May 2012 - AATF

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May 2012 - AATF
Le Canard déchaîné, tome 35, Numéro 4 : juin 2012
Le Canard déchaîné
The American Association of Teachers of French
Washington, Alaska, British Columbia, Alberta Chapter
C
Lettre de la présidente
le 15 mai 2012
hers Collègues,
C’est un plaisir aigre-doux de vous adresser
ma dernière lettre, car la publication de ce numéro de notre Canard déchaîné correspond à la fin de mon mandat. Je vous remercie de l’honneur de vous avoir représentés. L’expérience a
enrichi ma vie, surtout par la possibilité de connaître tant de professeurs dynamiques à
tous les niveaux de l’enseignement, de la maternelle à l’université, du
Mary Anne O’Neil, presidente actuelle
public au privé. Mais je
vous laisse en bonnes
Dans ce numéro
mains. Notre nouvelle
Lettre de la Présidente
1
présidente, Catherine
Mary Anne O’Neil
Ousselin, de Mount VerLa Chasse aux Mots
4
Colette Dio
non High School, a déjà
Le Nègre de Molière
acquis une réputation na9
Jack Iverson
tionale avec ses ateliers
Berte Morisot et
de technologie, aussi bien
l’impressionnisme
12
Kathleen Brunner
que par son voyage au
Catherine Ousselin, présidente élue
Le Coin du pedagogue :
Chad l’automne dernier,
Le Verbe français III
16
où elle a travaillé avec les
John Robin Allen
Important dates and
élèves et les professeurs de ce pays afri20
Contact information
cain pour encourager l’éducation des
filles. Margaret Newcomb, notre nouvelle vice-présidente, enseigne le français—
aussi bien que la littérature anglaise et les beaux-arts—à Bishop Blanchet High
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Le Canard déchaîné, tome 35, Numéro 4 : juin 2012
Margaret Newcomb, vice-president élue
Sheryl Meservey, sécretaire
Michelle Pounder, trésorière
School à Seattle. Margaret a déjà participé à un échange avec un lycée de l’Académie de Nantes, et elle est prête à aider d’autres enseignants de Washington qui s’intéressent à profiter du MOU
(Memorandum of Understanding) entre l’état de Washington et
l’Académie de Nantes. Sheryl Meservey, de Shahala Middle School
à Vancouver, Washington, servira de secrétaire; Michelle Pounder,
de Bishop Blanchet, sera notre nouvelle trésorière; Anna Barker, de
Mount Vernon High School, prendra la relève du Grand Concours
pour les trois prochaines années.
J’ai encore de bonnes nouvelles à vous annoncer. Le Grand
Concours continue à attirer davantage de professeurs de notre région. En 2012, vingt-neuf profs de Washington et de la Colombie
Anna Barker, directrice du
Grand Concours
Britannique, dont la majorité sont membres de l’AATF, y ont participé. Nos bons amis de Seattle-Nantes Dollars for Scholars ont encore décerné trois bourses pour encourager l’étude du français dans les universités de l’état de Washington. Les boursières pour 2012 sont Natalie
Andrus de Central Washington University, Alexandria Graff de Bothell High School, et Lauren
Seattle-Nantes Dollars for Scholars a
Moses d’Inglemoor High School. Les deux lycées
encore décerné trois bourses pour ense trouvent dans les banlieues de Seattle. Pour tout
courager l’étude du français dans les
renseignement à propos de cette bourse, contactez
universités de Washington State
Tom Bennett : [email protected] Et—en parlant
Le Canard déchaîné, tome 35, Numéro 24: juin 2012
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d’Inglemoor High School, j’ai le très grand plaisir de vous annoncer que Jenny Hallenbeck
d’Inglemoor High a reçu le prix Dorothy Ludwig
Excellence in Teaching at the High School Level
pour cette année. Ann Sunderland, présidente de
l’AATF, reconnaîtra Jenny pour son service et
ses innovations à l’enseignement du français
pendant le congrès national à Chicago en juillet.
C’est la deuxième année de suite qu’un professeur de notre chapitre, l’AATF WA/AK/BC/AB,
a gagné le prix Dorothy Ludwig !
C’est le privilège du président sortant de
donner un petit conseil à ses collègues. Vous aurez sans doute deviné le mien : engagez-vous
autant que possible dans notre organisation aux
niveaux local et national. Notre American Association of Teachers of French a pour seul but de
nous réunir et de nous soutenir. Assistez aux
Jenny Hallenbeck : gagnante
congrès annuels, établissez la Semaine du Frandu prix Dorothy Ludwig
çais à votre école, lisez nos bulletins et notre
French Review, participez aux blogs. Pour citer Pascal dans Les Pensées, vous êtes déjà embarqués.
Vous n’avez
rien à perdre et
tout à gagner !
Bonne
C’est la deuxième année de suite
qu’un professeur de notre chapitre a
gagné le prix Dorothy Ludwig !
fin d’année, bonnes vacances.
Mary Anne O’Neil
Mary Anne O’Neil, Présidente, 2010-2012
AATF Washington/Alaska/
British Columbia/Alberta
[email protected]
Le Canard déchaîné, tome 35, Numéro 24: juin 2012
L a
L a
L
C h a s s e
a u x
M o t s
C a m pa g n e P r és i d e n t iel l e
e n F r a n c e
es deux candidats, comme deux coqs, sont entrés
dans l’arène. Nous sommes entre les deux tours
(rounds). Passionnant face à face — on peut aussi écrire un
face-à-face. Face à face est aussi une locution adverbiale ; ainsi : les deux hommes se sont trouvés face-à-face. Et comme
deux ennemis, ils se regardent en chiens de faïence. Se regarder en chiens de faïence, c’est se regarder méchamment,
comme deux chiens à l’arrêt. L’origine de cette expression
Un crêpage de chignon
viendrait
des statues
de faïence
représentant deux
chiens
(parfois
deux lions)
qui se font
face au
pied des
Un chien à l’arrêt
Un autre crêpage de chignon
escaliers
d’une
grande maison de maître. Ce face à face politique fut un véritable crêpage de
chignon ; se crêper le chignon : littéralement, se battre en tirant les cheveux de
l’autre ; une expression, hélas, encore, où les femmes sont vues comme des mégères (shrews) ; les hommes, eux, se battent comme des lions. Les candidats à
la présidentielle (sous-entendu : à l’élection présidentielle) font des pieds et
des mains (to move heaven and earth) pour gagner. Les sujets de discorde ne
manquent pas : comment rembourser la dette publique qui est un puits sans
fonds ; si vous n’aimez pas cette image vous pourrez dire : qui est abyssale.
Pour cela, l’un veut augmenter les impôts sur le revenu, (pauvres contribuables !) ; l’origine du mot contribuable est le substantif contribution ; contribution pour moi a des relents de volontariat, ce que l’impôt n’est pas. Pour cela
Un chignon
il faudrait soit augmenter le taux d’imposition pour tous, soit augmenter les
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tranches d’imposition (tax brackets). Tous deux sont d’accord pour augmenter le taux
de la T. V. A. (taxe sur la valeur ajoutée), (V.A.T. ). Que voilà un sujet brûlant !
Difficile de prendre une décision quand il y a tous ces paradis fiscaux ! (tax havens).
Le problème des paradis fiscaux n’est pas du ressort de la France seule ; (être du ressort ou être de la compétence). Un ressort n’indique pas seulement cette petite pièce mécanique flexible (spring) mais au
sens figuré indique la compétence. On peut dire : ce problème
n’est pas de mon ressort ou n’est pas de ma compétence. Oui,
le pouvoir d’achat est leur grand cheval de bataille (hobbyhorse). Quelle belle image pour indiquer un sujet dont on aime
souvent parler, qui vous tient à cœur ! Tenir à cœur : close to
one’s heart ; là l’anglais et le français se rejoignent dans le doUn best-seller du
e
maine du cœur.
XX siècle
Les candidats se heurtent sur le dossier de l’immigration et celui des sans-papiers (undocumented persons). Doit-on expulser ceux-ci immédiatement ?
Tiens, voici des substantifs fabriqués comme les « sans
-papiers ». (Rappel un sans-papiers ou des sanspapiers). Un sans-domicile-fixe ou S. D. F. ou un sans
Une culotte du XVIIIe
siècle
-abri (a homeless person). Un sans-travail : même
sens qu’un chômeur ; pluriel : des sans-travail. Les sans
-culottes : rassurez-vous, on ne se promène pas fesses nues en France ; rappelez-vous la Révolution Française (celle de 1789, pas les autres) ; des révolutionnaires, des gens dits du peuple,
portaient des pantalons à rayures et
non des culottes avec des bas comme
les portaient les nobles ou aristocrates ; c’est de cette période que
date le port du pantalon par les
hommes (et par les femmes ensuite) ;
depuis, le mot culotte s’emploie pour
Un sans-culotte portant un pantalon
désigner un sous-vêtement féminin,
à rayures, XVIIIe siècle
dit aussi, slip. Inutile de rappeler sur
quel mot le mot culotte a été formé.
Mais je m’éloigne de mon sujet. Le dur clivage entre droite et gauche
montre bien les qualités et les défauts des démocraties. Voici d’autres
pommes de discorde entre les candidats : le recrutement (hiring) de
fonctionnaires supplémentaires, l’adoption d’enfants par des couples homosexuels etc. Arrêtons-nous sur ces mots : la pomme de discorde (bone
of contention) : ils font allusion, dans la mythologie grecque, à la pomme
Une culotte moderne
que la déesse de la Discorde (une qui a dû avoir beaucoup de pain sur
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la planche =
beaucoup de
travail, et qui
en aurait encore beaucoup si elle
vivait encore
parmi nous) a
donné à Pâris
et que celuiLe Volant luxueux de la « déesse »
Une « déesse » moderne, la Citroën
ci
a
donné
à
modèle DS
Aphrodite,
déesse de l’Amour, afin que celle-ci l’aide à obtenir l’amour d’Hélène ; c’est ainsi que l’Amour a donné naissance à la guerre, ici la guerre de Troie ; à vous décourager de l’Amour !
La langue anglaise préfère la bagarre entre deux chiens pour se saisir d’un os.
Les candidats ont le verbe haut (ils parlent avec beaucoup d’assurance et de présomption) ; et, bien sûr, ils
dénigrent ce que l’autre a pu faire dans sa carrière ; (dénigrer : dans ce verbe on retrouve l’adjectif noir ; donc dénigrer, c’est noircir quelque chose ou quelqu’un, dire du mal). Parfois ces candidats sont de véritables serpents qui
distillent leur venin. Ah, ah, tiens, tiens, je n’ai pas entendu de discussion sur la parité au gouvernement. La parité
(sous-entendu : la parité entre hommes et femmes) est un sujet qui revient constamment dans les discussions comme
le serpent de mer, mais qui n’a pas encore trouvé de
Dans le gruyère, il y a des trous. Plus il y
solution, ni dans le monde du travail ni en politique.
a de gruyère, plus il y a de trous, mais plus il
y a de trous, moins il y a de gruyère.
Arrêtons-nous sur cette phrase « ce sujet revient
Alors, plus il y a de gruyère, moins il y a
comme le serpent de mer » ; elle rappelle que souvent
de gruyère ? !
dans les journaux les plumitifs (ou mauvais écrivains)
ressortent ce même sujet d’un monstre marin ou du
monstre du Loch Ness. Dans les postes importants en
France, peu de femmes ; elles sont toujours victimes
d’ostracisme (= exclusion) et l’égalité salariale n’est
pas pour demain. (Ce n’est pas pour demain : expression familière : il y a peu d’espoir pour le futur.) Un
autre sujet important a été esquivé (= évité) ; il s’agit
du problème du cumul des mandats. Ainsi, un
Un gros « rat » dans un fromage : le fromage est bon !
homme politique peut détenir trois mandats (il y a
quelques années, ce n’était pas trois mais cinq) ; par
exemple nous avions un ministre qui était aussi maire d’une grande ville ainsi que Président de Région ; autre
exemple, un Premier Ministre aussi maire d’une très grande ville et chef de son Parti. La liste est longue. Le fromage est bon ! Cette expression familière indique qu’il est des situations fort avantageuses dont certains tirent un
profit maximum comme un gros rat dans un fromage. Parfois les candidats commettent des bourdes (they blunder)
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Un drapeau en berne
Un euro allemand,
côté face
Un euro belge,
côté face
en particulier quand ils donnent les chiffres négatifs de la balance commerciale (trade
balance) qui souffre de la croissance en berne. Vous avez peut-être déjà vu cette image
d’un drapeau en berne (at half-mast). Au sens figuré être en berne évoque immédiatement la tragédie, le négatif. Beaucoup de votants croient que cette croissance négative
est due au mauvais fonctionnement de l’Europe et de l’euro, la monnaie commune. Ces
derniers seraient-ils simplement des boucs-émissaires (scapegoats). L’Europe n’a plus
la cote pour certains (=n’est plus tellement appréciée). En passant : une autre expression avec cote que j’aime beaucoup : avoir la cote d’amour ; ainsi, un homme politique
en qui nous croyons beaucoup peut être dit : avoir la cote
d’amour.
Pour en revenir à l’euro, je suis allée jeter un coup
d’œil à mes pièces de monnaie.
Nous avons beaucoup de pièces
d’un euro et de deux euros, ce
qui alourdit considérablement le
porte-monnaie. Comment se présente une pièce de un euro ? 
Un euro, côté pile
Côté pile : le chiffre 1, suivi par
le mot euro en lettres majuscules ; côté face : cela dépend du
Un euro espagnol,
pays ; pour l’Allemagne, un
côté face
aigle  ; pour l’Espagne le portrait du Roi, idem pour la Belgique ; pour les Pays-Bas, le portrait de la reine Beatrix vu de
profil et coupé en deux (la
Deux euros, côté pile ;
la plus grand difference : le
femme vaudrait-elle la moitié
choix des couleurs
d’un homme ?). Une présentation
un peu similaire pour les pièces
Un euro du pays-bas,
de deux euros sur le côté pile. 
côté face
Quant au côté face pour la France
nous avons les lettres R.F. (République française) avec : Liberté, Égalité, Fraternité. 
Autre pièce intéressante celle de cinquante centimes (en abrégé : cts) ; La France, côté face, est représen-
50 centimes français,
côté face
tée par « La Semeuse » , un des symboles de la République Française. Cette semeuse est vue de profil et coiffée
du bonnet phrygien ; elle est drapée à l’antique. Le bonnet phrygien est le symbole de liberté (voir à la révolution
Un euro français,
côté face
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française de 1789 ainsi qu’aux États-Unis d’Amérique pendant la
guerre d’Indépendance) ; ce bonnet a été aussi appelé « bonnet
rouge ». L’allégorie de la Semeuse a aussi été adoptée sur des
timbre-poste
français ; l’autre
symbole adopté aussi par la poste est
celui de Marianne
(inspiré chaque fois
pas une actrice franLa Liberté (coiffée du bonnet phrygien)
çaise) ; dernier symguidant le people. Tableau par Delacroix
bole sur des pièces
de monnaie : celui de l’arbre. On
La Semeuse, adopté par la poste.
voit une belle allégorie : celle de
l’Agriculture ? Je ne sais.
Eh bien maintenant chantons ensemble : « Aux urnes citoyens ! »
Colette Dio, Professeur émérite
Université de
Nancy II
Le Bleu-blanc-rouge, logo official de la France,
avec « Marianne » au centre
Une urne électorale
Le bonnet phrygien
Nicolas Sarkozy et sa femme
Carla Bruni
François Hollande et sa compange
Valérie Trierweiler
Colette Dio
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D
L e
N è g r e
d e
M o l i è r e
?
ans ses grandes lignes, ce téléfilm de 2005, signé Didier Bivel, n’a rien de particulièrement surprenant: Un professeur qui frôle la cinquantaine se désintéresse de sa femme ; il est trop pris par sa
recherche et par la politique universitaire pour
s’investir dans un mariage qui a perdu sa raison
d’être depuis que le fils unique arrive à l’âge
adulte. D’ailleurs, madame se trouve trop occupée pour prendre cela au tragique. Se pointe
alors la jeune femme faite pour réveiller cet
homme rêveur. Et voilà que tout se termine
bien, et la vie qui commence de nouveau lorsqu’on se donne le temps de penser sérieusement
à l’amour. . . .
Rien de plus banal, sauf que le prétexte
derrière cette comédie romantique s’inspire directement d’une controverse qui trouble les
cercles littéraires en France depuis le siècle derL’étudiante Séverine Liotard avec le professeur Delorme
nier, et qui a été récemment ravivée par l’informatique moderne, provoquant des polémiques
extrêmement vives. En effet, il se trouve que la jeune femme dans le film, Séverine Liotard, est une chercheuse
qui, grâce au logiciel statistique dont son père est l’inventeur, tient les clés d’un mystère qui va de plus en plus
obséder le héros de l’histoire, Jean-Jacques Delorme. Car, d’après Séverine, son logiciel révèle d’étonnantes
ressemblances entre l’écriture de Molière et celle de Corneille; en fait, conclut-elle, celui-ci doit être l’auteur des
Corneille serait le veritable auteur
œuvres attribuées à celui-là. Les chiffres ne mentent pas!
pieces de Molière
Le professeur Delorme est loin d’être convaincu, mais
Un visiteur chez Corneille à Rouen en 1657 ?
frappé par la conjoncture historique entre la visite de
Molière à Rouen en 1657 et son triomphe parisien
peu après, se souvenant de l’amour que nourrissait
Corneille pour Marquise-Thérèse du Parc, comédienne dans la troupe de Molière, et troublé par la
présence de la jeune femme, il se fait prendre au jeu.
En travaillant en tête à tête avec l’informaticienne
attrayante, sous le poids d’une timidité accablante, il
se livre à des fantasmes agréables, se projetant dans
le passé, s’imaginant dans le rôle d’un Corneille
vieillissant, tout en accordant les traits de la jeune
chercheuse à mademoiselle du Parc. À partir de là,
des
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les allusions à la littérature du dix-septième siècle foisonnent, y compris
une domestique nommée Martine qui n’hésite pas à donner un rappel à
l’ordre à son maître, le professeur de lettres distrait. Petit à petit, JeanJacques surmonte ses préjugés scolaires pour embrasser la thèse selon laquelle Corneille serait le véritable auteur des pièces de Molière, ce qui lui
permettra enfin de déclarer son amour pour Séverine. Ainsi se termine Le
Nègre de Molière, la banalité de la situation de base étant rachetée en
grande partie par son caractère ludique et l’intérêt de voir vulgariser de
cette manière une querelle de lettrés.
Un mot d’abord sur le titre. Le mot « nègre » ne peut que choquer
dans le contexte anglo-saxon par ses résonnances racistes, et pourtant ce
terme est toujours d’usage en France pour indiquer une « personne anoPierre Corneille
nyme qui rédige pour une personnalité, qui compose les ouvrages d’un auteur connu » (Trésor de la Langue Française informatisé, http://www.cnrtl.fr/definition/negre ). Cependant, de
l’autre côté de l’Atlantique, au Québec, on cherche des équivalents qui expriment la même idée sans en avoir les
mêmes inconvénients. Au sujet du mot « nègre », Le Grand Dictionnaire terminologique note que, « Aujourd’hui, on
observe dans l’usage certaines réticences à l’employer en raison de sa très forte connotation. Il est alors utile de pouvoir utiliser des termes plus neutres comme auteur à
Le mot « nègre » ne peut que choquer dans gages, écrivain à gages et prête-plume, même s’ils
le contexte anglo-saxon
sont d’un usage moins fréquent » (http://
www.granddictionnaire.com, « nègre »). C’est dire,
en passant, que la rectitude politique (autre expression définie par Le Grand Dictionnaire terminologique !) a fait moins de progrès en France qu’au Québec. « Le
nègre de Molière » est donc Corneille qui, aux dires de certains, serait le prête-plume du grand comédien.
Ceux qui voudraient en savoir plus sur cette thèse controversée—articulée pour la première fois en 1919 par
le poète Pierre Louÿs, réitérée maintes fois depuis—peuvent lire dans le Wikipédia français un article consacré à la
« Paternité des œuvres de Molière » (http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Paternité_des_œuvres-de-Molière). Ce
texte résume les arguments des partis adverses, les « Cornéliens » et les
« Moliéresques ». D’un côté, les éléments suspects de la biographie de Corneille
(Pourquoi déménage-t-il à Paris à l’âge de cinquante-six ans?), l’absence de tout
manuscrit, les méthodes statistiques utilisées depuis 1998 par des chercheurs français pour affermir (grâce à l’analyse de la « distance intertextuelle » et des
« collocations ») l’idée que les œuvres de Molière ne sont pas de lui. De l’autre
côté, une dénonciation des méthodes statistiques insuffisantes (qui ne prouvent,
d’après ces critiques, que le caractère homogène de la langue classique), une explication des anomalies biographiques basée dans les pratiques littéraires de l’époque,
et les témoignages des contemporains de Molière.
Quelle est, finalement, la réponse à l’énigme? S’agit-il d’un canular perpéJean-Baptiste Polequin,
dit « Molière »
tué au dix-septième siècle, ou d’un faux scandale monté par des chercheurs
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.
Le Canard déchaîné, tome 35, Numéro 4 : juin 2012
modernes malavisés? Personnellement (s’il faut donner mon avis), j’avouerai que les arguments avancés en faveur
de la thèse cornélienne me semblent loin d’être décisifs. Mais peut-être que le véritable intérêt de la question réside
ailleurs. Si, de très loin et sans les passions partisanes
. . le véritable intérêt de la question
qu’inspire cette controréside ailleurs
verse en France, nous pouvons nous intéresser à cette
querelle Corneille-Molière,
c’est qu’elle donne la mesure du rôle important que le patrimoine littéraire continue
à jouer dans la culture française contemporaine. Car ce n’est pas exclusivement dans
les cercles universitaires que ces questions se débattent, mais à la radio, dans la
presse populaire, dans des livres à grand public, sur des sites web très élaborés,
et . . . au théâtre (où cette l’affaire a inspiré à Valérie Durin une dramatisation, Corneille-Molière, l’Arrangement aussi bien qu’un passage mordant dans la dernière
pièce de Jean-Claude Grumberg, Moi je ne crois pas !). Molière continue donc à
fasciner les Français (témoin le film brillant de
Laurent Tirard, Molière, de 2007), et même la remise en question de son existence en tant qu’auteur (voir Goujon et Lefrère, « Ôtemoi d’un doute », n.d., ISBN-13: 978-2213630809) n’est qu’un signe de plus de sa
vitalité continue.
Liens :

L’Affaire Corneille-Molière (site cornélien) — http://www.corneillemoliere.org

Molière, auteur des œuvres de Molière (site moliéresque) — http://
www.moliere-corneille.paris-sorbonne.fr/

Corneille Molière, Controverse sur l’utilisation d’algorithmes pour déterminer
la paternité d’une œuvre — http://corneillemoliere.perso.rezel.net/

Pierre Assouline, « Corneille, nègre de Molière? Moi je crois
pas? » (commentaire qui incorpore la pièce de Jean-Claude Grumberg, Moi je
crois pas!) — http://www.goojet.com/g/feed/0f3192d1-3d35-4904-83a8b25e1a78d2bf/full/24090329?returnListId=24090329&v=0

Delphine Peras, « Corneille fut-il le nègre de Molière? » — L’Express, 1 février 2007, http://www.lexpress.fr/culture/livre/corneille-fut-il-le-negre-demoliere_811995.html

Jack Iverson
Lila Azam Zanganeh, “Not Molière! Ah, Nothing Is Sacred” —The New York
Times, 6 September 2003, http://www.nytimes.com/2003/09/06/books/not-moliere
-ah-nothing-is-sacred.html
Jack Iverson
Whitman College
Walla Walla, Washington
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B e r t h e
M o r i s o t
:
g r a n d e
d a m e
l ’ i m p r e s s i o n n i s m e
D
d e
l e
r e g a r d e
d e
l a
ans son journal intime, Berthe Morisot a écrit, « Fixer quelque chose de ce qui se passe, oh quelque
chose, la moindre des choses, une attitude de Julie, un
sourire, une fleur, un fruit, une branche d’arbre. . . . Cette ambition-là
est encore démesurée . . . » Les tableaux, les huiles, les aquarelles et les
dessins de Berthe Morisot sont toutes des expressions de ce rêve personnel. Elle aimait sa famille, ses amis, et ses animaux d’une passion très
forte. Son œuvre est une réflexion de son regard et de sa lutte pour exprimer son monde comme un journal intime de sa famille.
Cette manière nous rappelle une autre femme célèbre, Mme de
Sévigné, qui a exprimé dans ses lettres son amour pour sa fille et pour
son monde. Berthe Morisot témoignait son amour aussi, avec la même
pureté. Elle a peint ses impressions de la nature et de la famille avec une
tendresse immense, avec plaisir et sincérité. Son utilisation de la lumière, du ton, des touches, des couleurs et son amour pour les sujets de
la vie moderne et de sa famille affirme qu’elle est vraiment la grande
dame de l’impressionnisme. Elle exprime une vérité en peinture.
Pour apprécier cette grande artiste, il vaudrait mieux redécouvrir son œuvre et tout le charme qui en dégage. J’affirmerai que Berthe
Morisot est le peintre impressionniste quintessentiel. Elle aimait peindre
Son portrait le mieux connu est Berthe Morisot
en plein air dans son jardin. Elle démontre une sensibilité pour la vie
au bouquet de violettes (1872) par Édouard
familiale comme aucun autre artiste ne l’a fait. Elle s’exprime par toutes
Manet. C’est un portrait pur de Berthe Morisot
habillée et coiffée de noir. Le portrait est un peu
sortes de moyens : la peinture à l’huile, l’aquarelle, le pastel et les
plus petit que nature. Le visage est éclairé à
crayons de couleurs. Les couleurs de Berthe Morisot sont toujours très
gauche, et il y a une insistance sur son regard
dirigé droit sur nous. La lumière et l’arrière-plan
claires et transparentes. Quelquefois elle laisse des blancs sur la toile ou
sont délicats. Elle porte un petit bouquet de viosur le papier, c’est-à-dire sans couleur, pour indiquer un relief ou une
lettes dans son corsage. C’est un portrait qui
souligne
son indépendance, son originalité, et sa
tache de lumière. Elle dilue ses couleurs dans beaucoup d’eau. Souvent
force. Le visage est coupé en deux ; à gauche la
les taches sont transparentes sur le papier. Dans ses tableaux, l’huile est
touche est libre et à droite réservée et calme.
plus brillante
mais elle l’utilise comme l’aquarelle. La plupart des modèles de
Berthe Morisot est le peintre
Berthe Morisot étaient sa sœur Edma, sa fille Julie, ses nièces, et
impressionniste quintessentiel
enfin des jeunes filles de ses amis. Son époux Eugène Manet
(frère d’Édouard Manet) est le seul homme dans ses toiles.
Dans le monde de l’art il y a trois regards: 1) le regard d’un peintre : comment il voit son sujet et transpose ce
regard sur la toile ou sur d’autres medias; 2) le regard du sujet du tableau qui nous provoque, qui frappe nos émotions
ou, peut-être, qui nous distancie; et 3) le regard du spectateur qui voit les tableaux. Nous étudierons ces trois regards
dans plusieurs tableaux de Berthe Morisot.
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À la lumière de l’impressionnisme Berthe Morisot a ajouté de la tendresse et du bonheur, aussi bien
qu’une sensation de la fragilité du paradis domestique. Son ambition était de mélanger le réalisme et l’impressionnisme, ce qui lui permettait d’enluminer et
d’enchanter la vie de tous les jours. Pour
réaliser ce but, elle s’est concentrée sur les
regards et les visages des enfants, l’innocence candide des jeunes filles, et l’amour
d’une mère. Avec des couleurs et des lumières délicates et sentimentales, elle a
peint d’un pinceau léger les sujets et les
thèmes qu’elle a toujours connus. Elle a
fait un mélange de douceur, de sérieux, et
de rêves, mélange qui exprime son univers
et sa propre palette. Elle ne souhaite
qu’une chose : d’être elle-même, en toute
La Lecture ou l’ombrelle verte (1876)
sincérité. Elle a toujours refusé de « faire
du Manet », « faire du Monet », ou « faire
du Renoir. » C’était une maîtresse des formes et de la couleur. Elle recherchait la perfection exaltée par la vérité.
D’un pinceau subtil et délicat, précis et profond, léger et
doux, elle a établi une harmonie entre la lumière, la couleur, le ton, et la touche pour immortaliser un moment de
bonheur.
Berthe Morisot peint un monde idéal, un monde
dont elle
rêve. Le
Elle ne souhaite qu’une chose :
tableau
d’être elle-même, en toute sincérité
de
Berthe
Morisot intitulé La Lecture ou l’ombrelle verte est un portrait de sa sœur Edma en plein air. Les yeux fixés sur la
page, Edma lit sans faire attention au spectateur.
En 1872, Berthe Morisot a peint Femme et enfant
au balcon, un portrait d’Edma et de Paule Gobillard, la
fille de son autre sœur Yves, toile exécutée sur le balcon
des parents de Berthe dans la rue Franklin. Les couleurs
sont douces, les bleus et les roses juxtaposés contre la robe
noire de la mère et la robe-chasuble blanche de l’enfant. La
mère tient les bras posés sur le balcon et regarde avec
beaucoup de tendresse sa fille qui regarde la Seine et Paris.
Femme et enfant au balcon (1872)
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Le Canard déchaîné, tome 35, Numéro 4 : juin 2012
Le Berceau est un portrait très connu d’Edma et de sa fille Blanche.
Les mains de la mère, l’une posée sur le berceau, l’autre qui soutient la tête,
suggèrent la tranquillité de la scène, sensation renforcée par le choix de couleurs douces. Le regard de l’artiste pour son sujet est également tendre.
Morisot ne ressentait pas elle-même le bonheur qu’elle dépeignait dans
ses tableaux. Elle s’appelait un petit cygne noir : très brune, tandis que ses
sœurs étaient châtain et blondes. Elle souffrait d’inquiétudes qui la ravageaient et qui
provoquaient toutes sortes de maux, de migraines et de douleurs d’estomac, tout ce
qui lui a donné une attitude d’agressivité et
Le Berceau (1872)
une mauvaise humeur. Elle était tourmentée
par le doute et l’incertitude, et elle avait
besoin de trouver un
moyen pour dépasser sa Morisot ne ressentait pas elle-même le
mélancolie. Dans Autobonheur qu’elle dépeignait dans ses
portrait, son visage est
tableaux
dur, un peu triste et mélancolique.
Enfant avec les roses tréAutoportrait (1885)
mières est un portrait de sa fille Julie en plein air pendant l’été dans le jardin de Bougival. La petite est au
centre du tableau, sans chapeau et totalement encadrée par des roses
trémières, en train de jouer avec son tonneau. Le sujet ne regarde ni sa
mère ni le spectateur. L’artiste peint l’enfant dans un style bien impressionniste. La peinture à gauche du cadre est ouverte et elle peint le paysage à l’extérieur du
jardin. Le
linge étendu sèche au
-delà des
Enfant avec les roses trémières (1881)
maisons du
village.
Eugene Manet et sa fille dans le jardin : Ce
tableau a été exécuté en été à Bougival où Berthe et
Eugène Manet avaient loué une maison. C’est un
double portrait du père et de sa fille dans une entente
affectueuse. Le père lit à sa petite. Le dos de Julie est
devant nous, et son père nous regarde. Le vert domine
Eugène Manet et sa fille dans le jardin (1881)
et le style est clair et dur.
Le Canard déchaîné, tome 35, Numéro 24: juin 2012
Julie au violon (1893)
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Julie au violon : Dans ce portrait de sa fille, le
style est bien différent de celui des tableaux précédents.
Les touches sont plus longues. Les yeux fermés, l’enfant
est perdue dans sa musique. Berthe Morisot reproduit en
arrière-plan un portrait favori d’elle-même peint par Manet, Portrait de Berthe Morisot étendue.
Bien que Morisot ait toujours peint les tableaux
de sa famille avec affection et un plaisir évident, ses autoportraits
témoignent
de sa tristesse et de
sa mélancolie.
Néanmoins, elle
avait une
passion
intensive
Portrait de Berthe Morisot étendue (1873)
pour le
Dans ce portrait de Berthe Morisot par Manet, il y a
travail et
un contraste prononcé entre les tons et les manières.
Le noir profond de sa robe et l’orange-brun sur le
pour son
mur est juxtaposé contre la lumière blanche sur son
art, et ses portraits font preuve de cette passion.
visage et sa dentelle fine dans le corsage de sa robe.
Berthe Morisot a une grande beauté, son regard est
Un portrait est une révélation ou une provocation qui nous
profond avec une notion de jeu. Sa tête est penchée
demande de l’observer avec attention. Comme spectateurs, nous
un peu comme si elle nous invite à lui parler. Berthe
Morisot avait beaucoup d’affection pour ce portrait.
regardons chaque portrait pour obtenir les clés qui nous aideront à
lire tout ce que l’artiste crée. Les portraits de Morisot sont une interaction et un échange de regards : l’artiste regarde le sujet, celui-ci
regarde l’artiste ou le spectateur, et le spectateur regarde l’œuvre
d’art. Ces chefs-d’œuvre nous révèlent non seulement des aspects
de l’impressionnisme mais le caractère de l’artiste : ses doutes et ses
hésitations, en contraste avec l’ amour et la tendresse qui ont joué le
plus grand rôle de sa vie.
Kathleen Brunner, PhD.
Seattle, Washington
-o-oOo-oThis article is dedicated to the memory of my father, who passed
away one year ago, on August 6, 2011.
Kathleen Brunner
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T
Le Canard déchaîné, tome 35, Numéro 4 : juin 2012
L e C o i n d u p é d a g o g u e :
L e V e r b e f r a n ç a i s I I I
his is the third in a series of articles on the French verb. The first article discussed the “shoe” pattern wherein verb forms “inside the shoe”
differ from those “outside of the shoe.” For example, the present tense of the verb
venir shows the contrast between the forms with “ie” and those with just “e,” and
the pattern they form on a grid has the shape of a crude shoe.
The second article presented a Précis du verbe français, an overview of
the French verb system, put into a one-page table similar to the chemical Periodic Table of Elements. Since
French tense endings are relatively constant, the Précis provides them for the many different forms that any
French verb can take.
In this third column we will try to reduce, as much as possible, what a student has to learn in order to
conjugate a verb in all tenses and with all persons. If one has a good knowledge of the Précis, one can easily conjugate all regular verbs. Irregular verbs are another matter, for they do not follow the rules. There is a solution.
One does not have to learn the 249 forms of each verb. Since time immemorial, grammarians have established a
traditional five principal parts for each French verb. From those, one can derive almost all of the forms of the
verb. Therefore, to learn to conjugate any particular verb, one can learn just (a) its five principal parts and (b) the
places where the principal parts do not work. In the table below, the left side gives the names of each of the traditional five principal parts, along with an example from a relatively simple verb, finir. The right side gives the
names of tenses that derive from a particular principal part, along with examples of the verb in those tenses. The
numbers refer to persons (1-3 for the singular; 4-6 for the plural).
The chart above indicates that the present participle is the basis of all of the present indicative plural
forms (persons 4-6), but that is not always true. The present tense 3rd person plural can almost equally as often
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follow the “shoe” pattern and match the stem of the present tense. Compare
the conjugations of finir and boire to the right. Finir follows the principal
parts rule, while boire follows the shoe pattern.
In either case, the forms of the present subjunctive “inside the shoe”
are usually based on the present tense 3rd person plural, whatever may be its
origin.
An easy way to present verb tense information is in a table such as
the following. For reasons of space, the chart does not include the seldomtaught imperfect subjunctive, but it would be easy to add to column two.
In the chart above, note that the present subjunctive forms 1-3, 6 in the fourth column derive from the
present indicative 3rd person plural, ils dorment, seen in the second column. If this were a “shoe” verb, then the
present tense 3rd person plural would be in column four, and the subjunctive forms would be in their proper
place. With dormir and other “non-shoe” verbs, the justification for putting the subjunctive forms “inside the
shoe” illogically in the fourth column is simply to save space and fill an otherwise almost empty column that
almost half the time will hold those forms.
Knowing the five principal parts of a verb simplifies learning the tenses, but there are exceptions, particularly with the highly irregular verbs like avoir and être. If you already know French, you might enjoy the
following two puzzles. Here is a random selection of fifteen irregular verbs along with their principal parts:
1. Aller, allant, je suis allé(e), je vais, j’allai.
2. Avoir, ayant, j’ai eu, j’ai, j’eus.
3. Connaître, connaissant, j’ai connu, je connais, je connus.
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4. Courir, courant, j’ai couru, je cours, je courus.
5. Croire, croyant, j’ai cru, je crois, je crus.
6. Dire, disant, j’ai dit, je dis, je dis.
7. Dormir, dormant, j’ai dormi, je dors, je dormis.
8. Envoyer, envoyant, j’ai envoyé, j’envoie, j’envoyai.
9. Être, étant, j’ai été, je suis, je fus.
10. Faire, faisant, j’ai fait, je fais, je fis.
11. Pouvoir, pouvant, j’ai pu, je peux, je pus
12. Recevoir, recevant, j’ai reçu, je reçois, je reçus.
13. Savoir, sachant, j’ai su, je sais, je sus.
14. Suivre, suivant, j’ai suivi, je suis, je suivis.
15. Voir, voyant, j’ai vu, je vois, je vis.
For both of the following puzzles, assume that the third person plural in the present tense normally derives from the present participle (even though that is not true for almost half of all of the irregular verbs). The first
puzzle is to determine which three of the above verbs have no exceptions, such that one can derive all forms of all
tenses from the principal parts alone.
The second puzzle is to take any number of verbs from the list, not counting the verbs that have no exceptions, and write down the exceptions to those verbs, i.e., the forms that do not follow the “normal” pattern of principal parts. The number of exceptions runs from one to five, but each exception can affect more than one form.
The answers to those questions appear upside-down on the next page.
If you are just starting to learn French but have not yet mastered the verbs, a good way to start learning
them is to learn just two new verbs each week. Start with the regular verbs in tenses you know, then learn avoir
and être, since you need those to write the compound tenses. Finally, go through all the other irregular verbs, not
just the small sample of verbs listed above. Learn the principal parts and the exceptions where those parts do not
produce the correct form. Try to make a table for each verb such as the one shown above for the verb finir. When
you have such a table, try to make it again from memory and then check your results with the table you first
made. The key to learning verbs or any other part of any language is practice, practice, practice, or, better, play,
play, play. Play with all the forms, both orally and in writing. Test yourself. Get others to test you and you can
return the favor for them.
The next Coin du pédagogue will discuss methods that help you practice, learn, and test yourself with
verbs and other elements of any language.
If you would like to have a free copy of the tables of several French verbs,
similar to the table on finir above, along with a list of exceptions for each verb, you
are welcome to the ones I made for my students, along with the Précis du verb français presented in the previous Coin du pédagogue. They are all in MS Word format,
but it is easy for me to change them to PDF forJohn Robin Allen
Priddis, Alberta
mat if that would more convenient for you. Just
[email protected]
send me an E-Mail requesting them. My [email protected]
nates are to the right. Your goal and mine is to
Tel.
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Canada)
(403) 931-3555
simplify learning French for our students and
“J.R.” Allen
give them the tools to accomplish that.
The three verbs in the above list that derive all their forms from the principal parts are croire, dormir,
and suivre. The exceptions for the remaining verbs are:
Aller (three exceptions): (a) The infinitive does not generate the future or conditional stem: j’irai, j’irais. (b) The
present indicative inside the shoe is irregular and has to be memorized as such. (c) The subjunctive
forms inside the shoe do not derive from ils vont. They have the stem aill-, as in que j’aille.
Avoir (three exceptions): (a) The infinitive does not generate the future or conditional stem: j’aurai, j’aurais.
(b) The stem of all forms of the imperfect indicative does not derive from the present participle ayant. It
is av-, as in j’avais. (c) The present indicative inside the shoe is irregular and has to be memorized as
such.
Connaître (one exception): The present indicative 3rd person singular takes a circumflex accent : il connaît.
Courir (1 exception): The infinitive does not generate the future or conditional stem: je courrai, je courrais.
Note also that although courir looks like a verb of motion like aller, venir, partir, monter—verbs that
conjugate with être—the third principal part shows that courir conjugates with avoir: j’ai couru.
Dire (1 exception): In the present indicative, the 2nd person plural takes a circumflex accent and a t: vous dîtes.
Envoyer (1 exception): The infinitive does not generate the future or conditional stem: j’enverrai, j’enverrais.
Do not confuse this verb with voir in the present tense: je vois versus j’envoie.
Être (6 exceptions): (a) The infinitive does not generate the future or conditional stem: nous serons, vous seriez.
(b) All forms of the present indicative are irregular and have to be memorized as such. (c) The present
participle, étant, generates neither the present indicative nor present subjunctive forms “inside the shoe”:
nous sommes, que nous soyons, etc. (d) The stem of present subjunctive inside the shoe, que je sois, is
not based on the 3rd person plural of the present tense, ils sont. (e) The stem of the subjunctive outside
the shoe is irregular: que nous soyons. (f) The three imperative forms are based on the corresponding
subjunctive forms: Sois ! Soyons ! Soyez !
Faire (4 exceptions): (a) The infinitive does not generate the future or conditional stem: je ferai. (b) The present
tense 2nd person plural is irregular: vous faites. (c) The present tense 3rd person plural is ils font. (d) The
subjunctive forms inside the shoe are not based on ils font. It is fasse-, as in que je fasse. Note also that
the pronunciation of nous faisons is irregular: [nu fzõ] and that there is no accent in vous faites. Since
vous faites rhymes with vous êtes, persons sometimes under the influence of vous êtes may add an incorrect accent to vous faites.
Pouvoir (4 exceptions): (a) The infinitive does not generate the future or conditional stem: je pourrai, je pourrais. (b) There is no imperative for this verb either in English or French. (c) The stem for all forms of
the present subjunctive is the same: puiss-, but the stem is not based on any other form; (d) This is half
of a “shoe” verb with its vowels (ils peuvent is based on je peux rather than on pouvant, but the latter
contributes the v in ils peuvent).
Recevoir (2 exceptions): (a) The infinitive does not generate the future or conditional stem: je recevrai. (b) The
3rd person plural does not derive from the present participle, recevant. It is ils reçoivent, which makes
this a “shoe” verb but it also has an extra v, similar to pouvoir and savoir.
Savoir (3 exceptions): (a) The infinitive does not generate the future or conditional stem: je saurai; (b) The present tense 3rd person plural follows the vowels of the singular forms, je peux, ils peuvent, so this is also a
“shoe” verb but, similar to recevoir, the peuvent form has a v from the present participle. (c) The present
subjunctive stem for all persons, sach-, derives from the present participle rather than from ils savent.
Voir (2 exceptions): (a) The infinitive does not generate the future or conditional stem: je verrai, je verrais. (b)
The present tense 3rd person plural follows the shoe pattern, not the present participle: je vois, ils voient.
A n s w e r s
t o
t h e
P u z z l e s
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Im portant Dat e s, Sprin g -Sum me r 2012
June 30: Deadline for submission of proposals to COFLT-WAFLT bi-state conference in Vancouver, WA, October 13-14 2012 (see www.waflt.net/conferences)
Sunday, June 23: Start of summer sessions for Canoe Island French Camp (see
www.canoeisland.org)
July 5-8: AATF annual convention, Chicago
August 20: Deadline for submissions for the fall issue of the Canard déchaîné
Officers of the Northwest chapter of the AATF:
President: Prof. Mary Anne O’Neil, Whitman College, [email protected]
Vice-President and Grand Concours: Catherine Ousselin, Mount Vernon H.S.,
[email protected]
Secretary: Margaret Holland Newcomb, Bishop Blanchet H.S., [email protected]
Past President: Misa Bourdoiseau, Education Française Greater Seattle,
[email protected]
Editor, Le Canard déchaîné: Prof. John Robin Allen, University of Manitoba,
[email protected] or [email protected]
AATF WA/AK/BC/AB Chapter
c/o Mary Anne O’Neil
Department of Foreign Languages and Literatures
Whitman College
Walla Walla, WA 99362
To AATF Member:
WWW.AATF-NORTHWEST.ORG

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