article - carcanssurfclub

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Pour quelques kilomètres de plus...
Le Maroc, pour un surf club français, c'est un peu comme "Astérix, mission Cléopâtre", c'est vu et
re-vu mais ça fait plaisir quand même et on est sûr de passer un bon moment.
Et oui, car ça fait du bien de s'échapper de l'hiver, de la pluie, de la grisaille et du néoprène trop
épais pour trouver à seulement quelques heures de là du soleil, des vagues et des sourires amicaux.
Pour la seconde année consécutive, une petite équipe de surfeurs girondins a donc mis les voiles
vers le Nord de l'Afrique... En fait, au lieu de voiles, les plus jeunes passèrent par la voie des airs,
tandis que les 2 encadrants et un membre du bureau directeur de l'association avalaient les
kilomètres à bord du camion du club.
Une brève présentation s'impose: Mathilde, Maéva, David, Jérémy, Jérémie et Lucas, jeunes
Carcanais adhérents du Carcans Océan Surf Club depuis déjà plusieurs années, participent aux
compétitions fédérales. Benoit fait partie de l'équipe dirigeante de l'asso tandis que Rémy et
Nathanaël constituent l'équipe technique, salariée et motivée.
Pour tous les surfeurs qui pratiquent leur activité favorite dans l'océan atlantique Nord (et ça fait du
monde, croyez-moi !), cet hiver fut synonyme de petites houles. Réflexion faite, et à la vue des
magazines de la presse spécialisée, le terme "petite houle" n'est pas forcément approprié pour le
Nord de l'Europe mais en tous cas au Maroc, c'était généralement calme.
Tellement calme que nous avons dû improviser un changement de dernière minute qui nous a menés
plus au sud que prévu, là où la côte est plus exposée, le soleil plus chaud, et les voiles des femmes
plus colorés...
Nous avons donc posé nos boardbags et autres sacs à dos face à la mer, au pied de la ville de Sidi
Ifni à l'histoire si particulière et aux habitants si chaleureux. Il faut savoir que la ville fut bastion
espagnol jusqu'en 1969 et qu'elle est depuis laissée à l'abandon par le Royaume qui préfère faire
profiter Agadir et Tiznit des richesses issues de l'activité portuaire (1er producteur mondial de
sardines). Pour la petite histoire, ces mêmes habitants subirent en 2008 les violences des forces de
l'ordre marocaine en réponse à un blocage du port par les jeunes diplômés de la région qui
dénonçaient ainsi l'inaction du gouvernement face au chômage. Les marocains de la région, pour
finir, sont descendants des tribus berbères du Sud et, comme nous l'expliquait un commerçant de
Taghazout, "eux: peur pas!"
Pourtant les attraits touristiques sont nombreux et la région est un lieu de pélerinage pour les
retraités européens venus profiter au chaud de leurs faibles revenus (qui sont, ici, largement
suffisants). C'est aussi par ici qu'un certain Jeff Hackman eut une maison pendant des années, et
c'est ici que nous avons trouvé notre bonheur: des vagues tous les jours, des locaux à l'accueil plus
que chaleureux et une authenticité depuis longtemps perdue 200km plus au Nord.
Les surfeurs locaux sont regroupés en 2 associations amies mais indépendantes qui tentent de
procurer du matériel à tous les jeunes "Ifniños" pour qu'ils puissent aller prendre quelques vagues.
Chaque session est donc fonction de qui a pris telle ou telle planche, de qui attend déjà sur le bord
depuis 1 heure et de qui a la combinaison taille M sans trop de trous...
Un autre monde pour nos jeunes privilégiés médocains, le genre de leçons que l'on ne trouve qu'à
l'école du voyage. Comme ce week-end où l'un de leurs nouveaux potes ne put participer à la
compétition locale car il avait passé la nuit à travailler au port... Tout à coup, on était loin de la
dernière vidéo à la mode sur facebook, une petite claque derrière la tête et une prise de conscience:
le but du trip était atteint.
L'hospitalité marocaine n'étant pas un vain mot, nous nous sommes très rapidement mis à l'heure de
vie locale, discutant des heures en buvant du thé, nous régalant de tajines et de sandwichs "vachequi-rit/sardines à la tomate" et partageant matériel et vagues du soir au matin...
A ce rythme, la dizaine de jours est passée à la vitesse des taxis marocains et déjà il nous fallait faire
nos au revoirs (..."Incha Allah", bien entendu!), échanger les adresses et mettre le cap au Nord en
laissant derrière nous la magie de ce lieu.
Pourtant rien ne pourra empêcher la transformation qui a déjà commencé et qui fera de cet endroit
un nouveau Taghazout dans les années à venir.
Espérons que les associations locales et les personnes qui vivent par et pour le surf depuis qu'il
existe à Sidi Ifni seront les premières à bénéficier de cette nouvelle économie. C'est dans ce but que
nous avons laissé un peu de matériel là-bas, parcequ'il est difficile de proposer des cours de surf
sans planche et pour que les jeunes surfeurs puissent passer plus de temps dans l'eau.
Espérons aussi que les autorités de la Province prendront conscience des possibilités que
représentent les activités comme le surf, pour l'économie touristique bien sûr, mais aussi pour la
jeunesse de Sidi Ifni. C'est ce double but que poursuivent Ahmed et Hicham par le biais de leurs
associations respectives : gagner leur vie et favoriser l'accès aux vagues à tous.
Maintenant que nous sommes de retour chez nous, ce n'est pas tant les vagues surfées qui font
briller les yeux de notre équipe, ni la qualité de cette longue droite loin du bord, ni le fun de ce
beachbreak quand la houle se fatigue... mais plutôt l'impression d'avoir partagé la vie de ces
Marocains qui nous ont ouvert leurs bras, guidés dans leur ville, leurs spots et montré ce que
"gentillesse" veut dire.
A l'heure des débats stériles sur la laïcité et de la montée de l'islamophobie dans notre monde
occidental, voyager et aller à la rencontre des autres reste plus que jamais la meilleure manière de se
faire sa propre opinion et de s'affranchir de la désinformation.
Un immense merci à toutes les personnes qui ont croisé notre route : Lahoucine et Hassan d'Aourir,
Ahmed, Hicham, Mohammed, Zack, Simo, Abdu, Juan, Smain, Mourad, Najim, Hassan, à tous les
Ifninios et à tous les autres...
Merci à nos partenaires Quiksilver et Electric et à la confiance accordée par nos employeurs qui
serrent les fesses en France pendant qu'on se régale au chaud !
N.D.
Tout matériel (même usagé) est le bienvenu et vous pouvez nous contacter si vous souhaitez que
nous descendions quelquechose l'année prochaine (dans la mesure de nos moyens):
[email protected] – www.carcanssurfclub.com
Pour aller plus loin et si vous souhaitez prendre contact avec ces associations marocaines :
Ahmed Dik est le responsable technique et fondateur de l'association Ifni Surf [email protected] - [email protected]
Hicham est le moniteur de l'association Vagues Blues - [email protected]
Cet article a été publié et diffusé à travers tous les plus grands sites internet spécialisés dans le surf
notamment : Ocean Surf Report, Lacanau Surf Info, Surfsession.com, Beachbrother, se33ions.
Il était aussi accompagné de la bande annonce d'un film réalisé par un jeune carcanais David Tirel
qui relatera notre aventure en image.

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