Extrait
Archives Municipales de Mandelieu - 4H1 - 1917
En décembre 1917, les services de l’Artillerie de
la marine de Nice envisagent d’installer, au Cap
Roux, un poste de défense contre les sous-marins ennemis.
Ils désirent y créer une « école de tir à obus ».
Toutefois, consciente du danger, l’armée réclame l’approbation des maires concernés et
leur demande de mettre en garde la population.
Ainsi trouve-t-on dans les archives un courrier
du Général Noguès, commandant les Camps
de Fréjus-St Raphaël, adressé à M. le maire de
Mandelieu le 18 avril 1918 :
« Par suite de l’utilisation d’engins chargés sur le
territoire de votre commune, il peut se faire que
des grenades ou des obus non éclatés aient
échappés à la surveillance du service chargé
des recherches et de la destruction. J’ai l’honneur de vous prier de bien vouloir prévenir vos
administrés, qu’il y a danger de mort de toucher
et de ramasser les engins précités. Toute personne qui trouvera un objet d’une forme inconnue, devra avoir marqué l’emplacement par une
branche d’arbre fichée en terre, prévenir directement M. l’Officier de Tir de la Garnison qui fera
le nécessaire dans le plus bref délai. »
Monument aux morts de Mandelieu - Le maire L. Gandolphe et le Conseil Municipal
Archives de Mandelieu - 4H1 - 1918
Tirailleurs sénégalais à La Napoule
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
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ACTE XVIII
1919-1939
NOS « ANNÉES
FOLLES »
Château Agecroft
L’ARRIVÉE DES CLEWS RÉVEILLE LA NAPOULE
E
n 1913 un riche écossais, Harry Leland de
Lengley, s’installe à Théoule et restaure l’édifice construit sur l’ancienne savonnerie.
Après la guerre, il décide la construction d’un
château sur un terrain situé entre Maure Vieil et
le vallon de la Rague, non loin du Rocher des
Pendus. La nouvelle bâtisse est édifiée en pierre
rouge de l’Estérel. Deux tours carrées encadrent
des murs crénelés. Leland de Lengley la baptise
du nom d’Agecroft, en souvenir de la regrettée
propriété minière familiale perdue en Ecosse…
Autour du château, les célèbres horticulteurs
Nabonnand créent un superbe parc.
Le domaine sera plus tard racheté par les
Houillères Nationales du Nord et du Pasde-Calais. Ce centre de repos, réservé au
personnel, sera communément appelé « le
château des mineurs ».
En 1919 Henry Clews, peintre et sculpteur
américain, héritier d’une famille de banquiers de Wall Street, fait l’acquisition des
ruines du château féodal de La Napoule.
Épaulé par son épouse Mary, il orchestre l’entière reconstruction de l’ancienne
demeure seigneuriale des « Villeneuve »
et y crée un magnifique jardin.
Les Clews avec les domestiques
en tenue traditionnelle
- 48
Château de Théoule
Les Clews appréciaient particulièrement les fêtes costumées. Ils aimaient recevoir au château
des artistes ainsi que les grandes fortunes et les
têtes couronnées du moment…
Après la mort d’Henry (1937), Mary Clews crée
une fondation d’art afin de protéger et mettre
en valeur les œuvres de son mari. Les deux
époux reposent désormais dans le château qui
abrite un Centre Culturel important. Des échanges se développent entre l’Amérique, l’Europe et
la France… De jeunes artistes, en quête d’inspiration, viennent chaque année y séjourner et
l’on organise régulièrement, entre ses murs, des
spectacles et des expositions.
L’ensemble du domaine est inscrit à l’Inventaire
des Monuments Historiques depuis 1947.
Mary et Henry Clews
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Sculptures de l’artiste Clews
Henry Clews dans son atelier,sculptant le buste
du Comte Gaulthier-Vignal en 1933
Château et jardins
Spectacles
Sur la route de Pégomas, au milieu des vignes,
le château de La Tour se dresse à Mandelieu
sur les ruines de l’ancienne seigneurie des chanoines de Grasse. Il appartenait à la famille Court
de FontMichel qui joua, dès le XVIIIe siècle, un
rôle majeur dans la vie économique et politique
de notre cité et contribua à l’assainissement de
la plaine marécageuse des deux Roubines. On
sait qu’en 1929, il est habité par la Comtesse
Manetti-Magnani.
Le quartier de Théoule
réclamait depuis longtemps son autonomie.
Le 12 mars 1929, il
obtient son indépendance et devient commune à part entière,
avec les hameaux de la
Galère et la Figarette…
Et, le 19 mai 1929,
M. Charles Dahon est
élu premier maire de
Théoule-sur-Mer !
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Château de la Tour
en 1929
Théoule
la pointe de l’Aiguille
49 -
ACTE XVIII
1919-1939
Nos « années folles »
École - Mairie (actuel Hôtel de police)
La même année 1929 s’achève la construction
d’un nouvel édifice au quartier des Termes. Il
doit abriter la mairie et les archives, ainsi que
l’école des filles et des garçons… On aménage
également la nouvelle place publique et son
chemin d’accès.
De station touristique hivernale, très appréciée
au siècle précédent, La Napoule devient progressivement un centre d’attraction toute l’année. Nos plages ensoleillées voient affluer les
nouveaux adeptes du bronzage, du farniente
et des baignades estivales… Mais, dans notre
ville, on ne badine pas avec la décence et l’hygiène publique ! Lisez plutôt l’extrait de cet arrêté, concernant la tenue aux bains, que signe
le maire Laurent Gandolphe en 1923.
Plage de La Napoule - Les cabines
Registre des arrêtés
du maire - 2D29
Archives Municipales
de Mandelieu
Baigneuse sur la plage
de la Raguette
- 50
Pierre-Louis d’Orléans-Bragance
C’est à Mandelieu,
où s’était installée
la famille impériale
brésilienne en exil,
que vont naître Louis
Gaston d’OrléansBragance en 1938 et
Bertrand en 1941…
Les deux frères, de
retour au pays en 1945, mèneront campagne en vain pour la restauration monarchique au Brésil. L’un des héritiers de la couronne, Pierre-Louis d’Orléans-Bragance,
est disparu le 1er juin 2009 à bord du vol
447 Air France qui sombra au-dessus de
l’océan atlantique…
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ACTE XIX
1940-1945
LE DEUXIÈME
CONFLIT MONDIAL
ADIEU L’INSOUCIANCE
L
e 1er septembre 1939, Hitler envahit la
Pologne. La guerre éclate. La mobilisation générale des armées est ordonnée.
Comme toutes les villes de France, notre cité
payera un lourd tribut lors de cette guerre…
La préfecture organise la distribution de masques à gaz à la population civile dès 1940.
La désinvolture n’est plus de mise et le Golf
Hôtel, « palace des années folles », ferme ses
portes. Réquisitionné pour la seconde fois, le
bâtiment (actuelle mairie) abrite les troupes italiennes, puis l’armée allemande.
Affiche
mobilisation
rafales de leurs mitraillettes. Parmi
ces vaillants combattants se trouvent 67 militaires français du Groupe
naval d’assaut corse. Onze d’entre eux y laisseront leur vie et 27 seront faits prisonniers, avant
d’être délivrés par le groupe de résistants guidés
par l’héroïque Francis Tonner. Ce dernier tombera
à Cannes le 23 août 1944, avec son camarade
Henri Bergia, lors de la libération de la ville.
Le même jour, Mandelieu et La Napoule sont également libérés et les habitants assistent avec enthousiasme au passage des troupes victorieuses.
C’est dans l’euphorie générale du moment que
Janvier Passero, capitoulan d’origine grenobloise,
sera mortellement blessé par l’éclat d’un obus. Il
était âgé de 23 ans…
Dès octobre 1943, le château de La Napoule
devient une base militaire sous le pseudonyme
« Wn Edelweiss ». La plage de La Raguette
est un point d’appui pour les soldats italiens.
Il est appelé « Luppo » (loup). Quatre blocs ou
« bunkers » y sont construits pour défendre la
plage et surveiller la voie ferrée.
Propagande
pétainiste
Célébration de la
libération devant
la mairie (actuel
Hôtel de police)
Les habitants de La Napoule sont évacués par
ordre de la Kommandantur.
Un réseau de résistance s’organise à Cannes.
Mandolociens et Napoulois le rejoignent… Raoul
Attali, industriel cannois, est nommé Chef départemental de l’Armée secrète des M.U.R.1 en
juin 1943. Arrêté par la Gestapo le 15 novembre
de la même année, il est déporté à Auschwitz. Il
décédera à Katowice (Pologne) en avril 1945.
L’« opération Dragoon » libère la Provence de l’occupation nazie. Le 15 août 1944, les forces alliées
débarquent à Théoule sur la plage de l’Esquillon,
dans un champ miné par les allemands et sous les
Ordre d’évacuation
1943 - 4H2
Archives Municipales
de Mandelieu
Bunkers sur la voie
ferrée et la plage
1 - M.U.R. : Mouvements Unis de la Résistance. Organisation fondée en janvier 1943, elle regroupait les 3 réseaux de résistance créés en zone Sud qu’étaient « Combat », « Franc-Tireur » et « Libération ».
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
51 -
ACTE XX
1945-1970
LA PROMESSE D’UN BEL AVENIR
LA VIE RENAÎT
À MANDELIEU ET LA NAPOULE
A
près ces rudes épreuves, le quartier des
Termes poursuit son expansion commerciale et demeure le cœur dynamique et administratif de la cité.
La Napoule cultive son attractivité touristique et
devient la destination privilégiée de nombreux
amateurs d’arts ou de sports nautiques, de farniente ou de balades romantiques…
Capitou préserve son caractère rural et villageois, fêtant chaque année la Saint-Pons aux
sons des fifres provençaux…
Ancienne ferme Jacquin
(actuel service
Documentation
et Archives)
Avenue de Cannes
- 52
LES TERMES
ANNÉES 60
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Capitou années 50/60
Église de Capitou
CAPITOU
ANNÉES 50/60
Capitou - Charrette de M. Belon
Partie de pétanque à Capitou
ule
Port de La Napo
LA NAPOULE
ANNÉES 50/60
Port du Riou
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ACTE XX
1945-1970
La promesse d’un bel avenir…
La Mère Terrat avec Edward G. Robinson et Kirk Douglas - 1953
Jeanne Moreau (restaurant La Mère Terrat) - 1958
Dans les années 1950, le restaurant de « La
Mère Terrat » est un haut lieu de la gastronomie
française. Les vedettes du cinéma aimaient s’y
retrouver pendant le festival de Cannes.
Cannes Marina
Du côté de Minelle, le ballet
des élégantes a disparu et
les cris des turfistes se sont
tus. Le champ de courses
hippiques a fait place aux
« Cannes-Marinas » et le
quartier, devenu résidentiel, savoure une tranquille
joie de vivre.
MINELLE
Puits de Maure Vieil
Au pied de l’Estérel, le petit hameau de « Maure
Vieil », avec sa placette et son puits ombragé,
était toujours habité après la guerre. Quelques
vestiges, pierres, débris de tuiles et citerne, témoignent de l’existence d’un oppidum celto-ligure aux temps lointains.
En 1958 commence le chantier de l’autoroute A8
qui va bientôt rendre notre cité plus accessible,
l’ouvrant définitivement sur le monde et l’avenir.
Minelle et Argentière
- 54
La même année 1958, débute à Maure Vieil
l’exploitation d’une mine de spath-fluor. Ce
minerai entre dans la fabrication de l’acier et
de l’aluminium. La mine produit environ 10 000
tonnes annuelles. Après plusieurs accidents, la
commune réclame sa mise aux normes. Devant
la menace de fermeture, les employés décident
d’entamer une grève de la faim mais, après de
longues négociations, la mine est finalement fermée en 1976.
Septembre 2009 - Hors Série « Notre Histoire » - MLN Magazine
Chantier autoroute - 1958
Construite en 1967 à l’initiative de Jean Guyot,
beau-père du verrier Bob le Bleïs, la chapelle
mauresque « Notre-Dame du Labeur » de
Maure Vieil rappelle les temps lointains où ce
lieu était un repaire sarrasin. Un amphithéâtre adjacent rassemblait, en ces lieux chargés
de mystère, de nombreux artistes et quelques
adeptes d’un New-Age en quête d’une nouvelle
spiritualité et prônant le retour aux sources de
l’esprit et de la nature.
Article du 30 juin 1976 - Nice-Matin
Chapelle
des mimosas
Quant à la Chapelle « Notre- Dame des Mimosas », construite en 1927 au quartier des Termes, elle évoque la vocation florale de Mandelieu. Endommagée et promise à la destruction,
elle a retrouvé toute sa splendeur d’antan grâce
aux travaux de restauration que nous devons à la
générosité du propriétaire de Barbossi.
Chapelle mauresque et auditorium de Maure Vieil
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55 -
ACTE XXI
1881-2009
PORTRAITS DE MAIRES
Voici le portrait des premiers magistrats
qui ont présidé à l’administration
de notre cité et veillé à son essor
depuis plus d’un siècle
- 56
Monsieur Ludovic GUIZE
Monsieur Laurent GANDOLPHE
Maire de 1881 à 1908
Maire de 1908 à 1939
Monsieur François MOURER
Monsieur Léon ROUS
Maire de 1939 à 1944
Maire de 1944-1947
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Monsieur Antoine COLIN
Monsieur Emile CARBON
Maire de 1947 à 1953
Maire de 1953 à 1965
Colonel Julien ALARY
Madame Louise MOREAU
Maire de 1965 à 1971
Maire de 1971-1995
Monsieur Henri LEROY
Maire depuis 1995
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57 -
EN CONCLUSION…
« Qu’va vou li va qu’va vouli pas mando »
Telle est la devise provençale de Mandelieu-La
Napoule. On peut l’interpréter de cette façon :
« Que celui qui veut y aller y aille ; que celui qui
ne veut pas y aller y envoie quelqu’un ! ».
Imprégnée des marques que l’histoire lui a
léguées, elle s’est progressivement façonnée
pour devenir l’agréable havre de vie qu’elle est
à présent.
Nos armoiries sont enregistrées à l’Armorial
Général de France, dressé en application
de l’édit de novembre 1696. Elles ont été
octroyées d’office à notre communauté pour
défaut de présentation dans les délais ! En voici
la description : « D’or à un sautoir de gueules,
couplé de sinople, à un écureuil assis
d’argent », ce qui signifie « Une croix rouge
(sautoir de gueules) sur fond jaune (d’or), avec un
écureuil gris (d’argent) sur fond vert (sinople) ».
Sachant entretenir sa diversité, elle allie le
tourisme d’affaires aux joies de la plaisance, le
développement du commerce au maintien de
l’esprit convivial et de la tradition…
L’écureuil est donc devenu, malgré lui, le symbole
obligé de notre cité. Mais c’est volontiers que
nous avons adopté ce petit animal sympathique.
Assurément, il nous représente bien : libre, actif
et indomptable ! Un peu de patience permettra
au promeneur attentif de l’apercevoir, au détour
d’un chemin verdoyant, sautant de branche
en branche au cœur de cette belle forêt si
farouchement préservée sur notre territoire.
Nous venons de parcourir ensemble les
nombreux périples vécus par notre ville…
- 58
Aujourd’hui tournée vers l’avenir, notre cité
demeure ancrée dans ses racines, dans ce
passé qui explique le fier et légitime attachement
de chacun à « son clocher », tout comme le
sentiment collectif d’appartenance à une même
identité.
Depuis le 25 novembre 1970 et par un décret du
Conseil d’État, notre ville s’appelle officiellement
Mandelieu-La Napoule.
Cette récente et double dénomination évoque
l’unité et la solidarité qu’ont su toujours cultiver
les habitants de l’ancien Pays d’Avinionet, et ce,
malgré les multiples aléas de son aventure…
Nos archives sont les témoins et la sauvegarde
de cette mémoire commune.
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REMERCIEMENTS
Le texte de ce récit a été inspiré par les écrits d’historiens tels Mme Emmanuelle De
Marande, Mrs Jean Aulas, Joseph Antoine Durbec, Ernest Hildesheimer, Raymond Herment, JeanMarie Martin, Pierre Cosson ou Jean-Jacques Depaulis…, ainsi que par les rapports des fouilles
archéologiques effectuées sur notre territoire.
Mais il fait principalement référence aux documents authentiques conservés dans les Archives
Municipales et Départementales ainsi qu’au monastère de Lérins et autres abbayes…
Nous tenons à remercier les associations du pays pour leur précieuse collaboration et tout particulièrement « Les vieilles familles mandolociennes » et son président M. Jacques Tardieu, de même
que « Le cercle généalogique du pays cannois » et sa présidente Mme Jacqueline Lecomte.
Nous remercions également les particuliers qui nous ont confié leurs documents privés et
leurs souvenirs personnels ou qui nous ont permis d’exploiter leur collection. On citera, sans être
exhaustif, M. Patrick de Beauregard ; M. Jean Burillon ; M. Pierre Carle ; Mme Chantal Charton ;
M. Marcel Couchot ; M. Jacqui Giordanengo ; M. François Jacquin ; M. Robert Le Bleïs ; M. Henri
Merle ; Mme Paulette Mollo ; M. Hubert de Montgrand ; M. Maurice Muller ; MMs. Mireille et André
Prigent ; M. Michel Royon ; M. André Serratore ; Mme Rose-Marie Triger ; M. Jean Zanin…
Nous encourageons enfin tous les lecteurs, sensibles à la mise en valeur de notre patrimoine, à
confier ou prêter leurs documents écrits et photographiques au service des Archives Municipales.
Ceux-ci viendront ainsi enrichir notre fonds et la mémoire collective de notre ville...
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