Las ultimas tierras de al-Andalus - Académie des Inscriptions et

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Las ultimas tierras de al-Andalus - Académie des Inscriptions et
Sélection d’ouvrages présentés en hommage
lors des séances 2016 de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
Antonio MALPICA CUELLO, Las ultimas tierras de alAndalus. Paisaje y poblamiento del reino nazari de
Granada, Grenade, Ed. Univ. de Granada, 2014; 1 vol. in8°, 813 p., 24 cartes et ill. h.-t. I.S.B.N. : 978-849639543-5
À l'époque, que, pour faire bref, on peut dire franquiste,
l'historiographie du royaume de Grenade, a été
contenue dans des positions "classiques" grâce à
quelques références obligées (Gomez-Moreno, LeviProvençal, Rachel Arié, etc.), complétées par l'utile
apport de la revue al-Andalus. L'accent était alors mis
sur l'archéologie monumentale et sur l'événementiel. À
partir, en revanche, des décennies 1970-1980, on
assiste à un véritable bond en avant des recherches et
des publications, à maints égards exceptionnel. Ceci,
sous l'action de plusieurs causes bien identifiées. Citons principalement un essor
remarquable, tout d'abord de l'histoire économique ouverte aux sollicitations marxistes.
On note ainsi un terrain très favorable à la vérification des thèses stimulantes de Samir
Amin sur le développement inégal, traduites en espagnol en 1978 et de beaucoup plus
grand retentissement en Espagne qu'en France. Last but not least, le développement de
l'archéologie médiévale est alors remarquable.
Sollicité certes, en partie, par les thèses provocantes de Miquel Barcelà sur "les espaces
hydrauliques", un statut universitaire est désormais reconnu, dans les pays
méditerranéens, à l'archéologie médiévale non monumentale. D'où la richesse
conséquente du dialogue désormais entretenu depuis les années 1980 par l'histoire et
l'archéologie de terrain, en Espagne encore plus qu'en France et qu'en Italie. Le
dynamisme des équipes, la multiplication des chantiers, ·l'enrichissement considérable
des problématiques se vérifie avec un éclat particulier dans le cas des "ultimas tierras de
al-Andalus" auxquelles est consacré le présent ouvrage. Acte conclusif d'un cycle de
manifestations commémoratives du millénaire de la fondation du Royaume de Grenade,
ce grand livre appose ainsi son sceau à une véritable floraison de recherches dont la très
riche bibliographie qui clôt le volume permet de mesurer l'ampleur.
Un chapitre introductif présente le milieu physique, les paysages géohistoriques et les
cadres du peuplement des trois zones constitutives du royaume nasride : la "frontera",
le sillon intrabétique et la région côtière. Le parti suivi par l'exposé suit avec rigueur
cette trame territoriale et confère à cet ouvrage massif une très heureuse clarté de
lecture. Trois chapitres très denses et équilibrés d'environ 200 pages chacun sont
ensuite consacrés à une minutieuse analyse micro-régionale du royaume de Grenade.
Celle-ci me paraît d'un grand intérêt. Chaque sous-ensemble régional offre en effet les
éléments critiques de compréhension de case-studies dont l'éventail permet de faire
jouer au mieux la pesée respective des constantes géohistoriques qui ont présidé au
peuplement. Espaces montagnards méditerranéens et espaces forestiers avec le chênevert et le chêne-liège comme espèces-pivot des formation végétales ; bassins
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Sélection d’ouvrages présentés en hommage
lors des séances 2016 de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
d'effondrement tectonique et petites plaines de remblaiement alluvial ; voies naturelles
de circulation et déterminantes de la formation des zones d'urbanisation ; extrême
diversité des agro-systèmes résultant du morcellement des paysages, des terroirs et des
dispositifs d'irrigation ; spécificités des zones côtières et des débouchés portuaires : tous
ces éléments interviennent dans l'intelligence des articulations qui unissent entre elles
les composantes du domaine nasride.
Il serait hors de propos d'évoquer ici plus en détail la richesse d'une telle analyse.
Contentons-nous de louer sans réserve la véritable chorographie exhaustive du
Royaume de Grenade des XIIIe-XVe siècles que nous offre le magistral exposé d'Antonio
Malpica. Ajoutons simplement pour être plus complet que, formant un pendant naturel
avec le premier chapitre de présentation du milieu, l'ouvrage trouve sa conclusion dans
un chapitre destiné à nouer la gerbe des résultats acquis et des problèmes ouverts. Sans
aucun doute, nous avons ici affaire à un ouvrage destiné à devenir le point de départ
obligé de toute recherche sur le dernier espace organisé et consistant de l'Islam ibérique
dont le charme historiographique est toujours si puissant.
Pierre TOUBERT
Le 29 avril 2016
Las ultimas tierras de al-Andalus.
Paisaje y poblamiento del reino nazari de Granada
Universidad de Granada
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