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Conseil central
du Montréal
métropolitain–CSN
mars 2014
volume 28
numéro 2
Des Philippines au Canada:
La citoyenneté, un leurre !
Coup d’œil sur l’assemblée générale
L’organe officiel
du Conseil central du Montréal
métropolitain–CSN
est publié à 2 800 exemplaires
P.P. 40064900
ISSN 1718-1178
Responsable :
Véronique De Sève
Coordination et rédaction :
Emmanuelle Proulx
Conception graphique :
Jean Gladu et Sophie Marcoux
Montage : Diane Dupuis
Correction des textes :
Michèle Delsemme
Photographies : Michèle
Delsemme, Diane Dupuis, Michel
Giroux, Emmanuelle Proulx et Aude
Sainte-Marie
Illustrations : Boris,
Geneviève Guénette
Impression : Accent Impression
Distribution : CSN
1601, avenue De Lorimier
Montréal (Québec) H2K 4M5
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Mars
5
Assemblée générale
6 et 7
Trésorerie
10 et 11
Délégué-e syndical
10
Comité de surveillance
17
Union Auditing
Committee
17 et 18
Initiation à la santé
sécurité du travail
19, 20 et 21
Exécutif syndical l
24 et 25
Condition féminine
24 et 25
Réseaux d’entraide
Prostitution
Contrer les visées patronales
L
ors de l’assemblée générale du conseil central du 29
janvier, la présidente, Dominique Daigneault, a dédié
la minute de silence à Francine Lalonde, décédée le 16
janvier, et à toutes les victimes du terrible incendie survenu à L’Isle-Verte.
Février, c’est le Mois de l’histoire des Noirs et madame
Daigneault a rappelé la courageuse lutte menée par Rosa
Parks, figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis. Le 1er décembre 1955,
à Montgomery, en Alabama, Rosa Parks avait refusé
de céder sa place à un passager blanc dans l’autobus
dans lequel elle était montée. En restant assise, Madame
Parks s’était tenue debout pour le droit au respect et à
la dignité. Du 10 au 14 février, c’était les Journées de la
persévérance scolaire, et, a insisté madame Daigneault,
« nous toutes et tous pouvons contribuer à la lutte au
décrochage scolaire, en soutenant nos enfants, en
exigeant des mesures antipauvreté ou en négociant des
dispositions de conciliation famille-travail-études dans
nos conventions collectives, entre autres ».
Nos invité-es
Caroline Senneville, présidente de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec, était
invitée à faire connaître une lutte menée par les profs
des cégeps cet automne. Intitulée Opération Dérangement
21, cette bataille est liée
aux travaux d’évaluation
d’emploi des secteurs
public et parapublic québécois entrepris par le
Conseil du trésor auprès
de dizaines de catégories
d’emplois mixtes. Dans le
cadre de ces travaux, seule la catégorie des enseignants
de cégep avait été déclassée, pour passer de l’échelon 22
à 21. « Ce déclassement était une véritable insulte, a lancé
madame Senneville, puisqu’on ne tenait pas compte
des tâches associées au travail d’enseignants de cégep
– comme le travail effectué hors des salles de classe – ou
bien les diplômes universitaires ». S’est alors enclenchée
une intense mobilisation qui a porté ses fruits puisque
Québec est revenu sur sa position et a finalement reconnu
le rangement 22 de l’échelle salariale.
Puis, Roch Lafrance, porteparole de l’Union des travailleuses et travailleurs accidentés
de Montréal, a présenté le Livre
vert de l’UTTAM qui vise à consulter la population sur un enjeu
important, la réforme du régime
de réparation.
L’UTTAM souhaite identifier et proposer des solutions
aux injustices les plus criantes du régime de réparation.
Selon monsieur Lafrance, il n’y a pas eu d’améliorations
significatives à la loi depuis 1985, alors que depuis, le
patronat et la CSST ont réussi à en contourner les dispositions afin de se soustraire à leurs obligations. Par cette
consultation, on veut conscientiser les travailleuses et les
travailleurs sur les enjeux du régime et contribuer à la
recherche de solutions pour obtenir une réforme qui leur
est plus favorable. Le conseil central a invité les délégué-es
à participer à la consultation en ligne de l’UTTAM.
Par la suite, on a présenté une vidéo afin de souligner
la Semaine de prévention du suicide, du 2 au 8 février. Des
entraidantes et des entraidants de syndicats locaux ont
livré des témoignages émouvants sur diverses situations
vécues dans leur milieu de travail et sur les ressources
à y mettre en place pour réagir à ce
problème social.
Soulignons enfin la nomination
de Marie Lebel, présidente du STT
de Fondaction–CSN, au poste de responsable du comité environnement
et développement durable.
Organisme régional affilié à la Confédération des syndicats nationaux (CSN), le Conseil central du Montréal
­métropolitain–CSN regroupe plus de 100 000 membres du secteur public et du secteur privé, répartis au sein de
400 syndicats sur le territoire des régions administratives de Montréal, de Laval et du Grand Nord du Québec.
Conseil central du Montréal métropolitain - CSN
www.ccmm-csn.qc.ca
Le patriarcat à son summum
Par Véronique De Sève
secrétaire générale du CCMM–CSN
L
e 20 décembre 2013, la Cour suprême du Canada
déclarait inconstitutionnelles trois dispositions du Code
criminel qui limitent la prostitution, soit la tenue d’une
maison de débauche, la sollicitation des clients dans un lieu
public et le proxénétisme. Ce jugement unanime renvoie le
gouvernement à ses devoirs : il a un an pour amender ces lois
s’il le juge nécessaire. Les groupes défendant le travail du sexe
ont crié victoire. Mais en est-ce vraiment une ?
Les groupes en faveur du travail du sexe allèguent que de
nombreuses prostituées le font par choix et sans contrainte.
Peut-être. Mais peut-on parler de choix quand on sait que des
filles entrent dans la prostitution dès l’âge de 14 ans, qu’elles
ont majoritairement été victimes d’abus ou de violence,
qu’elles ont des problèmes de toxicomanie, qu’elles vivent
dans la pauvreté ? S’il existait des organismes leur permettant
de quitter la prostitution, y resteraient-elles ?
Rappel des événements
Prise de position juste et audacieuse
En 2009, Terry-Jean Bedford, Valerie Scott et Amy Lebovitch
s’adressaient aux tribunaux ontariens pour contester des
articles du Code criminel canadien traitant de la prostitution.
Au nom de la Charte canadienne des droits et des libertés,
elles prétendaient que ces dispositions représentaient une
menace à la sécurité des « travailleuses du sexe ». Le 28
septembre 2010, la juge Susan Himel, de la Cour supérieure
de l’Ontario, leur donnait en partie raison et déclarait ces
articles inconstitutionnels. Le gouvernement canadien avait
alors interjeté appel, demandant que l’application de la
décision soit reportée. Le jugement de la Cour suprême met
fin à cette saga judiciaire, mais le dossier n’est pas clos pour
autant.
Lors du conseil confédéral de décembre, les délégué-es de la
CSN ont pris position dans ce débat. Ils et elles condamnent
la prostitution comme système d’exploitation du corps des
femmes, croient à un changement de mentalité en regard de
l’exploitation du corps des êtres humains et revendiquent plus
d’égalité, de justice et de démocratie pour toutes et tous. En
faveur de la décriminalisation des prostituées, ils souhaitent
que les proxénètes soient criminalisés. Les délégué-es ont
réaffirmé leur volonté de lutter contre les violences. Cette
position reflète les valeurs et les principes qui guident le
mouvement CSN.
Ne jouons pas à l’autruche. Ce sont bien les proxénètes
et les prostitueurs qui sortent grands gagnants dans
cette affaire. Ce sont eux qui profiteront réellement de ces
modifications. La prostitution est peut-être le plus vieux
métier du monde pour certains, mais pour toutes les femmes,
c’est certainement la plus vieille oppression du monde !
Pour terminer, je laisserais la parole à Jean Enriquez,
directrice générale de la Coalition contre la traite des femmes
en Asie-Pacifique (CATW-AP) et membre de la Marche
mondiale des femmes : « Il est extrêmement important pour les
syndicats de prendre position sur la prostitution qui n’est pas
un travail auquel les femmes aspirent. Ne pas le dire serait
de réduire les femmes à des fournisseurs de services sexuels,
des marchandises, des objets. Je crois qu’il est du devoir de
chaque militant de contester les structures d’oppression qui
attaquent la dignité de la personne, donc de contester non
seulement le capitalisme, mais aussi le patriarcat. »
Au nom de la sécurité et du libre choix
La Cour suprême a penché en faveur des arguments évoquant
le caractère dangereux de la loi pour la sécurité des femmes.
La juge en chef, Beverley McLachlin, indique dans le jugement
que « le législateur a le pouvoir de réprimer la nuisance,
mais pas au prix de la santé, de la sécurité et de la vie des
prostituées ». Mais le danger est-il plus menaçant dans la rue,
lorsqu’on empêche la prostituée de négocier avec ses futurs
clients, ou dans une chambre d’hôtel avec un pimp qui l’oblige
à faire passes après passes pour rentabiliser la journée ? Bien
qu’il soit difficile d’avoir des chiffres exacts, les chercheurs
estiment que 90 % des prostituées sont contraintes à la
misère et aux violences.
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2 • Unité mars 2014
Unité mars 2014 • 3
Décès de grandes femmes
Journée internationale des femmes
e départ récent de Francine Lalonde, une militante de longue date pour
le progrès social au Québec, est profondément attristant. Historienne
et enseignante, madame Lalonde s’est engagée syndicalement dès les
années 1960. En contribuant à la fondation de la Fédération nationale
des enseignantes et des enseignants du
Québec, qu’elle a présidée pendant plus
de huit ans, elle a mené une lutte pour la
syndicalisation du personnel enseignant
des cégeps. En 1976, Francine Lalonde
a été élue à la vice-présidence de la CSN
et, surtout, elle a été la première femme à
accéder à une fonction élective au comité
exécutif. En 2005, alors députée du Bloc Francine Lalonde, lors d’une
québécois, elle propose un projet de loi instance de la FNEEQ, en 1981
visant à légaliser le suicide assisté au Canada, projet de loi qui a fait son
chemin et qui connaît aujourd’hui son aboutissement.
Merci madame Lalonde pour toutes ces clés que vous nous avez
offertes en ouvrant tant de portes !
V
ous l’avez sans doute vue dans le groupe Mères en colère et solidaires,
qu’elle avait fondé lors du printemps érable ou peut-être avez-vous
regardé l’entrevue qu’elle avait accordée à Radio-Canada pour exiger la
tenue d’une enquête publique sur les agissements de la police durant
cette période si effervescente ? Militante
d’exception, Carol Gélinas était une indignée et une éternelle révoltée devant les
injustices. Elle est décédée le 2 février dernier, au terme d’une âpre lutte contre le
cancer, sa dernière bataille.
Travailleuse au Regroupement des
organismes communautaires famille de
Montréal, madame Gélinas avait acquis
Carol Gélinas, à l’occasion
d’une soirée sur les PPP
une grande connaissance des enjeux
sociaux à la CSN, en 2011
entourant les PPP sociaux. Le conseil central, qui a pu compter sur sa grande expertise lors du colloque sur les fondations tenu à l’hiver 2013, tient à rendre hommage à cette femme inspirante.
Mireille Bénard
Conseillère syndicale
Comité de condition féminine
La représentation des femmes au conseil central
Mission accomplie !
C
onvaincue de la contribution particulière et du rôle essentiel joué par les femmes, la CSN se soucie depuis plusieurs décennies de
leur représentation sur les postes électifs dans les structures syndicales. Depuis 35 ans, de nombreux travaux ont été effectués pour
promouvoir leur participation dans les postes de responsabilité syndicale. Entre autres, on a mis à la disposition des syndicats des outils
leur permettant de favoriser la présence des femmes dans leur organisation. Estimant qu’elle devait réaffirmer son engagement dans ce
sens, la CSN a actualisé, en 2010, son Programme d’accès pour la représentation équitable des femmes
(PAREF). Aujourd’hui, on peut dire qu’au conseil central, c’est réussi ! Quatre des cinq membres du
comité exécutif sont des femmes, notamment à la présidence, tandis qu’au conseil syndical, elles
occupent sept postes sur dix. Aussi, on retrouve une représentation équitable des femmes et des
hommes délégués à l’assemblée générale mensuelle. Il y a donc de bonnes raisons de se réjouir puisque
les efforts consentis ces dernières années ont été gratifiés. Dans l’ordre habituel : Suzanne Audette,
2e vice-présidente, Patrice Benoît, trésorier, Manon Perron, 1re vice-présidente, Véronique De Sève,
secrétaire générale et Dominique Daigneault, présidente du CCMM–CSN.
4 • Unité mars 2014
D
e nouveaux espaces ont été conquis par les femmes et la thématique retenue cette année pour
la Journée internationale de femmes, Des clés à la portée de toutes, exprime la possibilité
pour elles de recourir à différents outils pour avancer vers une société plus juste et plus égalitaire.
Le conseil central vous invite à participer d’une
façon ou d’une autre à cette journée. Comme à
l’habitude, nous mettons à la disposition des syndicats le matériel du 8 mars : affiches et autocollants gratuits ainsi que les épinglettes au coût
unitaire de 3 $, dont 0,50 $ par épinglette seront
versés à la Fédération des femmes du Québec.
Pour se procurer le matériel, veuillez remplir le
bon de commande joint à l’envoi de la présente édition de l’Unité ou contacter l’accueil du conseil
central au 514 598-2021.
Des vidéos du Centre de solidarité lesbienne
Sortir de l’invisibilité
V
ivre son homosexualité ouvertement, c’est
difficile pour nombre de personnes encore
aujourd’hui, et ce, malgré les grandes avancées
réalisées ces dernières décennies pour la reconnaissance des droits des LGBT (lesbiennes, gais,
bisexuel-les et transgenres).
En milieu de travail, plusieurs craignent
de « sortir du placard ». Une recherche réalisée
en 2013 par un étudiant de l’UQAM démontre
qu’il reste encore beaucoup à faire dans les
milieux de travail pour que les membres de la
communauté LGBT se sentent à l’aise de révéler
leur orientation sexuelle.
Depuis la dernière étude sur le sujet,
effectuée en 2007 par la professeure Line
Chamberland, titulaire de la Chaire de recherche
sur l’homophobie à l’UQAM, on a observé peu
de progrès concernant la proportion de travailleuses et de travailleurs qui décident de parler
ouvertement de leur orientation. L’étude de
madame Chamberland avait démontré que près
de 90 % des LGBT s’affichaient auprès de leur
famille et ami-es, mais qu’au travail, ils étaient
seulement 70 % à briser le silence. Malgré que
la majorité des LGBT dévoilent leur orientation
sexuelle, plusieurs d’entre eux redoutent les
préjugés à leur égard. Certains milieux de travail sont encore hostiles et l’homophobie peut
être insidieuse : elle se traduit parfois par des
comportements méprisants, des sous-entendus
et des mauvaises blagues.
Le 8 mars chez nous
À l’assemblée générale du conseil central, le
mercredi 5 mars, à compter de 19 h, la Journée
internationale des femmes sera soulignée de
façon originale. Soyons-y ! De plus, le jeudi 6
mars, le comité de condition féminine vous
invite à un 5 à 7 au Bistro In Vivo, situé au
4264 rue Sainte-Catherine Est. Un cocktail vous
sera offert gracieusement.
Comité
LGBT
Transgen res
n es
L
Des clés à la portée de toutes !
Lesbien
Des pionnières
Gais
B isexue l-les
lesbiennes de tous horizons témoignent avec
force et simplicité de leur réalité.
On peut visionner ces vidéos en accédant à la
page du comité LGBT, à l’onglet Comités d’action
politique sur le site Web du conseil central.
Du côté des lesbiennes
Beaucoup de lesbiennes demeurent hésitantes à
révéler leur homosexualité. Elles sont pourtant
nombreuses, puisqu’elles représentent environ
9 % de la population féminine. Pour contrer le
phénomène de l’invisibilité des lesbiennes, le
Centre de solidarité lesbienne, en collaboration
avec la boîte de production Les Alters Citoyens,
a réalisé trois capsules vidéo afin de leur donner
la parole et de pallier à leur isolement. Une première vidéo, Embûche de Noël, met en scène
un couple de lesbiennes confronté aux difficultés qu’elles vivent à l’approche de la période
des fêtes et des rencontres familiales. Une
seconde vidéo, Lesbiennes, est-ce dangereux ?,
relate l’agression survenue en janvier 2005 sur
l’avenue Mont-Royal, à Montréal, lorsque deux
lesbiennes avaient été violentées après s’être
embrassées dans la rue. Enfin, dans la troisième
capsule, Lesbienne, on n’est pas invisible, des
Archives
Unité mars 2014 • 5
Aides familiales résidantes
DOSSIER
Négociations à Radio-Canada
L’exploitation érigée en système
Aucun déblocage en vue !
Elles viennent travailler au Québec pour fuir le chômage et la pauvreté, et pour
soutenir leur famille restée dans leur pays d’origine. Elles sont majoritairement
d’origine philippine. Elles pensent pouvoir améliorer leur sort, mais elles sont
confrontées à l’exploitation. L’Unité a rencontré l’Association des aides familiales du
Québec pour faire le point sur la situation des femmes qui font du travail domestique
en résidence privée. Le Programme des aides familiaux résidants a été créé en 1992
afin de combler des besoins de pénurie de main-d’œuvre. On sait pourtant que la
main-d’œuvre canadienne a depuis longtemps délaissé ce secteur d’activité en
raison des difficiles conditions de travail. Pénurie ou cheap labour ?
P
our lever le voile sur la réalité
de ces femmes, dont le travail
consiste à prendre soin d’enfants,
de personnes âgées ou handicapées et à effectuer des tâches
ménagères, nous avons rencontré
Margo Legault, coordonnatrice, et
Myriam Dumont Robillard, présidente de l’association. Toutes
deux pointent du doigt les strictes
dispositions du programme pour
expliquer les difficiles conditions
de travail des aides familiales :
l’obligation de résidence chez
l’employeur, la nature nominative
du permis de travail (rattaché à un
seul employeur) et l’obligation de
compléter 24 mois de travail sur
une période de 48 mois pour obtenir la résidence permanente. Ces
conditions rendent l’applicabilité
des lois du travail presque impossible et exposent ces travailleuses
aux abus.
de la loi sur les normes, comme
la semaine de travail, le temps
supplémentaire et le salaire minimum. L’une d’entre elles prévoit
également une couverture d’assurance équivalente à la RAMQ pendant le délai de carence de trois
mois imposé aux personnes immigrantes. Très peu de travailleuses
se prévalent de ces droits et peu
de plaintes sont formulées devant
la Commission des normes du travail. « L’inscription de l’employeur
à la CSST étant volontaire, l’aide
familiale est exclue de la couverture automatique et ne bénéficie
pas de la protection accordée aux
autres travailleuses et travailleurs
du Québec », ajoute madame
Legault. Elles cotisent à la caisse
d’assurance-emploi et au Régime
québécois d’assurance parentale,
mais hésitent à y avoir recours. Se
prévaloir du congé de maternité et
recourir au chômage ne font que
créer un délai pour obtenir la résidence permanente sur une période
limitée à 48 mois.
Vivre chez son employeur
Comme les aides familiales
résident dans la maison privée de
leur employeur, il est difficile de
confronter celui-ci à ses responsabilités. Si elle perd son emploi, la
travailleuse doit rapidement trouver un nouvel employeur pendant
que le délai de 48 mois s’écoule.
Elle court également le risque de
se retrouver sans statut, se plaçant
en situation de clandestinité, voire
de traite humaine si elle ne trouve
pas de travail. Dans le pire scénario, c’est l’expulsion du pays et un
Quels droits ?
« Les employeurs délinquants s’en
tirent en toute impunité lorsqu’ils
contreviennent au contrat de
travail les liant aux aides familiales », s’insurge madame Dumont
Robillard. Ce contrat prévu par
le ministère de l’Immigration et
des Communautés culturelles du
Québec contient des clauses portant sur les protections en vertu
6 • Unité mars 2014
L’Unité a rencontré Myriam Dumont Robillard et Margo Legault, de
l’Association des aides familiales du Québec.
B
retour à la maison difficile puisque
la famille dépend du succès de cette
expérience de travail. Elle ne pourra
changer d’employeur qu’une seule
fois pendant la durée de son permis.
Bien peu d’entre elles le font étant
donné les risques que cela signifie. Dans un contexte où la ligne
est mince entre le travail et la vie
privée, le rapport de force leur est
défavorable.
Agences de recrutement
Alors que les aides familiales font
les frais d’un système d’exploitation,
les agences de recrutement, qui se
déploient un peu partout dans le
monde, en tirent avantage. Comme
l’obtention d’un permis de travail au
Canada exige le jumelage entre un
individu employeur (permis nominatif) et une aide familiale, les agences
jouent un rôle central. Dans certains
cas, elles vont jusqu’à afficher des
offres d’emploi fictives afin de fournir un bassin de main-d’œuvre disponible. Placée dans cette situation
en arrivant au Canada, l’aide familiale se retrouve sans emploi, sans
protection sociale et en situation
d’illégalité.
On se doute également que les
agences vendent leurs services à
gros prix. Les frais représentent des
sommes pouvant varier entre 3000 $
et 5000 $ pour l’aspirante aide
familiale. Imaginons ce que cela
peut représenter pour une famille
philippine. Dans plusieurs cas, les
agences prêteront de l’argent aux
femmes qui n’ont pas les moyens
de payer l’inscription. Ce fardeau
économique ne fait que rajouter
de la pression sur les épaules des
travailleuses. Encore une fois, elles
n’auront d’autres choix que d’accepter leurs difficiles conditions de
travail et de vie.
Changer les règles
La Commission des droits de la
personne et des droits de la jeunesse, qui dénonçait en 2012 la
discrimination systémique dont
sont victimes les travailleurs
migrants, offre quelques pistes de
réflexion. Entre autres, la commission propose au gouvernement du
Québec de créer un programme
d’immigration permanent plutôt
que temporaire. De plus, elle souhaite l’établissement d’un recours
en cas de rapatriement, ce qui
est d’ailleurs revendiqué par plusieurs groupes, dont la CSN. Les
recommandations de la commission donnent toute la latitude
au gouvernement du Québec
d’agir en vertu de ses champs de
compétence.
Manon Perron
1re vice-présidente du CCMM–CSN
ien que des rencontres de
négociation continuent d’avoir
lieu, rien ne laisse présager un
règlement de la convention collective dans un avenir prochain.
Rappelons que le contrat de
travail du Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC),
qui regroupe 1600 membres, est
échu depuis septembre 2012. Les
négociations se poursuivent depuis
maintenant plus d’un an et demi.
Un peu avant Noël, l’employeur
a déposé au syndicat une offre
globale qui a été rejetée à 94,5 %
par les membres en assemblée
générale.
au Canada. Cette iniquité de
traitement entre les régions francophone et anglophone du pays,
Radio-Canada refuse de la corriger
et même de la reconnaître. À titre
d’exemple, lors des Jeux olympiques de Sotchi, les artisans sur le
terrain occupant des emplois pourtant équivalents étaient rémunérés
de façon distincte, selon la région
du pays pour laquelle ils travaillaient. Bien sûr, d’autres sujets
font l’objet de cette ronde de négociation, mais ce problème d’iniquité
est au cœur du conflit qui oppose
le SCRC à une entreprise financée
par les deniers publics.
Au cœur du problème :
l’iniquité salariale
Fusion d’accréditation
La pierre d’achoppement de cette
négociation est véritablement
l’équité salariale entre les membres
du SCRC et ceux de la Guilde canadienne des médias. En effet, si l’on
travaille au Québec et à Moncton,
on reçoit, en moyenne, une rémunération inférieure de 6,85 % du
salaire octroyé aux employé-es de
la société d’État œuvrant ailleurs
Il importe de préciser que la négociation se déroule sur une toile de
fond de fusion de quatre accréditations syndicales différentes
représentant les employé-es syndiqués au Québec et à Moncton. En
gros, cette fusion viserait les journalistes, les réalisateurs, les techniciens et les employées de bureau.
Tout se passe comme si la direction
de Radio-Canada avait décidé de
faire du surplace afin d’attendre la
décision sur sa demande de fusion
des quatre groupes. On comprend
que la stratégie consistera, dès
qu’une décision favorable à la
fusion sera rendue par jugement,
à demander dans un deuxième
temps au Conseil canadien des
relations industrielles un report
de la négociation, le temps que le
vote de fusion se tienne.
Que du mépris
L’attitude de la direction de RadioCanada à l’égard des membres
de la principale organisation
syndicale de son établissement
francophone est scandaleuse. Nous
devons la dénoncer ainsi que tous
les représentants du gouvernement
conservateur qui la tolèrent et qui
sont complices de cet état de fait.
Une campagne d’opinion publique
est en cours afin d’alerter la population et d’interpeller le gouvernement sur la place publique et à la
Chambre des communes.
Jean-Marie Vézina
Conseiller syndical
Action de visibilité devant Radio-Canada, le 7 février, à l’occasion d’une cérémonie organisée par la société d’État
pour l’ouverture des jeux de Sotchi.
Unité mars 2014 • 7
Introduction d’un nouveau cours d’histoire nationale
Question d’équilibre
20e anniversaire de l’ALÉNA
Un bilan désastreux
L
Du 28 au 31 janvier se tenait à Mexico un forum trinational réunissant des
organisations syndicales, paysannes, environnementales, de femmes et
des droits de la personne du Mexique, des États-Unis, du Canada et du
Québec. Objectifs visés par cette rencontre : construire un contre-discours
sur les impacts des accords de libre-échange et identifier des perspectives
d’actions communes en ciblant les traités de nouvelle génération comme
le Partenariat transpacifique.
A
près 20 ans d’existence, le bilan qui se
dégage de l’ALÉNA est des plus désastreux.
Lors de son entrée en vigueur, en 1994, les États
signataires promettaient mer et monde : création
d’emplois, croissance économique et prospérité.
Mais la réalité est toute autre. L’accord a plutôt
enrichi les entreprises aux dépens des droits
environnementaux, sociaux, culturels et du travail. Ainsi, nous assistons à la précarisation du
travail, à l’appauvrissement des populations et
à la contamination de l’eau et des terres. Autre
navrante observation, celle de la dévastation des
terres agricoles par l’exploitation des mines. À
cet égard, le rôle joué par les minières canadiennes, qui bénéficient de privilèges corporatifs
et fiscaux démesurés, est sans conteste : elles
pillent les ressources naturelles mexicaines.
Il faut aussi parler des femmes qui sont doublement atteintes puisque ce sont elles qui
occupent les emplois précaires dans des secteurs comme le textile, une industrie fortement
touchée par la dérèglementation du travail.
Le fameux chapitre 11 de l’ALÉNA a fait
l’objet de maintes discussions. Ce chapitre a
ouvert toute grande la porte à la suprématie
des entreprises et des investisseurs étrangers
en leur permettant de poursuivre un État qui
adopterait des mesures pouvant nuire à leurs
capacités de réaliser des profits. La poursuite de
l’entreprise Lone Pine contre le gouvernement
canadien à la suite de l’interdiction de forer
l’estuaire du golfe Saint-Laurent est un exemple
type découlant de l’application de ce chapitre.
Lone Pine réclame pas moins de 250 millions de
dollars au gouvernement canadien !
Lors du forum, on a lancé un appel à l’action
contre le Partenariat transpacifique, un vaste
projet de libre-échange à douze pays actuellement en négociation. Les groupes ont aussi
convenu d’une déclaration commune, dont
le présent extrait résume bien l’esprit qui y
régnait : « Nous, les organisations réunies dans
ce forum, condamnons le modèle de l’ALÉNA
et opposons la supériorité des droits des personnes sur les privilèges des entreprises, c’est
pourquoi nous devons développer de nouveaux
modèles de coopération et d’échanges internationaux basés sur la justice, la solidarité et les
plus hauts standards écologiques. »
Suzanne Audette
2e vice-présidente du CCMM–CSN
Détournement de fonds de l’aide internationale
Indignons-nous !
L
e gouvernement Harper confond activités
commerciales et aide internationale. En fait,
il se livre à un détournement des fonds canadiens destinés à combattre la pauvreté dans les
pays moins développés. Plusieurs organisations
de coopération internationale, du milieu syndical et de la société civile dénoncent ces pratiques
qu’elles jugent irresponsables. Selon l’Association québécoise des organismes en coopération
internationale (AQOCI), le budget consacré à
la coopération internationale a été amputé de
370 millions de dollars en 2012-2013.
De plus, l’argent de l’aide internationale sert
d’autres intérêts. Devant l’opposition locale
8 • Unité mars 2014
montante contre l’exploitation minière, comme
l’explique Catherine Coumans, chercheuse à
MiningWatch Canada, « l’Agence canadienne
de développement international (ACDI) subventionne des projets de responsabilité sociale,
pour la plupart à proximité de sites miniers, afin
d’aider les compagnies minières canadiennes à
avoir accès à des gisements riches en minerai
dans les pays en développement. »1
Selon madame Coumans, l’ACDI soutient des
projets dont le financement sert notamment à
former des employés de sociétés minières, telles
1 La réalité derrière le partenariat entre l’ACDI et les compagnies minières, www.pasc.ca
Manif le 10 février lors du passage à Montréal du
ministre canadien du Commerce international
IAMGOLD, Rio Tinto Alcan et Barrick Gold. Pour
le vice-président de la CSN, Jean Lacharité, il
s’agit d’une orientation clairement idéologique
du gouvernement conservateur, puisqu’on
transmute les deniers publics voués à l’aide
internationale en outil de développement de
l’entreprise canadienne.
e Parti québécois est arrivé au pouvoir minoritaire. Il a dû établir ses priorités et faire ses
preuves plus rapidement que ses prédécesseurs.
Une des actions privilégiées est l’instauration
d’un cours d’histoire nationale au secondaire
et au collégial.
Et on a jasé... Un cours pour les nationalistes ? Pour faire l’indépendance ? Ou bien un
cours électoraliste pour s’assurer d’obtenir
des votes lors de la prochaine élection (ceux
de la CAQ principalement) et revenir en force,
en gouvernement majoritaire ? On a aussi dit
que le gouvernement faisait mal
à l’éducation ou se servait d’elle
à des fins politiques. Mais à qui
profitera donc ce cours d’histoire ?
Par voie de communiqué, la
ministre Malavoy, dit : « Le renforcement de l’enseignement
de l’histoire nationale a comme
objectif d’offrir aux élèves du
Québec une formation plus
approfondie ainsi que de valoriser l’identité et la culture
québécoises »1 et le ministre
Duschesne ajoute : « Il est temps
de discuter de ce qui nous définit. Cela contribuera à former des
étudiants libres en pensée, des citoyens portés
vers l’action et des Québécois dotés d’une plus
solide confiance en eux ». On comprend que ce
cours doit servir aux jeunes dans leur connaissance de l’histoire contemporaine du Québec et
dans leur capacité à juger de notre place dans
le monde. Rengaine du « faut savoir d’où l’on
vient pour savoir où l’on va ». Et s’ajoutent à
cela les commentaires des étudiants qui sont
« tannés » des fourrures, de la Nouvelle-France,
des répétitions de contenu d’un prof à l’autre
et d’une année à l’autre.
On revient à notre question : à qui profitera
ce cours d’histoire ? On aurait envie de répondre
naïvement que le cours doit servir aux jeunes
et à leur éducation, n’est-ce pas ? Le problème,
c’est que lorsqu’on lutte pour une éducation de
qualité pour les jeunes, on se bute à tellement
d’enjeux politiques : la situation est complexe
et les intérêts, tentaculaires.
Des intérêts divergents
Au cégep comme ailleurs, il y a plusieurs personnes qui « tirent la couverte de leur bord ».
ont été faits en quelques mois et la consultation
se fait présentement dans le réseau. L’objectif
est de l’offrir à l’automne prochain.
Si l’introduction d’un cours d’histoire nationale semble déjà admise par les directions de
collège, il n’en est pas de même des syndicats.
Ceux-ci se questionnent sur la pertinence et
les impacts d’un tel changement dans l’équilibre actuel de la formation générale, dans
la structure des programmes
techniques et préuniversitaires.
Les conséquences envisagées
seraient multiples : une baisse
de choix dans les cours complémentaires et une iniquité dans la
formation offerte aux étudiantes
et aux étudiants, des pertes
d’emploi pour les professeurs
qui enseignent les cours complémentaires, et finalement, un
précédent en formation générale.
Une consultation a présentement lieu dans les syndicats
affiliés à la FNEEQ sur un moratoire concernant la modification
de l’offre de formation générale, notamment par
l’introduction d’un cours d’histoire du Québec.
s
r
u
o
c
u
a
e
U n n o u vt o i r e s u r
obliga ationale
l ’ h i s t o i rceo nnt e m p o r a i n ,
duQuébec penser ?
qu’en
1 Parti québécois, communiqué du 2 septembre
2013. http://pq.org/nouvelle/renforcement-delidentite-cours-dhistoire-national/
La Fédération des cégeps et les directeurs de
collège sont des gestionnaires qui veulent gérer
leur budget le plus économiquement possible et
avoir un mouvement de personnel peu compliqué. Les professeur-es d’histoire et de sciences
humaines n’auront pas nécessairement plus
de cours à donner si on coupe ensuite dans les
cours complémentaires. Certains d’entre eux
souhaiteraient que ce cours soit pluridisciplinaire plutôt que multidisciplinaire. Ajoutons
au problème la grande rapidité avec laquelle
on a concocté ce cours. Dans les faits, au lieu
des deux ou trois ans habituels pour construire
et organiser un cours, les devis de ce cours
d’études sur le Québec (objectifs et standards)
Par Katerine Deslauriers
Syndicat des professeurs de l’enseignement
universitaire du Collège Jean-de-Brébeuf
et le comité éducation
Unité mars 2014 • 9
Capsule environnement
Réforme de l’assurance-emploi
Des figures de proue
Les multiples visages du régime
U
n an après l’adoption de la réforme de
l’assurance-emploi, les travailleuses et
les travailleurs visés par les modifications
sont nombreux. C’est que plusieurs pans de
l’industrie québécoise sont construits selon
un modèle de travail contractuel, qui ne correspond pas aux nouvelles règles imposées
par Ottawa. À l’occasion d’une soirée organisée par la Coalition montréalaise contre la
réforme de l’assurance-emploi, le 30 janvier,
on a brossé le portrait des secteurs d’activité touchés par la réforme dans les centres
urbains. Non seulement l’industrie touristique
et saisonnière est-elle directement ciblée par
le nouveau régime, mais d’autres sont aussi
dans la mire : construction, industrie culturelle
(cinéma, théâtre, etc.), secteurs de l’éducation
Le 30 janvier, à Montréal, se tenait une assemblée
publique sur les impacts de la réforme de
l’assurance-emploi dans les centres urbains.
(employé-es de soutien, chargé-es de cours et
profs suppléants) de même que les emplois provenant d’agences de placement, notamment.
Puisque la plupart des emplois issus de ces
secteurs ne sont pas continus dans le temps,
plusieurs travailleurs recourent à l’assuranceemploi à la fin de leur contrat. Faisant face à
des périodes d’arrêt de travail régulier, ce sont
précisément ces travailleurs – désignés dorénavant par Service Canada comme étant des prestataires fréquents – qui constituent de « mauvais
chômeurs » aux yeux du gouvernement Harper.
Ces prestataires doivent maintenant accepter
tout type d’emploi pour lequel ils sont qualifiés,
à 70 % du salaire du précédent travail.
La construction et la culture
Selon Karyne Prégent, de la CSN-Construction
et Jean-Claude Rocheleau, de l’Alliance québécoise des techniciens de l’image et du son,
les travailleuses et les travailleurs des industries de la construction et de la culture sont,
pour la plupart, contractuels ou pigistes. Dans
la construction, peu de corps de métiers sont
au travail l’hiver. « C’est encore pire pour les
femmes, s’insurge madame Prégent, alors que
93 % des employeurs ne veulent pas les embaucher. Victimes de discrimination systémique,
elles peinent déjà à décrocher des contrats,
malgré leurs qualifications. » Dans le domaine
culturel, explique M. Rocheleau, on fonctionne
par contrat. « Toute l’industrie est bâtie sur
la disponibilité des travailleurs. Ces pigistes
doivent être disponibles quand on leur offre un
contrat », insiste-t-il.
Travail précaire et atypique
Ces dernières années, on observe une multiplication des formes d’emplois, comme à temps
partiel, sur appel, à contrat de durée déterminée et les emplois offerts par les agences de
placement. Selon Carole Henry, de l’organisme
Au bas de l’échelle, plus de 40 % des travailleurs occupent de tels emplois, qui impliquent
des épisodes de chômage. Ces personnes déjà
parmi les plus vulnérables sont à risque de se
voir pénaliser davantage avec l’actuel régime.
Poursuivre la bataille
La lutte contre la réforme du gouvernement
Harper se poursuit. En mars, des organisations syndicales et des groupes de défense de
toutes les provinces tiendront une rencontre
pancanadienne afin d’échanger sur les perspectives de mobilisation commune. Rappelons
que plus d’une centaine d’organisations au pays
ont signé une déclaration afin d’exiger d’Ottawa
le retrait des changements apportés au régime.
Pour Robert et tous les autres
fin de fournir sa part d’efforts pour le financement du groupe L’Itinéraire, le président
de la CSN, Jacques Létourneau, a participé à la
campagne Camelot d’un jour, qui a culminé le
4 février. Empruntant, pour un jour, les habits
de camelot, monsieur Létourneau a vendu le
fameux journal au métro Mont-Royal. Les fruits
de la vente, cette journée-là, ont été remis au
camelot qui l’accompagnait, Tarek Ayari. Au
même moment, des sommes d’argent étaient
recueillies dans le hall d’entrée de la CSN pour
soutenir la mission du groupe.
10 • Unité mars 2014
ans les années 1960, de nouveaux mouvements sociaux émergent, dont le mouvement écologiste et celui des femmes. Dans
l’imaginaire collectif, la place des femmes dans
le mouvement écologiste peut sembler assez
mince, mais tant au point de vue scientifique,
institutionnel, politique et militant, les femmes
ont grandement participé au débat. Dans les
prochaines lignes, le portait de trois grandes
femmes de l’environnement sera dépeint, toutes
ayant des parcours très différents, et ce, à travers les années.
Rachel Carson, biologiste et zoologiste
états-unienne avec son livre Silent Spring, en
1962, a dénoncé l’utilisation de DDT, un
pesticide extrêmement
puissant. Ce livre et
l’ensemble de son
œuvre sont souvent
considérés comme
étant à la base du
mouvement écologiste états-unien. Carson a dû se battre non
seulement contre l’épandage des pesticides,
mais contre la non-reconnaissance de son travail scientifique et surtout contre les menaces,
accusations et remarques sexistes.
www.nonausaccage.com
Campagne de financement de L’Itinéraire
A
D
C’est pour souligner les 20 ans de L’Itinéraire
qu’une campagne de cette envergure a été
lancée un peu avant les fêtes. Une quarantaine
de personnalités ont pris part à l’opération qui
visait à récolter 2000 $ par personne pour soutenir les services de réinsertion. Le président de
la CSN a amassé plus de 7000 $, une somme
entièrement remise au groupe.
Robert Dion
Camelot de L’Itinéraire, Robert Dion était bien
connu du personnel de la CSN à Montréal. Ces
dernières années,
Robert y vendait son journal
régulièrement. Il
était devenu, en
quelque sorte,
un ambassadeur
de L’Itinéraire.
Après plusieurs
années à vivre dans la misère, il est décédé au
printemps dernier, à l’âge de 50 ans. Nous souhaitons ici honorer sa mémoire.
À la fin des années 1980, le débat écologiste et les dangers révélés partout dans
le monde provoquent des changements de
mentalités dans la population en général,
ainsi qu’auprès des élites politiques et des
entreprises. Un effort significatif des entreprises
est demandé, ainsi émerge la notion de développement durable. Mais connaissez-vous la
véritable définition du développement durable ?
Le développement durable, c’est : « un développement qui répond aux besoins du présent
sans compromettre la capacité des générations
futures de répondre aux leurs. »1 Saviez-vous
que la figure de proue du concept de développement durable est une femme ? Gro Harlem
Brundtland, première
ministre norvégienne
durant les décennies
1980-1990, a donné
son nom au rapport
qui définit pour la
première fois l’expression de développement
durable en 1988. C’est toutefois au Sommet
de Rio, en 1992, que l’expression a connu sa
consécration.
1 : Commission Brundtland, 1988, p.51.
Note : Les photos de Rachel Carson et de Gro Harlem
Brundtland sont tirées de Wikipédia. La photo de Laure
Waridel est de Isabelle Clément.
Cofondatrice et ex-présidente de l’organisme
Équiterre, Laure Waridel est une pionnière pour
le mouvement écologiste
québécois. Créé en 1993,
Équiterre prend une
place significative dans
le domaine de l’environnement au Québec. Cet
organisme se donne pour
mission « de contribuer
à bâtir un mouvement de société en incitant
citoyens, organisations et gouvernements à
faire des choix écologiques, équitables et solidaires ». Laure Waridel, militante écologiste et
universitaire accomplie, s’intéresse aux
questions de consommation, notamment la
consommation responsable, l’eau et le développement international.
Finalement, les femmes sont très actives
en environnement tant dans le milieu universitaire que communautaire. D’ailleurs, la relève
féminine est bien présente dans les cours des
sciences de l’environnement.
Annik Patriarcat
STT de la COOP UQAM (CSN)
Comité environnement et développement durable
Entente entre les sages-femmes et Québec
Ce n’est que partie remise
M
algré qu’elles n’aient obtenu les avancées qu’elles souhaitaient en ce qui a
trait à la rémunération des heures de garde,
l’entente intervenue entre les sages-femmes et
le gouvernement québécois au début de l’année
constitue un pas dans la bonne direction. Les
quelque 150 sages-femmes représentées par le
Regroupement Les Sages-femmes du Québec
(RSFQ) bénéficient tout de même d’une meilleure rétribution de leurs heures de garde.
Ainsi, Québec double la compensation, la faisant passer d’un dollar à environ deux dollars
l’heure de garde.
Plusieurs autres améliorations s’ajoutent au
contrat de travail, notamment la reconnaissance
de la formation universitaire additionnelle, une
bonification du mécanisme de progression dans
l’échelle salariale et des journées pour maintien et amélioration des compétences. Elles ont
également droit à un congé afin de travailler en
région nordique ou de participer à des projets
humanitaires liés à leur pratique. Précisons que
le précédent contrat entre les sages-femmes et
le gouvernement avait été conclu en 2004 et
renouvelé par décret jusqu’en 2010. La nouvelle entente permet donc d’actualiser plusieurs
dispositions.
Le RSFQ compte reprendre le flambeau
rapidement pour une reconnaissance pleine et
entière de leur travail, puisque la convention
collective viendra à échéance en 2015.
www.rsfq.qc.ca
Unité mars 2014 • 11
Poursuivre, voire accélérer, la construction d’une société plus égalitaire entre
les femmes et les hommes est une noble démarche qu’il nous faut accomplir
le plus rapidement possible. Profitons de ce moment pour parler de nos
préoccupations, de nos besoins et de nos exigences, et pour sortir de l’ombre les
femmes et les travailleuses qui vivent certaines oppressions au quotidien.
–Denise Boucher
Vice-présidente de la CSN