Communiqué de presse Le Centre d`action laïque félicite la Tunisie

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Communiqué de presse Le Centre d`action laïque félicite la Tunisie
Communiqué de presse
Le Centre d’action laïque félicite la Tunisie pour sa nouvelle Constitution
3 ans après la chute du président tunisien, Zine el-Abidine Ben Ali qui marqua le début du
Printemps arabe, la Tunisie se dote aujourd’hui d’une nouvelle Constitution. Cette
Constitution est le fruit d’une négociation de plusieurs mois entre les différents acteurs dans
un climat politique tendu et est un signe de maturité politique alors que certains observateurs
redoutaient un scénario à l’égyptienne.
Plusieurs points positifs sont à noter. La nouvelle Constitution tunisienne tourne
définitivement le dos à la Charia et affirme que la Tunisie est un Etat civil. L’article 6 de la
nouvelle Constitution garantit aux citoyens la liberté de conscience et de croyance et
l’opposition laïque a également obtenu l’interdiction des accusations d’apostasie. La Tunisie
affirme ainsi son attachement à sa longue traduction séculaire. La laïcité en tant
qu’organisation de l’Etat permet une égalité de traitement entre les personnes quelles que
soient leurs croyances et appartenances religieuses et est l’une des conditions essentielles
d’une démocratie moderne.
Le Centre d’action laïque se félicite également des avancées faites en matière d’égalité entre
les sexes affirmée dans l’article 21. Le terme « égalité » a été retenu alors que certains députés
proposaient le terme « complémentarité » pour décrire les rapports hommes-femmes. La
nouvelle Constitution introduit en outre un objectif de représentation des femmes au sein de
l’assemblée législative, ce qui est une première dans le monde arabe ! Bien que le terme de
parité n’ait pas été retenu, cet article affirme une intention de moyen en ce qui concerne la
représentation des femmes.
Certains points prêtent néanmoins à vigilance, notamment la première phrase de l’article 6 qui
affirme que l’Etat a un devoir de protéger la religion, qu’il est le « protecteur du sacré ».
Certains craignent que cette résolution ne puisse aboutir à une interdiction du blasphème si les
islamistes devaient remporter les prochaines élections. L’article 1 er, inchangeable, affirme
également que l’islam est la religion de la Tunisie, ce qui pourrait poser le problème de lois
contraires aux principes de l’islam.
L'article 21 dispose que "le droit à la vie est sacré" et qu'il "ne peut lui être porté atteinte que
dans des cas extrêmes fixés par la loi". Cet article, volontairement laissé flou pour ne pas
compromettre le vote de la Constitution porte en réalité sur deux questions essentielles :
l’avortement et la peine de mort. Si certains craignent que cet article pourrait mener à une
remise en cause de l’avortement, notamment par l’utilisation du terme « sacré » rattaché à la
vie, d’autres y voient une possibilité de faire interdire la peine de mort.
Forte de sa nouvelle Constitution, la Tunisie est néanmoins dès à présent confrontée à de
nouveaux enjeux : la mise en œuvre de la Constitution, la protection des libertés individuelles
et l’amélioration de la situation économique, notamment par une baisse nécessaire du taux de
chômage. Les droits économiques et sociaux ne peuvent être dissociés des libertés
fondamentales.