Y a-t-il une place pour la ribavirine dans le traitement des

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Y a-t-il une place pour la ribavirine dans le traitement des
Y a-t-il une place pour la ribavirine dans le traitement
des transplantés rénaux infectés par le virus de l’hépatite C ?
N. Kamar1, K. Sandres-Saune2, J. Selves3, D. Durand4,J. Izopet5 et L. Rostaing6
1
Service de néphrologie, dialyse et transplantation, CHU Toulouse-Rangueil, Toulouse ;
Service de virologie ; 3Service d’anatomo-pathologie, CHU Toulouse-Purpan, Toulouse ;
4
Service de néphrologie, dialyse et transplantation, CHU Toulouse-Rangueil, Toulouse ;
5
Service de virologie, CHU Toulouse-Purpan, Toulouse ;
6
Service de néphrologie, dialyse et transplantation, CHU Toulouse-Rangueil, Toulouse
2
Le traitement par interféron-α des transplantés rénaux infectés par le virus de l’hépatite C (VHC (+)), a été associé à un
nombre élevé de rejets aigus. Nous avons évalué l’efficacité et la
tolérance d’un traitement d’un an par ribavirine seule chez seize
transplantés rénaux VHC (+), appariés à trente-deux transplantés
rénaux VHC (+) n’ayant reçu aucun traitement anti-viral. La dose
initiale de 1000 mg/jour a secondairement été adaptée, au
besoin, en fonction du taux d’hémoglobine. En fin d’étude, une
monothérapie par ribavirine a été associée à une baisse significative des taux d’ASAT, d’ALAT et de γ-GT. La créatininémie a
baissé sans atteindre le seuil de significativité statistique. Lorsqu’une protéinurie était présente (n = 5), celle-ci a régressé ou
disparu. La virémie du VHC est restée stable. L’analyse histologique des biopsies hépatiques a montré une progression de la
fibrose hépatique, sans amélioration du score d’inflammation. Il
existait une baisse significative du taux d’hémoglobine, malgré
un soutien par de fortes doses d’érythropoïétine recombinante.
La ribavirine a été arrêtée chez trois patients. Dans le groupe
contrôle, il existait une augmentation significative des taux
d’ALAT et de créatininémie après un an de suivi. La protéinurie a
régressé uniquement chez deux patients sur douze. En conclusion, douze mois de traitement par ribavirine seule chez les
transplantés rénaux VHC (+) n’entraîne pas d’amélioration de
l’histologie hépatique bien qu’il y ait une baisse significative des
enzymes hépatiques. Son effet sur la fonction rénale reste indéterminé en dehors d’une diminution patente de la protéinurie
quand elle est présente.
Treatment of chronic hepatitis C in renal-transplant (RT)
recipients with alpha-interferon is associated with a high rate of
acute rejection. We therefore evaluated the biochemical, virological, histological efficacies, as well as the safety of one year ribavirin monotherapy in 16 HCV-(+) RNA (+) RT patients (group A)
matched to 32 HCV-(+) RNA (+) RT patients (group B) who did
not receive ribavirin.
Ribavirin was initially started at a daily dose of 1000 mg and
then adapted to hemoglobin level. Ribavirin monotherapy was
associated with a significant decrease in AST, ALT and gamma glutamyl transpeptidase levels. Serum creatinine decreased as well.
When proteinuria was present (n = 5), this decreased or disappeared. There was no significant changes in HCV viremia. The histological analysis of liver biopsies revealed a significant progression
in liver fibrosis with no improvement in inflammation scores. There
was a significant decrease in hemoglobin levels, despite an important support by recombinant erythropoeitin. However, in three
cases, ribavirin therapy had to be stopped. In group B, after 1 year
of follow up, there was a significant increase in serum ALT and creatinine values. Proteinuria decreased in only 2 of 12 patients. In
conclusion, one year ribavirin therapy in HCV-(+) RNA (+)ve RT has
no impact upon liver histology, although it improves liver enzyme
levels. Its impact upon renal function remains unknown. Nevertheless when proteinuria is present it disappears.
Mots-clés : Virus de l’hépatite C – Transplantés rénaux – Ribavirine – Fonction rénale – Protéinurie – Fibrose hépatique.
Key words: Hepatitis C virus – Renal-transplant recipients – Ribavirin monotherapy – Renal function – Proteinuria – Liver fibrosis.
La survie des transplantés rénaux VHC (+) et de leurs greffons
est significativement inférieure à celle des transplantés rénaux
VHC (-).1-4 La surmortalité est due à la survenue de maladies
hépatiques et de sepsis,1-3,5 et la baisse de la survie des greffons à
l’apparition de néphropathies imputables au virus.6,7
Chez l’hémodialysé chronique, le traitement par l’interféron-α
(IFN-α) a été associé à une réponse virologique soutenue de 19 à
92%.8-13 L’utilisation de l’IFN-α après transplantation rénale a
entraîné un nombre important de rejets du greffon.14-17 Une
monothérapie par ribavirine a été associée à une diminution du
taux de transaminases et de la virémie du VHC dans une seule
série non contrôlée de sept transplantés rénaux.18
Chez les transplantés hépatiques VHC (+), les données
concernant l’efficacité de la ribavirine sur l’histologie hépatique
Néphrologie Vol. 24 n° 2 2003, pp. 89-94
89
articles originaux
Résumé • Summary
■ Patients et méthodes
articles originaux
● Patients
Parmi les transplantés rénaux ayant un greffon fonctionnel
au 1er octobre 2000 au CHU de Toulouse Rangueil (n = 792),
nous avons identifié ceux qui étaient chroniquement infectés par
le VHC (ARN (+)), (n = 83). Parmi ceux-ci, seize transplantés
rénaux ARN (+) VHC (+) ont été inclus dans cette étude (groupe
A), après avoir donné leur consentement éclairé, selon les critères suivants : une élévation chronique des enzymes hépatiques
(ALAT, ASAT (alanine et aspartate aminotransférases) ± γ-GT
(gamma-glutamyl transpeptidase)) (n = 12) et/ou la présence
d’une glomérulopathie de novo associée au VHC (n = 4), une
ponction biopsie hépatique récente mettant en évidence la
présence d’une hépatite chronique active, une créatininémie
≤ 300 µmol/l et une hémoglobinémie > 11,5 g/dl. Les femmes
ont bénéficié d’une contraception efficace. La ribavirine (Rebetol®, Schering-plough, Levallois-Perret, France) a été initialement
administrée à une dose de 1000 mg/j ; cette dose a secondairement été adaptée, au besoin, en fonction du taux d’hémoglobine. De l’érythropoïétine recombinante humaine (rEPO) a été
utilisée pour maintenir une hémoglobinémie > 10 g/dl. La durée
du traitement prévue était d’un an. Au cours de l’étude, aucun
traitement par des inhibiteurs de l’enzyme de conversion ou par
des inhibiteurs des récepteurs de l’angiotensine II a été introduit.
Chez les patients bénéficiant auparavant de ce type de traitement, les posologies n’ont pas été modifiées. De même, le traitement immunosuppresseur est resté inchangé.
Une consultation et un bilan biologique ont été effectués
tous les quinze jours pendant le premier mois puis tous les mois.
La virémie du VHC a été déterminée avant le début de l’étude
(M0), à trois mois (M3), et à la fin du traitement (M12). Deux
ponctions biopsie hépatiques ont été réalisées chez chaque
patient, à M0 et M12.
Les patients du groupe A ont été appariés rétrospectivement
à trente-deux transplantés rénaux ARN (+) VHC (+) (groupe B)
selon l’âge, le sexe, la durée d’évolution de l’infection après la
transplantation, la durée d’infection par le VHC, et la créatininémie. Ces patients n’ont pas reçu de ribavirine, Dans ce groupe,
les bilans hépatiques et rénaux ont été répertoriés à M0 puis un
an plus tard. La virémie du VHC a été mesurée et une ponction
biopsie hépatique a été réalisée à M0.
Aucun des patients des deux groupes n’était porteur de l’antigène HBs ou du VIH, et aucun n’avait une consommation chronique d’alcool.
RIBA de troisième génération (ELISA III et RIBA III ; Ortho Diagnostics Systems, Roissy, France).
• Le génotypage du VHC et la quantification de l’ARN du
VHC ont été effectués respectivement par la méthode Inno-LiPA II
HCV (Innogenetics SA, Gent, Belgique), et par une méthode
quantitative standardisée de transcription inverse (Roche COBAS,
Amplicor HCV quantitative Monitor Assay, Branchburg NJ), selon
les instructions du fabricant.
• L’analyse histologique des biopsies hépatiques a été réalisée
en double aveugle par le même médecin anatomo-pathologiste
(Dr J.S.). Les lésions hépatiques ont été décrites selon les classifications de Knodell 23 et de METAVIR.24
• L’analyse statistique des variables continues a été effectuée par
le test non paramétrique de Wilcoxon. Les tests du χ2 ou de Fisher
ont été utilisés pour les variables nominales, celui de Spearman
pour l’étude des corrélations. Les résultats obtenues à M3 et à
M12 portent uniquement sur les douze patients qui ont terminé
l’étude. La différence entre deux variables a été considérée comme
statistiquement significative lorsque p était inférieur à 0,05.
■ Résultats
La tableau I résume les caractéristiques démographiques des
patients des groupes A (traitement par ribavirine) et B (contrôle).
Les taux sanguins résiduels de ciclosporine et de tacrolimus
étaient similaires durant l’étude (respectivement 120 (83-169)
ng/ml à M12 vs 121 (67-149) ng/ml avant ribavirine, et 6,5 (5-8)
ng/ml à M12 vs 7,5 (7-8) ng/ml avant l’initiation du traitement).
● Groupe A
• Doses de ribavirine : les doses de ribavirine administrées
étaient respectivement 800 mg/jour (600-1000) à M3 et 800
mg/jour (400-1000) à M12.
• Bilan hépatique : un traitement d’un an par ribavirine a été
associé à une baisse significative des taux d’ALAT, d’ASAT et de
γ-GT survenant dès les quinze premiers jours. Une normalisation
des taux d’ALAT, d’ASAT et de γ-GT a été observée chez respectivement 58, 83 et 75% des patients (fig. 1).
ALAT
ASAT
GGT
90
p < 0,05
60
UI/l
sont contradictoires.19-21 De plus, une étude menée dans cette
même population a montré que la ribavirine seule pouvait entraîner une rémission complète de syndrome néphrotique secondaire à une glomérulopathie associée au VHC, et améliorer la
fonction rénale.22
Nous avons mené une étude pilote, afin d’évaluer la tolérance ainsi que l’efficacité biochimique, virologique et histologique d’un traitement par ribavirine seule chez des transplantés
rénaux VHC (+) ARN (+).
30
0
M0
M0,5
M1
M3
M6
M12
● Méthodes
• Le statut VHC et la durée d’infection par le VHC ont été déterminés à partir de sérums historiques en utilisant les tests ELISA et
90
Fig. 1: Evolution des enzymes hépatiques au cours du traitement
par ribavirine.
Néphrologie Vol. 24 n° 2 2003
Tableau I : Caractéristiques cliniques, biochimiques, virologiques et
histologiques au début de l’étude, dans le groupe ayant reçu la ribavirine (groupe A) et dans le groupe contrôle (groupe B).
Age (années)
Homme/femme
Groupe A
n = 16
Groupe B
N = 32
P
48 ± 14
49 ± 11
ns
12/4
20/12
ns
Durée de dialyse (mois)
96 ± 67
115 ± 85
ns
Durée d’évolution depuis
la transplantation (mois)
99 ± 50
79 ± 25
ns
Durée d’infection
au VHC (mois)
199 ± 39
158 ± 71
ns
Génotype VHC
• 1
• 1a
• 1b
• 2
• 2a
• 2b
• 2a-2c
• 3a
• 4
1
0
6
1
4
0
0
1
3
2
4
21
0
1
1
1
1
1
Immunosuppression
• CsA ± AZA ± C
• CsA-MMF-C
• MMF-C
• AZA-C
• FK506 ± MMF ± C
7
4
2
1
2
29
3
0
0
0
ASAT (UI/l) (N = 5-40)
51,5 (17-350)
25 (9-110)
0,0011
ALAT (UI/l) (N = 5-55)
84,5 (31-419)
26 (8-112)
0,0008
γ−GT (UI/l) (N = 15-73)
83,5 (13-931)
31 (11-2176)
0,069
Créatininémie (µmol/l)
125 (85-264)
143 (66-290)
ns
Clairance de la créatinine
(ml/mn)
51 (28-90)
48 (19,5-94,5)
ns
Protéinurie Oui/Non
9/7
12/20
ns
Hémoglobine (g/dl)
14 (11,5-15,9)
12,7 (8,7-15)
0,07
Concentration
ARN VHC (log/ml)
5,86 (4,7-6,2)
5,52 (4,5-6,25)
ns
Histologie hépatique
(score de Knodell)
• Nécrose parcellaire
• Nécrose lobulaire
• Inflammation portale
• Fibrose
3 (1-5)
3 (1-4)
3 (1-3)
1 (0-4)
0 (0-3)
1 (0-1)
1 (0-3)
0 (0-4)
0,003
0,01
0,03
0,02
Score de Knodell total
12 (4-14)
2 (0-11)
0,005
Fig. 2 : Evolution des taux de créatinine plasmatique au cours du
traitement par ribavirine.
patients avaient seulement une microalbuminurie. Le quatrième
a présenté une diminution de la protéinurie de 1,32 à 0,3 g/l.
Enfin, le dernier patient ne présentait plus de microalbuminurie.
Parmi les sept patients restants, un seul (14%) a présenté une
protéinurie de novo (0,43 g/l).
• Concentrations sériques de l’ARN du VHC : il n’existait pas de
variation significative de la virémie durant le traitement par ribavirine (5,86 log /ml (4,7-6,2) avant le début du traitement vs 5,5
(4,3-6,2) à M3 vs 5,66 (5,28-6,36) à M12).
• Histologie hépatique : le traitement par ribavirine n’a pas
entraîné d’amélioration de l’inflammation hépatique : la quantification générale de l’inflammation portale et/ou septale était de
2 (1-3) vs 2 (1-3), elle était de 1 (0-2) vs 1 (0-2) pour la présence
de nodules lymphoïdes, de 2 (0-3) vs 1 (1-3) pour la présence de
nécrose parcellaire péri-portale et/ou péri-septale, et de 0 (0-3)
vs 1 (0-2) pour la présence de nécrose acidophile intralobulaire.
En revanche, il existait une progression significative de la fibrose
hépatique (2,5 (1-4) vs 1,5 (1-4) ; p = 0,02).
• Effets secondaires : le traitement par ribavirine était associé à
une baisse significative du taux d’hémoglobine dès les deux premières semaines suivant la mise en route du traitement, et ce
malgré l’utilisation de l’EPO. Le taux de LDH n’a pas significativement changé au cours du traitement (555 (506-721) vs 529
(308-1017) UI/l). En revanche, le taux d’haptoglobine a diminué
significativement (0,03 (0,01-0,34) vs 0,9 (0,25-1,54) g/l; p = 0,01)
(fig. 3). Le traitement a été interrompu, à deux mois, chez trois
VHC, virus de l’hépatite C ; CsA, ciclosporine A ; AZA, azathioprine ; C, corticoïdes ; MMF, mycophénolate mofétil ; FK506, tacrolimus ; ASAT, aspartate
aminotransférase ; ALAT, alanine aminotransférase, g-GT, gamma-glutamyl
transpeptidase ; ns : non significatif.
• Bilan rénal : le traitement par ribavirine a été associé à une
baisse de la créatininémie n’atteignant pas le seuil de la significativité statistique (fig. 2). La clairance de la créatinine, calculée
selon la formule de Cockcroft, était similaire avant et après ribavirine. Avant le début du traitement anti-viral, cinq des douze
patients (41%) qui ont terminé l’étude, présentaient une protéinurie (0,4 g/l (0,16-1,32)). Après traitement, trois de ces cinq
Néphrologie Vol. 24 n° 2 2003
Fig. 3 : Evolution des taux d’hémoglobine et d’haptoglobine au
cours du traitement par ribavirine.
91
articles originaux
Caractéristiques
patients, suite à la survenue d’anémie aiguë sévère. Un quatrième patient a été exclu de l’étude au second mois, suite à la
thrombose de l’artère du greffon. A M12, de l’EPO était délivrée
chez sept patients (20 000 (8000-70 000) unités/semaine). La
dose hebdomadaire médiane d’EPO délivrée au cours de l’étude
était de 20 000 unités (5000-70 000). Un seul patient a nécessité
une transfusion globulaire pour une anémie aiguë. Nous n’avons
pas trouvé de corrélation entre la clairance de la créatinine et les
doses hebdomadaires d’EPO reçues à M3, M6, et M12.
Les taux de leucocytes, de polynucléaires neutrophiles et de
plaquettes n’ont pas présenté de variation significative au cours
du traitement.
● Groupe B
Après une année de suivi, le taux d’ALAT a augmenté significativement. Les taux d’ASAT et de γ-GT n’ont pas présenté de
modification significative (tableau II ). La créatininémie a augmenté significativement, alors que la clairance de la créatinine a
baissé significativement. A M0, une protéinurie était présente
chez douze des trente-deux patients constituant ce groupe
(37,5%) (médiane 1,1 g/l (0,1-4,4)). Un an plus tard, le taux de
protéinurie a baissé uniquement chez deux patients, est resté
stable chez deux autres, et a augmenté chez les huit derniers.
Une protéinurie de novo est apparue chez huit des vingt patients
qui n’avaient pas de protéinurie au début de l’étude (40%). Par
ailleurs, il n’existait pas de variation significative du taux d’hémoglobine au cours de l’année de suivi (tableau II).
■ Discussion
La ribavirine est un analogue nucléosidique inhibant la réplication d’un grand nombre de virus à ARN et à ADN, dont la
famille des flaviviridae à laquelle appartient le VHC.25 La voie
principale d’élimination de la ribavirine et de ses métabolites est
rénale. L’anémie hémolytique est le principal effet secondaire de
la ribavirine, en particulier en cas d’insuffisance rénale.
Nous confirmons qu’une monothérapie par ribavirine est
associée à une baisse significative des transaminases et des γ-GT
comme cela a été précédemment rapporté chez des transplantés
rénaux18 et des transplantés hépatiques.19-21 En revanche, dans le
groupe contrôle, le taux d’ALAT a augmenté significativement,
après un an de suivi. Il semble que l’effet bénéfique de la ribavirine ne soit pas dû à une action anti-virale, mais plutôt à une
modulation de la réponse immune vis-à-vis du VHC.26 La ribavirine peut réduire la prolifération lymphocytaire in vitro.27 Elle
peut également réduire la production viro-induite de cytokines
pro-inflammatoires par les macrophages, comme le tumor
necrosis factor et l’interleukine-1,28 et peut diminuer la production de cytokines Th2 tout en préservant la production des cytokines Th1.28,29 Ceci pourrait expliquer la diminution des transaminases, bien que Quadri et coll. n’aient pas mis en évidence de
modification du profil cytokinique chez des transplantés hépatiques VHC (+) recevant de la ribavirine en monothérapie.21
Après transplantation rénale30-33 ou hépatique,34 il existe une
élévation de la virémie VHC probablement due à la perte du
contrôle immun sur le VHC sous traitement immunosuppresseur,
et à l’établissement d’un nouvel équilibre entre la production de
virions et leur clairance. Ainsi nous avons montré une augmentation significative de la virémie du VHC, un an après l’instauration
d’un traitement par mycophénolate mofétil.35 Les effets des nouveaux immunosuppresseurs, comme le sirolimus et le tacrolimus,
sur la virémie du VHC, demeurent inconnus. Garnier et coll. ont
rapporté une baisse de la virémie chez quatre des sept transplantés rénaux recevant de la ribavirine seule18 en opposition à nos
résultats et à ceux rapportés des transplantés hépatiques.19-21
Toutefois, ni la progression de la fibrose hépatique,33 ni la survenue de glomérulopathies de novo associées au VHC36 ne semblent liées à une élévation de la virémie.
Gane et coll. ont constaté une diminution de l’inflammation
lobulaire et péri-portale et une réduction de la fibrose chez des
transplantés hépatiques présentant une dysfonction chronique
du greffon secondaire au VHC, dix (8-33) mois après transplantation hépatique et traités pendant six mois par ribavirine seule.19
En revanche, Cattral et coll. ont montré que la ribavirine seule
Tableau II : Comparaison des données biochimiques et hématologiques en début et fin d’étude dans les groupes A et B.
articles originaux
Groupe A
(n = 16)
Groupe B
(n = 32)
Début§
Fin§§
p
Début
Fin
p
ASAT* (UI/l)
51,5 (17-350)
32,5 (16-73)
0,002
25 (9-110)
30 (10-105)
0,053
ALAT* (UI/l)
84,5 (31-419)
47,5 (18-142)
0,002
26 (8-112)
30 (7-144)
0,031
γ-GT* (UI/l)
83,5 (13-931)
48 (14-219)
0,007
31 (11-2176)
31 (5-4650)
ns
Créatininémie (µmol/l)
125 (85-264)
105,5 (87-184)
0,075
143 (66-290)
156,5 (70-387)
0,002
Clairance de la créatinine (ml/mn)
51(28,7-90,1)
56 (32,1-85,6)
ns
48 (19,5-94,5)
44,2 (14,2-94,3)
0,002
Amélioration de la protéinurie
5/5
2/12
0,003
Protéinurie de novo
1/7
8/20
ns
Hémoglobine (g/dl)
14 (11,5-15,9)
12,75 (10,8-16)
0,054
12,7 (8,7-15)
12,1 (8,3-15,4)
ns
§
Les valeurs correspondent aux données des 16 patients à l’inclusion dans l’étude.
Les valeurs correspondent aux données des 12 patients qui ont bénéficié d’un an de traitement.
* Les valeurs normales sont présentées dans le tableau I.
ASAT : aspartate aminotransférase ; ALAT : alanine aminotransférase ; γ-GT : gamma-glutamyl transpeptidase ; ns : non significatif.
§§
92
Néphrologie Vol. 24 n° 2 2003
Adresse de correspondance :
Pr Lionel Rostaing
Service de néphrologie, dialyse et transplantation
CHU Rangueil
1, avenue jean Poulhès
F-31403 Toulouse Cedex 4
E-mail : [email protected]
Néphrologie Vol. 24 n° 2 2003
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articles originaux
administrée pendant vingt-trois (12-44) mois, six (2,7-31,3) mois
après transplantation hépatique, ne prévenait pas l’apparition de
la fibrose secondaire au VHC et n’évitait pas sa progression.20
Plus récemment, Quadri et coll. ont rapporté une progression de
la fibrose hépatique chez douze transplantés hépatiques, trois
mois après une monothérapie par ribavirine.21 Nos résultats suggèrent qu’un traitement d’un an par ribavirine est au mieux sans
effet bénéfique sur l’histologie hépatique chez des transplantés
rénaux VHC (+).
Nous avons constaté une amélioration de la créatininémie
dans le groupe A, tandis que la créatininémie augmentait et la
clairance de la créatinine diminuait significativement, dans le
groupe contrôle. Contrairement au groupe contrôle, la protéinurie diminuait ou disparaissait chez tous les patients recevant de la
ribavirine comme cela a été rapporté chez quatre transplantés
hépatiques présentant un syndrome néphrotique secondaire à
des glomérulopathies associées au VHC et traités par ribavirine
seule.22 Parallèlement l’albuminémie augmentait et deux des
quatre patients ont amélioré leur créatininémie. L’évolution des
quasi-espèces chez les transplantés rénaux présentant une glomérulopathie de novo associée au VHC suggère le rôle d’un
mécanisme immun plutôt qu’un effet direct du virus sur les cellules rénales.36 Le mécanisme d’action de la ribavirine chez les
transplantés rénaux VHC (+) reste inconnu. La ribavirine semble
agir par modulation de la réponse immune vis-à-vis du VHC.26
Le traitement par ribavirine a nécessité de fortes doses d’érythropoïétine. L’anémie hémolytique majeure observée est probablement secondaire à un surdosage en ribavirine puisqu’il
n’existe pas actuellement de méthode commerciale de surveillance des taux sériques de cette molécule. Une étude pharmacocinétique de la ribavirine chez les transplantés rénaux est
indispensable afin de déterminer la dose à administrer. Toutefois,
nous n’avons pas trouvé de corrélation entre la clairance de la
créatinine et la dose d’érythropoéïtine administrée.
En conclusion, douze mois de traitement par ribavirine seule
ne semblent pas améliorer l’histologie hépatique, bien que les
enzymes hépatiques baissent significativement. Son effet sur la
fonction rénale reste indéterminé en dehors d’une diminution
patente de la protéinurie quand elle est présente. Quoi qu’il en
soit, nous recommandons avant tout le traitement de tous les
hémodialysés chroniques VHC (+)/ ARN (+) en attente de greffe
rénale, par de l’interféron-α. Après transplantation rénale, la
ribavirine pourrait prévenir la perte du greffon rénal, secondaire
à une néphropathie associée au VHC. Une surveillance très
étroite du taux d’hémoglobine et des marqueurs de l’hémolyse
est indispensable. L’association de la ribavirine à d’autres antiviraux, comme l’amantadine, doit être évaluée afin de déterminer si elle peut prévenir la progression des maladies hépatique et
rénale après transplantation rénale.
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Date de soumission : juin 2002
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Néphrologie Vol. 24 n° 2 2003

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