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02
10 US$ - 7 €
L’éditorial
Un journal qui grandit vite
Ugo Gussalli Beretta
E
xcellence grandit vite. Né avec 36 pages pour 10.500
exemplaires, il passe à 48 pages pour 17.500
exemplaires. La hausse de ces chiffres est révélatrice de la
faveur avec laquelle la publication a été accueillie, aussi bien
dans l'édition américaine que dans les éditions française et
italienne. Mais pas seulement. Lorsque le premier numéro a été mis sous presse,
en janvier dernier, les Gallery de Beretta dans le monde étaient au nombre de
quatre; aujourd'hui, à la sortie du second numéro, une autre Gallery est née en
Italie, à Milan, parrainée justement par cette revue, et deux autres ont déjà été
programmées.
Excellence accompagne et certifie, par conséquent, la croissance de notre maison,
en témoignant de sa vocation non seulement pour le style, pour le respect de
l'environnement, pour la modernité, mais aussi – et je dirais, en ce moment,
surtout - vers la nouveauté. Pas seulement pour des exigences de marché, mais
surtout dans le respect d'une tradition et d'une conceptualité dont la marque
Beretta se nourrit depuis presque cinq siècles, nous sommes en train de procéder,
d'une part, à une attention de plus en plus grande pour l'amélioration,
stylistique et technologique, de nos produits traditionnels, et d'autre part vers un
accroissement de l'offre grâce à une gamme de produits de plus en plus nombreux
et qui répondent aux exigences et au goût de notre clientèle. De tout cela
Excellence est le témoin ponctuel et digne de foi, comme l'a montré le succès de
son premier numéro. Un succès qui nous pousse à améliorer et à faire grandir de
plus en plus notre, votre revue.
3
Sommaire
16
6
36
La paradis
de cristal
Verres et vases en tant qu’oeuvres d’art, fleurons de la Gallery
parisienne
photos par Mauro Guglielminotti
Dans la Gallery
comme au club
Milan, Via Durini : le point de
vente de Beretta, lieu de
rencontre pour les passionnés
de nature et les sportifs
38
UGB 25, un fusil
pour ami
Innovation, précision,
commodité avec la dernière
merveille de Beretta. Né
pour le sport, mais
également parfait pour
la chasse
42
Le dernier des
perfectionnistes
Portrait de Maurizio Cairola,
l’artisan qui rend plus belles et
précises les armes Beretta
20
The Beretta Magazine
Publié par
Fabbrica d’Armi Pietro Beretta S.p.A
via Pietro Beretta, 18 - 25063
Gardone Val Trompia (BS)
Directeur
Franco Recanatesi
Idée e projet
FreeLab Srl
via Creta, 15 - 25124 Brescia
tel. 030 2427 810
Réalisation
Master 2000 Communication Srl
via G.Antonelli, 49 - 00197 Roma
tel. 06 42014865
Coordination graphique
Francesco Mastantuoni
Impression
Arti Grafiche
via Vaccareccia, 57 00040
Pomezia (RM)
Ont collaboré
Ilaria Allegrozzi
Andrea Aromatico
Francesca Romana Buffetti
Thierry Cros
Frank Prial
Matteo Recanatesi
Traductions
Abc traduzioni
Photos
Sergio Coppi
Mauro Guglielminotti
Olympia photo
Roberto Ponti
Stefano Sirotti
Archivio Beretta
Archivio Master 2000
Autorisation
Tribunal de Brescia n° 40/2003
du 20/11/03
Paris, une promenade
dans la ville verte
photos par Roberto Ponti
46
Du Bois de Boulogne au Jardin
des Plantes, les cent parcs de la
capitale française
par Thierry Cros
12
Quand le Texas
s'en va en fumée...
24
Set en bois de rose, portecigares et humidificateurs
comme des oeuvres d'art : la
Gallery de Dallas est le royaume du tabac
L'HISTOIRE
Cette chasse
en vélo...
Coppi et Bartali, fiers rivaux en
bicyclette, devinrent amis
en poursuivant des canards
et des lièvres. Les photos
extraordinaires de leurs battues
par Franco Recanatesi
RUBRIQUES
L’ÉDITORIAL
par Ugo Gussalli Beretta
L’ANALYSE
par Franco Gussalli Beretta
LA CHAMBRE DE L'INVITÉ
par Frank Prial
32
Anatomie
d'un coup de fusil
Journal d'un chasseur : le rapport
difficile avec les animaux
par Andrea Aromatico
Parents ? Seulement
compatriotes. D'apprenti à
dirigeant, 61 ans de service
par Matteo Recanatesi
par Francesca Romana Buffetti
photos par Sergio Coppi
La fable
de l'autre Beretta
Athènes, des jeux
de cheik
Six médailles, deux d’or,
avec les fusils Beretta aux
Jeux Olympiques.
La grosse surprise vient
de Dubai
Milano
Dans la Gallery comme au club
Le point de vente de Beretta est le nouveau lieu de rencontre pour ceux qui aiment le sport et la nature
Le bilan presque un an après l'ouverture : boom de l'habillement et des objets.
Le nouveau gilet “airvintage”, qui isole du froid, conquiert aussi
les motocyclistes, les yachtmen et les skieurs
B
ienvenue dans le club des
chasseurs. Ou plutôt, des sportifs;
car la nouvelle Gallery de Beretta, en
plein centre de Milan, est déjà le
point de rencontre de ceux qui
aiment la nature, l'activité physique,
la vie en plein air. Les gens passent,
regardent, entrent. Et finissent par
trouver quelque chose à laquelle ils
ne s'attendaient pas : pas
uniquement des armes et de
l'habillement pour la chasse, mais
aussi des tableaux, des compléments
d'ameublement et des vêtements qui
sont adaptables pour la vie de tous
les jours, en ville comme à la
campagne ou à la montagne. Une vie
faite de confort et de traditions,
comme dans l'esprit et dans la
philosophie Beretta. Parmi les
vêtements les plus demandés, la veste
en fibre d'acier pour l'automne,
imperméable et anti-neige, et le
service en cristal avec des motifs
bucoliques pour décorer la maison
du naturaliste passionné. Très
admirés également la table en bois
avec ses chaises en corne d'élan et de
cerf, et le nouveau gilet “airvintage”,
presque un isolant thermique
gonflable pour permettre au corps de
garder une température élevée malgré
le froid le plus vif : né pour la chasse,
il a déjà été adopté pour beaucoup
6
7
d'autres utilisations, comme la moto,
la voile, les excursions en montagne.
Et pour ceux qui veulent conjuguer
élégance et recherche, voici des vestes
et des manteaux dans des tissus
précieux, et avec l'intérieur en
cachemire. La clientèle de la Beretta
Gallery de Via Durini montre aussi
qu'elle apprécie beaucoup la
commodité, la recherche, l’originalité
“A Via Durini, tu trouves aussi un safari”
D
e la mode de luxe à la chasse. Andrea Di Maria, directeur commercial de la Gallery de Milan, à Via
Durini, est le nouveau visage de l'équipe Beretta: “Je viens de l'habillement,
j'ai travaillé pour Valentino, Loro Piana et Ralph Lauren”.
ry leur charge d'émotions vécues dans la
dernière battue de chasse. Leurs récits sont
toujours pleins de sentiments. Voilà ce que
je veux importer en Italie : la Gallery comme point de rencontre pour beaucoup de
personnes différentes mais qui ont en commun la passion pour la chasse, pour la na-
LES GALLERY DANS LE MONDE
New York
Madison Avenue
1995
Tel. (212) 319.3235
Fax (212) 207.8219
Buenos Aires Arenales 1654/56
1997
Tel. (114) 8139258
Fax (114) 8166828
Dallas
Highland Park
1997
Tel. (214) 559.9800
Fax (214) 559.9805
Parigi
Rue Pierre Charron
2000
Tel. (01) 5688.5959
Fax (01) 5688.5960
Milano
Via Durini, 5
Tel. (02) 76028325
Fax (02) 76394864
2003
En haut, la salle accueillante où les visiteurs de la Gallery sont invités à siroter un thé ou à voir un
film sur un voyage de chasse. En bas, la grande salle d'exposition en face de l'entrée de Via Durini.
Andrea Di Maria, directeur commercial de la Gallery milanaise. En bas, avec le staff
Et vous avez décidé de changer de
secteur, pourquoi ?
“J'aime me remettre en discussion, affronter des nouvelles aventures. Et puis
l'offre venait d'une maison à laquelle il
est très difficile de résister. Beretta a un
style incomparable. Je l'ai découvert juste après avoir signé mon contrat : j'ai été
envoyé pendant un mois aux Etats-Unis
pour étudier, pour ainsi dire, mon nouveau secteur de compétence. Dans les
Gallery de New York et Dallas, j'ai pu
constater la passion de beaucoup de gens
pour la chasse, la recherche constante de
l'habillement le plus indiqué, l'étude des
fusils. Les clients amènent dans la Galle-
8
ture, pour la vie en plein air. Le tout dans
une atmosphère conviviale, où on puisse se
détendre”.
Quel est le client type de la Gallery milanaise et que cherche-t-il en particulier ?
“La cible de référence est moyenne et supérieure. Des avocats, des chefs d'entreprise, des professionnels, mais aussi
beaucoup d'autres personnes qui ne
s'intéressent pas seulement à la chasse
mais aussi au confort citadin, aux blousons en goretex ou aux vestes coupe vent.
Nombreux sont ceux qui choisissent la
Gallery pour offrir un cadeau à un ami
ou à un proche qui aime la chasse. A
ceux qui vont vraiment à la chasse, nous
offrons un petit paradis : des vêtements,
des objets, une salle avec des fusils en
tout genre et à tous les prix, et même une
série de propositions de safaris de chasse,
avec des itinéraires sélectionnés par un
tour opérateur spécialisé. Argentine, Ecosse, Alaska, Mongolie sont les destinations les plus demandées”.
Quelles sont les potentialités offertes par Milan ?
“Je dirais que la ville se marie parfaitement à la philosophie Beretta, qui est
liée au confort, à l'élégance et à la nature, mais aussi aux anciennes traditions
rurales de la campagne”.
Avez-vous déjà vendu des articles
particuliers ?
“Une table de 1860, avec des scènes de
chasse marquetées à la main. Un chefd'oeuvre”.
9
de l'habillement de style. De même
que les objets raffinés et toujours liés
à un double fil au thème de la chasse
: des sculptures et des tableaux
représentant des battues et des
animaux, des services à thé en style
anglais, des cristaux et de l'argenterie
créés par des maîtres artisans.
L’armurerie certes ne manque pas,
mais elle conserve aussi dans sa
disposition la caractéristique de
composante d'un ensemble. Des
fusils de précision, de chasse et de tir,
des pistolets et des couteaux
apparaissent dans une salle à l'étage
inférieur, dont le plafond représente
le ciel nocturne, avec ses
constellations originales. Ici, en
Une vue du rayon vêtements, à l'étage
d'entrée de la Gallery, avec d'anciennes malles
et de trophées de chasse.
L’analyse
La venaison à table à Milan
Il Grifo nero
Via Solari,12 Tel. 02.48007104
Restaurant style Milan d’autrefois,
situé dans la zone de piazza Napoli,
sur les Navigli (canaux navigables de
Milan.) Spécialités : sanglier en
sauce, viande de cerf, lièvre, pigeon.
Fermé le lundi.
Ai 3 fratelli
Via Terragio, 11 Tel. 02.86451590
La Toscane à table : ribollita, côte de
dessous de Véga et de la Grande
Ourse, le personnel Beretta dispense
des indications et des conseils.
boeuf, tagliata. Décor classique,
zone Magenta. Cuisine ouverte
jusqu’à 22 heures 30. Fermé le
dimanche.
Le Shop in Shop, effet Gallery
Franco Gussalli Beretta
Da Abele
Via Temperanza, 5 Tel. 02.2613855
Cerf, sanglier et lièvre jusqu’à
minuit, sauf le lundi. Chef cuisinier :
Roberto Bravin, milanais originaire
du Friuli.
Toujours dans une atmosphère de
salon, entre un apéritif et la fois où
un sanglier...
A
cheval entre deux continents, les Gallery avec la marque Beretta
affinent constamment la phylosophie du projet et les stratégies, en ne
manquant pas de refléter leur style, leur humus sur le reste du canal de
distribution de l'entreprise. En commençant par la philosophie, nous pouvons
la résumer en quatre points : 1) recréer à l'intérieur de chaque point de vente
Beretta l'esprit de la “vie en plein air”, en proposant des produits de luxe qui
puissent contribuer à une meilleure qualité de la vie des personnes; 2) créer
un canal de vente direct pour ces produits, en essayant de satisfaire les
exigences du client par un contact one-to-one entre le consommateur final et
l'entreprise; 3) affirmer la marque Beretta en tant que leader de
l'habillement et des accessoires liés au plein air, surtout sur le marché
européen et le marché américain; 4) exposer toute la gamme de produits Beretta (armes,
habillement, accessoires, pièces de rechange) destinée à la cible de clientèle de référence.
Quant aux stratégies et aux futurs programmes, on a planifié une expansion des Gallery dans
les plus grandes capitales européennes, toujours dans des positions de prestige absolu avec un
bon compromis entre primary location et high passing trade. Après Paris et Milan, le choix est
tombé sur Rome, Londres et Moscou.
Les reflets, enfin, dont nous parlions au début. Il s'agit du projet “Shop in Shop”, qui prévoit
la création au sein du canal de distribution habituel, c'est-à-dire les armureries, d'un espace
dédié qui rappelle l'esprit des Gallery. En pratique, un processus de renouvellement des
armureries qui est destiné à hausser leur image et l'exposition des produits.
Il s'agit, à vrai dire, de l'accélération d'un projet entamé il y a trois ans en Italie (20 Shop in
Shop déjà ouverts sur tout le territoire, avec d'excellents résultats), qui est en train de se
développer tout aussi bien en
Europe (20 Shop in Shop
avant la fin de cette année) et
en train de démarrer aux
Etats-Unis avec 6 ouvertures
d'ici le mois de décembre et
25 autres en 2005.
En haute, Franco Gussalli Beretta,
vice-président de la Fabrique d’Armes
Pietro Beretta. A droite la salle d’un des
nouveaux Shop in Shop.
11
Dallas
Quand le Texas s'en va en fumée...
Dans la grande photo, l’ intérieur de la Gallery de Dallas, où
l’on relève un ameublement de pur style western.
Au-dessus, l’élément de décoration extérieur de la façade
du 41 de Highland Park Village.
En bas à gauche, humidificateurs de voyage pour cigares
Des sets pour fumeurs, des humidificateurs comme des œuvres d'art : une Gallery spécialisée dans le tabac
en forme de douille, aux couleurs vives.
S
i vous fumez, et mieux encore si
vous fumez le cigare, la Gallery de
Dallas vous ouvrira des nouveaux
horizons. En allant à la rencontre des
exigences des Texans, qui sont
historiquement des grands amateurs de
tabac, l’établissement de Beretta est allé
à la recherche des objets et des
instruments les plus utiles mais aussi les
plus sophistiqués pour le tabac, dans
certains cas des véritables oeuvres d'art.
Quelques exemples. Une très belle
boîte en bois de rose, les coins renforcés
en argent, avec une gravure des Grands
Cinq (rhinocéros, éléphant, lion,
léopard et buffle) : c'est un set pour
fumeurs et elle sert aussi comme
humidificateur de cigares. Elle existe
également dans la version plus petite,
enrichie d'une pyrogravure qui
représente un vol de
canard. Comme
humidificateur de
voyage, beaucoup plus
Apéritif avec cigare.
Aux USA, c’est déjà une mode
Une flûte de Brut Chardonnay de la cave " La Sparviere " (un
Franciacorta de grande qualité), deux toasts au saumon ou
des croûtons de pain avec de petites palourdes sautées à la
poêle et, pour finir, un Graycliff Blue Coronas, au goût aromatique, qui prend une note poivrée vers la fin. L’apéritif avec cigare est en train de devenir très à la mode, surtout aux EtatsUnis, où les assortiments sont étudiés avec soin. Pour les cigares, la règle du goût est que la force ne domine jamais l’arôme.
12
13
petit et plus pratique, voici des douilles
de projectile aux couleurs vivaces.
Dans la Gallery de Dallas paradent
également des pipes, des portecigarettes, des cendriers (ceux en fine
porcelaine avec des dessins de chasse
sont très appréciés), des coupe-cigares
et beaucoup d'autres objets pour les
fumeurs; et, en respectant les usages
des bureaux de tabac mais surtout la
tradition et le style des Gallery Beretta,
également des articles comme les
coupe-papiers (avec un manche en
corne de chevreuil ou de buffle) et les
flasques à whisky en acier inox gravées
avec une technique pyrographique
particulière. Les auteurs de ces objets
originaux sont des artisans américains
et européens. Le public, qui vient aussi
des autres Etats, montre qu'il apprécie
la vocation particulière de la Gallery :
après les armes et les bottes, les articles
de tabac – surtout les plus innovants et
les plus précieux – représentent le
produit de plus large
consommation.
Churchill, Wells, Demi : le cigare, c'est pour les vips
Que ceux qui se souviennent d'une
image de Groucho Marx sans cigare
à la bouche lèvent la main : “Une
femme est un plaisir occasionnel, ce
n'est pas comme griller un cigare”,
avait l'habitude de dire le lettré des
frères Marx. La passion pour le cigare réunit des stars de cinéma, des
personnages politiques, des artistes
de diverses périodes et de différentes latitudes. A commencer
par Catherine de Médicis, à laquelle Jean Nicot (le consul français
auquel on doit le nom de nicotine)
amena en cadeau des graines de
tabac. La régente de France soigna
les ulcères de son fils François avec
un onguent préparé en écrasant les
feuilles de tabac dans un mortier et
en les en faisant cuire dans de la
En haut, l’élégante armurerie de la Gallery de Dallas. En bas, des objets
qui caractérisent le centre texan avec la marque Beretta: sur la gauche,
le deux boîtes précieuses du set pour fumeur en bois de rose avec des
gravures artisanales. On voit également les flasques recouvertes avec
des peaux de différents animaux, un cendrier en porcelaine,
des coupe-papiers en corne de chevreuil ou de buffle, des jeunes oies
presse-papiers en céramique décorée.
Demi Moore
Groucho Marx
14
Winston Churchill
graisse de porc. C'est pour ça que le
tabac fut aussi appelé herbe à l'ambassadeur, médicée, catherinaire.
Et si de nos jours Demi Moore s'est
faite photographier à plusieurs
reprises avec sa valisette de cigares,
en 1795 le duc RochefoucauldLiancourt écrivait déjà que le cigare
est une grande ressource car il
trompe la faim, combat l'ennui, apaise, aide la réflexion et rappelle
souvent à l'esprit des doux souvenirs. Jack Nicholson a confessé
qu'il ne renonce pas à ses Robustos
cubains même lorsqu'il assiste aux
matchs de basket de son équipe
préférée, les Los Angeles Lakers;
Arnold Schwarzenegger, membre
fondateur du “Havana Room”, un
club privé de fumeurs de cigares à
Beverly Hills, a déchaîné la colère
de l'Amérique intransigeante des
non fumeurs.
Il ressort des déclarations du “Che”
que sa préférence allait aux Montecristo, tandis que Fidel Castro
préférait les Cohiba, et Orson
Welles, qui se vantait de fumer 15
cigares par jour, les Montecristo et
les Por Larranaga.
L'amour de Winston Churchill
pour les cigares cubains est bien
connu, tandis que les icônes indis-
Alfred Hitchcock
Che Guevara
July Andrews
cutables du cigare toscan sont
Mario Soldati, Gianni Brera et Carlo Levi (qui définît le cigare
comme“l'aliment paradisiaque de
la matière grise de l'homme”). Mais
quelques-uns parmi les italiens en
préfèrent d'autres, comme Tinto
Brass qui a une passion pour les
Joya de Nicaragua.
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Paris
Un paradis de cristal
Bush, Coppola, Whoopy, Schwarzenegger parmi les clients de la Gallery de la rue Pierre Charron
photos par Mauro Guglielminotti
D
ans un petit village de la
Forêt Noire, en Allemagne, quelques
maîtres vitriers très sélectionnés
utilisent leur talent et leur expérience
pour créer les plus beaux cristaux du
monde. Ces cristaux sont en vente à
la Gallery Beretta de la rue Pierre
Charron, à Paris, où les clients les
observent avec l'attention et
l'admiration qui sont réservées
d'habitude aux oeuvres d'art. La
renommée des cristaux de la Gallery
parisienne a très vite dépassé les
frontières et les océans, si bien que
nombreux sont les personnages
célèbres, surtout américains, qui les
achètent pour décorer leurs maisons.
Parmi eux, des personnages
politiques comme l'ancien président
des Etats-Unis, George Bush, et le
général Schwarzkopf, et des
personnages du spectacle comme
Arnold Schwarzenegger, Whoopy
Goldberg et Francis Ford Coppola.
Mais quelles sont les particularités de
ces précieux objets en cristal ?
Naturellement, ils sont entièrement
travaillés à la main et chaque pièce
est soufflée par les maîtres vitriers en
utilisant les matériaux de plus grande
qualité. Enfin, le cristal est gravé avec
un sujet de chasse en utilisant une
technique qui remonte au temps de
la Rome ancienne, appelée
“chalcographie avec des brosses en
cuivre”, la plus rare et la plus difficile
parmi les techniques de gravure
connues, car elle demande au moins
huit ans d'apprentissage pour
apprendre à l'utiliser. Il suffit de
penser qu'un graveur, pour créer une
seule gravure, utilise jusqu'à 50 outils
différents et travaille plus de 24
heures. Les sujets gravés les plus
fréquents et les plus demandés sont le
renard, les canards, les cerfs et les
chevreuils, avec la série “Kenyan
african” qui inclut, entre autres, le
Les vitrines de la Gallery Beretta à Paris.
En haut et à droite, des verres et des bouteilles
en cristal décorés avec des gravures
représentant des scènes de chasse.
16
17
lion, le léopard, l'éléphant et le
buffle. Tous les sujets de chasse sont
disponibles sur une grande variété de
formes; par exemple, on peut choisir
entre 25 modèles de verres différents,
en plus des vases, des porte-glaçons,
des décanteurs et d'autres objets qui
peuvent être fabriqués en cristal. La
Gallery Beretta de Paris offre, d'autre
part, à ses clients la possibilité de
“personnaliser” ses cristaux, en faisant
graver sur des verres ou des vases la
date d'une fête ou même la
représentation d'une personne aimée
ou d'un chien ou une quelconque
autre image. Toujours avec une
grande élégance et une extraordinaire
netteté des détails. Noël se
rapprochant, les commandes sont très
nombreuses.
Dans les photos de
A table avec la princesse Pignatelli
par Ilaria Allegrozzi
A
l'occasion d'un déjeuner ou d'un dîner,
rien ne doit être laissé au hasard, à commencer par la préparation de la table”. Parole de
princesse. Marina Pignatelli, représentante
d'une des plus anciennes familles de la noblesse
romaine, est certainement quelqu'un qui connaît bien le savoir-vivre et le bon ton.
“La nappe a une grande importance et l'étiquette voudrait qu'elle soit en dentelle, brodée
– explique-t-elle. Cependant, pour apporter
une touche de gaieté et de modernité, on peut
utiliser des sous-nappes colorées, même écossaises. Les assiettes doivent être mises sur des
sous-assiettes, généralement en argent. Les verres doivent être placés légèrement à droite par
rapport au centre de l'assiette et il en faut au
moins deux : un pour l'eau et un pour le vin.
Pour ma part, je préfère en mettre quatre : pour
l'eau, pour le vin blanc, pour le vin rouge et
pour le champagne ”.
Et les couverts ?
“A droite de l'assiette, le couteau, la lame toujours tournée vers l'intérieur et, éventuelle-
ment, la cuillère, avec la partie concave appuyée
sur la nappe. Les fourchettes, par contre,
doivent être mises à gauche”.
Le souci de comment disposer les hôtes
peut être résolu en optant pour une table
circulaire …
“La table ronde est, en effet, plus simple car il
n'y a pas de place d'honneur. Elle est beaucoup
plus conviviale, en outre, parce qu'elle favorise
la conversation. Cependant, les tables rectangulaires sont plus appropriées pour un déjeuner
ou pour un dîner assis. La
place d'honneur est réservée,
dans ce cas, à la maîtresse de
maison qui met à sa droite la
personne la plus importante
et, à sa gauche, l'hôte qui vient
juste après en ordre d'importance. Il existe aussi une autre
possibilité : attribuer l'autre
place d'honneur à l'hôte le
plus significatif, en l'invitant
ainsi à aider la maîtresse de
maison à faire les honneurs de la maison. Les
places, en tout cas, doivent être attribuées
avant. Pour faciliter l'opération, on peut se
servir de délicats marques-places en argent ou
assortis aux sous-assiettes. Une règle essentielle
à suivre est l'alternance homme-femme”.
Si l'un des invités est étranger, comment se
comporte-t-on ?
“L'étranger vient avant tous les autres, quelle
que soit leur position ou leur richesse. En
somme, c'est l'invité d'honneur”.
Est-ce que respecter les règles du savoirvivre ne comporte pas parfois une certaine
rigidité, en compromettant l'atmosphère?
“Je crois que oui, c'est pourquoi j'essaye de
créer une ambiance qui soit le plus possible
familiale. S'il ne s'agit pas d'un dîner ou d'un
déjeuner importants, je préfère dresser
plusieurs petites tables, organiser un buffet
debout. J'aime bien mélanger les invités et favoriser leur conversation”.
Le secret, en définitive, n'est pas seulement
dans la préparation de la table, mais aussi
dans le choix des hôtes. Hasarder dans les
combinaisons et mélanger les invités. Pour
éviter des déjeuners ou des dîners ennuyeux, où on affronte un seul sujet. Egayer l'ambiance signifie aussi utiliser des décorations…
“On peut utiliser des compositions florales
ou de fruits, en les associant à des branches
sèches ou à des épis dorés. Je crois cependant
que la décoration principale est la lumière.
Et il faut savoir l'utiliser, jouer avec. Il ne
suffit pas d'éclairer, il faut créer une certaine
atmosphère avec des petits spots, des bougies, des petites lampes, disposés de façon
intelligente”.
ces deux pages,
d’autres objets en
cristal exposés
dans la Gallery
parisienne,
véritables oeuvres
d’art réalisées par
d’extraordinaires
maîtres graveurs.
Les parcs de Paris
Une promenade dans la ville verte
Lieu d’évasion et de relaxation pour les Parisiens et pour le visiteur étranger. Les pistes du Bois
de Boulogne. Cyclistes, cavaliers et un zoo à Vincennes, une ex-réserve de chasse
Du Bois de Boulogne au Jardin des Plantes, les cent parcs de la capitale
Thierry Cros
par “Radio Montecarlo”
P
aris, métropole au rythme
effréné, avec ses 2199 hectares
d’espaces verts, soit environ 20% de
sa surface totale, est aussi la capitale la
plus verte d’Europe. La variété des
quatre cents parcs et jardins de la
capitale française est impressionnante.
Impossible de les énumérer tous et,
encore plus, d’établir une hiérarchie
sous forme de conseils. Mieux vaut
laisser libre cours à son imagination et
à sa curiosité, se laisser aller à une
promenade reposante mais aussi riche
en occasions, où la découverte de
lieux magiques, souvent secrets et
toujours surprenants, se marie à la
rencontre constante de personnages
aussi cosmopolites que passionnés.
Du plus petit parc de quartier aux
immenses étendues des deux parcs en
banlieue, la musique est toujours
délicieusement la même. Lieu
d’évasion et de détente pour les
parisiens, il se transforme comme par
enchantement en un chemin
d’initiation pour l’hôte de passage
plus ou moins attentif.
Issu de souvenirs de ma vie d’étudiant
ou de points de référence de mes
innombrables escapades parisiennes,
mon parcours sera obligatoirement
restreint et subjectif. Mais je suis
certain qu’il suscitera très fort l’envie
du citadin de redécouvrir des
merveilles souvent oubliées, bien que
situées à deux pas de sa vie
quotidienne, autant que celle du
touriste curieux et attentif, qui
découvrira ainsi un autre visage
certainement alternatif mais
passionnant de Paris.
Le Bois de Boulogne
Ancienne réserve de chasse des rois de
France, à la fois si proche de la ville et
si éloigné du chaos citadin, il est
devenu le grand lieu de détente de
l’ouest parisien. Transformé par le
baron Haussmann, sur disposition de
Napoléon III, en un parc dit “à
l’anglaise”, c’est un véritable paradis
pour les promenades avec ses allées
agréables. C’est aussi un lieu idéal
pour pratiquer du sport avec ses 28
kilomètres de pistes pour l’équitation
et ses 15 kilomètres d’itinéraires de
cyclotourisme. Comment ne pas
évoquer la promenade en bateau sur
les eaux calmes et reposantes du lac
inférieur, l'illusion d’un retour
momentané au XVIIIe siècle, celui du
Paris des artistes et des écrivains ?
Profitant d’une réunion à
l’hippodrome de Longchamp,
impossible de ne pas se consacrer à la
découverte du Parc de Bagatelle.
Résultat d’un pari entre Marie
Antoinette et le compte d’Artois,
cette bagatelle surgit miraculeusement
de terre en soixante-quatre jours. Lieu
privilégié pour des expositions et des
concerts, célèbre pour sa très belle
roseraie, ce sera l’occasion pour un
déjeuner élégant et exclusif aux tables
du Jardin de Bagatelle.
Le Bois de Vincennes
Il était réservé aux chasses royales
depuis le XIe siècle. Le premier
embryon de château vit le jour sous
Louis VII qui fit construire un
pavillon de chasse. Philippe Auguste
(1180-1223) clôtura le bois,
introduisit du gibier et édifia un
château, qui fut agrandi par Saint
Louis. Avec le Bois de Boulogne, c’est
une destination incontournable de la
capitale pour les familles, qui y
Sur la page voisine, une vue du Bois de
Boulogne, ex-réserve de chasse des rois de
France, transformée en paradis du sport et de
relaxation. A côté, un groupe de Parisiens se
consacre au footing dans le Bois de Vincennes
: là se trouvent des bois, des étangs, des îles, un
zoo avec 5 500 animaux, un château et un
ancien temple bouddhiste.
21
Encore une vue suggestive du Bois de Boulogne, dans la banlieue
Ouest de Paris. Le jardin renferme 28 kilomètres de pistes
d’équitation et 15 kilomètres d’itinéraires cyclo-touristiques.
Les photos des parcs publiées dans ce reportage
ont été fournies par Maison de la France
(Copyright : Mairie de Paris Dany Gander-Gosse).
trouvent des activités pour les enfants
au Parc Floral de Paris, des zones de
jeu disséminées dans le parc, mais
aussi pour les cyclistes, qui ont a
disposition des parcours de plus en
plus étendus, pour les amateurs
d’équitation, pour ceux qui font du
jogging et qui cherchent de l’air pur.
Vous découvrirez le jardin zoologique
duquel vous pourrez admirer la vue
panoramique sur le bois, au sommet
du célèbre rocher, mais où vous
pourrez surtout admirer 5500
animaux. Ceux qui aiment les
promenades romantiques pourront
22
sillonner les eaux calmes du lac
Daumesnil avec ses deux petites îles
(Bercy et Reully). A proximité du lac
Daumesnil s’élève le temple
bouddhiste, qui a été construit a
l’occasion de l’exposition coloniale de
1931. Avenue de la Belle-Gabrielle,
l’ancien jardin d’Agronomie Tropicale
dévoile les trésors de l’exposition
coloniale de 1907. Enfin, la réserve
ornithologique, proche du rond-point
Dauphine, vous fera connaître le
roitelet, la linotte et le héron cendré.
Les Jardins du Luxembourg
Ce magnifique jardin à la française est
un musée de sculptures en plein air,
des merveilles à découvrir calmement.
Lieu de détente idéal pour des
générations de familles parisiennes, le
jardin est plein de vie. Les plus grands
se souviendront encore des régates de
modèles réduits de voiliers dans le
bassin central, les promenades sur les
poneys et les gigantesques balançoires.
Le charme est resté intact. Vous y
rencontrerez des promeneurs
romantiques qui se réfugient souvent
sur les bords de la fontaine Médicis,
des étudiants assis avec leurs livres sur
les petites chaises en fer forgé, des
gens communs, des familles ou des
mélomanes qui profitent des concerts
gratuits qui sont organisés chaque
année à la belle saison. Le touriste
attentif contemplera longuement une
sculpture de Rodin, tandis que le plus
pressé ne pourra pas résister à la
tentation de faire une halte à l’ombre
des marronniers d’Inde. Une partie
d’échecs improvisée entre la rue
Guynemer et la rue Vaugirard pourra
être l’occasion de rencontres
cosmopolites. Sans oublier, avant de
quitter les jardins, de passer à
l’Orangerie pour acheter le miel du
rucher école.
Le Jardin des Tuileries
Le plus ancien et le plus vaste jardin
de Paris. Ce chef-d’oeuvre des jardins
classiques, dessiné par Le Nôtre,
abrite des ormes et certains arbres en
place depuis le second empire. Si vous
entrez par la place de la Concorde,
vous découvrirez un groupe de statues
qui représentent des personnages de
l‘antiquité, datées 1716. Durant la
belle saison, la sauge rouge donne un
aspect idyllique au grand Bassin
Octogonal. La Terrasse du Bord de
l’Eau vous dévoilera les formes
élégantes de l’Orangerie, qui a été
conçue à l’origine pour accueillir les
Nymphéas de Claude Monet. Les
plus jeunes pourront redécouvrir les
jeux de leurs ancêtres en faisant courir
les petits bateaux à voile sur le Bassin
Rond, tandis que les plus attentifs
profiteront de cette occasion pour
visiter une exposition d’art
contemporain dans la Galerie du Jeu
de Paume.
Le Parc Monceau
Je vous parle de ce parc avec une
certaine émotion car c’est là, dans les
années 50, que mes parents, étudiants
à l’Ecole d’Optique, se sont connus.
Marcel Proust aimait s’y promener.
Les grandes grilles en fer forgé avec
leurs frises dorées réalisées par
Davioud ouvrent les portes d’un des
plus beaux jardins de Paris. Les
mamans avec leurs enfants viennent
ici à la recherche de tranquillité. Les
amateurs d’art admireront la statue de
Chopin (Murice – 1906), celle de
Musset (Mercier – 1906) ou encore
celle de Guy de Maupassant (Verlet –
1897).
Jardins des Plantes
De l’entrée de place Valhubert, une
perspective de 500 mètres vous
conduira aux serres et à la Grande
Galerie de l’Evolution. A la fin de
l’été, les buissons de dahlias vous
surprendront. La Ménagerie, un des
plus vieux jardins zoologiques du
monde. En sortant du jardin, les
visiteurs à la recherche d’émotions
romantiques succomberont au
charme du Labyrinthe. Les plus
attentifs visiteront la Bibliothèque du
Muséum, spécialisée en sciences
naturelles. Créée à l’époque de la
Révolution, elle renferme 7000
parchemins très fins, 3000 manuscrits
et 800 000 volumes imprimés.
Naturellement, j’aurais voulu vous
parler du Parc Montsouris, du
Cimetière du Père Lachaise, des
Buttes-Chaumont, mais aussi du
square Récamier, des Jardins du
Musée Rodin. Mais finalement
l’important c’est de les visiter
personnellement. L’important c’est
que les parisiens se donnent le temps
de s’évader sans devoir affronter les
embouteillages. Que le visiteur
éphémère sache être curieux et qu’il
sorte des sentiers battus, ceux des
itinéraires touristiques. Absolument,
sans aucune hésitation.
23
L’histoire
Cette chasse en vélo...
Coppi et Bartali, fiers rivaux sur les deux roues, devinrent des amis en poursuivant des canards et des lièvres
Franco Recanatesi, directeur de “Excellence”, né à Rome en 1941, avant d’arriver à “Panorama” et au groupe Espresso pour lequel il a dirigé le journal “Il lavoro” de Gênes et “Il Venerdì”, en plus
d'occuper les fonctions de rédacteur en chef
et d'envoyé du journal “La Repubblica” - a
débuté au “Corriere dello Sport” et justement dans le secteur du cyclisme. Parmi ses
livres sportifs, “La Roma del Mago”
(1968), “Storia del Giro d’Italia” (1970),
“Il mondo è un pallone, il racconto dei
mondiali di calcio” (1978).
par Franco Recanatesi
D
eux parmi les plus grands
champions de tous les temps, Coppi
et Bartali, découvrirent en allant
justement à la chasse aux perdrix et
aux bécasses des affinités imprévisibles
: la détente spirituelle et le contact
avec la nature, l’envie de confidences
spontanées et de silences affectueux, le
plaisir de flairer les odeurs des proies
et des arbustes portées par le vent,
l’avantage de marcher et marcher à
l’aube pour enfourcher ensuite son
vélo avec les jambes déjà réchauffées.
Fausto Coppi, classe 1919, et Gino
Bartali, classe 1914 : un morceau de
l’histoire d’Italie qui n’est pas que
sportif. Tellement semblables dans leur
poursuite des victoires en vélo,
tellement différents dans leur façon
LA RÉVÉLATION
C'est Gino qui reçoit l'eau
Cette photo historique remonte au Tour de
France de 1952. Est-ce Bartali qui tend la
gourde à Coppi ou vice-versa ? Ettore Milano,
coéquipier et ami de Fausto, résout l'énigme
52 ans plus tard : ”Un couple de restaurateurs
belges, sur le parcours de l'étape, offrit une
bouteille d'eau d'Evian – ce n'était donc pas
une gourde - à Coppi. Coppi en but une
gorgée et la passa à Bartali. Regardez bien, c'est
Gino qui regarde la bouteille et c'est donc lui
qui la reçoit. Ils étaient tous les deux capitaines,
mais c'est Coppi qui a remporté ce Tour ”.
d’escalader les montagnes de la vie et
de “penser” la vie. Coppi, piémontais,
taciturne et introverti, coeur inquiet et
prêt a dérailler des règles d’une
époque bien pensante et bigote,
jusqu’a crier à la face du monde son
amour pour une autre femme que la
sienne; Bartali, toscan dans l'âme,
culotté, caustique et irrévérent, mais
un homme d’église et de famille
comme il convenait à l’époque.
Laïque et avec des idées de gauche le
premier, démocrate-chrétien et
catholique pratiquant le second. Ils
ont divisé l’Italie dans les années
Quarante et Cinquante - une Italie
déchirée par une guerre inutile et
excitée par une reconstruction tant
attendue - mais ils l’ont aussi aidée.
25
Raphael Geminiani, à gauche, un
Côte à côte dans la réserve du Mugello, sur les collines
du Lodigiano, sur les montagnes des Apennins avec
Break, l’inséparable setter de Fausto.
des coureurs cyclistes qui
participa à la battue de chasse en
Haute-Volta. Il attrapa lui aussi la
malaria, mais guérît avec des
fortes doses de quinine.
A droite, Ettore Milano, le
coéquipier et ami très fidèle
de Fausto Coppi.
Beaucoup considèrent que, en juillet
1948, ce fut l’exploit de Bartali sur les
Pyrénées (une extraordinaire étape du
Tour de France de Cannes à Briançon,
qui lui permit de récupérer vingt
minutes à Louison Bobet en lui
arrachant le maillot jaune) qui a éteint
la mèche de la guerre civile qui avait
été allumée par l’attentat au chef du
Parti Communiste, Palmiro Togliatti.
Ennemis pas la force des choses en
vélo, parce qu’ils étaient tous les deux
meilleurs que les autres, que tous les
autres, qu’ils fussent italiens ou
étrangers. Une rivalité légendaire, qui
s’est diffusée en Europe et dans le
monde. Pas seulement, probablement,
pour leur stature athlétique, mais aussi
pour leur éthique morale. Icône de la
loyauté et de la correction, le célèbre
épisode controversé du passage de la
gourde entre les deux champions,
dans une étape du Tour de France,
dont nous parlerons plus loin.
I
l ne manque pas d’autres épisodes
qui témoignent de l’amitié et de
l’estime entre Bartali et Coppi : leurs
rencontres fréquentes chez leur
masseur et ami commun Giovannino
Chiesa; leur participation (avec
Magni, Koblet, Bobet et d’autres
grands cyclistes de l’époque) au film
“Totò al Giro d’Italia” dans lequel ils
récitent tous les deux une petite scène
comique avec l’inoubliable comique
napolitain; le défi à coups de
chansonnettes dans la célèbre émission
de Mario Riva “Il Musichiere” dans
laquelle ils chantèrent en choeur “Nel
blu dipinto di blu”; mais surtout, les
battues de chasse que Fausto et Gino,
fusil à l’épaule, organisaient pour
s’oxygéner mais surtout pour mieux se
connaître.
Les voici dans la réserve du Mugello,
côte à côte, avec pour complice
Artemio Franchi, président de la
Fédération Italienne de Football et lui
aussi chasseur expérimenté. Les voici
sur les montagnes des Apennins, seuls,
avec pour seul témoin Break, le fidèle
setter anglais de Coppi. Les voici sur
les collines du Lodigiano, depuis peu
et pour la première fois ensemble dans
la même équipe, la San Pellegrino,
Gino en tant que jeune directeur
sportif, Fausto en tant qu’athlète
désormais à l’automne d’une carrière
incomparable.
Pendant quelques mois seulement
sous le même drapeau, avant que
Coppi, à quarante et un ans, attrape la
malaria durant une battue de chasse
en Haute-Volta en compagnie de
Geminiani, Anquetil, Rivière et
d’autres cyclistes, avec lesquels il avait
disputé une petite course (de 60
kilomètres, à Ouagadougou, à
l’occasion de l’anniversaire de
l’indépendance de la jeune nation
africaine). A son retour en Italie, en
décembre 1959, Fausto déclara, à
propos de ce safari africain, “J’ai vécu
la plus belle aventure de ma vie”. Mais
à la mi-décembre, au téléphone avec
Geminiani, ils se confièrent
mutuellement des étranges malaises.
Deux jours plus tard, le dimanche 20
décembre, Coppi se rendit au stade
d’Alessandria pour assister au match
de football entre l’équipe piémontaise
et le Genoa, puis revint chez lui, siffla
Break, prit son fusil et se dirigea vers
la réserve d’Incisa Scapaccino “pour
quatre coups de fusil délassants”. Il
n’était pas de son humeur habituelle,
il vagua tout seul pendant deux heures
en tirant très peu. Le 27 décembre, il
commença à accuser une fièvre
persistante de 38-38,5 degrés. Le 2
janvier, à 8h45 du matin, la vie lui
échappa comme aucun adversaire
n’avait réussi à le faire, dans un lit de
l’hôpital de Tortona.
inquante mille personnes
participèrent à ses funérailles,
l’Italie blanche et rouge, l’Italie
puritaine et progressiste, l’Italie au
masculin et au féminin, jeune et âgée.
Au premier rang, pétrifié, Gino
Bartali, l’ennemi qu’il aimait tant. “Le
héron - écrivit Orio Vergani sur le
Corriere della Sera - a replié ses ailes”.
On dit que la passion pour la chasse
avait aidé Coppi dans les moments
C
Gino Bartali et Fausto Coppi descendent de la barque après avoir chassé le canard dans les environs
de Padoue. Coppi allait presque tous les jours à la chasse dans la période de préparation, c’est-àdire entre le mois de novembre et le mois de janvier.
Fausto Coppi montre fièrement son gibier
après une battue de chasse dans la région
de Tortona, sur ses collines. A ses pieds,
l’inséparable Break, le setter compagnon
Après une heure de marche, Gino avait tiré tout au plus deux coups, naturellement à
vide. Fausto une trentaine, et sa gibecière était presque pleine de lièvres et de faisans.
de tant de battues.
Dans la page ci-contre, Bartali et Coppi
durant une battue de chasse au Mugello.
Entre eux, Artemio Franchi,
à l’époque président de la Fédération
Italienne de Football.
difficiles de sa vie, qui furent d’ailleurs
assez nombreux : la mort de son père
quand il était enfant, celle de son frère
Serse à la suite d’une chute de vélo en
1951 (durant un Tour du Piémont
remporté par Bartali), son rapport
tourmenté avec la “Dame Blanche”
pour laquelle il avait divorcé, les
contrastes conséquents avec ses
enfants; mais on observa aussi que la
chasse l’avait condamné. “C’est faux dit Ettore Milano, son coéquipier le
plus fidèle dans la course et dans la
vie, aujourd’hui âgé de soixante-dixhuit ans et retraité à Novi Ligure Fausto est mort parce qu'une rechute
de malaria pardonne rarement, et il
avait déjà attrapé la malaria quinze ans
plus tôt durant sa captivité en
Tunisie”.
L
a chasse était sa joie, son élixir,
une raison de vie, rappelle Dante
Coppi, cousin du grand champion et
aujourd’hui, âgé de soixante-huit ans,
28
De retour de
captivité, il chercha
son fusil, le huila et me
dit : est-ce que demain
tu veux porter mon
gibier?
vice-maire de Castellania, le village
collinaire de la région de Tortona où
toute la famille a vu le jour. Dante
avait 10 ans lorsque Fausto revint de
la guerre, après avoir été fait
prisonnier en Tunisie.” La première
chose qu’il fit en entrant à la maison,
après avoir embrassé sa mère Angelina
et son frère Serse, fut d’ouvrir
l’armoire où était conservé son fusil
“Franchi”. Il le nettoya, le huila et me
dit : tu veux venir demain avec moi
pour porter mon gibier ?”.
Au dire de tous, Coppi était un bon
chasseur, il tirait très bien : un
champion aussi dans la chasse. “Froid,
précis : peu de gens savaient abattre
comme lui en plein vol des perdrix,
des faisans et des bécasses : il
manquait rarement un coup”.
Bartali essayait d’imiter ses techniques
et d’espionner ses mouvements, mais
avec des résultats modestes. D’après
Emanuele Sirotti, le photoreporter
préféré de Coppi, Bartali ne pouvait
pas être à la hauteur de Fausto parce
qu’il ne possédait pas la même passion
ni les mêmes motivations : “Fausto
connut dès son enfance le virus de la
chasse comme tous les piémontais de
l’époque. Il faut naître paysan, avoir
du respect pour la terre et pour la
nature, s’enivrer avec la rosée de l’aube
pour aimer la chasse comme l’aimait
Coppi”, observe son cousin Piero.
Et pourtant Bartali grognait et jurait
lorsque Coppi revenait à la maison les
gibecières pleines alors qu’il ne
ramenait que des maigres butins. “Je
fais toujours la figure du coéquipier”,
ricanait-il en serrant les dents. Coppi
se moquait joyeusement de lui :
“Gino, tâche au moins de gagner une
étape...”.
La première fois que les deux
champions se retrouvèrent face à face
fut lors d’une rude journée d’hiver au
Mugello, dans le domaine du comte
La Scrofa qui avait travaillé et intrigué
pendant plus d’un mois pour les avoir.
Terrain mixte, bois et champs,
beaucoup de gibier. Ce jour-là était
également présent avec son fusil à
deux canons Alfredo Martini, ancien
coureur cycliste et ancien responsable
de l’Equipe Nationale :”Nous sommes
partis à 7 heures du matin, Coppi
était très excité, Bartali curieux et
amusé. Après une heure de marche,
Gino avait tiré tout au plus deux
coups, naturellement à vide, Fausto
une trentaine et sa gibecière était
presque pleine de lièvres et de faisans”.
Comment ça va ? demanda Fausto à
Gino. “Ça va mieux sur le Stelvio”,
répondit le toscan en riant.
Quand il était à la chasse ou quand on
parlait de chasse, Fausto reprenait de
l'enthousiasme et des couleurs : l'œil
vif, la repartie facile. A son cousin
Piero qui, atteint lui aussi par le virus
du vélo, lui avait raconté durant une
battue une victoire dans une course
d'amateurs en Ligurie, il répondit :
“Que s’est-il passé, ils sont tous
tombés ?”.
Pour Fausto, toutes les occasions
étaient bonnes pour épauler son fusil.
Il connaissait de long en large les
collines devant Castellania, 380
mètres d’altitude, des bois touffus et
généreux. Presque tous les jours,
quand il était chez lui, il enfilait ses
bottes et allait tirer pendant au mois
deux heures, en profitant du fait qu’à
cette époque il n’y avait pas de saisons
de chasse. Ses compagnons d’aventure
étaient son frère Serse, ses amis et
coéquipiers Ettore Milano et Andrea
Carrea, quiconque partageait plus sa
passion et son enthousiasme que son
talent. Nombreuses furent aussi les
battues dans la région de Tortona.
Coppi se rappelait avec un certain
plaisir d’une battue en compagnie de
Gianpiero Boniperti, le capitaine
historique et ensuite dirigeant de la
Juventus et bon tireur.
Quand il y avait trop de gens, quand
la chasse devenait un événement
médiatique ou mondain, Bartali, par
contre, se défilait. Contrairement à
Coppi, sa passion pour la chasse ne
réussissait pas à plier le malaise d’une
vie privée violée. La mort de son
ennemi-ami plongea Gino Bartali
dans une longue et profonde
dépression. Deux ans après la
disparition de Fausto, un ami l’invita
à une battue de chasse dans la
Maremme. Gino refusa. Il n’aurait
plus épaulé un fusil. “Ces moments-là
- dit-il - je les conserve comme le
souvenir le plus cher de Fausto. Je ne
l’ai jamais vu aussi heureux ”.
Tout pour la chasse
Et Beretta prépare votre valise
Un sac avec le fusil et les bons vêtements, jumelles, couteaux et autre. Pour homme et femme
M
ais la chasse est-elle aussi
femme ? Bien entendu. Diane n’estelle pas l’un des symboles les plus
populaires de la chasse ? Regardez la
photo de la page de droite : féminité
et élégance caractérisent également ces
vêtements " country ", qui font partie
de la ligne Beretta : veste et pantalon
couleur sous-bois et surtout, bottes
de cuir confortables et fonctionnelles
avec fermeture à lacets extérieure.
Mais Beretta propose une vaste
gamme de vêtements et d’accessoires
qui ne peuvent manquer dans la valise
d’un chasseur se préparant à une
battue. En vente, naturellement, dans
la Gallery Beretta.
Jumelles série " Signature ", entièrement
étanche, agrandissement 12x50 ou 10x50.
En bas, un set de couteaux en silver plate avec
manche en corne de cerf.
Trois-quarts en velours côtelé et goretex,
tissu exclusif huntex, imperméable,
transpirant, coupe-vent, anti-déchirure,
silencieux. Sur le côté, sac en cuir
contenant le fusil de chasse démonté plus
l’ensemble de chasse. Double fond pour
contenir les bottes.
30
Anatomie d'un coup de fusil
Le rapport difficile avec les animaux : chassé le plus possible sans foire de quantité par Andrea Aromatico
Q
u'est-ce qui pousse,
aujourd'hui, un homme – à
l'époque des bytes, des
nanosecondes, des supermarchés- à
se réveiller avant l'aube, par des
froides matinées d'hiver, pour aller
… à la chasse ? Quelle est cette
force mystérieuse, primordiale, qui
est encore à même de faire prise
dans des coeurs du XXIe Siècle en
les déracinant de leur époque ?
D'où naît – en définitive – ce
besoin de régression (…ou d'ascèse
?) qui fait parcourir à nouveau
l'échelle de l'évolution à rebours,
qui annule le progrès, qui saisit ton
âme dans son poing et la jette
dehors, dans la furie des éléments,
pour la mettre face à face à cette
dimension que nous appelons avec
un terme universel wilderness ?
…Une dimension où tout est plus
animal et moins humain. …Où
tout est naturel sans aucune place
32
" Je suis né dans une famille où tout avait le parfum de la chasse : une atmosphère
ennivrante. Parmi toutes les chasses, ma préférée fut, presque tout de suite,
celle avec les chiens d’arrêt "
par Andrea Aromatico
pour l'artifice. …Où on peut se
retrouver soi-même après s'être
perdu dans des rêves, des aventures
et des dimensions mystérieuses de
silence, où l'esprit s'apaise et l'âme
jouit. Je pourrais répondre à tout
cela de façon conventionnelle,
scientifique, en me mettant à citer
tel ou tel philosophe, tel ou tel
écrivain, tel ou tel psychologue, qui
s'intéressèrent à l'activité de la
chasse dans le sens le plus élevé du
terme. Il en sortirait un texte
certainement cultivé, peut-être
même intelligent, mais – attendez –
ça ne m'intéresse vraiment pas
d'afficher ici de la finesse et de la
culture; je veux seulement être
honnête. Voilà pourquoi, sans
périphrases, je vais raconter tout de
suite ce qui a fait, et ce qui continue
de faire de moi un chasseur, en
offrant donc ma vie comme un
miroir dans lequel nombreux seront
ceux qui pourront certainement s'y
reconnaître ou qui pourront saisir
l'universel à partir d'un détail …
Il y a plus de trente ans, vraiment
une autre ère. Je nais dans une
famille de chasseurs dans laquelle
tout a l'odeur de la chasse; je
respirerai cette atmosphère jusqu'à
m'en enivrer totalement. Dès le
début, la dichotomie est féroce; à la
maison seulement des suggestions,
des références, des allusions et des
récits : le rêve. Là-bas, dehors, à la
campagne, la vraie chasse, les
plantes et les animaux : une réalité
que je ne pouvais pas encore
atteindre à cause de mon âge. Mon
Dieu, quelle souffrance, quelle
douleur sourde et profonde en
entendant mon père sortir en pleine
nuit pour partir au loin, dans des
beaux endroits, différents, à la
chasse; alors que l'enfance me
gardait prisonnier en ville entre
quatre murs ! Seigneur, quelle joie,
lorsque finalement, un soir, il
m'annonça que, si je voulais, le
lendemain il m'aurait amené avec
lui “à la passe”. On était au mois
d'octobre et j'avais cinq ans…
Je revis encore cette première nuit
blanche de veille, d'incertitude et
d'émotion (combien y en aurait-il
eu par la suite ?)… “Et s'il change
d'avis, s'il ne m'appelle pas ? Non,
non; papa est gentil : il va
m'appeler ! …Toutefois…”.
Finalement, le voici à la porte de
ma chambre en train de me
chuchoter de me dépêcher, de ne
pas faire de bruit et de ne pas
réveiller maman (figurez-vous si elle
n'était pas réveillée !). Un instant et
nous sommes prêts; nous voici
partis dans l'obscurité, en voiture
vers je ne sais où, mais déjà alors
loin de tout ce qui pouvait ne fut-ce
que ressembler vaguement à
Dans la photo de ce reportage, plusieurs
images de l’auteur de cet article,
chasseur célèbre ; et d’autres,
prises par lui-même.
quelque chose de domestique,
d'habituel. Et puis il y a eu le
premier coup de fusil; le véritable
big bang d'où naquit mon univers
intérieur différent. Et, au fur et à
mesure, tout le reste : les chiens et
le permis de chasse; une passion en
croissance exponentielle qui
m'aurait amené à poursuivre Diane
jusqu'à “la contempler nue” dans
son essence sauvage; jusqu'à ce
qu'elle me “détruisit”moi aussi,
comme Athenon. Seul le chasseur
survécut à la rencontre avec la
déesse; le reste fut dépecé,
déchiqueté, mis en subordination
par un amour absolu, capable
d'ordonner sur ses codes toute une
existence : la mienne. …Mais c'est
toujours comme ça de l'autre côté :
quand tu as vu ce qui est Vrai,
comment peux-tu te contenter de la
fausseté et du mensonge ? Quand
tu as goûté ce qui est Bon,
comment peux-tu continuer à te
nourrir de mauvais aliments
frelatés ? Quand tu as expérimenté
l'Excellence, comment la
médiocrité peut-elle te suffire ? A
partir de ce moment-là, je fus
littéralement scindé dans une
polarité dimensionnelle qui
n'aurait eu que deux axes cartésiens
: proche et lointain. L’un, comme
l'archétype de ce qui est “humain”
et familial; nécessaire pour vivre et
faire vivre; l'espace prosaïque de la
quotidienneté et du travail, des
études et de la vie sociale… L’autre,
comme le véritable vecteur pour
une vie que je voulus poétique et
légendaire, aventureuse et
mythique; celle en éternelle
33
découverte, typique du chasseur ! Et il
y a eu des saisons où j'ai été Machiavel
à l'envers. Le soir, avec les habits
solennels et civilisés, dans les sociétés
humaines et reçu dans les anciennes
cours; à l'aube, avec sur moi les
vêtements nobles : ceux qui étaient
“sales de vase et de boue”, de sang figé
et qui sentaient le chien, la fatigue et
le Vent du Nord. Le masque social et
le “bonheur parfait”; l'inertie inquiète
et le dynamisme philosophique; celui
qui est fait d'instants où, entre les
pluies et les tempêtes, les cieux chargés
de bourrasques et les matins blêmes
de brouillards, je perçais le voile du
temps et de l'espace pour ne faire
qu'un avec les oiseaux migrateurs, les
rochers, les arbres et l'Esprit Universel.
Et je lisais directement dans le Grand
Livre de la Vie et de la Mort. D'abord
" …puis vinrent le
premier coup de
fusil, véritable big
bang d’où naquit
mon univers
intérieur, si
différent ; puis tout
le reste : les chiens,
le permis… "
les lieux familiers furent suffisants,
puis sont venus “de nouveaux cieux et
des nouvelles terres”. Avec les sens
enchantés, d’ailleurs en ailleurs, pour
soigner mon âme (et mon corps) en
partageant le rêve le plus secret du
Cosmos, en vivant selon les lois
sacrées de la Nature. Toujours loin, de
plus en plus loin; avec entre les mains
le froid de l'acier, le regard dardant (et
plein de merveilles), l’ouie vigilante et
très sensible, en respirant des airs
parfumés d’odeurs différentes et toutes
vraies; …dans la bouche, le goût
sauvage de l'aventure. Les Balkans et
les Pays de l'Est, les Tropiques et
l'Extrême Nord, l'Afrique et les
Amériques, les Caraïbes et les marais
glacés de neige au coeur de la Vieille
Europe; dans une chasse continue,
surtout d'émotions. D'animaux aussi,
bien sûr. …Eh oui, les animaux !
Depuis toujours aimés et désirés,
jamais conçus comme des simples
cibles mais comme des êtres avec
lesquels se mettre en relation de façon
peut-être dialectique, mais cependant
toujours vraie et équilibrée. Les
chasser le plus possible en en prenant
le moins possible. En me laissant
guider par eux vers des régions
inconnues de l'âme, qui auraient été
autrement tout à fait intactes. C'est
pour cela que, parmi toutes les
chasses, celle que j'ai préférée, presque
depuis le début, fut celle avec les
chiens couchants : une façon de
chasser particulière qui est surtout
caractérisée par des dimensions
animales (le chien et le gibier), dans
lesquelles l’homme-chasseur devient à
peine plus qu'un spectateur. Au milieu
de l'action, dans un défi entre deux
essences absolument sauvages. Une
chasse de découverte et porteuse de
grandes émotions, dans laquelle le rôle
du fusil est relégué à quelques rares
instants de pathos extrême où le
gibier, le chien et le chasseur se
confrontent dans un rituel ancestral
qui, à la fin seulement – après l'avoir
consommé jusqu'au bout – permet de
comprendre; jamais avant…! Le lien
d'amitié avec un autre être vivant; le
lien conflictuel avec un autre être qui
s'éteint entre tes mains et qui sera ta
nourriture; l’honneur d'avoir participé
à cette subtile magie; un mélange de
mélancolie et de joie pure, qui
représente la quintessence de la chassecomme-style-de-vie. …Même si les
sots et les tristes ne le savent pas !
C'est pourquoi, en glosant sur tout ça,
j'affirme que maintenant précisément
– à l'ère de la hâte furieuse et de
l'exaspération technologique- le fait de
continuer à aller à la chasse, de sortir
et de s'éloigner des paramètres de ce
qui est connu et socialement codé,
représente un acte de noblesse (dans le
sens le plus élevé du terme) même si
inconscient et abstraction faite du
type d'activité de chasse préférée et de
la manière de l'affronter. Et cela parce
que, pour moi, indépendamment de
ses biens et de sa position sociale,
chaque chasseur est
fondamentalement un “seigneur de
campagne” dès qu'il ne porte plus les
vêtements “profanes” de son travail, de
sa vie quotidienne. Chaque chasseur
se révèle comme un individu encore
capable d'exercer un choix conscient,
avec sa tête, en s'accordant savamment
ce qui fut défini autrefois comme “le
plaisir du roi et le roi des plaisirs”.
Chaque chasseur incarne, par
conséquent, une sorte de philosophe
qui est encore capable de lire des mots
qui ont été écrits avec le feu et le sang
sur des pages de vent; toujours tendu
dans la volonté d'arracher à l’univers
une portion de Vérité. Chaque
chasseur – aujourd'hui plus que
jamais - se concrétise donc comme un
individu qui sait comment s'élever de
toute massification pour s'exalter luimême avec un style bien précis (qu'il
témoigne avec tout son être), vers une
vie belle, pleine, au souffle chaud et
puissant; une vie faite d'aubes, de
soleils couchants et de haies, qui
toutes se déploient au-delà de l'infini.
Une vie …d'excellence, en définitive !
D’Excellence, précisément.
La nouveauté
UGB 25, un fusil pour ami
Innovation, précision et grande commodité dans la dernière merveille de Beretta née pour le sport
P
our vous aider à ne pas vous
tromper, à épauler correctement votre
arme, à économiser du temps et des
mouvements, à ne pas subir de reculs,
les ateliers de Beretta ont produit leur
dernier joyau, un fusil qui, comme un
véritable ami, vous rend tout plus facile.
36
Il s’appelle UGB 25 Xcel, c’est un semiautomatique calibre 12, un fusil pour le
sport dont la configuration a été conçue
tout exprès pour le tir, mais que vous
pouvez utiliser aussi pour la chasse. Il
faut dire, avant tout, que l’UGB 25 se
caractérise par un système innovant de
fermeture à canon basculant qui facilite
son utilisation en conditions de sécurité
totale pendant la compétition et permet
au tireur de se déplacer d’un poste de tir
à l’autre sans devoir extraire la
cartouche, mais en faisant simplement
basculer le canon.
Autres importantes caractéristiques du
nouveau fusil
Court recul du canon - Dispositif qui
conserve une bonne propreté des parties
internes, même après un usage prolongé,
annulant presque la levée de l’arme au
moment du tir.
Richesse de l’équipement - L’UGB 25
est fourni dans une valise contenant des
platines, de l’huile Beretta, une
cartouche de protection du percuteur et
autres accessoires utiles.
d’éviter le contact avec les douilles en
phase d’expulsion des cartouches.
Bloc de culasse - En alliage léger, son
dos de ligne ergonométrique arrondie,
signée Giugiaro Design, se raccorde à la
crosse selon un profil harmonieux,
permettant de saisir la cible rapidement,
de manière instinctive.
Double amortisseur - Arrête
doucement l’impact du chariotobturateur en réduisant
les vibrations.
Indicateur de position - Elément en
polymène devant la fenêtre d’expulsion,
qui indique le positionnement de la
main sur le fût au moment du tir, afin
Crosse multiréglable - En bois de
noyer sélectionné, équipée de la plaque
de couche Gel Tek qui réduit le recul,
dans certaines version elle est réglable
dans le pli et le devers et pourvue de
“Memory System”.
FICHE TECHNIQUE
Calibre: 12
Magasin à cartouche: 70 mm
Fonctionnement: semi-automatique,
basculant, à court recul du canon
Fermeture: géométrique par
obturateur oscillant.
Bloc de culasse: en alliage léger à
double amortisseur de butée.
Canon: en acier à triple alliage,
intérieur chromé.
Bande: ventilée interchangeable.
Longueur canon: 76 cm; 81 cm.
Guidon: de compétition
Sûreté: à bouton à garde-main.
Crosse et fût: en bois de noyer,
cannelés.
Longueur crosse: 358/374 mm.
Poids: 3,500/4,100 kg.
37
Le personnage/1
Le dernier des perfectionnistes
En Ombrie, un artisan très moderne d'une autre époque rend plus belles et plus sûres les armes Beretta
par Francesca Romana Buffetti
photos par Roberto Ponti
L
es pentes ombriennes
descendent doucement vers le lac
artificiel de Corbara, surplombé par le
bourg de Civitella del Lago.
Les bois, l'atmosphère, les murs
médiévauxs : tout a le goût de la
vénerie dans ces anciennes terres de
l'État Pontifical, à mi-chemin entre
Todi et Orvieto, qui sont depuis
toujours le royaume de la chasse au
ramier. Parmi les ruelles en pierre,
devant une terrasse panoramique sur
la moyenne vallée du Tibre, Maurizio
Cairola (à gauche sur la photo) a
choisi le lieu idéal pour son atelier.
Aidé par le jeune Valerio, il
transforme l'ébène, le palissandre et le
bois de rose en petits bijoux
d'artisanat. Après un passé de
manager, il a décidé de se consacrer à
la passion de sa vie : les fusils de
chasse. Il les aime, il les soigne, il les
collectionne. “Comme tous les
collectionneurs – explique-t-il – je fais
attention aux détails. C'est le détail
qui fait la différence et les anglais, en
fait de détails, ont toujours été des
maîtres. J'ai commencé par me rendre
aux ventes aux enchères à Londres, où
on vend des anciens accessoires pour
39
Trois phases de la fabrication pour obtenir
Ci-contre, une vue de Civitella del Lago.
les baguettes de nettoyage. En bas, l'ébène,
En bas, Maurizio Cairola avec son assistant,
le palissandre et le bois de rose que Cairola
Valerio, montre la mallette d'accessoires
utilisait pour créer ses accessoires.
Beretta.
fusils. Ce sont des véritables chefsd'oeuvre, travaillés de façon tellement
raffinée qu'ils ont demandé des heures
de travail à la main. Jusqu'à la fin du
dix-neuvième siècle, les maisons
anglaises produisaient la quantité
limitée qui leur était demandée, avec
une habilité enviable. Ensuite, avec
l'augmentation du coût de la maind'oeuvre, le travail a été déplacé en
Inde. A présent, personne n'est plus
capable de fabriquer à la main un
moule à balles ou un extracteur de
cartouches. On a totalement perdu ce
soin maniaque du produit. Quand j'ai
commencé à réaliser des accessoires
pour moi, j'ai voulu reprendre toutes
les anciennes techniques
traditionnelles qui avaient été
abandonnées à cause d'une politique
basée sur la quantité. Mais la quantité
est toujours ennemie de la qualité. En
2003, je suis allé à l’Exa de Brescia
avec mes créations : les producteurs
d'armes sont restés enthousiastes.
Surtout Beretta, qui m'a
immédiatement commandé la
réalisation de quelques objets. Mais
chaque accessoire, encore avant
d'arriver à Gardone, doit me plaire”.
Cairola, avec la précision et la lenteur
qui appartiennent à un artisan-artiste,
crée des baguettes pour nettoyer le
canon des fusils, des récipients à huile,
des tournevis et des dizaines de petits
outils pour entretenir les armes de
chasse Beretta qui, pour leur finition
et leur précision, sont dites de luxes.
“J'essaye de conjuguer la demande, de
plus en plus pressante, et la qualité. Si
je massifiais le produit, je le
dénaturerais. Tous les outils que je
réalise ont besoin de temps. Polir le
bois avec la méthode d'autrefois
signifie passer au moins trois heures
sur le même objet, jusqu'à arriver à la
finition que je prétends. C'est un
travail qui demande des mois de
recherche : j'étudie les modèles
anciens, les matériaux qui étaient
utilisés, et jusqu'aux pas de filetage
anglais. Tout cela pour réussir à
reproduire des accessoires qui sont
désormais introuvables. Et pour
satisfaire une maison comme Beretta,
je ne peux que conjuguer la tradition
et la modernité ”.
Comme le bourg de Civitella del
Lago, à la fois moderne et ancien, le
joyau médiéval que les cuisiniers
Vissani et Trippini ont choisi pour
ouvrir leurs restaurants, mais où le
plat typique est encore aujourd'hui le
“Ramier à la gourmande”.
Le personnage/2
La fable de l'autre Beretta
Homonyme de la célèbre famille, il entre à l'usine et devient dirigeant. Avec 61 ans de service
I
l a pris vingt fois l'avion pour
aller aux Etats-Unis, entre New York
et Washington, pour convaincre
l'état-major des marines d’acheter le
parabellum Beretta; il a dirigé des
tests pour la gendarmerie française et
refusé des paiements en riz aux
Philippines; il a commencé à
par Matteo Recanatesi
photos par Roberto Ponti
l'atelier, entre les chargeurs, les
leviers et les chiens, et s'est découvert
dirigeant de rang supérieur. Celle de
monsieur Marco Beretta est une
fable qui mérite d'être racontée.
A commencer par son nom. Oui,
parce que son homonymie avec la
famille qui possède depuis des
générations le colosse industriel dans
lequel il a trouvé du travail a
quelque chose d'incroyable. Vous
êtes parents ? C'est la question que
tout le monde lui pose. “Pas du tout
– réplique cet homme très
sympathique âgé de soixante-dix-sept
ans – seulement compatriotes”. Et
Marco Beretta, 77 ans, dans l’usine de
Gardone Val Trompia. A gauche, il pose à
l’extérieur à droite, il choisit un bois pour la
crosse d’un fusil. En haut, la salle à
température constante qui abrite les essences
de bois pour les fusils de luxe.
pourtant, à l'usine, on jure que le
dévoué Marco est considéré “par les
propriétaires” comme quelqu'un de
la famille. Peut-être à cause de ce
record de longévité professionnelle
qui fait de lui un point ferme,
irremplaçable de la maison : 61 ans
de travail. “Je suis entré dans cette
usine en 1943 – raconte Marco
Beretta – j'avais 16 ans et une charge
d'enthousiasme qui dure toujours.
Après mes secondaires, ici à Val
Trompia, j'avais suivi un cours de
deux ans de spécialisation technique
qui avait été organisé par Beretta
pour assurer un avenir aux jeunes de
42
43
Une vie dans l'entreprise, il a représenté Beretta dans plusieurs
concours à l'étranger; et au Brésil il a réussi à redresser en quelques mois
le bilan de la succursale de San Paolo
la région. Ainsi, le passage a été
naturel”. Tout de suite à la cour du
“mythique” concepteur Tullio
Marengoni. “C'était un vrai
perfectionniste, un maître – rappelle
Marco – il m'a tout appris, malgré sa
rigidité excessive. Il t'étudiait
pendant quelque temps et puis, si ça
n'allait pas, il te chassait sans trop de
scrupules : tu dois faire un autre
métier, disait-il. Résultat, sur sept
que nous étions, nous sommes restés
à trois. Marengoni faisait l'esquisse
et donnait les directives, j'étais son
bras. D'abord les pistolets, puis les
chargeurs, les superposés, les double
canons. J'acquérais de l'expérience”.
Jusqu'au jour où le maître déclara :
maintenant tu peux continuer tout
seul. Et monsieur Beretta alla
s'occuper de l'atelier d'usinage de la
tôle et ensuite du montage. Avec
l'habilité du prédestiné, il apprenait
à gouverner chaque phase de la
production. A 44 ans, voici
l'investiture. “Carlo Beretta m'a
convoqué dans son bureau et m'a
remis, en présence de toute la
direction de l'entreprise, un
document qui certifiait ma
nomination en tant que directeur de
la fabrication. Quelle émotion, je l'ai
tout de suite encadré et pendu au
mur chez moi”.
Depuis lors, une carrière lancée. A
diverses occasions, Marco Beretta
était l'homme qui redressait la
production et qui suivait les
principales commandes à l'étranger.
“La première fois au Brésil, en 1962.
Beretta devait décider s'il fallait
fermer ou garder en vie l'usine de
San Paolo : j'y suis resté huit mois,
en analysant et en redressant
l'entreprise. Ce fut un succès. Le
Brésil ? Un Carnaval continu et les
filles sont très belles. En Amérique
aussi, j'ai passé un bon séjour. Je
traitais directement avec les
commissaires qui étaient envoyés par
le Pentagone. L'un d'entre eux
Il a traité avec des sénateurs, des gouverneurs et des chefs d'état.
En Arabie Saoudite, l'épisode le plus curieux: “L’Emir me fait attendre 25 jours à l'hôtel
avant de me convoquer pour un entretien”
étudiait l'italien, il restait souvent
pour échanger quelques mots avec
moi. Une fois, je lui apporté un petit
couteau, une bêtise : je ne peux
vraiment pas l'accepter, m'a-t-il
expliqué en me le rendant, comme
commissaires nous avons l'obligation
de refuser le moindre cadeau. Eh
oui, une autre mentalité par rapport
à la nôtre”. Curieuse l'anecdote sur
la commande en Arabie Saoudite.
“Ils nous ont convoqués et nous
étions là, prêts pour l'essai.
Seulement, personne ne venait nous
chercher. En fin de compte, nous
sommes restés 25 jours à l'hôtel,
avant que l'émir se décide à nous
envoyer un message par l'un de ses
fils. Nous devions le rejoindre pour
dîner et c'est que ce nous avons fait.
Nous étions dans son harem, assis
par terre les jambes croisées. Ce
n'était pas confortable, j'ai donc
allongé une jambe et je me suis
appuyé sur un coude; les
commensaux me regardaient
perplexes, mais au moins je n'avais
plus de fourmillement aux chevilles.
Oui, ce fut le dîner le plus
inconfortable de ma vie”. A propos
d'essais, Marco Beretta est toujours
rentré gagnant. “Dans la
comparaison avec les autres
fournisseurs, Beretta s'avère toujours
gagnante. Une fois, cependant, nous
aurions peut-être mieux fait de
perdre la commande. Les Philippines
avaient commandé une grande
quantité de fusils et de revolvers,
mais leur économie était à terre,
20.000 marines avaient subitement
quitté le pays en coulant l'économie
locale. Nous vous payons en riz, ontils proposé. A la fin, ils ont résolu le
problème en vendant le riz à
quelqu'un d'autre”. A présent,
Marco Beretta est un superviseur
hyper spécialisé qui marche à pas
feutrés dans l'usine de Val Trompia. Il
commande l'équipe spécialisée dans
les produits de luxe, dispense des
conseils précieux aux ouvriers, soigne
les affaires de l'entreprise depuis son
poste de travail. Un bureau, un
ordinateur, un scanneur. Le nouveau
qui avance, à côté des sons de
toujours, en se mélangeant à 61
années de souvenirs.
Sur la page voisine, une phase de la fabrication d’un fusil. Au-dessus, Marco Beretta au travail avec
l’un de ses collaborateurs.
45
Les Jeux Olympiques
Athènes, des Jeux de cheik
Six médailles, deux d’or, avec les fusils de précision Beretta. La grosse surprise vient de Dubai
S
ix médailles - deux ors, deux
argents, deux bronzes - ont exalté
l’aventure de Beretta aux Jeux
Olympiques d’Athènes qui ont pris fin
en septembre dernier. Andrea Benelli
et Ahmed Al Maktoum sont les deux
vainqueurs, le premier dans la
catégorie “skeet”, le second dans le
“double trap”. Benelli, médaille
de bronze à Atlanta, a réussi
à toucher 149 pigeons
d’argile sur 150. Le fusil qui l’a mené
à la victoire est le célèbre DT10
Trident superposé de compétition,
dont toutes les caractéristiques ont été
étudiées dans les moindres détails pour
satisfaire les exigences des sportifs.
Descendu du podium d’Athènes,
Benelli avait annoncé qu’il ne
participerait pas aux jeux de Pékin en
2008, et qu’il n’utiliserait plus son fusil
que pour aller chasser dans les bois de
Toscane.
Pourtant depuis la fin d’octobre la
nouvelle s’est répandue que le
champion florentin a changé d’idée et
continuera la compétition.
A gauche, Ahmed Al Maktoum, le cheik de Dubai qui deviendra
célèbre pour avoir offert sa première médaille olympique aux
Emirats Arabes. Il a remporté la compétition du " Double trap "
avec un fusil Beretta 682 Gold. En haut, Ning Wei, médaille
d’argent chinois au tir au pigeon d’argile avec un Beretta DT 10
GOLD - Beretta Shooters
Andrea Benelli
ITALIA
Skeet
DT10 Trident
Ahmed Al Maktoum
EMIRATI ARABI
Double Trap
682 Gold E
Trident. En bas, le Président Ugo Gussalli Beretta (au centre) avec
toutes les athlètes Beretta qui ont partecipé à Athènes 2004.
SILVER - Beretta Shooters
Giovanni Pellielo
ITALIA
Trap
DT10 Trident
Ning Wei
CINA
Skeet
DT10 Trident
BRONZE - Beretta Shooters
E Gao
CINA
Double Trap
682 Gold E
Adam Vella
AUSTRALIA
Trap
DT10 Trident
Le cheik a obtenu sa licence en économie en Arizona et il est également champion
de squash dans son pays. Andrea Benelli, florentin, a changé d’idée : il continuera à tirer.
La continuité de Pellielo
Mais la véritable surprise des Jeux
Olympiques d’Athènes a été la victoire
d’Ahmed Al Maktoun, cheik de Dubai
qui a offert la première médaille d’or
de l’histoire olympique aux Emirats
Arabes. Sept ans d’entraînement, 10
heures par jour, avec son 682 Gold E,
ont permis au cheik de battre, avec
189 pigeons d’argile, l’Indien
Rajyavardhan Rathore, qui n’a touché
la cible que 179 fois. Ahmed Al
Maktoum, diplômé en économie dans
l’Arizona, est aussi dans son pays
champion de squash.
Deux femmes Beretta sur le podium
d’Athènes: les Chinoises Gao E,
bronze dans le Double Trap, et Ning
Wei, argent dans le Skeet; toutes les
deux avec un fusil 682 Gold E.
Le DT10 Trident a permis à deux
autres athlètes, l’Italien Giovanni
Pellielo et l’Australien Adam Vella,
d’obtenir le premier l’argent et le
second le bronze dans la catégorie
Trap.
Giovanni Pellielo est l’un des
spécialistes les plus chargés de titres de
la “Fosse olympique” et l’un des tireurs
les plus constants dans l’hitoire de sa
discipline.
Vitesse, précision, design : avec le DT 10 Trident, il est
Précis, fiable, de proportions
impeccables: ces
caractéristiques font du Beretta
DT10 Trident l’une des armes
préférées des sportifs du
monde entier.
Les performances du fusil sont
affinées par le nouveau profil
interne des canons OptimaBore, qui optimise la
distribution de la rosace, la
réduction de la sensation de
recul et l’optimisation de la
vitesse des plombs à la sortie.
En outre, les nouveaux chokes
progressifs Optima-Choke,
longs et étroits, ont un profil
interne étudié pour améliorer
la concentration et la
distribution de la rosace. La
48
conception innovante de la clé
d’ouverture, suggérée par
l’expérience des meilleurs tireurs,
facilite la prise, réduit l’effort et
rend le fusil plus maniable même
pour les gauchers.
La forme de la sûreté a été
étudiée pour garantir une
meilleure prise et un
actionnement plus aisé.
La régulation micrométrique de
la position de la détente se fait à
l’aide d’un simple tournevis qui
fait partie de l’équipement.
Les ressorts des chiens en “V”
assurent des déclenchements nets
et une grande vitesse de
percussion.
Andrea Benelli, gagnant de la médaille d'or
dans la catégorie skeet avec un fusil Beretta
DT 10 Trident, le vrai protagoniste du tir au
vol aux Jeux Olympiques d'Athènes : avec la
même arme, également deux médailles
d'argent et une de bronze.
plus facile de monter sur le podium
Quelques détails techniques
du DT 10 Trident:
en haut, le Memory System en
dessous de la crosse du fusil;
à gauche, le canon de l'arme
avec l'étrangleur.
En effet, sa mère l’a accompagné pour
les premières fois dans les compétitions
quand il avait 18 ans. A 19 ans, en
1990, il a remporté le premier de ses
titres européens à Uddevalla, en Suède
(et a redoublé cet exploit à Sipoo en
1997, outre deux argents et trois
bronzes). Pellielo, né à Vercelli, est
entré dans les “Fiamme Azzurre” en
1996, après avoir remporté le premier
de ses trois titres mondiaux (à Nicosie
en 1995, à Lima en 1997 et à
Barcelone en 1998).
Les Jeux Olympiques ont
abondamment récompensé les fusils de
tir à la cible Beretta: depuis 1956, en
effet, les médailles dont s’honore
Gardone Val Trompia ont continué à
augmenter, atteignant le maximum
historique pendant les trois derniers
Jeux. Sept médailles à Atlanta (où
Ennio Falco avec son ASE90 a marqué
le record olympique dans le Skett),
cinq à Sydney jusqu’aux sept
d’Athènes 2004.
49
La chambre de l'invité
Coppola, réalisateur de...vin
par Frank Prial
New York Times
Q
seiller, le célèbre oenologue russo-améri-
merce des vins, le domaine offre les t-
uand, déjà en 1975, Francis
cain André Tchelistcheff. Le vin en que-
shirts habituels et d'autres souvenirs.
Ford Coppola acheta sa pre-
stion s'appelait et s'appelle toujours Rubi-
Naturellement, Francis Ford Coppola
mière exploitation viticole à Napa Valley,
con. Sa première vendange remonte à
n'est pas un producteur de vins mais il a
en Californie, il avait déjà eu l'occasion
1978, même s'il fut vieillis pendant trois
la capacité d'engager dans son exploita-
de s'affirmer comme un des “Grands
longues années dans des tonneaux en chê-
tion vinicole des professionnels de pre-
Maîtres” du cinéma américain. Le réali-
ne et soumis ensuite à un affinage en bou-
mier ordre, exactement comme pour ses
sateur se rendit pour la première fois à
teille, toujours pendant trois ans. Le vin a
films. Le vinificateur actuel, Scott
Napa Valley en 1975, un an après la se-
été introduit sur le marché en 1985, dix
McLeod, a fait en sorte que le Rubicon
conde partie du Parrain, pour entamer sa
ans après l'achat de l'exploitation de la
occupât les premières places parmi les
production oenologique : on supposa
part du réalisateur et le début des travaux
vins de Napa Valley pendant plus d'une
qu'il se serait comporté comme un inve-
de restructuration. Coppola, au début,
décennie. Le Rubicon est composé prin-
stisseur “typique” d'Hollywood, en fai-
s'était promis d'écouter les conseils dis-
cipalement de raisins Cabernet Sauvi-
sant un saut de temps à autre dans l'ex-
pensés par son voisin, Robert Mondavi,
gnon, avec un pourcentage compris entre
ploitation pour être photographié parmi
qui étaient finalisés à la production d'un
50 et 70 pour cent, avec l'ajoute d'autres
les vignes. Mais ce ne fut pas le cas. Très
vin unique, le Rubicon, un rouge à base de
cépages, comme le Merlot et le Cabernet
rapidement, Coppola s'impose comme
Cabernet. Le stock de vin s’èpuisait cha-
Franc. Un des vins les plus appréciés de la
une figure de premier plan dans la com-
que année, il fallait étendre, par consé-
cave Niebaum-Coppola est un Zinfandel
munauté oenologique de Napa Valley,
quent, la ligne de produits existants afin de
appelé “Edizione Pennino”, qui corre-
même durant le scénario et le tournage
satisfaire la foule de clients qui souhai-
spond au nom d'une maison d'édition
de ses films. Le film “Apocalypse Now”,
taient boire un vin avec l'étiquette “Cop-
appartenant au grand-père maternel du
qui a fait l'objet de nombreuses polémi-
pola” sur la bouteille. Le nom “Niebaum”
réalisateur, Francesco Pennino, environ
ques, fut distribué en 1979, tandis que le
(du finlandais Gustave Miebaum, pion-
au début du vingtième siècle. D'après ce
segment conclusif et tragique du Parrain
nier en 1880 des viticulteurs américains)
qu'a affirmé une fois Francis Ford Cop-
a fait son apparition dans le panorama ci-
était déjà renommé à Napa Valley bien
pola, “Ma mère m'a toujours répété
nématographique en 1990. Durant ces
avant que la famille Coppola, originaire de
qu'elle était à moitié Pennino, j'ai donc
années-là, le réalisateur a inévitablement
Naples, émigre à New York.
donné à ce vin le nom de mon grand-pè-
passé des longues périodes de l'année loin
Les Coppola, c'est-à-dire Francis et sa
re”. Pendant longtemps, le Zinfandel a
de son exploitation de Napa. Et, pour-
femme Eleanore, entrèrent en possession
été considéré comme un cépage améri-
tant, il a non seulement planifié, partici-
de l'ancienne cave et la transformèrent, au
cain, mais on a découvert il y a quelques
pé à la conception et supervisé la réalisa-
fur et à mesure, en un magnifique centre
années que ce n'était qu'un autre nom du
tion d'une des réalités oenologiques les
touristique destiné à la vente d'une ligne
Primitivo, un cépage toujours très re-
plus élégantes de Napa Valley, c'est-à-di-
de plus en plus importante de vins com-
nommé du Sud de l'Italie. Pour le réalisa-
re l'exploitation viticole Niebaum-Cop-
merciaux Coppola, dont une bonne partie
teur, l’Edizione Pennino représente un
pola, mais il a également présidé à la
étaient vinifiés ailleurs, en Californie, et
autre tribut aux racines italiennes dont il
“création” d'un nouveau vin par son con-
expédiés à Napa Valley. En plus du com-
a toujours été si orgueilleux.
50

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