HIROSHIMA MON AMOUR – LA RESTAURATION

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HIROSHIMA MON AMOUR – LA RESTAURATION
HIROSHIMA MON AMOUR – LA RESTAURATION
Préserver l’hétérogénéité photographique du film
A la demande d’Alain Resnais, Renato Berta, chef opérateur, a supervisé tous les travaux d’étalonnage de
la restauration à Bologne. Il nous fait part de ce singulier voyage au coeur du film.
« Les éléments desquels nous sommes partis pour la restauration proviennent de trois sources : les négatifs originaux,
tournés par les chefs opérateurs Sacha Vierny en France et Takahashi Michio au Japon, des internégatifs des plans
truqués (les fondus, les fondus-enchaînés…) et une série de plans d’archives.
Avec Hiroshima mon amour, on n’est pas dans un cinéma classique où la photographie est la même du début à
la fin. La narration de ce film est parfaitement linéaire mais basée sur une non-continuité photographique
temporelle et géographique. Les parties liées au souvenir tournées en France n’ont rien à voir avec celles liées
au présent tournées au Japon, qui plus est, avec deux chef opérateurs différents. Cette hétérogénéité
photographique contribue parfaitement au système de lecture du film et c’est ce qu’il a fallu préserver.
Grâce à la chaîne numérique, on dispose désormais de plusieurs possibilités pour gérer des para- mètres
physiques et photographiques, ce que la chaîne photochimique ne permettait pas auparavant. On doit donc
comprendre le film en respectant les intentions des différents intervenants qui ont contri- bué à sa fabrication. Cela
a été la ligne de conduite que nous avons adoptée pour cette restauration : facile à dire, mais pas toujours
évidente à faire.
Nous nous sommes interrogés tout au long du travail d’étalonnage au sujet de la qualité des diffé- rents
supports qui étaient à notre disposition, surtout en ce qui concerne la continuité photographique de l’ensemble
du film mais aussi de la non continuité : je fais référence aux images des souvenirs d’Emmanuelle Riva que l’on
retrouve tout au long du film. Il a fallu gérer le contraste et la densité des différents supports.
Ayant tourné quatre films, en tant qu’opérateur, avec Alain Resnais, j’avais tiré de ces expériences quelques
éléments qui me permettaient de faire des choix avec une certaine aisance, avec aussi la possibilité d’utiliser
le téléphone pour en discuter directement avec Alain Resnais.
Le travail que j’ai effectué dans le cadre de cette restauration est un voyage singulier et passionnant au coeur du
film. Souvent j’ai eu le sentiment d’entrer dans l’intime des différentes dynamiques créa- tives, celles des deux
opérateurs, des comédiens, et évidement du metteur en scène. J’espère ne pas avoir trahi leurs intentions. Dans le
doute, je me suis laissé guider par la richesse des différentes façons pour filmer Emmanuelle Riva, par la quantité
surprenante de positions de ce magnifique visage, et
donc par les lumières et les cadres, qui font de ce film une grand leçon de cinéma ».