Projet de Mouna - Terre d`israel

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Projet de Mouna - Terre d`israel
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Synopsis du Projet de livre-documentaire filmé sur des femmes juives
d’origine marocaine dans le monde par Mouna Izddine
L’originalité de ce projet d’écriture et de réalisation résidera
dans son caractère inédit, aucun écrit ou documentaire autour
des femmes juives d’origine marocaine n’a été édité à ce jour
sous la plume d’une Marocaine de culture musulmane.
L’autre atout de ce travail de Mémoire et de Paix réside dans
une combinaison entre démarche académique, style littéraire
et investigation journalistique.
Mon projet de livre, couplé à un documentaire filmé, se
présentera sous la forme d’une série de portraits d’une
vingtaine de femmes de confession juive et d’origine marocaine résidant au Maroc et / ou dans
un des 4 pays abritant une importante communauté juive marocaine : Israël, France, Canada et
Etats-Unis.
Le point commun de ces femmes sera leur illustration dans un de ces domaines de
prédilection : politique, social, économique, littéraire, artistique ou religieux.
Le but de ce minutieux travail de portraitiste sera de savoir comment la marocanité de ces
femmes et leur histoire familiale ont influé sur leur parcours personnel, leur contribution à la
cohabitation intercommunautaire dans leur société d’accueil et / ou à l’édifice de la paix au
Proche-Orient.
Ce projet de Mémoire et de Paix s’articulera plus précisément autour de trois axes au sein
même de chaque portrait.
Le premier axe s’attachera à faire découvrir l’univers de l’interviewée : ses origines sépharades ou autochtones avec l’histoire éventuelle de la lignée familiale -, son enfance, sa
jeunesse (adolescence et vie estudiantine) au Maroc ou ailleurs, les souvenirs prégnants qui y
sont attachés, les liens avec sa famille (parents et proches) et son environnement immédiat
(amis, voisins, camarades d’étude) durant les premières décennies de sa vie. Cette séquence,
richement documentée, n’en sera pas moins mâtinée d’émotion et de nostalgie pour accrocher
l’attention du lecteur ou du public.
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Le second axe s’attèlera à mettre en lumière la façon dont les protagonistes préservent la
culture judéo-marocaine de mère en fille ou de mère en fils: traditions, rites et coutumes
spécifiques au judaïsme marocain
véhiculés à travers les cérémonies
religieuses, les rapports familiaux
(notamment relations aux aînés et au
conjoint), l’habillement, l’art culinaire, la
musique, le parler, les adages
populaires judéo-arabes ou judéoberbères. Dans cet axe, domineront des
images puissantes à l’écrit comme à
l’écran afin de révéler, par la narration
et la description, la beauté, la poésie et
la force de cette culture deux fois
millénaire qui est parvenue à
transcender le temps et les espaces.
Le troisième axe consistera à décrypter
la corrélation entre la marocanité des
femmes interviewées et leurs rapports
aussi bien avec leurs coreligionnaires
non marocains d’origine, qu’avec les
autres communautés confessionnelles
(musulmane, chrétienne, etc). L’objectif
est de démontrer en quoi la culture
judéo-marocaine des protagonistes a
constitué un atout dans leur intégration
au sein de leur société d’accueil ou de
naissance,
ainsi que dans leurs
relations avec leur entourage de
cultures et de confessions différentes. Il
s’agira aussi de mettre en lumière les actions concrètes engagées par les protagonistes
concernées en faveur de la coexistence intercommunautaire et/ou de la Paix au ProcheOrient.
Cette dernière séquence, par le récit des initiatives fructueuses des « bâtisseuses de la
paix », constituera une ouverture et un encouragement aux initiatives en faveur du vivreensemble universel et d’un Proche-Orient pacifié.
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Motivation de : Projet de livre-documentaire filmé sur des femmes juives
d’origine marocaine dans le monde
Par Mouna Izddine, Journaliste
Casablanca- Maroc
Email: [email protected]
..…Mon projet de livre-documentaire se déclinera sous la forme d’une série de 20
portraits, à raison de 4 femmes par pays : Maroc, France, Israël, Canada et EtatsUnis d’Amérique. C’est dans ces quatre Etats hors du Maroc en effet que se
concentrent la majorité des communautés juives d’origine marocaine….…Un livre
couplé à un documentaire filmé sur des femmes juives d’origine marocaine qui se
sont distinguées par un parcours original dans un domaine de prédilection
particulier : politique, social, économique, littéraire, artistique ou religieux. Il s’agit
de savoir notamment comment leur marocanité, leur histoire familiale, a influé sur
leur histoire personnelle, leur intégration dans leur pays d’accueil et l’éducation de
leurs enfants…..
Marocaine de naissance, musulmane de culture, cosmopolite d’esprit et de cœur, cela fait
plusieurs années que je caresse l’ambition de bâtir une trajectoire constructive avec une
singulière nostalgie qui m’habite. J’ai grandi avec la cuisine de ma grand-mère amazighe,
mâtinée des recettes apprises auprès de ses voisines israélites à Zoumi et avec les récits de
mon père sur Sefrou, « la Petite Jérusalem » de son enfance. J’ai également noué de belles
amitiés juives dans les écoles françaises où j’ai suivi ma scolarité.
Mais dans ce Maroc où je vis, au fil des ans, je vois s’évaporer comme rosée au soleil les
fragments fragiles d’une communauté juive deux fois millénaire. Chaque année, l’effectif des
citoyens de confession juive résidant au Maroc s’amenuise avec le départ sans retour des
jeunes pour leurs études supérieures à l’étranger, aggravé par l’adieu des anciens. Des
350 000 Marocains d’obédience israélite qu’il comptait au début du siècle dernier, le Maroc
n’abrite plus aujourd’hui que 2 000. Une hémorragie démographique qui n’est pas sans
conséquences sur mon pays. Car même si près de 50 000 Juifs d’origine marocaine viennent
tous les ans en pèlerinage sur les tombeaux de leurs 650 saints à travers le royaume, chaque
jour, se creuse davantage la fosse de l’oubli de cette cohabitation millénaire chez les jeunes
générations de Marocains.
Ces derniers n’ont pour la plupart jamais vu ni connu de Juifs Marocains et ignorent tout de ce
pan de leur histoire et de leur identité, totalement occulté des manuels d’histoire scolaires.
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Aussi, si l’on excepte ceux qui se sont imprégnés des récits oraux de leurs aînés sur la
présence juive en terre marocaine, l’unique source d’information pour ces jeunes,
majoritairement arabophones, est médiatique. Des médias panarabes omniprésents dans les
foyers marocains, on n’évoque la judéité que sous l’angle du conflit israélo-palestinien, avec
tout ce que cela comporte comme subjectivité et déformation idéologique d’une très complexe
réalité empirique. Dans la même optique, des générations entières de Marocains, à l’instar de
leurs jeunes voisins algériens, tunisiens, libyens ou égyptiens, sont en train de se construire
avec l’arabo-islamité comme unique socle identitaire, faisant malgré eux le lit des carcans
communautaristes et obscurantistes.
Or, aujourd’hui plus que jamais, avec l’éveil politique et culturel engendré par « le printemps
arabe », puis la mention des composantes amazighe et hébraïque de l’identité marocaine dans
la Nouvelle Constitution (plébiscitée au Maroc en juillet 2012), le moment est venu, je pense, de
changer cet état de fait. Le changement passera par la réappropriation par les Marocains de
leur « identité plurielle », en leur fournissant toutes les clés de connaissance de la judéité
marocaine, dans ses versants sépharade et autochtone et dans les différentes phases de son
histoire ancienne et contemporaine.
Changer aussi le regard que portent les Marocains sur Israël, pays où vivent plus d’un million
de citoyens aux racines marocaines et par conséquent, sur la question israélo-palestinienne,
sera notre défi. Pour avoir été à deux reprises en Israël, régulièrement, des jeunes Marocains
musulmans viennent à moi pour me confier leur soif de savoir sur les Juifs marocains, leur
histoire, les raisons de leur départ, mais aussi leur envie de visiter Israël pour, disent-ils,
« voir de leurs propres yeux si ce qu’il se raconte à la télé est vrai ». Certains ont même
appris des mots d’hébreu, des proverbes juifs amazighs, d’autres disent être de grands fans
de musique judéo-andalouse, du théâtre juif marocain ou de cinéma israélien.
De la même façon que j’ai pu constater, auprès de jeunes Israéliens d’origine marocaine, ce
besoin vital de renouer avec la terre de leurs aïeux. Ils sont ainsi nombreux à revendiquer
haut et fort leurs racines nord-africaines, par l’écriture, le théâtre, la photographie, la
musique ou le cinéma. Des démarches artistiques qui se posent comme autant d’appels et
d’interrogations sur la marocanité qui est en eux. Cette même marocanité, pourtant très riche
de son métissage et de ses apports a été pendant de longues décennies douloureusement et
injustement dédaignée par une certaine « troïka » ashkénaze en Israël. Aussi, la requête de
ces jeunes, où qu’ils se trouvent, est, à mes yeux, émouvante et éloquente à la fois car elle
révèle combien l’ancestralité d’une culture peut s’avérer plus forte que les frontières du
temps et de l’espace et comment les petites histoires de chacun survivent aux soubresauts de
l’Histoire avec un grand H.
En juillet 2010 et en mars 2012, l’opportunité m’a été donnée de voyager en Israël dans le
cadre d’un reportage pour accompagner la Joint Américaine et ensuite dans le cadre d’une
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mission humanitaire au delà de l'Histoire, au delà des vestiges, des archives et des lieux de
pèlerinage, il fallait que notre groupe de Marocains pour certains berbères puissent
rencontrer leurs anciens compatriotes, dans un autre pays qu'ils ont tant contribué à bâtir
tout en ne reniant jamais leurs racines. Je suis revenue bouleversée de ces séjours. De par
mes rencontres avec les Israéliens et les Israéliennes d’origine marocaine, j’ai compris tout
ce que nous avions perdu. Mais aussi tout ce que nous avons gagné. Si l’exode de milliers de
Juifs du Maroc au lendemain de la création de l’Etat d’Israël puis de la fin du protectorat
français sur le royaume a été une réelle amputation pour le Maroc et les Marocains, cette
diaspora, devenue élite intellectuelle, politique, économique et artistique aux quatre coins du
monde, représente en effet aujourd’hui un modèle unique de coexistence interconfessionnelle.
Mais aussi un formidable pont pour la Paix entre Israéliens et Palestiniens, ainsi qu’une digue
inestimable contre les extrémismes en tous genres, qu’ils soient politiques ou religieux.
Dans cette diaspora, comme au sein de la communauté israélite vivant encore au Maroc, les
femmes sont, pour ainsi dire, « les gardiennes du temple » de la judéité marocaine. Ce sont les
mères qui transmettent aux générations futures les rites, les us et les traditions
communautaires. Ce sont les jeunes femmes qui reproduisent, ou redéfinissent, les rapports
au sein du couple, de la famille, de la communauté et avec le reste de la société. Le passé, le
présent et l’avenir de la judéité marocaine sont entre les mains des femmes. Et en chaque
femme juive marocaine sommeille une bâtisseuse de la paix au Proche-Orient.
C’est donc auprès d’elles que j’ai décidé de travailler. Après mûre réflexion, j’ai également
défini la forme que je souhaite donner à ce projet: un livre couplé à un documentaire filmé sur
des femmes juives d’origine marocaine qui se sont distinguées par un parcours original dans
un domaine de prédilection particulier : politique, social, économique, littéraire, artistique ou
religieux. Il s’agit de savoir notamment comment leur marocanité, leur histoire familiale, a
influé sur leur histoire personnelle, leur intégration dans leur pays d’accueil et l’éducation de
leurs enfants.
Mon projet de livre-documentaire se déclinera sous la forme d’une série de 20 portraits, à
raison de 4 femmes par pays : Maroc, France, Israël, Canada et Etats-Unis d’Amérique. C’est
dans ces quatre Etats hors du Maroc en effet que se concentrent la majorité des communautés
juives d’origine marocaine. Je crois par ailleurs posséder les atouts nécessaires pour mener
à bien cette entreprise. Actuellement rédactrice en chef d’un magazine féminin, j’ai auparavant
dirigé deux rédactions, un mensuel familial et un hebdomadaire généraliste, après une
expérience de trois ans dans la première publication politique indépendante du Maroc. Je
pense pouvoir achever mon projet en 18 mois. Enfin, je ferai en sorte que ce travail ait le plus
large écho possible, auprès de la diaspora juive marocaine, mais aussi auprès des Marocains
de toutes confessions et générations confondues, afin qu’ils se réapproprient leur Mémoire
commune et jettent une nouvelle pierre dans l’édifice de la paix future.
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Ce livre-documentaire en langue française devrait être traduit en hébreu, en anglais, en arabe
et en amazigh.
Des éléments de budget prévisionnel sont alignés séparément.
Mon curriculum vitae et mes articles de voyage en Israël sont également sur feuillets séparés.
Mouna Izddine
Journaliste
Casablanca- Maroc
Email: [email protected]
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Eléments de Budget pour 1 année de travail
Total demandé : 25 000 US $ Dollars ou 20 000 €uros
1 Travail Théorique : 3 mois
Au Maroc et I 3 déplacements en France
Incluant Titres de Transport Internationaux, Frais de vie
1.1 Mise en forme du plan du livre, de compilation de lecture & des notes prises
1.2 Travail préparatoire du terrain
1.3 Mise en place du questionnaire des interviews en semi-directifs papier-crayon
2 Missions Exploratoires : 3 mois
Incluant Titres de Transport Internationaux, Frais de vie, Traducteurs
2.1. Maroc
2.2 France
2.3 Israël
2.4 Canada
2.5 USA
3 Travail de compilation générale : 2 mois
Ce travail sera réalisé entre la France et le Maroc
Incluant Titres de Transport Internationaux, Frais de vie, Traducteurs
4 Travail de rédaction : 4 mois
Ce travail sera réalisé entre la France et le Maroc
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Formation et Parcours de Mouna Izddine
Mouna Izddine, journaliste et rédactrice-en-chef, est née à Errachidia (sud-est du Maroc) il y a
34 ans. Elle est fille de Mohamed Izddine, chirurgien, et de Souad El Harti, professeur de lycée.
Célibataire, elle vit à Casablanca depuis 1997.
Etudes scolaires et universitaires (1983/2002) :
 Collège Honoré de Balzac (Kénitra, Maroc)
 Lycée René Descartes (Rabat, Maroc)
 Institut Supérieur de Commerce et d’Administration des Entreprises (Casablanca,
Maroc)
Expérience professionnelle (Depuis 2002) :
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Parade magazine (Septembre 2002 à Juillet 2003)
Famille Actuelle (Septembre 2003 à Juillet 2006)
Maroc hebdo international (Septembre 2006 à Juillet 2009)
L’Observateur du Maroc (Septembre 2009 à Mars 2012)
Femina magazine (depuis Avril 2012)
Parlant couramment le français et l’arabe, Mouna est de parents amazighs (berbères), de
culture musulmane et de langue maternelle française.
Après l’obtention de son Baccalauréat en Sciences Economiques et Sociales au Lycée Français
René Descartes de Rabat, elle intègre en octobre 1997 à Casablanca l’Institut Supérieur de
Commerce et d’Administration des Entreprises (ISCAE), première école de commerce
marocaine et en ressort en juillet 2002 avec un diplôme en marketing et communication.
Passionnée depuis son enfance par l’univers de l’écriture et des médias, elle décroche son
premier emploi de journaliste en septembre 2002 au sein de Parade Magazine, mensuel
féminin sis à Casablanca. Une expérience qui lui permet d’intégrer en septembre 2003 la
rédaction de Famille Actuelle, magazine familial marocain francophone où elle accède au bout
d’un an et demie au poste de rédactrice-en-chef.
Sentant la nécessité de se constituer un bagage socio-politique plus approfondi, elle décide de
rejoindre en septembre 2006 l’équipe rédactionnelle de Maroc Hebdo International, première
publication politique marocaine non partisane, fondée par Mohamed Selhami. C’est dans cette
école de rigueur reconnue par la profession que Mouna Izddine forge ses armes de journaliste
de terrain et aiguise son esprit d’analyse. De la montée des radicalismes religieux au Maghreb
à la menace terroriste au Sahel, en passant par les questions identitaires, la condition des
femmes arabes ou les portraits d’acteurs civiques et politiques marocains et étrangers, ses
interviews, reportages, enquêtes et chroniques, font d’elle une journaliste polyvalente
appréciée par le lectorat de Maroc Hebdo dans son pays et à l’étranger.
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Cette expérience de 3 ans lui vaut la nomination en septembre 2009 au poste de rédactriceen-chef de l’Observateur du Maroc, hebdomadaire généraliste du groupe Médi Editions, présidé
par Ahmed Charaï. Avec son équipe de journalistes, elle parvient à donner une nouvelle
impulsion à la revue, via des Unes d’actualité fortes et polémiques, réalisées au Maroc et à
l’international (France, Israël, Italie, Tunisie, Algérie, Etats-Unis…).
Les lendemains du « printemps arabe » redonnent à Mouna l’envie de renouer avec la presse
féminine. Elle est en effet convaincue que la femme est le baromètre infaillible de l’évolution
politique, économique et sociale, ainsi qu’un bastion incontournable contre l’ascension des
intégrismes au Maroc et dans toute l’Afrique du Nord. C’est dans cette optique qu’elle rejoint
en avril 2012 le magazine Femina, publication mensuelle du groupe Maroc Soir. A la tête de la
rédaction, elle s’est fixée comme mission de renforcer le contenu éditorial par des articles
d’analyse et de proximité et d’asseoir le rang du magazine, actuellement 2ème mensuel féminin
francophone au Maroc.
Mouna Izddine est membre du Réseau Marocain des Femmes Journalistes.
Ses coordonnées:
Mouna Izddine (journaliste)
Casablanca, Maroc
E-mail : [email protected]
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Compte-rendu du voyage en Israël (mars 2012)
J’ai laissé le Maroc en Israël et ramené celui-ci dans mon cœur.
Par Mouna Izddine, Journaliste
Quatre jours après notre
retour d’Israël, je garde
en moi de joyeux
souvenirs et de belles
émotions
de
cet
inoubliable
périple
en terre d’Israël. J’ai fait
pour ainsi dire le plein
de
sensations
« cérébrales
et
cardiaques ». J’ai laissé
le Maroc en Israël et
ramené celui-ci dans mon cœur. Tous les mots ne seraient pas suffisants pour exprimer ma
gratitude envers nos hôtes israéliens et tous nos compagnons de voyage. Un grand merci
collectif aux membres et amis es associations APJM-Paris et de Zohar-Tel Aviv de nous avoir
donné l’opportunité de (re)découvrir Israël et de partir à la très chaleureuse et fructueuse
rencontre de ses citoyens d’origine marocaine.
Je pense à Arrik Delouya, à Moché Bar Hen et
son épouse Régine, présents à nos côtés du
début jusqu’à la fin de notre voyage. Kol
Ha’kavod pour votre organisation sans failles,
votre sens du contact et du tact, et toda raba
pour votre disponibilité, votre gentillesse et
votre patience infinies. Mes remerciements vont
également à Victor et Mimy Afflalo, qui nous ont
offert le plus somptueux et le plus exquis des
repas de Shabbat dans leur belle demeure.
Partager ce dîner avec votre famille était un pur
moment de bonheur et de complicité joyeuse.
Ce Maroc qu’on aime, hospitalier, gai et
chaleureux, je l’ai retrouvé également chez la
famille Bensoussan. Nitsan et la belle Etty au
magnifique regard azur, mille mercis pour le
copieux déjeuner que vous avez organisé en notre
honneur dans votre Moshav et bravo pour votre
courage gentelmen (and women) farmers. Voir
flotter côte à côte au-dessus de cette opulente
tablée le drapeau marocain et israélien, après la
didactique visite guidée de Yad Mordechaï, a
personnellement éveillé en moi une vive émotion
et une grande espérance. Celle de la reprise des
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relations diplomatiques entre nos deux nations. Car les autres liens, mémoriels et patrimoniaux,
humains et humanistes, sont bel et bien existants, et fièrement maintenus. Comment douter un
seul instant de ce legs historique et générationnel ? Comment ne pas être bouleversé par Haïm
Boghanim alignant une blague sur l’autre en darija, chantant Abdelhadi Belkhayat, préparant
avec amour de la kefta machouia et servant le couscous berbère à ses invités marocains,
gandoura sur les épaules et kippa sur la tête, sous le regard ébahi de son fils ? Comment ne pas
être touché par le jeune guitariste Micha Bitton qui nous a fait danser sur les rythmes de tubes
amazighs hérités de ses grands-parents ? Toda raba à vous pour ces instants de liesse au
Moshav puis pour ce mémorable diner d’au-revoir dans la maison de la fille de Haïm.
Je remercie également Daniel Bensimon, le Jean Jaurès de la
Knesset, pour son accueil et sa très enrichissante intervention
sur la réalité des préoccupations actuelles de la société
israélienne. Votre sagesse, votre lucidité et votre pondération
sont d’une rareté précieuse et exemplaire. Cet espoir de paix
entre Israéliens juifs, arabes et Palestiniens, que vous portez si
brillamment et courageusement depuis de si longues années, j’ai
vu ses graines dans les mots enthousiastes et l’optimisme
serein du jeune Yoav Stern et Ella Bitton,
du Centre
Shimon
Peres
pour la
Paix.
Yoav, t’entendre expliquer dans un arabe
littéraire parfait le travail admirable de
votre Centre, et toi Ella, la petite
marrakchie à la bouille d’ange, t’écouter
parler des étoiles dans les yeux de ton
futur périple au Maroc tout de suite après
ton service civil, vaut à mes yeux tous les discours politico-politiciens sur la paix entre
les peuples et la cohabitation interconfessionnelle et se fait écrouler la propagande ridicule que
l’on connait contre la supposée arabo-islamophobie de la jeunesse israélienne. Rien ne pourra
éteindre les voix de la paix et de la raison. Ni les plumes, ni les caméras pacifistes. Mes pensées
vont dans ce sens à Yosi Bar Moha et Merav Betito qui nous ont reçus à l’association des
journalistes israéliens, Rehov Kaplan à Tel Aviv.
Un vif merci également à Alain
Assouline, le Sefraoui au grand cœur,
au
calme
apaisant
et
à
l’impressionnante culture, ainsi qu’à
Joe Toledano... Voir des Israéliens
d’origine marocaine occupant de
prestigieuses fonctions au sein
d’institutions médiatiques, politiques
et associatives de renom est source
d’orgueil pour les Marocains que nous
sommes. Comme l’a si bien dit feu
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Hassan II, avec le départ de nos Juifs, nous avons perdu une grande partie de notre élite. Mais
rien n’est jamais définitivement perdu.
Comme vous avez gardé le Maroc en vous,
nous avons gardé nos Juifs en nous, et
comme vous le savez, vous êtes infiniment
les bienvenus sur votre terre natale et celle
de vos aïeux. Votre histoire collective, vos
histoires individuelles, notre Histoire
commune, sont toujours là. A nous de les
maintenir et de la transmettre aux
générations futures, marocaine comme
israélienne, européenne ou américaine. Afin
de barrer la route aux intégrismes
destructeurs et construire les ponts de
l’amitié.
Je dédie aussi une pensée
particulière aux Parisiens
Manou Vacaint (Oiknine),
l’expert-comptable jamais
en déficit de provisions de
sourires, et Michelle Lévi,
charmants compagnons de
ballades et de shopping,
dont l’humour piquant et
subtil a égayé nos
journées et nos soirées.
Sans oublier bien-sûr
l’adorable photographe et
artiste Babylone au sourire
permanent ainsi que la très
affable Yaffa. Rav todot
pour votre compagnie
agréable
et
les
magnifiques photos et vidéos par lesquelles vous avez éternisé et sublimé notre séjour
israélien. Enfin, merci à Amnon Verner le kibboutznique de fond et militant infatigable de la Paix
pour sa visite guidée de Tel-Aviv et ses précieuses explications.
J’espère n’avoir omis personne et m’excuse auprès de tous ceux que je n’ai éventuellement pas
cités, notamment toutes les personnes
présentes au diner du lundi soir dernier.
Mes amis, grâce à vous, à ces merveilleuses
rencontres,
à
la
leçon
conjuguée
d’universalisme et de fierté identitaire offerte
par votre pays, je me sens encore plus
Marocaine, musulmane, juive, arabe et
berbère à la fois. En me faisant mieux
comprendre le réel, vous m’avez donné
l’énergie de mieux m’acheminer vers mon
idéal. Celui de m’atteler, en plus de mes écrits journalistes, à la sauvegarde et à la renaissance
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de la mémoire et du patrimoine
des peuples marocains et israéliens…
judéo-marocain,
ainsi
qu’au
Leitraot vé neshikot a kol !
Mouna Izddine, Journaliste
Casablanca Maroc
Email: [email protected]
Reportage réalisé en juillet 2010 pour l’Observateur du Maroc
rapprochement
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Une semaine en Terre Sainte
Une terre, deux peuples, une
lassitude…
De Notre envoyée spéciale à Jérusalem
Mouna izddine
Tant de choses ont été dites, filmées et
écrites sur ce bout de pays... Alors que les
extrémismes politiques et religieux se
renforcent dans les deux camps, alimentés
par la peur ou la lassitude des populations, et
l’instrumentalisation d’une cause au profit de
calculs géostratégiques par des dirigeants
extérieurs, une question se pose : l’Israël
d’aujourd’hui serait-il le mouroir de tous les
espoirs de paix, l’antichambre d’une future
guerre civilisationnelle sanguinaire et
éradicatrice ? La voix des pacifistes, celle de
la raison et du pragmatisme, se fait-elle
encore entendre dans ce brouhaha
d’accusations et d’hostilités mutuelles ? Qui
sont ces acteurs qui tentent de faire bouger
les choses de l’intérieur, à leur échelle? Et
quel regard porte la jeunesse israélienne sur son avenir dans ce pays à la fois entaché par son
passé, déchiré dans son présent, et résolument tourné vers le futur?
Reportage.
La ville qui ne dort jamais, Irlelo afsaka, Tel Aviv by day, stress et nonchalance
17 bornes plus loin. Il est sept
heures. Une lumière ocre éclaire la
baie de Tel Aviv, «la petite New
York», caressant les corps rougis
des vieux joggeurs sur la plage de
sable blanc, les façades des hôtels
de luxe et l’asphalte rutilant des
rues, qui se font côtoyer
immeubles contemporains et
petites villas anciennes. La plupart
des restaurants et des magasins
ont d’ores et déjà ouvert leurs
portes pour accueillir les premiers
clients. Si ce n’était les panneaux
en hébreu, langue officielle avec
l’arabe, on se croirait dans
n’importe quelle autre cité balnéaire méditerranéenne. Cosmopolite, bouillonnante, festive,
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hybride, colorée, Tel Aviv est le cœur battant de la modernité israélienne, la capitale du
business, ville des jeunes et pour les jeunes. L’après-midi, tandis que les jeunes actifs terminent
leur stressante journée derrière les bureaux de verre du centre ville, les artistes et les
romantiques vont chiner dans les marchés de Carmel et de Bezalel. Ou se balader dans le
quartier côté de Neve Tzedek (littéralement, l’oasis de justice), ses galeries d’art et ses rues
provençales, le Montmartre de Tel Aviv, pour fumer un narguilé au son d’une reprise en hébreu
de Majda Roumi, siroter un « Lemonana » (citronnade à la menthe) en débattant septième art et
littérature classique à l’ombre de ses coquettes villas.
Tel Aviv by night, l’amie de tous les genres
Le soir venu, la jeunesse branchée se retrouve
sur le chic boulevard Rotschild, ses boutiques
distinguées et ses immeubles Bauhaus éclairés
de lumières tamisées. Des bimbos en tee-shirt
moulant, mini-short et rollers aux pieds,
employées pour la promo d’une rave-party dans
le désert d’Eilat, esquissent un pas de danse
avec des jeunes religieux ultra-orthodoxes,
venus quémander quelques shekels aux
passants et aux automobilistes. Le tout sous les
applaudissements enthousiastes d’une foule
bigarrée, nichée dans les mille et un bars et
discothèques essaimant le quartier du même
nom. Plus underground, le Lima Lima au 42
Lilenblaum Street attire les adeptes de musique
urbaine alternative « made in Tel Aviv »,
singulier mélange de rock et de métal
américain, de reggae jamaïcain, de pop anglaise
et de variété israélienne. Dehors, autour des
bancs publics, bière à la main, des adolescentes
en petite robe d’été se déhanchent, chantonnant
avec un accent marqué des airs de la bombe
anatomique
libanaise
Haïfa
Wahbe.
Soudainement, on se sent plus à Beyrouth ou
Casablanca qu’à Paris. En Orient tout
simplement…
LA SOCIÉTÉ ISRAÉLIENNE EST UNE SOCIÉTÉ TRÈS JEUNE ET OÙ LE CONFLIT MAINTIENT EN
PERMANENCE VIGILANT ET ÉVEILLÉ. CE QUI CONTRIBUE À SON HÉDONISME, SON DYNAMISME, SON
HYPERACTIVITÉ, SA CRÉATIVITÉ PROLIFIQUE ET SON PENCHANT RECONNU POUR L’INNOVATION
ET LES DERNIÈRES TECHNOLOGIES.
Au café Evita, rendez-vous incontournable de la communauté gay, lesbienne et transsexuelle de
la ville, l’ambiance se veut encore plus déjantée, entre tenues affriolantes, danses lascives et
flirts osés. Tel Aviv, consacrée depuis quelques années métropole « gay friendly », au même
titre que San Francisco, Berlin ou Amsterdam, est en fait l’amie de tous les genres. Yoni, 18 ans,
étudiant en électronique est franco-israélien, son petit copain, Benjamin, 22 ans, professeur de
fitness, est d’ascendance falasha et leur amie, Nelly, esthéticienne, est arrivée en 1994 de
Bucarest avec ses parents. Tous les trois, échangeant blagues et rires complices avec le
serveur, un jeune Guinéen venu chercher fortune à mille lieues de son Afrique natale,
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s’apprêtent à achever leur soirée au Clara, sur la plage Frishman, le temple de « l’IT attitude »,
où, chaque été, des DJ du monde entier, roi des platines, viennent mettre le feu parmi les
noctambules. A leur sortie, des snacks orientaux attendent les noceurs affamés par la piste, la
vodka et autres edens artificiels. « Barouh’aba lé Ir lelo afsaka », bienvenu à la ville qui ne dort
jamais…
Bulle dorée versus désespoir rouge sang ?
Tel Aviv est-elle donc vraiment cette «bulle» d’insouciance narrée par Eytan Fox dans son long
métrage culte, libre et ivre, indifférente aux tensions alentour, et qui finit par éclater
tragiquement sur ses protagonistes ? Sa jeunesse, obnubilée par la seule envie de «s’éclater»,
ne se réveille-t-elle qu’au sursaut des bombes humaines, venues depuis les territoires occupés
faire exploser sa rage et son désespoir, la spoliation de sa terre et son exclusion du «miracle
israélien» ? Ou bien cette même jeunesse, apeurée par les attentats kamikazes dans un passé
récent, brandit ce goût immodéré pour la fête comme un défi à la mort, un hymne à la vie, une
rébellion contre une scène politique sclérosée et un conflit interminable ? Pour Denis Charbit,
directeur du département de Sciences politiques de l’Université Ouverte d’Israël, la réponse est
loin d’être tranchée : «La société israélienne dans son ensemble est une société très jeune (les
moins de 35 ans représentent 40% de la population), qui a commencé quasiment sans
personnes âgées, et où le conflit maintient en permanence vigilant et éveillé. Ce qui contribue à
son hédonisme, son dynamisme, son hyperactivité, sa créativité prolifique et son penchant
reconnu pour l’innovation et les toutes dernières technologies. C’est aussi paradoxalement une
jeunesse ultra patriotique dans toutes ses composantes. Ce nationalisme exacerbé, qui
surprend, voire irrite l’extérieur, est auréolé d’une dimension très sécuritaire, martiale, imposant
le service militaire à ses garçons comme à ses filles (3 ans pour les premiers et deux ans pour
les secondes) et privilégiant le règlement des problèmes par la force. Même si la force ne
fonctionne pas à tous les coups, comme on a pu le constater avec l’affaire de la flottille de la
Liberté».
L’ultrapatriotisme assumé des enfants d’Israël
Il serait erroné en effet de croire que la jeunesse israélienne, y compris celle habitant les
grandes villes, même éloignées des territoires palestiniens, soit a-politisée et insensible aux
évènements du genre agitant son pays. Car, aux yeux de tous les jeunes Israéliens que nous
avons eu l’occasion de côtoyer, étudiants, cadres supérieurs, employés moyens, artistes en
herbe, journalistes attitrés, chômeurs ou collectionneurs de petits boulots, sans exception
aucune, il ne fait aucun doute qu’Israël est leur pays, leur Nation. La majorité parmi eux qui est
née sur place après les guerres israélo-arabes, ne connait pas d’autre pays et ne comprend pas
qu’on veuille les chasser de la terre qui les a vus pousser leur premier cri. Ceux qui ont émigré
quant à eux avec leur famille lors des deux dernières décennies, souvent issus de milieux
modestes, Israël est ce pays qui les a accueillis à bras ouverts, leur a offert cours d’hébreu
gratuits et aides diverses à l’intégration, pour le simple fait qu’ils soient israélites et qu’il est du
devoir d’Israël de ne jamais abandonner un enfant juif ou qu’il se trouve dans le monde, en
Ukraine, en Ethiopie, et jusqu’en Amazonie. Pour tous ces jeunes, biberonnés au « lait bleu et
blanc » depuis leur tendre âge scolaire ou à leur Alyah (littéralement, ascension), Israël est la
terre promise par l’Ancien Testament, le rêve devenu réalité du père du sionisme Théodore
Herzl, et d’où ils ne partiront jamais. La plupart ressentent même le devoir de protéger, par la
parole, l’écrit, la musique ou les armes, un Etat qu’ils disent tous menacés par les velléités
éradicatrices des « nouveaux Hitler », alias Mahmoud Ahmadinejad et Ismael Hanniyeh. Cette
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fièvre nationaliste, cet amour inconditionnel au langage parfois dur et choquant à l’égard des
détracteurs de la politique israélienne, à l’envi taxés de « gauchos antisémites » ou de « néo
nazis islamistes » par les plus radicaux, est omniprésente parmi la jeunesse israélienne. Et
même si beaucoup ne sont pas pratiquants voire ardents défenseurs de la laïcité, les ultraorthodoxes ne représentant que 8% de la population juive israélienne (35% à Jérusalem), la
grande majorité revendiquent leur judéité comme partie intégrante de leur identité, arborant
fièrement sur leurs torses juvéniles Haï, Maguen David et Menoras d’or et d’argent.
Juifs et Arabes, deux poids, deux mesures ?
Guilat ou Gaza ?
Un peu partout dans les villes et villages, fleurissent également sur les balcons des maisons ou
les terrasses verdoyantes des kibboutz du désert de Judée des drapeaux d’Israël et des portraits
à l’effigie de Gilad Shalit, le caporal, alors âgé de 20 ans, enlevé par le Hamas le 25 juin 2006. Et
pour lequel des manifestations impressionnantes appelant à sa libération ont été organisées
dans tout le pays durant notre voyage. Une mobilisation jugée quelque peu démesurée par une
fange de l’opinion publique internationale, notamment arabo-musulmane, comparativement à
l’indifférence envers d’autres détenus, palestiniens eux, estimés à quelque 10 000 ( 8 200 en
2006 selon l’ONG israélienne B’Tselem ) dans les geôles israéliennes. Deux poids deux
mesures ? Gilad ou Gaza ? «Personnellement, je ne considère pas qu’enlever un soldat soit du
terrorisme, c’est davantage un problème de droit international. Cependant, à nos yeux, les
soldats ne sont pas des mercenaires, pressés de « casser de l’Arabe » pour aller ensuite vivre à
Caracas », tempère Denis Charbit. Rina, journaliste vedette de la seconde chaîne privée
israélienne, que nous avons eu l’occasion de rencontrer lors d’un débat à Tel Aviv, résume la
vision de nombre de ses compatriotes : « A nos yeux ce ne sont pas des soldats, mais des
enfants qui viennent de quitter les jupons de leur mère, d’ailleurs nous les appelons dans notre
jargon « lebanim », les fils ». Des « enfants » qui auraient dans la même optique agi « en légitime
défense » lors de l’assaut de la flottille de la Liberté, obéissant aux ordres de leurs supérieurs et
se défendant à balles réelles contre des «pacifistes » munis d’armes blanches.
Légitime défense, démocratie…et néo-apartheid ?
Et même si l’élite de gauche israélienne reconnaît «la grave erreur» de son gouvernement et de son armée dans la
gestion de cet incident, les mêmes intellectuels accordent la légitimité à ces derniers pour les
protéger contre ce qu’ils estiment être de l’ingérence et de l’agression étrangère : «Quand les
médias et les ONG étrangers parlent de droits de l’Homme, accusant Israël de se croire au
dessus de la légalité internationale, ils semblent oublier que cette « esthétique politique » nous
apparaît à nous comme un luxe par rapport aux dangers encourus par notre pays. Nous sommes
en état d’urgence depuis 62 ans. Les Palestiniens sont certes des gens à genoux, ils souffrent
énormément, mais ne sont pas menacés dans leur existence comme nous, Juifs et Israéliens.
Ce sentiment vire parfois à la paranoïa. A l’origine de certaines lois dictatoriales (dont quelques
unes datent du mandat britannique), il se mêle à une grande velléité d’ultralibéralisme et de
démocratie, créant une sorte de schizophrénie au sein des sphères politiques et judiciaires
israéliennes. Une des preuves de cette coexistence difficile entre sécurité nationale et nécessité
démocratique est la décision prise par la Cour Suprême israélienne en septembre 2007, l’une
des plus interventionnistes au monde, annulant sur 30 kilomètres le tracé du mur (séparant
Israël de la Cisjordanie) à proximité du village palestinien de Bil’in, pour cause de préjudice subi
(grande surface de terres isolées et oliviers arrachés) supérieur à l’avantage tiré en terme de
protection des populations israéliennes avoisinantes. Cette décision judiciaire très controversée
est un cas d’école, tant on a rarement vu dans l’histoire contemporaine le tribunal d’une force
occupante accepter les doléances d’une population occupée », soutient Claude Klein,
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professeur émérite de droit public à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Mesure révolutionnaire
aux yeux des Juifs Israéliens, anecdote dérisoire au regard des 20% d’Arabes Israéliens qui
n’ont de cesse de dénoncer leur statut de citoyens de seconde zone, décriant les
discriminations, légales ou larvées, dont ils se disent victimes de la part des autorités et de
certains concitoyens de l’Etat Hébreu. Parmi lesquelles l’interdiction pour un ressortissant
palestinien de vivre avec son conjoint israélien en territoire israélien, ou encore l’impossibilité
de contracter une union interconfessionnelle en Israël, loi qui contraint les couples mixtes à
aller se marier à Chypre ou Malte. Une façon sournoise de conserver le caractère
fondamentalement et majoritairement hébraïque de la société israélienne ?: « En tous cas, cette
discrimination ne touche pas que la vie privée de la minorité arabe. Nous estimons à 70% la part
des entreprises israéliennes publiques et privées excluant d’office les candidats arabes dans
leur politique de recrutement, pour estiment-t-elles, des raisons de sécurité nationale, ou par
excès de prudence. Du coup, des milliers de jeunes diplômés se retrouvent au chômage pour
simple délit de faciès, nombre parmi eux choisit alors la voie de l’exil en Europe ou aux EtatsUnis, quand ils en ont les moyens», déplore ainsi le directeur de l’Abraham Fund Initiatives,
rencontré dans la ville mixte de Saint-Jean d’Acre, dite Akko.
Shoah et Mur de la Honte
«Le monde est aveugle à la Shoah, les Juifs sont aveuglés par la Shoah …». Jamais cette
citation de l’écrivain français Régis Debray ( in « Lettre à un ami israélien») ne parait sonner
aussi juste qu’à la sortie de Yad Vashem, le mémorial de l’Holocauste à Jérusalem. Images
d’horreur insoutenables, témoignages poignants, vidéos terrifiantes…Les yeux de rouge de
larmes, la mine défaite, rares sont les visiteurs à ne pas sortir bouleversés d’émotion de la visite
du musée de la Shoah. Et toujours avec la même question intérieure lancinante, à laquelle
personne ne saura probablement jamais donner une réponse: pourquoi ?
Pourquoi aussi construire des murs à un milliard d’euros quand on peut construire des
ponts pour quelques milliers de shekels? La peur de l’autre justifie-t-elle de légitimer une
ségrégation raciale qui ne dit pas son nom ? La clôture de sécurité, « Geder Ha Hafrada » ,
hideux grillage de plus de 700 kilomètres, est visible depuis la vieille ville de Jérusalem et
partout aux abords de la Cisjordanie… Si les attentats kamikazes ont baissé depuis sa mise en
place, cette construction a surtout entraîné de terribles conséquences sociales et humanitaires
sur les populations arabes de Jérusalem Est et de Cisjordanie, qui doivent notamment passer
des heures de contrôle, sous un soleil de plomb ou une pluie battante, aux multiples check
points avant de pouvoir rendre visite à leur proches de l’autre côté du Mur, se rendre à l’école, à
l’hôpital, prier sur les lieux saints…ou juste cultiver leur lopin de terre. Contesté jusque par les
colons de Cisjordanie, à l’instar de Yitzhak Grunewald, directeur d’école et membre du conseil
local d’Elazar, une colonie du bloc Gush Etzion, l’aberrant «Mur de la Honte», que les autorités
israéliennes prétendent temporaire «jusqu'à ce que l'Autorité palestinienne se décide à mettre
fin au terrorisme», est là depuis 8 ans…
Pour que cesse la voix des armes et de la peur
C’est le conflit le plus long du 20ème siècle, mais aussi le moins meurtrier, toutes proportions
gardées. En plus de 60 ans, le conflit israélo-arabe a fait 100 000 morts, contre 300 000 en 10 ans
lors de la décennie de cendre en Algérie. Certaines morts compteraient-elles plus que d’autres ?
«Ce conflit cristallise autant de passions car il dure depuis trop longtemps et le Moyen-Orient
représente quelque part l’alter ego de l’Occident. Cela fait aussi BCBG d’avoir son opinion sur
ce conflit, ça fait briller dans les salons de soutenir l’un ou l’autre camp. Les médias à leur tour
ont une aspiration à simplifier les choses et à requérir l’appartenance à un camp, et c’est
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regrettable », constate D. Charbit. Dans l’idéal, chacun devrait se demander ce qu’il fait pour la
paix…
Sderot, mon voisin, mon ennemi, mon miroir…
Sderot, petite ville juive nouvelle bâtie à une dizaine de kilomètres au nord-est de la bande de
Gaza. Ici, de quelque côté de la frontière que l’on se place, l’ennemi, c’est l’autre. Celui qui
envoie des roquettes sur les villages voisins ou se fait exploser au milieu d’un bus bondé de
civils. Ou, de l’autre rive, celui qui bombarde une prison à ciel ouvert où s’entassent 1,5 million
d’âmes sur une étroite bande sablonneuse de 360 Km2, tuant 1500 femmes, vieillards et enfants
en moins d’un mois au nom d’une guerre contre des « terroristes » démocratiquement élus. A
qui la faute ? Qui sont les agressés, qui sont les agresseurs ? Où sont les gentils, où se cachent
les méchants ? Insensée compétition victimaire, ridicule dichotomie et dangereuse vision
manichéenne d’un conflit hautement complexe, à laquelle refuse d’adhérer Daniel El Hazar, père
de six enfants, habitant le kibboutz Saad depuis 1977 et membre de l’Association « Kol Akhar »,
« Une autre voix », forte aujourd’hui de 80 adhérents : « A partir de 2001 et jusqu’en 2008, nous
avons subi sans arrêts des tirs de Gaza. Auparavant, avant la première Intifada en 1981, nous
nous baignons ensemble avec les Palestiniens, ils venaient travailler à Sderot et nous
commercions avec eux, c’était une époque paisible, hélas révolue. Depuis, la situation s’est
beaucoup détériorée, la population juive de la région a développé des comportements très
agressifs vis-à-vis des Gazaouis, certains s’étant sentis « dupés » par les Palestiniens alors
qu’ils avaient activement milité pour le retrait des troupes israéliennes de cette bande occupée.
Nous pensions alors que ce retrait ramènerait le calme dans la région et aiderait au
développement socio-économique de Gaza. Hélas, le Hamas a pris le pouvoir et les tirs ont
repris de plus belle. La violence n’est pas une solution. C’est pour cela que nous avons décidé
de suivre une autre voie, celle du dialogue direct avec la population gazaouie ». Eric, militant lui
aussi au sein de la même association pacifiste, poursuit : « Cette guerre nous a tous usé et le
siège imposé à Gaza nous dessert tous, il ne fait que renforcer les tensions et les animosités
entre les civils des deux bords. Nos enfants vivent dans la peur, et les petits Gazaouis vivent
dans l’isolement et le dénuement. Le centre dans lequel nous nous trouvons a été construit à la
mémoire d’Ella Abucassis, une jeune femme tuée par une roquette à Sderot alors qu’elle tentait
de protéger son petit frère. C’est tout un symbole pour nous de rencontrer ici même les
Gazaouis, étudiants, hommes d’affaires, membres du Fatah ou autres, que nous invitons pour
les débats intercommunautaires. C’est tout un parcours du combattant pour eux d’obtenir
l’autorisation de passer la frontière et, pour des raisons évidentes de sûreté, ils n’informent pas
les autorités du Hamas du vrai but de leur sortie de Gaza. Mais aucun de nous ne baissera les
bras, quitte à n’avoir qu’Internet et le téléphone comme uniques moyens de communication,
nous continuerons à nous rencontrer et à nouer des relations fructueuses pour tous. Jusque ce
que la paix soit faite, Barukh Ashem, grâce à Dieu».
Un espoir nommé Jaffa…
«La société israélienne est une société paradoxale qui produit à la fois du consensus et du
disensus, entre Juifs et Arabes musulmans et chrétiens certes, mais aussi entre Juifs. Le projet
d’homogénéité de base a montré ses limites et très vite, nous avons fait l’expérience de la
pluralité et de la complexité de notre société. Cette dernière a ainsi créé un « homo israelicus »,
avec son argot et ses habitudes singulières, sans que chacun se sente pour autant totalement
fondu dans cet ensemble. Idem pour les Arabes israéliens : 60 ans après la « Naqba » et l’exil
des trois quarts des Palestiniens, on retrouve une société arabe forte, sûre d’elle-même, parlant
couramment l’hébreu, avec son identité et ses revendications propres », soutient Denis Charbit.
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Tous les ans, Israël perd 10 points de son PIB dans l’armée et la sécurité, au détriment de
l’éducation, par laquelle nombre de militants sont convaincus que la paix viendra. Comme
Ibrahim Abu Shindi, personnalité incontournable de Jaffa… Jaffa la palestinienne, Yafo
l’israélienne, la fiancée de la mer, sa romance cinématographique éponyme, son souk bariolé et
ses célèbres orangeraies à l’histoire amère…Dans cette vieille petite cité historique de 55 000
âmes au sud de Tel Aviv, se côtoient 35 000 habitants de confession juive et 20 000 autres de
confession musulmane et chrétienne, partageant souvent les mêmes immeubles, la même vie de
quartier et la place centrale, vestige de l’ère ottomane. Perché sur une colline verdoyante
surplombant la mer azurée, le « Arab Jewish Community Center » se veut le symbole d’une
coexistence intercommunautaire sereine et fructueuse possible. Dans ce centre construit par la
Villa avec l’aide de dons étrangers, des familles juives, chrétiennes et musulmanes de condition
modeste, comme la plupart des résidents de Jaffa, sont accueillies de 7 heures du matin à 10
heures du soir : « Ici, la politique n’a pas sa place. Les enfants se retrouvent au centre après
l’école, ils se rencontrent dans l’art, le sport, la musique, la danse, le chant, les cours de langue
ou le théâtre. On donne en outre des formations aux femmes, on les aide à trouver un emploi
pour améliorer le niveau socio-économique de leur foyer et cesser de jeter la pierre à « l’autre ».
On essaie aussi de travailler avec les nouveaux migrants russes pour leur faire connaître ces
Arabes et ces Musulmans qu’ils haïssent car ils les voient tous comme des terroristes et des
kamikazes potentiels », explique Ibrahim Abu Shindi, le directeur de centre, entre deux
salutations à deux éducatrices juives, occupées à faire synchroniser leur pas de ballet à des
fillettes arabes et leurs copines israélites. La rencontre s’achève autour d’un café turc et des
douceurs bulgares : « La grosse erreur de l’Etat hébreu est de ne pas considérer les Arabes
israéliens comme un pont entre les deux communautés et de s’avouer qu’il existe des
extrémistes partout. Parallèlement, aux Palestiniens qui nous traitent, nous autres Arabes
israéliens, de traîtres, je rétorque que c’est à eux de rejoindre le train du progrès et de l’avenir,
ou de rester sur le quai. Quasiment toute ma famille s’est exilée en dehors de Palestine, mais au
lieu de me lamenter sur mon sort, je cherche des voies d’avenir, et le futur est dans la
coexistence, dans un Etat binational qui garantirait les mêmes droits aux citoyens Juifs et aux
Arabes, sans ségrégation. Pour cela, nous avons besoin de vrais leaders des deux bords, pas de
« leaders en plastique » comme on dit chez nous. Je ne suis pas un politicien ni un utopiste,
juste un homme qui croit aux fruits du travail collectif», conclut ce militant pacifiste de longue
date.
Jérusalem, trois fois sainte, fille d’Abraham, père de tous
Jérusalem. Samedi soir sonne la fin d’un shabbat tranquille sur la ville de tous les sacrés
monothéistes, et le début d’un majestueux spectacle de sons, d’images de et lumières au musée
de la Tour David autour de l’histoire de la cité biblique. Restaurant YMCA, face au mythique
hôtel King David : « Le heurt des ignorances est insupportable. Nous devons nous parler. Nous
sommes tous les enfants d’Abraham. Sans dialogue, la voix des armes reprendra. Dites-moi tout
ce que vous avez sur le cœur mes amis, j’en ai entendu des vertes et des pas mûres, des
tendres et des très dures ». La présentation teintée d’humour bien sépharade de Rabbi Dov
Maimon sonne comme une prophétie sans appel, tout de suite après la rencontre avec un porteparole de l’Organisation de Libération Palestinienne, ardent défenseur de l’Initiative de Paix
Arabe, approuvée par 57 Etats arabes et musulmans en mars 2002 à Beyrouth. Ce rabbin enjoué
originaire de Tunisie, père de huit enfants, maître de conférence à l’Université Hébraïque de
Jérusalem, a consacré sa thèse ( Sorbonne, 1995) aux confluences entre mystique juive et
musulmane. Aujourd’hui, il dédie une grande partie de son temps aux organisations de dialogue
judéo-musulman au Proche-Orient, qu’il a fondé ou cofondé. Dans son carnet d’adresses, se
côtoient étudiants islamistes, rabbins ultra-orthodoxes et acteurs de la société civile israélienne
et palestinienne..
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Histoire, Mémoire et Espoir, la saison de la raison…
Dimanche. Le séjour s’achève dans la vieille ville de Jérusalem. Dans l’enceinte des séculaires
remparts de pierre blanche, la foule d’habitants et de touristes religieux passe en quelques pas
d’un quartier à l’autre. Le quartier arabe et ses transistors diffusant des classiques d’Oum
Kaltoum ou Abdelhalim, le quartier chrétien, sa Via Dolorosa et ses échoppes croulant sous les
statuettes et les toiles de la Vierge Marie et du Divin Enfant, le quartier juif et arménien et ses
pieux habitants. Ici, les kippas, les étoiles de David et les lévites côtoient les soutanes, les croix
et les hidjabs.
Recueillement à la chaîne sur le tombeau du Christ au sublime Saint-Sépulcre, maison des
quatre églises, récitation de la Fatiha obligatoire pour l’accès étroitement surveillé au
majestueux Dôme du Rocher, à Masjid El Aqsa et sa fameuse Porte des Marocains, file pour
l’insertion de petits v?ux en papier dans le Mur des Lamentations, dernier vestige du Temple…Bi
Al Qods, à Jérusalem, be Yérushalayim, toutes les prières sont recevables…Pour la paix de la
ville trois fois sainte…
Au terme de ce voyage troublant, mille émotions, mille interrogations, une certitude : de
Jérusalem à Akko, de Tel Aviv à Eilat , de Haïfa à Nahariya, en passant par le désert de Judée, la
Galilée et la Mer Morte, tous confient leur lassitude. Israéliens, Palestiniens, Arabes, Juifs,
Druzes, Bahaistes, Bédouins et Chrétiens, usés par un conflit bientôt centenaire, et portés par
l’espoir d’une vie à côté ou avec l’Autre, sans haines et sans guerre. Une vie tout simplement
ordinaire.
Mouna Izddine, Journaliste
Casablanca- Maroc
Email: [email protected]