L`image des Principautés Roumaines au début du XIX - DOCT-US

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L`image des Principautés Roumaines au début du XIX - DOCT-US
Ştiinţe socio-umane
107
L’image des Principautés Roumaines au début du XIX-ème
siècle dans la correspondance privée de Christine Reinhard
Violeta-Anca EPURE
Université « Ştefan cel Mare »
Suceava, Roumanie
[email protected]
Abstract: This study presents the Romanian Principalities at the beginning of the XIX century from
the point of view of Christine Reinhard, the wife of French consul, Charles Frédéric Reinhard. The period of
four months (July – November 1806) allowed the wife of French diplomat to discover different aspects of
Romanian society: economy, society, politics, etc. The private correspondence she sends to her mother,
Sofia Reimarus from Hamburg, is very important for the reconstruction of the South-Eastern European, in
general, and Romanian realities, in particular.
Keywords: Christine Reinhard, private correspondence, vision, the Romanian Principalities.
Les relations des étrangers qui sont entrés en
contact avec les réalités roumaines au début du
XIX-ème siècle, soient elles des rapports
consulaires, de la correspondance diplomatique
des représentants des grandes puissances ou
des histoires de voyage, représentent des
sources historiques d’importance majeure et
offrent une image extrêmement intéressante et
nuancée des événements et des faits au milieu
desquels ou sur lesquels les expéditeurs
communiquaient leurs impressions «à chaud».
Les
témoignages
documentaires
des
voyageurs français1, qui soit ont traversé le
territoire des Principautés, soit ont résidé pour
une certaine période de temps dans ces parages,
présentent un réel intérêt et ont une valeur
historique certaine, même si leurs récits sont
parfois superficiels, autrefois sporadiques et le
1
« Les relations que les étrangers qui sont passés le long du
temps par nos pays et qu’on nomme d’habitude des
voyageurs, quoique la condition et les intérêts qui les ont
apporté chez nous sont extrêmement variés, comprennent
une grande richesse de nouvelles concernant les divers
aspects de l’existence de jadis du peuple roumain. Elles
s’arrêtent souvent sur les richesses du pays et sur la manière
dans laquelle celles-ci sont mises en valeur, sur l’aspect des
villes et de la population, sur la manière de vivre des
différentes classes sociales et sur les relations entre celles-ci,
sur l’organisation d’Etat et les obligations imposées par
l’Empire Ottoman, sur les phénomènes de culture et d’art. »
M. Berza, Cuvânt înainte à Călători străini despre ţările
române, le I-er volume, Bucureşti, 1968, p. VI; Paul
Cernovodeanu, „Importanţa corpusului de călători străini
pentru istoria Ţărilor Române în prima jumătate a secolului al
XIX-lea”, in Revista Istorică, tome III, no. 11-12, 1992, pp.
1091-1092.
plus souvent, peuvent paraître subjectifs et
même malveillants.
Parmi les étrangers qui ont traversé et même
sont restés pour quelque temps dans les
Principautés Roumaines au début du XIX-ème
siècle se trouve Christine Reinhard (1773-1815),
la femme du consul français, Charles Frédéric
Reinhard (1761-1837). Celui-ci avait épousé
Christine, la fille du philosophe Hermann Samuel
Reimarus le 12 octobre 1796, à l’époque où il
avait
occupé
la
fonction
de
ministre
plénipotentiaire auprès des villes hanséatiques
(septembre 1795 – octobre 1797). Sa jeune
femme était originaire de Hambourg et sa famille
appartenait à l’intellectualité de la ville2.
Le 18 mars 1806, Charles Frédéric Reinhard a
été nommé par décret impérial résident et
commissaire
général
pour
les
relations
commerciales avec les Principautés Roumaines,
où il arrivera avec sa famille, après un voyage de
trois mois3. Comme la Porte Ottomane a vu dans
la mission qu’on lui avait confiée une possible
indépendance des deux Principautés et lui avait
refusé sa reconnaissance, le diplomate français a
du se contenter avec la dignité de consul général
de la France dans les deux Principautés et avec
Charles
Frédéric
Reinhard,
en
http://en.wikipedia.org/wiki/Karl_Reinhard; Marian Stroia,
„Aspecte ale societăţii româneşti în viziunea călătorilor
străini”, in Revista de Istorie, tome 38, no. 5, 1985, pp. 449450.
2
3
Une femme de diplomate. Lettres de Madame Reinhard à sa
mère (1798-1815), Paris, 1900, apud N. Iorga, Istoria
românilor prin călători, édition soignée par Adrian
Anghelescu, Bucureşti, Editura Eminescu, 1981, p. 445.
la garde du titre de ministre. Le 30 novembre
1806, sur le fond du déclanchement du conflit
armé russo-turque, il a été arrêté par le prince
Dolgoruki ; le 4 décembre, il a été porté avec sa
famille en Russie, à Kremenciug, par Dubăsari.
Toute la famille Reinhard sera délivrée à l’ordre
du tsar Alexandre I, qui avait reçu le proteste de
l’ancien consul français dans les Principautés
Danubiennes le 12 janvier18074.
Madame Reinhard a écrit à sa mère, Sofia
Reimarus, à Hambourg, en lui racontant le
voyage jusqu’à Iaşi, la description des endroits
qu’elle a vu, les conditions de vie des deux
Principautés Danubiennes observées durant la
courte période de temps qu’elle a habité dans
ces parages5. Pas peu de temps, Christine
Reinhard a été manquée de compréhension pour
les réalités roumaines. Languissant après son
salon confortable de Hambourg, elle a relaté
dans
sa
correspondance
« des
aspects
contrastants, des bizarreries, des incidents
inhabituels, peut-être du désir d’épater son
auditoire auquel sa mère aurait lu, sans doute,
les lettres »6.
Dans une lettre de 3 juillet 1806, Christine
Reinhard racontait le voyage de Vienne, par
Pesta et Timişoara, décrite par l’émitente comme
une forteresse bien entretenue, où régnait un
silence complet. Le 9 juillet, Madame Reinhard
écrivait à sa mère sur la continuation du voyage
par Lugoj, Orăştie, Sebeş, Sibiu7.
Le 11 juillet 1806, la famille Reinhard entrait
en Valachie: dès Turnu, les représentants du
prince régnant Constantin Ipsilanti les ont
accueilli et les ont accompagné pour le reste du
chemin jusqu’à Bucureşti. Christine Reinhard a
mentionné, aussi, la route difficile de montagne,
les dangers d’un voyage dans une région
semblable, ainsi que la nuit passée dans un petit
village de la montagne. Elle a remarqué
4
Călători străini despre Ţările Române în secolul al XIX-lea,
Nouvelle série, le I-er volume (1801-1821), (volume soignée
par Georgeta Filitti, Beatrice Marinescu, Şerban RădulescuZoner, Marian Stroia), Editura Academiei Române, Bucureşti,
Charles
Frédéric
Reinhard,
en
2004,
p.
239;
http://en.wikipedia.org/wiki/Karl_Reinhard; Leonid Boicu,
Principatele Române în raporturile politice internaţionale
(1792-1821), Institutul European, Iaşi, 2001, p. 85;
Statutul
reprezentanţelor
Lăcrămioara
Iordăchescu,
diplomatice franceze în Principate (1798-1859), dans le
volume Franţa. Model cultural şi politic, Junimea, Iaşi, 2003,
p. 202; N. Iorga, Istoria românilor prin călători, édition
soignée par Adrian Anghelescu , Bucureşti, Editura Eminescu,
1981, p. 445.
Le 17 juillet 1806, la famille Reinhard arrivait à Bucureşti, et
à la fin du mois de novembre ils ont été portés en Russie.
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (1801-1821),
p. 240.
6
Ibidem, pp. 240-241.
7
Ibidem, p. 280-283; N. Iorga, op. cit., pp. 445-446.
5
l’hospitalité de l’hôtesse, qui « a eu la
bienveillance de passer la nuit dans l’écurie, pour
nous laisser l’unique chambre de l’habitation »,
le mobilier pauvre constitué d’un lit massif
couvert d’un tapis, mais aussi la saleté qui
régnait partout8.
Dans une lettre datée 17 juillet 1806,
Christine Reinhard racontait à sa mère le reste
du voyage vers Bucureşti, accompagnés par
l’escorte envoyée par le prince Ipsilanti ; elle y
décrivait, aussi, l’état terrible des chemins, « la
beauté sauvage et effrayante des parages que je
traversais »9, le fait qu’ils ont été obligés à
utiliser 60 chevaux pour le chemin fatigant. Ils
ont passé une nuit au manoir (« château ») d’un
boyard du village Şuici10, une maison pauvre,
formée d’un vestibule et quelques chambres
sombres, le mobilier desquelles était constitué
d’un canapé et d’un grand poêle. Dans cet
endroit-là, le préfet de la contrée les a accueillis,
à cheval, avec sa suite. Vers la surprise de la
voyageuse française, après le discours de bien
venue, celui-ci a pris la main de Reinhard et l’a
baissée, selon la coutume locale. Madame
Reinhard a été dérangée par l’indiscrétion de ses
hôtes, qui les ont suivis lorsqu’ils ont servi le
déjeuner
préparé
« selon
la
mode
européenne »11, dans une remise en roseaux et
feuilles tressées, spectacle interrompu par une
tempête violente, mais aussi dans la maison. La
curiosité des hôtes est allée même au-delà cela:
ils voulaient atteindre tout ce que les Français
faisaient sortir de leurs coffres. Christine
Reinhard a relaté, aussi, un épisode amusant : la
famille du boyard et ses gens ont été surpris
« surtout de la dimension de certains vases
intimes qu’ils ont pris comme des tasses de
café »12 et dans la possession desquels leur
ancienne domestique a pu entrer de nouveau
seulement à l’aide des hommes de l’escorte.
Le lendemain, ils ont continué la descente des
Carpates, que Madame Reinhard comparait avec
les Alpes, sur des chemins si accidentés et
dangereux « qu’on doit appeler à son aide le
fanatisme oriental pour risquer d’y aller »13. La
nuit, ils sont restés au monastère d’Argeş, où la
voyageuse française a remarqué les vignes et les
champs bien travaillés qui l’entouraient, mais
8
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume, pp. 282283; N. Iorga, op. cit., p. 445.
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 284.
10
Şuici / Schwitz, commune du département Argeş. Ibidem,
p. 284. N. Iorga, op. cit., pp. 445-446.
11
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 285; N. Iorga, op. cit., p. 446.
12
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 285.
9
13
Ibidem.
Ştiinţe socio-umane
aussi l’ignorance des moines grecs, qui ont
refusé à déchiffrer une inscription pour les
invités. Elle a mentionné, aussi, une légende
locale liée de la construction de cet édifice
religieux. Après avoir traversé pour presque sept
heures une terre déserte, les voyageurs sont
arrivés à Piteşti, la seconde ville comme
dimension de la Valachie, selon les dires de
Christine Reinhard, et que la voyageuse française
appréciait comme étant des dimensions d’un
petit village. Elle est restée étonnée par
l’étroitesse des ruelles, couvertes de véritables
coupoles de verdure. A Piteşti, ils ont été en
pension dans la maison d’un boyard riche, où
plusieurs choses personnelles les ont disparues
des coffres et où ils n’ont pas pu dormir à cause
de « la cohorte de punaises et puces
indigènes »14. Désespéré, Monsieur Reinhard a
décidé qu’ils continuent le chemin vers Bucureşti
justement cette nuit-là, essayant à éviter de
cette manière les honneurs et l’accueil solennel
que leur avait préparé le prince régnant
Constantin Ipsilanti. Quoique Christine Reinhard
savait que la ville de Bucureşti n’était pas pavée,
elle a été surprise d’une manière désagréable par
le fait que ses ruelles étaient couvertes avec des
solives si adroitement unies de manière que leur
chemin sur la rue principale a soumis leur voiture
à des essais dures et ils ont du supporter des
cahots violents. Madame Reinhard assurait sa
mère qu’ils n’ont pas raté aucune fondrière de la
rue principale. Ils ont été casés dans la plus belle
maison de la capitale, avec poêle au milieu et
plusieurs divans sur lesquels les servants se
prélassaient, logement qui n’a pas été sur le goût
de la femme du consul français. Elle a été
dérangée le plus par le manque des lits ; dans
ces parages, remarquait-elle, ces pièces de
mobilier étaient remplacées avec les divans,
desquels on buvait et on mangeait. Vers son
étonnement, dans toute la maison, il n’y avait ni
un miroir et son mari était mécontent à cause du
manque d’une indispensable table d’écriture.
Monsieur de Sainte Luce15, semble-t-il, avec une
expérience roumaine plus longue, a assuré
Charles Reinhard qu’il s’habituera très facilement
à écrire sur les genoux.
Christine Reinhard mentionnait dans la lettre
de 17 juillet adressée à sa mère une habitude
locale de la société de Bucureşti : au coucher du
109
soleil, elle est allée à « Izvoare »16, l’endroit de
promenade et de rencontre de la haute société
de la capitale. Cette fois-ci, Christine Reinhard a
remarqué le manque des bancs, les dames
s’asseyaient directement sur la terre après leur
descente des voitures, mais aussi la grande
variété de costumes des femmes, qui lui ont
semblé « de mode grecque, chaudement fourrés
même l’été et ayant à la poitrine un fin fichu »17.
Madame Reinhard a raconté, aussi, leur
accueil au palais du prince régnant. Comme son
époux était parti auparavant à la Cour, elle a été
accompagnée par Sainte Luce. Après avoir
traversé une cour pleine de bêtes et d’écuries, la
voyageuse française a été accueillie dans le
« harem ». Les salles du palais étaient sombres,
mal planchés, pleins de servants ; elle a
remarqué les murs blanchis à chaux qui étaient
ornés avec quelque miroir ça et là, les fenêtres
avec des rideaux rouges de mauvaise qualité. La
femme du prince Ipsilanti, qui dans sa jeunesse
devait avoir été très belle, était vêtue selon la
mode française à l’honneur de son invitée.
Madame Reinhard a découvert avec plaisir que
les dames de la Valachie connaissaient quelques
notions de langue française et qu’elle a pu
converser avec celles-ci sans l’aide de
l’interprète. Malgré cela, elle s’est sentie ridicule
avec sa robe de gale au milieu de cette cour
extrêmement simple, qui avait pris les coutumes
de l’Orient. Madame Reinhard a laissé, aussi, une
description de Constantin Ipsilanti, qui parlait de
manière fluente le français ; celui-ci était un
homme attrayant, son regard disait beaucoup,
mais cachait encore de plus. Il semblait un
homme intelligent, ambitieux, bon connaisseur
de la politique européenne, conduit par son
propre intérêt. Il a donné des assurances à
Monsieur Reinhard de son dévouement pour
Napoléon. Madame Reinhard lui a témoigné
combien peu elle a été attirée par les coutumes
des Roumains, mais Ipsilanti l’a assuré qu’elle se
sentira mieux à Iaşi, où tout était plus proche de
l’Europe civilisée.
On n’a pas omis, de manière épistolaire, les
cadeaux que la famille a reçu de la part de ses
hôtes: l’époux – une tabatière ornée avec des
diamants, qu’il retournera plus tard, à
l’intermédiaire du Monsieur Parant18, motivant
16
14
15
Ibidem, p. 286; N. Iorga, op. cit., p. 446.
Commissaire provisoire de la France à Bucureşti dans la
période 1803-1806. Călători străini..., Nouvelle série, le I-er
volume (1801-1821), p. 242; George F. Jewsburry, Anexarea
Basarabiei la Rusia: 1774-1828. Studiu asupra expansiunii
imperiale, Polirom, Iaşi, 2003, p. 24.
Le bassin fait par Nicolae Mavrogheni auprès de l’église
Izvorul Tămăduirii, sa fondation de la rue qui se nommera
plus tard Kiseleff. Călători străini..., Nouvelle série, le I-er
volume (1801-1821), p. 287.
17
N. Iorga, op. cit., p. 446.
18
Joseph Parant (1776-1806), vice consul français à Iaşi
entre 1797-1798 et 1805-1806, ensuite commissaire à
Bucureşti en 1806. Călători străini..., Nouvelle série, le I-er
volume (1801-1821), p. 241; Constantin Gane, Trecute vieţi
qu’il était interdit aux agents de la France de
recevoir des cadeaux de valeur si grande sans la
permission de leur gouvernement, et elle – deux
châles extraordinaires en cachemire. La femme
du consul français remarquait, à la fin de sa
lettre, que dans les Principautés « les pourboires
et les cadeaux étaient à l’ordre du jour »19.
Le 24 juillet 1806, Christine Reinhard écrivait
de nouveau à sa mère, cette fois-ci de Iaşi, où ils
sont arrivés « à la fin de leurs pérégrinations »20,
après le départ de Bucureşti, souffrants et
affaiblis par la chaleur puissante de l’été avec
laquelle ils n’étaient pas habitués, le passage par
Râmnic et Focşani. Elle a remarqué de nouveau
l’hospitalité des Roumains, qui, à chaque arrêt,
les accueillaient avec du café, des gâteaux et des
volailles. Quoiqu’ils ont essayé à éviter un accueil
solennel à Iaşi, le consul français et sa femme
ont du se soumettre à cette corvée, aussi. A la
première vue, la ville n’a pas laissé une
impression trop plaisante à Madame Reinhard:
sous la pluie torrentielle, les ruelles sont devenus
des véritables ruisseaux et quoique assise sur
des coussins en brocart brodés avec de l’or,
celle-ci a du supporter de nouveau les cahots du
chemin. Ni la maison, qui aurait du leur servir de
foyer dorénavant, ne l’a enchanté trop: arrivés à
leur poste, après trois mois de voyage fatigant,
au lieu de « la maison dont on nous a dit des
merveilles », ils ont trouvé un bâtiment
sombre21.
Le 30 juillet, Madame Reinhard revenait avec
des informations sur leur nouvelle habitation ; la
tristesse transgresse des lignes de la dépêche
adressée à sa mère : ils sont obligés à vivre dans
une véritable baraque, dans laquelle les meubles
commandées à Vienne ne trouveront pas leur
place, dans un pays à demi sauvage, avec des
serfs incapables et dont seulement un
connaissait le français. La famille Reinhard a
essayé s’adapter aux coutumes du pays : après
avoir servi le plat de 12 heures, les femmes
allaient en dehors de la ville, l’endroit de
rencontre de la haute société de la capitale de la
Moldavie. Elle remarquait, entre autres, que les
femmes de boyards, des femmes belles, qui
rassemblaient aux Italiennes, ne s’habillaient
plus selon la mode du pays, mais essayaient
imiter celle française.
de doamne şi domniţe, Editura Orizonturi, Bucureşti, le IIème volume, la 7-ème édition, f.a, pp. 104-107.
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 288-289; N. Iorga, op. cit., pp. 446-447.
20
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 289.
21
Ibidem, pp. 290-291; N. Iorga, op. cit., p. 447; George F.
Jewsburry, op. cit., p. 24.
19
Le palais princier frappait par sa simplicité,
ses chambres étaient modestes et à peine
meublées, manquées de tapis, papier peint ou
toute autre trace du luxe oriental qu’elle se serait
attendu y trouver.
Sur Alexandru Moruzi, le prince régnant de la
Moldavie, qui avait gagné sa sympathie dès le
début, la femme du diplomate français écrivait à
sa mère qu’il était complètement dédié aux
intérêts de la Turquie et qu’il se trouvait parmi
les favoris du sultan Selim. A son tour, elle
sentait une sympathie pas dissimulée pour la
femme du prince régnant : quoique grand-mère,
celle-ci était encore belle, gracieuse et maniérée.
Elle connaissait bien la langue et la littérature
française. La cour de Iaşi s’approchait, dans la
vision de Madame Reinhard, des autres cours
européennes, la seule chose qui la dérangeait
était l’indiscrétion des dames d’honneur, qui
avaient tâtés tous ses vêtements. La princesse
s’est abattue même des coutumes du pays, elle a
invité la femme du consul français à s’asseoir
auprès d’elle sur le divan22. A la fin de la lettre,
elle essayait à rassurer sa mère, considérant peu
probable l’invasion des troupes russes, massées
sur le Dniestr, en Moldavie23.
Dans une nouvelle correspondance, de 15
août la même année, Madame Reinhard
remarquait l’état d’apathie des gens du peuple,
accablés par les difficultés de la vie, l’absence de
la classe moyenne24, le monopole que les
marchands grecs, juifs et allemands détenait sur
le commerce et sur l’industrie. Les boyards
étaient compartimentés en trois classes,
portaient des barbes longues selon leur rang et
occupaient les dignités pour une année
seulement. Elle écrivait à sa mère qu’elle avait
assistée à une noce de boyards à la Cour; elle lui
décrivait la cérémonie, les coutumes locales, les
danses manquées de grâce et pas dernièrement,
la durée exagérée (trois jours) de l’événement
matrimonial. A cette fête-là, elle avait remarqué
une dame qui dansait passionnément « malgré
sa rondeur, qui prouvait qu’elle était
enceinte »25. En lui faisant une visite quelques
jours après la naissance, Christine Reinhard l’a
trouvé coiffée, vêtue avec une robe « en satin
22
Il y avait la coutume que les dames s’assayent les pieds
dessous sur le divan à Iaşi, mais aussi à Bucureşti. Călători
străini..., Nouvelle série, le I-er volume (1801-1821), p. 288,
292; N. Iorga, op. cit., p. 447-448; Constantin Gane, op. cit.,
p. 102.
23
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 291-292.
24
«Dans ces parages, il n’y a pas une couche intermédiaire
entre l’aristocratie et les mendiants ». Ibidem, p. 293; N.
Iorga, op. cit., p. 448.
25
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 292.
Ştiinţe socio-umane
blanc brodé avec de l’or », entourée par
beaucoup de monde, qui riait et parlait. La
visiteuse conclusionait que « tout en sortant de
celle-ci, j’ai pensé qu’aucun part un tel
événement ne se passe pas avec tant de gaieté
comme en Moldavie »26.
Dans une autre épître de 28 août, Christine
Reinhard mentionnait l’état d’isolation dans
laquelle se trouvait sa propre famille, mais aussi
des vagues informations sur les collègues de son
mari: Hammer, le consul autrichien, qui avait
commandé ses meubles à Constantinople ou
Bolkunov, le consul russe, apprécié comme un
fanfaron qui n’inspirait pas de confiance. Elle se
lamentait de plus que dans les yeux des gens
ordinaires, comparés avec les bétails de travail,
rarement on pouvait apercevoir un étincellement
d’intelligence; elle remarquait surtout l’état
déplorable des esclaves tsiganes, des véritables
bêtes de somme selon l’avis de leurs maîtres, les
boyards27.
Dans une lettre de 9 septembre 1806,
Madame Reinhard racontait à sa mère la
révocation du prince régnant Moruzi, le 30 août,
quoique rien n’ait pas préfiguré une fin
semblable28. Christine Reinhard témoignait à sa
mère que, derrière la déposition du prince
régnant moldave et de celui valaque, se trouvait
le général Sébastiani et qu’ »on doit voir ici la
preuve de l’influence prépondérante de la France
à Constantinople »29. Les deux princes régnants
étaient accusés d’être secrètement des partisans
de la Russie, vérité confirmée partiellement par
Moruzi, qui avait assuré son mari du dévouement
Ibidem, pp. 292-294; N. Iorga, op. cit., p. 448; Contantin
Gane, op. cit., pp. 103-104.
27
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 293-294; N. Iorga, op. cit., p. 448.
28
« Le 30 août, le matin, mon époux est entré dans la
chambre avec une figure qui ne prévoyait rien de bien.
« Qu’est ce que c’est ? » demandai-je. « Moruzi est
révoqué!» Rien ne nous a fait prévoir cela. Manu, le favori du
prince régnant, est venu communiquer cette nouvelle à
Monsieur Reinhard, nouvelle qu’un courrier a apporté de
Constantinople [...].Manu n’a pas caché à mon mari le fait
que la déposition des deux princes régnants a été la
conséquence de la demande du général Sébastiani et qu’on
doit voir en cela la preuve de l’influence prépondérante de la
France à Constantinople. Notre ambassadeur accusait les
deux princes régnants disgraciés d’être en secret les
partisans de la Russie et d’avoir essayé par des déclarations
mensongères de dévouement de cacher leurs véritables
sentiments ». Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume
(1801-1821), p. 296; N. Iorga, op.cit., p.448.
29
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 296; Veniamin Ciobanu, Statutul juridic al
26
Principatelor Române în viziunea diplomaţiilor franceză şi
rusă (1802-1812), dans le volume Franţa. Model cultural şi
politic, Junimea, Iaşi, 2003, p. 220; N. Iorga, op. cit., p. 448;
Sergiu Columbeanu, Contribuţii la situaţia internaţională a
Ţărilor Române între anii 1806-1812, en „Revista de Istorie”,
tome 29, no. 5, 1976, p. 662.
111
qu’il portait à la France et à l’empereur
Napoléon. La sympathie de Madame Reinhard
pour Moruzi parvient toujours des lignes de cette
dépêche, qui illustre le fait qu’elle regrettait le
départ de la princesse, « ma unique compagnie
féminine qui m’a été sympathique ici »30.
Conformément à son information, au départ de
Moruzi de Iaşi, le peuple, d’habitude, indifférent
au changement des princes régnants, « a laissé
de côté l’indolence habituelle, l’accompagnant
avec des bénédictions et jetant du pain et des
petits sous dans son chemin, pour montrer de
cette manière combien le prince régnant a
facilité la pauvreté du pays »31. De plus, Madame
Reinhard se plaignait à sa mère de l’interruption
des relations de société avec le consul russe à
Iaşi, Bolkunov. En ce qui concerne Ipsilanti,
Madame Reinhard écrivait qu’il n’a pas été
surpris par sa déposition, de plus, il s’en
attendait et qu’intuitivement, il avait fait envoyer
des coffres avec des choses coûteux en Russie,
comme une mesure de prévoyance32. En ce qui
concerne, l’atmosphère de Iaşi, elle mentionnait
les boyards partisans de la Russie, qui ne
cachaient pas leurs véritables sympathies ou
options. La famille du consul français se trouvait
isolée par la société des indigènes, si soumis
jadis, devenus si téméraires à l’improviste,
isolation que Madame Reinhard considérait
hostile et pleine de soucis33.
Dans une lettre ultérieure, datée 18
septembre, Christine Reinhard se plaignait de la
position difficile de son époux en Moldavie et
exprimait son inquiétude en ce qui concernait
une possible invasion russe34.
Le 1 octobre, Christine Reinhard transmettait
à sa mère que le silence qui régnait dans les
deux capitales des Principautés était seulement
apparent, que la Moldavie était devenue le
théâtre de toutes les choses épouvantables, que
la position filorusse était de plus en plus évidente
dans les rangées des grands boyards, et que les
nouveaux princes régnants, qui venaient de
s’embarquer à Varna, étaient attendus avec
impatience par les gens du peuple. Le consul
français, comme, d’ailleurs, celui autrichien, se
30
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 296; N. Iorga, op. cit., p. 448; Constantin Gane,
op. cit., pp. 103, 106.
31
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 297; N. Iorga, op. cit., p. 448.
32
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 296-297; N. Iorga, op. cit., pp.448-449; Anton
Caragea, Epoca Renaşterii Naţionale (1750-1878), Editura
Universităţii din Bucureşti, 2003, pp. 66-67.
33
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 296-298; N. Iorga, op. cit., p. 448.
34
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 298; N. Iorga, op. cit., pp. 448-449.
trouvait isolée, Rodofinikin, l’agent russe dans les
Principautés
avait
interdit
aux
boyards
d’entretenir des relations avec ceux-ci.
Madame Reinhard espérait que, ensemble à
sa famille, elle pourra se retirer en Autriche
immédiatement que la présence de son époux
dans le poste des Principautés ne sera plus
nécessaire au gouvernement français35.
Le 27 octobre, Christine Reinhard informait sa
mère sur l’arrivée du prince régnant Scarlat
Callimachi dans la capitale de la Moldavie, où il a
régné deux jours seulement, après un voyage
fatigant et après avoir dépensé des sommes
énormes d’argent pour des cadeaux et des
pourboires pour arriver au trône. Madame
Reinhard considérait que la victoire de la Russie
était complète. La femme du consul invoquait un
état de « quarantaine sévère », sa famille étant
complètement exclue de la vie mondaine,
hypostase qui ne l’attristait pas, comme rien ne
l’attirait plus envers la société moldave de la fin
de l’année180636.
Dans une autre dépêche de 6 novembre,
Madame Reinhard consignait qu’après la victoire
de Napoléon à Jena (14 octobre 1806), les
boyards moldaves essayaient s’approcher de
nouveau du consul français: « ils comblaient les
enfants avec d’attentions sous forme de pots de
confiture et autres sucreries, sans doute dans
l’espoir d’adoucir l’amertume des relations avec
mon mari »37. Elle rappelait, aussi, la revenue de
Moruzi à Iaşi, où « on faisait mentionner le nom
du tsar dans les églises »38, sans suite et famille.
Elle remarquait même un rapprochement de
celui-ci du consul russe, auquel il avait envoyé
une lettre très courtoise, ainsi que le
refroidissement des relations avec son mari39.
Le 19 novembre, Christine Reinhard
annonçait sa mère qu’une partie des bagages
venait d’arriver: Charles Reinhard avait reçu son
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 298 -299; N. Iorga, op. cit., p. 449; Alexei Agachi,
35
Ţara Moldovei şi Ţara Românească sub ocupaţia militară rusă
(1806-1812), Casa Editorială Demiurg, Iaşi, 2008, p. 39;
România
în
relaţiile
internaţionale.
1699-1939,
(coordonnateurs : L. Boicu, V. Cristian, Gh. Platon), Editura
Junimea, Iaşi, 1980, pp. 59-60.
36
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 301-302; N. Iorga, op. cit., p. 449.
37
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 302-303; Constantin Şerban, „Aspecte privind
ecoul războaielor napoleoniene în Ţările Române”, in Studii şi
Articole de Istorie, 1967, 9, pp. 304-305; « Les voitures des
boyards affluent devant le consulat de la Russie; mais une
fois arrivée la nouvelle de la victoire de Napoléon à Jena, les
pots de confiture affluent dans les armoires du consulat
français ». (N. Iorga, op. cit., p. 449).
38
N. Iorga, op. cit., p. 449.
39
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 303.
bureau et une caisse de livres, les cheminées et
les poêles ont été montés. Elle personnellement
attendait avec impatience ses meubles, quoique
l’intuition féminine lui dise qu’ils ne réussiront
pas à jouir pour longtemps de leur nouveau
foyer. Elle consignait, aussi, avec tristesse la
mort du consul français de Bucureşti, le jeune
Parant, âgé de seulement 30 ans, mort survenue
à la moitié du mois à cause d’une dysenterie40.
Si à la fin de la lettre, Christine Reinhard
assurait sa mère qu’il n’y avait aucun péril pour
eux, même dans le cas de l’éclat d’un conflit
armé, le 25 novembre 1806, elle écrivait que les
Russes étaient en train d’envahir la ville de Iaşi.
Le moment où sur les ruelles le monde paniqué
criait que les Russes y arrivaient, six chariots
grands avec les meubles si attendus de Vienne
tiraient dans la cour du consulat français. Le
Divan et le consul russe les ont garanti la
sécurité personnelle. Charles Reinhard, écrivait
sa femme, était à l’attente des ordres de
l’empereur, ne voulant pas à quitter son poste ni
même dans les conditions de l’occupation de la
ville par les troupes russes41.
Le 29 novembre, Madame Reinhard notait
qu’une avant-garde russe, composée d’environ
1800-2000 soldats, était entrée en Iaşi; quoique
attendue, l’arrivée des troupes russes a
impressionné Madame Reinhard de manière
négative. Celles-ci étaient commandées par le
prince Dolgoruki, « dont on disait qu’il était
jeune, beau et très aimé par les femmes » et
que « toutes les élégantes de Iaşi désiraient »42.
On affirmait que cette avant-garde sera suivie
par une armée puissante et que les opérations
s’étendront
au-delà
des
frontières
des
Principautés. Christine Reinhard était étonnée
par l’ordre qui régnait parmi ces soldats affamés
et glacés par le froid, dans un pays à demi
sauvage et où il n’y avait plus aucune direction.
C’était justement le moment dans lequel
Madame Reinhard commençait à avoir des
doutes concernant sa sécurité personnelle et
celle de sa famille, comme Rodofinikin ne les
avait rien confirmé. De plus, le pouvoir du consul
russe devenait plus grand chaque jour43. Elle
appréciait, aussi, que la victoire de la Russie
parmi les boyards était totale; pendant que les
40
Ibidem, pp. 303-304.
Ibidem, p. 304.
42
Ibidem, p. 305; N. Iorga, op. cit., p. 449.
43
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 305; Neagu Djuvara, O scurtă istorie a românilor
povestită celor tineri, la V-ème édition revue, Humanitas,
Bucureşti, 1999, p. 163; A. D. Xenopol, Războaiele dintre ruşi
şi turci şi înrâurirea lor asupra Ţărilor Române, édition
41
soignée par Elisabeta Simion, Editura Albatros, Bucureşti,
1997, p. 123; George F. Jewsburry, op. cit., p. 37.
Ştiinţe socio-umane
voitures des boyards affluaient devant la
résidence du consulat russe, « nous sommes
exclus de la vie de tous les jours »44.
L’inquiétude de Madame Reinhard était
fondée: le 30 novembre, elle écrivait à sa mère
que Rodofinikin était venu à son mari à six
heures du matin pour séquestrer les papiers du
consulat. Il a motivé sa visite si matinale comme
étant de l’ordre du prince Dolgoruki, hostile au
consul français, semble-t-il, à cause de quelques
articles apparus dans des gazettes françaises. On
interdisait à Reinhard toute communication avec
les boyards moldaves, effrayés par les victoires
de Napoléon, d’hausser le pavillon et on lui
demandait de faire sortir l’emblème avec les
rames impériales. On lui permettait de rester en
Iaşi avec la condition de ne plus s’occuper de la
politique, que ses attributions ne dépassaient
celles d’un agent commercial. Avec tristesse,
Madame Reinhard se demandait, à la fin de la
lettre ce que arrivera de leurs meubles si chèrs.
Lorsqu’ils se trouvaient finalement entourés du
confort avec lequel ils étaient accoutumés, ils
étaient obligés à partir de nouveau45.
Le 7 décembre 1806, la famille Reinhard se
dirigeait vers la Russie, annonçant le lendemain
qu’ils avaient déjà passé le Dniestr. Dans la
même situation se trouvaient le consul français
de Bucureşti, Fornetty, et Monsieur Pagès, à
peine venu à Iaşi pour liquider la succession de
son demi-frère, Parant. Le long du chemin, ils
ont été escortés par un détachement de 12
soldats, on ne leur a pas permis de descendre
des voitures. A Dubăsari, la famille Reinhard a
reçu une maison isolée et quelques sentinelles
pour garder les voitures et leurs biens46.
La correspondance de Christine Reinhard
avec sa mère, Sofia Reimarus, offre une image
très intéressante, complexe et vive de la vie des
Principautés Roumaines à l’aube du XIX-ème
44
Eudoxiu Hurmuzaki, Documente privitoare la istoria
românilor, le XVI-ème volume, 1603-1824, Corespondenţă
diplomatică şi rapoarte consulare franceze, publicate după
copiile Academiei Române de Nerva Hodoş, Bucureşti,
Institutul de Arte Grafice Carol Göbl, S-sor I. St. Rasidescu,
1912, pp. 771-772; Cristian Ploscaru, Politica Franţei îm
Principatele Române la începutul secolului al XIX-lea din
perspectiva elitei locale, dans le volume Relaţii internaţionale.
Lumea diplomaţiei. Lumea conflictului, (coordonnateurs Ionuţ
Nistor, Paul Nistor), Editura Pim, Iaşi, 2009, pp. 45-47; Lidia
E. Semenova, Principatele Române în relaţiile internaţionale
(1800-1806), in „Studii şi materiale de istorie modernă”, le Xème volume, 1996, p. 18.
45
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 306-307; Leonid Boicu, op. cit., p. 86.
46
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 308-310. Lăcrămioara Iordăchescu, op. cit., p.
202; Pompiliu Eliade, Influenţa franceză asupra spiritului
public în România. Originile. Studiu asupra stării societăţii
româneşti în vremea domniilor fanariote, Bucureşti, Editura
Univers, 1982, p. 202; N. Iorga, op. cit., p. 449.
113
siècle. Si les rapports de son mari excellent par
conscience et surprennent surtout des questions
de nature politique, sa correspondance
particulaire illustre des aspects des plus divers de
la vie quotidienne: toponymie, vie mondaine, vie
de famille, coutumes, danses, vêtements,
alimentation, vie urbaine, architecture, légendes,
événements sortis du commun. La voyageuse
française se rapporte souvent aux réalités de
l’Europe d’ouest: elle remarque, par exemple, le
manque des lits et leur remplacement avec les
divans aux cours des princes régnants de
Bucureşti et Iaşi, mais aussi dans les maisons
des boyards, ou le manque des bancs dans les
endroits de rencontre des dames de la haute
société de Bucureşti ou Iaşi. Lorsqu’elle a décrit
la noce à laquelle elle a participé à la cour, elle
s’est montrée surprise par le fait que « les
jeunes mariés n’ont pas prononcé l’irrévocable
« Oui », qui signifiait en France (aussi) la liaison
entre les époux »47. Autrefois, tout en visitant
une foire, elle exprimait son mécontentement
parce qu’elle n’y avait pas trouvé des jouets pour
ses enfants.
L’aspect rural des villes, le manque du pavage
et la difficulté avec laquelle on voyageait dans
cette zone-ci représentent des autres aspects
surpris en détail par la femme du consul français
dans sa correspondance. La manière de meubler
les chambres des maisons, même à la cour ou
dans les fermes des boyards mécontente
Christine Reinhard. Obligé à renoncer au confort
avec lequel elle était habituée, elle regarde d’un
œil critique l’aménagement des habitations dans
ces contrées, et à un moment donné, elle réalise
que les meubles élégants commandées à Vienne
étaient
incompatibles
avec
le
paysage
architectonique ou urbain de Iaşi, où ils avaient
étaient logés.
L’œil critique de la voyageuse française
remarque la manière de s’habiller des dames des
capitales des deux Principautés, ainsi que l’état
lamentable des gens ordinaires, réduits presque
au stade d’animaux. Autrefois, elle relate des
événements qui devaient faire le délice des gens
de société de Hambourg auxquels sa mère aurait
lu, sans doute, de la correspondance portée avec
sa fille. Tout en passant par Lugoj, elle
mentionnait, par exemple, une vieille comtesse
hongroise, « dont l’aristocratique occupation
était d’élever des porcs »48. Le degré d’inculture
des hommes de ces parages est surpris par
l’épisode dans lequel les serfs du boyard de Şuici
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 293.
48
N. Iorga, op. cit., p. 445.
47
ont confondu les vaisseaux de nuit des visiteurs
avec d’immenses tasses de café.
Mais parfois Christine Reinhard a essayé à
surprendre les germes du progrès qui
pénétraient dans la société roumaine du début
du siècle. Par exemple, elle mentionnait dans
une lettre de 28 août, la fondation de la fabrique
de drap de Ruginoasa par le boyard Scarlat
Sturdza. Celui-ci avait engagé, auprès des
maîtres apportés d’Allemagne, des enfants de
Tsiganes. Mais l’essai « d’apprendre à travailler »
« ces enfants à demi nus »49 a été un échec, ils
n’ont pas pu s’adapter, quoiqu’ils fusses vêtus,
bien alimentés et appris dans les ateliers:
« malgré cela, les petits voyous mouraient de
mal et criaient tout le temps, en demandant la
permission de retourner à leurs tentes mouillées
de pluie et battues par le vent »50. Le père de
l’un de ces enfants a ramassé 60 piastres qu’il
voulait offrir au boyard à l’échange de la
libération de son fils.
Evidemment, la voyageuse française n’a pas
pu éviter les fautes interprétatives ou de
perception ; de cette manière, elle arrive à
attribuer aux Roumains de Banat une origine
slave51.
Elle a été toujours attentive aux détails, « le
sel et le poivre » de toute note de voyage: de
cette manière, tout en passant par Argeş, elle n’a
pas oublié à raconter à sa mère la légende locale
liée par la construction du célèbre édifice.
Lorsqu’elle a passé par Râmnic, elle n’a pas
oublié à mentionner que dans ces endroits-là, il y
a eu des luttes avec les Turcs et que les fosses
qui avaient marqués la position des deux armées
étaient encore visibles et « faisaient s’entrevoir le
terrible carnage dont le théâtre ont été ces
plaines »52.
Le fait que Madame Reinhard a manifesté de
la compassion, de la sympathie et de la
compréhension pour les Roumains, l’hospitalité
desquels elle a beaucoup apprécié, est digne à
remarquer53. Elle a observé, aussi, que le
territoire des Principautés a été souvent théâtre
de développement pour les opérations militaires
des guerres russo-turques et que les
49
Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (1801-
1821), p. 295.
50
51
52
Ibidem.
Ibidem, p. 280.
Il s’agit de la lutte de Martineşti de 11/22 septembre 1789,
dans laquelle les troupes russo-autrichiennes qui se
trouvaient sous la commande du général Suvurov ont vaincu
les armées du grand vizir. Ibidem, pp. 289-290. N. Iorga, op.
cit., p. 447.
53
«Cela me fait plaisir de souligner que les Roumains nous
ont montré toujours le plus grand soin et qu’ils étaient
reconnaissants pour nos moindres attentions». Călători
străini..., Nouvelle série, le I-er volume (1801-1821), p. 289.
conséquences de ces catastrophes étaient
visibles encore.
Les
témoignages
fournis
par
la
correspondance
particulaire
de
Christine
Reinhard, avec suffisante tente mémorialistique,
sont importants et assez suggestifs pour la
reconstitution du tableau de la société roumaine
du début du XIX-ème siècle, respectivement du
commencement de la guerre russo-turque des
années 1806-1812, malgré les inhérentes
inexactitudes
ou
approximations,
des
rapportages en quelque sorte forcées aux
réalités connues de l’Europe d’ouest, ou des
sentiments normaux (sympathie, antipathie)
manifestés pendant son voyage et son séjour
dans l’espace roumain, pour un personnage ou
un autre.
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(coordonnateurs: L. Boicu, V. Cristian, Gh. Platon),
Editura Junimea, Iaşi, 1980.
Violeta-Anca EPURE
Doctorante à l’Université « Ştefan cel Mare »,
Suceava, Titre de la thèse de doctorat: Societatea
românească prepaşoptistă în viziunea străinilor:
consuli şi călători francezi, Coordinateur scientifique :
prof. univ. dr. Dumitru VITCU.

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