Le séisme de Lisbonne (Portugal) en 1756 Polémique entre Voltaire

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Le séisme de Lisbonne (Portugal) en 1756 Polémique entre Voltaire
Le séisme de Lisbonne (Portugal) en 1756
Polémique entre Voltaire et Rousseau
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En 1756, un terrible tremblement de terre détruit fortement Lisbonne, faisant des milliers
de morts.
Cette énorme catastrophe naturelle touche profondément la société de l’époque. Voltaire
rédige rapidement un long texte, le « Poème sur le désastre de Lisbonne ». Il se lamente
sur l’acharnement du sort, sur les desseins de la providence.
Rousseau réagissait par une lettre publique virulente fustigeant cette vision et cette
aveuglement : c’est aux hommes de prévenir les conséquences des catastrophes
naturelles.
De là naîtront peu à peu les distinctions claires entre l’aléa (« les caprices de la nature »),
que les scientifiques doivent étudié et tenté de prévoir et la vulnérabilité (les victimes
potentielles, et les dégâts afférents) dépendant des décisions politiques.
Voici donc des extraits, d’abord du poème de Voltaire, puis de la réponse de Rousseau
(avec surlignement de mots ou phrases caractéristiques).
Voltaire :
« Si jamais la question du mal physique a mérité l'attention de tous les hommes,
c'est dans ces événements funestes qui nous rappellent à la contemplation de notre faible
nature, comme les pestes générales qui ont enlevé le quart des hommes dans le monde
connu, le tremblement de terre qui engloutit quatre cent mille personnes à la Chine en
1699, celui de Lima et de Collao, et en dernier lieu celui du Portugal et du royaume de
Fez. L'axiome Tout est bien paraît un peu étrange à ceux qui sont les témoins de ces
désastres. Tout est arrangé, tout est ordonné, sans doute, par la Providence; mais il
n'est que trop sensible que tout, depuis longtemps, n'est pas arrangé pour notre bien-être
présent.
…
Dieu s'est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes"?
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur le sein maternel écrasés et sanglants?
Lisbonne, qui n'est plus, eut-elle plus de vices
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices?
Lisbonne est abîmée, et l'on danse à Paris.
Tranquilles spectateurs, intrépides esprits,
De vos frères mourants contemplant les naufrages,
Vous recherchez en paix les causes des orages:
Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups,
Devenus plus humains, vous pleurez comme nous.
Croyez-moi, quand la terre entrouvre ses abîmes
Ma plainte est innocente et mes cris légitimes
Partout environnés des cruautés du sort,
Des fureurs des méchants, des pièges de la mort
De tous les éléments éprouvant les atteintes,
Compagnons de nos maux, permettez-nous les plaintes.
…
Je désire humblement, sans offenser mon maître,
Que ce gouffre enflammé de soufre et de salpêtre
Eût allumé ses feux dans le fond des déserts.
…
Il le faut avouer, le mal est sur la terre:
Son principe secret ne nous est point connu
…
La nature est muette, on l'interroge en vain
…
Je ne m'élève point contre la Providence.
…»
Rousseau
« Tous mes griefs sont donc contre votre poême sur le désastre de Lisbonne…. »
Il évoque un de ses livres précédents dans lequel « …je montrais aux hommes comment
ils faisaient leurs malheurs eux-mêmes, et par conséquent comment ils pouvaient
l’éviter
…
Sans quitter votre sujet de Lisbonne, convenez par exemple, que la nature n’avait point
rassemblé là vingt mille maisons de six à sept étages, et que si les habitants de cette
grande ville eussent été dispersés plus également, et plus légèrement logés, le dégât eut
été beaucoup moindre et peut-être nul ; Tout eut fui au premier ébranlement, et on les
eût vus le lendemain à vingt lieues de là, tout aussi gais que s’il n’était rien arrivé ; mais
faut rester, s’opiniâtrer autour des masures, s’exposer à de nouvelles secousses, parce que
ce qu’on laisse vaut mieux que ce qu’on peut emporter. Combien de malheureux ont péri
dans ce désastre, pour vouloir prendre l’un ses habits, l’autre ses papiers, l’autre son
argent ?
…
Vous auriez voulu (et qui n’eût pas voulu de même ?) que le tremblement se fût fait au
fond d’un désert plutôt qu’à Lisbonne. Peut-on douter qu’il ne s’en forme aussi dans les
déserts ? Mais nous n’en parlons point, parce qu’ils ne font aucun mal aux Messieurs des
villes, les seuls hommes dont nous tenions compte… »

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