Zibeline n°7 en PDF

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Zibeline n°7 en PDF
un gratuit qui se lit | du 24/04 au 22/05/08 | tous les quatre jeudis
7
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D
La B
Politique culturelle
Miramas, Aix
4,5
Manifestation
Engrenages et grenouille
Recycler c’est métamorphoser
6
7
Théâtre
Lenche, la Cité, Bernardines
Merlan, Massalia, Minoterie, Toursky, Le Revest
Gymnase, Criée, Bancs Publics, Daki Ling
Aix : Vitez, Ateliers, Jeu de Paume, Théâtre et Chansons
Châteauvallon, Aubagne, Gardanne
Istres, Miramas
Gap, Arles, Fos
8,9
10,11
12,13
14
15
16
17
Aix : Pavillon Noir, GTP, 3bisF, Pertuis
Le Merlan, Cavaillon, Martigues, Istres
Itinerrances, le Massalia, le Printemps de la danse
18,19
20
21
Danse
Cirque
Gap, Port-de-Bouc, le Daki Ling
22
Martigues, Sirènes et midi net
Aubagne, Lieux Publics
24
25
Arts de la rue
Musique
Opéra : Martigues, Toulon, Marseille
Festes d’Orphée, Baroques-Graffiti, Saint-Laurent
Autour des claviers, musique sacrée, agenda
Mars en baroque, Philharmonique
Toursky, Jeu de Paume, GTP, SMCM
GMEM, Télémaque, Musicatreize, GRIM
GTP, Toursky, Machine à Coudre
Babel Med, BSide
CD, DVD
Les Pennes-Mirabeau, Istres, Vitolles, Aix
La Ruche, agenda
Arts visuels
26
28
29
30
31
32,33
34
35
36,37
38
39
Saint-Rémy, Espace Van Gogh
ABD, Prix Mourlot
La Friche, Allauch, Passage de l’art
BJCEM
Granet, Alain Paire, Illustrateurs
Nuit des musées
40
41
42
43
44
45
Polygone étoilé, Rousset, ATTAC
Rendez-vous des quais, Cinépage, cinémas d’Afrique,
cité du livre (Aix)
Reflets, Lady Jane
Un roman policier, Aflam
46
Rencontres : La pensée de midi, L’Ecailler
Roubaud, Thierry Magnier
Bib. Lilly Scherr, Dominique Eddé,
Des Calanques et des bulles
Librairie La Réserve à bulles
Livres : BD
Livres : Littérature, Arts
Agenda
50
51
Cinéma
Livres
Philosophie
Echo de 68 : pourquoi résister ?
Histoire
47
48
49
52
53
54,55
56,57
58
60,61,62
Les Juifs en Provence médiévale
Sciences et techniques
La roue , la moto, l’oiseau
64,65
Enseignement : option histoire des arts
Festival de théâtre amateur
66,67
68
Éducation
63
Tribune libre
69
Rubrique des adhérents
70
Relativisons
Le maire de Cuers (Var) interdit un spectacle de rue, recouvre de
goudron la peinture lavable de Caroline Amoros qui ose écrire
«être précaire, c’est subir la loi qu’un autre édicte et ne suit pas».
La performance est pourtant déclarée, programmée, subventionnée par le Conseil général du Var, la Région PACA…
Non, nous ne sommes pas en Chine, et c’est bien la force
publique, en uniforme, qui censure la parole légale des citoyens.
Mieux : la mairie porte plainte -pour dégradation de bien public,
alors que la peinture part à l’eau- contre Caroline Amoros et
l’association Orphéon qui programmait la performance (pourquoi
pas contre son financeur Michel Vauzelle ?). Mieux : la mairie a
tenté de changer les serrures de la bibliothèque créée et gérée
par Orphéon, pour la déloger sans plus de procès.
Mais les Français, franchement sinophobes, préfèrent défendre
les slogans des moines tibétains que ceux des précaires varois.
Il n’est pas question de nier ou d’excuser les crimes du régime
chinois, ses exécutions capitales, sa répression brutale du délit
d’opinion. Mais enfin les Tibétains regrettent un régime où les
paysans étaient asservis aux moines, le chef de l’état nommé à
vie par un système absurde de réincarnations en chaîne, et les
femmes largement opprimées. Les Français ont-ils trop lu Tintin
et regardé Kung Fu pour relativiser les vertus de la culture
tibétaine ? Et pourquoi focalisent-ils leurs regards sur la Chine,
puisque la censure s’exerce ici-même, que Paris et Madrid
reçoivent Kadhafi, que 1800 hommes meurent chaque année
en Méditerranée de vouloir simplement vivre en Europe, et
qu’Israël bombarde quotidiennement des territoires
illégalement occupés ?
Déni de démocratie ? seul Renaud Muselier en parle. Non pour
le Tibet ou Orphéon, encore moins pour Kadhafi ou les noyés de
nos côtes. Mais pour la présidence de MPM, qui lui est passée
sous le nez. Monsieur Caselli, du Parti Socialiste, est désormais
à la tête d’une communauté de communes sans doute
ingouvernable, avec une majorité de droite et un président de
gauche, et une remise en cause de l’hégémonie de Marseille. La
métropole devra désormais composer avec les communes qui
l’entourent (pas d’incinérateur ?), en plus du Département et de
la Région dirigés par le PS.
Peut-être apprendra-t-elle à relativiser ?
AGNÈS FRESCHEL
04
POLITIQUE CULTURELLE
MIRAMAS | AIX
En quête
Au lendemain des élections municipales, et même si peu de villes ont changé de couleur
politique dans la région, un certain nombre de nouveaux adjoints à la culture ont pris leurs
fonctions. Que ce soit parce que la majorité a changé comme à Miramas, ou parce que le même
maire a changé d’adjoint, comme à Aix. Nous avons décidé d’interroger ces quelques nouveaux
élus, à partir d’un questionnaire type, sur leur conception de la politique culturelle. Sur leurs
Zibeline : Après les dernières élections municipales
vous avez été nommé délégué aux affaires culturelles
et au Patrimoine de la Ville de Miramas et délégué
communautaire au sein du comité syndical de Ouest
Provence. Pourriez-vous nous expliquer votre
parcours ?
Gérard Gachon: De 1988 à 2007, j’ai exercé des
fonctions administratives au sein des services culturels
des communes de Miramas, puis de Grans où j’étais
directeur des affaires Culturelles, chargé, entre autres,
de la programmation des spectacles vivants. Et puis je
© C.G.
GÉRARD GACHON,
ÉLU CONSEILLER MUNICIPAL
À MIRAMAS (DIVERS GAUCHE),
ADJOINT À LA CULTURE
DEPUIS MARS
suis membre fondateur d’une compagnie de théâtre
amateur créée en 1964, association culture et loisirs,
Théâtre du Hasard.
Quelle phrase retiendriez-vous pour définir les buts de
votre fonction ?
Mener une politique culturelle c’est :
-permettre aux artistes de travailler dans les
meilleures conditions possibles
-faire entrer l’art et la littérature dans le quotidien de
tous les citoyens
-faire rayonner la ville, et montrer au monde sa
richesse créative
C’est avant tout permettre et encourager l’accès du
plus grand nombre dans tous les lieux où se manifeste
la culture (médiathèques, salles de spectacles et
d’expositions, musées, cinéma…), et notamment de
celles et ceux qui pensent que la culture est réservée
à une élite intellectuelle. Faire entrer l’art, sous toutes
ses formes, dans le quotidien du trop grand nombre de
gens qui n’ont jamais mis les pieds dans l’un ou l’autre
de ces lieux est une de mes ambitions. Pour les
enfants et les adolescents, nous pouvons nous
appuyer sur le système scolaire pour atteindre cet
objectif. Pour les autres, nous devrons imaginer des
actions qui les incitent à s’intéresser aux
manifestations culturelles.
Ceci dit, permettre aux artistes de travailler dans les
meilleures conditions possibles est aussi une de mes
préoccupations, d’autant que je souhaite favoriser le
contact et l’échange entre artistes et public en amont
et en aval de la manifestation elle-même. Quant au
rayonnement de la commune, c’est une ambition
légitime de tout élu.
Est-ce qu’il existe selon vous des différences entre une
politique culturelle de droite et de gauche ? Entre une
politique culturelle socialiste et communiste ?
Sur le plan national, il y a certainement des
différences d’orientations entre la politique culturelle
de droite et celle de gauche. Sur le plan local, je pense
que ces différences s’estompent, parce qu’elles sont
confrontées aux exigences du terrain. Quant aux
différences d’orientations entre communistes et
socialistes je n’en vois aucune qui soit fondamentale.
Est-ce que les politiques doivent décider, selon vous,
de la valeur des artistes et des projets ?
Si non, qui décide du montant des subventions ?
La mission du politique est de définir avec précision
les orientations de la politique culturelle qu’il entend
mener, orientations qui sont inscrites dans son
programme électoral. Pour mener à bien cette mission,
il dispose de la compétence de professionnels qui sont
les mieux placés pour apprécier la valeur des artistes,
des œuvres et des projets proposés au public. Il
convient donc d’accorder sa confiance à ces
professionnels dès lors que leurs propositions
respectent les orientations de la politique culturelle.
Cela étant, la politique culturelle est financée par les
deniers publics dont l’élu est le gestionnaire. Il lui
appartient de budgétiser les ressources nécessaires à
la mise en œuvre de sa politique culturelle et d’en
contrôler leur utilisation.
Est-ce que la politique culturelle d’une ville doit tenir
compte d’enjeux socio-économiques ?
Oui, cela me paraît évident.
Pourriez vous classer ces enjeux ? le désenclavement
d’un quartier, l’accès de tous aux œuvres de l’esprit,
l’attractivité touristique, la rentabilité d’un projet ?
J’écarte la notion de rentabilité (s’il s’agit de
rentabilité financière). Elle n’est pas compatible avec
l’action culturelle. Mais je conserve cependant
l’exigence d’une gestion rigoureuse.
Au risque de me répéter, l’accès du plus grand nombre,
et notamment du public jeune, à toute manifestation
culturelle demeure mon objectif principal, y compris
si pour l’atteindre on en vient à déplacer les artistes
et leurs œuvres des lieux traditionnels (théâtres,
cinéma, salles d’exposition …) vers les quartiers, la
rue, les appartements, les écoles, …
Donneriez-vous de l’argent pour accueillir Johnny
Hallyday, et pourquoi ?
Johnny Hallyday a déjà donné un concert dans notre
commune, il y a quelques années. C’est un excellent
artiste, mais il y en a d’aussi bons que lui et dont le
cachet s’accorde mieux avec notre budget.
Quelle est la part de son budget que votre ville
consacre à la culture ?
La culture est, en ce qui nous concerne, une
compétence intercommunale. Notre élection est très
récente et je ne dispose pas encore des informations
qui me permettraient de répondre à cette question.
Tiendrez vous un rôle dans le San Ouest Provence ?
Je suis candidat à la vice-présidence du San en tant
que membre de la Commission culture. Les
élections du Président et des vice-présidents auront
lieu le 25 avril.
05
d’opinions
présupposés, leur façon de concevoir leur rôle. Nous mènerons cette enquête durant quelques
mois, interrogeant des hommes et des femmes, des élus de gauche et de droite, dans des petites
communes ou des métropoles… mais en changeant chaque fois les questions, pour conserver
la spontanéité des réponses !
Zibeline : Après les dernières élections municipales
vous avez été nommée 9e adjointe de la Ville d’Aix.
déléguée à la Politique de la Ville et à la Culture.
Pourriez-vous nous expliquer votre parcours ?
Sophie Joissains : Vous savez que je suis tombée
très tôt dans le chaudron ! Mes grands-parents
faisaient de la politique, côté communiste, mon père
a été Maire d’Aix-en-Provence de 1978 à 1983, et ma
mère l’est depuis 2001… J’ai connu toute jeune les
affres de cet univers, que j’ai fui à un moment. Puis
j’y suis retournée. En voulant me présenter aux
© X-D.R
SOPHIE JOISSAINS,
ÉLUE CONSEILLÈRE MUNICIPALE
UMP DE LA VILLE D’AIX, ADJOINTE
À LA CULTURE DEPUIS AVRIL
cantonales d’abord, élections qui ont été annulées à
cause d’un problème de découpage, puis en travaillant
aux côtés de ma mère, comme Directrice de Cabinet à
la Communauté du Pays d’Aix, qu’elle préside.
Avez-vous des affinités particulières avec la culture ?
J’ai une formation de pénaliste, qui a priori ne me
prédispose pas à ce monde, mais j’ai fait aussi des
études de Lettres, et une licence d’audiovisuel. Mon
premier travail était dans une maison de production
de cinéma d’art et essais. Ce sont des domaines qui me
passionnent, réellement.
Quelle phrase retiendriez-vous pour définir les buts de
votre fonction ?
Mener une politique culturelle c’est :
-permettre aux artistes de travailler dans les
meilleures conditions possibles
-faire entrer l’art et la littérature dans le quotidien de
tous les citoyens
-faire rayonner la ville, et montrer au monde sa
richesse créative
Les trois ! Ces trois phrases définissent bien les différentes facettes d’une politique, même si «l’art et la
littérature» est un peu restrictif. Mais en fait je dirai
que ces trois facettes correspondent à des phases de
mise en place d’un projet de ville : d’abord on donne à
tous les citoyens les moyens d’accéder à la culture,
ensuite on soutient les artistes pour créer une émulation et des œuvres, enfin on fait de la ville un pôle
d’attraction. Chaque étape s’additionne à la précédente jusqu’à ce qu’elles deviennent consubstantielles.
Est-ce qu’il existe selon vous des différences entre une
politique culturelle de droite et de gauche ?
La culture est sans doute un des domaines où les
affaires sont le moins «politisées», c’est-à-dire
partisanes. Les différences entre les politiques
culturelles des villes ne correspondent pas aux
couleurs politiques des mairies. Parfois, mais pas
constamment, la gauche a tendance à saupoudrer les
subventions, à confondre l’associatif social et le
culturel, voire à faire du clientélisme –mais aucun
parti n’est à l’abri de ces pratiques. Je reste attachée
à une politique culturelle de projets, avec des normes
de qualité visant à l’excellence, qui n’oublie pas de
toucher un public large en gardant une politique
tarifaire basse comme le GTP ou le Ballet Preljocaj. Il
faut être également attentif au tissu culturel, aux
associations intermédiaires, aux petites qui peuvent
devenir grandes… mais sans saupoudrage
inconsidéré ! Avec une orientation forte : je suis
également en charge de la politique de la ville…
Est-ce que les politiques doivent décider, selon vous,
de la valeur des artistes et des projets ?
Est-ce qu’ils en ont les compétences ?
Si non, qui décide du montant des subventions?
Le problème est que même les spécialistes se cassent
le nez. Si on nomme des comités d’experts eux aussi
peuvent être aveuglés, ou trop impliqués dans le
milieu pour rester objectifs. Il faut donc à la fois s’en
référer aux professionnels, demander leur avis ;
s’attacher à la réaction du public, tout en s’en méfiant
aussi ; et aller voir : se rendre aux spectacles, dans les
galeries… ou y envoyer des chargés de mission. Tout
en sachant qu’on peut se tromper, mais qu’il faut
décider…
Est-ce que la politique culturelle d’une ville doit tenir
compte d’enjeux socio-économiques ?
Bien sûr.
Pourriez vous classer ces enjeux : le désenclavement
d’un quartier, l’accès de tous aux œuvres de l’esprit,
l’attractivité touristique, la rentabilité d’un projet…
L’accès de tous aux oeuvres de l’esprit me plaît bien !
Il implique d’ailleurs le désenclavement des quartiers.
Quant à l’attractivité touristique, on ne peut pas la
négliger : au plus une commune est riche, au plus elle
peut investir pour ses habitants. Mais on ne doit pas
soumettre les projets culturels à une volonté
d’attractivité touristique, qui reste secondaire, comme
leur rentabilité.
Donneriez-vous de l’argent pour accueillir Johnny
Hallyday, et pourquoi ?
Il n’en a pas besoin. Je n’ai rien contre lui, on aime
ou on n’aime pas, mais il a ses recettes, il n’a pas
besoin d’argent public. Donc, très clairement, non.
Quelle est la part de son budget que votre ville
consacre à la culture ?
Si l’on comprend l’ensemble des compétences
culturelles, y compris le patrimoine et l’enseignement
artistique donc, il représente près du quart du budget
de la ville d’Aix. Mais ce n’est pas très significatif, il
faut tenir compte du transfert de compétence sur la
Communauté du Pays d’Aix.
Tiendrez-vous un rôle dans cette communauté ?
Sans doute un petit rôle culturel. Mais pour l’instant
cela n’est pas voté…
ENTRETIENS RÉALISÉS PAR SARA LYNCH ET AGNÈS FRESCHEL
06
MANIFESTATION
RADIO GRENOUILLE
Radiographie
de l’espace urbain
Fin mai, Radio Grenouille et Euphonia font leur festival :
la troisième édition de leur biennale, Engrenages,
s’annonce étonnante
Les formes qu’elle propose sont pour la plupart
inédites, et allient création sonore, radiodiffusion
et radiographie sensible de l’espace urbain. Le
public y est partout convoqué en tant qu’auditeur,
qui se double parfois d’un spectateur de son propre
environnement. Les Concerts de ville conçus par la
Cie Ici Même promènent une vingtaine de
personnes par séance, les yeux bandés, dans
Marseille, à la recherche de ses bruits, mêlés à des
sons préenregistrés et à divers assourdissements
partiels (12 séances à des heures diverses, pour
écouter la ville la nuit, au matin, aux heures
d’affluence…). Les Ciné-radioguidés, de la même
Cie, proposent à une centaine d’auditeurs munis
d’oreillettes des visites décalées de Belsunce et de
la Belle de mai, invitant le promeneur à l’action…
Marseille se visitera également à Vélo sonore : les
30 cyclistes (qui amèneront leur monture ou
emprunteront celles que la Ville met à leur
disposition devant des panneaux publicitaires
volumineux) seront radioguidés par le créateur
sonore Guillaume Beauron (5 randonnées) qui
diffusera dans les oreillettes des pelotons ses
interventions «narratives, contemplatives ou
anecdotiques».
Les autres manifestations seront plus classiques,
mais pas moins intéressantes : des séances d’écoute
des diverses créations radiophoniques produites ces
deux dernières années par Euphonia sont prévues
dans divers lieux de spectacle : à La Friche, un
documentaire sur Les relations franco
algériennes depuis 1954 fera l’objet d’une
diffusion puis d’un débat avec les témoins
interrogés ; au Merlan cela commencera par la
© X-D.R
Les ondes
coassent
Les habitants de la région
connaissent bien le batracien
qui se balade sur les ondes.
Radio Grenouille est la plus
écoutée des radios libres
locales. Mais ses 140 000
auditeurs réguliers
la connaissent-ils ?
discussion, autour du Traitement de la parole
documentaire, avant un repas, puis l’écoute d’une
création d’Emmanuelle Taurines sur la sociologie du
littoral marseillais ; un documentaire sur les Îles
marseillaises, à vocation plus environnementale,
sera écouté à Montévidéo.
D’autre
événements
complèteront
la
programmation d’Engrenages : un partenariat avec
la publication Café Verre (qui pratique le collage
documentaire) et ARTEradio (webradio de courts
métrages) et un grand Pique-nique radio aux Pierres
Plates le 24 mai, avec des créateurs sonores et
musiques actuelles (John Deneuve, Stéphane
Massy, Philippe Petit, Collectif Mu, Platoniq/Burn,
Radiomentale, The Brain). Autant de façons de
sortir des studios pour investir la ville et les salles
de spectacles, tout en continuant à solliciter nos
oreilles, «et tout ce qu’il y a entre» !
AGNÈS FRESCHEL
Engrenages
du 21 au 25 mai
04 95 04 95 15
www.grenouille888.org
Fondée il y a 25 ans parallèlement à Euphonia,
Radio Grenouille s’est toujours associée à la
création sonore. Or les grandes radios publiques
emboîtent aujourd’hui le pas aux privées et
pratiquent presque exclusivement les émissions de
plateau d’un coût dérisoire, en se gardant de
fabriquer du documentaire radio, ou même de faire
du direct hors plateau. Hé bien Radio Grenouille
navigue à contre-courant et persiste à faire, plus
que jamais, de la création radiophonique,
documentaire ou musicale ! Car Euphonia reste un
véritable espace d’écriture, et permet à Grenouille
de continuer sa recherche sur la spécificité du
médium radiophonique, tout en proposant des
plateaux sur la culture, et sur les enjeux sociaux,
politiques et économiques locaux.
Zibeline, le gratuit qui se lit, trouve donc en
Grenouille, la radio qui s’écoute, une sorte de
partenaire média naturel, bien que nettement plus
âgé (25 ans de plus !). Même si l’alliance, d’un
point de vue zoologique, semble fort
improbable. Et même si, esthétiquement, Zibeline
reste plus attachée que Grenouille aux musiques
dites savantes, c’est-à-dire celles qui s’écrivent. (À
côté de la création «actuelle» existe la «contemporaine», à laquelle la radio s’intéresse de façon
anecdotique, tout en ignorant le répertoire
classique, romantique ou baroque. Question de
choix sans aucun doute, légitime bien sûr. Mais ce
clivage entre les musiques entretient une
opposition générationnelle et sociale absurde :
pourquoi les bonheurs de la musique savante
seraient-ils interdits aux jeunes et réservés à une
élite, ou à des auditeurs de radios compassées ?)
A.F.
RECYCLER C’EST MÉTAMORPHOSER
MANIFESTATION
07
Transformance des arts
AndersonBB: Bluebeard, film couleur, 2007, 12', Anna Leska Films, Paris-Brest; Productions, HBOX © Alice Anderson
Frédéric Flamand aime
les croisements et les
rencontres : à partir
de sa dernière création
sur les Métamorphoses
d’Ovide, il propose à
d’autres artistes d’explorer avec lui la
notion de recyclage…
La notion de cycle est-elle naturelle ?
La roue, en tous cas, est une invention
humaine (voir page 64), et si tout se
transforme dans la nature, la matière y
reprend rarement sa disposition initiale… L’art, quant à lui, aime à réutiliser
et détourner les matériaux. Les méta-
morphoser, comme la nature sait le faire,
les transcender comme l’alchimie l’a rêvé…
C’est pourquoi les déchets l’intéressent
(comme à l’inverse l’or, le marbre…) : la
forme nouvelle y outrepasse forcément
l’objet premier et son matériau déchu (ou
précieux).
Mais si la métamorphose et son rapport à la
transcendance est activé par l’incongruité
du rebut et de sa déchéance, peut-on pour
autant parler de recyclage, qui suppose
aussi un retour à l’état premier ? Dans la
pièce de Flamand comme dans les histoires
d’Ovide, il n’est pas question que la
grenouille évolue et redevienne têtard,
comme nos bouteilles bues reviendront
bientôt, refondues et repues, dans les
rayons de nos temples alimentaires…
Ces questions de trans-formance seront
au cœur de la manifestation organisée
par le Ballet National de Marseille, en
collaboration avec les Musées de
Marseille et le GRIM. Côté musique il
s’agira de recycler le son en direct,
électroniquement : le jazz de Otomo
Yoshihide sample, enregistre et déforme,
superposant en Invisible Songs le son
direct et ses transformations captives,
ses captations anamorphosées… Ce
transformisme musical donnera lieu à un
concert (le 13 mai) et à un ciné-concert (le
14 mai) sur le film Prisoner de Masao
Adachi, avec guitare, platine, basse, ondes,
sons et voix… à Montévidéo, bien sûr.
Côté arts plastiques, le [Mac] profitera de
cette interrogation sur la forme pour
ressortir son fonds… si riche et peu
visible habituellement. Alors à partir du
16 mai, le Musée d’Art Contemporain ouvre
en grand tous les jours (sauf le lundi) et
expose ses trésors, comme la machine à
ballons de Tinguely faite de pièces de
camions, des ready-made et des collages,
les superpositions des affichistes, des
compressions, et quelques détournements
Fluxus… Le FRAC quant à lui expose à
partir du 15 mai son deuxième volet
consacré à Alice Anderson. Miroir-Miroir est
construit autour de Barbe Bleue, le plus
terrifiant des contes : en lieu de recyclage,
une sombre Traversée des apparences, à
rebours, qui renvoie vers l’enfance, l’âge
où le corps se transforme et l’identité
s’établit douloureusement…
AGNÈS FRESCHEL
Recycler c’est métamorphoser
[Mac] 04 91 25 01 07
www.mairie-marseille.fr
FRAC 04 91 91 27 55 www.fracpaca.org
GRIM 04 91 04 69 59
www.grim-marseille.com
L’opération Recycler
c’est métamorphoser
reçoit le soutien de
Marseille-Provence 2013
Otomo Yoshihide © X-D.R
États de danse
En mai le Ballet National de Marseille convie
ses spectateurs à trois événements successifs, qui affirment la plasticité de la
danse aujourd’hui. Les Démonstrations de
l’ENSDM, École Nationale Supérieure de
Danse de Marseille désormais dirigée par
Jean-Christophe Paré (voir Zibeline n°0)
entrelaceront la mémoire de la danse
(classique, traditionnelle, baroque) et ses
divers prolongements actuels, ses traces
dans les danses moderne, néoclassique et
contemporaine (16 et 17 mai au Grand
Studio du BNM).
Pendant ce temps, à l’Opéra de Marseille,
le BNM présentera un programme qui, en
trois pièces lumineuses, affirme la vitalité
de la danse dite «néoclassique» (et que l’on
devrait qualifier de «contemporaine à
technique classique», puisque la plus
ancienne de ces pièces date de 1992). Le
duo de Forsythe, incroyablement virtuose,
est d’ailleurs la seule pièce véritablement
néoclassique, interprétée magistralement
par Julien Lestel et Agnès Lascombes. Tout
y est étiré, performant, extrême, fondé sur
des augmentations rythmiques, mais
débarrassé des empesements, sourires figés,
costumes et personnages de la danse
classique : une épure abstraite fascinante.
La pièce de Michel Kelemenis, Tattoo, est un
petit quintet qui questionne les empreintes
indélébiles de la danse classique : il oppose
des mouvements fluides, en ruptures et en
contacts, de ses interprètes, avec les
pointes de danseuses qui ancrent,
immobilisent et rigidifient les corps. Quant
à Por vos muero de Nacho Duato, elle est à
proprement parler néobaroque : une
magnifique et festive explosion de couleurs,
d’élans, de vitalité et de joie, sur de la
musique baroque espagnole…
Le troisième programme est la création de
Frédéric Flamand, enfin à l’Opéra de
Marseille (les 23 et 24 mai). Grâce aux
costumes et aux décors de récupération des
frères Campana (designers brésiliens) ; à la
force des fables d’Ovide dont chaque persoNacho Duato © Agnes Mellon
nnage a accédé au mythe ; à la pertinence
des choix musicaux, qui font oublier ce que
le bout à bout peut avoir d’insconstruit ; et
surtout grâce au talent des danseurs du
Ballet National qui impulsent une énergie
constante, un rythme épuisant qui ne
sacrifie pas à la perfection et à l’ampleur du
mouvement, ces Métamorphoses constituent
sans doute à ce jour la pièce la plus réussie
de Flamand : résolument dansée, et
singulièrement belle.
A.F.
Ballet National de Marseille
04 91 32 72 72
www.ballet-de-marseille.com
08
THÉÂTRE
LENCHE | LA CITÉ | LES BERNARDINES
Exquise esquisse
© Cie La Cité
Parce qu’il croit dur comme fer que «le
théâtre n’est pas une marchandise», parce
qu’il s’insurge contre le formatage imposé
à la création, Michel André, lorsqu’il se
lance dans l’élaboration d’un spectacle,
prend le temps. Le temps nécessaire à
l’émergence du texte et à sa maturation, le
temps indispensable à un profond travail
d’appropriation par les comédiens, le
temps, essentiel lui aussi, de rencontres
régulières avec le public.
Son nouveau spectacle consacré à
l’adolescence, dont la création aura lieu à
l’automne prochain, aura demandé pas
moins de deux ans d’enquêtes,
d’interviews, de rencontres entre les 5
jeunes choisis et les comédiens chargés de
les incarner, de tournages vidéo, de
répétitions et d’échanges (voir Zibeline 6).
C’est ainsi que Michel André conçoit la
création : un travail au long cours, dans
lequel on s’immerge totalement.
Cet engagement, il l’a fait partager au
public en présentant pour la deuxième fois
l’esquisse du spectacle à venir. On a
retrouvé avec plaisir Chloé, Nicolas,
Belinda, Daouda, Marion et on a pu
mesurer le chemin parcouru depuis juin
dernier. Les cinq comédiens «tiennent»
désormais leur personnage, à bras le corps,
à bras les mots, dans une incarnation à la
fois intime et décalée, qui a mûri, s’est
affinée. À cette nouvelle étape, la vidéo a
trouvé sa place. Certains passages ont
disparu, d’autres sont nouveaux, ça bouge,
même le texte n’est pas encore fixé. Alors,
bien sûr, il reste des coupes à pratiquer, un
rythme global à peaufiner, certains
systématismes à casser. Normal, le travail
est loin d’être fini. Et c’était justement le
but de cette présentation : recueillir les
réactions, les remarques des spectateurs,
afin que l’œuvre avance aussi avec eux,
dans un échange constant. Et tellement
vivant.
FRED ROBERT
Nous ne nous étions jamais rencontrés a
été présenté du 29 mars au 4 avril, dans le
cadre des Rencontres autour des
Écritures du Réel, au Théâtre de la Cité
« La joie de jouer en personne »
La ligne imaginaire, au football, c’est celle
que doit visualiser le buteur pour parvenir à
mettre le ballon dans les cages. Voici ce
qu’on apprend, entre autres, au cours du
superbe monologue de Serge Valletti,
Monsieur Armand dit Garrincha. Et point
n’est besoin d’être supporter pour
apprécier toutes les feintes, passes et
minutes d’émotion suspendue qu’offre le
texte, splendide et hilarant de digressions,
de ruptures, de tonitruant lyrisme. La ligne
imaginaire, c’est aussi celle que Monsieur
Armand tend, de derrière son comptoir,
vers un auditoire de prétendus journalistes,
de clients las de l’écouter plutôt. Fil d’une
existence sublimée, qui l’éloigne de sa vie
de raté et le métamorphose en héros
salvateur.
La scénographie simple et efficace d’Eric
Louviot fait du théâtre une salle de café et
du comptoir la scène sur laquelle chaque
soir M.Armand rejoue sa vie, sa passion
pour le foot, sa rencontre avec le célèbre
ailier brésilien Garrincha. Chaque objet, du
cendrier de bar mastoc à la bouteille de
rhum-pied de lampe, tient sa place dans
cette partie sans cesse remise en jeu,
même (et surtout) si elle n’a jamais
vraiment eu lieu.
La mise en scène, futée, est dopée par
Roland Peyron, qui EST Monsieur Armand.
Ce comédien puissant et généreux vit le
texte de Valletti, avec une intelligence
profonde de son comique mais aussi de
son rythme cassé et de ses interstices où
se glisse le désespoir. Lorsqu’à la mitemps, il sort du rempart de son comptoir,
en chaussures de sport, vieux jogging azur
remonté jusqu’au nombril et gilet en
lainage beigeasse, on est au cœur du
propos : tout le monde s’esclaffe et en
même temps quelle tristesse ! Une heure et
demie de régal théâtral.
F.R.
Monsieur Armand dit Garrincha
a été représenté à la Friche de Lenche
du 1er au 5 avril
En mai le théâtre de Lenche pratique
l’ubiquité avec trois spectacles
en même temps : L’Ascension du Paysage
est un itinéraire théâtral
de Marie-Christine Frézal qui ballade
les spectateurs dans la mémoire
littéraire du Panier
(du 6 au 10 mai, mini Théâtre du Panier).
En alternance, avant ou après cette
proposition, la Cie Les Racines
du Vent propose Entre deux rives,
un conte musical de Stefanie James
Monsieur Armand dit Garrincha © Kevin Louviot
et Samuel Barr, pour adultes
et adolescents, et toujours en liaison
avec le quartier du Panier.
Enfin du 13 au 31 mai,
au Théâtre de Lenche lui-même,
L’Égrégore créera le Métier de vivre
d’après l’œuvre de Pavese…
09
Vive le cinéma
© Arnaud Connan
Pasolini a écrit en 1966 un article
analysant deux programmes culturels : un
feuilleton télévisé de Liliana Cavani
consacré à St François d’Assise et un débat
sur la liberté de l’écrivain... Marie-José
Malis n’a pas obtenu l’autorisation de
monter Contre la télévision ; elle a donc mis
en scène de manière généreuse (trop) et
foisonnante (trop) le manque et l’absence
de l’œuvre en pleine conscience de la
nature «spectrale» de tout plateau de
théâtre ; elle y laisse donc entrer, dans
l’espace obscur d’un hangar à brocante
assiégé par une violente lumière extérieure,
les fantômes fondateurs de la
représentation, mêlant allégrement les
figures (du père d’Hamlet aux Marx
Brothers, en passant par les silhouettes des
films de Pasolini ou des Straub) et les voix
(de Jacques Lacan aux héroïnes
agonisantes de l’opéra baroque, de Derrida
aux commentateurs de la croissance
économique) sous la houlette magique
d’une fée quelque peu empêtrée dans ses
voiles.
Pasolini voulait dénoncer le «fascisme»
télévisuel que l’on traduirait plutôt de nos
jours par la notion attrape-tout de
«vulgarité»… Marie-José Malis lance
pesamment ses sept acteurs lestés de sa
culture vertigineuse (et ses spectateurs
captifs plutôt que captivés) dans un assaut
désœuvré de 2h15 ; l’Ennui y est
revendiqué comme esthétique du temps de
la réflexion, et l’Idiotie comme seule
condition d’approche d’un peu de vérité :
ces ruses de mise en scène le disputent à
une volonté de connivence, entre tragique
et burlesque, avec le public, qui rit parfois
de bon cœur et parfois reste médusé
devant la lourdeur didactique revendiquée
de certaines situations-rébus : le poisson
plat qui tombe des cintres pile sur sa
couche matérialise en effet l’irruption de la
«raie alitée» !
On se prend alors à rêver du petit corbeau
noir philosophe d’uccellacci e uccellini qui
nous accompagnerait en sautillant tout au
long du chemin... ou des sandales de SaintFrançois qui font le pied léger...
MARIE JO DHÔ
Enter the ghost a été créé
à la Friche dans le cadre
des Bernardines en escales
du 18 au 20 mars
Un chantier plein de charme...!!
Comment mettre en scène un texte-chimère,
médusant, échevelé, épouvantable et
époustouflant, lourd de vingt-cinq personnages dont la reine Victoria et sa petite
amie, de presque autant de lieux
improbables, charriant des vivants et des
morts, des frères siamois très singuliers,
des flots de paroles (oui, il y a même des
monologues comme au théâtre !) et, last
but not least, la dernière pièce interdite
en Grande Bretagne par décret royal en
1968 ?! La légèreté même ! Early Morning
se nourrit goulûment des pièces de
Shakespeare les plus sanglantes et on
peut imaginer qu’Edward Bond a lu le
jeune Claudel, les premières versions de
La Ville ou de Tête d’Or...
Le jeune Thomas Fourneau n’a pas
cligné des yeux devant la démesure et a su
malicieusement apprivoiser l’excès sans le
détourner ni le contourner lâchement ; les
sept acteurs jouent comme vingt-cinq, et
Agnès Régolo avec une magnifique
brutalité crève royalement le plateau ; un
dispositif entre enfance de l’art et utilisation
essentielle, sans coquetterie, de la vidéo
donner à voir de manière drôle et émouvante un frère siamois encombrant comme
la fatalité ; la mise en scène affiche son
mauvais genre, entre tragédie burlesque et
comédie musicale ; la rudesse frontale,
poétique et juvénile, entre Grand Guignol
et Opéra de Quat’Sous, libère le spectateur
du questionnement parasite sur le sens ;
on ne nous cache rien ; nous pouvons rire
à gorge déployée !
Et c’est en chantier, autrement dit inachevé, en devenir, en fragilité, en équilibre
instable... de quoi faire attendre avec
impatience le mois de mai 2009 à la
Minoterie !!! Retenons alors notre souffle
jusqu’ à l’episode two
M.JO D.
Montage Thomas Fourneau
Early Morning Episode one d’Edward Bond
a été présenté par Les Bernardines
en escale à Montévidéo,
les 1er et 2 avril
10
THÉÂTRE
MERLAN | MASSALIA | MINOTERIE | TOURSKY
N’est
pas monstre
qui veut !
René Cojo s’est livré, avec sa Cie Ouvre le Chien,
à une sorte d’inventaire sociologique des monstres,
à travers les âges et les continents ; il a demandé
à Daniel Keene, auteur australien, d’écrire un livret
sur ce thème, et au groupe The married Monk
de composer une musique rock. Le public du
Merlan assista donc à une création qui se déclarait
«opéra rock» mais ne présentait comme analogie
avec l’opéra que l’alliance texte/musique,
sans sa dramaturgie ou son rapport à la fiction :
cela tenait autant du boniment de foire que
des imprécations des donneurs de leçons.
Dès le début, trois écrans en fond de scène
diffusent une série d’images de monstres,
commentées au micro par un présentateur
d’émission de télé qui crie son texte sur fond
de musique rock. Il évoque tour à tour celui qui
avait été baptisé Élephant Man, la Femme à barbe
qui avait le visage de son père, les frères siamois,
l’homme à tête de chien, l’hermaphrodite...
Parfois le texte est très beau, comme celui sur
l’homme dont le frère jumeau avait grandi en lui
comme un fœtus, mais il se noie dans la musique
et les images des trois écrans vidéo,
qui le brouillent plutôt qu’ils ne l’illustrent...
Ce que l’on retient, c’est la fascination morbide
que l’être humain a toujours éprouvée pour ce qui
lui fait peur et, parallèlement, le point de vue
de celui qui est humilié, montré du doigt et qui
souffre. Cependant la réalisation est loin d’être
à la hauteur de l’ambition du concept et l’ensemble,
brouillon, tient davantage de l’exercice
en cours d’élaboration que d’une création
réellement aboutie.
CHRIS BOURGUE
Elephant people a été joué
au Merlan
les 27 et 28 mars
© Philippe Charbonnière
Attendre Pommerat
Le Petit chaperon rouge © Hervé Bellamy
Joël Pommerat est programmé à Marseille, deux fois,
au Massalia et au Merlan ! Mais si vous ne vous hâtez
pas de réserver vos places, il vous faudra attendre le
prochain passage, en décembre. Ou aller à Avignon
cet été. Ou au Revest, à la maison des Comoni, à la
programmation jeune public très pertinente… À
Cavaillon, où Je tremble devait être joué en avril, les
représentations sont annulées… Au Merlan il n’y a
que deux séances, et au Massalia Le Petit Chaperon
Rouge n’est joué que deux fois hors des scolaires…
Quel dommage quand on sait combien les Marseillais
ont adoré Cet Enfant la saison dernière, et combien
les Martégaux ont été bouleversé par Le Petit
Chaperon Rouge, et attendent son Pinocchio fin mai !
Pour les quelques-uns qui auront la chance de la
découvrir, l’écriture de Pommerat fait naître un des
plus beaux univers dramatiques contemporains.
L’auteur, qui «écrit» sa mise en scène dans le même
geste que ses textes, c’est à dire en présence de ses
comédiens, en sculptant l’espace sonore et lumineux,
possède une véritable stratégie narrative : il mène le
public où il veut, dans l’émotion de l’histoire, dans la
peur, la compassion, la révolte, guidant le spectateur
sans didactisme, en le laissant rêver l’histoire, grâce
à des effets spéciaux lumineux et sonores qui
introduisent une distance et une étrangeté, des
ombres, des possibles narratifs qui passent…
Le Petit Chaperon Rouge, particulièrement effrayant,
magique aussi, parfait pour les enfants à partir de 6
ans (pas avant !), est un petit bijou de lecture à
entrées multiples. Avec ou sans Bettelheim, et
consorts, il reste bouleversant, car toutes les clefs
psychanalytiques n’empêchent ni l’émotion ni la
surprise… Je tremble, sa dernière création dont il ne
nous offre que le premier volet (le dyptique sera créé
à Avignon, et joué en décembre au Merlan, on
l’espère assez longtemps !), est selon ses dires sa
première pièce «sans histoire», avec des personnages
fragmentaires, un maître de cérémonie, et une
évocation de l’effroi…
A.F.
Le Petit Chaperon Rouge
Joël Pommerat
Théâtre Massalia, la Friche
les 6 (20h) et 7 mai (15h)
04 95 04 95 70
www.lafriche.org/massalia
Les Comoni, le Revest (83)
le 13 mai
04 94 90 91 92
Je tremble (1)
Joël Pommerat
Scène Nationale de Cavaillon : annulé
Le Merlan
les 5 et 6 mai à 20h30
04 91 11 19 20
www.merlan.org
11
Au fond de Jarry gît…
L’Armature de l’Absolu est un spectacle
de marionnettes pas comme les
autres. La Cie Buchinger’s Boot
Marionettes fait preuve d’une invention peu commune, incessante, au
style très affirmé, proprement cauchemardesque. Des créatures informes et
viles y accouchent de petits monstres
dévorateurs qui éclatent, se retournent, se mutilent, sont réduits en chair
à saucisses… sans que tout cela ne
relève d’un comique scatologique
Artaud © X-D.R
genre Schrek ; mais il s’agit bien de
réveiller nos fantômes enfouis, les plus
anciens, ceux du temps où le plaisir et la
culpabilité tournaient autour de l’analité.
Pour cela Alfred Jarry est convoqué, et
son Ubu dégueulasse, mais aussi tous
les chevaliers ridicules et créatures
putrides qui traversent ses pièces.
L’histoire se déroule suivant des
tableaux de plus en plus monstrueux,
plastiquement hallucinants, avec une
manipulation à vue souvent virtuose, et
une bande-son faite de nappes, de
stries et d’humidité lourde, et de
souvenirs
musicaux
héroïques
déformés, triturés. Ubu, débarrassé de
sa force comique, de sa vigueur
satirique, se donne à voir dans toute
son horreur : un surgissement de
forces obscures, inhumaines, qui gît en
nous pourtant et transparaît dans nos
désirs les plus régressifs.
À venir au Massalia
L’hiver quatre chiens mordent
mes mains et mes pieds
Du 26 au 30 avril (voir Zibeline 6)
L’anthologie du Théâtre d’objet
Théâtre de Cuisine
mes Christian Carrignon
du 20 au 23 mai
04 95 04 95 70
www.lafriche.org/massalia
Ubu © X-D.R
A.F.
L’Armature de l’Absolu
a été programmé au Studio
de La Friche par Massalia
et l’Embobineuse
les 21 et 22 mars
Sous le signe de la lutte
Cela va plutôt mieux à la Minoterie.
Normalement, si tout se confirme et se
fait dans les temps, l’équipe devrait
emménager dans son nouveau théâtre,
un peu plus loin, Place de la Méditerranée, avant d’être expulsée de sa
belle minoterie de pierre (voir Zibeline
n°1). Espérons que le changement de
lieu ne bouleversera pas l’atmosphère
et l’allant des minotiers, leur esprit
ouvert, et l’accueil qu’ils réservent à
tant de compagnies.
En attendant, ils se lancent dans une
vaste entreprise Brecht. Un triptyque
qui commence par deux œuvres assez
différentes dans le ton. La Noce chez
les petits bourgeois est une pièce de
jeunesse d’un auteur acerbe qui
symbolise la fin d’un monde par un
décor qui se déglingue et se paralyse.
Encore expressionniste, écrite en 1918,
la pièce est plus désespérée que
militante : elle a la force du constat, et
ses mots sont durs, manichéens
parfois. Dans La Bonne âme de SeTchouan Brecht met en œuvre, au-delà
du portrait d’une société provinciale
enfermée dans un cercle de compromissions insécable, une fable
amusante, dynamique, faussement
exotique, où les dieux en goguette
cherchent désespérément un humain
à récompenser. Car tous sont aliénés,
et c’est contre cela qu’il faut se battre,
et non contre les seuls méchants
bourgeois…
Les deux pièces sont montées par une
vraie troupe épique. Avec des Songs
inédits composés par David Rueff, un
trio sur scène, des comédiens qui
chantent, dans l’esprit de Kurt Weill.
Parce que la force politique de Brecht
passe en grande partie dans les Songs,
sortes d’adresses directes au public.
Le Cabaret Brecht donné le 29 mars fut
un exemple de cette convivialité
militante. Un peu brouillonne, pour que
chacun y entre mieux, à l’inverse de
ces spectacles en papier glacé qui
repoussent parfois la caresse.
AGNÈS FRESCHEL
Richard
et les anars
Après avoir triomphé dans La poésie
crie au secours (voir pages 31 et 69),
Richard Martin quitte un instant Léo
Ferré mais reste en pays libertaire : il
y défend son auteur fétiche, HenriFrédéric Blanc, son frère en révolte
anarchiste. L’acteur avait déjà créé
son monologue Réception du diable,
un texte excessif, plein force vitale et
de noirceur concomittantes, de
désespoir face au monde, et d’envie
paradoxale de vivre. Dans ce
nouveau texte écrit pour lui Richard
Martin incarnera un directeur
d’hôpital psy-chiatrique, en proie à la
fois à sa réalité technocratique et à
ses propres mons-tres, ses
fantasmes envahissants.
A.F.
La Révolte des fous
Henri-Frédéric Blanc
mes et jeu Richard Martin
les 25 et 26 avril
Triptyque Brecht
La Minoterie
du 22 avril au 17 mai
La Bonne âme du Se-Tchouan
le mardi à 19h
La Noce chez les petits bourgeois
le mercredi à 19h
La Bonne âme du Se-Tchouan
et La Noce chez les petits bourgeois
les jeudi, vendredi
et samedi à 20h
04.91.90.07.94
www.minoterie.org
À venir au Toursky
Bouvard et Pécuchet
d’après Flaubert
avec Guy Pion et Jean-Marie
Pétiniot
les 29 et 30 avril
Festival Mai-diterranée
Du 2 au 17 mai
La nuit du conte
Saïdou Abatcha,
Abdoulaye Diop Dany
le 6 mai
Concerts : voir page 37
Festival Flamenco
du 20 au 24 mai
(voir page 34)
Théâtre Toursky
0 820 300 033
www.toursky.org
12
THÉÂTRE
GYMNASE | CRIÉE
Les corps à l’œuvre
Luc Bondy a présenté au Gymnase
un Marivaux épatant…
Luc Bondy © David Baltzer / ZENIT
Marivaux est surtout délicieux par sa
langue ; la finesse de ses analyses psychologique, sociologique, philosophique
aussi, transparaissent à travers les
échanges verbaux, et souvent à l’insu des
personnages, comme des surgissements
d’inconscient. Ainsi dans La Seconde
Surprise de l’amour le philosophe est-il
discrédité par son langage amphigourique (tout autant que par son attitude
vénale), le comte par sa syntaxe surannée, tandis que les serviteurs, malgré
quelques tournures grossières, sont sauvés
par leur franc-parler… Quant aux personnages principaux, modernes dans leurs
références comme dans leurs tournures,
ils emploient cependant le langage comme
un masque de leurs sentiments… Ainsi,
souvent, l’intelligence d’une mise en
scène de Marivaux, ou de tout théâtre de
langue, consiste essentiellement à comprendre les finesses du texte, et à diriger
les comédiens pour qu’ils les fassent
entendre…
Luc Bondy les fait voir dans les corps :
rarement un Marivaux a été aussi visuel.
Le serviteur fait le fier-à-bras à vélo, la
veuve se mouche, s’emberlificote, la servante est une pile électrique au rire et à
l’énergie naturelle, et le chevalier… est
extraordinaire. Il faut dire que Micha
Lescot est un comédien peu commun :
immense par la taille, il est habillé d’un
costume trop court, étriqué, qui
l’engonce et dont il joue avec une
maladresse hilarante. Il suffit qu’il penche
la tête, qu’il entre le bout du pied en
dedans, et toute la timidité, le malaise
amoureux, la honte de s’y laisser
prendre, éclatent à nos yeux.
Le traitement de l’espace est, quant à lui,
symbolique de l’évolution de l’ordre
social : les serviteurs sont en bas, les
maîtres sur une scène rehaussée, et
leurs deux maisons se rapprochent
jusqu’à s’épouser, s’imbriquer ; quant au
philosophe il passe de l’espace des
serviteurs à celui des maîtres, jusqu’à
être expulsé de la scène, dans le
parterre… Le Happy End prend donc un
goût particulièrement amer. Car ce n’est
pas la vérité du cœur qui l’emporterait
sur des préjugés ou des promesses
inconséquentes : si les amoureux se sont
débarrassés de leurs masques
langagiers, ils n’ont obéi qu’à leur désir
inconscient, à leurs corps. Seront-ils
heureux ?
AGNÈS FRESCHEL
La Seconde surprise de l’amour a été
jouée au Gymnase du 31 mars au 5 avril
À venir au Gymnase
La Cantatrice Chauve
Eugène Ionesco
mes Daniel Benoin
jusqu’au 29 avril
La première pièce de Ionesco : cette
parodie de théâtre bourgeois naturaliste
dit tout l’étonnement de l’auteur devant
l’absurdité des conversations, et les
fonctions référentielle et phatique du
langage. Aujourd’hui les dialogues des
sitcoms sonnent parfois aussi
pauvrement que ceux de ce couple qui
ne se reconnaît pas. Mais les dialoguistes
ne font pas exprès !
Débats 74-81 : Giscard et Mitterrand
Jacques Weber a eu une drôle d’idée :
faire de dialogues véritables, qui ont eu
lieu, un spectacle de théâtre. Il faut dire
que les débats entre les deux hommes
étaient presque de la fiction, tant ils
furent mis en scène. Mais incarner
Mitterrand et Giscard, même quand on
est Jean-François Balmer ou Jacques
Weber, est une drôle de gageure… Que
nous apprennent ces débats aujourd’hui,
à l’heure où toute pensée politique
semble pétrifiée, et où tout débat paraît
misérable ?
du 13 au 17 mai
Confidences trop intimes
(voir page16)
du 23 au 31 mai
Théâtre du Gymnase
0 820 000 422
www.lestheatres.net
Petit manuel
pratique de
communisme
de dialectique historique,
et de distanciation brechtienne
On en avait presque oublié que Brecht était un théoricien. Qu’il
défendait un théâtre épique, propre à soulever les foules et à
convertir le spectateur en s’adressant à son intelligence, en lui
permettant de comprendre l’économie du monde, et le marxisme.
Le retour en force de Brecht sur nos scènes s’accompagne
rarement de tout son attirail théorique (pancartes, songs, adresses
explicatives au public, refus de l’identification, mise à distance de
l’émotion, analogies ironiques avec les mythes chrétiens…) : il faut
dire que le texte brechtien est souvent plus émouvant que ne le
laissent entendre ses écrits théoriques… et qu’il semble aujourd’hui
un peu absurde de vouloir convaincre en refusant l’émotion que
suscite l’identification.
Jean-Louis Benoit, avec La Mère, a choisi la plus édifiante des pièces
de Brecht. Écrite d’après Gorki, romancier bolchevique officiel
jusqu’à son assassinat du temps de (par ?) Staline. Le metteur en
scène monte la pièce avec une fidélité absolue à la doxa
brechtienne : cela tient presque de la reconstitution, avec les songs
d’Eisler en allemand, un chœur de jeunes comédiens
(remarquables) qui chantent (remarquablement), les noms des lieux
marqués à la craie et la description objective, tableau par tableau,
de l’éveil d’une conscience révolutionnaire, jusqu’en 1917.
Et le résultat est édifiant. Il prouve que non seulement Brecht était
un dramaturge génial, mais aussi que ses théories étaient en
adéquation avec son propos politique. La Mère donne envie de lutter
contre l’aliénation, éveille la conscience de classe, dynamite la
religion, interdit l’ignorance, fustige la soumission. Et, en plus, le
spectacle étant réglé au millimètre, procure un vrai plaisir
esthétique…
La Mère a été jouée à la Criée
du 13 au 30 mars
À venir à la Criée
Le Nom sur le bout de la langue
Pascal Quignard
mes Marie Vialle
jusqu’au 26 avril
04 91 54 70 54
www.theatre-lacriee.com
Le Nom sur le bout de la langue © Thierry Chassepoux
13
Douce France
Cher pays de mon errance
Traverser la mer
Les déplacés © X-D.R
Nacer Belhaoues a mis en scène avec beaucoup de
sensibilité et de compassion une histoire particulièrement douloureuse écrite par Xavier Durringer. Celle
d’une femme, mais aussi d’un voisin, d’un copain de
classe, de l’épicier du coin… venus il y a bien longtemps
dans ce pays dont ils ont tant espéré qu’il serait leur
terre d’accueil. Arabe, marocain, musulman, berbère,
tunisien, touareg, palestinien, kabyle, chrétien, algérien…
Qui sont-ils ? «On n’y comprend rien !» D’ailleurs, leur
migration c’est une histoire dont il ne faut pas se souvenir, une histoire indigne des livres d’Histoire et des
programmes scolaires.
Dans un décor épuré, à l’image de la solitude et de la
décrépitude, des personnages très convaincants (et
franchement marqués par nos stéréotypes) parlent de
leur quotidien, de leur espoir vaincu, de leur errance.
Mais ils se remémorent aussi les faits, les paroles, les
expressions odieuses qu’on leur a adressées. Tout ce
qui est raconté est d’une cruelle proximité.
Bien que le sujet soit pesant, dérangeant, militant, le
spectacle reste divertissant (mais surtout pas léger !),
parce qu’il est parsemé de pointes d’humour absolument irrésistibles agissant là comme des respirations
nécessaires. Mais ces interludes burlesques et grinçants
n’ont d’autre objectif que de faciliter une prise de
conscience, sûre et en douceur. Pour que chacun se
souvienne ! À vocation «Urbaine», la cie Organik2 se
propose d’être l’interface, le lien social entre les femmes
et les hommes, en prise directe avec l’actualité et la
réalité d’un quotidien anxiogène. Un pari réussi à en
juger d’après le succès de la pièce.
CLARISSE GUICHARD
Les Déplacés
par le Théâtre Urbain, Organik2,
a été joué les 3 et 4 avril 2008
au Daki Ling
À venir au Daki Ling
Britannicus
Racine
Cie Alzahr mes Jeanne Poitevin
les 30 avril et 1er mai
Tendance clown (voir page 22)
04 91 33 45 14
www.dakiling.com
La Cie l’Orpheline est une épine dans le pied est
arrivée au terme de sa création. Une étape de travail,
déjà fort accomplie, avait été montrée au public en
novembre (voir Zibeline 2) : il s’agissait d’une exposition
théâtrale, dans laquelle on déambulait comme dans un
espace muséal, entre des cabas à carreaux, ces grands
sacs colorés que les immigrés bourrent de présents
pour leur proches, lorsqu’ils partent passer leurs
vacances en Algérie. Car Oui ou non avons-nous traversé
la mer est un spectacle documentaire, fondé sur des
vidéos, des récits, des témoignages, des questions
simples posées à des immigrés attendant le ferry, des
textes complexes sur l’identité et l’intégration, des
choses intimes mêlées à des choses publiques, des
faits, des émotions, des fictions… Le tout formant une
mosaïque qui questionne intelligemment un problème
sociologique, mais aussi la forme théâtrale…
AGNÈS FRESCHEL
©X-D.R
Oui ou non avons-nous traversé la mer
Écriture et mise en scène Julie Kretzschmar
et Guillaume Quiquerez
Du 13 au 15 mai
Les Bancs Publics
04 91 64 60 00
http://lesbancspublics.com
Comédie philosophique
C’est dans une atmosphère chaleureuse qu’a été accueillie la première
pièce de Michel Dossetto, le 4 avril, au Théâtre de la Criée. Une création
parrainée par la toute nouvelle Fondation Didier Parakian
Devant un parterre garni d’éminentes statures ayant
joué les têtes de listes aux récentes municipales
phocéennes, le styliste Didier Parakian a annoncé son
programme de soutien aux créateurs locaux, ainsi que
la représentation théâtrale du jour : Le parallélisme des
formes de Michel Dossetto.
L’auteur, un avocat marseillais doté d’une belle plume
et de réels talents de dramaturge, a imaginé une
comédie philosophique narrant la remise en question
intérieure d’un chef d’entreprise (Philippe Levy),
archétype de l’homme moderne débordé, sportif en
pleine réussite sociale… Un revirement provoqué par
l’irruption fantastique, à son domicile, de son propre
double (Fabrice Letertre Hamelin), alter ego égaré d’un
temps parallèle !
Au fil d’un dialogue initiatique et didactique, les
certitudes fondent et l’homme prend conscience de la
vacuité de son existence… Aux sentences de l’intrus sur
«l’Idée de Dieu», la nécessité d’acquérir une conscience
personnelle ou «la mémoire des générations passées»,
le héros répondra, au final, pitoyablement abandonné
par son dernier ami, par un appel expiatoire à la femme
aimante (Claire Deffilippi) qu’il ne voyait pas…
Au-delà d’un ancrage contemporain, de questionnements sur le déterminisme ou la liberté de l’individu face
à son destin, la pièce prend la forme séduisante d’un
dialogue philosophique hérité des Lumières, le tout
mâtiné du thème romantique du double. L’auteur
ménage une progression dramatique captivante, un élan
émotionnel soutenu par l’habile mise en scène de JeanMarc De Cesare (Théâtre du Millénaire) et les décors
épurés de René Bonnal.
JACQUES FRESCHEL
Le parallélisme des formes est repris
au Théâtre du Têtard les 2 et 3 mai à 20h30
et le 4 mai à 15h.
04 91 47 39 93 / www.letetard.com
© Stéfan Hoareau
14
THÉÂTRE
AIX | VITEZ | ATELIERS | JEU DE PAUME
Fuerza Sicilia
Il est encore des endroits où le théâtre
s’offre en toute simplicité. Les tickets dans
un petit hall bondé, les toilettes au fond
d’un dédale de couloirs, la pause repas
dans une salle de classe : l’accueil du Vitez
est loin du protocole. Ici, c’est le plateau qui
prime. Et quel plateau ! TG Stan ne jure que
par ce petit théâtre niché au sein de
l’Université d’Aix et c’est là qu’on retrouve
régulièrement Emma Dante. Après
mPalermu et Carnezzeria, l’auteur et
metteur en scène revient nous hanter avec
sa Sicile, singulière et universelle. Elle
s’attaque cette fois aux liens du sang, aux
relations père-mère-enfants qu’elle dénude
jusqu’à la chair. Et si dans Vita Mia, la
douleur d’une mère confrontée à la mort
d’un de ses fils nous touche sans nous
retourner les tripes, c’est parce qu’elle fait
suite à une véritable bombe : Mishelle di
Sant’Oliva. Un portrait d’amour monstre,
qui met en scène un père et son fils, en
peine d’une même femme. Le soir venu,
pour faire bouillir la marmite, le fils arpente
les trottoirs de la ville tandis que son père
demeure prostré, refusant de renoncer au
passé, à la fierté qu’il avait d’avoir à son
bras la plus belle femme du quartier. La
désertion de l’infortunée et la conduite de
son fils le plongent dans la honte et la
colère. Pourtant, l’amour est là. Maniant
l’excès comme la retenue, Emma Dante le
laisse s’échapper entre deux solitudes,
deux amertumes, deux acteurs qui se
donnent corps et âme. En une petite heure
de temps qui se prolonge longtemps.
LAURENCE PEREZ
Faire taire le clown
La création d’Alain Simon était risquée :
confier Paysage après la Bataille, un texte
d’Heiner Müler d’une noirceur sans pareille,
pouvait sembler incongru, voir déplacé.
C’est justement ce déplacement qui faisait
le spectacle : Felix Tampon, aux prises avec
ce texte à dire, et le portrait lugubre de
l’auteur, met en scène sa propre difficulté
devant la violence, et les sinuosités, du
monologue. En se dérobant d’abord, puis
en s’arrêtant aux portes de l’émotion par
divers subterfuges. Et en y plongeant enfin,
magistralement, parce que ce texte
emporte tout quand on s’y laisse prendre.
Et que les mille refus, précautions,
questionnements qu’il avait posés entre lui
et l’œuvre comme autant de remparts
donnent, quand ils s’écroulent, un peu plus
de poids aux mots. Par contraste, et
ricochet.
© Alain Simon
Paysage après la Bataille a été créé
au Théâtre des ateliers
du 25 mars au 2 avril
AGNÈS FRESCHEL
Vita Mia @ Giuseppe di Stefano
Mishelle di Santo’Oliva et Vita Mia
ont été présentés les 31 mars et 1er avril
au Théâtre Antoine Vitez,
en partenariat avec les ATP
d’Aix-en-Provence
À venir au Théâtre Vitez
Drame sentimental
d’après La maman et la putain de
Jean Eustache
mes Sylvie Boutley
du 22 au 26 avril
Les illusions vagues
d’après La Mouette de Tchekhov
mes Olivier Coulon-Jablonka
le 14 mai
04 42 59 94 37
Bonimentez
avec eux
Les Bonimenteurs reviennent dans la
région pour trois soirées imprévues : le duo
vient filmer son spectacle à Aix-enProvence, dans l’écrin du Jeu de Paume.
L’occasion pour les deux comédiens de
retrouver un public dont ils aiment le rire,
pour cet enregistrement public (tarif unique
à 15 euros) d’un DVD qui sortira en
décembre, avant son passage au Casino de
Paris. Car pour Marco et Ducci le public est
un partenaire indispensable : leur art est
fondé sur l’improvisation à partir de thèmes
donnés par les spectateurs, et tirés d’un
chapeau… Le spectacle aborde sa 800e
représentation et le succès ne se dément
pas. Car les Bonimenteurs mentent,
bonimentent, improvisent, avec un talent
de comédiens que peu de comiques
possèdent, et une inventivité gestuelle et
verbale peu commune !
A.F.
Les Bonimenteurs
Théâtre du Jeu de Paume, Aix
du 19 au 21 mai
0820 000 422
© Gilles Lespagnol
Chanter Aragon
Depuis quatre ans Théâtre et chanson
programme… du théâtre qui se chante. Et
Isabelle Bloch-Delahaie, directrice du lieu,
consacre un spectacle à Aragon. Quel
poète a, plus que lui, inspiré les chanteurs
«à textes» ? Mais Défense d’infini ou Voyage
en Aragon n’est pas un récital : c’est un
spectacle qui retrace l’évolution d’Aragon
à travers ses textes, en s’attachant à faire
découvrir les aspects les moins connus de
l’œuvre. Et en interrogeant le surréalisme
dans ses fondements historiques, et cette
notion d’amour fou, douloureux, qui
parcourt toute l’œuvre. Et les arrangements
d’Anne Gastine pour violoncelle et piano
donnent aux chansons de Ferré, Ferrat et
Léonardi une couleur particulière…
A.F.
Défense d’infini ou Voyage en Aragon
Du 16 au 18 mai
Théâtre et Chanson
(voir programmation page 39)
04 42 27 37 39
www.theatre-et-chansons.com
CHÂTEAUVALLON | AUBAGNE | GARDANNE THÉÂTRE 15
Mali soit Aubagne
Qu’est-ce que le Kotéba ? En pays bambara, au Mali, ça se
traduit littéralement par «le grand escargot». Initialement,
des danseurs évoluaient autour de percussionnistes qui
tournaient en sens inverse, dans un mouvement de spirales
évoquant la coquille de l’animal. Une fois les danses
exécutées, jusqu’à l’épuisement, c’est au théâtre de
s’installer : des saynètes satiriques, proches de la farce,
évoquent alors la vie de chacun, dénonçant, par le rire, les
dysfonctionnements du village.
La compagnie BlonBa, basée à Bamako, propose depuis
sa création en 1998 un Kotéba urbain, ouvert à la création
contemporaine. Le Comœdia programme trois de leurs
spectacles, dans une belle unité théâtrale. Personnage
principal des deux premiers, Bougouniéré est une jeune
bamakoise qui, dans Le Retour de Bougouniéré (du 13 au 16
mai), est devenue riche en France grâce au jeu du
Millionnaire et décide de revenir chez elle. Difficile
acclimatation dans un pays en perpétuelles mutations !
Dans la suite, Bougouniéré invite à dîner (donné quelques
jours avant, le 7 mai), la jeune femme dirige désormais une
ONG humanitaire et passe sont temps à chercher des
subventions ; un bailleur venu des pays riches est attendu
à dîner tandis qu’elle commence à cuisiner… Enfin, dans Le
Kotéba des quartiers (le 17 mai), BlonBa met en scène les
rapports Nord-Sud, Europe-Afrique par le biais d’une idée
originale : à la demande d’un directeur de théâtre français,
la troupe doit créer un spectacle inspiré du Kotéba, en
observant les modes de vie des habitants du quartier en
question. Mais quel regard porter sur la vie des Français
lorsque les visas sont impossibles à avoir ? La pièce va alors
se monter à distance…
SARA LYNCH
Quelle Médée es-tu?
© X-D.R
Bougouniéré invite à dîner
le 7 mai
Le Retour de Bougouniéré
du 13 au 16 mai
Le Kotéba des quartiers
le 17 mai
Cie BlonBa
Théâtre Comœdia, Aubagne
04 42 18 19 88
Le cinéma 3 Casino de Gardanne accueille la nouvelle
création du Théâtre de la Mer. La compagnie
d’Akel Akian est familière des croisements entre
la mémoire littéraire, dramatique ou mythologique,
et la vie quotidienne contemporaine, avec ses tragédies
banales et ses dénouements jamais définitifs.
Le Théâtre de la Mer est une des rares structures qui
travaille depuis plusieurs dizaines d’années dans
les quartiers «difficiles», les collèges «sensibles»,
non pour y faire du social mais pour y recueillir
de la parole et créer ses spectacles en se nourrissant
de cette matière. Tout en apportant le théâtre
au cœur des cités.
Cette fois-ci Frédérique Wolf-Michaux, metteur en scène
de la Cie, a travaillé autour du mythe de Médée
l’abandonnée, la sorcière, l’infanticide.
À partir de Sénèque et Euripide, bien sûr, et Anouilh,
mais aussi à partir d’une analyse des maternités
douloureuses, et de douleurs des couples qui se
trahissent et se brisent. Car si Médée a commis
l’innommable, le crime suprême, impardonnable,
sa nature de monstre nous interroge toujours,
et sa douleur de femme, et l’inconséquence de Jason.
Et l’étrange sentiment, déviant, que les corps que l’on
met au monde nous appartiennent encore un peu ?
AGNÈS FRESCHEL
Medée vertiges
mes Frédérique Wolf-Michaux
Cinéma 3 Casino, Gardanne
04 42 65 77 00
www.ville-gardanne.fr/-Spectacles-et-cinema
Résistances
Contraints à un exil forcé dans une Allemagne ravagée par
le nazisme, Kalle, l’ouvrier métallurgiste, et Ziffel, le physicien
vont faire connaissance dans une gare. De cette contrainte
va naître une parole libératrice, politique, un besoin vital
Le jour où Nina SImone a cessé de chanter © Marc Esposito
d’émancipation qui passera par le dialogue, par le rejet
d’un quelconque asservissement. Valentin Rossier, qui signe
la mise en scène de ces Dialogues d’exilés de Brecht, joue
ce face-à-face incisif avec Jean-Quentin Châtelain.
Darina al-Joundi est libanaise, elle est aussi
comédienne. Elle a connu la guerre civile, l’a vécue à
Beyrouth, adolescente. Élevée par ses parents (lui
écrivain syrien en exil, elle libanaise chiite) dans le culte
de la liberté absolue, Darina devient une insoumise,
refusant toutes les règles sociales et religieuses qu’une
jeune fille libanaise se doit de suivre. La liberté a un
prix, mais que doit-on payer lorsqu’on ne veut pas
négocier une valeur aussi fondamentale ? Seule en
scène, Darina al-Joundi joue, ou devrait-on dire revit, le
cauchemar que fut cette vie, criant sur scène son
amour indéfectible de la liberté, arme absolue et
pourtant si fragile. Le jour où Nina Simone a cessé de
chanter est son histoire.
Le 11 septembre 2001, Israël Horovitz était à New York,
son fils aussi, dans une école proche du World Trade
Center. Trois semaines après les attentats il écrit Trois
semaines après le paradis, texte poignant qui témoigne de
son affolement et de sa détresse, de son questionnement
aussi sur le devenir du monde dans lequel on vit. Ladislas
Chollat le met en scène, Daniel San Pedro le porte, seul
sur scène.
S.L.
Dialogues d’exilés
Bertolt Brecht
le 16 mai
Le jour où Nina Simone a cessé de chanter
Darina al-Joundi
les 23 et 24 mai à21h30
Trois semaines après le paradis
mes Ladislas Chollat
les 23 et 24 mai à 19h30
Châteauvallon
04 94 22 02 02
www.chateauvallon.com
16
THÉÂTRE
ISTRES | MIRAMAS
L’hiver est froid
Le conte d’hiver est l’avant dernière pièce de Shakespeare,
un drame qui se transforme en conte à mesure que le
temps fait son œuvre, une tragi-comédie qui évoque tout à
la fois la folie, la transmission et la rédemption. Venu passer
quelques jours à la cour de Sicile chez son ami d’enfance
le roi Léontes, Polixènes, roi de Bohème, se trouve être au
cœur de la folie passionnelle et destructrice de son ami qui
l’accuse d’avoir une relation avec sa femme Hermione.
Aveugle et fou, Léontes ordonne à ses serviteurs Camillo et
Antigonus de faire tuer Hermione, son jeune fils Mamilius,
et fait exiler Perdita, sa fille encore au berceau. Cette
dernière en réchappera et sera recueillie par un vieux
berger… Seize ans plus tard, ses nobles origines seront
dévoilées au cours des fêtes de la tonte des moutons et
une fin heureuse viendra couronner l’histoire.
Mais que le temps fût long… Par sa mise en scène épurée,
dématérialisée, Jacques Osinski ne donne guère le choix
aux acteurs qui se doivent d’être excellents. Or les voilà,
débitant leur texte comme si l’ennui les avait déjà gagnés,
solennels, rigides et empesés, comme prisonniers de ces
décors nus et froids qui empêchent toute chaleur dans le
jeu. À l’exception toutefois d’Aline Le Berre (troublante
Pauline) et Baptiste Roussillon (Antigonus). L’esthétisme
visuel prend le dessus, et l’incrustation vidéo ne sauvera
pas non plus les fêtes censées célébrées l’amour du prince
et de la bergère. Où sont passés les accents furieux des
vers shakespeariens, les émotions, et la fantaisie féerique
d’une fin surnaturelle ?
SARA LYNCH
À venir à l’Olivier
Omar Porras est un des metteurs en scène actuels les
plus talentueux. Sa troupe possède une énergie et un talent
inimitables, fondés sur la maîtrise de techniques de jeux
très diverses. Ils savent tout faire, depuis l’acrobatie
jusqu’au chant polyphonique, en passant par toutes les
techniques de masque, de clown, de commedia… sans
jamais oublier l’émotion en coulisses. Maître Puntila et son
Valet Matti va à la troupe comme un gant : le propos et la
forme brechtiens sont réactivés par ce théâtre fait de la
rencontre de traditions théâtrales populaires de tous les
continents. Le spectacle est un vrai bonheur, et la force
politique de Brecht ne perd pas un volt à ce ravalage de
façade insensé. Et la fable redémarre : il était une fois, dans
les contrées finlandaises au temps où Hitler guettait aux
portes, un Maître aux deux visages, et un Valet qui ne se
laissait pas aliéner…
Maître Puntila et son valet Matti
les 6 et 7 mai
Théâtre de l’Olivier, Istres
04 42 56 48 48
Également : Didier Bezace a monté deux pièces géniales
de Dario Fo et Franca Rame. Deux monologues féminins
décapants, hilarants, révoltés et si justes. Il a confié ces
rôles écrasants à Ariane Ascaride, qui n’a pas, sur scène,
le charisme qu’elle a sur les écrans. Les textes y perdent en
force. Dommage.
Douce satire
© Edwige Bertaudon
Le docteur Knock débarque en ville après avoir acheté
à son prédécesseur, le docteur Parpalaid, son cabinet
et la clientèle, inexistante, qui va avec. Les gens ne sont
pas malades ? Qu’à cela ne tienne, au nom de «l’intérêt
supérieur de la médecine» il saura trouver les mots
(et les maux) pour les convaincre de venir se faire soigner
sans tarder, pour développer son commerce et s’enrichir
rapidement. La troupe du Théâtre du Kronope,
comme à son habitude, est masquée et costumée,
donnant à cette satire sociale savoureuse une certaine
couleur, entre commedia dell’arte et personnages
à la Daumier, aux traits forcés, qui font sourire.
Du décor ingénieux aux multiples fonctions dont tous
utilisent les portes, trappes et secrets, à la musique
tonitruante et efficace, en passant par le jeu très
physique (un peu trop parfois ?) des acteurs, l’univers
satirique de la pièce de Jules Romain s’en trouve
agréablement revisité.
S.L.
Le Conte d’hiver
a été joué le 29 mars
au Théâtre de l’Olivier à Istres
et sera le 6 mai, à 20h30 à Draguignan
La Maman Bohème / Médée
les 20 et 21mai
04 42 56 48 48
www.scenesetcines.fr
et également les 29 et 30 avril à Draguignan
Knock a été joué
par le Théâtre du Kronope
le 1er avril au théâtre de la Colonne,
Miramas
Maître Puntila et son valet Matti © Marc Vanappelghem
À venir à la Colonne
Patrice Leconte met en scène non Sandrine Bonnaire
et Fabrice Luchini, interprètes de son film du même nom,
mais Christophe Malavoy et Florence Darel,
pour une histoire de psy qui n’en est pas un.
Une pièce qui fait croire aux analysés qu’on peut tomber
impunément amoureux de son psy, et au spectateur
de théâtre que les scènes subventionnées ont pour
fonction de faire voir le ciné pour de vrai.
On conseille aux Miramasséens d’attendre
Archie Shepp le 16 mai, ou d’aller jusqu’à Istres
voir Omar Porras…
Confidences trop intimes
le 30 avril
04 90 58 37 86
www.scenesetcines.fr
GAP | ARLES | FOS
THÉÂTRE
17
Leçon de ténèbres
Bon. C’est un des spectacles les plus
bouleversants qu’il m’ait été donné de voir
ces dernières années. C’était dans un
collège des quartiers nords de Marseille,
une tournée organisée par le théâtre
Massalia dans les établissements scolaires
du département 13. La représentation
s’annonçait houleuse, les classes de
troisième venaient dans leur amphi avec
l’évident désir de faire sauter les cours de
l’après-midi, plutôt que d’assister à un
moment de théâtre. Ils furent les premiers
surpris. Le texte de Jan Guillou (La
Fabrique de violence, ed. Agone) est
magnifique, il nous fait entrer dans la
conscience d’Erik, un garçon de 14 ans
battu par son père, et qui devient à son
tour, face à la brutalité de ses camarades
de pension, hyper violent. Le récit est
poignant, écrit à la première personne, et il
donne des clefs pour sortir du cercle des
coups, pour s’en débarrasser et s’y
soustraire sans céder à la volonté de
puissance de l’autre. Sans s’aliéner. Le
travail théâtral de Christophe Caustier, mis
en scène par Tiina Kaartama, est d’une
justesse et d’une retenue exceptionnelles.
Il incarne Erik, ses replis, ses surgissements
de violence, ses douleurs, avec évidence.
Seul sur scène il porte en lui un poids
immense, douloureux, que les adolescents
enfermés dans leurs relations sociales
agressives ressentent visiblement jusque
dans leurs tripes. À côté de moi les petits
durs tremblaient, blêmes, bouleversés. Un
spectacle à prescrire partout où les jeunes
s’enferment dans la spirale des coups
donnés ou reçus, et des absurdes
intimidations.
© X-D.R
AGNÈS FRESCHEL
La Fabrique de violence
Jan Guillou
mes Tiina Kaartama
le 25 avril, 19h
La Passerelle, Gap
04 92 52 52 52
Fos à surprise
Classique parmi les classiques, Les
Fourberies de Scapin font régulièrement
l’objet de nouvelles mises en scène. C’est
le cas de celle de Arnaud Denis, qui, avec
la jeune troupe des Compagnons de la
Chimère, propose de bouleverser les
règles du genre en faisant du valet Scapin
un jeune homme d’une vingtaine d’années,
pour autant pas du tout dépourvu de
désinvolture, d’insolence et d’inventivité. Le
jeune metteur en scène endosse d’ailleurs
le rôle de Scapin, menant à un train d’enfer
cette comédie satirique indémodable.
Puis, pour fêter la fin de la saison culturelle,
le Théâtre de Fos propose Jacques a dit…
tous au théâtre, une semaine durant
laquelle théâtre forain (Les puces savantes
feront leur numéro !), théâtre d’objets,
chanson et cinéma (Petites éclosions, 3
courts métrages d’animation) animeront
les lieux. Ce sera aussi l’occasion de rendre
hommage à Guignol qui, à 200 ans, est
toujours et encore d’actualité. Au
programme : Le déménagement fantastique
de Gui Baldet, adaptation enlevée et
contemporaine de la pièce écrite en 1820
par Laurent Mourguet ; une conférence
animée par Stéphanie Lefort qui fera le
point sur les multiples évolution de la
marionnette ; et une exposition organisée
par Gui Baldet lui-même, avec documents
d’archives, photos et différentes versions
de la célèbre marionnette.
S.L.
Le déménagement fantastique © X-D.R
Les Fourberies de Scapin
mes Arnaud Denis
le 26 avril
Jacques a dit… tous au théâtre
du 19 au 25 mai
Théâtre de Fos-sur-Mer
04 42 11 01 99
www.scenesetcines.fr
Fin
de saison
Au théâtre d’Arles, la saison se termine
en beauté avec Fin de partie, la pièce
de Beckett mise en scène par Bernard
Levy. Avec, pour ce faire, le respect
absolu des indications scéniques
de l’auteur, des didascalies qui
représentent le tiers du texte.
Dans un décor minimaliste, deux
personnages, un paralytique aveugle
cloué sur son fauteuil (Hamm) et son
domestique, debout, forcément prêt
à satisfaire ses moindres lubies (Clov).
Dans deux poubelles, les parents de ce
dernier finissent leur vie. Insituables
et insitués, les personnages de Beckett
peuvent disserter à loisir de l’attente,
de la mort, de la fin, du manque de
communication, de la déchéance…
mais avec jubilation, délectation même,
tant les mots, chez le dramaturge
irlandais, transforment les paroles proférées en un «espace mental où le langage
crée une multiplicité de sens, où chaque
mot, chaque réplique sont à considérer
comme des éclats poétiques (…)» explique
le metteur en scène. Avec, en prime,
une interprétation remarquable
de la part des quatre comédiens.
S.L.
Fin de partie
mes Bernard Levy
les 29 et 30 avril
04 90 52 51 51
www.theatre-arles.com
18
DANSE
AIX : PAVILLON NOIR | GTP | 3BIS F | PERTUIS
La chair
sous le métal
Le Sacre
au Grand Théâtre !
La nouvelle promotion de la formation
DANCE ne manque pas de talent ! Basés
dorénavant entièrement à Dresden, les
23 stagiaires européens sont formés
conjointement par Forsythe, Wayne Mac
Gregor, Frédéric Flamand et Angelin
Preljocaj ! Ainsi, après avoir dansé au musée
du Louvre quelques Métamorphoses avec
les danseurs du BNM (voir page 7), ils ont
recréé À nos héros, une pièce de 1986 dans
laquelle Preljocaj mettait en scène une
glaçante esthétique inspirée du réalisme
soviétique. Plus de 20 ans après les
Ne ratez pas Le Sacre de Josette Baïz ! Nous
en avons déjà parlé dans nos colonnes (voir
Zibeline n°4 et 6) et nous ne saurions trop
insister ! Pour ceux, donc, qui n’ont pas pu
se rendre à Martigues voici une occasion
exceptionnelle de découvrir Le Sacre dansé
par les adolescents du groupe Grenade. Sur
la très furieuse musique de Stravinsky qui
inspire tant les chorégraphes, les quinze
jeunes danseurs se jaugent, se mesurent,
s’affrontent, se séduisent avec toute la
vigueur et l’énergie vitale de leur âge !
Rappelons que Josette Baïz enseigne la
© X-D.R
jeunes interprètes ont su retrouver toute
la mécanique froide des unissons, et
devenir les rouages d’une machine mise
en branle par les nappes sonores
métalliques de Marc Khanne… auxquelles
vient s’opposer le lyrisme de Katchatourian,
qui entraîne les corps dans des soli où la
sensualité les gagne, s’opposant au gris
froid du décor… Un classique, dont les
jeunes gens ont su s’emparer avec brio.
A.F.
À nos héros a été dansé
au Pavillon Noir
du 19 au 21 mars
danse contemporaine à Aix depuis 1978 :
c’est bien la moindre des choses qu’elle y
soit programmée et que le Grand Théâtre,
après le Pavillon Noir, lui ouvre ses vastes
portes !
CHRIS BOURGUE
Le Sacre
Groupe Grenade
le 28 avril
04 42 91 69 69
www.legrandtheatre.net
© Léo Ballani
Genèse à vue
Visez le titre! Regardez comme il vient de
loin : des confins de l’alphabet de la
Liseuse dont il est la 18e étape ; il traîne un
peu les pieds, et un instant on se demande
si l’ampoule dont il est question ne serait
pas l’angoissante compagne de l’usure des
souliers (chez ces gens-là la facétie n’est
jamais loin ...). Et la lenteur calculée de
l’approche du cœur du sujet par chacun
des danseurs, les tentatives esquissées
pour apprivoiser un plateau rempli d’embûches et de fantômes endormis font
craindre un instant une grande fatigue...
Que nenni ! La jeunesse pointe alors son nez
dans un solo ranimé (Question de Goûts, voir
Zibeline n°2) en six figures plus une qui ne
vont cesser de prendre la mesure et le
temps, d’arpenter et de construire un petit
© Agnès Mellon
monde de 65 minutes : le nouvel opus
d’Appaix, ouvert aux quatre vents cardinaux
du geste, de la parole, de la musique et de
la couleur ; les planches deviennent scène
par la magie des ren-contres ingénues, et
sous le regard jaloux des spectres du ratage
de plus en plus dépités... Les corps qui
s’ignoraient se touchent et font se lever la
danse, les énergies prennent leur rythme de
croisière, les mots s’enlacent et ne font
tapisserie qu’au sens noble du terme, ça
frémit dans la salle, ça sourit, ça rit, ça y est.
Le plateau se peuple des histoires des uns et
des autres, se pare de leurs crinières
folles ; on y contient en lisière un cheval
emballé et de l’apaisement naît le véritable
mouvement. Une humble et malicieuse
genèse à vue en lieu et place d’une création.
L’R de rien, comme de bien entendu...
MARIE-JO DHÔ
Rien que cette ampoule dans l’obscurité
du théâtre... a été créé
au Pavillon Noir du 27 au 29 mars
Question de Goût sera dansé
à l’Espace François Mitterrand
à Allauch. 04 95 04 96 42
À venir
au Pavillon
Noir
:
Le Sous Sol, du 25 au 27 avril. Troisième
volet de la trilogie de Peeping Tom.
Après un Jardin extrêmement dérangeant,
et un Salon absolument bouleversant, le
collectif propose un voyage dans un entre
deux, un sous sol peuplé de vivants et de
morts, obscur, jonché de terre, où tout est
lourd et gras. Peeping Tom, en opposant
le lyrisme des vieux à l’inconséquence des
jeunes, les corps des uns aux voix des
autres, la perversité à l’absence, construit
des mondes excessivement glauques qui
ressemblent pourtant à notre réel…
Bataille intime, les 5 et 6 mai. Création
de Sylvain Groud d’après le texte de
Topor. Sylvain Groud fut un des plus beaux
interprètes de Preljocaj, de 1992 à 2003.
Depuis il a démontré ses talents de
19
Europe à Paris
© Agnès Mellon
Deux au cube
Au 3 Bis F, on conçoit les œuvres, on les partage en
ateliers, puis on les montre au public. C’est au tour de
Jutta Knödler, puis de Christian Ubl, d’exhiber leur
travail chorégraphique
Ce n’est pas tous les jours qu’une compagnie
indépendante de la Région triomphe dans un
des plus grands théâtres parisiens : le Ballet
d’Europe a dansé Folavi (la nouvelle création
de Jean-Charles Gil sur divers concertos de
Vivaldi) et Mireille au Châtelet les 8 et 9 avril,
et le public parisien lui a réservé un beau
triomphe… Il faut dire que la compagnie, en
partie renouvelée, a tenu ses promesses : les
danseurs sont excellents, habités, et
interprètent la pièce narrative de Jean-Charles
Gil avec une émotion communicative. Surtout
lorsqu’un orchestre de la qualité de Pelleas
joue la suite orchestrale (arrangée par Raoul
Lay à partir de l’opéra de Gounod) avec des
solos superbes, des timbres subtils et toutes
les nuances que la partition comporte.
Mireille, que le Ballet d’Europe a joué plus de
chorégraphe, fondés sur les mêmes
qualités d’intelligence, de musicalité, de
virtuosité athlétique et d’émotion intense.
Car il est sans cesse bouleversant. Avec
Bruno Bayesx qui a adapté le texte de
Topor il danse un duo de mots, un
affrontement agressif entre deux
hommes, et leur public. Le Festival de la
Mangrove, les 15 et 17 mai. Quatrième
festival des arts des Caraïbes, de la
Guyane, de la Réunion et des Comores.
Durant tout le mois de mai les départements français d’Outre mer sont à la fête
de la Mangrove. Le Pavillon Noir accueille
le 15 mai puis le 17 mai plusieurs courts
spectacles de danse contemporaine
créée dans ces départements, où les
compagnies métissent naturellement des
influences ancestrales, pluriculturelles, à
leur pratique de la danse contemporaine.
Qui interroge forcément ce que signifie la
danse sacrée, rituelle, de résistance…
A.F.
40 fois partout dans le monde depuis sa
création en 2004, est en passe de devenir
une sorte de classique, au trajet narratif si
limpide que chacun en comprend sans peine
l’argument…
Dans la région, avant sa tournée estivale, le
Ballet d’Europe se produira dans des
Workshops : ces cartes blanches données aux
danseurs, que le Ballet d’Europe pratique
depuis sa création, auront lieu au joli théâtre
à l’italienne de Pertuis, le 9 mai. Une occasion
de retrouver ces talentueux danseurs dans le
rôle de chorégraphes occasionnels…
A.F.
Workshops
Théâtre de Pertuis
04 90 79 56 37
www.balletdeurope.org
Complices est à la croisée de deux arts : la
corde et la danse. Le duo représenté par une
cordéliste et une danseuse ne se contente
pas de croiser leurs arts, puisque chacune
s’empare de celui de l’autre et le fait sien.
L’autre duo, la Voix de l’autre, fait dialoguer
une corde et un musicien : deux façons complémentaires, pour Jutta Knödler, de sortir la
corde de l’univers circassien, pour affirmer
la musicalité, et les possibilités chorégraphiques, de son agrès de prédilection.
Christian Ubl, lui, est depuis toujours dans la
danse. Interprète subtil et athlétique, il conçoit
pourtant, en tant que chorégraphe, une danse
très peu dansée, conceptuelle, et souvent
drôle. Qui s’interroge sur la nature et la
réception du spectacle. Klap Klap est écrit
avec la complicité d’un auteur, François
Tessier. Dans son texte il emploie un nous
qui rapproche l’expérience physique du
danseur et la perception sensible du
spectateur. Cherchant comment la scène fait
sonner les corps, et comment on les
applaudit.
AGNÈS FRESCHEL
Klap Klap © X-D.R
Diptyque de cordes
Jutta Knödler
les 25 et 26 avril
Klap Klap
Christian Ubl
du 15 au 17 mai
Psychanalyse du merveilleux
Un danseur à tête d’ours regarde dans une
télévision en bois un présentateur à figure
de clown sans nez rouge, au regard étrange
d’un tueur de carnaval, à la précision du verbe
et les exagérations didactiques d’un Alain
Decaux, qui cette fois nous parlerait de psychanalyse des contes de fées…
Le cadre formel est posé : d’une part des
textes précis qui rappellent l’importance des
contes de fées pour l’imaginaire de l’enfant,
comme seul moyen d’extérioriser ses angoisses impossibles à formuler par le verbe
libérateur ; d’autre part la profusion époustouflante de costumes et de créativité sur scène.
Ainsi ce ballet de la princesse face au miroir,
et tout à coup cette image dans le miroir qui
n’est plus elle, mais une vieille sorcière… et
puis ce petit ange qu’est l’enfant n’est-il pas
aussi démon ? Combat phallique à présent ; le
héros s’empare d’un long reptile vert à la
mesure de sa main, mène un combat entre
lui et lui-même, danse hésitante de l’enfant
face au monde, face au zizi qui devient
phallus. Et l’autre arrive : un énorme lierre en
boule, étrange plante mystérieuse et insondable : métaphore et hallucination scénique
du sexe féminin ici dominé dans le combat…
Domination et passivité sublimée dans l’attente de la princesse d’être délivrée par
© X-D.R
l’homme : la princesse est souvent dans une
tour aussi haute que les nuages nous dit
l’inquiétant monsieur loyal, de plus en plus
étrange. Et, sur scène, la danseuse en lieu et
place de tête porte un immense nuage. Mais
cette sublimation n’est pas que céleste : au
sommet d’une tour attend une jeune fille ;
enfin… un homme déguisé en fille. Ce travesti
hilarant joue avec deux superbes voiles de
mariée attachés à sa tête comme deux
tresses si longues qu’elles sont aussi des substituts de cordages : la princesse prémédite
langoureusement une improbable évasion.
Un Manuel du Merveilleux qui donne à voir ce
voile de magie qui recouvre en fait nos inconscients, et procure un vrai moment de joie.
RÉGIS VLACHOS
Le Manuel du merveilleux a été dansé
par le système Castafiore au Pavillon Noir,
les 3 et 4 avril
20
DANSE
LE MERLAN | CAVAILLON | MARTIGUES | ISTRES
Événement
Sidi Larbi Cherkaoui passe à Istres ? Avec sa nouvelle création ?
Allez-y, ça ne se rate pas
Origine
Création 2008 de Sidi Larbi Cherkaoui
Pour quatre danseurs et trois musiciens
Musique : Hildegard von Bingen, Rabi’a van
Basra
(chants scandinaves/chants maronites et
syriens)
le 14 mai
Théâtre de l’Olivier, Istres
04 42 56 48 48
www.scenesetcines.fr
Origine cherche une terre nouvelle, entre
danse et chants, Nord et Sud, comme si le
chorégraphe marocain et belge voulait
trouver, dans cette forme resserrée et
pluriculturelle (Scandinavie médiévale,
moyen orient traditionnel), les traces de sa
propre histoire, entre violence et tendresse
des gestes, et de la voix.
© X-D.R
© X-D.R
L’ère du Je
plain-pied dans l’ère du Je : la nouvelle
vague de Thierry Niang -puisque tel est le
nom de cet atelier- est loin d’être à bout de
souffle.
existence à plus tard». Libérés du regard
des autres, connectés à leur corps grâce
au méticuleux travail du chorégraphe, ils se
transforment et resplendissent. Alain
devient le goéland qu’il évoque dans le film.
Thérèse, «née le 5 mars 1927 au Vieux
Grand Port à l’île Maurice», nous émeut
jusqu’aux larmes à tirer sur les coins de sa
robe, dans le trio qu’elle danse avec son
passé (ensorcelante Ana Gabriela Castro)
et la musique singulièrement vivante que le
compositeur et guitariste Benjamin Dupé
interprète en direct, jouant de
l’envoûtement à chaque instant. On ne voit
plus alors en eux de simples vieux, mais
des individus décidés à être ce qu’ils sont.
Des hommes et des femmes entrés de
Il avoue se plaire «dans l’entre-deux». Entre
Marseille et Paris, la danse et l’opéra (pour
lequel il collabore régulièrement avec
Chéreau), l’art et la vie. Avec ce nouveau
voile levé sur l’atelier qu’il mène depuis trois
ans au Merlan auprès de personnes âgées,
force est de constater que cet entre-deux
réussit à Thierry Niang et n’a rien à voir
avec un éparpillement. Car d’une
proposition à une autre, des duos aboutis
des «anciens» aux improvisations des
«nouveaux», c’est le même sentiment de
présence qui se dégage, sur scène comme
à travers les images du documentaire de
Frédérique Pollet-Rouyer. L’extrême
présence de ces «vieux» refusant selon la
formule de Bataille de «remettre leur
A.F.
Cet instantané de l’atelier Nouvelle vague
mené par le chorégraphe Thierry Niang a
été donné au Merlan le 21 mars
Decouflé
en solo
© Agnès Mellon
L’art de la chaussette
littéralement son pied en énumérant les
marques de haute couture ; en commençant la série d’exhibitions par la
performance d’un Swanka blanc ; en y
glissant une chanteuse magnifique et
obèse, anti swanka par sa corpulence, son
sexe, son talent ; puis un vrai danseur qui
dynamite la performance des autres, et de
vrais swingers qui rythment les espaces
africains… Robyn Orlin gauchit la
cérémonie, et interdit peu à peu qu’on se
laisse prendre à cet art Zoulou de la
chaussette bien mise. Une manière de dire
qu’il faut se méfier du bling bling, et qu’il ne
représente jamais la voie de la libération ?
A.F.
© John Hogg
Drôle de spectacle, dont on ne sait jamais
s’il est parodique ou admiratif ! La
chorégraphe Robyn Orlin jette sur les
Swankas un regard dont elle ne nous livre
pas la clef. Ces Sud-africains M’as-tu-vu
pratiquent l’art du bling bling vestimentaire
avec un talent beaucoup plus affirmé que
notre Président (assortiment de couleurs
vives, audace des motifs, sens du détail,
amour de ce qui brille…) : ils assument leur
exhibitionnisme à un point tel que le
comique cède le pas, et qu’ils font penser
à Cab Calloway et aux Zazous, qui déjà
affirmaient leur résistance à l’occupant ou
à la ségrégation par leurs vêtements
voyants.
Mais Robyn Orlin va plus loin. En faisant
présenter le spectacle par un animateur
vulgaire, bonimenteur télé qui prend
Les Swankas a été présenté
sur la Scène Nationale de Cavaillon
le 1er avril
Après le passage de Sombrero au Grand
Théâtre de Provence, c’est à un spectacle
plus intime que le théâtre des Salins invite
les amateurs de Decouflé. Plus solitaire en
tout cas. Car dans Solo le chorégraphe ose
pour la première fois mettre son propre
corps en scène, seul, pendant 70 minutes.
Mais comme on s’en doute il n’est pas
vraiment isolé : à la poursuite de son
image, suivi par ses ombres et les ombres
de ses doubles, le corps de Decouflé se
multiplie, se colore, grandit, et ses doigts,
ses mains, ses membres, deviennent
autant d’interprètes autonomes… Il n’en
reste pas moins que Solo se présente
comme une exploration presque autobiographique et que le chorégraphe y
montre, à côté de sa propre image, celles
de sa vie familiale et intime. Comme dans
tout autre solo ?
A.F.
Solo
Philippe Decouflé
du 15 au 17 mai
Scène Nationale des Salins, Martigues
04 42 49 02 00
www.theatre-des-salins.fr
ITINERRANCES | MASSALIA | PRINTEMPS DE LA DANSE
ItinErrer dans le monde
Christine Fricker et sa Cie Itinerrances participent à un
programme international qui vient faire escale dans la région
À partir du 5 mai la chorégraphe Melissa Monteros, qui
travaille essentiellement en Pologne et en Finlande, viendra
diriger des danseurs de la maison de la danse d’Istres, et
présentera le résultat de ces Workshops le 10 mai à
l’espace 233.
À Marseille, au Gyptis, la fête sera complète. Cinq
chorégraphes se réunissent pour présenter un programme
qu’ils ont élaboré en partie à Calgary, et qu’ils emmèneront
ensuite à Oulu (Finlande). Le programme est conçu en deux
parties : l’une présentera les travaux que les étudiants de
Calgary ont élaboré avec Melissa Monteros et ceux que les
danseurs d’Istres ont travaillé avec Christine Fricker (Je
double et je décale) ; puis trois pièces de trois compagnies
se succèderont : Just Because, un quintet de Melissa
Monteros et Wojcieck Mochnieij ; Streams, un duo conçu
par Pirjo Yli-Aumula et William Petit, qui élaborent depuis
quelques années de beaux spectacles marqués par le froid
russe ou scandinave ; enfin Time is on my side, que
Christine Fricker a présenté le 5 avril sur le Cours Foch
d’Aubagne, lors du Festival Danse en Avril (voir Zibeline 6).
Le trio masculin de 20 minutes, fondé sur des séquences
minutées à l’intérieur desquelles les interprètes gèrent plus
ou moins leur rythme, se présente comme une série
d’expérimentations où les trois danseurs sont tout à tour
sujet et expérimentateurs (en blouse blanche). L’ensemble
est un peu décousu (ou cousu de fil blanc ?) mais présente
des moments de belle physicalité (portés enchaînés) et un
regard intéressant, extérieur, sur les rapports masculins
tour à tour tendres, curieux, agressifs, et jamais tout à fait
circonvenus…
La soirée du 7 mai donnera donc l’occasion de revoir cette
jolie pièce, au terme d’un marathon de danse de presque
deux heures… Elle est également programmée à
l’Astronef, (théâtre de l’hôpital Edouard Toulouse qui
possède un vaste plateau très bien équipé) avec In art
Mony, le beau solo hip hop de David Colas (voir Zibeline
n°1).
AGNÈS FRESCHEL
© Tony Fiel - Graphisme jiCé
Rencontres chorégraphiques internationales
Théâtre Gyptis
Le 7 mai
Maison de la danse, Istres
Le 10 mai
Itinerrances
04 91 64 11 58
In Art Mony, Time is on my side
L’Astronef
les 21 et 22 mai
04 91 96 98 72
Printemps résistant
DANSE
21
Mythes
féminins
© [email protected]
Le théâtre Massalia a programmé un spectacle très
attachant à la gare Franche. Squaws met en scène trois
mythes grecs féminins : Phèdre, amoureuse d’Hippolyte
son beau-fils, Médée l’abandonnée infanticide, et Antigone
la révoltée sont mises en mots et en gestes par trois
femmes qui s’adressent chacune à une partie du public,
assis autour de la scène en dispositif trifrontal. L’intimité
ainsi créée, puis la mise en geste de l’histoire, et la coexistence des trois fils narratifs qui se croisent sans se
toucher, est très intéressante. La gestuelle en revanche
manque d’invention, l’exécution de brio, mais le spectacle
est cohérent, et ingénieux.
A.F.
Squaws a été créé à la Gare Franche
dans le cadre de la programmation
du Massalia du 1er au 4 avril
Cie les Ambianceuses © Sébastien le Clézio
Situé au pied et au cœur des cités des quartiers nord,
l’Espace Culturel Busserine revendique sa différence et
s’affirme comme un lieu métissé et libre où l’identité
culturelle se questionne. Le Printemps de la danse y
existe depuis de nombreuses années mais réaffirme, pour
cette édition, sa volonté d’interroger la mémoire de
l’immigration, des «autres français», des autres danses.
Cela commencera donc le 30 avril avec la danse africaine
des Ambianceuses, qui racontera l’histoire d’une jeune
parisienne fille d’émigrés. Puis la soirée du 16 mai sera
consacrée au hip hop, avec la Cie 3e Cercle menée par
David Colas et son spectacle réjouissant Hip hop museum,
qui détaille les divers styles de cette danse (très instructif !).
Le 20 mai, la Cie Mémoires vives jouera À nos morts, qui
retrace à travers la danse, mais aussi la musique et les
textes, l’histoire des Français colonisés durant les deux
guerres mondiales. Du 13 au 23 mai l’espace Busserine
accueillera une exposition sur la Libération de la
Provence par les soldats des colonies et, le 22 mai à
18h30, une conférence sur ce thème sera donnée par les
historiens Grégoire Georges-Picot et Sabine Andrivon
Milton, à l’issue de la projection de Parcours de dissidents
d’Euzhan Palcy.
Touts ces soirées seront précédées et ponctuées par des
groupes d’amateurs, des collégiens, qui danseront du
Popping, du New Style, du Coupé Décalé, du N’dombolo…
Histoire de confronter leur pratique à celle des
professionnels, et à leur propre histoire.
AGNÈS FRESCHEL
Printemps de la danse
Espace Culturel Busserine
Du 22 avril au 23 mai
04 91 58 09 27
22
CIRQUE
GAP | PORT-DE-BOUC | DAKI LING
Le printemps des Alpes
Pendant trois semaines le théâtre de la
Passerelle met la montagne en fête en
programmant huit spectacles dont deux
créations : vingt-trois représentations
d’Embrun à Briançon…
L’affiche de cette troisième édition est impressionnante : Jérôme Thomas, le Cirque Plume,
Catherine Marnas, Pierre Meunier, Télémaque,
26000 couverts, Trio mineur, Agnès Pelletier… Tout
ce que le monde de la scène fait de meilleur niveau
cirque, mais aussi théâtre, musique et danse, est
réuni pour un festival mi-cirque mi-arts de la rue,
jusqu’au 1er juin. Cela commence par le Shakespeare
de 26000 couverts, spectacle à surprises dont on ne
vous dira rien, sinon d’y aller (les 13 et 14 mai)… et
par une création de Jérôme Thomas, dont la Cie
jongle comme personne, et transforme le cadre
scénique en espace plastique où de véritables
tableaux se créent par instants (Libellule et Papillons
les 16 et 17 mai). Dans le cadre des Excentrés, qui
amènent les spectacles dans les communes
perchées, ou nichées dans les vallées, les cinq
comédiens de la Cie Patna, qui a pris goût au
spectacle de rue après une Sirène décapante sur le
parvis de l’Opéra de Marseille (voir Zibeline 3),
créeront Le Crabe et le hanneton (du 15 au 25 mai).
Il y aura aussi l’Éloge du Poil, un spectacle de Pierre
Meunier avec Jeanne Mordoj, que Zibeline n’a pas
© Cie Jérome Thomas
Around
midnight…
Pour son 8e festival des nuits circulaires,
le Sémaphore de Port-de-Bouc accueille
deux compagnies circassiennes venues
présenter des créations récentes
Cie Patna/ Le crabe et hanneton © Max Minniti
vraiment aimé, mais qui a eu par ailleurs fort bonne
presse (les 21 et 22 mai) ; et un spectacle de rue à
ne pas manquer sur le marché de Gap le samedi
matin : Agnès Pelletier y met en scène un
bonimenteur (et 2 danseurs) qui y vend un produit
particulier, et vante My system for ladies and
gentlemen aussi (le 17 mai). Et puis il y aura aussi
dans les rues de Gap, les Boutiques de Falconnet,
sous chapiteau le Plic Ploc du Cirque Plume, et à la
Passerelle le Cabaret des Valises (voir page 33). Mais
nous y reviendrons !
Fidèle à son idée d’origine, ce festival propose des
spectacles de nouveau cirque, avec une dominante
clown. Ainsi des artistes comme Buffo, Gulko de la
Cie Cahin Caha, Catherine Germain, Pierrot Bidon…
ont déjà enflammé le public du Sémaphore. Cette
année encore le menu est alléchant, puisque
Proserpine de L’Apprentie Compagnie et La Cie
Attention Fragile seront là, présents pour trois
dates. Deux d’entre elles sont réservées à Proserpine
et à SON étonnant musicien, Vincent Granger. Ils
présentent un tout nouveau spectacle, Le Tout Nous,
un vrai petit bijou ! Imaginez ce clown au féminin qui
se décrète «Clown Public» contre ce capitaliste de
Ronald Mac Donald ! Placée au centre d’une scène
circulaire, elle fait parler l’humain en revivant des
tranches de vie, des anecdotes qu’elle a collectées
lors de son voyage au pays des hommes qu’elle
nomme Fabrique de liens. Généreuse et engagée,
Proserpine risque de déborder comme d’habitude
mais, avec son caractère bien trempé, il y aura à coup
sûr de grosses colères, de l’espièglerie, des regards
de braise et surtout beaucoup, beaucoup de rires !
Puis, toujours sous cet extraordinaire chapiteau carré
de la Cie Attention Fragile, le spectateur plongera
dans une ambiance chaleureuse de cabaret où il
rencontrera des personnages d’une inquiétante
étrangeté, une femme girafe, un manipulateur de
boîte de sardine, des enfants lions. Situé à la frontière
de deux mondes que tout oppose, héros et
anonymes, réel et onirique, Fournaise est un
spectacle riche dans son propos et, surtout, par ses
prouesses circassiennes à couper le souffle ! Alors
passons nos nuits «circulaires» à nous divertir !
CLARISSE GUICHARD
Cité Cirque
du 13 mai au 1er juin
La Passerelle, Gap
04 92 52 52 52
8e Nuits Circulaires
Le Sémaphore, Port-de-Bouc
les 13, 16 et 20 mai
04 42 06 39 09
www.theatre-semaphore-portdebouc.com
Fournaise © Denis Rion
Des clowns aux muses
Le Jardin des Muses (prononcez Daki Ling !)
programme pour la troisième année son festival
Tendance Clowns, qui prend chaque année de
l’ampleur. Cette année, ce sont 5 spectacles qui
seront accueillis pour 10 représentations du 10
au 30 mai. Des propositions aux dimensions
modestes -à deux ou trois comédiens- mais à
l’esthétique affirmée : celle du nouveau clown,
théâtral, qui se veut le révélateur des
dysfonctionnements de la société contemporaine.
Les différentes compagnies, pour cela, choisissent
leur clown de prédilection : rappeur, poétique,
enfantin, cabaret, burlesque ou acrobatique, tous
seront drôles… mais pas seulement !
A.F.
Tendance Clown
du 10 au 30 mai
Daki Ling
04 91 33 45 14
www.dakiling.com
24
ARTS DE LA RUE
MARTIGUES | SIRÈNES
Voyage initiatique
L’Odyssée des lecteurs
est une manifestation pluridiscilinaire
qui, depuis 8 ans, bouleverse vraiment
la vie des Martégaux pendant
quatre jours
Le Dit du Bambou à Aubagne © Agnès Mellon
Toute la journée et le soir les propositions d’activité se
succèdent : spectacles, conférences, lectures, expositions,
projections… Les parcours sont doubles : pour les adultes
d’un côté, ou le tout public, et pour les enfants de l’autre,
en séances scolaires, ou libres. L’idée, généreuse, est
d’offrir à chacun, quel que soit son âge et les domaines qui
le passionnent, un moment, un endroit, où son intérêt sera
éveillé, où il entrera en culture.
Les invités sont pour la plupart des auteurs : il s’agit d’une
manifestation pour les lecteurs ! Mais c’est aussi une
Odyssée. À côté des classiques lectures et rencontres, les
auteurs se mettent en jeu, répondent aux sollicitations et,
surtout, amènent avec eux des horizons divers : la culture
y est comprise au sens large, comme quelque chose qui
enrichit, s’adresse à tous, s’offre gratuitement, et met la
tête en fête.
Dans la Halle donc, toute la journée à partir de 9h, des
libraires s’exposent : Alinéa, L’Argonaute, Bull’image…
Raoul Hébréard propose son installation, et Nickel
Krome un parcours ludique. De nombreux ateliers,
sensoriels, d’écriture, plastiques, scientifiques, ludiques
sont proposés aux enfants…
Sur l’aire extérieure le Souk de la Parole, de la compagnie
Caracol : une installation-spectacle poétique et drôle, qui
aime les mots et propose un parcours aléatoire où le verbe
se cache et guérit (voir Zibeline 3, Le Souk de la Parole à
Aubagne). Vers 14h des rencontres organisées par les
éditions le Mot et le reste avec des auteurs jeune public,
des essayistes, des historiens, des scientifiques, des
romanciers, des auteurs de BD, de mangas (31 auteurs
seront présents, dont Jacques Testard, Serge Quadrupani,
Christian Epanya, Maurice Attia…).
Le soir, vers 18h, la Halle se fera plus spectaculaire, avec
des lectures bilingues théatralisées (Le pain d’Abdelkader
Alloula, Le Facteur de Neruda d’Antonio SKARMETA), des
contes (Abdoulaye Diop Dany), des concerts (Lucia
Recio dans un récital de nouveau flamenco)…
Et bien sûr le théâtre des Salins, voisin de la Halle,
participera au voyage : en accueillant des contes dans sa
petite salle, et en programmant la création L’amour Fou, de
Ricardo Montserrat, mis en scène par Michel André, les 23
et 24 mai…
Zibeline reviendra donc, dans son prochain numéro, sur le
détail de cette manifestation, dans les diverses rubriques
concernées. Mais réservez déjà ces quatre jours, pour aller
faire un tour dans les rues et la Halle de Martigues…
La rue
assourdissante
autour de moi
hurlait
La sirène de L’éléphant vert (Des sirènes pour Bout’rue, le
2 avril), pour une fois, n’a pas enthousiasmé la foule.
Pourtant politique, revendicative… mais justement, elle
prenait le Parvis de l’Opéra pour une agora primitive, lieu de
harangue et non de poésie, lieu de discours et non de fable.
Et parfois le discours assourdit, et les confettis lancés au
vent, les masques, les cotillons ne suffisent pas à
transformer un discours en spectacle…
Le projet de Bernard Cavanna est lui aussi politique. Le
compositeur, invité également du festival du GMEM, est
parti de la nature sonore des sirènes, et de leur fonction
d’alerte : car il est sensible au sort des caissières du
Carrefour Grand Littoral, dont les récentes grèves,
infructueuses, ont montré la misère, le courage et
l’impuissance, face aux policiers, et à des patrons restés…
sourds. Ce sont justement les tympans de ces patrons du
CAC40 que Bernard Cavanna veut réveiller : en surajoutant
aux sirènes impuissantes un concert de saxophones, et
beaucoup d’électroacoustique…
A.F.
© C-Ktre
AGNÈS FRESCHEL
L’Odyssée du lecteur
du 22 au 25 mai
Halle et rues de Martigues
04 42 44 31 51 / 04 42 49 01 98
Sirène au carrefour
pour une caissière virée
Bernard Cavanna
le 7 mai à 12h
Parvis de l’Opéra de Marseille
www.lieuxpublics.fr
AUBAGNE | LIEUX PUBLICS
ARTS DE LA RUE
25
Essais transformables
Cette année Arts/Rue/Essai a manqué de bol !
Après une première journée sous la pluie battante, et un
booming (interventions urbaines participatives) un peu
déserté, les Aubagnais et quelques autres se rendirent aux
rendez-vous sous le soleil retrouvé, le samedi 19 avril…
C’était sans compter sur d’autres aléas propres aux arts
de la rue ! Des cloches nuptiales qui carillonnèrent à tout
va, longuement, à trois reprises, pendant que le comédien
de la Cie du Soliloque s’époumonait, puis perdait sa voix…
Deux gamins turbulents, que les parents laissèrent
déambuler puis tonitruer au milieu de l’aire de jeu pendant
toute la performance de Transphalt (on ne va pas prévoir un
service d’ordre pour les performances de rue… mais
comment faire quand les comédiens, et les spectateurs,
sont visiblement gênés ?).
Malgré tout, les Tatoueurs de rue de Transphalt se
révélèrent pleins de promesses : leurs «travaux poétiques»
consistent à peindre la chaussée avec des outils sonorisés,
des machines en ferraille, filiformes, astucieuses et fascinantes. La performance est jolie, inattendue surtout au
niveau sonore, même si elle manque encore d’épaisseur
et de propos. Mais c’est le principe de la manifestation
Arts/Rue/Essais, qui permet aux compagnies d’essayer,
en situation, c’est-à-dire dans l’espace public, de
nouveaux spectacles.
Bienvenue à la Colonie de la Cie du Soliloque s’empêtrait
exactement dans le défaut inverse : la proposition était très
ambitieuse dans son propos, puisqu’il s’agissait de dire le
récit de Kafka, La Colonie Pénitentiaire, et d’en faire non un
monologue adressé mais une véritable pièce de théâtre, et
cela dans les conditions du spectacle de rue (avec les
enfants, les cloches, le soleil qui tape un peu trop sur les
nuques, et fait plisser les yeux…). Pour réussir, il aurait fallu
des comédiens exceptionnels, une scénographie inventive,
et beaucoup de répétition. Visiblement tout cela
manquait…
AGNÈS FRESCHEL
`
Arts Rue Essai
a eu lieu à Aubagne
les 18 et 19 avril
Soliloque © Richard Melka
Au programme de Lieux Publics
Le printemps revient et les arts pointent à nouveau leur nez
dans l’espace collectif. La richesse de la programmation
de Lieux Publics, Centre National des Arts de la Rue, en
témoigne.
En dehors de la Sirène offerte à Bernard Cavanna (voir cicontre), il y aura un Flash Rue le 17 mai : il s’agit de
regrouper un nombre maximum de gens, prévus au dernier
moment par SMS et Internet, pour leur faire accomplir en
masse une action commune dans l’espace public, à un
point de rendez-vous révélé au dernier moment. Cette
nouvelle sorte de happening, collectif et participatif, est
très salutaire, en ce qu’il sort les participants, mais
aussi les passants, de leurs gestes automatiques, et révèle
qu’une autre réalité est possible dans l’espace commun
lui-même : le métro, les centres commerciaux ne sont pas
que des lieux de passage et de consommation, et
peuvent devenir des lieux de résistance poétique… Si
vous voulez participer vous devez vous inscrire au
08 72 73 35 24 ([email protected]), et vous rendre
disponibles le 17 mai…
Le concert de rue composé par Marianne Suner, écrit et
mis en scène par Brigitte Cirla, sera tout aussi subversif : il
s’agit de s’attaquer à la rue Saint-Férreol, temple marseillais
de la consommation déambulatoire, du commerce à la
chaîne, aseptisé et normatif, et de la Réclame. Le terme,
désuet, est le titre de ce concert de rue donné par trois
cents mètres de chanteurs tout au long de l’artère, rendue
piétonne il y a quelques dizaines d’années pour favoriser
l’appétence d’achat. De la Préfecture à la Bourse (quels
symboles !), coincée entre la représentation de l’État et
l’antichambre du Commerce, une clameur de slogans
publicitaires mêlés éclatera…
Réclame !
300 mètres chanteurs
rue Saint-Ferréol
le 10 mai à 19h30 et à 20h15
04 91 03 81 28
www.lieuxpublics.fr
26
MUSIQUE
OPÉRA : MARTIGUES | TOULON | MARSEILLE
Figaro d’école
Effroyable
drame à Toulon!
Le Barbier de Séville de Rossini
a fait salle comble les 3 et 4 avril
à Martigues : une mise en scène
venue de l’Est, un peu scolaire,
pour un succès populaire !
Le Barbier de Séville a été créé en 1816 et l’action se
passe, comme dans la comédie de Beaumarchais à…
Séville ! Pour peu qu’on l’oublie, le metteur en scène de
cette production polonaise l’a inscrit en grosses lettres
bleues sur un rideau de fond représentant précisément…
la ville de Séville… en 1816 ! Bon ! Il est vrai que le
programme prévenait le spectateur en quête d’audace
scénique : «point de transposition, ni de relecture
fantaisiste»… Certes ! Mais la fidélité au livret justifiet-elle à ce point l’absence d’imagination ?
Côté décors, trois blocs amovibles ceignent tantôt le pas
du domicile de Bartolo tantôt son salon intérieur. Tout y
est attendu, jusqu’au moindre accessoire, et les costumes
cliché complètent l’imagerie d’Epinal ! On se console en
pensant que le néophyte peut ainsi découvrir l’œuvre
dans une version d’école…
La troupe expérimentée de l’Opéra de Chambre de
Varsovie, fondée en 1961, ne manque cependant pas de
© X-D.R
qualités. L’orchestre et le jeune plateau vocal ont fait
montre d’un réel métier. Ce soir-là on a entendu une vraie
mezzo dans le rôle de Rosine, un Almaviva élégant, un
Figaro tonique, un Bartolo et un Basile bouffons à
souhait… Et la musique de Rossini a fait le reste : de
l’irrésistible trio du faux cours de musique aux multiples
ensembles à l’implacable mécanique d’horloger…
Un dernier bémol cependant ! Quitte à se montrer
didactique, pourquoi ne pas avoir usé de sur-titres
comme cela se fait communément ? De nombreuses
fantaisies du livret ont sans doute échappé à ceux qui ne
connaissent pas bien l’œuvre, ou ignorent l’italien.
JACQUES FRESCHEL
Attention chef-d’œuvre !
À la mort de Bizet, Massenet se trouve être quasiment
le seul héritier de l’opéra français de Meyerbeer, Berlioz
et Gounod. Ses deux chefs-d’œuvre voient le jour à la fin
du XIXe siècle : Manon et Werther. Le premier, inspiré du
roman de l’abbé Prévost est créé en 1884 et demeure le
plus grand succès à l’Opéra Comique après Carmen. La
musique allie l’insouciance festive à la passion violente,
des mélodies d’une merveilleuse inspiration à une
orchestration chatoyante, mêle ballet pastiche et arias
virtuoses ou pathétiques, dialogues parlés et chœurs
Jaho Ermonela © X-D.R
multiples…. Plusieurs motifs récurrents renforcent la
solide construction dramatique autant que la psychologie
des deux amants : de la duplicité ambiguë de la belle
Manon à la ferveur innocente du chevalier des Grieux…
Renée Auphan et Yves Coudray ont en commun d’avoir
mené une double carrière de chanteur et de metteur en
scène. Ils ont scruté les motivations des personnages,
les multiples «non-dits», si bien soulignés par la musique
de Massenet, et nous livrent leur vision de «l’éternel
féminin» que représente Manon Lescaut. Pour incarner
justement ce personnage mythique, ils font appel à la
soprano albanaise Ermonela Jaho (entendue dans La
Traviata en 2005) et, pour lui donner la réplique, au ténor
Roberto Saccà pour une première invitation à Marseille.
L’orchestre et les chœurs de l’Opéra sont dirigés par Cyril
Diederich.
J.F.
Manon de Massenet
les 29 avril, 2, 7 et 9 mai à 20h et le 4 mai à 14h30
Opéra de Marseille
04 91 55 11 10
www.mairie-marseille.fr/vdm/cms/culture/opera
Opérettes
Coïncidence… Le Théâtre de l’Odéon à Marseille
et l’Opéra de Toulon annoncent, aux mêmes dates,
La Route Fleurie de Francis Lopez !
Auparavant est représentée à l’Opéra d’Avignon
La belle Hélène d’Offenbach.
Vous prendrez bien un peu d’opérette ? J.F.
Marseille. Les 17 et 18 mai à 14h30.
Odéon 04 96 12 52 70 / www.mairie-marseille.fr
Toulon. Le 17 mai à 20h et 18 mai à 14h30.
Opéra 04 94 93 03 76 / www.operadetoulon.fr
Avignon. Le 10 mai à 20h30 et 11 mai à 14h30
Opéra 04 90 82 42 42 / mairie-avignon.fr
Elle tue son bourreau, assiste
au meurtre de son amant et se jette
dans le vide !… C’est devant
une salle comble, à l’Opéra de Toulon
le 16 avril, que le drame de Tosca
s’est joué une nouvelle fois !
Pas d’Ouverture symphonique, mais une clé trouvée au
pied d’une statue ouvre le mélodrame…
et entraîne la chute de ses protagonistes. Tosca
est un monument et son 2e acte un sommet ! Seuls de
rares artistes peuvent s’y tenir et respirer. On se doit
pourtant d’oublier Callas, Gobbi ou Björling…
Si Monique Mc Donald est une soprano puissante
et Sergey Murzaiev un auguste baryton verdien,
ils touchent tous deux leurs limites scénique
et vocale dans l’acte de bravoure lorsque
le chantage, la passion, les doutes, le désir,
la douleur, la honte, la violence se mêlent sans limite,
ni respiration… Seul le Vissi d’arte de Floria sert
d’escapade intemporelle, mais l’Américaine
au souffle court en gâche la fin !
Son jeu est souvent outrancier, fondé essentiellement
sur deux registres : la sauvagerie
et le pathos… et son imposante silhouette la rend peu
crédible en diva désirable. De même la palette de
Scarpia exige d’autres couleurs, plus amples, que celles
fournies par le Russe. Et si le ténor Alfredo Partilla
emporte l’adhésion du public ce n’est pas par la qualité
de son médium, assez ingrat, mais pour des aigus
absolument exceptionnels !
Dans une mise en scène excluant toute transposition,
Sylvie Auget a imaginé un décor unique (Alexandre
Héraud) : un portique en fausse perspective s’ouvrant
au final sur un horizon fatal, des colonnes à la
verticalité douteuse
et aux chapiteaux doublés, un plateau très pentu
à s’en tordre les chevilles, soulignent
avec pertinence l’instabilité psychologique
des personnages. Mais c’est dans la fosse que beaucoup
de choses se disent chez Puccini :
on salue le travail de Marco Balderi,
et d’un orchestre (à l’exclusion de deux cordes
peu au diapason juste avant E lucevan le stelle)
au pupitre de vents avantageux.
J.F.
© Cyrille Sabatier
28
MUSIQUE
FESTES D’ORPHÉE | BAROQUES GRAFFITI | ST LAURENT
Réjouissances baroques
Douleur
et espérance
Le 25 mars à Saint-Victor, le groupe les Festes d’Orphée a ranimé une œuvre
oubliée du compositeur aixois Claude Mathieu Pelegrin (1682-1763)
D’emblée, la découverte du Benedictus de Pelegrin
combla les sens des auditeurs, enveloppés par la rondeur
de la sonorité de l’ensemble instrumental baroque,
étonnés par la souplesse rythmique de la composition,
par les hémioles, ces brèves incursions de ternaire dans
un ensemble binaire, chères à l’époque baroque. Leur
bonheur n’a pas faibli au fil de cette partition traitée
d’un seul tenant, et accordant une belle place aux
solistes. L’association originale des voix était pondérée
par une alternance rapprochée des symphonies, airs et
chœurs. Cette écriture en mosaïque, très colorée, offre
une forme compacte, mais extrêmement variée.
Le concerto pour violon et hautbois BWV 1060 de J.S.
Bach, nettement plus connu, apporta une respiration
bienvenue, grâce au talent de Flavio Losco (violon) et
de Philippe Delzant (hautbois). Puis on apprécia
pleinement un somptueux motet préfigurant le fameux
Messie : l’Anthem n°11 de G.F. Händel «Let got arise».
Là aussi la variété d’écriture a offert aux chœurs et aux
solistes la possibilité d’exposer une habile circulation des
voix, pour un contrepoint au service d’un texte aux
images fortes et contrastées. Une soirée jubilatoire !
ANNE BENCE
L’ensemble Baroques-Graffiti a offert,
vendredi 4 avril à Notre-Dame
du Mont, un concert associant
la musique et la parole
La foi se transmet par l’oreille, disait Saint-Paul. Musique
et parole sont deux vecteurs artistiques que Jean-Paul
Serra a réussi à associer avec, pour fil conducteur, la voix
et l’oud (luth) de Tarek Abdallah. Ses interventions
improvisées ont constitué une base, reliant en douceur la
Baroques-Graffiti © X-D.R
rigueur musicale du Stabat Mater de Pergolèse, révisé par
Bach, et la monodie narrative parfois abrupte de La mort
du jeune aviateur anglais de Marguerite Duras.
Mélangeant audacieusement les genres, les artistes ont
habilement mis en chiasme et en parfaite concordance la
haute spiritualité musicale et la sobriété du texte.
L’oud a proposé une narration contrapunctique, une
nécessaire respiration poétique à la danse de la
comédienne Anne Levy. Jean-Paul Serra nous a invité à
reconsidérer le texte de Duras comme un rappel à
l’incarnation, au réalisme douloureux, et simultanément
à un exercice spirituel. L’absurde mort d’un enfant, le
dernier jour de la guerre, Duras le crie… sans bruit ! «La
mort baptise aussi» écrit-elle dans ce même recueil. Si le
style oscille entre parole et écriture, ce désordre
structurel fut, tout au long du concert, tempéré par les
beautés sonores de Pergolèse, les qualités de l’ensemble
Baroques-Graffiti et la belle voix de Caroline Gerber
s’accompagnant à la viole d’amour.
ANNE ET PIERRE BENCE
Conte stellaire
et pianos métissés
Après les charmants concerts de l’ensemble Baroques-Graffiti dans des œuvres
de Dowland, Purcell et Haendel, la Compagnie Chatôt-Vouyoucas poursuit
ses co-réalisations de spectacles musicaux sur le plateau de la Belle de Mai
Le quatrième roi mage est à voir en famille (enfants à
partir de 10 ans). Jean David, accompagné de son luth,
évoque l’histoire de ce 4e roi (imaginé entre autres par
Michel Tournier) qui aurait également vu et suivi l’Étoile
pour Bethléem. Le chansonnier/conteur, au gré de
mélopées, de comptines populaires, d’antiennes sacrées,
en français ou en hébreu, narre ce récit biblique
apocryphe (le 13 mai à 10h30 et 20h30, le 14 mai à
14h30).
Pianos croisés (remplace A dos pianos, Vamos ! prévu
initialement) réunit la tradition classique de la musique
savante et celle des Antilles françaises, improvisée,
chaloupée, petite sœur du jazz afro-américain… Les
pianistes Hélène Nidam et Bibi Louison, mis en scène
par François Lamy, mixent leurs mains, leur talent,
fouillent les traditions orales autant que la culture de
l’écrit, et s’enrichissent l’un l’autre de leurs différences (le
23 mai à 20h30).
J.F.
Théâtre Gyptis
04 91 11 00 91
ww.theatregyptis.com
Scarlatti Clérambault © X-D.R
Pergolèse et Duras
Judicieux choix que celui du trio Bénédicte Pereira
(soprano), Madeleine Webb (mezzo) et Frédéric Isoletta
(orgue) pour cette heure de musique sacrée, le 18 mars,
à l’église romane de Saint-Laurent !
La douleur de la Mère au pied de la Croix, dans le Stabat
mater à deux voix de Scarlatti, trouve son expression
idéale lors de la semaine de Pâques, et se prête à
l’atmosphère de pénitence associée à cette période. De
fait, les voix, frottant l’une contre l’autre leur souple tracé
mélodique, en homophonie ou en imitations subtiles,
ont contribué à la réussite d’un clair-obscur baroque.
Grâce à l’habile cortège sonore de l’organiste (notre
collaborateur !), au judicieux choix des registres (d’un
instrument qui aurait grandement besoin d’être
restauré… ou du moins accordé !), les tuyaux se sont
harmonieusement mariés aux solistes, à l’image d’un
chœur ou d’un petit ensemble de vents... Au final, chez
Scarlatti, comme chez de nombreux musiciens qui ont
mis en musique ce texte évangélique, les vocalises et
ornements ont pris le pas sur l’expression épurée et
sombre du début douloureux : c’est que la Passion du
Christ reste porteuse de l’espérance de la Résurrection. Le
trio a fait goûter au public combien cette musique,
inspirée, dit l’indicible douleur de la perte autant que
l’élan de l’amour divin.
En début de programme, le public a découvert un rare
triptyque de motets du temps pascal de Clérambault
adoptant le même trajet ombre / lumière.
JACQUES FRESCHEL
MUSIQUE SACRÉE | AUTOUR DES CLAVIERS
Kenneth Montgomery © Marco Borggreve
29
Round around piano
Fresques sacrées
Le Festival de Musique Sacrée débute le
16 mai par la fresque évangélique Le
Messie de Haendel. C’est un spécialiste de
ces répertoires Kenneth Montgomery qui
dirige l’opus duquel est issu le fameux
«Alléluia», 24 choristes et un ensemble
instrumental approprié, sélectionnés
parmi le Chœur et l’Orchestre de l’Opéra
de Marseille. Quatre jeunes et talentueux
MUSIQUE
solistes s’y produisent : Hélène
Guillemette (soprano), Lucie Roche
(alto), Olivier Dumait (ténor) et Nicolas
Testé (Basse).
Suivent trois concerts de l’excellent
Chœur National Dumka de Kiev. Avec
l’Orchestre Symphonique de la
Philharmonie Nationale d’Ukraine, on
entend le magnifique oratorio Paulus de
Mendelssohn (le 20 mai), la Messe en ut
majeur op.86 de Beethoven (le 22 mai),
alors qu’a cappella, ces voix de l’Est
interprètent des «Chants orthodoxes
russes» (21 mai).
Pour la suite, on attend : La Création de
Haydn ou le Stabat mater de Rossini…
mais on y reviendra !
Cette année, pour sa deuxième édition, l’abbaye de Saint
Pons accueille, dans son cadre naturel et historique, le
festival Autour des claviers
Le pianiste François René Duchâble
aime imaginer, avec son compère le
comédien et metteur en scène Alain
Carré, des spectacles qui renouvellent
l’approche classique du récital. Depuis
quelques années déjà, ils mêlent leurs
talents pour des spectacles qui font se
croiser la littérature et la musique dans
Détail piano © X-D.R
JACQUES FRESCHEL
Festival de Musique Sacrée
du 16 mai au 13 juin
Concerts à 20h30 à l’église SaintMichel
Location Opéra
04 91 55 11 10
www.mairie-marseille.fr
une forme théâtrale épurée. Qui mieux
qu’Hector Berlioz pouvait se prêter à leur
jeu, lui qui se plaçait autant du côté des
mots et des notes ! C’est au travers de ses
remarquables écrits (Correspondance et
Mémoires) que le duo retrace L’Histoire de
ma vie, un «concert épistolaire» (donné
Salle Pleyel en octobre 2007) rythmé par
des opus de Beethoven, Chopin, Liszt et...
Berlioz lui-même ! (le 18 mai à 18h30).
Le festival se poursuivra les deux
dimanches suivants avec le Quintette à
vents de Marseille (et piano) pour des
œuvres de Mozart, Tomasi et une
création de Lucien Guérinel (le 25 mai),
puis avec le duo de pianistes Clara
Kastler et Hubert Woringer dans Bach,
Debussy, Mozart, Moussorgski (le 1er
juin).
J.F.
Autour des claviers
Abbaye de Saint Pons, Gémenos
du 18 mai au 1er juin
04 42 669 666
www.autourdesclaviers.com
Au programme
Œuvres contemporaines pour galoubet-tambourin
par Maurice Guis / académie de tambourin (le 13 mai)
et Petits concerts spirituels (Campra, Gilles)
par l’ensemble vocal soliste des Festes d’Orphée
(le 22 mai).
Aix. Concerts à 19h. Chapelle des Oblats
04 42 99 37 11 / www.orphee.org
Concert Mondonville, Pergolèse par le chœur Opus 13
(dir M.H. Coulomb) avec Laure Florentin (soprano),
Madeleine Webb (mezzo), Philippe Martin (baryton).
Solliès-Ville. Le 27 avril à 17h30 avec orgue
(Frédéric Isoletta)
Aix. Eglise du Saint-Esprit, le 16 mai à 21h
avec l’Orchestre de chambre de Toulon et du Var
Récital de pianoforte par Miren Exteniz (Mozart /
Beethoven), dans le cadre des Petites histoires
de claviers (Marseille. Le 26 avril à 18h - Urban Gallery)
et Sonates pour viole de gambe de Bach
pour une Étape allemande à Köthen par Victor Aragon
(viole) et au clavecin Jean-Paul Serra.
(Aix. Le 15 mai à 20h30 – Oblats / Marseille.
Le 16 mai à 20h30 – Urban Gallery).
Baroques-Graffiti. 04.91.64.03.46 /
www.baroquesgraffiti.fr.st
Marc Badin et Patrice Barsey (hautbois) Hervé Issartel
(basson), Jean-René da Conceiçao (contrebasse),
Christine Lecoin (clavecin) jouent Fasch,
Heinichen, Schein et Zelenka
Marseille. Ensemble Besozzi, le 25 avril à 20h30
Bastide de la Magalone.
04.91.39.28.28 / www.citemusique-marseille.com
Les concerts inter-établissements du Festival choral
académique se déroulent de mai à juin
dans les quatre départements de l’académie,
avec cette année une création Couleur des sons
d’Emmanuel Touchard en hommage à Olivier Messiaen.
www.ac-aix-marseille.fr
Après la lecture-performance de son livre Solo à 18h30,
Emmanuel Loi invite Jean-Marc Montera
et Antonio Negro (guitare), David Clot (piano),
Mohamed Bellal (percussions) pour un concert
de musique improvisée.
Marseille. Le 24 Avril, à partir de 22h30
au Pelle-Mêle
04 91 54 85 26
Mozart : les 2 Quatuors avec piano
par les Musiciens d’Hêlios.
Aix en musique. Le 24 avril à 12h15 à l’Hôtel de Ville.
0 892 68 36 22 / www.aixenmusique.fr
Jazz
Biréli Lagrène et Sylvain Luc (guitares) en concert
dans le cadre de Luberon Jazz Festival.
Cavaillon. Le 26 Avril à 20h30 Scène nationale :
04.90.78.64.64 / www.theatredecavaillon.com
Sandrine et Gabriel Tacchino (piano), Nathalie Cerda
et François Castang (récitants) jouent Bizet
Jeux d’enfants, Ravel Ma mère l’Oye, Saint-Saëns
Le Carnaval des animaux (le 27 avril à 11h) avant
l’ouverture de la 13e édition du formidable
Jazz in Arles (du 13 au 17 mai).
Arles. Méjan 04 90 49 56 78 / www.lemejan.com
Sophie Alour (sax), Laurent Coq (clavier),
Karl Jannuska (batterie) et Yoni Zelnik (contrebasse).
Concerts d’Aix. Le 15 mai à 20h30.
Théâtre du Jeu de Paume
04 42 63 11 78 / www.concertsd’aix.com
30
MUSIQUE
e
MARS EN BAROQUE | PHILHARMONIQUE
Violon et viole
Le 6 festival Mars en baroque avait pour thème cette année Viole de gambe ou violon… illustré par une série de concerts
et conférences traitant du passage historique du premier au second. Retour sur des récitals enthousiasmants!
Il y a quelque chose de rare dans le jeu de
la violoniste Hélène Schmitt. Dès les
premiers sons surgissant du silence,
délicatement distillés sur son instrument,
on sent bien que l’artiste sculpte sa
sonorité en amont, dans la profondeur
d’une âme dont on devine la largesse. Des
sonates de Bach ou Biber, données le 27
mars dans l’acoustique intime du Temple
Grignan, on retient (au delà d’un décolleté
«baroque»), la force de l’expression, la
richesse des effets, la liberté des
dynamiques, l’ardeur des coups d’archet
virtuoses… Au clavier, Laurent Stewart
seconde la ligne de chant par un jeu
alternant finesse et grandeur, une rigueur
mécanique de la pulsation dans les
multiples basses cycliques et de subtiles
suspensions pour les alertes variations
mélodiques du violon… Prodigieux !
Délices royaux
Dès le Prélude «improvisé», on sent bien
que Paolo Pandolfo s’aventure sur des
terres expressives et lyriques. Sa viole de
gambe chante, en demi-teinte, telle une
voix humaine à laquelle il ne manquerait
que les mots, aux antipodes d’un pur
exercice d’échauffement… Dès l’intrusion
du clavecin, il nous semble entendre un
récitatif d’opéra. Christine Lecoin,
souveraine, respire en osmose avec le
violiste qui expose, dans le Labyrinthe de
Marin Marais, un discours «narratif»
laissant la place aux doutes, ménageant
et Leclair dans l’implantation du violon, et
de fait la supplantation du dessus de viole.
La deuxième sonate de Jean-Marie Leclair
est le miroir du renouvellement du style
français, servie à l’archet de manière
étincelante et légère par Amandine Beyer.
Le clavecin fut, une fois n’est pas
coutume, mis à l’honneur dans la chaconne
La Felix de Jacques Duphly, témoignant des
qualités digitales et interprétatives d’Anna
Fontana. Bien qu’un peu long, ce
programme a ravi son auditoire, pour
lequel la musique française instrumentale
du XVIIIe siècle n’avait semble-t-il aucun
secret.
FRÉDÉRIC ISOLETTA
Paolo Pandolfo © X-D.R
des suspensions à couper le souffle !
Avec Forqueray, ce 29 mars à l’église
Sainte-Catherine, on se trouve au cœur
du dernier grand répertoire pour viole,
destiné à la cour de Louis XV. C’est que
la France a longtemps résisté à la prédominance croissante du violon italien en
Europe… avant de céder au sens de
l’histoire. La 5e Suite du «roi des violistes»,
donnée en alternance viole et clavecin,
fait vibrer la nef au gré de contrastes
frappants : du pur chant plaintif aux traits
les plus acrobatiques dominant des
carrures obstinées et des dynamiques
balancées… Stupéfiant !
JACQUES FRESCHEL
Direction Versailles et la France du violon
le 30 mars avec le concours d’Amandine
Beyer (violon), Anna Fontana (clavecin) et
Sergio Alvarès (viole de gambe) à la
chapelle sainte-Catherine.La précieuse
conférence de la musicologue Catherine
Cessac, sur la place et l’ascension du violon
au siècle de Louis XIV et Louis XV, ne
pouvait que laisser place une illustration
vivante de son propos. Le gambiste Sergio
Alvarès interprétait magistralement les
ultimes témoignages de la fin du règne de
la viole de gambe dans des pages de
Forqueray et Marais alors que la violoniste
Amandine Beyer soulignait l’apport
virtuose et délicat des compositeurs Rebel
Angelich le Grand
Première invitation réussie
à l’Opéra de Marseille pour
le grand pianiste Nicholas
Angelich dans le cadre des
concerts symphoniques.
Retour sur la très belle
soirée du 29 mars
L’ex-protégé de Martha Argerich n’est pas
près d’oublier l’accueil du public
marseillais tant il a longuement salué ce
poète du clavier. Car pour servir à sa juste
valeur le compositeur allemand Robert
Schumann, il faut pouvoir allier le toucher
subtil et délicat d’Eusébius à la verve
romantique enflammée de Florestan.
Le magnifique concerto pour piano en la
mineur, à l’imagination débordante, fut
offert à l’auditoire de manière magistrale,
tel un présent. La musique de cette
époque, propre à une virtuosité transcendantale parfois gratuite, se mit tout à
coup à chanter sous les doigts du pianiste
américain. La complicité harmonieuse palpable entre le soliste et le chef d’orchestre
Emmanuel Villaume fut de fait un atout considérable de cette entreprise concertante.
Le chef avait préalablement ouvert les
festivités de manière étincelante avec la
tourbillonnante ouverture des Noces de
Figaro de Mozart. L’orchestre philharmonique de Marseille, très concerné, donnait
ensuite la septième symphonie de
Beethoven de manière éclatante, emmené
vers une symbiose totale avec le chef
strasbourgeois. Cet opus symphonique,
Nicholas Angelich © Stéphane de Bourgies
véritable «apothéose de la danse» selon
Richard Wagner, mit à l’honneur la profonde pâte sonore des cordes et les
nombreux soli des bois, mais dévoila
parfois le timbre un peu trop sec des
cuivres. Phénomène secondaire qui n’a pas
altéré ce magnifique concert, conclu par
la Rêverie du poète Schumann, offerte par
Angelich en guise de rappel, telle une
ultime offrande.
F.I.
TOURSKY | SMCM | JEU DE PAUME |GTP
MUSIQUE
31
La poésie crie de joie
Il est des moments où le temps s’arrête, parce que la fulgurance du Verbe l’emporte. La lumière tombe sur l’acteur,
crépuscule ocre où baignent les mystères de la création
«On t’aime, Richard !» Les cris fusent du
public. L’orchestre philharmonique est
convié par le maître des lieux à s’avancer,
et l’émotion est sensible ! Chacun reste à
sa place, pour préserver encore la magie,
achever de la savourer. Une rose est
délicatement déposée sur la scène,
offrande à l’acteur puissant et ardent.
Léo Ferré, Arthur Rimbaud, Boris Vian,
Ferré encore et toujours, et Richard Martin,
passeur de mots, passeur de sens, passeur
de vie. La voix clame, murmure, module,
psalmodie, se mêle à l’autre voix, celle de
l’orchestre de l’Opéra (voir page 69), qui,
sous l’impulsion subtile de Philippe Nahon,
dialogue, rêve, ourle d’écume les vagues
Qui a dit que la Poésie criait au secours ?
Ce soir-là, vivante et superbe, elle a
transporté son auditoire dans la beauté,
effaçant au passage les maladresses des
arrangements musicaux et les décalages du
pianiste. Et tant pis pour tous les Platon
qui cherchent à expulser la Poésie de la
Cité, même avec des couronnes de roses !
gigantesques du poème. Chaque voix
garde son timbre propre, son discours, et
la magie du spectacle les rend
indissociables, plus que complémentaires.
Parfois le dialogue se fait plus intime, le
piano ou la harpe chantent leur
contrepoint ; parfois un trio se détache,
constitué par les intonations vibrantes de
Richard Martin, la voix chaude et profonde
du cor d’harmonie et celle, aérienne,
extérieure, du piano. La salle comble est
comblée, face à cet interprète
enthousiaste au premier sens du terme,
possédé par le dieu : Dionysos, bien sûr,
dans sa folie, sa démesure, sa capacité à
renaître sans cesse.
MARYVONNE COLOMBANI
La Poésie crie au secours a été créé au
Théâtre Toursky le 4 avril
Richard Martin © X-D.R
Brahms à la folie
Le compositeur romantique allemand était à l’honneur
sous les doigts du merveilleux pianiste Cédric Tiberghien,
le 1er avril au théâtre du Jeu de Paume
Donner un récital entièrement consacré à
la littérature pianistique de Johannes
Brahms est audacieux et bienvenu, tant ce
pan de l’œuvre du compositeur hambourgeois reste méconnu, et interprété de
manière sporadique. Ce concert doit
déboucher sur un enregistrement dont il
faudra guetter la sortie, car il a su pointer
les spécificités de l’univers sonore,
éclectique, brahmsien. Tout d’abord le
vénéré maître Bach, dont se nourrissait
quotidiennement Brahms comme d’autres
font leur footing le matin. La Chaconne de
la Partita en ré mineur pour violon,
Cédric Tiberghien © X-D.R
transcrite par Brahms pour la seule main
gauche, nous plonge dans une œuvre
austère et intérieure, puis enchaîne avec
les intimistes Klavierstücke op.76
interprétées avec poésie. L’écriture parfois
sévère laisse alors place à l’expression
populaire si chère au pianiste de tavernes
et de cabarets que fut Brahms dans sa
jeunesse.
Les miniatures raffinées que sont les valses
op.39, le plus souvent interprétées à
quatre mains, installent une nature
chatoyante transitant de manière
opportune vers les fameuses danses
hongroises, dont les dix premières furent à
l’instar des valses transcrites pour deux
mains par l’auteur lui-même. Servies de
manière explosive par une technique
irréprochable, ces pages spectaculaires,
dont certaines sont au demeurant très
difficiles d’exécution, font presque oublier
la première image de Brahms : jouées
parfois à la tzigane, en intensifiant les
contrastes, les couleurs et les
changements de tempi, ces «tubes»
comme les appelle Cédric Tiberghien ont
confirmé le grand talent de ce pianiste
virtuose qui, en communiquant avec le
public, a expliqué ses choix humblement
et simplement. Simplement génial.
I.F.
Programme calorique
Comme chaque année à la Société de
Musique de Chambre de Marseille, lors
de l’avant-dernier concert de la saison,
Bernard Camau annonce le menu de la
suivante. Du coup, on salive déjà à l’idée
d’entendre les pianistes Eric Le Sage,
Ronald Brautigam, Bertrand Chamayou,
Hélène Couvert, le corniste David Guerrier,
le claveciniste Pierre Hantaï, les violonistes Nicolas Dautricourt, Fanny
Clamagirand, le violoncelliste François
Salque, le Trio Equinox et les quatuors
Amadeo Modigliani, Gabriel et Atrium.
Après ce préambule traditionnel, en ce 25
mars, le Quatuor Fauré fait son entrée et
débute par le très lyrique Mouvement pour
quatuor avec piano de Mahler, horsd’œuvre joué comme il se doit, avec
emphase, passion et quelques touches de
délicatesse. Viennent ensuite deux gros
Une étoile
en clôture
Malgré une carrière déjà bien remplie,
June Anderson demeure l’une des
meilleures belcantistes des plateaux
lyriques. Pour l’ultime concert de la
première saison du Grand Théâtre de
Provence, la soprano se produit dans son
répertoire de prédilection : essentiellement
du Bellini (Casta Diva, La Somnambula…)
mais aussi Rossini (Semiramide), Verdi
(Otello)… (le 6 mai à 20h30).
plats de résistance du répertoire pour
quatuor avec piano ! L’Opus 60 de Brahms
s’avère chez ces jeunes allemands supraexpressif, tantôt furieux ou plaintif,
désespéré ou paradisiaque… Du grand
son, somptueux, une texture homogène et
une pulsation impeccablement maîtrisée !
C’est dans un élan semblable qu’est
attaqué le majestueux Op.87 n°2 de
Dvorak, avec toujours le même souci de
dessiner de belles phrases, larges,
vibrantes et de ménager des transitions
souples et soignées…
Après un nouveau mouvement de Brahms,
en bis, le public a tout de même apprécié
un élégant et ludique Tango, déposé en
délicieuse sucrerie sur une table de mets
richement préparés. Mais un peu lourds à
digérer en une seule soirée !
J.F.
Auparavant on aura entendu l’Académie
de l’Orchestre National de Lyon dans la
6e Symphonie «Pathétique» de Tchaïkovski,
le Concerto pour harpe de Rodrigo (le 26
avril à 17h - Entrée libre ) et, dans un
autre registre, la chanteuse québécoise
Isabelle Boulay (le 29 avril à 20h30).
J.F.
Grand Théâtre de Provence, Aix
04 42 91 69 69
www.legrandtheatre.net
32
MUSIQUE
GMEM | MUSICATREIZE | TÉLÉMAQUE | GRIM
Quelles musiques pour demain ?
Le festival annuel du GMEM bat son plein : il mise
cette année encore sur le croisement des arts pour
«faire passer» la musique qu’il n’appelle plus
contemporaine, et la rendre un peu plus populaire.
D’où l’entreprise de communication et d’affichage, et
la politique tarifaire à 5 euros. La soirée d’ouverture,
qui proposait un Opéra imaginaire d’après Lolita de
Nabokov, se voulait une œuvre totale, et tenait par la
grâce du comédien : la musique de Finneberg tournait
en rond, la danse de Johanne Saunier était peu
présente, le dispositif vidéo, habilement
scénographié, était redondant. L’obsession d’Humbert,
rendue fascinante par la juxtaposition des discours
durant la première demi-heure, perdait peu à peu de
son intérêt, ces discours n’étant jamais renouvelés,
ou évolutifs : une mauvaise maîtrise du temps, ce qui
est paradoxal pour des musiciens !
Y.T.
Lolita © JoJi Inc
Plateaux improvisés
Concerts One Shot avec Martin Tetreault et ses étranges
platines et objets générateurs de sons, suivi d’une
confrontation d’instruments médiévaux (le théorbe de
Michel Robert et le clavicithérium de Julien Ferrando)
à la guitare électrique (Jean-Marc Montera), le tout
enrubanné d’électronique (le 29 avril à 20h30).
Troisième temps fort de l’année, Micro Action#3
propose une mini édition de Musique Action, festival
phare des musiques improvisées en Europe. Dans le
cadre de la manifestation Recycler c’est métamorphoser (voir page 7) le guitariste / «platiniste»
japonais Otomo Yoshihide est entouré de musiciens
pour Invisible Songs (le 13 mai à 20h30) et une
composition réalisée à partir du film de Masao Adachi
Prisoner qui retrace l’histoire d’une attaque suicide
dans un aéroport et la capture d’un des terroristes
dont la grenade n’a pas fonctionné (le 14 mai à
20h30)…
MARSEILLE. Montévidéo GRIM
04 91 04 69 59 www.grim-marseille.com
Mouvements ciné-sonores
Le succès D’Est en musique, donné au Gymnase le 18
avril, tient en premier lieu au talent de Sonia WiederAtherton. Dans un théâtre bondé, secondée par
Laurent Cabasso (piano), la violoncelliste a fait
chanter son instrument comme seule elle sait le faire,
tout en lyrisme subtil : de l’exhortation désespérée à
la complainte nostalgique… Le programme, édifié
autour de deux superbes sonates de Rachmaninov et
Schnittke, a établi un contrepoint esthétique avec les
images d’un film de Chantal Akerman. Un jeu habile
Des timbres en couleurs
Si vous allez vous balader dans les canyons de l’Utah
vous aurez peut-être l’occasion de gravir le Mount
Messiaen : consécration inédite pour l’œuvre
orchestrale monumentale aux dimensions insolites,
Des canyons aux Etoiles, commandée à l’occasion du
bicentenaire des Etats-Unis en 1971. À la Friche,
faisant corps avec son instrument, le pianiste Roger
Muraro a prouvé une fois de plus qu’il est bien le
spécialiste du compositeur dont nous fêtons le
centenaire de naissance. Sous la direction précise de
Philippe Bender, les jeunes musiciens de l’OJM
(Orchestre régional des Jeunes de la Méditerranée)
ont eux aussi démontré qu’ils pourront bientôt évoluer
comme des professionnels, tant cette partition de
douze tableaux est complexe et dense. Mention
particulière aux trois autres solistes, surtout au jeune
corniste Julien Heisse fort à l’aise avec une écriture
peu conventionnelle. «S’élever des canyons jusqu’aux
étoiles pour glorifier Dieu», tel est le propos de ce
monument qui, par la richesse et l’invention de ses
timbres, a visiblement surpris le public venu en
nombre.
F.I.
Les Musiques
jusqu’au 26 avril
04 96 20 60 10
http://gmem.free.fr/
de rideaux de projection a permis de suivre les plans,
soit comme à l’époque du muet, avec la source sonore
cachée, soit en apercevant, en transparence, les
musiciens délicatement éclairés. Du coup, leur
silhouette s’est intégrée, en relief, au rythme de vastes
plans-séquence tournés à l’Est, mais abusant de
travellings latéraux récurrents : une interminable salle
d’attente, du trafic automobile urbain… Au
demeurant, le va-et-vient expressif entre les arts visuel
et sonore s’est avéré séduisant ! J.F.
Roger Muraro © Bertrand Desprez
Répertoire
et création
contemporains
Le 3e volet des Ouvertures solistes au Grim (voir cicontre) s’intitule Les inclassables. Benjamin Clasen
(alto), Jean-Marc Fabiano (accordéon) et Frédéric
Baron (basson) présentent des opus d’Alain Mabit,
Surexposition pour basson solo, György Ligeti Sonate
pour alto solo, Philippe Hersant Duos pour basson et
alto, Astor Piazzolla Trio pour accordéon, basson et
alto et deux créations de Pierre Adrien Charpy Pièce
pour accordéon et Trio pour accordéon, basson et alto.
le 20 mai à 20h30, 3 impasse Montévidéo
04 91 39 29 13
(Café musique contemporaine à 19h30)
www.ensemble-telemaque.com
Amarres vocales
Le prochain Concert «à quai» de l’ensemble
Musicatreize annonce un rapprochement vocal
intéressant avec Le Printemps de Claude Le Jeune
(XVIe siècle), et les Cinq Rechants de Messiaen. On
assiste ensuite à une création de Christophe
Bertrand Kamenaia inspirée des tableaux de JeanDubuffet Vénus du trottoir et Terre Brûlée II de Raoul
Ubac avant la reprise de The last words virginia Woolf
wrote de Jean-Christophe Marti (Avant-goût «atelier
d’écoute» le 14 mai à 17h à l’Alcazar - entrée libre)
Concert le 15 mai à 19h30 Temple Grignan
04 91 00 91 31
www.musicatreize.org
La manifestation prévue pendant
la Nuit des musées du 17 mai est annulée,
de même que l’Avant-goût
De la toile à la partition du 10 mai
33
Drôle de requiem!
Assister à la création d’une œuvre a
quelque chose de palpitant ! Ce fut le
cas le 1er avril au GTP pour la version
musicale du 5e Conte de Musicatreize,
fruit de la collaboration de l’écrivain
Hubert Nyssen et du musicien Bruno
Mantovani
© Agnès Mellon
Tout débute par un classique allegro de quatuor
mozartien, un peu bouche-trou certes, mais
ménageant une interrogation : à quelle sauce Wolfi
sera-t-il accommodé pour passer le Styx ? Car c’est
bien de cela dont il semble être question derrière le
titre énigmatique L’Enterrement de Mozart. De fait, dès
l’attaque d’une texture mouvante, étrange alchimie
d’un vibraphone, d’une guitare, d’un piano, d’une
clarinette et d’harmoniques de cordes, surgissent les
mots «Requiem œternam» ! Assisterions-nous à
quelque cérémonie funèbre ?
Que nenni ! On comprend vite que le propos est
décalé. Peu à peu s’instaure un dialogue insolite entre
un boutiquier à moitié sourd et un collectionneur
bègue ! Ce dernier pense être tombé sur «la gravure
que Beethoven avait accroché dans sa chambre car elle
évoquait à ses yeux l’enterrement de Mozart.» Erreur ?
Serait-ce un rêve… «Rue de Lille, à Paris, pas loin de
chez Lacan» qui finit par appeler l’homme «pour le
coucher sur son divan» ? Le chien qui suit le corbillard
se nommerait Aristide, un chien malade (Kantien ou
disciple d’Aristote ?), que le marchand traînait
autrefois au jardin public… et la gravure n’a pas de
prix… et n’est pas à vendre !
Le livret d’Hubert Nyssen fleure l’absurde légèreté des
textes mis autrefois en musique par Satie ou Poulenc,
et l’accompagnement de Bruno Mantovani fait la part
belle à la clarinette grinçante, virevoltante ou
pleurnicharde, sur une trame sonore tantôt continue,
fuyante ou obstinée, pulsée et énigmatique…
On attend désormais la création scénique !
JACQUES FRESCHEL
Insolites solistes !
Le Grim accueillait sur la scène musicale de Montévidéo, le 4 avril,
l’ensemble Télémaque
Précédé d’un café musique contemporaine instructif et
convivial animé par Raoul Lay, cette deuxième
Ouverture solistes de la saison portait le titre Les
Baroques. Comprenons Ouverture pour la rencontre de
musiques distantes de trois siècles et la transmission
de partitions contemporaines aux oreilles synchroniques, solistes pour la formation réduite de
l’ensemble qui tour à tour offre à chaque interprète un
rôle majeur, et baroques pour le sens littéral du terme
définissant, au-delà de la période historique, une
esthétique du contraste, de l’irrégularité, de
l’extravagance.
Ce terme s’applique alors à toutes sortes d’opus
proches de l’improvisation, à la conquête de nouveaux
timbres, qu’ils datent de 1700 ou de 2000. Le Ryoanji
de John Cage peut installer un tactus immuable sous
les mailloches de Christian Bini et la mélopée distendue du hautbois de Blandine Bacqué, installant
une ambiance propice à l’entrée fracassante et
médusante du contre-ténor Alain Aubin.
Accompagné de Jean-Bernard Rière, contrebassiste
pince-sans-rire notre chanteur-conteur à l’allure expressionniste dégoulinante se déhanche et éclabousse
le spectateur de quelques axiomes savoureux mâchés
et catapultés en pleine figure. Les costumes d’Edith
Traverso et la mise en scène d’Olivier Pauls laissent la
salle déconfite et rigolarde, obligée de se reconcentrer
pour Les Citations de Dutilleux, vaste diptyque
évoquant entre autres le renaissant Janequin dans une
formation aux accents baroques : hautbois, percussions, contrebasse et le clavecin d’Isabelle Chevalier,
toujours surprenant pour une page qui n’a que vingt ans.
Transition concordante avec les songs O solitude et
Here the deities approve de Purcell et la cantate 102
de Bach que ne viendra même pas troubler une
lamentation du contemporain Simon Holt, dialogue
spatialisé du contre-ténor et du hautbois. Ouverture,
rencontre et talent auront été au service d’une très
belle soirée !
FRÉDÉRIC ISOLETTA
Alain Aubin, extrait de vidéo de Didier Garcia
En plein
chœur
L’ensemble Musicatreize et le Chœur
Contemporain étaient accueillis au
Conservatoire de Marseille le 21 mars
dans un programme éclectique et recherché. L’auditoire fidèle était entouré
par un chœur spatialisé, placé de
surcroît au cœur de l’œuvre. Et quelle
œuvre ! Spem in Alium de l’anglais
Tallis est un trésor de la musique
élisabéthaine, motet écrit à quarante
voix individuelles divisées en huit
chœurs de cinq voix chacun. Roland
Hayrabedian, situé face au public,
parvint à garantir l’osmose de l’ouvrage.
Les Tre canti sacri de l’italien Scelsi
nous convièrent ensuite en plein
vingtième siècle avec une formation
vocale bien plus réduite. Triptyque
témoin de la virtuosité vocale florissante à l’ère moderne, ces chants sacrés
innovent et étonnent avec des quarts
de tons, onomatopées percussives,
sons nasaux, vibratos particuliers…
La création de Denis Bosse, Fragments
de la Voix Lointaine, commande de
l’ensemble marseillais, est inspirée de
deux tableaux exposés au musée
Cantini : Le théâtre de la vie de Maria
Elena Vieira Da Silva et Terre brûlée II
de Raoul Ubac. Les deux toiles,
projetées pendant l’exécution de
l’œuvre, furent également associées au
texte du poète Yves Bonnefoy, support
de stries sonores illustrant les œuvres
picturales.
La boucle fut bouclée avec la nouvelle
mise en espace du chœur au complet
pour le Cadavre exquis de Zad Moultaka,
également présent dans la salle : une
œuvre écrite pour quarante-huit voix
réparties en quatre chœurs dirigés par
quatre chefs, les trois nouveaux venus
officiant depuis l’allée centrale. Le
public redevint acteur d’une partition
au texte fragmentaire, élaboré lors
d’ateliers d’écriture par nombre
d’auditeurs du concert… Au cœur du
chœur, l’expérience fut applaudie !
F.I.
34
MUSIQUE
GTP | TOURSKY | MACHINE À COUDRE
Baker’s back
Le Grand Théâtre de Provence accueillait le 28 mars la Revue de Jérôme Savary
rendant hommage à Joséphine Baker
Auditionnée au côté de près de trois
cents prétendantes aux Etats-Unis par
Savary lui-même, Jersey Nicolle Rochelle
a conquis l’auditoire provençal, charmé
par ses talents de chanteuse et de
danseuse. Elle incarnait Joséphine Baker,
la coqueluche des années folles qui
provoqua scandale et admiration au
théâtre des Champs-Elysées lors du
passage de la Revue Nègre en 1925,
personnage qui constitue le fil conducteur de ce grand spectacle à numéros,
élaboré dans la tradition des revues
d’antan.
Une revue sur fond d’images du passage
dévastateur de Katrina à la Nouvelle
Orléans : l’ouragan servait à la fois de
décor et de genèse, puisqu’un zodiac
© X-D.R
situé dans la fosse d’orchestre figurait
un lieu narratif flottant sur la ville
engloutie… Le spectacle se voulait historique et édifiant, enchevêtrant l’histoire
du jazz, de l’esclavage, des images du Klu
Klux Klan, des discours de Martin Luther
King, et la condition actuelle des afro
américains. Ce qui relevait bien sûr d’un
sentiment louable mais rendit parfois
inégal et confus le spectacle, qui perdait
de vue la belle Joséphine…
Celle qui a étudié le swing de la ceinture
de bananes et les chansons de la vénus
d’ébène pour s’approprier le rôle gratifia
pourtant un public (conquis) de l’incontournable J’ai deux amours, sans oublier
l’exotique Tonkinoise. L’enchaînement
réussi des tableaux permit finalement de
retrouver l’esprit Revue, grâce à l’humour
et aux qualités chorégraphiques de la
troupe, très à son aise sur les planches
aixoises. Tout à fait prête à défiler au
Casino de Paris en mai, pour le point final
d’une tournée débutée en Louisiane en
2006 !
Ça va
découdre !
La programmation de la scène marseillaise de la Machine à coudre fait qu’on
s’intéresse de près à cette petite salle
marseillaise de la rue Jean Roque. Une
fanfare peut en cacher une autre : après
les Moldaves de Vagabontu, voici la fanfare opulente survitaminée marseillaise
Wonderbrass (le 18 avril). Le lendemain,
punk jazz avec Artisanal sound club et
funk rock psychédélique pour The thirsty
selenits band. Place ensuite au flamenco
d’Antonio Negro (le 24 avril), puis au
cabaret à météo variable de Laure
Chaminas suivi de la chanson belge
déglinguée de Stella Pyre (le 25 avril).
Les allemands de Boonaraaas, les
australiens de Digger and the pussycats
et les marseillais de Vaginal liquid
boucleront le mois dans un poétique
garage punk (le 26 avril). Étirements et
assouplissements conseillés le jour de la
fête du travail pour aborder en pleine
possession de ses moyens le show
détraqué et assaisonné à la Butthole
Surfers des 25 et le rock bien trempé de
FRÉDÉRIC ISOLETTA
Les musiques du Toursky
Richard Martin accorde une place prépondérante à la musique
sur la scène du Toursky… à toutes les musiques !
Après le pianiste Michel Bourdoncle
dans le cadre du Festival russe et La
poésie crie au secours avec l’Orchestre
Philharmonique de Marseille (voir p31),
on attend l’auteur/compositeur Jacques
Mandrea (chanson française, le 2 mai),
le guitariste Seydina Insa Wade (Nuit du
conte Cameroun & Sénégal, le 6 mai), et
la nouvelle création délirante du groupe
Quartiers Nord (La Revue marseillaise, les
16 et 17 mai).
Mais les amateurs ressentent déjà les
vibrations annoncées par José-Luis
Gomez pour le 4e Festival International
Flamenco… peut-être le climax populaire de la saison !
Le groupe Chispa Negra revient au
Toursky avec son nouveau spectacle : la
guitare, les percussions, la basse se mêle
Théâtre Toursky
Spectacles à 21h
(sauf 20 et 21 mai)
0 820 300 033
ou 04 91 02 58 35
www.toursky.org
au «cante jondo» et à la danse rituelle (le
20 mai à 20h et le 21 mai à 19h).
Le Tremplin découvertes offre une
opportunité aux artistes qui pratiquent
passionnément et confidentiellement le
flamenco d’exprimer leur talent (le 22
mai).
Le Festival s’achève avec une création
originale de la Compañia En Klave
Flamenca dirigée par le percussionniste
Isaac Vigueras. C’est ici la sensualité et la
puissance des deux extraordinaires
danseurs, Manuel Liñan et Maria Del
Mar Martinez, qui font trembler la scène
(les 23 et 24 mai).
© X-D.R
Myra Lee (le 1er mai). Le week-end sera
tendre avec le passage anarchoromantico-punk des italiens Kalashnikov
(le 3 mai), histoire d’être en forme avant
de se frotter au garage punk primitif de
The Hatepinks et des Kung Fu Escalator
(le 9 mai) puis au punk rock allumé des
Ynodible et Les Jolis (le 10 mai).
F.I.
J.F.
La machine à coudre
04 91 55 62 65
www.lamachineacoudre.com
BABEL MED| BSIDE
Le tour de Babel
MUSIQUE
35
Rabat joie
à Babel Méd ?
Retour sur Babel Med Music, trois jours de musiques et de rencontres
cosmopolites au Dock des Suds
Pour faire le tour du monde en musique il fallait se rendre
au Dock des Suds et traverser les 90 pays représentés.
Des Caraïbes à l’Iran en passant par le Mali ou la Serbie,
il y en avait pour tous les goûts, toutes les oreilles et
toutes les cultures lors des trois soirées épicées donnant
au Dock un air de Fiesta avant l’heure. Mais Babel Med
Gong Linna © X-D.R
Music n’est pas seulement un festival de musique du
monde, c’est aussi un marché de professionnels de la
musique qui a réuni pour l’occasion 600 organisateurs et
producteurs, une soixantaine de labels, 200 agents ou
impresarios et près de 200 festivals. Le salon, véritable
souk musical, a rythmé les trois journées au son de rencontres, de tissages et d’échanges. Entre musique et
projections ou débats, et déambulation conseillée entre
des partenaires indispensables comme la Sacem, les
radios FIP, Grenouille ou France musique, on ne
s’ennuie pas !
Il n’est pas toujours évident de savoir où vous en êtes au
Dock, tant les allées sans fenêtres grouillent de monde
qui écoute, boit, mange et change d’endroit comme de
chemise. La multiplicité des salles permet ce touche-àtout qui offre la possibilité de goûter, collé serré, à toutes
les saveurs de ce cocktail sonore. Hélas, quand tout le
monde décide tout à coup de se déhancher sur les
rythmes soutenus de Mamar Kassey, la suffocation
guette ! Il faut dire qu’il y a foule, 12000 spectateurs en
trois jours, c’est 2000 de plus que l’an dernier !
La programmation est pleine de découvertes : c’est la
marque de fabrique de Babel Med, qui se garde des têtes
d’affiche et fait venir le monde, et la Méditerranée, à
Marseille. La musique se veut éclectique, et demeure
donc quelque peu inégale. Le 29 on y a vu… la
confondante chinoise Gong Linna, le DJ malien Mo en
agité des platines, le métissage relevé mêlant Bretagne,
Tzigane et Iran d’Erik Marchand, Titi Robin et Keyvan
Chemirani… On ne sait plus où donner des oreilles,
emportés dans la déambulation de la fanfare moldave
Vagabontu ! On reste néanmoins sceptique, hésitant
entre sourire et dépit à l’écoute de quelques sets comme
les reprises improbables et impayables de Smoke on the
water, Llosing my religion ou Like a virgin des Turcs du
Dolapdere Big Bang.
FRÉDÉRIC ISOLETTA
SIDE BY SIDE
La seconde édition du festival électro-rock B-SIDE
organisé par l’association marseillaise In the Garage
bat son plein ! Si vous avez raté ces derniers jours
Scenario Rock, Heidi, Naive new beaters,
Zombie Zombie, Black Lips, Aggravation
et Partyline, c’est impardonnable !
Bien que vous puissiez vous rattraper
avec le mix électro-rock des canadiennes
de Duchess says et Lesbian on Ecstasy
(le 29 avril au Cabaret Aléatoire). Ondulations du
bassin sur le dance floor pour accueillir comme il se
doit la DJ Jennifer Cardini, nouvelle star de la scène
électro minimaliste, qui sera accompagnée de
Sébastien Bromberger, Poni Hoax et Dondolo
(le 3 mai au Cabaret Aléatoire).
Deux concerts à ne pas rater !
La Troba Kung-Fu ©Jep Brengaret
Première soirée le 27 mars. Tout de suite en entrant des
voix étonnantes surgissent de la première salle : les six
femmes de La Mal Coiffée entonnent des chants
occitans dont on ne sait, dans le mystère de leur
impossible déchiffrage, s’ils touchent notre nostalgie ou
notre joie. Vertu de la musique que de révéler les
profondeurs de notre âme ; catharsis sereine. Immanence
de la tradition ?
Tiens, des sons de guitare orientale dans la salle la plus
intime et reculée : la chanteuse kabyle Nadia Cachaouit
ne fait pas vibrer son public, et ne dispense rien qui
donne envie de rester dans ces chants traditionnels.
Parce qu’ils touchent peu l’âme des Européens profanes ?
Ça bouge un peu plus après les occitanes mal coiffées. On
accourt : fausse joie ! Le groupe En chordais ensemble
ne donne pas à mon âme (pourtant grecque) l’envie de
sautiller…
Ah ! Ça se précise dans la grande salle, du latino, ça
bouge : c’est La troba kung-fú ! Un guitariste, un
bassiste et une jeune fille à la batterie ; premier solo de
guitare, la salle s’enflamme ; solo de basse, ça secoue
encore plus ; puis la batterie : la jeune batteuse est
époustouflante, elle fracasse les cymbales et les caisses,
et les têtes dans la salle battent la mesure. Musique
gringos par excellence, mélange bigarré entre dub, rock,
rumba et reggæ ton aussi. On s’est régalés !
Et en fin cette fameuse trompette d’Ibrahim Maalouf ;
c’est assez rare ces sons orientaux qui sortent d’une
trompette, et c’est très beau ; dommage que l’artiste
soit aussi à l’aise sur scène qu’un éléphant dans une
maroquinerie…
Bon, finalement deux ou trois beaux moments dans une
soirée c’est pas mal ; pour les autres concerts ce sera
trop tard. Tant pis pour les Ska Cubano, au nom si évocateur ; deux heures du matin, est-ce bien raisonnable ?
RÉGIS VLACHOS
La Mal Coiffée © Mathias Briechle
F.I.
www.myspace.com/inthegarage13
Babel Med s’est déroulé
au Dock du 27 au 29 mars
36
MUSIQUE
CD | DVD
Syncrétisme
pulsé
Chansons
textuelles
Maquerelle
Images de jours,
détails du soir /
Mosaïcmusicdistribution
Drunksouls
On verra plus tard
www.drunksouls.com
L’album autoproduit des Drunksouls On verra plus tard
est sans aucun doute la bonne surprise du printemps
musical qui s’annonce. Un cd autoproduit, qui en plus
réserve de très belles promesses, a besoin du coup de
pouce nécessaire pour s’afficher et s’imposer chez nos
lecteurs. Partisans d’un style punk rock lors de leur
formation en 2002, le virage artistique des dunksouls
s’est opéré en douceur, transitant vers le groove et le
reggae sans pour autant délaisser les racines rock des
débuts. Cet alliage original, et surtout réussi, est à
découvrir d’urgence aussi bien pour ses titres bien
trempés comme Pain of life que pour les balades
épurées façon Comme Louise et Thelma. C’est l’un des
groupes les plus populaires de Jamendo, et les 13
titres rock’n reggae de l’album valent le détour : le
titre n’est justement pas à prendre au pied de la
lettre !
Une touche
de punk rural
«La poésie ne prend son sexe qu’avec la musique»
disait Léo Ferré dont l’influence musicale et poétique
est palpable chez les Tourangeaux de Maquerelle dans
ce premier album intitulé Images de jours, détails du
soir. La rencontre des musiques de Pierre Mottron et
des textes du chanteur Hugo Bon souligne également
la filiation directe avec Noir Désir pour un résultat
étonnant. Les textes sont travaillés et soignés, pour
être ensuite dilués en spoken word, ou projetés de
manière accrue et martelée. Un léger soutien électro
façon trip hop ambiant teinté de mélopées au
saxophone ténor donne un côté poético cadencé
alternant suspension planante et pulsation enivrante.
Un premier opus à découvrir !
F.I.
F.I.
Laids Crétins
des alpes
Keskonvafair
laidscrétinsdesalpes.
free.fr
Laids crétins des alpes dont de retour avec un second album drôle et rythmique intitulé Keskonvafair.
Certes, il ne faut pas s’attendre à du Ronsard déclamé
sur un accompagnement bossa nova, et pour une fois
on ne va pas s’en plaindre ! Enfin de la bonne humeur,
du second degré et des textes complètement décalés
sur une musique entraînante, dynamique, toute
fraîche et brute de décoffrage. Ces chansons crétines
punkifiées pleines d’humour atterrissent tel un ovni
sur une planète sonore se prenant trop souvent eu sérieux. Enlevés sur une rythmique ska bien soutenue,
Les doryphores sont de retour et autres Ours polaires en
colère ou grizzlis malpolis peuvent non seulement provoquer un tortillement du bassin, mais aussi un bon
rictus. Entre une Levrette story et une Chasse au dahu
digne des fameux VRP, militons pour la chanson punk
déglinguée, festive et sautillante de nos crétins alpins
au mook ravageur !
F.I.
Melting pot
Piano royal
Doppel Brahms
Dépaysement et déhanchement assuré avec la sortie
de l’album Shlomo du groupe cosmopolite Kabbalah.
S’inspirant de la tradition Klezmer, d’où l’influence
majeure de musique d’Europe centrale et de l’est,
les 9 titres de l’album accueillent volontiers un
cocktail sonore ambitieux mais heureux : spoken
word, hip-hop, rock, oriental, jazz, classique… les
textes aussi sont colorés mêlant anglais, russe et
yiddish sur une instrumentation s’avérant originale
et éclectique (saxophone, violon, contrebasse, xylophone, percussions, mandoluth). Ce métissage hybride
donne le tournis entre Orient et Occident, rythmé et
cadencé à souhait parfois à la manière d’une transe
alternant avec l’émotion mélancolique propre à la
musique slave. Un mélange détonnant et accompli !
Qu’est-ce qui fait que la musique de Brahms et
Schumann aime autant Nicholas Angelich, au point
que le jeu de ce dernier, dans ces répertoires, semble
si naturel, somptueux, éblouissant… Peut-être que
l’expression passionnée, la virtuosité d’écriture de ces
compositeurs, ceinturée dans une facture «classique»,
s’accordent idéalement à la personnalité du pianiste,
réservée et fougueuse à la fois. Le 1er concerto du
jeune Brahms trouve là une interprétation magistrale
(en complément les Danses hongroises à 4 mains avec
Frank Braley).
Erika Geldsetzer (violon), Sascha Frömbling (alto),
Konstantin Heidrich (violoncelle) et Dirk Mommertz
(piano) ont choisi un nom français, mais le Quatuor
Fauré est absolument germanique ! Si le répertoire
pour quatuor avec piano est moins conséquent que
celui pour cordes, il comporte cependant de précieux
bijoux, comme les deux Quatuors op. 25 et 60 de
Brahms. L’ensemble, fondé à Karlsruhe en 1995, les
interprète dans une esthétique typiquement
allemande, basée sur l’ampleur des phrasés, de
l’expression et du legato.
J.F
J.F.
F.I.
CD VIRGIN CLASSICS
518998
Kabbalah
shlomo
La meson / Mosaïc
distribution
www.kabbalahmusic.net
Nicholas Angelich
s’est produit à l’Opéra
de Marseille le 29 mars
et à la Société
de Musique
de Chambre le 22 avril
CD DEUTSCHE
GRAMMOPHON
476 6323
Le Quatuor Fauré
a joué à la Société de
Musique de Chambre
de Marseille le 25 mars
37
Lumineux
Vivaldi
Schmelzer
nicht vergessen
Ballades
romantiques
CD ALPHA 109
CD ZIG-ZAG
TERRITOIRES ZZT
070902
Pour fêter ses 10 ans, Zig-Zag publiait en 2007 un
enregistrement consacré à Vivaldi. L’Ensemble 415,
emmené par la violoniste Chiara Banchini, jouait des
Concerti à quatre violons tirés du célèbre Estro
Armonico. Après des compositeurs plus confidentiels
comme Geminiani ou Valentini, la violoniste affirmait
toute sa science en matière d’école de violon baroque
italien. Les palettes de couleurs et d’ornements, les
croisements virtuoses des lignes mélodiques, les
dynamiques savamment dosées se dévoilaient, rendus
par la prise de son probante de Franck Jaffrès.
Johann Heinrich Schmelzer fut un violoniste
exceptionnel qui vécut à la cour de Vienne au cœur du
XVIIe siècle. Ses recueils de sonates marquèrent l’art
instrumental de son temps dans les domaines de la
vélocité, de la conduite de l’archet, de la scordatura…
Hélène Schmitt, musicienne au jeu fervent et animé,
fait revivre l’art de ce musicien oublié à travers un
choix de Sonatae a violino solo suavement colorées du
«souffle pincé» d’un hybride claviorganum, des cordes
du chitarrone et du grave violone.
J.F.
CD HARMONIA MUNDI
HMC 901943
Chopin au XIXe siècle compose quatre opus qui portent
le titre inédit de Ballades. Ces formes libres
correspondent au lyrisme et à la posture poétique des
romantiques. Quelques années plus tard, le jeune
Brahms reprend ce terme pour quatre pièces inspirées
d’un vieux poème écossais, Edward. Cédric Tiberghien,
lancé sur les plateaux de concerts depuis son 1er Prix
au Concours Long-Thibaud (1998), confronte ces
œuvres éponymes. Le résultat est heureux, tant du
point de vue technique que de l’opulence sonore, du
contraste des couleurs que de la beauté plastique…
J.F.
J.F.
On a pu entendre Chiara Banchini au GTP
le 20 mars, et en ouverture
de Mars en baroque
le 26 mars
Hélène Schmitt a joué
dans le cadre du festival
Mars en baroque
le 27 mars
Cédric Tiberghien
a joué à Aix
au Jeu de Paume
le 1er avril
Lamentations
Bach au naturel
Les Lamentazioni sont à l’Italie ce que les Leçons de
Ténèbres sont pour la France. En vogue au XVIIe siècle,
elles étaient célébrées aux offices de la semaine
pascale. Marie Christine Kiehr et le Concerto Soave
dirigé par le claveciniste Jean-Marc Aymes puisent
dans les cycles de Leçons du Manuscrit de Bologne.
Les pièces de Carissimi, Frescobaldi, Marcorelli sont
très rares au disque, voire inédites. Le timbre
diaphane et androgyne de la chanteuse rend à la
mélodie sa nécessaire austérité, nuancée par les
clairs-obscurs du continuo. Le tout ponctué de
Toccatas opportunes.
La violoniste Amandine Beyer réunit autour d’elle des
musiciens issus d’ensembles baroques renommés pour
des concertos de Jean-Sébastien Bach, opus considérés autrefois comme de parfaits préludes à des
récitals virtuoses. L’aspect chambriste (un instrument
par pupitre) met en exergue le naturel des phrasés de
la soliste, la pureté de la ligne mélodique d’essence
vocale, l’élégance des coups d’archet, les pulsations
dansantes et les traits véloces, sans une once de
caricature dans les attaques ou les dynamiques.
J.F
Manon… Natalie
et Rolando
En complément de la production marseillaise de
Manon de Massenet, on découvre cet enregistrement
filmé à Barcelone. Le couple Dessay / Villazon s’y était
donné rendez-vous pour une première sur un plateau
lyrique. Ils crèvent l’écran ! Natalie Dessay est
époustouflante, criante de vérité et Rolando Villazon,
somptueux, donne comme de coutume tout ce qu’il a
dans les cordes vocales (il devra prendre du repos à la
suite de ces représentations). Les décors et costumes
de «fête galante» libertine, contribuent au succès du
spectacle.
J.F.
J.F.
CD HARMONIA
HMC 901952
MUNDI
Marie Christine Kiehr
et Jean-Marc Aymes
se sont produits
en clôture du festival
Mars en baroque
le 1er avril
0CD ZIG-ZAG
TERRITOIRES
ZZT 070501
2 DVD Virgin Classics
5050689
Amandine Beyer
s’est produite lors
du Festival Mars
en baroque le 30 mars
Manon de Massenet
est représenté à l’Opéra
de Marseille
du 29 avril au 9 mai
38
LES PENNES-MIRABEAU | ISTRES | VITROLLES | AIX
MUSIQUE
Rock in progress
La 9e édition du festival international de rock progressif Prog’Sud se déroulera
du 30 avril au 3 mai au Jas’Rod, salle de concert des Pennes-Mirabeau
Le terme «progressif» fut à l’origine utilisé dans les
années 1970 pour souligner la nouveauté musicale
de certains groupes, sortant des carcans habituels
du rock et puisant çà et là aux sources de la
musique classique, du jazz, de la musique
traditionnelle… le tout servi d’instruments parfois
inhabituels, voire inventés, dans des morceaux
complexes techniquement et architecturalement,
élaborant de fait des albums concepts.
Contrairement à ce que nous pourrions croire, cette
branche du rock perdure et sera représentée de
manière complète à la salle Jas’Rod. Les
organisateurs ont du choisir entre près de 200
groupes pour cette nouvelle édition qui accueillera
13 formations de diverses nationalités, du groupe
Rosco il est content © X-D.R.
de légende au talent à découvrir : il faudra répondre
présent à cet événement fédérateur qui compte
dans le circuit international du rock progressif.
Le virtuose de la basse Fred Schneider, le joueur
de stick argentin Guillermo Cides (quatre
instruments en un…) et les légendaires Ange
seront présents le 30 avril. Le jazz rock psychédélique de Rosco il est content, les véritables
performances du trio japonais Baraka et le très
réputé batteur américain Jerry Marotta leur
succèderont le 1er mai. Suivront les croisements du
rock et de la musique contemporaine des Sauvages
Organismes Sonores du toujours surprenant
marseillais Phil Spectrum, le métal progressif des
tunisiens de Myrath et le symphonique progressif
nippon de Interpose+ le 2 mai avant de clôturer le
festival avec la formation originelle des suédois de
Trettioariga Kriget, les premiers pas en France du
quartet helvétique Dawn, les seventies italiens de
La Maschera di Cera et le jazz rock progressif venu
tout droit du Japon des KBB.
FRÉDÉRIC ISOLETTA
Concerts à 20h30
Salle Jas’Rod, Les Pennes-Mirabeau
04 91 63 16 43
www.progsudfestival.fr
Tchicaï © X-D.R
F.I.
La Meson
Concerts à 20h
04 91 50 11 61
www.lameson.com
Usine
à rythmes
L’Usine d’Istres va produire et encore produire
des décibels, et de sacrées têtes d’affiche !
Bernard Allison (le 24 avril), Massilia Sound
System (le 25), Les Têtes Raides (le 26),
Maceo Parker (le 28), l’Orchestre National
de Barbès (le 7 mai), Jim Murple Memorial
(le 16) et Roberto Fonseca (le 23)…
Si avec ça vous ne savez pas où sortir…
À bon port
Pas de chichi
La salle conviviale Le Cri du Port accueillera
sur ses planches le Manuel Hermia 4tet
(le 24 avril), le trio platines / piano / batterie
DJ Oil - Cyril Benhamou - François Rossi
(le 29 avril), le Johnazz Colletif (le 6 mai)
et le Kami quintet (le 15 mai).
La scène aixoise du Pasino ne sera pas trop
grande pour la dévoreuse de mots et de notes
Juliette (le 25 avril), la revenante Liane Foly
(le 13 mai) et la toute jeune Julie Zenatti
(le 21 mai).
F.I.
04 42 79 63 60
www.charliefree.com
Après sa double carte blanche à Mister Tchack et
Doctor H (poésie électro), et aux Constellations
de Mister Frac (double soirée les 25 et 26 avril),
la très active petite salle de la rue Consolat
accueille des danses et musiques flamenco avec
Tablao Flamenco Ana Vidal et Fabia Suarez
(7 mai) et le rock jazz contemporain
du Quintette Fonetic + (17 mai)
L’Usine
04 42 56 02 21
www.scenesetcines.fr
Moulin à Jazz
À Vitrolles, après le jazz tonal et odal
(inspiré des ragas indiens) du Manuel Hermia
Quartet (Rajazz, le 24 avril), la scène de Charlie
Free reçoit le tout jeune John Tchicaï (72 ans !),
ancien compagnon de route de John Coltrane,
accompagné par l’André Jaume quintet
(le 10 mai). Le talentueux Issam Krimi quintet
prendra la relève dans une synthèse explosive
d’un jazz exhaustif (le 24 mai).
Comme
à la Méson
Cri du Port
8 rue de Pasteur Heuzé 13003 Marseille
de 8 à 12 euros, à 20h30
04 91 50 51 41
www.criduport.fr
Le Pasino
04 42 59 69 00
www.pasino-aixenprovence.com
Juliette © Agnès Mellon
LA RUCHE | AGENDA
MUSIQUE
39
Au programme
MARSEILLE
Balthazar : Soirée Slam avec
l’atelier d’écriture et d’expression
du Balthazar (24/4), Phosphene,
Markovo live machine (25/4),
Deadly Hunta & Selecta Cab
(26/4), The Game : hip hop vs
Tecktonic (27/4), Eloquent
alongside Kabba Massa Gana
Sound System (30/4), Toko Blaze,
La compagnie Cuanol, Requins
Marteaux (1er/5), R.Zatz, Grosso
Gadgetto, Dokhandeme (2/5), Dj
Vadim, Selecta Cab, Selecter the
Punisher (3/5), Monalisa, Clan D
(8/5), Dubmood (9/5),
Kunamaka, Biocide (15/5)
04 91 42 59 57,
www.aubalthazar.com
Cabaret Aléatoire : Rona Hartner,
Olga Kouklani (26/4, dans le
cadre du festival Reflets),
Lesbians on Ecstasy, Duchess Says
(29/4, dans le cadre du festival
B-Sides), Poni Hoax, Jennifer
Cardini, Sébastien Bromberger,
Dondolo (3/5, dans le cadre du
festival B-Sides), Rubin Steiner,
Bunny Rabbit (7/5), Dälek, Sibot,
Spoke, Pure (10/5), Dj Format,
Baby Charles (17/5), Kaly Live
dub, Scorn (23/5)
04 95 04 95 09,
www.cabaret-aleatoire.com
Cité de la Musique : Ensemble
Besozzi (25/4), Scène ouverte au
jazz (28/4), Moneïm Adwan Trio
(15/5), Ensemble Kaboul (16/5)
04 91 39 29 19,
www.citemusique-marseille.com
Cri du Port : Manuel Hermia 4tet
(24/4), Dj Oil, Benhamou (29/4),
Johnazz collectif (6/5), Kami
Quintet (15/5), Nicolas Folmer
Quartet (22/5)
04 91 50 51 41,
www.criduport.fr
Daki Ling : Ruby Throat // The
sugar plum fairy pr (24/4)
Dock des Suds : Nick Cave and
The Bad Seeds (26/4), Renan
Luce (15/5)
Vidal et Fabia Suarez (3/5),
Quintette Fonetic (17/5), Ya’Zmen
(25/5)
04 91 99 00 00,
www.dock-des-suds.org
Le Lounge : Association Emassi,
festival pop, rock et reggae (22 et
23/4), Îles… étaient une fois, de
la Corse aux Antilles (24/4),
Delko, Gazebo, Rocket Queen
(26/4), Brassens fidèlement
(27/4), Talia (28/4) Argus (30/4)
El ache de Cuba : Barrio Jabour
(24/4), Selecta Prince Freedom
(25/4), Maudit Comptoir (26/4),
Full Jazz Attitude Quintet (16/5)
04 91 42 99 79,
www.elachedecuba.com
Embobineuse : Action Beat, Les
Louise Mitchels (25/4), Binaire,
Overmars (26/4)
04 91 50 11 61,
www.lameson.free.fr
www.myspace.com/lelounge13
Le Merlan : Gaff Aff Party, electro
(programmation de Marsatac le
23/4)
04 91 50 66 09,
www.lembobineuse.biz
Espace Culturel Busserine : Les
évadés d’Alcatraz, Quartiers Nord
(25/4)
04 91 58 09 27
Espace Julien : Soirée Espace
Mutant : Chris de Lucas vs Phon.O
(30/4), Café citoyen avec
Meisterfakt, Izmo Dub Box
(30/4), Nhao (7/5), Mass
Hysteria, Sidilarsen (10/5), La
Souris Deglinguée (16/5), William
Baldé (23/5)
04 91 24 34 10,
www.espace-julien.com
Intermédiaire : Zulie (23/4 à
19h30), Wonderbrass (23 et 24/4
à 21h30), Les durs à cuire (24/4 à
19h30), Thierry Maucci & Ahmad
Compaoré (25/4 à 19h30),
Fantôme (25 et 26/4)
04 91 47 01 25
04 91 11 19 30,
www.merlan.org
Le Moulin : Dub Inc., Gang Jah
Mind (26/4), Rohff, Tlf (30/4),
Micky Green (14/5), Kenza Farah
(23/5)
04 91 06 33 94
www.lemoulin.org
Le Toursky : Makan avec Kamilya
Jubran (18/5)
Le Mur du son,
04 91 05 84 28,
www.lemurduson.org
Le Poste à Galène : Alec Empire,
Dead Sexy Inc (24/4), Daniel Darc
(25/4), Into the groove (26/4),
Roultaboul et les Banaboo
(30/4), Jonathan Richman (3/5),
La Ruda (8/5), Moriarty (14/5),
R-Wan (15/5), The Fleshtones
(16/5), Bedouin Soundclash
(22/5), Washington Dead Cats
(23/5)
L’Affranchi : Aba Shanti, Lion
Roots, Télérama dub festival (3/5)
04 91 35 09 19,
www.l-affranchi.com
La Meson : Carte Blanche à
Mister Frac (25 et 26/4),
Soundpainting orchestre sud
(29/4), Tablao Flamenco, Ana
Butiner en Provence
Rendez vous à La Ruche, le Centre des nouvelles musiques
traditionnelles et cultures minorisées le 25 avril à 20h30
pour goûter au spectacle A capella du chanteur provençal
Renat Sette dont le timbre de voix chaud et puissant vous
fera découvrir les romances, chants de travail et chansons
populaires. Fin mai, du 26 au 31, carte blanche sera
donnée à Miquèu Montanaro : démarrage en famille avec
un duo Miquèu/Baltazar qui présente des extraits de la
prochaine création de la cie Montanaro, D’Amor de Guerra ;
puis une Master Class où vous pourrez apporter votre
04 91 47 57 99,
www.leposteagalene.com
Nomad Café : Vibrion (9/5)
04 91 62 49 77
AIX
Théâtre et Chansons : Ma bonne
Suzanne, avec Patrick Perret et
Malhory Maret (les 26 et 27/4),
Défense d’infini ou voyage en
Aragon, avec Isabelle BlochDelahaie et Jean Nehr (du 16 au
18/5)
04 42 27 37 39,
www.theatre-et-chansons.com
L’Unplugged : Still Life (30/4),
Soleil Noir, Rescue Rangers (7/5)
04 42 23 40 84
SALON
Portail coucou : Concert pour
Florie 18 (30/4), Sandbox,
installation Benjy (2/5), Elkya
festival (3/5), Live Station portail
Rockevolution (6/5),
Rockevolution mai 68/mai 08,
Beverly Jo Scott (13/5), Lo Jo
Trio (17/5), Boogie Balagan
(23/5)
DVNO : Tribute to Kylie Minogue
(25/4), Dj Pika (26/4), Disco
fanfare selector party (30/4)
04 42 21 28 28,
www.dvno.fr
Le Korigan : Harmonic Generator,
The Last, Tournaï, In Vitraux,
Klyde (20/4), Engraved, Black
Rain, Rakel Traxx, Private Hell
(3/5), Vader, Septic Flesh, Devian,
Inactive Messiah (15/5),
Végastar, Flint (24/5)
04 42 54 23 37, Luynes
Jas’rod : Festival Prog’sud (30/4
au 4/5), Elora (16/5)
04 91 96 07 42,
Les Pennes-Mirabeau
CHATEAUNEUF-DE-GADAGNE
Akwaba Théâtre : Sayag Jazz
Machine, Innagarden (26/4)
04 90 56 27 99,
http://portail.coocoo.free.fr
ARLES
Le Cargo de Nuit : Marcel
Kanche, Rodolphe Burger (25/4),
Gong Gong, Brain Damage (26/4),
Kill the young, Junah (30/4),
Ours, Ben Ricour (9/5), Scenario
rock, Pony Taylor (10/5), Cocoon,
Oslo, Swan (16/5), Aeroclub
(17/5), Antipasti e Conecitta
(23/5)
04 90 49 55 99,
www.cargodenuit.com
AUBAGNE
Escale Saint Michel :
Elektrocution, Headcharger et
Aggravation (21/3), Cité Babel
(28/3)
04 90 22 55 54,
http://akwabatheatre.free.fr
04 42 18 17 17,
www.mjcaubagne.fr
Comœdia : Manu Katché (22/3)
MIRAMAS
Jazz club Comœdia : Tri-X
(24/4), Archie Shepp Quartet
(16/5)
www.scenesetcines.fr
04 42 18 19 89
www.aubagne.com
BRIANÇON
Le Cadran : Musica Nuda (29/4)
04 92 25 52 52
VITROLLES
Moulin à Jazz / Charlie free :
John Tchicaï et André Jaume
Quintet (10/5), Issam Krimi
Quintet (24/5)
04 42 79 63 60,
http://charliefree.club.fr
PROGRAMME CONSULTABLE SUR
LIVEINMARSEILLE.COM ET CONCERTANDCO.COM
Miquèu Montanaro © Hugo Gris
instrument et qui se terminera par un impromptu
d’ensemble ; l’adaptation d’une nouvelle de Jean Giono,
Prélude de Pan, avec le comédien Paul Crauchet ; une
soirée placée sous le signe de l’amitié avec Ahmada Smis
et Pierre Lo Bertolino pour une représentation d’extraits
de Wanaminots ; le grand final, enfin, la pièce Un pont
sur la mer, avec Fouad Didi et Fred Nevchehirlian.
04 91 05 84 28
www.lemurduson.org
40
ARTS VISUELS
SAINT-RÉMY | ESPACE VAN GOGH
Ni bourgeois, ni artisan
La donation faite par l’artiste au musée
Estrine est l’occasion de revoir ou
découvrir un bel ensemble de l’œuvre
de Joseph Alessandri, des années
soixante-dix à aujourd’hui. Rencontre
avec un personnage discret mais
(presque) sûr de son travail
À l’instar de Picasso -pour qui il nourrit une grande
estime, comme pour Paul Klee-, Joseph Alessandri ne
cherche pas. Il explore. Ses tableaux reliefs
s’inscrivent dans des domaines en limite. Il s’agit de
peinture, mais sans les moyens orthodoxes, et avec
des matières en plus. La surface se gonfle de volume,
se structure géométriquement pour tendre vers
l’architecture, s’acoquine avec d’autres objets pour
installer du sculptural. Ses œuvres parlent lorsque la
figure est en retrait, les espaces développés par la
couleur retenue (camaïeux de gris ou d’ocres, noirs
variables, tons rabattus et sombres, mats) aspirant à
l’abstraction. Comme il en va de quelques dernières
pièces, notamment les Totems ou Hommage à Giorgio
Morandi, qui gagneraient à perdre encore de leurs
références.
Zibeline : Quelle que soit leur mise en forme, les
matières jouent un grand rôle dans votre travail.
Comment cela vient-il ?
Joseph Alessandri : Chaque fois c’est une
rencontre avec une matière qui donne le déclic. C’est
en travaillant que je découvre ce qui fonctionne
jusqu’à ce que ça apparaisse.
Vos tableaux ne sont donc pas que de la peinture ?
J’essaie d’inventer une matière par rapport à la
surface selon la vision que j’ai de chaque tableau. Je
n’utilise pas les techniques habituelles, l’huile ou
l’acrylique. Je travaille à plat et je procède par
couches en déposant les pigments mélangés à des
liants comme de la colle, avec du ciment, du sable,
jusqu’à l’effet voulu.
Mais vous incorporez aussi des objets récupérés.
Je n’ai rien à voir avec les gens de l’art brut. Je prends
des choses et je fabrique des objets, les volumes. Il
y a le collage et le bricolage comme disait Paul Klee.
Ce que j’utilise, en soi c’est déjà beau. Il faut trouver
ce qui fonctionne avec. Il faut respecter la chose
ramassée.
Joseph Alessandri © Danielle Lorin
Humer
et garder
Alors que le musée Réattu se
prépare pour le projet in situ
de Christian Lacroix, il présente à l’Espace Van Gogh
deux expositions Alechinsky
27, Relief, 2007, Technique mixte, 80 x 60 cm, Collection particulière
Votre démarche relève de l’exploratoire. Ainsi, dans
presque tous vos travaux, le format n’est pas
prédéterminé comme avec un châssis tendu de toile.
J’ai au départ quelque chose. Je ne sais pas ce que ça
va devenir. Il ne faut pas que l’image existe avant
sinon c’est foutu.
Quand estimez-vous une pièce finie ?
C’est fini en comparaison avec les autres tableaux
finis (il montre les œuvres accrochées à la ronde).
On découvre dans cette exposition en forme de
rétrospective une grande cohérence et en même
temps différents genres de travaux…
Comme on le disait en bas (l’exposition commence
avec une pièce de 1972, Le Dieu de l’Ombre, qui a
rencontré un franc succès en son temps) j’avais trouvé
quelque chose qui intéressait beaucoup de monde.
Mais je ne suis pas un artisan qui se répète, sinon je
m’ennuie. Je n’ai pas envie de m’embourgeoiser. Et ça
me coûte cher de tout recommencer !
PROPOS RECUEILLIS PAR CLAUDE LORIN
Paysages Informels
Joseph Alessandri
jusqu’au 8 juin
Musée Estrine, Saint-Rémy-de-Provence
04 90 92 34 72
www.ateliermuseal.net
catalogue
Joseph Alessandri, Paysages informels, 1972-2007
contributions de P. Latourelle, C. Darras,
S. Caron, G. Drouillet, E. Farran,
Ill. coul. Nb. 48p. Musée Estrine, 2008
Le musée Réattu possède une des
plus importantes collections des
musées de province. Reconnu à
travers la photographie principalement, on sait moins les relations
privilégiées qu’il entretient avec ses
artistes comme Pierre Alechinsky.
Cette double exposition, présentée
pour des raisons techniques à l’Espace
Van Gogh, donne à voir et confronter
deux séries exceptionnelles de l’œuvre
graphique de cet artiste désormais
historique. D’une part, il s’agit de
l’ensemble des affiches conçues en de
multiples occasions par Alechinsky
depuis 1949 -soit 164 planches originales-, d’autre part la quasi-totalité des
pièces constituant la suite Al Alimon,
appartenant au musée Réattu, réalisée
à quatre mains avec l’artiste mexicain
Alberto Gironella en 1980 sur le thème
de la corrida.
Alechinsky sur papier, 1973, gravure sur bois
ABD | PRIX MOURLOT
ARTS VISUELS
41
Urbains et humains
Les lieux d’exposition se multiplient à Marseille.
Privés, associatifs ou institutionnels comme le nouvel
espace aux ABD Gaston Defferre, principalement
dédié à la photographie. Ce sont donc les clichés de
Franck Pourcel qui en inaugurent les cimaises. Déjà
présentée sous d’autres formats en centre ville, De
gré ou de Force, témoigne d’un travail réalisé avec
l’ethnologue Marie Sengel sur les réalités et les
transformations du quartier Noailles à Marseille. Un
livre éponyme édité chez P’tits Papiers, retrace cette
approche empathique de la scientifique et de l’artiste
envers une population et ses espaces de vie. Dans le
quartier d’Arenc, lui aussi en pleine requalification
urbaine, cette manifestation trouve tout naturellement
et nécessairement sa place.
l’encre
la main
On pourra préférer dans ce cas le
travail libéré des contraintes de l’affiche, s’enrichissant de la signature
graphique de son comparse intervenant au centre de chaque pièce alors
que le maître installe ses formes dans
les marges encadrées. Dans certaines
pièces, même plusieurs années après
leur exécution, on éprouve par empathie le mouvement de la main, on
hume encore l’encre qui nourrit le
papier. Le film éponyme de Coline
Beuvelet (éditions Les Films du
Poulpe,2006), projeté pendant la durée
de l’exposition, contribue à faire entrer
le visiteur dans cette expérience collaborative et intime du geste instaurateur
de formes.
Celui-là même que les jeunes visiteurs
ont expérimenté dans l’atelier conduit
par la plasticienne Anastassia Tetrel
selon des techniques d’impression
empruntées au credo alechinskien du
«minimum de moyens pour un maximum d’effets. Le critère : deux couleurs,
soit deux passages en machine.» Avec
des résultats… impressionnants !
C.L.
Pierre Alechinsky, les affiches et suite
Al Alimon
jusqu’au 1er juin
Espace Van Gogh
04 90 49 35 23
édition
estampe originale, 125 exemplaires
numérotés et signés
catalogue
Alechinsky, les Affiches
éd Ides et Calendes, 2007
Alechinsky dans le labyrinthe
Conférence par Daniel Abadie
le 24 avril, 18h, Espace Van Gogh
C.L.
De gré ou de force,
Noailles à l’heure de la réhabilitation
jusqu’au 17 mai
ABD Gaston Defferre
04 91 08 61 00
www.biblio13.fr
Photo de Franck Pourcel
De la distinction
Lorsque disparaît Jean-Michel Mourlot en 1995,
médecin radiologue puis peintre par vocation, son
testament permet de poursuivre son œuvre en faveur
de la création artistique à travers une fondation et
l’Association pour le prix de peinture Jean-Michel
Mourlot. Celle-ci a notamment pour but de
promouvoir et aider la peinture régionale de qualité en
attribuant périodiquement un prix à un artiste dont le
travail aura été distingué par un jury de personnalités
compétentes. Le jury 2008 était composé des
peintres Gérard Traquandi, Jean-Jacques Ceccarelli,
de Frédéric Valabrègue et Jean-Louis Marcos,
critiques d’art, Jean-Pierre Alis pour la galerie Athanor,
Huguette Mille et Olivier Billard représentant les
association et galerie Mourlot. Le lauréat et
récipiendaire de la dotation de trois mille euros est
Christophe Boursault. Sitôt l’exposition collective
avec les autres sélectionnés -Caroline Challan Belval,
Julie Dawid, Elizabeth Fleury, Nicolas Pilarddécrochée à la galerie de l’ESBAM de la rue
Montgrand, Christophe Boursault se voit offrir une
exposition personnelle à la galerie Porte-Avion jusque
fin mai. Vous reprendrez bien un peu de Boursault ?
Christian Boursault © X-D.R
C.L.
Galerie Mourlot-Jeu de Paume
04 91 90 68 90
http://galeriemourlot.free.fr
20 years later-part 2
Christophe Boursault
jusqu’au 17 mai
Galerie Porte-Avion
04 91 33 52 00
www.galerieporteavion.org
42
ARTS VISUELS
ALLAUCH | PASSAGE DE L’ART | LA FRICHE
Ceux qui tricotent
avec la mort
Pendant que les têtes tombaient (dans
des paniers d’osier) sous la Révolution
Française, des femmes étaient payées
pour assister aux exécutions tout en
tricotant, tirant les fils des boules de laine
de leur panier et haranguant la foule.
Mais pourquoi donc certaines femmes
s’entêtent-elles à pratiquer le tricot ?
Singulièrement dans le domaine de l’art
contemporain ? Louise Bourgeois, Annette
Messager, ou encore Marie-Ange
Guilleminot avec Le Chapeau-Vie interrogent à travers les formes symboliques
du tissage la complexité des relations
humaines. Celles-ci ressortissent notamment aux sociétés politiques. Telles les
formes de démocratie qui fondent, avec
la question de la peine capitale, la
matière du travail réflexif et plastique de
l’artiste norvégienne Kjersti Andvig. La
correspondance qu’elle a entretenue
avec Carlton Turner, meurtrier en sursis
qui concevait ce monde comme un
système de boxes, d’enfermements prédestinés, lui a suggéré cette boîte/cellule
Bernard Plossu est l’invité d’honneur du 42e salon
photographique d’Allauch, rendez-vous annuel
régional. Pour cette édition 2008, la photo cherche
la poésie dans le voyage
© Claude Lorin
L’un attend la mort
dans une prison texasunienne. L’autre fait du
tricot de ce côté-ci
de l’Atlantique. Ils ont
correspondu.
Kjersti Andvig a posé
son installation de
mailles à la Friche.
L’art contemporain
c’est parfois très
humain
Un homme du monde
tricotée à échelle réelle. Le maillage plus
ou moins gros, la trame plus ou moins
serrée autorisent ou filtrent par endroits
le regard vers l’intérieur restreint de cette
drôle de box. Surveillance et voyeurisme,
enfermement ou liberté surveillée en
attendant l’ultime délivrance ? La relation
ambiguë du regardeur à cette œuvre
trouve son pendant dans la situation
nécessairement distanciée de l’artiste au
condamné : que peut l’art en pareil cas ?
Le catalogue à venir retrace cette
expérience qui se clôt à Marseille. Il sera
au format A4, car, selon la directrice de
Triangle-France, le seul format autorisé
en prison est en A5. Rien n’est innocent.
CLAUDE LORIN
Personne ici n’est innocent
Kjersti Andvig
jusqu’au 10 mai
Triangle France/Friche de la Belle de Mai
04 95 04 96 11/13
www.trianglefrance.org
Kjersti Andvig, Personne ici n'est innocent, 2008 (détail) © Claude Lorin
Centrée sur un thème, la programmation
du Salon Photographique d’Allauch se
veut pourtant ouverte, afin de permettre
la rencontre entre professionnels et
amateurs. De nombreuses manifestations composent ce copieux menu, au
risque parfois de déborder le thème
central. Qu’importe. La longévité du
projet prouve le succès de la formule.
Le travail de Bernard Plossu mêle inextricablement photo et itinérance : «la photo
est le moyen d’être un homme du monde»
affirmait-il lors de sa conférence. On
retrouve cette posture particulière à la
sauvette, qui emprunte plus à Godard
qu’à Cartier-Bresson, transcrite avec
beaucoup de fluidité dans Marseille en
autobus, court métrage réalisé avec la
complicité de Hedi Tahar. Parmi les
emblématiques flous désirés par le
photographe, quelques tirages en couleur
exécutés avec le procédé Fresson
prolongent l’incertaine poésie de ses
images. Pourtant selon lui «la différence
n’existe pas entre la couleur et le noir et
blanc. C’est toujours du noir et blanc.» Et
d’affirmer sereinement, prenant encore
l’auditoire à contre-pied, «ce n’est pas
l’œil qui fait la photo mais le corps.»
L’occasion nous est donnée de vérifier
ses dires avec la sélection du concours
national, qui fait montre d’un niveau remarquable par la variété des propositions
et la qualité des tirages. Ces images
mériteraient d’ailleurs une présentation
plus soignée, en regard de l’engagement
des participants comme de l’important
investissement des organisateurs. Si les
budgets suivent, ce sera pour l’édition
2009 !
C.L.
En voyages
Bernard Plossu
Sélection du 42e Concours National
Galerie du Vieux Bassin et autres lieux,
Allauch
jusqu’au 12 mai
Voyage de retour
Soirée-débat
Avec Jean-Louis Fabiani, directeur
d’études à l’EHESS,
d’après les images de Bernard Plossu
23 avril 21h
04 91 10 48 06
www.allauch.com
La Femme renouvelle…
L’Art Renouvelle le Lycée, le Collège
et la Ville est devenu au fil des années
un des évènements de la cité
phocéenne. Rapprochant les institutions
éducatives du monde de la culture,
l’initiative favorise l’application des
programmes artistiques du Ministère de
l’Éducation Nationale : permettre aux
élèves de fréquenter de près des œuvres
et provoquer d’authentiques rencontres
avec les artistes.
2008 est placé sous le signe de La
Femme, les Femmes et l’Art. Une
opportunité pour vérifier les affirmations
d’une des artistes les plus en vue
actuellement : «Aujourd’hui, ce sont les
femmes qui produisent l’art le plus
audacieux des dix dernières années.
Psychologiquement, leur art est beaucoup
plus extrémiste que celui des hommes.»
La Femme, les femmes et l’art
du 22 avril au 15 juin
Passage de l’Art –
Lycée du Rempart
04 91 31 04 08
Colloque
le 24 avril, 9h à 12h, Espace Ecureuil
François Bazzoli, Parmi tant d’autres
Emmanuel Loi, Bonne ou déesse,
un déni de justice ?
Catherine Gonnard, Elisabeth
Lebovici, Ecrire et penser l’histoire
des artistes femmes
Frédérique Villemur, Deux ou trois
choses que j’ignore d’elles, comment
jeter le trouble ?
BJCEM
ARTS VISUELS
43
Puissamment existentiel
Bousculée par les évènements, distribuée en deux lieux pour la partie arts visuels, son étape Marseillaise
avant Bari est un prélude qui n’élude pas les talents. La Biennale tient bien son cap !
Alexandrie annulée, la Biennale 2008 arrivera à Bari
après cette présentation marseillaise (voir Zibeline 6).
Vu l’urgence et la modestie des moyens, Martine Robin
(Association Château de Servières) et sa petite équipe
ont réussi un petit miracle pour rendre visible et lisible
cette sélection de vingt-quatre créateurs en deux
endroits bien éloignés dans la ville. Aux Ateliers
d’Artistes, une habile restructuration des espaces
confère une intimité nécessaire comme un parcours
fluide entre les œuvres. Le Campanile de Marie
Grégoire développe sa structure géodésique auto
tendue en aluminium ; à côté, les prémisses de l’enfance
restent fragiles pour Keiko Hagiwara ; plus loin les
papiers peints phosphorescents de Jessy Gemayel
sourdent dans le noir. Dans la salle commune,
différentes matérialités se répondent en drapés
sensuels (Rhizome de Caroline Le Méhauté), fourrure
en simulacre d’écorce (Adrien Porcu), céramiques
coruscantes (Cédric Ponti).
Malgré la variété des médiums –dessin, sculpture, vidéo,
installation, objets détournés, peinture, photographie-,
l’ensemble reste tout autant cohérent à la Galerie de
l’École des Beaux-Arts. On retrouve la matériologie
diaphane de Caroline Le Méhauté (La Vieille Dame)
contrastant avec les toiles puissantes de Fanny
Mesnard. Selon la tendance actuelle, le design
Marie Grégoire, Campanile, 2008 © Claude Lorin
Minori Matsuoka,
L'écume du sommeil,
2008
s’émancipe du fonctionnel vers le poétique (Azucar de
Fontana et Cordoléani, Light is art de Tansen Bel).
Les catégories «arts plastiques», «arts appliqués» ou
«design» se dissolvent dans des propositions qui
empruntent ou jouent dans les marges le plus souvent,
provoquent le réel, le mettent à distance dans des
formes poétiques (Caroline Le Méhauté), inquiétantes
(Pablo Garcia, Emilie Le Strat, qui signe aussi le visuel
de la manifestation), désenchantées (Minori Matsuoka),
ironiques (Damien Berthier), burlesques (Heidi
Moriot) ou absurdes (Jean-Adrien Arzillier) et
finalement, presque systématiquement, renvoient le
visiteur à lui-même. Martine Robin ne s’y est pas
trompée en ouvrant les Ateliers Boisson avec le Sac de
frappe de Clara Perraut, recouvert de fragments de
miroirs, boudin-boule disco à hauteur de poing et d’œil.
Pour ces jeunes artistes (moins de trente ans pour être
sélectionné), les problématiques purement plastiques
de certains de leurs aînés ont laissé la place aujourd’hui
à des interrogations de nature puissamment
existentielle. Il semble que l’ordre de ce monde les
inquiète ou pour le moins les interpelle. A l’absurdité
rampante ou évidente, qui a fait notamment capoter la
biennale égyptienne, ceux-ci répondent par des actes
doublement intéressants : artistiques et sensés.
CLAUDE LORIN
Prélude à Marseille / arts Visuels
jusqu’au 17 mai
Ateliers d’artistes de Marseille
04 91 85 42 78
Galerie Montgrand/Esbam
04 91 33 11 99
www.espaculture.net
Le Prélude à Marseille se poursuit à Montévidéo : parmi
les 28 artistes de la sélection Sud (Marseille, Aix, Toulon
et Montpellier) il y a aussi des musiciens, des auteurs,
une compagnie de théâtre…
Octo
Concert de musique électroacoustique
Mathieu Hours
Concert (chant, violon, guitare)
Trash Aka L
le 24 avril à partir de 20h30
Lecture spatialisée
Jihane El Meddeb
Hamlet Exhibition
Cie À travers l’étang
mes Thomas Gonzalez
le 25 avril à partir de 20h30
Hamlet Exhibition
ANYTHING MARIA et Meisterfackt
Musique «savamment populaire»
Sophie Gonthier, Christophe Arltet,
Rolf Entgelmeier
le 26 avril à partir de 20h
Montévidéo
04 91 37 14 04
www.montevideo-marseille.com
44
ARTS VISUELS
GRANET | ALAIN PAIRE | ILLUSTRATEURS
Encrons les planches
La cinquième édition des Rencontres du 9e Art joue les prolongations au
musée Granet avec une proposition originale, La BD s’attaque au musée !,
tandis que les ombreux dessins de Kamel Khélif racontent autrement
d’autres histoires chez Alain Paire
Le projet concocté par Ludmila Virassamynaïken,
conservatrice du patrimoine récemment nommée, tente
avec habileté de cerner les différentes représentations du
musée véhiculées par la bande dessinée. L’écueil du
parcours didactique lénifiant est écarté au profit d’un
engagement du visiteur, avec une remarquable économie
de moyens et quelques efforts quand même ! Notre vision
première de l’institution muséale n’en ressort pas intacte.
Au moins amusée. Le catalogue (au format B.D.
évidemment !) permet de développer plus avant cette
approche singulière.
Et, avec la première acquisition d’un dessin inédit de
Guillaume Long qui intégrera la collection des arts
graphiques (plus classiques) du musée, la B.D., art mineur
en d’autres temps heureusement révolus, fait désormais
son entrée officielle sous les cimaises d’un temple des
Beaux-Arts.
Au-delà de l’illustratif
Kamel Khelif, scéne de café
Comment la bande dessinée aborde-t-elle l’institution
muséale ? Trente dessinateurs parmi les plus connus proposent leur vision dans les sous-sols du musée Granet.
Plongé dans la pénombre, muni d’une torche électrique,
le visiteur explore les parois des murs à la découverte
de planches originales accrochées en courtes séquences
narratives. D’une salle à l’autre l’espace devient crypte,
la déambulation se transforme en enquête, et les mythes
narratifs refont surface. À la sortie, les jambes un peu
lourdes et les yeux un brin congestionnés, on ne
reconnaît plus tout à fait Granet (le musée) tel qu’on
l’avait abordé dès l’entrée.
Pendant ce temps, de l’autre côté de la ville, se jouent
d’autres scènes. Celles que dépeint Kamel Khélif à force
d’ombres charbonneuses. Ici point de déroulement narratif
mais des histoires qui se superposent, se fondent et se
confondent dans un même espace. En outrepassant le
geste illustratif par un travail plastique par endroits fort
séduisant, il octroie à l’image dessinée le statut d’œuvre
autonome. Chacune des pièces sélectionnées avec Alain
Paire s’apprécie pour elle-même. Certaines évoquent les
gravures de Rembrandt et Goya ou bien encore les encres
d’Hugo. Et ce n’est pas la moindre des qualités de ces
images qui condensent le travail d’illustration dans l’univers
du pictural. Est-ce un critère suffisant pour accéder au
panthéon de la place Saint-Jean de Malte ?
CLAUDE LORIN
Rene Petillon, Jack Palmer
Si tu ne vas
pas à l’art…
La diffusion de l’art et de la culture auprès du grand public
passe aussi par des moyens de proximité. Dans l’esprit de
ses missions, la bibliothèque départementale des Bouchesdu-Rhône a conçu une série d’expositions itinérantes sur le
principe du bibliobus mais proposant une rencontre avec
les œuvres originales de trois illustrateurs de renommée
internationale. De l’enfant qu’il a été, qui saura reconnaître
Elmer, l’éléphant multicolore créé il y a quarante ans par
David McKee ou l’impertinente Petite Princesse aquarellée
sous le pinceau de Tony Ross ? C’est aussi l’invitation au
regard d’explorer les espaces légers et délicats conçus par
la marseillaise Hélène Riff. Á Carnoux, Cassis, Noves,
Rousset, Velaux et Vernègues, des visites commentées,
ateliers et lectures spectacles complètent ce dispositif
original offert au public dès quatre ans. Insistons donc
encore pour une initiation aux arts sans attendre le nombre
des années !
C.L.
David McKee/Tony Ross/Hélène Riff
Expositions itinérantes
ABD Gaston Defferre
04 91 08 61 00
www.biblio13.fr
Tony Ross © Tony Ross
Marc Antoine Mathieu
La BD s’attaque au musée
jusqu’au 8 juin
Musée Granet
04 42 52 88 32
www.museegranet-aixenprovence.fr
catalogue
La BD s’attaque au musée !
Images en Manœuvres Éditions, 2008
Kamel Khélif, Dessins
jusqu’au 3 mai
Galerie-Librairie Alain Paire
04 42 96 23 67
www.galerie-alain-paire.com
NUIT DES MUSÉES
ARTS VISUELS
45
Ma nuit est belle
Créée en 2005 à l’initiative du ministère de la Culture et de la Communication, La Nuit des musées est une manifestation gratuite qui a
pour but de faire entrer de nouveaux publics dans les musées, au travers, notamment, de manifestations parallèles conçues pour l’occasion
(mises en lumière, performances musicales, théâtre…). C’est l’occasion pour beaucoup de découvrir l’espace muséal, devenu, le temps
de la manifestation, le lieu de tous les spectacles, mêlant expositions et rencontres de tous ordres. Et ce en soirée, ce qui est d’autant plus
séduisant ! Petit tour, non-exhaustif, des propositions des musées de la région le 17 mai.
travaux de réfection des façades du Palais Martigues
Muséon Arlaten :
Aix-en-Provence
Fondation Vasarely :
30 ans et toujours contemporain.
De 19h à minuit, outre l’ouverture
des 7 salles, fims et musique.
Musée de l’atelier de Paul Cézanne :
visite commentée de l’atelier, exposition
De l’esquisse à l’œuvre de Jean Amado…
De 20h à 1h.
Musée des tapisseries :
La collection du formidable
Mr Ledoux, collection d’autographes
d’artistes et de personnalités de renom
retravaillée par Jean-Noël Schramm ;
visite du Palais de l’Archevêché.
De 20h à 1h.
Pavillon Vendôme :
on retrouve la collection du formidable
Mr Ledoux avec soixante portraits
d’artistes photographiés par
Jean-Noël Schramm ; installation
d’œuvres de François Mezzapel
dans les jardins.
De 20h à 1h.
Les Studios de cirque, installés
à Arles, créent pour l’occasion un
spectacle mêlant cirque et poésie ;
toutes les heures de 20h à minuit.
Avignon
Maison Jean Vilar :
Hommage à Maurice Béjart
avec photos et vidéos. De 19h à 21h30
Musée Calvet :
le rez-de-chaussée sera ouvert
de 21h à minuit, tandis que dans
les jardins sera donné un concert
de jazz et que la cour d’honneur sera
mise en lumière par Wilfried Roche.
Collection Lambert :
ouvert de 20h à minuit
Musée Lapidaire :
De 21h à minuit Marie-Béatrice Huser
donnera trois extraits d’opéras
et airs inspirés de la mythologie
antique pour une Nuit des dieux.
Cavaillon
Allauch
Musée : Dans la journée, de 14h à 23h,
l’exposition de.po.ze/dépôts 2002-2008
propose une sélection d’œuvres
déposées depuis la création du musée ;
à partir de 21h, et jusqu’à 23h,
visite à la lampe torche.
Musée de l’Hotel-Dieu :
exposition Cavaillon, ville romaine,
de 19h à minuit ; la cie Moitié raison –
Moitié folie met en scène une visite
théâtralisée du Cavaillon baroque.
De 20h à 22h30.
Gap
Arles
Fondation Van Gogh :
Hommage à Van Gogh par de grands
artistes contemporains ; peinture,
sculpture, musique,
photographie, littérature…
De 18h à 23h.
Musée Départemental
de l’Arles Antique :
ouverture de 19h à 1h ; ateliers pour
enfants aux mêmes horaires.
Musée Réattu :
Inauguration de l’exposition Réattu Pink
Palace de Christian Lacroix qui mêle
collections anciennes et contemporaines
du musée, ainsi que son propre travail
et des œuvres d’artistes amis invités.
De 19h à minuit.
Muséum départemental
des Hautes-Alpes :
le vernissage des nouvelles
expositions aura lieu à 18h ;
l’association Section hip hop
de Gap proposeront une performance
Graffiti de 14h à 17h, puis de danse
hip hop de 16h30 à 17h30 ;
Bernard Galland donnera, à 21h,
L’Impromptu de Schubert.
Marseille
Fondation Regards de Provence :
l’exposition Pierre Ambrogiani –
Le gourmand de couleurs se visite
de 18h à 21h.
Muséum d’histoire naturelle :
malgré la fermeture du Muséum
(du 29 avril au 3 août pour cause de
Longchamp), l’équipe se mobilise pour
faire (re)découvrir le Palais Longchamp
à tous les publics.
Musée de la mode :
deux visites guidées de l’exposition
Hommage aux donateurs auront lieu
à 20h30 et 21h30 tandis qu’au sous-sol
du musée de jeunes créateurs
et chapeliers marseillais ouvriront
un show-room de chapeaux.
Le public, chapeauté, pourra se faire
photographier et les vingt portraits
les plus originaux seront récompensés.
Musée d’archéologie
méditerranéenne :
dans le cadre de l’Action Théâtre Off,
et suite aux ateliers menés
aux Beaumettes, quatre détenus
mèneront une visite théâtralisée des
collections de 20h à minuit ; l’ensemble
Musicatreize donnera un concert
(voir page33) de 23h à minuit. ANNULÉ
Musée des civilisations d’Europe
et de la Méditerranée :
un concours de peinture et dessin
sur le thème des Lumières du fort
Sain-Jean se déroulera en journée,
puis, suite à l’exposition des œuvres,
le public pourra remettre les prix ;
des ateliers de photo au sténopé seront
organisés par l’association Oscura.
De 18h à 22h.
Musée Cantini :
visites commentées des collections
de 20h à minuit ; on retrouve
Musicatreize, de 20h à 21h
(voir p 33). ANNULÉ
Musée d’art contemporain :
visites commentées de 20h à minuit ;
Musicatreize poursuit son périple
musical, de 21h30 à 22h30 ;
programme de danse surprise,
de 20h à minuit.
Musée de la faïence :
autour du décor floral sur faïence au XVIIIe
siècle, un atelier, une visite commentée
et une projection vidéo sur Les terres
mêlées en pays d’Apt.
De 20h à minuit.
Musée Ziem :
visites commentées de l’exposition
Les vies de Ziem, de 18h30 à 21h ;
la cie marseillaise Skappa donnera
Uccellini, de 19h30 à 20h15 et 21h30
à 22h15.
Quinson
Musée départemental de préhistoire
des Gorges du Verdon :
visite du musée de 19h à 22h ;
dans le même temps inauguration
de la nouvelle exposition temporaire
Saint-Rémy-de-Provence
Musée des Alpilles :
visite du musée et de l’exposition
Objets trouvés, de 10h à 23h ;
le groupe T’es in t’es bat donnera
une performance : réalisation d’un film
numérique en journée, projeté
sur la façade à 22h.
Salon-de-Provence
Musée de l’Emperi :
visites libres du musée ; ateliers
autour des chantiers des collections.
De 18h à 23h
Musée de Nostradamus :
présentation de Recettes précieuses
aux mille vertus, en préambule
à l’exposition prévue cet été autour
du Traité des Fardements et Confitures
écrit par Nostradamus en 1552.
De 18h à minuit.
Toulon
Muséum d’histoire naturelle :
découverte amateur du ciel
et des étoiles, de 22h à 23h30 ;
Eveil aux cinq sens avec reconnaissance
des oiseaux et de leurs chants,
de la garrigue, analyse tactile d’objets,
de 19h30 à 23h30 ; hors les murs,
à la Maison de la nature des Quatre
Frères, activités en milieu naturel
de 19h30 à 23h30, et balade autour
des secrets des plantes, de 22h à 23h30.
Programme consultable sur
http://nuitdesmusees.culture.fr
46
CINÉMA
POLYGONE ÉTOILÉ | ROUSSET | ATTAC
LE CINÉ
Étranges étrangers ENGAGÉ D’ATTAC
Depuis le 21 mars, au Polygone étoilé, ont lieu
régulièrement des projections de films autour des
images de l’altérité dans le cinéma documentaire
Cette programmation est le fruit du travail
collectif d’une quinzaine de personnes
qui, pendant sept mois, ont visionné, sélectionné des films pour faire partager aux
autres leurs découvertes et leurs réflexions.
Un atelier de programmation mis en place
par la branche marseillaise du réseau
national d’éducation populaire Peuple et
Culture qui œuvre aux échanges et à la
construction des savoirs autour de deux
axes : langue, littérature et poésie d’un
côté, et image à travers le cinéma du réel.
Le cycle «Cinéma» a débuté en avril avec
des films comme France 2007 de Gee Jung
Jun ou L’Enfant aveugle de Johan Van der
Keuken. En mai, le 15, on est invité à
découvrir l’«étrange étrangeté» avec
deux films à ne pas rater, Les Maîtresfous de Jean Rouch et Ce Gamin-là de
Deligny et Renaud Victor.
Le 29 mai, De l’autre côté, un carnet de
voyage engagé réalisé par Chantal
Ackerman, sera précédé de deux courts
métrages. Et pour terminer le cycle, le 5
juin, un film de Nicolas Klotz, La Blessure,
sur les demandeurs d’asile.
Toutes ces projections de films qui inter-
Femmes précaires
La terre parle arabe
Le 19 mars, ATTAC a présenté, Femmes
précaires de Marcel Trillat, cinq portraits
croisés de femmes dans leur quotidien, au
travail ou en famille, qui témoignent de leur
lassitude, de leurs espoirs. Muriel, Danielle,
Zounika, Jo et Agnès sont filmées avec un
regard plein d’humanité et de respect,
celui que Marcel Trillat porte sur tous ces
travailleurs qui, étant à temps partiel,
gagnent moins que le SMIC. Car il n’y avait
aucun portrait de femme dans ses deux
premiers films, 300 jours de colère et Les
Prolos. Et parmi les 3 600 000 personnes
qui travaillent à temps partiel, 80 % sont des
femmes. Marcel Trillat a ensuite échangé
avec le public en majorité féminin.
Le 23 mai, au Cinéma l’Alhambra à 20h,
en collaboration avec Les amis du Monde
Diplomatique, sera présenté le documentaire de Maryse Gargour, La terre parle
arabe, suivi d’un débat avec Dominique
Vidal, journaliste au Monde Diplomatique.
Des films engagés, suivis généralement de
débats passionnés.
A. G.
Ressources humaines
rogent l’altérité démarrent à 19 heures le
jeudi, et sont suivies de discussions dans
la convivialité autour de repas sur place. À
essayer si vous appréciez le documentaire,
et si vous avez envie de découvrir ces films
choisis finement par l’atelier de Peuple et
culture.
ANNIE GAVA
Mercredi 23 avril c’est le film de Laurent
Cantet, qui sera présenté au CRDP à
18h30. Ressources humaines, avec Jalil
Lespert, chronique sur le monde du travail
aujourd’hui, pose les questions de la
filiation, de la lutte des classes, de l’ascension sociale, de la place dans le monde
d’un fils d’ouvrier sortant d’une grande
école de commerce… Le film sera suivi
d’un débat sur les méthodes du nouveau
management appliqué à la restructuration
d’une usine.
Cinéma et écologie
de documentaires et de fictions suivies de
débats avec des invités, spécialistes des
questions abordées, réalisateurs, écrivains,
se succéderont dans la salle Emilien
Ventre.
Ecole écolo
Si le vent soulève les arbres © 2006/Talking pictures/SOFAM
Depuis 1997, Les Films du Delta
organisent chaque année des Rencontres
cinéma à Rousset.
Du 25 au 27 avril, cette année, les
Rencontres sont consacrées à deux
thématiques liées à notre environnement :
le réchauffement climatique et les
manipulations génétiques. Projections
Pour s’informer, réfléchir ensemble,
autant commencer tôt : la journée du 25
avril est consacrée aux scolaires avec,
pour les collèges, la projection de
Bienvenue à Gattaca d’Andrew Nicoll,
qui aborde aussi bien l’eugénisme que le
déterminisme génétique. Les «petits»
verront la Terre de haut, et les dégâts
que l’on y a causés, avec Vu du ciel de
Yann Artus Bertrand.
Vous avez dit
«réchauffement» ?
Samedi est consacré au réchauffement
climatique avec La Vérité qui dérange de
David Guggenheim, puis Demain un monde
sans glace, La vie en sursis de Thierry
Piantanida, premier volet de la série
réalisée avec Jean-Louis Etienne. Dans le
film de Marion Hänsel, Si le vent soulève les
arbres, on suivra Rahne et sa famille, fuyant
la sécheresse et la guerre qui menace.
Manipulations
Dimanche, le film-enquête de Michel
Delpratx qui a fait débat dans certains
milieux scientifiques, engagera certainement des discussions passionnées. Quant
à The Island de Michael Bay avec Scarlett
Johansson, il permettra de réfléchir aux
limites d’action de l’homme sur l’homme.
Et, pour être en accord avec les thématiques, toute la manifestation est sous le
signe de l’écologie : repas bio, programmes sur papier recyclé et déchets triés et
recyclés !
ANNIE GAVA
Rencontres de Rousset
Du 25 au 27 avril
Les films du Delta
04 42 53 36 39
http://www.filmsdelta.com
LE CHAMBORD | CINÉPAGE | CRDP | CITÉ DU LIVRE
CINÉMA
47
Au Rendez-vous des quais (3)
Miroirs africains
à Marseille
Du 22 au 27 avril au cinéma
le Chambord se tiendra la 2e édition
du festival Miroirs et cinémas
d’Afrique dont la présidente
n’est autre que Naky Sy Savané
qui a tourné avec les plus grands
réalisateurs africains. En particulier,
elle tient le rôle principal dans
le premier long métrage de Fanta
Régina Nacro, La nuit de la vérité.
On a pu la voir aussi dans Moolaade
de Sembène Ousmane.
Son fils, Alain Sembène, remettra
le grand prix Sembene Ousmane
à l’un des réalisateurs invités
dont le Malien Salif Traoré,
le Guinéen Cheick Fantamadi
Camara (cf Zibeline 3), la Marocaine
Farida Bourquia…
Une trentaine de films sont
présentés, dont une douzaine
de longs métrages, et des courts
métrages parmi lesquels quatre films
d’animation. Ces films venus
de douze pays donneront l’occasion
de découvrir une cinématographie
peu diffusée à Marseille. Une initiative
dont se réjouiront les amateurs
de cinéma africain, et les autres.
Un nouveau rendez-vous est donné,
le jeudi 24 avril, à 19 heures,
avec les Films du Tambour
de Soie, une société de production
marseillaise. Celle-ci propose de
découvrir le nouveau documentaire
de Michèle Bourgeot, Une amitié,
© X-D.R
l’histoire de Malik et Odysseas,
deux pré-ados, qui vivent dans
la même rue, fréquentent la même
classe, et partagent une amitié quasi
exclusive jusqu’au jour où l’un
d’eux va devoir déménager...
Les producteurs, Alexandre Cornu
et Muriel Sorbo, ainsi que
la réalisatrice, seront présents.
A.G.
ANNIE GAVA
Une Amitié
Le 24 avril à 19h
Rendez-vous des Quais
CRDP 31 bd d’Athènes
www.rendezvousdesquais.org
Naky Sy Savané © Pierre-Yves Page
Sous les pavés, le cinéma…
Cinémas d’Afrique
Du 22 au 27 avril
Le Chambord, Marseille
04 91 08 49 39
Afriki Djigui Theatri
www.djigui.org
«Montrer comment le cinéma
a relayé des questions comme
celles de l’amour, de la sexualité,
du couple, de la famille et de la place
de l’Homme dans une nouvelle société
à réinventer avant, pendant, et après
le mois de mai 1968…»
Tel est le projet de la programmation
de l’Institut de l’Image à Aix :
Mai 68. L’amour est à réinventer !
du 30 avril au 15 mai
Il était une fois le cinéma…
L’Association Cinépage a proposé à quatre critiques de cinéma
de présenter leurs coups de cœur, le dernier week-end du mois
de mai
C’est ainsi que Pascal Mérigeau (Nouvel Obs)
a choisi Impitoyable de Clint Eastwood,
vendredi 30 mai à 20 heures au
Prado. Michel Ciment (Positif, Le
Masque et la Plume) y présentera, le 31 mai, La Balade
sauvage de Terence Malick.
Hélène Frappat (Les Cahiers
du Cinéma, Rien à voir) a porté
son choix sur Beau Fixe sur
New York de Stanley Donen,
dimanche 1er juin, à 10h 15 aux
Variétés. Le seul coup de cœur
français est celui de Xavier
Leherpeur (Ciné-Live, Canal +) : Les
Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy,
dimanche 1er juin à 14h au cinéma
Prado. L’occasion de voir sur grand
écran de grands films de
l’Histoire du cinéma, et aussi
de parler du plaisir du
cinéma, du rôle de la
critique avec les quatre
invités auxquels se joindra,
pour animer la table ronde,
Jean-Pierre
Jeancolas
(Positif, Politis), samedi 31
mai à 14h 30 à l’Alcazar.
Cinéphiles, réservez votre weekend ! A.G
Des films cultes, qui ont marqué
une génération, comme If
d’Anderson, La salamandre
de Tanner, Détruire dit-elle de Duras,
L’An 01 de Doillon. Des Ciné-tracts…
A.G.
Institut de L’Image Cité du Livre
Salle Armand Lunel
04 42 26 81 82
www.institut-image.org
48
CINÉMA
REFLETS | LADY JANE
Reflets et projections
Reflets, association qui regroupe lesbiennes, gays,
bi et trans, programme un festival ouvert à tous, qui
a pour objectif de susciter une réflexion sur toutes les
questions d’identité générique à travers diverses
formes d’expression, dont le cinéma
Echo Park © X-D.R
Du 23 au 27 avril a lieu la septième
édition du festival Reflets autour de la
thématique Genres et identités ; des
films d’aujourd’hui pour «évoquer les
différences, les normes, la laïcité, le
pouvoir et la démocratie, l’immigration,
le sida, les identités et les genres, mais
aussi les premiers amours, les désirs, la
tendresse…» nous précise Michèle
Philibert qui a créé cette manifestation
en 2002 et se bat aujourd’hui pour la
développer malgré la suppression brutale de certaines subventions. Ceci est
d’autant plus regrettable que, d’une
part les associations qui proposent des
festivals de cinéma indépendant ont
besoin d’être soutenues, et que,
d’autre part, l’homophobie existe
encore, et les oeuvres qui abordent
ces thèmes directement, avec pertinence et sans complaisance ont besoin
d’avoir un espace de diffusion, pour
l’instant largement trop confidentiel.
En plus de la programmation, au
cinéma Variétés (18 séances), de films
venus d’Italie (le beau film Riparo de
Marco Simon Puccioni, grand prix
du Jury à Annecy, voir Zibeline 3),
d’Espagne (El Calentito de Chus
Guttierez qui nous plonge dans le
Madrid des années 80 et de la
Movida), d’Inde, des USA, deux cartes
blanches sont offertes. L’une à
Vidéochroniques qui propose des
vidéos performances de Steven
Cohen ; l’autre à Frédéric Flamand et
au Ballet National de Marseille qui
deux soutenus par la Région. Et le
documentaire n’est pas oublié ! Les
règles du Vatican d’Alessandro
Avellis montre la collusion entre le
monde politique et le Vatican. L’ordre
des mots de Cynthia et Melissa Arra
dresse un état des lieux de la question
«trans’ et inter sexe» en France, en
écho avec l’exposition du photographe
Naïel.
Car Reflets ce sont aussi des expositions, de la musique, des soirées
festives et même un «Brunch et
bavardage»…
A.G.
Riparo © X-D.R
présente Cremaster 5 de Matthew
Barney.
«Nous avons aussi la volonté de soutenir
le cinéma des jeunes créateurs et la
soirée de clôture, dimanche 27, est
consacrée aux courts-métrages avec,
entre autres, Entracte de Yann
Gonzalez, en sa présence.» ajoute
Michèle Philibert
Elles écrivent et elles tournent : Sylvie
Ballyot et Laurence Rebouillon
présenteront leurs films dont Tel père
telle fille sélectionné à la Quinzaine
des réalisateurs et West Point, tous
Les Variétés
04 91 53 27 82
www.festival-reflets.org
Riparo © X-D.R
La tragédie dans la rue
«Pour faire un film, il vous faut obligatoirement une fille et un pistolet» J. L. Godard, Histoires du Cinéma
Dans le dernier film de Robert
Guédigian, Lady Jane, il y a bien un
pistolet et une femme, Muriel (Ariane
Ascaride), une femme fatale, Électre
animée par le désir de vengeance, qui
mène la danse (macabre !). Le
cinéaste, voulant faire un film de genre,
à Marseille, avec sa tribu, y a mis tous
les ingrédients du film noir à la manière
de Nicholas Ray.
Il y a donc les anciens amants-amis de
Muriel, François, peut-être encore
amoureux, (J.P. Darroussin) et René, le
plus lucide, (Gérard Meylan) qu’elle
appelle à l’aide en apprenant que son
fils a été enlevé. Il y a des filatures, une
course-poursuite en voiture, une scène
de suspense dans la gare TGV d’Aix,
montée magistralement, des filles
nues qui dansent dans un cabaret, une
boutique de luxe à Aix, des bars
louches à Marseille, des coups de feu,
du sang.
Il y a aussi des Robins des bois qui
distribuent des fourrures aux ouvrières
de l’Estaque qui l’ont oublié, une mini
Austin rouge (pour filles !), une
reproduction des Chrysanthèmes de
Monet, choisi à dessein, un vieil ami,
Henri, (Jacques Boudet) qui regarde à
la télé des images de la tragédie
palestinienne et qui parle du passé.
Il y a Marseille, son tramway, la rue de
la République, un faux proverbe
arménien du XIe siècle : «Celui qui
cherche à se venger est comme la
mouche qui se cogne contre la vitre
sans voir que la porte est grand
ouverte». Et il y a aussi le Temps, le
temps qui passe, nous obligeant à
nous demander si tout a un sens, si
tout n’est pas qu’illusion.
Robert Guédigian dit avoir fait ce film
pour savoir ce qu’il pensait au moment
où il le faisait : un regard sans
complaisance et plutôt désespéré. Un
film dans la veine de La Ville est
tranquille, en plus sombre encore : un
film réussi.
ANNIE GAVA
© Diaphana Films
Lady Jane
Robert Guédiguian
UN ROMAN POLICIER | AFLAM
Désirs de Policiers
Vendredi 11 avril, aux Variétés en avant-première, a été présenté Un
roman policier de Stéphanie Duvivier. Une manière de boucler la
boucle pour cette jeune réalisatrice qui a tourné son premier long
métrage à Marseille parce que cette ville lui plaît et que la Région l’a
soutenue
Une équipe
Une grande partie de l’équipe était présente ; les deux
acteurs principaux, Marie-Laure Descoureaux,
parfaite dans le rôle peu facile d’un lieutenant de
police, et Abdelhafid Metalsi, qui lui fait tourner la
tête ; et de nombreux comédiens et techniciens, dont
la grand- mère arabe : 70 % des participants sont de
Marseille. Tous étaient là, solidaires et enthousiastes,
autour de Stéphanie Duvivier dont l’énergie et la
volonté semblent communicatives.
Et de la persévérance, il en a fallu beaucoup pour
mener à terme ce film à l’économie fragile dont la
plupart des scènes ont été tournées de nuit, dans des
conditions souvent très difficiles. «La nuit exacerbe
les choses ; la solitude et les envies sont plus fortes. Il
y a de l’espace pour laisser parler ses instincts.»
Une histoire de désir
L’histoire d’Un roman policier n’est pas très originale :
une enquête sur une affaire de drogue dans une
banlieue… Peu importe ! Car le sujet du film est
autre : c’est le désir, thème que la réalisatrice avait
déjà abordé dans le superbe Hymne à la gazelle,
César du meilleur court métrage en 2005. C’est
d’ailleurs l’envie de retravailler ce sujet en «plongeant
ses deux acteurs dans le milieu de la police et en les
confrontant à la mort» qui est à l’origine du film.
Et filmer le désir, Stéphanie Duvivier sait le faire : des
regards, un gros plan sur la boucle d’une ceinture de
pantalon, une douche chaude après un bain forcé
dans une piscine, une fête improvisée dans un bar de
quartier… Des personnages écorchés, filmés avec
beaucoup d’humanité et de tendresse, des policiers
(pas des flics !) avec leurs failles, leurs faiblesses,
leurs peurs, leurs conditions de travail rudes.
Pour l’écriture du scénario la réalisatrice a enquêté,
avec difficulté souvent, dans des commissariats, et
Stéphanie Duvivier © A. Gava
ANNIE GAVA
Un roman policier
Stéphanie Duvivier
Sortie le 16 avril
Stéphanie Duvivier et Kheira © A. Gava
49
Prélude
à Palestine
Quelques projections
et rencontres sont proposées
par AFLAM (voir Zibeline n° 3)
avant la programmation
aux Variétés en mai
L’association, qui promeut les cinémas en langue
arabe, s’attache durant les derniers jours du mois de
mai au cinéma palestinien, en proposant un quarantaine de films aux Variétés et dans plusieurs lieux
marseillais, mais aussi à Digne, Port-de-Bouc, Manosque, Gardanne, Aix… Mais avant cela la Palestine,
celle de l’extérieur et celle des territoires occupés,
sera évoquée par une confrontation entre les arts.
Cinéma et littérature d’abord, à l’Alcazar, avec le
22 avril : la projection d’En quête de Palestine
d’Edward Saïd sera suivie d’un débat et, le 20 mai,
Mahmoud Darwich et la terre comme la langue de
Simone Bitton et Elias Sambar qui sera présent. Ces
rencontres sont organisées en partenariat avec Les
Libraires du Sud.
Cinéma et musique ensuite, avec deux films d’Elia
Suleiman, Cyber Palestine, le 15 mai à la Cité de la
Musique et Intervention Divine, le 18 au Toursky, projections suivies de concerts proposés par Le Mur
du Son.
A.G.
aux moments de doute a eu le soutien d’Olivier
Marchal qui lui a présenté son chef opérateur, Denis
Rouden, et «proposé ses services» pour le rôle de
Viard : un «flic des stups» qui passe son temps à
surveiller Fati, interprétée par la magnifique Hiam
Abbass qui avait déjà tourné dans le premier courtmétrage, Le mariage en papier.
C’est pourquoi après Un Roman policier on ne regarde
plus les «flics» exactement de la même façon !
CINÉMA
Cinémas de Palestine
du 22 avril au 3 juin
www.aflam.fr
50
LIVRES
RENCONTRES
La ville mirage
À l’occasion de la sortie de Tanger, Ville
frontière (voir Zibeline 6), La Pensée
de Midi proposait une série de rencontres avec ses auteurs. La revue est
familière de ces portraits de villes
méditerranéennes qui se présentent
comme des mosaïques de textes, et
dont la lecture plonge dans une sorte de
perplexité active, comme s’il manquait
un lien entre des pensées disparates, et
forcément incomplètes. La rencontre
avec les auteurs, le dialogue avec le
public et la projection du documentaire
de Leila Kilani Tanger, le rêve des
brûleurs venaient opportunément offrir
au lecteur la bonne distance : celle qui
permet à la mosaïque de prendre sens,
etaudesseingénéraldel’œuvred’apparaître.
Il est violent. Si Tanger est une ville
séduisante,
chargée
d’attraits
touristiques récents et d’une mythologie
littéraire ancienne (Ô Genêt, Yourcenar,
Kessel, Paul Bowles !), la prostitution,
la pauvreté, l’islamisme qui gagne du
terrain, l’exploitation économique par
l’Espagne et l’Arabie Saoudite, et le
blanchiment de l’argent du cannabis
s’affirment comme les traits dominants
de cette ville. Ce qui explique pourquoi
Tanger reste désespérément tournée
vers une Europe qui se dessine
nettement sur son horizon clair, mais se
refuse obstinément à ceux qui la
désirent.
En regardant ces «brûleurs» qui risquent
leur vie pour passer le détroit, en
écoutant terrifiés le nombre impressionnant de morts que la politique
d’immigration européenne génère, c’est
bien le visage de l’Europe que la
mosaïque dessine : celle qui colonisa,
prostitua, et qui aujourd’hui continue
de consommer du cannabis marocain,
exploite la main d’œuvre autochtone
pour fabriquer son prêt-à-porter à bas
prix, barbèle les côtes, laisse mourir les
candidats au voyage sous les essieux des
camions de marchandises, dans les
zodiacs surchargés, ou dans le désert
où les «reconduites» aux frontières
renvoient les africains subsahariens…
En clair, Tanger apparaît comme un
des points névralgiques où l’utopie
méditerranéenne échoue lamentable-
ment contre la grève bétonnée. Car nés
sur la rive Nord nous allons où bon
nous semble : un homme ne vaut pas
un homme.
AGNÈS FRESCHEL
Les Rencontres de Midi ont eu lieu
du 25 au 29 mars à Châteauvallon,
Nice (librairie méditerranée),
Aix (librairie Harmonia Mundi),
Marseille (Bibliothèque départementale
Gaston Defferre, Dock des Suds).
Tanger, le rêve des brûleurs,
documentaire de Leila Kilani, 2001
Tanger, la Medina © X-D.R
Des blousons
noirs à l’Alcazar !
Le 29 mars les Cahiers de l’Écailler ont
proposé une de leurs Rencontres sur
les littératures policières. Rock et
Polar, tel était l’intitulé de cette conférence concert, menée sous la houlette
érudite de François Thomazeau,
coéditeur de l’Ecailler, écrivain, grand
amateur de rock, et de François Billard,
historien de la musique et enseignant.
Avec eux, deux jeunes auteurs de polars
et musiciens de rock, Thomas Labat et
Bruno Leydet.
Quels liens le polar et le rock entretiennent-ils ? De quelles affinités ces deux
sous-genres se nourrissent-ils ? On a
coutume d’associer l’écriture policière
au jazz. Or, selon Thomazeau, cette
parenté tient davantage du mythe que
de la réalité. Dans les faits, et il l’a montré
références cinématographiques, littéraires et musicales à l’appui, ce qu’on
appelle polar ou roman noir, est bien
davantage abreuvé de rock’n’roll. En
témoigne le fameux Blackboard Jungle,
adapté en 1955 du roman éponyme
d’Ed Mc Bain, en français Graine de
violence, dont la BO avait été confiée
à Bill Haley ; ou, plus près de nous,
Pulp Fiction.
On a ainsi navigué des mauvais garçons
des chansons aux héros désenchantés
des romans, de bouges glauques en
braquages foireux, sans toujours éviter
l’écueil des clichés. Un voyage dans le
temps et les topoï, qui tenait plus de la
balade nostalgique que de l’odyssée
rock : si le même esprit rebelle anime
les deux formes, si la plupart des
écrivains de polars insèrent volontiers
des bandes-son rocks dans leurs textes,
histoire de les inscrire dans une époque,
peut-on pour autant affirmer que
l’écriture noire soit rock ? La question
du style, essentielle, est restée sans
réponse. Et le public sur sa faim. Une
déception donc, que l’agréable concert
du groupe Double Blanc n’a pas
totalement dissipée…
Notons toutefois que, grâce à la
bibliographie élaborée par le département Langues et Littératures de
l’Alcazar, il reste possible d’approfondir
par soi-même !
FRED ROBERT
À lire, notamment
Le chanteur de gospel, Harry Crews,
Gallimard, Série Noire, 1995.
La faute à dégun, François Thomazeau,
Méditorial, Mistéri, 1996.
Fatal song, Carl Hiaasen,
Denoël, Et d’ailleurs, 2003.
Soul circus, Georges Pelecanos,
Editions de l’Olivier,
Soul fiction, 2004.
Passé imparfait, Kinky Friedman,
Rivages/Noir, 2007.
Jim Morrison is alive and well
and living in Ibiza, Bruno Leydet,
L’Écailler du sud, 2007.
51
Un poète, des ados,
Roubaud l’Espiègle des animaux
Jacques Roubaud © A.Gava
«J’ai 75 ans. J’écris de la poésie. C’est
difficile et je n’en vends pas beaucoup.»
C’est ainsi que se présente lui-même
Jacques Roubaud. Le ton est donné :
humour et espièglerie ! C’est à un
enfant espiègle de 75 ans que nous
avons affaire : il s’amuse de ses propres
audaces littéraires, nous entraîne dans
son jeu. Et on le suit avec ravissement,
tant dans les confidences plus ou moins
autobiographiques du Grand incendie
de Londres (1989) que dans les entrelacs
du métro de Tokyo ! Ses déclarations Quand une rue descend d’un côté, elle a
tendance à monter de l’autre, même à
Tokyo- laissent pantois, et émerveillé.
Les textes lus sont choisis dans différents
recueils et soulignent tous le souci du
détail juste de Roubaud. Il faut
l’entendre évoquer le souvenir de sa
grand-mère l’initiant à la savante et
difficile recette de la gelée d’azoroles,
fruits du rare azorolier ; «Il faut la
soumettre au test du frisson en la faisant
glisser sur une soucoupe : si elle frissonne,
elle est réussie, sinon on peut tout jeter !» Et
il ajoute très sérieusement qu’il en est
de même de la prose qui doit également
être soumise au test du frisson ! Plus
tard il déclare qu’il écrit dans sa tête en
marchant, mais qu’il a peur des automobilistes fous parisiens.
Mathématicien, oulipien, amateur d’haïkus et de coccinelles, Jacques Roubaud
est décidément aussi séduisant à l’oral
qu’à l’écrit !
CHRIS BOURGUE
Jacques Roubaud était invité
à une lecture de ses textes par
Maud Buinoud, Céline Greleau
et Nicole Yanni et à un entretien
informel sur les processus de la
création, au Théâtre du Petit Matin
les 11 et 12 avril
Le 12 avril, des élèves d’une sixième du
Collège Thiers à Marseille ont la chance
de rencontrer Jacques Roubaud.
Venus lui offrir un recueil de vingtquatre sonnets composés après la
lecture des Animaux de tout le monde,
ils dialoguent avec le poète conteur. À
leur question sur sa démarche de travail
pour ce recueil, «Le premier poème,
répond-il, a été réclamé par la chatte
Ophélie, une chatte très sympathique qui
n’aimant pas la télé, s’asseyait sur le poste,
la queue au milieu de l’écran….» Le ton
est donné !
Des histoires
plein les oreilles !
Après avoir lu les sonnets des élèves
présents, Jacques Roubaud leur raconte
des histoires, la gourmandise des
écureuils de Londres, les soucis des
blaireaux anglais dont les ennemis sont
les promoteurs immobiliers. À la demande des élèves, il précise certaines
dédicaces, comme celle à Harry
Matthews, (un de l’Oulipo), son ami
américain qui, jouant du clavecin, la
nuit et perturbé par les loirs grignotant
les opéras, -même ceux de Mozart !- les
a capturés et ramenés en forêt.
Il confie qu’il a composé son premier
Jacques Roubaud © A.Gava
poème à cinq ans pour l’anniversaire de
sa mère et voyant qu’il faisait plaisir ne
s’est jamais arrêté. Son poète préféré est
Robert Desnos ; il aime mieux la poésie
que la mathématique : mais la poésie ne
nourrit pas !
Son plaisir à raconter des histoires et à
jouer avec les mots est manifeste.
La rencontre s’achève par des dédicaces
colorées et réciproques, pour le plus
grand bonheur des jeunes adolescents.
ANNIE GAVA
Jacques Roubaud © A.Gava
Un homme de convictions
Thierry Magnier © Olivier Dion
Invité d’honneur de la 8e édition de
Lire et Grandir, organisée par
l’association Ville Lecture Ouest
Provence, l’éditeur Thierry Magnier
fut un orateur passionnant lors de la
rencontre du 28 mars à Istres. A côté de
la médiatrice du débat, Liliane
Rebillard, initiatrice du Salon du livre
jeunesse
d’Aubagne,
étaient
également présents Sara et François
Delebecque, auteurs et plasticiens dont
les livres sont édités chez Thierry
Magnier, et dont les œuvres faisaient
l’objet d’expositions à Miramas et à Fos.
Après une brève présentation au cours
de laquelle on apprit que Thierry
Magnier n’aimait ni les livres «toutous»
ni les «cuicuis» «aux images propres et
aseptisées, politiquement correctes» (qui
l’eut cru ?), il expliqua son profond
attachement à la toute petite enfance et
à l’adolescence, et son travail pour offrir
aux uns et aux autres des livres qui
initient, qui éveillent, qui construisent,
avec, toujours, «un respect total pour
les enfants.» Parlant de sa politique
éditoriale pour les touts petits, Thierry
Magnier s’anime : lorsqu’il y a des
enfants, non encore lecteurs qui plus
est, il y a forcément des passeurs, à
savoir les adultes. Plaire à tous est une
gageure, mais instaurer des niveaux de
lectures est une solution que l’éditeur
défend. Ainsi que les notions de
références et d’implicite qui feront que
le livre sera bon. Un livre est un tout, sa
lecture doit pouvoir se faire par les
images, par le texte, et par les deux
réunis. Pas si évident que ça…
Plongez-vous donc dans le sublime
Du temps de Sara, dont les tableaux
évoquent la mort, le travail de deuil et
le temps qui guérit, ou dans Les songes
de l’ours de François Delebecque,
remarquable travail photographique
qui rend compte des interrogations
d’un ours sur la vie des hommes. Si en
plus les livres se mettent à faire penser
les touts petits, où va-t-on…
S.L.
La manifestation Lire et Grandir
s’est tenue sur le territoire
de Ouest Provence
du 25 mars au 2 avril
52
LIVRES
RENCONTRES
Sur le chemin du retour
Pour prolonger un peu le Salon du
Livre parisien, la Bibliothèque Lilly
Scherr a organisé, dimanche 23 mars,
une rencontre autour des écrivains
israéliens qui, comme chacun sait,
étaient à l’honneur dans la capitale.
Quatre d’entre eux ont fait une étape
sur le chemin du retour et se sont
arrêtés à Marseille pour rencontrer leur
public (ancien et futur !). Qui était là,
bien présent dans le magnifique espace
de la Station Alexandre (voir numéro 6
de Zibeline).
L’extraordinaire melting-pot de la société
israélienne génère d’innombrables problématiques identitaires ; c’était le sujet
de la première table ronde à laquelle
participaient Savyon Liebrecht, native
de Munich et Boris Zaidman, fraîchement émigré de Kishinev (quelque part
en ex-Urss, comme on dit). Son
approche était particulièrement intéressante, du point de vue de l’expérience
de l’exil et de l’emprise idéologique
indélébile du régime soviétique ; enfant,
il a connu un véri-table déchirement
intérieur lorsqu’il a compris (disons
que les autres l’y ont un peu aidé…)
qu’il était juif et que donc jamais il ne
pourrait accéder à la perfection des
soldats de la Révolution… Une sorte de
tare originelle qui n’a pas facilité non
plus, par la suite, son intégration en
Israël ! Depuis, il écrit pour tenter de
recoller les morceaux de ses identités
impossibles.
Savyon Liebrecht en revanche, construit son itinéraire d’écrivain en allant
du particulier au général. Ainsi, pour
elle, tous les hommes sont des émigrés,
de première, deuxième ou troisième
génération et leurs difficultés à être,
dans un univers aux repères mouvants,
est tout aussi grande ; le déracinement
estpeut-êtrelamarquedenotremodernité.
Cette journée, fort bien orchestrée par
Pascal Jourdana, journaliste littéraire
à L’Huma et à Transfuge, a mis en
évidence la vitalité et la profondeur de
la nouvelle génération d’écrivains israéliens qui défrichent les nouveaux
territoires, parfois volcaniques, de notre
bonne vieille terre aux traits mille fois
redessinés…
SYLVIA GOURION
Les épines du mal
Quelques jours après le Salon du livre
parisien qui accueillait les écrivains
Israëliens, la Cité du Livre d’Aix recevait
Dominique Eddé, romancière
libanaise, historienne de formation (les
26 et 27 mars). La pertinence de ses
interventions avait déjà fasciné la
rédaction de Zibeline lors des dernières
Rencontres d’Averroès, et sa Lettre aux
Israëliens (août 2006), appel à la paix
et à la prise de conscience, au bon sens,
écrite alors que 80 % des citoyens
israëliens approuvaient l’invasion du
Liban, a marqué les mémoires. Mais à
Aix le thème était apparemment tout
autre : Dominique Eddé parla de son
dernier livre sur Genet et, selon le
principe des Écritures Croisées, une
lecture de son roman autobiographique
Pourquoi il fait si sombre ? par la voix
sombre et timbrée d’Anne Alvaro et un
concert complétèrent sa parole. Le rime
de Genet (ed. Le Seuil) relate sa
rencontre avec l’écrivain ; mais au-delà
de ça, l’essai autobiographique interroge
chacun sur la nature de l’admiration
que l’on peut éprouver pour l’œuvre
d’un homme qu’on n’admire pas, et
dont on réprouve au contraire
fortement les actes (Genêt comme
Céline, ou Sade). Plus profondément,
l’expérience intime de Dominique
Eddé face à Genet, affectueux mais
méprisant en elle l’impure (à la fois
femme, arabe et chrétienne, française et
libanaise…), interroge cette fascination
que le lecteur éprouve pour ces écritures
si fortes. Leur beauté aurait-elle à voir
avec la fréquentation intime du mal, et
de ses fleurs ?
AGNÈS FRESCHEL
Allez
buller à Luminy
Avis aux bédéphiles, bédévores et autres amateurs du neuvième art:
les 26 et 27 avril prochains, dans les locaux de l’École de Management Euromed Marseille, se tiendra le Festival de Bande
dessinée Des Calanques et des Bulles
La lecture par Anne Alvaro
et la rencontre du 27 mars à la Cité du
livre, ainsi que des extraits du concert
de Zeina Mokaiesh sont téléchargeables
en extraits sur Radio Grenouille,
présentés par Thierry Fabre
de La Pensée de Midi
www.grenouille888.org
Pour cette édition 2008, le Bureau des
Arts, organisateur de la manifestation,
entend bien améliorer encore le bilan
très positif de 2007 : 1500 visiteurs
accueillis en deux jours, autour de 30
auteurs. Son objectif n’a pas changé : il
s’agit d’«offrir au public un événement
culturel accessible à tous et prônant la
diversité des genres et des styles.» L’accès
au festival reste donc libre et gratuit.
Pendant tout le week-end, de 10 à 18
heures, petits et grands pourront
trouver leur bonheur parmi les
nombreuses animations proposées :
séances de dédicaces, expositions de
planches originales, ateliers et
projections, espaces consacrés aux
fanzines et comics, aux mangas, stands
de libraires et de bouquinistes…
Le parrain de cette dixième édition sera
le dessinateur marseillais Bruno Bessadi,
membre du Zarmatelier et créateur de
l’affiche du festival ; le public pourra
également rencontrer de nombreux
autres auteurs et dessinateurs de la
région et d’ailleurs. Des Calanques et des
Bulles s’intéressera en outre au
développement durable, auquel
plusieurs conférences et débats seront
consacrés. Vous avez dit «diversité» ?
FRED ROBERT
Des Calanques et des Bulles
Festival de BD Campus de Luminy
Les 26 et 27 avril, de 10h à 18h
Entrée gratuite
04 91 82 77 39
www.descalanquesetdesbulles.com
Zorn et Dirna T4 © Soleil Productions
LIBRAIRIE LA RÉSERVE À BULLES
LIVRES
53
Des bulles qui pétillent
© Agnès Mellon
À deux pas de La Plaine à Marseille, La
Réserve à Bulles accueille depuis mai 2005
les amateurs de bande dessinée. Une librairie
exclusivement dédiée au neuvième art, dans un
espace coloré et chaleureux qui incite à
s’attarder, à fouiner, à découvrir…
Emmanuel Marin et Peggy Poirrier ont
souhaité qu’on s’y sente «comme à la
maison». C’est réussi. Dans cet espace petit
mais pas confiné, tout en arrondis, en bois
et en couleurs soleil, on circule à l’aise.
Partout, sur les murs libres, suspendues au
plafond, affiches, planches, couvertures et
personnages s’exposent. Aux avant-postes,
la librairie proprement dite propose un
grand choix d’albums, dont une sélection
est disposée sur une vaste table ovale, en
plein milieu. Au cœur de la Réserve, la
cabine de pilotage de ce navire à bulles caisse, coin bureau, bar-, jaune vif, joliment
éclairée de lampes translucides. Au pied de
cette vigie se niche le coin jeunesse, où il fait
bon se vautrer sur les poufs orange et les
coussins, à même le sol. Au fond, le salon
de thé avec son fauteuil club fatigué, ses
banquettes et ses petites tables de bois. On
se croirait vraiment chez soi. Et l’on s’assoit
volontiers, le temps de consulter une revue,
de feuilleter un flip book ou simplement
de contempler l’exposition de planches
originales du moment en sirotant un thé.
Zibeline : D’où est venu votre projet ?
Peggy Poirrier : Au départ, nous sommes
tous les deux, Emmanuel et moi, des passionnés de BD. Nous avons participé
pendant un temps à un festival, Massilia
BD ; lorsque celui-ci s’est arrêté, l’idée de
monter une librairie spécialisée a commencé
à nous trotter dans la tête. Il nous semblait
que, dans une ville de l’importance de
Marseille, la place réservée au neuvième art
était trop petite. Il a fallu deux ans pour
réaliser ce projet.
Et vous en vivez aujourd’hui ?
Oui, mais je suis l’unique employée à plein
temps. Le fait de se spécialiser dans un
genre, de se démarquer, me semble la seule
voie pour les librairies indépendantes
comme la nôtre. Par ailleurs, nous développons beaucoup d’activités annexes, qui
nous permettent de faire vivre la librairie.
Lesquelles ?
On travaille beaucoup en partenariat. Je fais
des interventions en milieu scolaire, au
cours desquelles je présente la bande
dessinée, l’évolution du genre, des
techniques… On collabore avec les médiathèques, auxquelles on fournit des BD. ; on
présente les albums aux bibliothécaires,
pour les aider à faire leur choix. Les
documentalistes nous demandent aussi
souvent d’intervenir dans le cadre de l’aide
à la lecture par la BD. et je trouve cet
exercice particulièrement intéressant : se
retrouver face aux lecteurs, surtout
adolescents, est enrichissant. Un échange
fructueux et une remise en cause constante !
Quels sont vos choix éditoriaux ?
Nous vendons bien sûr des titres commerciaux, des albums à succès ; mais, par
rapport aux grandes enseignes, notre
spécificité est de proposer un large choix
d’éditeurs indépendants et de petites
maisons d’édition. Certains, comme
Cornélius ou Les Requins Marteaux,
ont déjà 10-15 ans d’existence et une bonne
notoriété. Parmi les petites nouvelles, on
aime tout particulièrement Les Enfants
Rouges ; sise à Antibes et créée par une
ancienne libraire, cette maison n’a pour
l’instant qu’une dizaine de titres, mais
ce sont des romans graphiques très
prometteurs. On apprécie aussi beaucoup
Cambourakis, éditeur du Jeu des
Hirondelles (voir ci-dessous). On organise
également des rencontres avec de jeunes
auteurs. Samedi 29 mars dernier, on a reçu
deux Marseillais, Lisa Mandel (voir page
suivante) et le dessinateur Eddy Vaccaro.
Ce sont d’ailleurs ses planches originales que
nous exposons en ce moment.
Qui sont les clients de la librairie ?
On compte 10 à 20 % de fans très
connaisseurs, qui viennent 1 à 2 fois par
semaine, achètent toutes les nouveautés dès
leur sortie et ont des demandes précises. En
dehors de la période spécifique des fêtes, on
fonctionne principalement avec une
clientèle d’habitués, dont on connaît les
goûts et que l’on peut conseiller avec
pertinence. Même la mamie du quartier, si
elle entre ici, est généralement une mordue
de BD. ! La plupart des gens qui poussent
notre porte sont comme nous des passionnés. Du coup, je donne des conseils,
mais j’en reçois pas mal aussi !
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR FRED ROBERT
Les conseils de
Peggy Poirrier
Chez Cambourakis, Le Jeu des Hirondelles
de la Libanaise Zeina Abiracheb.
Ce roman graphique en noir et blanc
relate un huis clos à Beyrouth :
pendant les bombardements,
tout un immeuble se réfugie dans
le même appartement. Une façon
détournée d’évoquer une période
douloureuse de l’histoire libanaise
récente et de revivre, en le sublimant
par la beauté du trait, un épisode
traumatisant de l’enfance.
20 euros.
Chez Delcourt, Chloé Cruchaudet
a réalisé avec Groenland-Manhattan,
une B.D. au graphisme superbe,
à partir de l’histoire d’une authentique
expédition américaine en Arctique.
14,95 euros.
Aux éditions Vents d’Ouest enfin,
Les funérailles de Luce, de Springer :
la découverte de la mort par une fillette,
et des dessins au feutre noir
d’une belle puissance évocatrice.
15 euros.
F.R.
54
LIVRES
BD
Autobiographique
Autrefois, la fille a violemment désiré la
mort de son père. Autrefois, le père s’est
montré violent envers sa femme, ses
enfants et il les a quittés. Aujourd’hui, le
père et la fille se sont retrouvés et
travaillent ensemble. De leur collaboration est né, entre autres, ce roman
graphique qui retrace leur parcours vers
La réconciliation. Tous deux ont écrit
les textes, mais c’est Théa, la fille, qui a
dessiné, dans un beau camaïeu de gris,
cette BD où il est question bien sûr de
la réconciliation d’une fille avec son
père, mais aussi de celle de cette fille
avec elle-même et avec le monde qui
l’entoure. Sept chapitres structurent ce
voyage long et douloureux vers
l’acceptation de soi et des autres, sept
étapes obligées d’une thérapie, dont elle
sort apaisée.
Une narration qui va de l’individuel à
l’universel, de l’examen de soi à la leçon
de vie, et qui se met en scène au sein de
la fiction, c’est ce que l’on trouve ici,
comme dans tout bon récit autobiographique. Cette maîtrise narrative se
La Réconciliation
Théa et Charles Rojzman
éd. J.C. Lattès, 14,90 euros
double d’un grand talent graphique. Le
trait, expressionniste, révèle les pensées
les plus secrètes, les fantasmes, laisse leur
place aux rêves et aux bribes du passé.
Un habile jeu de disproportions au sein
des vignettes et de variations des dimensions et des cadrages sur les pages offre
de la réalité un prisme déformant. Une
représentation visuelle très pertinente
de la subjectivité à fleur de peau de la
narratrice-dessinatrice. Autobiographie
toujours… où les mots souvent épousent les contours de l’image, comme
pour mieux l’accompagner.
L’album, d’une grande intelligence et
d’une créativité plastique évidente,
semble porté par la force de conviction
et d’espoir de ses deux auteurs. C’est
d’ailleurs ce qui peut agacer, cette volonté affichée de porter la bonne parole
à ceux qui sont restés dans le noir, de
faire, mine de rien, la leçon. L’entreprise
n’aurait sans doute rien perdu à se parer
d’un peu d’autodérision.
FRED ROBERT
Au détour du conte
Jeune, marseillaise, à la fois dessinatrice
et scénariste, Lisa Mandel est déjà bien
connue des lecteurs préados et ados, qui
se délectent de sa chronique familiale
déjantée, Nini patalo. Elle termine
d’ailleurs actuellement le cinquième
tome de cette série, avis aux amateurs.
Son nouvel opus devrait, s’il en était
besoin, lui assurer la reconnaissance de
la profession et des lecteurs adultes ; en
effet, Princesse aime Princesse est édité
chez Gallimard au sein de la très
intéressante collection Bayou que
dirige, excusez du peu, Yoann Sfar, le
brillant créateur du Chat du Rabbin.
Ce roman graphique aux tons acidulés,
dans une dominante de fuschia, orange
et aubergine, revisite avec bonheur le
conte merveilleux, et en particulier le
thème de la princesse endormie et
séquestrée dans la plus haute tour du
château. La princesse, c’est Végétaline
de Brillance, qu’on dit malade pour
mieux la tenir enfermée. La sorcière qui
la retient prisonnière, c’est sa mère, une
richissime industrielle avide de toutepuissance, sur sa fille comme sur tout
ce qui l’entoure. Quant au prince
charmant, c’est… une princesse,
Codette, jeune rousse rondelette au
grand cœur et à la détermination sans
faille. Une première rencontre de
hasard, un baiser de conte de fées, et
c’est l’Amour. Codette n’aura alors de
cesse de délivrer sa bien-aimée, aidée
dans sa quête par une équipe de
Biomen loufoques et par son arme
magique, un téléphone cellulaire aux
fonctionnalités inouïes. Au terme d’une
course-poursuite échevelée dans la tour
infernale et d’un duel au sommet, tout
finira bien, évidemment. C’est un
conte, n’est-ce pas ?
Fraîcheur du dessin, caractère enfantin
de l’écriture cursive dans les bulles, arcen-ciel des couleurs, tout est pourtant
loin d’être rose dans cet univers. Lisa
Mandel a pris le parti de la légèreté, de
la poésie et de l’humour, pour aborder
des sujets graves. Princesse aime princesse
parle des premiers émois, de
l’homosexualité, de la nécessaire et
difficile conquête de l’autonomie par les
adolescents ; cet album évoque aussi
l’exil, les deuils, les délicates relations
entre parents et enfants. D’un trait
dynamique et ingénu, vif et délicat…
comme le sont les jeunes héroïnes de
l’histoire.
Vogue
le spleen
Ils ne sont pas très en forme
les personnages de ce récit,
et pourtant deviennent vite
attachants. Vincent, la trentaine,
balade son mal de vivre entre son
salon de coiffure hérité de son père
et son intention, sans cesse repoussée,
de couper le cordon ombilical avec
sa mère qui habite l’étage au-dessus ;
sa mère, justement, qui ne sort plus
et manipule son entourage
-à commencer par son fils- à l’aide
d’un petit théâtre empli de marionnettes qui lui servent à expier
ses fantasmes. Il y a aussi le cousin,
créateur de figurines érotiques
et amateur de belles femmes ;
et Rosalie Blum, épicière de son état,
que Vincent croise un jour
et qu’une impression de déjà-vu va
bouleverser, créant une obsession
croissante et perturbatrice.
Premier volume d’une trilogie dont
le deuxième tome est annoncé en mai,
Rosalie Blum est l’œuvre d’une jeune
illustratrice, auteur de livre pour
la jeunesse, qui parvient avec
ses dessins non cadrés mais fourmillant de détails (elle dessine d’ailleurs
tout à cette échelle), des couleurs vives
et une écriture manuscrite,
à nous embarquer dans son histoire
pleine de promesses.
SARA LYNCH
F.R.
Princesse aime Princesse
Lisa Mandel
éd. Gallimard, Bayou, 16,50 euros
À découvrir également
la série Nini patalo
éd. Glénat, 9,40 euros
Rosalie Blum 1.
Une impression de déjà-vu
Camille Jourdy
Actes Sud BD, 18 euros
55
Impitoyable
Dans sa préface au livre 1 de la trilogie Sans pitié,
intitulé Mistral noir, Didier Daeninckx écrit : «…ce
n’est pas un hasard, mais un signe, si la planche d’ouverture montre un tueur au repos lisant Deuil dans le coton
de Jim Thompson, un des auteurs les plus désespérés de la
Série Noire.» Ce premier volume se termine sur une
planche quasi semblable. Tout l’album est ainsi pris
dans une gangue de noirceur et de violence, dont le
déluge qui noie Marseille au début de l’histoire est une
autre métaphore.
Abondance de scènes de nuit ou d’obscurité pour une
intrigue complexe. Trafic de drogue et contrôle du
marché par les caïds locaux, flics véreux et indics,
jeunes paumés pris malgré eux dans la tourmente
d’intérêts qui les dépassent, ou manipulés par des
truands bien plus forts qu’eux, on retrouve dans le
scénario de Bruno Pradelle et de Pascal Génot les
ingrédients habituels du polar, et ses inévitables interrogations. Qui est ce tueur sans pitié ? Un mercenaire?
Un justicier ? Que deviendront les deux jeunes amoureux Nawel et Manu ? Et Axelle ? Et son frère Frak ?
Le premier livre s’achève sur un coup de théâtre, qui
donne envie de lire les autres.
Une écriture elliptique et un montage rythmé
donnent à cette BD des allures de film noir. On
apprécie aussi la précision du dessin et la beauté de
Marseille sublimée par des plans plongeants ou
panoramiques, par une utilisation subtile des couleurs.
Les échappées en plein soleil font entrer l’air et la mer
dans ces pages obscures. Les aléas de l’intrigue révèlent
la ville et ses quartiers, que le dessinateur Olivier
Thomas aime et connaît bien. Et si l’on se perd un
peu dans les méandres de cette sombre histoire, on se
promène avec plaisir sur les quais, sur les terrasses et
dans les escaliers, dans les rues et sur les rochers. Un
peu d’air avant la suite, qu’on imagine sans peine tout
aussi noire…
F.R.
Mistral noir
Premier volume de la trilogie Sans pitié
Génot, Pradelle et Thomas
éd. Emmanuel Proust, 12,60 euros
Blessures de sortie
Chauffeur de taxi à Tel-Aviv, Kobi Franco laisse aller
sa vie, entre son oncle et sa tante qui veillent sur lui et
réciproquement, une sœur qui vit à New York et un
père quelque part dont il n’a plus de nouvelles. Un
jour, Nomi, une jeune femme militaire surnommée
«la girafe» du fait de sa taille, le contacte et lui explique
que son père pourrait être la victime non reconnue
d’un attentat récent, celui de Hadera, le restoroute. La
réaction de Kobi est à la mesure de son détachement
par rapport à l’absence de son père, un détachement
apparent qui laisse Nomi seule avec ses questions. Mais
le doute va s’installer, et propulser les deux
protagonistes dans une enquête passionnante, une
quête personnelle dont l’issue n’est pas forcément celle
que sous-tend l’histoire.
Au-delà du côté actualité et reportage sur un pays en
conflit, Exit Wounds s’arrête surtout sur les rapports
amoureux, improbables, et humains, plus
généralement. Ce roman graphique, d’allure classique,
bénéficie d’un travail remarquable sur la couleur, les
différentes palettes illustrant un moment particulier,
«coupant» par le changement de teintes le fil du récit.
Le côté minimaliste des dessins peut cependant
déconcerter le lecteur et le faire décrocher. Mais dans
un pays où les éditeurs de BD sont inexistants et les
magasins très rares, Exit Wounds est un document
indispensable. À noter que la BD a obtenu cette année
le Prix France Info de la Bande Dessinée d’actualité et
de reportage, et a été primée au festival international
de la Bande Dessinée d’Angoulême, dans la section
des Essentiels.
S.L.
Bagout et
des couleurs
Il a du bagout Nadir, il est cultivé et aime
son métier, et la nuit, dans son taxi, il se réapproprie
Paris. Et refait le monde. Romain Multier
et Gilles Tévessin l’ont vraiment rencontré, en 1991,
le premier l’écoutant avec attention distiller
ses histoires, le second n’en perdant pas une miette
par la fenêtre. Ce n’est pas un reportage, plutôt
une succession de morceaux choisis, d’anecdotes,
drôles ou pas, qui, dans leur ensemble, donnent
une vision rafraîchissante d’un métier et d’une vie
souvent dénigrés. Les images de Gilles Tévessin
se jouent de la nuit trop sombre, donnant
profondeur et relief aux personnages et décors
grâce à un travail à la gouache et au crayon
qui n’est pas sans rappeler certains dessins
de Voutch. Et lorsque de pleines pages
nous aguichent, l’œil se délecte de mille petits
détails réjouissants. Dans sa préface, Emmanuel
Guibert écrit qu’«en parlant [les personnes à bagout]
font une œuvre». C’en est un beau rendu.
S.L.
Exit wounds
Rutu Modan,
traduit de l’hébreu
par Rosie Pinhas-Delpuech
Actes Sud BD, 20 euros
Un taxi nommé Nadir
Romain Multier – Gilles Tévessin
Préface d’Emmanuel Guibert
Actes Sud BD, 22 euros
56
LIVRES
LITTÉRATURE
À l’ombre de
la Tour Eiffel
La petite
musique de Smadja
Beaucoup ne connaissent de Brigitte
Smadja que l’écrivaine jeunesse, auteure
de récits pour ados publiés à l’École
des Loisirs, où elle dirige d’ailleurs
désormais la collection dédiée au
théâtre. Plus rares sont les lecteurs qui
connaissent la Smadja romancière pour
adultes. Elle a pourtant publié son
premier roman chez Actes Sud en
1998 ; Le jaune est sa couleur paraît
aujourd’hui dans la collection de poche
d’Actes Sud, Babel, en même temps
qu’est édité le sixième, Le jour de la
finale.
Le jaune est sa couleur relate les derniers
mois de la vie de Jonas, atteint du sida.
Dans un Paris plombé par la canicule
estivale, Lili, au mépris de sa fatigue,
accompagne son ami mourant, tout en
cherchant à prévenir Nathan, le
troisième de leur trio d’antan, l’homme
à la chemise jaune, celui qui a fui et
devrait être là aussi à son chevet. Mina,
la mère de Lili, s’inquiète pour sa fille et
l’attend dans son petit appartement,
qu’elle aère et nettoie en rêvant à sa
Tunisie natale, à son passé, à ses
désillusions.
Dans Le jour de la finale, la narratrice
Marianne vit une journée particulière :
tandis que tous attendent LE match,
elle se prépare, elle, dans une terrible
confusion des sentiments, au mariage
de son fils cadet. Vingt-quatre heures de
la vie d’une femme de cinquante ans,
que les affres d’une possible rencontre
avec son ex mari bouleversent et qui, le
temps d’un jour d’été, revient enfin sur
son passé, sur sa séparation, pour les
revivre, les affronter enfin et s’en
délivrer.
Dans une langue sensible et intimiste,
procédant par petites touches
suggestives, où un détail opportun en
dit plus qu’une longue description,
Brigitte Smadja
Le jaune est sa couleur
éd. Actes Sud, Babel,
6,50 euros
Le jour de la finale
éd. Actes Sud,
18 euros
Brigitte Smadja crée des atmosphères
d’un agréable réalisme poétique, au sein
desquelles se déclinent ses thèmes de
prédilection. On y retrouve la
complexité des liens familiaux,
conflictuels mais indéfectibles, les aléas
et les déceptions de l’amour, la force de
l’amitié, l’ancrage dans la nature et dans
la sensualité, le goût de la vie envers et
contre tout. On y retrouve surtout de
beaux
portraits
de
femmes
contemporaines. Un peu perdues,
tellement humaines, ces femmes à fleur
de peau se heurtent à la brutalité de la
vie ; elles y perdent quelques illusions
mais savent aussi y trouver des îlots de
tendresse. Lili, Marianne, Mina, trois
âges de la femme, trois façons d’avancer
libres dans l’existence.
Pour ces femmes qui lui ressemblent,
Smadja compose de petites odes à la vie
et à la solitude ordinaires. Pas de
grandes orgues pour chanter l’attente,
la séparation, le deuil, le temps qui passe
et qui éloigne les amis, les amants, les
enfants ; pas de symphonie pathétique.
Non, juste les quelques notes d’un air
nostalgique, désenchanté, mais entêtant
et tout sauf désespéré. De la douceur
avant toute chose…
FRED ROBERT
Une intrigue complexe, avec de
multiples entrées, des personnages
hauts en couleurs, une langue riche,
poétique et imagée. Voilà pour
l’essentiel. Ça se passe à Paris, dans les
milieux populaires et anarchistes.
L’ambiance y est très nettement fin de
siècle ; l’agitation politique traverse et
électrise les récits qui se croisent.
Mon personnage préféré : Oscar, Wilde
s’entend, certainement plus vrai en
fiction qu’il ne le fut en chair et en os.
Un Wilde des derniers jours, usé, fini,
dandy cabotin prêt à faire son numéro
pour un verre. Au bout du rouleau mais
encore virulent et lucide : son ultime
projet, faire sauter la Tour Eiffel, lui va
comme un gant. Le désir fou de finir
en apothéose, de cracher au ciel une
dernière fois toute sa haine de la laideur
et du conformisme… Mais le destin va
en décider autrement et il va se
transformer en Sherlock Homes
parisien, traquant le fameux «piqueur»
du métro qui défraya la chronique dans
les années 1890.
Les plaisirs offerts par ce policier sont
multiples : bonheur des mots,
réflexions sur une époque, variété et
complexité des personnages, aventures
insolites…. Le tout bien ficelé et
empaqueté dans des journaux
d’époque, un peu comme ces bombes
artisanales qui, une fois sur deux, pètent
à la gueule de l’incendiaire !
SYLVIA GOURION
Le linceul du vieux monde
Sébastien Rutés
éd. L’Ecailler,
collection L’Atinoir,
12 euros
ARTS
LIVRES
57
De la musique noire ?
Après son ouvrage sur les Musiques
expérimentales présenté sous la forme
d’une anthologie transversale et chronologique d’enregistrements marquants
(publié en septembre 2007), Philippe
Robert récidive avec Great Black Music.
C’est un parcours en «110 albums
essentiels» qu’il nous propose de suivre,
du Lady sings the blues de Billie Holiday
de 1954 à Vietnam : reflections de Billy
Bang en 2005. Au fil des pochettes
d’albums, et des textes qui les accompagnent, se dessine une histoire de la
musique noire, des racines du blues et du
gospel, irrigués par le Mississipi, au rock
psychédélique et au rythm’n’blues…
jusqu’au hip hop urbain.
Qu’elle soit militante, revendicatrice,
ou purement esthétique, inspirée du
Divin, euphorique ou furieuse, la
musique noire possède une empreinte
singulière, une marque de fabrique, une
vibration propre… Certes ! Mais il
semble abusif de pontifier de façon
radicale en la matière, car à l’écoute de
Chet Baker, Gerry Mulligan, Stan
Getz, Jerry Lee Lewis ou Elvis Presley
(pour ne citer que quelques blancs emblématiques de l’histoire du jazz et du
rock’n roll), on peut sincèrement se
demander si cette «vibration», ce sens
du phrasé, des dynamiques et du swing
ne viennent pas d’ailleurs que de la teinte
de la peau ou des racines africaines…
Jour de fête
chez les Bach
Le pasteur Martin Petzoldt est professeur de théologie à l’université de
Leipzig, également musicologue et
spécialiste de Jean-Sébastien Bach au
sujet duquel il publie depuis vingt ans
de nombreux ouvrages. Président de
la Société Bach internationale, rien ne
lui échappe concernant le Kantor de
Leipzig, son «concitoyen» avec lequel il
a noué une forme d’intimité et dont il
connaît par cœur toutes ses cantates (il
les a chantées au Kreuzchor de Dresde,
analysées, commentées…).
Ce livre est original. Ce n’est pas un
essai, ni une biographie ou une dissection musicologique. Non ! C’est une
fiction ! Sous la forme d’une nouvelle,
Martin Petzoldt nous fait revivre une
journée imaginaire de Jean-Sébastien
Bach, le 21 mars 1745.
Le jour de son 60e anniversaire, ses
deux fils aînés Wilhelm Friedemann et
Carl Philipp Emanuel débarquent par
surprise de Dresde et Berlin pour
honorer «Père». On suit leur arrivée
secrète, la veille, chez les Bose sur le
Thomaskirchhof et les Henrici dans la
Burgstrasse, les préparatifs de la messe
du dimanche à l’église Saint-Thomas,
le choral chanté en famille au petit déjeuner par les jeunes frères et sœurs, le
repas de fête dirigé par Anna Magdalena,
jusqu’à la balade en calèche sur le lac de
Markkleeberg…
On s’y croirait, d’autant que le récit est
agrémenté de notes détaillées, d’une
iconographie riche, instructive et d’une
préface de Gilles Cantagrel. Une
plongée plus vraie que nature dans le
quotidien intime de Bach à Leipzig, au
cœur du XVIIIe siècle.
J.F.
Ce 21 mars 1745,
Jean-Sébastien Bach…
Martin Petzoldt
Editions Papillon,
13,95 euros
Au demeurant, on suit volontiers ce
chemin personnel, jalonné de bornes
incontournables (Max Roach, Ray
Charles, Coltrane, Aretha Franklin,
Jimi Hendrix, James Brown, Archie
Shepp, Miles Davis, Stevie Wonder,
Herbie Hancock, Michael Jackson…),
mais aussi d’une pléiade de musiciens
plus «confidentiels» à (re)découvrir.
JACQUES FRESCHEL
Great Black Music
Philippe Robert
Ed. Le mot et le reste
en partenariat avec le GRIM,
20 euros
Musées à la page
La BD s’attaque au musée ! Contrairement à ce que laisse paraître le titre, il
s’agit d’un assaut bienveillant. La BD
s’intéresse au musée faudrait-il affirmer
plutôt. Et celui-ci le lui rend bien. Car
ce catalogue d’exposition poursuit et
approfondit le regard porté par la
manifestation éponyme du musée
Granet à Aix-en-Provence dans le cadre
des Rencontres du 9e Art (voir page 44).
Reprenant tout naturellement le format
classique des albums de bande dessinée
et discrètement leur stylistique pour la
maquette, il alterne textes et illustrations abondantes avec un rythme aisé
de lecture, chaque thématique se
complétant mais autorisant des lectures
indépendantes. Après un cadrage serré
du projet par la conceptrice conservatrice auprès dudit musée, sur la
problématique centrale qu’on pourrait
résumer ainsi : quelles représentations les
auteurs de bande dessinée se font-ils du
musée et comment s’emparent-ils de son
image?, sont (re)visitées les questions de
l’architecture, de la scénographie, des
personnels (ah ! la figure du gardien !),
du visiteur et de la visite guidée, de
l’après fermeture… sans échapper aux
visions fantasmées conjuguées au futur.
Une bibliographie succincte propose in
fine des références et pistes pour des
analyses plus approfondies.
La BD est un art, mais elle n’est pas
toujours artistique. Le musée est sérieux,
mais il est parfois ennuyeux. Voilà donc
un bel objet pas cher qui, en s’attaquant
à leurs insuffisances, marie intelligemment deux époux imparfaits.
CLAUDE LORIN
La BD s’attaque au musée !
Images En Manœuvres Editions,
28 euros
58
LIVRES
AGENDA
Au Programme
Aix-en-Provence
Centre Albert Camus – 04 42 91 98 88
Camus Nobel 57 : exposition qui évoque
avant tout la place de l’artiste dans l’œuvre
de Camus. Jusqu’au 30 avril.
Fondation Saint-John Perse – 04 42 91 98 85
Saint-John Perse, poète et diplomate : à la découverte
de l’homme et de son œuvre.
Jusqu’au 6 mai, Cité du Livre.
Les Rencontres du 9e Art – 04 42 16 11 61
Jusqu’au 26 avril, la 5e édition du Festival de la BD
propose expositions, ateliers, rencontres…
Cité du Livre – 04 42 91 98 88
Entrez en fantaisy : manifestation organisée
par la bibliothèque Méjanes en collaboration
avec les Ecritures Croisées, l’Institut de l’image,
l’Agence Régionale du Livre et le Cobiac.
Conférence de Stéphane Manfrédo,
N’ayez pas peur de la fantaisy, le 24 avril à 18h30.
Tables rondes : La fantasy, des origines à aujourd’hui :
un nouveau genre littéraire (le 25 avril à 18h) ;
Territoire de la fantaisy française (le 26 avril à 16h).
Aubagne
Lecture-spectacle en marge des représentations
de Farce de Jérémy Beschon et Jean-Baptiste Couton
(les 23 et 24 mai à La Distillerie).
Un montage de La société contre l’État de Pierre
Clastres par le collectif Manifeste Rien donnera
lieu à des lectures-spectacles et des discussions
avec le public. Le 30 avril à l’Escale.
Cassis – 04 42 01 77 73
Printemps du livre, jusqu’au 27 avril.
Forcalquier – 04 92 75 46 59
Journées du livre jeunesse : organisée par
l’association Croq’livres, cette manifestation
regroupe des ateliers, des expositions, des jeux,
des spectacles et des rencontres avec des auteurs.
Du 15 au 17 mai.
Gap – www.littera05.com
Livres nomades : l’association Littera05 reçoit
René Fregni et Jean-Pierre Petit.
Le 24 avril, à 20h30, au CMCL.
La Ciotat – 04 42 08 53 31
Festival de Poésie partagée : Jean-Pierre Thuillat
sera le poète invité de cette édition organisée par
l’association Zygo, qui propose des déambulations,
des lectures, un café poésie et la remise des prix
du 6e concours de Poésie en langue française,
les Ciotadines. Du 25 au 27 avril.
La Seyne-sur-Mer – 04 94 94 88 49
4e rencontres de Tamaris : la fête du livre
de La Seyne aura pour thème Littérature
et Beaux-Arts avec Belinda Cannone,
Véronique Petit, Jacques Serena, Jean-Max Tixier,
Jacques Vallet et Jean-Claude Villain.
Des rencontres et débats auront lieu autour
de l’exposition du peintre et plasticien Mark Brusse.
Les 3 et 4 mai.
Marseille
Alcazar – 04 91 55 90 00
Ecrire pour de jeunes lecteurs : dans le cadre du cycle
Les Cahiers de l’Ecailler, Jean-Luc Luciani,
Georges Foveau et Philippe Carrese débattront
de la littérature policière pour la jeunesse.
Le 26 avril, à 17h30 dans la salle de conférence.
Continuité de la poésie grecque en Calabre
du VIIIe siècle avant notre ère à aujourd’hui :
conférence d’Oscar Carhidi, rédacteur en chef
de la revue diplomatique internationale
Rue des Consuls. Le 30 avril à 17h, dans la salle
de conférence.
Institut culturel Italien – 04 91 48 51 94
L’épopée garibaldienne dans la fiction romanesque
de Giuseppe Tomasi di Lampedusa et le témoignage
historique d’Ippolito Nievo : conférence
(en français) de Elsa Chaarani. Le 6 mai, à 9h30,
à l’Université Paul Valéry, Montpellier.
Présentation du livre France-Italie : coups de tête,
coups de cœur d’Alberto Toscano, en présence
de l’auteur et de l’historien Pierre Rigoulot
et du professeur Georges Ulysse.
En collaboration avec l’Alcazar, le 15 mai, à 18h.
Rencontre autour de la parution, chez Actes Sud
de Aurora Guerrera – Nouvelles. En présence de
sa traductrice, Marguerite Pozzoli.
Le 20 mai, à 18h.
Librairie Histoire de l’œil – 04 91 48 29 92
Lecture performance d’Emmanuel Loi à l’occasion
de la parution de son livre Spooky Tooth/two
aux éditions Le mot et le Reste.
Le 24 avril, à 18h30.
La Cie l’Individu est accueillie dans la librairie
pour une série de lecture-débats autour
de sa prochaine création Notre Dallas qui verra
le jour en janvier 2009. Prochaines rencontres
le 22 avril à 19h et le 14 mai à 19h.
Des Calanques et des bulles – 04 91 82 77 39
Festival de BD organisé par les étudiants
du Bureau des arts d’Euromed Marseille,
sur le thème, cette année, de l’Ethique
et du développement durable.
Les 26 et 27 avril, à Luminy.
CIPM – 04 91 91 26 45
La voix de l’écrit : lectures de l’Oreille Rouge
d’Eric Chevillard, présenté par Nanouk Broche,
avec L. Andre, C. Ducousso, C. Elsen, S. Eymard,
D. Souvant, K. Vidal et E. Wojak. Le 25 avril, à 18h.
Librairie Païdos – 04 91 48 31 00
Rencontres-débat avec Christian Salmon
qui présentera son livre Storytelling paru
aux éditions La Découverte, le 23 avril à 19h
et Mona Chollet pour Rêves de droite, défaire
l’imaginaire Sarkozyste paru aux éditions Zones,
le 25 avril à 19h.
Martigues – 04 42 44 31 51
Odyssée des lecteurs : 5e édition de cette manifestation
pluridisciplinaire qui mêle littérature, spectacles,
lectures, ateliers, cinéma… sur le thème
de la diversité (voir page 25, Le Souk de la parole).
Du 22 au 25 mai.
Pelissanne – 04 90 55 30 74
Dévore Livres : Rencontres d’auteurs
pour la jeunesse qui associe bibliothécaires,
libraires et enseignants. Du 15 au 17 mai
Port-de-Bouc – 04 42 06 65 54
«A petits pas contés» de mots et couleurs :
A la médiathèque municipale Boris Vian,
une exposition vise à favoriser la rencontre
entre les touts petits, les livres et les adultes.
Des paravents délimitent des espaces à l’intérieur
desquels les albums et les comptines
sont mis en scène. Du 22 avril au 6 mai.
Salon – 04 90 44 85 85
Lire ensemble : Femmes en Méditerrannée,
tel est le thème de cette manifestation qui mêle
animations, lectures, ateliers, rencontres d’auteurs...
Du 23 mai au 7 juin sur le territoire de l’Agglopole
Provence
Sorgues – 04 90 32 68 42
Printemps du livre : Organisée par la Société
Littéraire Sorgues, cette manifestation, parrainée
cette année par Gaston Kelman, mettra en avant
la vie et l’œuvre du musicien Olivier Messiaen.
60
PHILOSOPHIE
Il faut tout d’abord reconnaître que le verbe résister
n’est pas par essence philosophique, qu’il appartient
avant tout au champ historique de contestation de
l’occupation d’un territoire, et au champ social de
contestation des régressions qui prennent le doux nom
de réforme.
Il n’est donc pas philosophique ; mais par un anachronisme assumé, voire contresens philosophique, nous
pouvons le faire remonter aux premières pensées
politiques qui ont tenté de penser les rapports
humains autrement que sur le plan de la nature.
Du monde au sujet
Ceci est une brève tentative pour penser la résistance
sur le plan macro philosophique de la liberté,
puisqu’on la saisit au niveau politique c’est-à-dire des
rapports collectifs.
Mais une autre approche micro philosophique est
nécessaire sur le plan du sujet : résister, est-ce prouver
concrètement sa liberté ? Et toute liberté n’est-elle
pas le fruit d’un désir de changement ? La liberté peutelle faire l’économie d’une pensée de la rupture ?
«Faire ce que je veux» serait une réponse à ce qu’est la
liberté ; on répondrait franchement qu’il n’est point
Écho de 68 :
pourquoi résister
ou une initiation philosophique à la liberté
De Hobbes à Rousseau
Léviathan de Hobbes
Du Contrat Social
de Rousseau
En bref, quand on a commencé à se dire que la
manière dont les hommes vivaient n’était pas
forcément naturelle, n’allait pas de soi, mais devait
trouver un ancrage rationnel. Ce fut donc les théories
du contrat social, dont Hobbes fut l’éminent
représentant et inspirateur, en montrant par exemple
que l’idée de chef n’était pas naturelle ; elle est le fruit
d’une décision logique -implicite et hypothétique– des
hommes pour sortir de ce misérable état de guerre
qu’était l’état de nature dans lequel, pour simplifier
encore, «l’homme est un loup pour l’homme.» La
dénaturation était dès lors possible, mais pas la
résistance à l’ordre ainsi établi puisqu’il faut soit
admettre l’autorité toute puissante qu’est l’État, le
Léviathan, soit accepter la guerre de tous contre tous.
On sait qu’on doit à Rousseau de s’appuyer sur
l’immense entreprise de Hobbes pour la prolonger :
l’homme n’est pas violent ou méchant par nature, cette
violence est déjà un effet des rapports sociaux par
l’intermédiaire de la propriété : rien ne justifie alors
l’ordre existant qui est celui de la domination d’une
minorité. Rousseau, qui est l’ancêtre de toutes les
tentatives d’émancipation et de résistance, résonne
doublement aujourd’hui. Il n’est pas naturel qu’il y ait
des riches et des pauvres puisque la propriété n’est pas
naturelle ; il est donc permis de concevoir un ordre du
monde, ou du moins un ordre social, qui penserait
autrement la richesse et sa répartition ; n’est-ce pas par
excellence le fonds commun de toutes les résistances
contemporaines ?
besoin de s’opposer. tre libre, c’est assumer l’infinité
des possibles. J’ai des choix, je dois agir ! Mais cette
pensée simpliste du libre-arbitre laisse l’homme seul
et ignorant face à ses choix ; le sujet atomisé, isolé,
n’a donc pas les moyens de connaître le monde qui
l’entoure, ce à quoi il faut résister. En contrepartie de
cette ignorance dans laquelle il est maintenu métaphysiquement et politiquement, lui est octroyé une
liberté bien formelle : choix de consommer, choix des
candidats aux élections…
Si être libre c’est résister, il faut redéfinir la liberté
comme l’a fait Spinoza : dans sa destruction du
libre-arbitre ; si être libre c’est faire quelque chose
sans y être contraint, c’est-à-dire sans qu’une cause
ait déterminé l’action, nous ne sommes jamais libres :
aucune action dans la nature, et l’homme fait partie de
la nature, ne se produit sans cause. Le libre arbitre est
une illusion qui amoindrit les capacités de l’homme,
puisqu’il est tenu dans l’ignorance des contraintes qui
pèsent sur lui. Résister consiste alors à élargir
réellement le champ pratique de la liberté en
l’extrayant de sa restriction dans le libre-arbitre ;
c’est en fait connaître les déterminants qui pèsent sur
soi pour mieux les combattre, les affronter. Résister
c’est créer, et choisir c’est subir.
Conscience et liberté
Mais si ce sont des causes qui déterminent nos actions,
comment se fait-il que la causalité ne soit plus
suffisante aujourd’hui pour que les individus
contestent l’ordre établi, alors que les causes ont été
61
suffisantes en Mai 68 ? En bref, n’y a-t-il pas
plus de raisons de résister aujourd’hui qu’hier ?
Certes la réponse n’est pas que philosophique
et il faut sur ce point l’analyser sociologiquement sur le plan de la «crise du
consentement et des ruptures d’allégeance»
comme l’analyse Boris Godille dans Mai Juin
68 aux éditions de L’Atelier. Cependant, la
réponse n’en intéresse pas moins une nouvelle
redéfinition de la liberté qui arrache l’homme
de la nature -donc non soumis à des causespour le resituer comme pure conscience,
c’est à dire comme projet.
C’est la subtile analyse de Sartre dans L’être et
le néant : l’homme est avant tout conscience et
liberté, et être conscient, ou être libre, c’est se
projeter. Ce qui signifie que pour qu’une
situation devienne insupportable, et que nous
décidions de résister, les causes ne suffisent pas
puisqu’elles n’existent pas : elles n’existent que
dans la projection du sujet pensant dans
un autre état de choses qui lui fait réaliser sa
situation comme insupportable ; et dans le
même mouvement trouver les causes comme
mobile de l’action. Je me projette dans une
situation où je ne souffre pas, donc je réalise
que je souffre, et je trouve par là-même les
causes de ma souffrance ; ou alors vouloir tuer
son chien et donc l’accuser de la rage : le projet
est premier, les causes secondes. Ce que signifie
l’expression «se trouver des raisons.»
Sociétés sans projet
Cette analyse permet de comprendre qu’aujourd’hui ce ne sont pas les causes motrices
de la résistance qui sont insuffisantes, mais
bien les projets d’une société meilleure
qui sont absentes de l’imaginaire collectif. Les
constructions politiques se soumettent à la
naturalité de notre monde tel qu’il va.
On ne saurait être vraiment humain sans penser,
à savoir sans dépasser l’ordre existant, afin
de construire les causes qui nous donnent
vraiment envie de résister, c’est-à-dire d’être
libre, concrètement.
RÉGIS VLACHOS
L’Éthique
Spinoza,
Folio essai
Pur bijou
Voilà un livre déjà sorti en novembre 2006, un petit
bijou de littérature. Certes on pourra s’attarder sur le
fond : des électeurs d’une capitale votent blanc à
83% ; stupeur du pouvoir, en décalage complet avec
le sens de cet acte civique massif, et incompréhensible.
Il y a là une véritable critique de nos démocraties
formelles : dans la lucidité, le peuple a mal voté, et on
va le punir. Cela rappelle, indéniablement, le vote de
2005 en France au sujet de la Constitution
européenne, vote qui fut l’objet d’un rare débat
démocratique populaire…
Mais il ne faudrait cependant pas exagérer la portée
politique de ce livre : c’est un roman et ce qui en fait
un bijou est son style, l’intelligence des digressions ; le
style Saramago c’est l’ambiguïté si plaisante, et
merveilleuse à la lecture, de la ponctuation, des styles
directs et indirects, des conditionnels et des futurs…
on se rend compte peu à peu que le héros imaginait,
que ce n’était pas l’autre qui parlait mais lui-même qui
changeait de perspective. C’est étonnant, bien vu et
surtout fascinant. Et puisque ce livre pratique l’ironie
quant à nos démocraties, on est souvent pris de fous
rires face aux interventions de l’auteur dans son roman
-les mises en abyme on dit-, par ce qu’il fait dire et
penser à ses personnages, par ses expressions et
associations d’idées, d’une hilarante inventivité. Pur
bijou littéraire, on vous disait.
R.V.
La Lucidité
José Samarago
Point Seuil
7,50 euros
À quoi bon croire ?
Le projet de ce livre est de montrer en quoi la vérité ouvre des brèches possibles
à la croyance ; mais on s’aperçoit bien vite que ces brèches n’ont en fait pas à
être comblées et qu’il faut «souffrir de la faim de l’âme par amour de la vérité»
Or nous voilà déjà dans une première foi, celle en la
Vérité ! Bouveresse assume totalement cette croyance,
à condition de rappeler que toutes les convictions ne
se valent pas, même si elles présentent le même aspect
formel et relèvent d’un désir d’assentiment : qu’est-ce
qui rend supérieure la croyance aux électrons à la
croyance aux anges ? La foi en la science. Mais cette
croyance comporte une différence de taille avec celle
en dieu : elle ne présuppose pas l’adhésion en chaînes
à des absolus quelconques.
Car ce livre est en fait un geste de colère contre les
philosophes, Debray en tête, qui s’ingénient à
rehausser le besoin du spirituel pour présenter comme
une religion la laïcité, susceptible des mêmes abus. Ce
n’est rien de moins qu’un combat contre l’esprit des
Lumières, qui est dans l’air du temps. Pour des raisons
politiques certes, mais par une logique propre à
l’évolution des rapports entre Vérité et Science. En
effet cette dernière rétrécit progressivement son univers
intellectuel, abandonnant, heureusement, toute
prétention face aux questions métaphysiques et
théologiques ; et puis, chaque avancée dans la science,
rappelait Russel, nous amène à en savoir moins que
nous ne croyions savoir.
Même si nous parcourons avec allégresse ce livre de
combat, aux références multiples, on ne peut que
conclure classiquement avec Freud que «l’ignorance est
l’ignorance, aucun droit de croire ne peut en être déduit».
Ce livre est en fait le développement de cette sentence
salutaire.
Peut-on ne pas croire
Sur la vérité, la croyance et
la foi
Jacques Bouveresse
Agone
24 euros
62
LIVRES
MAI 68
Démystifier 68
«L’histoire des hommes est la longue succession des synonymes
d’un même vocable. Y contredire est un devoir.»
les députés ont conçu leur rôle, s’affranchissant de leur
mission initiale pour devenir révolutionnaires. Par
analogie, il devient évident qu’une situation de crise
comme 68 ne saurait être réduite à ses conditions
sociales et historiques de possibilité. Pour comprendre
l’évènement il faut orienter l’étude vers les logiques
d’action dans lesquelles sont pris ceux qui le font.
On pourrait reprendre cette citation de René Char
pour évoquer Mai 68 tant la commémoration de cet
évènement est principalement proposée, dans les
médias, par ceux qui ont retourné leur veste, comme
un vocable du reniement ; et aussi comme un vocable
de l’individualisme, alors que cette révolution a permis
l’apprentissage de la démocratie, des prises de décisions
en assemblée générale.
Topographie et culturalisme
Débats et rencontres
La première leçon de 68 est peut-être cette «prise de
parole» comme l’analysait dans son livre Michel de
Certeau : «on a pris la parole comme on a pris la
Bastille.» En effet la circulation de la parole a construit
une topographie nouvelle, qui a forgé le lien social
dans des camaraderies imprévisibles et des
compartimentations brisées. Dans la mythologie de
68 on évoque souvent le défilé des héritiers devant les
grilles fermées de Renault Billancourt, symbole de la
coupure entre étudiants et ouvriers ; on passe alors sous
silence les débats à la Sorbonne, et plus encore à
l’Odéon ou se côtoyaient et palabraient des personnes
de milieux forts divers ; s’ils sont évoqués, c’est la
plupart du temps sous la forme ironique d’une utopie
vaine et dérisoire. Or, d’après de Certeau, «ces débats
surmontaient à la fois la barrière des spécialités et des
milieux sociaux et changeaient les spectateurs en acteurs,
le face à face en dialogue.» Mai 68 rendait légitime la
parole profane.
La Prise de parole
Michel de Certeau
Point Essais
Les véritables héritiers
Causalité
On pourra étudier de plus près ces passerelles inédites
construites en Mai 68 dans le livre de référence
regroupant une trentaine de spécialistes : Mai Juin 68,
aux éditions de l’Atelier. Ce livre décompose le passé
en catégories d’intelligibilité, en séries distinctes, et ceci
afin de briser toutes les mythologies associées à mai
68, en analysant ses diverses causes. Car ces
mythologies, qu’elles célèbrent ou dénoncent
l’événement, partagent toutes une inconséquence
méthodologique grave : elles trouvent dans la réalité
historique ce qui conforte des convictions préétablies
et s’ajuste aux intérêts du moment.
C’est bien par ses causes que l’événement 68 est
méconnu : «sa dynamique propre, ses formes, ses ressorts,
ses intrigues le constituent autant que ses causes ou ses
suites» comme le souligne Boris Gobille dans son
introduction. Ce texte est une belle leçon d’histoire et
de compréhension de l’événement : il rappelle les
métamorphoses intentionnelles du Tiers État en 1789,
et les interactions multiples et quotidiennes, les
intrigues conflictuelles qui ont pesé sur la façon dont
Un des écueils quant à l’écriture de l’histoire 68 est
tout d’abord la topographie légendaire qui retient le
quartier latin, Nanterre, la Sorbonne et Renault
Billancourt : on occulte ainsi «les grèves ouvrières,
mouvement social sans lendemain mémoriel» écrivent
Bernard Pudal et Jean Noël Retière, alors qu’on
assistait à un moment singulier de l’histoire sociale où
des travailleurs s’emparèrent de façon inédite de leurs
luttes.
Cet effacement du 68 ouvrier a été refoulé par un
patronat désireux d’occulter la mise en évidence de sa
vulnérabilité, et mis sous chape par une tendance
culturaliste qui limite 68 à une révolution des mœurs.
L’histoire de ces hétérodoxies, de ces métissages entre
mondes de l’usine, mondes étudiants et mondes de la
terre, métissages plus fréquents qu’on ne le croit, n’est
pas évoquée, alors que leur reconnaissance aurait pu
devenir le symbole de Mai.
Mai Juin 68
Ed de l’Atelier
L’effacement de tous ces liens inédits construit une
mythologie de 68 : en enfermant le rapport des
militants aux mondes populaires dans des registres qui
peuvent conjuguer le picaresque, le pathétique et le
naïf, on débouche sur le constat d’une nonconvergence, écrit Erik Neveu.
Mais la mystification principale est celle de militants
enfermés dans des références idéologiques inadaptées
qui, ouvrant peu à peu les yeux sur leurs utopies, se
rallient graduellement aux vertus raisonnables du
libéralisme. L’enquête historique et sociale menée par
Neveu montre que les protagonistes de 68 ont
rarement les caractéristiques sociales et trajectoires des
leaders devenus «people» : il enquête, 35 ans après,
auprès de personnes qui à l’époque ont rompu avec
l’héritage familial bourgeois, auprès aussi de trois fils
d’agriculteurs attirés par le maoïsme et sa valorisation
du monde paysan, et auprès de nombreux autres
anonymes. Car c’est à l’histoire et à la sociologie de
révéler ces parcours-là pour enfin comprendre ce
qu’était 68. Et ce qu’il nous en reste.
RÉGIS VLACHOS
ARCHIVES DÉPARTEMENTALES
Coexistence
médiévale
Lampe de Hanouccah (XVIIIe siècle). Bibliothèque Inguimbertine de Carpentras, Fons Juif
Un énorme cube laiteux posé au cœur d’un
quartier qui se remodèle, voici les Archives
départementales : proportions grandioses,
ébauches de courbes se mêlant à la
rectitude des droites, respiration d’un
espace large, dédié à la conservation et la
recherche. L’ensemble est baigné par la
lumière naturelle grâce aux immenses
murs de verre. Pourtant un espace plus
intime, aux proportions plus réduites, s’y
dissimule, dédiée aux expositions. Une
lumière tamisée semble nous inviter au
secret, au mystère ; la musique à peine
murmurée -compilation (réalisée pour
l’exposition) de différents morceaux de
Moïse de Coucy, Le Grand livre des preceptes
(Provence, deuxième moitié du XIVe siècle).
Bibliothèque nat. de France, ms or. hébreu 375
romances judéo-espagnoles, de chants
séfarades et de musique religieuse juiveest un contrepoint de la voix humaine qui
perdure et accorde une âme aux objets
exposés.
Ces derniers sont peu nombreux, mais
choisis avec discernement. Leur exposition
suit un parcours précis, qui, tout en
abordant les différentes facettes de la vie
quotidienne et la chronologie, tente de
donner la vision la plus juste possible de
la vie des Juifs de Provence au Moyen-âge.
Le parcours s’attache dans un premier
temps à expliquer les origines du
judaïsme provençal. Unique témoignage,
une petite lampe à huile, dite d’Orgon,
du premier siècle avant JC, sur laquelle se
distingue une ménorah, chandelier à
sept branches. Symbole fort, qui inaugure
du cheminement dans cette histoire
complexe…
Cohabitation
De larges panneaux fournissent les clés
essentielles, des cartes, des dates autour
desquelles le récit s’organise. Ainsi, 1348,
date de la grande Peste Noire, marque un
tournant dans l’habitat, les communautés
se regroupent dans les grands centres par
souci de sécurité. Les quartiers juifs aussi
ont suivi une évolution particulière : si, au
XIIIe siècle en France la Juiverie devient
un espace circonscrit et cloisonné, en
Provence ces dispositions ne sont prises
que vers le milieu du XIVe siècle et sans
rigueur excessive, puisque des notables
chrétiens y résident.
L’exposition présente la vie des
communautés juives, leur organisation
juridique, la vie religieuse, à travers la
présentation de livres de rituels de prières,
manuscrits enluminés, ouvrages prêtés par
la BNF, rouleaux déployés aux fragiles et
délicates ornementations, exemplaires de
la Torah, accompagnés de la main (le Yad)
qui permet de désigner le texte sacré
sans imposer de souillure au texte, objets
rituels, lampes de Hanouccah…
Mais c’est sans doute par la présentation
de la vie familiale et professionnelle
que nous disposons de la vision la plus
juste de ces communautés. Nous les imaginons dans le commerce des amandes,
fournissant les maîtres confiseurs d’Aix, ou
exportant le corail de Sardaigne jusqu’en
Chine… Les traités de médecine juifs
montrent une autre facette de leurs
activités. Là encore, la liaison entre les
juifs et les chrétiens ne connaît pas de
heurts en Provence, les médecins juifs
soignent des chrétiens et réciproquement.
Ainsi, un livre de comptes évoque la reconnaissance de dettes d’un prêtre chrétien
à son médecin juif...
Les actes notariés concernant les
mariages, les testaments, constituent des
sources fiables pour rendre compte de la
vie de ces communautés. Le commentaire
pertinent s’appuie sur ces témoignages
pour faire vivre des personnages : ainsi
celui qui fit procès pour une dot jugée
insuffisante, ou la restitution du trousseau
de Mayrone morte trop tôt, ou le testament de Boniaqua Salamias qui lègue sa
fortune non seulement à sa famille mais
à de nombreuses œuvres caritatives… Le
cadre de datation chrétienne est mêlé à
celui de la datation juive et les vocables
hébraïques sont retranscrits par le scribe
chrétien…
L’énumération des livres lors de testaments
ou d’inventaires après décès donnent aussi
une idée de la vaste culture de certains
personnages. N’oublions pas que tout
lettré au Moyen âge possédait les quatre
langues, latin, grec, hébreux, arabe…
L’entente entre les communautés juive et
chrétienne perdure en Provence bien plus
qu’en France : le roi René s’institue
protecteur des Juifs, le comté de Provence
est terre d’accueil.
HISTOIRE
63
Expulsions
La dernière partie de l’exposition présente
l’évolution des statuts et montre comment
de la tranquille cohabitation, on est passé
aux persécutions et à l’expulsion. Là
encore, ce sont des actes notariés qui
apportent les informations : les notaires
en marge de leurs minutes notaient les
évènements marquants ; ainsi, les émeutes
de Manosque et d’Aix (1424-1430). Ce
sont aussi les listes de convertis, moyennant finances, les listes de départ vers la
Sardaigne… Ces listes ne sont pas sans
écho, récents ou actuels : les Marseillais,
chrétiens et juifs, s’inquiétaient des Juifs
étrangers qui arrivaient en trop grand
nombre du Languedoc…
MARYVONNE COLOMBANI
Juifs de Provence au Moyen-Age
Jusqu’au 14 juin
Archives départementales
Gaston Defferre
Bible hébraïque (originaire de Castille, XIVe siècle).
BMVR de Marseille - L'Amcazar, ms 1626, t.1
Au Programme :
Visite guidée
tous les samedis à 15 heures
Conférences le mardi à 18h30
Croyances minoritaires en Provence
du Moyen Age au XXe siècle
Le 29 avril :Hérésies et répression
en Provence : des vaudois aux protestants
Le 13 mai : la franc-maçonnerie
à Marseille au temps des Lumières
Le 27 mai : libre Pensée et religion
en France du XIXe siècle à nos jours
Le 10 juin : les figures de l’Islam
marseillais au XXe siècle
04 91 08 61 00
www.archives13.fr
64
SCIENCES ET TECHNIQUES
La Roue,
la plus belle
concrète humaine
© Tonkin prod.
Et l’homme créa la roue
à l’image de sa pratique…
Ainsi pourrait commencer l’évangile Zientifique : avant la
création de la Roue rien n’était dans l’univers conforme au
saint principe mécanique de «rotation libre autour d’un
axe». L’observation du «bousier» (petit coléoptère
coprophage) poussant sa boulette de crottin pouvait sans
doute inspirer un Sisyphe du «rouler» indéfiniment ; et le
mouvement de rotation de la feuille de laurier autour de
son pétiole au grès des zéphyrs du jardin d’Eden
permettait peut-être de rêver la perfection du bien de
l’axe. Mais Dive Nature n’avait jamais songé à lier le
mouvement de la boulette de bouse à la rotation de la
feuille de laurier.
La puissance de l’axe
Nul ne pouvait trouver, de l’infiniment grand à l’infiniment
petit, cette forme d’accouplement, sauf peut-être dans
le rapport d’amour gravitationnel de Saturne à ses
anneaux. Mais nos homo sapiens-sapiens ne disposaient
pas à l’époque, il y a environ 5500 ans, du télescope
qui leur eut permis de «pomper» éhontément cette divine
invention que Cronos (de son petit nom romain justement,
Saturne) avait sûrement bricolé dans ses attributions
premières… mais nous y reviendrons.
Les Sumériens, autour de –3500 avant notre ère, en
associant l’axe à la rotondité ne se doutaient sûrement
pas qu’ils fondaient le tout premier «concept scientifique» de l’humanité. Las, ni le CNRS ni le brevet
n’existaient en ces temps sauvages (quoiqu’en même
temps, les mêmes Sumériens aient inventé l’écriture).
Quelles bonnes royalties cela aurait pu rapporter à
notre science mercantile !
En associant ainsi deux types de mouvements indépendants, nos «géniaux» ancêtres, les Sumériens, se
faisaient réellement créateurs d’une dimension totalement
nouvelle des pratiques : le concept «d’axe de rotation». En
inventant la roue ils ouvraient la voie à toutes les
représentations humaines de «cycle» c’est-à-dire au
dimensionnement scriptural du concept de spatiotemporalité et à sa forme pratique active : la mécanique.
De Cronos à Chronos
Ô ! Zitoyen contemporain ! Recueille-toi sur cette primitive et géniale invention qui peuple toutes tes pratiques
quotidiennes. De ton réveil-matin (même s’il est
électronique) à ta Zibelmuche douze cylindres qui te
conduira au boulot (si tu en as encore), en passant par ta
cafetière électrique, le cycle de ta vie est voué
pratiquement au culte inconscient de la «libre rotation».
La roue en tant que premier «objet» mécanique a questionné la notion de matériaux : le bois, la pierre, puis le
bronze, le fer, l’acier… Elle a ouvert immédiatement à la
nécessaire réduction des frottements de son axe par le
choix des matériaux (rubis, bronze, synthétique) puis
l’invention de toutes formes de paliers de rotation,
roulements à billes, à aiguilles. La transmission du
mouvement de rotation fait émerger la manivelle, la
courroie de transmission, les engrenages crantés, les
hélicoïdes ! La transformation du mouvement circulaire
en mouvement linéaire alternatif inaugure l’embiellage
et le vilebrequin.
Du tour à la fraiseuse, il n’est pas une construction
mécanique qui ne repose strictement sur le concept d’axe
de rotation. Le développement de la mécanique permet
essentiellement à l’humain de prolonger son mouvement
propre en «temporisant sa pratique» : le moulin tourne en
l’absence du meunier. La roue, mère de la mécanique,
«invente» le concept d’énergie et ses équivalents-travail,
«cheval-vapeur» puis «homme-année». La Roue substitue le
temps mécanique au temps social dans la mécanisation des
rapports sociaux. Et désormais, dans une civilisation vouée
au culte productiviste, la machine qui «faisait gagner du
temps» subtilise le temps même de nos représentations à
notre libre gestuelle : l’horloge, le chronomètre nés de la
mécanique détrônent l’antique clepsydre et mécanisent notre
temps social en le «cyclisant». Le temps ne s’écoule plus, il
«tourne».
Ans cycliques
N’est-ce pas au développement de la mécanique et de ses
représentations que l’on doit plus tard les représentations
essentielles de la science cosmique ? La rotondité de la terre,
sa rotation autour d’un axe théorique, la valse des étoiles et
la description fonctionnelle mathématique de leurs orbites
relatives…
Le temps social discipliné par le concept de «rotation libre»,
de gravitation, inaugure de nouveaux modèles mathématiques
tels que les fonctions circulaires autrement nommées
périodiques (ou sinusoïdales pour les Zintimes). De ces
représentations naissent les représentations ondulatoires de
la matière. Les représentations chimiques s’échafaudent sur
l’imaginaire rotatoire de l’infiniment grand à l’infiniment petit
(cycle benzénique, rotation libre des liaisons entre atomes).
L’électricité industrielle naît de la mécanique avec
l’alternateur, la dynamo. N’oublie pas, cher Zibelecteur, que
derrière ton minuscule portable tourne l’énorme roue du
temps imaginaire égrenant ses unités (mais l’épuisement de
ton forfait saura te le rappeler).
Au Programme
65
En cyclo, vélo, patins à roulette le
Zibelscient pourra rouler sa bosse sur
les sentiers printaniers de Provence
où se dérouleront quelques festivals
tournant autour de l’axe scientifique
et/ou technique.
Le 5e Festival de la Camargue et du
Delta du Rhône vous enroulera
sous son aile apaisante du 1er mai au
7 mai 2008. Plus d’une centaine
d’événements jalonneront la semaine : conférences, sorties nature,
circuits découvertes, expositions,
ateliers ou encore projections,
permettront au Zibécolo de s’immerger bec et échasse au cœur de la
Camargue sauvage.
Cette édition 2008 aura des accents
andalous, avec la participation de
l’Espace Naturel de Doñana qui
réserve de bien belles surprises ! Sur
cette terre d’eau, de vent et de sel,
au cœur de la Camargue, les oiseaux
ont leur Festival. À Arles, Fos-sur-Mer,
les Saintes-Maries-de-la-Mer et bien
sûr à Port-Saint-Louis-du-Rhône, épicentre du festival, vous pourrez, sans
vous mouiller, vous plonger dans un
monde de nature aquatique et vous
rincer l’œil et l’âme tout en vous
abreuvant les neurones.
Association du Festival
de la Camargue
et du Delta du Rhône
Port-Saint-Louis-du-Rhône
04 42 55 70 68
www.festival-camarguedeltadurhone.camargue.fr
La Roue tourne et se venge
Ainsi notre plus géniale conquête concrète, celle qui peutêtre imagina un Homme-Dieu libre de son propre mouvement,
un homo-mécanicus soulagé des pénibilités du travail, a pris
le pouvoir en s’emparant de notre imaginaire : le temps des
rapports humains est mécanisé, les gestes humains sont
cyclisés. Cycles vitaux, menstruels, saisonniers mais aussi
cycles scolaires, électoraux, fiscaux, hémicycle, encyclique…
La rotation créée et rêvée par les humains pour les soulager
de leur peine s’est privatisée. La roue de la fortune a pris le
pouvoir sur le temps, notre temps, nos pratiques… sur notre
libre rotation.
La 7e édition du Festival des
Sciences et Technologies marquera
son premier tour de roue grand
public, au WTC du Centre Bourse à
Marseille, le 15 mai. Avec, le 16,
remise des trophées, conférences
«senior» et «en herbe» données par des
lycéens. Deuxième tour de manivelle:
les lycéens s’expriment sur la science
grâce à une exposition. Cette année
encore le Festival se veut grande roue
YVES BERCHADSKY
de la promotion du potentiel scientifique et technique régional et une
courroie de transmission de la culture
scientifique et technique auprès de la
jeunesse pour susciter des vocations.
En partenariat avec le Rectorat de
l’Académie
d’Aix-Marseille,
le
Muséum d’Histoire Naturelle et de
plusieurs lycées, le Festival engrène
des élèves de classes scientifiques
dans la préparation d’expositions.
Cette édition sera présidée par André
Brahic, astronome et physicien
français, professeur à l’Université
Paris VII, directeur du laboratoire
gamma-gravitation du CEA de Saclay.
Le travail des chercheurs et équipes
de recherche de la région PACA sélectionnés par le comité scientifique du
Festival sera récompensé par des prix
remis lors d’une soirée de remise des
trophées ouverte au grand public le
16 mai.
Association Avenir de la science
04 96 15 12 50
www.festival-sciences.com
À un tour de roue vous pourrez
toujours consacrer un après midi
pluvieux au Musée de la Moto. Le
Zibelmécaphile y trouvera, au travers
d’une très belle collection de deux
roues, un panel complet de l’évolution technique mécanique du
domaine, mais aussi les traits sociologiques d’un puissant mythe du XXe
siècle. Ce qui ne gâte rien, le Musée
de la Moto assure des activités
éducatives et de formation professionnelle en accueillant des jeunes en
Aide à la Réinsertion Sociale (ARS)
dans son magnifique atelier de
mécanique de restauration.
Musée de la Moto
Quartier du Merlan, Marseille
04 91 02 29 55
www.mairie-arseille.fr/vdm/cms/
culture/musees/musee_de_la_moto
Ouvert tous les jours sauf lundi
et jours fériés de 10h à 17h
Festival de la Camargue et du Delta du Rhône © Jerome Moutrille
© Tonkin prod.
66
ÉDUCATION
ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE
Option :
histoire des arts !
Ou comment
découvrir
une option
du Bac
Littéraire,
assez
confidentielle,
qui vaut
vraiment
d’être connue
Imaginez que vous êtes élève d’une classe de 3e et que vous
devez choisir une orientation. Tâche ardue, parcours du
combattant redouté par enfants et parents ! Parmi les options
proposées (et même si, avec les réductions de postes
d’enseignant, celles-ci sont fortement menacées), il se peut que
l’on évoque devant vous HIDA, et vous découvrirez qu’il s’agit du
Sigle de l’HIstoire Des Arts... et non pas de l’héroïne d’un conte
d’Andersen !
Une option confidentielle
Peu de gens connaissent cette option rare créée en 1993, y
compris parmi le milieu enseignant ; une douzaine en France
seulement. Présentée comme un complément des études
littéraires, l’option s’adresse aux élèves qui veulent acquérir une
culture générale. Elle n’exige ni compétence, ni pratique artistique
particulière. C’est d’ailleurs ce que certains enseignants d’arts
plastiques, de théâtre ou de musique reprochent à l’option,
avançant que l’art ne se comprend pas vraiment sans approche
pratique...
En seconde les élèves étudient les Arts depuis l’Antiquité jusqu’au
XVIIIe siècle (3 h/semaine) ; en 1re et en terminale les élèves se
voient proposer 3 h pour l’option facultative, et 5h pour l’option
obligatoire. En 1re on étudie le XIXe et le XXe siècles jusqu’aux
années 20 et en terminale tout le XXe. Plus précisément, 2
grandes questions sont au programme : les utopies urbaines,
et les politiques de ville en France après 1945; et une grande
thématique renouvelée tous les 3 ans. Actuellement ils étudient
la vie artistique au temps de l’Exposition des Arts Décoratifs,
Industriels et Modernes de 1925 ; enfin, un Parcours d’artiste
est proposé : cette année les lycéens découvrent l’architecte
Auguste Perret. Au Bac, on accorde coefficient 6 à cette option
et on peut cumuler option obligatoire et facultative (coeff 2) qui
sont complémentaires.
© Richard Melka
Palais Lonchamps © Richard Melka
Qu’y fait-on ?
Les activités, variées, dépendent de l’implantation du lycée et des
programmes. Il s’agit de développer la connaissance du patrimoine régional, national et européen, d’élargir et d’approfondir
celles de la peinture, de l’architecture, de la musique, d’initier à
l’histoire du cinéma, de la danse, de rencontrer des artistes, des
écrivains, des professionnels. En un mot de profiter de toutes les
opportunités de l’actualité culturelle, pour être parfaitement
capable de reconnaître une chapelle Renaissance, une
construction de Le Corbusier ou un lied de Schubert !
Parcours artistique et touristique
à l’usage des lycéens
(liste non limitative)
Si vous êtes élève au lycée Frédéric Mistral d’Avignon, vous
pourrez aller à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon pour
admirer Le couronnement de la Vierge, aux musées Calvet et
Algadon sur les traces du Baroque ou à la Fondation Lambert
pour vous initier à l’art contemporain. En classe de seconde vous
aurez la chance d’un travail transversal sur l’Annonciation : de la
peinture de la Renaissance à la danse contemporaine, avec la
chorégraphie de Preljocaj sur le même thème ; vous verrez ainsi
comment l’artiste s’est nourri d’une culture classique et picturale.
Bénédicte Fabreguettes, coordinatrice de l’option, signale
également une coopération intéressante avec les salles du
cinéma Utopia.
Jean-Claude Gaubert est professeur d’Histoire au lycée Louis
Pasquet d’Arles. Passionné d’Architecture, il vous rendra
incollable sur le Patrimoine de la ville et des environs. Vous
arpenterez les rues à la découverte des églises romanes ou
gothiques, vous découvrirez l’Abbaye de Montmajour avec l’église
Notre-Dame et la chapelle Sainte-Croix, l’église gothique des
Prêcheurs sur les bords du Rhône, vous apprendrez qu’au XVIe
siècle les artistes qui ont édifié l’Hôtel des Amazones ont copié
une frise romaine du théâtre antique !
Élève au lycée Honoré Romane d’Embrun vous visiterez
l’Abbaye de Boscodon du XIIe, en cours de restauration, les
nombreuses chapelles romanes dans les hameaux alentour, puis
vous irez dans le Piémont à Saluzzo au château de la Manta, chefd’œuvre du gothique tardif, célèbre pour les fresques du Chevalier
67
La parole
aux élèves
Deux lycéennes
et leur classe au Festival
Babel Med Musique !
Errant. En cours d’année, vous irez écouter de l’Opéra à
Briançon et voir du Théâtre à Gap.
À Marseille, au lycée Marseilleveyre des quartiers sud,
les élèves effectuent régulièrement des voyages en
Italie, à Barcelone, à Paris... Au lycée Victor Hugo, situé
dans le centre ville, et classé en Zone d’Éducation
Prioritaire (ZEP) la population est plus défavorisée.
Néammoins, des voyages à Paris sont organisés et
pour la plupart des élèves c’est une première. À
Marseille, ils courent de la Cité Radieuse à la Mairie de
Bagatelle, du nouveau quartier en pleine mutation
d’Euroméditerranée à l’Opéra ou au Palais Longchamp.
Dernièrement les élèves de Victor Hugo, sous la houlette
de leur professeur de musique, sont allés visiter le
Grand Théâtre de Provence et ont assisté au spectacle
de Jérôme Savary À la recherche de Joséphine (voir page
34).
Les élèves du lycée international Georges Duby de
Luynes font le tour des capitales européennes hors
temps scolaire, et travaillent en partenariat avec le Festival
d’Aix-en-Provence et la Maison Méditerranéenne des
Sciences de l’Homme...
Le vendredi 28 mars, avec nos professeurs, nous avons
découvert les Musiques du Monde, au Festival Babel Med
Music (voir page 35). Lors de cette visite, des clips
musicaux variés nous ont été proposés par une
conférencière de l’Agence Régionale des Arts du
Spectacle (ARCADE) pour mettre en évidence la diversité
des créations artistiques et musicales de la Région.
Nous avons assisté avec enthousiasme à la répé-tition d’un
groupe sénégalais Amadou Balde, en train d’effectuer une
balance. Puis nous sommes allés dans la partie marché
du Festival, espace d’ouverture et de communication
cosmopolite, normalement réservé aux professionnels !
Cette visite nous a permis de comprendre certains
ressorts de la création musicale interna-tionale... et
l’ambiance y était chaleureuse !
Saïda, 20 ans, a passé son Bac l’an dernier au lycée
Victor Hugo de Marseille. Elle a aimé l’enseignement
artistique dès le collège et ses bases lui servent beaucoup
pour la Fac d’Anglais. Elle se destine plutôt à l’enseignement : «Quand on est d’une famille modeste de 6 enfants, il
faut vite avoir un emploi stable, et les métiers dans le
domaine culturel sont trop aléatoires !»
Silvio, 20 ans, était élève au lycée Victor Hugo de
Carpentras. Il a rejoint la formation de Khâgne en lettres
classiques en France au lycée Janson de Sailly à Paris.
Son projet : présenter le concours de Normale Sup et
devenir, pourquoi pas, prof de Fac en Histoire des Arts.
Anaïs, 20 ans, a présenté le concours de l’École du
Louvre. Elle est actuellement en 2e année et projette de
passer le concours qui lui permettra de devenir
Conservatrice et, peut-être, experte auprès des tribunaux.
Candice, actuellement en Prépa au Lycée Thiers, n’a pas
encore 16 ans, et se destine à des études de Sciences
Politiques. Bien qu’habitant Marignane elle avait été séduite
par HIDA et a fait les allers-retours Marignane/lycée
Victor Hugo de Marseille durant 3 ans. Elle a été
enchantée par les opportunités de l’option et ne sait si elle
a préféré Saint-Paul de Vence, Arles ou Paris, le cinéma ou
l’architecture ! « Être sur les lieux au cœur des choses c’est
mieux que d’être toujours en train d’écrire ! Et ça nous donne
une culture générale qui nous sert beaucoup pour avoir le
Bac. Et passer 2 jours au Festival de Cannes c’est
magique !»
HOUDA ET MERYEM, CLASSE DE TERMINALE
AU LYCÉE VICTOR HUGO.
ENTRETIENS RÉALISÉS PAR CHRIS BOURGUE
Classe de terminale au Dock © Richard Melka
CHRIS BOURGUE
Il faut savoir que l’option HIDA constitue un excellent
tremplin pour toutes les orientations littéraires, car les
élèves appréhendent les études supérieures avec plus de
confiance, sont plus à l’aise à l’oral, ont l’habitude de
préparer des dossiers, de développer leur créativité, ils
maîtrisent certains outils multi-media. Ils peuvent ainsi
accéder à des études supérieures (journalisme, sciences
humaines, sciences politiques, histoire...), mais aussi à des
formations plus courtes, par exemple des BTS Tourisme à
Nice, les DUT Métiers du Livre à Aix, le DUP Administration
des Institutions Culturelles à Arles, le DUP Métiers des Arts
et de la Culture d’Avignon. Avec leur formation ils peuvent
envisager les métiers de Conservateur, commissairespriseurs, guide-conférencier, mais aussi restaurateurs
d’œuvres d’Art, bibliothécaires, éditeurs, archéologues...
Ils témoignent :
Du côté des profs !
Les enseignants en Histoire des Arts sont polyvalents et
travaillent en binôme ou en équipes. Passionnés, ils ne
comptent pas leurs heures et se battent pour trouver des
financements. Car toutes ces activités ont un coût et tous
les parents n’ont pas les moyens de participer aux
dépenses. De plus les budgets de l’Éducation Nationale se
réduisent comme peau de chagrin et les annonces de
suppression de postes menacent ces sections, alors
qu’elles constituent un moyen évident de réconcilier
certains élèves ascolaires avec les études, qu’elles
favorisent l’esprit d’équipe et le développement de la
personnalité. Et que l’éducation est un droit !
Et après le Bac?
68
ÉDUCATION
FESTIVAL DE THÉÂTRE AMATEUR
Ceux qui aiment en grand
Attention aux idées reçues ! Qui dit amateur ne dit pas obligatoirement médiocre, et les deux spectacles
vus pour cette première partie du 10e Festival de Théâtre Amateur le prouvent une fois de plus...
Pourquoi du théâtre amateur ?
Parce qu’il se produit le plus souvent dans des communes
où le théâtre professionnel est peu présent ou inaccessible,
parce qu’il touche les jeunes et les moins jeunes qui ont
envie de s’exprimer, de participer à une œuvre
collective, et qui vivent d’autre chose...
Sous la présidence efficace d’Alain Sisco, le Comité
Départemental de la Fédération des Théâtres Amateurs
(FNCTA) organise les Rencontres de Théâtre Amateur du
département depuis 1999 en donnant la plus large part
possible aux écritures contemporaines. L’entreprise est
de mieux en mieux soutenue par les salles locales puisque
cette année 10 lieux se sont déclarés partenaires. Des
stages sont aussi régulièrement organisés.
© X-D.R
© X-D.R
Sur les planches !
monter l’adaptation de L’assemblée des femmes
d’Aristophane par Robert Merle (le 5 avril à la Minoterie).
Dans cette pièce jubilatoire, les femmes d’Athènes
prennent le pouvoir et veulent gérer la guerre et la paix,
sans négliger leur force de persuasion sexuelle auprès de
leurs maris. La mise en scène et la scénographie de Michel
Ramus, qui œuvre depuis 30 ans, sont pleines d’inventivité.
On peut faire du bon théâtre avec des moyens simples ! La
2e partie du spectacle s’agrémente de nombreuses
chansons : les textes d’Aristophane semblent faits pour les
musiques populaires des rengaines disco, et ces
détournements ont enthousiasmé le public.
CHRIS BOURGUE
Le cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht a été
présenté au Gymnase par la Compagnie du Grain de
sel dans la mise en scène d’Henriette Marchetti, avec un
accompagnement musical à l’accordéon. Le propos
rappelle le Jugement de Salomon : un enfant est réclamé
par deux femmes, ici d’origine sociale différente, et chez
Brecht c’est la servante qui l’a sauvé et protégé qui est
déclarée mère de l’enfant. Le rôle de Groucha est d’ailleurs
fort bien tenu par une comédienne d’une grande sensibilité.
La mise en scène favorise les tableaux, mettant en valeur
le travail sur les costumes et les accessoires avec un jeu
inspiré de la Commedia dell’Arte qui était, chez certains,
un peu trop caricatural.
La Compagnie du Caramentran de Lançon a choisi de
Prochains rendez-vous en mai et juin
Chacun sa vérité de Pirandello le 22 mai à la Criée
Cuntruveru di Valdo Nieddu de Marco Biancarelli
en langue corse le 23 mai à la Criée
Hôtel des 2 mondes d’Eric-Emmanuel Schmitt
le 24 mai à la Criée
Le Minotaure de Marcel Aymé le 25 mai au Gyptis
Errila (le Voyage) de la compagnie El Ichara de Mostaganem
le 5 juin au Lenche (sous réserve)
La nuit des reines de Michel Heim le 6 juin au Lenche
L’Astronome de Didier van Cauwelaert le 7 juin au Lacydon
Réservation et infos : 04 91 61 15 37
htt://festival-fnctacd13.wifeo.com
Entre Saints et loups !
Entre Saints de Nathalie Schmitt, élève de classe
préparatoire au Lycée Thiers, a été créée au Théâtre du
Lacydon par la compagnie Pousse-Mots de la région
parisienne. Le personnage principal, Cobalt, est un SDF ; il
vit sur une décharge et se désespère d’avoir perdu son
nécessaire. Il le réclame aux gens qui viennent sur la
décharge : un politique qui veut installer un incinérateur, un
journaliste, des nettoyeurs,un financier, une écolo...On le
devine, ce n’est pas Cobalt qui gagne ; il disparaît dans
l’indifférence, pour cause de pollution et contagion. Avec
ce texte on mesure la place que prennent les thèmes de
l’Ecologie dans la réflexion des jeunes.
Rappelons que la pièce de Nathalie a été primée par la
Fédération Sportive et culturelle de France qui organise
depuis 8 ans un concours d’auteurs d’œuvres dramatiques
Vive les auteurs ! dans le but de diffuser et de créer des
textes.
C.B.
Fédération Sportive et Culturelle de France (FSCF)
22 rue Oberkampf – 75011 Paris
01 43 38 50 57
Les débuts, et le reste
À l’issue de la représentation, un débat animé par AnneMarie Bonnabel, professeure en Khâgne, met en présence
Nathalie Schmitt la jeune auteure, Serge Valletti et
Dominique Cier. L’occasion pour les deux auteurs de
revenir sur leurs débuts d’auteurs dramatiques
Pourquoi décide-t-on d’écrire pour le théâtre ?
Serge Valetti : L’écriture théâtrale ? Ce n’est pas de la
littérature, c’est autre chose... ça a besoin des êtres
vivants. La magie de l’écriture de théâtre c’est qu’elle
donne de la vie ! À mes débuts au Théâtre Massalia
(première époque, en 1969 !) avec ma pièce Les brosses je
jouais mes textes parce que personne ne voulait le faire et
souvent avec un seul personnage, que j’interprétais moimême. 20 ans plus tard quand une de mes pièces est enfin
montée par Chantal Morel j’ai éprouvé un choc. C’était
impudique et troublant !
Dominique Cier : Lorsque ma première pièce a été créée
à la Radio, j’avais 14 ans ! L’écrivain est comme une
sentinelle et doit attirer le public. Sa démarche est
politique, c’est son rôle !
Nathalie Schmitt : Ce qui me plaît aujourd’hui c’est de
voir l’histoire mise en scène ; ma pièce a l’air d’exister
maintenant !
Le texte qui a été soumis à l’épreuve de la scène estil ensuite retouché ?
D.C : Oui je corrige, je change beaucoup de choses. Je ne
veux pas que le texte soit fossilisé.
S.V. : 30 de mes textes sont actuellement édités, je ne
retouche rien du tout. La seule chose qui reste c’est le
texte, sorte de déchet avec lequel on peut faire un autre
spectacle. L’édition permet simplement de susciter des
représentations futures.
C.B.
TRIBUNE LIBRE
ZIB ! ZIB ! ZIB !
HOURRA !
Vous avez aimé la première
version de ZIBELINE,
vous avez adoré la nouvelle !
Nous avons effectivement eu de
nombreuses réactions positives
à notre changement de format :
plus pratique, plus maniable,
mieux imprimé,
plus transportable,
votre ZIBELINE se glisse
désormais dans la poche de votre
jeans ou de votre blouson.
Vous l’avez toujours sous la main !
ENVOYEZ VOS REMARQUES ET RÉACTIONS À :
[email protected]
Privés de V.O.
Madame Nicole Mipatrini nous fait
part de son étonnement à propos
des chèques-cinéma délivrés par la
région PACA aux lycéens. En effet, il
se trouve que ces chèques ne sont
pas acceptés au César et aux
Variétés, seules salles d’Art et Essai
de Marseille facilement accessibles
aux lycéens, obligeant ainsi les
élèves à voir les films en VF ! On se
demande quelle est la raison de ce
refus. Y-a-t-il un coût pour les cinémas
lorsqu’ils acceptent ces chèques ?
Mensuel gratuit paraissant
le deuxième jeudi du mois
Edité par Zibeline SARL
76 avenue de la Panouse | n°11
13009 Marseille
Dépôt légal : janvier 2008
Directrice de publication
Agnès Freschel
Imprimé par Rotimpress
17181 Aiguaviva (Esp.)
photo couverture
© Agnès Mellon
Conception maquette
Max Minniti
Un artiste nous écrit ! Et c’est tant mieux, car cette tribune est faite aussi pour eux!
Benjamin Clasen est altiste à l’Orchestre Philharmonique de Marseille, il est aussi abonné
de Zibeline. Il a participé au spectacle de Richard Martin : La Poésie crie au secours !
(voir article page 31) et nous a envoyé ce texte dès le lendemain.
C’est donc un «retour de l’intérieur» qu’il nous confie : point de vue sensible !
Mon émoi et moi
Une partition avec trois kilos de rondes –façon de
dire que les nappes sonores s’annoncent épaisses et
étendues pour nous, les musiciens de l’Orchestre
Philharmonique de Marseille. Nous sommes ce
soir les invités de Richard Martin dans son fief, en
terre conquise, au Théâtre Toursky. Il a pris rencart
avec ses potes, les poètes.
Les lumières s’éteignent et le public disparaît.
Quelques paires de lunettes brillent encore
discrètement dans le noir de la salle. Monsieur
Martin laisse passer la première série d’accords,
tâtant avec des mains nerveuses ses vêtements
amples. Des harmonies feutrées choient en
éternelles spirales descendantes. Sa voix s’y mêle,
incertaine, hésitante. Le comédien chuchote,
susurre, improvise, cherche le bon passage pour
s’insérer dans le texte et la bonne distance avec un
micro trop sensible. Il projette les premières
invectives, enchaîne les registres : mon émoi et
moi sommes enfin réunis. Les paroles tendres se
balancent et vous mettent «le cœur à l’heure».
L’acteur clame, l’orchestre languit. La vedette prend
de l’élan, l’orchestre laboure cette partition lourde
comme une terre trempée.
Le chef d’orchestre Philippe Nahon, mains en l’air,
tête plongée dans le pupitre, s’efface au profit de
Richard Martin qui, encerclé par la lumière, isolé
sous sa douche, lance ses mains en éventail dans le
vide, retient le flot des paroles pour mieux les
lâcher ensuite, s’époumone en decrescendos jusqu’à
bout de son souffle, secoue sa crinière de clown
furibard. Il fait crépiter les injures, lance au public
de fausses interrogations, des certitudes partagées,
des exhortations d’une génération de poètes qui
nous semblent proches mais ne sont plus de notre
siècle. Rimbaud, Baudelaire, Vian, Aragon et Ferré
se succèdent et se mêlent à une musique qui tire
les grosses ficelles du larmoyant : des tirades
révolutionnaires sur fond de mélodies languissantes, une émeute la larme à l’œil, une rébellion
poétique. Et toujours ce rêve d’un monde meilleur.
Qu’il est difficile de nos jours de mourir
révolutionnaire !
Un extrait d’une œuvre de Gorecki tire mon
orchestre de sa torpeur instrumentale par un
mouvement de polka parodique. Des accords
grinçants s’entrechoquent comme grêlons sur tôle.
L’écriture, toute en reprises irrégulières, vous fait
dérailler un orchestre symphonique comme un rien.
Le pianiste joue seul contre tous, plante ses temps
hargneux en dépit du bon sens avec un manque
d’écoute qui dépasse l’entendement. L’orchestre,
secoué, vacille, mais résiste à ces attaques
incessantes, et atteint dans le crescendo
frénétique et final une véhémence proprement
douloureuse.
Après cette éruption musicale, la musette des
mots engagés s’emballe à nouveau. «À bientôt la
raison, à bientôt». Les paroles en pirouettes, les
sarcasmes grésillent et l’innocence des justes jubile.
«Aux armes citoyens». La tendresse des gros mots
côtoie des plaidoyers engagés : «La priorité à
gauche si vous permettez.» Le public exulte, et
remercie d’avoir échappé le temps d’une soirée à
cette époque morose qui est désormais la nôtre.
Est-ce que ce rêve d’un monde plus juste est une
affaire classée ? Et ces poètes si vieux et si
vivants ? Ce soir la salle donne raison aux poètes,
et à leur pote.
Rédactrice en chef
Agnès Freschel
[email protected]r
06 09 08 30 34
Musique et disques
Jacques Freschel
[email protected]
06 20 42 40 57
Sciences et techniques
Yves Berchadsky
[email protected]
Secrétaire de rédaction
chargée de l’éducation
Chris Bourgue
[email protected]
06 03 58 65 96
Frédéric Isoletta
[email protected]
06 03 99 40 07
Maquettiste
Philippe Perotti
[email protected]
06 19 62 03 61
Cinéma
Annie Gava
[email protected]
06 86 94 70 44
Responsable commerciale
Véronique Linais
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06 63 70 64 18
Secrétaire de rédaction
Spectacle vivant
Laurence Perez
[email protected]
06 15 78 65 21
Sara Lynch
[email protected]
Livres
Fred Robert
[email protected]
06 82 84 88 94
69
Arts Visuels
Claude Lorin
[email protected]
06 25 54 42 22
Philosophie
Régis Vlachos
[email protected]
Ont également participé à ce numéro :
Anne et Pierre Bence, Maryvonne
Colombani, Marie-Jo Dhô,
Sylvia Gourion, Clarisse Guichard
Photographes: Agnès Mellon, Philippe Charbonnière, Richard Melka
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Montévidéo
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04 91 37 97 35
Théâtre de Lenche
Les Bancs Publics
Le Vélo théâtre (Apt)
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le 20 mai à 20h30
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Les Salins (Martigues)
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le 15 mai à 20h30
à confirmer avant le 7 mai
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