Hugo poemes1 - pour le bonheur des yeux et du coeur

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Hugo poemes1 - pour le bonheur des yeux et du coeur
HUGO, Caves de Lille (extrait du poème "Joyeuse vie", recueil Les
Châtiments) de "Caves de Lille ! … " à "Et teints de sang humain"
Proposition de plan pour un commentaire
I° partie Dans ces strophes, Victor Hugo nous livre, dans un registre pathétique, l'image des
ouvriers lillois telle qu'il a pu la découvrir pendant sa visite en février 1851
1° § Une condition de vie misérable
IA Misère d'un habitat sordide, v. 29
Obscurité , v. 38-41
promiscuité , v. 41, "bouges", v. 40
habitation = lieu de travail
IA Misère de l'habillement
pas de vêtements : v. 22 Vêtue de ses cheveux ; v. 26 denûment
2° § Effroyables conditions de travail
IA Travail pénible et dur, répétitif ; long : v. 33-34
iex : toute la strophe 6 ; vers 33-34
IA Travail déshumanisant
v. 35 : "raisin… pressoir" ; v. 24 "mère statue" ; "aïeul flétri (comme une fleur) ; v. 41 :
"amas"
3° § La souffrance et la mort sont au cœur de la description
v. 19 et v. 21 : "on meurt" , "râler"
v. 30 : "mourants", v. 37 "agonie"
Ces hommes sont enterrés vivants dans ces "caveaux"
Il se tordent les bras , v. 42
v. 25 "douleurs"
Toute la famille souffre : v. 21 : aïeul, fille, bébé, mère.
C'est l'enfer comme l'a décrit "Dante Alighieri"
II° partie Cette visite à Lille n'a pas laissé le poète indifférent. C'est dans un registre
polémique qu'il dénonce ce qu'il a vu.
1° § Un homme touché par ce qu'il a découvert
IA Tristesse , pitié : il est touché par cette misère
v. 20 pleurs , paupières" ; exclamatives des vers 19, 23 , 24
IA Etonnement et accusation de meurtre : "on meurt" : il cherche les responsables . Sont-ce
les "caves" ? … les "princes ? qui se "nourrissent" …
2° § IL dénonce une exploitation "monstrueuse"
IA Image du peuple pressuré par l'impôt : le "fisc" ; "hideux génie" , oxymore
IA Colère et révolte : ironie des vers 26 – 27 ; interpellation, vers 25 –28
3° § Victor Hugo dénonce avec virulence les responsables politiques du Second Empire, plus
encore que les riches .
L'écart est énorme entre les "Princes" chez qui l'or " "ruisselle" et le peuple.
Cet argent récolté par le fisc " est sale : il es t taché de sang
D'un côté "étincelant", "joyeuse vie" (titre)
De l'autre l'enfer
HUGO , Les Contemplations, « Melancholia » (début)
Idées pour un commentaire des vers 13 à 41 (de « Cette fille au doux front … » à « … deuil
et pleurs éternels »)
[INTRODUCTION rédigée par une élève : Jennifer De Oliveira]
Grâce, beauté, innocence, naïveté … Que d’attributs valorisants pourrions-nous donner à la
jeunesse, cette période au cours de laquelle l’enfant jouit d’une vie pleine et heureuse, au
cours de laquelle il apprend à grandir, à se construire, à s’épanouir ! Cette définition paraît, au
XXI° siècle, normale et attribuable à tout enfant. Cependant, à une certaine époque, ce n’est
pas une vie heureuse qui s’offrait à la plupart des enfants européens. Ainsi, dans
« Melancholia », un des poèmes des Contemplations, Victor Hugo présente une jeune fille
prématurément soumise à une vie de femme déplorable. Après avoir détaillé le portrait qu’en
fait le poète, nous analyserons le processus de sa déchéance.
[DEVELOPPEMENT]
[I° PARTIE] Victor Hugo brosse le portrait d’une jeune travailleuse de son
temps et décrit sa vie difficile.
[1° § - IPP ] La jeune fille qui sert de modèle à ce portrait est contemporaine de l’auteur.
IA Cette actualité est marquée dès l’ouverture du texte
- par l’emploi du démonstratif « cette » : il annonce le personnage qui va être décrit.
- par le présent de narration : « elle est …, elle est » (v. 15)
IA La fin du récit insiste de même sur l’actualité de l’anecdote : elle est ponctuée d’un
« voilà … à présent » et de l’adverbe « maintenant » qui rendent la situation tout à fait
actuelle pour le lecteur de 1856.
[2° § - IPP ] Hugo présente une jeune fille courageuse et « honnête » (v. 31)
IA Elle a des revenus modestes malgré un travail incessant.
– le verbe « travailler » est repris trois fois en deux vers (v. 17-18) ; l’anaphore du gérondif
« en travaillant » au début de chaque hémistiche souligne l’absence totale de loisir et de
repos ; l’hyperbole du vers 18 donne même l’impression qu’elle ne dort pas, qu’elle « veille »
toutes les nuits ; l’aspect duratif du verbe « travaille » renforce cette impression.
IA C’est une jeune fille qui a la volonté de s’en sortir.
– le zeugma du vers 16 est révélateur de son attitude : « elle a du courage, une aiguille ».
Même quand « tout est vendu », elle « travaille et lutte encor » (v. 30)
Mais un tel acharnement ne lui offre qu’un « réduit », un « logis mal clos » (v. 23) et bien
« peu » de richesses : à peine de quoi se nourrir, se vêtir modestement (« jupe de toile ») et se
loger. (v. 19)
[3° § - IPP ] Il s’agit aussi d’une « fille » qui, comme tous les jeunes, a un idéal de vie.
- Les trois aspects de son rêve sont ponctués par le rythme ternaire du vers 14 : n’a-t-elle pas
« droit » comme tout le monde « au bonheur, à la joie, à l’amour » ?
– malgré sa pauvreté, elle lève la tête, « rêve » à sa bonne « étoile » et « chante ». L’aspect
itératif des verbes souligne cette habitude.
- La « jeunesse » n’est-elle pas tout naturellement associée aux promesses du « printemps » et
de « l’aube » (v. 26) ?
[II° PARTIE] En faisant le portrait de cette « fille » de « dix-sept ans »,
Victor Hugo raconte aussi le drame de la misère et explique la « chute ».
[1° § - IPP ] C’est à une déchéance progressive et pathétique que le lecteur assiste.
– drame de la solitude (v. 15 et 16). La reprise du monosyllabe « seule » en tête du vers 16 et
le point d’exclamation insistent sur l’absence totale d’aide, de recours dans l’adversité.
– le froid (v. 22) et la faim (v. 27) : « le bois » et « le pain » sont trop « chers » pour se
chauffer et se nourrir normalement (v. 25) : trois fois, l’adjectif « cher » rappelle cette réalité à
la fin de chaque mesure du trimètre romantique.
–– maladie (v. 36, « elle tousse ») et perspective d’une mort prématurée, « à dix-sept ans »
(v.36).
[2° § - IPP ] Cette déchéance a aussi quelque chose de tragique.
Ces vers donnent l’impression d’un engrenage infernal. La jeune fille est présentée comme
une « proie » (v. 26) qui mène une « lutte » (v. 30) vaine contre des forces hostiles.
IA Elle « lutte », en effet, contre des forces contraires : à trois reprises, la conjonction
« mais » vient brutalement s’opposer aux rêves de la jeune fille :
- au vers 15, la solitude ; le rêve brisé est souligné par le rythme heurté et irrégulier du vers
(4/5/3)
- au vers 22, « l’hiver » ; trimètre romantique (4/4/4) qui rythme en trois temps la dure réalité.
- au vers 30, le « démon » de « la misère » viennent briser l’élan de la vie.
IA Elle « lutte » contre l’engrenage des dépenses inévitables (v. 24) : si elle veut continuer à
« travailler » avec son « aiguille » quand le « jour » est tombé, il lui « faut » dépenser
« l’huile » de la « lampe », nécessité soulignée par l’asyndète.
IA Elle « lutte » contre l’engrenage des ventes successives : d’abord quelques objets usuels
(« manteau, montre, meubles »), puis un modeste bijou (« humble bague d’or ») : cette
dégradation matérielle est rendue encore plus sensible par le rythme décroisant du vers 28
(6//4/2) et le contre-rejet qui met en relief le verbe « emporte » à la fin du vers ; il faudra
qu’elle soit réduite à la dernière extrémité pour qu’elle accepte de se séparer de « la pauvre
croix d’honneur de son vieux père », tout un symbole … , déchirement marqué par l’oxymore
du « jour sombre », par le contre-rejet du vers 34 et par les deux syllabes isolées à la fin du
vers 35, « et pleure » (rythme 10//2).
IA Elle « lutte » contre la fatalité du chômage : « hélas ! cela se voit souvent », v. 33
IA Elle « lutte » enfin et surtout contre des forces supérieures :
- personnification de la « faim » (v. 27) transformée en monstre dont la « griffe » menace et
devient , comme sujet grammatical du verbe « dévore » , acteur de la déchéance ;
- et personnification de la « misère » qui devient un « démon » (v. 32) lui susurrant « à
l’oreille », comme le serpent de la Genèse, de se laisser aller à la facilité …
[3° § - IPP ] Le narrateur, compatissant, prend parti et cherche à provoquer la pitié du
lecteur.
IA La prostitution apparaît alors comme le seul moyen de survivre. « Tout » a été « vendu ».
Elle ne peut plus que se vendre elle-même, puisque « l’ouvrage manque » (v. 33). Cette fille
qui avait « droit à l’amour » (v.14) va « droit au gouffre » (insistance marquée par le rejet au
début du vers 39). Le « doux front » évoqué au début du portrait (v. 13) de la « douce fille »
(v. 38) n’a plus qu’à devenir un « front » où « monte » la « honte » (v. 40)
IA Mais les interventions du poète en faveur de la jeune fille sont nombreuses :
- v. 15 « pauvre fille » (valeur affective de l’adjectif antéposé)
- v. 26, interjection « ô jeunesse » qui élargit le constat à toute une génération ;
- v. 30, autre diminutif affectif, « l’enfant »
- v. 41, modalité affective de l’interjection « hélas ».
Il nous fait pénétrer, grâce au discours rapporté en style indirect libre, dans les pensées
intimes de cette jeune fille : « Il faut donc qu’elle meure ! » (v. 36-37). Cette hypothèse, à
peine envisagée, est repoussée avec horreur par la jeune fille, et, on l’imagine, par le lecteur.
V. Hugo veut, en effet, susciter la pitié du lecteur
- face à cette résistance et au tourment moral de la jeune fille : le présentatif « Voilà », mis
en relief à la fin du vers 37 permet de comprendre la décision de la « pauvre fille ».
- face à cette chute dans le « gouffre » qui cependant n’est pas vécue sans « honte » (rythme
3/6/3, qui met en relief cette idée)
- face à ce « deuil » de l’enfance : c’est la mort des ses rêves et de sa « douce »
« honnêteté » ; et l’adjectif « éternels » qualifiant ses « pleurs » a, lui aussi, quelque chose
de tragique …, ce que semble traduire le rythme croissant du vers (2/4//6) ;
CONCLUSION
Au début du long poème « Melancholia » Victor Hugo essaie de comprendre et de faire
comprendre comment une jeune travailleuse « honnête » peut en venir à sombrer dans le
« gouffre » de la prostitution. On ne peut qu’être sensible à une telle évocation et refuser ce
« long éclat de rire » de la foule inconsciente de ce que peut engendrer la société. Le
personnage de Fantine prendra dans les Misérables ce terrible rôle de la jeune fille contrainte
à la prostitution.
Sujet : HUGO, MELANCHOLIA (extrait) daté "Paris, juillet 1838", écrit en réalité en
juillet 1854.
Ce passage est tiré du recueil Les Contemplations publié en 1856 (Livre III, "Les Luttes
et les Rêves").
Plan de commentaire composé
Introduction
1) Exemples d' idées de départ :
- La Révolution industrielle en Europe au XIX° siècle et la condition ouvrière...
- (ou) Profondément marqué par la mort de sa fille Léopoldine, survenue le 4 septembre 1843, Victor Hugo ne
publie qu'en 1856 les Contemplations, ce qu'on pourrait appeler , dit-il dans la Préface, les "mémoires d'une
âme" ; ce recueil qui comprend deux parties , "Autrefois" et "Aujourd'hui", retrace l'itinéraire moral du poète de
1830 à 1856. Le poème Melancholia, daté de juillet 1838, mais en réalité écrit en juillet 1854., décrit en
particulier le travail des enfants.
- (ou) Il arrive que la presse se fasse l'écho de l'arrestation d'employeurs qui faisaient travailler des familles
entières de manière illégale au fond d'ateliers sordides ou dans des caves. Au siècle dernier cependant, en France,
le travail de jeunes enfants était toléré, et souvent même apprécié. Certains ont vite dénoncé cette servitude.
Ainsi...
2) Sujet : Prise de conscience de certains écrivains parmi lesquels V.Hugo ; dans le recueil Les Contemplations,
un passage du long poème Melancholia est consacré au travail des enfants. Quel objectif poursuit le poète en
écrivant ces vers ?
3) Annonce du plan : Si Victor Hugo décrit la situation avec précision, il ne s'arrête pas à un simple constat, il
la dénonce.
Développement
(I° partie ) Victor Hugo décrit dans ce texte les caractéristiques du travail
des enfants au XIX° siècle, un travail éprouvant.
1° § Ce travail auquel sont soumis les enfants n'a vraiment rien d'agréable.
1° IA Monotonie :
- répétition de l'adjectif "même" au vers 6 ;
- rythme régulier et monotone du vers 6 (6 / 6)
- choix des rimes plates (AA BB...)
2° IA Enfants enfermés :
- image de la "prison" au vers 6
- répétition en tête de chaque hémistiche de l'adverbe "jamais" qui scande l'interdiction et rappelle l'absence de
liberté;
- 3 occurrences de la préposition "dans" qui renforcent l'impression d'enfermement ("dans la même prison...dans
un bagne ...dans un enfer")
2° § Ce travail est, en outre, pénible, dur et éprouvant.
1° IA Conditions de travail fatigantes et peu commodes pour des enfants de... "huit ans"
- asyndète du vers 13 "Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las" : la nuit n'est pas terminée, mais la journée de
travail commence ; on comprend qu'ils soient déjà épuisés
- complément circonstanciel "de l'aube au soir" : travail sans fin , triste, exténuant
- l'adverbe "éternellement" occupe presque à lui seul le deuxième hémistiche du vers 5
- gradation rythmique de ce vers 5 : 2 / 4 / 6
2° IA Travail éprouvant :
- le choix du trimètre romantique au vers 10 "Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer" (4 / 4 / 4) le
souligne.
- l'anaphore du pronom "tout, les allitérations des dentales [ t ] et [ d ] (travaillent, tout est, d'airain) , l'image
métallique de l'"airain"évoquent la rudesse de ce travail.
3° § Mais ce travail est surtout malsain et dangereux.
IA Les enfants ruinent leur santé en travaillant dans ces usines
- métaphore filée du "monstre qui mâche" (v. 8) donne un sentiment d'épouvante: leur petite vie semble
grignotée par un ogre.
- le rapprochement à la rime de l'adjectif "sombre" et du groupe nominal "dans l'ombre" : insiste sur le thème de
l'obscurité, de l'ambiance malsaine;
- de même la richesse de la rime et ses trois éléments en homophonie : [s br ] et [ br ]
- cf aussi les autres éléments du champ lexical de la nuit : "cendre", "à peine jour"
- 19 occurrences de nasales, consonnes et voyelles des vers 7 à 9 : harmonie suggestive, impression d'un univers
fantastique et lugubre...Des enfants ont besoin de lumière pour s'épanouir ; ici, ils ne peuvent que s'étioler et
devenir rachitiques. L'atmosphère est vraiment accablante.
IA Risque d'accident
- domination de la"machine" : emploi de la préposition "sous" ("sous des meules"..."sous les dents") aux vers 4
et 7 et métaphore filée qui connote l'idée de mort. Les "dents" du monstre symbolisent les pièces de la machine
qui parfois happaient les enfants et les déchiquetaient.
(II° partie) Victor Hugo ne se contente pas de décrire une situation, il la
dénonce.
1° § Il nous fait d'abord partager sa compassion pour ces enfants, il nous apitoie.
IA Aucun de ces "enfants " n'est épargné
- insistance au vers 1 : "tous" et "pas un seul" : aucune exception pour ces "doux êtres", même pas pour des
"filles de huit ans"
IA De plus, ces "enfants" ne sont pas à leur place dans des usines, leur présence est insolite dans un univers si
dur
- répétition du verbe "travailler" aux vers 4 et 10
- rejet du verbe en début de vers : "Ils travaillent."
- opposition entre l'idée de "douceur" (v.2) et l'image de "l'airain" et du "fer" (v.10) : caractère implacable de ce
monde.
- fortes antithèses (alliance de mots) du vers 9 : ils ne sont pas plus à leur place dans une usine qu'un "innocent"
dans un bagne" ou un "ange" en "enfer".
IA Enfin à cause de ce travail forcé, ces petits êtres perdent leur enfance
- absence de gaieté : "pas un seul ne rit" ; "jamais on ne joue". Ils n'ont pas les occupations de leur âge ; le
pronom indéfini "on" leur fait d'ailleurs perdre toute individualité. C'est toute une catégorie sociale qui est ici
évoquée.
Donc inhumanité des hommes qui font subir cela à des enfants
2° § Au sentiment de compassion s'ajoute un sentiment d'indignation.
IA Le poète feint l'ignorance et l'étonnement
- trois questions accumulées au début du passage ; interpellation du lecteur "Où vont tous ces enfants ?"
- stupeur quand on découvre qu'ils ne vont pas à l'école, mais à ...l'usine
IA Hugo nous apitoie aussi sur l'injustice de leur sort
- comparaison entre le lieu de travail et une "prison" ou encore un "bagne" : de quoi ces enfants doivent-ils se
racheter ? De quoi sont-ils coupables ?
3° § C'est enfin un sentiment de révolte face au machinisme qui se dégage de ce poème.
IA La"machine" est personnifiée
- image d'un "monstre" qui avale goulûment corps et âmes des enfants au travail. L'adjectif "hideux",très
dépréciatif, traduit la position de l'auteur.
IA Cri de révolte contre l'homme.
- 3 points d'exclamations de la fin ;
- l'actualité du problème est soulignée par l'emploi de l'indicatif présent (Où vont...?") et par les nombreux
démonstratifs du début ("ces... ces... ces...")
- il exploite ces "enfants", ces êtres "doux" qui sont leurs "frères" puisqu'ils un "Père" commun, ce Dieu auquel
s'adressent les enfants aux vers 15 et 16.
Cet appel souligne l'incompréhension des enfants face à leur sort.
Conclusion
1) Récapitulation : Victor Hugo a décrit, dans ce poème, le travail en usine des enfants qui n'ont pas encore
atteint l'adolescence ; ce travail est à la fois dur et malsain. Mais il ne se contente pas de le décrire, il fustige les
responsables d'une situation qu'il estime anormale et injuste.
2) Réponse et réaction personnelle : S'il nous fait part de ses sentiments personnels, Hugo veut aussi nous faire
prendre parti, susciter notre tendresse pour ces "doux êtres pensifs". On aimerait les faire sortir de cet "enfer"
pour qu'ils puissent enfin voir le jour et non plus la lumière artificielle des tissages et des filatures. Mais le titre
retenu, "Melancholia", traduit le pessimisme du poète.
3) Exemples d'idée finale :
- La situation n'évoluera pas très vite au XIX° siècle : Zola a, lui aussi, fait part de son sentiment de révolte en
racontant près de trente ans après Hugo l'histoire des Bébert, Jeanlin, Lydie et autres Catherine dans le roman
Germinal ; l'univers décrit sera alors celui de la mine et des corons.
- Roubaix au XIX° siècle : les enfants des usines textiles cachés dans les grands paniers d'osier quand
l'inspecteur du travail était annoncé en gare...(cf Pierre Pierrard, La vie quotidienne dans le Nord au XIX° siècle)
Sujet : HUGO, MELANCHOLIA (extrait, vers 310 à la fin) daté "Paris, juillet 1838", écrit
en réalité en juillet 1854.
Ce passage est tiré du recueil Les Contemplations publié en 1856 (Livre III, "Les Luttes
et les Rêves").
Plan de commentaire composé
Introduction
1) Exemples d' idées de départ :
- "Il y a une espèce de honte d'être heureux à la vue de certaines misères" écrivait La Bruyère au XVII° siècle.
- (ou) Action de l'abbé Pierre, de Coluche...
- (ou) Oeuvre de V.Hugo : 1845, Misères ; 1862, Les Misérables (Jean Valjean, Cosette...)
2) Sujet :
1856, Les Contemplations, partie "Les Luttes et les Rêves", fin du poème "Melancholia", texte descriptif à valeur
argumentative. Qu'est-ce qui plonge V.Hugo dans cette "mélancolie" ? Quel message veut-il faire passer ?
3) Annonce du plan :
Après avoir étudié la description que le poète fait de la société de son temps, nous dégagerons les sentiments que
cette situation lui inspire.
Développement
(I° partie ) Victor Hugo montre le fossé qui sépare le monde du luxe et celui
de la misère.
1° § Ce qui caractérise les riches, selon lui, c'est d'abord la recherche "effrénée" du
divertissement.
1° IA : Ivresse de la danse marquée par une harmonie suggestive
- rythme: crescendo et decrescendo (v. 2 : 2/4//6 ; v. 4 : 6/4/2 )
- sonorités des vers 1 à 4 : fuite suggérée par les soufflantes [ f ] et [ v ] ( "valses, visions, parfois, forêts, fuite,
cavales") et par les liquides et la reprise de la sonorité [ al ] ("valse, cavales, galop, intervalle, bal")
2° IA : Mais également fièvre du jeu
- passion : "toute la nuit" (inversion)
- "âpre ...soif... poursuit"
2° § Ces soirées mondaines font aussi allusion au monde de l'argent.
1° IA : Cet épicurisme ne va pas sans gaspillage
- v.7 : la métaphore de la "musique" qui "jette les notes à poignées" donne une impression d'abondance, de
profusion
2° IA : Les riches se permettent, en outre, de jouer avec ce qui manque le plus aux pauvres
- jeux d'argent ("cartes" et "dés") : l'hypallage des "dés joyeux" (v. 13), "l'âpreté" de la soif du gain soulignent le
contraste.
- quant à l'image des "spectres riants et sanglants" (v. 15) elle suggère les fortunes rapides et les ruines qui
poussent au suicide...
3° § Enfin, "tous ces hommes" sont indifférents aux pauvres alors que le contraste est
criant.
1° IA : Indifférence vis-à-vis du "prochain" :
- proximité dans l'espace : salons et "greniers" sont dans les mêmes immeubles
- proximité dans le temps : anaphores de la locution conjonctive "pendant que..." (simultanéité)
2° IA : Ouïe :
- oppositions lexicales "chantent" (en position de rejet) et..."lugubres voix" ; "rient", "contents" et ... "gémit"
- harmonie suggestive : accumulation des consonnes et voyelles nasales aux vers 19 et 20, qui évoquent les
"gémissements"et les "frémissements" ; répétition du couple [ gr ] ("greniers...grelottent)
3° IA : Registre visuel :
- oppositions entre d'une part les "visions... (qui ) passent", les couleurs vives de la fête et d'autre part les
"glaçons", le pavé "noir", les quais "blancs"
(II° partie ) Ce tableau pittoresque permet surtout à Victor hugo
d'exprimer ses sentiments face à cette réalité.
1° § Il dénonce d'abord un monde déshumanisé.
1° IA : Les êtres vivants, riches ou pauvres, ne sont pas sujets grammaticaux :
- le pronom "on" suffit à les désigner ;
- ils sont assimilés à leurs actions, à leur logis ( cf la métonymie "les greniers grelottent")
- "L'heure (les) emporte" comme le vent : le temps est assimilé par la métaphore filée à un arbre dont les
"feuilles" sont les "jours" ; mais ces "feuilles"-là sont "mortes" (v. 11-12)
2° IA : Dans cette société, "on" ne se voit pas
- la "folie" (v. 6) et le "délire" (v. 10) rendent aveugles
- L'inconscience, l'"ivresse" sont mises en valeur aux vers 10 et 11 par les inversions ds adjectifs "enivrées" et
"rapides" qui qualifient les "soirées".
- au vers 1 les "valses passent" alors qu'au vers 21 les fleuves sont des "passants" pleins de lugubres voix" :
similitude des termes, mais opposition des idées...
2° § Le poète révèle aussi le côté factice de ce bonheur des riches.
1° IA : Impression d'une scène fantastique
- "visions" (la diérèse étire le mot et souligne le thème de l'illusion de ce monde artificiel) et "spectres" ...
- impression que ces riches sont comme possédés, ne sont pas acteurs de leur vie : nombreuses métonymies qui
personnifient les objets ("les valses.. l'archet"...)
2° IA : Hugo met aussi en évidence l'éternelle insatisfaction des joueurs :
- "toute la nuit (inversion) et "jusqu'à la ..."
- deux hypallages : le "jour", "entr'ouvert" comme le "volet" , "baille" comme les joueurs épuisés..
- "âpre" (monosyllabe détaché en tête de phrase et appuyé par l'accent tonique au vers 14)
- Jeux de cartes importés d'Allemagne ("lansquenet") ou d'Espagne ("hombre") ; quant au "pharaon", nom du roi
de coeur dans certains jeux, c'était un jeu de mise où le banquier gagnait toujours ; les joueurs sont des dupes.
3° § Mais c'est surtout une mise en garde que Victor Hugo adresse aux riches.
1° IA : L'expression "tous ces hommes" est enclavée entre les anaphores des "pendant que..." et l'évocation de la
... guillotine : l'image des "deux poteaux" et du "triangle hideux" rappelle la Terreur et 1793
- allitération de la dentale [ t ] : les cinq occurrences de cette consonne sourde ponctuent la menace
2° IA : C'est donc d'une menace révolutionnaire qu'il s'agit
- la locution prépositive "au-dessus de" renforce l'idée de menace qui plane sur la tête des riches insouciants,
comme une épée de Damoclès.
- valeur symbolique de la date fictive : le poème est daté de "Paris, juillet 1838" ; Paris et juillet évoquent dans
l'inconscient collectif la révolution de 1789 ; 1838 est une manière de rappeler sans doute 1830 et 1848, c'est-àdire l'idée de la révolution.
- A la "vision" du début répond l'expression "on voit" de la fin du texte : constat de la réalité
- Le pronom"on" désigne le spectateur, le témoin de cette "fracture sociale" avant la lettre, qui lance une mise en
garde.
Conclusion
1) Récapitulation : Un texte pittoresque,mais un pittoresque qui n'est pas gratuit.
2) Réponse et réaction personnelle : "Melancholia" titre du poème vient d'un mot latin lui-même hérité du
grec, qui évoque le "noir", l'humeur noire. Hugo donne l'impression de vouloir fuir la ville, ce monde de
l'injustice où les hommes s'ignorent ; il a envie de se réfugier dans la Mère Nature: le dernier vers , isolé
typographiquement, suucède à des points de suspension et les quatre expressions nominales marquées chacune
d'un point d'exclamation laissent sur une impression pessimiste de découragement.
3) Idée finale : Pourtant le poète a eu le courage de rester fidèle à son engagement républicain, au prix d'un exil
d'une vingtaine d'années...
- (ou) Extrait de Choses vues (1846) "Du moment où cet homme s'aperçoit que cette femme existe, tandis que
cette femme ne s'aperçoit pas que cet homme est là, la catastrophe est inévitable."
- ou les textes de Hugo sur les caves de Lille, Discours à l'Assemblée (30 juin 1850) et poème des Châtiments,
(III, 9) "Joyeuse vie": "Caves de Lille ! on meurt sous vos plafonds de pierre !" cf textes joints
Plan détaillé de commentaire composé du poème Mors, de Victor HUGO
(Les Contemplations, IV, 16)
Introduction
Développement
I° partie : Une vision de poète sur la condition humaine et la mort.
1° § Une vision fondée sur une allégorie
- V.Hugo reprend l'allégorie du squelette à la faux pour désigner la mort
Le "champ" : image du monde ; ce qui est "moissonné", la "gerbe" : l'humanité. La "faulx"
(orthographe ancienne) : symbole de la mort qui égalise tout.
2° § Une vision empreinte de merveilleux
- Merveilleux profane : la "faucheuse" légendaire
- Merveilleux chrétien : l' "ange souriant"
Une "vision" qui rappelle celle de l'Apocalypse (XIV, 14) : "Puis j'eus une vision : c'était une
nuée blanche et, assis sur la nuée, comme un Fils d'homme ayant sur la tête une couronne d'or
et dans la main une faucille affilée. (...) "Lance ta faucille et moissonne". (...) Et celui qui était
assis sur la nuée lança sa faucille, et la terre fut moissonnée. (...) etc"
3° § Une vision qui dépasse la personne du poète et qui tend à l'universel.
- passage du "Je" à l' "homme" ; et formules génériques au singulier à valeur symbolique : "le
trône", "l'or"
- pluriels qui généralisent : "les femmes", "les peuples" , "les enfants" ;
- Expression de la totalité : "tout tremble" , "tout était"
- titre latin, "Mors", langue de référence pour toute la culture occidentale.
II° partie : Une évocation de la mort et de l'horreur qu'elle inspire
1° § L'horreur physique.
- L'horreur du "squelette" : oxymore "noir squelette", "doigts osseux", "grabats"
- Obscurité et froid : "vent froid", "nuit", "ombre" ...
2° § La mort comme force aveugle.
- Universalité de la mort : absence de complément d'objet "moissonnant et fauchant" ; elle
réduit à néant toutes les vanités humaines : grandeur militaire ("triomphateurs"), grandes
cités ("Babylone"), beauté ("rose"), puissance ("or") : rejet, répétitions, parallélismes,
hyperboles, oxymores ...
- Dimension pathétique de la mort des enfants et incompréhension des survivants : "les
yeux des mères " changés "en ruisseaux", "et les femmes criaient", "petit être" , "Pourquoi
?" ....
III° partie : Une révélation sur le mystère de la mort et de l'au-delà
1° § La fin du poème ouvre des perspectives sur l'immortalité de l'âme.
- Les deux derniers vers s'opposent à tout le reste du poème : macabre et espérance ; ombre
et lumière
- Image de la "gerbe d'âmes" : image de fécondité et de réunification
2° § Une idée déjà présente dans les premiers vers.
- Inversion de la mort en gloire : chiasme "l'échafaud en trône" ...
-
Création continue : "roses en fumier"
Survie de l'âme des enfants : "enfants en oiseaux" ...
Conclusion
MORS
Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ.
Elle allait à grands pas moissonnant et fauchant,
Noir squelette laissant passer le crépuscule.
Dans l'ombre où l'on dirait que tout tremble et recule,
L'homme suivait des yeux les lueurs de sa faulx.
Et les triomphateurs sous les arcs triomphaux
Tombaient ; elle changeait en désert Babylone,
Le trône en échafaud et l'échafaud en trône,
Les roses en fumier, les enfants en oiseaux,
L'or en cendre, et les yeux des mères en ruisseaux.
Et les femmes criaient : Rends-nous ce petit être.
Pour le faire mourir, pourquoi l'avoir fait naître ?
Ce n'était qu'un sanglot sur terre, en haut, en bas ;
Des mains aux doigts osseux sortaient des noirs grabats;
Un vent froid bruissait dans les linceuls sans nombre ;
Les peuples éperdus semblaient sous la faulx sombre
Un troupeau frissonnant qui dans l'ombre s'enfuit ;
Tout était sous ses pieds deuil, épouvante et nuit.
Derrière elle, le front baigné de douces flammes,
Un ange souriant portait la gerbe d'âmes.
Mars 1854
Victor HUGO, Les Contemplations, IV, 16
4
Commentaire composé du poème On vit, on parle ..., de Victor HUGO
(Les Contemplations, IV, 11)
INTRODUCTION
En 1843, Victor Hugo a perdu sa fille Léopoldine, noyée avec son mari Charles Vacquerie,
lors d'une promenade en barque sur la Seine, à Villequier. Elle avait dix-neuf ans. En 1846,
Juliette Drouet, sa maîtresse, perd une fille de vingt ans, Claire Pradier, morte de tuberculose.
C'est "en revenant du cimetière" que le poète compose un texte qu'il fera figurer dans le
recueil des Contemplations en 1856. Quels sentiments nous inspire ce texte, à quelles
réflexions nous conduit Victor Hugo ?
(annonce du plan à rédiger)
DÉVELOPPEMENT
I° partie : Le résumé d'une vie. (phrase à rédiger)
1° § La jeunesse (phrase à rédiger)
1° IA Eveil de la vie intellectuelle : des premiers mots de l'enfant aux études (phrase à
rédiger)
"On vit, on parle, ... on lit", mais inconscience des menaces qui pèsent sur l'homme : on ne
comprend pas les avertissements des "vieux sages" qui nous parlent de l'aventure humaine,
même quand des poètes comme "Virgile et Dante" font allusion aux Enfers ; cf l'opposition
entre plaisir et sagesse.
On ne sait pas lire non plus la nature : "ciel et nuages / (rejet) Sur la tête", jours gais et
sombres, menaces , mais on ne voit que son côté "charmant" ; le "chant des oiseaux dans les
bois" s'oppose à la "tempête" (v. 17) . En tout cas, on ne se pose pas le problème de
l'existence entre "ciel" et terre, on trouve cela normal.
2° IA Une vie affective marquée, elle aussi, par l'insouciance. (phrase à rédiger)
Les voyages forment la jeunesse et sont source de gaieté ; peu importe l'endroit, pourvu qu'il
soit "charmant" (cf "quelque", c'est-à-dire n'importe lequel) ; on "rit" de tout, "joyeusement",
des "éclats de l'auberge". C'est pourtant pendant un voyage dans une "auberge" que Hugo
apprendra la mort de sa fille Léopoldine.
On passe des premiers émois de l'adolescence, "un regard ... vous agite", à l'amour partagé,
"on aime, on est aimé", réciprocité et "bonheur" ... souligné par un point d'exclamation.
2° § L'évocation d 'une journée de l'homme jeune permet de présenter les valeurs de la
vie.
Une journée entière est évoquée : "le matin", "on déjeune" (repas de midi), "tout le jour".
1° IA Vie affective (phrase à rédiger). La première valeur est la "famille".
Le jeune amoureux est devenu père de famille : famille unie et complète, "toute une famille"
(contre-rejet) et trois générations représentées, mais curieusement, Hugo parle de "mère" et
non d'"épouse" ; on note le mot "fille" et le point d'exclamation en fin de vers.
Cette famille nous entoure d'affection, "vous embrasse" ; rien ne semble pouvoir entamer ce
"bonheur" : "amour" rime avec "tout le jour" ! La sérénité est totale : "on s'éveille", terme qui
marque une certaine spontanéité ; le rythme est parallèle ("toute une famille... et trois
composants, tout le jour" ... et trois composants) ; aucune restriction n'est apportée : "toute ...
tout". Le père est au centre de cette famille : contre-rejet "vous embrasse" ; mais celle-ci est
au centre de ses "pensées" : "espoir" pour l'avenir de ses enfants ?
2° IA Vie intellectuelle (phrase à rédiger). L'autre grande valeur représentée est le "travail".
Le jeune voyageur est maintenant engagé dans la vie professionnelle, mais allusion "mêlée" à
"l'amour" de la "famille" .. Désormais il s'agit de "pensée" et non plus d'amusements". Travail
apparemment accaparant : obligé de "lire" en déjeunant ! Serait-ce aussi l'indice d'une moins
grande attention portée à la "famille" ? De plus, le "journal" a remplacé les livres .
3° § Mais, curieusement, la vraie "vie" semble commencer avec les combats de l'âge
mûr.
Au vers 13, "la vie arrive avec ..." : implicitement, avant il ne s'agissait pas de la vie !? On
note d'ailleurs que "la vie" devient sujet grammatical.
Les combats sont menés sur plusieurs fronts :
- vie affective (phrase à rédiger) : "passions" (et non "amour), terme souligné par la diérèse
"passi-ons", "troublées" : cf adultère et/ou amour "troublé" par la mort de la fille ; "deuil",
"fête", mais "tout passe" : le temps efface même le deuil ?
- vie intellectuelle (phrase à rédiger) : luttes politiques . "On jette sa parole" implique la
violence , la parole est assimilée à une arme ; "sombres assemblées" : hostilité, renforcée par
les allitérations en /s/ et l'assonance des nasales / on/ et /an/ ; "on arrive" (où ?), "on recule"
(cf le flux et le reflux de lamer ?), "on lutte avec effort" (contre quoi ?)
II ° partie : Une méditation sur la condition humaine. (phrase à rédiger)
1° § De qui s'agit-il dans ce poème ?
1° IA Apparemment, Hugo s'adresse à l'humanité tout entière : 22 occurrences du pronom
"on" inclusif qui englobe tout le monde, contrairement aux "je" des autres textes hugoliens.
2° IA Mais parfois, il s'adresse uniquement à des lecteurs ... masculins : "le regard d'une
femme ... vous agite" ; "une mère, une sœur, une fille" (uniquement le sexe féminin) ; "on
jette sa parole aux sombres assemblées" (pas de vie politique pour les femmes à son époque).
3° IA D'ailleurs, souvent il fait allusion à sa propre vie : voyages, sa famille, sa fille ,
importance des femmes, adultère, vie politique...
2° § En tout cas, il définit la vie par opposition à la mort.
1° IA Opposition entre la début et la fin du poème (phrase à rédiger). Le chiasme entre le
premier vers et le dernier est significatif : "on vit" s'oppose à "la mort" (dernier mot du
poème) ; "on parle" s'oppose au "silence" (avant dernier mot).
La vie est faite d'action, de mouvement : abondance des verbes d'action ("on va, on écoute, on
mêle, on jette" .. etc) ; "on" est sujet grammatical; mais absence de verbe pour l'évocation de
la "mort" au vers 2° ; la rapidité des événements de la vie, marquée par le rythme du poème
ou une expression comme "tout passe", s'oppose à l'éternité de la mort, à son "vaste et profond
silence".
2° IA Vivre, c'est aussi communiquer avec les autres. Importance d'autrui dans ce texte et des
femmes en particulier : "voiture publique", "famille", "femme", "foule" .
Importance du contact avec les autres : "on parle ..on jette sa parole", "on lit", "en lisant le
journal" ; parfois un seul "regard" suffit ...
Et même, contact avec la nature : "on écoute le chant des oiseaux"
Tout cela opposé au ... "silence de la mort" !
3° § Le poète aboutit, dans ce texte-ci, à une philosophie assez pessimiste.
1° IA Ce texte est une sobre méditation sur la destinée humaine. Il présente des faits sans
commentaire : pas une seule question ; trois exclamations ("bonheur !", "fille !", "mort !").
Ironie des adjectifs possessifs : on se croit "propriétaire de quelque chose ! ("son journal"...sa
pensée" ..."sa parole")
Mais impression de fatalité : l'homme n'est pas maître de son destin.
Au début du texte, "on" est sujet, l'homme agit et décide ; au vers 13, puis au vers 15, "la vie"
et "le sort" deviennent sujets ; on note également la force du verbe "prend" et l'abondance des
verbes d'état à la fin du texte ("on est" ...) .
2° IA Grandeur et misère de l'homme (cf Blaise Pascal). "faible et petit", et donc "flot dans la
foule" : être minuscule, jouet des éléments ; "fort et grand", et donc "âme dans la tempête" :
être conscient de sa destinée (cf le "roseau pensant" de Pascal) . Cette opposition est soulignée
par le jeu des consonnes sourdes et sonores : "Devant le but qu'on veut" (sonores) "et le sort
qui vous prend" (sourdes à l'initiale des mots).
L'hypallage du vers 17 évoque l'humanité : "flot" renvoie à "tempête", "âme" renvoie à
"foule" ; l'humanité est une mer ballottée au gré du vent (cf le poème liminaire des
Contemplations : "Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants, / Passer gonflant ses
voiles, / Un rapide navire enveloppé de vents, / De vagues et d'étoiles. (...) "La mer, c'est le
Seigneur (...) Le vent, c'est le Seigneur" (...) "Le navire, c'est l'homme.")
3° IA Impuissance et incompréhension face à la rupture de la mort. Après une "cascade" de
points virgules, qui souligne la continuité, l'enchaînement des actes d'une vie, les trois points
de suspension (et le tiret, présent dans la première édition) marquent une rupture, renforcée
par le "puis", seul mot de liaison du texte. Le mystère de la mort est vraiment "vaste et
profond" !
CONCLUSION (à rédiger)
- Récapitulation
- (On peut souligner, par exemple, que, dans ce poème, la "mort" arrive au terme d'une vie
bien remplie ... mais que ce n'est le cas ni pour Claire Pradier ni pour Léopoldine enlevées
toutes deux en pleine jeunesse ...)
- Idée finale ... à rédiger.
Plan de commentaire composé
VIEILLE CHANSON DU JEUNE TEMPS...
(Victor HUGO) Les Contemplations, I, 19.
Idées pour une introduction
La poésie de V.Hugo n'est pas toujours celle du "mage", du voyant, du prophète. Il sait trouver également son
inspiration dans les choses les plus simples. Dans le poème 19 du livre I des Contemplations, "Vieille chanson
du jeune temps", il évoque l'un de ses souvenirs d'adolescent. Ce poème composé d'heptasyllabes expose avec
humour les difficultés d'un jeune homme de seize ans dans ses premières rencontres avec les jeunes filles. Il
s'agit ici d'une rencontre à trois personnages, la jeune fille, Victor Hugo et la Nature.
( Ière PARTIE : LA JEUNE FILLE )
Cette "Chanson" met d'abord en scène une jeune fille appelée "Rose".
1°§ Rose est une jeune fille entreprenante
IA C'est elle qui a l'initiative.
cf la première strophe : Rose "s'impose" pour la promenade (chiasme des vers 1 et 2 : "pas Rose...Rose"). La
détermination de la jeune fille est marquée par le changement de rythme aux vers 1 et 2 (5/2 puis 1/2/4) et par le
passage de l'imparfait au passé simple. Rose sera d'ailleurs le sujet grammatical de presque tous les verbes
d'action.
IA Il est vrai que Rose est un peu plus âgée que le jeune Victor Hugo : vingt ans et...seize ans ; a-t-elle plus
d'expérience ? En tout cas , elle ne va pas jusqu'à "dire " son amour . Ce poème illustre un certain problème de
communication entre garçons et filles...
2° § La jeune fille souhaite, en effet, que le jeune homme lui fasse une déclaration.
IA Rien à voir avec le sérieux et la banalité des paroles du garçon (strophes I et II). Elle souhaite que ces propos
ne soient qu'une simple entrée en matière.
Strophe III : trois "je" en début de vers ; elle, elle attend...
cf aussi le "Après ?" de la 4° strophe.
IA La mention des "sourires" et des "soupirs" aux vers 31 et 32 , strophe VIII : le chiasme oppose les tentatives
visuelles et les tentatives auditives...
IA La preuve de cette attente sera donnée à la fin du poème : "Soit ; n'y pensons plus." . Le message implicite
délivré par le présupposé "ne ..plus" est bien qu'elle "y" pensait avant et depuis le début sans doute...Et si le
pronom "y" suggère fort pudiquement les choses de l'amour, cette pirouette finale, le haussement d'épaules
qu'elle suggère sont significatifs. L'emploi de la 1°personne du pluriel englobe le jeune homme dans la décision :
"N'y pensons plus !". Mais le problème est justement là : celui-ci ne pensait à rien du tout !
3° § Pour "y" arriver, Rose avait pourtant fait des avances de plus en plus précises.
IA C'est elle qui a osé tous les premiers gestes, des regards aux gestes de plus en plus provocants.
- d'abord c'est "son oeil " qui parle , II, vers 4 ; puis elle "écoute" les "rossignols" symbole de l'amour, strophe
III ; ses "yeux "brillaient" (de désir ?)
- ses "hanches" et son"beau bras tremblant" (tremblement musicalement suggéré par l'allitération en [b] )
interviennent pour faire comprendre que le garçon doit l'aider et ...la toucher, la frôler peut-être par la même
occasion.. La longueur de la phrase descriptive dans cette saynète s'oppose à la brièveté de la chute : "Je ne vis
pas..."
- son "pied nu", à la strophe VII constitue pour l'époque une réelle provocation sensuelle ; les assonances en [i] et
[y] , l'allitération en [p] ("petit pied ..pure"), la correspondance à la rime du qualificatif "ingénu" et de l'adjectif
"nu" soulignent l'ambiguïté de la scène.
En fait, cette coquetterie est plus naïve que perverse : la Nature va innocenter ces tentatives si ..naturelles.
( IIère PARTIE : LA NATURE )
Rose n'est pas seule dans ses approches amoureuses : elle a un complice en la "personne" de la Nature.
1° § Le poète fait de la Nature un être vivant et chargé de symboles.
IA Elle a une vie propre ; on peut presque parler d'animisme puisque le poète attribue aux choses une âme
analogue à l'âme humaine. La nature est en effet la Vie : cf strophe III où elle est sujet grammatical ; c'est elle
qui "offre"...
De même à la strophe VI : l'eau "court" (cf la chanson de G. Béart "ma petite est comme l'eau, elle est comme
l'eau vive"
Ajoutons à cela les nombreuses analogies entre la nature et les êtres vivants : "Rose " et "la rosée" ; la fraîcheur
des jeunes gens est équivalente à celle de la nature.
On peut comprendre que "Rose", la jeune fille, comme la "rosée"... "offre ses perles"...
IA La Nature est aussi l'Amour, un amour pur, innocent : les assonances en [u] de la strophe VI
("courait...mousses... velours") évoquent musicalement une grande douceur .
La "nature amoureuse" ne donne-t-elle pas d'ailleurs l'exemple d'une vie amoureuse et harmonieuse dans la
même strophe ? C'est en tout cas un premier sens à donner à ce vers.
On se rappelle un autre vers du poète :"Tout conjugue le verbe aimer".
2° § Cette Nature-personnage est complice de l'amour.
IA Elle ne se contente pas d'être elle-même "amoureuse", elle favorise l'amour des humains, elle "offre" son
cadre accueillant, son asile. De la première strophe où Rose "vint au bois" à la dernière qui nous fait "sortir des
bois", toute la scène se déroule sous la protection de Mère-Nature : les "taillis" servent de "parasols" protecteurs
moins des coups de soleil que des regards indiscrets ; eux aussi sont "offerts", ce que souligne l'ellipse
grammaticale du vers 10. Même le "creux" de l'eau symbolise une nature accueillante.
IA Bien plus, la Nature animale participe à la scène.
- les "rossignols", symbole de l'amour, "chantent Rose" : le verbe est ici construit de façon étonnante ; on
attendrait une formule comme "célébrait le nom de Rose" ou "répétaient en chantant .."; cette rupture du
stéréotype souligne à quel point Rose et les "rossignols" sont à l'unisson.
- En revanche les "merles" sifflent" le jeune étourdi et se moquent de lui.
( IIIère PARTIE : L'ADOLESCENT )
Rose et son alliée ont bien du mal à éveiller l'adolescent aux "choses" de la vie.
1° § Le jeune garçon joue sans cesse dans cette affaire les seconds rôles.
IA Son attitude est toujours passive. Ce n'est pas lui qui a invité Rose à cette promenade.
Il est toujours sujet de verbes négatifs, sauf au vers 11 dans la 3° strophe, mais ce verbe "j'allais" n'a pas de
...complément : il n'a pas de but ; il "suit" cf vers 30.
IA L'adolescent rêveur ne goûte que le charme de la promenade, propice à un rêverie mélancolique : il marche
"à pas distraits" et son "air morose", en écho à la rime avec "Rose", n'est guère accordé à la situation ! Quelle
opposition avec les "yeux brillants" de cette même Rose ! En fait, il n'a de but précis ni dans sa marche ni dans
ses propos.
2° Ceci explique sans doute pourquoi avec candeur et naïveté, il reste "sourd" et aveugle à tous les appels.
IA Ceux de la jeune fille tout d'abord.
Il ne comprend pas le sens de ses avances ni le sens de ses regards, de ses gestes. Ceci est en partie expliqué par
l'insistance, la répétition du constat "je ne vis pas" : les sept monosyllabes du vers 20 paraissent bien
lamentables après les trois vers de la description du geste de Rose en direction de la "mûre". Le geste de la jeune
femme cueillant le fruit n'est pas sans rappeler la scène biblique du jardin d'Eden. Mais l'homme, cette fois,
n'était apparemment pas ..."mûr". L'opposition entre les deux jeunes gens est renforcée par celle du rythme : à la
strophe III, par exemple, on passe du rythme 3 / 4 dans les trois vers évoquant l'attitude du garçon à un rythme 2
/ 3 / 2 au 4° vers qui décrit Rose.
IA Les appels de la nature ensuite.
Il parle "des fleurs et des arbres" (v. 7) au lieu de les écouter. Et il ne comprend pas "les merles qui le sifflent" ;
il ne comprend pas davantage la complicité et les propositions de la "rosée et des taillis" (cf l'asyndète entre les
vers 10 et 11). En fait, l'analogie avec la nature se précise : le pronom "moi" est en rime intérieure au vers 2 avec
"bois" et les "grands bois sourds" sont la transposition de son état ; il est insensible aux charmes féminins, il est
encore ..."de bois" ! Notre adolescent, "froid comme les marbres", est "pétrifié" par sa timidité...
3° § Mais dans ce poème, on sent surtout la tendresse du narrateur, l'homme mûr qu'est devenu Victor
Hugo, pour ce personnage d'autobiographie, cet adolescent maladroit.
IA C'est ici l'homme d'expérience qui sourit devant tant de naïveté. Faut-il y voir le regret d'une innocence
perdue, ou ..le regret d'une occasion perdue ?
Contrairement à la date qui figure dans le recueil ("Paris, juin 1831"), le manuscrit révèle que le texte a été
composé en 1855 par un homme de cinquante trois ans. Le quinquagénaire revit la scène avec une précision
étonnante pour quelqu'un qui n'avait rien "vu". Il fait même semblant d'hésiter sur le sens à donner aux gestes de
Rose : "son oeil semblait dire", "un air ingénu"...mais les modalisateurs n'abusent personne, surtout pas le poète
de cinquante ans ! Sans doute a-t-il enregistré inconsciemment des images, et c'est bien longtemps après qu'elles
ont pris sens pour lui. Mais ne soyons pas dupes : si la mémoire était défaillante, l'imagination de l'homme mûr a
eu tôt fait d'y remédier...
IA La relation des faits ne manque en tout cas pas d'humour . Alors que tout l'invite à s'arrêter pour aimer, il
"allait"...Le poète se moque particulièrement de lui-même dans les deux derniers vers : la leçon semble avoir
porté ses fruits ! La ""beauté" de la jeune fille, déjà mentionnée au vers 18 à propos de son "bras", lui apparaît
enfin.
Cette moquerie tendre est accentuée par le choix du vers impair, ici l'heptasyllabe qui donne au poème le rythme
léger de la "chanson".
Le titre est lui aussi tout un symbole : cette "chanson " est vieille" comme le monde ! N'est-ce pas celle de tous
les jeunes gens qui vivent leur premier tête à tête avec une jeune fille ? La promenade aura permis une première
"éducation sentimentale", car si ce jour-là il ne pensait pas à la "chose" , depuis "il y pense toujours " ! Ce
présent d'énonciation est bien éloigné de l'imparfait du premier vers : "Je ne songeais pas ...".
Idées pour une conclusion
Le jeune Victor Hugo de seize ans a compris trop tard qu'une jeune fille n'était pas insensible à ses charmes. Et
s'il n'a pas su "cueillir la rose" , il aura au moins profité de la leçon. Ce texte révèle une grande finesse dans
l'observation masculine et féminine et il s'en dégage une impression de fraîcheur et de tendresse.
Plan de commentaire composé
ELLE ETAIT DECHAUSSEE...
(Victor HUGO)
Idées pour une introduction
- Les Contemplations = La plus grande oeuvre lyrique de Hugo.
- Contrairement à ce que l'on croit parfois, elles ne sont pas seulement consacrées à la fille morte du
poète, Léopoldine.
Ce n'est pas ici un poème de Pauca Meae
Ces "mémoires d'une âme" contiennent aussi un vrai bilan sur lui-même.
Et en particulier dans le livre I Aurore d'où est tiré ce poème, Victor Hugo parle de sa jeunesse, et il
évoque ici une conquête amoureuse dans un cadre champêtre qu'il raconte sous la forme d'une saynète à
trois personnages : lui, elle, et la nature.
Ière PARTIE : LUI.
1er § Le poète se met lui même en scène, et lance un appel insistant à l'amour et en l'occurrence au plaisir
charnel.
I.A. : souvenir d'une rencontre faite dans la jeunesse.
qu'il se remémore avec attendrissement (en fait, écrit en 1853 ; et non en 183- !!)
Cf aussi les autres poèmes tirés de la même troisième partie.
I.A. : C'est lui qui prend l'initiative.
La rencontre inattendue ( s'agit-il vraiment d'un hasard ?) lui fait l'effet d'une apparition, effet
suggéré par l'emploi du passé-simple "je crus voir". Cela ne l'empêche pas de l'inviter tout
aussitôt à l'accompagner : la conjonction de coordination "et" placée en tête du vers 4 souligne
cet aspect ; l'invitation paraît naturelle, normale et logique... Il la répète d'ailleurs en la
nuançant. On constate, en effet, une évolution du v.4 au v.8, de "dans les champs" à "sous les
arbres profonds". La reprise, enfin, de l'expression "Et je lui dis" (V.4-7), la double répétition
du
"veux-tu" précèdent une argumentation on ne peut plus claire : "C'est le mois où l'on aime".
2è §
Le jeune homme manifeste dans cette évocation un certain triomphalisme naïf.
I.A.
Pour lui, faire la cour, c'est livrer un combat contre la femme qu'il faut vaincre.
Cf v.6. "nous...triomphons" (nous = les "mâles")
renforcé par l'enjambement des v. 5 et 6
noter aussi la métonymie révélatrice : "beauté" pour "femme".
I.A.
Ce poème évoque une "victoire", une conquête amoureuse.
Cf jeu des pronoms : v. 1, 2, 3 : présentation en parallèle des deux jeunes gens ; puis v.4, "je
lui": entrelacement des pronoms. v.14 : "je vis venir à moi": les deux "moi" encadrent la
démarche. De plus, le jeune homme semble au "spectacle" : il voit une apparition, il
lui parle, et
il observe avec beaucoup d'acuité l'effet de ses paroles sur elle. Au vers 14, il "voit" la
jeune
fille s'avancer : il a "gagné".
Cf rythme des vers 14 à 16 : rythme 6//6 : jubilation intérieure du poète ; émotion contenue
mais
impatiente.
IIè PARTIE : ELLE.
1er § Il s'agit d'une jeune fille anonyme, à la beauté sauvage.
- le nom de la jeune fille demeure inconnu : v.1 = "elle"
- ce qui attire le poète est défini par les quatre adjectifs du vers 15 : "la belle fille heureuse effarée et
sauvage. (Cf origine étrangère)
Il aime une "beauté" (et non une personne) v. 6, v. 3 "fée" v. 11 et 15 "belle"
en effet qu'est-ce qui fait la beauté de cette jeune fille ?
- son aspect "sauvage" : v.1, parallélisme
- elle est "libérée" : chaussures, cheveux ordonnés = symbole de la civilisation, voire d'ordre
moral.
- Cf aussi "folâtre" : son harmonie avec la nature ; cf l 'eau v.9 "elle essuya"...
les joncs v.2 "parure"
v.14 "dans les grands
roseaux"..
2è § Les quatre strophes évoquent l'acceptation progressive de la jeune fille à l'invitation amoureuse.
I.A.
I.A.
plus
La communication entre "lui" et "elle" se présente comme un jeu.
lui "voit" et "dit"
elle "regarde" sans exprimer un seul mot.
regard qui montre une certaine distance de sa part et qui surtout ajoute à l'aspect
"sauvageonne".
symétrie : deux fois "dire", deux fois "regarder".
Ce mutisme fait de la jeune fille un personnage très original, étrange, et de ce fait fascinant.
La jeune fille est d'une complicité provocante et naïve.
- sa tenue "négligée" est reçue comme une provocation par le poète.
évolution significative : "déchaussée" (décoiffée) "pieds nus" "cheveux dans le vent".
- Elle répond progressivement à l'appel du poète;
- 1ère invitation : regard (déjà thème du "triomphe")
- 2è invitation : geste + regard : arrêt : réserve ou jeu de sa part pour que l'invitation soit
précise ? Cf aussi "riant au travers" : pudeur.
IIIè PARTIE : LA NATURE.
1er § Le paysage bucolique par excellence, se fait complice de l'invitation à l'amour.
I.A. Le paysage bucolique par excellence : un cours d'eau, les champs, la forêt. Un quatrième élément
dans cette nature, la jeune fille, qui se confond en "elle" ("parmi les joncs", "dans les grands
roseaux", "les pieds dans les roseaux")
I.A. Une complicité permanente dans l'invitation à l'amour : vers 12-13 double exclamation,
construction
parallèle ; les oiseaux invitent à pénétrer dans la forêt pour y trouver l 'abri loin de tout
regard ; l'eau
par sa caresse invite bien sûr à d'autres caresses.
2è § Cette participation de la nature à l'acte d'amour confère à ce dernier une naïveté et une pureté indéniables.
Il n'y a rien de trouble ni de malsain dans cette invitation aux relations charnelles. Bien au contraire, les
deux protagonistes ici ne font que respecter l'appel de la nature.
CONCLUSION
Le poème d'une rencontre. Ni amour éternel, ni même passion, mais amour fugace dû aux circonstances
réunissant à un moment deux personnes et un cadre. Le poème des amours enfantines ou des "jeux interdits" ?
Victor HUGO, Les Châtiments,
Livre sixième "La stabilité est assurée", poème 6 "Au peuple".
Introduction
- Royaliste dans sa jeunesse, Victor Hugo devient républicain : il se préoccupe du peuple et des
"misérables" ; député en 1848, il visite les "caves de Lille" et prépare une intervention à l'Assemblée
pour dénoncer la pauvreté. Mais le Coup d'Etat vient briser cet élan.
- Exilé, le poète rédige un recueil polémique, Les Châtiments, dans lequel il fustige le nouveau régime.
Le sixième poème du livre VI, titré ironiquement "La stabilité est assurée", s'adresse "Au Peuple" sur
un ton épique.
- Ce texte en vers présente la vision que V.Hugo a du peuple français, mais constitue surtout un appel.
I° partie Victor Hugo expose dans ce texte sa conception du "Peuple".
1°§ Le Peuple est, pour le poète, semblable à l'Océan
- procédé d'attente : le pronom "'il" prend progressivement son sens grâce aux différentes
caractérisations ("sa profondeur" au vers 6 , "la trombe" au vers 7, "sa vague" au vers 13, "ce flot" au
vers 15, "son onde" au vers 17, "il jette l'écume" au vers 23, " sa grève" au vers 25, "sa marée" au vers
26) ; il s'agit bien de l'Océan "au bord" duquel se trouve le locuteur (cf circonstances d'énonciation
données au bas du poème)
- poème bâti sur une comparaison, annoncée et renforcée dès le premier vers par le rythme ternaire du
trimètre romantique (4//4//4)
. certains termes qualifient aussi bien l'océan que le Peuple : "terrible" (v. 1), "agité" (v. 4)
. mais la comparaison est renforcée par le recours au registre humain, à la personnification de
l'Océan : certains termes conviendraient mieux, en effet, aux êtres humains qu'à l'océan : v. 1
"pacifique"; v. 4 "apaisé" ; v. 5 "harmonie", "cri" ; v. 13 "il caresse" ; v. 14 "murmures" ; v. 21 "force"
et "grâce".
2° § Victor Hugo a de l'Océan, et donc du Peuple, une vision épique.
- le langage hyperbolique utilisé est caractéristique de l'épopée : l'Océan apparaît immense et
monstrueux : v. 3 "immensité" , v. 6 "monstres", v. 7 "gouffres inconnus", v. 9 "le colosse chavire"
"sur son énormité", v. 14 "monstrueux murmures". L'accumulation des sonorités nasales dans ce vers
14 font entendre, par harmonie suggestive, ces "murmures monstrueux" du Peuple-Océan.
- aux dimensions horizontales s'ajoute une dimension verticale qui renforce cette impression de
gigantisme : "profondeurs", "gouffres" (v. 6-7) et "sommets" (v. 23).
- l'emploi du merveilleux contribue, lui aussi, au ton épique : c'est une vision cosmique qui apparaît ;
l'Océan rejoint le Ciel qu'il reflète en lui (v. 2 "il est sous l'infini..." , v. 19-20 "sa rondeur... accepte en
son miroir tous les astres du ciel")
L'Océan semble d'ailleurs en lien avec l'éternité, il est en communication avec l'Au-delà : "il chante un
hymne à Vénus" et "sa grève est sacrée" (v. 25) ...
- la présence du thème guerrier, enfin, donne la même impression d'épopée: "il brise le navire", il
foudroie" avec des "chocs d'armures" et surtout "son onde est une lame aussi bien que le glaive (v. 17).
3° § Comme l'océan, le Peuple apparaît aussi à Victor Hugo avec toute sa complexité, la
réunion de tous les contraires.
- force et calme : cf le jeu des antithèses au vers 1 "terrible et pacifique", au vers 4 "apaisé ...agité"
opposition renforcée par le chiasme, au vers 5 "harmonie...cri rauque" (chacun à la fin d'un
hémistiche), au vers 12 "il foudroie, il caresse" (asyndète soulignant le contraste),
- fureur et beauté : au vers 21-22 "force rude...grâce superbe" ; "il déracine un roc, il épargne un brin
d'herbe"
Donc métamorphose permanente..."et Dieu seul sait pourquoi" (v.12)
II° partie Ce poème visionnaire n'est pas une simple célébration de l'Océan,
un tableau somptueux et romantique, c'est aussi et surtout un texte de
combat, un poème engagé.
1° § Cet appel "au Peuple" est teinté de reproche et d'amertume :
V.Hugo reproche au Peuple français son inertie lors du Coup d'Etat et son manque de réaction face à
ce régime imposé.
- personnages en présence : Hugo (locuteur), le Peuple (destinataire, v. 24) et Napoléon III ("le
despote" du vers 10)
- le recours au tutoiement renforce la fonction impressive du message (vers 1, vers 23...) ; l'apostrophe
du vers 24 mise en relief par le rejet, le titre lui-même constituent une interpellation d'une grande
fermeté. Le "O" emphatique et l'emploi de la coupe lyrique qui isole l' apostrophe donnent un
caractère solennel à l'interpellation.
- l'opposition entre le peuple et l'Océan est martelée au vers 24 par le rythme (3/3/1/5) qui isole le
monosyllabe "lui" ; cette opposition entre le comparant et le comparé est d'autant plus marquante
qu'elle est la seule de tout le poème ; l'Océan ne peut trahir les attentes de Hugo comme a pu le faire le
Peuple français lors du coup d'Etat.
2° § Loin de se tourner uniquement vers le passé, le poète lance un appel au combat.
- par ce texte, V.Hugo appelle le Peuple français à prendre conscience de sa puissance . La fin du
poème s'oppose à l'ambiguité du début : il n'est plus question d'être "terrible et pacifique" , mais bien
de vivre une "marée" : c'est un appel au soulèvement contre le régime du Second Empire.
- le pronom "On" du dernier vers représente Hugo et les opposants au régime de Napoléon III : ils
"attendent" l'heure" de cette "marée".
3° § En s'adressant ainsi "au Peuple" français, V.Hugo lance enfin un avertissement à
Napoléon III.
Capable de toutes les violences, le Peuple, comme l'Océan, peut tout emporter sur son passage.
La violence des tempêtes peut entraîner la mort du régime : Vers 7 "la trombe ... germe" ; comme
l'Océan le peuple est capable de "déraciner un roc"(v. 22), de faire "chavirer" même un "colosse" (v.
9), il a "des gouffres inconnus / D'où ceux qui l'ont bravé ne sont pas revenus" : quelles menaces pour
l'usurpateur des libertés qu'est, aux yeux de Hugo, Napoléon "le Petit"... Comme Zeus, le PeupleOcéan "foudroie" !
- la violence du combat, soulignée par l'emploi du vocabulaire guerrier déjà évoqué ci-dessus, est
symbolisée également par l'image du fauve : comme l'océan, le Peuple "ayant rugi ce soir, dévorera
demain" ; le rythme (4/2//4/2) et les sonorités de ce vers 16 (liquides /R/ et dentales sonores /d/ )
renforcent cette impression de féroocité du combat qui va être livré ; le futur et les deux adverbes de
temps détachés à la fin de chaque hémistiche ne laissent, en effet, planer aucun doute ; la menace est
réelle. "Les monstres" " à l'aise" dans la profondeur glauque" du Peuple peuvent monter à la surface...
et la gradation rythmique de ce vers 6 (2/4//6) suggère une telle remontée.
Le Peuple, éclairé, va réagir : comme l'Océan grâce à son"fanal" du vers 11, le Peuple sera guidé par
son "esprit"
Conclusion
- Une certaine conception du peuple qui laisse espérer un sursaut.
- Assis sur son rocher, V.Hugo regarde la France depuis son île anglo-normande et cherche à
soulever la "marée" humaine qui emporterait le régime politique, l'apparent colosse, sur son
passage.
- Il lui faudra attendre Sedan et la chute de Napoléon III pour que son vœu se réalise...