La crise des garçons : mythe ou réalité

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La crise des garçons : mythe ou réalité
La crise des garçons :
Réalité ou mythe dans les classes de
français au collège en Suède ?
Författare: Christopher Rich
Handledare: Eva Larsson Ringqvist
Examinator: Chantal Albepart Ottesen
Termin: VT14
Ämne: Franska
Nivå: G3
Kurskod: 2FRÄ06
ABSTRACT
The objective of this thesis is to investigate the existence of a boy crisis in the French classes,
located throughout Swedish high schools. The main focus of the thesis is to determine whether or not the teachers feel as though there are differences between males and females in
three different main focuses. The three different focuses include the pupils’ headcount, their
behaviours, and their performances. Due to the fact that the results are capable of being weighed in the favour of the boy crisis or quite the opposite, the thesis firstly defines the two opposite ideologies that concern the boy crisis. On one hand, there is a camp that considers the boy
crisis a reality and on the other hand, there is another camp that believes this crisis is only a
myth.
The main material/method is composed of a series of interviews created by two French teachers who work in different high schools, located in two different communes in the southern
areas of Sweden. The results of the conversations revealed that it is rather difficult to precisely determine if there is actually a boy crisis in the class of French in Sweden’s high schools.
In terms of headcount, there is a big difference between boys and girls, as there are only a few
boys in French classes. This is due to the fact that the male pupils tend to pick an alternative
such as Swedish and English, instead of studying a modern language such as French, which
actually shows the premise of a boy crisis here. However, boys are doing well in terms of behaviour and performances. As a matter of fact, they are doing just as well as the girls. According to each teacher, generalization is considered inappropriate because not everything pertains to gender. Instead, they believe it is about the personality, as well as motivation of the
particular individual.
KEYWORDS: boy crisis, education, gender, French teaching, high school, language
learning, language teaching, lower secondary school, school performance, Sweden
TABLE DES MATIERES
1. INTRODUCTION ............................................................................................. 1
1.1 Objectifs et questions de recherche .................................................................................. 2
2. MATERIEL ET METHODE ............................................................................. 3
2.1 Matériel ............................................................................................................................ 3
2.2 Méthode ............................................................................................................................ 3
2.3 Délimitations et plan du mémoire .................................................................................... 4
3. LA CRISE DES GARCONS : UN PROBLEME QUI DIVISE ....................... 5
3.1 La crise des garçons perçue comme une réalité ............................................................... 5
3.2 La crise des garçons perçue comme un mythe ............................................................... 11
4. RESULTATS DES INTERVIEWS .................................................................. 13
4.1 Les différences au niveau des effectifs en classe de français .......................................... 14
4.2 Les différences au niveau des comportements des élèves en classe de français ............. 15
4.3 Les différences au niveau des résultats des élèves en classe de français. ....................... 17
5. DISCUSSION ................................................................................................. 18
6. CONCLUSION ............................................................................................... 20
BIBLIOGRAPHIE
SITOGRAPHIE
ANNEXE
1. INTRODUCTION
Depuis la fin du 20e siècle, beaucoup de problèmes liés à l'éducation ont été mis en exergue
par de nombreuses institutions, par des professeurs et par des parents d'élèves. On s'aperçoit
dans les médias et les débats que ces problèmes sont très souvent dénoncés comme étant des
problèmes de financement des écoles, de qualité de l'enseignement, de statut de la profession
d'enseignant, d’inégalité des chances, de performances et d'attitudes des élèves. Peu importe
de quel pays il s'agit, ce sont des problèmes connus de tous car ils semblent être plus évidents
que d'autres. Ils sont, après tout, les plus discutés par le grand public. Voici par exemple ce
que constate Gilles Bastin dans un article du journal Le Monde paru peu avant la rentrée des
classes de 2013, en France :
L'école française se porte mal. La prochaine rentrée des classes, avec ses troupes nombreuses
d'enfants rejoignant leurs maîtres, donnera bien l'occasion de quelques clichés émouvants, mais
elle ne pourra faire oublier le malaise qui mine cette institution : rythmes scolaires peu adaptés,
crise des vocations professorales, faible efficacité de l'éducation dispensée aux élèves, inégalités
de traitement entre ceux formés dans les établissements d'élite et les autres en sont quelques
symptômes.
Ces problèmes, qui sont donc majoritairement mis en évidence, ne sont malheureusement pas
les seuls qui rongent le monde de l'éducation. En effet, il y a d'autres problèmes qui, eux,
tendent à passer plus inaperçus que d'autres. La crise des garçons en fait partie. La crise des
garçons dans l'éducation semble devenir un phénomène très actuel tant il est discuté par des
journalistes dans la presse internationale, des médias, et par des professeurs et chercheurs
dans de nombreuses universités de renom. Ce phénomène, qui souligne les difficultés des
élèves mâles par rapport aux filles dans l’éducation, a été le sujet de beaucoup de recherches
aux Etats-Unis et de nombreux livres et rapports ont été écrits. On peut citer par exemple The
Trouble With Boys, de Peg Tyre, Boys and School: A Background Paper on the Boy Crisis de
Michael Kimmel sur lequel nous allons beaucoup nous appuyer, et Why Boys Fail de Richard
Whitemire. Par le biais de ces travaux, le phénomène de crise des garçons semble avoir attiré
l'attention du grand public et, depuis le début des années 2000, ils ont entraîné beaucoup de
débats d'idées par articles ou études interposés car d'une part, certains affirment que la crise
des garçons existe, et d'autre part certains estiment que celle-ci n'est qu'un mythe. En tant que
futur professeur de français, ce phénomène m'intéresse beaucoup dans la mesure où le fait
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qu'il puisse exister dans les écoles et peut-être aussi dans les classes de langues modernes, me
préoccupe. Je veux savoir s’il est probable que je puisse me sentir
confronté à ce problème, un jour, et si tel est le cas, je veux pouvoir le comprendre et le
contrarier, passer outre cette crise des garçons en veillant à ce que les garçons puissent réussir
à se comporter comme de futurs citoyens respectueux et respectés, de bons démocrates et en
essayant de faire en sorte que leurs leçons de langues les intéressent, et leur apprennent ce
dont ils auront besoin afin de pouvoir communiquer avec des locuteurs natifs de ces langues.
1.1 Objectifs et questions de recherches.
Dans ce mémoire, je vais dans un premier temps tâcher de savoir si de nos jours, la crise des
garçons est une réalité ou un mythe dans l'enseignement des langues. Plus particulièrement, je
veux savoir si la crise des garçons touche oui ou non l'enseignement du français au collège, en
Suède. Je vais donc analyser la façon dont les garçons se comportent pendant les cours de
français à l'échelle de leurs attitudes et de leurs performances, et pouvoir ainsi observer si ce
phénomène de crise des garçons existe bel et bien dans les classes de français en Suède. Mes
questions de recherche sont donc les suivantes :
1. La crise des garçons est-elle une réalité ou un mythe dans l'éducation de langue
moderne et plus particulièrement dans les classes de français?
2. Si la crise des garçons est une réalité, comment se reflète-t-elle ? Si elle est un mythe,
pourquoi est-ce le cas ?
Le but de ce mémoire n'est donc pas de se focaliser sur tous les aspects de la crise des
garçons, car ils sont véritablement nombreux et variés. Ainsi, nous n'allons pas nous arrêter
sur les causes de cette crise des garçons, ou sur les différents remèdes aux problèmes qui sont
mis en exergue par les intellectuels, mais nous allons plutôt nous focaliser sur les recherches
et les statistiques qui montrent ou non que la crise des garçons existe, et en nous appuyant sur
ces recherches, nous allons tenter de savoir si elle est présente ou non dans l'enseignement des
langues modernes telles que le français.
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2. MATERIEL ET METHODE
2.1 Matériel
Le matériel de ce mémoire est d’une part composé de deux interviews réalisées avec des
professeurs de français qui enseignent dans des écoles suédoises. Bien que les professeurs
soient présentés de manière anonyme dans le tableau ci-dessous, le reste des informations est
authentique.
Prénom
Matières
Type d'école
Âge
Carolina
Français et
Anglais
Collège
La cinquantaine
Emma
Français
Collège
La quarantaine
Comme le montre le tableau ci-dessus, les deux professeurs sont de sexe féminin et
enseignent toutes deux le français, ainsi qu’une seconde langue dans le cas de Carolina.
Carolina et Emma exercent leur métier dans deux collèges situés dans deux communes
différentes du sud de la Suède. Le français étant la langue qui m’intéresse dans ma recherche,
je ne me préoccuperai donc pas de la seconde langue qui est enseignée. Les questions
abordées lors des interviews se trouvent en annexe et elles ont été inspirées par les recherches
de Michael Kimmel.
D’autre part, le matériel de ce mémoire consiste en divers rapports et études fait par divers
chercheurs que j’ai lus lors de mes études et qui m’ont tant intéressé qu’ils m’ont inspiré pour
ce mémoire. Je vais ainsi m’appuyer sur ces lectures afin d’expliquer d’un côté ce que signifie
la crise des garçons et d’un autre côté de savoir si elle existe ou non dans les classes de
français au collège, en Suède.
2.2 Méthode
Le but de ce mémoire étant de savoir si la crise des garçons existe ou non dans les classes de
français en Suède, il était important de contacter des professeurs de langues afin de leur poser
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des questions et d’obtenir observations, expériences et avis authentiques. Voilà pourquoi j’ai
choisi de rencontrer deux professeurs afin de les interviewer. Ceci a été réalisable grâce à mes
contacts personnels et aussi grâce aux professeurs de mon université. J’ai ainsi contacté les
deux professeurs de français par e-mail pour leur demander la permission de bien vouloir me
recevoir et à ma grande satisfaction, cela a été possible. J’ai ainsi rencontré Carolina dans
l’école dans laquelle elle exerce sa profession, et j’ai pu joindre Emma par téléphone et nous
avons donc conversé. La spontanéité des réponses étant à mon avis précieuse, je n’ai pas
révélé préalablement les questions que j’allais poser aux deux professeurs lors des interviews.
Malgré cela, je leur ai fait part du sujet de mon mémoire et les interviews, faites en langue
suédoise puis retranscrites en français dans ce mémoire, ont duré entre 25 et 30 minutes.
2.3 Délimitation et plan du mémoire
La portée des résultats dans ce mémoire est restreinte car seulement deux professeurs qui
travaillent dans des collèges ont été interrogés au cours des interviews. Ainsi, les résultats de
ce mémoire ne peuvent pas toujours être généralisés car bien que les opinions des professeurs
soient conformes aux statistiques présentes dans le chapitre 4, cela ne veut pas dire que ça soit
le cas dans d’autres collèges et avec d’autres professeurs de français. De plus, ce mémoire
n’analyse que ce qui se passe dans les classes de français au collège. Afin d’avoir un avis plus
général sur l’éventualité que la crise des garçons soit une réalité ou un mythe, il faudrait faire
une analyse complète de ce qui se passe dans les collèges, lycées et universités suédoises.
Malgré cela, j’ai décidé de m’intéresser au collège car c’est là que je veux enseigner dans le
futur, et cela m’intéresse de savoir comment se portent les élèves lors de leurs premières
années d’apprentissage de langues telle que le français.
Ce mémoire a une structure simple : le chapitre 3 est subdivisé en deux sous-parties qui
présentent les deux visions opposées que les chercheurs ont à propos de la crise des garçons,
soit une partie qui traite de cette crise des garçons en tant que réalité, et une partie qui
considère cette crise comme étant un mythe. Le but de ce chapitre est de comprendre ce que
représente la crise des garçons à différents niveaux et également de comprendre les raisons
pour lesquelles son existence est débattue. Le chapitre 4 présente les résultats de l’étude où les
deux questions de recherche sont traitées grâce à des réponses données par les professeurs lors
d’interviews, ces dernières étant composées de questions clés. Les résultats sont discutés dans
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le chapitre 5 et dans le chapitre 6 sont présentés les diverses conclusions qu’auront entraînées
résultats et discussions.
3. LA CRISE DES GARCONS : UN PROBLEME QUI DIVISE
La crise des garçons est un phénomène qui ne fait l'unanimité ni dans le monde de la
recherche, ni dans les médias. Il y a en fait deux camps qui ont une vision des choses
différente. D’une part, un camp s'attache à dire que la crise des garçons est une réalité et leurs
recherches leur donnent même raison. Seulement, d'autre part, il y a un second camp qui n'est
pas tout à fait d'accord avec le point de vue du camp opposé. En effet, ils réfutent les
recherches faites et perçoivent cette crise des garçons comme étant un mythe et il est donc
primordial d'expliquer ce que la crise des garçons signifie et implique en s'appuyant sur ce qui
est qualifié comme étant réel et en évoquant le scepticisme de certains.
3.1 La crise des garçons perçue comme une réalité
Depuis le début des années 2000, le phénomène de crise des garçons a été mis en lumière par
de nombreux chercheurs et sociologues. L'un d'eux, Michael Kimmel, sociologue américain
qui fait figure de proue en ce qui concerne la recherche dans le domaine de l'étude des genres
- et spécialement le genre masculin - dresse un constat alarmant dans un rapport rédigé en
2010. En effet, il semble, selon lui, qu’il y ait un écart entre les garçons et les filles dans les
écoles du secondaire et du tertiaire, dans les pays développés. Kimmel se focalise sur ces
pays-là car il est difficile de parler d'autres nations comme celles du Tiers Monde puisqu’on le
sait, la condition des femmes est souvent très fragile dans ces sociétés tout comme l'accès à
l'éducation d'ailleurs, qui est souvent considéré comme un privilège.
En Amérique du Nord et en Europe, un nouvel écart entre les sexes a vu le jour […]. Dès le plus
jeune âge, en Europe et en Amérique du Nord, les filles surpassent les garçons en termes d'effectif
à l'école [...]. Il y a une disparité croissante en ce qui concerne les notes et les distinctions : les
filles obtiennent constamment les meilleures notes et bien plus de distinctions à l'école. De plus,
les garçons sont beaucoup plus susceptibles d'être diagnostiqués avec des troubles du
comportement, nécessitant des interventions afin de corriger ceux-ci. En Amérique du Nord et en
Europe, les trois dimensions de l'actuelle crise des garçons sont la participation, la réussite, et le
comportement. (Kimmel 2010 : 7)
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Le travail de Kimmel se focalise principalement sur les Etats-Unis, son pays natal, dans lequel
il a fait énormément de recherches tout au long de sa carrière. Il a néanmoins étendu ses
recherches vers d'autres pays tels que le Canada, pays frontalier des Etats-Unis, et la Suède,
pays européen, afin qu'elles puissent être plus pertinentes. Il est donc certain que les différents
aspects de ses recherches englobent nos sociétés les plus modernes.
Dans le rapport qu’il a rédigé en 2010 et que nous avons mentionné auparavant, Kimmel nous
montre que la crise des garçons est palpable grâce à diverses études axées sur les garçons à
l'école et dans une moindre mesure, dans la vie de tous les jours.
Ses enquêtes et ses analyses se séparent en trois points essentiels qui sont étroitement liés : les
effectifs dans les classes (ou participation), la réussite et le comportement des élèves. Les
premières statistiques fournies par ce rapport sont flagrantes : il semble bel et bien qu'il y ait
une crise des garçons selon une part de ses recherches menées aux Etats-Unis. Ce phénomène
prend en effet toute son ampleur lorsque l'on jette un coup d'œil aux effectifs des classes dans
les plus hautes sphères de l'éducation, c'est-à-dire les études universitaires.
On y retrouve en fait bien plus de filles que de garçons comme le démontre le tableau suivant
(Kimmel 2010 : 9) :
On observe dans le diagramme ci-dessus qu'il y a une vraie divergence lorsqu'il s'agit de la
répartition des genres dans les classes des universités américaines et cette même divergence a
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commencé à se former au début des années 1980. Elle va d’ailleurs atteindre un pic de plus de
61% en 2018.
De nos jours, il y a environ 60% de filles qui étudient dans les plus hautes sphères de
l'éducation alors qu’il y a seulement 40% de garçons. Ceci est assez révélateur car ce fut
l'exact opposé dans les années 1960 et 1970. Kimmel constate donc dans son rapport, en
s'appuyant bien évidemment sur ces chiffres, que les garçons ont été rattrapés par les filles et
même dépassés en matière d'effectif dans de nombreux programmes d'études universitaires.
C’est encore plus significatif lorsque l’on remarque que c’est aussi le cas dans les
programmes qui sont réputés comme étant très masculins.
Les femmes sont plus nombreuses que les hommes dans les programmes de sciences sociales et
comportementales (trois femmes pour un homme), et elles ont envahi les bastions
traditionnellement masculins comme l'ingénierie, où elles représentent actuellement près de 20
pour cent des effectifs, de la biologie et le commerce où les femmes et les hommes sont
pratiquement à égalité du point de vue des effectifs. (Kimmel 2010 : 8. Ma traduction)
Néanmoins, ceci n'est pas seulement une tendance propre à l'éducation aux Etats-Unis
puisque Kimmel a aussi mené des enquêtes en Suède, pays dans lequel le chercheur
américain a observé des résultats tout à fait similaires :
Cet écart entre les genres est devenu significatif également en Scandinavie. En Suède, environ
60% des étudiants en licence dans les universités sont des filles. De plus, pendant que seulement
37% des étudiants masculins se dirigent vers les études supérieures, 47,4% des filles suivent ce
chemin. Tandis qu’il reste une division traditionnelle entre les genres dans les disciplines
académiques (les filles en sciences humaines, les garçons dans les formations scientifiques et
professionnelles), on note qu’il y a eu de légers progrès faits par les filles qui joignent de plus en
plus ces formations dites masculines. (Kimmel 2010 : 10. Ma traduction)
Ceci semble donc être une tendance qui touche autant l'Amérique du Nord que l'Europe. De
plus, cette disparité croissante au sein des effectifs est intimement liée au taux de réussite des
garçons à l'école. En effet, la disparité entre les garçons et les filles au niveau des effectifs
dans les universités peut s'expliquer par le fait que les garçons sont moins en réussite au
collège et au lycée en terme de performances, et il y a donc logiquement des chances qu'ils ne
choisissent pas d'étudier aussi longtemps que les filles.
Afin de vérifier cette idée, Kimmel a analysé la répartition des notes et des distinctions dans le
secteur secondaire de l'éducation, c'est-à-dire au collège et au lycée, étapes fondamentales
7
pour poursuivre des études plus poussées au niveau supérieur. Kimmel a livré une enquête en
Suède basée sur les prestations des garçons et des filles dans trois des sujets les plus
importants : l'anglais, langue vivante qui est apprise dès le plus jeune âge et qui est la plus
populaire dans la majorité du monde, le suédois qui est donc dans ce cas la langue maternelle
des élèves, et les mathématiques, matière scientifique par excellence. Voici un tableau tiré du
rapport de Kimmel (2010 : 9) :
On observe d'abord qu'il y a un vrai écart lorsqu'il s'agit du niveau de prestations et très
spécialement dans les cours de langues, ce qui est très intéressant pour nous. On voit que les
filles réussissent à obtenir des distinctions plus souvent que les garçons, et qui plus est des
distinctions de meilleure qualité. On remarque également que les garçons sont voués à
échouer presque deux fois plus que les filles. Ce qui est aussi étonnant, c'est le fait que les
filles soient en train de rattraper les garçons dans des matières qui sont traditionnellement plus
un sujet de réussite pour les garçons, comme ici les mathématiques. Ceci se confirme dans les
observations que Christina Florin, professeur et historienne suédoise, a faites lorsqu'elle a
étudié l'évolution de la place de la gent féminine dans l'éducation en Suède :
De nos jours, le niveau de performance des filles se rapproche de celui des garçons et même dans
les matières qui sont, traditionnellement, le point fort des garçons : les mathématiques. Même au
collège, les filles se détachent de l'image établie que les garçons possèdent plus d'aptitude en ce
qui concerne les mathématiques et les sciences. (Florin 2009 : 118. Ma traduction)
8
Ce qui est aussi équivoque lorsque l'on parle des performances des élèves, c'est le
redoublement scolaire. Le redoublement scolaire est une réponse pédagogique à des lacunes
chez les élèves, les poussant à repasser une année supplémentaire au lieu de passer au niveau
supérieur. Ce phénomène est très marginal en Suède, alors tournons-nous plutôt vers un autre
pays européen : la France. Une étude menée par le Ministère de l'éducation français démontre
que, dans le premier degré, c'est-à-dire l'école primaire « Les filles redoublent moins souvent
que les garçons quel que soit le milieu social d’origine » comme l'illustre ce diagramme
(Ministère de l'Education Nationale. 2010 : 15).
Bien que l'on puisse observer une disparité plus flagrante dans des catégories
socioprofessionnelles comme celles des ouvriers, ou des inactifs, il apparaît tout de même
clairement que le redoublement touche bien plus les garçons toutes catégories
socioprofessionnelles confondues, ce qui donne un total de 18% chez les filles et 15% chez
les garçons. Ceci illustre bien la pensée de Kimmel qui met en avant un problème en matière
de performances scolaires bien plus important chez les garçons.
Finalement, la crise des garçons est enfin explicable également par le comportement des
garçons à l'école et à l'extérieur de l'école.
Les garçons sont diagnostiqués comme souffrant de troubles affectifs, et commettent une tentative
de suicide quatre fois plus souvent que les filles, ils commencent des bagarres deux fois plus
souvent, ils sont impliqués dans des assassinats dix fois plus souvent et sont quinze fois plus
9
susceptibles d'être victimes d'un crime violent [...] Les garçons sont six fois plus susceptibles d'être
diagnostiqués avec un trouble déficitaire de l'attention. Les garçons sont deux fois plus
susceptibles d'être renvoyés momentanément que les filles, et trois fois plus susceptibles d'être
expulsés. Les garçons âgés de 16 à 24 ans sont plus susceptibles d'être au chômage et incarcérés.
Deux fois plus de parents de garçons âgés de 4 à 17 ans ont demandé de l'aide professionnelle à
cause de problèmes de comportement de leur enfant que les parents de filles (20% contre 10%).
(Kimmel 2010 : 10. Ma traduction)
Kimmel explique ici que d'une part, les garçons sont plus prompts que les filles à traverser des
crises psychologiques ce qui entache leurs attitudes et leurs performances à l'école. Ces crises
causent en effet souvent des problèmes dans les salles de classe comme par exemple des
problèmes d'attention, mais aussi des problèmes dans les couloirs de l'école : violences,
insultes. Les garçons sont aussi jugés comme étant plus violents que les filles, cela entraîne
des bagarres à l'école, des insultes ou encore des menaces envers d'autres élèves ou même
envers des professeurs. Il est donc tout à fait logique que les parents de garçons demandent
plus souvent de l'aide professionnelle que les parents de filles.
Le comportement des élèves est également lié à la façon dont ils travaillent en classe ainsi que
la conception qu'ils ont de ce que constitue par exemple un cours de langue : lire, écrire,
écouter le professeur, répéter ce que dit le professeur. Kimmel remarque que les garçons ont
une approche différente des filles lorsqu'il s'agit d'apprendre une langue. Voici par exemple ce
que dit un garçon à propos des cours d'anglais (2010 : 33-34. Ma traduction) :
Je trouve l'anglais difficile. C'est parce qu'il n'y a pas vraiment de règles pour lire des textes.
L'anglais, ce n’est pas comme les maths là où on a des règles pour savoir comment faire les
choses, pour savoir si on a juste ou faux. En anglais il faut écrire ce qu’on ressent et c'est ce que je
n'aime pas.
Comparons maintenant les propos de ce jeune homme avec ceux d’une jeune fille :
Je suis motivée pour étudier l'anglais car on se sent libre en anglais - au contraire d'autres sujets
comme les maths et les sciences – et notre point de vue n'est pas forcément faux. Il n'y a pas
vraiment de réponse fausse, ou vraie et on a la liberté de dire ce que l'on ressent sans pour autant
avoir faux.
Il y a véritablement une différence en ce qui concerne l'approche que les élèves des deux
différents sexes ont lorsqu'il s'agit d'apprendre une langue si l’on en croit Kimmel. Les filles
font preuve d'une grande sensibilité et aiment exprimer avec liberté leurs opinions, leurs
10
sentiments, à travers des activités écrites et orales. Les garçons ont plus de difficultés à se
concentrer et à profiter de la liberté qu'offre la langue écrite et orale. Ils n'ont pas l'air d'être
très à l'aise avec cela, ils préfèrent le concret et être guidés par des instructions claires. Toutes
ces observations démontrent que la crise des garçons dans nos écoles paraît être une réalité,
tant les résultats obtenus par Michael Kimmel (entre autres) lors de ses différentes enquêtes
sont significatifs. Malgré tout cela, les recherches de Kimmel et l’idée qu’il y a une crise des
garçons ne font pas l'unanimité.
3.2 La crise des garçons perçue comme un mythe
La crise des garçons n'est pas toujours perçue comme une réalité pour certains. Bien qu'il y ait
eu d'importantes recherches pour prouver que les garçons ont des difficultés plus importantes
que les filles à l'école, comme on a pu s'en apercevoir auparavant, des chercheurs et des
journalistes contestent ces résultats et ces analyses et voient la crise des garçons comme un
mythe.
La crise des garçons dont on entend parler est surtout une invention, le résultat à la fois d’une
réaction contre le mouvement des femmes et le penchant qu’ont les médias à vouloir
continuellement nous inventer de terribles menaces pour la nation. Le sujet a obtenu un gros boost
l’année dernière lorsque Laura Bush a annoncé qu'elle allait tourner son attention sur les
problèmes des garçons. (Rivers & Chait Barnett, 2006. Ma traduction)
Caryl Rivers et Rosalind Chait Barnett soulignent qu’il y a des personnes qui tentent de
déstabiliser les mouvements féministes en leur donnant une part de responsabilité dans une
crise qui n'a pas lieu d'être. En effet, l'école a été qualifiée comme étant féminisée à cause du
fait qu'il y a par exemple bien plus de professeurs de sexe féminin que de sexe masculin, ce
qui selon certains, rend les garçons moins bons en classe, moins disciplinés et moins attentifs.
Selon le site internet The World Bank, la Suède comptait un total de 82% de professeurs de
sexe féminin dans les écoles primaires en 2011, et 59% de professeurs de sexe féminin dans
les collèges et les lycées suédois également en 2011. La même tendance est présente dans
d’autres pays tels que la France et les Etats-Unis. De par cela, il a été dénoncé par certains que
les écoles sont devenues hostiles aux garçons. Les médias ont aussi une part de responsabilité
dans la mesure où ils renforcent et diffusent ces idées reçues. Pour les deux auteurs, le
problème n'a pas de lien avec le genre masculin et le genre féminin. La crise des garçons est
un faux débat selon Caryl Rivers et Rosalind Chait Barnett et particulièrement du point de vue
11
des effectifs, des performances et du comportement des garçons. Ils dénoncent des problèmes
qui sont non pas liés au sexe des élèves mais plutôt à des problèmes d'ordre social et ethnique,
c'est-à-dire que les écarts entre les garçons et les filles dépendent de certaines catégories
sociales et ethniques ce qui est d'ailleurs perçu comme beaucoup plus alarmant. Cette idée est
confortée par le rapport The Truth About Boys and Girls rédigé par Sara Mead.
La plupart des garçons ne font pas qu’échouer; ils font mieux que jamais auparavant dans la
plupart des mesures de rendements académiques. Les seuls garçons pour qui ce n’est pas le cas
— les garçons qui faussent les statistiques car ils performent vraiment, vraiment mal — sont les
garçons issus des communautés hispaniques et noires and ceux issus de foyer à faible revenu.
(Mead 2006 : 3. Ma traduction)
Aux Etats-Unis, les garçons issus des minorités noires et hispaniques sont bien moins
représentés dans les classes des universités, mais si on analyse les effectifs en se focalisant
uniquement sur les élèves blancs, on s'aperçoit que 51% d'entre eux sont des filles, et 49%
sont des garçons (Kimmel 2010 : 25). Ceci n’est qu’un petit écart et montre que la disparité
dans les effectifs est accrue à cause du manque de garçons issus des minorités, aux Etats-Unis.
Si l'on veut faire une analyse qui s'apparente mieux aux sociétés européennes, sans se référer
aux classes ethniques qui ne sont pas tout à fait les mêmes aux Etats-Unis et sur le vieux
continent, nous pouvons nous appuyer tout simplement sur les classes sociales. Aux Etats
Unis, Rivers et Barnett rapportent que lorsqu'il s'agit de performances scolaires, 76% des
étudiants qui vivent dans des foyers à revenus moyens et élevés sont susceptibles d'obtenir
leur diplôme d'études secondaires, tandis que seulement 56% des étudiants qui vivent dans les
foyers à faibles revenus sont susceptibles de réaliser cet objectif. Sara Mead confirme cette
analyse en expliquant que les garçons issus des foyers aisés sont plutôt de bons élèves,
seulement ils ne s’améliorent pas aussi rapidement que les filles (Mead 2006 : 3). Elle met
également en avant le fait que les mauvaises performances des garçons issus des minorités et
des garçons désavantagés faussent les statistiques données par ceux qui perçoivent la crise des
garçons comme une réalité. En ce qui concerne les aptitudes des garçons à exprimer ou
retranscrire leurs idées verbalement, rien ne prouve que ça soit quelque chose de plus
« féminin » et encore moins que les garçons ne soient pas autant capables que les filles de
réaliser de bonnes performances à l’école.
Il n'y a en fait pas beaucoup de preuves qui démontrent que la plupart des garçons manquent de
compétences verbales. En 2005, la psychologue de l'Université du Wisconsin, Janet Hyde, a
12
synthétisé des données provenant de 165 études portées sur la capacité verbale et l'égalité des
sexes. Ces données ont démontré que la supériorité féminine est tellement légère qu'elle paraît
insignifiante. (Rivers & Chait Barnett, 2006. Ma traduction)
Ces observations ne coïncident pas avec les témoignages que Michael Kimmel a recueillis et
que nous avons pu lire dans le chapitre précédent, qui eux montraient que les filles ont plus
d’aise lorsqu’il s’agit de manier la langue et d’exprimer des idées verbalement.
D’un point de vue comportemental, tout n’est pas aussi terrible que cela n’y paraît. Bien que
les garçons soient en dessous des filles au niveau des statistiques comme Kimmel l’a montré
dans son rapport, les garçons s’améliorent sensiblement.
Le taux de criminalité juvénile en 2005 a diminué de deux tiers par rapport au pic atteint en 1993.
D’autres statistiques issues du Ministère de la Justice montrent que la population des jeunes de
sexe masculin en prison n'atteint que la moitié de son niveau historique le plus élevé. Le nombre
d’élèves masculins des écoles secondaires qui consomment des substances illicites a diminué de
presque la moitié par rapport au nombre connu en 1980. Enfin, le pourcentage de garçons des
écoles secondaires qui consomment de l’alcool est à son niveau le plus bas jamais enregistré.
(von Drehle 2007 : 4. Ma traduction)
Cette opposition à la crise des garçons vue comme une réalité montre bien que sur plusieurs
niveaux, rien n’est irrévocable. Il y a beaucoup de divergences au niveau des études et des
statistiques et il est donc important de comprendre le pour et le contre avant de mener sa
propre enquête car il est certain que les avis des deux camps seront utiles.
4. RESULTATS DES INTERVIEWS
Dans cette partie seront présentées les réponses aux interviews faites avec les deux
professeurs dont nous avons parlé dans le chapitre matériel et méthode, ainsi que l’analyse de
leurs réponses. Les questions qui ont été posées aux professeurs se rapportent aux effectifs,
comportements et performances des élèves dans les classes de français au collège et les
résultats ont eu pour but de nous éclairer afin que l’on puisse répondre aux questions de
recherche de ce mémoire. Ce chapitre Résultats et analyse sera donc divisé en trois sousparties, soit autant de questions posées aux deux professeurs de langues, Carolina et Emma.
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4.1 Les différences au niveau des effectifs en classe de français.
La première question posée aux deux professeurs concerne donc les effectifs dans les classes
de français, c’est-à-dire que l’on cherche à savoir la façon de laquelle les garçons sont
représentés dans les classes de français en matière d’effectif : Remarquez-vous une différence
entre les filles et les garçons au niveau des effectifs ?
Carolina affirme qu’il y a une véritable différence en matière d’effectif et répond que dans les
classes, la majorité des élèves sont des filles. À titre d'exemple, dans la plupart de ses classes
de sixième, septième, huitième et neuvième, elle a en moyenne entre treize et dix-sept élèves
et seulement trois d’entre eux au maximum sont des garçons. Elle en conclut donc que
globalement, les garçons représentent environ 20% des effectifs dans les classes de français.
Néanmoins, Carolina note que l’année dernière, il y avait une exception puisque dans l’une de
ses classes, la moitié de l’effectif était composée de garçons ce qui est d’après elle une chose
rare : « J’ai même eu une grande classe une année où j’avais beaucoup de garçons, disons
même une bonne moitié. Mais, disons, les cinq dernières années, à part cette exception, j’ai
toujours eu beaucoup de filles ». Même son de cloche en ce qui concerne l’avis d’Emma qui
rejoint totalement Carolina sur ce point. Elle affirme qu’il y a définitivement plus de filles qui
étudient le français dans ses classes de collège que de garçons.
On remarque donc que plus de filles choisissent d’étudier le français que les garçons et cela se
confirme par les analyses des professeurs mais également grâce à des chiffres que l’on trouve
aisément sur les bases de données statistiques du site internet de Skolverket, qui montrent que
pendant l’année scolaire 2013/2014, sur l’ensemble des effectifs de tous les collèges suédois
réunis, 18% de filles ont choisi le français contre 12% des garçons. Malgré la disparité des
effectifs concernant les deux sexes dans les classes de français, il est impossible d’affirmer
directement que celle-ci soit liée à l’existence d’une crise des garçons en analysant
simplement ce qui se passe dans ces classes de français car d’autres statistiques révèlent que
les filles aiment choisir les langues latines comme le français mais aussi l’espagnol,
contrairement aux garçons. En matière de chiffres, toujours lors de l’année scolaire 2013/2014
et sur l’ensemble des effectifs des collèges suédois, 43% des filles choisissent l’espagnol
contre 38% des garçons. Les garçons sont plus nombreux que les filles lorsqu’il s’agit de
l’allemand que 15% des filles ont choisi, alors que 19% des garçons se sont dirigés vers la
langue de Goethe.
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4.2 Les différences au niveau des comportements des élèves en classe de français.
La seconde question concerne le comportement des élèves en classe, c’est-à-dire leurs
attitudes vis-à-vis des professeurs, des instructions données par ceux-ci. Cela touche aussi aux
comportements des élèves lorsqu’il s’agit de leur façon de travailler en classe et la
planification de leur travail. Ainsi, la question posée aux professeurs de français a été la
suivante : Remarquez-vous des différences entre les filles et les garçons au niveau du
comportement et des attitudes en classe?
Carolina pense que la différence de comportement entre les filles et les garçons est une affaire
de personnalité : « Cela dépend comment ils sont en tant que personne en fait ». Afin
d’illustrer son propos, elle affirme qu’elle a dans ses classes de français des garçons qui sont
« bosseurs » et qui par conséquent sont des garçons qui travaillent très bien et se comportent
idéalement en classe. Il y a malgré tout quelques garçons qui sont assez agités dans les classes
d’élèves qui sont un peu plus jeunes, comme la classe de septième : « On essaie d’être cool
mais on voit vite qu’étudier le français ce n’est pas leur but ». Elle note néanmoins que
plusieurs filles sont de la même trempe et qu’elle ne trouve finalement pas que les garçons se
comportent moins bien que les filles en général. Quant à Emma, ses propos rejoignent
l’opinion de Carolina et elle insiste qu’il ne faut surtout pas généraliser les comportements de
certains garçons : « Je veux vraiment souligner tout d'abord qu'il est dangereux de généraliser.
Ce que j’entends par là c’est que toutes les filles ne sont pas identiques et tous les garçons ne
sont pas les mêmes. D’une part il y a des garçons qui sont désordonnés et des garçons qui sont
plus que convenables et d’autre part il y a des filles qui font toujours leurs devoirs et des filles
qui sont négligentes dans leur façon de travailler ». Carolina ajoute également que les
comportements dépendent énormément de la façon dont les élèves envisagent l’étude du
français : « Je ne peux pas dire que tous les garçons soient agités, et il en va de même avec les
filles d’ailleurs, parce que plusieurs garçons qui ont choisi le français sont là pour apprendre
la langue, ils sont donc plus sérieux que d’autres et ils se comportent très bien ». On ne peut
donc pas généraliser car beaucoup de garçons comme beaucoup de filles, se comportent très
bien en classe. De plus, l’attitude des élèves est souvent liée au fait que certains d’entre eux
ont choisi de faire du français, et que d’autres n’ont pas choisi la langue. Il arrive que ce soit
les parents qui décident, car ils ont une très bonne expérience de divers voyages avec leurs
enfants en France ou que cela soit presque un choix par défaut pour certains adolescents car
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ils n’aiment pas l’allemand ou l’espagnol et c’est cela qui pose problème lorsqu’il s’agit des
comportements car il y a des problèmes de motivation plus qu’autre chose. Carolina ajoute
que beaucoup de garçons choisissent le français de façon très personnelle ce qui contribue au
fait que ces garçons-là se comportent comme de bons apprenants : « J’ai aussi entendu
certains choisir le français car ils se sentent différents, ils ne veulent pas être comme les
autres. Du coup c’est souvent un choix très personnel et c’est le cas pour les filles aussi bien
que pour les garçons ». Elle finit par dire que « plus globalement, si le garçon est sérieux
comme individu alors il travaille aussi bien que les filles ». Emma note néanmoins une
différence dans la façon dont les filles et les garçons fonctionnent lors de l’apprentissage du
français : « Lorsque l’on prend en compte seulement les élèves qui veulent apprendre le
français, on note tout de même une différence dans leur façon de s’organiser. Les garçons font
ce qu'on attend d’eux, c’est-à-dire que si l'enseignant pointe le doigt sur certaines choses qui
sont importantes à savoir, ou si ces garçons savent qu’il y aura des tests sur quelque chose de
précis, alors ils apprennent ce qui est nécessaire pour réussir. Les filles qui sont talentueuses
en classe de français, elles, ne prennent pas de risques : elles apprennent tout! Les garçons
sont du coup moins sensibles au côté culturel de l’apprentissage d’une langue et absorbent
moins de connaissances ».
Lorsqu’il s’agit de l’attitude des garçons à propos de leur façon de travailler, Carolina affirme
que « si le garçon est sérieux, alors il est sérieux en français comme dans toutes les matières,
et c’est le cas avec de nombreux garçons qui sont en fait de très bons élèves ». Elle illustre ces
propos en faisant l’analyse suivante : «Par exemple en neuvième, j’ai trois garçons et parmi
ces garçons-là, deux d’entre eux travaillent merveilleusement bien et le troisième est perdu
mais il est perdu dans toutes les matières de toute façon. Dans la classe de huitième, j’ai
quatre garçons : deux qui travaillent très bien et deux autres qui sont un peu perdus. En
septième année, il y a cinq garçons mais aucun d’entre eux n’est vraiment fort car ils ne sont
pas assez concentrés ». Un point intéressant à retenir est le fait que l’attitude des élèves varie
selon les années scolaires. Carolina dit que les élèves de sixième ont plus de mal à se
concentrer et à s’organiser car ils n’ont pas d’expérience avec les langues étrangères mais cela
n’est malgré tout pas propre aux garçons car elle généralise son propos « Cela dépend aussi de
quelle classe ils viennent car parfois les élèves venant de sixième ne sont pas encore très
organisés et d’autres n’ont pas la même envie pour étudier les langues ».
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Emma, elle, revient sur le fait qu’il ne faut pas généraliser mais admet que pas mal de garçons
sont fainéants. Cela ne les empêche pas de suivre correctement les cours. De plus, un grand
nombre d’entre eux sont bien organisés. Elle ajoute aussi que la technologie de nos jours
rapproche également les filles des garçons au niveau du comportement en classe : « Les
téléphones portables et les ordinateurs ont peut-être fait que les cours de langue sont devenus
plus homogènes au niveau de l’agitation en classe. Les différences sont plus petites qu'elles ne
l'étaient il y a encore 5 ans. Maintenant, je dis aussi souvent aux filles qu'elles doivent cesser
d’utiliser leurs smartphones ou d’utiliser les ordinateurs portables pour se divertir, ou tout
simplement d’arrêter de bavarder continuellement lorsqu’elles travaillent sur les ordinateurs
portables. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il y a quelques années de cela, l’agitation en
classe venait surtout des garçons qui avaient du mal à rester en place alors que les filles
étaient sages. Maintenant ils ne sont plus seulement la cause de l’agitation en classe ». Enfin,
si l’on s’attache aux comportements violents, aucune des deux professeurs n’a vécu de
mauvaises expériences liées à des violences de la part des jeunes adolescents dans leurs
classes et ceci rejoint ainsi ce que David von Drehle affirme lorsqu’il écrit que de nos jours,
les garçons se comportent de mieux en mieux (2007 : 4).
4.3 Les différences au niveau des résultats des élèves en classe de français.
Quand il est question des résultats des élèves, aussi bien lors des différents tests tout au long
de l’année scolaire que lors des nationella prov, les deux professeurs interrogées dans mes
interviews soulignent qu’il n’y a pas de différence entre les filles et les garçons. Carolina
affirme que « les résultats, c’est beaucoup dans la tête je pense, soit tu as envie soit tu n’as pas
envie et c’est quelque chose qui touche filles et garçons je trouve ». Encore une fois, elle
assure que tout est une question de personnalité, de motivation et qu’il ne faut surtout pas
généraliser : il y a de très bons élèves et de mauvais élèves, filles ou garçons. « Quand un
élève ne réussit pas, c’est plus une question de personnalité car j’ai des filles et des garçons
qui réussissent, j’ai aussi des enfants de parents étrangers qui réussissent ».
Il n’y a rien de mieux que d’avoir des preuves à l’appui afin de confirmer les propos rapportés
ci-dessus. Ces preuves nous sont apportées par les deux professeurs Carolina et Emma. Tout
d’abord Emma possède un système de contrôle du travail que font les élèves tout au long de
l’année et elle remarque que les garçons travaillent moins que les filles : « J'ai un système qui
suit les élèves en continu pendant toute l’année scolaire qui consiste à laisser le choix aux
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élèves de faire des exercices à la maison à base de vocabulaire, de conjugaison et de
compréhension » et elle note que les filles font bien plus d’exercices que les garçons : « Je
regarde en fin d’année ce sur quoi les élèves ont travaillé durant toute l’année scolaire et je
remarque que les filles ont travaillé plus dur au quotidien ». Cependant, elle affirme que
lorsqu’elle corrige les devoirs faits par les garçons, elle ne trouve guère de différences en
matière de résultats. En effet les résultats sont aussi bons que ceux des filles bien que ces
dernières travaillent mieux quantitativement : « Parfois, les garçons brillent aussi, bien qu’ils
soient un peu plus paresseux, et ceci même durant les tests sans pourtant avoir pratiqué la
langue dans les exercices à la maison autant que je l'aurais souhaité. » Cela renforce la
différence de comportement vis-à-vis du travail que l’on a vu dans le point précédent, mais
cela montre également que malgré cette différence d’efforts fournis par les élèves, les garçons
font globalement aussi bonne figure que les filles lorsqu’il s’agit des tests réalisés en classe.
Quant à l’avis de Carolina, il rejoint tout à fait celui d’Emma et elle affirme qu’ « au niveau
des résultats il n’y a pas de grandes différences entre filles et garçons. ». Elle nous donne un
exemple récent afin d’illustrer ses pensées : « Il y a une semaine, mes élèves ont passé leur
nationella prov et en fait seulement deux élèves n’ont pas réussi à avoir la moyenne et c’était
des filles, une à cause de lacunes en compréhension orale et l’autre à cause de problèmes de
compréhension écrite. ». Ceci démontre que les garçons ne font pas qu’échouer puisque aucun
d’entre eux n’a été recalé lors de cet examen alors que ce fut le cas pour deux filles.
5. DISCUSSION
Plusieurs points doivent être discutés. Tout d’abord, d’après la façon dont les professeurs ont
exprimé leur opinion, il est clair qu’ils ont une très bonne vision de la situation de leurs élèves
en classe. Les deux professeurs clament formellement que les garçons dans leur classe de
français, bien que peu nombreux, se comportent généralement aussi bien que les filles et elles
insistent sur le fait qu’il est important de ne pas mettre tous les garçons dans le même sac
puisqu’il y a aussi des filles en difficulté en matière de comportement et de performances.
Il semble que cela soit difficile de juger si la crise des garçons existe dans une seule classe et
spécialement lorsqu’il s’agit d’une classe de seconde langue car les effectifs sont
disproportionnés. En effet, il est possible de parler de crise des garçons dans les classes de
français seulement de façon indirecte si l’on s’intéresse aux statistiques fournies dans leur
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globalité par Skolverket, c’est-à-dire celles qui mettent en relief le choix des élèves d’étudier
une seconde langue moderne comme les langues citées jusqu’à présent (français, espagnol et
allemand) et ses alternatives. Ainsi, on remarque clairement que les garçons ont tendance
chaque année à ne pas choisir l’une de ces trois secondes langues modernes en se tournant en
fait plutôt vers un apprentissage plus poussé de la langue suédoise et de l’anglais. Cela montre
que la faible quantité de garçons dans les classes de français quasiment chaque année
s’explique en partie par le fait que les garçons ne sont pas très attirés par l’idée d’étudier une
langue moderne. En matière de chiffres, 32% des effectifs masculins dans les collèges suédois
choisissent une alternative à l’apprentissage d’une des trois langues modernes contre
seulement un peu plus de 22% des collégiennes. Cela ouvre donc la porte sur une question
plus générale à propos de la crise des garçons. Par conséquent, il faudrait élargir nos études à
ce qui se fait dans les classes de langue modernes et de leurs alternatives.
Lorsqu’il s’agit du comportement des garçons, il est assez difficile de dire que la crise des
garçons touche les classes de français dans les collèges de Suède au niveau des
comportements en classe, car d’après les professeurs c’est une affaire de motivation. Un élève
motivé est un élève qui s’en sortira même si son niveau de connaissance est moyen car de par
une attitude convenable, il respectera les consignes du professeur ainsi que son autorité dans
la classe. Selon les deux professeurs interrogées, le manque de motivation touche aussi bien
les filles que les garçons et il est donc important de ne pas généraliser lorsque l’on a un ou
deux garçons qui ne se comportent pas assez bien en classe. D’ailleurs, les élèves considérés
comme étant « bosseurs » sont après tout également des garçons. Néanmoins, une des
professeurs remarque que filles et garçons ne travaillent globalement pas de la même façon et
ceci rejoint en partie l’analyse de Kimmel lorsqu’il affirme que les garçons et les filles ont
une approche différente lorsqu’il s’agit d’apprendre une langue. Les filles sont plus sensibles
aux côtés bénéfiques d’apprendre une langue et profitent d’une certaine liberté d’expression
alors que les garçons s’en tiennent à ce que le professeur demande, ils ont besoin que leur
apprentissage de la langue soit délimité.
Enfin, à propos des résultats, on ne peut pas dire qu’il y ait un problème notable concernant
les notes des garçons dans les classes de français au collège d’après les réponses de Carolina
et Emma, et cela rejoint ce que dit Sara Mead dans The Truth About Boys and Girls quand elle
affirme que « la plupart des garçons ne font pas qu’échouer; ils font mieux que jamais
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auparavant dans la plupart des mesures de rendements académiques » (Mead 2006 : 3. Ma
traduction).
6. CONCLUSION
Ce mémoire avait pour but de savoir si la crise des garçons est une réalité ou un mythe dans
les classes de français dans les collèges de Suède. J’ai voulu séparer réalité et mythe dans un
premier temps en expliquant ce que les chercheurs pensent de l’existence de la crise des
garçons pour pouvoir me reporter à leur opinion afin de mieux interpréter les réponses que
m’ont fournies les professeurs lors des interviews. Lorsque les deux professeurs de français
ont répondu à mes questions qui visaient les effectifs, le comportement des élèves et leur
résultats, j’ai pu enfin juger si la crise des garçons est présente, ou non, dans les classes de
français. Il y a deux conclusions que l’on peut faire grâce à ce mémoire.
Il semble qu’il n’y ait pas de crise des garçons dans les classes de français car au niveau des
comportements des élèves et de leurs résultats, tout semble être normal selon les professeurs.
Il y a en effet des élèves qui travaillent bien et d’autres moins bien et cela ne touche pas un
des deux genres de façon spécifique. On ne peut donc pas justifier l’opinion que les garçons
se portent moins bien que les filles à l’école d’où le danger de généraliser lorsqu’on parle de
ses élèves.
Cependant, c’est lorsque l’on s’intéresse aux effectifs que l’on remarque les prémisses d’une
crise des garçons mais non pas spécifiquement dans les classes de français, mais dans le choix
que les garçons font lorsqu’ils choisissent une seconde langue à étudier. En effet, on a vu
qu’au lieu de choisir de découvrir une nouvelle langue telle que le français, l’espagnol et
l’allemand, les garçons préfèrent soit jouer la carte de la sécurité, c’est-à-dire fournir moins
d’efforts en choisissant leur langue maternelle, donc le suédois, soit choisir une langue qui est
familière : l’anglais.
Ainsi, il serait intéressant d’élargir ce mémoire afin de développer ce que la répartition des
effectifs nous montre en étudiant par exemple ce qui se passe également au lycée et à
l’université afin d’obtenir des résultats encore plus complexes mais significatifs.
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BIBLIOGRAPHIE
Ouvrages cités et consultés
Bastin, Gilles (2013). Maux d'école sans remèdes? Le Monde (29 Août).
http://www.lemonde.fr/livres/article/2013/08/29/maux-d-ecole-sans-remedes_3467787_3260.html
Florin, Christina (2009). Bitter rot eller ljufva frukter? Om kön, utbildning och modernitet
Dans J. Lind, C. Lind, M. Sjöberg & K. Zetterqvist Nelson. Historien, barnen och barndomarna: vad är problemet? En vänbok till Bengt Sandin. Linköping : Bokakademin, pages
101-124.
Kimmel, Michael (2010). Boys and School: A Background Paper on the "Boy Crisis".
Stockholm: Fritzes.
Mead, Sara (2006). The truth about boys and girls. Washington D.C: Education Sector.
Ministère de l'Education Nationale (2010). Filles et garçons sur le chemin de l'égalité de
l'école à l'enseignement supérieur. Paris : Direction de l’évaluation, de la prospective et de la
performance.
Rivers, Caryl & Chait Barnett Rosalind (2006). The Myth of 'The Boy Crisis'. The Washington
Post (09 Avril).
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2006/04/07/AR2006040702025.html
Tyre, Peg (2008). The Trouble with Boys, A Surprising Report Card on Our Sons, Their Problems at School, and What Parents and Educators Must Do. New York : Three Rivers Press.
von Drehle, David (2007). The Myth About Boys. Time (26 Juillet).
Whitmire, Richard (2010). Why Boys Fail: Saving Our Sons from an Educational System
That's Leaving Them Behind. New York : AMA.
SITOGRAPHIE
Skolverket, Statistik & utvärdering [Page consultée le 18 Mai 2014]
http://www.skolverket.se/statistik-och-utvardering/statistik-i-tabeller/grundskola/skolor-och-elever
The World Bank [Page consultée le 11 Avril 2014]
http://data.worldbank.org/indicator/SE.PRM.TCHR.FE.ZS
http://data.worldbank.org/indicator/SE.SEC.TCHR.FE.ZS
(
ANNEXE
Questions
Matières enseignées :
Classe(s) :
1) Remarquez-vous des différences entre les filles et les garçons au niveau des effectifs ?
Est-ce différent dans votre autre classe de langue, si vous en enseignez une ?
2) Remarquez-vous des différences entre les filles et les garçons au niveau du
comportement et des attitudes en classe (la façon dont ils se comportent en tant qu’être
humain et vis-à-vis des instructions des professeurs et de leur travail)
3) Remarquez-vous des différences entre les filles et les garçons au niveau des résultats ?