TERROIRDIVO

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TERROIRDIVO
TERROIR DIVO
DIVO
Nº 74
Octobre 2013
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
RIBERA DEL DUERO – RIOJA
15
ANS DE COLLABORATION AVEC
SOMMAIRE
LA RIBERA DEL DUERO
• Rudeles : un projet d’entraide . . . . . . . . . . . 3
• Abadia Retuerta: 15 ans de collaboration . . 7
LA RIOJA
• Bodegas Landaluce: des vins francs . . . . . 11
• Remelluri: retour aux racines . . . . . . . . . . . 14
TERROIR DIVO
EDITORIAL
La Ribera del Duero fait concurrence à la Rioja
Il y a une vingtaine d’années, la Rioja était le leader incontesté des vignobles espagnols. L’hégémonie de cette région s’exerçait sans partage. L’entrée de l’Espagne dans
l’UE en 1986 a eu pour effet d’accélérer la modernisation
du pays, elle-même à l’origine de profonds bouleversements dans une Espagne qui, en terme de superficie,
est le plus grand pays viticole du monde. Des régions
jusqu’alors quasiment inconnues, comme le Priorat, ont
fait leur apparition sur la scène du vin. C’est le cas de la
Ribera del Duero. Cette région, qui produit depuis une
centaine d’années l’un des meilleurs vins d’Espagne – le
mythique Vega Sicilia – est toujours restée dans l’ombre
de la Rioja et n’a obtenu son statut d’appellation d’origine
(Denominación de Origen) qu’en 1982. Depuis, elle est
devenue une concurrente de la Rioja à prendre très au
sérieux. La Rioja et la Ribera del Duero produisent
presque exclusivement du vin rouge, et les deux régions
font de leur mieux à la fois pour sauvegarder leur tradition
viticole, et pour investir dans les techniques modernes.
Nous avons rendu visite à quatre de nos producteurs,
deux de la Ribera del Duero et deux de la Rioja établis
dans la plus petite des sous-régions, la montagneuse
Rioja Alavesa. La rencontre entre les deux régions s’est
terminée par un « match nul »: elles n’ont en effet rien à
s’envier mutuellement et produisent toutes les deux des
vins authentiques et convaincants, même si leur style
diffère. Les vins de la Rioja offrent une trame tannique
très fine, une matière fondante, et convainquent surtout
par leur charme et leur suavité. Les vins de la Ribera, en
revanche, sont les produits d’une viticulture à la limite
du réalisable, qui doit composer avec un climat extrême
et des terroirs situés en altitude. Ils sont puissants, pas
toujours d’accès facile, et ont besoin de temps: ils
plaisent par leur caractère et leur vivacité.
Dans les deux régions, on constate la même tendance à
produire des vins plus frais, plus fins, moins boisés que
par le passé. Il est possible que cette évolution soit un
effet collatéral de la crise économique: les viticulteurs
changent en effet moins vite de barriques en raison de
leur prix élevé. II reste à espérer que la crise ne contraindra
pas trop de vignerons à laisser leurs précieuses parcelles
à l’abandon, ce serait une perte irréparable.
Claudia Heine
Eric Duret
Walter Zambelli
Pour l’équipe DIVO
E S PA G N E
LES
DEUX GRANDS VIGNOBLES
ESPAGNOLS QUE SONT LA
ET LA
RIBERA
DEL
RIOJA
DUERO
S’ÉTENDENT SUR LES RIVES DE
L’EBRE, RESPECTIVEMENT DU
DUERO
RÉGIONS
DIVO
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
VITICOLES
2
DANS LES VIGNES DE RUDELES (DEPUIS LA GAUCHE) :
WALTER ZAMBELLI, EVA ZWAHLEN, JUAN-MARTÍN DEL HOYO, JAVIER RUPEREZ,
ROSER AMAROS, ERIC DURET, CLAUDIA HEINE ET ANTONIO RUPEREZ
RUDELES:
UN PROJET D’ENTRAIDE
A quelques kilomètres au sud-ouest
de San Esteban de Gormaz se trouve
un paisible petit village du nom de
Penalba de San Esteban. Il n’y a là que
quelques maisons en pierre jaune ocre,
dont beaucoup ont les volets fermés.
Le centre est occupé par une grande
place vide et une église majestueuse,
construite au XV e siècle sur des fondations romanes. En hiver ne vivent ici
que quelques poignées d’habitants.
C’est en été, quand les enfants du
village reviennent au pays pour quelques jours de vacances, que la bourgade reprend vie.
Pour se rendre à la cave Rudeles, il
faut franchir le petit pont de pierre qui
enjambe le Rio Pedro, directement à
l’entrée du village Puis il faut se tenir
sur sa gauche, passer devant un garage délabré, sur la droite, et on se
trouve déjà devant la bodega. Du point
de vue architectural, le bâtiment est
tout sauf spectaculaire. On y cherchera
en vain un écriteau qui indiquerait aux
œnophiles qu’ils sont au bon endroit.
Seules deux barriques gravées d’un
«R» et placées là, devant ce hangar
affreusement banal, indiquent qu’on ne
s’est pas trompé.
LES VRAIES VALEURS
SONT INTÉRIEURES
Rudeles fait passer l’être avant le paraître. On s’en aperçoit sur-le-champ.
Juan-Martin del Hoyo, l’un des partenaires qui constituent Rudeles, nous
DIVO
raconte l’histoire de ce projet d’entraide. En 2001, alors qu’elle ne pouvait
plus payer les viticulteurs qui lui livraient
leur raisin, la coopérative du coin finit
par faire faillite. De nombreux vignerons
se retrouvèrent au bord du gouffre et
furent contraints de renoncer à cultiver
leurs vignes. Les quelques viticulteurs
qui se trouvent aujourd’hui à la tête de
Rudeles étaient également désemparés.
C’est alors qu’ils eurent une idée. RuanMartin del Hoyo, son beau-frère Javier
Ruperez, le frère de celui-ci, Antonio
Ruperez, et Marcos Espinel, beau-frère
de Javier et d’Antonio, avaient tous hérité de leurs parents de petites parcelles
de vigne, dont la production jusqu’alors
était allée à la coopérative. A l’exception
d’Antonio et de son fils Sergio, aucun
d’entre eux ne vivait plus au village.
Ces hommes, unis non seulement par
des liens de parenté et d’amitié, mais
aussi par l’amour de leur terre et de la
viticulture, se lancèrent alors dans une
folle aventure et fondèrent leur propre
petite exploitation. Ils achetèrent encore
quelques parcelles auxquelles les propriétaires avaient renoncé et donnèrent
à leur bodega le nom de Rudeles (de
Ruperez, del Hoyo et Espinel). « Pour
l’instant, c’est encore un hobby assez
La Ribera del Duero
La Ribera del Duero est un vignoble de 115 km de long et 35 km de large,
situé en Castille-et-León, dans la partie supérieure de la vallée du Duero,
sur le haut plateau qui traverse le nord de l’Espagne, à une altitude de
700-900 mètres. Plus de cent villages vignerons occupent les deux rives
du Duero.
Superficie: env. 20 500 ha.
Climat: continental et extrême. Les étés sont secs et torrides, avec des températures autour des 40 °C. Les hivers sont très froids, le thermomètre peut
chuter jusqu’à -15 °C. Les écarts de température entre le jour et la nuit sont
très importants. 2400 heures d’ensoleillement et 450 mm de précipitations
par année.
Terroir: roche mère schisteuse, sur laquelle reposent divers types de sol,
mais toujours riches en calcaire et en minéraux (sols graveleux, sablonneux,
pierreux, argileux, gypseux).
Cépages: Conformément à l’AOC, les vins rouges doivent être élaborés
à partir d’au moins 75 % de Tempranillo (également appelé Tinto Fino ou
Tinto del País). Les autres cépages autorisés sont le Cabernet Sauvignon,
le Merlot et le Malbec. Ces quatre cépages doivent ensemble constituer au
minimum 95 % de la cuvée. Pour les 5 % restant, sont autorisés le Garnacha
Tinta et /ou l’Albillo, un cépage blanc. Mais l’AOC n’autorise que des vins
rouges et des vins rosés.
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
3
TERROIR DIVO
coûteux en temps et en argent », déclare Juan-Martin en riant, « mais nous
espérons naturellement entrer dans les
chiffres noirs dans un proche avenir…».
Antonio Ruperez est le seul à mettre sa
force de travail entièrement au service
de cette jeune cave. Il est viticulteur et
maître de chais de Rudeles. A la cave,
il est aidé par son fils Sergio. En fait, le
véritable chef est une femme: l’œnologue patentée Roser Amoros, qui s’occupe ailleurs de dix petites bodegas,
situées essentiellement dans les appellations Priorat et Montsant. Une fois
par semaine, elle fait la route depuis
Tarragone pour surveiller l’élevage des
vins de Rudeles et coacher les Ruperez
père et fils.
VÉNÉRABLES CEPS ET
EMPLACEMENT DE RÊVE
Nous nous répartissons dans divers
véhicules et nous nous mettons en
route, direction les vignes. Nous
sommes à mi-juin. Ces derniers mois,
en Espagne comme dans le reste de
l’Europe, le temps a été particulièrement frais et pluvieux. C’est pourquoi
la nature est inhabituellement verte pour
la saison. L’herbe est haute, parsemée
de centaines de coquelicots en pleine
floraison. Les marguerites, le colza, les
genêts, la sauge sauvage et d’autres
fleurs des champs, odorantes et multicolores, rivalisent d’ingéniosité pour attirer les insectes. De mauvaise grâce,
nous nous arrachons à la splendeur de
LE
VITICULTEUR
LA
CHARMANTE BOURGADE DE
SAN ESTEBAN
DE
GORMAZ
ce spectacle. D’étranges formations
rocheuses, striées de blanc, de jaune
et de rouge, nous font songer aux canyons de l’Amérique du nord. A perte
de vue, pas âme qui vive. Tout à coup,
adossées à des coteaux qui montent
en pente douce, les premières vignes
apparaissent. Dans les travées foisonnent des haies d’herbes folles et, ici
et là, surgissent des arbres isolés. Un
groupe de perdrix paniquées prend le
large, un chevreuil s’enfuit et remonte
les vignes en bondissant. Lorsque les
portes de nos véhicules claquent, le
gazouillis des oiseaux s’interrompt un
instant, avant de reprendre de plus
belle.
Nous nous extasions devant ces vignes
complantées de vénérables et précieux
ceps taillés en gobelet. « Nous exploitons en tout 15,5 hectares de vignes »,
explique Juan-Martin. L’œnologue Roser
Amoros lui coupe joyeusement la
parole: « Mais que dis-tu là ? Cela ne
ressemble à rien ! En fait, ce qu’il faut
savoir, c’est qu’il y a soixante parcelles
différentes. Imaginez-vous, c’est un
sacré boulot ! ». Et elle rit de bon cœur.
« Sur les plus petites parcelles prospèrent parfois cinquante ceps ». La plupart
des vignes formées en gobelets ont de
50 à 80 ans d’âge. Avec leurs troncs
noueux et leurs branches dressées qui
semblent implorer le ciel, elles témoignent de tous ces hivers rigoureux et
de tous ces étés caniculaires. Cette
haute et large vallée se trouve en effet
à une altitude de plus de 900 mètres.
CLIMAT ET ALTITUDE EXTRÊMES
« Cette année, les vignes ont au moins
3 semaines de retard », estime Antonio.
Le front plissé, il nous montre des
ANTONIO RUPEREZ
F ENÊTRE
AMPÉLOGRAPHIQUE
Le Tempranillo, noble et précoce hidalgo
Vous lirez peut-être dans certains ouvrages que le Tempranillo
(de l’espagnol ‘temprano’ signifiant ‘précoce’) a été introduit en Espagne
par les moines cisterciens de l’Abbaye de Cîteaux en Bourgogne, et qu’il
s’agirait d’un cousin du Pinot ayant pris le chemin du pèlerinage vers SaintJacques de Compostelle. Refermez donc ce livre car cette légende est invalidée par la découverte en 2012 des parents du Tempranillo par le test ADN:
il s’agit d’un croisement naturel entre l’Albillo Mayor, un vieux cépage de la
Ribera del Duero où le Tempranillo est historiquement cultivé sous le nom de
Tinta del País (« rouge du pays »), et un cépage abandonné de la communauté
autonome d’Aragon nommé Benedicto dont on ne sait pratiquement rien.
Le croisement a dû avoir lieu quelque part entre l’Aragon, la Rioja, la Castilleet-León et la Navarre, avant la première mention du Tempranillo en 1807
dans la Rioja, ou encore bien avant si l’on en croit certaines mentions incertaines en Ribera del Duero dès le XIIIe siècle.
José Vouillamoz
DIVO
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
4
Nº 74
DE
NOMBREUSES PETITES CAVES SOUTERRAINES OFFRENT AUJOURD’HUI ENCORE DES CONDITIONS
IDÉALES POUR L’ENTREPOSAGE ET LE VIEILLISSEMENT DU VIN
vignes qui ont conservé les stigmates
du gel survenu les nuits du 26 avril et
du 16 mai. Rien d’inhabituel dans la
Ribera del Duero, où seuls les mois de
juin à septembre sont garantis hors gel.
En hiver, le thermomètre chute fréquemment bien en dessous de 0 °C, et
des températures de -15 °C n’ont rien
d’exceptionnel. Même maintenant, au
début de l’été, on supporte une petite
laine en soirée.
Les vignerons de la région ne sont pas
gâtés. Ici, dans la province de Soria,
nous ne nous trouvons pas seulement
à la frontière la plus à l’est de ce très
long fleuve qu’est le Duero, mais également à la limite de ce que peut supporter la vigne. Certes, la viticulture est
tout à fait possible ici, avec une lutte
continuelle contre les éléments naturels.
A de telles altitudes, on peut sans autre
parler de « viticulture de montagne ». Le
climat est en effet marqué par d’importants écarts de température entre le
jour et la nuit, ce qui favorise la matu-
D’ANTIQUES
GOBELET
DIVO
CEPS DE
TEMPRANILLO
TAILLÉS EN
ration polyphénolique du raisin. Les
précipitations sont très faibles, du
moins dans les années normales. Seuls
les ceps les plus robustes et les plus
sains parviennent à amener les raisins
à maturité. Ce sont précisément ces
conditions extrêmes qui permettent au
vin d’atteindre un tel raffinement, une
telle fraîcheur et une telle expressivité
aromatique. « Hélas, nous ne parvenons
pas toujours à récolter les raisins
lorsqu’ils ont atteint leur pleine maturité », reconnaît Roser Amoros. « Dans
le pire des cas, nous en faisons du
rosé ou du vin jeune ; quand ils sont
bien mûrs, alors les raisins sont incomparablement aromatiques et frais ! »,
s’enflamme-t-elle.
LE TEMPRANILLO DONNE LE TON
Chez Rudeles comme dans toute la
Ribera, le Tempranillo est le cépage incontesté. On en trouve aussi une variété
locale, le Tinto Fino, également appelé
Tinto del País. Sinon, les partenaires de
Rudeles ont le bonheur de posséder
des ceps de Garnacha vieux de cent
ans, qui ont une valeur inestimable
dans la région. L’heure est venue de
déguster les vins qui prospèrent ici !
Au milieu des vignes, un petit cassecroûte a été préparé pour nous, et les
premières bouteilles sont débouchées.
Soudainement nous nous sentons observés. Sur les crêtes du haut plateau,
que l’on appelle ici las comarcas, cinq
gigantesques oiseaux se sont posés
l’un après l’autre. Ils ne nous quittent
pas des yeux: ce sont des vautours
fauves, des rapaces qui ont une envergure de plus de deux mètres. «Aucune
crainte, ils ne mangent que des charognes…», rassurent nos hôtes, tout
en nous présentant joyeusement leurs
vins. Nous commençons par leur seul
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
OCTOBRE 2013
vin blanc, l’Albillo, un cépage rare qui
n’a pas droit à l’AOC. Nous testons
ensuite le Cepas Jovenes rouge 2012,
un vin au fruit étincelant, rond, et au
charme désarmant. Puis vient le tour
de « L’Original », une cuvée d’une
grande élégance, élaborée à partir de
raisins provenant de 23 parcelles différentes. Il qui affiche au nez une explosion d’arômes fruités et offre en bouche
une matière profonde, soutenue par
des tanins bien intégrés. Tous les terroirs de la région sont riches en calcaire,
en formant une mosaïque de sols assez
différents: certains sont alluviaux, donc
sablo-graveleux, d’autres argileux, d’autres encore schisteux, voire gypseux.
Cette diversité contribue grandement à
la complexité des vins.
Sous le regard sévère des vautours,
nous poursuivons notre route. Nous
passons devant des caves souterraines,
creusées à même la pierre dans les
collines, et nous retournons au village.
La cave Rudeles est simple, d’une
propreté irréprochable et équipée avec
du matériel dernier cri. Ici, un seul mot
d’ordre: sélection. Déjà dans les vignes,
les raisins doivent passer par quatre
étapes de sélection, toutes effectuées
à la main. Avec la taille en gobelet, des
vendanges mécaniques sont d’ailleurs
impensables. Les raisins sont ensuite
livrés à la bodega dans des cageots de
12 kilos. Ils sont alors une nouvelle fois
impitoyablement triés sur la table de
triage, avant d’être soumis à la fermentation dans des cuves d’acier, à température surveillée. Puis ils sont pressurés
et élevés en barriques.
« Nous n’en sommes qu’au début »,
commente modestement Juan-Martin,
« avec un objectif clair: nous voulons
conserver le précieux héritage viticole
que nous ont légué nos parents et nos
grands-parents, et nous voulons produire des vins qui reflètent leur terroir.
Nous avons commencé en 2003 avec
2500 bouteilles, élevées dans un garage. Aujourd’hui, nous en produisons
40 000. Une chose est sûre: nous ne
dérogerons jamais à nos principes de
qualité, juste pour augmenter la quantité ! », conclut-il. Et c’est ainsi que trois
des cinq partenaires continuent de
travailler à l’extérieur, afin de gagner
l’argent nécessaire au financement de
l’entreprise et maintenir en vie leur rêve:
produire un vin de caractère, fidèle à
ce coin de pays. Pour les vendanges,
toute la famille se réunira au village et
aidera à la récolte du raisin.
5
TERROIR DIVO
LES VINS DE RUDELES
l Rudeles 2006, Selección,
Ribera del Duero, Tierras
el Guijarral: un cru velouté,
au caractère bien affirmé
Les raisins à l’origine de ce vin proviennent des meilleures parcelles qui s’étendent sur les coteaux des comarcas. Ils
sont soigneusement sélectionnés, puis
égrenés et soumis à fermentation dans
des cuves en acier inoxydable, à une
température contrôlée de 27°C. Le vin
est ensuite élevé 13 mois en fûts de
chêne français d’une année, puis vieilli
douze mois supplémentaires en bouteilles. Il arbore alors une robe intense,
étincelante, et affiche au nez des
arômes veloutés, au fruit prononcé, sur
des notes de cerise, de prune, de café,
de chocolat et de réglisse. La bouche
déploie une matière étoffée et dense,
qui s’appuie sur une acidité remarquablement équilibrée, et sur des tanins
soyeux et caressants. Un vin d’une
belle complexité aromatique, racé, au
caractère bien affirmé.
Gigot d’agneau aux fines herbes •
Confit de lapin • Ragoût d’agneau aux
tomates.
Rudeles 2006, Selección, Ribera del Duero,
Tierras el Guijarral («vin de l’année» 2013)
Garde: 2013-2014
Réf.: 402806
Cépages: 95% Tempranillo/Tinto Fino (deux tiers issus
de vignes de 10 ans d’âge, un tiers de vignes de 90 ans
d’âge), 5% Garnacha (vignes de 100 ans d’âge)
Prix spécial membres: CHF 19.70
Type: intense, de caractère, puissant, tanins soyeux
EN
JUIN
2013, L’UNE
DIVO
DES
60
l Rudeles 2012, Cepas Jovenes,
Ribera del Duero, Tierras el
Guijarral: du fruit à l’état pur
Les vignes de Tempranillo à l’origine
de ce vin prospèrent à une altitude de
800 m, sur des sols pierreux. La fermentation s’effectue durant sept jours,
à une température de 23 °C, ce qui
permet de lui conserver tout son fruit.
Le vin est ensuite élevé en cuve d’acier
et mis en bouteilles tôt. Un cru sympathique, au fruit marqué par les arômes
fermentaires et primaires, qui offre en
bouche une matière ronde et charnue,
soutenue par des tanins légèrement
rustiques. Un vin de tous les jours, tout
en fraîcheur, tourné vers le plaisir.
Rudeles 2012, Cepas Jovenes,
Ribera del Duero, Tierras el Guijarral
Garde: 2013-2015
Réf.: 402912
Cépage: 95% Tempranillo/Tinto Fino (issu de vignes
jeunes), 5% Garnacha (vignes de 100 ans d’âge)
Prix membres: CHF 8.95
Type: fruité, frais, d’accès facile
des arômes complexes de baies rouges et noires, de café, de violette et
d’épices douces, sur une touche boisée
discrète, élégante et bien enrobée. Il
déploie en bouche une matière racée,
ample, agréablement fraîche, soutenue
par des tanins au grain fin, qui s’achève
dans une finale persistante et aromatique.
Tarte aux légumes • Lapin braisé aux
olives • Aubergines farcies à la viande
hachée.
Rudeles 2010, Original, Cuvée Spéciale DIVO,
Ribera del Duero, Tierras el Guijarral
Garde: 2013-2015
Réf.: 403610
Cépages: 95% Tempranillo/Tinto Fino (deux tiers issus
de vignes de 10 ans d’âge, un tiers de vignes de 90 ans
d’âge), 5% Garnacha (vignes de 100 ans d’âge)
Prix membres: CHF 12.95
Type: complexe, souple, fruit racé
l Rudeles 2010, Original,
Cuvée Spéciale DIVO, Ribera
del Duero, Tierras el Guijarral:
un vin tout en souplesse et
en harmonie
Mise en bouteilles spécialement pour
DIVO, cette cuvée provient de 23 parcelles différentes. Les raisins sont fermentés durant deux semaines à 25 °C,
puis le vin est élevé six mois en barriques françaises usagées, avant d’être
vieilli au moins une année en bouteille.
Un vin souple et très harmonieux, au
fruit très prononcé, qui affiche au nez
PARCELLES QUI CONSTITUENT LE DOMAINE
RUDELES
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
SOUS UN OCÉAN DE FLEURS
6
Nº 74
DES
VIGNES À PERTE DE VUE: L’ABADÍA
RETUERTA
OCTOBRE 2013
NE COMPTE PAS MOINS DE
204
HECTARES
ABADÍA RETUERTA: 15 ANS
DE COLLABORATION AVEC DIVO
Christophe von Ritter a présenté
l’Abadía Retuerta en 1998, dans la revue
DIVO n° 27. Enthousiaste, il saluait alors
la volonté explicite de ce domaine
nouvellement créé de mettre l’accent
sur les terroirs, sans tenir compte des
directives restrictives de l’AOC, et de
choisir des cépages et des méthodes
de vinification exclusivement en fonction
des terroirs. Aujourd’hui, 15 ans plus
tard, l’Abadía Retuerta est devenue une
marque de réputation internationale.
Malgré sa grande taille, le domaine
convainc plus que jamais par un travail
minutieux aussi bien dans la vigne qu’à
la cave, et par des vins qui, certes vinifiés de façon moderne, n’en restent
pas moins fortement marqués par leurs
terroirs. Une raison suffisante pour
poursuivre cette longue collaboration.
L’Abadía Retuerta se situe à Sardón de
Duero, à cent dix kilomètres à l’ouest
de Rudeles, à peu près à l’autre extrémité du fleuve Duero, dans la région de
Valladolid. Cette imposante abbaye de
moines prémontrés, érigée en 1146 durant la reconquista de la péninsule ibérique par les chrétiens contre les
Maures, était connue et appréciée loin
à la ronde, jusqu’au XIXe siècle, pour la
production de ses vins. Elle se trouve à
proximité immédiate du Duero et se
présente aujourd’hui comme un hôtel
cinq étoiles, rénové avec beaucoup de
goût, qui porte tout simplement le nom
de Le Domaine. Avec son restaurant
de luxe, aménagé dans l’ancien réfectoire des moines, et son bistrot moderne, l’hôtel répond à toutes les
demandes. L’exploitation s’étend sur
LÀ OÙ JADIS S’ACTIVAIENT DES MOINES, DÉBARQUENT AUJOURD’HUI
L’ANCIEN CLOÎTRE A ÉTÉ TRANSFORMÉ EN HÔTEL DE LUXE
EN VOITURE DES HÔTES FORTUNÉS :
750 hectares de terrain, dont 204
complantés de vignes. Le vignoble et
la cave se trouvent sur la rive nord du
Duero, sur un coteau qui grimpe tout
en douceur jusqu’à une altitude de
850 mètres.
Totalement délabrée, la propriété a été
achetée en 1988 par un grand groupe
suisse actif sur les marchés internationaux, qui a investi des sommes colossales non seulement dans la rénovation
de la bâtisse, vestige historique unique
en son genre, mais également dans la
réorganisation du vignoble et dans
la modernisation de la cave en 1996.
Aujourd’hui le complexe respire l’élégance et la noblesse, les installations
en cave sont bien pensées et techniquement à la pointe du progrès, de
quoi faire rêver tout œnologue qui se
respecte.
AMBITIEUX PROJET
DE PRESTIGE
A l’Abadía Retuerta, on n’a pas non
plus lésiné sur le personnel. Pour cet
ambitieux projet de prestige, les meilleurs n’étaient pas encore assez bons.
On s’attacha dès le début les services
du célèbre œnologue et agronome français Pascal Delbeck, qui fonctionna
comme conseiller. Et on engagea comme
directeur technique responsable des
vignes et de la bodega, le brillant œnologue Angel Anocibar. Aujourd’hui, il
est resté le même homme: simple et
sans façon, sympathique, avec les deux
pieds sur terre. Promu premier œnologue d’Espagne, cet homme formé à
Bordeaux, qui a exercé son activité au
château Calon Ségur, nous invite à
DIVO
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
7
TERROIR DIVO
ANGEL ANOCIBAR
FAIT DÉCOUVRIR SON ROYAUME À
monter dans sa jeep. Elle est décorée
d’un petit ange, symbole et ange protecteur de l’abbaye, qui convient parfaitement à son prénom.
Non sans fierté, il nous véhicule à travers son royaume et nous montre avec
une joie non dissimulée des vignes
sauvages. Il nous parle avec entrain
des pins centenaires, des cèdres et
des chênes. « Là où poussent les pins,
le sol est forcément pauvre et sablonneux » explique-t-il. Il évoque également
les animaux qui vivent ici, pour lesquels
ses collaborateurs, sur ses directives,
ont construit des abreuvoirs. Puis il
nous montre les grandes roues à vent,
qui sont censées protéger du gel les
vignes de la plaine. Elles mélangent en
effet les couches d’air froid qui stagnent
au niveau du sol avec les couches
supérieures plus chaudes. Devant
notre incrédulité, il précise: « Au début,
beaucoup de gens ont douté de leur
efficacité. Mais après un gel survenu
au mois de septembre, toutes les
feuilles du vignoble sont devenues
brunes, à l’exception de celles de nos
vignes. Depuis, le doute n’est plus
permis.»
ERIC DURET, CLAUDIA HEINE
ET
WALTER ZAMBELLI
coup travailler dans la vigne », poursuit
Angel Anocibar, qui accorde une grande
importance à une approche si possible
écologique de la viticulture. En principe,
il n’utilise pas d’insecticide, aussi peu
d’engrais que possible et des fongicides uniquement en cas d’extrême
nécessité. Les parasites sont combattus avec des méthodes naturelles, et
tout est entrepris pour favoriser les
organismes auxiliaires. Le fait que les
chevreuils s’en prennent volontiers aux
jeunes pousses ne le dérange pas,
« pour autant qu’il n’y en ait pas
L’ANCIENNE
ABBAYE DES
PRÉMONTRÉS
trop…», commente-t-il en haussant les
épaules. En homme proche de la nature, l’œnologue en chef affiche la
même décontraction face aux maladies
de la vigne. Il lutte contre elles de manière intransigeante, ceci uniquement
si elles mettent en péril la qualité des
raisins et des vins. La densité des
plants est de 3000 ceps par hectare,
un chiffre relativement bas. « Si l’on
augmentait cette densité, les ceps souffriraient du manque d’eau » explique-til. Pour la même raison, on procède à
un effeuillage conséquent. Le vignoble
se subdivise en 54 parcelles qui sont
toutes vinifiées séparément. Les meilleures d’entre elles, appelées pagos,
donnent des crus de toute grande
classe, d’une remarquable profondeur.
« Dès le début, nous avons visé la
gamme moyenne et supérieure », insiste
Angel, « et, pour y arriver, il faut travailler
dur ». Notamment en réfrénant les
quantités, ce qui se conçoit aisément:
« Pour se maintenir dans le temps, le
vin a besoin de structure ». Et c’est justement là l’objectif poursuivi par la bodega: produire des vins qui vieillissent
bien et qui ne déploient toute leur noblesse et leur personnalité qu’avec les
années.
LA CAVE: DE LA PRÉCARITÉ
AU GRAND LUXE
Lorsque notre hôte nous montre la
cave, aussi impressionnante qu’avantgardiste, avec ses cuves suspendues,
il fait ce commentaire: « Il y a 15 ans, ne
SE TROUVE AU MILIEU DES VIGNES, À QUELQUES PAS DU
DUERO
TRAVAIL INTRANSIGEANT
DANS LES VIGNES
Dans la Ribera del Duero, la période de
végétation est brève, en raison de l’altitude et du climat. « Pour récolter des
raisins parvenus à maturité, il faut beau-
DIVO
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
8
Nº 74
travailler qu’avec la gravité était une
méthode révolutionnaire ; aujourd’hui,
tout le monde fait comme ça ». L’installation dispose également d’un laboratoire très bien équipé, dans lequel
on isole des levures indigènes et des
bactéries lactiques. « En matière de
levures, nous avons dix ans d’avance
sur Vega Sicilia », poursuit-il. (Ndlr: Vega
Sicilia est une société viticole située au
cœur de l’appellation Ribera del Duero).
Quant à la gigantesque cave de vieillissement, avec ses 3000 barriques
entassées sur des châssis qui montent
à des hauteurs vertigineuses, Angel
Anocibar se souvient des débuts et
raconte: « La première année, Pascal
Delbeck et moi-même avons vinifié
notre première cuvée dans un véritable
trou, sans toit au-dessus de la tête.
A l’époque, en effet, la construction de
la cave n’était pas terminée. C’était
une sacrée période ! » A l’entendre, on
soupçonne Angel Anocibar de s’être
senti au moins aussi à l’aise dans les
conditions précaires de l’époque qu’aujourd’hui dans sa cave grand luxe.
parcelle a été examinée sous l’angle
géologique, puis complantée avec le
cépage qui correspond à ses caractéristiques constitutives et à son orientation. On procède régulièrement à des
analyses et des contrôles. Inutile de
préciser que les vins sont élaborés
exclusivement à partir des raisins de
l’exploitation. Ces raisins sont récoltés
à la main, séparés par parcelles et
sélectionnés sur des tables de triage.
Alors seulement, et toujours séparément, ils sont soumis à la fermentation,
puis à l’élevage.
Cette méthode représente un immense
défi logistique: c’est justement dans
DANS
LA CAVE DE L’ABADÍA
OCTOBRE 2013
la personnalité, dans la singularité du
terroir que réside toute l’essence des
vins haut de gamme, qu’ils soient élaborés à partir d’un cépage indigène,
comme le Tempranillo, ou à partir de
Cabernet Sauvignon. Même les œnophiles qui recherchent en Espagne un
cépage plutôt indigène qu’étranger, ne
manqueront pas de tomber sous le
charme irrésistible du grandiose Pago
Valdebellón, un Cabernet Sauvignon
élevé en monocépage qui peut rivaliser avec les plus grands vins de la
planète, grâce à son époustouflante
élégance et son caractère remarquablement minéral.
RETUERTA S’EMPILENT 3000
BARRIQUES
CRUS HAUT DE GAMME
La grande idée de l’Abadia Retuerta,
c’est de produire des vins qui soient
l’exacte émanation des parcelles exceptionnelles et des terroirs historiques
dont ils sont issus. Cette philosophie a
des conséquences sur le travail dans la
vigne et dans la cave. En effet, chaque
DIVO
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
9
TERROIR DIVO
ment un faible pour ce vin ! Vieilli 24
mois en barriques françaises neuves,
ce pago d’une grande noblesse tient
toutes ses promesses. Voilà un vin distingué, très classique, impressionnant
d’élégance, de minéralité et de complexité, qui affiche au nez des arômes
d’épices, d’herbes de Provence et de
fruits rouges, sur des notes minérales.
Il offre en bouche une matière délicate,
élancée, soutenue par une structure
très harmonieuse, qui s’achève dans
une finale persistante. Une pure merveille!
Pigeonneau rôti • Filet de bœuf sauce
au poivre.
TOUTES LES VIGNES ONT FAIT L’OBJET
D’INVESTIGATIONS GÉOLOGIQUES AVANT
D’ÊTRE À NOUVEAU ENCÉPAGÉES
LES VINS DE
L’ABADÍA RETUERTA
l Abadía Retuerta Selección
Especial 2009, Sardón de
Duero: le triomphe du
vainqueur
Veni, vidi, vici: vous l’aurez compris, la
Selección Especial 2009 a tout d’une
marche triomphale. C’est le vin le plus
populaire de l’Abadía, celui qui a le
plus de succès, un assemblage classique de divers cépages provenant de
différentes parcelles. Il séduit d’emblée
par un nez délicat et élégant, classique
dans le meilleur sens du terme, où dominent les arômes de cassis, de prune
et de café, sur un soupçon de violette.
Elancée, veloutée, la bouche déploie
une matière dense, soutenue par des
tanins au grain fin et une acidité tout en
fraîcheur. Un vin expressif, irrésistiblement harmonieux.
Lapin braisé au four • Tajine d’agneau.
Abadía Retuerta Pago Valdebellón 2009, Viñedos Propios,
Sardón de Duero
Garde: 2013-2019 • Réf.: 80009
Cépage: Cabernet Sauvignon
Prix membres: CHF 79.20
Type: minéral, élégant, épicé, classique
notes de baies et de cerise noire bien
mûre, avec quelques accents de tabac
et de fumée. Avant de culminer dans
une finale aussi longue que raffinée, la
bouche déploie une matière dense et
puissante, qui s’appuie sur une structure de tanins précise, élégante, et délicate. Un vin de toute grande classe,
avec beaucoup de fondant, à savourer
lors d’occasions exceptionnelles.
Pigeonneau aux truffes • Filets
d’agneau au thym.
Abadía Retuerta Pago Negralada 2010,
Viñedos Propios, Sardón de Duero
Garde: 2013-2019 • Réf.: 81410
Cépage: Tempranillo
Prix membres: CHF 79.20
Type: profond, distingué, puissant
l Abadía Retuerta Pago
Negralada 2010, Viñedos
Propios, Sardón de Duero:
un Tempranillo qui répond aux
exigences les plus élevées
C’est ainsi qu’il faut se représenter un
Tempranillo de toute grande classe:
issu de sols sablo-graveleux profonds
et affiné 24 mois en barriques françaises neuves. Il affiche au nez des
arômes tout en nuances, superbement
complexes, d’une pureté et d’une subtilité absolument remarquables, sur des
L’ANCIEN
CHEMIN DE CROIX DU CLOÎTRE SERT AUJOURD’HUI À DES FINS PLUS PROFANES
Abadía Retuerta Selección Especial 2009,
Sardón de Duero
Garde: 2013-2016 • Réf.: 81309
Cépages: 75% Tempranillo/Tinto Fino,
20% Cabernet Sauvignon, 5% Merlot
Prix membres: CHF 24.30
Type: complexe, élégant, velouté, raffiné
l Abadía Retuerta Pago
Valdebellón 2009, Viñedos
Propios, Sardón de Duero: un
Cabernet Sauvignon vraiment
grandiose!
Même si vous estimez que produire un
Cabernet Sauvignon en Espagne est
une hérésie, vous aurez immanquable-
DIVO
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
10
Nº 74
LES
VIGNES DES BODEGAS
LANDALUCE
BODEGAS LANDALUCE:
DES VINS FRANCS, À LA FORTE
IDENTITÉ BASQUE
Directeur des bodegas Landaluce, Asier
Larrauri Donnay, par ailleurs un homme
charmant, discret et plutôt introverti,
met d’emblée les choses au point et
entend dissiper tout malentendu: « Ici,
nous ne sommes pas en Espagne,
mais dans le Pays basque ! ». Le domaine Landaluce se trouve dans la plus
petite des trois sous-régions de la Rioja:
la Rioja Alavesa. Il s’agit d’une contrée
montagneuse, qui s’étend dans un
cadre absolument charmant au pied
des contreforts escarpés de la Sierra
de Cantabria, à quelques minutes de la
ville fortifiée de Laguardia, au cœur
même de cette région autonome qu’est
le Pays basque.
Notre hôte n’est pas le seul à revendiquer son identité basque: ici, elle est
omniprésente et s’affiche jusque sur
les panneaux indiquant le nom des
F ENÊTRE
rues, inscrits dans les deux langues.
Asier nous amène d’abord faire un tour
dans cette petite bourgade médiévale,
qui trône fièrement sur sa colline, entourée de son vieux mur d’enceinte et
de ses cinq portes majestueuses.
Comme d’un nid d’aigle, on jouit d’une
vue fantastique sur la contrée environnante, qui ressemble depuis ici à un
véritable patchwork, composé de parcelles de vignes plus ou moins grandes
et de bodegas qui s’étendent dans la
plaine et remontent un bon bout sur les
flancs de la cordillère cantabrique.
D’ABORD SIMPLE FOURNISSEUR
DE RAISIN, AUJOURD’HUI
BODEGA MODERNE
Les bodegas Landaluce sont une jeune
exploitation. Il n’y a pas si longtemps
encore, le viticulteur Goyo Landaluce
AMPÉLOGRAPHIQUE
Graciano, un aragonais en Sardaigne
Le Graciano est un très vieux cépage de la communauté autonome d’Aragon au nord-est de l’Espagne qui a beaucoup voyagé, comme
en témoignent ses nombreux synonymes régionaux. Par exemple, le test
ADN a confirmé qu’on le retrouve en Andalousie sous le nom de Tintilla de
Rota, dans le Languedoc où il est appelé Morrastel (et souvent confondu
avec le Mourvèdre, appelé Monastrell en Espagne), mais aussi en Sardaigne
sous les noms de Cagnulari et Bovale Sardo. Son introduction en Sardaigne
a probablement eu lieu pendant la domination de l’île par le royaume
d’Aragon (1323-1720), très vraisemblablement en compagnie du Mazuelo
(ou Carignan) auquel on donna le nom de Bovale Grande ou Bovale
d’Espagne. L’origine du Graciano est donc indiscutablement espagnole,
comme l’atteste son lien génétique de type parent-enfant découvert avec le
Mandón, vieux cépage du Bierzo dans la province de León au nord-ouest
espagnol.
José Vouillamoz
DIVO
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
OCTOBRE 2013
PROSPÈRENT AU PIED DE LA CORDILLÈRE CANTABRIQUE
livrait le raisin de ses 15 hectares de
vigne à la coopérative locale, comme
l’avaient fait avant lui son père et son
grand-père. Tout a changé en 2001, où
il a fallu prendre une décision: abandonner la vigne ou faire le grand saut.
Goyo choisit alors de se lancer et s’associa à trois partenaires, parmi lesquels
Asier Larrauri. Persuadé du grand potentiel de la Rioja Alavesa (du moins de
sa partie basque…) le quartet fonda les
bodegas Landaluce. Avec l’aide d’un
collaborateur engagé à plein temps et
de cinq saisonniers, Goyo cultive depuis
lors, outre ses propres vignes, une
quinzaine d’hectares qu’il a pu louer.
Non sans fierté, il nous conduit à travers
quelques-unes de ses parcelles. Les
ceps, majoritairement de Tempranillo,
sont plantés à une distance de 1,7 m
les uns des autres et, par crainte qu’ils
ne manquent d’eau, sont désherbés.
Comme le veut la tradition, ils sont tous
taillés en gobelets et forment ainsi de
petits buissons à trois bras, d’un mètre
de hauteur. La plupart ont atteint un
âge vénérable, puisque les plus vieux
ont été plantés il y a 93 ans.
UN JEUNE DOMAINE
AVEC DE TRÈS VIEUX CEPS
«Les ceps d’un certain âge sont de bien
meilleure qualité que les plus jeunes »,
explique Asier Larrauri. « Comme leurs
racines descendent plus profondément
dans le sol, ils supportent beaucoup
mieux la sécheresse et les fortes intempéries, à l’image de ce que nous avons
connu ces derniers mois. Ils ont également moins tendance à produire des
quantités excessives de raisin, ce qui
nous épargne du travail », poursuit le
viticulteur. Puis il ajoute, après avoir
médité un instant, que les vieux ceps
produisent des vins plus profonds et
plus complexes.
Moderne et fonctionnelle, la cave aligne
22 cuves à fermentation de diverses
grandeurs, équipées d’un système de
contrôle des températures. Nous nous
trouvons ici dans le royaume de Xabier
Kamio, l’œnologue en fonction ici
11
TERROIR DIVO
depuis 2009. Comme son nom l’indique, cet homme très sûr de lui est un
Basque de pure souche. Il nous raconte
comment, grâce aux analyses de laboratoire et à des modèles sophistiqués
de calcul, il parvient à déterminer d’une
saison à l’autre, en fonction des parcelles et des cépages, les dates idéales
de récolte. Il insiste sur un point: la bodega Landaluce élabore tous ses vins
à partir de ses propres raisins. « Dans
la Rioja, c’est très rare ; la plupart des
domaines achètent du raisin en plus »
précise l’œnologue. La récolte est intégralement contrôlée sur la table de
triage, « même les raisins qui serviront à
la confection des vins de base ». Puis
les grappes sont entièrement égrenées,
et le moût est soumis à fermentation
par levures sélectionnées, dans des
cuves d’acier, à des températures de
22 °C à 28 °C. « La température ne doit
pas être trop basse, sinon les vins
n’ont pas de fondant », explique Xabier
Kamio, dont l’objectif consiste à obtenir
des vins séducteurs, au fruit prononcé.
Il ne jure que par la traditionnelle presse
verticale.
UN FRUITÉ EXCEPTIONNEL,
GRÂCE À LA MACÉRATION
CARBONIQUE
Pou conserver au raisin tout son fruit,
l’œnologue recourt volontiers à la méthode dite de la macération carbonique,
à la différence près que le raisin est
certes égrappé, comme dans la macération carbonique classique, mais n’est
pas pressuré: les grains sont versés
dans la cuve à fermentation si possible
LE
VÉRITABLE TRÉSOR DU DOMAINE
DES CEPS D’ÂGE VÉNÉRABLE
LANDALUCE :
DANS
LES ESPACES NOUVELLEMENT AMÉNAGÉS, JUSTE À CÔTÉ DE LA CAVE
LANDALUCE,
LES VIGNES
SONT ÉLEVÉES SUR DES CADRES DE FIL DE FER
entiers. La plupart des vins jeunes
vieillissent ensuite dans des barriques
françaises moyennement ou fortement
toastées ; seuls 7 % des barricas sont
confectionnées à partir de chêne américain. Les fûts de Capricho, le cru qui
leur sert en quelque sorte d’image de
marque, ne sont pas stockés dans la
cave de vieillissement normale, mais
dans une élégante cave séparée. C’est
un cru qui n’est élaboré que les meilleures années, à partir de raisins qui
ont mûri sur des ceps de Tempranillo
de 80 ans d’âge, avant d’être vieilli
18 mois en barriques françaises neuves,
et finalement mis en bouteilles non
filtré. A notre goût, c’est un vin où les
arômes boisés sont un peu trop prononcés. Nous lui préférons nettement
la crianza « normale », un vin de tous les
jours pas compliqué et fruité, ou la très
élégante reserva.
Notre petit favori, c’est un cru un peu
déjanté, élaboré à partir d’un très vieux
cépage local: le Graciano. Il affiche au
nez des senteurs fraîches et poivrées
et déploie en bouche une matière
racée, d’une grande droiture, soutenue
par une acidité fondante. Les avis sont
partagés: « Il est clairement trop acide
La Rioja
Située au nord-est du pays, la Rioja est la plus importante région viticole
d’Espagne. Traversée par le Rio Oja, une rivière à laquelle elle doit son nom,
et par le fleuve Ebre, elle chevauche trois provinces autonomes: le Pays
basque, la Rioja et la Navarre. Protégée au nord par la Sierra de Cantabria, à
l’abri des vents de l’Atlantique qui, depuis l’ouest, apportent les pluies, la
Rioja s’étend sur une longueur de 120 km entre la commune de Haro, au
nord-ouest, et celle de Campo de Borja, au sud-est. Elle est subdivisée en
trois sous-régions: la Rioja Alavesa, la Rioja Alta et la Rioja Baja. 144 communes produisent du vin dans cette région, dont 90 % de rouge et 10 % de
rosé et de blanc. Les vignes prospèrent entre 300 et 800 m d’altitude.
Superficie: env. 63 600 ha.
Climat: mélange d’influences méditerranéennes et atlantiques, le climat est
nettement plus tempéré que dans la Ribera del Duero. Températures modérées, précipitations entre 300 et 500 mm par année, suivant les régions.
Terroir: extrêmement diversifié. Rioja Alavesa: sols argilo-calcaires ; Rioja
Alta: sols alluviaux graveleux, sols argileux riches en fer et sols argilocalcaires ; Rioja Baja: sols alluviaux argileux riches en fer.
Cépages: Les directives AOC autorisent les cépages suivants: Tempranillo,
Garnacha, Mazuelo (= Cariñena), Graciano et Maturana Tinta pour les
rouges, Viura (= Macabeo), Malvasía, Garnacha blanca, Tempranillo blanco,
Maturana blanca, Turruntés, Chardonnay, Sauvignon Blanc et Verdej pour les
blancs.
DIVO
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
12
Nº 74
DÉGUSTATION
ET DISCUSSION ANIMÉE AVEC
XABIER KAMIO, L’ŒNOLOGUE
DE
LANDALUCE (3E
DEPUIS LA GAUCHE).
OBJET
OCTOBRE 2013
DE L’ÉCHANGE : LE
GRACIANO A-T-IL
VRAIMENT UN PROFIL TROP ACIDE POUR LA CLIENTÈLE SUISSE ?
pour notre clientèle suisse », estime
ainsi Eric Duret. « La fougue du Graciano gagnerait à être domptée, par
exemple avec un petit pourcentage
de Tempranillo ou avec un soupçon de
cépage blanc », poursuit-il. Mais quel
dommage ce serait de castrer ce vin
au caractère bien affirmé et de lui ôter
ainsi son incomparable personnalité !
Sans compter qu’il est permis de douter qu’un véritable Basque se laisse si
facilement dompter !
LES VINS DES BODEGAS
LANDALUCE
l Fincas de Landaluce Crianza
2008, Rioja Alavesa, Bodegas
Landaluce: délicatesse et
harmonie
Ce monocépage de Tempranillo est
issu de raisins qui ont mûri sur des
ceps de 20 à 40 ans d’âge. Elevé une
année en barriques françaises, il séduit
d’emblée par un nez délicat et épicé,
sur des notes de fruits noirs, de violette
et de cèdre. Il offre en bouche une matière élancée, ronde et harmonieuse,
d’une rare élégance. Un vin merveilleusement fruité, dans un millésime particulièrement réussi.
Confit de dinde • Poivrons farcis •
Gratin d’aubergines.
Fincas de Landaluce Crianza 2008,
Rioja Alavesa, Bodegas Landaluce
Garde: 2013-2016
Réf.: 403808
Cépage: Tempranillo/Tinto Fino
Prix membres: CHF 13.50
Type: délicat, harmonieux, frais
LE
VIGNERON
DIVO
PAR PASSION :
GOYO LANDALUCE
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
DOMAINE
LANDALUCE
l Fincas de Landaluce Reserva
2008, Rioja Alavesa, Bodegas
Landaluce: complexité et
raffinement
Affinée un an en barriques françaises,
cette Reserva, affiche au nez un bouquet délicat, joliment fruité, avec quelques discrets accents épicés. Après
une entame opulente, il déploie en
bouche une matière suave et harmonieuse, qui s’appuie sur des tanins
juvéniles, au grain fin, et sur une trame
d’un grand raffinement, sans rien perdre
de sa fraîcheur. Un Rioja élégant, tout
en profondeur, finement structuré, au
boisé discret et bien intégré.
Steak au poivre • Côtelettes d’agneau
sur le grill.
Fincas de Landaluce Reserva 2008,
Rioja Alavesa, Bodegas Landaluce
Garde: 2013-2018
Réf.: 403908
Prix membres: CHF 17.55
Type: épices douces, fruité, opulent,
complexe
EST JEUNE, SA CAVE EST DONC MODERNE ET TRÈS
BIEN ÉQUIPÉE
13
TERROIR DIVO
VUE
ÉPOUSTOUFLANTE SUR LA PROPRIÉTÉ
REMELLURI
ET SON VIGNOBLE : UN PETIT JARDIN D’EDEN
REMELLURI: RETOUR AUX RACINES
Quand on visite pour la première fois le
domaine Remelluri (dont le nom entier
est La Granja de Nuestra Señora de
Remelluri ), on succombe infailliblement
à son charme. Situé à Labastida, dans
la Rioja Alavesa, au cœur d’une contrée
grandiose, il appartenait jadis à un monastère de l’ordre des Hiéronymites,
dont on aperçoit encore les ruines sur
les crêtes de la Sierra de Toloño, à
1000 mètres d’altitude. L’exploitation
Remelluri se blottit au pied de ce massif
montagneux constitué, dans sa partie
supérieure, de rochers abrupts qui,
sous le soleil écrasant, paraissent
presque blancs. Elle est formée d’une
mosaïque de vignes bien soignées, de
groupes d’arbres, d’oliveraies, de jardins et de cyprès qui se dressent fièrement vers le ciel. Avec leurs superbes
vieux murs et leurs lourdes portes de
bois garnies de ferronneries, la demeure
et les dépendances ont été restaurées
avec goût et doigté. L’endroit est accueillant, on s’y sent tout de suite bien.
Une fontaine clapote – événement rare
en Espagne, où l’eau manque partout
– les abeilles bourdonnent autour des
buissons de lavande en fleurs, les
grillons chantent, une légère brise
murmure à travers les feuilles des
amandiers. Sinon, il règne ici un silence
absolu.
comme souvent, nous sommes pris en
charge par sa sœur, Amaja Rodriguez,
une femme énergique. Après quelques
paroles de bienvenue, elle nous confie
à son œnologue, Emmanuel Guiot, qui
nous conduira dans les vignes. Flanqué
de son jack russel Ioda, qui le suit
comme son ombre, il nous embarque
dans sa Jeep et emprunte les sentiers
cahoteux, ravinés et terriblement escarpés qui sillonnent les contreforts de
la montagne. A mi-hauteur, à la limite
qui sépare les terrains cultivés de la
garrigue sauvage, nous faisons halte et
nous descendons.
A nos pieds s’étend à perte de vue la
vallée de l’Ebre. On dirait le jardin
ASSIS
SUR LA TERRASSE DE LA BODEGA
REMELLURI,
d’Eden. Toutes les nuances de vert
possibles et imaginables s’offrent à nos
yeux, encore accentuées, ici et là, par
la couleur terre cuite des toits ou la
teinte ocre soutenue de la terre qui
porte les ceps. A l’horizon, elles rejoignent le bleu pâle du ciel, dans lequel
se fondent quelques nuages d’un blanc
laiteux. Dans l’air flottent des senteurs
de cistes en fleurs et les arômes âpres
et épicés de romarin, de thym et de
genièvre. Si ce n’est le paradis, cela y
ressemble sûrement beaucoup.
« Oui, c’est un endroit magique », sourit
Emmanuel Guiot. Il a 30 ans et a commencé son travail à Remelluri il y a
deux ans. Auparavant, il exerçait son
activité à Bordeaux, où il était maître
des vignes du Château Cos d’Estournel.
En matière de référence, on a vu pire !
Ici, dans sa patrie d’adoption, il n’a
pas seulement la responsabilité des
ON PERÇOIT TOUTE LA MAGIE DE LA
RIOJA ALAVESA
UN JOYAU DU PASSÉ
Ce n’est pas l’envie qui manque de
nous retirer dans un coin discret du jardin, au milieu des buis parfaitement
soignés et des roses, et de passer la
journée à rêvasser dans un des fauteuils
en rotin qui nous tendent les bras. Mais
nous n’en avons pas le temps. En l’absence de Telmo Rodriguez, le maître de
céans, en voyage à travers le monde,
DIVO
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
14
Nº 74
108 hectares de vignes, mais également celle de la cave et de la vinification
de ces vins prestigieux. Les vignes
prospèrent sur des coteaux qui grimpent jusqu’à 600, voire 800 mètres
d’altitude. La partie supérieure du vignoble, là où se trouvent les parcelles
les plus exposées à la fraîcheur, est
exclusivement réservée aux cépages
blancs, surtout français, dont le
Sauvignon Blanc, que Telmo Rodriguez
a planté jadis par pure curiosité.
Assemblées les unes aux autres, ces
neuf variétés donnent un superbe vin
blanc, au caractère bien affirmé, qui fait
partie des blancs espagnols les plus intéressants. Dans les parties inférieures
du vignoble prospèrent les cépages
rouges classiques de la Rioja, en tête
l’omniprésent Tempranillo, ensuite le
Garnacha et le Graciano.
Nous voici de retour à la cave, que
nous visitons brièvement. Nous y découvrons, outre les 2000 barriques auxquelles nous nous attendions, quelques
cuves ovoïdes en ciment, le dernier cri
des caves à la pointe du progrès.
« Nous n’achetons plus que des barriques françaises, nous avons renoncé
aux américaines », explique notre guide.
« Et nous les utilisons le plus longtemps
possible, en moyenne environ huit ans ».
Il n’est pas question que les vins acquièrent un boisé trop prononcé et que
les nuances du terroir soient noyées
par les notes toastées. La vinification
s’effectue le plus naturellement possible. « Je laisse faire les vins, je me
borne à les surveiller…», commente
Emmanuel Guiot.
OCTOBRE 2013
voyez ici », explique-t-elle, et elle embrasse d’un geste ample la demeure, la
petite chapelle et les dépendances qui
abritent les caves, « est le résultat de
50 années de reconstruction ». De nombreux récits circulent sur Remelluri qui,
durant la reconquista, devint un refuge
pour les ermites mozarabes, ces chrétiens d’origine maure ou juive persécutés par l’église catholique.
Comme l’écrivait Christophe von Ritter
en 2002, le domaine est devenu, sous
la famille Rodriguez, un « lieu de pèlerinage pour œnophiles », grâce à Telmo
Rodriguez, le fils de la maison, œnologue talentueux formé à Bordeaux.
Après s’être brouillé avec son père,
Jaime, il avait quitté Remelluri, bientôt
suivi par Amaja. Entre temps, le senior
UN JARDIN D’EDEN DE
VITICULTURE BIOLOGIQUE
Les vignes sont cultivées biologiquement, deux parcelles même selon les
plus stricts principes de la biodynamie,
« avec décoctions d’herbes, corne de
vache, phases lunaires, et tout ce qui
va avec », raconte Emmanuel Guiot,
« Nous souhaitons étendre progressivement la biodynamie à toute l’exploitation, mais c’est une sacrée surface…».
Les vieux ceps sont conduits selon le
système traditionnel en gobelet, les
plus jeunes sur des cadres en fil de fer.
« Mais de plus en plus, nous en revenons au système en gobelet, surtout
dans les meilleures parcelles », poursuit
l’œnologue français. « Cela nous demande nettement plus de travail, mais
les ceps produisent un raisin de bien
meilleure qualité. Les vignes buissonnantes ont trois dimensions, celles sur
cadres en fils de fer seulement deux…»
Toutes les vignes sont enherbées. « En
temps normal nous devons semer, mais
avec ce printemps pluvieux, c’est la
nature qui a réglé ce problème pour
nous », poursuit Emmanuel Guiot. Pour
le travail des sols, on recourt volontiers
aux services d’Irati, une mule qui tire la
charrue quand il s’agit d’aérer les sols
ou de détruire les racines de surface
des vignes, pour obliger les ceps à
plonger leurs racines plus profondément dans le terrain. En bon chien
terrier qu’il est, Ioda donne d’ailleurs
déjà un coup de main en creusant
consciencieusement des trous partout
où nous passons.
DIVO
SELON EMMANUEL GUIOT, L’ŒNOLOGUE
DE
REMELLURI, QUI
PRÔNE LE SYSTÈME EN GOBELET, LES VIGNES
BUISSONNANTES AURAIENT TROIS DIMENSIONS, CELLES SUR CADRES EN FILS DE FER SEULEMENT DEUX
EN AVANT TOUTE,
CAP SUR… LE PASSÉ !
Entre temps, Amaja Rodriguez nous a
rejoints. Et avant de nous faire déguster
les vins dans la bibliothèque de l’annexe, prévue pour la réception des invités, où le temps semble s’être arrêté,
elle nous raconte l’histoire de Remelluri.
En 1968, la famille Rodriguez est tombée amoureuse de ce domaine érigé
au XVe siècle par les religieux du monastère, qui s’étendait jadis sur 20 hectares.
Les parents d’Amaja acquirent donc
cette propriété et se mirent à la rénover,
petit à petit, au prix d’un travail acharné,
tout en procédant à un nouvel encépagement des vignes. « Ce que vous
DÉFENSE ET ILLUSTRATION DES VINS D’ORIGINE
…!
s’est retiré des affaires, et Telmo et
Amaja sont de retour. « Quand mes parents ont commencé ici, ils avaient
pour modèles les grands vins classiques de Bordeaux », explique Amaja
Rodriguez. Après les erreurs et les errements des dernières années, les
frères et sœurs ont repris la barre et
mettent désormais le cap résolument…
sur le passé ! « Oui, retour aux racines »,
confirme Amaja avec détermination,
« aujourd’hui nous faisons à nouveau
exactement ce qui a fait la grandeur de
la Rioja dans les années 40 et 50 ». Il
suffit de déguster pour comprendre ce
qu’elle entend par là: des vins proches
de leur terroir, tellement élégants et
raffinés qu’ils en évoquent presque la
Bourgogne.
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TERROIR DIVO
Remelluri Blanco 2010, Rioja,
La Granja de Remelluri: un vin
blanc complexe et de grande
noblesse
LES VINS DE LA GRANJA
DE REMELLURI
l Lindes de Remelluri 2009,
Rioja, La Granja de Remelluri:
un hommage aux vignerons et
aux terroirs
Une cuvée tout en élégance, élaborée
à partir de raisins qui ont prospéré sur
les terrasses de grès argileux des
villages de Labastida (dans la Rioja
Alavesa) et de San Vicente de La
Sonsierra (dans la Rioja Alta). Les
vignes (qu’il est prévu de placer en
viticulture biologique ces prochaines
années) appartiennent à 18 familles de
vignerons qui, depuis 20 ans, parfois
même depuis 30 ans, livrent leur raisin
à la Granja de Remelluri. Par estime
pour leur travail, et aussi pour rendre
justice à ces deux terroirs, Telmo
Rodriguez a élaboré un vin à part,
exclusivement à partir de ces raisins
récoltés à l’extérieur du domaine
Remelluri, dans les deux villages cités
plus haut. Vieilli 12 mois en fûts de
chêne français, petits et grands, cet
assemblage délicat et expressif offre en
bouche une matière opulente, puissante, harmonieuse et agréablement
fraîche, soutenue par des tanins bien
enrobés. Un Rioja équilibré, qui s’appuie sur une structure subtile.
Roastbeef • Filet de porc laqué au
miel.
Lindes de Remelluri 2009, Rioja, La Granja de Remelluri
Garde: 2013-2017
Réf.: 404209
Cépages: Tempranillo, Garnacha, Graciano, Viura
Prix membres: CHF 18.90
Type: très fruité, plein en bouche, équilibré
Editeur
Club DIVO, route de la Gare 44, 1305 Penthalaz
Téléphone 021 863 22 70, Fax 021 863 22 95
E-mail [email protected]
Internet www.divo.ch
Rédaction
Eva Zwahlen, DIVO et José Vouillamoz pour
les fenêtres ampélographiques
BARRIQUES
FRANÇAISES ET CUVES OVOÏDES EN
BÉTON COHABITENT EN BONNE INTELLIGENCE
l Remelluri 2007, Sélection
Spéciale DIVO, Rioja, La Granja
de Remelluri: le classique que
tout le monde aime
Spécialement créée pour les membres
DIVO, élaborée essentiellement à partir
de raisins de Tempranillo soigneusement triés, cette sélection spéciale jouit
d’une grosse cote de popularité. Un
succès amplement mérité, d’autant plus
que le millésime 2007 a atteint un sommet absolu. Il affiche au nez un bouquet
tout en nuances, irrésistiblement expressif, sur des notes de baies noires,
d’épices douces, de tabac, de boîte à
cigare et une touche d’eucalyptus. A la
fois puissante et élancée, la bouche
déploie une matière harmonieuse et
équilibrée, d’une souplesse rare, avant
de s’achever dans une finale persistante
et aromatique, sur la fraîcheur. C’est
ainsi qu’on aime le Rioja ! Magret de
canard grillé • Emincé de bœuf aux
herbes • Filet d’agneau aux olives.
Dans la Rioja, le vin blanc doit certes
se contenter du second rôle: ce Remelluri Blanco n’a aucun complexe d’infériorité à avoir, bien au contraire. Cette
cuvée raffinée, vieillie en barriques, provient de parcelles situées à presque
800 m d’altitude. Au nez, elle emporte
d’emblée l’adhésion par des arômes
au fruit intense et complexe, sur des
notes d’agrumes, d’abricot et de
pêche, avec quelques discrets accents
vanillés et minéraux. Etoffée, charnue
et dense, la bouche s’achève dans une
finale persistante, sur la fraîcheur. Un
vin blanc corpulent et original, d’une
grande noblesse.
Mets de poissons nobles, comme le
loup de mer ou le turbot.
Remelluri Blanco 2010, Rioja, La Granja de Remelluri
Garde: 2013-2020
Réf.: 84910
Cépages: Grenache Blanc, Sauvignon Blanc, Chardonnay,
Viognier, Roussanne, Marsanne
Prix membres: CHF 46.80
Type: intense, étoffé, frais, élégant
Remelluri 2007, Sélection Spéciale DIVO,
Rioja, La Granja de Remelluri
Garde: 2013-2018
Réf.: 80607
Cépages: 95% Tempranillo/Tinto Fino, 5% Grenache
Prix membres: CHF 24.30
Type: aromatique, souple, puissant
Traductions françaises
Marcel Gasser
Réalisation graphique
Arcane PAO – Chavornay
Impression
Paperforms
Villars-Sainte-Croix
Photos Equipe DIVO
Brièvement, nous vous présentons avec un plaisir particulier l’auteur de cette revue : Eva Zwahlen accompagne
en effet DIVO depuis de nombreuses années et, pour la plupart des connaisseurs, elle est une référence.
Après l’obtention de sa licence en histoire et en allemand à l’université de Zurich, elle a travaillé à la rédaction
de Vinum et du Schweizerischen Weinzeitung. Depuis une quinzaine d’année, elle travaille en tant que journaliste
indépendante dans le domaine du vin, traductrice et écrivain.