Bernard de Clairvaux

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Bernard de Clairvaux
Bernard de Clairvaux.
Bernard de Fontaine de son vrai nom Bernard Tescelin est né
en 1090 dans une famille noble à Fontaine les Dijon. Très vite
il se tourne vers la vie religieuse. A 22 ans il entre au
monastère de Cîteaux entraînant avec lui une trentaine de
parents et amis.
Trois ans plus tard, il est désigné pour aller fonder Clairvaux,
une des filles de Cîteaux.
Du vivant de Bernard, l'abbaye de Clairvaux fonde plus de 60
monastères en France et dans toute l'Europe parmi lesquelles
Clairmarais.
Bernard décède le 20 août à Clairvaux.
Il sera canonisé en 1174 et proclamé Père de l'Eglise en 1830.
Naissance de Clairmarais et de l'abbaye.
Saint Bernard de Clairvaux
docteur de l'église catholique
1090 -1153
Nous sommes au XIIème siècle, la forêt de Rihoult est entourée d'un vaste marécage
alimenté par les eaux de l'Aa qui se jettent dans le large golfe de Sinus Itius au fond
duquel se trouve Sithieu, Saint-Omer maintenant.
C'est dans cette vaste et humide solitude des marais que Bernard de Fontaine, abbé
de Clairvaux décide de construire une abbaye.
Bernard de Clairvaux aime cet endroit secret, silencieux, austère et solitaire dans
cette nature intacte, mais prés de l'eau douce qui regorge de poissons et de la forêt
qui fournira du bois pour les constructions et le chauffage. C'est là qu'il décide de
créer une nouvelle abbaye.
De retour à Clairvaux nomme Gonfroi pour aller fonder cette nouvelle maison.
Muni de son bâton de pèlerin, Gonfroi accompagné de 12 autres cénobites, part de
Clairvaux pour aller cultiver pour la Vierge Marie la terre sauvage qui vient de lui être
confiée.
A peine remis des fatigues de la route, Gonfroi hardiment secondé par ses frères se
met au travail, il sonde le sol, extirpe les joncs et les racines, il coupe et défriche le
bois et dompte les eaux : tout ceci au prix de pénibles efforts.
Mais fier de son excessive pauvreté dans cette horrible solitude, il jette, en 1140, les
fondements d'une première maison et d'un oratoire dédié à la Vierge Marie un peu
plus bas que l'endroit connu aujourd hui.
Tels furent les premiers jours du monastère de Clairmarais.
On lui donna le nom de Claromarisci, Clarus mariscus du fait des immenses marais
limpides et des nombreuses clairières qui l'environnaient.
Gonfroi est donc le premier abbé de ce monastère.
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Les moines travaillent dur mais la nature est hostile, les terres stériles et les eaux
envahissent souvent la maison. Gonfroi obtient alors de St Bernard et du pape Eugène
III l'autorisation de transférer sa maison à Newerleed ou Muncq Nieurlet sur des terres
données par le roi d'Angleterre et sa femme Mathilde, nous sommes en 1148.
Gonfroi meurt en 1149. Guillaume 2ème abbé le remplace et se prépare à transférer la
nouvelle maison à Muncq Nieurlet.
Le comte de Flandre Thierry d'Alsace, sa femme Sybille et leur fils Philippe ne veulent
pas voir partir «leur» abbaye (ils avaient participé à sa fondation). Ils donnent à
Guillaume, 2ème abbé, un terrain plus vaste, plus commode, moins exposé aux
inconvénients du premier pour y fonder un nouvel établissement sur le territoire de
Rihoult.
Guillaume se met aussitôt au travail et en 1166, les bâtiments sont terminés et une
partie de l'église est construite.
Il faudra cependant attendre 300 ans pour que l'église soit totalement achevée et
consacrée en 1466 par Engelram Crayben 34ème abbé.
De 1140 à 1791, 59 abbés se succèdent à la tête de l'abbaye, pour construire,
reconstruire et embellir cette magnifique maison. Tous travaillent à la gloire de Dieu et
aux biens de leur maison.
L’Abbaye de Clairmarais vers 1640 (Flandria Illustrata)
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La ferme de l'abbaye.
Nous sommes en 1670, l'abbaye
est sous l'abbatiat de Georges
Petquam 50 ème abbé.
Georges Petquam originaire du
Haut Pont entre au monastère à
l'âge de 23 ans. Après avoir rempli
les fonctions de directeur des
Dames de Blendecques et de
maître de pêcherie, il reçoit les
honneurs de la prélature en 1670.
C'est à lui que l'on doit la
construction de cette magnifique
ferme.
Ferme de l’Abbaye de Clairmarais, porte d’entrée à
double arcade en plein cintre supportée par une
colonne médiane. (Lithographie du XIXè siècle)
La basse cour se trouvait au
paravent prés des cellules des moines. Les cris des animaux, le bruit des chariots ou
la voix des frères convers donnaient lieu trop souvent à des distractions empêchant
ainsi les moines de prier ou de se recueillir dans le silence.
Georges Petquam décide de faire construire une nouvelle basse cour prés de la
chapelle des étrangers à l'entrée du monastère avec une nouvelle maison pour le
maître de basse cour, un beau jardin potager, un puits de bonne eau dans les
cuisines, un abreuvoir et un colombier. Ces travaux commencent en 1676.
En entrant par le porche en plein-cintre, au-dessus se trouvent 2 cartouches
représentants des têtes d'ange et des cornes d'abondance, l'une porte ANNO et l'autre
la date de 1676 (maintenant effacée) et deux fers d'ancrage G P : Georges Petquam.
Sous le portail sur la droite en entrant, une crosse abbatiale pour signifier qu'il s'agit
bien d'une ferme appartenant à une abbaye.
Nous voyons ensuite sur notre gauche, la forge de maréchalerie avec installation pour
ferrer les chevaux et une cheminée pour la forge, la charronnerie, la maison
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d'habitation parallèle à la chapelle des étrangers puis la cuisine installée dans ce qui
était autrefois l'hôtellerie avec ses 5 fenêtres médiévales dont nous apercevons encore
une de nos jours.
Une tourelle d'escalier semi-polygonale permet d'accéder aux combles. Cette tourelle
est faite essentiellement de briques rouges mais on a utilise la brique jaune pour la
décorer et aussi la dater : 1680.
En façade au niveau de la cuisine un puits est creusé en 1682, puits surmonté d'un
four à pain.
Planté au milieu de la cour, le colombier ; le plus
classique, le plus monumental mais aussi un des plus
beaux de la région. Il est visible dès que l'on ouvre la
porte.
Sur un plan carré de 5.12 m il s'élève sur 2 niveaux.
Il est construit en briques jaunes mais on a utilisé la
pierre pour le décorer. Il est daté de 1731 comme
l'indique l'inscription en dessous du toit DOMINI
ANNO 1731. Sur la façade ouest un cadran solaire
dont il ne reste que la tige et en dessous un blason.
Au fond de la cour les granges ; elles barrent toute la
face Nord de la cour et s'étendent sur près de 100 m
de long et 9,50 m de large Ce qui témoigne de
l'importance de l'abbaye. Elles sont construites de
1699 à 1720. Plusieurs portails portent un écu mais
l'usure du temps a effacé les armoiries et les dates.
En allant de gauche à droite on aperçoit un premier écu portant la date de 1841 et LB
; date de sa transformation et son auteur, L Bellenger, fermier à cette époque.
Le 2ème écu est de 1720 mais seul le 2 et le 0 sont encore visibles.
Le 3ème écu est muet mais en dessous on note la date de 1699 sur l'arcade de la
porte, grange construite sous l'abbatiat de Joseph Maillard 5ème abbé (1688-1717). Ce
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passage conduit au jardin de l’ économe. Le 4ème est muet il se trouve sur le mur du
fond (certainement déplacé).
La ferme comme le monastère était entourée d'un mur d'enceinte en briques dont on
aperçoit les vestiges par endroit.
Le monastère vers 1750.
Nous sommes en 1750, l'abbaye est magnifique. En entrant par la porte à double
arcade soutenue en son milieu par une colonne et surmontée de la statue de Saint
Bernard, nous trouvons sur notre droite la maison du portier puis à gauche la chapelle
des étrangers.
La chapelle des étrangers date du 13ème siècle en effet en 1247, Eustache seigneur de
Renescure et sa femme Mathilde, font des donations à l'abbaye à condition qu'une
chapelle soit élevée dans les 5 ans à l'entrée de l'abbaye.
Cette chapelle, dédiée à la Sainte Vierge et à la Sainte Croix, est réservée aux
personnes étrangères au monastère notamment aux femmes et passants qui assistent
aux offices sans entrer dans le couvent. Ces personnes étaient accueillies dans
l'hôtellerie qui se trouvait à côté de la chapelle.
En face, majestueuse, grande comme une cathédrale, l'église longue de plus de 120 m
est construite en pierres de Marquise. Elle a la forme d'une croix latine et dépasse de
20 m en longueur la cathédrale de Saint-Omer. Son campanile renferme 7 grosses
cloches. L'intérieur, pavé de marbre de différentes couleurs est éclairé par une triple
rangée de fenêtres ogivales dont certaines sont ornées de vitraux représentants la vie
des saints et des Pères de l'église.
Les voûtes sont élancées et les colonnes sont surmontées de statues des apôtres
grandeur nature.
Elle comporte plus de 12 chapelles toutes fermées par des grilles en bois finement
travaillé.
La nef est séparée en deux par un jubé, la partie prés du choeur est réservée aux
moines de choeur, l'autre partie aux frères convers.
Au fond de la nef, l'orgue tout en bois de chêne est aussi remarquable par sa
grandeur, le nombre et la beauté de ses sculptures que par la ravissante harmonie qui
s'échappe de ses tuyaux. Il a été construit sous Gilles Dumont 45ème abbé et inauguré
en août 1633.
Sur la droite de l'église se trouvent les bâtiments conventuels de l'abbaye groupés
autour du cloître avec la salle capitulaire, le scriptorium, la bibliothèque riche en
manuscrits et autres ouvrages, les réfectoires et le chauffoir seule pièce chauffée de la
maison. Les dortoirs des moines et des convers se trouvent à l'étage des bâtiments
prés du chceur de l'église pour les moines et prés de l'entrée pour les convers.
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L'abbaye comprend aussi la brasserie, la boulangerie, la lingerie, l'infirmerie, il y a
même une prison. Le quartier abbatial a été reconstruit vers 1730 par Adrien Canlers
moine et architecte né à Saint-Omer. On pénètre dans la vaste cour d'honneur par un
double portail dont il ne reste que les deux
piliers Et tout au fond se trouve le moulin.
A gauche de l'église la ferme avec son
pigeonnier, ses granges, le jardin de l'économe
et les jardins des abbés. Derrière le monastère,
la forêt s'étend à perte de vue et devant on
peut admirer Saint-Omer avec ses multiples
clochers, l'abbaye Saint-Bertin et la cathédrale.
Tout semble calme paisible et serein.
Mais voilà : nous sommes en 1789, la
Révolution gronde ; Dieu et les hommes
souffrent.
Vue générale de l’abbaye en 1790, au premier plan la ferme.
Destruction de l'abbaye.
Oui, Dieu souffre et les hommes souffrent.
Le 17 août 1791 l'assemblée Révolutionnaire sonne le glas de la vie monastique en
France
Les abbayes sont définitivement évacuées, les biens sont confisqués et vendus comme
biens nationaux. Dom Omer Deschodt 59ème et dernier abbé ainsi que 21 autres
religieux quittent avec peine leur maison. L'église et les bâtiments sont vendus comme
biens nationaux le 14 mars 1792, l'adjudication échoit à François Taton cultivateur
dans le haut Pont, Jean Jacques Berthelot charpentier de bateaux et Jean Dominique
François Martin arpenteur.
L'église sera revendue en 1794 à M. Flandrin salpetrier, on devine l'usage qu'il va faire
de ces pierres. De l'édifice il n'en est pas resté une seule pierre...
Et de nos jours que reste-il ?
La magnifique ferme avec sa tourelle d'escalier, son colombier et ses granges, est
toujours là.
Et au niveau de l’ abbaye que reste-il de nos jours ?
L'entrée à double arcade a disparu, les derniers vestiges ont été abattus en 1907 par
le fermier de l’ époque. La maison du portier est toujours là.
La chapelle des étrangers après avoir de nouveau servi de lieu paroissial lors du
concordat (l’église de Clairmarais date de 1874) est devenue une grange puis un
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poulailler et c'est en 1922 qu'elle est séparée en 2 dans le sens de la hauteur, le haut
devient grenier et le bas salle à manger.
On aperçoit sur le pignon de la maison l'empreinte d'une fenêtre et de la porte de la
chapelle.
La ruine !
La ruine qui doit sa sauvegarde du fait qu'elle a servi de lieu d'habitation comme le
montre la construction en briques.
Elle date du 13ème siècle mais on à peine à définir exactement sa fonction. Il semble
que ce soit un vestige jouxtant la salle des moines.
Sur une pierre une inscription, Judocus qui traduit veut dire Josse est encore visible
mais pour combien de temps ?
Derrière cette ruine se trouve une colonne en grés couchée sur le sol. Cette colonne
autrefois surmontée d’une croix se trouvait à l'entrée du cimetière des domestiques
derrière l'église. Elle avait été élevée par frère Sterne en 1517. Elle a été longtemps
debout avant d'être abattue par des récupérateurs de métaux en 1942.
Sur le côté des ruines, perdus au milieu de la pâture, deux piliers : les piliers de la
porte d'entrée du quartier abbatiale.
Derrière ce vestige se trouve un puits, le puits Saint-Bernard. Creusé sous David 3ème
abbé, ce puits est profond de 19 m mais par mesure de sécurité il a été recouvert
d'une plaque.
Et l'église ?
De l’église il ne reste plus rien. Tout a été vendu, dispersé.
Les cloches ont été fondues et les pierres réduites à l'état de salpêtre : triste fin pour
ce joyau d'architecture médiévale. !
Il est encore possible d'admirer le buffet d'orgue à la collégiale Saint-Pierre d’ Aire sur
la Lys. Ce dernier a été achète comme bien national par Joseph Courtois curé
constitutionnel d'Aire sur la Lys le 25 janvier 1792 pour la somme de 4700 livres.
Ce buffet d’orgues a été construit sous la direction de Gilles Dumont 45ème abbé
(1622-1633 ) et inauguré en août 1633. Il donne une idée de la proportion de l'église
abbatiale.
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Buffet d'orgues de la collégiale Saint Pierre d’Aire-sur-la-Lys
La Croix de Clairmarais, croix reliquaire de la vraie croix, se
trouve au musée Sandelin.
Cette croix fait partie du trésor de la cathédrale, elle a été
donnée à la Confrérie Notre Dame au 19ème siècle
Par mesure de sécurité elle a été confiée au musée
Sandelin en 1979.
Au musée Sandelin, on peut admirer le portrait du dernier
abbé Dom Omer Deschodt portrait peint à l'huile d'après
nature en 1792 par Vander Puyl peintre flamand. De
magnifiques manuscrits se trouvent à la bibliothèque de
Saint-Omer.
Clairmarais.
Clairmarais dont l'histoire remonte à plus de 800 ans, devient peu à peu un village à
vocation résidentielle et touristique.
Les watergangs desservent toujours des parcelles de terre cultivées ou lègres ou se
perpétue depuis des siècles la culture maraîchère dont la production de chou-fleur est
la plus renommée.
Longtemps utilisées comme principales voies de communication, ces watergangs, ces
rivières qui ont pour nom la grande Meer, le Scoubrouck, le Zieu... sont de plus en
plus une invitation à la navigation, à la promenade et à la rêverie.
Mais n'oublions pas son patrimoine et sachons le préserver pour les générations
futures.
D’après un texte de Rose Marie Pasquier Bierman
Photos : Carpentier Bruno
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Le blason du village
est le premier de l'abbaye...
De couleur or, deux crosses posées en croix.
Une bande horizontale bleue traversant le tout.
Une patte de loup noire en haut et en bas une couleuvre
(armoirial du Pas de Calais).
Les crosses rappellent que ce blason est celui d’une abbaye, le loup et la couleuvre,
les animaux vivants dans la forêt et les marécages.
Ce blason est entouré d’une devise :
VIVAT CLARUS MARISCUS SECUS DECURSUS AQUARUM
Que Vive Clairmarais au bord du flux des eaux.
Bibliographie.
L'abbaye cistercienne de Clairmarais après 1789 par C Lesage Commission d'histoire et
d'archéologie 1998
Archives départementales du Pas-de-Calais.
Les abbés de Clairmarais et L'abbaye de Clairmarais par Henri de Laplane 1868 Sté des
Antiquaires de la Morinie.
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