Photo 1. Se promener en avion, jouer à cache

Commentaires

Transcription

Photo 1. Se promener en avion, jouer à cache
Photo 1. Se promener en avion, jouer à cache-cache avec les nuages peut paraître tout à fait farfelu.
Regardez cette image : que voyez-vous quand le ciel se dégage ?
Apparaissent nettement sur la gauche des tracés blanchâtres rectilignes qui évoquent, pour le spécialiste, l’emplacement d’une villa d’époque romaine, près des pâturages qui
entourent Lahoussoye.
Il n’y a pas d’archéologie aérienne sans contrôle au sol. Allons donc
immédiatement vérifier sur le terrain. La présence de nombreux
tessons antiques confirme l’hypothèse. Seules des fouilles archéologiques préalablement autorisées permettraient de connaître la
genèse et l’évolution de cet habitat rural.
Photo 2. Je survole la région de Noyelles-sur-Mer (Somme) par
temps sec quand les céréales commencent à lever. Je prends donc
cette photo. Que voyez-vous ?
Des différences de teintes sont évidentes dans la gamme
des verts, avec des taches et des tracés circulaires.
Photo 2b. Je vais sur le terrain pour vérifier en apportant avec moi
un tirage photographique, faute de quoi il me serait à peu près impossible de localiser avec précision le site.
Regardez, au premier plan, j’ai effectué un sondage avec
l’autorisation du propriétaire et du ministère de la Culture
(Direction régionale des affaires culturelles de Picardie). Il
permet de constater que la craie blanche affleure et qu’une
traînée sombre se trouve dans le prolongement du cercle de
céréales. Une mire rouge et blanche indique la largeur et la
profondeur de cet ancien fossé comblé. Son remblai, plus
fertile et qui garde mieux l’humidité, entraîne une croissance plus vigoureuse des cultures. Rien de mystérieux ! Ce
sont les plantes qui nous parlent !
Photo 3. Avec stupéfaction, je découvre au cours de l’hiver 19701971, une vaste enceinte ovalaire près de l’Etoile (Somme) (ne
pas confondre avec l’oppidum du « Camp de César », situé au-dessus du village).
Vous pouvez voir sur la photographie un camp à entrées multiples,
de près de 5 hectares. Pourquoi à votre avis, le tracé est-il plus ou
moins net ?
C’est tout simplement parce que les sols nus sont plus ou
moins tassés et que l’humidité révélatrice remonte en surface de façon différente selon les parcelles.
Photo 3b. Il fallait donc s’assurer de la nature de cette découverte, d’abord par un sondage en 1973 (cf. le DVD), puis par cette
fouille dirigée par Bruno Bréart en 1981 et en 1983. C’est le type
même des camps néolithiques bien connus ailleurs et jusqu’alors
non identifiés dans la Somme. Des silex taillés, des fragments de
poteries, des ossements animaux datent d’environ 6500 ans. Ils
sont exposés avec des photos au musée d’Abbeville.
Ici, ce ne sont pas les plantes qui ont révélé le site, mais
c’est la rosée du matin qui est extrêmement fugitive. Il faut
savoir se lever tôt, à l’heure où les gens « raisonnables »
sont au lit ou au coin du feu ! Et c’est encore bien plus vrai
quand on cherche à photographier les si évanescents tracés
que révèlent le givre ou la neige.
Photo 4. En survolant des terres profondément labourées en 1965,
à Boismont (Somme), je prends cette photo. Pourquoi ? Que distinguez-vous ? De quoi s’agit-il ?
C’est à cause du double carré parfaitement net. Pour un archéologue, cela ne fait aucun doute, il s’agit d’un fanum,
c’est-à-dire un petit temple gallo-romain.
Photo 4b. Il faut attendre 1995, pour que Louis-Pol Delestrée fasse
la fouille : le petit temple a 14 m sur 15 m, il a été occupé pendant
un peu plus de 3 siècles.
Comparez les deux photos : on ne peut douter de l’efficacité
et de la précision des prospections aériennes, qui ne sont
efficaces que si elles s’échelonnent pendant des années, en
toutes saisons et par tous les types de temps. Ici ce ne sont
ni les plantes, ni la rosée qui ont parlé, mais les labourages
profonds : ils ont remonté des éléments du sous-sol.
Photo 5. Dès 1960, j’effectue de nombreux survols de Vendeuil-Caply, au sud de Breteuil-sur-Noye (Oise). Ils ne m’avaient permis de
voir qu’un vaste tertre. Par un beau matin d’hiver, j’ai vu nettement
apparaître enfin le tracé en arc de cercle d’un théâtre antique, avec
ses traînées sombres convergeant vers la scène. Ces dernières correspondent à l’emplacement des vomitoria*. La fouille a été commencée par Gérard Dufour, dès 1963.
Savez-vous pourquoi Vendeuil-Caply est si connu ?
En 1574, pour enrichir les collections royales et des grands
de ce monde, des terrassements anarchiques sont orientés
vers la recherche de trésors. On affirme même qu’il y a eu là
une ville romaine. Des légendes de sorcellerie, d’apparitions
de fantômes sont souvent mentionnées !
Photo 5b. Ma photo de 1983 montre le même théâtre en cours de
fouilles. Il est maintenant ouvert à la visite. Je ne saurais que recommander d’y aller. Sur le côté droit du théâtre, vous voyez un
chemin qui s’élève vers le « Mont Catelet » : empruntez-le et regardez en bas vers la vallée.
Photo 5c. C’est un des rares endroits où l’on domine un site archéologique étendu. Dès 1631, un érudit, Louvet écrivait déjà : « Quand cette
grande campagne est ensemencée en blé, on y reconnaît encore le compassement des rues où le blé est plus petit qu’aux endroits où étaient
bâties les maisons ». Aujourd’hui, du haut de cette colline du « Catelet »
ou en avion, on distingue encore bien les lignes claires qui révèlent ces
anciennes rues.
Sur cette image recherchez les emplacements de ces rues, surtout à
l’est du théâtre que l’on peut maintenant visiter.
Evidemment, ce n’est discernable qu’à de rares moments, quand
de fin mai à juillet la sècheresse et l’incidence de la lumière sont
propices. Le site peut aussi se manifester l’hiver, surtout par
temps humide, d’autres façons : taches et traînées blanches.
Photo 6. À Ribemont-sur-Ancre (Somme), entre la route et l’ombre
de l’avion, que distinguez-vous dans le champ de céréales ?
C’est aussi un théâtre gallo-romain, mais il a fallu que des
archéologues qualifiés s’en assurent.
Photo 6b. D’abord par un sondage limité de quelques mètres carrés
avant même l’enlèvement des cultures, en 1973. Observez avec
attention cette image. Que voyez-vous au fond du trou ? dans le
champ de blé ?
Un mur de fondations d’un contrefort du théâtre romain enfoui réapparaît au fond du sondage. Constatez que les cultures sont un peu plus jaunes au-dessus. Mais il a fallu une
photographie aérienne pour en avoir une vue d’ensemble
cohérente et significative.
Photo 6c. Peu après ce sondage, une grande fouille a pu être pratiquée sous le quadrillage métrique de repérage, par les étudiants
de l’université d’Amiens sous la conduite de Jean-Louis Cadoux.
À quoi sert ce quadrillage ? Pourquoi les étudiants laissent des banquettes non fouillées ?
Le quadrillage permet la localisation précise des trouvailles
et les banquettes facilitent l’étude de la stratigraphie
Photo 7. J’ai pris cette étonnante photo à Béhen (Somme), à contre-jour, par mauvais temps, humide et brumeux . On aperçoit
des taches sombres d’humidité qui correspondent à l’effondrement des murs en pisé d’une villa gallo-romaine. Cette dernière,
comme c’est de règle en Picardie, est disposée autour d’une longue cour rectangulaire qui s’ouvre devant le bâtiment principal
où des traces des fondations blanchâtres sont discernables. Comment interprétez-vous cette image assez compliquée à lire ?
Si on ne disposait que de cette photo, on pourrait imprudemment penser que, seule l’habitation principale avait
des fondations de pierre. D’autres survols par beau temps
montrent qu’il n’en est rien.
Photo 7b. Le même site, vingt ans après. Le site étant alors menacé de destruction par une autoroute, une fouille préventive a
été organisée par le service régional de l’archéologie de Picardie.
Après décapage, on constate que même les dépendances ont des
soubassements en dur. De plus, ces recherches ont montré qu’il
y avait antérieurement une ferme gauloise et que cette belle villa
d’époque romaine avait été maintes fois remaniée et agrandie.
Que pouvez-vous en conclure de l’intérêt respectif des fouilles et de
l’archéologie aérienne ?
L’archéologie aérienne permet de détecter la présence de
vestiges enfouis, mais seules les fouilles scientifiques apportent une chronologie et une typologie des différentes
étapes d’occupations, ainsi que des précisions sur les modes de vie.
Photo 8. Grâce à la sécheresse de juillet 1976, j’ai pris cette photo
à Conchil-le-Temple (Pas-de-Calais). Ces cultures plus vertes révèlent à la perfection des tracés protohistoriques. Hélas cet ensemble
ne sera plus jamais repérable. En effet, une autorisation d’ouverture de carrière était déjà octroyée. Jean-François Piningre fut chargé
du sauvetage. Ces enclos sont bien datés de l’âge du Bronze et les
tracés rectilignes sont ceux d’un établissement rural gaulois.
Quelle est la nature des cultures ?
La plus grande partie apparaît dans un champ de céréales
presque mûres, mais au premier plan, le double cercle se
révèle dans un champ de betteraves qui sortent de terre.
Photo 9. Où croyez-vous que nous sommes ?
Sur le côté gauche de l’image, nous voyons la rocade routière d’Amiens, près de Salouël (Somme). Dans les cultures,
en juin 1998, j’ai photographié ce très bel ensemble dans
les céréales mûrissantes.
Pourquoi n’y aura-t-il pas de fouilles ?
Il n’y a pas de risques de confusions. Ces vestiges sont déjà
apparus souvent l’hiver et sur place on trouve des tessons
antiques. De plus, ce secteur n’est pas menacé de destruction à moyen terme. Rappelez-vous bien que le but de l’archéologie aérienne est de dresser l’inventaire du patrimoine
enfoui et de le protéger. Dorénavant les fouilles ne sont entreprises que si le site est menacé de disparition.
Que voyez-vous autour des pylônes électriques ?
Des cercles, mais ils résultent simplement du passage des
tracteurs qui les contournent !

Documents pareils